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Rétrospective 2017 - Riziculture : Des pas géants

03 Jan 2018
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Rétrospective 2017 - Riziculture : Des pas géants Photo d'archives

Que retenir de 2017 ? Moult évènements importants. Mais mon âme paysanne a opté pour l’agriculture précisément pour la riziculture. Ce parti pris peut s’expliquer facilement. L’année 2017 a été retenue par les pouvoirs publics pour l’autosuffisance en riz. De plus, le riz est la céréale la plus consommée au Sénégal. Il fallait donc produire 1.600.000 tonnes de riz paddy, soit 1.080.000 tonnes de riz blanc pour que le Sénégal n’en importe plus. Où en sommes-nous en ce début 2018 ? D’emblée, il faut le souligner que l’objectif n’est pas atteint. Mais ce serait réducteur de se limiter à ce constat.

En quelques années, le Sénégal a accompli des pas de géant. La production rizicole est en constante hausse. De 469.649 tonnes en 2012, elle a dépassé le million de tonnes en 2017 pour atteindre plus exactement 1.015.334 tonnes. Le chiffre est prévisionnel puisque toute la récolte de 2017 n’est pas encore comptabilisée. C’est un niveau de production jamais atteint. Plusieurs facteurs expliquent ce bond qualitatif. Le premier, c’est le volontarisme du gouvernement à développer cette filière. Il s’est traduit par plus de moyens alloués à ce sous-secteur en termes d’aménagement des terres, de renforcement des équipements, d’appuis avec la subvention des intrants et des semences. En 2012, la quantité de semences mise à la disposition des riziculteurs était de 234 tonnes - toutes n’étaient pas certifiées - contre 6.295 tonnes aujourd’hui.

Cette production record est également à mettre à l’actif de la recherche. Le catalogue variétal s’est sensiblement enrichi ces dernières années. Le 28 décembre 2017, l’antenne régionale de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra) de Saint-Louis permettait au Sénégal d’homologuer quinze nouvelles variétés de riz dénommées « Isriz ». Une gamme de riz, selon les experts, « tolérante aux stress abiotiques, c’est-à-dire à la salinité et aux basses températures ». Ces variétés de riz peuvent être cultivées dans toutes les zones agro-écologiques du Sénégal avec un potentiel de rendement de 13 tonnes à l’hectare.

Les producteurs disposent donc d’une palette de choix dans les variétés à cultiver, eux qui, naguère privilégiaient la variété Sahel 108 jugé plus rentable avec un cycle court. La recherche a pris également en compte les exigences des Sénégalais en ce qui concerne le goût et la qualité pour faciliter l’adoption des produits. Résultat : de plus en plus de Sénégalais consomment le riz local.
Autre segment sur lequel un bond qualitatif est noté, c’est la transformation du paddy. Il y a quelques années, celle-ci était caractérisée par une insuffisance des unités de décorticage dominées par des décortiqueuses villageoises avec un produit fini dont la qualité laissait à désirer. Aujourd’hui, la Vallée du fleuve dispose d’unités de transformation ultramodernes. La mise en marché s’est considérablement améliorée avec des labels qui commencent à faire florès.

Les structures d’encadrement telles que la Saed et l’Ancar ont également joué un rôle prépondérant dans l’atteinte de ces résultats par la vulgarisation de nouvelles méthodes comme le système de riziculture intensive.

Dans le même temps, le dialogue entre l’Etat, les organisations professionnelles et les autres acteurs s’est renforcé. Il en est de même des capacités d’intervention des structures d’accompagnement. Les perspectives rendent optimistes. Le riz n’est plus cultivé seulement dans la Vallée et au Sud du pays mais partout au Sénégal avec le riz de plateau. La riziculture pluviale, il faut le rappeler, est pratiquée dans notre pays depuis des siècles, surtout en milieux diola et sérère. Il faut maintenir la cadence en corrigeant les imperfections de la politique actuelle, notamment par un meilleur ciblage des bénéficiaires des appuis. En lieu et place des subventions, pourquoi ne pas instituer une prime à la production selon les catégories de producteurs. Ce mécanisme pourrait créer une saine émulation. Il faut également mettre l’accent sur davantage de matériels légers qui faciliteraient l’exploitation de petits périmètres rizicoles.

Aujourd’hui, la filière riz suscite un engouement certain grâce aux bons résultats enregistrés. A ce rythme, l’autosuffisance sera bientôt une réalité. Ce qui n’était au début qu’une ambition semble possible. Et le ministre de l’Agriculture semble avoir réglé, cette année, le problème des statistiques agricoles, en faisant appel à la Fao, au Cilss et aux experts de son ministère pour évaluer les résultats des différentes spéculations. Cela a un peu freiné ceux qui, l’année dernière, se répandaient en commentaires sarcastiques dans les médias et les réseaux sur la production de riz. C’est une démarche courageuse avec une volonté de travailler dans la transparence.

Le mot autosuffisance est même adopté dans les autres sous-secteurs de l’agriculture. On parle de plus en plus d’autosuffisance en oignon pour l’horticulture et même en mouton pour l’élevage. Ces résultats enregistrés en quelques années sont la preuve qu’avec une forte politique et une bonne dose d’engagement, tout est possible. Même l’émergence !

Par Mamadou GUEYE

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