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Divagation animale à Keur Momar Sarr : La pomme de discorde entre cultivateurs et éleveurs

11 Sep 2017
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A Keur Momar Sarr, zone agro-sylvo-pastorale, entre cultivateurs et éleveurs, ce n’est pas le grand amour. Le séculaire problème de la divagation des animaux dévastant les champs est la cause de cette inimitié qui, parfois, aboutit à des affrontements entre les deux camps.

La scène se déroule au village de Diamninar, à quelques trois kilomètres de Keur Momar Sarr. Elle est filmée par le chef du Domaine agricole communautaire (Dac) de la localité. Ce jour-là, un troupeau de bœufs a pénétré dans le périmètre maraîcher d’un cultivateur et dévoré les pastèques en phase de murissement. La victime, un homme d’une cinquantaine d’années, n’a que ses yeux pour pleurer. Et comme le veut la règle en pareil cas, il a réussi à parquer, dans un enclos, quelques bœufs « pillards ». Les négociations engagées avec les propriétaires des bêtes pour définir les modalités de dédommagement, sous l’arbitrage du chef du Centre d’appui au développement local (Cadl) de Keur Momar Sarr, butent sur le montant de la somme à débourser. Finalement, c’est à la brigade de gendarmerie de Keur Momar Sarr que le litige sera tranché. Les éleveurs, en acceptant de transiger, s’évitent ainsi la prison.

Ce genre de scène est quotidien à Keur Momar Sarr. La cohabitation entre éleveurs et cultivateurs y est délicate et sous haute tension. En cause, la divagation des animaux. « C’est un vrai problème dans la zone », souligne Diomaye Sène, chef du Cadl. « Il ne date pas d’aujourd’hui, c’est un problème séculaire », renchérit le sous-préfet Babacar Diagne. Pour le lieutenant Abdoulaye Wade, commandant de la brigade de gendarmerie de Keur Momar Sarr, ce phénomène est devenu même la principale infraction dans la zone. Il est source de conflit, de batailles rangées aboutissant parfois à mort d’homme comme ce fut le cas en 2002. « Cette année-là, un éleveur a trouvé la mort au cours d’une bagarre avec des cultivateurs. Jugés et condamnés, les meurtriers ont récemment bénéficié de la grâce présidentielle », informe Soda Diouf, la secrétaire municipale de la commune de Keur Momar Sarr.

Pour le sous-préfet de l’arrondissement de Keur Momar Sarr, ce problème est lié au fait que la zone a une forte potentialité pastorale. Il s’y pratique un élevage transhumant de type traditionnel. « Or, l’espace dédié à la transhumance ou au pâturage ne peut pas couvrir tous les besoins pour le bétail », fait remarquer M. Diagne. En ce mois de décembre, Keur Momar Sarr se réveille avec un temps frais. Sur la route latéritique rouge qui mène à Guidik, village de pêcheurs situé à 25 km, le spectacle d’immenses troupeaux de bœufs divaguant, broutant ou s’abreuvant tranquillement au lac de Guiers défile sous nos yeux.

Un problème séculaire
En cette période post-hivernal, l’herbe fraîche se fait rare dans cette zone. Les éleveurs qui s’étaient retranchés avec leurs troupeaux dans les endroits non cultivables durant l’hivernage où il y avait de l’herbe et de l’eau en abondance, sont obligés de s’approcher du lac, le seul endroit qui offre encore quelques touffes d’herbe et de l’eau. L’herbe fraîche étant considérée comme le meilleur aliment pour les bêtes que l’herbe sèche. Du coup, chaque jour, à la même heure, entre 11h et 13h, les éleveurs conduisent leur troupeau à cet endroit. Sur leur chemin, les bêtes traversent champs et périmètres maraîchers avec des risques d’y pénétrer et de les endommager. S’il y a des bergers qui contrôlent leurs animaux, à l’image de Samba Kâ, originaire du village de Golondé, il y en a d’autres qui ne s’en préoccupent pas outre mesure. Et souvent, c’est quand le troupeau n’est pas suivi que les dégâts sont le plus fréquents. Mais de toutes façons, pour Samba Kâ, tout de vert habillé, visage caché derrière un foulard et l’éternel bâton en main, « avec la configuration de la zone, ce problème est inévitable ». Usant de l’allégorie de la langue et des dents, il explique : « Nous sommes condamnés à vivre ensemble car nous tous nous dépendons du lac. Donc quand des gens qui s’adonnent à l’agriculture cohabitent avec des éleveurs, forcément il y a des frictions. L’essentiel c’est de faire en sorte que tout cela soit géré en toute intelligence ».

Les dégâts
Son compère Abou Kâ, beaucoup plus âgé, fait chorus. Selon ce quinquagénaire, contrairement à ce qu’on leur reproche, ils prennent pourtant toutes les dispositions pour éviter l’envahissement des champs par leurs troupeaux. Mais, il suffit d’un moment d’inattention pour que l’irréparable se produise. « Parfois, sous l’effet de la fatigue, il nous arrive de nous assoupir et là bonjour les dégâts. Après tout nous sommes des humains », souligne-t-il. Il est arrivé, d’après lui, qu’un propriétaire de troupeau ait déboursé jusqu’à 500.000 FCfa de dommages à un cultivateur. Cette information a été confirmée par le commandant de la brigade de gendarmerie. Lui-même doit intervenir très souvent, parfois même la nuit, pour éviter des affrontements entre éleveurs et cultivateurs. « Deux jours avant votre arrivée à Keur Momar Sarr, on m’a réveillé en pleine nuit pour séparer des éleveurs et des cultivateurs qui allaient en venir aux mains au village de Gouy Poulo. La même semaine, je suis intervenu à Nayobé. C’est pour vous dire que la tension est permanente dans la zone ».
En tout début de l’hivernage, le commandant Wade a eu à déférer un éleveur pour divagation d’animaux. Ce dernier avait refusé de payer des dommages à un cultivateur dont le champ avait été dévasté par son troupeau. Un fait rare. « Dans beaucoup de cas, les gens acceptent de payer car ils ont peur de la pénale donc d’aller en prison », soutient le lieutenant Wade.



Responsabilités partagées
Entre cultivateurs et éleveurs, on se renvoie la balle. Chacun indexe l’autre comme le principal responsable de cette situation délétère.

Cette tension, les cultivateurs l’imputent aux éleveurs. Atou Sall habite le village de Diokoul Fall et c’est avec exaspération que ce sulfureux trentenaire, appelé Bégué pour son sens de l’humour et sa joie de vivre, évoque le sujet. « Malgré tous les efforts que nous déployons pour protéger nos champs, les troupeaux de bœufs les envahissent à chaque fois. C’est la faute aux éleveurs qui confient leur garde à des enfants qui ne peuvent pas du tout les contrôler », tonne-t-il. « Si vous restez encore quelques minutes, vous verrez les hordes de troupeaux venant s’abreuver au lac tout piétiner sur leur passage », a-t-il ajouté. Il n’en a pas fallu longtemps pour que la scène annoncée survienne. Des troupeaux de bœufs, comme en terrain conquis, marchent à travers champs et périmètres agricoles en direction du lac. « C’est ce que nous vivons tous les jours. Heureusement qu’actuellement, la plupart de ces champs ne sont plus exploités », renchérit Atou. Dans cette zone, la plupart des cultivateurs n’ont pas les moyens de faire une bonne clôture. L’essentiel des barrières sont faites de haies mortes qui ne peuvent pas empêcher les animaux de pénétrer dans les champs.  

Le cousin d’Atou, Moussa Fall, par ailleurs un des fils du chef de village de Diokoul, embouche la même trompette : « Cette situation est difficile à vivre. Malgré les réunions et les discussions, elle persiste. Nous la vivons d’autant plus difficilement qu’on connaît bien les propriétaires des bêtes ». Pape Fall, ancien chauffeur reconvertit dans l’agriculture, lui, confie qu’il a abandonné son champ à cause de la divagation des animaux car il n’en pouvait plus « de voir les fruits de son labeur dévorés par les bœufs ». Jusque-là, toutes les solutions envisagées ne semblent pas encore porter leurs fruits. Ainsi, les relations de bon voisinage risquent d’en prendre un sacré coup. « Tous ces animaux viennent du village de Télléré, juste à côté et ils appartiennent à une seule personne », explique Mademba Fall.

Ces accusations sont balayées d’un revers de la main par Sadibou Ba, habitant de Ndimb Peulh. Selon lui, porter tout le tort sur les éleveurs reviendrait à leur faire un mauvais procès. « Chacun a sa part de responsabilité », martèle-t-il. Il rappelle la règle : les cultivateurs doivent bien clôturer et veiller sur leurs champs la journée ; les éleveurs doivent surveiller leurs bétails jour et nuit ; à défaut, ils sont tenus de les parquer la nuit. « C’est comme cela que cela doit se passer car c’est une zone pastorale où beaucoup d’animaux circulent », explique-t-il. Thierno Kâ, chef de village de Télléré, dit la même chose. Il estime que le destin des deux communautés est lié, il suffit juste que chacun respecte les règles pour éviter toute friction. « Entre voisins condamnés à vivre ensemble, il faut nécessairement faire en sorte que les relations soient toujours au beau fixe. Que chacun fasse ce qu’il doit faire et tout le monde s’en portera mieux », conclut-il.

Reportage de Elhadji Ibrahima THIAM

Last modified on lundi, 11 septembre 2017 10:53
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