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Réserve faunique du Ferlo Nord (Matam) : L’enclos de Katané, un paradis au cœur de Ranérou

13 Sep 2017
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Longtemps considéré comme une zone désertique dans lequel rien ne pousse, le Ferlo, particulièrement le département de Ranérou (région de Matam), regorge de potentialités. Les amoureux de la nature et de l’environnement y trouveront de quoi peupler leurs rêves. Au milieu de la réserve de faune du Ferlo nord, deuxième aire protégée du pays avec ses 487 000 ha, se trouve l’enclos de Katané, un espace clôturé de plus d’un millier d’hectares où plusieurs espèces menacées d’extinction se réadaptent aux conditions de leur milieu naturel.

Venir à Ranérou sans visiter la Réserve de faune du Ferlo nord ou encore l’enclos de Katané est un énorme gâchis. Situé à 30 km au nord de Ranérou, cette merveille perdue au plein milieu du Ferlo et presque méconnu du commun des Sénégalais n’est pas facile d’accès. Une vraie gymnastique s’impose pour y aller. Il faut, au risque de se perdre, emprunter un dédale de pistes impraticables que l’abondance des pluies a rendues encore plus cahoteuses.

Pour s’y rendre pendant l’hivernage, il faut prier que le ciel n’ouvre pas ses vannes. Et avoir un bon véhicule, un très bon chauffeur qui connait bien la zone. Le déplacement de l’équipe du « Soleil » sur Katané a été rendu possible grâce au Conservateur de la réserve de faune du Ferlo nord. Malgré son calendrier très chargé, le capitaine Serigne Modou Mamoune Fall a accepté de nous guider.

Plus la voiture s’enfonce dans la Réserve, plus on se rend compte que cet espace renferme une flore d’une diversité exceptionnelle. Avec la saison des pluies, le sol s’est couvert d’un joli tapis herbacé. Au fur et à mesure qu’on progresse, on croise des troupeaux de bœufs en transhumance, sous la surveillance de bergers peuls. De temps à autre, virevoltent et s’envolent des pintades et autres perdrix effrayées par cette incursion inopinée.

Pour éviter au mieux les nombreuses flaques d’eau, le chauffeur est obligé d’user de moult manœuvres et de slalomer. L’état des pistes met à rude épreuve le véhicule, secoue les passagers obligés d’être alertes pour esquiver les branches épineuses des zizyphus Mauritiana, balanites Aegyptiaca, et autre acacia Sénégalais.

Sous le poids des secousses, on traverse quelques hameaux, puis Toubel, le premier gros village au sein de la réserve. Après une longue heure de route, le petit village de Katané, peuplé de Peuls Foutankés et Fafabés, se découvre avec ses habitations éparses, ses cases en paille et ses gamins qui courent inlassablement derrière le troupeau. Sur place, les populations dont l’hospitalité est le dénominateur commun se perdent en salamalecs, rivalisent de générosité. Dans une belle alacrité, les femmes apportent des écuelles remplies de lait caillé pour souhaiter la bienvenue à leurs hôtes qui ne se font pas prier.

Après une courte pause, cap sur l’enclos de Katané, créé par le gouvernement vers les années 2000 pour faire face aux nombreuses menaces qui ont pour nom désertification, surpâturage, destruction de l’habitat.

Jadis gérée par la direction des Eaux et forêts, la Réserve de faune du Ferlo nord, une aire protégée créée en 1972 a été confiée à la direction des Parcs nationaux. Pour protéger la faune et augmenter des espèces, renseigne le capitaine Serigne Modou Mamoune Fall, la chasse a été fermée dans les départements de Podor et de Matam d’alors. « Il y avait un corridor migratoire qui reliait le Parc national Niokolo Koba et la Réserve de faune du Ferlo nord et sud en passant par le Boundou. Mais les sécheresses des années 60 et 80 ainsi que les installations humaines et leurs corolaires ont contribué à la dégradation de l’environnement », explique le conservateur de la réserve. Mais avec le rattachement de la Réserve de faune du Ferlo nord aux Parcs nationaux en 1996, un programme de réintroduction d’espèces a été lancé avec l’appui de partenaires comme la Coopération espagnole.

Les oryx, véritable attraction de l’enclos…
Katané enclosAprès avoir franchi la porte principale, deux petits enclos se font face : celui d’acclimatation sur un rayon de 5 ha et celui d’observation sur une superficie de 0, 9 ha dédié aux animaux blessés. Après la traversée de ces deux enclos, nous voilà à l’intérieur du grand enclos de Katané.

Érigé en 2002 sur une superficie de 500 ha pour introduire les premières espèces considérées comme éteintes à l’état sauvage par l’Union internationale pour la conservation de la nature (Uicn), l’enclos de Katané a connu une extension de 700 ha, dix ans plus tard. Dix-huit oryx algazelles acclimatés à la Réserve spéciale de faune de Gueumbeul (Saint-Louis) y ont été introduits en 2003 pour leur permettre de s’acclimater à leur nouvel environnement. Cette translocation s’inscrit dans un programme à long terme pour la restauration du patrimoine faunistique pour préparer la réintroduction de l’oryx dans la nature.

Pas besoin de jumelles pour apercevoir la colonie d’oryx algazelles. Regroupés en hardes mixtes de plusieurs dizaines d’individus, ces mammifères proches de l’antilope sont reconnaissables à leur pelage court et blanchâtre, à l’exception de la poitrine et du bout de la queue, qui sont de couleur fauve. De loin, on peut bien les contempler avec leurs belles et longues cornes incurvées vers l’arrière qui dépassent parfois le mètre. Très craintifs, ces ongulés sont toujours sur leur garde, prêt à détaler au moindre mouvement suspect.

Au début, ils étaient une communauté de dix-huit. Aujourd’hui, le troupeau d’oryx s’est considérablement agrandi « Nous sommes partis d’une population de dix-huit oryx pour arriver à un stock de plus de 300 individus. C’est rare de trouver un tel nombre d’oryx en semi-captivité. C’est une première même dans la sous-région et une fierté pour notre pays », se réjouit le capitaine Fall.

Outre les oryx algazelles, on retrouve, à Katané, des gazelles dorcas qui font partie du même programme. Difficile d’apercevoir ces bovidés très craintifs du fait de leur sensibilité. Pour espérer les voir, il faut se lever très tôt et s’armer de patience. D’ailleurs, c’est en nous lançant à leur recherche que notre véhicule conduit par un as du volant, le vieux routier, un grand connaisseur du Ferlo, Amadou Bâ, s’est embourbé. Heureusement, le capitaine Fall et son équipe avaient pris toutes les dispositions pour parer à toute éventualité.

Les gazelles dorcas avaient complètement disparu de leur milieu naturel du fait de la chasse intensive dont elles étaient victimes. L’État du Sénégal, avec l’appui de partenaires, a mis en place un programme d’élevage ex-situ pour assurer la survie de ces bovidés en semi-captivité et de fournir des individus aptes à la réintroduction. C’est ce qui explique, selon le capitaine Fall, le transfert de quelques individus de la Réserve spéciale de faune de Guembeul à celle de Ferlo Nord. Depuis, les 23 gazelles exploitent leur nouvel habitat en compagnie d’autres espèces telles que les gazelles dama mhorr également en danger d’extinction et qui font partie du même programme. Selon le capitaine Fall, l’expérience a moins réussi que celle des oryx, mais assure-t-il, cette tendance sera corrigée.

La tortue sulcata, l’une des plus grosses espèces de tortue terrestre a aussi été réintroduite dans l’enclos. Ici, à Katané, ces reptiles originaires des savanes arides du Sahel sont dans les terriers numérotés. Mais nous n’avons pas eu la chance d’apercevoir ces tortues à la carapace marron clair à jaunâtre dotée de grandes écailles quadrangulaires. Le hasard nous a menés au terrier n° 533. Sur place, le décor est triste. Sous l’effet des fortes précipitations enregistrées ces derniers jours dans le Ferlo, le terrier s’est affaissé sur son pensionnaire. Armés d’une pelle, le capitaine Fall et l’agent Sanoussi Touré, aidés par l’équipe du « Soleil », se sont employés à sauver la tortue en dégageant le sable qui avait fini d’obstruer le passage de l’animal.

Un enclos à réhabiliter
KatanéLa réintroduction de certaines espèces disparues de la zone a connu un certain succès et la flore s’est rapidement régénérée, mais les défis restent nombreux. La réhabilitation de l’enclos de Katané figure parmi les priorités. Le conservateur de la réserve qui a participé à son arrivée en 2015 à un colloque sur la conservation des enclos sahélo-sahariens regroupant tous les experts dans ce domaine n’a pas manqué de faire un plaidoyer pour sa réserve, notamment l’enclos de Katané. La particularité de la réserve de faune du Ferlo, souligne le capitaine Fall, c’est qu’il y a beaucoup plus d’arbres. « La densité est plus importante qu’au centre du pays et dans certaines de ses localités. C’est une exception dans le Ferlo qui est boisé. Il y a des espèces qui étaient là et qui ont disparu. Avec l’appui des partenaires, on les a ramenés. C’est une fierté pour notre pays », explique le conservateur. Et selon lui, des intérêts se sont manifestés lors de cette réunion. « Nous les avons poursuivis », dit-il.

Pour la réhabilitation de l’enclos de Katané, le financement est déjà acquis. Des partenaires se sont engagés à soutenir le projet, se félicite le capitaine Fall. Le démarrage des travaux de réhabilitation de l’enclos est prévu à la fin de l’hivernage.  Le capitaine Fall et son équipe espèrent que ces contraintes majeures seront levées d’ici à la fin de l’année au grand bonheur des animaux qui se trouvent dans l’enclos et des populations de Katané et ses environs. « En trois mois, nous nous sommes tous battus, avec l’aide des populations pour arriver à ces résultats », ajoute-t-il.  

L’un des défis que souhaite relever le capitaine Fall et son équipe, est l’introduction d’autruches. « Il y a un axe triangulaire Ranérou-Pétiel-Asré qui va jusqu’à Katané. C’est notre noyau central ainsi que la zone de prédilection des autruches. Nous avons vu des autruchons. Lors de ma dernière mission de suivi écologique, j’ai vu des nids d’autruche et des traces fraiches d’autruchons, des plumes », déclare-t-il. Tout cela prouve, selon lui, que l’autruche est dans le Ferlo. « Ce qu’il y a lieu de faire, c’est d’avoir une population dans l’enclos et en faire une multiplication pour qu’elle puisse atteindre un certain niveau avant d’envisager des lâchers », précise-t-il.

Par Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes) et Mbacké BA (photos)
(A suivre)

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