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Arts et Culture (2327)

Le Centre ouest africain de recherche (Warc) a abrité, du 3 au 13 mai, dans le cadre de cette 13ème Biennale de l’art africain contemporain de Dakar (Dak’Art), l’exposition « Ils sont là avec nous » de l’artiste peintre burkinabé, Ajaratou Ouédraogo. Adja, son nom d’artiste, « médite » sur le sort des âmes de la rue pour faire entendre quelques geignements et entrevoir des lueurs.

Adja Ouédraogo ne tisse pas un nid de tergiversations, de doutes bien que le contraste de sentiments soit saisissant dans ses toiles. La jeune artiste burkinabé décloisonne la tristesse et la joie à travers un silence bruyant et des couleurs « franches ». Elle explore des vies possibles dans des univers de synthèse et de fusion, d’horreur et d’inattendus sourires. Des réalités se superposent ou trouvent écho chez une autre prouesse artistique d’Adja. Elle est dans une quête infinie de sens et d’éventualités. Ce qui « encombre » ses œuvres d’appréhensions et trouble l’humeur vagabonde secrétée sur chacune d’elles ; sécrétion stimulée par une conscience altruiste.

Adjaratou Ouédraogo est marquée par le sort des enfants dont l’espace de vie est la rue. Mais, la particularité de son travail se trouve moins dans l’exposition de son opinion que la mise en évidence du « ressenti » de ces mômes dont la douce insouciance est une autre interrogation sur la notion de bonheur. « La rue, ce n’est pas un lieu où les enfants devraient être. C’est un fléau à éradiquer. Paradoxalement, certains d’entre eux s’en accommodent. Quelque part, c’est leur monde. Ils y jouent, rigolent. C’est pourquoi, dans mes toiles, j’essaie de mettre en lumière ce contraste », confie Adja, particulièrement taciturne. Son œuvre est à la fois une dénonciation et un questionnement sur une réalité partagée par plusieurs sociétés.

La singularité du « regard » de celle qui est également réalisatrice de films d’animation est dans sa faculté remarquable de charger ses toiles de métaphores. Celles qui mettent en lumière le chien, comme pour exprimer l’errance et le déshéritement de l’enfant de la rue ou encore la tranche d’animalité de l’homme, témoignent d’un drame collectif noircissant le présent et compromettant le devenir. Adja est une accusatrice lucide qui fait cohabiter des émotions et mobilise les consciences sur une tragédie sans s’arrêter dans sa quête de lumière. Celle-ci s’inscrit, dans ses tableaux, dans un voyage tourmenté, embrassant, toutefois, un horizon moins brumeux. Elle peint une allée d’ombre et de lumière, l’espoir et ce qui accable. C’est pourquoi, à son avis, « aucune œuvre ne ressemble à une autre ». Car, elle le produit d’un instant d’agitation ou de quiétude, de révolte ou de réjouissance, de présence ou de vide.

Adja, née en 1981 au Togo, explore plusieurs univers de création. En plus de la peinture, elle est sculpteur et réalisatrice de films d’animation. Cette dernière sphère artistique est un prolongement des deux premières, une sorte de fusion didactique entre la peinture et le film. « Dans mes films d’animation, j’utilise aussi la peinture. C’est une continuité. Le film m’offre la possibilité de dire beaucoup plus de choses. Le message y est beaucoup plus accessible pour certains », souligne-t-elle. Jeune fille avare en parole, elle s’est très tôt réfugiée dans le dessin pour se représenter le monde et communiquer grâce au « crayon » qui a conquis bien des espaces. La 13ème édition de la Biennale de Dakar en est une belle illustration.

Alassane Aliou MBAYE

Dans le cadre de la célébration de la Journée internationale des musées, le Musée Théodore Monod d’art africain de Dakar a ouvert gratuitement, hier, ses portes aux publics. L’occasion de découvrir sa riche collection de masques, de statuettes, de vannerie, de pagnes… symbolisant le fonctionnement des sociétés africaines traditionnelles ainsi que les riches technologies qu’elles ont pu développer durant plusieurs siècles.

Niché au cœur du centre-ville, à deux pas de la Place Soweto, le Musée Théodore Monod d’art africain de Dakar étale son charme architectural au style néo-soudanais. Le bâtiment historique se dressant majestueusement au milieu d’un espace de verdure piqué de quelques arbres rappelle un peu la configuration du marché central de Bamako ou encore la grande mosquée de Djenné et de Tombouctou. Construit à partir de 1931, ce musée a assuré pendant plus plusieurs décennies un rôle de premier plan dans la promotion, la médiatisation et la valorisation des cultures africaines notamment celle de l’Afrique de l’Ouest.

En choisissant de s’ouvrir gratuitement à tous les publics, le temps d’une journée, dans le cadre de la Journée internationale des musées, célébrée cette année sous le thème : « Musées hyperconnectés : Nouvelles approches, nouveaux publics », cet établissement offre aux visiteurs l’opportunité de découvrir des facettes et des pans entiers de l’histoire des peuples africains. L’exposition permanente présente dans le hall de l’édifice est un condensé des modes de vie, de rites et pratiques séculaires. Entre les masques de danse et d’initiés de la Sierre Léone, ceux des Asamay des Diolas de la Casamance, les statuettes de fécondité symbolisant l’esprit de la procréation de Sénoufo en Côte d’Ivoire, la statuette Niéléni du Mali montrant l’image d’une fille pubère en pays Bambara… cette exposition n’est rien d’autre qu’une plongée dans les méandres des modes de vie des sociétés africaines traditionnelles. Elle propose, en même temps, des outils aratoires traditionnels, des instruments de musique comme les sonnailles, sanza, sifflets, guitares, flûtes et tambours d’aisselle. La collection du Musée Théodore Monod, c’est également la figure de sanctuaire Oche Eramiho de la Guinée-Bissau, qui est une représentation des grands esprits (« Inan »).

Près de 10.000 pieces
Dans la tradition, cet esprit était consulté avant le début des travaux agricoles, lors de l’avènement d’un nouveau chef, au moment de l’initiation des jeunes gens ou à l’occasion des funérailles. L’Afrique noire est aussi réputée par la poterie, les vanneries, les pagnes bogolan du Mali, de la Guinée et du Burkina Faso. Cet art traditionnel datant de plusieurs centaines d’années occupe une bonne partie de l’exposition permanente. Avec une collection estimée à près 10.000 pièces, l’espace fait une reconstitution du passé glorieux du continent, de l’Afrique traditionnelle et des profondeurs. Les objets qui proviennent de cette collection sont originaires de plusieurs pays d’Afrique occidentale. Ce qui se justifie, d’après le conservateur, El Hadji Malick Ndiaye, par le fait qu’il s’agit d’un legs de l’ancien Institut français d’Afrique noire devenu par la suite Institut fondamental d’Afrique noire.

Créé par le scientifique naturaliste Français Théodore Monod, cet institut de recherche couvrait presque l’ensemble de l’Afrique. « Tous les objets, qui étaient étudiés et collectés par les chercheurs, se sont retrouvés dans le musée de l’Ifan. Ces objets servaient à étudier les sociétés, à voir leur fonctionnalité et à étudier la richesse des technologies traditionnelles », explique-t-il. C’est cette configuration qui a fait que dans de nombreux pays, les anciens centres de l’Ifan sont devenus des musées nationaux. Avec son caractère ethnographique et son histoire complexe, l’Ifan a joué un rôle « fondamental dans la protection du patrimoine, sa valorisation, sa diffusion ». Ce musée qui allie une vocation ethnographique et artistique, renseigne El Hadji Malick Ndiaye, a servi de legs pour comprendre le fonctionnement des sociétés africaines et pour montrer la richesse de leurs technologies et celle des valeurs que leurs objets portent en tant que mémoire véhiculant les habitus des communautés.

Un capital temporel fort
L’histoire du musée de l’Ifan a véritablement commencé par l’enregistrement des premiers objets en 1941. A l’accession du Sénégal à l’indépendance, il devient le musée universitaire de l’Institut fondamental d’Afrique noire et sera intégré à l’intérieur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Musée de Dakar d’abord, il fut inauguré en 1971 par le président Léopold Sédar Senghor et son homologue français Georges Pompidou sous l’appellation de Musée d’art africain. « Ceci résulte d’un travail scientifique qui avait été élaboré. A partir de la fin des années 1950, les conservateurs collectent des objets qui n’ont pas singulièrement une valeur ethnographique », soutient le conservateur du musée. En 2007, un décret présidentiel lui fit porter le nom de Musée Théodore Monod d’art africain. Aujourd’hui, ce musée affiche « un fort potentiel, un capital temporel très fort et une histoire très riche » grâce à la qualité de sa collection. Malgré les difficultés, l’institution essaie de se renouveler. « Depuis deux ans, nous essayons de se réorienter vers une ouverture large auprès des publics locaux (étudiants, élèves, touristes, riverains) avec des manifestations spécifiques qui ont été créées dans le but de répondre à cette politique et cette vision », avance El Hadji Malick Ndiaye.

Aussi, le musée tente d’établir une connexion entre la création contemporaine et l’art classique. « Cette connexion est fondamentale dans la nouvelle vision du musée. Elle permet à la communauté de voir que ce qui avait été utilisé par les anciens, les objets et les formes, les matériaux continuent d’être utilisés », souligne M. Ndiaye. Avec cette nouvelle vision, le Musée Théodore Monod de l’art africain contemporain s’inscrit dans une perspective conjuguant passé et présent. Il veut aussi, sans doute, conformément à la thématique de la célébration de la Journée internationale des musées de cette année, devenir un « moyen important d’échanges culturels, d’enrichissement des cultures, du développement de la compréhension mutuelle, de la coopération et de la paix entre les peuples. »

Le manque de moyens : un écueil au pied du musée
Depuis plus d’un demi-siècle, le Musée Théodore Monod s’est engagé dans une entreprise de conservation et de promotion des cultures africaines et de la création contemporaine. Cette mission aussi délicate que fastidieuse exige des moyens que l’institution peine pourtant à trouver. Le service n’a pas de budget. Pour pallier ce manque de moyens financiers, l’établissement a développé plusieurs initiatives et stratégies. « Dans un monde où nous assistons à une industrialisation de la culture, à la mort de l’Etat-providence, l’imagination requiert des fondamentaux qui nous obligent à aller chercher des moyens », explique El Hadji Malick Ndiaye. En plus de la location de l’espace, le musée sollicite souvent les sponsors pour essayer d’avoir une certaine autonomie.
   

Par Ibrahima BA 

 

La plasticienne sud-africaine Usha Seejarim, lauréate du Prix Sculpture de la biennale Dak’Art 2018, bénéficiera d’une résidence de deux mois à la Société Coopérative d’Art contemporain de Marestaing, en Haute Garonne en France. Ce Prix Sculpture remis pour la première fois par le jury officiel du Dak’Art est l’initiative d’un partenariat entre l’association « Solidarité Laïque » et la Société coopérative d’art contemporain de Marestaing, près de Toulouse. Corinne Marcien Lebret, présidente de la Scac Marestaing, est l’épouse de Joël Lebret, ancien diplomate français en charge d’éducation et de culture dans plusieurs pays africains, notamment au Sénégal, entre 2000 et 2005. Le couple, dont l’époux est à la retraite depuis deux ans, a pensé mettre leur temps et leur résidence au Lieu-dit Marestaing, à Volvestre, à une cinquantaine de kilomètres de Toulouse, à disposition pour favoriser des rencontres entre artistes africains et les habitants d’un milieu rural français.

En faisant venir des artistes africains, Joël Lebret et son épouse Corinne veulent « réinterroger les perceptions réciproques et montrer que l’étranger peut participer à une dynamique du territoire ». Ils ont ainsi mis en place la Société coopérative d’art contemporain (Scac Marestaing), afin d’intégrer des personnes, des organisations, (dont Revivre et Solidarité Laïque), et des collectivités (la communauté de communes de Volvestre), etc.

Ils ont déjà accueilli une famille de migrants en favorisant leur insertion en France par des activités agricoles, à Volvestre. Et en 2017, les artistes sénégalais Gabriel Kemzo Malou et Viyé Diba y ont participé à des résidences de création. Cette année, c’est au tour des artistes camerounais, Dieudonné Fokou, sur place jusqu’en juin et Justine Gaga attendue en septembre, de séjourner à la Scac de Marestaing pour deux mois.

Le domaine du couple Lebret, vaste de plusieurs hectares, ayant pour vocation de recevoir des sculpteurs, Joël et Corinne ont proposé au Secrétariat de la Biennale de Dakar de recevoir en résidence un artiste lauréat choisi par le jury officiel de l’événement. Ce Prix Sculpture du Dak’Art a été ainsi mis en place. La plasticienne sud-africaine Usha Seejarim, lauréate de cette première édition, bénéficiera donc d’une résidence artistique de deux à trois mois, à la Scac Marestaing.

Omar DIOUF

 

Aïssatou Cissé a toujours refusé l’immobilisme. Elle a pu vite gravir l’échelle sociale avec un parcours professionnel assez riche.

Malgré son handicap moteur depuis son enfance, la romancière donne l’image de nager dans un océan de bonheur. L’auteur des ouvrages «  Zeyna » et « Linguère Fatim » a su tirer en elle assez de force pour faire face aux revers de la célébrité. Nommée conseillère spéciale du chef de l’Etat, elle donne ses avis sur les politiques de prise en charge de la vulnérabilité et du handicap.

A croire qu’elle garde le sourire en toutes circonstances. Malgré de petites difficultés éprouvées pour nous rejoindre dans la grande cour du Grand Théâtre, où elle nous a donné rendez-vous lors de la cérémonie d’ouverture de la Biennale de Dakar, elle affiche une mine rayonnante, avec une belle allure féminine, même si le soleil darde ses rayons sur son corps. Aïssatou Cissé, sur son fauteuil roulant, a dû faire un grand tour dans la mesure où les rampes, en perplexe, ont été construites loin des escaliers, derrière le bâtiment. Mais avec un visage radieux, bien mis en valeur par une touche de maquillage, elle semble tirer du plaisir à répondre au feu roulant de nos questions surtout, dit-elle, qu’elle fait l’objet de sollicitations de partout.

« Je n’avais pas prévu d’assister à cette rencontre, mais le cabinet présidentiel a insisté… », lâche-t-elle avec fierté. Le rythme rapide de sa voix douce laisse croire à une enfance dorée dans un quartier résidentiel de Dakar. Avec une belle élocution, elle s’exprime avec aisance. Ses propos révèlent aussi un fort niveau d’instruction.

Mais, précise-t-elle, « je suis née dans le populeux quartier de Niaye Thioker. J’ai toujours pris le soin de renforcer mes capacités à travers différentes formations professionnelles ». Aïssatou Cissé a eu la chance d’avoir des parents, un papa professeur d’histoire-géographie, une maman enseignante, qui ont su l’armer et la préparer à affronter les vicissitudes de la vie, au moment où d’autres enfants qui traînent les mêmes tares sont souvent marginalisés et souffrent de l’absence des structures d’éducation spécialisées.

« Mes parents, qui sont des éducateurs, m’ont toujours mis dans la tête que j’ai une part de responsabilité pour le développement de notre pays. Ils ont veillé à ce que mon éducation scolaire puisse être solide. Ils m’ont toujours mise à l’esprit que je dois œuvrer de sorte que demain, mon pays puisse me citer parmi les challengers, qu’il m’était possible de bâtir des choses et que j’ai une pierre à poser à l’édifice ; ils ne cessent de me le dire ».

Mais elle a également eu la chance d’être épaulée, depuis son enfance, par une Française. « Mes parents ont été accompagnés, depuis mon enfance, par Mme Laurence Maréchal, qui était à « Terre des Hommes ». Elle a toujours été présente dans ma vie et est devenue ma marraine. Elle m’épaule toujours, je lui dois beaucoup », confie-t-elle.

VALEURS COMMUNES
Aïssatou Cissé peut se permettre d’être sûre d’elle en raison d’une forte estime de soi, mais aussi pour avoir gagné des batailles dans la vie. Jamais, elle n’a eu à développer des complexes d’infériorité.  «  Mes parents m’ont appris, dès le bas âge, que la vie est un combat, de la naissance jusqu’à la mort. Je me suis toujours fixée des défis, c’est d’ailleurs un trait caractéristique de notre famille. On aime les challenges, on aime toujours aller au-delà de ce qui est défini ».

Et d’ajouter : « Je n’ai jamais bénéficié, dans ma vie, de traitement de faveur. Mes parents ont toujours tenu à ce que je sois corrigé au même titre que les autres. C’était aussi pareil si je devais être récompensée. Ma mère se faisait l’honneur de le répéter à mon maître à l’école. Je ne devais aucunement faire l’objet de discrimination ». Aujourd’hui, elle se réjouit d’être un motif de satisfaction pour ses parents qui ont fondu en larmes lorsqu’elle a été cooptée dans le Cabinet présidentiel. Elle s’est toujours bagarrée pour une prise en compte des personnes vivant avec une vulnérabilité et a su vite gagner la confiance du chef de l’Etat sénégalais. « Jamais je ne m’étais intéressée à la politique. Quand j’ai vu que le président Macky Sall et moi partagions des valeurs communes, j’ai vite fait d’intégrer son directoire de campagne. Il ne cesse de me renouveler sa confiance depuis son élection ». « Certains esprits pensent que je suis intéressée par le prestige social ou que je m’enrichis sur le dos des personnes handicapées, dans la mesure où je ne leur distribue pas des enveloppes bourrées de fric.

Je suis insultée de partout, mais cela ne m’ébranle aucunement », raconte la conseillère spéciale du chef de l’Etat sénégalais en charge des Politiques de prise en charge de la vulnérabilité et du handicap depuis 2012.
Or, précise-t-elle, « en dehors de mon salaire, aucun budget n’a été mis à ma disposition. Le chef de l’Etat sénégalais n’est pas du genre à dilapider les sous de l’Etat.  Sa volonté de mettre en œuvre une gestion sobre et vertueuse est bien réelle ».

SOUVENT « INSULTEE »
La jeune dame, qui est pourtant réputée pour sa générosité, confie qu’elle s’est fixée comme but précis d’offrir des chances de réussite aux personnes vivant avec une vulnérabilité et de lutter contre la politique de l’assistanat qui prive l’humain de sa dignité. Son cursus professionnel reflète aussi des années de militantisme pour la prise en considération de leurs besoins dans les politiques nationales.  

« J’ai travaillé dans les organismes internationaux pour la prise en compte des femmes du monde rural, des femmes qui n’avaient aucune notion de leurs droits fondamentaux, qui ont longtemps été brimées, privées de leurs droits, injustement privées de leur épanouissement. Nous avons mené des missions partout au Sénégal, avec d’autres associations pour leur montrer qu’elles ont des droits », rappelle Aïssatou. Aujourd’hui, elle en récolte des vertes et des pas mûres mais se réjouit du fait que des avancées significatives ont été réalisées depuis qu’elle a accédé à cette station. La loi d’orientation n’est pas encore mise en œuvre, mais des propositions faites au gouvernement sénégalais ont eu un impact réel. Aujourd’hui, la romancière se réjouit des changements réels ces dix dernières années, notamment dans le domaine du handicap.

« La mise en œuvre d’un décret constitue un énorme enjeu, notamment dans le domaine des ressources financières et humaines. Le président de la République Macky Sall a eu le courage de signer le premier décret concernant les personnes handicapées au Sénégal ; c’est un courage politique à saluer. La volonté du chef de l’Etat est forte et ferme. Nous tenons à ce que le Sénégal puisse être une locomotive dans la prise en compte de cette catégorie dans les politiques publiques », note-t-elle.

L’Etat, qui a pris en considération ses recommandations, s’est d’ailleurs engagé à faciliter l’insertion de cette couche sociale dans le monde du travail sur la base de leurs capacités professionnelles. « Des entreprises publiques et privées recrutent de plus en plus des personnes souffrant d’un handicap. C’est à saluer. Nous ne voulons plus qu’une catégorie de personnes soit toujours à la recherche de l’aide d’une tierce. Nous tenons à ce qu’elles jouent leur partition dans le développement de la nation et soient de véritables actrices du développement. Nous ne voulons plus que la pitié soit mise en bandoulière », ajoute Aïssatou. A 48 ans, la dame pétille d’idées et souligne qu’elle n’est pas mue par l’intention de ruiner des espoirs. Elle envisage, d’ailleurs, d’organiser une soirée de gala qui vise à récompenser les entreprises qui auront matérialisé cette volonté du chef de l’Etat d’insérer cette couche sociale dans le monde du travail sur la base de leurs compétences. A travers ce Gala des Baobabs pour l’emploi des personnes handicapées, qu’elle compte organiser, le 30 juin prochain, Aïssatou aimerait magnifier leur contribution significative.

« Et au-delà du Gala, le Prix Macky Sall pour l’inclusion et l’autonomie des personnes handicapées sera décerné aux meilleures entreprises qui auront intégré dans leur dispositif des personnes handicapées ayant les compétences requises selon la structure de recrutement. Nous ne voulons plus qu’elles soient embauchées, par compassion. Cette couche sociale regorge de compétences et nous travaillons dans ce sens avec des experts dans le domaine des droits de l’Homme, de l’emploi. Ce concept va renforcer les politiques nationales en faveur de l’injustice sociale, de la discrimination », dit-elle. Très enthousiaste de sa mission, les mots se bousculent quand Aïssatou Cissé égrène le chapelet de réalisations et de projets en faveur de cette couche sociale. Comme exemple, un sourire éclaire son visage à la pensée de la modification de la loi sur la construction qui a permis l’érection de rampes pour les personnes vivant avec un handicap au sein des édifices publics….

Par Matel BOCOUM

 

La Villa Ciring Cissé sise aux Almadies, en face du 2 K Plaza, accueille jusqu’au 20 mai, l’exposition d’œuvres de l’artiste plasticien Soly Cissé sous le thème : « Curiosité ».

La « Curiosité » habite Soly Cissé. Elle est ambiante. Cette tendance à apprendre, à connaître des choses nouvelles ou cachées constitue le fil conducteur de l’exposition individuelle de l’artiste plasticien. Ses œuvres sont à voir jusqu’au 20 mai à la Villa Ciring Cissé sise aux Almadies, en face du 2 K Plaza, dans le sillage de la 13e Biennale de l’art africain contemporain de Dakar (Dak’Art 2018).

Soly Cissé est un artiste plasticien qui ne croit pas à l’inspiration. Son credo, c’est la recherche, la curiosité. « Dans mes œuvres, j’aime cette subtilité avec des choses cachées, à décoder, imaginer, penser », explique S. Cissé. Il se plaît à ce jeu entre le public et lui.

La tonalité de l’exposition est donnée à l’entrée de la Villa peinte en blanc. Deux sculptures dans une belle patine, sous des traits d’animaux, se dressent fièrement devant la porte. Elles veillent à la quiétude des lieux. Quelques cris d’oiseaux viennent perturber cette atmosphère apaisante. Elle est propice à la contemplation, à la lecture des créations de Soly Cissé.

La scénographie de l’exposition « Curiosité » se déploie sur deux niveaux. Au rez-de-chaussée, une farandole de couleurs, de formes qui titillent les pupilles du visiteur. Les teintes sont chaudes : rouge, jaune, bleu. Elles donnent du relief à des expressions comme la peinture, le collage, le dessin. Par endroits, l’ordre et le désordre se côtoient dans une belle alchimie. Sur d’autres supports, notamment au premier étage, ce coup de crayon, ce coup de pinceau explorent des univers singuliers.

Dans son analyse, le critique d’art, Massamba Mbaye présente Soly Cissé comme le glouton de travail qui amalgame la matière avant de la faire exploser sur support. Au regard de M. Mbaye, si son bestiaire est récurrent, c’est bien parce qu’il se refuse formellement de voir le monde, plutôt avec son côté obscur. « Que l’on ne s’y trompe pas, tout ce qu’il dit de la bête, parfois immonde, est humain !, lance le critique d’art. C’est pourquoi ses reptiles, ses canidés nous surprennent toujours par l’acuité de leur regard et leur intrigante posture ». Des regards, des visages en disent long sur la psychologie des personnages. Dans son écriture picturale, S. Cissé s’emploie à une mise en scène avec des jeux d’acteurs. L’artiste plasticien se définit comme « libre dans la manière de penser, de faire ».

Renouvellement
Les mutations, les affirmations hybrides qui renvoient à la double personnalité de nos humanités sont au cœur du projet artistique de Soly Cissé. Comme au théâtre forum, « le public doit interagir dans le travail de l’artiste. Il doit participer à l’évolution du processus de création », opine le plasticien estimant que le public peut être un bon juge. « Le public complète l’artiste. Il apporte sa contribution. C’est à partir de ce regard que nous essayons d’ajuster, de rectifier les choses que nous mettons en place », relève Soly Cissé. Pour lui, le créateur doit être préoccupé par la recherche. Il doit beaucoup travailler, se renouveler. Sur ce point, le regard de Massamba Mbaye est très précis. « Soly Cissé a commencé à superposer ses œuvres pour n’en faire qu’une par le simple fait du hasard du rangement des toiles dans son atelier. Ce constat fortuit a été un déclic pour une présentation plastique consubstantielle à une élaboration esthétique ». Cette approche transparaît dans la série « Curiosité ».

Des tableaux sont superposés les uns les autres, laissant une grande part d’énigme, d’imagination sur la composition de l’œuvre qui se situe en dessous de l’autre. Le critique d’art, M. Mbaye juge qu’une œuvre n’est jamais terminée. « L’artiste atteint un seuil d’équilibre ou de déséquilibre qu’il valide avec une signature mais, par sa force de suggestion, la toile est de l’ordre de l’infini », argue-t-il, ajoutant : « C’est par l’imagination qu’elle se libère et donne sens ou à sentir ». L’exposition « Curiosité » est à voir jusqu’au 20 mai à la Villa Ciring Cissé sise aux Almadies, en face du 2 K Plaza.

E. Massiga FAYE

Un long tonnerre d’applaudissements a suivi la projection du film « Amin » à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes. Ils étaient bien sûr pour la remarquable actrice Emmanuelle Devos et le réalisateur Philippe Faucon, auteur de nombreux films et notamment le grand succès, « Fatima », mais cette ovation consacrait aussi deux acteurs sénégalais encore méconnus. Rencontre.

« En nous voyant à l’écran, j’ai revu le village de Cherif Lô où se déroulait le tournage, la joie de vivre des enfants, l’accueil qui nous a été réservé mais aussi le travail que nous avons fourni.

J’ai pleuré devant les applaudissements car j’ai compris que ça valait vraiment la peine de faire ce film », indique Marème Ndiaye. « J’espère que beaucoup de gens pourront le voir pour comprendre les immigrés », renchérit Moustapha Mbengue. Il y interprète Amin, qui travaille dans un chantier de construction en France et ne rentre que lors des vacances pour retrouver sa femme Aïcha (Maréme Ndiaye) et ses trois enfants. Il finit par avoir une relation avec Gabrielle, une femme accueillante (Emmanuelle Devos), et manque le voyage, ce qui éveille les soupçons…

« Au Sénégal, beaucoup vont s’identifier : ce sont des situations qu’on vit en permanence », dit Marème. Dans le film, elle se rebelle car, dit-elle, « les femmes ne se laissent plus faire. Aïcha ne se contente plus d’être la villageoise qui fait à manger et s’occupe des enfants. Elle veut savoir où va l’argent de son mari et se prend la tête avec sa belle-famille. C’est une battante ! »

Moustapha est venu en Italie pour faire de la musique. « Mais je connais beaucoup de Sénégalais qui travaillent dans les chantiers. Ils font ce que ne veulent plus faire les Européens », dit-il.

Le cinéma n’est pas nouveau pour eux. Marème a joué dans « Maman (s) » de Maïmouna Doukouré, qui a reçu le César du meilleur court-métrage en 2017, et d’autres courts-métrages.

Moustapha était dans « Les Caprices d’un fleuve » de Bernard Giraudeau et en Italie, où il habite depuis 21 ans. Il a joué à la télévision et dans des films de réalisateurs comme Nino Manfredi, mais il fait aussi du théâtre. Musicien, il participe au groupe Africa Djembé. Maréme a eu le rôle en se présentant au casting et Moustapha a envoyé une vidéo pour y participer.

Au tournage, Philippe Faucon suivait l’objectif du scénario mais voulait qu’ils restent naturels. « C’était comme une formation, indique Maréme : il nous poussait à trouver les choses par nous-mêmes. » C’était d’autant plus important pour une scène intime, lorsque Amin retrouve Aïcha, une belle scène où elle voit les rides de son mari qu’elle ne voit pas vieillir. Son personnage se rebelle contre cette solitude et sa colère éclate quand Amin manque le voyage et que seul son frère lui amène les cadeaux. « Pour tourner la scène, cela tombait bien car ce jour-là, j’étais réveillée du mauvais pied ! », lâche-t-elle.

Amin, lui, trouve le réconfort dans les bras de Gabrielle (Emmanuelle Devos), mais cela finit par se remarquer… Son jeu est épanoui au Sénégal et replié en France. « Cela tient au fait que l’environnement est différent. Les gens en France sont méfiants, parfois agressifs. On se crispe et on pense à son travail, à sa famille ».

Pour Moustapha Mbengue, le cinéma permet de « contribuer à l’égalité des citoyens dans le monde, au fait qu’on soit tous respectés. C’est important pour faire passer un message de paix et de fraternité. » Marème et Moustapha apprécient les retours positifs sur le film et la magie du festival. « Cannes est une fête du cinéma, dit Moustapha, c’est très beau ! Le cinéma apporte la joie et la culture, c’est mieux que de faire des missiles ! » Confirmant le talent et la justesse de ton d’un réalisateur confirmé, le film est un succès et fera une belle carrière, mais comme le dit Marème : « Le fait d’être à la Quinzaine des réalisateurs, c’est énorme. Bon, après, on rentre chez nous et on reprend notre train de vie ! »

De notre correspondant Olivier BARLET

A travers 25 tableaux exposés au Centre socioculturel de Bargny, l’artiste Pape Issa Diouf dit Papissa raconte le quotidien des Sénégalais et surtout met en valeur le patrimoine. Artiste au riche parcours, Papissa en est à sa deuxième exposition individuelle.

Le développement ne peut se faire sans les valeurs. Pour l’avoir bien compris, l’artiste plasticien Pape Issa Diouf, plus connu sous le nom de « Papissa », en a fait son thème de prédilection.

L’année dernière comme pour cette présente édition de la Biennale de Dakar, l’artiste bargnois a présenté au public de magnifiques tableaux qui traitent de divers domaines de la société, dans le cadre de son exposition « Off ».

Une exposition où transparaissent divers thèmes avec toujours en toile de fond la promotion des valeurs culturelles sénégalaises et africaines. Dans ce registre, les femmes ont une place de choix avec « femmes dynamiques » ; « Panier de la ménagère » ; « Khardiata ak Ameuyta » ; ensuite, les animaux à travers « bataxalu malayi » ; « Jambaar » est un hommage à l’armée sénégalaise dont la finalité est de magnifier la bravoure de nos vaillants soldats. « Traditions et valeurs » et « enracinement et ouverture » sont aussi des tableaux qui résument parfaitement la pensée de l’artiste.

« Ce thème est très important parce qu’on a fait la remarque au Sénégal que les gens perdent leurs valeurs. Or, dans un pays, on ne peut pas se développer sans pour autant mettre en valeur le travail, la santé, l’éducation, l’armée », a expliqué Papissa devant une foule nombreuse au vernissage de son exposition. Choisi comme parrain de cette exposition individuelle, le professeur Massamba Guèye a trouvé le thème « pertinent ». Car, selon lui, « nos cultures et notre savoir-faire sont riches et méritent d’être sauvegardés et valorisés ». Maître de cérémonie et spécialiste de l’oralité, M. Guèye a même interprété certains tableaux de l’artiste devant le public. Entre lui et « Papissa », la convergence de vue est établie.

Le directeur de l’exposition, Moussa Guèye, estime, quant à lui, que « Papissa » assume pleinement son rôle d’artiste. « Le rôle de l’artiste est de poser des questions et d’amener le public à réfléchir sur des conditions d’existence en vue de susciter de nouvelles orientations pour le développement social, politique, environnemental et culturel », assure Moussa Guèye. Cette exposition individuelle n’est pas la première pour l’artiste au riche parcours. En 2012, il avait organisé un pareil événement. Ce qui a, par la suite, donné un autre contour à sa carrière, puisque l’artiste a été plusieurs fois primé. En 1994, il reçoit le premier prix de l’exposition des ressortissants de Rufisque - Bargny vivant en France. L’année suivante, il reçoit le 2e prix de la Semaine nationale de la jeunesse en 1995. Deux ans plus tard, il est classé 3e prix du « Dak’Art Off ».

En 2014, son œuvre « Une si longue quête » est sélectionnée pour figurer à l’exposition permanente de la galerie du Centre international de conférences Abdou Diouf (Cicad). Aujourd’hui encore très dynamique et plein d’énergie, l’artiste n’a pas encore étanché sa soif de découvrir d’autres horizons et d’aborder d’autres thèmes. C’est pour cela que Papissa compte aller à la conquête du monde et partager son savoir-faire artistique.

Maguette NDONG

Le ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly, a procédé, hier, jeudi 17 mai, à l’installation officielle du Comité d’organisation chargé de la préparation de l’inauguration du Musée des civilisations noires, prévue le 6 décembre prochain.

L’inauguration du Musée des civilisations noires est prévue le 6 décembre prochain, à Dakar. Hier, le ministre de la Culture a procédé à l’installation officielle du Comité d’organisation chargé de la préparation de cette inauguration.

A cette occasion, Abdou Latif Coulibaly a souligné que le Comité d’organisation sera une structure opérationnelle en vue de relever tous les défis liés à la tenue de cet important événement.

« Je veux un comité opérationnel et très efficace », a indiqué le ministre à l’endroit des membres du comité. Il a réitéré l’importance que le président de la République, Macky Sall, accorde à l’inauguration du Musée des civilisations noires.

Avant son inauguration en décembre, le musée sera réceptionné au mois de juillet prochain par les chefs d’Etat du Sénégal et de la République populaire de Chine.

Assane DIA (Correspondance particulière)

A 16 ans, Marie Coura Diagne fait de l’accès au livre son combat. Son rêve, voir chaque école sénégalaise équipée d’une bibliothèque.

A l’heure où la lecture est passée de mode chez une bonne partie d’une jeunesse biberonnée aux Tic et aux réseaux sociaux, il est heureux de constater que certains continuent de croire à la valeur du livre. Marie Coura Diagne, 16 ans, élève en classe de Première à l’école Iqra Bilingual Academy de Point E, incarne cette catégorie en voie de disparition. Elle est à l’origine d’une initiative visant à aider ses camarades élèves des régions déshéritées à accéder au livre.
L’année dernière, avec l’aide de ses parents et de ses camarades d’école, elle a réussi à collecter 200 livres qu’elle a donnés à l’Inspection de l’éducation et de la formation (Ief) de Kaolack.

Cette année, grâce à la participation des Cours Sainte Marie de Hann, elle a réussi à en collecter 1.100 distribués à deux écoles de Nioro (région de Kaolack) et de Niakhar (région de Fatick), et espère atteindre 2.000 ou 3.000 livres l’année prochaine. Cette belle initiative est partie d’un constat. Celui du « gap » existant entre les écoles de la capitale et celles des autres régions. « Je me suis dit que nous ici, à Dakar, nous ne nous rendons pas compte de la chance que nous avons. Nous avons accès à des livres de qualité que nous ne lisons même pas alors que dans certaines zones du Sénégal, avoir un livre, c’est un luxe », explique Marie Coura Diagne. C’est ainsi qu’elle a décidé de lancer une campagne de collecte de livres pour les partager avec les autres élèves qui n’ont pas cette chance.

« Le partage est une valeur de l’Islam parce que ce n’est pas tout le monde qui a la même chance que nous », dit-elle. L’adolescente a aussi voulu lancer un message aux jeunes : « Il faut s’intéresser aux livres, parce que la lecture est essentielle pour se cultiver et à travers les livres, on peut apprendre beaucoup de choses ». Mais, comme il est « très difficile de se déconnecter », avec toutes les applications existantes, elle recommande à ses camarades élèves d’utiliser justement ces technologies (comme E-book) pour retrouver le goût de la lecture au lieu de passer tout leur temps à « chatter ». A l’avenir, elle espère récolter assez de livres, notamment avec l’aide de partenaires locaux et étrangers, pour installer une bibliothèque dans chaque école sénégalaise, ainsi que des salles informatiques pour que les élèves puissent accéder à plus de ressources.

Seydou KA

 

L’Ecole Gaïndé Fatma de Pikine accueille, jusqu’au 2 juin, l’exposition de l’artiste, plasticien et sculpteur Mame Gallo Bopp. Intitulée « La vertu du partage », cette exposition est organisée dans le cadre de la programmation « Off » de la 13ème édition de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar.

Produit de l’Ecole des Beaux-arts de Dakar, Mame Gallo Bopp excelle, depuis plusieurs années, dans la sculpture sur bois et en fer. Cette démarche artistique aussi singulière que méticuleuse lui permet de mieux traduire son ressenti à travers un mélange de matières et d’objets récupérés qui donnent du relief à ses créations. Le noir, sa couleur de prédilection, évoque des images, une histoire, des faits de société, de pratiques dont l’humanité est parfois peu fière. Mame Gallo est un artiste engagé jusqu’au seuil de l’âme. C’est d’ailleurs cet engagement qu’il cherche à traduire dans la plupart de ses œuvres, en faisant figure d’un militantisme et d’une conviction profonde.

Par exemple, l’œuvre « Homme noir » sculptée sur du bois est un bel hommage aux anciens combattants qui ont donné leur vie pour la libération de la France et qui, malheureusement, n’ont jamais eu une récompense à la hauteur de leur mission. Dans cette représentation tout en noir, l’artiste fait aussi un clin d’œil à Nelson Mandela, père de la nation arc-en-ciel dont le combat a servi de leçon à l’humanité. D’autres thématiques comme « Après-Guerre », « Le jugement dernier » ou « La clé du monde » traduisent à peu près les mêmes préoccupations : justice et vérité. Gallo rêve d’un monde à lui où la justice n’est pas docile et domestiquée, la pauvreté accentuée et l’honneur dénudé. Son travail est un cri de cœur, un message alarmiste appelant chacun à ses responsabilités.

Artiste, il voit la société avec l’œil de la sagesse et donne, dans certains de ses tableaux, des débuts de solutions face à certains fléaux à l’image de la prostitution urbaine. « Femme désespérée » aborde la question de l’honneur de la femme. Une dignité parfois abrégée du fait des difficultés économiques qui hantent le quotidien de nos concitoyens. L’exposition « Off » qu’il présente jusqu’au 2 juin, dans le cadre de la 13ème édition de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar, au Centre de formation artisanal (Cfa) et à Pikine, c’est aussi cette grande sculpture sous forme de fauteuil. Intitulé « Birima Ngoné Latyr Fall », elle est constituée principalement de bois cramé soutenu par du fer. Cette sculpture sur laquelle est gravée la tête d’un homme soulevant la main en guise de victoire et avec un lion donnant l’impression de rugir, est une synthèse, voire un récit d’une partie de l’histoire coloniale du Sénégal. Mais celle de tous les peuples noirs qui ont eu à s’émanciper et à s’extirper du joug des tutelles coloniales.

Mame Gallo Bopp a décidé de transférer une partie de son exposition de Delafosse à Pikine (Ecole Gaïndé Fatma) pour davantage populariser son travail. Il s’agit aussi, selon lui, d’impliquer les populations de cette partie de la banlieue dans le Dak’Art et montrer que Pikine regorge d’artistes qui peuvent prendre part à la Biennale.

Directeur de l’Ecole des arts dynamiques de Pikine, Mame Gallo Bopp totalise une quarantaine d’expositions dans sa carrière. Aujourd’hui, il assure la formation de centaines de jeunes dans le domaine des arts, de la menuiserie, de la décoration et de la couture dans la banlieue dakaroise (Pikine et Malika). « De 1994 à maintenant, j’ai formé 633 élèves. La formation est gratuite et concerne des jeunes issus de toutes les couches sociales », explique-t-il. Son exposition « La vertu du partage », ouverte du 3 mai au 2 juin, marque, selon ses propres mots, son « retour en force » à la biennale après sa sélection au symposium international du Dak’Art 2014.

Ibrahima BA

 


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