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Arts et Culture (956)

L’Association des métiers de la musique est dans une dynamique de rupture d’avec l’attentisme, l’inertie sur des questions qui concernent le devenir des métiers dans la musique. « Pour gagner le combat pour un statut de l’artiste digne de ce nom, il nous faut développer l’engagement associatif, la mutualisation des efforts pour la construction d’un avenir meilleur. Or, cela passe par des échanges permanentes avec nos membres partout où ils se trouvent », a défendu Daniel Gomez, président de l’Ams. Cette déclaration a été faite, mercredi, lors de la journée de partage avec l’antenne de l’Ams de Thiès que dirige Ibrahima Mbaye.

Selon le président de l’Ams, cette dynamique organisationnelle mise en branle par le tout nouveau bureau vise à faire adhérer le maximum de professionnels des métiers de la musique afin qu’ils puissent, au fur et à mesure, pouvoir peser sur toutes les questions touchant leurs métiers. « Ainsi, grâce au paiement de nos cartes de membres ou même de la carte d’adhérents, vous pourrez répondre de votre métier partout et réclamer vos droits », a–t-il expliqué. Car, pour Daniel Gomez, après que l’Ams a fini de donner le meilleur d’elle–même dans la gestation de la Société de gestion des droits d’auteurs et droits voisins, il est temps que les artistes puissent vivre de leur talent en étant à l’avant-garde dans la recherche de solutions idoines à leurs difficultés majeures. « Il s’agit, entre autres, de leur couverture maladie, leur droit au logement ; bref, leur droit de jouir de leurs métiers pour pouvoir vivre de façon décente entouré de leurs familles comme dans les autres corporations », a précisé Daniel Gomez.

Ayant bien décrypté le message, les artistes de Thiès ont affirmé leur disponibilité et leur engagement au sein de l’Ams pour améliorer l’environnement juridique et social d’une corporation qui est en train de faire sa mue.

Mbaye BA

Les représentants des cinq Comités de lecture ont sélectionné 10 ouvrages finalistes représentant 10 pays pour la 15ème édition du Prix des cinq continents de l’Organisation international de la Francophonie. Parmi eux, figure l’écrivain camerounais Maxe Lobe. Dans son roman « Confidences » (Carouge-Genève, Editions Zoé, 2016), il analyse avec mélancolie et drôlerie, l’histoire de l’indépendance du Cameroun et de sa guerre cachée.

Dans son roman « Confidences » (Carouge-Genève, Editions Zoé, 2016), Max Lobe analyse avec mélancolie, stupéfaction et drôlerie son rapport avec la terre africaine. Le roman est présenté comme le récit de cette femme vive, volubile et espiègle malgré son âge bien avancé. En racontant, Ma Maliga n’oublie pas de boire, et de faire boire son interlocuteur. C’est donc avec un mélange de légère ivresse et de profonde gravité que le lecteur découvre l’histoire de l’indépendance du Cameroun et de sa guerre cachée. Lobe a reçu le prix du roman des Romands et « La Trinité bantoue » (Zoé, 2014), le prix de l’Académie romande 2015.

Extrait, pp. 14-18.
(…) « Viens, viens donc par ici, mon fils. Nous devons partir. Nous n’avons pas le temps pour nous asseoir toute la journée. J’ai beaucoup de choses à te montrer et te raconter. Viens, allons-nous en. Surtout, prends la dame-jeanne de matango avec toi. Ekiééé ! Est-ce qu’on laisse sa dame-jeanne de vin de palme derrière soi comme ça quand on sait que Makon est à la maison ? Non oh ! Prends-moi notre matango. Et n’oublie pas les gobelets en plastique-là, Allons-y !

Ouvre bien tes yeux mon fils et regarde le chemin que nous allons emprunter. Comme ça la prochaine fois que tu viendras ici – et j’espère bien que tu reviendras, parce que ceux qui partent chez vous là-bas, ils ne reviennent plus ici – si je ne suis plus en vie, tu pourras te promener dans cette forêt sans avoir besoin d’un guide. Même pas mon fils Makon. Et tu pourras, toi, servir de guide aux autres.

J’étais encore une jeune fille lorsque j’entendais Um Nyobè et ses camarades parler de leurs machins-trucs de politique-politique-là. Est-ce que tu m’écoutes ? Bien. A cette époque, personne n’y comprenait rien à rien. On pensait seulement qu’ils s’amusaient, eux. On pensait qu’ils faisaient trop de bruit dans le vide pour rien. On disait même, pour se moquer d’eux, qu’ils n’allaient aboutir à rien, eux-là. Mais est-ce qu’on pouvait même s’imaginer que cette histoire-là, l’histoire de l’indépendance dont ils parlaient, allait devenir ce que ça a fini par devenir ? Est-ce qu’on savait que ç’allait devenir un truc qui nous dépasserait en taille, nous ?

Est-ce quve tu sais que les gens avaient fini par lui donner le nom de Mpodol ? Tu sais ce que ça veut dire ? Voooilààà ! C’est bien. C’est bien que tu n’aies pas oublié nos langues d’ici. Les jeunes de maintenant ne font plus d’effort pour apprendre nos langues du village, hein. Ils veulent seulement parler le poulassi, le gros-gros français des Blancs. Mais mon problème est où là-dedans ? Tant pis pour eux ! Aujourd’hui, trouver encore un Mpodol, un porte-parole, quelqu’un qui sache vraiment parler et défendre les intérêts de son peuple comme l’a fait Um Nyobè, ah ça non, c’est impossible. Zéro. Il n’y a plus personne. C’est moi qui te dis qu’il n’y a plus personne. Tu m’entends ? Ceux qui chantent partout de nos jours qu’ils font de la politique, qu’ils parlent pour nous, pour alléger nos souffrances, en réalité ils ont faim. Ils ont même trop faim, mon fils. Tout ce qu’ils veulent, c’est seulement manger leur part d’argent sur notre dos. Mais qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? C’est pour cela que j’avais dit à Makon de rentrer aussi dans la politique, même seulement dans une petite section de village. Ce sont les choses de la politique qui donnent de l’argent maintenant dans ce pays, mon fils. Mais est-ce que Makon veut m’écouter ? Il se prend pour Yésu-Cristo : il veut mourir pour les péchés des autres. Ce qu’il oublie c’est que même Yésu-Cristo en personne, ça l’a dépassé et il a couru vite-vite chez Nymbè, son père, pour lui dire de le reprendre et de nous laisser, nous humains, tranquilles dans notre méchanceté. De nous laisser tranquilles dans notre mauvaiseté.
III

Tu sais, mon fils, ici-là, on ne veut toujours pas trop parler de Um Nyobè. Si tu poses des questions sur Um Nyobè et sur ce qui s’est vraiment passé avec lui, tous ceux qui ont vécu cela te diront seulement qu’il y a eu des évènements. Les évènements. Jamais personne ne te dira exactement de quels événements il s’agit. Wuyè ! on te dira seulement qu’il y a eu trop de morts. Que les souvenirs sont lourds comme le rocher de Ngock-Lituba. Qu’on ne veut pas soulever ça comme ça pour sortir toute la poussière qu’il y a en dedans.
Notre Papa président avait même dit à la télé, et je te jure que je l’avais vu de mes propres yeux le dire, quand j’avais encore mon appareil, qu’il faut tourner la page. Il avait dit qu’il y a un temps pour se lancer la pierre et un temps pour s’embrasser. Il avait dit que voici était venu le temps de s’embrasser et d’oublier vite-vite ces histoires de Um Nyobè-là. D’oublier ça parce que ça ne va pas nous faire avancer dans notre monde d’aujourd’hui. Ah mon fils, si je pouvais ouvrir ma tête-ci et enlever tous ces événements de là-dedans, j’oublierais tout et tout comme ça comme notre Papa président nous le demande. Mais comme ce n’est pas possible, ce sera difficile de respecter ce qu’il dit, lui. Mon fils, c’est étranger : ici-là, on nous demande de tout oublier. Et comme nous, on n’oublie rien et qu’on ne peut pas tout pardonner comme ça, ils s’arrangent alors pour tout effacer de notre mémoire : nos souvenirs, notre histoire. Ils savent que ce n’est pas facile pour nous de tout remuer en dedans de nos cœurs et d’en parler : ils ne veulent rien transmettre à nos enfants dans leurs écoles-là. Voilà comment on en arrive là, comme si rien ne s’était passé, comme si tout allait bien et qu’on était tous les meilleurs amis du monde. Et je crains pour toi, pour vous, mes enfants. » (…)

Une présentation d’E. Massiga FAYE

La Fondation Léopold Sédar Senghor a abrité, lundi dernier, la cérémonie de présentation et de dédicace de l’ouvrage « Voyages en pays Seereer : le Sine-Saloum, des patrimoines en partage ». Sous la direction des Français, Mickaël Augeron et Fabrice Bonnifait, et des Sénégalais, Raphaël Ndiaye et Amade Faye, cette œuvre a été réalisée à l’initiative de la région Nouvelle-Aquitaine et du département de Fatick et grâce à la mobilisation de plusieurs chercheurs d’où son interdisciplinarité.

La probabilité que cet ouvrage transcende les temps et les espaces est très forte. Car, il s’intéresse à un univers de convergence tant par sa richesse culturelle que par ses spécificités géographiques et l’intérêt dont il est l’objet sur le plan touristique. Son originalité découle du fait que les singularités locales ne sont pas uniquement mises en lumière par les « fils » du terroir ou de « l’étranger » désireux de satisfaire sa curiosité scientifique. Il est le fait d’une intelligente collaboration entre communautés de chercheurs français et sénégalais pour confondre les regards en vue « d’appréhender la richesse du patrimoine et les menaces qui s’exercent sur celui-ci », pour ainsi reprendre Khady Diouf Goudiaby, qui parlait au nom des auteurs. Ces derniers en disent ceci :

« Ce livre propose, pour la première fois, une vaste synthèse des recherches qui ont été menées sur le Sine-Saloum. Par ses acquis scientifiques, ses analyses et ses recommandations, il entend contribuer à la protection et à la valorisation des patrimoines régionaux, tout en faisant la promotion d’un territoire qui ne peut laisser les visiteurs indifférents ». Le monceau d’informations s’y accumulent pour valider sa scientificité ne doit pas occulter son utilité pratique qui en fait un formidable outil de promotion touristique, à la prise de décision pour les élus locaux et l’Etat central… C’est, pour parler comme Mickaël Augeron, coordonnateur de la rédaction et de l'édition en France, une « forte demande sociale » émanant en premier lieu de la base à laquelle les chercheurs ont accédé. C’est pourquoi, Amade Faye, parlant au nom des coordonnateurs de la rédaction au Sénégal, a mis l’accent sur « les gestes altruistes des chercheurs nourris par le même besoin d’expression des compétences. Ils ont mis leur expertise au service du développement communautaire ».

Héritage à transmettre
es autorités locales doivent, dans ce sens, prendre davantage conscience, selon lui, que la recherche est capable de descendre de son piédestal universitaire pour se mettre au service des populations au nom desquelles les accords de coopération sont signés. Cela passe par une implication des chercheurs car les collectivités locales tiennent en leurs élites les clés de leur développement. Cet ouvrage en est une illustration achevée. Car, « l’expertise des uns et des autres s’est mise en scène pour révéler les multiples visages du Sine-Saloum, ses différents lieux du temps et de l’espace humain. Dans un passé récent, cette région a été une des artères vitales du Sénégal », ajoute M. Faye. Cette initiative est d’autant plus généreuse et exaltante que ce livre sera distribué gratuitement aux écoles, aux associations œuvrant pour la sauvegarde du patrimoine, au réseau des bibliothèques nationales…

Le directeur du Livre et de la Lecture, Ibrahima Lô, représentant du ministre de la Culture et de la Communication, met en évidence une symbolique qui assoit définitivement la légitimité d’un tel travail d’équipe : « Celui-ci met en relief la richesse de cet univers et crée des ponts entre des communautés de chercheurs. On est en train de réinventer des solidarités entre le France et le Sénégal ». Pour un autre intervenant, imbu de sciences et d’une vaste expérience, le Professeur Madior Diouf, par ailleurs ancien ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, cet ouvrage révèle les réalités de la région de Fatick car tenant compte de la variété de la richesse des territoires qui composent notre pays… ». Ce sont, selon lui, des ressources qui viennent d’être inventoriées, documentées et valorisées dans le but d’assurer des retombées économiques locales pour les populations. Les chercheurs se sont acquittés d’un devoir de mémoire, ont consigné des vécus et des pratiques dans cet ouvrage et déterminé, par leur expertise, les modalités d’une réappropriation de ce patrimoine. Il revient aux autorités publiques et aux populations d’entrer en possession de cet héritage dans une perspective de transmission.

Alassane Aliou MBAYE 

1966-2016. 50 ans. Pour célébrer un demi-siècle d’existence, les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs de Thiès (Msad) font le pari de mettre les petits plats dans les grands. A cet effet, une série de festivités est prévue pour marquer le cinquantenaire. Pour donner le ton, une exposition itinérante de tapisseries –du 11 au 20 novembre- s’ouvre cet après-midi au Monument de la renaissance africaine. Le vernissage est placé sous la présidence effective de Mbagnick N’diaye, ministre de la Culture et de la Communication.

« A l’occasion du Cinquantenaire, un programme de commémoration a été élaboré, afin de magnifier l’apport des Manufactures de Thiès au rayonnement culturel et artistique du Sénégal à travers le monde, comme en attestent les belles tapisseries qui décorent de grandes institutions au Sénégal et à l’étranger », explique un communiqué. Ainsi, détaille le document, « une exposition itinérante de tapisseries et de tapis se tiendra à Dakar du 11 novembre au 18 février dans cinq sites prestigieux du monde des arts et de la culture sénégalaise (Monument de la Renaissance africaine, siège de la Sonatel, Grand Théâtre national, Galerie nationale d’Art, Place du souvenir africain, Hôtel King Fahd Palace) ». La même source informe que des expositions décentralisées sont aussi prévues à Ziguinchor, Mbour/Saly et Saint - Louis pour marquer l’évènement.

E. M. FAYE

Ndiouga Dieng, l’une des plus grandes voix de la musique sénégalaise et de l’Orchestre Baobab, est décédé dans la nuit du mercredi à jeudi à Dakar. Depuis plusieurs années, l’artiste chanteur travaillait pour la relève de ce groupe mythique qui a marqué la scène musicale des années 1970.

Triste nouvelle pour la musique sénégalaise ! L’artiste chanteur Ndiouga Dieng est décédé dans la nuit du mercredi à jeudi à Dakar. Voix palpitante, le chanteur s’est imposé comme l’une des figures emblématiques de la chanson sénégalaise. Voilà plusieurs années que ce natif de Rufisque, un jour de 1951, travaillait pour pérenniser l’Orchestra Baobab. Un groupe phare de la musique afro-cubaine version Sénégal qui a marqué considérablement la scène musicale sénégalaise au début des années 1970 avec Feu Ablaye Mboup, Médoune Diallo, Issa Cissokho, Sidate Ly, Thione Seck et Mapenda Seck.

Ndiouga Dieng quitte donc définitivement, et pour toujours, son orchestre après 42 ans, de cheminement et d’histoire. Réputé pour sa forte personnalité, il aura semé les grains qui permettront sûrement à ce groupe musical de continuer à briller. Très attaché à l’Orchestra Baobab qu’il considérait comme un pan du patrimoine culturel national, l’artiste avait réussi à le recomposer en 2000 après un voyage en 1997 aux Etats-Unis. Car, selon lui, cette formation musicale ne devait pas mourir ; elle devait plutôt traverser les âges, eu égard au grand rôle qu’elle a joué dans le passé.

Ndiouga Dieng a fréquenté l’école coranique et française jusqu’au Cfee. En 1968, le chevalier de l’Ordre national du lion en 1993 rejoint l’armée. Après 4 ans, le militaire range le treillis pour s’engager définitivement dans la musique.

Le regard impassible du chanteur traduisait cette personnalité qui l’a toujours caractérisé et qui fait que certains se plaisaient de l’appeler « musicien par défaut ». Ndiouga avait transféré sa discipline militaire dans le milieu musical. Tel est sans doute le secret de sa réussite musicale qui résistera au temps.

Ibrahima BA

Dans son avis trimestriel (juillet-août-septembre 2016), le Conseil national de l’audiovisuel (Cnra) a relevé beaucoup de dysfonctionnements et manquements dans les radios et télévisions. L’organe de régulation plaide pour la promotion responsable de l’égalité, de la diversité et des valeurs dans le secteur de l’audiovisuel.

Dans son dernier avis trimestriel, le Conseil national de l’audiovisuel (Cnra) a plaidé pour la promotion responsable de l’égalité, de la diversité et des valeurs face aux bouleversements permanents notés dans le secteur de l’audiovisuel au Sénégal. Cette confusion, selon le Cnra, est causée par l’omniprésence de l’expression politique et religieuse, la publicité intempestive, ces courants culturels « empruntés ailleurs » que les médias imposent au public récepteur. Et le tout est renforcé par l’attractivité et la prééminence de l’image. Pour le collège du Cnra, le défi, dès lors, consiste à répondre par une offre programmatique équilibrée, visant à développer, conforter une pluralité synonyme d’intégration, de préservation et de promotion de notre exception culturelle.

L’organe de régulation a relevé au cours du troisième trimestre de l’année 2016 beaucoup de dysfonctionnements et de manquements. Ils ont trait à une programmation et une diffusion d’émissions contraires aux lois et règlements, à l’ordre public, aux mœurs, à la sécurité publique et au respect de la dignité humaine. Le Conseil déplore la persistance de la programmation par une majeure partie des acteurs audiovisuels de séries/fictions télévisées, caractérisées par l’expression de plusieurs formes de violence (physique, morale), aux heures où les familles, les enfants et les adolescents, particulièrement sensibles et vulnérables, sont en général devant la télévision. Il est aussi constaté une légèreté avérée dans certains cas, concernant le traitement, la vérification, la présentation et la diffusion de l’information. Les régulateurs de l’audiovisuel sont aussi préoccupés par « l’exposition persistante et répétée de certaines couches de la population aux jeux d'argent, dont il sera plus tard difficile de se libérer, avec des conséquences sociales néfastes, tant pour le joueur que pour son entourage familial ou professionnel ».

En outre, le Cnra a noté pour le déplorer, une conduite soutenue d'émissions thématiques, diffusées en direct avec appels téléphoniques, sans aucune précaution face au risque de dérapages inacceptables et outranciers, pouvant porter atteinte à l’équilibre social.
Face à de tels dysfon

Les représentants des cinq Comités de lecture ont sélectionné 10 ouvrages finalistes représentant 10 pays pour la 15ème édition du Prix des cinq continents de l’Organisation international ede la Francophonie. Parmi eux, figure l’écrivain camerounais Maxe Lobé. Dans son roman « Confidences » (Carouge-Genève, Editions Zoé, 2016), il analyse avec mélancolie et drôlerie, l’histoire de l’indépendance du Cameroun et de sa guerre cachée.

Dans son roman « Confidences » (Carouge-Genève, Editions Zoé, 2016), Max Lobé analyse avec mélancolie, stupéfaction et drôlerie son rapport avec la terre africaine. Le roman est présenté comme le récit de cette femme vive, volubile et espiègle malgré son âge bien avancé. En racontant, Ma Maliga n’oublie pas de boire, et de faire boire son interlocuteur. C’est donc avec un mélange de légère ivresse et de profonde gravité que le lecteur découvre l’histoire de l’indépendance du Cameroun et de sa guerre cachée. Lobé a reçu le prix du roman des Romands et « La Trinité bantoue » (Zoé, 2014), le prix de l’Académie romande 2015.


Extrait, pp. 14-18.
(…) « Viens, viens donc par ici, mon fils. Nous devons partir. Nous n’avons pas le temps pour nous asseoir toute la journée. J’ai beaucoup de choses à te montrer et te raconter. Viens, allons-nous en. Surtout, prends la dame-jeanne de matango avec toi. Ekiééé ! Est-ce qu’on laisse sa dame-jeanne de vin de palme derrière soi comme ça quand on sait que Makon est à la maison ? Non oh ! Prends-moi notre matango. Et n’oublie pas les gobelets en plastique-là, Allons-y !

Ouvre bien tes yeux mon fils et regarde le chemin que nous allons emprunter. Comme ça la prochaine fois que tu viendras ici – et j’espère bien que tu reviendras, parce que ceux qui partent chez vous là-bas, ils ne reviennent plus ici – si je ne suis plus en vie, tu pourras te promener dans cette forêt sans avoir besoin d’un guide. Même pas mon fils Makon. Et tu pourras, toi, servir de guide aux autres.

J’étais encore une jeune fille lorsque j’entendais Um Nyobè et ses camarades parler de leurs machins-trucs de politique-politique-là. Est-ce que tu m’écoutes ? Bien. A cette époque, personne n’y comprenait rien à rien. On pensait seulement qu’ils s’amusaient, eux. On pensait qu’ils faisaient trop de bruit dans le vide pour rien. On disait même, pour se moquer d’eux, qu’ils n’allaient aboutir à rien, eux-là. Mais est-ce qu’on pouvait même s’imaginer que cette histoire-là, l’histoire de l’indépendance dont ils parlaient, allait devenir ce que ça a fini par devenir ? Est-ce qu’on savait que ç’allait devenir un truc qui nous dépasserait en taille, nous ?

Est-ce que tu sais que les gens avaient fini par lui donner le nom de Mpodol ? Tu sais ce que ça veut dire ? Voooilààà ! C’est bien. C’est bien que tu n’aies pas oublié nos langues d’ici. Les jeunes de maintenant ne font plus d’effort pour apprendre nos langues du village, hein. Ils veulent seulement parler le poulassi, le gros-gros français des Blancs. Mais mon problème est où là-dedans ? Tant pis pour eux !

Aujourd’hui, trouver encore un Mpodol, un porte-parole, quelqu’un qui sache vraiment parler et défendre les intérêts de son peuple comme l’a fait Um Nyobè, ah ça non, c’est impossible.

Zéro. Il n’y a plus personne. C’est moi qui te dis qu’il n’y a plus personne. Tu m’entends ? Ceux qui chantent partout de nos jours qu’ils font de la politique, qu’ils parlent pour nous, pour alléger nos souffrances, en réalité ils ont faim. Ils ont même trop faim, mon fils. Tout ce qu’ils veulent, c’est seulement manger leur part d’argent sur notre dos. Mais qu’est-ce que tu veux qu’on fasse ? C’est pour cela que j’avais dit à Makon de rentrer aussi dans la politique, même seulement dans une petite section de village. Ce sont les choses de la politique qui donnent de l’argent maintenant dans ce pays, mon fils. Mais est-ce que Makon veut m’écouter ? Il se prend pour Yésu-Cristo : il veut mourir pour les péchés des autres. Ce qu’il oublie c’est que même Yésu-Cristo en personne, ça l’a dépassé et il a couru vite-vite chez Nymbè, son père, pour lui dire de le reprendre et de nous laisser, nous humains, tranquilles dans notre méchanceté. De nous laisser tranquilles dans notre mauvaiseté.

III
Tu sais, mon fils, ici-là, on ne veut toujours pas trop parler de Um Nyobè. Si tu poses des questions sur Um Nyobè et sur ce qui s’est vraiment passé avec lui, tous ceux qui ont vécu cela te diront seulement qu’il y a eu des évènements. Les évènements. Jamais personne ne te dira exactement de quels événements il s’agit. Wuyè ! on te dira seulement qu’il y a eu trop de morts. Que les souvenirs sont lourds comme le rocher de Ngock-Lituba. Qu’on ne veut pas soulever ça comme ça pour sortir toute la poussière qu’il y a en dedans.

Notre Papa président avait même dit à la télé, et je te jure que je l’avais vu de mes propres yeux le dire, quand j’avais encore mon appareil, qu’il faut tourner la page. Il avait dit qu’il y a un temps pour se lancer la pierre et un temps pour s’embrasser. Il avait dit que voici était venu le temps de s’embrasser et d’oublier vite-vite ces histoires de Um Nyobè-là. D’oublier ça parce que ça ne va pas nous faire avancer dans notre monde d’aujourd’hui. Ah mon fils, si je pouvais ouvrir ma tête-ci et enlever tous ces événements de là-dedans, j’oublierais tout et tout comme ça comme notre Papa président nous le demande. Mais comme ce n’est pas possible, ce sera difficile de respecter ce qu’il dit, lui.

on fils, c’est étranger : ici-là, on nous demande de tout oublier. Et comme nous, on n’oublie rien et qu’on ne peut pas tout pardonner comme ça, ils s’arrangent alors pour tout effacer de notre mémoire : nos souvenirs, notre histoire. Ils savent que ce n’est pas facile pour nous de tout remuer en dedans de nos cœurs et d’en parler : ils ne veulent rien transmettre à nos enfants dans leurs écoles-là. Voilà comment on en arrive là, comme si rien ne s’était passé, comme si tout allait bien et qu’on était tous les meilleurs amis du monde. Et je crains pour toi, pour vous, mes enfants. » (…)

E. M. FAYE

Les membres du comité régional d’organisation et une délégation du ministère de la Culture et de la Communication conduite par Mme Fatou Sidibé Guèye, administrateur du Festival national des arts et cultures (Fesnac), ont récemment tenu une réunion à Kolda. La 9ème édition du Fesnac se tiendra finalement du 26 au 31 décembre prochain à Kolda.

Le Festival national des arts et cultures (Fesnac) qui était initialement prévu du 17 au 24 décembre prochain à Kolda aura finalement lieu du 26 au 31 du même mois. C’est ce qui ressort de la réunion préparatoire de cet évènement culturel et artistique national tenue récemment dans la capitale du Fouladou. La rencontre a réuni les membres du comité régional d’organisation et une délégation du ministère de la Culture et de la Communication conduite par Mme Fatou Sidibé Guèye, administrateur du Festival national des arts et cultures et président du comité national d’organisation. Les discussions ont porté sur l’état d’avancement des préparatifs, le choix des sites d’hébergement des délégations régionales et des sites d’exposition et de compétition, les contributions financières des collectivités locales et des partenaires intervenant dans la région de Kolda dont les Ong, entre autres. «. Nous avons échangé et essayé de stabiliser le programme qui devrait se faire pendant le Festival national des arts et cultures et de définir la stratégie en matière de communication, de recherche de moyens additionnels, mais aussi essayer de voir comment Kolda pourrait offrir le meilleur Fesnac jusque-là organisé au Sénégal.

Le gouverneur en a appelé aux acteurs culturels, aux collectivités locales et aux membres du comité régional d’organisation qui est le bras du comité national d’organisation », déclare Madame Diallo. Elle salue l’engagement du comité régional d’organisation qui est en train de faire un bon travail pour donner à cet évènement national un cachet tout à fait particulier. Elle se dit persuadée que la région de Kolda, qui abrite la première édition de l’annualisation du Fesnac qui était jusque-là organisée tous les deux ans, pourra relever le défi de l’organisation et de la mobilisation.

Des troupes venant des pays voisins comme la Guinée-Bissau, la Gambie et peut-être de la Guinée seront également conviées à ce Festival.

La primeur est laissée au maire de Kolda, Abdoulaye Bibi Baldé, par ailleurs ministre de l’Environnement et du Développement durable. Il choisira, en concertation avec le Centre culturel régional de Kolda, les délégations qui devront être invitées. Les autorités en charge de la culture de ces pays pourraient également être conviées par le niveau central. Le choix des délégations sera porté par le ministère de la Culture et de la Communication et celui de l’Environnement et du Développement durable.

Mamadou Aliou DIALLO

Les acteurs culturels de la région de Thiès ont planché, hier, sur les lignes directrices du Fonds de développement des cultures urbaines (Fdcu).

Une délégation du Fonds de développement des cultures urbaines (Fdcu) s’est rendue, hier, sur la ville de Thiès. L’objectif, rencontrer les acteurs culturels de la région pour qu’ils s’imprègnent des lignes directrices du Fdcu. Ainsi, ont-ils été invités à mieux les cerner en perspective de leurs futures idées de projets qui pourraient être sélectionnés pour financement par le fonds. L’ambition est d’inciter à la création d’emplois dans le domaine des cultures urbaines : hip-hop, rap, entre autres. Au cours de la rencontre présidée par la directrice du centre culturel régional, Mme Anne Marie Faye, il a été beaucoup question de l’impact que devrait susciter la mise en place de ce fonds dans la promotion des cultures urbaines dans nos régions.

Mme Adama Diallo de la Direction des arts, qui conduit la délégation du fonds dans cette tournée d’information et de sensibilisation, a  indiqué « qu’un fonds de 300 millions de FCfa est mis en place pour une première phase et devrait permettre de financer les projets porteurs qui seront soumis par les acteurs des cultures urbaines. Dans ce sens d’ailleurs, un premier appel à projet sera lancé dans la période du 1er décembre 2016 au 31 janvier 2017 ».

Dans cette perspective, les jeunes acteurs du mouvement hip-hop et du reggae de Thiès sont invités à s’organiser et à prendre des initiatives allant dans le sens de soumettre des projets culturels. Pour ensuite, indique Mme Adama Diallo, « se rapprocher du Centre culturel régional en tant que structure d’encadrement et d’orientation qui va les accompagner dans le processus de rédaction de projet, partant de l’idée jusqu’au financement en passant par le cadre de référence, la construction logique, les modalités de mise en œuvre, la situation et perspective en fin de projet ».

Mme Faye estime que « ce fonds est venu à son heure en ce sens que le mouvement hip-hop de Thiès, connu pour son dynamisme à travers les nombreuses associations et labels, en avait bien besoin pour le financement de ses activités. La région compte plusieurs associations de hip-hop dont l’association des rappeurs de Thiès présidée par El hadji Malick Guèye. Il a déploré une absence d’infrastructures à même d’abriter des manifestations comme les festivals. Il a noté le manque de salles de spectacle, d’un studio d’enregistrement.

Aussi, selon Mme Adama Diallo, « l’un des objectifs du fonds va porter également, et en priorité, sur la formation des jeunes porteurs de projets, sur la structuration, la diffusion, l’évènementiel, la création, l’échange, la mobilité, l’administration, le suivi et l’évaluation tout en encourageant leurs contributions et leurs efforts ». Beaucoup de jeunes artistes ont assisté à la rencontre pour mieux cerner les étapes essentielles du processus de rédaction d’un projet culturel urbain.

Mohamadou SAGNE

Le festival itinérant de cinéma « Afrikabok » sillonne, depuis le 9 novembre, la région naturelle du Sine Saloum. En plein cœur du pays sérère, les organisateurs du festival veulent ainsi apporter le cinéma dans les campagnes les plus reculées.

Selon le promoteur, Bruno Ventura, « il s’agit, à travers ce festival, de diffuser des messages éducatifs et de mener des séances de sensibilisation avec débats sur les droits à la nationalité et à la fin de l’apatridie, et ceci en collaboration avec l’Unhcr ».  Aussi, ajoute-t-il, « on parlera de santé à travers des films pour sensibiliser sur le diabète grâce au laboratoire Roche et le prétexte sera saisi pour distribuer du matériel de dépistage dans chaque village visité en présence des responsables sanitaires ».

Plusieurs localités auront l’occasion de découvrir ce festival itinérant « Afrikabok » qui propose des projections de films en plein air sur son écran géant, dans le but de favoriser l’accès à la culture aux populations déshéritées et leur permettre de se divertir.

Le festival envisage également de mettre en valeur les richesses culturelles de ces populations, conviant à chaque escale les détenteurs du patrimoine culturel à participer à la fête autour de leur patrimoine. L’initiative de ce festival revient à l’association « Afrikabok », présidée par Bruno Ventura, qui possède une grande expérience du cinéma itinérant de plein air.

M. SAGNE

Rouvrir l’Afrique à elle-même en la transformant en un vaste espace de circulation. Tel est le défi majeur auquel est confronté aujourd’hui le continent, nous dit l’historien et politiste camerounais Achille Mbembé, co-initiateur, avec Felwine Sarr, des « Ateliers de la pensée » qui se sont déroulés du 27 au 31 octobre à Dakar (Institut culturel français, Codesria) et à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis.

Après la première journée qui s’est déroulée à l’Institut culturel français, et la petite polémique allumée par l’économiste camerounais Célestin Monga – il avait estimé que c’était une sorte de « petite défaite » que de grands intellectuels africains se retrouvent, plus de cinquante ans après les indépendances, en ce lieu pour parler de l’avenir de l’Afrique et de décolonisation –, les « Ateliers de la pensée » avaient pour cadre, le samedi 29 octobre, le Codesria. Cette fois, pas de polémique possible sur le lieu. Le Codesria est le symbole même d’une pensée africaine autonome. D’ailleurs, pour beaucoup (à l’image d’Achille Mbembé qui a dirigé l’institution pendant plusieurs années), c’était une sorte de « retour à la maison ».

Les échanges avec les chercheurs du Codesria ont essentiellement porté sur comment façonner un récit africain, notamment à travers la question du panafricanisme. Selon Ebrima Sall, le secrétaire exécutif du Codesria, l’enjeu ce n’est pas uniquement le rapport entre l’Afrique – qui est plurielle d’ailleurs – avec le reste du monde, mais aussi le rapport que les Africains entretiennent entre eux-mêmes, touchant du doigt la crispation autour des drapeaux nationaux, un « micro-nationalisme » qui plombe l’idéal panafricain et bloque plusieurs projets régionaux.

Circulation
Développant dans le même sens, l’historien et politiste camerounais Achille Mbembé, enseignant à l’Université Witwatersrand en Afrique du Sud, estime que si l’Afrique veut avancer dans l’idée panafricain, il est urgent de sortir de la théorie de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. « L’Afrique ne pourra pas être son centre propre, si nous ne sortons pas de cette période de glaciation », dit-il, invitant à renouer avec la dynamique de circulation qui prévalait sur le continent avant la colonisation, avec des Etats caravaniers, mouvants, jadis propice au commerce de longue distance. La question qui découle de cette réalité, c’est évidemment, comment transformer l’Afrique en un vaste espace de circulation ? « Nous souffrons d’une double pénalisation. Les frontières de l’Europe sont à Gorée, au Maroc, en Libye », observe Achille Mbembé, dénonçant une volonté (de l’Europe) de faire de l’Afrique un « vaste espace carcéral ». Mais « le drame, souligne Mbembé, c’est que nous reproduisons entre nos pays, et même à l’intérieur d’un pays (comme la Centrafrique), cette « molécularisation » et cette « cellularisation » fatales des frontières ». Un exemple qui illustre cette triste réalité : pour aller du Cap (Afrique du Sud) à Casablanca (Maroc), il faut passer une journée entière dans l’avion, sans escale.

A la suite de cette question sur la circulation, les questions économiques ont vite pris le dessus sur les débats. Après un diagnostic imparable du modèle libéral, l’économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla, chargé de recherche à la fondation Rosa Luxembourg à Dakar, a décrété que l’emploi salarié décent « n’a pas (ou plus) d’avenir en Afrique ». En effet, avec une croissance africaine robuste, mais « jobless » (qui ne crée pas d’emplois), le « sous-emploi technologique » et la crise du salariat (90% des emplois venant de l’informel), Sylla appelle à trouver de nouvelles solutions pour offrir un avenir aux 2,5 milliards d’Africains en 2050. Pour l’économiste camerounais, Célestin Monga (ancien de la Banque mondiale et actuel vice-président à la Banque africaine de développement), ce pessimisme n’a aucune justification. Il est d’avis que l’emploi formel, c’est bien l’avenir comme l’ont montré certains pays asiatiques (Chine) et même africains (Ethiopie). Mais pour Monga, in fine, le chemin du salut pour l’Afrique se trouve dans l’éducation.

Seydou KA

Les représentants des cinq Comités de lecture ont sélectionné 10 ouvrages finalistes représentant 10 pays pour la 15ème édition du Prix des cinq continents de l’Organisation international de la Francophonie. Parmi eux, figure la Bulgare Albena Dimitrova avec son roman « Nous dînerons en français » (Galaade Editions).

L’écrivain bulgare Albena Dimitrova a rejoint la France quelque mois avant la Chute du mur de Berlin. A son arrivée à Paris, les seuls mots dont elle dispose en français sont « bonjour » et « voyage ». Depuis, cette langue est devenue pour elle une terre d’accueil. Avec ce premier roman « Nous dînerons en français » (Galaade Editions), elle a choisi d’écrire en français et non en bulgare. Albena Dimitrova livre une histoire d’amour portée par une langue « avec accent », à la fois forte et poétique.
Extrait :

« (…) Peu après ce jour, j’ai découvert l’enfant dans mon ventre. J’ai cessé de voir mes amis. Une seule de mes amies avait été mise dans la confidence, mais à elle non plus, je n’avais pas pu dire la vérité. Elle me voyait périr et croyait que je pleurais la fuite de Christo. Jour après jour, elle voyait Gueo venir et croyait que le père venait excuser le fils.
Gueo s’efforçait de ne pas faire attention. Nous en parlions rarement et c’était pour l’oublier. Nous parlions de tout et de rien pour éviter les nouvelles courbes de mon corps, de mon ventre qui enflait, de mes hanches qui prenaient du large. Gueo les évitait de ses yeux, de ses mains. Nous faisions l’amour à quatre pattes, nous accouplant dans le noir complet, dans des postures de possédés. Gueo aimait les enfants. Dieu, qu’il les aime ! Il en avait fait un paquet, comme si parsemer ce monde de nouveau-nés allait taire la solitude du premier cri de tous les orphelins. Il aurait pu y avoir un poste spécial à plein-temps dans les services du Politburo pour surveiller uniquement les poussées de sa sève transformée en bipèdes. Des dossiers à étaler sur des rayons entiers. Mais il n’avait que des garçons. Toujours des garçons. Je lui ai menti, je lui ai menti par rage, vengeance, douleur.

Je n’en savais rien. De quel sexe était notre enfant ? J’avais prétendu que oui, que c’était une fille. Je n’en savais rien. Ils m’avaient endormie, et à la sortie du banal centre ambulatoire de la ville de Sofia, Gueo m’attendait dans la voiture, un bouquet de fleurs rouges à l’arrière. Je déteste les fleurs rouges. Les yeux encore errants dans les effusions d’une somnolence, droguée par l’anesthésie, je lui lance à la figure sans le regarder : « C’était une fille. Je l’ai appelée Gaia. »
Il nous conduit à la maison. J’y habite seule depuis peu, mon bureau face à la fenêtre, les livres partout sur le sol. Je m’allonge sur le lit et je vomis doucement des mots. « Elle est morte, ce matin. »

Je délire avec indifférence, ma voix en camaïeu incolore. « Gaia avait tes mains. Elle avait mes cheveux, elle n’a pas crié, tu sais, elle a été sage. » (…) »

Le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne a présidé, hier, le lancement officiel des activités marquant la Journée internationale de l’écrivain africain. Cette 24ème édition, dont le parrain est le Professeur Hamidou Dia, conseiller culturel du président de la République, porte sur le thème : « Paix et sécurité, le rôle de l’écrivain africain ».

Initiée depuis 1992 par l’Association panafricaine des écrivains, la Journée internationale de l’écrivain africain a été officiellement lancée hier par le Premier ministre du Sénégal. Mahammed Boun Abdallah Dionne a indiqué que le président de la République, Macky Sall, leur a demandé de lui proposer un format dans lequel les écrivains seront « mieux écoutés et entendus » pour le rôle primordial qu’ils jouent au sein de la société. « La Nation doit, en effet, vous honorer et vous célébrer, vous en êtes les dignes ambassadeurs. La Nation vous célébrera désormais et vous honorera davantage », a-t-il souligné, invitant les écrivains à jouer un rôle efficace d’avertisseurs des périls de la société. Selon lui, le rôle premier de l’écrivain doit être de pressentir l’éveil du peuple. « L’écrivain est maître de l’encre comme disait Senghor. Il est à la fois passeur de culture et couturier du genre humain », a-t-il déclaré. Au regard de ce rôle, a poursuivi le Premier ministre, l’homme de plume doit mesurer la portée de ce qu’il écrit « même si nous sommes dans le domaine de l’art », lequel est un lieu de liberté par excellence. Ce faisant, a dit M. Dionne, il s’agit de souscrire dans la philosophie de l’écrivain français Antoine de Saint-Exupéry selon laquelle « être homme, c’est être responsable, sentir, en posant sa pierre, que l’on à bâtir le monde ».

Parlant du parrain, Mahammed Boun Abdallah Dionne a indiqué qu’Hamidou Dia a visité « tous les domaines que la réflexion pouvait éclairer « à l’image du philosophe grecque qui cherchait en plein jour avec sa lanterne la vérité ». Selon lui, le parrain de la 24ème édition de la Journée internationale de l’écrivain africain est un « homme de confiance qui doit à lui-même ce qu’il est ». Discret et disponible, le conseiller culturel du président de la République, a fait savoir le chef du gouvernement, est reconnu également pour son humilité.

Liberté d’expression
Le président de l’Association des écrivains du Sénégal, Alioune Badara Bèye, a salué le respect « indéfectible » des libertés d’expression dans notre pays, faisant qu’aucun écrivain ne soit emprisonné, exilé ou emprisonné à cause de ses écrits. A cela, s’ajoute, a-t-il soutenu, les mesures prises par le chef de l’Etat et qui vont dans le sens de la promotion du livre à travers l’augmentation du fonds dédié à l’édition, ainsi que la rentrée prochaines des Arts et Lettres. Le Congo Brazzaville a été choisi comme pays invité d’honneur de la 24ème édition de la Journée international de l’écrivain africain. Un choix qui, selon A.B. Bèye, n’est pas « fortuit ». En effet, ce pays a déjà abrité en 1984, sous l’impulsion du président Denis Sassou Nguesso, le premier Congrès de jeunes écrivains afro-asiatiques. « Pays d’écrivains et de culture, le Congo Brazzaville a vu naître des « monstres » de la plume : Tchicaya Utam’si, Sony Labu Tansi, Jean Baptiste Tati Lotard, Sylvain Bemba… », a-t-il avancé.

A propos du thème de cette année: « Paix et sécurité, le rôle de l’écrivain africain », le président de l’Aes a rappelé que les écrivains sont aussi menacés par le contexte de terrorisme et de radicalisme qui minent le monde moderne. « Chaque fois qu’il y a des révolutions, les gens commencent à attaquer des bibliothèques. Ils essayent toujours de tuer la réflexion par le livre. Actuellement, avec la menace religieuse et l’intolérance, l’Afrique se trouve menacée. Les serviteurs de la plume doivent aussi se lever pour dénoncer, alerter et combattre à travers leur principale arme », a-t-il laissé entendre.

Ibrahima BA

Pr Hamidou Dia, parrain de la 24ème édition : Les qualités de l’homme des lettres exaltées
Hamidou DiaConseiller culturel du président de la République, Pr Hamidou Dia est le parrain de la 24ème édition de la Journée internationale de l’écrivain africain. Poète, philosophe, essayiste, critique littéraire et critique d’art africain, le parrain, a rappelé l’écrivain Cheikh Hamidou Kane, a déjà à son actif, dans tous les domaines énumérés, 7 livres, 5 documentaires et quelques distinctions académiques qui portent témoignages de la richesse et de la diversité de sa créativité.

Docteur en littérature française (Phd)  de l’Université Laval du Québec, Hamidou Dia, a rappelé Alioune Badara Bèye, reste profondément enraciné dans les valeurs les plus pérennes de son terroir. Cela, surtout en ce sens qu’il « maîtrise parfaitement les nuances de cette langue de conquérant et d’amour qu’est le Pular ». Pour M. Bèye, il s’agit de l’un des derniers Mohicans de « notre » littérature ainsi que l’un des « plus brillants » intellectuels du pays et de l’Afrique de manière générale.

Lauréat du Prix Jasmin d’argent de la poésie francophone et chevalier de l’Ordre national du mérite, Pr Dia, a informé l’écrivain, le Colonel Moumar Guèye, a un palmarès littéraire bien fourni. « Il a profondément étudié et contribué à une meilleure compréhension de son œuvre et des messages à travers le monde », a-t-il rappelé.

Invité à prendre la parole, Hamidou Dia a fait part de sa joie, au-delà du sentiment d’incrédulité qui l’a animé à l’annonce de sa désignation comme parrain de la 24ème édition de la Journée internationale de l’écrivain africain. « Je remercie très vivement de l’honneur qui m’est fait et dont je suis fier dans la pleine conscience que cet honneur est une invite à mieux faire », a-t-il laissé entendre.

Pour Pr Hamidou Dia, la littérature est avant tout engagement, prise de responsabilité, volonté et surtout générosité. Elle est aussi une « affaire sérieuse » qui « témoigne de notre  humaine condition sans oublier le plaisir de lire qui nous rend contemporains des meilleurs esprits des siècles passés ». Entre autres œuvres littéraires du Pr Dia : « Les sanglots de l’espoir », « Mondialisation et culture », « Koumbi Saleh ou les pâturages du ciel ».

I. BA

Prix de l’Aes : 15 lauréats primés
L’Association des écrivains du Sénégal (Aes) a profité, hier, du lancement des activités de la 24ème édition de la Journée internationale de l’écrivain africain pour célébrer quelques-uns de ses membres qu’elle juge méritants. Parmi les lauréats figurent Alioune Badara Bèye, Prix Amadou Cissé du théâtre, pour l’ensemble de son œuvre théâtrale, Hamidou Dia, Prix d’honneur. Le Colonel Moumar Guèye a décroché le Prix Cheikh Anta Diop de l’essai.

Quant à Abdoulaye Fodé Ndione, il est lauréat du Prix David Diop pour la poésie. Il y a eu aussi d’autres récompenses de l’Aes dont chaque prix décerné porte le nom d’un illustre écrivain sénégalais disparu. Par exemple, le Prix Mbaye Gana Kébé est revenu à l’écrivain Salamo Seydi et celui de « Mbissane Ngom » du jeune auteur à Mame Famew Camara. Le Professeur Amadou Ly de l’Ucad a reçu le Prix Oumar Sankharé de la critique littéraire.

I. BA

La deuxième conférence annuelle sur la gestion du spectre en Afrique subsaharienne s’est ouverte hier à Dakar, sous la présence du ministre des Postes et des Télécommunications, Yaya Abdoul Kane et du directeur de l’Autorité de régulation des télécommunications et des Postes (Artp), Abdou Karim Sall.

Après la première qui s’est tenue à Johannesburg, Dakar, en collaboration avec l’Union internationale des télécommunications et le Forum global, abrite la deuxième conférence annuelle sur la gestion du spectre en Afrique subsaharienne. Intervenant dans un contexte particulier, notamment la transition vers le numérique, cette rencontre qui regroupe plus de 200 participants de 40 pays différents, en majorité africains, a consacré un atelier sur les mécanismes de financement de la radiodiffusion numérique à l’ouverture de la première session.

A cet effet, le ministre sénégalais des Postes et des Télécommunications, venu présider la rencontre, a renseigné qu’en ce qui concerne la Télévision numérique terrestre (Tnt), le Sénégal a couvert presque tout le territoire. « Sur les quatorze régions, les douze ont été couvertes, par conséquent plus de 90 % du territoire », a-t-il informé. Il a, en outre, souligné la difficulté de l’opérateur, notamment Excaf Télécom, à finaliser le projet. « 876.000 décodeurs devraient être mis à la disposition des populations. Actuellement, nous en sommes à peu près à 360.000 », avoue M. Kane qui soutient qu’au vu des problèmes rencontrés par l’opérateur, le Premier ministre a mis en place une Task force pour réfléchir sur les solutions à adopter pour l’effectivité de la Tnt.

Rareté des fréquences
« Nous venons d’élaborer la stratégie Sénégal numérique qui a été budgétisé à hauteur de 1.300 milliards de FCfa avec une participation importante du secteur privé », a indiqué le ministre.

Un projet où le partenariat public privé est mis en avant pour la mobilisation des ressources. L’économie numérique étant une alternative pour un développement économique, illustre ce dernier, le pays, à travers ce projet de numérisation, veut faire le secteur un levier de croissance économique. Autre problème soulevé au cours de cette rencontre, la rareté des fréquences qui font l’objet d’une forte demande. En effet, ce conclave est une occasion pour les experts et les pouvoirs publics pour réfléchir sur les mécanismes et les stratégies à mettre en place pour une gestion efficace et efficiente des ces ressources, mais également leur utilisation optimale pour offrir aux populations des services internet à haut débit et à moindres prix. D’où la nécessité de la mise en place d’un cadre juridique et réglementaire pour leur gestion harmonisée.

« Les Technologies de l’information et de la communication (Tic) de demain devront assurer la mobilité, la flexibilité et la couverture nécessaire des usagers pours qu’ils soient immergés dans un environnement de connectivité égalitaire », a soutenu le directeur de l’Artp, Abdou Karim Sall. Des infrastructures correspondantes qui, selon lui, ne pourront être mis sur pied que si le spectre de fréquences radioélectriques est disponible et est utilisé suivant les modalités des nouvelles planifications et de gestion optimale. En effet, dans un environnement très concurrentiel des services de communication, particulièrement l’Internet, la radiodiffusion, la téléphonie mobile entre autres, le directeur de cette Agence de régulation a estimé que la gestion du spectre numérique doit requérir une stratégie globale avec une utilisation rationnelle de ce dernier.

Marame Coumba Seck

Le monde des arts plastiques sénégalais est en deuil. L’artiste tétraplégique, Yoni Rassoul Diongue, est décédée, dimanche à Dakar, des suites d’une courte maladie. Agée seulement de 21 ans, l’artiste, malgré son handicap, débordait de talent.

« Yoni vient de rendre l’âme » ! Cette douloureuse nouvelle est partagée sur la page « Facebook » de l’artiste plasticienne, dimanche peu avant minuit. L’information crée du coup un tollé sur les réseaux sociaux. Beaucoup de « facebookeurs » pensaient à une blague de mauvais goût. Mais quelques minutes après, la terrible nouvelle est confirmée par une source proche de la famille. La jeune plasticienne tétraplégique s’en est allée à la pointe des pieds, à 21 ans seulement. Elle est partie comme elle a vécu, dans la simplicité et la sobriété qui offrirait à son art cette divine inspiration. Yoni Rassoul Diongue est partie sans même prendre le temps de dire au revoir à ceux qui savaient apprécier ses tableaux peints à l’aide de sa bouche fragile et à la corvée de son cou. Yoni « handicapable » aimait-elle répéter minimisant son handicap moteur qui, pourtant la privait de l’usage de l’ensemble de ses membres. Mais comme elle avait une foi capable de déplacer des montagnes et de faire reculer des mers, elle en avait cure.

Comme pour rompre avec son handicap, la peinture de Yoni se singularisait par une sorte de langage qui se veut accessible. Le monde coloré auquel elle invitait, renvoyait à un lieu de cocagne. Un espace qui annule la solitude et l’angoisse. Son travail révélait le monde bouillonnant qu’elle perçait très souvent sur chaise roulante ou à travers la fenêtre de chez-elle. Yoni Rassoul peignait avec sa bouche sa quotidienneté, ses sentiments, passions et émotions. Ses toiles restituaient des fragments d’histoires et d’existence avec une commodité dénudée. Sa dernière exposition, qui remonte au « Dak’art » 2016, au mois de mai, était le lieu de réaffirmer un talent qui était déjà affirmé.

Comme tout jeune, Yoni Rassoul Diongue est partie avec des rêves et des projets. Elle voulait vivre utile pour son pays et elle l’a été malgré une existence éphémère telle une rose dans un immense désert.

Ibrahima BA

Dans le cadre de la commémoration du cinquantenaire du premier Festival mondial des arts nègres (Fesman), Dakar abrite, depuis hier, une série d’activités sur cet événement majeur de l’histoire de notre pays. Une exposition sur le 1er Fesman : « Mémoire et Actualité (1966-2016) » est prévue au Musée de l’Ifan Théodore Monod, ex-Ifan, sous la présidence de Monsieur Abdoulaye Makhtar Diop, vice-président de l'Assemblée nationale. Ces manifestations, à l’initiative de la section sénégalaise de la Communauté africaine de culture section sénégalaise (Cacsen), seront complétées par un colloque international auquel prendront part d'éminents hommes de culture, des chercheurs, universitaires, venant de tous les continents.

La cérémonie officielle d'ouverture du Colloque international est prévue, aujourd’hui à Dakar, sous la présidence du chef de l’Etat, Macky Sall. La commémoration du premier Festival mondial des arts est soutenue par le ministère de la Culture et de la Communication à travers la Direction des arts. Depuis avril 2016, un ensemble d’activités culturelles est organisé au Sénégal en souvenir de cet événement symbolique dans le calendrier culturel africain.

I. BA

« Bris d’ombre » est le titre du roman de Sokhna Benga présenté, samedi dernier, à la Librairie L’Harmattan Sénégal. Elle s’insurge contre l’infamie sans anéantir les espoirs et détruire les ressorts fragiles des âmes en perdition. Les témoignages émouvants dont l’a comblée l’assistance font de ce livre un exutoire d’une romancière interpellée par les tares de la société.

A la quatrième de couverture, on peut lire ceci : « Bris d’ombre…ou l’amour parfois chant de cygne, parfois mélodie brisée en plein crescendo et qui doit renaître, tel un sphinx de ses cendres, au risque de se perdre dans les méandres du temps. Désirée, cette perle diaphane du Saloum aux pieds de velours, doit vaincre les démons de son passé pour emporter une victoire éclatante sur le présent et le futur. Un passé violé par l’ombre furtive d’un bourreau d’enfants et que seules les ailes du temps et du pardon sauraient éclairer et apaiser ».

Sokhna Benga puise cette inspiration poétique dans la réalité accablante qui, pourtant, n’éteint point les espoirs. Elle offre des possibilités. Celle de réagir à l’infamie en est une. L’auteure rend hommage, à travers ce roman, à une femme victime de pédophilie qu’elle a rencontrée quelque part plongée dans un abîme d’affliction. « J’aime évoquer les sujets tabous et dénoncer certaines tares de la société », se limite à dire celle que la directrice générale des Nouvelles éditions africaines du Sénégal, Aminata Sy, appelle la « dame de fer et de lettres ».

Face à une société dont l’impassibilité est moins écœurante que les valeurs écrasantes (hypocrisie, fourberie…), ces âmes croupissant dans l’abjection conquièrent leur estime dans la foi en l’avenir, en cette capacité de se délivrer d’un boulet le temps de scruter un horizon moins embrumé ; là où justement l’hypocrisie ne tamise pas la lumière. « Elle aborde ici avec courage et détermination la question de l’hypocrisie qui fait le drame de la vie de certaines de nos jeunes filles, de nos enfants, les amours incestueuses entre ascendants et descendants et les naissances monstrueuses, phénomènes bien plus fréquents qu’on ne le pense et dit », souligne le professeur Amadou Ly dans sa présentation du livre. La directrice de la Sécurité maritime et de la Prévention de la pollution marine à l’Agence nationale des affaires maritimes (Anam) met, selon lui, des vérités cachées en pleine lumière.

Complexité des sentiments humains
Ce livre se veut, pour Amadou Ly, une réflexion sur deux modalités de l’amour ; cette pulsion qui pousse l’être humain à aller vers un autre, mu par un élan irrépressible qui est à la fois don de soi et le désir de conquêtes. L’amour, on le trouve toujours quelque part et sous plusieurs expressions. Ce roman dépeint la complexité « des sentiments humains, leur variabilité en fonction des circonstances et greffe des relations intermittentes, de haine, de rejet total. Il évoque la nostalgie d’une enfance heureuse que la vie a saccagée et que l’on veut retrouver dans sa pureté », indique-t-il non sans faire référence au métissage sous ses diverses formes que l’auteure s’est employée à mettre en lumière.

L’assistance composée de membres de sa famille, de ses collègues et de ses amis en constante effusion s’est épanchée sur ses qualités humaines et son professionnalisme. La générosité de la romancière et son inclination précoce pour l’écriture ont été mises en exergue par sa mère. L’auteure de « La balade du sabador » qui a remporté le Grand prix du président de la République pour les Lettres dessine des mondes où s’éprouvent des valeurs parce que portant celles-là élevées selon ses proches. Sokhna Benga est officier de l’Ordre national des Arts et Lettres de la République française et chevalier de l’Ordre national du Lion. Auteure de près d’une vingtaine d’ouvrages littéraires, cette spécialiste du droit est membre du Conseil national de régulation de l’audiovisuel.

Alassane Aliou MBAYE

L’Association des écrivains du Sénégal (Aes) a profité, hier, du lancement des activités de la 24ème édition de la Journée internationale de l’écrivain africain pour célébrer quelques-uns de ses membres qu’elle juge méritants. Parmi les lauréats figurent Alioune Badara Bèye, Prix Amadou Cissé du théâtre, pour l’ensemble de son œuvre théâtrale, Hamidou Dia, Prix d’honneur. Le Colonel Moumar Guèye a décroché le Prix Cheikh Anta Diop de l’essai.

Quant à Abdoulaye Fodé Ndione, il est lauréat du Prix David Diop pour la poésie. Il y a eu aussi d’autres récompenses de l’Aes dont chaque prix décerné porte le nom d’un illustre écrivain sénégalais disparu. Par exemple, le Prix Mbaye Gana Kébé est revenu à l’écrivain Salamo Seydi et celui de « Mbissane Ngom » du jeune auteur à Mame Famew Camara. Le Professeur Amadou Ly de l’Ucad a reçu le Prix Oumar Sankharé de la critique littéraire.

I. BA

La candidate de la région de Dakar, Ndeye Astou Sall, a été sacrée Miss Sénégal 2016. La finale nationale s’est tenue samedi.

Ndèye Astou Sall est la nouvelle ambassadrice de la beauté sénégalaise. La candidate de la région de Dakar a été couronnée, samedi, Miss Sénégal 2016. La nouvelle reine de beauté est suivie de trois dauphines : Diabou Louis Mané de Thiès (1ère), Adja Diallo de Fatick (2) et Mamy Guèye de Diourbel (3), et onze autres concurrentes. Outre une belle plastique à faire valoir, les quinze finalistes ont débattues sur les thèmes de l'émergence et la femme, mais aussi des sites touristiques des régions représentées.

A cet effet, Miss Sénégal a revisité des sites touristiques de Dakar tels que l'île de Gorée, le Lac Rose, le Monument de la Renaissance... Elle n’a pas manqué d’inviter les femmes à davantage s’instruire pour un meilleur accès aux instances de décisions. Une occasion aussi pour toutes les autres candidates de mettre au-devant de la scène les potentialités de leurs régions.

Par ailleurs, Ndèye Astou Sall, la plus belle du Sénégal, poursuit son combat qu'elle porte depuis le début, son projet. Notamment la protection des enfants de la rue. Par la même occasion, Miss Sénégal dénonce « l'exploitation des enfants » car, selon elle, la place des enfants est « à l'école ou dans les daaras ».

Avant le sacre final, les différentes candidates ont défilé sous trois tableaux : des coutures en Batik indonésiens, Wax et robes de soirées. Les filles ont rivalisées d’élégance. Drapées dans des textiles fluides, moulants, elles arborent différents styles. Aux allures classiques, sexy en passant par le basic. Des tenues raffinées ont été déclinées en décolletés, fentes, bouquets, nœuds. L’arsenal de séduction était bien déployé. C’était sous le regard du jury international composé de diverses nationalités : sénégalaise, française, indonésienne et ivoirienne. Le ministère de la Culture et de la Communication était représenté par le directeur des Arts, Abdoulaye Coundoul. Il avait à ses côtés le représentant du ministère du Tourisme et des Transports aériens, des stylistes sénégalais et étrangers et d’anciennes reines du podium. Considéré comme vitrine du Sénégal, le concours de beauté Miss Sénégal est un événement à pérenniser. Sur ce registre, les représentants des différents ministères se sont donné le mot pour un appel à sponsoring. Les deux officiels ont invité « toutes les entreprises, bonnes volontés et autorités sénégalaises » à accompagner le Comité Miss Sénégal dirigé par Amina Badiane. Côté animation musicale, «Bidew Bou Bess» et Waly Ballago Seck ont assuré le spectacle .

Yaye Awa Ly Ngoné SARR
(stagiaire)

La première édition du Salon international du pagne africain de Dakar s’est tenue, en présence du ministre de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Artisanat, Mamadou Talla, à la Place du souvenir, du 4 au 6 novembre. Le thème, « Entreprendre avec le pagne », témoigne de la volonté des organisateurs de mettre en lumière une esthétique et d’offrir l’opportunité aux acteurs et aux consommateurs d’échanger sur la réalité d’un marché africain qu’il est possible de rendre moins étroit. La République du Congo a été choisie comme pays invité d’honneur.

« La célébration du pagne africain est une belle manière de rendre hommage à nos artisans qui, grâce à leur travail et à leur créativité toujours féconde, permettent à notre culture vestimentaire de traverser le temps en réconciliant les générations ». Ces propos tenus par le ministre de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Artisanat, Mamadou Talla, à l’occasion de l’ouverture du Sipadak, raccommodent l’esthétique à l’utilité. Celles que donne à voir le pagne africain dénote, par-delà la confirmation des « goûts communautaires », du cheminement historique des peuples d’une Afrique autrefois à conquérir, à intégrer au marché.

Le premier secrétaire de l’ambassade du Congo au Sénégal, Eugène Loutonadio, a, en abordant la question des origines et du rôle du pagne dans la société africaine, en dit ceci : « L’histoire du tissu-pagne africain est le résultat des relations entre l’Afrique et l’Europe pendant la période coloniale ». Et ajoute pour le destiner à un usage tenant compte de l’anthropologie : « Pour la femme congolaise, le pagne n’est pas qu’un simple tissu destiné à être porté. Il constitue un véritable patrimoine chargé de symboles de beauté, de magnificence, de singularité et d’affirmation ».

Singularités culturelles
Le pagne transcende ainsi les époques et les espaces et « s’acclimate » dans des singularités culturelles. Mais, il traduit partout, par l’usage qui en est fait, une esthétique indifférente à la « corrosion vestimentaire ». Il s’agit, aujourd’hui, pour les Africains, de le promouvoir sous un jour nouveau et d’en faire un levier capable de susciter des vocations. C’est là tout le sens de ce salon de Dakar qui, en plus de donner l’opportunité de découvrir la riche palette du pagne, élargit le marché africain. Selon Yolande Adje, présidente du comité d’organisation, cette initiative est venue à son heure en cela qu’elle a pour objectif majeur de créer une plate-forme d’échange pour les producteurs, les distributeurs, les stylistes, les couturiers et les consommateurs du pagne. Ce salon permettra de « découvrir les richesses de l’art africain à travers le pagne et de promouvoir l’entreprenariat féminin », promet-elle. C’est également une occasion de discuter des difficultés qui plombent le secteur car « l’Afrique est encore à la traîne parce que techniquement elle manque de moyens », souligne Gilles Touré, créateur de mode ivoirien. Toutefois, il estime que les fils du continent ont un grand rôle à jouer dans la valorisation du pagne qui passe par une créativité féconde et la capacité de réinventer l’esthétique. L’espoir réside dans le fait, selon lui, que les Africains adoptent de plus en plus le pagne même à l’occasion de grandes cérémonies. Cela épouse le souhait du ministre Mamadou Talla qui est de « susciter une adhésion massive des populations à l’utilisation du pagne dans l’art vestimentaire et un développement de l’entreprenariat ». Le thème, « entreprendre avec le pagne », aborde, à l’en croire, de manière holistique et participative les préoccupations majeures des pays africains dans la quête de qualification des jeunes pour leur permettre de se lancer avec confiance dans le marché de l’emploi.

Alassane Aliou MBAYE

La compagnie « Nala Soleil d’Afrique » vient d’impressionner le public lougatois par la qualité de sa prestation. Ne manque plus qu’un détail : que le Sénégal entier se mette à les … voir sur scène.

Les Rencontres internationales francophones Abdou Diouf (Rifad) de Louga ont pris fin, mercredi, par la remise de récompenses aux élèves qui se sont le plus illustrés. Mais s’il y a un groupe qui continue encore de faire parler de lui dans la capitale du Ndiambour, c’est bien celui venu de Toubacouta, dans le delta du Saloum. Son nom : « Nala Soleil d’Afrique ». Cette compagnie a créé une sensation forte chez le public. Petits et grands ont été séduits. C’est que Barth Samoura Diouf (nom du directeur artistique) et ses amis (au nombre de 25) savent aller à l’essentiel sans passer par un minimalisme ennuyant. On a du plaisir à les voir sur scène. Spectacle discontinu, accompagné d’une musique remarquable et des acrobaties extraordinaires.

Esthétique
Le tout dans une simplicité esthétique où les personnages séduisent grâce à leur naturel et leur spontanéité. « Quand on voit cette compagnie se produire, on est forcément séduit », témoigne le président de Action Toubacouta Sénégal (Ats), le belge Gérard Georges. C’est lui qui a convaincu Babacar Sarr de les inviter aux Rifad de Louga. « Babacar n’en revient toujours pas. Il a été agréablement surpris par la qualité de la compagnie », soutient Gérard Georges qui aide « Nala Soleil d’Afrique » à conquérir le Sénégal et l’Europe. « Ce groupe de jeunes talentueux et disciplinés mérite d’être soutenu. Et c’est pourquoi, nous essayons de lui donner un petit coup de pouce pour lui permettre de réaliser son projet », explique le président de Ats.
La compagnie peut également compter sur le soutien et l’accompagnement du Centre culturel de Toubacouta. « C’est un groupe qui a de l’avenir. Ils ont le talent et l’envie d’aller de l’avant. Bien évidemment, nous serons là pour le volet encadrement et conseils », souligne le directeur du Centre culturel de Toubacouta, Mayecor Diouf, conquis par la « chorégraphie virevoltante et les portés acrobatiques » de « Nala Soleil d’Afrique ».

Barth et ses amis nourrissent le secret espoir de conquérir (à travers festivals, concerts etc…) le Sénégal et l’Europe. S’inscrivant dans une perspective de création permanente qui conjugue les arts traditionnels africains avec une conception moderne et évolutive des arts de la scène. Dans ce sens, explique Barth Samoura Diouf, la compagnie « Nala Soleil d’Afrique » souhaite donner une continuité aux travaux de Senghor sur la Négritude et la volonté de mettre en valeur les arts scéniques du continent. Sans renier à leur identité mais toujours sous forme d’un show énergique. Dans l’agenda de cette « grande » compagnie, figure le festival de Toubacouta mi-décembre. On y voit aussi le Fesfop (Festival international de folklore et de percussions de Louga). Il y a également et surtout la tournée européenne, prévue en juillet et septembre 2017. Toujours avec le même soutien : celui de Gérard Georges.

Abdoulaye DIALLO

La Galerie nationale d’art accueille, du 3 au 13 novembre prochain, l’exposition photographique « Sunu expo 2 » (notre expo 2). Cette deuxième édition réunit les œuvres d’une quarantaine de jeunes qui partagent la passion de la photographie dans le cadre du collectif « Sunu naatal ». « Sunu expo 2 » présente d’impressionnants clichés sur Dakar et les autres régions du Sénégal.

En dehors de quelques amateurs d’âge mûr, c’est un public majoritairement jeune qui a pris part, jeudi soir, à l’exposition « Sunu expo photo 2 ». Entre les belles  images des femmes débarquant des pirogues de sel sur les bords du lac Rose, le pont Faidherbe de Saint-Louis enveloppé d’un épais brouillard, la langue de Barbarie à l’écosystème fragile, la parade des Forces armées sénégalaises, les baobabs séculaires de Joal Fadiouth …, cette exposition est une invitation à un voyage unique à travers le Sénégal.

Pour sa deuxième édition, après une première en 2015, « Sunu expo photo » a choisi de partager avec le public de la Galerie nationale d’art, le fruit de 16 mois de randonnées entre Dakar et les autres régions du Sénégal. Le résultat est impressionnant au vu de la qualité des 150 œuvres photographiques présentées sur différents formats et trônant majestueusement sur les cimaises de la galerie. Les images prises à Dakar, Thiès, Saint-Louis, Somone, Lac Rose, Joal, Mbour, Rufisque, Technopole, Mamelle, Sandaga, Guédiawaye, Plateau, Corniche, redonnent plus d’éclat à ces endroits occupant une place privilégiée sur le plan historique, touristique, économique et stratégique. « Sunu expo photo 2 » met l’accent sur le patrimoine architectural de la capitale sénégalaise. Les bâtis centenaires du marché Kermel avec ses étals au lot de produits exotiques ont particulièrement attiré l’attention des photographes.

L’exposition, c’est aussi une capture de Dakar en mouvement, les activités autour de la mer, Thiès avec son chemin de fer, l’immaculée plage de Somone, la horde de pirogues le long de la Langue de Barbie, etc. « Sunu Nataal » présente cette année des œuvres de la quasi-totalité de ses membres sous différents formats afin d’offrir une large palette de création.

Le collectif « Sunu Nataal » a été créé en 2010 par des professionnels et des amateurs unis par une passion commune, celle des images avec comme objectif de valoriser la photographie artistique et de montrer une belle image du Sénégal.

Une conquête par l’image
L’association est née donc pour répondre à une nécessité d’avoir un regard propre sur « notre pays ». C’est en quelque sorte, une conquête par l’image de « notre » patrimoine urbain, culturel, jadis détenu par des étrangers. Cela, en apprenant à « prendre, dompter, dominer ce qui nous appartient par l’image ».

Ainsi, à côté de la touche artistique, le travail du collectif « Sunu Nataal » permet de faire la promotion de la destination Sénégal et du tourisme d’une manière générale. Il donne une vision immaculée de « nos » villes et régions, un regard rompant avec les préjugés et les stéréotypés nourris depuis des siècles par l’Occident vis-à-vis de l’Afrique. « Sunu Nataal » se veut ainsi protecteur et défenseur de l’image du pays à travers le monde. « Dans un monde d’informations et d’images, de l’art et de la culture, chacun doit apporter sa contribution. A notre niveau, nous voulons contribuer, par l’image, à la valorisation de notre pays, à travers l’Internet par une production autonome de très belles images du Sénégal », explique Tidiane Seck, président d’honneur du collectif. Pour y arriver, les photographes comptent faire un zoom sur les merveilles qui font la beauté du « Pays de la Téranga ».

Formation et insertion professionnelle
A côté de la volonté d’œuvrer pour la valorisation du patrimoine national, les randonnées organisées régulièrement tous les premiers samedi de chaque mois, à la recherche d’images pour immortaliser ou écrire l’histoire par la magie de la photographie, ont permis à l’association d’assurer la formation de ses membres. Mais ce n’est pas tout, « Sunu Nataal » ouvre par la même occasion les portes de l’emploi ou de l’auto-emploi à ces jeunes photographes. « L’Association donne de la visibilité à ses membres. On y apprend énormément parce que c’est une plateforme ouverte. Grâce à la première exposition en 2015, beaucoup de nos membres sont devenus professionnels. Aujourd’hui, ils ont gagné à se faire connaître et vivent de cette activité. Je pense que c’est ce qui fait d’un artiste un professionnel ; ce qui n’est pas évident en 2015 où chacun à un appareil photo », avance Swaodo Wade, présidente de l’Association « Sunu Nataal ».

A cela, s’ajoute, explique Bamba Diop, membre du collectif, les ateliers de formation et d’information, les séminaires et conférences sur des thèmes comme le droit d’auteur. « Aujourd’hui, du fait de ces ateliers de formation, nous avons un groupe qui est déjà bien formé et qui est en train de faire des choses magnifiques. Aussi, il y a des gens qui ont commencé avec nous et qui, auparavant, n’étaient pas intéressés par la photographie, mais actuellement, ils ont amélioré leur travail. Certains ont même créé leur propre studio. Tandis que d’autres travaillent pour l’image de certaines grandes entreprises », informe-t-il. Il arrive également, poursuit M. Diop, qu’une partie des membres gagnent des marchés pour la décoration de certaines entreprises, des bureaux et des maisons de luxe.

Tidiane SeckL’Association compte actuellement autour de 180 membres tous réunis et connectés par la magie des réseaux sociaux. Pour beaucoup, elle a été un coup de grâce vers la concrétisation d’un vieux rêve. « Le collectif m’a permis d’avoir beaucoup d’audace sur le côté artistique. Je me suis rendu compte que la photographie, ce n’était pas seulement de l’événementiel. Le plus important pour moi, c’est d’avoir intégré l’exposition. J’ai toujours rêvé d’exposer », confie Daouda Timéra.

Ibra Khalil abonde dans le même sens. Selon lui, « Sunu Nataal » lui a permis de beaucoup progresser dans le domaine de la photographie et d’aller prendre des images jusque dans les régions du pays. Mais également d’avoir des demandes de couverture de certains d’évènements.

Malgré l’écueil lié au manque de moyens, l’association compte compléter en 2017 le tour du pays ainsi que la création d’une base de données d’images haute définition sur le Sénégal. Ces images seront accessibles au public et téléchargeable gratuitement sur le site du collectif.

• Par Ibrahima BA

Tidiane Seck, président d’honneur de « Sunu Naatal » : « Atteindre une base de données de 20.000 images »
Doyen du groupe par l’âge et l’expérience, Tidiane Seck, président d’honneur du collectif « Sunu Nataal », veut que l’association puisse atteindre les 20.000 images sur sa base de données d’ici les trois prochaines années. L’objectif est de mettre à la disposition du public et des nouveaux utilisateurs des outils de la communication moderne et d’images de haute, contribuant à valoriser à travers l’Internet l’image du Sénégal.

Pour cela, pense-t-il, il s’agira de choisir les bons sujets pour pouvoir prendre de belles photos. Selon lui, l’association est en train de réfléchir sur la réalisation d’un travail sur le patrimoine historique afin d’inviter l’ensemble des acteurs à sa préservation. « Ceux qui ont vécu à Dakar au cours des 30 dernières années, ne se rappellent plus de comment était la Corniche ou le croisement entre l’Avenue Bourguiba et celle de Cheikh Anta Diop. On a tout transformé. Par la magie de la photographie, on veut rappeler comment le pays a évolué », laisse-t-il entendre.

I. BA

Au premier son du tambour, le père de famille fermait la porte de la maison. Sa fille en était obsédée. Son corps et son cœur n’y résistaient point. Ce pas leste de la demoiselle Ndeye Bana Mbaye était prémonitoire. Elle a, par la suite, excellé dans le rythme et en a donné le sens à bien des hommes et des femmes du Sénégal et d’autres cieux. Comme pour envoyer un clin d’œil aux haies d’écueils d’un temps lointain, elle est devenue, en 2012, la directrice de l’Ensemble national de ballet « La linguère » de la Compagnie du Théâtre Daniel Sorano, là où la fureur du tam-tam et les corps survoltés n’indisposent guère. Loin de là. Elles constituent un patrimoine national dont la conservation et la diffusion lui incombent en grande partie ; des responsabilités qu’un honorable parcours a rendu légitimes.

Une émouvante étreinte et des réminiscences ! A l’époque où les pas étaient encore lestes et les corps un peu plus effilés, les retrouvailles entre Germaine Acogny et son ancienne élève à Mudra-Afrique, Ndeye Bana Mbaye, auraient été plus rythmées. Les mots se seraient soumis à la cadence, à la souplesse des plastiques. Lors de la journée mondiale de la danse célébrée au Sénégal, en 2016, à la Maison de la culture Douta Seck, le spectacle n’était pas seulement sur la scène. Dans les coulisses, la « vieille garde » est en effusion. « Ndeye Bana, on l’appelait Acogny II par son art et son physique », s’émeut la danseuse et chorégraphe Germaine Acogny dans une hilarité générale. C’est là, un témoignage d’affection et d’admiration.

L’actuelle directrice de l’Ensemble national de ballet « La linguère », du Théâtre national Daniel Sorano, est de ces êtres qui n’ont pas trop gambergé pour se fabriquer un destin. La danse était sa vocation. Très jeune, elle s’est échinée à y trouver éloges et respect, bonheur et bénédiction après moult péripéties. La native de la Medina, quartier populaire de Dakar, quitte les bancs de l’école « Champ de course » pour les filles en classe de Cm2 « à cause, dit-elle, d’une injustice ». L’histoire est longue… !

Elle assoupit son chagrin dans la fureur des séances de « sabar » (tambour) qui rebutaient particulièrement son père, fier lébou du Cap vert. Il ne tire pas davantage fierté d’entendre sa fille lui annoncer son entrée à l’Institut national des arts en 1976. Elle a juste dix-neuf ans. Les petites médisances sur les danseurs n’entament guère son ardeur. Rien ne peut plus l’arrêter. « Le solo offert par Germaine Acogny, que j’ai vu par hasard, m’a procuré une sensation étrange. C’est comme si je me réconciliais avec mon corps », se souvient-elle, les yeux pétillant derrière ses lunettes à verres correcteurs. Tricot, couture et crochet auxquels elle s’adonnait au Centre de Bopp peuvent attendre !

A l’Institut national des arts, elle intègre la section danse après avoir passé six mois à la division musique. Au bout de quelques temps d’apprentissage, Ndeye Bana Mbaye est choisie comme soliste du ballet de son établissement à l’occasion d’une cérémonie d’hommage au président Léopold Sédar Senghor en 1976. Elle enchante. Germaine Acogny qui y enseigne la danse rythmique l’adoube.

En 1977, avec la bénédiction du chef de l’Etat, Maurice Béjart crée Mudra-Afrique et en confie la direction à Germaine Acogny. Keysi Bousso, l’actuel directeur général du Grand théâtre, et Ndeye Bana Mbaye, jouissant d’une précoce et belle réputation, sont admis sans audition dans cette prestigieuse école. La tenace adolescente y dompte le pas sous l’aile protectrice d’un autre monument de la culture sénégalaise, Doudou Ndiaye Rose, chargé des cours de percussion. « Nous sommes la première génération de rosettes », confie-t-elle, en référence aux filles qui accompagnaient le défunt musicien. Julien Jouga leur dispensait les cours de Solfège.

Mudra-Afrique
En trois ans de formation, elle joue son premier rôle dans « La cuillère sale » de Birago Diop et découvre le monde avec l’ancien ministre de la Culture, Assane Seck. Pour son examen de sortie, la danseuse interprète « une vie misérable » devant Maurice Béjart, membre du jury. « Je n’ai point été inhibée », se rappelle-t-elle, avec un sourire qui donne à voir des dents éclatantes. Elle se plaisait alors à partager ses connaissances avec quelques écoles privées après une courte période d’assistanat de danse classique à Mudra-Afrique.

Son mariage, en 1980, lui offre un moment de répit mais c’était sans compter avec les âmes enchantées par ses mouvements giratoires, son agilité et sa prestance. Le ballet « Forêt sacrée » de l’Ecole des arts la sollicite par l’intermédiaire d’Abdou Mama Diouf. La nouvelle femme au foyer hésite. Son corps décide pour elle. Le défunt metteur en scène, Mamadou Diop, la débauche pour intégrer son ballet.

Les scènes deviennent le théâtre de ses prouesses, de son exubérance. Les échos font leur effet. Le talent s’affine. Il est accompagné des échos répercutant le son de l’émerveillement de ceux-là même qui guettent l’interprète de leurs pensées. « A Mamadou Seyba Traoré, le poète Amadou Lamine Sall avait confié la mise en scène d’une pièce de théâtre. Le metteur en scène me chargea alors de m’occuper de la chorégraphie. Le jour de la représentation, Maurice Sonar Senghor, directeur du théâtre national Daniel Sorano, était dans la salle. A la fin du spectacle, il chargea Jean pierre Leurs, son collaborateur, de me retenir en même temps que deux autres camarades de promotion de Mudra-Afrique ». La suite est une odyssée digne des âmes douées. Le Théâtre national Daniel Sorano devient sa « seconde famille » en 1982.

Mariée et mère d’un garçon à l’époque, elle décline la proposition d’intégrer le ballet « La linguère » constamment en tournée. Elle opte pour la seconde troupe de danse de la compagnie, la « Sira badral », moins voyageuse. Ndeye Bana Mbaye en devient la maîtresse de ballet en 1983 pour épauler Fotigui Touré, le directeur. En compagnie de celui-ci choisi comme batteur, elle se rend en Norvège en 1989, en tant que professeur de danse pour un contrat d’un an. « Mon genou m’a lâchée. J’ai été obligée de subir une opération à Oslo à deux mois de la fin du contrat avec le Norvégien. Quand la douleur a persisté, les médecins m’ont demandé d’arrêter au risque de compromettre ma carrière artistique », se remémore-t-elle, le débit régulier.

Un crochet à la « dramatique »
A son retour au Sénégal, La « Sira badral » est dissoute ; certains de ses éléments déflatés. Elle est affectée, avec trois autres, au ballet « La linguère » en 1991. Mais, ici, celle que le dramaturge Alioune Badara Bèye appelle « la grande danseuse » se sent à l’étroit. La fière Dakaroise se résout, avec l’accord d’Ousmane Diakhaté, alors directeur général du Théâtre national Daniel Sorano, à quitter cette entité pour intégrer la troupe dramatique « d’autant que ma formation à l’Institut national des arts me prédispose à la pratique de plusieurs formes d’expressions artistiques ». Elle fait de la figuration dans la pièce « La tragédie du roi Christophe » jouée au Gabon sur invitation du président Ali Bongo en 2011. Un an plus tard, « Acogny II » retrouve le ballet comme un signe du destin qui l’en avait éloignée. Elle devient la première femme directrice de l’Ensemble de ballet national. « J’ai pleuré ce jour », se remémore -t -elle, sans esprit de revanche. Comble de baraka, à peine installée, l’Inde lui ouvre ses portes. Les villes chinoises de Shenzhen, de Guanzhou et de Shanghai lui déroulent le tapis rouge. En 2015, « La linguère » se rappelle aux bons souvenirs du vieux continent à l’exposition de Milan. La situation difficile de ce fleuron de la Compagnie du Théâtre national Daniel Sorano n’est point liée à ses compétences chorégraphiques. Son œuvre dissipe tous les doutes.

A près d’une berge de la retraite, elle pourra aussi tirer fierté, dans la nouvelle vie qui l’attend, d’avoir accompagné les majorettes de Kennedy à la suite de Germaine Acogny et enseigné les rudiments de la danse sénégalaise à la Communauté des ressortissants de l’Afrique de l’Ouest vivant à Roubaix en France (Crao). « La danse m’a tout donné. C’est grâce à elle que j’ai acheté une maison, assisté mon père dans ses derniers jours, servi mon pays, sillonné le monde », s’épanche celle qui est également présidente d’une association religieuse. C’est cela Ndeye Bana Mbaye ; femme de grandes prouesses et de vertus. Elle est une âme généreuse, pieuse, aimante, humble, attachée à sa famille, mère de tout le monde dont le visage est aussi ouvert que la porte de sa maison », a tenu à témoigner Ousseynou Faye. Peut-on espérer plus grand éloge d’un gendre, père de son premier petit-fils ?

• Par Alassane Aliou MBAYE

Du 25 au 27 novembre 2016, Gorée sera le point de ralliement d’artistes, d’artisans, de citoyens et d’habitants de la diaspora venus revisiter l’histoire à travers Gorée Diaspora Festival. Au tour du thème « Mémoire et résilience », cette 8ème édition, par le biais de la culture, un levier de rapprochement des peuples, cherche à promouvoir la diversité.

Cherchant sa voie depuis onze ans, le Gorée diaspora festival s’inscrit dans une périodicité biannuelle depuis 2010. En effet, cette huitième édition, qui s’articule autour de la mémoire et de la résilience, sera un moment de partage et d’échanges culturels entre Sénégalais et les peules de la diaspora. Mais également de découvertes de spécificités culinaires avec trois pays invités d’honneur : Afrique du Sud, Côte d’Ivoire et Etats-Unis.

Par ailleurs, son thème innovant, notamment « Mémoire et résilience », épouse le contexte actuel marqué par l’intolérance, le repli sur soi, la crise d’identité et la peur. Des résurgences qu’on a connues à travers la traite négrière et qui entrainent des fractures humaines. Pour les organisateurs, qui ont rencontré la presse jeudi, cette édition 2016 sort des chantiers battus pour épouser une démarche citoyenne d’une communauté nourrie par l’envi de témoigner, de se servir de son passé afin de relever les défis des temps modernes et rendre visible l’île de Gorée en tant patrimoine. Le comité d’organisation du festival, avec à sa tête le maire Me Augustin Senghor, annonce une ouverture en couleurs avec la parade des groupes culturels à Gorée.

Constamment tenu depuis 2005 sur l’île, l’événement va enregistrer quelques activités innovantes, à savoir une projection de films autour du thème à l’intérieur du Palais du gouverneur. L’ambition est de mettre en exergue ces lieux remplis d’histoires. Autre innovation apportée, le dévoilement de plaques pour marquer le passage des sommités mondiales comme Nelson Mandela et le président Barack Obama qui est le parrain de cet événement.

Il est également prévu des expositions dont l’une porte sur l’esclavage. A une semaine de l’évènement, une manifestation de lancement est programmée avec des partenaires au Centre culturel Joseph Ndiaye. Un après-midi où le Sénégal dans sa diversité musicale sera représenté avec l’apport mélodique de la chanteuse Maréma, lauréate du Prix Découvertes Rfi 2014, des groupes comme Bidew bou bess, Dara-J Family et Pape Diouf pour assurer la partie mbalakh.

Marame Coumba SECK

Le guinéen Soul Bang’s a été désigné, hier, lauréat du Prix Découvertes Rfi 2016. « Soul Bang’s a été choisi parmi les 10 finalistes de l’édition 2016 pour l’émotion véhiculée par sa musique, son sens de la mélodie et l’originalité de son univers à la croisée du R’n’B et de la musique mandingue », explique un communiqué. Auteur, chanteur et compositeur, Soul Bang’s, Souleymane Bangoura de son vrai nom, est décrit comme « représentant cette nouvelle génération d’artistes qui a su faire la synthèse entre les influences modernes du R’n’B et ses racines africaines ».

l chante en malinké, soussou, peul, français ou encore anglais le quotidien de ses compatriotes, la jeunesse, l’éducation et l’amour. Après un premier album, « Dimedi » (2011), une mixtape et de nombreuses collaborations, son second album, enregistré en partie aux Etats-Unis, sortira en février 2017. Grâce au soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), de la Sacem et de l’Unesco, il remporte 10 000 € et l’organisation d’un concert à Paris. Il bénéficie également d’une tournée en Afrique organisée par l’Institut français.

E. M. FAYE

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