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Arts et Culture (607)

La chanteuse américaine Madonna a visité, dimanche, le chantier de l'unité de chirurgie pédiatrique qu'elle finance à Blantyre, la capitale économique du Malawi, annonçant qu'elle « devrait ouvrir en 2017 ». L'artiste pop, qui s'est dit « ravie » de ce projet, a adopté deux enfants dans ce pays d'Afrique australe, une fille en 2006, Mercy James, et un garçon en 2009, David Banda. « Ce nouvel équipement est la première unité de soins intensifs pour les enfants » dans un hôpital au Malawi, a souligné la star. C'est sa fondation, Raising Malawi, qui finance cette unité de 50 lits dans l'hôpital Queen Elizabeth de Blantyre.

Le musée Léopold Sédar Senghor a abrité, hier, la cérémonie d’ouverture de la 9e édition des rencontres poétiques internationales de Dakar prévues du 11 au 15 juillet. Organisé par la Maison africaine de la poésie internationale (Mapi), ce rendez-vous a été l’occasion de décerner le Grand prix international de la poésie Léopold Sédar Senghor et le Prix de poésie de la Mapi à respectivement Ibrahima Sall et Samba Ndiaye. Le Grand prix d’honneur a été remis au guide religieux Ahmadou Kara Mbacké. Plusieurs poètes sénégalais et d’autres pays participent à ces rencontres organisées sous la houlette du poète Amadou Lamine Sall.

La voix puissante de Yandé Codou Sène a rappelé le maître de céans. La chorale du groupe de Sainte Marie de Hann a ému bien des âmes. Les témoignages ont été à la hauteur de l’illustre poète, Léopold Sédar Senghor. Finalement, tout a été poésie car elle est vie et exhorte au questionnement sur l’essentiel qui est l’humain en ombre et en lumière.

Amadou Lamine Sall le dit en termes plus poétique : « La poésie est à la fois une extase physique et une extase mystique. C’est une âme. Elle ne doit pas seulement être écrite, chantée. La poésie n’a pas choisi l’avenir mais l’éternité ». Il a été question parfois de célébrer ceux qui gravent ce beau dans cette infinité ».

Pour les distinctions, le guide religieux Ahmadou Kara Mbacké Noreyni a reçu le prix d’honneur de la Maison de la poésie africaine pour avoir émargé dans le registre des poètes. Les propos élogieux et admirables qu’il a tenus à l’endroit d’Amadou Lamine Sall, « le poète divin », témoignent de sa sensibilité enveloppée dans un discours ésotérique et philosophique très dense. Le lauréat du Grand prix de la Maison africaine de la poésie internationale, le professeur Samba Ndiaye, a montré, par le verbe, ce qui lui vaut cette reconnaissance par les pairs.

Le poème déclamé par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Mary Teuw Niane, « le mathématicien », perçant le mystère et la douceur de la nuit, devrait le ravir. Samba Ndiaye, dans sa générosité, dont seuls les poètes savent faire montre, a gratifié le public d’un passage de son futur recueil.

Poète de ses préoccupations
Le Grand prix international de poésie Léopold Sédar Senghor est revenu à Ibrahima Sall, qui, en se faisant représenter par Alioune Badara Béye, empêche ses oreilles de jouir de propos dithyrambiques qui enchanteraient les âmes les plus insensibles. Le président de l’Association des écrivains du Sénégal dit de l’auteur de « Génération spontanée » qu’il est un poète accompli. Personne n’aura peut-être prononcé meilleur éloge à son égard que Lamine Samb pour qui, « il pétrit les mots et les caresse ».

Célébrer la poésie dans l’antre du poète, Senghor, c’est lui rendre hommage. On s’est répandu en éloges sur « l’excellent père de famille, le pédagogue, l’homme politique et le poète à la culture illimitée ». Ainsi a parlé celui qui a été son directeur de cabinet, le président de l’Assemblée nationale, Moustapha Niasse. C’est en cela, selon lui, que l’œuvre d’Amadou Lamine Sall est remarquable. Car il met en lumière l’être humain qui est un « poème parfait ». Mais ces rencontres, au-delà de leur aspect symbolique, offrent une occasion de se repenser pour envisager l’avenir avec sérénité. Amadou Lamine Sall le dit avec force : « Il nous faut une profonde refonte de nos cultures de vie.

C’est maintenant que nous devons prendre un nouveau départ afin de créer une nouvelle société, de nouvelles mentalités. Tout le monde n’aura pas du travail et la pauvreté ne disparaîtra pas. Mais nous serons moins désenchantés, moins fiévreux, si nous parvenons à créer ce cousinage conceptuel entre la poésie, les arts, la politique, le social et l’économie ». C’est une voie sûre pour échapper au désastre. Il appelle les jeunes à oser créer, entreprendre.

L’avocat Boucounta Diallo, avec ses mots, quant à lui, a invité les peuples du monde à être les poètes de leurs préoccupations pour revisiter au quotidien le sens de nos existences souvent malmenées.

Le petit-fils du président Georges Pompidou, Romain, en « errance », a déclamé un  poème d’Amadou Lamine Sall. Ceci est une preuve de la puissance de la poésie dont s’est servi un poète représentant de la Palestine pour dire la souffrance de son peuple.

Il est prévu ce mardi un pèlerinage sur la tombe de Senghor. Chaque poète présent est invité à laisser sur la tombe un poème. Une visite à l’Ile de Gorée pour les poètes étrangers et des échanges avec les artistes au Village des arts de Dakar et un récital des poètes sont également au programme de ces rencontres de Dakar.

Alassane Aliou MBAYE

A la croisée des chemins entre Nu-soul et folk avec des accents afro jazz et musique traditionnelle, le nouvel Ep de l’auteure-compositeur et instrumentiste, Daba, marque la renaissance artistique de cette jeune chanteuse Sénégalaise. Cette production de quatre titres intitulée «  Nawet » est un voyage musical riche en couleurs et en émotion.

Elle a quelque chose de la voix mélancolique et envoûtante de la légende Cesaria Evora. Sa musique transporte des émotions menant le plus souvent au pays cocagne où tout n’est que luxe, calme et volupté. Auteure-compositeur, instrumentiste, Daba, longtemps connue sous le nom d’artiste de Daba Makourejah, invite dans son nouvel Ep à des balades musicales vacillant entre la Nu-soul et la folk avec des accents afro jazz et musique traditionnelle ouest-africaine.

« Nawet » ou hivernage en français, titre de cette nouvelle production laisse charrier des notes d’une souplesse et d’une vivacité émouvante. La superbe voix virevoltante de Daba chante cette saison porteuse d’espoir et qui est signe de délivrance et de bonheur. Elle parle d’une « saison de vie, une saison où l'on sème et on l'on récolte, une saison ou dans les villages les enfants s'amusent avec l'eau de pluie et volent des mangues dans les champs ». Ainsi, l’artiste célèbre la nostalgie, raconte les joies de l'enfance mais aussi et surtout un temps avare et aujourd'hui révolu qui a forcément apporté avec lui, dans sa course effrénée, certains êtres chers. Bref, entre les souvenirs d’une vie rurale teintés d’aventures et d’amitié, ce texte se déploie sur des airs de blues mandingue. Cette chanson fait observer une cadence démoniaque faisant resurgir à chaque pas les réminiscences d’un paradis d’une enfance perdue.

En dehors du titre éponyme de l’album, l’Ep se compose également de trois autres morceaux. Lesquels, dans une variété de styles, abordent d’autres thèmes de la vie et font ressortir des « facettes encore méconnues de la jeune artiste sénégalaise ». Par exemple, dans la chanson « Guisna », cet artiste éclectique donne sa vision du monde. Mais aussi  l’opposition « manichéenne des choses, le côté clair-obscur, sage et fou de l’homme y est exploré ».

Univers de hip hop
Le morceau « Mes délires » plonge dans un univers fait de hip hop, soul/jazz. Ce texte, l’air bien aiguisé, porte sur la thématique du délire, de la folie… Quant au dernier morceau « I hope », il s’agit d’un hommage à la petite fille de la chanteuse. Cette chanson en anglais distille des paroles « simples et touchantes » renvoyant «  à la beauté complexe de l’existence des notes Nu-soul à la India Arie ».

Née au Sénégal, élevée entre l’Afrique, l’Amérique Latine et l’Europe, Daba s’est nourrie aux vents du monde. Elle porte l’étiquette d’un citoyen universel ayant fait le tour du monde. « Je joue de la guitare depuis bientôt 10 ans et j'écris des textes depuis mon plus jeune âge. Mon premier morceau a été sorti en 2010 par le label Blackboard Jungle. Depuis, j'ai enchaîné les sorties pour divers labels européens indépendants dans le style musical Dub Stepper et Reggae Roots », explique-t-elle. Après avoir sillonné les routes d’Europe aux côtés notamment de Blackboard et d’autres collectifs européennes, la chanteuse possède, aujourd'hui, à son actif 8 sorties vinyles. Elle a participé également à 2 compilations, une sortie d’album en 2012 ainsi un qu’un Ep de 4 titres en juin dernier. L’artiste a aussi une sortie parue sur le label américain Zam Zam Sound en 2015. « Je suis assez éclectique même si mes styles de prédilections est le reggae roots et le dub stepper. J'ai toujours eu un feeling particulier pour ces musiques qui ont une couleur, une « vibe » et un message qui me correspondent pas mal », laisse-t-elle entendre.

Daba a eu également à faire des escapades vers le hip hop. De retour au Sénégal en 2013, elle a travaillé sur un projet personnel qui lui a permis de sortir l’Ep « Nawet », lequel est sans doute le signe d’une renaissance artistique qui promet.

Ibrahima BA

La promotion de l’image du Cameroun à l’étranger passe par la capacité de ses ressortissants à lancer des initiatives ; celle entreprise par les organisateurs de « Miss Cameroun Sénégal », dont la première édition est prévue le 16 juillet prochain à Dakar, y participe indubitablement. La gagnante participera à l’élection Miss Cameroun nationale.

Les promoteurs de l’événement s’emploient à mettre en lumière la beauté et l’intelligence de la femme camerounaise et les cultures de ce pays de l’Afrique centrale. En plus d’être des nymphes, ces six jeunes filles camerounaises en lice sont toutes des étudiantes. Elles auront l’exaltante mission de montrer la beauté et l’intelligence de la femme camerounaise et les cultures dont elle est héritière. Leur prestance, leur originalité et leur éloquence seront jaugées.

Cette initiative, à en croire la promotrice, Zogo Donatela, constitue un moyen d’accroître l’attraction et la compétitivité du Cameroun dans le secteur des arts et de la culture à l’extérieur en plus d’y promouvoir son image. C’est aussi une occasion de mettre en exergue la fraternité africaine.Cet événement qui se veut annuel et itinérant sera parrainé, à chaque édition, par une autorité camerounaise reconnue, comme cette année avec l’ambassadeur du Cameroun au Sénégal, pour son rôle dans la valorisation de la culture. Le défilé sera organisé sous forme de soirée de gala avec des prestations artistiques. Malgré la difficulté de la tâche, Zogo Donatela, portée par sa passion du stylisme et son désir de mettre en lumière une Afrique entreprenante, compte s’investir avec ses partenaires pour contribuer à donner à miss Cameroun une nouvelle impulsion. Le Cameroun et le Sénégal trouvent aussi, par cette initiative, un nouveau pont d’échange culturel. Initialement prévue à la Place du souvenir, la manifestation se tiendra finalement, samedi prochain, au restaurant Yuma au Point E, à Dakar.

Alassane Aliou MBAYE

Le Projet de Code de la presse  avance à grands pas. Suite à la saisine du gouvernement à travers une question écrite, l’Honorable député Hélène Tine a reçu la réponse du ministre de la Communication et de la Culture. Selon Mbagnick Ndiaye, « la dernière mouture du Projet de Code de la presse a été rédigée et sera largement partagée par tous les secteurs concernés».

C’est par lettre en date du 07 mai 2016 que le député Hélène Marie Ndione Tine a adressée une question écrite au Gouvernement sur l’état d’avancement du projet de Code de la presse. Motivant sa requête sur les griefs des journalistes lors de la célébration de la Journée Mondiale de la Liberté de Presse le 03 mai dernier dont l’absence de politique structurante pour les médias au Sénégal, un secteur d’une importance capitale, elle a ainsi  interpellé le gouvernement sur « l’état d’avancement du Projet de Code de la presse en chantier depuis plusieurs années ».

Entre autres questions évoquées, est ce que ce projet « a fait l’objet d’une relecture tel qu’annoncé par le Gouvernement aux députés et où en était le processus » ? En outre, « est-ce qu’il a  été envoyé à l’Assemblée nationale ? Si non, quand est ce que le Gouvernement compte le soumettre à l’Assemblée nationale comme les autres codes dont la plupart ont été votés en procédure d’urgence par cette Douzième législature »?

Autant de questions qui trouveront réponse dans une lettre datée du 15 juin 2016  émanant du ministre de la Communication et de la Culture, Mbagnick Ndiaye, qui certifie que « la dernière mouture du Projet de Code de la presse a été rédigée ». Non sans préciser que « celle-ci sera largement partagée par tous les secteurs concernés avant la fin de la première quinzaine du mois de juillet ». En effet, le Gouvernement avait retiré le Projet de code  alors qu’il a été déposé sur le bureau du parlement. Mais, avec « l’entrée en vigueur du numérique et les observations et réserves émises de part et d’autre, un groupe de travail avait été mis en place pour évaluer le nouveau Code de la presse ». Et « aujourd’hui, ce groupe a terminé les travaux qui lui ont été soumis », écrit le Ministre de la Communication. Ainsi, « une fois l’atelier de validation tenue, le projet sera à nouveau, soumis au Gouvernement pour examen en conseil des Ministres et après adoption, ce dernier le transmettra à l’Assemblée nationale pour adoption  », a-t-il indiqué.

De l’avis de Mbagnick Ndiaye, « ce dossier est « une préoccupation majeure de tous les acteurs qui interviennent dans le secteur et de la tutelle ».

Mamadou Lamine DIEYE

El Hadj Ndiaye n’est certainement pas le plus clinquant des artistes sénégalais. Il n’est non plus un adepte des fulgurances pour ensuite se noyer dans les abysses de l’oubli. Son œuvre musicale parle aux cœurs et éveille les esprits. Les sens aussi. On ne saurait évaluer sa production à l’aune de l’abondance ni de la faveur publique « puérile ». Elle est à inscrire au « césar » de la qualité et de ce qui fait sens. Ses activités parallèles ne traduisent, dans les faits, que cette volonté de jouer sa partition –pas musicale cette fois-ci » dans le nivellement des dignités.

Un homme particulièrement affable distribue des sourires et promène sa « carcasse » au beau milieu d’un champ de trois hectares envahi par une centaine d’étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. On est dans la zone d’inspiration et de confort de l’artiste, à Nguering Bambara. El Hadj Ndiaye y a convié, ce jour, les apprenants pour célébrer avec eux le « pharaon noir » dans le cadre de la commémoration du trentenaire de sa disparition. Ils assouvissent leur faim, étanchent leur soif sous un soleil de plomb et se donnent quelquefois en spectacle sans que le maître des lieux ne s’en offusque une seule fois. Au contraire, il communie avec ses jeunes frères étudiants comme pour se rappeler ses moments de galère à la faculté. Le soir, quand les corps ont semblé rompre, Vieux Mc Faye, Shula, les Frères Guissé et El Hadj Ndiaye, la voix enrouée par une longue journée à combler ses invités, les plongent dans des univers moins soporifiques.

A Keur Siggi, nom donné à ce domaine, le « Boy Thiaroye » s’est isolé pour être en harmonie avec lui-même et observer le monde sous la lumière de la distance avec la frénésie. Il y construit un havre de fusion qui ne trahit point son cheminement intellectuel, son amour pour la nature et les animaux et y assouvit sa passion pour la musique. Sans tintamarre. « Je renoue, par l’acquisition de cet espace, avec mes amours », se limite-t-il à dire, les yeux cramoisis sans doute par des nuits d’ébauche. Le succès de l’album « Xel », en 2001, qui a reçu le Grand Prix du disque de l’Académie Charles Cros, l’une des plus importantes distinctions en France, lui permet de disposer de cet espace, donnant ainsi corps à de vieux projets.

En effet, El Hadj Ndiaye s’est, pendant plus d’une décennie, occupé du volet artistique de Enda-Tiers monde et a fait preuve d’ingéniosité et de créativité pour conférer à son secteur « Siggi Enda Art » une image enviable. « J’avais réussi à mettre en place le premier studio d’enregistrement numérique, "Baatu siggi", un studio vidéo, "Geetu Siggi" et une société de production à Paris, "Siggi Music". Pour qui connaît le contexte de l’époque, c’était assez innovant », se souvient-il, non sans citer quelques grands noms de la musique sénégalaise qui ont bénéficié de ces équipements.

Le décès de son mentor, Jacques Bugnicourt, secrétaire exécutif de Enda-Tiers monde, met fin à ce compagnonnage et sonne le glas de ses généreuses ambitions. Mais, le bonhomme ne se résigne pas à son sort ni ne cherche à susciter l’apitoiement. Son talent et sa notoriété ne l’y autorisent point. Il prend les choses comme elles viennent jusqu’à paraître quelquefois crédule aux yeux des gens tentés d’abuser de sa bonhomie.

Chants aux champs
Malgré ce contretemps, l’auteur de « Weet » s’est donné les moyens de passer du rêve à la réalité. Le concept « Chants aux champs » traduit une vision -peut-être une obsession- d’un homme qui a une singulière pratique de son métier arrimée à la réalité vécue par ses concitoyens. Le podium « Cheikh Anta Diop » installé au beau milieu de sa ferme n’est pas une lubie rétrograde.

C’est une invite à sortir des sentiers battus pour renforcer les identités propres dans ce méli-mélo cosmopolite. Quoi de plus juste pour « une âme fascinée par la nature et la mélodie » ! A long terme, l’idée est d’en faire un point de convergence pour les être férus d’art et un endroit de curiosité pour les touristes.

Wasis Diop disait de lui qu’il est un musicien de grande valeur. Sous d’autres cieux, cette affirmation sonne comme un pléonasme. Sa carrière internationale en témoigne. Mais El Hadj tient à ses origines inspiratrices. « Les gens pensent que je vis en Europe. Je ne m’y rends que pour des obligations contractuelles. Je reste attaché à la terre des aïeux », précise-t-il, avec cet éternel sourire aimable.  Il n’a certes plus le temps de nous demander mélodieusement « Bonjour comment ça va, comment va la santé ? ». Mais, il s’emploie, par le geste -car le chant est un combat social chez lui-, à montrer à l’humanité la voie du salut ; celle-là qui questionne les existences.

Acteur de cinéma
Sa voix, elle, ne distille pas que des notes. Elle exprime des émotions et stimule des énergies pour dire aux miséreuses contrées que « Boor yi » (les dettes) asphyxient davantage qu’elles ne tirent du péril ; aux besogneux qui trimbalent des marchandises dans les artères des grandes villes que la vie est un drame pour qui ne sait souffrir.  Sa musique emplit de résonances les cœurs et les esprits plus que les oreilles. Elles ne s’en nourrissent pas moins. El Hadj Ndiaye s’est forgé dans la vie de la masse bucheuse obligée de trimer quotidiennement pour se donner le droit de nourrir des ambitions. Jeune, il a vendu des noix de cola au marché de Thiaroye gare pour soulager ses parents à ses heures creuses.

Sa ténacité en bandoulière, il s’ouvre les portes de l’Université de Dakar pour suivre des études en Economie. Son œuvre musicale, riche de sonorités, de rythmes, en dit long sur son background et ses expériences. Son premier album international, « Thiaroye », fait honneur à un microcosme où se déploie des humanités, où on use de sa science, « Xel », (son deuxième album) pour exister et conquérir le monde comme la mer, « Geej » (album sorti en 2008).

El hadj Ndiaye a dédié son génie à la cause de l’homme qui trouve refuge dans la nature et dans sa capacité à en jouir avec intelligence. Lui-même le dit : « Je n’ai jamais été tenté par la chanson laudative. Je ne fais pas grief de cela aux musiciens qui y trouvent leur bonheur. Ma conviction est que le rôle de l’artiste est éminemment social ». Il y a plus de chance de chanter au Conseil de l’Europe, comme il l’a fait un soir de bonheur, quand le message donne matière à réfléchir sur le devenir de l’humanité.

Le natif de Hann a aussi révélé au monde ses talents d’acteur de cinéma. Ce qui en fait, définitivement, un artiste accompli. Il a joué dans deux films de Sembene Ousmane, « Camp Thiaroye » et Guelwaar » et rendu une copie très proche de l’homme entier qu’il est dans « Karmen Geï » de Joseph Gaï Ramaka. Le génie de l’artiste, c’est aussi dans sa faculté de se réinventer. El Hadj y est parvenu avec bonheur.

Par Alassane Aliou MBAYE

Plus connue sous le nom d’Athia, la chanteuse Djeynaba Wellé vit intensément sa passion qu’est la musique. Une carrière riche en expérience avec six albums et plus de 45 ans d’activité musicale. Nous avons rencontré cette ancienne pensionnaire de l’Ensemble lyrique traditionnel de Sorano, mercredi dernier, au spectacle de la Korité.

Artiste dans le sang, la cantatrice Athia Wellé a commencé à chanter à l’âge de 12 ans, malgré la réticence de ses parents. Son parcours, dans la musique, elle le doit donc à son époux, qui a toujours convaincu ses géniteurs de la laisser chanter. « Je ne suis pas une griotte, je suis une Toroodo (noble dans la société Hal pulaar). C’est pourquoi mon amour pour la musique, les chants, ne pouvait s’expliquer aux yeux de mes parents », souligne Djeynaba dite Athia Wellé, rencontrée le jour de la Korité, dans les coulisses du Théâtre national Daniel Sorano, lors de la prestation de l’Ensemble lyrique traditionnel.

« Nous habitions à Thiaroye-Gare où nous avions formé un groupe de jeunes artistes. Baaba Maal en faisait partie. Personne ne peut s’opposer à la volonté de Dieu », reconnaît celle qui a perdu deux membres de sa troupe, dont une de ses filles, âgée à l’époque de 24 ans. « Elles étaient victimes d’accident par noyade le 13 mai 1996 dans la mare de Wali Janta (Fouta). J’ai été stoïque dans l’épreuve. Je leur ai rendu un hommage à travers un album », se souvient la cantatrice, qui a pris sa retraite de la Compagnie nationale Sorano, il y a juste un an.

A 61 ans, elle indique que les autorités de la Compagnie du Théâtre national Daniel Sorano la sollicitent souvent pour des séances de prestation, comme ce fut le cas, mercredi dernier, le jour de l’Aïd El Fitr.   Sa carrière d’artiste a donné six albums. « Min Debbo » fut celui qui a connu le plus de succès grâce à la promotion du promoteur musical Talla Diagne. Donc, c’est grâce à cet art, sa passion, que la chanteuse est partie à la Mecque pour accomplir le 5ème pilier de l’Islam. Athia Wellé se souvient également du soutien du défunt président-poète Léopold Sédar Senghor à leur égard. « Nous voyagions avec lui de même qu’avec Abdou Diouf. Nous sommes partis jusqu’au Koweït. En tant que pensionnaires de Sorano, nous travaillions pour l’Etat du Sénégal. Donc, avant d’aller solliciter d’autres artistes, l’Etat doit nous inviter d’abord, car nous voulons avoir plus de visibilité », explique la chanteuse. Djeynaba Welé invite, aujourd’hui, la nouvelle génération d’artistes chanteurs à être humbles et à beaucoup travailler. Clé de toute réussite !

Serigne Mansour Sy CISSE

« Certains observateurs et autres férus du jazz avaient prédit ma rencontre avec Randy Weston », a rappelé le koriste sénégalais, Ablaye Cissoko.

Devenu célèbre après avoir eu l’occasion de se produire avec de grands musiciens de jazz de renommée internationale, l’artiste saint-louisien a encore été choisi pour faire une belle prestation avec Randy Weston durant le festival international Jazz à Vienne, qui a démarré le 28 juin dernier pour se terminer le 15 juillet.

Ainsi, lundi dernier, sur la grande scène de Vienne (France), Ablaye Cissokho, avec une dextérité remarquable, a accompagné avec brio les envolées lyriques de Randy Weston, un pianiste noir américain de gros calibre, qui a eu à se produire à deux reprises à Saint-Louis, à l’occasion du festival international de jazz, sur la Place Faidherbe et au Quai des arts. Ces échos agréables de Vienne ont apporté du baume au cœur des populations de Saint-Louis, qui sont restées profondément marquées par les belles prestations de cet illustre fils de la capitale du Nord, originaire de la Casamance. Ablaye Cissoko s’est encore réjoui d’avoir eu l’occasion de rencontrer une deuxième fois ce pianiste américain, rappelant qu’il s’était déjà produit avec ce dernier une première fois sur la scène du « In » de la Place Faidherbe.

L’organisation de master-classes et autres ateliers par l’Association Saint-Louis/Jazz lui permet, chaque année, et à de nombreux artistes sénégalais, de rencontrer et d’échanger avec les plus grands musiciens du jazz. Ces ateliers permettent toujours aux jeunes talents d’avoir une idée précise des exigences, des contraintes et autres difficultés auxquelles ils pourraient être confrontés sur les scènes internationales.

De plus, souligne Cissoko, les stars du jazz international sont régulièrement à la recherche de nouvelles sonorités nées d’une culture différente, au moment où les jeunes talents ont besoin de s’exprimer, de s’affirmer, d’affiner leurs techniques, de montrer ce dont ils sont capables.

De l’avis d’Ablaye Cissoko, un festival ne saurait être une série de concerts, sinon il perd le rôle primordial qu’il doit assumer en tant que tremplin de promotion des jeunes talents et de vulgarisation de notre patrimoine musical.

Mbagnick Kharachi DIAGNE

Musicien talentueux parti sur la pointe des pieds, Omar Mané a laissé, depuis janvier 2015, le groupe « Njama Ñaaba » orphelin. C’est pourquoi la communauté balante lui a rendu un hommage, jeudi, à Grand-Yoff.

eudi dernier, au collège Cardinal Hyacinthe Thiandoum des Hlm Grand-Yoff, la communauté balante s’est souvenue du lead-vocal du groupe « Njama Ñaaba ». Un digne hommage au musicien Omar Mané, décédé le 9 janvier 2015 à Ziguinchor. La cérémonie était marquée par une exposition sur la vie de l’artiste, ponctuée par des séries de témoignages et clôturée par un concert à l’honneur de la voix du Balantacounda, qui ne chantera plus !

Selon son ancien manager, Madigoye Sadio, le but de cette activité est de se souvenir de l’itinéraire d’un artiste mort à la fleur de l’âge. « Il est né en 1981 et mort en 2015 ; il n’a vécu que 34 ans. Nous avons sorti son troisième album à titre posthume qui s’appelle « Benino » où Omar Mané rend hommage à la femme balante », explique M. Sadio. D’ailleurs, c’est dans son dernier album où le défunt chante le footballeur Sadio Mané, le nouveau pensionnaire sénégalais de Liverpool, à travers le morceau « Garang ». Auparavant, Omar avait sorti son deuxième album intitulé « Duwa » qui signifie prières.

Formé par une bande de copains en 1994, le groupe « Njama Ñaaba » qui porte le nom d’une grande héroïne balante a sorti son premier album en 2007 sous le nom « Bâluusna gijaa go ». A cette occasion, Omar plaidait pour une revalorisation de la culture balante, car méconnue. Ancien pensionnaire de l’Ecole des arts, Omar Mané est décrit comme une valeur sûre de la musique balante, une communauté dont il aimait tant. Tout en faisant la promotion de la culture balante, la problématique de la paix en Casamance est au menu de la musique du « Njama Ñaaba ».

A en croire le manager Madigoye Sadio, le groupe œuvre dans le social et la promotion de l’éducation. En ce sens, l’orchestre organise, chaque année, des concerts et verse l’argent collecté aux associations de parents d’élèves, pour en finir avec les abris provisoires dans cette partie du pays. L’actuel lead-vocal du groupe s’appelle désormais Gilbert Yambe Diatta.

Serigne Mansour Sy CISSE

La Collectivité mandingue de Mbour est en deuil. Elle a perdu son président, Mouhamadou Lamine Signaté, rappelé à Dieu, jeudi. Il était âgé de 90 ans. C’est sous son magistère que l’Unesco a consacré le Kankourang patrimoine immatériel et oral de l’humanité.

C’est toute une ville qui a été touchée et bouleversée par la perte de Mouhamadou Lamine Signaté. C’est après la disparition de son prédécesseur, Abou Konaté, en 2005, que M. Signaté a hérité de la présidence de la Collectivité mandingue reconnue pour sa structuration, son aura culturel et sa reconnaissance par l’Unesco comme patrimoine immatériel et oral de l’humanité. Pendant onze ans, il a dirigé de main de maître cette structure jusqu’à son rappel à Dieu jeudi dernier.

Selon Cheikhou Dabo, secrétaire exécutif adjoint de la collectivité, le défunt a marqué de fort belle manière son magistère. « Il nous a accompagnés avec intelligence, discrétion et efficacité.

Et c’est sous son magistère que l’Unesco a consacré le Kankourang patrimoine immatériel et oral de l’humanité », a laissé entendre M. Dabo. La Collectivité mandingue s’est inscrite dans une perspective d’innovation et de modernisation de ses structures pour les adapter au contexte de l’environnement mondial. Et par la voix de Cheikhou Dabo, elle remercie chaleureusement le président Macky Sall pour avoir pris en charge, pendant un mois, l’hospitalisation de son président à la Clinique Pasteur de Dakar. Sous ce même registre, le ministre de la Culture et de la Communication, M. Mbagnick Ndiaye, a été également présent lors de l’inhumation de Mouhamadou Lamine Signaté. Le ministre était en compagnie du préfet Saër Ndao, du président du Conseil départemental, Saliou Samb, et du maire de Mbour, Fallou Sylla. Une mention spéciale a été décernée aux populations qui ont pris en charge ce deuil. La cérémonie du 3e jour a eu lieu ce vendredi, en présence de Me Omar Youm, directeur de cabinet du président Macky Sall, et des autorités administratives, politiques, religieuses et coutumières du département de Mbour.

Amath Sigui NDIAYE

Hapsatou Sy est certainement l'une des chroniqueuses télé qui attire le plus de haters. Ses posts sur Twitter, Facebook et Instagram sont, en effet, régulièrement abreuvés de commentaires très négatifs, que ce soit sur ses performances médiatiques ou sur la gamme de produits de beauté qu'elle a récemment lancée.

Cette fois, il s'agit du produit qu'elle a utilisé dimanche dernier pour faire son lissage brésilien et avoir une chevelure parfaitement lisse qui est en cause. Après avoir posté une photo sur son compte Instagram, plusieurs personnes se sont inquiétées de la nocivité de ce produit pour le bébé qu'elle porte. Car effectivement, les lissages brésiliens sont, a priori, déconseillés aux femmes enceintes.

Il s'agissait, à la base, de faire la publicité pour ses produits, disponibles comme elle le dit chez ses « coiffeurs partenaires ». Suite à ce bad buzz, Hapsatou a donc réagi ce 6 juillet sur Twitter pour faire taire les mauvaises langues : « Non, le lissage brésilien n'est pas déconseillé pendant la grossesse, tout dépend de la formule et de son application ».

L’amour plus fort que la mort. C’est le message que fait passer Sandrine Diouf, la veuve de Mouss Diouf, pour commémorer la date anniversaire de la disparition de son mari. Comme l’an dernier, la jeune femme a voulu partager ce moment particulier avec ceux qui la suivent sur les réseaux sociaux ainsi qu’avec les fans inconsolables de la mort de l’acteur et humoriste.

Sandrine Diouf a en effet posté sur Twitter plusieurs messages, la plupart accompagnés de photos, dans lesquels elle s’adresse directement à celui dont tout le monde se rappelle dans le rôle du coéquipier de Julie Lescaut. «1h50 #7juillet2012 #4ans tu me manques tellement #toujours #moussdiouf #monamour» a-t-elle écrit dans un message illustré par un mini diaporama sur lequel il est possible d’entendre la chanson de Céline Dion, Encore un soir, écrite par Jean-Jacques Goldman en mémoire de René Angélil. Puis une autre photo, où Sandrine apparaît avec l’un de leurs enfants, légendée: « #toujourscettepeineimmense #reposeenpaixmonamour » et enfin un dernier message dans lequel elle écrit: «Merci pour toutes vos marques d’attentions, sa dernière demeure a été magnifiquement fleurie, nous pouvons repartir chez nous».

Mouss Diouf s’est éteint le 7 juillet 2012 après avoir passé quelques jours dans le coma, suite à un double accident. Il laissait derrière lui son épouse Sandrine et leurs trois enfants : Isaac, Tessa et Selena.

La redynamisation de la coopération culturelle entre le Sénégal et le Cap-Vert, était, lundi dernier, au centre des discussions durant l’audience accordée par le ministre de la Culture et de la Communication, Mbagnick Ndiaye, à son Excellence Cesar Monteiro, ambassadeur de la République du Cap-Vert à Dakar.

Selon le diplomate capverdien, Praia a l’ambition de relancer ses relations de partenariat dans le domaine de la culture avec les Etats de la sous-région en général et du Sénégal en particulier. « Il s’agit de renforcer et d’approfondir les liens très étroits de la coopération culturelle qui ont toujours existé entre le Cap-Vert et le Sénégal ; les deux pays accueillant chacun une forte communauté depuis longtemps », lit-on dans un communiqué de presse parvenu à notre rédaction.

Selon le document, le ministre capverdien de la Culture et des Industries créatives va effectuer une visite officielle à Dakar avant la fin de l’année sur invitation de son homologue sénégalais. A cette occasion, les deux parties vont se pencher, entre autres, sur la réactualisation de l’Accord d’échange culturel signé en 1998.

Mbagnick Ndiaye s’est fortement réjoui de la volonté exprimée par les deux pays de relancer la coopération culturelle entre Dakar et Praia. Il a, par la même occasion, souhaité l’organisation d’une semaine culturelle capverdienne au Sénégal. Praia a accueilli, en 2002, la Semaine culturelle sénégalaise au Cap-Vert.

S. M. S. CISSE

Mercredi, jour de la Korité, l’Ensemble lyrique de la Compagnie du Théâtre national Daniel Sorano a renoué avec une vieille tradition qui consistait à revisiter le répertoire culturel sénégalais, riche en chants et danses, pour participer au renforcement de la diversité. 

22h22mn, c’est le moment choisi pour que les premiers instruments sécrètent les décibels des jeux de kora, de xalam, des balafons, du violon, du Riti, des flûtes… Les musiciens ont bien accordé leurs notes et autres percussions des différents instruments musico-traditionnels pour accompagner les voix des chanteuses Marie Ngoné Ndione (directrice de l’Ensemble lyrique traditionnel), Ndèye Fatou Ndiaye, Djeynaba (Athia) Wellé, Fatoumata Diarra, mais également des chanteurs Mbaye Ndiaye « Kam Ndick », Moussa Mbaye, Saliou Sb.

L’Ensemble lyrique traditionnel, sur scène, c’est un port vestimentaire chatoyant en ce jour de l'Aïd-el-Fitr, mais surtout de belles sonorités prêtes à faire trémousser quasiment toutes les âmes. Des talents balante, malinké, bambara, peulh, sérère, diola, un confluent d’aptitudes regroupant des sommités culturelles qui se produisent régulièrement à Sorano et sur d’autres scènes du pays, contribuant ainsi à la promotion de la diversité culturelle mondiale. 

Ce qu’avait compris Léopold Sédar Senghor, l’ancien président-poète du Sénégal, qui n’hésitait pas, un seul instant, à inviter ses hôtes à Sorano. Mieux, il conviait l’Ensemble lyrique traditionnel dans ses nombreuses pérégrinations. La défunte danseuse Ndèye Khady Niang en savait quelque chose, comme nous l’a confié Athia Wellé. En ce jour de fête, cette dernière a vraiment égayé le public avec son morceau « Thialaga », village éponyme dans le Podor. La cantatrice rend hommage aux grands Thiernos du Fouta, des maîtres incontestés du Coran, aux pouvoirs mystiques redoutables.

Marie Ngoné Ndione a suivi en chantant « Fandène », localité sérère située à Thiès. « Les hommes et les femmes sont très braves chez nous ; ils ne rechignent pas aux travaux champêtres », explique la cantatrice dont la langue sérère coule dans ses veines. Au sein de l’Ensemble lyrique traditionnel, cette diversité fascine, chaque artiste interprète un morceau dans sa langue locale.

Et cette soirée, pour mettre les petits plats dans les grands, le chanteur Assane Mboup était invité avec son morceau « None bi ». 

Sa voix unique  s’annonce à travers son timbre vocal. Le public présent ce soir a bien apprécié. Lorsqu’Assane Mboup chante, le talent y est. 

D’ailleurs, il promet de revenir en force sur le devant de la scène musicale nationale. A la question d’une présentatrice de télé, en lui disant que « les Sénégalais ont votre nostalgie », le chanteur répond par : « Je prépare quelque chose ; je promets que ce sera du balèze ».

Devant cette belle prestation de l’Ensemble lyrique traditionnel en ce jour de Korité, Mbagnick Ndiaye, ministre de la Culture et de la Communication, ainsi que le directeur général de la Compagnie du Théâtre Daniel Sorano, Sahite Sarr Samb et le président du Conseil d’administration Alioune Badara Bèye, ont tous ont été séduit par la belle prestation des artistes. Pour autant, ils demandent au public de venir les soutenir le plus souvent, pour l’atteinte du pari de la mobilisation. Car, désormais, Sorano veut renouer avec les grands moments et les grandes dates.

Serigne Mansour Sy CISSE 

Benoît XVI va publier un livre où il racontera notamment « comment j'ai décidé de quitter la papauté ». Il s'agira d'un livre d'entretiens avec le journaliste Peter Seewald, avec lequel il a déjà collaboré à de nombreux projets au fil des années. Le livre sortira le 9 septembre mais le Corriere della Sera a déjà des informations. 

Selon le quotidien italien, il s'agira d'une sorte de d'autobiographie dialoguée qui touchera aux principales étapes de la vie de Joseph Ratzinger, de son enfance en Bavière jusqu'au Vatican, y compris sa décision de quitter la papauté. Il y répéterait notamment qu'il n'a fait l'objet d'aucun chantage, comme certaines rumeurs l'avaient suggéré. Au-delà de cela, le pape émérite évoquera sa foi, ses faiblesses, sa vie privée et les difficultés liées au fait d'occuper la Chaire de Pierre. 

Le pape "à la retraite", grand intellectuel et figure adulée d'une partie petite mais influente de l'Église, fait toujours parler lorsqu'il s'exprime. Il a presque toujours gardé le silence depuis sa retraite, ne voulant pas faire ombre à son successeur ou risquer d'entacher sa légitimité, même s'il a donné quelques entretiens. Ce livre est donc une première. 

Son co-auteur, Peter Seewald, est un journaliste allemand, qui s'est re-converti au catholicisme après avoir rencontré Joseph Ratzinger pour co-écrire un premier livre d'entretiens, Le Sel de la terre, en 1997. Ils ont également co-écrit Dieu et le monde (2001) et La Lumière du monde (2011). 

(Atlantico.fr)

L’écrivain Almamy Mamadou Wane a récemment présenté son nouvel essai : « La cuisine françafricaine, quand le poétique rejoint le politique », publié chez L’Harmattan dans la collection Points de vue. Sur la même ligne que le recueil de poèmes « Les larmes du soleil », Athéna, Edif, 2015, Almamy M. Wane évoque les relations France-Afrique en empruntant la métaphore de l’art culinaire. Selon lui, un dirigeant africain doit être digne en refusant toute forme de chantage à l’aide, mais aussi refuser l’organisation méticuleuse de nos nouvelles dépendances (économiques, culturelles ou autres).

Comment est née l’idée d’écrire un essai sur les relations entre l’Afrique et la France ?
« J’ai été, pendant presque deux décennies, un militant actif de l’association française Survie, au contact de son président, un homme exceptionnel : François-Xavier Verschave, spécialiste des relations franco-africaines. Dans notre combat difficile, cet homme généreux, désintéressé et honnête avait, avec une certaine ingénierie, dévoilé des pans entiers de la relation entre la France et ses anciennes colonies. Aujourd’hui, malgré les multiples scandales (carrefour du développement, l’affaire Elf, etc.) rien n’a vraiment changé. Il semblerait même que la situation s’est aggravée puisque désormais, comme le dit un spécialiste de l’Afrique, c’est l’Africafrance qui aurait pris le dessus ou que ce sont les chefs d’États africains qui tirent les ficelles. Tout cela est enrobé dans un double langage. Une certaine classe politique française qui a du mal à comprendre la mondialisation, par conséquent les enjeux économiques et sociétaux en Afrique, continue d’adopter ce type de relations héritées du gaullisme à la sauce Foccart. Cela a permis l’arrivée de nouveaux prédateurs concurrents dans un monde en surchauffe devant désormais composer avec le terrorisme. La faiblesse des États africains est due en partie à l’instauration de ce type de relations. C’est tout cela qui m’a poussé à écrire ce livre pour rappeler des choses connues ou moins connues.

Pourquoi la métaphore culinaire pour parler de ces rapports entre la France et ses anciennes colonies ?
Une cuisine généralement est réservée exclusivement au cuisinier et ce n’est qu’à la fin que le plat concocté est proposé. En cuisine politique françafricaine, c’est la même chose, on concocte des plans sur le dos des populations parmi les plus pauvres au monde. Ensuite, l’on claironne un peu partout que l’Afrique est pauvre et qu’elle a besoin d’aide alors qu’économiquement, l’on vit d’Afrique. Et pour réussir cette tambouille politicienne, ce sont les intellectuels africains qui montent au créneau pour labourer les consciences quelque peu malmenées par la pauvreté. Une telle démarche attire forcément les élites africaines adeptes de la politique du ventre, elles se complaisent ainsi dans un statuquo où la misère est acceptée comme relevant de la fatalité. »

Selon vous, le poétique et le politique peuvent-ils aller ensemble ?
« Parfaitement. Le fait poétique est existentiel, je veux dire par là que le poétique représente ce à quoi on aspire, ce qui nous fait vivre à savoir l’amour la fraternité, la communion, etc. Et pour faire de la politique, il faut aimer les gens, c’est la condition première. Il y a près d’un an, j’ai publié à Dakar un recueil de poèmes intitulé « les Larmes du Soleil, poésie sociale ». J’avais utilisé le matériau poétique pour parler de politique avec une forte tonalité militante. Lorsque l’on y regarde de plus près, on voit bien que c’est le cynisme et l’argent facile qui prennent le dessus sur les intérêts des populations. Une idéologie du machiavélisme contre les idéaux humains est ainsi consacrée. Un peu de poésie, par conséquent un peu d’amour afin d’altérer les nuisances de la politique qui broie les âmes et grève l’avenir. »

Dans votre récit, vous énumérez les ingrédients qui composent cette cuisine : intellectuels, opposants, Premières dames, Société civile, Constitution, terrorisme… À votre avis, est-ce que ce type de relation a sa raison d’être dans un monde de plus en plus globalisé ?
« J’ai essayé de raconter les choses autrement, car il existe toute une littérature spécialisée sur les relations de la France vis-à-vis de ses anciennes colonies. Il me fallait donc dé-complexifier les dynamiques franco-africaines en matière politique, économique et culturelle pour les rendre plus lisibles, plus accessibles et moins alambiquées. De fait, on peut en tirer toutes sortes de conclusions. Ce type de relations, évidemment, n’a plus sa raison d’être, mais ce sont des relations qui attirent certains dirigeants africains. Elles attirent aussi certains hommes politiques français arrogants qui, parfois, par une ambition étriquée ne perçoivent pas la montée de la pauvreté avec son corollaire terroriste. Cela ne dérange personne également que nos enfants prennent des pirogues pour se rendre en Europe avec, au bout du voyage, la mort. Bon nombre de chefs d’État se contentent de ce type de diplomaties souterraines, car il permet de consolider leurs pouvoirs. Lesquels pouvoirs qui sont, pour la plupart, légitimés par la fraude électorale mais aussi par les jeux de passe-passe constitutionnels. Cela m’amène à dire que la mutation ultime de l’État postcolonial, c’est l’implosion, car trop d’intelligences criminalisées, trop de médiocrité au service de l’argent. Regardez ce qui se passe au Mali, au Congo Brazzaville et, hier, en Côte d’Ivoire, etc. »

Quelles leçons les dirigeants africains actuels peuvent-ils en tirer ?
« Je ne pense pas que les dirigeants africains soient intéressés par ce type  de récit, de même que certains milieux hexagonaux (politiques, économiques ou journalistiques) qui font la pluie et le beau temps en Afrique. Ce livre est là pour susciter la réflexion en Afrique, à travers sa jeunesse qui a soif de connaissances et qui veut voir nos pays s’émanciper et s’ouvrir au monde. Avant de rêver à une Afrique nouvelle, il faut d’abord avoir le courage de combattre sans répit ce type de relations douteuses et stériles. »

Quelle doit être leur posture ?
« Une posture de la droiture, du respect de la parole donnée, du refus de l’infantilisation permanente des populations. Un dirigeant africain doit être digne en refusant toute forme de chantage à l’aide, mais aussi refuser l’organisation méticuleuse de nos nouvelles dépendances (économiques, culturelles ou autres). En somme, un dirigeant africain doit être de bonne foi. »

Peut-on s’attendre à un changement de paradigme ?
« Le mot paradigme me déroute un peu, mais ce que je peux dire, c’est que les changements viendront d’ici, autrement dit il appartient aux Africains de s’armer de courage pour mettre fin à la Françafrique ; cela relève de leur responsabilité. Pour y arriver, la question d’être né après les indépendances ne sera pas la panacée car de grands hommes (politiques, journalistes intellectuels etc.) nés avant les indépendances ont combattu ces dysfonctionnements parfois au péril de leur vie. Je pense particulièrement à Mamadou Dia. Non pour l’Afrique aux Africains, mais pour une Afrique de ceux qui lui veulent du bien en toute connaissance de cause. »

Propos recueillis par E. M. FAYE

Comme la plupart de ses pairs, Maréma Fall a déserté les boites de nuit et autres lieux de spectacle, le temps du Ramadan. Chanteuse, auteur-compositeur, l’artiste tire un bilan à mi-parcours globalement positif par rapport à son premier album « Initié » sorti en décembre 2015.

Elle n’a pas fait exception à la règle. La chanteuse, auteur-compositeur, Maréma Fall observe, à l’instar de la quasi-totalité des artistes sénégalais une pause pour ce qui est de ses activités musicales, le temps du mois du jeûne. Les chaudes soirées riches en couleurs des boites de nuit dakaroise sont suspendues. Pas de scène pour l’artiste durant le mois béni du Ramadan. Toutefois, Maréma prévoit de reprendre sa guitare juste après la fin du jeûne. « Actuellement, avec le Ramadan, il n’y a pas d'activités. Cependant, nous comptons nous y mettre bientôt, InchAllah », rassure la lauréate du Prix découvertes Rfi 2014. Pour le moment, l’heure est à la répétition quotidienne en vue d’améliorer des choses sur le plan musicale et scénique. La jeune chanteuse dit également profiter de ce temps d’arrêt pour préparer une tournée à l’extérieur dès la fin du Ramadan.

Cela, après avoir récemment fait le Kenako Festival de Berlin et Afrika festival de Münster. L’autre grand événement sur lequel travaille Maréma, pour le plus grand bonheur de ses fans, est le projet de sortie d’un clip vidéo sur le Sénégal, lequel est prévu pour bientôt. Par ailleurs, plus de sept mois après la sortie de son tout premier album, « Initié » (merci en mandingue), Maréma Fall tire un bilan à mi-parcours globalement positif. « Dans l’ensemble, je dirai qu’il y a du succès puisque c'était l'album de « Femme d’affaires » et « My friend ». Des titres qui ont vraiment cartonné au Sénégal mais également un peu partout à l’étranger », laisse-t-elle entendre.

Ibrahima BA

« Il était une fois Barack Obama : les bases d’une nouvelle Amérique » est l’intitulé du second ouvrage du journaliste et essayiste Cheikh Mbacké Sène. L’auteur résume, à travers cet essai de 150 pages, le passage de Barack Obama à la tête des Etats-Unis en faisant le focus sur les nouvelles orientations apportées par l’actuel président au plan économique et diplomatique.

D'emblée, le journaliste-essayiste, Cheikh Mbacké Sène, dans son nouvel ouvrage,  jette un regard sur l'élection présidentielle. En 2008, se souvient-il, l’Amérique élit Barack Obama, le premier Afro-américain à présider à la destinée de la plus grande puissance du monde. Il note qu’au-delà du caractère historique de son élection, Barack Obama doit « réparer les dégâts causés par huit années de règne de George W. Bush ». Aux yeux de l’auteur de cet ouvrage, tant au niveau interne qu’international, Obama est arrivé en « sauveur » d’une Amérique « engluée » dans l’une des plus grandes dépressions économiques de son histoire.

« Homme issu de la minorité, l’actuel président a été élu grâce à un mouvement populaire puissant nourri par une jeunesse américaine lassée par huit années de politique impérialiste destructrice, la récession économique, le chômage, le tout à mettre sur le compte de George W. Bush », écrit Cheikh Mbacké Sène. Et de poursuivre : « Il ajoute que l'envie de changement de l’Amérique a croisé les ambitions d'un homme qui a su transcender les lignes et se projeter dans l'avenir en promettant d’apporter des réponses concrètes aux inquiétudes.

« Face à ces défis multiples et lourds, Barack Obama a trouvé des réponses », estime l’essayiste sénégalais. Et en termes de bilan de ses deux mandats, dit-il, l’élection de Barack Obama aura été, en elle-même, la première note positive. Cheikh Mbacké Sène souligne que le successeur de Bush aura, en fin de compte, mené la rupture, renoué le dialogue et assaini les rapports entre l’Amérique et le reste du monde. Pour lui, Obama a posé les bases d’une…nouvelle Amérique, celle qui réconcilie l’Amérique avec elle-même. Des initiatives qui rappellent, aujourd’hui, plus que jamais, que la race n’est pas une fatalité, mais « incontestablement » un espoir pour tous ceux qui luttent pour l’égalité entre les personnes de toutes races et de toutes couleurs.

M. Sène a déjà publié, en 2014, « Lions de la Téranga : Vérités et contre-vérités sur les échecs répétés (2003-2013) », un essai à travers lequel l'auteur pose un regard critique sur les faits majeurs et détails qui ont défini le football sénégalais au cours de la décennie 2003-2013.

Abdou DIAW

Serigne Modou Kara Mbacké a lancé sa « Révolution culturelle » samedi dernier sur l’île de Gorée. Une initiative qui vise à promouvoir le legs de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké.

Le président fondateur du Mouvement mondial pour l’unicité de Dieu (Mmud). Cheikh Modou Kara Noreyni, à la tête d’une très forte délégation, a captivé son monde, en revenant sans cesse, sur l’exil de Khadimou Rassoul. Le choix de Gorée s’explique par la spécificité de ce site qui symbolise le brassage culturel et ethnique, mais aussi un espace éloquent du dialogue islamo-chrétien.

Selon Cheikh Modou Kara, Cheikh Ahmadou Bamba a laissé à l’humanité un héritage innommable grâce à ses écrits et la communauté qu’il a éduquée. Il dira que ces panégyriques sont un legs culturel qu’il convient de vulgariser.

Prenant la parole, le maire de Gorée, Me Augustin Senghor, a salué la démarche courageuse de Serigne Modou Kara Mbacké. Il se dit satisfait par son comportement rassembleur, qui prône l’unicité de Dieu. « Nous avons accueilli des présidents et chef d’Etats tels que Léopold Sédar Senghor, Valéry Giscard d’Estaing, Barack Obama ; mais ce jour est une date mémorable, car l’histoire retiendra que c’est la première fois qu’un guide religieux de votre envergure multidimensionnelle, arrière-petit-fils de Serigne Touba, vient ici », a dit le premier magistrat de la commune, qui a élevé le marabout au rang de pèlerin ambassadeur international de Gorée.

Auparavant, Serigne Modou Kara Mbacké a fait une visite à la Maison des esclaves. Le conservateur Eloi Coly est revenu sur ce site chargé d’histoires, les premiers conservateurs et différents bateaux qui accostaient pour convoyer les esclaves dans les plantations occidentales et américaines. Avant que Cheikh Modou Kara ne signe le livre d’or.

Serigne Mansour Sy CISSE  

L’Afrique,  pour sortir de sa torpeur, doit briser les entraves que ses réponses timides, moins que son cheminement historique, ont contribué à accentuer. Quand ce sont des esprits portés par le même désir de la voir emprunter les pistes du progrès qui posent le débat, la lumière jaillit davantage des propositions que du chauvinisme souvent improductif. Les « Rendez-vous de l’Afrique consciente », rencontres mensuelles organisées par la directrice de Diasporas noires, Hulo Guillabert, au Monument de la Renaissance africaine, ont été d’intenses moments d’échanges. 

Le poème déclamé par Hulo Guillabert, puisé dans son inspiration « panafricaine », sonne comme un rappel, un réarmement moral des troupes. Les discours qui s’en sont suivis -et la fougue quelquefois- témoignent  d’une prise de conscience par les conférenciers et la concernée assistance de leurs rôles dans l’édification d’une Afrique souveraine portée par la force de son action. Que le Monument de la Renaissance africaine, « espace d’invention de notre avenir collectif et non de référence passive à l’antériorité », pour ainsi reprendre son administrateur, Abdoulaye Racine Senghor, abrite une telle rencontre, constitue un symbole.

Car, il s’agit, pour lui, de donner à ce cadre une image qui agit sur le présent et sur notre devenir pour que le rapport à l’autre ne soit plus déterminé par des idées préconçues et ancrées dans des consciences gouvernées par des sentiments d’infériorité. Il n’a été, en définitive, que de cela lors des échanges. Certains s’y sont employés avec moins de « sagesse » certes, mais n’en ont pas été moins lucides.

Il est nécessaire que les Africains définissent les modalités par lesquelles ils veulent construire leur aventure commune en reprenant l’initiative qui les mettrait à l’abri de l’incertitude ; celle-là, par exemple, dans laquelle pourraient les plonger les Accords de partenariat économique (Ape). Ils accentuent, selon Guy Marius Sagna de « la Coalition nationale non aux Ape », la morosité et reproduisent sous de nouvelles formes la colonisation par l’accaparement des ressources.

Il n’est nullement question, pour lui, de jeter l’anathème sur les avides puissances occidentales sans interroger nos insuffisantes actions et nos discours qui laissent entrouverte une brèche dans laquelle elles s’engouffrent allègrement. En cela, « notre responsabilité est engagée à cause de notre inertie », s’offusque Hulo Guillabert.

Autonomie intellectuelle

L’esclavage et la colonisation s’inscrivaient dans une logique économique adossée à un discours racial pour leur conférer une légitimité de fait. Il faut partir de cette analyse historique, selon Djibril Ndiaye, enseignant en Sciences politiques, pour comprendre que cette entreprise économique, loin de péricliter, cherche à fleurir dans l’attrayante cour africaine. Quitte à proposer une nouvelle narration de l’Afrique. « Le rapport de force n’a pas changé, c’est le discours qui a évolué.

Il faut réinventer nos économies, faire de la prospérité économique notre combat comme la liberté politique fut celui de la génération précédente ». Mais cela, à l’en croire, requiert une capacité de recouvrer l’autonomie intellectuelle, de passer de la critique à la stratégie et de celle-ci à l’action, de produire de nouvelles réflexions et de partager l’énergie de son indignation. Toute autre attitude rappellerait l’étroitesse de la frontière entre la complaisance et la complicité.

Le climat de connivence entre les pouvoirs publics en Afrique et ceux-là d’autres cieux si souvent évoqué donne matière à réfléchir sur les systèmes de gouvernance. Faudrait-il juste que les Africains fussent en « mesure de faire leur propre autocritique et d’accéder davantage à la lucidité qu’à l’émotion qui, quelquefois, inhibe quand il s’agit d’évoquer les conditions de nos existences et de notre avenir », suggère Kemi Seba non sans indiquer que le problème de l’Afrique est moins la durée au pouvoir que la gestion de celui-ci.

Il fait ainsi un clin d’œil aux modes de pensées démocratiques des autorités ultra-capitalistes inscrites dans une logique d’universalisation, d’uniformisation de leurs pratiques singulières faisant fi des contingences et réalités des différentes identités du monde. Il revient aux Africains, selon lui, d’identifier la cible qui n’est pas forcément le petit «  tyran » couvert d’opprobre par des forces extérieures et, de temps à autre, par des organisations de la société civile devenues « des laboratoires de géopolitique ». 

« Obscure époque »

Celui qui se définit comme un « relais d’une pensée » invite les Africains à être les messies, les héros de leurs propres destinées. Il faut se départir dès lors des concepts creux comme l’afro-pessimisme et l’afro-optimisme pour épouser des valeurs pragmatiques et donner un signal fort à ceux-là qui veulent maintenir le continent « sous assistance respiratoire ». Le chroniqueur et idéologue panafricaniste a aussi touché un mot à l’assistance de son dernier ouvrage « obscure époque », une fiction géopolitique qui s’intéresse à la perte d’identité devenue un terreau fertile pour les « manipulateurs ».

Il met en scène deux extrémistes blanc et noir croupissant dans l’ignorance, livrant une bataille épique jusqu’au moment où ils se rendent compte que le capitalisme utilise leur différend passionné pour s’offrir une marge de manœuvre plus conséquente. Ce « petit livre mais dense par la réflexion », comme il le dit lui-même, est une exhortation à la compréhension du monde pour se saisir des enjeux de l’heure et du futur. Il est aussi le fruit d’un drame personnel de l’auteur marqué par l’enrôlement d’un de ses sympathisants par l’Etat islamique.

Son prochain livre, « Afrocratie », qui devrait paraître au premier trimestre de l’année prochaine, s’annonce déjà comme une ode à la jeunesse africaine qui a donné, au Monument de la renaissance, la preuve de sa capacité à réfléchir sur son devenir.

Alassane Aliou MBAYE

 

L'éloge funèbre d'Elie Wiesel, décédé samedi à 87 ans, s'est tenu dimanche matin à New York, avant son inhumation prévue dans l'après-midi, tandis que les hommages se multipliaient à travers le monde pour saluer la mémoire du prix Nobel de la paix 1986.

La cérémonie, réservée à la famille et aux amis proches, soit quelques dizaines de personnes seulement, a duré une heure environ et s'est achevée vers midi (16h00 Gmt) dans une synagogue du quartier de l'Upper East Side à New York, où vivait Elie Wiesel. L'inhumation devait se dérouler dans l'après-midi dans le carré juif d'un cimetière situé dans le comté de Westchester, au nord de l'Etat de New York, selon une source proche de l'organisation des funérailles. « C'était extrêmement émouvant, surtout quand le fils et le petit-fils d'Elie Wiesel ont parlé », a expliqué l'écrivaine et professeure spécialiste de cinéma Annette Insdorf, après la cérémonie.

La disparition du célèbre écrivain juif américain a été annoncée samedi à Jérusalem par le mémorial de l'Holocauste Yad Vashem. Dès l'annonce de cette disparition, les hommages ont afflué du monde entier. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a salué sa mémoire, estimant dans un communiqué qu'il était « un rayon de lumière et un exemple d'humanité qui croit en la bonté de l'Homme ». Pour le président américain Barack Obama, avec lequel il avait un projet de livre, « Elie n'était pas seulement le plus célèbre survivant de la Shoah, il était un mémorial vivant ». « Sa vie et la force de son exemple nous poussent à être meilleurs ».

Le président français François Hollande a salué « la mémoire d’un grand humaniste, inlassable défenseur de la paix ». La chancelière allemande Angela Merkel a estimé qu'avec la mort « de l'une des personnalités les plus marquantes du siècle passé », « une voix de la morale et de l'humanité s'était (s'est) tue ».

« L'oubli, une maladie collective »
« Elie Wiesel nous a tendu la main à nous, les Allemands et a travaillé avec nous inlassablement pour rendre possible un monde meilleur », a-t-elle insisté. Il avait accompagné M. Obama et Mme Merkel sur le site du camp de concentration de Buchenwald. Rescapé des camps de la mort nazis, Elie Wiesel a consacré sa vie à la mémoire de la Shoah et à la lutte contre l'indifférence, l'intolérance et l'injustice. « L'oubli n'est pas une maladie individuelle mais collective », estimait-il.

Pour « empêcher l'oubli » de la Shoah et favoriser la compréhension entre les peuples, ce « messager de l'humanité », comme l'a qualifié le comité Nobel, a créé la Fondation Elie Wiesel pour l'Humanité, avec son épouse Marion, et l'Académie universelle des cultures. Elie Wiesel s'est engagé pour de multiples causes, contre le génocide rwandais ou les massacres ethniques en Bosnie notamment, car il avait fait le vœu « que toujours, partout où un être humain serait persécuté, (il ne demeurerait) pas silencieux ». Né le 30 septembre 1928 à Sighet en Roumanie (alors Transylvanie), dans une famille pauvre, Elie Wiesel est déporté à 15 ans au camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau, où sa mère et sa plus jeune sœur sont assassinées. Son père meurt devant lui à Buchenwald où ils ont été transférés.

A sa sortie du camp, en 1945, il est recueilli en France par l'Ose (Œuvre juive de secours aux enfants) et y vit jusqu'à 28 ans. Après des études de philosophie à la Sorbonne, il devient journaliste et écrivain. Son premier roman, « La nuit » (1958), sur ses souvenirs d'enfant déporté, reste le plus connu. Il sera suivi d'une quinzaine d'autres (en français, en anglais, en hébreu et en yiddish), de trois pièces de théâtre et de nombreux essais. Citoyen américain depuis 1963, Elie Wiesel a partagé sa vie entre les Etats-Unis, la France et Israël, dont il avait refusé la présidence en 2006.

(AFP)

Dans une contribution publiée sur plusieurs journaux en ligne, titrée « Affaire Atos : Conflit d’intérêt sous fond de perte de souveraineté numérique » et signée par un certain Siré Sy, président du Think Tank Africa WorldWide Group, l’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie) a été mentionnée à plusieurs reprises avec des informations non fondées. Nous comptons ici rétablir la vérité sur tous les points où l’Adie a été citée dans cette contribution. Tout d’abord, le projet « Large Bande Sénégal », démarré en 2016, suit son cours d’exécution normal et le seul partenaire qui travaille dans le déploiement de 3.000 km de fibre optique avec l’Adie est Huawei.

Par conséquent, l’entreprise Atos n’est mêlée ni de près ni de loin au projet « Large Bande Sénégal ». Pour rappel, l’Adie gère, développe et entretient une infrastructure réseau et télécom pour l’Etat du Sénégal avec des applications et des plateformes numériques pour la modernisation de l’administration sénégalaise. Donc le Sénégal préserve bien sa souveraineté sur les infrastructures numériques et poursuit son développement dans ce domaine conformément à la volonté du chef de l’Etat.

A cette heure, nous ignorons les intentions et les motivations de l’auteur de cet article. Dans tous les cas, l’Adie se réserve le droit d’engager des poursuites judiciaire.

La Cellule de Communication de l’Adie

 

Le centre culturel Léopold Sédar Senghor de Pikine peine à s'extirper de sa léthargie. Entre manque d'organisation, de gestion et d'animation, ce joyau de la culture pikinoise fait l'objet de toutes les critiques auprès de la communauté culturelle locale. Cependant, les autorités municipales ont récemment nommé un nouveau directeur, en la personne de El Hadj Alé Seck, investi de la lourde mission de donner à ce centre ses lettres de noblesse…

Construit en 1983 avec comme vocation de promouvoir et de valoriser la création artistique dans la banlieue, le complexe culturel Léopold Sédar Senghor de Pikine peine à répondre aux attentes de ses usagers en termes d'animation, d'organisation, mais aussi de gestion. Une situation décriée par l'ensemble des acteurs culturels de Pikine qui n'ont de cesse de rêver de voir un jour ce joyau jouer pleinement son rôle au bénéfice de la communauté culturelle.  Ainsi, ils dénoncent un désordre et une insalubrité au sein du complexe culturel, aujourd'hui fermé au public pour cause de travaux de réhabilitation. Pourtant, les acteurs culturels sont d'avis que ce centre a tout ce qu'il lui faut pour être un centre rayonnant et attractif capable de décoller et d'aller titiller les plus grands centres culturels. L'expertise existe certes, mais la plupart des individus qui étaient nommés pour diriger ce centre ne répondaient pas au profil idéal pour faire décoller le centre. Beaucoup d'acteurs culturels que nous avons interrogés trouvent que l’administration des lieux a toujours laissé à désirer.

Un laisser-aller, source d’insécurité, y a toujours régné avec souvent des cas de vol. Une situation qui doit faire l’objet d’un assainissement par l'installation d'une administration qui va asseoir une bonne autorité capable de concevoir et de mettre en place des programmes pertinents à même d’assurer une  bonne animation du centre. Cependant, au-delà des raisons liées au manque de profil, les acteurs culturels pointent du doigt un manque de volonté réel noté chez les personnes qui étaient nommées jusqu’ici. « Une autorité doit  toujours avoir un œil sur la structure qu’il dirige, veiller à sa sécurité et à sa progression », commente un artiste sous le couvert de l'anonymat.   Heureusement que les autorités municipales ont décidé de rénover ce complexe et de redorer son blason. En effet, avec la nomination d’El Hadj Alé Seck comme nouveau directeur de ce complexe, l'espoir est entretenu chez les acteurs culturels dans le sens d'un renversement de la tendance. Un regain d'espoir chez les artistes qui lui souhaitent la bienvenue en espérant qu'il sortira des sentiers battus et remettre le centre sur les rails.

Président des artistes plasticiens de Pikine, Mor Faye alias Murf a tenu à rappeler que le complexe doit être une vitrine de la culture à Pikine, en expliquant que le centre ne joue plus sa vocation depuis des années dans la mesure, poursuit-il, qu’il n'y a ni animation, ni activités donc pas de rendement encore moins de plus-value. « Il est un abri où il n'y a pas d’autorité », a-t-il indiqué. Murf dénonce un manque de communication entre les autorités municipales et les acteurs culturels, et qui déteint négativement sur l'image et le fonctionnement du complexe.

Rénovation du complexe
Mor Faye tient à souligner que Pikine regorge de talents artistiques qui, une fois associés dans le fonctionnement ou la définition de l'agenda culturel du centre, permettraient à l'infrastructure de mieux se porter. « Dans tous les cas, il faut que le nouveau directeur mette des garde-fous, car le centre ne peut pas continuer à fonctionner dans ces conditions, notamment le manque de sécurité, de salubrité, de programmes », a fulminé Mor Faye.  « Dans tous les domaines de la culture, on retrouve des artistes qui n'ont rien à prouver sur le plan national », a-t-il ajouté en précisant qu'il faut que la nouvelle direction du centre s'emploie à les associer dans la gestion du complexe, ne serait-ce qu'en sollicitant leurs conseils et en tenant compte de leurs avis dans la gestion du centre.

Président d’Africulturban, une structure regroupant plus de 1.500 jeunes, Matador s'estime mal placé pour parler des problèmes du complexe culturel Léopold Sédar Senghor. Néanmoins, il ne dira pas le contraire de ce que dénonce Mor Faye et invite les autorités à aller vers des initiatives hardies capables de donner à cette infrastructure ses lettres de noblesse. « Je suis même prêt à contribuer pour améliorer l’image et les rendements du centre », a indiqué cet artiste-rappeur. Certes, l'objectif que s'est assigné le nouveau directeur du complexe est louable, mais il lui faut prendre son mal en patience. Car, depuis des mois, le centre culturel Léopold Sédar Senghor est en réfection. Le coût de la réhabilitation est de 234 millions de FCfa. Le centre d’Etat-civil sera transformé en bibliothèque municipale et départementale, et sera élevé d'un niveau qui abritera une salle informatique ouverte à la jeunesse de Pikine.

Cependant, même s'il salue l'initiative de réhabilitation du complexe, Mor Faye est convaincu que les acteurs culturels devraient être mieux impliqués en aval comme en amont, en apportant leurs idées qui, selon lui, ne peuvent être que bénéfiques. « Déjà, les délais que les autorités avaient fixés sont dépassés depuis longtemps et, jusqu'ici, on ne comprend pas pourquoi le complexe n'est pas encore livré », s'inquiète M. Faye.

aleNommé nouveau directeur : El Hadj Alé Seck veut s'atteler à une organisation inclusive du complexe

Nouveau directeur du complexe Léopold Sédar Senghor de Pikine, El Hadj Alé Seck vient de bénéficier de la confiance du maire Abdoulaye Thimbo. Il entend mettre fin à l'anarchie décriée plus haut par les acteurs culturels et organiser, en même temps, ces derniers.

« Il n'est pas question pour moi de venir pour brandir le bâton, mais plutôt inviter tout le monde à faire preuve d'esprit d'ouverture et de responsabilité, compte tenu qu’il s’agit d’un bien public », a avancé El Hadj Alé Seck. Il compte s'atteler à une organisation inclusive du complexe, supposant la participation de tout le monde. « Que chaque acteur sache qu'il a un rôle à jouer, mais en acceptant le rôle que l'autre aussi a à y jouer », a indiqué El Hadj Alé Seck.  Il n'en pense pas moins que le complexe doit servir de miroir pour les autres acteurs qui viennent d'autres régions voire d'autres pays, de façon à ce qu'il reflète son parrain, un homme multidimensionnel. Cependant, il a tenu à préciser que l'acteur qui pense que le complexe L.S.S est uniquement pour les acteurs culturels comprend mal la culture qui, pour lui, est une activité transversale. Ce qui fait qu'il n'hésite pas à aller au-delà de ceux qui ont l'habitude de dire que la culture est au début et à la fin de tout.

« Moi, je dis que la culture est un élément du développement », a-t-il mentionné. « Si bien qu'on va venir avec un cahier des charges, des règles, en synergie avec les acteurs qui vont échanger et s'entendre sur ces règles à mettre en place », a affirmé le nouveau directeur du complexe.

Selon M. Seck, le complexe culturel de Pikine a pour vocation d’être un lieu dédié à la jeunesse, un espace de rencontres, d'échanges et de perfectionnement. Un cadre d'expression pour beaucoup d'acteurs qui vont au-delà même des acteurs culturels. Un lieu de convergence des handicapés et autres acteurs de la vie active, des sportifs, des intellectuels et aussi un lieu d'organisation d'activités familiales. Bref, un creuset pour tous les acteurs de la vie urbaine.   El Hadj Alé Seck est titulaire d’un diplôme d'ingénieur en gestion urbaine à l'Ecole nationale d'économie appliquée (Enea), mais également d'un diplôme de Troisième cycle en développement durable à l'université de Lyon. Ensuite, il a bénéficié d’une série de formations avec l'Organisation internationale du travail (Oit) et sur les nouvelles économies en Francophonie. M. Seck a auparavant servi comme professeur d'Histoire et de Géographie au collège avant d'intégrer la Ville de Pikine où il fut chef de Division pendant une décennie, avant d'être nommé directeur des Services techniques. Poste qu'il a quitté en 2012 et mis à la disposition du secrétariat général de la Ville de Pikine.  El Hadj Alé Seck est aussi un produit du mouvement associatif. Il a été entraîneur de football. Par ailleurs, il a remporté, en 1982, le concours de la Rigolade. Un peu pour illustrer cette double face du sportif et du culturel.

Par Abdou DIOP

 

La réalisatrice franco-sénégalaise, Laurence Gavron, plonge sa caméra dans des univers délaissés pour faire resurgir dans les esprits oublieux des grands pans du passé de l’humanité grâce à sa faculté de créer l’émotion. Son nouveau film sur la communauté sénégalo-vietnamienne en est une illustration achevée. Quand cette valeur sûre du cinéma national fait des infidélités au septième art en se livrant à l’écriture de romans, c’est pour encore représenter un environnement dont elle est tombée amoureuse, le Sénégal, et les vies qui s’y construisent. Entretien avec celle qu’on appelle affectueusement Mbissine, la Parisienne devenue « Sérère bu xees ».

Après des films sur les minorités libanaise, cap-verdienne au Sénégal, les juifs noirs au Cameroun, vous venez d’en réaliser un autre sur les métis sénégalo-vietnamiens. Devrait-on finalement faire de Laurence Gavron la spécialiste des minorités ?
Surtout pas, même si je peux en tirer fierté ! Avant, on faisait de moi la spécialiste des griots. Maintenant, des minorités. Le film sur les Libanais, « Naar bi, loin du Liban », est un peu à part. C’était une commande. Si aujourd’hui je devais refaire un film sur les Libanais, il serait différent parce que je connais mieux maintenant le Sénégal et cette communauté. En plus, on avait très peu de temps et de moyens. C’est pourquoi le film  était assez superficiel. Je préfère aller plus au fond des choses. Après, il y a eu les Cap-Verdiens avec le documentaire « Saudade à Dakar ». Mais c’était surtout axé sur la musique.

Le film, « Si loin du Vietnam », ode au métissage, ne vous donne -t-il pas le sentiment agréable d’avoir consigné l’histoire d’une communauté en voie de disparition ?
Les métis sénégalo-vietnamiens sont, à peu près, à la quatrième génération. Ils se fondent dans la « Sénégalité ». Les premières générations gardent leurs racines ; la nouvelle un peu moins. Tout cela est lié à l’histoire coloniale de la France même si la leur n’est pas assez connue là-bas. Cela devrait être montré davantage à l’humanité pour une réappropriation de notre aventure collective qui est un amas de singularités comme celle des métis sénégalo-vietnamiens. Cette page ne doit pas seulement être un objet de curiosité. Elle doit être questionnée par les historiens. Moi, mon objectif n’était pas de faire un film d’histoire avec un grand H. Je voulais partir de petites histoires, des émotions pour atteindre la grande histoire. Ils forment une petite communauté très touchante par le fait qu’ils sont attachés à leur tradition. Ce qui ne constitue point un obstacle à leur intégration au Sénégal dont ils sont des citoyens à part entière.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans la réalisation du film ?
Elles sont surtout liées au « xaalis », à l’argent. La partie au Sénégal n’était pas compliquée. Mais, le voyage au Vietnam demandait des moyens. La post-production aussi a un coût. Maintenant, je suis fauchée ! Il faut que je le vende pour récupérer mes sous ! Je m’y emploie. J’ai quelques rendez-vous avec des télévisions françaises. Au Vietnam, normalement, il faut une autorisation de tournage avec un fonctionnaire officiel qui vous suit partout et qu’il faut payer. Mais, je n’avais pas assez d’argent. On m’a dissuadée de demander l’autorisation. Humainement, ce sont des gens aimables qui ne font pas la tête quand tu les filmes.

Qu’est-ce qui vous a motivée à faire un  film sur les juifs noirs du Cameroun (« Juifs noirs, les racines de l’olivier », 2015) ?
C’est quelque chose qui m’intéressait depuis longtemps parce que je suis juive, africaine de cœur et de nationalité sénégalaise ! Je côtoie toujours des Noirs, des Africains. Cela m’a touchée qu’il existe des juifs noirs.  C’était comme une espèce de challenge pour moi qui étais juive. J’ai toujours pensé que noirs et juifs avaient des points communs dans leur cheminement historique parce que ce sont des peuples qui ont été opprimés, réduits en esclavage. Les juifs noirs sont une identité très peu connue à la fois au Sénégal et en France. Moi, cela m’intéressait d’en parler. Humainement, c’était fascinant, émouvant de voir tous ces Camerounais qui voulaient être juifs. C’est déjà compliqué d’être Noir dans ce monde. Ils ont plus de mérite que moi qui ai hérité cette religion de mes parents. Eux, ils l’ont embrassée par une quête de sens, par l’apprentissage.

Quelles ont été les différentes étapes de la réalisation de ce film « exotique » ?
Je devais faire le film avec une ethnologue qui a fait sa thèse sur cette minorité. Nous sommes allées au Ghana où on a un peu promené la caméra. Nous devions nous rendre par la suite ensemble au Cameroun. J’y suis arrivée la première. Elle devait s’y rendre le lendemain. Malheureusement, c’est le jour même où une famille française a été enlevée par Boko Haram au nord du Cameroun. Elle a eu peur et s’est désistée. La productrice m’a alors demandé de renoncer au tournage du film. Mais moi, je tenais à le faire. Je suis allée à 1000 km au nord Cameroun et j’ai commencé à filmer toute seule. L’ethnologue et la productrice m’en ont  voulu. Elles m’ont laissé tomber. A un moment, j’étais déprimée. Pendant un temps, j’ai un peu laissé tomber. Quand j’ai appris que le leader de cette communauté juive avait enfin eu son visa pour aller étudier en Israël dans une école religieuse, cela m’a requinquée. J’ai trouvé un peu d’argent avec une Ong américaine qui s’occupe des communautés juives émergentes. Elle a pris en charge le billet d’avion pour aller en Israël. Puisque je n’avais pas le droit moral d’utiliser ce que j’avais filmé avec l’ex-productrice, je suis retournée au Cameroun pour prendre des images.

Vous avez également consacré quelques films à des personnalités culturelles, notamment des griots. Qu’est-ce qui vous fascine tant chez ces personnes ?
Le monde de la culture a toujours été mon univers. Lors du tournage de mon film sur Djibril Diop Mambety, en 1991, j’ai rencontré Ndiaga Mbaye que je ne connaissais pas. Il m’a tout de suite fascinée. Tout le monde l’aimait. Il faisait l’unanimité. C’est comme ça que l’idée de lui consacrer un film a germé. J’ai ensuite fait la connaissance du grand Samba Diabaré Samb qui est un homme humble, d’une touchante sagesse. Après eux, cela s’est enchaîné avec Yandé Codou Sène, la diva sérère. J’aurai bien voulu faire un film sur Doudou Ndiaye Rose. Malheureusement, il est décédé. J’ai une amie musicologue qui veut qu’on fasse un film sur lui avec son fils Tapha.

Comment est venue l’idée de faire le film « Ninki nanka, le prince de Colobane », sur Djibril Diop Mambety ?
A l’époque, je connaissais Djibril. On trainait ensemble à Paris avec toute une bande d’amis. Je travaillais à l’époque pour une émission de télé qui s’appelait « Cinéma cinéma » assez connue. Un jour, pendant le tournage de « Hyènes », Djibril m’a proposé de faire un making off du film. Mais, je lui ai dit que faire un film sur lui m’enchantait davantage. Et puis, je m’y suis engagée.

Qu’est-ce qui vous lie au défunt musicien  Seydina Insa Wade ?
Nous sommes unis par beaucoup de choses. Seydina est un grand frère, un ami pour moi. Je l’ai connu dans un restaurant à Paris en 1993. Après cette première rencontre, nous avons continué à nous voir régulièrement au même endroit pour  manger et discuter. C’était des moments  très chaleureux. J’adore sa musique. Il avait beaucoup de connaissances sur le Sénégal et sur la communauté lébou. Malheureusement, il n’était pas bien connu au Sénégal. C’est quelqu’un qui m’a beaucoup inspirée dans l’écriture de  mon livre « Boy Dakar ».  Quand il était alité, je lui rendais visite et lui apportais tous les jours son bon gâteau à la maison familiale !

Vous conciliez l’inspiration littéraire avec celle-là cinématographique. Comment est né ce goût pour l’écriture ?
Cela a toujours été une passion. Jeune reporter à « Libération », j’ai beaucoup écrit. J’ai rédigé mon premier livre en 1987 sur un cinéaste américain.  Et après cette première expérience, j’ai  écrit un  scénario intitulé  « Marabout de ficelle ». Mais, lorsque je l’ai montré à un ami français, Jean Bernard Pouy, auteur de polar, il  m’a  proposé de le changer en roman pour le  publier dans sa maison d’édition. Cela m’a donné confiance. Ce n’était pas un grand roman mais c’est en ce moment que j’ai senti  que je peux produire d’autres ouvrages.  En 2000,  j’ai commencé à rédiger les premières pages de » Boy Dakar ». J’ai ensuite écrit un autre roman policier,  « Hivernage », qui s’inspire aussi de l’environnement sociologique qu’offre à voir Dakar et Louga. Actuellement, je viens de terminer un roman, « Fouta street », qui se déroule entre New York et le Djoloff. Il s’intéresse aussi à la manière de vivre des communautés sénégalaises à l’étranger.

Présentez-nous un peu Laurence Gavron, la Française.
Je suis née à Paris. J’ai aussi des origines polonaises. J’ai très tôt essayé de me distinguer de mes camarades. Je ne voulais pas  adopter un style trop français. Mes parents étaient trop sévères. C’est pourquoi j’avais des rapports un peu difficiles avec eux. Mais, finalement ils m’ont laissé faire beaucoup de choses comme le cinéma, épouser un Allemand en tant que Française d’origine polonaise et juive, vivre au Sénégal. Je voulais toujours faire ce que mes parents n’attendaient pas de moi. Ils voulaient que je devienne avocate, j’ai choisi le cinéma. La culture sénégalaise m’a permis d’emprunter une nouvelle piste.

Comment vous vous-êtes retrouvée un jour au Sénégal ?
C’est un concours de circonstances. Mon mari est mort très tôt quand j’avais 32 ans. J’étais enceinte de mon fils. Je crois que j’ai eu envie d’autres choses, d’un autre challenge. Un jour, Serge Daney, un critique de cinéma, alors chef de la page Culture au journal « Libération », m’informe qu’il va à Ouagadougou. Je lui fais connaître mon souhait d’aller là-bas aussi. Il me propose alors de m’y rendre pour le journal. C’est là que j’ai connu Ousmane William Mbaye, Ben Diogaye, Idrisssa Ouedraogo et Joseph Gai Ramaka. Après, j’ai travaillé avec ce dernier en écrivant des scénarii ensemble. Mais, ma rencontre avec le Sénégal remonte encore beaucoup plus loin. Au lycée, j’avais une copine métisse sénégalo-danoise avec qui j’ai fait beaucoup de bêtises ! D’ailleurs, j’ai été virée du lycée au bout d’un an ! Elle m’avait déjà ouvert quelques portes de familles sénégalaises. En 1987, je suis venue pour la première fois à Dakar après que cette copine est revenue s’y installer. Je suis revenue au Sénégal en 1990 avec Ramaka avant de m’y établir et d’obtenir la nationalité sénégalaise.

•  Propos recueillis par Alassane Aliou MBAYE

C’est habillé  d’un  pantalon  Jean  relevé d’une chemise de couleur  grise et d’une casquette qu’Abdoul Aziz Mbodj, avec sa grande taille svelte, cheveux hirsutes poivre et sel, nous accueille à son domicile dakarois.  Après des salutations chaleureuses et installés confortablement dans son salon, nous feuillette avec lui l’album d’une vie ponctuée d’une carrière d’instituteur et de rôles dans plusieurs films comme « La Brosse », « Dakar Trottoirs », « Des étoiles »…

Dans le milieu du cinéma, Abdoul Aziz Mbodj a  fait  du chemin où il a eu à côtoyer de grands cinéastes et hommes de culture  tels que Sembene Ousmane, Djibril  Diop Mambety, Jonhson Traoré,  Mamadou Traoré Diop, Chérif Adramé Seck, auteur du film « Ndiagane », le peintre  Ibou Diouf, entre autres. De rôle de figurant dans un film de  Cheikh Ngaïdo  Bâ, « La Brosse », et dans certains courts métrages de Chérif Adramé Seck,  Abdoul Aziz Mbodj est finalement passé au rôle d’acteur dans le film « Dakar Trottoirs » d’Hubert Laba Ndao dans lequel il a interprété le rôle de Don Corleone (chef de la mafia).

Car le film relatait une histoire de drogue avec un parrain (Abdoul Aziz Mbodj) qui récupérait des gosses de la rue pour en faire des dealers.  Récemment, en 2014, il a aussi tourné comme acteur dans « Des étoiles » de la réalisatrice franco-sénégalaise Dyana Gaye.  « La vedette dans ce film est une fille qui travaillait au Centre culturel français et moi j’y ai joué le rôle de Charles, le père de cette fille qui est allée suivre en Italie son mari qu’elle n’a pas vu. C’est un film qui a été tourné aussi bien à Dakar, Turin et New York », indique-t-il. Pourtant, ce septuagénaire né en 1943, à Saint-Louis, n’a nullement pas appris ce métier d’acteur de cinéma. Tout s’est fait dans le tas. Aussi, faut-il le souligner, que l’atmosphère culturelle dans laquelle Abdoul Aziz a vécu, a   fait qu’il a eu autant de passion pour le cinéma et de s’y frayer, petit à petit, son chemin.

« Je ne suis pas acteur et je n’ai, non plus, reçu aucune formation de cinéaste. Mais vous savez qu’à l’époque, le cinéma était important, surtout dans une petite ville comme Louga qui  m’a vu grandir. En effet, c’était la seule distraction qu’il y  avait pour les jeunes de l’époque que nous étions. Il n’y avait pas de boites de nuit, pas de théâtre. Il y avait que le cinéma qui était le pôle d’attraction de la nuit », confie M. Mbodj. Précisant que son père était un homme assez stricte et qu’il n’avait le droit d’aller au cinéma que le mercredi soir et le samedi  soir. « Aussi, exigeait-il qu’on s’y rende accompagné de  deux grands du quartier. Il s’agissait notamment de Mame Drao Cissé, devenu  directeur des Ptt, et de l’ancien président Abdou Diouf, parce qu’on habitait la même rue  et lui aussi aimait  bien le cinéma », informe Abdoul Aziz Mbodj.

Agent du tourisme et commercial
« A Dakar également, c’était les mêmes ambiances. Il y avait des salles de luxe comme le Rialto où tous les vendredis et samedis, la « high société » de Dakar bien habillés s’y retrouvait. C’était des défilés de calèches, de taxis pour aller au Rialto. A l’époque, on allait voir des films comme Tarzan, Zoro, d’Artagnan, les westerns, tout ce qui est film d’amour, etc. C’est de là qu’est née cette passion du cinéma »,  rappelle M. Mbodj avec un brin de sourire aux lèvres. Instituteur de profession, Abdoul Aziz Mbodj a eu son premier poste d’enseignant à Rufisque entre 1963 et 1964. Et parmi ses premiers élèves dans cette école, il se souvient de Mame Less Camara, journaliste qu’il a eu en classe de CE1 et de Mamadou Guèye Faye, devenu général de la gendarmerie.

Mais il faut dire que ce passage dans  l’enseignement fut bref. Avec les grèves de 1968, il perd son seul métier d’enseignant qu’il aimait  tant. Mais, comme dit l’adage, tant qu’il y a vie, il y a de l’espoir. En moins d’une semaine de son licenciement de l’éducation, Abdoul Aziz Mbodj s’est retrouvé comme commercial dans une Société de tourisme.  « C’est grâce à  l’enseignement que  j’ai pu devenir un bon agent du tourisme et un bon commercial », se réjoui-t-il. Après avoir fait le tour comme directeur commercial et chef de service commercial, M. Mbodj s’est aussi retrouvé à la Maison du livre comme directeur commercial, située à l’époque à l’avenue  Roume, devenue L. S. Senghor.

Toujours  est-il qu’il continuait à fréquenter les gens de sa génération qui étaient soit des enseignants soit des gens de son âge avec qui il partageait les mêmes occupations telles que le cinéma, la culture, etc. « Nous nous rencontrions souvent au bar restaurant pâtisserie « le Chantilly », sis près du Théâtre national Daniel Sorano avec tous les autres cinéastes entre 10h et 13h.  Les gens qui travaillaient à la radio se joignaient également à nous et on échangeait et discutaient des films.

A l’époque, il y avait une vie culturelle assez dense et un niveau qui allait avec », argue Abdoul Aziz Mbodj. Aujourd’hui, avec l’âge, Aboul Aziz Mbodj se repose paisiblement. Mais il se dit toujours prêt à jouer dans des films pourvu que les rôles qui lui  seront donnés soient en conformité avec son état physique. S’exprimant sur le fonds alloué récemment au cinéma, Abdoul Aziz Mbodj avoue qu’il reste sceptique. « Car en dehors de ces montants, je ne pense pas que c’est à coût de 100 millions ou 200 millions de FCfa qu’on va refaire le cinéma sénégalais. Parce que mettre un milliard dans un film c’est possible, mais un milliard pour 20 films, ça ne marche pas ; le cinéma coûte trop cher », laisse-t-il entendre.  A  son  avis,  il est  pour la mise en place d’un Centre technique  afin que les cinéastes sénégalais ne soient plus obligés d’aller au Maroc ou en France...

Par Maguette Guèye DIEDHIOU


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