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Arts et Culture (1935)

« Le tourisme culturel : une autre diplomatie pour vendre l’image du Sénégal » est le thème qui a été traité par le professeur Julien Gomis, président du conseil académique de l’Ecole supérieure d’interprétation, de techniques administratives, de management et de gestion hôtelière (Etshos-Imed) de Dakar. C’était, mardi dernier, au cours d’une conférence que cet établissement privé d’enseignement supérieur a organisée dans ses locaux.

Un ensemble d’atouts et de pratiques identitaires contribuent à l’émergence des entités humaines désireuses de rencontrer le monde et de l’accueillir. Le Sénégal, riche de ses cultures, dans l’élaboration de sa politique touristique, ne saurait ignorer cet aspect. Le président du Conseil académique à Etshos-Imed de Dakar, Julien Gomis, l’a bien mis en exergue lors de la conférence qu’il y a animée. Sa mise en relation du tourisme et de la culture témoigne de cette interaction.

L’organisation des Nations unies a proclamé 2017 Année internationale du tourisme durable pour le développement. La réputation d’un pays, estime-t-il, dépend en grande partie de sa visibilité dans ce marché mondial métaphorique et donc, de la valeur tant fonctionnelle qu’émotionnelle, transmise par son image pour gagner les préférences des citoyens, touristes, clients, entreprises ou capitaux étrangers. Le tourisme est aussi un des secteurs prioritaires pour la relance de l’économie et le développement social au Sénégal. Son capital touristique repose sur un patrimoine naturel et culturel exceptionnel en Afrique de l’Ouest. « Dans un contexte de mondialisation accélérée, la culture bénéficie d’un engouement croissant qui répond à un besoin accru de préserver et de promouvoir les identités culturelles nationales et sous-régionales », soutient-il.

Avec l’essor grandissant des voyages internationaux, le tourisme est devenu une des premières industries mondiales et un enjeu majeur du développement par la valorisation du patrimoine culturel et de la culture en général. « En contre-poids des effets négatifs du tourisme de masse mal contrôlé, tant sur l’environnement que sur les cultures, le tourisme culturel qui privilégie la découverte mutuelle, peut devenir un atout et un outil non négligeable », ajoute-t-il.

En effet, correctement planifié et géré, il permet, à ses yeux, de lutter contre les disparités régionales, de stimuler le développement durable et équitable par une valorisation équilibrée des patrimoines régionaux. Il favorise la mise en place de partenariats réciproquement profitables, la formation et la qualification de personnels et l’amélioration du niveau de vie des populations locales.

Julien Gomis invite à cultiver un tourisme culturel, imaginatif et créatif en cela qu’il peut être un vecteur de connaissance et de valorisation de la culture et des identités culturelles tout en contribuant au développement d’une région donnée à travers une réelle implication des acteurs stratégiques du tourisme. Il convient toutefois, selon lui, de définir la place du Sénégal sur la scène culturelle africaine et internationale.

Fesman 1966
Après avoir mis en évidence les atouts physiques du Sénégal, il a souligné quelques événements culturels et des personnalités des arts et des lettres qui ont permis à notre pays de s’imposer comme pôle d’attraction dans le domaine des expressions artistiques.

Le Premier festival des arts nègres de 1966 en est l’illustration la plus achevée. Il également a salué l’organisation de la Semaine culturelle sénégalaise à l’étranger qui permet une présentation de toute la diversité du Sénégal. Cependant, la carte ethnographique du Sénégal laisse entrevoir, à son avis, des richesses culturelles encore inexplorées.

Le représentant du ministre du Tourisme, Ahmadou Cissé, a abondé dans le même sens. En guise d’illustration, il est revenu sur les débuts du Festival de jazz de Saint-Louis et ses retombées économiques grâce à une affluence qui a rendu cette région plus attractive. En marge de cette conférence, il a été inauguré le Centre de documentation et d’information de Etshos-Imed qui offre à cet établissement un outil de choix dans la recherche et la réalisation de performances pour ses étudiants.

Alassane Aliou MBAYE

La première conférence publique de l’Observatoire « Femmes et Médias » s’est tenue mercredi dernier, à Dakar, sous le thème « La parité et après, représentation et/ou participation politique des femmes dans la vie et dans les médias ». Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du projet « Femmes occupez les médias » mis en œuvre par l’Institut Panos de l’Afrique de l’Ouest (Ipao).

Pour promouvoir le droit des femmes à la participation politique et les protéger de certaines violences, l’Ipao a lancé au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Niger et au Mali  un projet dénommé « Femmes occupez les Médias ». Selon la présidente de l’Observatoire « Femmes et médias », Binetou Sidibé, c’est dans ce cadre que la première conférence publique de sa structure a été organisée autour du thème « La parité et après, représentation et/ou participation politique des femmes dans la vie et dans les médias ». A  l’en croire, ce projet qui sera piloté sur la période 2016-2020 a pour but d’accroître la représentation politique des femmes ainsi que leur autonomisation dans la lutte contre les violences basées sur le genre.

Se prononçant sur le thème de cette première conférence publique de l’Observatoire «Femmes et Médias», la directrice de l’Institut Panos de l’Afrique de l’Ouest, Diana Senghor, indique que ce sont les médias qui façonnent les opinions et les réflexions, les progressions dépendent, en bonne partie, de la manière dont les médias  parlent, promeuvent ou dénoncent les droits des femmes.  

A son avis, il n’y a pas de plaidoyer, de  mobilisation, de sensibilisation sans une véritable appropriation des médias. Aussi, souligne Diana Senghor, une étude a été réalisée sur comment les femmes utilisent les médias. « Et dans cette étude, il est ressorti que parmi les 15 organisations principales qui travaillaient sur la participation politique, 50% de ces organisations n’avaient pas fait une conférence de presse dans les 12 mois précédentes, 40 % n’avaient pas fait de communiqué de presse, 50% n’ont pas participé à des débats de télévision », informe-t-elle. Même remarque pour ce qui concerne les réseaux sociaux. A l’en croire, sur les 14 organisations, il n’y avait que 3 qui utilisaient des comptes Facebook.

C’est tout l’intérêt de ce projet, « Femmes occupez les médias ». « Il vise non seulement à renforcer les capacités des médias, à sensibiliser les medias mais il vise aussi à créer des espaces de concertation et de coopération entre les institutions médiatiques et des organisations de la société civile pour analyser, d’une part, la manière dont les médias ont couvert la question des femmes et de suggérer également que telle question n’est pas couverte et qu’il faut davantage assurer sa couverture médiatique », dit Diana Senghor.

Mis en place le 27 septembre 2017, l’Observatoire « Femmes et Médias » constitue un cadre d’interaction des Ocs et des médias dont le rôle est essentiel pour la diffusion de l’information.

Maguette Guèye DIEDHIOU

 

Le livre et l’édition sont indissociables. Et le développement de l’un fait forcement la force de l’autre.  Au Sénégal, l’édition a commencé à s’affirmer depuis les années 1970. Cependant, malgré le bon avant du secteur, l’éditeur Abdoulaye Fodé Ndione, directeur des Editions Abis, pense  qu’il y a lieu de travailler  pour innover et  moderniser le milieu de l’édition.   

Le Sénégal fait partie des pays pionniers en Afrique dans le domaine de l’édition, comment se porte actuellement la filière ?
En faisant la genèse de l’édition au Sénégal, qui a commencé avec la création des Nouvelles éditions africaines du Sénégal (Neas) dans les années 70, on constate qu’elle a fait un bond en avant. Nous assistons à la création de beaucoup d’entreprises d’édition qui se professionnalisent, à travers des programmes nationaux et internationaux. Aujourd’hui,  il y a un avancement dans la qualité de la production au sein de chaque maison d’édition. Les acteurs essayent  de se mettre aux normes de l’extérieur. Les auditeurs ont également la possibilité d’aller dans différents salons du monde pour voir ce qui se fait à travers ces pays. L’Association des éditeurs du Sénégal veillent à la qualité et à la bonne marche de l’édition. Toutefois, je pense que la l’édition a besoin d’innovation, de programmes, de projections et de modernisation.

Les éditeurs sénégalais sont conscients qu’il faut vraiment  aller de l’avant. L’édition se porte bien dans notre pays avec l’aide du ministère de la Culture à travers  le Fonds d’aide à l’édition. Certes ce fonds ne supporte pas tout mais il peut aider à la réalisation de certains travaux. Le travail essentiel doit être défini par les professionnels. Aujourd’hui, le grand problème de l’édition constitue la diffusion du livre. Il faudra continuer à former le personnel dans les maisons d’édition. Il n’y a pas de professionnels sénégalais dans le domaine de la diffusion. Si nous avions au moins trois ou quatre spécialistes peut être que la filière du livre aura quelque de chose merveilleux.

L’hégémonie du numérique dans notre société  est, aujourd’hui,  une réalité, comment la filière de l’édition pourrait-elle profiter de la magie des nouvelles technologies ?
Je pense que cela peut aider dans la diffusion. Le livre papier est obligé forcement d’aller avec le numérique.  Par rapport, à la diffusion, il  doit être en ligne afin que les gens puissent le découvrir. L’instantanéité de l’Internet fait quand le livre est diffusé,  il est rapidement visible en Chine. Il y a donc cette complémentarité. Cependant, je suis de ceux qui pensent que le numérique ne tue pas le livre en papier. Il s’agit de deux choses différentes que les gens confondent souvent. La finalité de l’éditeur numérique, c’est le livre numérique.

Comment les éditeurs et les professionnels de la chaine du livre peuvent-ils survivre quand l’engouement pour la lecture diminue ?
Il y va de la responsabilité  du gouvernement parce que les éditeurs ne peuvent pas pousser les gens à lire. Il faut une grosse politique de la lecture au niveau des écoles. Dans les programmes scolaires, il faudra faire revenir la lecture en masse au niveau des matières. Aussi, je pense qu’il serait bon d’organiser des séances de lecture pour pousser les jeunes à aller dans les bibliothèques. Au Sénégal, nous avons quelque rares bibliothèques publiques. Donc, il faudra créer une culture de bibliothèques afin que les gens puissent les fréquenter… L’autre problème c’est que livre est un peu cher par rapport au coût de fabrication. Les intrants sont vendus chers de telle sorte que cela impacte sur le prix du livre. Il y a des efforts à faire pour faire baisser le prix du livre afin de faciliter son accès.

Propos recueillis par Ibrahima BA et A. A. MBAYE

 

L’art africain doit épouser un contour contemporain. Cette conviction de l’artiste plasticien, Moussa Ndiaye alias Elijah Moses, transparaît dans l’exposition « Quest Africa » (quête de l’Afrique). Elle est à voir jusqu’au 30 novembre au Goethe Institut de Dakar.

Dans le prolongement de l’exposition « Chromatismes africains », tenue en 2015 à la Galerie nationale d’art de Dakar, l’artiste plasticien Moussa Ndiaye, alias Elijah Moses, poursuit sa quête d’une Afrique où l’art épouse un contour contemporain. Cette approche apparaît dans l’exposition « Quest Africa » à voir jusqu’au 30 novembre au Goethe Institut de Dakar. Pour Moses, « Quest of Africa » est une démarche artistique inspirée de formes africaines.

« Dans mon orientation, j’ai mon africanité en bandoulière avec un continent traversé de ses différentes formes, son histoire, etc. », explique le plasticien. Ainsi, cette quête de l’Afrique se décline au travers des lignes, des masques avec tout le rituel qui inspire. Elijah Moses a travaillé sur des formes du Soudan, du Golfe de Guinée, avec une touche d’art moderne. L’artiste part du constat selon lequel les formes africaines ne sont pas assez exploitées.

« Nous n’avons pas suffisamment découvert tout le potentiel dans ces formes africaines », estime Moses. Pour lui, sur la base de ces lignes, on peut assoir un art africain moderne. Au regard de l’artiste, l’art africain doit épouser un contour contemporain, correspondant à notre temps actuel. « On peut valablement s’adosser à des formes africaines pour construire un art qui parlerait au monde entier avec une sensibilité africaine », défend E. Moses. Pour les besoins de la scénographie de l’exposition, l’artiste a choisi dans sa collection deux œuvres majeures auxquelles il a adjoint des créations médianes et mineures. Ainsi, dans un univers ambré, Moses parle du Mali dans l’œuvre « Evocation du pays Dogon ».

La toile de jute emplit le tableau avec une figure aux allures d’un masque. Les traits sont discrètement exagérés sur des nuances de bleu horizon, jaune, une touche de blanc. Sur la même ligne, le plasticien se projette dans l’après-crise en Côte d’Ivoire au travers de la toile « Ivorian post war dream ». Dans un univers sombre, l’artiste peint au détour de l’acrylique et pigments sur toile. Il s’emploie avec beaucoup de finesse, de subtilité. La charge émotionnelle est perceptible.

Sur un registre plus gai, E. Moses évoque la beauté dans « L’Elégance ». L’écriture picturale emprunte une trajectoire résolument optimiste. Sur la même ligne, l’artiste célèbre les plus beaux « Atours » de la culture du pays. En témoigne le tableau « Pangool » (les esprits en pays sérère). Autre aspect de la vie socio-culturelle, celui de cette « scène de pêche » avec tout le rituel qui l’accompagne, notamment dans l’œuvre « Les lignes de la vie ».

Pour le commissaire de l’exposition, Cheikh Tidiane Gueye, « cette collection est une écriture graphique se voulant être un art contemporain, moderne, inspiré de l’Afrique ».  
L’exposition « Quest Africa », soutenue par la mairie de Dakar, est à voir jusqu’au 30 novembre au Goethe Institut.

E. M. FAYE

La 8e édition « Entre’vues » a été clôturée, vendredi dernier, à Saint-Louis, en présence de plusieurs personnalités de la ville.

Cette année encore, pendant sept jours, les membres de l’Association « Entre’vues » et de nombreux élèves et étudiants de l’Ugb ont visité certains immeubles et jardins de Saint-Louis, qui donnent une idée de la richesse du patrimoine culturel de la ville. Ils ont aussi rendu un hommage à Feu Me Ababacar Fall dit Mbaye Boye, qui a eu le mérite d’initier le tournoi international de judo de Saint-Louis. L’association « Entre’vues » a ouvert au public la mythique salle des fêtes, qui abrite le Dojo créé par Mbaye Boye.

Mobilisés derrière l’actuel président de cette association, Charles Ndiaye, éminent homme de culture, ces élèves et étudiants se sont impliqués dans l’événement, en incarnant des personnages et autres figures emblématiques qui ont marqué l’histoire de l’ancienne capitale de l’Afrique occidentale française. Des personnages comme Alioune Diop, fondateur des Editions « Présence Africaine », le boxeur Battling Siki, Paul Devès, ancien commerçant français et maire de Saint-Louis, les Signares, qui ont contribué au développement de l’artisanat de la ville, la brave femme du Oualo, qui a contribué aussi au développement agricole de cette partie nord du pays, les sœurs de Saint-Joseph Cluny (le personnage d’Anne Marie Javouhey), les précurseurs de la santé, de l’éducation et des droits de l’Homme, etc.

Selon le président Charles Ndiaye de l’association « Entre’vues », cet évènement est inscrit désormais dans l’agenda culturel de la ville de Saint-Louis et a toujours pour objectif majeur de mettre en valeur et de promouvoir le patrimoine historique et culturel de la ville de Mame Coumba Bang (Génie tutélaire des eaux).
Cette année, a-t-il rappelé, 22 lieux ont été ouverts exceptionnellement aux populations qui ont pu visiter des habitations privées, des bâtiments publics (la mythique salle des fêtes). Ce fut encore une occasion unique de découvrir l’histoire de la ville.

A en croire M. Ndiaye, des efforts ont été déployés pour rendre ces visites attractives, en étroite collaboration avec des étudiants en métiers du patrimoine, de l’Ufr/Crac de l’Ugb. Ces étudiants, encadrés par leurs professeurs, ont tenu à exercer leurs talents de scénographes et ont eu le plaisir de recevoir les visiteurs en tant qu’assistants d’exposition.

Dans certains des lieux, des coins lecture ont permis aux passionnés d’histoire d’approfondir leurs connaissances, grâce aux suggestions de la librairie Soumbala ; dans d’autres, comme au lycée Faidherbe, les visiteurs ont pu découvrir des archives sur l’enseignement de nos aînés, de l’école des otages à Blanchot. A la gare ferroviaire, à l’école Gracianet, au centre de documentation cinématographique Daniel Brottier, des surprises ont crucifié les visiteurs. Ces journées ont été aussi l’occasion de converser avec les habitants autour de thèmes chers à la ville.

Pour découvrir le patrimoine en s’amusant, jeunes et moins jeunes ont pu participer à une chasse au trésor festive. Toutes ces activités ont été gratuites, alors que le patrimoine de la ville est en danger. Il convient de mobiliser toutes les énergies pour le protéger, le préserver et le sauvegarder.

Mbagnick Kharachi DIAGNE

Le nom de leur album attendu en 2018 n’est pas encore déterminé, mais ce qui est sûr, c’est que ces deux artistes chantent l’amour, dans toutes ses facettes. Des aspects de la vie également, de leur vécu pour ne pas dire des anecdotes. Le joueur de kora Ablaye Cissoko et le guitariste Habib Faye, accompagnés du batteur Mokhtar Samba, avec leurs différents instruments, s’abreuvent surtout aux sources de leur enfance dans ce futur album.

Ils ont joué en trio, lundi dernier, à la Résidence de l’ambassadeur de France à Dakar où le public a eu droit à une belle prestation musicale. Dans une ambiance décontractée, accompagnés du batteur Mokhtar Samba, le guitariste Habib Faye et le koriste Ablaye Cissoko, en présence de nombreux acteurs culturels, ont offert un avant-goût de leur album prévu en 2018. Malgré l’absence du joueur de balafon Djiby Diabaté pour former le quatuor, le rythme était aguichant et captait l’attention du public.

Au-delà des instruments mélodieux combinés, avec une sonorité bien africaine, « le plus important, c’est d’être ensemble », a souligné le koriste Cissoko. Interpellé sur leur fusion musicale, il souligne que le jour de sortie de l’album est très proche.

« Là, je pourrais vraiment communiquer. Mais,nous avons commencé à enregistrer ; nous continuons à travailler et les choses s’annoncent très bien », a confié Ablaye Cissoko. Sur les thématiques de l’album, Habib Faye souligne qu’ils y parlent d’amour, quelque chose qui compte pour nous, Africains. L’amour entre l’homme et la femme, l’amour entre les gens, l’amitié... ».  

« Nous avons parlé des choses de la vie, quelques anecdotes que nous racontons dans les chansons, des choses qui nous sont arrivées. Nous avons essayé, plus ou moins, de toucher à toutes les thématiques qui peuvent intéresser les gens, en général », confie Habib Faye. Dans l’album, ces artistes chantent en mandingue ou wolof, s’abreuvant ainsi aux sources de leur enfance et aux mélodies qui les ont bercés. Comme la kora, le balafon, les percussions Sawroubas… « Nous avons essayé de faire une fusion en essayant de mettre une batterie et une basse pour aussi pousser ces instruments traditionnels à leur meilleur niveau.

Dans le cadre de ce projet, ces instruments font de la mélodie, des harmonies. C’est vraiment magnifique. C’est cette fusion qui nous intéresse, pour partir avec, de l’Afrique, et conquérir le monde. Nous y croyons », explique avec émotion Habib. Ils essaient ainsi de mettre des choses modernes mais en essayant, au maximum aussi, de garder des choses de « chez nous ». Et ils ont pu compter sur leur aîné musicien, ami, le batteur Mokhtar Samba.

Retrouvailles
« Nous nous sommes retrouvés, nous avons commencé à jouer et puis l’alchimie s’est faite toute seule. Je me suis greffé aussi dans les arrangements de la musique. Je viens de plusieurs cultures. Je suis né au Maroc, de père Sénégalais et de mère Marocaine, et j’ai grandi en France. C’est tout ce mélange que nous essayons de mettre dans notre musique. C’est un soutien que j’apporte et c’est le moyen pour moi de retrouver le cordon ombilical », relate Mokhtar Samba.

Pour ce projet démarré l’année dernière en mars-avril et testé au festival de Saint-Louis jazz, « le Sénégal y a contribué, l’Afrique également. Et suivant ma carrière, l’Institut français m’a beaucoup soutenu et nous souhaitons, le jour où cet album sortira, pouvoir le montrer. L’Institut français est notre partenaire pour nous aider à le montrer, particulièrement en Afrique ». L’idéal, selon Ablaye Cissoko, ce n’est pas de tourner en Europe, mais de rester aussi en Afrique, de montrer ce que les musiciens africains font. « Et l’Institut français et l’ambassade de France sont des partenaires. Ils nous ont toujours soutenus. Ils ont voulu tisser beaucoup de liens avec nous, avec d’autres artistes, avec d’autres continents », dit Cissoko.

En attendant, les musiciens sont en train de terminer le mixage et autres de leur album en France. Ils trouveront la date opportune pour sortir le produit en 2018, informe Habib Faye.

Amadou DIOP

 

Abdoulaye Racine Senghor est membre du Comité scientifique de la 16ème édition de la Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar. Après y avoir porté un regard lucide, l’écrivain, par ailleurs administrateur du Monument de la renaissance africaine, aborde, dans cet entretien, les difficultés liées à la vie du livre et ouvre des pistes de réflexion sur sa « réhabilitation » à travers des actions d’incitation à la lecture.

Quelle appréciation faites-vous, jusqu’ici, de cette 16ème édition de la Fildak ?
Globalement, je suis assez satisfait de la journée d’aujourd’hui (samedi dernier) où j’ai vu passer beaucoup d’élèves et d’acteurs du livre surtout les éditeurs. C’est surtout dû aux programmes d’animation autour de certains ouvrages. L’organisation générale autour des stands et leur occupation sont également à saluer. On aurait peut-être pu espérer une meilleure affluence. L’animation scientifique, à travers des rencontres et des prestations de bonne facture, participe également à en faire un cadre d’expression du livre. Aujourd’hui, j’ai suivi avec intérêt une belle présentation, à la salle Alioune Diop, d’auteurs en langues nationales même si le public est arrivé un peu en retard. A l’avenir, il faudrait peut-être organiser tout cela dans l’Espace rencontre à l’intérieur de la Foire. Les communications étaient très intéressantes et les participants d’un bon niveau. Mais, c’est le public qui a fait défaut.

Un colloque international sur le thème « Livre, jeunesse, économie : défis du développement » a été tenu. Des contributions de haut niveau ont été apportées au cours des discussions. Et il est heureux de constater que le livre de jeunesse est très présent sur les stands que j’ai visités. Il y a une dimension très importante de promotion de la lecture par la mise à proximité du livre. Il ne faut pas oublier la magistrale leçon inaugurale du professeur Mamoussé Diagne. Je suis personnellement assez satisfait même si, comme toute œuvre humaine, les choses peuvent toujours être améliorées.

Et que faudrait-il faire pour préserver le label Fildak ?
Il faudrait mettre l’accent, à mon avis, sur la promotion de la foire. Le livre est assez spécial comme produit. Les gens ne vont pas forcément vers lui. Il y a une culture à développer. Il faut attendre des supports médiatiques une plus grande implication. Nous pouvons en dire autant des mécènes qui, à côté des gros efforts déployés par l’Etat, consentiraient à des investissements nécessaires à la « réhabilitation » du livre. Car, si le livre, en tant que produit, n’est pas prisé, la foire ne saurait connaître un grand engouement. C’est une œuvre collective. J’ai été au Salon international du livre d’Alger qui reçoit en moyenne 1,5 million de visiteurs. Cela inspire forcément une réflexion. On se dit qu’il y a des choses à faire chez nous. C’est un rêve que je nourris avec d’autres Sénégalais.

Au moment où la foire se passe à Dakar, des rencontres littéraires sont organisées dans d’autres localités du Sénégal sous l’égide de la Direction du livre et de la lecture. C’est une excellente initiative. Il faudrait les intéresser davantage pour créer une communion nationale autour du livre.

Qu’est-ce qu’il faut faire, aujourd’hui, pour redonner au livre la place qui devrait être la sienne ?
Il faut, de mon point de vue, mettre l’accent sur l’école où il doit y avoir des livres. C’est essentiel. Les collectivités locales, parce que la culture est une compétence transférée, doivent jouer leur rôle en créant des bibliothèques dans leur espace d’autorité. Il faut que nous les parents, qui avons eu la chance d’être instruits, ayons le réflexe de rentrer à la maison, chaque mois, avec au moins trois livres. Cela pourrait inspirer d’autres personnes. Les enfants aiment lire. Si les parents achètent des livres pour eux, s’il existe même de petites bibliothèques de 200 à 300 livres dans les écoles, si les communes essaient d’en disposer, si les médias créent des espaces pour le livre au moins une fois par semaine, nous parviendrons ensemble à faire bouger les lignes. C’est comme ça partout. Il ne faut pas qu’on fasse exception. J’insiste sur les médias. Les patrons de presse connaissent les enjeux. Les gens vont s’intéresser à ceux qu’on leur montre. Il est également devenu important de tenir compte de l’évolution technologique. Le monde moderne offre plusieurs possibilités de lecture. Avec une liseuse, on peut stocker beaucoup d’ouvrages.
 
Qu’en est-il de la qualité des productions ?
Il y aura toujours des débats autour de la qualité des productions scientifiques et littéraires. C’est un monde d’idées. Le Sénégal ne fait pas exception. Il faut encourager les gens à écrire tout en veillant à la qualité du produit. Les éditeurs doivent être plus regardants, plus exigeants. Au Sénégal, on a quelques bons auteurs qui s’illustrent bien ici et ailleurs. Il faut aider les auteurs, surtout les jeunes, à travers des ateliers d’écriture pour s’améliorer. Ce sont des efforts collectifs à faire pour relever les défis. C’est une attitude de militant autour du livre qu’il convient d’adopter. L’Etat fait déjà beaucoup d’efforts. Il y a une Direction du livre et de la lecture, une bibliothèque publique, des Centres de lecture et d’animation culturelle, un fonds d’aide à l’édition. Un tour à la Fildak permet de mesurer ces efforts de l’Etat. Au moins, les 3/4 des livres ont été publiés avec l’appui du Fonds d’aide à l’édition. C’est l’Etat aussi qui organise la foire. C’est un événement culturel, littéraire qu’il organise en faveur du livre et de la lecture.

Propos recueillis par Alassane Aliou MBAYE et Ibrahima BA

 

Dans le cadre de la 16ème édition de la Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar (Fildak), « Ruba éditions », en partenariat avec la Direction du livre et de la lecture, a initié la première édition des Journées du livre et de la lecture à Guédiawaye.

Après la cérémonie d’ouverture tenue mardi au Foyer de la Maison de l’outil à Golf Sud, c’était au tour du foyer des jeunes de Wakhinane de prendre le relais des manifestations avec la rencontre de vendredi dernier, marquée par l’exposé de l’écrivain et éditeur Marouba Fall sur le thème : « Littérature et émergence », suivi de la présentation du roman de Salif Niokhor Diop (Regrettable amitié) et du recueil de poèmes de Lamine Bâ (Murmure de la mémoire).

L’occasion a été saisie pour faire un don de livres à la bibliothèque du foyer. Des artistes de la culture urbaine ont été aussi présentés au public. Il y a eu également la présentation de la pièce théâtrale de Massèye Niang (La légende du fusil) avec la projection de quelques extraits de la pièce. « La mauvaise conscience »,  pièce de Samba Badji a aussi été présentée. Il s’agit de montrer que la banlieue n’est pas un repaire de délinquants ou de sportifs seulement, mais aussi un lieu où habitent des enseignants, des artistes, des hommes de culture, des écrivains. La cérémonie a été ponctuée par une animation littéraire et artistique et un don de livres à la structure « Les vendredis du livre ». L’initiative s’inscrit dans une logique de décentraliser la foire et de rapprocher le livre des potentiels lecteurs. Et, surtout d’intéresser les élèves de la banlieue au livre en leur permettant de découvrir des écrivains qui habitent avec eux et qu’ils ne connaissaient pas.

En présentant les écrivains de Guédiawaye, Marouba Fall a voulu montrer que dans chacune des cinq communes, il y a quelqu’un qui écrit ou des personnes qui écrivent. « Nous voulons aussi nous retrouver et nous prouver à nous-mêmes parce qu’il y a le complexe des banlieusards qui pensent que comme ils habitent à la périphérie, ils ne participent pas à la vie de la cité. Nous voulons qu’ils se présentent comme un miroir, qu’ils découvrent que la banlieue est un beau lieu et qu’il y a des hommes de référence et des hommes de culture de grande valeur », a souligné Marouba Fall. A cette occasion, une quinzaine d’auteurs et une trentaine d’ouvrages ont été présentés dans chaque espace (Unité 3 des Parcelles assainies, Wakhinane Nimzatt et Collège Banque Islamique). Dans le cadre du suivi de cette initiative, il est prévu que chacun des écrivains de Guédiawaye va faire le tour des écoles pour discuter avec les élèves.

Le soubassement de cette initiative est la promotion du livre. C’est la raison pour laquelle l’initiateur, Marouba Fall, compte rencontrer le maire de la ville de Guédiawaye afin de le convaincre de mieux s’impliquer lors de l’édition prochaine. Notamment en instituant un prix du Livre.  

La cérémonie de clôture s’est tenue au Collège Banque Islamique, sous le parrainage de Madame Aminata Tall, présidente du Conseil économique, social et environnemental. Au menu, on a noté la présentation des écrivains de Guédiawaye, d’œuvres réalisées par des auteurs locaux et un don de livres à la bibliothèque de l’école, etc.

Abdou DIOP

 

Dans le cadre de la Fildak, les Éditions Papyrus Afrique ont organisé une cérémonie de présentation de leurs dernières parutions en pulaar, sérère et wolof à la Salle Alioune Diop du Centre international du commerce extérieur. Elle a été placée sous la présidence d’honneur de Samba Diouldé Thiam.

Ces œuvres participent à la promotion des langues nationales et à la stimulation d’un imaginaire collectif. De par leur contenu et la qualité des écrivains, elles dessinent un univers de possibilités pour la littérature sénégalaise et africaine. Ces ouvrages embrassent plusieurs genres : théâtre, nouvelle, poésie, conte…  La nouvelle en wolof, « Toolu Baay Suley », de Madjéye Mbodj, « Kujje », une pièce de théâtre de Elhadj Momar Samb, le conte en wolof de Diéwo Guèye « Seex yi doon wër seen yaay » et « Téerebtànnu taalifu xare Senegaal » du Front culturel Sénégalais traduisent cette volonté d’exalter des valeurs et de consigner des pratiques. « A pind Senghor », une traduction en sérère des poèmes de Léopold Sédar Senghor et le poème en wolof en hommage à Cheikh Anta Diop de Libasse Diop, « Njool Ceytu », soulignent, par la beauté du verbe inspiré, l’esthétique africaine, le rapport de l’Africain à l’oralité dont ces écrits sont le prolongement « tamisé ».

Le traité de médecine vétérinaire publié en pulaar « Ngayneteendi du Docteur Oumar Bassoum et celui de mathématiques supérieures écrit dans cette même langue « Binndande Hisankooje » de Mohamadou Falil Sy mettent en lumière cette intelligence pénétrante des peuples à qui on a, pendant longtemps, nié cette capacité d’action. Il y a aussi l’album de jeunesse « Norwa e cukalel » de Bayla Kulibali qui est porteur d’espoir et de sens. Seydou Nourou Ndiaye, directeur général des Editions Papyrus Afrique, réputé pour sa passion du livre et son engagement pour les langues nationales, a magnifié la qualité des productions et invité les acteurs et les populations à leur donner toute l’importance qu’elles méritent. Celui qui est également membre fondateur de l’Association sénégalaise des éditeurs (Ase) porte le combat du réexamen des expériences.

A. A. MBAYE et I. BA

 

Dans le cadre de la 16ème édition de la Fildak, le ministère de la Culture a procédé, hier, à une cérémonie symbolique de remise de don de livres à l’endroit de différentes universités du Sénégal, bibliothèques municipales et d’associations. C’est au total, 60.000 ouvrages qui ont été offerts par le ministère à 18 responsables de bibliothèque.

Profitant de la 16ème édition de la Fildak, le ministère de la Culture a procédé à une cérémonie symbolique de don de livres à l’intention de 18 responsables de bibliothèque. Il s’agit, entre autres,  des bibliothèques municipales de Dakar, des Universités de Thiès, Ziguinchor, Bambey et Saint-Louis. Mais également du réseau des femmes bibliothécaires, archivistes et documentalistes, du Réseaux des clubs de lecture, d’art et de philosophie. L’acte est symbolique et revêt un sens particulier, en participant à la vulgarisation du livre auprès des populations, des femmes et des étudiants. En outre, il traduit la volonté du gouvernement d’œuvrer pour l’accessibilité du livre. Avec un total de 60.000 livres offerts, l’objectif, a indiqué le secrétaire général du ministère de la Culture, est d’arriver à 250.000 en septembre 2019.  

« L’Etat du Sénégal poursuivra ses efforts en termes d’acquisition d’ouvrages produits par nos maisons d’éditions », a dit Birane Niang. Selon lui, cette dotation va contribuer au renforcement du fonds documentaire de ces bibliothèques ainsi qu’à l’amélioration de leurs  services. 

Cette cérémonie de remise d’ouvrages s’est tenue dans le cadre de la Journée du ministère de la Culture à la 16ème édition de la Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar.

I. BA et A. A. MBAYE

La capitale arménienne, Erevan, accueillera en 2018, les 47èmes assises de l’Upf. L’annonce a été faite samedi lors de la clôture des 46èmes assises de l’Upf à Conakry. Ces rencontres se dérouleront parallèlement au sommet de la Francophonie qui aura lieu dans ce pays d’Europe orientale. Zara Nazarian, présidente de la section Upf de l’Arménie, pense que ces assises seront une occasion pour beaucoup de journalistes de connaître son pays. Elle se dit sûre que les participants vont découvrir une autre Arménie, chaleureuse, accueillante. Selon elle, le thème portera sur les migrations, un sujet d’actualité à son avis dans plusieurs pays. « Ces assises seront l’occasion pour beaucoup d’entre vous de découvrir ce pays d’Europe orientale. Et nous n’avons aucun doute que les débats seront passionnants », a-t-elle dit. Elle invite tous, à réfléchir, à contribuer et à faire des propositions pour enrichir ce thème durant les prochaines assises.

Formation des journalistes Partenariat entre l’Upf et Amf
Lors des assises d’Antsirabe (centrées sur l’économie des médias dans les pays en développement) tout comme le symposium de Marrakech (axé sur les enjeux environnementaux du continent africain), les besoins de formations ont été mis en exergue. Il en est de même lors des 46èmes assises qui viennent de s’achever à Conakry. C’est ainsi que l’Upf a décidé de répondre à cette attente.  « L’Upf dont l’objectif majeur est l’épanouissement des journalistes et des médias pour la démocratie dans un contexte de liberté, se doit de répondre à cette attente », lit-on dans un document remis à la presse lors des assises de Conakry. C’est dans ce contexte que l’Upf a noué un partenariat avec Actions médias francophones, une ong de transfert de compétence et de professionnalisation du secteur des médias. Selon le document, ce partenariat se traduira en deux étapes. Il s’agit d’un accord-cadre signé en septembre dernier qui fait d’Actions médias francophones le partenaire privilégié de l’Upf pour toutes les questions de formation (…). L’autre étape fait état d’un document d’information pratique qui donnera aux sections Upf le mode opératoire pour contacter les responsables de programmes, imaginer et organiser l’audit des besoins, mettre en œuvre la recherche de financement.
 
De nos envoyés spéciaux à Conakry : Daouda MANE et Aliou KANDE

Elles n’ont pas certes le même âge, mais elles ont la même passion pour le livre et le savoir. Antoinette Corréa et Arame Fall sont deux figures emblématiques de la vie culturelle sénégalaise. Si l’un a fait ses preuves dans le domaine de l’édition et de la promotion du livre auprès de la jeunesse, l’autre s’est engagée pendant des décennies pour la valorisation des langues nationales. Animées d’une ouverture d’esprit certaine et d’une générosité intellectuelle enviable, elles ont participé à la construction d’un modèle d’homme imbu des valeurs de citoyenneté, gage de tout progrès humain.  

Le ministère de la Culture, en rendant hommage à ces deux grandes dames de la Nation, dans la cadre de la 16ème édition de la Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar (Fildak), a vu juste. Car, il a décidé, à travers cette célébration, de porter en exemple à la jeunesse et à la postérité, deux femmes modèles au parcours particulièrement remarquable. Pour le professeur Mbaye Thiam, ancien directeur de l’Ecole bibliothécaires, archivistes et documentalistes (Ebad) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), Antoinette Corréa a passé 37 ans dans cet établissement pour se mettre au service de la diffusion du savoir. Elle a beaucoup fait pour rendre le livre à la portée des communautés, particulièrement celles qui sont pauvres.

Archiviste et historienne pétrie de qualité, elle s’est illustrée par la publication de livres en langue nationale orientés vers la jeunesse. Aussi, « elle a consacré la moitié de sa vie à la formation et à  l’apprentissage, en partageant son savoir avec plusieurs générations d’étudiants ». D’après Pr Thiam, elle était une « excellente enseignante et professionnelle engagée, qui a sacrifié une carrière universitaire pour sa famille ». Née à Dakar, Antoinette Corréa est à l’origine de la maison d’édition  Bibliothèque, lecture et développement (Bld). Celle-ci a permis d’arriver à une action déterminante à la faveur de la réussite scolaire et sociale des enfants des populations démunies.

Langues nationales
De son côté, Arame Fall est reconnue pour son amour vis-à-vis de son pays et des langues nationales. Influencée par le Professeur Cheikh Anta Diop, rappelle la linguiste Ndèye Codou Fall, qui a fait sa présentation, elle a su garder l’étape de l’excellence et de la foi dans la vie. Diplômée de l’Université de Dakar en études linguistiques, elle s’est très tôt illustrée par un dictionnaire « Wolof-Français ».  

Arame Fall est à l’origine de plusieurs publications en wolof. Elle s’est faite également remarquée par la vulgarisation d’ouvrages en santé ainsi qu’un projet « révolutionnaire » d’écrits dont la finalité est de connecter les intellectuels avec le reste de la population. D’après le secrétaire général du ministère de la Culture, qui a présidé cette cérémonie d’hommage, il s’agit de deux grandes dames au parcours « exceptionnel » qui ont œuvré pour le rayonnement culturel de notre pays. Birane Niang a salué ces « deux pionnières » de « notre » culture. « Madame Arame Fall, linguistique de renommée internationale, a fait aimer nos langues nationales.

Quant à Madame Antoinette Fall Corréa, professeur émérite, experte en sciences de l’information et de la documentation, elle est réputée pour le service rendu à la formation dans notre pays et sur le continent africain », a-t-il indiqué, se félicitant du fait que les deux récipiendaires ont hissé le rayonnement culturel du Sénégal au rang le plus élevé. Selon lui, elles ont en commun une « grande humilité, un engagement viscéral au service d’une même cause : le livre ».


Par Ibrahima BA et Alassane Aliou MBAYE

 

Dans le cadre de cette 16ème édition de la Fildak, l’Association sénégalaise des éditeurs (Ase) a organisé une conférence sur le thème « Pour une entreprise d’édition performante » animée par le consultant en manuels scolaires Issakha Guèye. Il a beaucoup été question de l’accès de l’édition nationale au marché des manuels scolaires.

L’écrivain Marouba Fall l’a dit dans une salle remplie d’éditeurs et d’hommes de lettres : « Le livre est un produit commercial ». Il se pose alors la question de sa rentabilité dans un pays où l’achat du livre n’est pas un réflexe populaire et où les infrastructures de lecture font défaut. Les acteurs du secteur, plus particulièrement les membres de l’Association sénégalaise des éditeurs, en sont conscients. Les enjeux autour de cette problématique exigent d’eux une approche nouvelle prenant en compte les contextes technologique, politique et économique. Pour la mise en place d’une édition nationale forte, il faut au préalable écarter certains obstacles auxquels fait référence le Consultant en manuels scolaires, Issakha Guèye : taux d’analphabétisme, faible pouvoir d’achat. Aussi, l’accès des éditeurs au marché des ouvrages scolaires échoue contre certains écueils. Ils sont liés à la concurrence internationale, à l’environnement juridique, fiscal et commercial de l’édition.

Il convient, selon lui, en raison de l’importance du marché des ouvrages scolaires en matière d’investissement (2 milliards de FCfa consacrés à leur achat dans le Budget consolidé d’investissement), de prendre des initiatives officielles allant dans le sens de pousser l’autorité politique à la décision dans un esprit de collaboration. « Pour une entreprise d’édition performante, il faut que le sous-secteur coopère avec le décideur politique. Il lui revient également de rassembler tous les éléments de persuasion pour amener l’autorité à prendre les mesures nécessaires », souligne-t-il non sans insister sur le besoin impérieux de faire en sorte que le patrimoine éditorial national n’échappe pas aux nationaux. Car, estime-t-il, il faut une dose de nationalisme lucide pour développer l’édition sénégalaise. Aux yeux d’Issakha Guèye, l’Etat doit créer les conditions d’accès des éditeurs aux marchés, un Fonds de bibliothèque nationale qui favoriserait également la promotion des auteurs, et réhabiliter la lecture en milieu scolaire.  Il y a aussi nécessité de réfléchir sur le statut de l’éditeur et de proposer un programme national durable qui prendrait en compte les difficultés et les niches à exploiter. Le projet de baccalauréat unique de l’Union économique et monétaire ouest africaine constitue, dans ce sens, une opportunité d’élargir le marché. Faudrait-il juste anticiper et se prémunir contre les stratégies de contournement. La coopération canadienne donne également de nouvelles possibilités aux éditeurs.

Consolidation des acquis
« Il faut, dans la stratégie de pérennisation de l’action canadienne, faire des propositions de bonne facture. Il est tout aussi important de travailler sur un document stratégique à soumettre à l’autorité politique et, pour les éditeurs, d’aller en groupe sur certains marchés », suggère-t-il.

Le directeur des éditions L’Harmattan Sénégal, Abdoulaye Diallo, modérateur de la rencontre, s’est servi de l’exemple algérien pour dessiner la forme d’une industrie éditoriale performante. L’Etat y a donné aux imprimeurs les moyens de leur politique pour créer une certaine attractivité autour de l’édition et du livre dont le prix maximal tourne autour de 3 000 FCfa. Mais, il semble important pour Seydou Nourou Ndiaye, directeur général des Editions Papyrus Afrique, d’œuvrer d’abord à la consolidation des acquis, à la souveraineté éditoriale et d’éviter la concentration.

La présidente de l’Association sénégalaise des éditeurs, Aminata Sy, a, quant à elle, insisté sur la volonté politique que doit afficher l’Etat pour les accompagner dans leur objectif de mise en place d’une édition nationale forte. Elle a déploré la contrefaçon qui pousserait certains délinquants à aller photocopier des livres jusqu’en Inde.
En marge de cette rencontre d’échanges, deux illustres anciens présidents de l’Ase ont été distingués pour leur œuvre utile et leur engagement constant pour la mise en place d’une industrie de l’édition. Il s’agit de M. Madieyna Ndiaye et d’Antoinette Fall Corréa.

La Côte d’Ivoire citée en exemple
Dans le domaine de l’édition, la Côte d’Ivoire a connu des avancées significatives. C’est pourquoi, les intervenants ont beaucoup insisté sur les partages d’expériences. Le prix Alioune Diop pour la promotion de l’édition décerné, dans le cadre de cette Fildak, à la maison d’édition ivoirienne, Nei-Ceda, en témoigne suffisamment. Marie-Agathe Amoikon Fauquembergue, présidente directrice générale des Editions Eburnie, attribue cette réussite en partie à l’accès au marché scolaire. « Nous avons accès au marché du livre scolaire et nous commençons à nous investir dans celui-là secondaire. Les bénéfices générés par la vente des ouvrages scolaires nous permettent de financer la littérature générale et celle-là infantile. Car, nous faisons 85% de chiffre d’affaires sur le scolaire ». En Côte d’Ivoire, l’Etat donne juste un appui institutionnel et un accès au marché du livre scolaire par le biais des appels d’offre ; des efforts qui ont sans doute permis aux Editions Eburnie de réaliser un chiffre d’affaires de 2,7 milliards de FCfa.

I. BA et A. A. MBAYE

La cérémonie de remise des Prix Alioune Diop pour la promotion de l’édition et du prix Aminata Sow Fall pour la créativité, organisée dans le cadre de la 16ème édition de la Fildak, s’est tenue, jeudi dernier.

Le premier prix Alioune Diop a été attribué aux Nouvelles éditions ivoiriennes (Nei-Ceda). Il est doté de 2,5 millions de FCfa grâce à l’appui de l’Organisation internationale de la Francophonie et du ministère de la Culture du Sénégal. La seconde distinction (un million de FCfa) est revenue à la maison d’édition sénégalaise Abis éditions. Toutes les deux structures ont été primées pour leur œuvre utile, pour leur contribution considérable à la promotion du livre.

Ndeye Fatou Fall Dieng, grâce à son roman « Ces moment-là », a remporté le prix Aminata Sow Fall pour la créativité. Il y avait 52 manuscrits en compétition. Le sien est de 168 pages. Le jury était composé de la conservatrice du musée Léopold Sédar Senghor, Mariama Ndoye Mbengue, de l’administrateur du Monument de la Renaissance, Abdoulaye Racine Senghor, des Pr Alioune Badara Diané et Baytir Kâ. Ils se sont fondés sur ces critères suivants pour lui décerner ce prix dont la valeur pécuniaire est d’un million de FCfa : le respect de l’esthétique du genre choisi, la maîtrise de la langue et l’originalité du sujet développé dans le manuscrit.

L’objectif est de développer la créativité littéraire chez les jeunes, de les pousser à l’écriture. La cérémonie s’est tenue en présence de la marraine, l’écrivain Aminata Sow Fall, et du secrétaire général du ministère de la Culture, Birane Niang qui a appelé les écrivains et les éditeurs à s’impliquer davantage dans cette noble mission. Le ministère de la Culture, à travers la Direction du livre et de la lecture, s’est engagé à éditer le manuscrit.

Par Ibrahima BA et Alassane Aliou MBAYE

Au deuxième jour du colloque international « Livre, jeunesse, économie : défis du développement » de la 16ème édition de la Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar (Fildak), la place du livre dans l’instauration de la paix et le danger de la non-lecture chez les jeunes ont été largement passés au peigne fin, hier, au Centre international de commerce extérieur du Sénégal (Cices).

Elément essentiel dans l’accomplissement humain, le livre, en tant que moyen d’éducation et instrument de socialisation, joue un rôle capital dans la prévention des conflits. Aujourd’hui, face à la montée en puissance de l’extrémisme violent dans le monde, il s’offre comme un puissant antidote grâce aux valeurs qu’il véhicule. Dans le passé, les éducations, (religieuse et scolaire), tirées la plupart du temps des ouvrages, « ont joué un rôle important dans le développement et l’organisation des sociétés traditionnelles ».

Pour l’enseignant à l’Université Gaston Berger, Demba Thilel Diallo, qui a abordé le thème : « Les effets nocifs de la non-lecture sur la jeunesse et sur l’avenir de nos sociétés », si, jusqu’ici, l’Humanité n’avait pas effleuré le paroxysme de la déchéance, c’est parce qu’elle s’était agrippée fermement à l’enseignement-éducation, en plaçant le livre au cœur des interactions pédagogiques. Selon lui, c’est cela qui leur a permis d’éloigner de leurs espaces les démons qui menacent, aujourd’hui, notre le monde.

« Nous sommes acculés de tous bords par des dangers inimaginables un siècle et demi en arrière. Le monde en cours ressemblerait à un Tgv en pleine allure sans chauffeur : débauche, pseudo-acculturation, assimilation, terrorisme sous couvert du « salut » de la « Jihad »…, voilà, entre autres, les « nouvelles maisons d’édition » de la jeunesse en passe de rédiger l’histoire ou le livre du 21e siècle », a-t-il alerté. L’abandon de la lecture par les jeunes est donc devenu une question centrale ; une préoccupation gagnant, chaque jour, du terrain dans les institutions. Ce qui, aux yeux du conférencier, n’est pas sans conséquence.

« Dans le passé, par le biais des lectures, les anciens ont pu vivre, en quelque sorte, en adéquation avec leur milieu. De nos jours par contre, les jeunes semblent étrangers à leur propre espace (culturel notamment) et sont à deux doigts de sombrer dans une impasse », souligne Demba Thilel Diallo. Une situation qui, de son point de vue, a été causée d’abord par la naissance de nouveaux médias au 20e siècle, particulièrement la télévision. Ensuite, le désintéressement à la lecture chez les jeunes, qui ne cesse de grandir, a été accentué par d’autres facteurs, à l’aube du 21e siècle. Il s’agit notamment de l’avènement des technologies de l’information et de la communication. Entre un vide culturel, un accroissement de la médiocrité, l’ignorance et la violence, la non-lecture représente un danger pour la jeunesse. C’est aussi, d’après D.T.D, « des toxines en germes pour les Etats et l’avenir du monde ». Pour y remédier, il propose une bonne communication, des politiques internationales, nationales et locales pouvant aider « à esquiver le coup à court terme et porter leur fruit à moyen ou long terme ».

Par Ibrahima BA et Alassane Aliou MBAYE

En plus de constituer un marché, la Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar (Fildak) permet, depuis des années, à des acteurs du livre de trouver un cadre d’échanges sur la vie du livre. C’est aussi une occasion pour des maisons d’éditions de promouvoir leurs produits et des pays de mettre en lumière leurs pratiques littéraires et culturelles.

Une flopée d’élèves accompagnée de leur maître d’école lambine entre les stands. Les mômes donnent de la vie à cet espace empli de leur joie et « étouffent » la sonorisation grinçante. L’affluence n’est pas encore celle des grands jours en cette matinée clémente. Ceux que la passion du livre et de la lecture y a menés conversent tranquillement avec les exposants. Ibou Sonko est l’un de ces derniers. Il est le responsable de la bibliothèque du centre culturel de l’ambassade de l’Iran. Depuis quelques années, il participe à la Foire internationale du livre de Dakar avec des fortunes diverses. « Une anthologie de la poésie persane » voisine avec le dernier message de l’imam Khomeiny.

D’autres ouvrages, des écritures coraniques et sur la culture de ce peuple de science forment un amovible décor qui fait l’éloge d’une littérature, d’une idéologie…Cet « univers » livresque exalte des choix et expose une « idée » plus qu’un élément matériel. « Cette foire nous donne l’occasion d’écouler nos produits mais surtout de mettre en lumière certaines œuvres majeures d’auteurs iraniens et la culture dont ils sont les dépositaires même s’il faut déplorer la petite affluence. En trois jours, je n’ai vendu que 8 ouvrages », confie Ibou Sonko, emmitouflé dans un majestueux boubou.

La Fildak est une opportunité pour des pays de mettre en évidence leurs pratiques littéraires, à des éditeurs et des écrivains d’étendre leur sphère d’influence et de donner plus de vie à leurs œuvres. Le ministère des Affaires culturelles de la Tunisie semble avoir bien saisi la portée de cette foire. Leila Selmi de la direction de la médiathèque d’Ariana tient ce stand-exposition destiné à faire la promotion de l’édition tunisienne. C’est également pour ce pays un cadre d’échanges sur les pratiques dans ce domaine d’importance considérable dans la vie du livre. « C’est un moment de partage d’expériences. En Tunisie, le livre est subventionné. L’Etat contribue à l’impression. Le ministère des Affaires culturelles achète des ouvrages et les distribue aux 470 bibliothèques publiques. C’est l’orientation politique de nos autorités très sensibles à la situation de l’édition. C’est pour cette raison que nous aimons participer à ces rencontres pour promouvoir nos pratiques et en découvrir d’autres », souligne-t-elle au milieu d’un monceau d’ouvrages d’intérêts divers.

La maison d’édition « Les classiques ivoiriennes » marque sa présence à cette foire par la diversité de ses propositions avec des romans, des livres destinés à la jeunesse… Pour Mme Ndongue, qui la représente, l’aspect pécuniaire, bien que non négligeable, n’est pas plus important que les échanges que la foire permet avec les acteurs du livre sur la diffusion, l’édition… « J’ai rencontré, par exemples, des enseignants intéressés par des livres écrits en arabes et une conteuse sénégalaise dont le travail nous intéresse. Au-delà du marché, c’est une plateforme d’échanges même si nous aurions aimé qu’il y ait plus de monde », renseigne-t-elle tout en espérant que son vœu sera exaucé ce week-end.

A une encablure d’elle, deux femmes tiennent le stand de la maison d’édition « Dar Al Maarifah » basée en France et représentée au Sénégal par Salb Albouraq. Trois imposants livres du Coran accueillent les visiteurs. D’autres ouvrages « plastronnent » sur les étagères. Les exposantes en profitent pour distribuer des prospectus avec les objectifs et les services de cette maison d’édition musulmane francophone bien mis en exergue. La foire, c’est aussi un moyen d’attirer le futur client.

Par Ibrahima BA et Alassane Aliou MBAYE

« … Et maintenant, passons à la rubrique nécrologique, (jingle religieux), Mme Awa Dia Sow, épouse du défunt, M. Amadou Sow, Père du défunt, Mme Coumba Ly Sow, Mère du défunt, M. Doudou Sow et son épouse, frère du défunt, Mme Khady Sow Wane et son époux sœur du défunt, M. Ahmed Baba Sow et son épouse, frère du défunt, Mme Couro Sow Ly et son époux sœur du défunt, les familles Sow, Dia, Wane, Ly ont la profonde douleur de vous faire part du décès de leur mari, fils, frère, beau-frère M. Demba Sow, survenu hier à Dakar, l’enterrement a eu lieu dans la journée, les condoléances sont reçues à la demeure familiale au xxx, liberté 6. La famille informe qu’il n’y aura ni Cérémonie du 3ème jour ni cérémonie du 8eme jour, …».

Voilà comment j’ai appris la mort de Demba, de manière banale à la radio, un matin sur le chemin de l’école avec les enfants. 5 ans de vie commune, 15 ans de compagnonnage, enterrés par un faire-part de décès, appris complètement par hasard. Fatiguée des chamailleries entre les enfants à propos de la chanson à écouter, j’avais décidé de mettre la radio, d’habitude, je ne l’écoute jamais. Personne n’a pensé à m’en informer, faut dire que leur ressentiment est profond. Jamais ils n’ont voulu de cette union. De moi, la griotte avec leur fils descendant de Torodo, jamais ils n’en n’ont voulu, ils l’ont marié à une de ses cousines. Nous avons dû nous résoudre à nous marier en cachette sans l’aval de ses parents et dans la plus grande discrétion. Il n’était plus question pour nous de vivre dans le pêché. Il ne pouvait pas non plus l’assumer devant sa famille au vu et au su de tous. Ils l’auraient renié et cela jamais il ne s’y est résolu, il était l’ainé, le fils, le successeur, celui qui devait montrer le bon chemin, le légataire de la tradition. J’étais son seytané, comme ils me nommaient au début, celle dont il n’aurait jamais dû tomber amoureux, celle qui a mis à l’eau, la vie qui lui avait été tracée depuis la naissance. Combien de fois nous sommes nous séparées, moi, affirmant que je ne voulais pas de quelqu’un dont la famille se croyait mieux que la mienne. Lui me disant que jamais cela ne sera possible entre nous. J’ai rencontré d’autres hommes et lui d’autres femmes mais inexorablement nous nous retrouvions, quand nous ne trouvions pas ce que nous cherchions chez ces autres, sachant que tout ce que nous voulions était chez celui que nous avions quitté. Je viens d’une famille ouverte, chez laquelle les castes n’ont jamais été un problème.

La question ne s’étant jamais posée, je n’avais pas besoin de me battre contre les mêmes démons que les siens, je n’avais pas la pression sociale de trouver quelqu’un de mon rang ou de ma catégorie socio-professionnelle traditionnelle. Cela n’intéressait personne chez moi. La seule obligation que nous mettait mon père était qu’il soit de la même religion que nous. Vous imaginez mon désarroi quand rencontrant l’amour pour la première fois, celui avec qui je veux passer ma vie, que je reçoive une fin de non-recevoir sous prétexte que je suis issue d’une famille de griot. Mon rang venait de m’être jeté à la figure du jour au lendemain anéantissant tous les efforts de mes parents pour gommer ce type de clivage de notre vie de tous les jours. J’étais devenue celle qui ne méritait pas de partager la vie d’un si noble descendant. J’étais d’une caste inférieure. Je suis submergée par les souvenirs et la douleur… Nous nous sommes mariés un mardi matin, fait totalement inhabituel dans notre société, avec la seule présence d’un de ses oncles lointains et de son cousin, sous l’œil désapprobateur de ma famille. Ils n’étaient pas d’accord, ne comprenant pas comment je pouvais choisir cette vie. La vie d’une maitresse, religieusement reconnue. Il se mariait en grande pompe à la fin de cette même semaine avec celle que sa famille avait choisi pour lui, avec son consentement. Notre vie durant les cinq années qui ont suivi s’est résumée à des rencontres éphémères, des passages en coup de vent et des dates de retour de mission décalées d’un jour ou deux. Nous profitions de chacun des instants qui nous étaient offerts et je m’étais faite à cette vie, celle que j’avais choisie par amour, pour lui. Petit à petit, mes proches se sont éloignés de moi, ma famille qui me regardait de travers et mes amies qui ne me comprenaient pas. J’en ai entendu des vertes et des pas mûres sur mon choix. J’ai tenu bon… J’ai réussi à déposer les enfants à l’école sans casse. Ils ont dû sentir quelque chose ils sont devenus anormalement calmes. Je me suis effondrée dès qu’ils ont eu le dos tourné. J’ai pleuré pour ma perte, j’ai pleuré pour mon amour perdu, j’ai pleuré pour mes enfants, j’ai pleuré pour n’avoir pas été à ses côtés, j’ai pleuré de n’avoir pas pu le voir une dernière fois, j’ai pleuré de peine et de rage. Je ne sais pas de quoi il est mort, je ne sais pas comment il est mort, je n’étais pas là, il est parti à jamais pendant qu’il était loin de moi. (…)

A suivre

Auteur, Zoubida Bengeloune Fall

La Galerie nationale d’art, à Dakar, accueille, depuis vendredi 17 novembre, la troisième exposition du collectif des photographes « Sunu Nataal ». Titrée « Sunu Expo 3, Sénégal en images », cette exposition numérique et analogique fait découvrir, jusqu’au 2 décembre, des paysages et portraits du Sénégal.

Après avoir parcouru Dakar et quelques régions du Sénégal, le collectif des photographes « Sunu Nataal » a voulu innover pour son troisième exposition en restituant, dans une exposition numérique multimédia interactive, toutes les photos prises depuis leur première édition. « Titré Sunu Expo 3, Sénégal en images », l’exposition est ouverte depuis vendredi 17 novembre à la Galerie nationale d’art, à Dakar, et ce jusqu’au 2 décembre. Les visiteurs pourront y redécouvrir le Sénégal à travers 200 photographies en haute définition prises par des professionnels et amateurs sur l’ensemble du territoire. A cela s’ajoute une vingtaine de photographies captivantes et expressives portant sur des scènes de paysages et portraits sénégalais de 14 artistes visibles aussi sur les cimes de la Galerie nationale des arts.

Selon le coordinateur du collectif des photographes « Sunu Nataal », Demba Joob, cette année, ils ont voulu élargir leurs « champs de vision » en parcourant l’ensemble du territoire sénégalais pour pouvoir réaliser cette troisième exposition. A l’en croire, l’innovation de cette année demeure l’exposition qui est numérique, multimédia, interactive et à haute définition.

« Nous l’avons réalisée pour avoir une base de données d’images au Sénégal ; puisque les supports numériques en constituent la base », indique-t-il. Précisant qu’ils ont également tenu à faire en parallèle une exposition analogique en imprimant des images et en les cadrant sous forme de tableaux. Une vingtaine de ces images (paysages du Sine, du Saloum, du nord et du sud du pays) capturées par 14 artistes étaient visibles sur les cimes de la Galerie nationale des arts.

« Nous avons voulu montrer des images spéciales, très expressives telles que la bateau Bou El Mogdad qui, historiquement, représente quelque chose, la Mosquée de Touba, des paysages prises dans le sud du pays, à Elinkine. A Dakar, c’est la Corniche que nous avons capturées dans plusieurs côtés et le monument de la Renaissance africaine pris avec une ombre chinoise, etc. », fait savoir le coordinateur de « Sunu Nataal ».

Maguette Guèye DIEDHIOU

Mélodistes hors pairs, Amadou & Mariam, le célèbre couple de chanteurs aveugles maliens, sont des perfectionnistes en matière de son : après Manu Chao ou Damon Albarn, ils ont confié l’habillage de leurs nouvelles chansons à un jeune producteur amoureux des synthés vintage.

Fou des synthés analogiques, Adrien Durand a truffé leur dernier album, « La Confusion », de ces sonorités vintage revenues totalement à la mode depuis quelques années. Son travail replonge l’auditeur dans la fin des années 1970 et la première moitié des années 1980, celles de l’apogée du disco, de la new wave et du funk.

« Je travaille un peu comme un peintre, par couches successives », détaille Adrien Durand, qui a découvert la musique noire africaine via les productions d’Ibrahima Sylla et Wally Badarou, producteurs de génie et défricheurs de talents.

La profusion de sons ne noie pas le propos d’Amadou & Mariam, mais au contraire le transcende. Le cocktail entre l’enracinement dans la tradition et l’ouverture sur la modernité, les chants de la culture bambara, le groove afro-funk et l’électro, est bien dosé.

Une réussite qui doit aussi beaucoup à la personnalité des deux Maliens, dit Adrien Durand : « Je me suis vite rendu compte que quand tu travailles avec de tels artistes, il n’y a pas de peur à avoir parce que leur répertoire et leurs chansons sont tellement fortes que quoi que tu fasses, ça reste du Amadou & Mariam. »

AFP

L’ambassadeur du Japon au Sénégal, Shigeru Omori, a rendu hommage, hier, à l’artiste musicien Youssou Ndour après sa consécration au Japon avec le Prix « Praemium imperiale » au mois d’octobre dernier.

Son Altesse impérial le prince Hitachi, frère cadet de l’empereur du Japon, avait remis, le 18 octobre dernier, à l’artiste musicien sénégalais Youssou Ndour le « Praemium imperiale », le prix le plus prestigieux au Pays du soleil couchant dans le domaine des arts. Après cette consécration, l’ambassadeur du japon au Sénégal, Shigeru Omori, a tenu à honorer le chanteur sénégalais en lui offrant, hier, dans sa résidence, une réception.

Selon M. Omori, il a reçu Youssou Ndour pour célébrer, de manière conviviale, sa consécration au « Praemium imperiale », remis, en octobre, par son Altesse impériale le prince Hitachi. « Ma joie est donc immense et même bien plus de pouvoir fêter avec vous la reconnaissance, par mon pays, de cette légende vivante de la musique sénégalaise », a-t-il dit.

Pour son Excellence Shigeru Omori, c’est aussi l’occasion de fêter l’amitié entre le Sénégal et le Japon et les deux peuples que Youssou Ndour symbolise. « Il a, à plusieurs reprises, visité le Japon, collaboré avec des musiciens japonais et fait vibrer le cœur de mes concitoyens au rythme si particulier de son mbalax et au son unique de sa voix », a-t-il confié à l’assistance.

Très touché par cet hommage et honneur qui lui est rendu, l’artiste Youssou Ndour, accompagné de ses collaborateurs et de quelques membres de sa famille, a remercié l’ambassadeur du Japon pour cette réception qu’il a bien voulu offrir en son honneur, mais aussi pour tout l’effort et la mobilisation consentis pour lui permettre d’aller recevoir ce prix au Japon au mois d’octobre.

« Cette consécration ne fera que nous encourager davantage sur ce que nous faisons », a-t-il indiqué. Et d’ajouter : « Je mesure l’importance de ce prix porté par le prince Hitachi qui démontre, un fois de plus, que la musique sénégalaise, et africaine de manière générale, a toujours contribué et continue de contribuer à l’essor de la musique mondiale ».

Le « Praemium imperiale » est attribué depuis 1989 et récompense, chaque année, des artistes œuvrant dans les domaines de la peinture, de la sculpture, de l’architecture, de la musique, du théâtre et du cinéma.

Maguette Guèye DIEDHIOU

Il a plusieurs cordes à son arc. Jeune chanteur, Khadim Thiello est aussi peintre décorateur. Dans cet entretien, l’artiste natif de Mbacké, qui a brièvement fréquenté l’Ecole nationale des arts à Dakar, revient sur ses débuts prometteurs et projets immédiats dans la musique. Après une dizaine de singles proposés aux mélomanes, il promet bientôt son premier album.

Qui est Khadim Thiello ?
Je suis un jeune né à Mbacké en octobre 1986 et qui a grandi à Ndande Fall. J’ai fait l’Ecole des arts, particulièrement le Département des Arts plastiques. Avec l’influence des proches, j’ai commencé à faire de la musique en 2014. J’habite entre les quartiers Gawane à Mbacké et Liberté de Tambacounda. J’aime la nature orientale qui m’aide dans la réalisation de mes vidéos.

A part l’influence des proches, quel a été le déclic qui vous a poussé à faire de la musique ?
Ce qui m’a le plus poussé à faire la musique vient du fait qu’un chanteur peut délivrer des messages au public. Il est plus facile d’atteindre les cibles grâce à l’art musical.

Y avait-il de la réticence des parents à vos débuts ?
Il y avait une réticence farouche de ma mère seulement, car mon père n’était plus de ce monde. Que Dieu ait pitié de son âme. C’est maintenant qu’elle a commencé à aimer ce que je fais en priant pour moi. Je l’ai convaincue par mon comportement correct dans ce que je fais. Elle a vu que les gens de notre ville me rendent visite comme le maire de Mbacké, Abdou Mbacké Ndao. Alors ma mère s’est vite rendue à l’évidence. Ma musique touche toutes les couches de la société. Je veux qu’elle soit universelle.

Vous faites du rap à côté d’instruments typiquement africains. Pourquoi ce choix ?
C’est la nouveauté qu’on appelle « Wolof beat ». C’est le groupe « Maabo » qui a innové dans ce sens ; il s’est fait grâce au «Journal rappé».

Vous êtes de la ville de Mbacké. Quelle est la part de l’esprit « Baye Fall » dans votre musique ?
Tout est « Baye Fall » chez moi. J’avais fait des dreadlocks et dans mes chansons, je rends hommage à Mame Cheikh Ibrahima Fall avec des « Zikr ».

Une de vos chansons « Kou gueuneu dé » est de la World music. Est-ce pour être dans le tempo du moment ?
Merci d’avoir fait cette remarque. Vous savez, les Nigérians nous ont devancés dans le domaine de la musique. Je peux citer P Square, entre autres. Ils sont certes les derniers à montrer leur talent, mais aujourd’hui, leur musique occupe le devant de la scène de par les sonorités africaines. Dans le tube « Kou gueuneu dé », l’instrument sert à danser et je veux aussi que les jeunes dansent en écoutant mes messages. « Kou gueuneu dé » est un concept.

Comment vous parvenez à allier musique et peinture ?
C’est la même chose : il n’y a pas de fossé entre la musique et l’art plastique. J’ai commencé à titiller ce monde dès ma naissance. Raison pour laquelle des gens sont venus dire à ma mère que ton fils devrait fréquenter l’Ecole nationale des Arts. C’est en 2000 que j’y suis allé par concours. Mais, une grande sœur à moi, nommée Fatou Kiné Diakhaté, m’a sorti de là-bas pour que je devienne gérant dans l’entreprise de décoration qu’elle a montée. Nombreux sont les ponts, échangeurs que nous avons décorés à Dakar. C’est nous qui avons monté les canaris que vous voyez sur la Place du Souvenir sur la corniche, mais aussi à Hôtel Océan. Ce sont mes designs.

Vous en êtes à combien de singles ? Quand votre album devrait-il être disponible ?
J’ai, pour le moment, 13 singles («Baye Fall», «Yaye», «Noon», «Sama Yoon», «Mbacké Baol», «Fall», «Samay Moroom», «Vih-Véritable image du hip-hop»…) couronnés par un album enregistré avec mon label « Reuk Seuss record » entre Tambacounda et Mbacké. Mais, il n’est pas encore disponible sur le marché. A l’époque, je n’étais pas encore dans le « Wolof beat ». J’étais en train de chercher mon chemin. Aujourd’hui, je travaille avec le Pnud depuis six mois, dans la lutte contre l’émigration clandestine. Il ne reste que la date de sortie de mon album qui sera disponible sur clé Usb et non sur Cd. Mon album pourrait porter le titre de « Ndakh leer na » (Est-ce que le temps est beau ?)

On note une certaine richesse dans vos textes. Peut-on savoir votre niveau d’études ?
J’ai arrêté mes cours après l’examen du Bfem. Mais, cette richesse dont vous parlez découle des recherches que je fais. J’aide des élèves de Terminale en philosophie. Je suis autodidacte grâce à Encarta qui est une encyclopédie numérique créée par Microsoft. Je le réitère : mes projets les plus imminents restent mon album, mes concerts.

Propos recueillis par Serigne Mansour Sy CISSE

Avec un taux d’analphabétisme le plus élevé au monde (près des deux tiers des 781 millions d’analphabètes du monde), l’Afrique souffre d’un véritable problème d’accès aux savoirs manuscrits, en l’occurrence les livres. Certains pays comme le Cameroun souffrent d’une insuffisance de maisons d’édition. Ce qui, par la même occasion, crée une équation par rapport à l’accès aux ouvrages.

Pour l’enseignant à l’Université de Yaoundé, Amos Kamsu Souoptetcha, qui a abordé la thématique : « Régler la question de l’accessibilité aux livres par la jeunesse camerounaise pour enjeux linguistico-socio-économique », l’accès aux livres impacte la jeunesse de son pays de telle sorte que certains sortent de l’université avec des diplômes sans pour autant être en contact avec des ouvrages scientifiques pertinents. D’ailleurs, une étude de la Banque mondiale, datant de 1997, situait à 30% le nombre de jeunes ayant accès au manuel scolaire au Cameroun. 

Face à cette situation, il a plaidé pour la mise en place d’une politique nationale du livre pour encourager l’accessibilité et la distribution. A l’en croire, c’est la seule façon pour pouvoir travailler à la disponibilité des ouvrages. « Cette politique ne sera pas sans l’indispensable rôle de l’Etat. Il devra, à travers ses différentes institutions, être un maillon fort pour la mise en place de cette politique », a-t-il indiqué. Cette politique résoudra, aux yeux d’Amos Kamsu Souoptetcha, l’ampleur du retard observé dans la culture écrite en Afrique. Pour faciliter l’effectivité de cette politique, il pense que l’Etat devra d’abord créé un environnement fiscal et juridique favorable. Mais aussi d’assurer la formation au métier du livre, créer des facilités d’accès au capital et harmoniser des programmes d’enseignement. 

Ibrahima BA 

Dix ans après sa disparition, la Communauté africaine de culture section sénégalaise (Cacsen) a voulu rendre un hommage mérité au cinéaste et écrivain sénégalais Ousmane Sembene, à travers un colloque international ouvert hier, à Dakar. Les travaux de ce colloque se poursuivent jusqu’au 25 novembre, sur le thême « Littérature, cinéma et presse : lecture du legs pluriel de Sembene Ousmane.  

Pour la commémoration du 10ème anniversaire de la disparition du cinéaste et écrivain sénégalais Sembene Ousmane, un colloque international de trois jours s’est ouvert hier, à Dakar, en présence de plusieurs autorités et personnalités du monde des arts et de la culture. A cette rencontre hommage du cinéaste, des sommités venues également du Burkina Faso, pays invité d’honneur, de Mauritanie, du Maroc, de l’Italie, de la France vont réfléchir, partager sur le legs pluriel de Sembene Ousmane, le film de sa vie et son œuvre.

L’ouverture de ce colloque international a permis de découvrir ses œuvres littéraires et productions cinématographiques à travers une exposition. Une leçon inaugurale a également été prononcée à l’occasion par le Professeur Maguèye Kassé de l’Ucad.

Selon le président de la Communauté africaine de culture (Cacsen),  Alpha Amadou Sy, dix ans après la disparition de Sembene Ousmane, ils ont voulu réfléchir sur les œuvres de ce géant de la littérature et du cinéma. « C’est une œuvre  monumentale et il est nécessaire, 10 ans après sa disparition, de voir quel héritage revendiqué et comment conserver cet héritage ? Pour se faire, il fallait convier au Sénégal des sommités de plusieurs pays qui vont s’exercer durant trois jours et examiner le travail de Sembene Ousmane pour voir quel héritage retenir de son œuvre », dit-il.

La présidente du Comité scientifique du colloque, Andrée Marie  Diagne, indique que de cet événement, ils veulent faire un intense moment de partage, de réminiscences attendrissantes sur les facéties de « l’aîné des anciens ». Ainsi, selon Mme Diagne, ces trois jours seront surtout remplis d’heures de réflexion et de prise de conscience en vue de la relance de la lecture-interprétation et adaptation de l’œuvre de cet illustre compatriote. A l’en croire, le legs de Sembene Ousmane, le film de sa vie et toute son œuvre dont ils veulent faire un viatique pour le 21ème  siècle, par sa dimension, constituent à la vérité une matière  première à explorer, un point d’appui idéal pour renouveler les ressources de la création et poursuivre son combat pour les langues nationales et pour une presse au service de son peuple.

Immortaliser son oeuvre
Témoignant sur Sembene Ousmane, le Marocain Nour Eddine Saïl retient de cet homme de lettres et d’art « un grand cinéaste mais aussi un papa, un confident ». Car, soutient-il, « Sembene Ousmane fait partie des acquis fondamentaux de tous les cinéastes africains qui font du cinéma. Il était insupportable tant qu’il était grognon, sûr de ce qu’il dit et sûr de son africanité. Mais il était d’une tendresse absolue devant toutes les images africaines surtout faites par des cinéastes africains ».

Prenant part à ce colloque, le secrétaire général du ministère sénégalais de la Culture, Birane Niang, a rappelé à l’assistance l’engagement pris le 14 juin, par le président de la République qui avait confié au gouvernement cette tâche d’assurer une bonne conservation de l’ensemble des œuvres d’Ousmane Sembene qui doivent être répertoriées, placées au patrimoine national et présentées au public.

« Cette mission ne relève pas de la responsabilité de l’Etat, la grande famille biologique et professionnelle de Sembene est aussi invitée à s’impliquer pour la réalisation de l’immortalisation de l’homme et de son œuvre », dit Birane Niang. Non sans préciser que ces assises de trois jours qui réunissent d’éminents chercheurs, des universitaires, hommes et femmes de culture permettront de mieux faire connaître l’auteur et proposer aux jeunes générations des modèles ou références.

Maguette Guèye DIEDHIOU

L’avènement rapide des réseaux sociaux a engendré de nouvelles manières de s’informer et de se divertir. Ce changement de paradigme semble, aujourd’hui, être à l’origine du manque d’intérêt que certains nourrissent vis-à-vis du livre. Les lecteurs ont investi d’autres supports grâce à la magie du numérique.   

Comme la presse écrite a survécu à l’arrivée de la radio et de la télévision, le livre aussi ne sera pas mort avec l’avènement du tout numérique. D’ailleurs, ceux qui avaient prédit sa disparition ont tous déchanté. Même s’il y a une crise du livre et du lectorat, le manuscrit imprimé porté par le temps de l’éternité ne sera jamais démodé ou démoli. Il passera les générations et résistera aux vicissitudes de la modernité. Dans sa communication portant sur le « Désamour vis-à-vis du livre : une aubaine pour le Sénégal ? », le directeur du Livre et de la Lecture s’inscrit dans le même ordre d’idées, rappelant que ce genre d’inquiétude remonte au siècle dernier avec l’intellectuel canadien et théoricien de la communication, Herbert Marshall McLuhan. Ce dernier, selon lui, prévoyait la substitution du livre à l’audiovisuel.  Ibrahima Lô, se veut prudent par rapport à l’existence ou non d’une crise de la lecture. Citant des sondages d’Ipsos institut réalisés entre 2011 et 2014, faisant part d’un recul de 5 points sur le nombre de lecteurs en France, il a indiqué que ces démissionnaires n’ont pas été récupérés par le numérique.

M. Lô pense plutôt à l’existence d’une crise de référentiels, voire de valeurs : loisirs et divertissements repensés. Mais également de nouveaux codes et protocoles pour s’informer et se divertir. De son avis, les gens investissent désormais l’Internet pour lire et écrire des messages, tweets, publications sur les réseaux sociaux, mails… Pour le conférencier, il faut admettre qu’on ne lit plus de la même manière ; le support a changé. « Le temps alloué aux loisirs se substitue à celui prévu pour la lecture.

L’avènement de la technologie entraine un important changement de paradigme. Une entorse aux efforts pour redonner au livre son lustre d’antan », a-t-elle souligné. Néanmoins, reconnaît-il, il y a mille et une raison de lire pour s’informer, se documenter, se divertir et s’enrichir. La lecture, soutient le directeur du Livre, véhicule des valeurs de l’effort, de la persévérance, de la découverte. En outre, il est « un moyen de socialisation et d’éducation de finalité humaniste : assimiler sans être assimilé pour mieux s’ouvrir aux autres cultures et civilisations ».

 Par ailleurs, Ibrahima Lô invite à démocratiser le savoir par un accès facile au livre pour tous les citoyens, à appuyer le développement des réseaux de lectures publiques. Aussi, en même temps, il appelle à sensibiliser les jeunes générations à la lecture, à placer le citoyen au cœur des politiques de développement du livre et à promouvoir des auteurs de la nouvelle génération. Abordant la deuxième communication du colloque : « Comment aider les lecteurs faibles ? Propositions d’activités motivantes pour un apprentissage continué », Mohammed Khadri du Maroc a indiqué que contrairement à l’Europe où la familiarité avec le livre se fait très tôt, en Afrique celui-ci jouit  d’une mauvaise représentation. Il est associé à une corvée. A son avis,  le contact avec le livre doit avoir chez le lecteur une touche de plaisir et non une corvée.                                   

I. BA

Le Prix pour la promotion de l’édition au Sénégal  de la 16ème Foire internationale du livre et de la lecture de Dakar (Fildak) a été remporté par  « Bld Edition » de Antoinette Corréa. 

Doté d’un montant d’un million et demi de FCfa, ce prix contribue au renforcement des capacités éditoriales au Sénégal en soutenant les Maisons d’édition par rapport à la qualité technique des ouvrages et l’importance du tirage reconnu. Il promeut aussi une édition sénégalaise apte à s’imposer sur le plan international.  Fondée en 1994, « Bld Edition » regroupe des « professionnels du livre, des sociologues et des pédagogues »  pour  promouvoir la culture et l’éducation en mettant des bibliothèques à la disposition des populations et en facilitant l’accès aux technologies de l’information et de la communication ». 

La lauréate a plaidé pour que les bibliothèques soient garnies avec des livres des maisons d’édition sénégalaises. Elle veut voir des bibliothèques dans les quartiers, écoles et villages pour faire lire les enfants. « Les manuels seulement ne suffisent pas. Il faut que les enfants puissent découvrir, à côté du manuel, quelque chose qui peut leur faire plaisir », a-t-elle souligné. Par rapport à sa consécration, Antoinette Corréa a indiqué qu’il s’agit d’un couronnement d’un parcours « long » et « fastidieux », mais passionnant. « Ce prix va me donner la force de continuer la lutte et à asseoir la maison d’édition », a-t-elle ajouté.

Par Maguette Gueye DIEDHIOU et Ibrahima BA

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