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Arts et Culture (2381)

Intitulée « Les autres langues », l’exposition a vu la participation de 13 artistes coréens, du Group oMo d’Allemagne et de trois artistes africains dont le Sénégalais Hamedine Kane, le Camerounais Max Mbakop et l’Egyptienne Jihan El Tahri. L’exposition se poursuit jusqu’au 2 juin dans le cadre des « Off » de la biennale Dak’Art 2018.

La Corée n’est pas en reste pour cette 13ème édition de la biennale Dak’Art 2018. En effet, une exposition spéciale est dédiée aux artistes coréens, du 07 mai au 02 juin 2018, au Musée Boribana, sis à Yoff. A cette exposition « Off » intitulée « Les autres langues », ont pris part une dizaine d’artistes coréens, trois artistes africains (Hamedine Kane, Max Mbakop, Jihan El Tahri) et allemands (group oMo). Co-organisée par l’Ambassade du Sénégal en Corée et la Korea Foundation, l’exposition a pour but d’injecter un nouvel élan à des échanges à caractère artistique et culturel avec les artistes coréens et de diffuser la culture coréenne sous forme d’exposition d’art contemporain avec le thème : hangeul, écriture des caractères coréens à la fois artistiques et hautement scientifiques.

« Le thème appelle à la compréhension et à l’intérêt pour les autres langues de la part des pays africains dont le Sénégal », a renseigné le directeur artistique Sung Ho Kim. A l’en croire, à travers cette exposition, ils convoquent l’usage pragmatique des « autres langues » de même que la langue coréenne « hangeul » et son usage postcolonial, « de la même manière dont le siècle où nous vivons convoque « L’heure rouge » et « Une nouvelle humanité ». Se référant au thème de l’exposition, les artistes coréens font découvrir de sublimes et merveilleuses œuvres avec une prédominance pour les installations visibles présentement au Musée Boribana jusqu’au 2 juin. C’est le cas de l’artiste coréen Jae ok Lee. A travers l’œuvre présentée, il fait une réinterprétation picturale du style d’écriture du hangeul. Avec Jung Hee Sohn et Tal Lee, on a droit à des installations artistiques représentant consonnes et voyelles du hangeul et narrations légendaires en plus d’une installation des sculptures céramiques. Pour sa part, Tal Lee a présenté un travail d’installation qui fait front à l’idéologie de l’extermination de langues à l’ère de l’impérialisme culturel, exprimé dans un langage de l’art/art cinétique. Toujours dans les installations, l’artiste coréen Bo Seong Kim laisse découvrir au milieu de la cours du Musée Boribana, une structure géante de couleur orange, gonflable en forme de tétrapode inspirée d’un caractère du hangeul siot (ㅅ). Cette installation attire l’attention des visiteurs dès l’entrée du Musée. Les artistes invités de cette exposition spéciale de la Corée n’ont pas été en reste. Ils ont fait preuve de beaucoup de créativité dans la réalisation de leurs œuvres, se rapportant toujours à ce thème de langue.

C’est le cas de l’artiste égyptienne Jihan El Tahri. Elle a présenté un tableau sur lequel figurent deux poignées, de Black power, enchaînés où le dessin est fait en calligraphie arabe. D’après Jihan El Tahri, dans cette œuvre, elle a travaillé avec trois formes d’écriture calligraphique et en dessous du tableau, elle y a inscrit une phrase d’un poète égyptien mort en 1937.

Raffermir les liens
« Cette phrase essaie de dire que si la langue d’un peuple est humiliée, le peuple lui-même est humilié. Le colonialisme a condamné les langues des colonisés à trois condamnations. La première est que leurs langues soient emprisonnées dans sa langue, la deuxième que leur passé soit condamné à être oublié et effacé et que leur avenir restera pour toujours enchaîné dans la vision de colons », a expliqué Jihan El Tahri. Dans le même sillage, le

Camerounais Max Mbakop parle des muselés à travers la représentation d’une série de 09 photos, la dictature psychologique, morale et physique subie au quotidien par les individus. « Les muselés » est une installation photo de 9 portraits de personnes qui s’expriment mais sont bloquées par une main.

Venue visiter l’exposition, la coordinatrice du Programme des volontaires coréens, Su Young Mun, s’est dite ravie de visiter l’exposition. « Je trouve l’exposition intéressante et très attractive.

Elle traduit bien la culture coréenne et est un moyen de raffermir les liens entre les deux pays », a-telle indiqué.

Les commissaires de l’exposition spéciale Corée, Kim Han Byul, et Idrissa Diallo se disent satisfaits du travail réalisé par les artistes.

Maguette Guèye DIEDHIOU

Ils sont inventeurs, figures religieuses, héros, artistes ou sportifs. Ils ont en commun d’être noirs et d’avoir marqué l’histoire de l’humanité par leur génie. Ce sont ces héros méconnus ou ignorés que le professeur Oumar Dioume a voulu sortir de l’anonymat, dans son ouvrage intitulé « Lumières noires de l’humanité », dont il vient de publier une seconde édition.  

« L’Afrique, un continent sans historique » ? Beaucoup a été dit sur cette fameuse citation du philosophe allemand Friedrich Hegel, mais rare sont les chercheurs africains à aller puiser dans les tréfonds du passé pour lui prouver le contraire. Avec érudition et générosité, le professeur Oumar Dioume s’était déjà attelé à cette mission dans la première édition de ses « Lumières noires de l’humanité » (2010), en mettant en lumière la « formidable contribution, de l’Antiquité à nos jours, du rôle fondamental des Noirs dans tous les domaines du savoir ». Après le succès de cette première édition, vite épuisée, et pour répondre à la demande pressante des intellectuels et d’une jeunesse africaine de plus en plus consciente des enjeux de l’histoire et de la mémoire, l’auteur a décidé d’en publier une seconde édition enrichie de nouvelles figures, pour la plupart méconnues, mais qui ont marqué l’histoire de l’humanité, chacun dans son domaine.

Devant un public composé d’anciens « Soixante-huitards », d’universitaires, de gradés de l’armée, tous venus assister à la cérémonie de dédicace, organisée ce 18 mai dans les locaux de L’Harmattan à Dakar, ses amis ont décrit l’auteur comme « un esprit curieux ». Brillant polytechnicien - il est PhD en en mathématiques de l’ingénieur à l’Ecole Polytechnique de Montréal et ingénieur mathématicien à l’Ecole Polytechnique de Lausanne - et docteur de 3e cycle en mathématique et économétrie à l’Université Paris I Sorbonne, le professeur Dioume, au-delà de son domaine de compétence, « s’intéresse à tout ». « C’est un savant », dit Dominique Zidouemba, l’un des préfaciers. Une curiosité qui se reflète dans ce livre.

Ménélik II, l’inventeur du Gsm
Cette seconde édition est enrichie de trois chapitres supplémentaires sur des figures religieuses (Cheikh Oumar Foutiyou Tall, Cheikh Ahmadou Bamba, Almamy Samori Touré) non pas sur l’aspect religieux, mais sur leur génie politique, militaire ou technique. « Si on avait compris le sens des travaux de ces visionnaires on serait aujourd’hui dans le peloton de tête des nations développées », explique l’auteur. A côté, il nous fait (re) découvrir de grands stratèges militaires, comme le roi éthiopien Ménélik II, inventeur avant l’heure du système de communication Gsm, l’éditeur Alioune Diop « bâtisseur inconnu du monde noir », une galerie de scientifiques et des sportifs de haut niveau comme Pelé. Tous sont noirs et mériteraient de figurer au Panthéon de l’histoire.

« L’ouvrage du Dr Oumar Dioume survient à une époque cruciale de notre histoire et mérite, pour plusieurs raisons évidentes, d’être (ré) édité, publié et largement diffusé et surtout d’être vulgarisé auprès du grand public, des élèves et des étudiants, sans oublier les politiques et les Noirs de la diaspora », écrivent les préfaciers Dominique Zidouemba et le Pr Ibrahima Sow (disparu en février dernier).

Dans le sillage des travaux de Cheikh Anta Diop et de Théophile Obenga, Oumar Dioume a voulu, lui aussi, mettre en lumière, dans cet ouvrage, la formidable créativité et l’inventivité des Nègres dans tous les domaines de l’esprit, des sciences, des arts et du sport. Plus qu’une réhabilitation, il veut « restaurer » la vérité historique occultée, voire travestie par le monde occidental et contre le « mensonge du Diable », pour reprendre l’expression du psychanalyste suisse et haïtien Leslie J. Ponce. Car « se voir séparer de son image (comme l’Occident a entrepris de le faire avec l’Afrique), ou de ce qu’on croit être telle, c’est cela le diabolique ».

Le travail de Oumar Dioume va certainement contribuer à « exorciser » nos imaginaires de Nègres des contrevérités et des mensonges qui les aliènent et qui prétendent qu’ils n’ont « rien inventé ». Une leçon d’espoir à l’heure où la bataille des mémoires et plus que d’actualité.

Seydou KA

 

Pour sa première participation à une exposition « Off » de la biennale Dak’Art, l’historienne de l’art et photographe franco-marocaine, Françoise Benomar, fait découvrir au public six de ses œuvres. Des photographies visibles parmi l’exposition collective « Métamorphose » abritée par deux hôtels dakarois, le Terrou-Bi et Oceanic, dans le cadre des « Off » du Dak’Art 2018.

Ecrivaine, photographe, éditrice, Françoise Benomar, installée au royaume chérifien depuis 2002, s’intéresse à la femme marocaine, en particulier celle rurale, paysanne. Ses clichés, une série en couleur, ou en noir et blanc, montrent de vieilles femmes marocaines du Sud, assises devant leurs demeures peintes en ocre. Leurs parures et leurs traits sont bien mis en valeur à travers ces photographies.

Des dames sénégalaises, membres du Réseau endogène des femmes entrepreneures culturelles (Refec), rencontrées par la photographe au Maroc, n’ont pas également échappé à l’objectif de Françoise Benomar. En 2016, c’est dans le cadre des rencontres à la Villa des Arts Casablanca, que Mariama Diédhiou, la présidente du Refec, et quelques-unes de ses camarades ont posé avec aisance pour Mme Benomar. Et de fil en aiguille, cette rencontre a abouti à cette première découverte du Sénégal et de la Biennale de Dakar pour cette historienne de l’art. Séduite par les expositions internationales à l’ancien Palais de Justice de Dakar, ainsi que celles de la Galerie Jaune et du Musée Ifan Théodore Monod, la photographe a également découvert la ville de Saint-Louis. De quoi lui donner l’envie de revenir au Sénégal en juillet prochain, avec comme objectif de visiter la verte Casamance.

Auteure d’ouvrages sur le cinéma, la photographie et la littérature au Maroc, Françoise Benomar a également exposé ses clichés dans plusieurs galeries au Maroc.

Omar DIOUF

Le cinéma change et le plus grand festival de cinéma du monde cherche sa voie dans ces évolutions. La compétition officielle 2018 était de bonne qualité, ce dont témoigne un palmarès célébrant la détermination contre les dérives modernes.

De Cannes, on connaît surtout la fameuse montée des marches où s’affichent les célébrités du monde entier. L’édition 2018 n’est cependant pas très marquante à ce niveau, malgré la présence de Cate Blanchett et Kristen Stewart au jury de la compétition officielle. On y a certes vu Jessica Chastaing, Marion Cotillard, Penelope Cruz, Fan Bingbing ou Lupita Nyong’o, laquelle accompagnait Ryan Coogler qui venait spécialement parler de "Black Panther" devant la presse. Mais les stars hollywoodiennes étaient moins présentes qu’à l’accoutumée, malgré la projection de "Solo : A Star Wars Story" en séance spéciale. La disparition de Dark Vador permet à ce nouvel épisode de l’interminable saga d’arrêter de ressasser la cuisine œdipienne habituelle mais le ramène à de petites aventures de science-fiction. Rares étaient les grandes pancartes des blockbusters à venir qui couvrent d’habitude les grands hôtels de la Croisette, l’avenue de bord de mer qui mène au Palais des festivals. De même, les grandes tentes installées sur la plage ne résonnaient pas autant qu’avant des fêtes qui font aussi l’ambiance d’un grand festival.

Cannes serait-il moins attractif ? La concurrence est rude avec Berlin, Venise et Toronto pour avoir la primeur des grands films mais aussi pour conserver la puissance du marché du film où se négocient les droits pour le monde entier.

Il a fallu, cette année, gagner un procès en justice pour pouvoir présenter en clôture "L’Homme qui tua Don Quichotte" de Terry Gilliam, contre son producteur Paolo Branco. Film maudit dont le tournage épique n’avait pas pu être terminé il y a 25 ans et remis en chantier à six reprises, c’est le grand œuvre du réalisateur aujourd’hui âgé de 77 ans. Mais la réponse du festival aux menaces de désaffection est un recentrage sur le cinéma en refusant les films dont la production n’est pas destinée aux salles, excluant ainsi les films de Netflix ou autre plateforme sur abonnement. Cela allait avec une compétition s’ouvrant largement à des cinéastes méconnus voire à un premier long-métrage comme "Yomeddine" de l’Egyptien Abu Bakr Shawky dont le grand mérite est de présenter un lépreux à la recherche de sa famille non comme un malade mais comme un être humain.

Du coup, les Prix d’interprétation sont allés à deux acteurs inconnus : Samal Yeslyamova pour son rôle d’une jeune mère qui doit abandonner son enfant dans "Ayka" du Kazakh Sergey Dvortsevoy, un film sombre et poignant sur le dur destin des immigrés en Russie ; et Marcello Fonte dans "Dogman" de l’Italien Matteo Garrone, une fable aux images crépusculaires où un toiletteur canin essaye d’amadouer un chien monstrueux et devient l’outil d’une brute exécrable.

Les deux films traitent du danger qui guette les sociétés qui perdent leur solidarité et leur humanité.

C’est également le cas du Prix du Jury, "Capharnaüm" de la Libanaise Nadine Labaki, émouvante histoire d’un enfant des rues de Beyrouth, qui à 12 ans doit mendier, protéger sa petite sœur et se retrouve en charge du bébé d’une clandestine éthiopienne. Si nombre de films avaient pour souci de traiter de l’état du monde, les autres films primés n’ont pas cette veine réaliste, quasi-documentaire. Le Prix du scénario a été ainsi attribué ex aequo à "Heureux comme Lazzaro" de l’Autrichienne Alice Rohrwacher et à "Trois Visages" de l’Iranien Jafar Panahi, qui, assigné à résidence dans son pays, n’a pas pu venir présenter son film à Cannes. Interdit de tournage et donc condamné à un minimalisme virtuose (dans son appartement ou sa voiture), Panahi met remarquablement en scène de film en film sa claustration, ici durant un voyage dans le nord du pays, dans un style proche de feu son maître Abbas Kiarostami. Quant au conte d’Alice Rohrwacher, il manie avec une grande habileté de mise en scène les métaphores autour d’un garçon que l’on moque et exploite sans qu’il en prenne ombrage, mais qui se joue du temps.

Le Grand Prix à Spike Lee
Le jury a tenu à attribuer une Palme d’or spéciale à Jean-Luc Godard pour "Le Livre d’image", qui a marqué spectateurs et critiques : le cinéaste de 87 ans a envoyé au festival une nouvelle œuvre multiforme, passionnante et incroyablement riche, sur sa vision du monde et du rôle du cinéma. Le Prix de la mise en scène est allé à "Cold War", du Polonais Pawel Pawlikowski, une brillante romance en noir et blanc en temps de guerre froide, quand l’amour est impossible lorsque l’Histoire s’y oppose.

Spike Lee rate de peu la Palme d’or en remportant le Grand prix avec son "BlacKkKlansman", l’histoire vraie d’un policier africain-américain parvenu à infiltrer le Ku Klux Klan. Bourré d’énergie, d’humour et de rage, le film se termine sur des images documentaires des affrontements de Charlottesville, en août 2017, entre les factions racistes américaines et les contre-manifestants.

Avec la Palme d’or attribuée à "Une affaire de famille" du Japonais Hirokazu Kore-Eda, le jury a voulu récompenser la finesse et les valeurs d’un cinéaste qui interroge, à travers une famille joyeuse et décalée qui recueille une fillette battue par ses parents, les rapports entre la liberté et les règles sociales. C’est ainsi la détermination face aux dérives de la société, au racisme, aux interdits, aux injustices et aux truands de tous styles que le jury présidé par l’actrice féministe et engagée Cate Blanchett a voulu célébrer cette année.   

De notre correspondant Olivier BARLET

 

Le Centre ouest africain de recherche (Warc) a abrité, du 3 au 13 mai, dans le cadre de cette 13ème Biennale de l’art africain contemporain de Dakar (Dak’Art), l’exposition « Ils sont là avec nous » de l’artiste peintre burkinabé, Ajaratou Ouédraogo. Adja, son nom d’artiste, « médite » sur le sort des âmes de la rue pour faire entendre quelques geignements et entrevoir des lueurs.

Adja Ouédraogo ne tisse pas un nid de tergiversations, de doutes bien que le contraste de sentiments soit saisissant dans ses toiles. La jeune artiste burkinabé décloisonne la tristesse et la joie à travers un silence bruyant et des couleurs « franches ». Elle explore des vies possibles dans des univers de synthèse et de fusion, d’horreur et d’inattendus sourires. Des réalités se superposent ou trouvent écho chez une autre prouesse artistique d’Adja. Elle est dans une quête infinie de sens et d’éventualités. Ce qui « encombre » ses œuvres d’appréhensions et trouble l’humeur vagabonde secrétée sur chacune d’elles ; sécrétion stimulée par une conscience altruiste.

Adjaratou Ouédraogo est marquée par le sort des enfants dont l’espace de vie est la rue. Mais, la particularité de son travail se trouve moins dans l’exposition de son opinion que la mise en évidence du « ressenti » de ces mômes dont la douce insouciance est une autre interrogation sur la notion de bonheur. « La rue, ce n’est pas un lieu où les enfants devraient être. C’est un fléau à éradiquer. Paradoxalement, certains d’entre eux s’en accommodent. Quelque part, c’est leur monde. Ils y jouent, rigolent. C’est pourquoi, dans mes toiles, j’essaie de mettre en lumière ce contraste », confie Adja, particulièrement taciturne. Son œuvre est à la fois une dénonciation et un questionnement sur une réalité partagée par plusieurs sociétés.

La singularité du « regard » de celle qui est également réalisatrice de films d’animation est dans sa faculté remarquable de charger ses toiles de métaphores. Celles qui mettent en lumière le chien, comme pour exprimer l’errance et le déshéritement de l’enfant de la rue ou encore la tranche d’animalité de l’homme, témoignent d’un drame collectif noircissant le présent et compromettant le devenir. Adja est une accusatrice lucide qui fait cohabiter des émotions et mobilise les consciences sur une tragédie sans s’arrêter dans sa quête de lumière. Celle-ci s’inscrit, dans ses tableaux, dans un voyage tourmenté, embrassant, toutefois, un horizon moins brumeux. Elle peint une allée d’ombre et de lumière, l’espoir et ce qui accable. C’est pourquoi, à son avis, « aucune œuvre ne ressemble à une autre ». Car, elle le produit d’un instant d’agitation ou de quiétude, de révolte ou de réjouissance, de présence ou de vide.

Adja, née en 1981 au Togo, explore plusieurs univers de création. En plus de la peinture, elle est sculpteur et réalisatrice de films d’animation. Cette dernière sphère artistique est un prolongement des deux premières, une sorte de fusion didactique entre la peinture et le film. « Dans mes films d’animation, j’utilise aussi la peinture. C’est une continuité. Le film m’offre la possibilité de dire beaucoup plus de choses. Le message y est beaucoup plus accessible pour certains », souligne-t-elle. Jeune fille avare en parole, elle s’est très tôt réfugiée dans le dessin pour se représenter le monde et communiquer grâce au « crayon » qui a conquis bien des espaces. La 13ème édition de la Biennale de Dakar en est une belle illustration.

Alassane Aliou MBAYE

Dans le cadre de la célébration de la Journée internationale des musées, le Musée Théodore Monod d’art africain de Dakar a ouvert gratuitement, hier, ses portes aux publics. L’occasion de découvrir sa riche collection de masques, de statuettes, de vannerie, de pagnes… symbolisant le fonctionnement des sociétés africaines traditionnelles ainsi que les riches technologies qu’elles ont pu développer durant plusieurs siècles.

Niché au cœur du centre-ville, à deux pas de la Place Soweto, le Musée Théodore Monod d’art africain de Dakar étale son charme architectural au style néo-soudanais. Le bâtiment historique se dressant majestueusement au milieu d’un espace de verdure piqué de quelques arbres rappelle un peu la configuration du marché central de Bamako ou encore la grande mosquée de Djenné et de Tombouctou. Construit à partir de 1931, ce musée a assuré pendant plus plusieurs décennies un rôle de premier plan dans la promotion, la médiatisation et la valorisation des cultures africaines notamment celle de l’Afrique de l’Ouest.

En choisissant de s’ouvrir gratuitement à tous les publics, le temps d’une journée, dans le cadre de la Journée internationale des musées, célébrée cette année sous le thème : « Musées hyperconnectés : Nouvelles approches, nouveaux publics », cet établissement offre aux visiteurs l’opportunité de découvrir des facettes et des pans entiers de l’histoire des peuples africains. L’exposition permanente présente dans le hall de l’édifice est un condensé des modes de vie, de rites et pratiques séculaires. Entre les masques de danse et d’initiés de la Sierre Léone, ceux des Asamay des Diolas de la Casamance, les statuettes de fécondité symbolisant l’esprit de la procréation de Sénoufo en Côte d’Ivoire, la statuette Niéléni du Mali montrant l’image d’une fille pubère en pays Bambara… cette exposition n’est rien d’autre qu’une plongée dans les méandres des modes de vie des sociétés africaines traditionnelles. Elle propose, en même temps, des outils aratoires traditionnels, des instruments de musique comme les sonnailles, sanza, sifflets, guitares, flûtes et tambours d’aisselle. La collection du Musée Théodore Monod, c’est également la figure de sanctuaire Oche Eramiho de la Guinée-Bissau, qui est une représentation des grands esprits (« Inan »).

Près de 10.000 pieces
Dans la tradition, cet esprit était consulté avant le début des travaux agricoles, lors de l’avènement d’un nouveau chef, au moment de l’initiation des jeunes gens ou à l’occasion des funérailles. L’Afrique noire est aussi réputée par la poterie, les vanneries, les pagnes bogolan du Mali, de la Guinée et du Burkina Faso. Cet art traditionnel datant de plusieurs centaines d’années occupe une bonne partie de l’exposition permanente. Avec une collection estimée à près 10.000 pièces, l’espace fait une reconstitution du passé glorieux du continent, de l’Afrique traditionnelle et des profondeurs. Les objets qui proviennent de cette collection sont originaires de plusieurs pays d’Afrique occidentale. Ce qui se justifie, d’après le conservateur, El Hadji Malick Ndiaye, par le fait qu’il s’agit d’un legs de l’ancien Institut français d’Afrique noire devenu par la suite Institut fondamental d’Afrique noire.

Créé par le scientifique naturaliste Français Théodore Monod, cet institut de recherche couvrait presque l’ensemble de l’Afrique. « Tous les objets, qui étaient étudiés et collectés par les chercheurs, se sont retrouvés dans le musée de l’Ifan. Ces objets servaient à étudier les sociétés, à voir leur fonctionnalité et à étudier la richesse des technologies traditionnelles », explique-t-il. C’est cette configuration qui a fait que dans de nombreux pays, les anciens centres de l’Ifan sont devenus des musées nationaux. Avec son caractère ethnographique et son histoire complexe, l’Ifan a joué un rôle « fondamental dans la protection du patrimoine, sa valorisation, sa diffusion ». Ce musée qui allie une vocation ethnographique et artistique, renseigne El Hadji Malick Ndiaye, a servi de legs pour comprendre le fonctionnement des sociétés africaines et pour montrer la richesse de leurs technologies et celle des valeurs que leurs objets portent en tant que mémoire véhiculant les habitus des communautés.

Un capital temporel fort
L’histoire du musée de l’Ifan a véritablement commencé par l’enregistrement des premiers objets en 1941. A l’accession du Sénégal à l’indépendance, il devient le musée universitaire de l’Institut fondamental d’Afrique noire et sera intégré à l’intérieur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Musée de Dakar d’abord, il fut inauguré en 1971 par le président Léopold Sédar Senghor et son homologue français Georges Pompidou sous l’appellation de Musée d’art africain. « Ceci résulte d’un travail scientifique qui avait été élaboré. A partir de la fin des années 1950, les conservateurs collectent des objets qui n’ont pas singulièrement une valeur ethnographique », soutient le conservateur du musée. En 2007, un décret présidentiel lui fit porter le nom de Musée Théodore Monod d’art africain. Aujourd’hui, ce musée affiche « un fort potentiel, un capital temporel très fort et une histoire très riche » grâce à la qualité de sa collection. Malgré les difficultés, l’institution essaie de se renouveler. « Depuis deux ans, nous essayons de se réorienter vers une ouverture large auprès des publics locaux (étudiants, élèves, touristes, riverains) avec des manifestations spécifiques qui ont été créées dans le but de répondre à cette politique et cette vision », avance El Hadji Malick Ndiaye.

Aussi, le musée tente d’établir une connexion entre la création contemporaine et l’art classique. « Cette connexion est fondamentale dans la nouvelle vision du musée. Elle permet à la communauté de voir que ce qui avait été utilisé par les anciens, les objets et les formes, les matériaux continuent d’être utilisés », souligne M. Ndiaye. Avec cette nouvelle vision, le Musée Théodore Monod de l’art africain contemporain s’inscrit dans une perspective conjuguant passé et présent. Il veut aussi, sans doute, conformément à la thématique de la célébration de la Journée internationale des musées de cette année, devenir un « moyen important d’échanges culturels, d’enrichissement des cultures, du développement de la compréhension mutuelle, de la coopération et de la paix entre les peuples. »

Le manque de moyens : un écueil au pied du musée
Depuis plus d’un demi-siècle, le Musée Théodore Monod s’est engagé dans une entreprise de conservation et de promotion des cultures africaines et de la création contemporaine. Cette mission aussi délicate que fastidieuse exige des moyens que l’institution peine pourtant à trouver. Le service n’a pas de budget. Pour pallier ce manque de moyens financiers, l’établissement a développé plusieurs initiatives et stratégies. « Dans un monde où nous assistons à une industrialisation de la culture, à la mort de l’Etat-providence, l’imagination requiert des fondamentaux qui nous obligent à aller chercher des moyens », explique El Hadji Malick Ndiaye. En plus de la location de l’espace, le musée sollicite souvent les sponsors pour essayer d’avoir une certaine autonomie.
   

Par Ibrahima BA 

 

La plasticienne sud-africaine Usha Seejarim, lauréate du Prix Sculpture de la biennale Dak’Art 2018, bénéficiera d’une résidence de deux mois à la Société Coopérative d’Art contemporain de Marestaing, en Haute Garonne en France. Ce Prix Sculpture remis pour la première fois par le jury officiel du Dak’Art est l’initiative d’un partenariat entre l’association « Solidarité Laïque » et la Société coopérative d’art contemporain de Marestaing, près de Toulouse. Corinne Marcien Lebret, présidente de la Scac Marestaing, est l’épouse de Joël Lebret, ancien diplomate français en charge d’éducation et de culture dans plusieurs pays africains, notamment au Sénégal, entre 2000 et 2005. Le couple, dont l’époux est à la retraite depuis deux ans, a pensé mettre leur temps et leur résidence au Lieu-dit Marestaing, à Volvestre, à une cinquantaine de kilomètres de Toulouse, à disposition pour favoriser des rencontres entre artistes africains et les habitants d’un milieu rural français.

En faisant venir des artistes africains, Joël Lebret et son épouse Corinne veulent « réinterroger les perceptions réciproques et montrer que l’étranger peut participer à une dynamique du territoire ». Ils ont ainsi mis en place la Société coopérative d’art contemporain (Scac Marestaing), afin d’intégrer des personnes, des organisations, (dont Revivre et Solidarité Laïque), et des collectivités (la communauté de communes de Volvestre), etc.

Ils ont déjà accueilli une famille de migrants en favorisant leur insertion en France par des activités agricoles, à Volvestre. Et en 2017, les artistes sénégalais Gabriel Kemzo Malou et Viyé Diba y ont participé à des résidences de création. Cette année, c’est au tour des artistes camerounais, Dieudonné Fokou, sur place jusqu’en juin et Justine Gaga attendue en septembre, de séjourner à la Scac de Marestaing pour deux mois.

Le domaine du couple Lebret, vaste de plusieurs hectares, ayant pour vocation de recevoir des sculpteurs, Joël et Corinne ont proposé au Secrétariat de la Biennale de Dakar de recevoir en résidence un artiste lauréat choisi par le jury officiel de l’événement. Ce Prix Sculpture du Dak’Art a été ainsi mis en place. La plasticienne sud-africaine Usha Seejarim, lauréate de cette première édition, bénéficiera donc d’une résidence artistique de deux à trois mois, à la Scac Marestaing.

Omar DIOUF

 

Aïssatou Cissé a toujours refusé l’immobilisme. Elle a pu vite gravir l’échelle sociale avec un parcours professionnel assez riche.

Malgré son handicap moteur depuis son enfance, la romancière donne l’image de nager dans un océan de bonheur. L’auteur des ouvrages «  Zeyna » et « Linguère Fatim » a su tirer en elle assez de force pour faire face aux revers de la célébrité. Nommée conseillère spéciale du chef de l’Etat, elle donne ses avis sur les politiques de prise en charge de la vulnérabilité et du handicap.

A croire qu’elle garde le sourire en toutes circonstances. Malgré de petites difficultés éprouvées pour nous rejoindre dans la grande cour du Grand Théâtre, où elle nous a donné rendez-vous lors de la cérémonie d’ouverture de la Biennale de Dakar, elle affiche une mine rayonnante, avec une belle allure féminine, même si le soleil darde ses rayons sur son corps. Aïssatou Cissé, sur son fauteuil roulant, a dû faire un grand tour dans la mesure où les rampes, en perplexe, ont été construites loin des escaliers, derrière le bâtiment. Mais avec un visage radieux, bien mis en valeur par une touche de maquillage, elle semble tirer du plaisir à répondre au feu roulant de nos questions surtout, dit-elle, qu’elle fait l’objet de sollicitations de partout.

« Je n’avais pas prévu d’assister à cette rencontre, mais le cabinet présidentiel a insisté… », lâche-t-elle avec fierté. Le rythme rapide de sa voix douce laisse croire à une enfance dorée dans un quartier résidentiel de Dakar. Avec une belle élocution, elle s’exprime avec aisance. Ses propos révèlent aussi un fort niveau d’instruction.

Mais, précise-t-elle, « je suis née dans le populeux quartier de Niaye Thioker. J’ai toujours pris le soin de renforcer mes capacités à travers différentes formations professionnelles ». Aïssatou Cissé a eu la chance d’avoir des parents, un papa professeur d’histoire-géographie, une maman enseignante, qui ont su l’armer et la préparer à affronter les vicissitudes de la vie, au moment où d’autres enfants qui traînent les mêmes tares sont souvent marginalisés et souffrent de l’absence des structures d’éducation spécialisées.

« Mes parents, qui sont des éducateurs, m’ont toujours mis dans la tête que j’ai une part de responsabilité pour le développement de notre pays. Ils ont veillé à ce que mon éducation scolaire puisse être solide. Ils m’ont toujours mise à l’esprit que je dois œuvrer de sorte que demain, mon pays puisse me citer parmi les challengers, qu’il m’était possible de bâtir des choses et que j’ai une pierre à poser à l’édifice ; ils ne cessent de me le dire ».

Mais elle a également eu la chance d’être épaulée, depuis son enfance, par une Française. « Mes parents ont été accompagnés, depuis mon enfance, par Mme Laurence Maréchal, qui était à « Terre des Hommes ». Elle a toujours été présente dans ma vie et est devenue ma marraine. Elle m’épaule toujours, je lui dois beaucoup », confie-t-elle.

VALEURS COMMUNES
Aïssatou Cissé peut se permettre d’être sûre d’elle en raison d’une forte estime de soi, mais aussi pour avoir gagné des batailles dans la vie. Jamais, elle n’a eu à développer des complexes d’infériorité.  «  Mes parents m’ont appris, dès le bas âge, que la vie est un combat, de la naissance jusqu’à la mort. Je me suis toujours fixée des défis, c’est d’ailleurs un trait caractéristique de notre famille. On aime les challenges, on aime toujours aller au-delà de ce qui est défini ».

Et d’ajouter : « Je n’ai jamais bénéficié, dans ma vie, de traitement de faveur. Mes parents ont toujours tenu à ce que je sois corrigé au même titre que les autres. C’était aussi pareil si je devais être récompensée. Ma mère se faisait l’honneur de le répéter à mon maître à l’école. Je ne devais aucunement faire l’objet de discrimination ». Aujourd’hui, elle se réjouit d’être un motif de satisfaction pour ses parents qui ont fondu en larmes lorsqu’elle a été cooptée dans le Cabinet présidentiel. Elle s’est toujours bagarrée pour une prise en compte des personnes vivant avec une vulnérabilité et a su vite gagner la confiance du chef de l’Etat sénégalais. « Jamais je ne m’étais intéressée à la politique. Quand j’ai vu que le président Macky Sall et moi partagions des valeurs communes, j’ai vite fait d’intégrer son directoire de campagne. Il ne cesse de me renouveler sa confiance depuis son élection ». « Certains esprits pensent que je suis intéressée par le prestige social ou que je m’enrichis sur le dos des personnes handicapées, dans la mesure où je ne leur distribue pas des enveloppes bourrées de fric.

Je suis insultée de partout, mais cela ne m’ébranle aucunement », raconte la conseillère spéciale du chef de l’Etat sénégalais en charge des Politiques de prise en charge de la vulnérabilité et du handicap depuis 2012.
Or, précise-t-elle, « en dehors de mon salaire, aucun budget n’a été mis à ma disposition. Le chef de l’Etat sénégalais n’est pas du genre à dilapider les sous de l’Etat.  Sa volonté de mettre en œuvre une gestion sobre et vertueuse est bien réelle ».

SOUVENT « INSULTEE »
La jeune dame, qui est pourtant réputée pour sa générosité, confie qu’elle s’est fixée comme but précis d’offrir des chances de réussite aux personnes vivant avec une vulnérabilité et de lutter contre la politique de l’assistanat qui prive l’humain de sa dignité. Son cursus professionnel reflète aussi des années de militantisme pour la prise en considération de leurs besoins dans les politiques nationales.  

« J’ai travaillé dans les organismes internationaux pour la prise en compte des femmes du monde rural, des femmes qui n’avaient aucune notion de leurs droits fondamentaux, qui ont longtemps été brimées, privées de leurs droits, injustement privées de leur épanouissement. Nous avons mené des missions partout au Sénégal, avec d’autres associations pour leur montrer qu’elles ont des droits », rappelle Aïssatou. Aujourd’hui, elle en récolte des vertes et des pas mûres mais se réjouit du fait que des avancées significatives ont été réalisées depuis qu’elle a accédé à cette station. La loi d’orientation n’est pas encore mise en œuvre, mais des propositions faites au gouvernement sénégalais ont eu un impact réel. Aujourd’hui, la romancière se réjouit des changements réels ces dix dernières années, notamment dans le domaine du handicap.

« La mise en œuvre d’un décret constitue un énorme enjeu, notamment dans le domaine des ressources financières et humaines. Le président de la République Macky Sall a eu le courage de signer le premier décret concernant les personnes handicapées au Sénégal ; c’est un courage politique à saluer. La volonté du chef de l’Etat est forte et ferme. Nous tenons à ce que le Sénégal puisse être une locomotive dans la prise en compte de cette catégorie dans les politiques publiques », note-t-elle.

L’Etat, qui a pris en considération ses recommandations, s’est d’ailleurs engagé à faciliter l’insertion de cette couche sociale dans le monde du travail sur la base de leurs capacités professionnelles. « Des entreprises publiques et privées recrutent de plus en plus des personnes souffrant d’un handicap. C’est à saluer. Nous ne voulons plus qu’une catégorie de personnes soit toujours à la recherche de l’aide d’une tierce. Nous tenons à ce qu’elles jouent leur partition dans le développement de la nation et soient de véritables actrices du développement. Nous ne voulons plus que la pitié soit mise en bandoulière », ajoute Aïssatou. A 48 ans, la dame pétille d’idées et souligne qu’elle n’est pas mue par l’intention de ruiner des espoirs. Elle envisage, d’ailleurs, d’organiser une soirée de gala qui vise à récompenser les entreprises qui auront matérialisé cette volonté du chef de l’Etat d’insérer cette couche sociale dans le monde du travail sur la base de leurs compétences. A travers ce Gala des Baobabs pour l’emploi des personnes handicapées, qu’elle compte organiser, le 30 juin prochain, Aïssatou aimerait magnifier leur contribution significative.

« Et au-delà du Gala, le Prix Macky Sall pour l’inclusion et l’autonomie des personnes handicapées sera décerné aux meilleures entreprises qui auront intégré dans leur dispositif des personnes handicapées ayant les compétences requises selon la structure de recrutement. Nous ne voulons plus qu’elles soient embauchées, par compassion. Cette couche sociale regorge de compétences et nous travaillons dans ce sens avec des experts dans le domaine des droits de l’Homme, de l’emploi. Ce concept va renforcer les politiques nationales en faveur de l’injustice sociale, de la discrimination », dit-elle. Très enthousiaste de sa mission, les mots se bousculent quand Aïssatou Cissé égrène le chapelet de réalisations et de projets en faveur de cette couche sociale. Comme exemple, un sourire éclaire son visage à la pensée de la modification de la loi sur la construction qui a permis l’érection de rampes pour les personnes vivant avec un handicap au sein des édifices publics….

Par Matel BOCOUM

 

La Villa Ciring Cissé sise aux Almadies, en face du 2 K Plaza, accueille jusqu’au 20 mai, l’exposition d’œuvres de l’artiste plasticien Soly Cissé sous le thème : « Curiosité ».

La « Curiosité » habite Soly Cissé. Elle est ambiante. Cette tendance à apprendre, à connaître des choses nouvelles ou cachées constitue le fil conducteur de l’exposition individuelle de l’artiste plasticien. Ses œuvres sont à voir jusqu’au 20 mai à la Villa Ciring Cissé sise aux Almadies, en face du 2 K Plaza, dans le sillage de la 13e Biennale de l’art africain contemporain de Dakar (Dak’Art 2018).

Soly Cissé est un artiste plasticien qui ne croit pas à l’inspiration. Son credo, c’est la recherche, la curiosité. « Dans mes œuvres, j’aime cette subtilité avec des choses cachées, à décoder, imaginer, penser », explique S. Cissé. Il se plaît à ce jeu entre le public et lui.

La tonalité de l’exposition est donnée à l’entrée de la Villa peinte en blanc. Deux sculptures dans une belle patine, sous des traits d’animaux, se dressent fièrement devant la porte. Elles veillent à la quiétude des lieux. Quelques cris d’oiseaux viennent perturber cette atmosphère apaisante. Elle est propice à la contemplation, à la lecture des créations de Soly Cissé.

La scénographie de l’exposition « Curiosité » se déploie sur deux niveaux. Au rez-de-chaussée, une farandole de couleurs, de formes qui titillent les pupilles du visiteur. Les teintes sont chaudes : rouge, jaune, bleu. Elles donnent du relief à des expressions comme la peinture, le collage, le dessin. Par endroits, l’ordre et le désordre se côtoient dans une belle alchimie. Sur d’autres supports, notamment au premier étage, ce coup de crayon, ce coup de pinceau explorent des univers singuliers.

Dans son analyse, le critique d’art, Massamba Mbaye présente Soly Cissé comme le glouton de travail qui amalgame la matière avant de la faire exploser sur support. Au regard de M. Mbaye, si son bestiaire est récurrent, c’est bien parce qu’il se refuse formellement de voir le monde, plutôt avec son côté obscur. « Que l’on ne s’y trompe pas, tout ce qu’il dit de la bête, parfois immonde, est humain !, lance le critique d’art. C’est pourquoi ses reptiles, ses canidés nous surprennent toujours par l’acuité de leur regard et leur intrigante posture ». Des regards, des visages en disent long sur la psychologie des personnages. Dans son écriture picturale, S. Cissé s’emploie à une mise en scène avec des jeux d’acteurs. L’artiste plasticien se définit comme « libre dans la manière de penser, de faire ».

Renouvellement
Les mutations, les affirmations hybrides qui renvoient à la double personnalité de nos humanités sont au cœur du projet artistique de Soly Cissé. Comme au théâtre forum, « le public doit interagir dans le travail de l’artiste. Il doit participer à l’évolution du processus de création », opine le plasticien estimant que le public peut être un bon juge. « Le public complète l’artiste. Il apporte sa contribution. C’est à partir de ce regard que nous essayons d’ajuster, de rectifier les choses que nous mettons en place », relève Soly Cissé. Pour lui, le créateur doit être préoccupé par la recherche. Il doit beaucoup travailler, se renouveler. Sur ce point, le regard de Massamba Mbaye est très précis. « Soly Cissé a commencé à superposer ses œuvres pour n’en faire qu’une par le simple fait du hasard du rangement des toiles dans son atelier. Ce constat fortuit a été un déclic pour une présentation plastique consubstantielle à une élaboration esthétique ». Cette approche transparaît dans la série « Curiosité ».

Des tableaux sont superposés les uns les autres, laissant une grande part d’énigme, d’imagination sur la composition de l’œuvre qui se situe en dessous de l’autre. Le critique d’art, M. Mbaye juge qu’une œuvre n’est jamais terminée. « L’artiste atteint un seuil d’équilibre ou de déséquilibre qu’il valide avec une signature mais, par sa force de suggestion, la toile est de l’ordre de l’infini », argue-t-il, ajoutant : « C’est par l’imagination qu’elle se libère et donne sens ou à sentir ». L’exposition « Curiosité » est à voir jusqu’au 20 mai à la Villa Ciring Cissé sise aux Almadies, en face du 2 K Plaza.

E. Massiga FAYE

Un long tonnerre d’applaudissements a suivi la projection du film « Amin » à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes. Ils étaient bien sûr pour la remarquable actrice Emmanuelle Devos et le réalisateur Philippe Faucon, auteur de nombreux films et notamment le grand succès, « Fatima », mais cette ovation consacrait aussi deux acteurs sénégalais encore méconnus. Rencontre.

« En nous voyant à l’écran, j’ai revu le village de Cherif Lô où se déroulait le tournage, la joie de vivre des enfants, l’accueil qui nous a été réservé mais aussi le travail que nous avons fourni.

J’ai pleuré devant les applaudissements car j’ai compris que ça valait vraiment la peine de faire ce film », indique Marème Ndiaye. « J’espère que beaucoup de gens pourront le voir pour comprendre les immigrés », renchérit Moustapha Mbengue. Il y interprète Amin, qui travaille dans un chantier de construction en France et ne rentre que lors des vacances pour retrouver sa femme Aïcha (Maréme Ndiaye) et ses trois enfants. Il finit par avoir une relation avec Gabrielle, une femme accueillante (Emmanuelle Devos), et manque le voyage, ce qui éveille les soupçons…

« Au Sénégal, beaucoup vont s’identifier : ce sont des situations qu’on vit en permanence », dit Marème. Dans le film, elle se rebelle car, dit-elle, « les femmes ne se laissent plus faire. Aïcha ne se contente plus d’être la villageoise qui fait à manger et s’occupe des enfants. Elle veut savoir où va l’argent de son mari et se prend la tête avec sa belle-famille. C’est une battante ! »

Moustapha est venu en Italie pour faire de la musique. « Mais je connais beaucoup de Sénégalais qui travaillent dans les chantiers. Ils font ce que ne veulent plus faire les Européens », dit-il.

Le cinéma n’est pas nouveau pour eux. Marème a joué dans « Maman (s) » de Maïmouna Doukouré, qui a reçu le César du meilleur court-métrage en 2017, et d’autres courts-métrages.

Moustapha était dans « Les Caprices d’un fleuve » de Bernard Giraudeau et en Italie, où il habite depuis 21 ans. Il a joué à la télévision et dans des films de réalisateurs comme Nino Manfredi, mais il fait aussi du théâtre. Musicien, il participe au groupe Africa Djembé. Maréme a eu le rôle en se présentant au casting et Moustapha a envoyé une vidéo pour y participer.

Au tournage, Philippe Faucon suivait l’objectif du scénario mais voulait qu’ils restent naturels. « C’était comme une formation, indique Maréme : il nous poussait à trouver les choses par nous-mêmes. » C’était d’autant plus important pour une scène intime, lorsque Amin retrouve Aïcha, une belle scène où elle voit les rides de son mari qu’elle ne voit pas vieillir. Son personnage se rebelle contre cette solitude et sa colère éclate quand Amin manque le voyage et que seul son frère lui amène les cadeaux. « Pour tourner la scène, cela tombait bien car ce jour-là, j’étais réveillée du mauvais pied ! », lâche-t-elle.

Amin, lui, trouve le réconfort dans les bras de Gabrielle (Emmanuelle Devos), mais cela finit par se remarquer… Son jeu est épanoui au Sénégal et replié en France. « Cela tient au fait que l’environnement est différent. Les gens en France sont méfiants, parfois agressifs. On se crispe et on pense à son travail, à sa famille ».

Pour Moustapha Mbengue, le cinéma permet de « contribuer à l’égalité des citoyens dans le monde, au fait qu’on soit tous respectés. C’est important pour faire passer un message de paix et de fraternité. » Marème et Moustapha apprécient les retours positifs sur le film et la magie du festival. « Cannes est une fête du cinéma, dit Moustapha, c’est très beau ! Le cinéma apporte la joie et la culture, c’est mieux que de faire des missiles ! » Confirmant le talent et la justesse de ton d’un réalisateur confirmé, le film est un succès et fera une belle carrière, mais comme le dit Marème : « Le fait d’être à la Quinzaine des réalisateurs, c’est énorme. Bon, après, on rentre chez nous et on reprend notre train de vie ! »

De notre correspondant Olivier BARLET

A travers 25 tableaux exposés au Centre socioculturel de Bargny, l’artiste Pape Issa Diouf dit Papissa raconte le quotidien des Sénégalais et surtout met en valeur le patrimoine. Artiste au riche parcours, Papissa en est à sa deuxième exposition individuelle.

Le développement ne peut se faire sans les valeurs. Pour l’avoir bien compris, l’artiste plasticien Pape Issa Diouf, plus connu sous le nom de « Papissa », en a fait son thème de prédilection.

L’année dernière comme pour cette présente édition de la Biennale de Dakar, l’artiste bargnois a présenté au public de magnifiques tableaux qui traitent de divers domaines de la société, dans le cadre de son exposition « Off ».

Une exposition où transparaissent divers thèmes avec toujours en toile de fond la promotion des valeurs culturelles sénégalaises et africaines. Dans ce registre, les femmes ont une place de choix avec « femmes dynamiques » ; « Panier de la ménagère » ; « Khardiata ak Ameuyta » ; ensuite, les animaux à travers « bataxalu malayi » ; « Jambaar » est un hommage à l’armée sénégalaise dont la finalité est de magnifier la bravoure de nos vaillants soldats. « Traditions et valeurs » et « enracinement et ouverture » sont aussi des tableaux qui résument parfaitement la pensée de l’artiste.

« Ce thème est très important parce qu’on a fait la remarque au Sénégal que les gens perdent leurs valeurs. Or, dans un pays, on ne peut pas se développer sans pour autant mettre en valeur le travail, la santé, l’éducation, l’armée », a expliqué Papissa devant une foule nombreuse au vernissage de son exposition. Choisi comme parrain de cette exposition individuelle, le professeur Massamba Guèye a trouvé le thème « pertinent ». Car, selon lui, « nos cultures et notre savoir-faire sont riches et méritent d’être sauvegardés et valorisés ». Maître de cérémonie et spécialiste de l’oralité, M. Guèye a même interprété certains tableaux de l’artiste devant le public. Entre lui et « Papissa », la convergence de vue est établie.

Le directeur de l’exposition, Moussa Guèye, estime, quant à lui, que « Papissa » assume pleinement son rôle d’artiste. « Le rôle de l’artiste est de poser des questions et d’amener le public à réfléchir sur des conditions d’existence en vue de susciter de nouvelles orientations pour le développement social, politique, environnemental et culturel », assure Moussa Guèye. Cette exposition individuelle n’est pas la première pour l’artiste au riche parcours. En 2012, il avait organisé un pareil événement. Ce qui a, par la suite, donné un autre contour à sa carrière, puisque l’artiste a été plusieurs fois primé. En 1994, il reçoit le premier prix de l’exposition des ressortissants de Rufisque - Bargny vivant en France. L’année suivante, il reçoit le 2e prix de la Semaine nationale de la jeunesse en 1995. Deux ans plus tard, il est classé 3e prix du « Dak’Art Off ».

En 2014, son œuvre « Une si longue quête » est sélectionnée pour figurer à l’exposition permanente de la galerie du Centre international de conférences Abdou Diouf (Cicad). Aujourd’hui encore très dynamique et plein d’énergie, l’artiste n’a pas encore étanché sa soif de découvrir d’autres horizons et d’aborder d’autres thèmes. C’est pour cela que Papissa compte aller à la conquête du monde et partager son savoir-faire artistique.

Maguette NDONG

Le ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly, a procédé, hier, jeudi 17 mai, à l’installation officielle du Comité d’organisation chargé de la préparation de l’inauguration du Musée des civilisations noires, prévue le 6 décembre prochain.

L’inauguration du Musée des civilisations noires est prévue le 6 décembre prochain, à Dakar. Hier, le ministre de la Culture a procédé à l’installation officielle du Comité d’organisation chargé de la préparation de cette inauguration.

A cette occasion, Abdou Latif Coulibaly a souligné que le Comité d’organisation sera une structure opérationnelle en vue de relever tous les défis liés à la tenue de cet important événement.

« Je veux un comité opérationnel et très efficace », a indiqué le ministre à l’endroit des membres du comité. Il a réitéré l’importance que le président de la République, Macky Sall, accorde à l’inauguration du Musée des civilisations noires.

Avant son inauguration en décembre, le musée sera réceptionné au mois de juillet prochain par les chefs d’Etat du Sénégal et de la République populaire de Chine.

Assane DIA (Correspondance particulière)

A 16 ans, Marie Coura Diagne fait de l’accès au livre son combat. Son rêve, voir chaque école sénégalaise équipée d’une bibliothèque.

A l’heure où la lecture est passée de mode chez une bonne partie d’une jeunesse biberonnée aux Tic et aux réseaux sociaux, il est heureux de constater que certains continuent de croire à la valeur du livre. Marie Coura Diagne, 16 ans, élève en classe de Première à l’école Iqra Bilingual Academy de Point E, incarne cette catégorie en voie de disparition. Elle est à l’origine d’une initiative visant à aider ses camarades élèves des régions déshéritées à accéder au livre.
L’année dernière, avec l’aide de ses parents et de ses camarades d’école, elle a réussi à collecter 200 livres qu’elle a donnés à l’Inspection de l’éducation et de la formation (Ief) de Kaolack.

Cette année, grâce à la participation des Cours Sainte Marie de Hann, elle a réussi à en collecter 1.100 distribués à deux écoles de Nioro (région de Kaolack) et de Niakhar (région de Fatick), et espère atteindre 2.000 ou 3.000 livres l’année prochaine. Cette belle initiative est partie d’un constat. Celui du « gap » existant entre les écoles de la capitale et celles des autres régions. « Je me suis dit que nous ici, à Dakar, nous ne nous rendons pas compte de la chance que nous avons. Nous avons accès à des livres de qualité que nous ne lisons même pas alors que dans certaines zones du Sénégal, avoir un livre, c’est un luxe », explique Marie Coura Diagne. C’est ainsi qu’elle a décidé de lancer une campagne de collecte de livres pour les partager avec les autres élèves qui n’ont pas cette chance.

« Le partage est une valeur de l’Islam parce que ce n’est pas tout le monde qui a la même chance que nous », dit-elle. L’adolescente a aussi voulu lancer un message aux jeunes : « Il faut s’intéresser aux livres, parce que la lecture est essentielle pour se cultiver et à travers les livres, on peut apprendre beaucoup de choses ». Mais, comme il est « très difficile de se déconnecter », avec toutes les applications existantes, elle recommande à ses camarades élèves d’utiliser justement ces technologies (comme E-book) pour retrouver le goût de la lecture au lieu de passer tout leur temps à « chatter ». A l’avenir, elle espère récolter assez de livres, notamment avec l’aide de partenaires locaux et étrangers, pour installer une bibliothèque dans chaque école sénégalaise, ainsi que des salles informatiques pour que les élèves puissent accéder à plus de ressources.

Seydou KA

 

L’Ecole Gaïndé Fatma de Pikine accueille, jusqu’au 2 juin, l’exposition de l’artiste, plasticien et sculpteur Mame Gallo Bopp. Intitulée « La vertu du partage », cette exposition est organisée dans le cadre de la programmation « Off » de la 13ème édition de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar.

Produit de l’Ecole des Beaux-arts de Dakar, Mame Gallo Bopp excelle, depuis plusieurs années, dans la sculpture sur bois et en fer. Cette démarche artistique aussi singulière que méticuleuse lui permet de mieux traduire son ressenti à travers un mélange de matières et d’objets récupérés qui donnent du relief à ses créations. Le noir, sa couleur de prédilection, évoque des images, une histoire, des faits de société, de pratiques dont l’humanité est parfois peu fière. Mame Gallo est un artiste engagé jusqu’au seuil de l’âme. C’est d’ailleurs cet engagement qu’il cherche à traduire dans la plupart de ses œuvres, en faisant figure d’un militantisme et d’une conviction profonde.

Par exemple, l’œuvre « Homme noir » sculptée sur du bois est un bel hommage aux anciens combattants qui ont donné leur vie pour la libération de la France et qui, malheureusement, n’ont jamais eu une récompense à la hauteur de leur mission. Dans cette représentation tout en noir, l’artiste fait aussi un clin d’œil à Nelson Mandela, père de la nation arc-en-ciel dont le combat a servi de leçon à l’humanité. D’autres thématiques comme « Après-Guerre », « Le jugement dernier » ou « La clé du monde » traduisent à peu près les mêmes préoccupations : justice et vérité. Gallo rêve d’un monde à lui où la justice n’est pas docile et domestiquée, la pauvreté accentuée et l’honneur dénudé. Son travail est un cri de cœur, un message alarmiste appelant chacun à ses responsabilités.

Artiste, il voit la société avec l’œil de la sagesse et donne, dans certains de ses tableaux, des débuts de solutions face à certains fléaux à l’image de la prostitution urbaine. « Femme désespérée » aborde la question de l’honneur de la femme. Une dignité parfois abrégée du fait des difficultés économiques qui hantent le quotidien de nos concitoyens. L’exposition « Off » qu’il présente jusqu’au 2 juin, dans le cadre de la 13ème édition de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar, au Centre de formation artisanal (Cfa) et à Pikine, c’est aussi cette grande sculpture sous forme de fauteuil. Intitulé « Birima Ngoné Latyr Fall », elle est constituée principalement de bois cramé soutenu par du fer. Cette sculpture sur laquelle est gravée la tête d’un homme soulevant la main en guise de victoire et avec un lion donnant l’impression de rugir, est une synthèse, voire un récit d’une partie de l’histoire coloniale du Sénégal. Mais celle de tous les peuples noirs qui ont eu à s’émanciper et à s’extirper du joug des tutelles coloniales.

Mame Gallo Bopp a décidé de transférer une partie de son exposition de Delafosse à Pikine (Ecole Gaïndé Fatma) pour davantage populariser son travail. Il s’agit aussi, selon lui, d’impliquer les populations de cette partie de la banlieue dans le Dak’Art et montrer que Pikine regorge d’artistes qui peuvent prendre part à la Biennale.

Directeur de l’Ecole des arts dynamiques de Pikine, Mame Gallo Bopp totalise une quarantaine d’expositions dans sa carrière. Aujourd’hui, il assure la formation de centaines de jeunes dans le domaine des arts, de la menuiserie, de la décoration et de la couture dans la banlieue dakaroise (Pikine et Malika). « De 1994 à maintenant, j’ai formé 633 élèves. La formation est gratuite et concerne des jeunes issus de toutes les couches sociales », explique-t-il. Son exposition « La vertu du partage », ouverte du 3 mai au 2 juin, marque, selon ses propres mots, son « retour en force » à la biennale après sa sélection au symposium international du Dak’Art 2014.

Ibrahima BA

 

Bassirou Sarr, artiste plasticien et directeur du Village artisanal de Ngaparou, a organisé, le week-end dernier, une rencontre internationale entre artistes du Sénégal et d’Allemagne. C’est une manière, dit-il, de faire vivre le Village des arts, où toutes les formes d’art sont les bienvenues : du théâtre, au décoratif en passant par le textile, la peinture…

Avec ses hôtes, Bassirou Sarr a montré aux artistes allemands le savoir-faire de leurs homologues sénégalais, se fondant ainsi sur l’adage qui dit : « L’expérience de ce que tu vis vaut mieux un long discours ». Ainsi, ils ont été fascinés par ces portes ouvertes durant lesquelles tout s’est passé dehors. Non seulement, a indiqué Bassirou Sarr, toutes nos activités se passent dehors, mais les thématiques sont ouvertes, les gens libres parce que n’étant pas canalisés ; une liberté qui crée une symbiose culturelle qui bannit une autarcie culturelle.

S’inscrivant parfaitement dans la logique de Bassirou Sarr, le maire de Ngaparou, Mamadou Mbengue, a toujours apporté sa contribution en termes d’appui logistique, de chaises, bâches et tout ce qui fait que cette manifestation culturelle et artistique au Village des arts, devenue maintenant une tradition, soit une réussite totale.

A l’occasion, Bassirou Sarr a émis l’idée qu’au-delà du dessin, du chant et de la récitation, que l’art soit introduit dans les apprentissages ; une manière, soutient-il, de faire éclore chez les potaches toutes les potentialités artistiques et culturelles qui sommeillent en eux. De la sorte, les enseignements-apprentissages seront les plus complets et multidimensionnels et donneront des chances à l’apprenant, pour pouvoir intégrer harmonieusement sa société.
Selon Bassirou Sarr, les enfants, dès l’élémentaire, pourraient capter des notions artistiques, en les éduquant très tôt au lieu d’attendre qu’ils soient adultes car disposant de capacités de mémorisation indéniables.

Amath Sigui NDIAYE   



Le Centre culturel régional de Blaise Senghor a accueilli, mardi 15 mai, une belle exposition réalisée par des collégiens et lycéens d’écoles de Dakar. Le vernissage était présidé par le ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly.

L’initiative porte la signature de la Commission Programmes pédagogiques et visites scolaires de la 13ème Biennale de l’art africain contemporain de Dakar en partenariat avec le ministère de l’Education nationale, notamment la Direction de l’enseignement moyen et secondaire général. Les élèves issus des sept établissements (lycée John Fitzgerald Kennedy, lycée Galandou Diouf, lycée moderne de Rufisque, lycée Seydina Limamou Laye, lycée de Thiaroye, le Collège d’Enseignement moyen Yeumbeul II et le Collège d’Enseignement moyen Pionniers du Syndicalisme de Rufisque) ont reçu l’encadrement des membres de la commission pédagogique, de l’Ecole nationale des arts et de professeurs de ces établissements.

Au total, 50 tableaux sont exposés au Centre culturel Blaise Senghor au terme de deux jours d’ateliers et de production sur le thème de « L’heure rouge ». Des œuvres qui traitent de plusieurs thématiques dont la déforestation, la violence faite aux femmes, les accidents de circulation, la surcharge dans le transport, le droit à la liberté, l’émigration clandestine, la paix, etc.

Le ministre de la Culture, impressionné par la qualité des productions, souligne que cette initiative vise à susciter auprès des jeunes élèves le goût à l’art et à la créativité. Après avoir visité le travail des élèves, Abdou Latif Coulibaly a dit à l’endroit des écoliers : « Vous avez montré votre talent et toute votre créativité ».

Le ministre de la Culture s’est dit convaincu que cette activité va participer de fort belle manière à la revitalisation de l’enseignement artistique au Sénégal et qu’à travers cette magnifique exposition, son département et ses partenaires ont pris la pleine mesure de l’importance réelle de l’enjeu pédagogique, social et culturel de l’enseignement artistique.

Le ministre a salué l’esprit partenarial noué à cette occasion entre les ministères de la Culture et de l’Education nationale, qui devrait ouvrir des perspectives nouvelles dans le domaine de l’enseignement des arts.
Pour avoir réalisé ses belles œuvres, les élèves ont été primés par les organisateurs et ont reçu leurs récompenses des mains du ministre de la Culture. C’est ainsi que le 1er Prix est allé à Magatte Ndiaye du lycée John Fitzgerald Kennedy, le deuxième Prix est remporté par Astou Thiaw du lycée Limamou Laye ; alors que le troisième Prix échoit à l’élève Arame Ngom du Collège d’Enseignement moyen Pionniers du Syndicalisme de Rufisque. Toutes ont reçu un lot de livres offerts par la Direction du livre et de la lecture.

Assane DIA
(Correspondance particulière)

 

Après la montée des marches de 82 femmes pour l'« égalité salariale » entre hommes et femmes dans le cinéma samedi à Cannes, 16 actrices françaises noires et métisses (mulâtresses) ont fait de même mercredi pour dénoncer la sous-représentation des personnes « noires » dans le 7e Art en France.

Emmenées par Aïssa Maïga, la comédienne à l’origine d’un livre collectif « Noire n’est pas mon métier », les actrices françaises ont été accueillies en haut des marches du Palais des festivals par la chanteuse burundaise Khadja Nin, membre du jury de la 71e édition. Pour les photographes, les seize femmes, parmi lesquelles Eye Haidara, Sonia Rolland ou Firmine Richard, ont aussi levé le poing avant de rentrer dans la salle pour la projection du film « Burning » du Coréen Lee Chang-dong.

Pour cette montée des marches symbolique, elles étaient habillées par la maison Balmain, dont le directeur artistique, Olivier Rousteing, est lui-même métis et attaché aux questions de diversité dans la mode.
« Malheureusement pour moi, il ne m’a été que trop facile de reconnaître (dans le livre) les commentaires désobligeants, l’ignorance et la discrimination qu’elles ont dû affronter durant leur carrière », a témoigné le créateur dans un communiqué.

Dans cet ouvrage, présenté avant le Festival, ces 16 actrices épinglent, citations à l’appui, les clichés et plaisanteries douteuses voire carrément racistes entendues dans l’exercice de leur métier en France.
« Heureusement que vous avez les traits fins », « vous parlez africain ? », « trop noire pour (jouer) une métisse », « pas assez africaine pour une Africaine » : telles sont les réflexions entendues par exemple par Nadège Beausson-Diagne (Bienvenue chez les Ch’tis, Brillantissime).

Cette mobilisation n’aurait sans doute pas eu lieu sans le phénomène #MeToo et la libération de la parole des femmes après le scandale Harvey Weinstein, le producteur hollywoodien accusé de harcèlement sexuel voire de viols par près d’une centaine d’actrices, stars comme débutantes. « J’ai été imprégnée par l’air du temps », a indiqué à l’Afp Aïssa Maïga, elle-même d’origine sénégalaise.
La comédienne estime notamment que les quotas pourraient « peut-être devenir une des voies possibles » pour lutter contre la sous-représentation, voire « l’invisibilité » des personnes de couleur à l’écran, et ce même si « le mot fait réagir de façon épidermique ».
(AFP)

Les quotas, une des voies
possibles selon Aïssa Maïga

Au-delà de cette montée des marches symbolique à Cannes, qu’attendez-vous ?
« On ne souhaite pas faire d’effet d’annonce, que ce mouvement soit un soufflé, qu’il retombe après avoir fait beaucoup de bruit. Ce qui nous intéresse, c’est d’instaurer le dialogue avec les gens qui font le cinéma, depuis le scénariste au financier en passant par le producteur, le réalisateur, le directeur de casting. On doit être dans un rapport plus rationnel, plus pragmatique, moins passionné, avec tous les gens du métier, même ceux qui ne sont pas issus de la diversité, car il y a des mots qui font réagir de façon épidermique, sans que l’on passe par la case débat, par exemple le mot quota, que je ne défends pas spécifiquement, mais qui peut peut-être devenir une des voies possibles. »       

 

La 17ème édition du concours mondial « Pont vers le chinois » a eu lieu, hier, à l’Institut Confucius de l’Ucad. Placé, cette année, sous le thème « Un monde, une famille », la finale sénégalaise de cette compétition a été remportée par l’étudiant Sano Badji.

La 17ème édition du concours international « Pont vers le chinois » a primé, hier, l’étudiant sénégalais Sano Badji, à l’Institut Confucius de l’Ucad. Mis à épreuve de la langue chinoise et des connaissances sur la culture chinoise par le discours thématique, la représentation culturelle et les questions-réponses, pendant une dizaine de minutes, les 10 candidats présélectionnés ont rivalisé de talent et d’ardeur  à travers des présentations remarquables et prestations sur la culture chinoise. Ils ont ébloui et fasciné les spectateurs et les membres du jury  par leur prouesse dans leur spectacle artistique et par la maîtrise de la langue chinoise.

A l’issue, la compétition a été remportée par l’étudiant Sano Badji. Sa prestation musicale en langue chinoise a marqué plus d’un, emportant ainsi toute la salle dans une effervescence. Suivront Mohamed Cissoko classé 2ème, et la 3ème place revient à l’étudiant Benjamin Sambou. Ils ont reçu respectivement leur prix des mains de l’ambassadeur de Chine au Sénégal, Zhang Xun, de la directrice des Affaires académiques et juridiques, Aminata Ndiaye et de Pierre Sarr, représentant du recteur de l’Ucad.

Présidant pour la troisième fois la finale sénégalaise de ce concours, l’ambassadeur de Chine au Sénégal, Zhang Xun, s’est dit satisfait de la maîtrise de mieux en mieux des candidats de la langue chinoise. « Je constate également une connaissance davantage approfondie sur la culture chinoise. A cette occasion, je tiens à remercier le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ainsi que l’Ucad pour leur soutien agissant à l’enseignement du chinois et également tous les enseignants de l’Institut Confucius pour leur dévouement », a dit son Excellence Zhang Xun. Aux candidats, il leur a adressé ses vives félicitations pour avoir montré aux spectateurs le charme de la culture chinoise par des présentations remarquables. A l’en croire, la langue chinoise est la cristallisation de la sagesse de la civilisation chinoise. « Maîtriser  la langue chinoise est un atout important. A l’heure actuelle, la coopération d’amitié et de bénéfice mutuelle entre la Chine et le Sénégal font face à d’importantes opportunités de développement », a souligné l’ambassadeur chinois. Non sans inviter les lauréats à devenir les messagers de la culture chinoise, acteur de la coopération bilatérale et contributeur de l’amitié sino-sénégalaise.

Très ému de remporter cette finale nationale du concours « Pont vers le chinois », l’étudiant Sano Badji dit être satisfait des cours dispensés au niveau de l’Institut Confucius de l’Ucad. « Nos cours sont intéressants. Nous faisons des matières orales et écrites sur la culture chinoise. Imaginez, j’ai suivi ces cours juste pendant un an et demi pour pouvoir participer aujourd’hui à ce concours », a confié Sano Badji.

Maguette Guèye DIEDHIOU

 

Un biopic sur Valdiodio Ndiaye, pour offrir aux jeunes générations les valeurs de dignité, de tolérance et d’humanisme incarnées par cet avocat, célèbre homme politique sénégalais, disparu le 05 mai 1984, c’est le projet porté par sa fille, Amina Ndiaye Leclerc, déjà réalisatrice en 2000 d’un film documentaire intitulé « Valdiodio Ndiaye, L’Indépendance du Sénégal ».

05 mai 1984-05 mai 2018. Il y a trente-quatre ans que disparaissait l’ancien avocat et ministre sénégalais Valdiodio Ndiaye. Pour la commémoration de cette date, aujourd’hui, samedi, une cérémonie sobre sera organisée à Kaolack, la ville dont il fut le maire et où un grand lycée et une avenue portent son nom. Sa famille, ses enfants ont d’ailleurs en projet d’ériger sa maison natale à Kaolack, en bibliothèque-médiathèque.

Une sorte de Maison de la Culture pour les jeunes, selon sa fille Amina Ndiaye Leclerc, réalisatrice en 2000, d’un film documentaire « Valdiodio Ndiaye, l’Indépendance du Sénégal ».

Amina Ndiaye dit porter le scénario d’un biopic sur son père. « Je veux réaliser ce biopic, une fiction dans laquelle un enfant racontera cette histoire de souffrance, de tragédie. Un film qui s’inscrira dans une vérité intemporelle », a confié la fille de Valdiodio Ndiaye, qui était âgée de dix ans, en 1962, quand son papa fut arrêté puis emprisonné l’année suivante à la suite d’un procès pour « tentative de coup d'État ».

Une crise politique au Sénégal qui a débouché sur l’emprisonnement du président du Conseil, Mamadou Dia, et de plusieurs de ses ministres, dont Valdiodio Ndiaye. La famille de ce dernier, sa femme Claire et ses quatre enfants sont alors expulsés à Carcassonne, en France, d’où est originaire l’épouse du ministre sénégalais.

Sans verser dans la « revanche », Amina Ndiaye Leclerc, dont deux de ses frères Karim et Guedel Ndiaye, ainsi que leur maman âgée de 94 ans vivent aujourd’hui à Dakar, veut raconter l’arrestation, puis le « procès inique » et les douze années de prison vécues par son papa. Même si l’on a plusieurs fois évoqué, en vain, un procès de réhabilitation de Valdiodio Ndiaye et de Mamadou Dia avec leurs compagnons, graciés puis libérés en 1974, Amina Ndiaye Leclerc tient à réunir des fonds pour produire ce film à la mémoire de son père.

Elle dit vouloir montrer aux jeunes « comment Valdiodio Ndiaye est sorti avec dignité, grandi de cette épreuve ».

Ce film, explique-t-elle, sera pour véhiculer les messages de tolérance, de paix, d’humanisme ; cette force et cette foi, incarnées par Valdiodio Ndiaye durant tout le long de son isolement dans sa cellule de prison, à Kédougou.

Mais, en attendant la réalisation prochaine de ce biopic, l’histoire du Sénégal, voire de l’Afrique, retient de Valdiodio Ndiaye l’auteur du  discours mémorable adressé au président français d’alors, le général De Gaulle, sur la Place Protêt de Dakar, le 26 août 1958 à la veille du référendum du 28 septembre de la même année. « Il ne peut y avoir aucune hésitation, la politique du Sénégal, clairement définie, s’est fixée trois objectifs qui sont dans l’ordre où elle veut les atteindre : l’indépendance, l’unité africaine et la confédération », avait alors martelé Valdiodio Ndiaye devant le général De Gaulle et des milliers de personnes rassemblées autour de la Place devenue depuis, « Place de l’Indépendance ». Ce sont ces valeurs incarnées par cet homme qu’Amina Ndiaye Leclerc veut montrer aux jeunes générations.

Omar DIOUF

 

Le rappeur Marouf « Dieuf dou wax », Mamadou Diallo à l’état civil, vient de sortir un single titré « Femme d’Afrique ». C’est en prélude à son premier album « Made in Sénégal » dont la sortie est prévue, en 2018. Ce morceau, ode à la femme, met en lumière un grand talent artistique d’une certaine fraîcheur.

Marouf est de ceux que la passion mène vers les berges des rencontres espérées. Elle le guide, le stimule et lui donne cette sensation profonde d’accomplir un devoir dont il ne peut se dispenser. Quand, vers la fin des années 1990, le foisonnement de groupes de rap aiguillonne les adolescents, le jeune Mamadou Diallo, issu d’une réputée famille religieuse de Bignona, sa terre de naissance, s’est donné un rendez-vous avec la musique. Les flows de Didier Awadi, Daddy Bibson et Ndongo-D qu’il se plaisait à débiter lors des « foureuls » de son quartier l’excitent davantage. « J’étais particulièrement fasciné par ces aînés. Dakar, où je passais mes vacances, se souvient-il, était comme un terreau où je me régénérais avant de repartir à Bignona particulièrement enthousiaste » ; ardeur qu’il partage avec les amis de son terroir où il se fait une petite notoriété au grand dam de son grand-père, imam d’une mosquée, qui ne voulait que rien ne compromette les études du bon potache. Pourtant, le rap ne le distrait point à l’école malgré la flamme intérieure qui l’habite.

En 1996, l’entreprenant bonhomme crée, avec quelques « impertinents garçons », pour faire référence aux quolibets de l’époque, son premier groupe de rap, « Boul Xaddi ». Ce qui fait de l’ancien élève de l’Ecole Etoba, un des pionniers du mouvement hip hop dans cette partie de la Basse Casamance. Cette formation fait long feu. Il en forme une autre, en 1999, avec une bande de copains, le New king of Rap in Bignona (Nkrb). Après l’obtention du baccalauréat, en 2004, Marouf est orienté au département de Français de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Ici, les possibilités s’élargissent. Le dynamique Casamançais se pose au quartier Grand Yoff où, avec des étudiants habités par la même passion, il crée le groupe « Dieuf dou wax » qui a rencontré bien des fortunes. Il remporte le Prix du meilleur groupe de rap de Grand Yoff. Il est aussi désigné meilleur groupe de hip hop urbain choisi pour représenter le Sénégal en Guinée Bissau.

Pour des convenances et orientations personnelles, certains membres de « Dieux dou wax » se frayent une autre voie. L’ancien animateur de la radio Ndef leng Fm de Dakar se décide alors à poursuivre seul le rêve dans la foi en son art et en son génie. Un single, « Femme d’Afrique », qu’il vient de sortir, est le fruit de son abnégation. « Dans cet avant-goût, je rends hommage à la femme africaine pour ce qu’elle représente, pour sa contribution essentielle dans notre récit commun, pour avoir mis au monde des hommes que la littérature nationale célèbre », confie-t-il, le ton serein, les yeux remplis de fierté. Ce morceau peint la brave femme de « Kalahari au Sahara, de l’empire Zulu au royaume de Soundiata » avec des lyrics d’inspiration poétique déclamés dans des langues d’ici et d’ailleurs. C’est d’ailleurs l’une des particularités de Marouf. Sa musique est plurielle parce qu’il est le produit de plusieurs cultures.

« FEMME D’AFRIQUE »
« Femme d’Afrique » n’est que le « héraut » de mélodies rafraîchissantes à venir, son premier album, « Made in Sénégal », qui devrait sortir cette année. « J’y affirme mon identité parce qu’il me paraît essentiel de la décliner en tant qu’Africain et Sénégalais porteur d’un rêve et vivant avec ses appréhensions. Je fais une musique adossée à nos rythmes sans refuser toutefois d’en emprunter », promet-il. Le Jambadong, sonorité de son royaume d’insouciance, y résonne. Ses connaissances musicales acquises grâce à ses diverses formations dans les métiers de la musique constituent, dans ce sens, un atout considérable.

Le fondateur de Pro Events Business, une structure de communication et d’événementiel productrice de son prochain album, est un homme entreprenant guidé par son altruisme. Il prévoit de lancer deux festivals. Le premier, le Festival international des musiques urbaines de la Francophonie organisé à Dakar, et le second, Casamance musique urbaine, abrité par Bignona, promeuvent la culture et les valeurs de civisme. Ses prouesses sont en cours.


Par Alassane Aliou MBAYE

 

Danseuse et chorégraphe professionnelle, Gacirah Diagne fait partie des icônes de la danse aussi bien au Sénégal qu’à l’étranger. Après une bonne trentaine d’années d’expérience, Gacirah reste aujourd’hui une femme très déterminée et engagée pour la promotion de la danse avec l’Association “Kaay fecc”, héritée en 2001 de Marianne Niox, Jean Tamba, Honoré Mendy et Nganti Towo. Elle a également fait de l’épanouissement et de la réussite de la jeune génération dans la danse et les cultures urbaines son véritable cheval de bataille. Retour sur sa carrière.

Formée à toutes les techniques de danse, danse traditionnelle africaine, classique et contemporaine, Gacirah Diagne a su transformer son rêve d’enfance en réalité professionnelle. Teint clair aux cheveux ondulés et crépus et au silhouette svelte, cette dame est devenue, au fil des années, une danseuse professionnelle comme elle l’a toujours rêvé d’ailleurs depuis son tendre enfance. « J’ai commencé à danser toute petite. J’ai dit à ma maman qui est Somalienne que je veux danser. Comme mes parents avaient une fibre artistique, ils m’ont vite encouragée dans cette voie », confie-t-elle. Toutefois, cette passion pour la danse ne lui a pas empêché de faire des études. Gacirah Diagne a su décrocher son baccalauréat de la série D pour s’inscrire dans une université à New York. Mais, il se trouve que la passion pour la danse la rattrapera et l'a vite prise dans ce pays de l’oncle Sam. Elle finira par arrêter ses études pour mener une belle carrière de danseuse.
«

Une de mes premières initiatrice à la danse, c’est Germaine Acogny du temps de son école à rue Raffenel dans les années 1980. J’ai vécu aussi une partie de ma vie à l’étranger, en France et aux Etats-Unis où j’ai été formée dans plusieurs techniques de danse. « J’ai également eu la chance de fréquenter l’école de danse d’Alvin Ailey de New York, un très grand chorégraphe américain et surtout d’avoir accès à des studios qui donnaient d’autres types de technique », informe Gacirah Diagne.

Patriote et très attachée à son cher pays le Sénégal et son terroir Louga, Gacirah Diagne décide de rentrer au bercail. A son retour, une autre carrière et vie professionnelle dans le domaine de la danse l’attendait.

Festival “Kaay Fecc”
En 2001, auprès de Marianne Niox, Jean Tamba, Honoré Mendy et Nganti Towo, d’autres portes et opportunités s’offraient à la danseuse au sourire contagieux. Gacirah Diagne raconte : « De retour au Sénégal, j’ai rencontré les organisateurs du Festival Kaay Fecc. A l’époque, j’étais venue travailler pour une structure culturelle américaine qui avait un événement avec un focus sur la danse et les chorégraphes africains ou d’origine africaine et qui voulait étoffer leur programmation. Et c’est comme cela que j’ai rencontré l’Association Kaay Fecc et j’ai fini par m’impliquer dans l’organisation du festival. En tant que danseuse juste après, c’était naturel pour moi d’intégrer l’équipe Kaay fecc après la première édition du Festival Kaay Fecc, en 2001 ». A l’en croire, au départ, c’était pour mettre une plateforme pour la danse et montrer les créations chorégraphiques qui se faisaient dans la danse, particulièrement dans la danse contemporaine, et l’ouvrir à toutes les autres formes de danse. « D’ailleurs, c’est pour cela que nous avons dénommé le festival, festival international de toutes les danses », dit-elle. Depuis qu’elle en a les rênes, Gacirah a su rehausser le festival Kaay Fecc qui est à sa 9ème édition. Son objectif est de rendre les danseurs maîtres de leur art pour en vivre dignement. Pour la présidente de l’Association Kaay Fecc, construire une carrière de chorégraphes, de danseurs nécessite beaucoup de sacrifices. Il faut travailler dur et se faire respecter surtout du côté des femmes. Car, soutient-elle, il y a des gens qui ont une mauvaise perception de la danse. « D’aucuns pensent que lorsque vous êtes danseuse, vous êtes une fille facile. Mais, il faut se battre et savoir répondre dans ces cas-là, surtout être sincère, digne dans ce qu’on est et se faire respecter pour pouvoir rassurer les parents », argue-t-elle. Non sans préciser qu’  aujourd’hui, l’important avec cette association, c’est qu’ils progressent. « Nous avons de bons danseurs malgré l’adversité. Une génération de chorégraphes et de professionnels, que ça soit dans la danse traditionnelle, contemporaine et la danse hip hop. Il y a des avancés certes, mais nous continuons à nous battre, à faire des sacrifices pour qu’il y ait plus de créations chorégraphiques de qualité et également plus de  jeunes qui gagneraient leur vie dans la danse », rassure Gacirah Diagne.

En ce sens, elle compte aider les jeunes pour qu’ils puissent s’ouvrir et se confondre aux autres. Parce que c’est comme cela qu’on construit son expérience. Et cette ouverture commence au niveau national puis sur le plan international.

Promotion des cultures urbaines
Infatigable, Gacirah Diagne est aussi très engagée pour la promotion des cultures urbaines. Ancienne conseillère en « Cultures urbaines » au ministère de la Culture, elle fait actuellement partie des administrateurs de la Maison des Cultures urbaines de Dakar, récemment inaugurée à Ouakam. Elle en est la responsable du pôle Danse. Elle explique son engagement par le fait que la jeunesse soumet un besoin. « Et je me dis, il faut les soutenir, les encadrer, les accompagner. Nous ne connaissons pas toute la science. Mais ce nous savons, nous le partagerons. Car, à ces jeunes, il faut leur donner de la motivation, de l’espoir et il faut qu’ils arrivent à prendre en charge leur secteur, à se responsabiliser dans cela, comme dans tous les autres corporations », affirme-t-elle. Et de poursuivre, « certes, en ce sens, un fonds d’aide  a été octroyé aux cultures urbaines. Mais, il n’est pas suffisant car cette subvention est ouverte à toutes les disciplines. Nous sommes chargés de la danse au niveau de la Maison des cultures urbaines qui est en train de construire un studio de danse. Nous sommes sur le terrain et nous faisons en sorte que les conditions soient meilleures pour les danseurs et les autres disciplines des cultures urbaines ».

 

La 11ème session du Comité permanent pour l’information et les affaires culturelles (Comiac) de l’Organisation de la coopération islamique (Oci) a été officiellement ouverte, hier, par le président de la République. Macky Sall a insisté sur l’éducation pour lutter contre l’ignorance et l’obscurantisme.

« Education et culture comme vecteurs de paix, de développement et de rapprochement des peuples ». Tel est le thème de la 11ème session du Comité permanent pour l’information et les affaires culturelles (Comiac) de l’Organisation de la coopération islamique (Oci) dont la cérémonie d’ouverture a été officiellement présidée, hier, par le Chef de l’Etat sénégalais. Selon Macky Sall, parallèlement au thème de la session de cette année, « ensemble nous devons raviver les idéaux de solidarité, de fraternité et de coexistence pacifique qui renforcent le sentiment d’appartenance de nos peuples à une seule et même communauté au-delà de leur diversité ».

D’après le président de la République, l’éducation en tant que source du savoir fait corps avec l’Islam. Cela, en éclairant l’esprit du croyant et en l’éloignant des ténèbres de l’ignorance et de l’obscurantisme. « Dès le début de la révélation, le savoir a été érigé en obligation pour le musulman avant même d’être une nécessité sociale. L’injonction divine d’apprendre pour savoir est faite au Prophète Mohamed (Psl) dans le tout premier verset du Coran « Iqra », a-t-il souligné, ajoutant que le Prophète lui-même exhortait ses compagnons à la quête du savoir jusqu’en Chine. Le Président Sall s’est voulu formel : « Le savoir est la seule arme des Oulémas pour rallier les croyants sur le droit chemin ». Et c’est pourquoi « l’Islam a toujours su allier le culte de Dieu, le libre arbitre et l’exercice de la raison ». Sur ce point, il a rappelé les nombreux savants musulmans qui ont enseigné les mathématiques, la chimie, la physique, la philosophie, les arts et les lettres, la médecine… Aussi, a fait savoir Macky Sall, les femmes jouaient un rôle « actif » dans l’éducation et la diffusion du savoir dès les premières heures de l’Islam.

Coexistence pacifique des peuples
Comiac 11 2Pour preuve, il a cité l’épouse du Prophète Mouhamed(Psl), Aïcha qui, d’après Urwa ibn al-Zubayr, connaissait parfaitement le Coran, le licite et l’illicite, la poésie, le récit des arabes et les généalogies. « Ibn Asakir, auteur du célèbre Tarikh « Dimashq », l’histoire de Damas en 80 volumes, comptait, selon son propre récit, plusieurs enseignantes dans ses travaux de recherche. Je rappelle aussi que c’est une femme, Fatima El Fihryia qui construisit, au 9ème siècle, l’université Qarawiyyîn à Fès au Maroc… », a-t-il indiqué. Parmi les autres éléments historiques cités par le Chef de l’Etat et qui illustrent le rayonnement culturel et scientifique du monde musulman figurent les maisons de la sagesse « le Bayt al-Hikma Abbasside » de Bagdad, l’Université Al-Azhar du Caire, Tombouctou au Mali ou encore l’Université de Pire au Sénégal.

« Dans ce legs où brille la lumière flamboyante du savoir, il ne peut y avoir de place pour l’obscurantisme, le radicalisme et la violence. L’Islam, religion du juste milieu, exalte la modération, le respect du prochain et la coexistence pacifique des peuples », a précisé le président de la République. D’ailleurs, ajoute-t-il, c’est en connaissance de cause que le Prophète (Psl), porteur du message de l’Islam et qui connaît le mieux cette religion que quiconque, a permis à une délégation de chrétiens venus de Najran de prier dans sa propre mosquée. Aussi, a poursuivi Macky Sall, c’est à bon escient qu’il a édifié la charte de Médine, en 622, reconnaissant aux différentes communautés religieuses de la cité le plein exercice de leurs droits et libertés individuelles et collectives.

« Cette même tradition de coexistence pacifique multiconfessionnelle a prévalu en Andalousie à l’époque des souverains musulmans et dans l’empire Ottoman. C’est le même esprit de bon voisinage interreligieux qui a marqué la cérémonie d’inauguration de la Cathédrale du souvenir africain de Dakar 1935 quand Cheikh Moussa Camara, un des plus éminents historiens de l’Islam au Sénégal y représenta l’ensemble des guides religieux musulmans des territoires de l’Afrique occidentale française d’alors », a-t-il rappelé. Ces exemples montrent, aux yeux du Chef de l’Etat, que l’Islam, par ses enseignements et sa pratique, a toujours été et reste une religion de paix, de tolérance et de respect du prochain.

Revitaliser l’image de l’Islam des origines
Face aux préjugés et dissimulations qui dénaturent actuellement la perception de l’Islam notamment en Occident, le président de la République a indiqué que « notre défi est de revitaliser cette image de l’Islam des origines face au radicalisme et contre toutes les dérives islamophobes ». A son avis, il urge d’investir davantage dans l’éducation, la formation et l’emploi des jeunes.

Lesquelles jeunes constituent, d’après le président, la cible privilégiée des mystificateurs et des manipulateurs de conscience. Il a appelé les pays membres à soutenir les programmes de l’Oci en matière d’éducation et d’échanges dans le domaine de l’enseignement, de la recherche et de la formation professionnelle.

« Je me réjouis de la longue tradition de coopération entre le Sénégal et les pays du Maghreb. Depuis des années, notre pays envoie des étudiants dans ces pays amis et forme en retour des étudiants maghrébins notamment en médecine. C’est un bon exemple de ce que nous pourrons réussir ensemble dans un esprit de complémentarité solidaire », a dit Macky Sall, pour qui la quête du savoir par l’éducation et la culture de la paix comme facteurs de rapprochement des peuples est une œuvre de longue haleine. Cela, conclut-il, doit « nous motiver davantage à persévérer dans l’effort pour réaliser nos idéaux communs ».

Par Ibrahima BA et Maguette Guèye DIEDHIOU

PROMOTION DE LA TOLERANCE, DU DIALOGUE INTERCULTUREL : LES MODALITÉS DU PRIX DE L’OCI POUR LES MÉDIAS FINALISÉES
Sg OciL’Organisation de la coopération islamique (Oci) vient de finaliser les critères et modalités du Prix international dédié aux médias. D’après, Dr Youssef Bin Ahmed Al Othaimeen, secrétaire général de l’Oci, ce prix est décerné aux médias et professionnels qui se sont distingués dans la promotion de la tolérance, de l’harmonie et du dialogue interculturel.

Le secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique (Oci), Dr Youssef Bin Ahmed al Othaimeen, a annoncé le lancement du Prix international dédié aux médias et aux professionnels des médias les plus méritants, dont les critères et modalités ont été finalisés, le lundi 14 mai à Dakar par le Comité ad hoc chargé du suivi du lancement du prix. « C’est au cours de la 11ème session de la Conférence islamique des ministres de l’Information, tenue à Djeddah en décembre 2016, qu’une résolution a été, en effet, adoptée visant à créer un prix international pour honorer les médias et les hommes des médias qui se distinguent dans la promotion de la tolérance, de l’harmonie et du dialogue interculturel », a-t-il rappelé.

Le comité ad hoc chargé du suivi du lancement du Prix international, a expliqué M. Othaimeen, a tenu trois réunions successives afin de finaliser les conditions et les procédures d’attribution du Prix, dont la dernière s’est tenue à Dakar, le 14 mai et au cours de laquelle les critères et modalités du Prix ont été finalisés. « Nous espérons que le lancement effectif du Prix aura lieu très prochainement avec le soutien des Etats membres et des institutions de l’Organisation », a fait savoir le secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique.

Dans le domaine culturel, Dr Youssef Bin Ahmed al Othaimeen a indiqué qu’ils ont continué à suivre de près les résultats des 9ème et 10ème sessions qui ont pris des décisions importantes pour faire de la culture une passerelle permettant de mettre à niveau les outils de la coopération entre les Etats.

« L’Organisation de la coopération islamique a pris de son côté des mesures concrètes, en invitant les institutions spécialisées à lancer un plan d’actions pour l’exécution de la stratégie culturelle dans le monde musulman et son actualisation périodique afin d’en garantir la mise en œuvre dans sa nouvelle version dûment revisitée et amendée dans un souci d’une plus grande efficacité », a-t-il informé. Non sans rappeler au monde musulman, la nécessité de protéger et de promouvoir leur riche patrimoine culturel.

A Dakar, le secrétaire général de l’Oci a fait part des nouveaux programmes et projets lancés par l’organisation tels que la Semaine culturelle de l’Organisation de la coopération islamique pour l’accès aux jeunes musulmans dans le monde musulman et au sein des communautés musulmanes dans ceux non musulmans.

Le secrétaire général de l’Oci n’a pas manqué pas de saluer les efforts du président de la République Macky Sall pour faire évoluer les activités du Comité permanent, dont la plus récente et louable initiative aura été la mise en place d’un Bureau national de coordination pour le Comiac dans un siège séparé et la nomination de l’ambassadeur Cheikhou Omar Seck en qualité de directeur de ce Bureau.

M. Seck supervise les travaux du Comiac et s’occupe de deux dossiers vitaux que sont les Médias et la Culture, deux domaines qui revêtent indéniablement une importance primordiale pour les Etats membres et les peuples de la Oummah islamique.

Par Ibrahima BA et Maguette Guèye DIEDHIOU

SITUATION À GAZA (PALESTINE) : LE PRÉSIDENT MACKY SALL APPELLE À METTRE UN TERME À LA TRAGÉDIE
Le Sénégal n’a pas attendu longtemps pour réagir sur la situation à Gaza, en Palestine, où plusieurs dizaines de morts ont été enregistrées, lundi, lors de l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem. Le Président Macky Sall a condamné cette violence, tout en appelant la Oumah islamique et les Nation unies à mettre un terme à cette tragédie. « Nous tenons nos assises dans un contexte d’émotion fortement exacerbée par la situation que vivent nos frères et sœurs palestiniens et rohingyas de la Birmanie pris dans l’étau infernal de la violence. J’appelle instamment la Oumah islamique et les Nations unies à se mobiliser pour mettre fin à ces tragédies humaines », a dit le Chef de l’Etat. « Je réaffirme notre ferme attachement au droit légitime de nos frères et sœurs de Palestine à un Etat indépendant et souverain avec Al Quods-Al Charif comme capitale conformément aux résolutions pertinentes des Nations unies y compris celles relatives au statut de Jérusalem », a-t-il ajouté.

Dans le même sens, le Président Sall pense également à « tous les pays frères meurtris par le fléau du terrorisme et de la guerre ». Selon lui, la « Oumah ne peut être en paix quand un seul de ses membres sombre dans la guerre ; quand des vies humaines continuent d’être abrégées et des familles entières dévastées par le deuil et la souffrance ».

Par Ibrahima BA et Maguette Guèye DIEDHIOU

Après avoir révélé au monde son talent littéraire, sa sensibilité, Ndèye Fatou Kane ré-enchante au moyen d’un essai, publié aux éditions L’Harmattan, ainsi intitulé : « Vous avez dit féministe ». Elle s’y est employée, avec une grande maturité d’esprit, à revisiter des écrits d’illustres femmes de lettres d’ici et d’ailleurs et de divers instants pour accéder au sens de leurs combats pour la cause féministe ou féminine et fixer l’horizon nouveau que devrait embrasser le féminisme, vocable très chargé de préjugés et de mythes.

La prouesse de Ndèye Fatou Kane est d’être parvenue, dans « Vous avez dit féministe ? », à concilier la démarche scientifique de l’intellectuelle qu’elle est et le plaidoyer en faveur de la femme que lui impose son engagement actif et altruiste. Le style y est accessible et le verbe précautionneux. Le génie de cette jeune auteure, déjà riche de deux autres ouvrages bien accueillis par la critique, s’exprime aussi dans sa faculté de décloisonner son objet de réflexion qui, en tant que fait social, implique des connaissances pluridisciplinaires et un recours permanent au substrat culturel, aux spécificités des ensembles qui dévient des trajectoires de vie, accablent ou célèbrent le « sexe faible ».
Alliant talent et rigueur et dissipant tout soupçon sur un probable révolutionnarisme féministe incommodant, la petite-fille de l’honorable Cheikh Hamidou Kane fournit un monceau d’informations utiles à la compréhension, d’une part, de l’engagement pour la cause des femmes, et d’autre part, du féminisme rempli de mythes et empreint de préjugés. « Vous avez dit féministe ? » est moins une interrogation qu’une transmission d’une littérature de résistance et une observation sociologique probablement aiguillée par un militantisme raisonnable.

Une part d’elle
Ndèye Fatou Kane partage, en effet, quelques-unes de ses lectures ayant trait à la condition des femmes et y pose un rafraîchissant regard qui ne se laisse assombrir ni par la fascination ni par la réprobation. L’originalité de cette œuvre capitale -et ce n’est point-là un dithyrambe- se trouve aussi dans le fait que l’auteure passe d’un univers à un autre sans désarticuler son raisonnement, sans se livrer à des comparaisons extravagantes. Il lui est autant aisé de faire référence aux « Linguères » du Sénégal au temps du matriarcat que de convoquer le Women’s Liberation Movement avec une bonne lecture des usages de chaque société. Pour accomplir cette prouesse, Ndèye Fatou Kane convoque les écrits de quatre femmes de lettres que sont la Française Simone de Beauvoir, la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie et les Sénégalaises Awa Thiam et Mariama Bâ. Elle s’est intéressée à l’ouvrage de Simone de Beauvoir, « Le deuxième sexe », pour y déceler « des thèses un tantinet extrêmes » mais surtout ce « désir d’une femme de s’affranchir des codes parfois oppressants d’une société française peu encline à l’émancipation des femmes ». En ce qui concerne la réflexion de Chimamanda Ngozi Adichie, l’auteure de « Le malheur de vivre » en a touché un mot au lecteur pour sa « dose de fraîcheur… et son discours axé autour du duo féminisme, mais aussi féminin ». La « photographie » de la société sénégalaise réalisée par Awa Thiam, à travers son ouvrage « La parole aux négresses », a guidé le choix de Ndèye Fatou Kane qui y voit « une véritable fresque socioculturelle et cultuelle ». Il en a été de même de la « radioscopie » faite par la romancière, Mariama Bâ, à travers « Une si longue lettre » et « Un chant écarlate ». L’œuvre intellectuelle et les actions déterminantes de cette dernière ont posé, aux yeux de l’auteure, « les jalons d’une pensée féminine ancrée dans la modernité et au fait des combats à mener ».

« Vous avez dit féministe ? » crée ainsi un dialogue entre cette jeune auteure et ses illustres devancières d’un autre contexte qui, finalement, n’est pas si différent du temps de cet ouvrage. Les réalités se construisent avec d’autres mots, avec d’autres individualités, mais le sort des uns et des autres est loin d’évacuer les questions que se posaient ses réputées auteures d’où la pertinence du travail de Ndèye Fatou Kane. Ce propos suivant est d’elle : « Les enjeux du vingt et unième siècle autour du féminisme devraient tourner autour d’un changement de paradigme, de façon que chaque fois que le vocable féminisme est prononcé, l’on ne détourne pas la tête… Tel devrait être notre combat, nous jeunes femmes de la génération Y ! ».

Ce regard critique est suivi d’une nouvelle intitulée « (In) certitudes » qui, dans une certaine mesure, en est le prolongement fictif. Car, elle est une effusion de… femme. On pourrait même y soupçonner quelques bribes de vies de Ndèye Fatou Kane, une part d’elle ou, de manière plus aventureuse, des tourments d’une saison.

Alassane Aliou MBAYE

L’édition 2018 de Security Day dédiée à la cybersécurité s’est ouverte, hier, à Dakar. L’objectif de l’événement est de promouvoir une vision et réponse commune face à ces nouvelles menaces, sécuriser les infrastructures et les réseaux, protéger les données des citoyens, accélérer la formation et la coopération internationale.

Sur le continent africain, l’Internet joue désormais un rôle déterminant tant pour les communautés urbaines que celles rurales. Aujourd’hui, l’accès aux Technologies de l’information et de la communication a aidé les populations à améliorer leur vie et à résoudre des problèmes liés, entre autres, à l’éducation, à la santé ou aux questions des droits de l’Homme. Toutefois, cette pénétration numérique à grande échelle exige une bonne maîtrise des questions de sécurité au niveau des Etats. L’édition 2018 de Securitay Day dédiée à la cybersécurité pose cette problématique afin de voir quelles peuvent être les politiques de sécurité pour assurer la souveraineté des Etats africains dans la transformation numérique. L’objectif est de « promouvoir une vision et réponse commune face à ces nouvelles menaces, sécuriser les infrastructures et les réseaux, protéger les données des citoyens, accélérer la formation et la coopération internationale ».

Pour Sidy Mactar Aidara, président-directeur général de Kubuk consulting, l’Afrique continue d’être la cible principale de la cybercriminalité avec une identité de données mal protégées, l’espionnage, la malveillance ou la simple indiscrétion informatique. Cet évènement annuel, a-t-il poursuivi, se veut construire une Afrique numérique et sécurisée. Une ambition qui ne peut être réalisée, a ajouté M. Aïdara, sans l’engagement de tous les acteurs. L’enjeu de la cybercriminalité est étroitement lié à l’identité des acteurs évoluant dans cet univers.

L’administrateur général de « Gaindé 2000 », Ibrahima Nour Eddine Diagne, pense que la notion d’identité est un élément clé pour pouvoir maîtriser la cybersécurité. L’évolution rapide des technologies a exposé à un certain nombre de dilemmes avec une incompatibilité avec les principes de la liberté. « Nous sommes à la croisée des chemins. L’éthique est remise en cause par les avancées techniques. Ce qui met en branle cette notion de cybersécurité », a-t-il expliqué. Selon lui, la configuration actuelle exige d’être ensemble pour éviter le chaos. Aussi, pour faire face à ce phénomène, il faut, aux yeux de M. Diagne, des compétences, de l’outillage, de la coopération et des normes pour rassurer l’utilisateur.

Confiance numérique
Au Sénégal comme presque un peu partout en Afrique, l’environnement du numérique reste caractérisé par son dynamisme et la diversité des acteurs. Pour consolider la souveraineté, a soutenu le directeur général de l’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie), « nos Etats devront s’assurer de toutes les garanties juridiques et réglementaires ». Mais également disposer des « outils de connaissance, des ressources et des capacités nécessaires afin d’éliminer les faiblesses et les vulnérabilités de nos systèmes d’information et prévenir les actes de cybercriminalité ».

Cependant, a souligné Cheikh Bakhoum, il reste encore beaucoup à faire pour concrétiser la vision fédératrice et mutualisée de la confiance numérique afin de maintenir une cohérence d’ensemble des politiques nationales et communautaires. « Ces nouveaux défis réclament une réponse adaptée qui concilie les impératifs d’exploitation de l’information, des mesures adaptées et des acteurs qualifiés pour une gestion efficiente de la sécurité et des questions de souveraineté… », a-t-il indiqué. M. Bakhoum a insisté également sur la nécessité de renforcer les synergies d’action entre les Etats et les actions conjointes de coordination. Rappelant les efforts du gouvernement dans le cadre de la lutte contre la cybercriminalité, le directeur des Technologies de l’information et de la communication, Cherif Diallo, a appelé à une véritable mise en œuvre des politiques de cybersécurité.

 


Un réseau d’experts pour sécuriser les données des institutions
A l’initiative de l’expert et consultant Chrysostome Nkoumbi-Samba, Afrik@cybersécurité est un réseau d’experts au sein des institutions. Il a été créé pour encourager, susciter, accompagner à la transformation numérique des institutions. D’après Nkoumbi-Samba, le réseau aide à la mise en place des politiques de sécurité. Il intervient et agit auprès des dirigeants des institutions africaines dans les processus de digitalisation de leurs activités. A travers son conseil stratégique, Afrik@cybersécurité aide à la sécurisation des technologies et des données numériques dans tous les secteurs d’activité. Il assure en même temps, la mise en œuvre opérationnelle des processus assurant la conformité réglementaire et normative.

Ibrahima BA

 

Les membres de l’Association des métiers de la musique au Sénégal (Ams) étaient en conclave hier, pour échanger et faire le suivi sur le processus de la négociation collective dans les métiers de la musique. Des initiatives pour la structuration du secteur et l’amélioration de la situation précaire des musiciens.

Après l’atelier de formation en techniques de négociation collective, l’Association des métiers de la musique du Sénégal (Ams) a ouvert, hier, une autre rencontre de cinq jours sur le suivi de cette négociation collective et sur la problématique d’égalité de genre au niveau du secteur de la musique. Selon le président de l’Ams, Daniel Gomes, c’est dans une logique de structuration du secteur de la musique et surtout d’amélioration de la situation précaire des musiciens qu’ils ont pris l’initiative d’organiser cet atelier en partenariat avec la Fédération internationale des musiciens (Fim) pour le suivi sur la négociation collective. A l’en croire, le premier atelier a permis de dresser une feuille de route, des résolutions ont été également prises.

« Aujourd’hui, ce sont ces résultats que nous allons prendre en compte pour faire le suivi sur cette négociation collective qui, certes, va prendre beaucoup de temps. Car elle requiert beaucoup d’autres négociations et de prise en charge des personnes de tous les secteurs », a-t-il dit. La rencontre a été également une occasion d’aborder la question genre dans le secteur de la musique pour permettre à ces femmes battantes et laissés en arrière-plan d’avoir les mêmes chances et de bénéficier du même traitement que les artistes masculins.

Présidant l’ouverture de cet atelier, le ministre de la Culture, Abdoul Latif Coulibaly, a salué cette initiative de l’Ams d’ouvrir cette rencontre d’échanges avec ses membres pour vérifier et suivre le processus sur la négociation collective. « Cette initiative est d’autant plus heureuse pour nous qu’elle participe à une action de modernisation et de professionnalisation du travail des musiciens », a-t-il indiqué. D’après Abdoul Latif Coulibaly, la filière musicale connaît d’importantes faiblesses relatives à la négociation de contrat individuellement, à l’absence totale de contrats pour tous les travailleurs et dans certains cas, ils ne sont même pas écrits. A l’en croire, l’absence totale de négociation collective a conduit à une paupérisation des musiciens qui, divisés, se voient imposer unilatéralement des tarifs de rémunération de plus en plus bas. D’où l’intérêt de l’obtention d’une convention collective.

A son avis, la négociation collective va aboutir nécessairement à la Convention collective qui a besoin, pour s’appliquer, d’un décret d’application du président de la République. « Je peux vous assurer que notre disposition à le faire est totale. Ce n’est que dans cette perspective que nous pourrons améliorer la filière musicale qui dispose énormément de talents », a rassuré le ministre de la Culture.

Maguette Guèye DIEDHIOU

 


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