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Arts et Culture (1244)

« Le Sang de Fanta » est la première pièce de théâtre du romancier sénégalais Mamadou Samb. Parue aux Editions Teham, cette œuvre aborde la thématique des castes et montre comment ce phénomène hérité de nos ancêtres peut constituer un handicap pour le développement de la société.

Nul doute que le mérite de Mamadou Samb n’est point l’originalité de la thématique qu’il aborde dans sa toute nouvelle et toute première pièce de théâtre  « Le Sang de Fanta ». Des livres traitant de la problématique des castes, il y en a par dizaines et il y en aura encore. Toutefois, le charme de cette pièce de théâtre, qui vient de paraître aux Editions Teham, c’est la singularité de l’approche de son auteur, mais également la nature de son vocabulaire.

Assurément le théâtre adoucit les mœurs, mais faudrait-il qu’il soit à la portée du grand public. C’est ce qu’a bien compris Mamadou Samb en optant pour une écriture simpliste et abordable pour rendre son théâtre accessible à tout le monde.
Dans cet ouvrage de 106 pages, chacun y trouve son compte. Le décor de la mise en scène, la nature et le caractère des personnages, leur attitude et réactions traduisent notre quotidienneté.

Un obstacle au progrès
« Le Sang de Fanta » montre comment la question des castes demeure encore dans nos sociétés en dépit du soubresaut de la modernité et l’influence religieuse. Cette pratique ancestrale et à la limite barbare continue à résister au temps qui passe. Des incidents dus à cette hiérarchisation sociale déchirent encore des familles entières, rompent des amours et contrecarrent toujours des lois. Ce que cherche l’auteur, c’est attirer l’attention sur une pratique servant toujours de fracture sociale au grand bonheur d’une élite.

Dans cette pièce de théâtre, la jeune Fanta (domestique devenue fille adoptive) a quitté, sur recommandation de son oncle (Danfa), son village pour la ville où elle sera reçue comme un membre à part entière de la famille de Adja Arame Diop. En fille modèle, elle s’occupe bien de la famille, en plus des tâches ménagères, jusqu’au jour où sa patronne engage une autre domestique pour s’occuper des travaux de la maison.

Adja Arame Diop veut voir Fanta le plus souvent à ses côtés, au magasin qu’elle gère avec dextérité depuis le décès de son mari. Tout va bien et dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où son fils (Saliou), revenu d’un long séjour à l’étranger, décide demander la main de Fanta. La décision de Saliou de marier la domestique déchire la famille.

Adja Arame Diop ne veut pas que son fils salisse le sang et le rang de la famille, en épousant une fille de caste inférieure. Mais Saliou, déterminé et galvanisé par un amour torrentiel, va aller jusqu’au bout de sa logique. Le jeune homme choisit même de quitter sa famille et sa patrie pour l’amour de sa vie. Dans cette pièce de théâtre, Mamadou Samb, à travers une approche psychanalytique de ses personnages, montre comment certaines considérations sociales peuvent constituer un obstacle au progrès de la société.

Comment certaines histoires héritées de nos ancêtres continuent-elle à transformer « nos peuples en éternels nobles en face de perpétuels sous-hommes » pour finalement nourrir l’idéologie des éternels dominés face aux éternels dominants.

L’auteur fustige par le biais de son personnage principal, cette histoire des peuples congénitalement sous-développés et mentalement arriérés. « Cette histoire forgée par des esprits malins, enveloppée dans la tradition et la coutume pour hanter notre présent ».

L’ouvrage, en même temps qu’il invite au respect des valeurs, accorde également une place privilégiée aux questions d’égalité, du respect de l’autre sans distinction de race ni de sexe. Mamadou Samb est auteur de plusieurs romans parmi lesquels « L’écharpe des jumelles » (2015), « Les larmes de la reine »(2015) et le « Regard de l’aveugle » (2008) pour lequel il est lauréat du Grand Prix des lycéens du Sénégal en 2011.

Ibrahima BA

Juriste et administrateur civil, directeur de la Réglementation et des Affaires juridiques à l’Autorité de régulation des marchés publics (Armp), Takia Nafissatou Fall fait partie de l’une des lauréates du Grand Prix de la Première dame du Sénégal pour la littérature féminine. C’est son roman « Comme un ciel d’hivernage » qui lui a valu cette distinction. Les autres lauréates de ce prix ont pour nom : Adja Ndèye Boury Ndiaye pour son roman « Collier de cheville » (premier Prix), et Ndèye Marie Aïda Ndiéguène pour  « Un lion en cage » (troisième Prix).

Pour rappel, « Comme un ciel d’hivernage » avait été sélectionné en 2011 parmi les cinq ouvrages finalistes du « Prix Ivoire ». Il s’agit, informe un communiqué, d’un roman traitant d’une variété de thèmes d’actualité, tels que le détournement de deniers, l’émigration clandestine, le fanatisme dans les croyances, le gaspillage dans les cérémonies familiales. L’ouvrage aborde aussi le thème des conditions de détention en milieu carcéral. L’auteur exhorte « les populations à bannir la stigmatisation des anciens pensionnaires des maisons d’arrêt et lance un appel aux autorités sur les conditions de leur réinsertion dans la société ». Takia Nafissatou Fall est aussi l’auteur de deux autres livres intitulés  « Mes joies de vie » et « Larmes d’une colombe apaisée ».

Le Prix de la Première dame, à l’instar du Grand Prix Cheikh Hamidou Kane pour le roman africain, est à l’initiative de la maison d’Edition L’Harmattan Sénégal. Il récompense les auteurs sur la base des critères relatifs au style d’écriture, à la culture littéraire et au nombre de ventes de livres.

I.BA

Le Sénégal célèbre la Fête de la Musique, aujourd’hui, mardi 21 Juin, à l’instar de la communauté internationale. Selon un communiqué du ministère de la Culture, les acteurs de la musique, réunis autour d’un comité d’organisation, ont mis en place un programme s’appuyant sur la thématique du dialogue interreligieux. Les plateaux seront ainsi animés par des chorales et des troupes de chanteurs religieux, cadrant ainsi avec le contexte spécial du mois de Ramadan et magnifiant également les relations exemplaires entre communautés religieuses. 

Ainsi, des sites, dont le Monument de la Renaissance africaine à Ouakam (Plateau officiel), la Maison de la Culture Douta Seck à Dakar, le terrain de basket de Ndiarème- Limamoulaye, Guédiawaye, abriteront des manifestations à partir de 20h.

De même, les Centres culturels régionaux assureront ainsi un maillage total de l’étendue du territoire dans le même esprit.

Le jeune acteur américain Anton Yelchin, une des vedettes des nouveaux films de la saga « Star Trek », est mort dans un accident aux circonstances insolites, écrasé par sa propre voiture, devant son domicile de Los Angeles, a déclaré dimanche la police. Sa voiture, une Jeep Grand Cherokee de 2015 pourrait faire partie de quelque 800.000 véhicules ayant fait l'objet d'un rappel depuis avril de la part de Fiat Chrysler (Fca) car ces voitures sont susceptibles de se déplacer même lorsque le levier de vitesse est en position de stationnement.

Le constructeur automobile a affirmé dans un communiqué lundi être en contact avec les autorités et "conduire une enquête en profondeur". Selon la police de Los Angeles, l'accident s'est produit sur la voie d'accès au garage de l'acteur à San Fernando Valley, vers 01H10 (08h10 Gmt), alors qu'il se préparait à rencontrer des amis pour une répétition et était descendu de sa voiture un moment.

(AFP)

Installées dans ses nouveaux locaux à l’immeuble Central Park (Ex-4C), les Archives nationales sont redevenues le point de convergence de nombreux usagers. La directrice générale des Archives nationales, Fatoumata Cissé Diarra, évoque, dans cette interview, le projet de construction d’une Maison des archives et celui de la numérisation du patrimoine, surtout des documents anciens menacés de détérioration…

Quel est le rôle des Archives nationales ?
Créées par l’arrêté du 1er juillet 1913 signé par le gouverneur général  William  Ponty, les Archives du Sénégal sont un service de la Direction  des archives du Sénégal, à côté des services régionaux d’archives qui existent dans 5 régions administratives du Sénégal, à savoir Dakar, Thiès, Saint-Louis, Kaolack et Fatick. Cette direction est l’organe de l’Etat  compétent pour toutes les questions d’archive. Elle gère les archives de l’Administration et des collectivités locales. Elle a également une mission d’assistance et de contrôle des archives publiques. A ce titre, elles permettent à l’Etat de retracer ses actions particulières, de faire référence et de servir de preuve pour faire valoir des droits.

Peut-on connaître les principaux contenus des Archives nationales ?
Les Archives du Sénégal conservent des fonds d’archives au nombre de 4. Il s’agit du fonds du Sénégal colonial qui va de 1816 à 1959, du fonds de l’Afrique occidentale française (Aof) qui s’étend sur la période de 1895 à 1958 et qui est un fonds partagé entre la France et les ex-colonies d’Aof, devenues Etats-modernes. Nous avons également le fonds de la Fédération du Mali entre 1959 et 1960, et le fonds moderne, celui du Sénégal indépendant, qui n’est pas tout à fait classé à cent pour cent. A côté de ces fonds d’archives, les Archives nationales du Sénégal conservent une bibliothèque. En effet, la Direction des archives abrite une bibliothèque qui fait office de Bibliothèque nationale et qui est aussi vieille que l’institution. Elle date de 1913 et constitue la Bibliothèque générale du gouvernement. Il y a également le Centre de documentation des actes de l’administration de la Fonction publique, à savoir les arrêtés de décisions du ministère de la Fonction publique qui y sont conservés. Aussi avons-nous la collection des textes réglementaires et législatifs (décrets de loi, circulaires de l’Etat, etc.). Au niveau de la bibliothèque, il y a le dépôt légal avec tout ce qui concerne la presse locale éditée sur le sol sénégalais par des Sénégalais ou traitant du Sénégal. Ce dépôt légal est assuré par la Bibliothèque des archives qui fait office de Bibliothèque nationale. En outre, nous avons aussi des ouvrages, des collections de timbres, des iconographies, des cartes et plans, des gravures, des photographies de cartes postales anciennes comme modernes. Bref, c’est vous dire que nous conservons un riche fonds documentaire aux Archives nationales du Sénégal.

Qui sont vos principaux visiteurs ?
Les visiteurs sont nombreux et viennent de divers horizons. Après 19 mois de fermeture, nous nous sommes rendu compte que lorsque nous avons repris le service aux usagers, la salle était remplie de monde. La dernière fois que nous avons fait les statistiques, en 2014, avant la fermeture des archives publiques, nous avons eu en moyenne 2.419 visiteurs et chercheurs qui sont passés aux Archives nationales. Et parmi ceux-ci figuraient un chercheur du Kazakhstan et des Japonais. Nous recevons aussi des Sénégalais, des Africains et beaucoup d’Américains et d’Européens, notamment Français. Car le fonds Aof est un fonds pratiquement unique, et nous avons la chance de le garder au Sénégal. Mais, sur le plan juridique, c’est un patrimoine partagé qu’on appelle « Mémoires partagés », qui ne cesse d’attirer des chercheurs, des étudiants, des élèves, des enseignants et des citoyens lambdas qui viennent faire des recherches ponctuelles. Il y a aussi des administrateurs qui viennent nous consulter car ils veulent faire référence pour l’instruction d’un dossier, notamment pour avoir des copies de l’acte d’engagement de certains agents de l’Etat lors de leur départ à la retraite, ou des militaires à la quête d’un certificat d’invalidité.

Parlez-nous de la conservation des Fonds non classés…

A côté du Fonds classé que nous avons transféré du Building à l’immeuble Central Park et que nous avons commencé à mettre à la disposition des utilisateurs, nous conservons également des Fonds non classés.

Ces fonds commencent à être volumineux à tel point que nous avons demandé des locaux complémentaires qui nous ont été octroyés au centre commercial Sicap Plateau d’une superficie de 100 mètres carrés. Cette accumulation de fonds s’explique par le manque d’effectif de professionnels des archives. Nous avons un département technique et le classement des archives se fait par des archivistes. Mais, depuis quelque temps, les recrutements ne sont plus réguliers. Pour cela, nous lançons un fort plaidoyer à l’endroit de l’Etat, pour attirer l’attention sur la nécessité de procéder à un recrutement massif d’archivistes afin de nous permettre de résorber le gap de classement qui nous vaut ce stockage au centre commercial Sicap Plateau.

Où en êtes-vous avec la numérisation des Archives nationales ?
Les Archives nationales avaient deux grands projets. Celui de la construction d’une Maison des archives et celui de la numérisation du patrimoine, surtout pour les documents anciens menacés de détérioration. Si j’avais à choisir entre les deux, je dirais vivement que la priorité est la construction de la Maison des archives. Mais depuis le début du déménagement  des Archives nationales, l’Etat du Sénégal, sous l’impulsion du chef de l’Etat, s’est engagé dans un vaste projet de modernisation des Archives nationales avec la construction du Centre des archives à Diamniadio et un projet intégré de numérisation des archives et publications officielles. Tout dernièrement, au mois d’avril, le Premier ministre a signé un arrêté fixant la composition du comité de pilotage dudit projet de numérisation des Archives nationales. Auparavant, nous avions eu une convention de partenariat avec la France qui s’est engagée à numériser le fonds Afrique occidentale française (Aof). D’ailleurs, la première étape du projet concernant la numérisation des microfilms du fonds effectué dans les années 60 et 70 est déjà bouclée. J’ai même reçu du directeur des Archives de France la copie numérisée de ces fonds qui représentent 1/3 du fonds global. Les 2/3 restants doivent faire l’objet de numérisation à partir de documents physiques et ils sont à la recherche de financements complémentaires. Je suis sûre qu’après le déménagement et l’installation à l’immeuble Central Park, la France qui en est le maître-d’œuvre va s’y engager avec nous.

Aux Archives nationales, nous avons une politique de numérisation, dite de sauvegarde de documents. Parce qu’à chaque fois que nous nous rendons compte que des documents sont en état de détérioration avancée, nous procédons à sa numérisation pour en préserver les contenus. C’est une politique que nous menons depuis des années, mais ce n’est pas un projet global de numérisation. La numérisation du patrimoine archiviste des Archives nationales ne saurait se faire en un jour. Il faut le faire de manière spécifique, en numérisant par fonds et en procédant par priorité.

Que pensez-vous du projet de construction d’un centre des Archives au Pôle urbain  de Diamniadio ?
C’est avec satisfaction que nous avons accueilli cette décision du chef de l’Etat qui, en l’espace de six mois, a parlé, deux fois dans sa communication au Conseil des ministres, de la problématique des archives. En premier, il a parlé de la nécessité de moderniser la gestion des Archives nationales et au mois d’octobre dernier, il a donné instruction au Premier ministre pour la réalisation d’un Centre national des archives au Pôle urbain de Diamniadio et de doter les Archives nationales de moyens humains et financiers conséquents pour pouvoir mieux assurer la gestion des archives. Donc, c’est une idée que nous saluons et souhaitons vivement sa réalisation dans les meilleurs délais. Certes, le Pôle urbain de Diamniadio est distant de Dakar, mais c’est une ville en développement, avec des universités et d’autres infrastructures en vue. L’essentiel donc, pour nous, est de se doter d’une maison qui puisse prendre en charge correctement les Archives nationales.

Propos recueillis par Maguette Guèye DIEDHIOU

Le Centre national de ressources éducationnelles (Cnre) a abrité, samedi dernier, la cérémonie de présentation et de dédicace du livre « Dialy Foda, un  maître de la Rhétorique mandingue », publié par les éditions L’Hnarmattan. L’auteur, Amadou Bouyé Koutoudio, se promène le long de la berge de l’oralité pour produire un texte qui met en relief le génie d’un virtuose de la parole profonde ; celle-là porteuse de vertus et de styles.

Le rythme est définitivement mandingue ! Les envolées lyriques, quelquefois prodigieuses, de griots venus célébrer un des leurs, témoignent de cette habileté d’une communauté qui loue par le chant et la cadence altière. Même l’auteur, Amadou Bouyé Koutoudio, devant une assistance nombreuse en fusion avec lui, s’est laissé aller à la mélodie, en fredonnant quelques notes pour donner vie à sa production littéraire. Celle-ci apporte une dimension nouvelle, esthétique au rapport avec l’oralité. « Koutoudio entre dans le texte, dans la langue originelle, pour faire une quête et une enquête littéraire qui donnent un autre sens au texte reproduit », s’enthousiasme le professeur Yaya Mané.

Cet essai, à la différence de beaucoup de productions africaines truffées de contes et d’épopées, allie l’esthétique de la parole au verbe adossé à des valeurs communes. En cela, il est innovant et invite, aujourd’hui, à la réhabilitation de l’oralité dans les sociétés africaines ou, du moins, à un examen critique de la parole. 65 maximes y sont traduites et commentées pour le rendre accessible à toutes les communautés humaines. En sus de la poéticité des paroles de Dialy Foda à laquelle l’auteur a consacré une large part, il s’est employé à établir une classification du griot dans le contexte mandingue et à situer le cadre spatio-temporel en rapport avec la production du maître de la rhétorique. Il a également procédé à une fine analyse littéraire à travers une poétique qui rend le produit digeste.

Richesse de la littéraire orale
Ceci est suffisant pour faire dire au professeur Amadou Ly que l’auteur « a sauvé in extremis un maître de la parole de l’oubli ». Il est, pour cela, un chercheur authentique qui participe à la conservation de la littérature, de la sagesse et de la culture de nos ancêtres. Ce compliment est d’autant plus fondé que « les paroles de ce poète négro-africain de la tendance traditionnaliste sont porteuses de valeurs qui peuvent aiguiller les générations d’aujourd’hui et de demain. 

De son kiosque à pain servant concomitamment de « salle de lecture » à l’obtention d’un doctorat au département de français de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, le fils de Sédhiou s’est imposé une ligne de conduite qui lui vaut d’être reconnu par sa communauté pour sa grandeur d’âme. Celle de Dialy Foda qui habite les cieux lui rend certainement hommage de l’avoir ressuscitée dans les consciences collectives. « Le maître de la rhétorique mandingue », pour ainsi reprendre le titre de l’ouvrage, est issu d’une famille de griots. Il était un déclamateur de textes littéraires dans le cadre de représentations nocturnes dans les années 1940-1950. Son discours moralisant, accompagné de danses, était repris en chœur par une cohorte de femmes. Les nombreuses sollicitations d’agglomérations rurales au parfum de son génie ont accru sa réputation. La découverte de cette richesse de la littéraire orale dont était porteur Dialy Foda a convaincu le secrétaire d’Etat à l’Alphabétisation et à la Promotion des langues nationales, Youssou Touré, sur au moins une chose : « la nécessité d’une réappropriation des valeurs traditionnelles ».

Alassane Aliou MBAYE

Le Sénégal a réalisé des performances dans la gestion et la vente des noms de domaine. Selon Alex Corenthin, gestionnaire du nom de domaine .Sn, notre pays totalise 5.324 noms de domaine actifs et occupe la 13ème place en Afrique. Toutefois, reconnaît-il, il y a encore du chemin à faire dans la cadre de la promotion de l'utilisation des noms de domaine .Sn.

S'exprimant, vendredi dernier, lors de la première édition du forum de l'Association des éditeurs et professionnels de la presse en ligne (Appel), Alex Corenthin, gestionnaire du nom de domaine .Sn, par ailleurs directeur de Nic Sénégal, est revenu sur les progrès faits par le Sénégal dans la gestion et la vente des noms de domaine. Même si beaucoup d'efforts restent encore à faire, notre pays a réalisé des performances dans ce domaine.

Citant les statistiques de 2016, M. Corenthin a indiqué que le Sénégal totalise aujourd'hui 5.324 noms de domaine actifs. Il occupe ainsi la 13ème place au niveau africain. Ce classement est dominé par l'Afrique du Sud (1 million de noms de domaine) suivi du Gabon, Mali, Centrafrique, Guinée équatoriale... Seulement, a-t-il expliqué, le Gabon, le Mali et la Guinée Equatoriale ont confié la gestion de leurs noms de domaine à « un prestataire qui en fait ce qu'il veut ». Selon lui, « si l'on élimine ces pays, le Sénégal se positionnerait dans le top 10 des pays qui vendent le plus de noms de domaine à travers le continent ». Dans une dynamique d'améliorer les notes du Sénégal, Nic Sénégal, Comité de gestion des noms de domaines .Sn, délégué par l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, étudie la possibilité de réduire ses tarifs. Pour l'heure, le prix d'un nom de domaine est fixé à 30.000 FCfa et le renouvellement annuel à 20.000 FCfa. Ces tarifs, a précisé le directeur de Nic Sénégal, vont baisser au fur et à mesure que le nom d'acheteurs s'accroît.

Pour Alex Corenthin, le .Sn est l'identité et l'emblème de notre pays. D'où la nécessité, pour les sociétés sénégalaises, de s'en procurer et ainsi œuvrer pour la valorisation des contenus locaux. Dans le cadre de la promotion du .Sn, des bureaux d'enregistrement ont été ouverts au Sénégal et à l'étranger. Pour le compte de l'année 2016, Nic Sénégal compte signer, d'ici la fin de l'année, le Dnssec (Sécurité de confiance numérique) pour la sécurisation des transactions sur Internet, et améliorer la communication envers les acteurs du secteur. Mais également promouvoir l'identité numérique et appuyer l'entrepreneuriat des noms de domaine.

Ibrahima BA

L’association « Sunu Percu Danse » mise sur pied en 2009, à Dakar, est une troupe spécialisée dans les techniques de danse, de chants et de percussions. Ce sont 30 jeunes danseurs et percussionnistes qui se sont fixé pour objectif de restituer à la danse toute sa « signification ». Découverte d’un groupe qui s’illustre lors d’événements culturels ou de festivals au niveau local et international…

Un danseur s'intronise dans l’immense cour du Centre culturel Blaise Senghor. Il se meut sur la piste en faisant appel à tout ce que son corps comporte de caressant, d'aimable, de gracieux, d'harmonieux et de spirituel à la fois. Le mélange donne l'impression qu'une force intérieure jaillit du cœur de l'acteur. Cette énergie contagieuse s'empare de ses membres, de son torse et de sa tête. Il exécute cette scène époustouflante les yeux fermés, preuve de sa concentration surdimensionnée. Cette danse exige de la résistance, du souffle et beaucoup de souplesse. C’est une véritable mise en condition physique. Elle développe le sens du rythme et appelle à la coordination des mouvements. Le jeu de jambes est très impressionnant. Le danseur se révèle par son originalité.

Bienvenue à la répétition du groupe « Sunu Percu Danse ». Il est 18h. En cette période de diète, les activités tournent au ralenti. Cette pause ne semble guère se répercuter dans les habitudes des danseurs de la troupe « Sunu Percu Danse ». Ils ont le rythme en poupe. L’épreuve qui va avec le mois de Ramadan ne remet point en cause la détermination de ces jeunes férus de danse. C’est comme qui dirait qu’ils ont les vibrations dans le sang. Réunis dans l’enceinte de la cour du Centre culturel Blaise Senghor, les membres de l’association « Sunu Percu Danse » laissent libre cours aux gestes que dégagent leur corps athlétique. Le groupe n’est pas ce soir au complet. Tous n’ont pas, en effet, répondu à l’appel.

« En réalité, le groupe comporte en son sein 30 membres, douze danseurs et le reste des percussionnistes. Durant le mois de Ramadan, les activités de répétition sont suspendues. Le groupe est, de ce fait, contraint à observer une pause. La présence de mes quelques collègues danseurs découle du fait que je les ai appelés d’avance », nous informe Matar. Il est danseur et fait également office de directeur de Conception de la troupe. Son jeune âge ne plaide guère en faveur de suffisamment d’expérience lui permettant de tenir un tel rang ? « Certes, je suis jeune, mais pas pour autant le plus jeune de la troupe », précise-t-il. En effet, avec ses vingt-trois piges, Matar est bien dans la moyenne. Ici l’âge des pensionnaires varie entre 18 et 30 ans.

L’association « Sunu Percu Danse » a été mise sur pied en 2009. Elle est spécialisée dans les techniques de danse, de chants et de percussions. Ces danseurs font recours à des sonorités multiculturelles comme la batterie locale, le balafon, le assiko et le sowrou bag. D’autres instruments tels que le djembé, le djoung, le sabar et le thiol font partie de leur armada. Dans leur production, ces jeunes danseurs mettent plus en évidence la belle diversité ethnique qui existe au Sénégal ; les Wolofs, les Bambaras, les Peulhs et les Mandingues sont représentés. Ce choix s’explique par le précieux héritage que leur maître Idy Kanté a mis à leur disposition et aussi le fort métissage qui existe au sein du groupe.

Patrimoine culturel
Sunu Percu danse 2« Les danses africaines véhiculent des richesses : véritables carte d'identité dont la lecture permet d'identifier les ethnies dans la mesure où chaque pays, chaque peuple, chaque culture dispose d'une ou plusieurs danses spécifiques », informe Mamadou Ciré Cissé, président de l’association « Sunu Percu Danse », non moins acteur culturel très en vue de la scène sénégalaise.

« Les danses en Afrique sont donc un élément essentiel du patrimoine culturel. Elles en sont une expression vivante. Elles révèlent une grande diversité d'un continent, une richesse inestimable sur le plan symbolique, mystique et spirituel », poursuit-il. Cette discipline artistique demande de la part des exécutants de bons réflexes, de la précision dans les gestes, une maîtrise intérieure, un certain goût du risque. Une technique, un savoir-faire transmis de génération en génération donc.

« La beauté de cet art vient de sa spécificité de l'émotion qui en dégage. Une esthétique qui provient du domaine de l'indicible, du domaine du ressenti, de la sensation du choc qu'il provoque », poursuit, tout excité, Mamadou Ciré Cissé. Ici, en effet, la danse est prise très au sérieux. D’ailleurs, la plupart des membres du groupe ont abandonné la majeure partie de leurs activités, consacrant ainsi, le plus clair de leur temps, à leur activité de danse.

« Nous avons à notre actif plusieurs participations à des événements culturels ou des festivals au niveau local et international : au Maroc, en Chine, à Dakar, en collaboration avec le Centre culturel Blaise Senghor, aussi dans le cadre du marathon d’Eiffage édition 2016 », informe Matar. Le groupe a élaboré un festival. Il s’agit du festival « Gnoun ak yén », une rencontre qui constitue un cadre de communion culturelle intense entre les artistes et le public, de par la qualité des spectacles et surtout leur gratuité, car tout se passe dans la rue, informe Matar le jeune danseur.

L'aspect sacré
Ici, les séances de danse sont chargées d’histoire symbolique, une forme d’art et de spectacle. Véritable fonction sociale, la danse n’est pas là réduite à la simple expression de la distraction, de l'amusement, du divertissement. La danse va ici au-delà d’un passe-temps distrayant, un jeu, un sport. C’est plutôt un art de vivre, une manière d'exprimer intensément les rapports de l'homme avec la nature, la société, un langage universel, un dialogue des civilisations. « Notre première grande opportunité avait regroupé dans un concours plusieurs groupes. C’est parce que nous avions su nous tirer du lot que notre candidature a été prise en compte », informe tout fier Matar. Selon lui, les membres du groupe ont, pour la plupart, arrêté toutes leurs autres activités se consacrant désormais exclusivement à la danse. Un choix de vie ? Oui, note-t-il sans hésiter !

Toutefois, le nerf de la guerre reste partout l’argent, la danse fait-il vivre son homme ? Pas suffisamment, mais ça va venir, lance optimiste Matar. Ici, les danses sont basées sur le mouvement d'ensemble. Elles sont totalement différentes des danses de foule où chaque personne danse pour soi. « L'exécution des figures nécessite de la part des danseurs une attention, une concentration et une mémoire fidèle. La présentation en public exige beaucoup de répétitions. Ces danses demandent beaucoup d'espace », informe le président de l’association.

C’est pourquoi les membres de la troupe qui saluent les nombreux efforts fournis à leur profit, par les gouvernants, ne manquent cependant pas de formuler le vœu de voir augmenter les scènes d’expression de leur art. Les danseurs se prêtent à une grande liberté d'expression. Ce qui se révèle comme le carrefour des contacts, des relations, des échanges et du dialogue. Chaque geste, chaque mouvement a son sens. « C'est au niveau de cet espace que se traitent et se résolvent les problèmes de solitude, d'indifférence, de manque de communication et d'isolement », rigole Mamadou Ciré Cissé. Aucune forme d’expression de danse n’est reléguée au second plan. Même les danses rituelles souvent réservées aux initiés sont parfois représentées par la troupe.

« J’ai été jusqu’au Mali dans le seul but d’améliorer mes connaissances dans l’histoire de la danse africaine. Une décision que j’avais prise à l’improviste et qui s’est avérée très payante », note Matar. « Les joies, les peines, les déclarations d'amour se dansent. C'est justement parce que la personne ne sait comment exprimer ce qu'elle ressent qu'elle danse. Ce n'est pas que du mimique qui reste descriptif, ça va au-delà », note Cissé. Léopold Sédar Senghor ne s’y était point trompé, lui qui disait : « En Afrique, c'est la danse qui est au commencement de toute chose. Elle constitue un rituel pour entrer en relation avec l'indicible et créer le visible ».

Par Oumar BA

Qui savait que Patrick Acogny est titulaire d’un doctorat en Histoire des Danses africaines et des Pratiques contemporaines de l’Université Paris 8 ? Qui ne se serait pas prévalu d’être le fils de Germaine Acogny pour en tirer une légitimité dans la sphère de la danse ? Il ne s’est pas limité à tisser un destin dans ce qui a fait la notoriété de sa mère. Il s’est construit une personnalité qui, tout en rendant hommage à l’œuvre de l’illustre grande dame, assoit sa crédibilité ici et au-delà de nos cieux. Le directeur artistique de l’Ecole des sables de Toubab Dialaw ne dompte pas seulement le corps. Il lui fait porter et dire des choses. Entretien… avec celui qui n’est pas que fils de sa mère.

L’Ecole des sables a organisé son spectacle de restitution de fin de stage la semaine dernière. Quel bilan tirez-vous de cette deuxième phase de ce cycle de formation de trois ans ?
Le bilan est satisfaisant. La différence avec la première année se situe au niveau de la compréhension, de l’acquisition et du renforcement des compétences techniques. Elle intègre la pensée chorégraphique qui implique des démarches de recherche personnelle, de sortir du nombrilisme. C’est, en d’autres termes, faire de son expérience quelque chose qui a une vraie résonnance avec le monde extérieur. Et ce n’était pas évident pour eux. Ils se découvrent des aptitudes.

On a l’impression que l’Ecole des sables attire davantage des danseurs d’autres contrées que ceux-là sénégalais. Quelle en est la cause ?
C’est juste parce que l’Etat ne nous donne pas de l’argent. La grosse part d’argent vient de l’étranger. On nous octroie ces moyens parce que nous formons des Africains. Lors du dernier stage que nous avons organisé, il y avait 15 nationalités. Peut-être que ces bailleurs ne le feraient pas si on ne formait que des Sénégalais. Ce qui les intéresse, c’est cette capacité à toucher une grande part du continent africain. Toutefois, cela ne nous a pas empêchés, à plusieurs reprises, de faire des formations locales quand nos moyens le permettaient. Il y a un gros intérêt des danseurs sénégalais à venir à l’Ecole des sables. Mais, nos moyens sont limités. Si on veut faire une formation de trois mois avec les danseurs sénégalais, il faut de l’argent. Sur des formations d’un mois par exemple, on le fait sur nos propres moyens. Nous y arrivons grâce à l’appui de certaines fondations, de bailleurs et aux tournées de Germaine Acogny. Nous avons prévu au mois de novembre de partir deux semaines dans les régions pour auditionner des danseurs. Il s’ensuivra une sélection et un séjour d’un mois à l’école. On a aussi un projet de formation des compagnies traditionnelles.

En quoi l’Ecole des sables participe-t-elle au renforcement des danses traditionnelles qu’elle semble mettre en lumière ?
Notre travail ne consiste pas à détourner les gens des danses traditionnelles pour les emmener vers le contemporain. Vous devez d’abord connaître vos danses traditionnelles pour venir à l’Ecole des sables. Mon travail de déconstruction des danses patrimoniales, c’est justement de travailler à partir de ces danses traditionnelles. Il y a un bagage à avoir pour le danseur avant d’intégrer notre établissement. Nous nous inscrivons dans une démarche qui les renforce. On constate que les danseurs, une fois qu’ils sont passés chez nous, acquièrent d’autres techniques. Quand ils retournent dans les ballets, ils ont des savoirs que les autres n’ont pas. C’est une bonne chose pour les compagnies parce qu’ils emmènent de nouveaux savoirs. Leur danse est plus définie, plus claire et plus précise. Ils maîtrisent mieux leurs corps et leurs gestes. Le fait que Pape Ibrahima Faye, un de nos pensionnaires, ait été accepté dans une très grande école de danse en Belgique, est un témoignage éloquent de la qualité de nos enseignements.

Quel regard portez-vous sur la danse au Sénégal ?
Sables promoDans l’ensemble, la situation de la danse au Sénégal n’est pas mauvaise. Les danseurs sénégalais sont très dynamiques. On constate avec bonheur l’internationalisation des danses « sabar » dans le monde. Le « sabar » se danse pratiquement sur tous les continents. On a réussi à exporter une danse qui, quelquefois, est perçue ici comme vulgaire. On a réussi cet exploit-là. Maintenant, au niveau de la créativité chorégraphique, des concepts, des danses d’auteur, les choses sont un peu plus compliquées. Il faut travailler sur nos forces et insister sur une bonne formation des danseurs qui leur donne les outils leur permettant de se manifester au niveau international.

Doit-on parler d’un manque de reconnaissance du danseur ou de ses limites ?
Pour qu’il y ait reconnaissance, il faut un véritable statut du danseur. Au Sénégal, ce statut existe-t-il ? C’est toute la question que l’on doit se poser. L’existence du ballet « La Linguère » avec ses « danseurs fonctionnaires » pouvait constituer une réponse. Mais, il faut se rendre à l’évidence. On est loin de la reconnaissance politique qui met en place tout un cadre juridique. En ce qui a trait à la reconnaissance du public, c’est tout aussi compliqué. Quand on parle de danse africaine contemporaine, on n’est pas sûr que ce soit très populaire. Il est possible que les danses urbaines touchent un plus grand nombre car beaucoup de jeunes s’y intéressent. La reconnaissance des médias est aussi faible. On est presque dans la confidentialité. Par ailleurs, il y a des limites objectives chez les danseurs. Ceux des ballets, sans vouloir remettre en question la qualité de leur formation, ne sont pas formés à être flexibles dans le travail avec différents chorégraphes qui ne développent pas les mêmes pratiques et idées. Le travail de l’Ecole des sables consiste à pousser la formation des danseurs de façon à ce qu’ils puissent inventer leurs propres pratiques, engranger des acquis à la fois en termes de savoirs intellectuels, de connaissances historiques de leur métier, de techniques.

Est-ce que l’idée qui sous-tend cette conception de la danse n’est pas brouillée par ce qui est proposé à la télévision ?
Je crois que c’est accuser un peu facilement la télévision de tous les maux. Il ne faut pas perdre de vue les pesanteurs religieuses et sociologiques. La danse est perçue comme l’affaire d’une certaine catégorie sociale. Les propositions du danseur vont avec celles du chanteur. Le danseur ne va pas tout seul à la télévision.

Que doit-on comprendre par le concept « déconstruction des danses patrimoniales » que vous transmettez dans vos enseignements et chorégraphies ?
C’est un concept que j’ai mis en place il y a quelques années. Les danses patrimoniales sont des danses qui appartiennent au patrimoine d’un pays. On a beaucoup parlé des danses traditionnelles, des danses contemporaines mais il y a aussi les danses sociales. Qu’est-ce qui fait le patrimoine chorégraphique d’un pays ? C’est un ensemble. C’est à la fois tout ce qui a trait aux danses populaires, aux danses que l’on retrouve dans les ballets, les danses revisitées pour des formes de spectacle, les danses traditionnelles que certains ont appelées néo-traditionnelles parce qu’elles étaient déportées du village à la scène, de la campagne à la ville, donc une transformation de fait. La déconstruction consiste à prendre une loupe et à les regarder de plus près. Comment elles sont structurées ? Qu’est-ce qui fait le mouvement ? A quel moment, le geste devient autre ? Par exemple, si on veut parler de la danse « Ceebu-jën », à quel moment elle devient « Bara Mbaye ». Il s’agit de comprendre ces mécanismes et de continuer à explorer.

N’avez-vous pas l’impression d’être concepteur, à la suite d’autres, d’une danse élitiste ?
A partir du moment où on se spécialise dans quelque chose, on devient élitiste, mais pas dans le sens d’une chose réservée à une catégorie de gens, socialement parlant, qui en font une exclusivité. On prend des profils par rapport à des critères qui font référence à la technique, à la compétence, à la créativité et dont la présence entraîne une synergie dans l’équipe.

Comment le garçon qui rêvait de devenir pilote d’avion s’est-il retrouvé dans la danse ?
Je voulais être pilote de ligne comme beaucoup d’enfants. Je me voyais en uniforme et rêvais de voyager de continent en continent, mais cela ne s’est pas fait parce que je n’étais pas bon en mathématiques. J’étais beaucoup plus un littéraire, un philosophe, un penseur. La danse est plutôt venue par effraction même si j’ai grandi dans ce milieu-là. Un jour, elle a frappé à ma porte. Le déclic a eu lieu lors d’un stage. J’ai essayé pour savoir si je m’y épanouirais. La technique de Germaine m’a plu et j’ai voulu aller plus loin, de continent en continent mais comme passager et non comme pilote ! L’essentiel de mon activité professionnelle a été plus celle de quelqu’un qui suivait ses désirs que celle-là de passager qui emmènerait les voyageurs, en l’occurrence les stagiaires, sur le chemin de leurs propres réalisations.

Êtes-vous d’intelligence artistique avec Germaine Acogny ?
On partage une même vision de ce qu’elle appelle la « bonne danse ». C’est celle que les gens ont envie de regarder et qui leur donne envie de danser. Celle qui nous emballe, nous émeut et nous fait voyager. On a cette passion en commun et celle de partager ce qu’on fait le mieux, la danse. Ma mère se plaît à donner des outils aux danseurs pour qu’ils puissent s’épanouir, se développer, faire des choses avec eux. Moi, ma passion, c’est d’ouvrir leurs têtes, les pousser à questionner leurs propres pensées, leurs propres décisions, de façon à construire un plan dans leurs têtes. Si tu veux juste venir danser, tu n’as rien à faire à l’Ecole des sables. Ici, on incite les gens à réfléchir sur ce qu’ils veulent de façon à pouvoir construire de manière équilibrée à la fois le corps et la tête.

Vous considérez-vous comme son héritier naturel ?
Le fait d’être le fils biologique de Germaine Acogny ne fait pas de moi automatiquement l’héritier naturel de son talent de danseuse, de chorégraphe ni même de ce travail qu’elle fait. Si j’en suis là aujourd’hui, c’est parce qu’il y a le travail que j’ai dû faire sur moi-même et le désir de m’affirmer en tant que personne différente de ma mère. J’ai acquis des compétences et des qualités nécessaires pour diriger l’Ecole des sables et d’être, comme elle, dans la transmission. Mais, j’estime qu’il existe au moins une dizaine de personnes qui ont le diplôme de la technique Germaine Acogny et qui sont bien plus proches d’elle d’une certaine façon. Car, ils pratiquent sa technique. Même si je l’ai apprise, je ne la pratique pas. Je ne l’enseigne pas non plus. Spirituellement, ils sont, d’une certainement manière, plus proches de ce qu’est Germaine dans sa pensée chorégraphique, dans son travail pédagogique.

Propos recueillis par Alassane Aliou MBAYE

Le directeur général de l’Agence de  l’informatique de l’Etat, Cheikh Bakhoum, a annoncé, hier, la volonté du Sénégal d’avoir un point d’échange Internet avant la fin de l’année. M. Bakhoum s’exprimait, hier, lors de la première édition du Forum des éditeurs de la presse en ligne (Appel).

Les points d’échange Internet sont indispensables pour la création d’un écosystème d’Internet de pointe. Ils permettent aux fournisseurs d’Internet de se connecter entre eux et d’échanger du trafic local. Cela, dans le but de développer une véritable économie numérique. C’est, sans doute, ce qu’a compris le Sénégal. En effet, notre pays, dans son objectif de faire du secteur du numérique un véritable outil de transformation économique et sociale, entend se doter d’un point d’échange Internet avant la fin de l’année. C’est, du moins, ce qu’a annoncé, hier, Cheikh Bakhoum, directeur général de l’Agence de l’informatique de l’Etat (Adie).

Il intervenait lors de la première édition du Forum des éditeurs de la presse en ligne (Appel), organisé sur le thème « Internet local : souveraineté et/ou patrimoine numérique ? ». Selon lui, ce point d’échange va permettre au contenu local d’être beaucoup plus accessible pour le Sénégal.

« Sans point d’échange, on est toujours trop dépendant de la connectivité internationale. Avec la mise en place de cette infrastructure, nous pourrons avoir notre Internet  local. Ce qui va permettre au Sénégal d’engranger davantage de points », a-t-il indiqué, ajoutant que le point d’échange est indispensable pour la mise en place d’un patrimoine national Internet.

Par rapport au Data center, l’autre domaine qui sera développé, le Sénégal a, a-t-il fait comprendre, en 2015, créé un ensemble général où il y a des acteurs qui possèdent aujourd’hui des réseaux, des systèmes d’information. Pour Cheikh Bakhoum, la mise en place de Data center va booster la création d’emplois. C’est pourquoi, l’Etat est en train de travailler sur la question, notamment à travers le projet du parc numérique de Diamniadio ainsi que dans le cadre du Plan Sénégal émergent (Pse).

D’après le directeur de l’Adie, le Sénégal a la possibilité d’être leader dans ce domaine, en Afrique de l’Ouest. Toutefois, pour le réussir, a-t-il ajouté, il est important d’avoir une bonne stratégie, d’améliorer la fiscalité. Mais également d’avoir une alimentation électrique abondante et une connexion  haut débit.

Sur le coût de l’Internet au Sénégal, Cheikh Bakhoum a indiqué que la multiplicité des fournisseurs permettra de démocratiser davantage l’Internet.

Ibrahima BA

Le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Mankeur Ndiaye, et l’ambassadeur de la République populaire de Chine au Sénégal, Zhang Xun, ont signé, hier, un accord entre les deux gouvernements pour la création d’un centre culturel chinois à Dakar. Cette signature témoigne, une fois de plus, de la qualité des relations entre les deux pays.

Le partenariat entre le Sénégal et la Chine est fructueux à plusieurs titres. L’accord signé entre les deux pays, hier, portant sur la création d’un centre culturel chinois à Dakar, n’est qu’une autre preuve du dynamisme de leur coopération. « Il marque un tournant important et symbolique de la réalisation de cet important projet, si cher aux deux gouvernements, et auquel les présidents Macky Sall et Xi Jinping attachent beaucoup d’espoirs », a dit le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Mankeur Ndiaye. Ce centre culturel, selon lui, va contribuer, de façon significative, au renforcement de la coopération multiforme et exemplaire entre le Sénégal et la Chine. Cet acte atteste de la commune volonté des deux pays de promouvoir, en plus des liens amicaux très forts, les échanges culturels avec l’ « Empire du milieu », réputé pour sa riche tradition multiséculaire. Cette signature est d’autant plus importante « qu’elle intervient dans un contexte où partout dans le monde se développe l’intolérance entre les hommes de milieux cultuels et culturels différents », soutient Mankeur Ndiaye, convaincu de la contribution du centre au développement du dialogue des cultures et des civilisations sino-sénégalaises.

L’intervention de la Chine dans divers domaines au Sénégal a propulsé, de fait, les relations entre les deux pays, dans une ère de « partenariat stratégique », dans un palier supérieur au partenariat d’amitié et de coopération durable qui les caractérisait jusqu’ici. L’ambassadeur Zhang Xun s’est dit ravi par ce « grand événement dans l’histoire des échanges culturels sino-sénégalais ». La Chine et le Sénégal, « deux puissances culturelles », exerçant une large influence régionale ou même mondiale, sont unis, selon lui, par des aspirations communes. Il s’est félicité de la qualité des échanges culturels entre les deux pays.

Le Grand Théâtre, le Musée des civilisations noires, l’Institut Confucius construit à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, la célébration de la Fête du printemps au Sénégal à travers l’organisation de spectacles, l’ouverture pour la première fois du « Pavillon chinois » à l’occasion de la Biennale des arts africains contemporains de Dakar, sont autant d’actions qui traduisent l’amitié entre les deux peuples.

« La création du centre culturel construira un nouveau pont entre les deux peuples. Il présentera la culture traditionnelle et la physionomie moderne chinoise au peuple sénégalais et ouvrira, en même temps, à celui-là chinois une fenêtre pour mieux connaître le paysage humain du Sénégal », assure l’ambassadeur Zhang Xun non sans insister sur l’apport futur du centre dans le renforcement de la connaissance et la promotion du développement durable et du partenariat stratégique sino-sénégalais.

Alassane Aliou MBAYE

Une centaine de manuscrits, lettres et objets ayant appartenu au marquis de Sade dont de rares pièces de théâtre écrites par l'auteur de « Justine » sont mis en vente, mercredi, par ses descendants à l'hôtel Drouot.

Les pièces proposées par la maison de vente parisienne proviennent des rares documents sauvés des flammes à la mort de Sade le 2 décembre 1814.  Ce qui ne fut pas brûlé fut mis dans un coffre et scellé derrière des étagères de la bibliothèque du château familial de Condé-en-Brie (Aisne).

« De ce jour un tabou total s'est abattu sur la famille », se souvient Thibault de Sade, un descendant du marquis dont les parents ont redécouvert les œuvres de leur ancêtre peu de temps après la fin de la Seconde guerre mondiale. Devenu « un complet inconnu », le nom même de Sade avait été « gratté sur l'arbre généalogique ». « Toute leur vie, nos parents se sont battus pour faire connaître Sade, contre les préjugés, contre les mensonges et pour la vérité (...) Ils ont donné mission à leur cinq enfants de continuer ce combat pour la connaissance », poursuit Thibault de Sade à l'origine de la vente.

Parmi les pièces proposées figure le fauteuil du marquis de Sade (entre 40.000 et 50.000 euros). C'est dans ce fauteuil, en partie d'époque Louis XIII, que Sade écrivit la plupart de ses textes (y compris quand il fut enfermé à Vincennes, la Bastille ou Charenton).  Un tableau, attribué à Jean-Marc Nattier et représentant le père du marquis est estimé entre 30.000 et 40.000 euros. Comme son fauteuil, ce tableau accompagna Sade de cachot en cachot. Six pièces de théâtre dont cinq qui ne furent jamais jouées sont mises à l'encan. 

Près de 30 ans derrière les barreaux 
« Le boudoir ou le mari crédule », courte pièce saisie par la police après sa rédaction en 1783 à la prison de Vincennes, « Le Capricieux », comédie en cinq actes et en vers, et « L'égarement de l'infortune », drame en trois actes écrit en 1781 alors qu'il était emprisonné à Vincennes, sont estimées entre 30.000 et 40.000 euros.  Sans doute l'une des dernières pièces écrites par Sade en 1807, quand il était enfermé à Charenton, « Franchise et trahison », pièce en trois actes et en prose, est estimée entre 40.000 et 50.000 euros.  Ecrite en 1791, la seule pièce de Sade acceptée par la Comédie française, « Le mysanthrope (sic) par amour », une comédie en cinq actes, est quant à elle estimée entre 15.000 et 18.000 euros.

La seule fable connue écrite par le divin marquis est également proposée à la vente. Probablement écrite durant son emprisonnement à la Bastille ce conte de quatre pages est estimé entre 10.000 et 15.000 euros.

Parmi les curiosités, on trouve un bronze du crâne de Sade (4.000/5.000 euros) ou encore une liste manuscrite des courses demandées par Sade de sa prison du donjon de Vincennes.

Sade demande des livres, un cahier de 600 pages, « un coussin pour le croupion », « des grandes bougies de nuit » (3.000/4.000 euros).

Sade (1740-1814) a passé au total près de 30 ans de sa vie derrière les barreaux. Son oeuvre a été occultée durant tout le XIXe siècle et ce n'est qu'au milieu du XXe siècle que l'éditeur Jean-Jacques Pauvert édita les textes de Sade malgré la censure. Sade a été édité dans la prestigieuse collection de la Pléiade en 1990.

(AFP)

Deux semaines seulement après la fin de la douzième édition de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar, le Comité d’orientation s’est reuni, hier, pour faire le point sur l’événement. Pour le président du comité, Baïdy Agne, le Dak’Art 2016 a été bien géré.

Malgré toute la tension qui a plané sur les préparatifs de la douzième édition de la Biennale de l’art africain contemporain de Dakar, l’événement phare dédié à la créativité du continent dans le domaine des arts plastiques a été finalement bien réussi. Le Comité d’orientation du Dak’Art 2016, qui s’est réuni, hier, deux semaines seulement après la fin de la biennale, tire un bilan positif.
D’après Baïdy Agne, président du Comité d’orientation, l’événement a été bien géré. Le comité mis en place sept mois avant la tenue de la biennale, a su relever le défi de l’organisation. Cela, en dépit du fait que l’équipe de l’édition 2016 ait hérité d’un grand déficit financier. Lequel, d’après M. Agne, est estimé à 300 millions de FCfa.
Ainsi, le Comité d’orientation a réussi à gérer ce déficit, en mobilisant plus de ressources, au-delà de la dotation de l’Etat, à travers le secteur privé. Mais également une gestion rigoureuse de l’événement.

Musée d’art contemporain
« Nous avons été précis et rigoureux dans la gestion notamment du transport des personnes et des œuvres. On a aussi pu avoir plus de ressources », a informé, Baïdy Agne, insistant sur la nécessité d’impliquer d’autres acteurs pour davantage promouvoir la culture et la destination Dakar.
Malgré les bonnes notes de cette édition, le président du Comité d’orientation pense qu’il faut encore travailler pour améliorer l’organisation. L’objectif est de faire en sorte que la Biennale de Dakar puisse rivaliser avec les autres grandes biennales du monde.
Le déficit de l’édition de cette année se chiffre, pour le moment, à seulement 5 millions de FCfa. Et cela est d’autant plus réconfortant qu’il reste encore des recettes à tirer de certains partenaires engagés pour accompagner le Dak’Art. Le comité a déjà mobilisé 625 millions de FCfa pour des dépenses s’élevant à 630 millions de FCfa.
« Nous serons équilibrés. Nous n’avons pas encore fini », a fait comprendre Baïdy Agne, rassurant que les déficits seront comblés. Par rapport aux œuvres de l’exposition internationale, il a assuré qu’elles sont déjà à l’aéroport de Dakar et seront retournées d’ici la fin du mois de juin.
Pour avoir déjà reçu les éléments essentiels des présidents de commissions, le Comité d’orientation du Dak’Art 2016 entend déposer son rapport, au plus tard, d’ici la fin du mois de juillet. Parmi les recommandations phares de ce rapport, figurera, a avancé M. Agne, la volonté des acteurs de transformer l’ancien palais de justice en un musée d’art contemporain.

Ibrahima BA

Le lycée de Pikine et le groupe scolaire Canada ont organisé leurs journées culturelles qui ont été de grands moments de communion et de fête entre les élèves. En somme, les potaches ont pu allier l’utile à l’agréable.

Si le Sénégal a une femme à la tête du pays, comment appellera-t-on son mari ? Cette question que le maître de cérémonie de la première journée de ces journées culturelles a adressée au public a peiné à trouver une réponse jusqu’à la fin de la cérémonie. Pourtant, c’est l’une des questions qui ont été posées aux élèves dans la partie dédiée à la culture générale.

Elle est suivie par la séquence réservée aux contes qui a été véritablement un des temps forts de cette belle fête. Les élèves ont ainsi rivalisé de talent dans le domaine des contes tenant ainsi en haleine aussi bien leurs camarades que leurs professeurs installés devant le présidium. De beaux contes ont été servis à satiété à un public qui en redemande encore.

Ensuite, place est faite à la cérémonie officielle avec le discours des directeurs des deux établissements scolaires. Mais le clou de la fête est arrivé avec la démonstration des majorettes. De belles chorégraphies ont été réalisées par ces jeunes filles, toutes des élèves des deux établissements scolaires  qui, elles aussi, ont fait parler un réel talent en danse.

Proviseur du lycée de Pikine, Mor Mbengue a expliqué qu’il s’agit d’une traditionnelle fête que l’établissement scolaire organise un peu avant la fin de l’année scolaire.
D’habitude, elle est destinée à primer les meilleurs élèves des deux établissements scolaires. Cette année, à cause des perturbations notées durant l’année scolaire, l’organisation de cette traditionnelle cérémonie a été impossible.

« Avec la rétention des notes, impossible de primer les meilleurs élèves. C’est la raison pour laquelle on s’est contenté d’organiser ces journées culturelles pour terminer l’année en beauté et allier l’utile à l’agréable », a souligné le proviseur du lycée de Pikine.

Abdou DIOP

Amnesty International appelle à la libération immédiate et l’abandon des charges contre trois journalistes nigériens accusés  de divulgation de documents saisis lors d’une perquisition.

Les journalistes Ali Soumana et Moussa Dodo, respectivement propriétaire et directeur de publication du journal « Le Courrier », ont été interpellés et placés en garde à vue le 4 juin dernier. Le procureur de la République du Niger les a inculpés pour divulgation de documents saisis lors d’une perquisition. Un troisième journaliste également imprimeur du journal « Le Courrier » a obtenu la liberté provisoire mais est toujours poursuivi pour complicité, informe un communique d’Amnesty International.   

« Pour les inculper, le procureur de la République s’est basé sur le code de procédure pénale au lieu de la loi sur la presse. Cela constitue une violation du droit à la liberté de l’information », a déclaré Gaëtan Mootoo, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest chez Amnesty International. Il en appelle à la libération des journalistes, qui, estime-t-il « ne font qu’exercer leur métier ».

A l’origine de cette arrestation, en juin 2015, le ministère de la Fonction publique du Niger avait organisé un concours de recrutement de professionnels de la santé. Emaillé de fraudes, le concours a finalement été annulé par le gouvernement.  

Pour leur part, les journalistes du « Le Courrier » ont mené des investigations leur ayant permis de publier la liste des personnalités impliquées dans cette affaire de fraude. Elle contient les noms de la Première dame du Niger, de ceux du président de la Cour constitutionnelle, du chef d’état-major de l’armée et d’un responsable de parti politique.

Ces personnalités auraient envoyé aux fonctionnaires chargés de l’organisation du concours les noms de personnes déclarées admises sans même y avoir pris part, informe le communiqué d’Amnesty International.  

L’Ong estime que ces journalistes ne devaient pas être inculpés car n’ayant fait qu’exercer leur métier. L’organisation s’inquiète, par ailleurs, de la vague d’arrestations arbitraires d’opposants ou de personnalités de la société civile ayant cours depuis les élections de mars dernier au Niger. 

Oumar BA

Le mouvement « Y en a marre » a été, cette année, lauréat du Prix de la Fondation Prince Claus qui récompense les personnes ou organisations dont les actions culturelles ont un effet positif dans leurs sociétés. Venue au Sénégal remettre ce prix, Fariba Derakhshani, coordonnatrice des Prix de la Fondation Prince Claus, de passage dans les locaux du « Soleil », a relevé que « la culture est un besoin fondamental ».

Présente à Dakar pour remettre un prix au mouvement « Y en a marre », l’un des lauréats de la Fondation Prince Claus en 2015, la coordonnatrice de ce programme, Fariba Derakhshani, a effectué une visite au quotidien national Le Soleil. « Pour la Fondation Prince Claus, la culture est un besoin fondamental », a-t-elle déclaré, avant d’expliquer que la Fondation Prince Claus est une organisation de culture et de développement qui attribue, chaque année, 11 prix dont un prix spécial de 100.000 euros gagné cette année par Newsha Tavakolian, une photographe iranienne autodidacte qui combine reportage photo et travail artistique.

Son œuvre apporte un nouvel éclairage sur la vie des populations en Iran et plus largement au Moyen-Orient. Tavakolian est une des premières femmes photojournalistes d’Iran. Elle réalise aussi bien d’audacieux reportages documentaires sur des événements politiques que des portraits intimes et des séries de photos sur des sujets tels que l’insécurité des jeunes de la classe moyenne, les combattantes kurdes ou l’impact des sanctions sur la vie des individus. D’une haute qualité esthétique et intellectuelle, les photos, les vidéos, les installations et les livres photos de Tavakolian remettent en question les stéréotypes et sont une source d’inspiration pour les jeunes photographes dans tout le Moyen-Orient.

Après ce prix, il y a 10 autres prix de 25.000 euros qui sont attribués. Le mouvement « Y en a marre » est un des gagnants de ces 10 prix. « Ce qui est plus important, ce n’est pas l’argent mais la reconnaissance du travail accompli », a expliqué Mme Derakhshani.

La Fondation Prince Claus a jugé que ce groupe très actif de jeunes rappeurs et d’écrivains connu sous le nom de « Y en a marre » agit en faveur d’un changement social pacifique. « Leurs efforts pour mobiliser les jeunes à voter ont conduit 300.000 nouveaux électeurs à se rendre aux urnes lors des élections historiques de 2012 au Sénégal », a soutenu Mme Derakhshani. Leurs chansons rap, a-t-elle poursuivi, parlent de démocratie et de droits des citoyens et touchent un public très large. Et le groupe se produit dans des concerts locaux, à la radio, sur téléphone mobile et sur Internet, stimulant la responsabilité civique et encourageant l’action communautaire au Sénégal et dans toute la région.

La mission de la Fondation Prince Claus est de rechercher activement des collaborations culturelles sur une base d’égalité et de confiance avec des partenaires d’excellence dans les régions ou les moyens et les possibilités d’expression culturelle, de recherche et de production dans le domaine de la création sont limités, et le patrimoine culturelle menacé.  « Les Prix Prince Claus récompensent des réalisations exceptionnelles dans le domaine de la culture et du développement », a renseigné la coordonnatrice du programme. Avant « Y en a marre », le Codesria a gagné le prix en 1997, le chanteur Baaba Maal et la styliste Oumou Sy en 1998, le chanteur Youssou Ndour en 2002 et le sculpteur Ousmane Sow en 2008.                 

Ndiol Maka SECK

Lors d’une rencontre tenue du 11 au 13 juin à Accra, au Ghana, les médias se sont engagés à jouer pleinement leur rôle dans le développement du continent.

La rencontre organisée et parrainée par l'État de l'Union (Sotu) et Oxfam, avec le soutien de l'Initiative africaine pour les médias (Ami) et la Commission de l'Union africaine, a enregistré la participation des éditeurs africains, directeurs de publication, propriétaires de médias, des représentants des syndicats de journalistes et des organisations de médias africains.  
Ainsi, plus de 30 personnalités de haut niveau des médias africains des 5 régions du continent ont participé à cette rencontre, souligne le communiqué qui nous est parvenu. Il s’agissait d’échanger et de prendre des décisions sur la voie à suivre en matière de communication pour accompagner le développement du continent. Selon le document, le forum a été l'occasion d'une interaction franche entre les membres de l'Ua et des médias.

L’Agenda 2063 de l’Union a fait l’objet de partage avec les journalistes qui n’ont pas manqué de lister les défis auxquels ils sont confrontés dans leurs rapports avec l'Union africaine et de suggérer des moyens d'amélioration. Toutefois, ils ont manifesté leur « engagement total à jouer leur rôle dans le développement du continent ».
Le conseiller spécial de la présidente de la Commission de l’Union africaine, Dr Nkosazana Dlamini Zuma, l’ambassadeur Jean Mfasoni, dans son exposé, a rappelé les aspirations contenues dans l’Agenda 2063 ainsi que des principaux succès qui ont été obtenus.

Des exemples ont été tirés des domaines de la paix, de la stabilité, de la bonne gouvernance, de la démocratie et des droits de l'Homme. Il en est de même de l'agriculture, de la gestion des ressources naturelles et de la sécurité alimentaire ; le développement économique inclusif et de l'industrialisation ; la santé, l'éducation et l'emploi ; la mobilisation des ressources ; l’union des peuples ; les capacités institutionnelles et les relations avec les communautés économiques régionales, organes de l'Ua et les partenariats. Des informations qui ont éclairé la lanterne des participants.

« Nos médias doivent refléter la véritable Afrique telle qu'elle est, d'une manière responsable et transparente, avec ses réalisations positives et des aspects négatifs à corriger afin d'atteindre de meilleurs niveaux de performance pour le bénéfice de tous les peuples africains », a déclaré l'ambassadeur Mfasoni. Et d’ajouter : « Vos efforts soutenus peuvent grandement faciliter la sensibilisation et la mobilisation du public africain autour de ces aspirations ».

Plateforme d’échanges
Alors que Mme Osai Ojigho, coordonnateur de Sotu, a indiqué que son organisation est déterminée à collaborer avec la Commission de l'Ua pour populariser le travail de l'Union et son impact sur le continent. « Nous voulons rapprocher l'Ua du peuple et nous avons besoin de dialogue pour savoir comment le faire ensemble », a-t-elle ajouté. Mme Ojigho a indiqué que Sotu est engagé dans le lobbying pour la ratification de tous les instruments de l’Ua.

Quant à Eric Chinje de l'Initiative africaine pour les medias (Ami), il a annoncé le lancement imminent d'une plateforme d'échanges d'informations. Ce qui, à son avis, faciliterait grandement le partage d’informations provenant des médias.
Il a engagé les médias à travailler pour leur continent et à jouer leur rôle dans la réalisation des objectifs de l'Ua, exhortant l'Ua à reconnaître pleinement la place et le rôle des médias.

Mme Wynne Musabayana, chef adjoint de la communication et de l'information de la commission de l’Ua, a présenté les opportunités d’interaction avec les médias qui passent par le centre de presse, l’agence, le site web….
Elle a informé de la tenue du prochain forum des éditeurs à Kigali, au Rwanda, lors du sommet de l'Union africaine. Ce qui, à son avis, est un signe d’engagement de la Commission à travailler avec les médias.    
D. MANE

Les Prix africains de « fact -checking », ouverts aux journalistes du continent africain et distinguant le meilleur journalisme entre septembre 2015 et août 2016 dans le domaine du « fact-checking », ont  été officiellement lancés. La date de clôture des dépôts de candidature est fixée au 31 août 2016 prochain.

Cette troisième édition des Prix africains de « fact-checking », projet de la Fondation Afp en partenariat avec l’Initiative des médias d’Afrique (Ami), récompensera, à travers plusieurs prix, les meilleurs articles de sport, d’actualité ou d’investigation. Selon un communiqué, les membres du jury rechercheront des articles qui testent l’exactitude de déclarations portant sur des sujets importants du débat public.

Africa Check est une organisation à but non lucratif créée en 2012 pour promouvoir la précision des faits dans le débat public et dans les médias en Afrique. L’objectif est d’améliorer la qualité de l’information fournie à la société, dans le continent.
 « Même si la relation des faits a toujours fait partie du journalisme, le « fact-cheking » est un nouveau et passionnant concept, comme le prouve la conférence de 100 organisations de « fact-checking » prévue en juin, en Argentine, pour discuter des développements dans ce domaine », note le communiqué. Cette année, ajoute la même source, les prix ont été élargis. Les deux principales récompenses seront dotées chacune de 2.000  dollars : l’une pour le meilleur « fact-checking d’un journaliste anglophone, l’autre pour le meilleur « fact-cheking » d’un journaliste francophone.

Quant au deuxième et troisième prix, ils seront dotés chacun de 1.000 dollars.
Les participants peuvent s’inscrire et à participer à partir de l’adresse : « http://fr.africacheck.org/verifier-des-faits/les-prix-africains-de-fact-checking/. Les noms des vainqueurs seront connus en octobre prochain lors d’une cérémonie officielle organisée par l’Ami à Nairobi, au Kenya.

Ibrahima BA

Mame Khoudia Sarr de la commune de Madina Wandifa a été élue Miss de la région de Sédhiou 2016, avec comme première dauphine Maïmouna Diémé et Ndèye Sokhna Diatta, deuxième dauphine.


Les filles considérées comme les plus belles de la région de Sédhiou, et qui se sont présentées au concours organisé dans les départements se sont retrouvées à Séfa pour l’élection finale Miss Sédhiou 2016. Un concours âprement disputée, car le jury n’avait pas la tâche facile. Les onze prétendantes ont défilé successivement en tenue de ville, tenue traditionnelle et robe de soirée tout en soignant leur démarche.

A l’arrivée, c’est Mame Khoudia Sarr de la commune de Madina Wandifa, qui a été élue Miss de la région de Sédhiou 2016. Elle va représenter Sédhiou au concours national de Miss Sénégal. La miss a eu comme première dauphine Maïmouna Diémé et Ndèye Sokhna Diatta, deuxième dauphine. La miss Mame Khoudia Sarr a eu droit à de nombreux cadeaux. Le maire de Madina Wandifa, parrain de la zone dont la miss est issue, lui  a offert un terrain. Et  le Pr. Mamady Kouyaté, directeur d’un Institut d’enseignement supérieur, lui a octroyé une bourse. Une auto-école a également offert à Miss  Sédhiou 2016 une formation gratuite avec permis de conduire.

La marraine, Mariama Diallo Guèye, responsable politique à Diannah Malary, n’a pas lésiné sur les moyens, puisque la miss et ses dauphines ont reçu de ses mains une consistante enveloppe. Sans oublier la promotrice Mme Astou Diop Seydi, celle qui depuis plus de dix ans organise l’élection miss dans la région de Sédhiou, non sans difficulté. Puisque la tradition persiste encore dans certaines zones où on interdit aux filles de participer à ce concours de beauté. Donner de nombreux et intéressants cadeaux aux lauréates de l’élection miss régionale peut amener les parents à autoriser leur fille à y participer.  

Malamine KAMARA

Le directeur  général de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) a remis, hier, un  chèque de 25 millions de FCfa à la Commission de protection des données personnelles (Cdp). Cet appui est une façon d’accompagner la Cdp dans le cadre de ses missions de protection des données à caractère personnel des citoyens.

Dans le cadre de sa politique d’appui aux structures publiques intervenant dans le secteur des Télécommunications et Tic, l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) vient d’octroyer un appui institutionnel à la Commission de protection des données personnelles (Cdp). D’un montant de 25 millions de FCfa, cet appui va permettre à la Cdp d’accomplir plus facilement ses missions de service public.

Pour le directeur général de l’Artp, Abdou Karim Sall, parmi les missions de la Commission de protection des données personnelles figurent les dispositions permettant à ce que les Technologies de l’information et de la communication n’aient pas un impact négatif sur les populations.
Mais également à veiller au respect des libertés publiques et la vie publique des citoyens. C’est dans ce sens, a-t-il ajouté, que l’Artp a jugé nécessaire d’appuyer la Cdp dans le cadre de ses « nobles » missions. Cela, conformément aux orientations de l’Autorité de régulation. « Nous avons jugé nécessaire de conjuguer nos efforts pour atteindre les missions que nous a confiées le président de la République », a indiqué le directeur de l’Artp.

De son côté, la présidente de la Commission de protection des données personnelles, Awa Ndiaye, a salué ce geste, qui permettra à sa structure de répondre plus sereinement à ses missions « difficiles et sensibles ». « En nous accompagnant, vous confirmez le mandat qui vous est assigné. Nos missions demandent beaucoup d’informations et de communication », a-t-elle fait comprendre. D’après Awa Ndiaye, la régulation est étroitement liée à la protection des données personnelles.
La  Commission de protection des données personnelles veille, entre autres, à ce que le traitement des données à caractère personnel soit mis en œuvre conformément aux dispositions légales, de formuler toutes recommandations utiles  pour veiller à ce que les traitements de ces données soient mis en œuvre suivant les dispositions en vigueur.

Ibrahima BA

Le vernissage de l’exposition « Paroles de filles : Ensemble contre le mariage d’enfants » a eu lieu hier, au Musée de la femme Henriette Bathily. Présentée sous forme d’une trentaine de photos, cette exposition entre dans le cadre de l’appui du gouvernement du Canada pour mettre fin aux mariages précoces et forcés des enfants.

En prélude à la Journée internationale de l’enfant africain célébrée le 16 juin,  le Musée de la femme Henriette Bathily, sis à la Place du Souvenir à Dakar, accueille, depuis hier, l’exposition «Paroles de filles : Ensemble contre le mariage d’enfants ». Élaborée par le gouvernement du Canada en collaboration avec l’organisation « Filles, pas épouses » et « Le partenariat mondial pour la fin du mariage des enfants », cette exposition d’une trentaine de photos encadrées met en évidence l’ampleur grandissante du mouvement mondial en faveur de l’abolition du mariage d’enfants.
Sur ces images, s’affichent également des témoignages via des récits inédits de jeunes filles originaires des pays du Pakistan, de l’Inde, de l’Ouganda, du Bengladesh, de l’Ethiopie, de la Tanzanie, la Zambie, Malawi, etc. qui toutes prônent le changement de cette pratique. Par exemple, c’est le cas d’une jeune fille originaire  de Malawi qui s’est mariée à l’âge de 13 ans en espérant que le mariage lui apporterait une meilleure situation financière. Mais elle se retrouve abandonnée, deux ans plus tard, avec ses enfants. Il y a aussi le cas de Zalia du Pakistan, mariée à 14 ans qui prie aujourd’hui pour ne jamais donner le jour à une fille, de peur qu’elle subisse le même sort qu’elle.

15 millions de filles mariées par force chaque année
D’après la responsable de la stratégie Afrique de l’Organisation « Girls not brides », Françoise Kpeglo Moudouthe, cette exposition est un projet d’une grande importance pour  leur  structure qui œuvre à mener des actions de plaidoyer pour lutter contre cette pratique. A l’en croire, 15 millions de filles dans le monde sont forcées, chaque année, de se marier avant leur 18ème anniversaire de naissance. « Au Sénégal, ce taux s’élève à 33% mais atteint les 68% dans la région de Kolda », indique-t-elle. Précisant qu’à travers cette exposition, ils ont voulu montrer qu’au-delà  des chiffres et statistiques évoqués, il y a des visages, des  vies et des voix de celles qui sont directement concernées par la pratique du mariage d’enfants afin qu’elles puissent être entendues.
Aussi, souligne Mme Moudouthe que l’exposition rappelle que le mariage des enfants est un problème qui affecte tous les pays et toutes les régions, les religions. Il est un phénomène mondial. En effet, les témoignages poignants sur les tableaux de filles de contrées diverses en est une preuve tangible.

Violation des droits des filles
Toutefois, reconnaît-elle les efforts du gouvernement du Sénégal qui s’est engagé  avec succès dans cette lutte contre certaines pratiques traditionnelles néfastes affectant les filles et les femmes par la signature de conventions régionales ou internationales et de traités.
La sociologue Fatou Sow, par ailleurs membre du comité scientifique du Musée de la femme Henriette Bathily, s’est dit heureuse de recevoir cette expo sur le mariage des enfants car elle rentre parfaitement dans leur aspiration de renforcer la dignité des femmes par l’éducation des filles.
« Le mariage forcé comme le mariage des enfants sont des discriminations qui ont toujours été présentées en termes de pesanteurs sociales et de traditions culturelles, mais qu’on ne justifie ni par la culture ni par la religion ; ce ne sont juste que des astuces données pour perpétuer ces discriminations », se désole-t-elle.
Présidant le vernissage, l’ambassadeur du Canada, Philippe Beaulne, indique  que cette exposition a pour objectif de sensibiliser à résoudre ce problème qui existe  un peu partout, et espère qu’il diminuera grâce à une mobilisation de tous les acteurs locaux et internationaux, notamment les autorités. « Les mariages  d’enfants  sont une violation des droits des filles. C’est une pratique  qui les empêche de poursuivre des études et met en péril leur santé », souligne-t-il. D’où leur engagement.
« Nous savons que le changement est possible. Mais chacun à un rôle à jouer, y compris les Nations unies, l’Etat sénégalais, les organisations régionales et les collectivités », a dit l’ambassadeur du Canada.
 

Maguette Guèye DIEDHIOU

Le ministre de la Culture et de la Communication, Mbagnick Ndiaye, a présidé, hier, l’ouverture officielle du Forum international pour le projet de Revitalisation du site de la Maison des esclaves de Gorée. Ce forum de quatre jours est organisé par la Direction du patrimoine culturel, en partenariat avec la Coalition internationale des sites de conscience et la Fondation Ford.

« Construire une vision nouvelle des sites historiques de l’esclavage au 21ème siècle » est le thème du Forum international pour le projet de Revitalisation du site de la Maison des esclaves de Gorée. Cette rencontre de quatre jours regroupe des conservateurs de musées, historiens, archéologues, universitaires et chercheurs, guides touristiques, élus locaux, professionnels du patrimoine, architectes et techniciens.

Financé par la Fondation Ford à hauteur d’un million de dollars et un appui de 800. 000 dollars de l’Etat du Sénégal, le projet vise « à proposer de nouveaux contenus d’animation pédagogique, de renforcer la qualité de l’infrastructure classée au Patrimoine mondial de l’Unesco et de l’adapter à l’expression de toutes les dynamiques contemporaines liées à l’esclavage, dans ses nouvelles formes, et  la promotion des droits humains ». Le début des travaux de réhabilitation du site, a déclaré Doudou Diène, président du conseil de la Coalition internationale des sites de conscience, est prévu pour très bientôt.

Ce programme étalé sur trois ans va contribuer au développement du site en un centre régional et mondial d’excellence, sur l’implication des visiteurs sur des sujets liés, entre autres, à la liberté, à la migration, à l’esclavage du passé et actuel. L’enjeu est surtout de faire en sorte que l’Ile mémoire puisse garder intact son héritage et continuer à garder les traces d’une « barbarie » démesurée, en un moment de l’histoire.

Nouvel élan
Pour le ministre de la Culture et de la Communication, l’Ile de Gorée doit face, aujourd’hui, à un double défi. Il s’agit, d’une part, d’assurer la sécurité de l’île face au fléau de l’érosion côtière et, d’autre part, de sauvegarder et de mettre en valeur ce patrimoine « exceptionnel ». C’est dans ce sens, a avancé Mbagnick Ndiaye, que l’Etat du Sénégal, la Coalition internationale des sites de conscience et la Fondation Ford veulent faire de la Maison des esclaves de Gorée un site de référence internationale dédié à la mémoire de la Traite négrière. « Le projet de Revitalisation de la Maison des esclaves de Gorée va bénéficier, sur trois ans, d’un montant de 1,8 million de dollars dont un million de la Fondation Ford… », a-t-il laissé entendre, se félicitant de l’initiative de la fondation qui, en moins de 6 mois, s’est engagée dans ce projet à une hauteur exceptionnelle.

Dans ce projet, a fait comprendre le ministre de la Culture, il s’agira de mettre à niveau les espaces mémoriels de l’île. A cela s’ajoute un centre de documentation sur l'esclavage, un espace de dialogue et une exposition permanente sur l’esclavage et ses implications contemporaines.

Augustin Senghor, maire de Gorée, a salué cette initiative visant à sauvegarder « une identité remarquable », en l’occurrence la Maison des esclaves. A l’en croire, ce projet va donner un nouvel élan à ce site, en contribuant à sa valorisation et ainsi créer un impact positif sur l’économie de l’île.

Se réapproprier le site
Pour Doudou Diène, le projet de Revitalisation du site de la Maison des esclaves de Gorée est emblématique parce que reflétant le plus complexe des sites de conscience. De son point de vue, l’un des défis de ce projet est de faire en sorte que les gens aient conscience de la dimension objective de cette tragédie afin d’arriver à une transformation interne qui les amène à s’interroger sur les valeurs qui ont fondé l’esclavage.

Aussi, pense-t-il, qu’ il faut pousser les populations à se réapproprier ce site. Le directeur du Patrimoine culturel, Abdoul Aziz Guissé, a abondé dans le même sens. Selon lui, « il faut, au-delà des réflexions collectives, amener le débat autour de la mémoire sur le terrain afin de le partager avec les populations », et particulièrement les jeunes. Au-delà des sites emblématiques, M. Guissé prône l’inventaire de l’ensemble des lieux de mémoire du pays.

Ibrahima BA

Mémoire de la Traite négrière : Nécessité d’une nouvelle vision sur les sites historiques
La Traite négrière aura été l’un des plus grands scandales que l’humanité ait connus. Les sites qui ont abrité le « commerce de la honte » continuent à porter la mémoire et les traces d’une souffrance inhumaine. Pour le recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Ibrahima Thioub, la nouvelle vision sur les sites historiques de l’esclavage devra répondre à des questions d’une brulante actualité. Car, les traites esclavagistes et les esclavages ne sont pas des phénomènes propres aux siècles passés.

« Aujourd’hui encore, des millions d’hommes et de femmes ploient sous la férule de la servilité. Pourquoi donc après des siècles de traite esclavagiste, l’Atlantique mais aussi la Méditerranée continue d’être les cimetières des milliers d’Africains sans sépulture, comme disait Léopold Sédar Senghor », s’est-il interrogé.

Actuellement, note Doudou Diène, président du conseil de la Coalition internationale des sites de conscience, l’idéologie raciale structure les sociétés de l’hémisphère occidental. Et la carte de la marginalisation sociale, politique et économique coïncide avec la carte ethnique.

Toutefois, soutient Ibrahima Thioub, pour être pertinents, « nos » lieux de mémoire, matériels comme immatériels, doivent susciter un certain nombre de questions chez les visiteurs. Par rapport à Gorée, il a indiqué que l’île continuera à susciter des craintes, tant sont importants les enjeux que porte l’île. A l’en croire, si Gorée est mondialement connu comme lieu de mémoire par excellence de la traite atlantique des captifs, elle le doit, avant tout, à ses musées et à la Maison des esclaves. Dans cette île, explique-t-il, le travail de mémoire a tellement réussi qu’il a davantage insularisé Gorée.

« L’île de Gorée a fini par jeter un voile sur l’histoire des traites atlantiques et de l’esclavage dans son arrière-pays continental. C’est tout cela qu’il nous faut repenser pour l’inscrire dans le temps du monde en ayant l’audace de la prospective », a-t-il laissé entendre.

I. BA

Hulo Guillabert, écrivain et directrice de « Diasporas Noires Editions » était, le week-end dernier, l’invitée des « Samedis de l’Economie » organisés par la Fondation Rosa Luxemburg et Arcade. Mme Guillabert y animait une conférence sur le thème « L’édition numérique… Et les bibliothèques ne brûlent plus ! Economie numérique : une chance pour l’Afrique ? »

« En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Cette assertion du sage de Bandiagara, Amadou Hampâté Bâ, a-t-elle fait son temps ? La réponse à cette question n’est pas toujours évidente. Mais, elle met en relief le problème de la transmission de l’expérience vécue, des savoirs particuliers et de la mémoire collective dans des sociétés d’oralité. Sous ce rapport, « l’économie numérique offre à l’Afrique l’opportunité de stocker sa mémoire, sa littérature écrite et orale, ses œuvres d’art, ses particularismes… », indique Hulo Guillabert, directrice de Diasporas noires Éditions. Faudrait-il juste que les peuples d’Afrique prissent conscience des enjeux que constitue l’outil technologique qui peut leur permettre d’exprimer leur vision du monde.

Le numérique, selon elle, donne à l’Afrique une occasion d’innover et aux jeunes une chance formidable de se réinventer en se positionnant comme forces de propositions autonomes. Même si elle ne perd de vue les risques liés à Internet, ce « catalogue fourre-tout », la promotrice de la galerie « Nubi-Arts » trouve nécessaire de s’en accommoder pour que le contrôle des masses ne soit plus l’apanage de certaines coteries. Car, estime-t-elle, Internet est un outil de construction et de déconstruction des systèmes, participant ainsi au formatage des esprits, des consciences collectives. Il y a, sous cet angle, un esprit critique à cultiver, rempart contre les idéologies dominantes au service de certaines chapelles.

L’édition numérique dont l’Afrique peut se servir pour « une réappropriation de ses cultures », à en croire Hulo Guillabert, navigue entre des écueils tout à fait objectifs. La nouveauté du phénomène en est le premier obstacle. Certains sont encore attachés au livre physique pour son confort de lecture même si les liseuses pour les documents numériques sont de plus en plus performantes et accessibles. Le taux d’analphabétisme de la population sénégalaise et africaine en général ne favorise pas non plus une meilleure pénétration de cet instrument « moins encombrant qu’une bibliothèque » et plus souverain qu’une mémoire d’homme, à la fois faillible et gouvernée par des préoccupations existentielles et individualistes.

Dynamique de vulgarisation
En outre, la méfiance par rapport aux modalités de paiement les plus fréquentes de l’édition numérique dans un espace où les cartes de crédit sont peu usitées empêche, selon « l’Africaine du Sénégal », comme elle se nomme, son développement. C’est ainsi qu’elle compte nouer un partenariat avec un service de transfert d’argent pour adopter une démarche plus adaptée aux pratiques locales. Il est aussi important que la Direction du livre s’adapte aux nouvelles réalités technologiques non sans signaler que le livre-papier, « plus autonome », a encore de la marge par rapport au « e-book » qui dépend de plusieurs paramètres.

Toutefois, malgré les nombreux obstacles au développement de l’édition numérique beaucoup plus souple et moins chère que celle-là traditionnelle, « l’Etat doit s’inscrire dans une dynamique de vulgarisation de cet instrument par une politique de promotion et de construction d’infrastructures », dit Hulo Guillabert. Car, il ne faut pas que l’Afrique rate le train à nouveau. C’est une question de souveraineté. Marc-André Ledoux, directeur général des Nouvelles éditions numériques africaines, dit une chose qui en en témoigne : « En tant que privés, nous faisons œuvre publique en récupérant le patrimoine passé et culturel de l’Afrique ». La bibliothèque à laquelle faisait référence Amadou Hampâté Bâ sera ainsi moins sollicitée.

Alassane Aliou MBAYE

Promouvoir et préserver la culture mancagne. C’est l’un des objectifs de la Fédération des associations des femmes mancagnes (Fafm). Elles y sont encouragées par Mme Viviane Laure Elisabeth Bampassy, ministre de la Fonction publique, qui a assisté, samedi à Dakar, à la première édition de la Journée culturelle de la Fafm.

La Fédération des associations des femmes mancagnes (Fafm) a organisé, samedi dernier, sa première journée culturelle, autour du thème : « Le rôle de la femme comme actrice majeure à l’attachement à la culture mancagne ». C’était à Dakar, au centre socioculturel des Martyrs de l’Ouganda, sis à Liberté VI.

Prenant la parole au cours de cette journée, Viviane Laure Elisabeth Bampassy, le ministre de la Fonction publique, de la Rationalisation des effectifs et du Renouveau du secteur public, a reconnu la responsabilité première des femmes à préserver le legs des anciens. Mieux, elle a soutenu que la culture mancagne doit être transmise partout afin que cette identité soit connue davantage.

elon Mme Bampassy, les jeunes d’aujourd’hui subissent toutes sortes d’influences et peuvent être happés par cet uni-formalisme ambiant qui, progressivement, les éloigne de leur culture et qui, à terme, pourrait conduire à leur disparition.

Viviane Laure Elisabeth Bampassy a salué le rôle de la femme mancagne dans la transmission des savoirs ; et cela, malgré les contingences d’ordre social qui peuvent quelque fois la contenir dans les seconds rôles. Mme Bampassy se dit convaincue que la promotion de la culture mancagne mérite d’être portée vers la voie du progrès. Sous ce rapport, le ministre de la Fonction publique a invité les femmes de cette communauté à prendre des risques pour mieux développer des activités génératrices de revenus afin d’être plus autonomes. Sachant qu’elles rencontreront son soutien. Dans le même ordre d’idées, Mme Fatou Laye Diop, représentante du ministre de la Culture et de la Communication, a affirmé la disponibilité de la Direction des arts à encadrer et accompagner les associations à mieux se structurer et s’organiser.

De son côté, la présidente de la Fédération des associations des femmes mancagnes (Fafm), Mme Irène Ndecky Médou, est revenue sur les activités agricoles qu’elles mènent, mais aussi sur les divers produits récoltés.Le parrain, Dr Jean Laurent Kaly, et le maire de la commune de Sicap-Liberté, Santi Sène Agne, ont tous magnifié les belles facettes culturelles de l’identité mancagne.

Serigne Mansour Sy CISSE

L’Ecole des Sables de Toubab Dialaw a présenté, vendredi dernier, son spectacle de restitution de fin de stage qui s’est déroulé, du 5 avril au 11 juin 2016, sous la direction artistique de Patrick Acogny. Ce stage, qui a réuni 20 danseurs africains de 15 nationalités différentes, est la deuxième phase d’un cycle de formation de trois ans. Le thème de cette deuxième année, « Chorégraphie ? Mais quelle chorégraphie ? », est moins un questionnement qu’une amorce d’une conversation entre le concepteur et « l’exécutant ».

« Permettez-moi d’embrasser mon fils. Félicitations Patrick » ! Il s’en est suivi, après que les regards émerveillés par le spectacle ont commencé à se détourner, une tendre et émouvante étreinte entre le fils, Patrick, et celle qui a inspiré bien des corps et des esprits, Germaine Acogny. C’est décidemment un soir heureux pour cette figure tutélaire honorée, la veille, de faire partie des « 50 intellectuels africains qui font bouger l’Afrique ».


Elle peut aussi tirer fierté - son époux Helmut Vogt aussi - de ce que 20 jeunes Africains ont dit à l’humanité à travers une expression corporelle témoignant d’une savante alchimie, d’une interaction entre le chorégraphe et le danseur. Celui-ci n’est point une âme en divagation portée par l’écho des ondes sonores oppressantes. Son énergie est au service d’un idéal ; celui-là mettant en harmonie le corps et l’intellect qui, dans le méli-mélo identitaire, offrent à voir un cosmopolitisme attrayant. La chorégraphe Sophiatou Kossoko et ses interprètes ne montrent pas autre chose que ce dialogue. Le tam-tam ici ne crée pas le rythme. Il accompagne les « carcasses » qui sondent l’espace en laissant leurs pieds mordre vigoureusement le sol martyrisé par une énergie débordante et rafraîchi par leur sueur. « Oh yes rampapam ! » Pour crier sa joie délirante et infinie. Quand un corps, rabat-joie, rompt ce délice, c’est l’envie d’entrelacer les siens qui le fait revenir à lui-même.

Il en aura besoin pour s’enivrer avec la chorégraphe belge, Alessandra Seutin, qui, en joignant le « geste » de Germaine Acogny à son inspiration rafraîchissante, attribue à la platitude du mouvement routinier du corps une acception, un sens profond. Ainsi donc, l’on ne s’allonge point à terre par amour pour le farniente ou par usure. C’est pour la supplier de pouvoir en jouir longuement afin que la matière soit le fidèle interprète de la pensée, du cœur, de l’essence humaine en ombre et en lumière. Car, il ne s’agit pas, avec la danse africaine moderne, de sauter ni plus haut ni plus bas. Il faut écouter son âme.

Faut-il interpeller son corps ou sa conscience quand la quiétude et le temps nous y autorisent ? La question se pose en d’autres « gestes » pour la chorégraphe belge, Karin Vyncke. Le corps n’est pas un isolat. Il est un réceptacle d’idées qu’il projette pour partager des émotions. Il suffit simplement d’être maître de son mouvement affranchi de l’univers sonore pour se créer le sien.

Réceptacle d’idées
Le tam-tam ne dompte pas les interprètes d’une pensée ni ne les excite. Il les escorte dans leur foulée, leur quête de sens dans, par exemple, le mouvement giratoire ou dans l’enjambée qui n’est point une course pour rattraper le temps souverain mais une abstraction de celui-ci.

Le Togolais Raouf Tchakondo donne une lecture personnelle à la technique de Germaine Acogny. Ses fréquents passages à l’Ecole des Sables l’y autorisent. Dans ce « cosmos », les mâles se meuvent comme des fauves. Les danseuses aussi. Celles-ci, de temps à autre, se blottissent pour observer leur cadence infernale avant d’entrer en fusion avec eux pour s’applaudir quand le rythme n’assouvit guère le corps de toute évidence insatiable. Si, peut-être avec Nora Chipaumire, la Zimbabwéenne établie aux Etats-Unis ! Son cri de guerre n’est pas une harangue pour ou contre l’autre. C’est pour se donner de l’élan et exalter la fierté de sa communauté. Faudrait-il juste qu’elle fût là. « Est-ce que vous êtes là les gars ? On va gâter ce soir ! ». Et ce soir-là, c’est une histoire de sape. Mais, il y a un petit problème : « avant de se proclamer sapeur, il faut d’abord manger à sa faim » ! Oups, on est en Afrique là ! Ici, il y a même « des lunettes qui soignent la cataracte ». La Zimbabwéenne et ses danseurs créent une interaction avec une assistance conquise.

Il a fallu, pour arrêter ce délire exquis, faire appel à la fureur des tam-tams à qui les corps en extase ont témoigné leur gratitude. Ils ne l’ont pas fait moins quand Patrick Acogny, maître dans la déconstruction des danses patrimoniales, a fait reprendre le pas aux 20 jeunes gens indifféremment habiles malgré l’entremêlement des rythmes.


Le directeur artistique de l’Ecole des Sables élargit ainsi « leur palette de possibilité pour explorer les différentes façons de penser et de danser ». Et si finalement, on s’exclamait avec eux pour dire ceci : Quelle chorégraphie ! Il n’y a plus lieu de s’interroger après tant d’agilité qui a enchanté un public rejeté sur un rivage de sable où on bouge mieux.

Alassane Aliou MBAYE

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