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Littoral atlantique : Mboro, une histoire liée à la politique agricole du colonisateur

09 Jan 2017
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Située sur le littoral atlantique, au Nord-ouest de la région de Thiès, la commune de Mboro a une histoire qui est intimement liée à la politique agricole du colonisateur. Mais aujourd’hui, elle souffre de son isolement à l’intérieur de la nouvelle commune voisine de Darou Khoudoss qui la ceinture de partout.

Mboro est la seule commune urbaine de toute la zone des Niayes. Elle a été érigée en février 2002. Auparavant, la localité était le chef-lieu de la communauté rurale du même nom à une centaine de kilomètres de Dakar, la capitale sénégalaise à partir de la route côtière dite « Route des Niayes ». Mais, c’est à la faveur de la création de la station agricole par les colons, en 1936, qu’il faut remonter l’histoire de Mboro. « C’est une histoire qui, il faut le souligner, est intimement liée à la politique agricole du colonisateur dans la zone des Niayes. Car, ils avaient découvert à l’époque, la richesse des sols et la situation géographique de la zone favorable aux échanges. Ce qui motiva la création de la station agricole qui par la suite a contribué à l’expansion de la ville », nous raconte le maire de la ville, Moussa Ndiaye. Selon lui, « la station avait pour mission principale la vulgarisation de la production fruitière et maraichère dans la zone. D’ailleurs, une équipe de techniciens agricoles avait été déployée à la tête de la direction de la station qui était dotée d’infrastructures et d’équipements appropriés pour assurer la production fruitière et maraichère. Des paysans étaient choisis pour assurer les travaux champêtres et on appelait la zone des bas-fonds répondant aux critères de production : Tolou Colons ».
Une belle époque du reste qui favorisa une ruée vers Mboro. « Oui, des Sénégalais venaient de partout. Du Sine-Saloum, du Baol, de Thiès, de la Casamance pour trouver du travail de saisonniers et pouvoir subvenir à leurs besoins de consommation. Mieux, certains autochtones se lançaient dans des activités diverses pendant que d’autres avaient la lassitude d’entreprendre à leur profit.

Une zone de migration
Marché MboroMboro était devenu un véritable pôle des migrations internes du Sénégal », ajoute Moussa Ndiaye. Le maire de Mboro nous raconte également que, « la piste qui reliait la ville à Tivaouane était en bois et était construite par les villageois. Et, à l’époque, un seul véhicule disponible assurait la desserte une fois par semaine entre les deux localités entre les années 1940-1950. Pour aller vendre leurs produits à Thiès, les producteurs les transportaient à dos d’âne à travers des caravanes qu’ils organisaient à chaque fois. Ils quittaient Mboro vers 20h avant d’arriver à Thiès vers 4h du matin ».

Mboro, nous révèle le maire, « on l’appelait la zone, la petite Casamance avec son environnement naturel et son avifaune riches en potentiel animalier avec phacochères, lions, panthères et autres) et d’espèces d’oiseaux divers ». Un potentiel qui a fini par disparaitre pour laisser la place à l’horticulture et l’arboriculture fruitière ainsi que l’exploitation industrielle extractive. Ainsi, la ville vit à son rythme habituel qui l’a toujours caractérisé. « Celui d’une ville de migration qui abrite des saisonniers du secteur agricole et maraicher et des travailleurs des industries extractives où l’on note des résidents permanents et des temporaires » nous indique Mohamed Ben Saer Diouf, le secrétaire municipal de la mairie.

Mais, la population présente une spécificité qui est aussi liée à sa tradition de ruralité. Pourtant la ville ne compte que 8,22 % d’agriculteurs et d’éleveurs selon les statistiques. Seulement, on peut dire que c’est une situation qui puise ses origines dans l’évolution socio-économique de la ville, depuis la création, en 1936, la station agricole à vocation maraîchère et arboricultrice. Selon le maire Moussa Ndiaye, « plus de 25% des travailleurs des autres secteurs de l’économie locale mènent des activités parallèles dans ce domaine pour lequel, les services techniques déconcentrés du ministère de l’Agriculture implantés au niveau communal et départemental, ne disposent pratiquement pas de données statistiques satisfaisantes dans ce secteur clé du développement local ».

Diversité d’ethnies et de cultures
Aujourd’hui, à Mboro on note un faible mouvement d’émigrants, surtout de jeunes hommes et femmes vers la capitale si ce n’est pour des raisons d’études ou de travail et très rarement vers l’étranger. Même si, souligne l’édile de Mboro, « les arrêts annuels pour l’entretien de la plate-forme chimique des ICS favorisent un autre type de migration périodique drainant une masse d’ouvriers et de manœuvres chômeurs à la recherche d’emplois temporaires lucratifs ».

Une diversité d’ethnies et de cultures constitue pour l’essentiel les peuplements de la commune de Mboro. Notamment, les Ouolofs (39%), les Sérères (22%) les Pulaars (18%), les Diolas et les Mandiacks (17%), et environ 4% de Mandingues (Sossés, Bambaras…). « Une belle combinaison qui trouve sa stabilité sociale dans cette commune volonté de brassage ethnique et de métissage culturel d’une population forte de 26 675 âmes réparties dans 10 quartiers de la ville et dont les premiers: Abour et Keur Ndéné ont été créés en 1954 », selon le maire de Mboro. Et pour lui, « la sédentarisation progressive des migrants a favorisé la démographie galopante que subit la commune, avec un taux annuel de croissance avoisinant 6,5 %.  La population est ainsi passée de 8 454 habitants en 1988 à 19 423 en 2000 et 26 675 en 2012, soit une augmentation de 18 221 habitants (216%) en un peu plus d’un quart de siècle soit vingt-huit (28) années ».

Par ailleurs, à Mboro le secteur de l’emploi est fortement influencé par l’implantation et l’extension (à 5 Km de la commune) des Industries Chimiques du Sénégal (ICS) qui regroupent des industries extractives (les mines de Taïba) et de transformation (l’usine chimique de Darou Khoudoss). Selon le maire de la ville, « les ICS polarisent la plus grande partie des activités économiques de la commune et favorisent la floraison d’une multitude d’entreprises et de micro entreprises de sous-traitance. Jusqu’aux années 1970, la population active qui était composée d’environ 80% d’agriculteurs et d’éleveurs, a progressivement basculé vers une diversification des métiers courants ayant encouragé le secteur secondaire qui est à présent le mieux représenté avec 47,7% ».

Pôle attractif de développement et d’échanges
Gare routière MboroToutefois, il faut dire que l’expansion et l’extension de la ville a connu plusieurs étapes avec les premiers flux de migration intervenus en 1936. Par la suite, ces flux se sont progressivement intensifiés, pour atteindre leur paroxysme avec l’exploitation des mines de phosphates de Taïba en 1957, puis tout récemment, avec l’implantation des ICS en 1985. Aujourd’hui, l’environnement physique et socioéconomique, entre  autres spécificités, le bon micro-climat, ses sols riches et fertiles font de Mboro un pôle attractif de développement et d’échanges surtout adossé à une situation géographique favorable.

D’ailleurs souligne le maire de cette ville, « on peut citer Mboro parmi les pôles les plus importants de la culture maraîchère du Sénégal. L’audit urbain de la commune que nous avons réalisé a révélé que 30% de la production des pommes de terre et d’oignons du pays (6 200 tonnes/année) provient de Mboro qui approvisionne également plusieurs pays de la sous-région en légumineux, principalement la Mauritanie, la Gambie, et la Guinée Bissau. La production maraîchère concerne aussi plusieurs autres variétés, entre autres: concombre, haricot vert, courgette, citrouille, gombo, pastèque, persil, ail, etc. Par ailleurs, la commune est aussi une zone à vocation d’arboriculture fruitière. Les derniers chiffres relevés faisaient état en 2002, de 9 grands vergers contenant 3 404 manguiers et 1260 agrumes divers disséminés dans les zones d’exploitation et la zone d’habitation (orangers, mandariniers, citronniers de diverses variétés, bananiers, sapotilliers, papayers, goyaviers, pommiers cannelle). La culture céréalière (mil, maïs) y est pratiquée en période d’hivernage pour les besoins alimentaires de quelques rares familles. Ce nombre a certainement augmenté avec l’engouement suscité dans la production agricole et maraicère dans la zone”.

Plaque tournante du commerce des produits halieutiques
Ici, le secteur de la pêche occupe une place importante qui confère à la commune de Mboro le statut de plaque tournante du commerce de produits halieutiques. Avec une moyenne mensuelle de production estimée à 131 tonnes de produits frais venant du village de pêche voisin de Mboro sur mer (rattaché à Darou Khoudoss) et qui transite par la commune. « On enregistre des prises de toutes espèces et variétés dont : 114 tonnes sont destinées à l’exportation, 15 tonnes à la transformation (poisson  salé - séché, « Tambadiang ») et deux (2) tonnes jugées insuffisantes, destinées à la consommation locale », souligne le maire de Mboro. Une consommation, variant entre 2 500 à 3000 tonnes par mois, mais qui est soutenue par des apports extérieurs évalués à une moyenne d’environ 70 t, venant essentiellement des plages de Kayar, Hann, Rufisque, Mbour et Fass-Boye. L’approvisionnement de la commune en poisson frais est assuré par un groupe de 35 mareyeurs dont 15 femmes. Elle concerne uniquement les variétés de poisson à valeur commerciale moyenne, à la portée de la population locale.

L’équation des limites communales
Toutefois, avec les restrictions que lui imposent ses limites actuelles, la ville a perdu une grande partie de ses avantages liés au secteur de la pêche artisanale. Les activités de ce secteur qui n’occupe à présent que 0,3% de la population active (pêcheurs, mareyeurs), se limitent juste à la commercialisation et à la transformation du poisson, pêché sur les plages d’un hameau de la commune (Mboro sur/mer) actuellement rattaché à la communauté rurale de Darou-Khoudoss.

Incluse dans la zone côtière dite « zone des Niayes » et distante de cinq kilomètres du littoral atlantique, la ville de Mboro est totalement ceinturée par la communauté rurale de Darou- Khoudoss. Des limites actuelles, très sommairement définies, qui doivent, comme le souhaitent les populations, être redéfinies à la mesure des perspectives de développement à court, moyen et long termes. « Car, juste à la limite des concessions, ces limites géographiques compriment la commune sur une superficie de 310 ha dont 207 ha de surface urbanisée.
Des démarches idoines sont ainsi menées auprès des autorités compétentes par l’équipe communale, pour leur modification », souligne le maire Moussa Ndiaye.

Par Mamadou Lamine DIATTA et Mouhamadou SAGNE (Photos Pape Seydi)

 

Last modified on lundi, 09 janvier 2017 14:01
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