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Hughes Diaz, directeur de la cinématographie : « début de réouverture des premières salles de cinéma dès mai »

13 Avr 2017
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La proclamation des résultats de la sélection des projets de films soutenus par le Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle (Fopica) dans la gestion 2016 a été une occasion pour le directeur de la Cinématographie, Hugues Diaz, de revenir sur l’importance de ce fonds pour le cinéma sénégalais. Dans un entretien, M. Diaz a annoncé la réouverture de salles de cinéma en mai prochain.     

Quel est l’apport du Fopica pour le cinéma sénégalais ?
Depuis que le Fopica a été mis en place, il y a une émulation déjà pour les acteurs de ce secteur qui ont retrouvé un engouement à faire des films ou à s’investir dans les autres filières de l’industrie cinématographique. Le Fopica règle également le lancinant problème du financement parce qu’à un certain moment l’État s’était désengagé et on a vu le flop qu’il y a eu tout le long, à savoir la fermeture des salles, l’absence de production de qualité, une mainmise de la production par les étrangers et qui influait sur les contenus de nos films. Mais aujourd’hui, le Fopica donne de la confiance, du respect, de la dignité juridique à nos cinéastes qui, aujourd’hui, lorsqu’ils vont négocier des financements supplémentaires, sont respectés parce qu’ils viennent avec un soutien de leur État.

Comment s’est déroulée la gestion 2016 du Fopica ?
Pour la gestion 2016, nous avons accusé un grand retard dans la publication. Cela est dû au fait que la sélection des dossiers de projets a été ouverte à d’autres filières autres que celle de la production, à savoir la distribution, l’exploitation et la formation. Nous avons voulu aussi donner du temps aux porteurs de projets pour bien les ficeler. Et nous avons eu à repousser, à plusieurs reprises, les délais de dépôt pour nous permettre de faire une tournée sur l’étendue du Sénégal qui nous a permis de sensibiliser les régions à déposer elles aussi des projets. Car nous avions constaté que pour le premier appel, la présence des régions était quasi inexistante. Nous avons donc résorbé cela par cette tournée dans les régions.

Par la suite, il y a eu un succès car contrairement à la première année, il y a eu 137 projets reçus et 38 projets vont être appuyés par le Fopica 2016 par rapport à la première année où il y avait 32 projets. Il faut aussi reconnaître que d’autres filières se sont rajoutées, à savoir la distribution, l’exploitation et la formation. Il était important d’ajouter ces filières. Vous savez, lorsqu’on produit un film, il va se poser un problème de débouchés. Par exemple, si l’on n’a pas un bon système de distribution, les films vont rester dans les tiroirs. De même, si on ne commence pas à rénover ou à créer de nouvelles salles de cinéma, les Sénégalais, les étrangers, n’auront pas d’espace pour regarder les films. C’est pour ces raisons qu’après évaluation, nous avons inscrit ces secteurs en bonne et due forme. Nous nous sommes également intéressés à la formation. Car il y a aujourd’hui une faiblesse des dossiers de production de films et une faiblesse du niveau de présentation des projets pour les autres filières. La formation est donc la clé de voûte pour résorber ces insuffisances dans l’écriture de scenarii, dans la présentation des projets, dans les dossiers de production etc.

Quelle est la part des régions de l’intérieur dans le Fopica ?
Pour les régions, rien que pour les projets de formation, elles vont se tailler la part du lion. En effet, les formations ne se feront pas qu’à Dakar, c’est presque toutes les régions du Sénégal qui seront concernées. Une des régions, celle du sud, va bénéficier d’un projet de salle de cinéma. « Le Vox » de Ziguinchor sera repris, recassé et innové avec de nouvelles structures. Ce sera désormais une salle moderne. De plus, les régions vont bénéficier des tournages de films qui vont contribuer à une animation et en meilleur intérêt pour les régions de s’approprier des activités cinématographiques. A cet effet, nous appelons les collectivités locales, les conseils départementaux, les mairies qui jouissent de la compétence culture à faire comme la région de Dakar pour permettre de fixer les créateurs, les producteurs car les régions sont un véritable vivier de culture, de richesse de la culture, du patrimoine. Je pense que si ces artistes qui viennent s’installer à Dakar pour faire des films étaient chez eux, ils auraient plus de latitude dans la création de bonne production originale.

Où en est la Direction de la cinématographie par rapport à l’exploitation et à la distribution des films ?
Nous nous frottons aujourd’hui les mains parce qu’avec tous les succès engrangés par les films sénégalais financés, et rien que par l’expérience  du Fopica, il y a des investisseurs étrangers qui viennent pour proposer des projets assez importants au Sénégal, comme l’ouverture de salles de cinéma et surtout d’infrastructures cinématographiques. L’autre aspect, c’est qu’aujourd’hui, nous bénéficions d’une volonté et d’un engagement politiques au plus haut niveau. La volonté politique est à nos côtés pour restructurer, financer, apporter des reformes pour de véritables industries culturelles, cinématographiques et audiovisuelles qui vont impacter sur l’économie culturelle, sur le Pib et l’émergence  de notre pays.

Que fait l’État par rapport à l’exploitation et à la construction des salles de cinéma ?
Les salles reviennent et dès ce mois d’avril et mai, vous aurez les premières salles. Nous allons bientôt visiter ces mécènes de la culture, le groupe « Bolloré » à travers le concept Canal Olympia qui est en train de développer des salles de cinéma à travers l’Afrique. Le Sénégal qui est un pays de culture et de cinéma va expérimenter, dès le mois de mai, cette salle de cinéma que nous aurons par l’entremise de ces mécènes qui vont nous mettre deux salles. Nous leur avons demandé de penser aux régions ou à la banlieue dakaroise. Que tout ne se fasse pas dans le Plateau de la capitale et les quartiers chics du cinéma. Il faut qu’on donne accès au cinéma à tous les citoyens de ce pays. C’est un combat que nous lançons aux mécènes et investisseurs sénégalais et étrangers pour qu’ils mettent la main à la pâte afin de développer des initiatives dans le secteur du cinéma, parce qu’il s’agit de l’image du Sénégal auquel il faut donner tout le soin nécessaire.

Quel est votre challenge aujourd’hui au niveau de la Direction de la cinématographie ?
Notre bataille aujourd’hui est une bataille infrastructurelle et structurelle. En Afrique, tous les pays qui développent leur cinéma vont vers des Centres nationaux de la cinématographie. Aujourd’hui, en dépit de nos efforts énormes que le personnel de la cinématographie est en train de consentir, le problème est que je suis tellement amer qu’il ne soit pas trop motivé parce que nous sommes des agents de la culture qui font de grandes choses mais sans grande motivation et même sans moyens.
Ce sont des batailles énormes où nous avons le soutien de bonnes volontés.

Mais faudrait-il que le statut de la Direction évolue avec une autonomie beaucoup plus marquée administrativement, avec des moyens accrus.


Propos recueillis par Maguette Gueye DIEDHIOU

Last modified on jeudi, 13 avril 2017 13:18
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