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Sylvain Sankalé, critique d’Art : « L’artiste doit imprimer ses vibrations intimes »

10 Fév 2018
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La maison de la culture Douta Seck a abrité, jeudi dernier, une conférence ainsi intitulée : « Création artistique et marché de l’art, entre indépendance et compromission ». Elle a été organisée par la Galerie nationale d’Art et la section sénégalaise de l’Association internationale des critiques d’Art dont le conférencier, l’avocat et collectionneur Sylvain Sankalé, est membre. Il s’est agi de porter la réflexion sur les accommodements ou les réactions possibles du créateur face aux exigences du marché, de son univers d’expression et cette envie de liberté.

Dans le travail de l’artiste, se produisent quelquefois des « interférences » l’exposant à des compromissions. Il se pose alors la question de son authenticité mise en péril par des exigences diverses ou des choix de carrière. Cela le conduit dans ce que Sylvain Sankalé a appelé des « pièges ». Le premier a trait à l’accommodement que l’artiste, « un prestataire de services », peut faire avec la volonté du client pour une raison assez simple : l’artiste a besoin de vivre, de se nourrir. Et sous l’empire d’une préoccupation de carrière, il peut éprouver le désir d’acquérir et d’asseoir une notoriété ; ce qui exige, à ses yeux, très souvent un ajustement. La question est de savoir jusqu’où il peut (doit) aller.

Le créateur adopte certaines attitudes face au marché de l’art et les normes qui fixent les règles du jeu. « Il y a un tournant dans la carrière de l’artiste. C’est ce moment où il sent que le public commence à s’intéresser à son travail. Soit il reste fidèle à ses envies soit il est sensible à ce que disent les galeristes, les collectionneurs… Il y a aussi des artistes qui se reproduisent eux-mêmes, qui ne se libèrent pas du type d’œuvres qui les a rendus célèbres. Ils sont incapables de faire une rétrospective de leur travail parce que cela mettrait à nu leur incapacité à créer.

Quand ils essaient de sortir de cette routine dans laquelle ils croupissaient, le public les rejette. Ils finissent par se stériliser », souligne l’avocat d’affaires. Il est impérieux de sortir de cet univers de succès pour ne pas y être enfermé.

Et quand l’artiste veut se mettre, de manière inconsidérée, à la mode, il court le risque d’y laisser son âme, de perdre son identité. La tentation de plonger dans d’autres « cosmos » de créativité ne doit pas « mutiler » ses capacités intellectuelles, philosophiques… qui lui permettent de s’exprimer et de rester lui-même.

CRÉDIBILITÉ, AUTHENTICITÉ
Il y a aussi, selon Sylvain Sankalé, le « traquenard » de la politique qui peut le pousser à s’abaisser à certaines compromissions. « Aujourd’hui, on n’entend plus parler au moins 80% des artistes qui figurent dans les catalogues des grandes expositions itinérantes sous le président Léopold Sédar Senghor. Et pourtant, la plupart d’entre eux sont en vie mais ils ont sombré dans l’oubli le plus total parce qu’ils ont eu envie, à un moment donné, de complaire au pouvoir politique », rappelle-t-il. L’artiste est également soumis à des forces extérieures et intérieures. Il est parfois, pour mener sa carrière, appelé à se plier aux exigences du marché extérieur, d’arriver à un compromis entre sa sensibilité et ce qui fait vendre, entre son être et la perception des autres. « Il y a des artistes sénégalais connus à l’étranger mais qui n’ont aucune influence au Sénégal car ils avaient des productions exclusivement tournées vers une appropriation par des mentalités étrangères », indique l’auteur du roman « A la mode du pays ». Il lui semble également opportun, pour le créateur, de s’affranchir du conformisme sclérosant, de « ne pas se sentir obligé de représenter un hippopotame attaquant des gens sur une pirogue pour se référer à l’Afrique ».

La réaction de l’artiste face à ces sollicitations et contradictions dépend, à son avis, de sa personnalité. Un créateur peut s’écarter des normes et jouir d’une certaine notoriété et un autre n’être capable que de fulgurances même s’il s’aligne obstinément sur les codes. Ce qui paraît essentiel, de son point de vue, c’est d’asseoir sa crédibilité, de rester authentique, d’imprimer ses vibrations intimes, personnelles.

Alassane Aliou MBAYE

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