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De l’époque coloniale à aujourd’hui : Une petite histoire du wolof urbain

24 Mai 2018
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Fiona McLaughlin, professeur de linguistique et de langues africaines Fiona McLaughlin, professeur de linguistique et de langues africaines

Après huit ans de recherches sur le sujet, Fiona McLaughlin, professeur de linguistique et de langues africaines à l’Université de Floride (Etats-Unis), est venue partagée, ce mardi, au Centre de recherche ouest-africain (Warc), ses travaux sur l’histoire sociolinguistique du wolof urbain.

Les langues africaines sont très hospitalières. En contact avec le français depuis plus de 350 ans et l’établissement des premiers comptoirs coloniaux sur le littoral, le wolof illustre parfaitement ce phénomène, en ayant beaucoup emprunté à la langue du colon. Au point de donner naissance à une nouvelle forme de langue que l’universitaire américaine Fiona McLaughlin appelle « wolof urbain ». Ce professeur de linguistique et de langues africaines à l’Université de Floride (Etats-Unis), étudie ce phénomène depuis huit ans. Elle était au centre Warc de Dakar, mardi, pour échanger avec le public sur ses travaux. Pour cerner le sujet, Mme McLaughlin distingue trois variétés de wolof : le « olof bu xoot » (wolof profond), qui nécessite une bonne connaissance de la langue, le « olof piir » (wolof pur) qui, comme son nom l’indique, est sans emprunts, et le « sunu olof » (le wolof urbain, de la rue), la variété la plus courante. C’est à cette dernière variété que s’est intéressée la chercheuse.

Quand elle a commencé son enquête, à sa grande surprise, ce sont les personnes âgées qui, paradoxalement, ont été les plus tolérantes avec cette forme de liberté linguistique : « C’est comme ça qu’on a toujours parlé », répondaient-elles -, alors que les jeunes professionnels (30-45 ans) prônaient le purisme linguistique. Ce qui a poussé Fiona McLaughlin à croire que le wolof urbain est beaucoup plus ancien qu’on ne le croit. Ses recherches la mènent à Saint-Louis, où serait né ce phénomène vers la fin du 19ème siècle. Deux documents historiques confirment son hypothèse. L’un, datant de 1864, est rédigé par le gouverneur Faidherbe, répertoriant 1.500 mots français et leurs correspondants en wolof, pulaar et soninké.

Une identité post-ethnique
L’autre document, un recueil de 1.200 phrases usuelles avec leur traduction en wolof, ouvre une fenêtre très intéressante sur la société métisse saint-louisienne de l’époque. Son auteur, Louis Descemet, a essayé de « capter » la façon dont on parlait le wolof à l’époque. Ce parler urbain, un mélange de français et de wolof, s’est ensuite orienté vers Dakar. Mais à la différence du wolof urbain saint-louisien d’antan, dans la variante actuelle, parlée aussi bien dans les rues de Dakar qu’en milieu rural, « tout peut devenir un verbe ». Ainsi, il n’est pas rare d’entendre des phrases du genre : « Accusé-wume la dara » (je ne t’accuse de rien). Le plus surprenant, c’est que ce wolof urbain, fortement agrémenté de mots en français, est très utilisé par des personnes qui n’ont jamais fait l’école française.

Selon Fiona McLaughlin, le wolof a beaucoup emprunté aux autres langues. Comme toutes les langues. Au français, bien sûr, mais aussi au portugais (à qui il doit le mot fenêtre), au zenaga, une langue berbère qui a donné son nom au fleuve Sénégal, et au wolof des mots comme tabaski, « tisbar », « takussan », etc. De l’arabe, le wolof a emprunté essentiellement des concepts liés au temps (comme les jours de la semaine), des emprunts à travers le pulaar, note Fiona McLaughlin. Pour l’anglais, les emprunts sont souvent issus du jargon criminel. La principale conclusion que tire Fiona McLaughlin de ses recherches, c’est que le wolof urbain est le reflet d’une tendance vers une « identité post-ethnique » au Sénégal. Ainsi, certains sont pulaar ou sérère en famille, mais sont wolofs… à Dakar. Finalement, le wolof urbain, c’est l’histoire sociolinguistique du Sénégal tout court. Et celle d’une culture hybride.

Seydou KA

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