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Auto-démythification

13 Sep 2017
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« Créées pour répandre la foi, développer la spiritualité et l’entraide musulmane par le rapprochement des riches et des pauvres, avec des couvents fortifiés ou ribât, ses veilleurs fidèles ou morabi (marabout), les confréries oubliant leur vocation glissèrent vers le maraboutisme, mélange astucieux de spirituel et de temporel, de croyances religieuses et populaires, fondé sur l’exaltation de la personnalité hors-série et de ses vertus d’intercesseur. Tels sont, en gros, les aspects essentiels de l’Islam qui, à travers le Sahara principalement et accessoirement par les voies latérales, a essaimé en Afrique noire, déjà chargé, en arrivant, d’innovations, et peut-être de déviation » (Islam, sociétés africaines et culture industrielle, 1975). Le premier président du Conseil du Sénégal indépendant, Mamadou Dia, va, ici, au-delà du syncrétisme religieux qui caractérise les sociétés africaines sur lesquelles s’exercent plusieurs influences. Il est davantage question des institutions pourvoyeuses de sens consolidées par une société dévote et en même temps ancrée dans des valeurs d’origine plurielle quelquefois disparates. Ces « personnalités morales » impulsent une dynamique à ce que beaucoup de chercheurs occidentaux d’un autre temps ont appelé « l’Islam noir » pour évoquer certaines de ses spécificités qu’on ne retrouve pas dans le monde arabe. « Notre » Islam a été délayé dans notre confiance en l’existence d’autres forces qu’Allah (ce qui n’est pas propre à l’Afrique noire toutefois), en notre « traditionalité ». C’est une forme de résistance à la culture arabo-musulmane.

Les confréries ont participé à établir un Islam de conciliation sans s’abaisser à des compromissions dans la pratique des lois islamiques. Elles ont dissipé, si ce n’est trop dire, les inquiétudes de Sembene Ousmane et de ses coreligionnaires. On n’eut point besoin de revendiquer une identité « Ceddo » parce qu’elle cohabite avec notre désir viscéral de religiosité qu’assouvissaient les nouveaux modes de croire « importés » après ou à côté de nos anciennes pratiques religieuses. Cette réflexion peut être appliquée aux chrétiens du Sénégal qui n’ont pas le même rapport avec la nature et le temps que ceux-là d’autres cieux. Nous tirons tous la sève de notre substrat culturel. C’est encore plus puissant que le générique « dialogue islamo-chrétien ». La culture, que nous partageons, est notre rempart contre les enflammés doctrinaires.

Après l’indépendance, et même bien avant, les marabouts ont joué un rôle important de sensibilisation des masses, de catalyseur, de rempart contre les « torpilleurs » de l’effort de construction nationale même si l’usage qu’en ont fait les hommes politiques de la jeune République du Sénégal est largement discutable. Toujours est-il que le prestige, dans la société sénégalaise, des chefs religieux musulmans accotés à un influent islam confrérique, a contraint les autorités coloniales à réorienter leur politique musulmane qui s’est traduite par une alliance conséquente dont ne s’est pas privé non plus l’Etat postcolonial. On en est arrivé à parler de « contrat social sénégalais ». Hélas, ce contrat est en train d’être rompu en premier par les héritiers de ces vénérables figures religieuses ! La relation avec le talibé, il est vrai, connaît aujourd’hui un effritement progressif. Mais, c’est loin d’être la raison principale de cet « écaillage » en douceur. La parole du guide religieux, jadis incarnation d’un mythe, est édulcorée par ses immixtions inopportunes, ses silences suspects et sa posture incommode. Il en résulte l’apparition de faux ascètes qui ne profitent, en définitive, que des brèches laissées entrouvertes par des dérèglements découlant surtout des envies « démythifiantes ». L’héritage d’un pays doit être préservé par tous les univers de sens. Il y va de notre équilibre dynamique.

Par Alassane Aliou MBAYE

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