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Mohammed ben Salmane, prince héritier d’Arabie Saoudite : Comprendre la surprenante ouverture vers Moscou

28 Déc 2017
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Le 4 octobre dernier, à la surprise générale, le roi Salmane d’Arabie saoudite effectue une spectaculaire visite à Moscou pour s’entretenir avec le Président russe Vladimir Poutine.

Jusqu’ici, les relations entre les deux pays étaient quasi-inexistantes, Riyad ayant toujours manifesté un tropisme américain et plus généralement atlantiste. Les prix de son pétrole libellés en dollars depuis 1973 ont permis d’imposer la monnaie américaine comme unique devise pour l’achat de cette énergie fossile. L’Arabie saoudite, gros client de l’industrie militaire américaine, et Israël constituent les principaux alliés de Washington au Moyen-Orient. Qu’est-ce qui s’est donc passé au point que le roi effectue le premier déplacement d’un monarque saoudien à Moscou ? Plusieurs éléments sont à prendre en compte pour répondre à cette interrogation.

Hémorragie financière
Il y a d’abord l’arrivée du jeune prince héritier vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Mohamed Ben Salmane, un réformateur, qui a envie de réorganiser le royaume saoudien et dont l’influence sur son père, le roi Salmane, est très grande. Ensuite, la dégringolade des prix du pétrole depuis 2014 qui a été engagée par certains lobbies atlantistes pour punir Moscou pour son annexion de la Crimée et son implication supposée dans la guerre du Donbass. La Russie a plié, mais n’a pas rompu. Et l’Arabie saoudite a vu ses recettes pétrolières baisser de manière drastique au point d’entrainer un déficit budgétaire. Il était donc dans l’intérêt des deux plus gros producteurs de pétrole du monde de se parler et de coordonner pour stabiliser les prix, puis les faire repartir à la hausse pour arrêter l’hémorragie financière (le pétrole constituait en 2014 près de 90% des revenus d’exportation et moins de 50% aujourd’hui). L’autre élément à tenir en compte, c’est la défaite inattendue de Daech et de ses sponsors en Irak, mais surtout en Syrie grâce au soutien militaire de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah libanais. Cela s’est traduit par une victoire géopolitique majeure de Moscou et de ses alliés régionaux. Désormais Poutine est devenu un faiseur de paix, un interlocuteur incontournable dans les affaires du Moyen-Orient naguère chasse gardée de Washington. C’est en fonction de cette lecture des évènements que le roi Salmane a voulu également se rendre à Moscou pour prendre langue avec le maître du Kremlin. «Cette visite va donner une nouvelle impulsion puissante au développement des relations bilatérales», a déclaré M. Poutine en ouvrant sa rencontre avec le Roi. Avec la tension qui va crescendo entre l’Iran et l’Arabie saoudite depuis la rupture de leurs relations diplomatiques, en janvier 2016, s’aménager une ouverture sur Moscou, allié de Téhéran, pourrait aider le Roi Salmane dans la recherche d’une solution diplomatique.

Les deux dirigeants en ont profité pour signer une quinzaine d’accords de coopération dans les secteurs de l’énergie, mais aussi de l’armement pour trois milliards de dollars.

Faiseur de paix
Un accord préliminaire aurait même été paraphé pour la vente du fameux système russe de défense antiaérienne S400.

Cependant, il ne s’agit pas là d’un changement d’alliance, car faut-il le rappeler, avec Washington, l’Arabie saoudite avait signé, en mai dernier, des contrats de ventes d’armements d’une valeur de 110 milliards de dollars à l’occasion de la visite du Président Donald Trump à Ryad. Et même si Riyad le voulait, il devrait craindre la réaction de Washington qui ne resterait pas les bras croisés et regarder benoîtement une éventuelle alliance entre l’Arabie saoudite et la Russie. Enfin, il y a le complexe conflit au Yémen dans lequel nombre d'observateurs entrevoient un enlisement pour l’Arabie saoudite et la Coalition arabe qui la soutient. Venue au secours du Président Abd Rabbo Mansour Hadi, attaqué depuis le nord du pays par des rebelles houthis d’obédience chiite soutenus par Téhéran, le royaume wahabite a lancé cette guerre dévastatrice qui a cristallisé la rivalité entre les deux puissances régionales que sont l’Iran et l’Arabie saoudite. Pour avoir voulu transgresser cette ligne de fracture, l’ex président Ali Abdallah Saleh l’a payé de sa vie, le 04 décembre dernier, assassiné par ses anciens alliés houthis. Comme dans le cas de la Syrie, Moscou, pouvant parler à Téhéran et à Riyad, apparait comme celui qui peut jouer les intermédiaires entre les deux protagonistes. En effet, malgré tous ces conflits (plus le cas du Qatar et du Liban) où Téhéran et Riyad s’opposent principalement pour des raisons géopolitiques et les échanges de mots durs de part et d’autre, il n’est pas certain que les deux pays souhaitent une guerre directe, mais plutôt par proxys. Et pour faire la paix, presque tous les chemins mènent à Moscou.

Par Ibrahima MBODJ

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