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Aire marine protégée du Bamboung : La conservation fait revivre pêcheurs et mareyeurs

09 Sep 2017
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La vie dépend de l’écrin d’eau du bolong dénommé Bamboung situé dans la réserve de biosphère du Delta du Saloum classée au patrimoine mondial de l’Unesco. Trois ans après l’aménagement de l’Aire marine protégée (Amp), chaque jour est une espérance renouvelée des pêcheurs qui reviennent à la terre avec plus de poissons de grande taille et avec une diversité d’espèces. Par le phénomène de débordement, l’Amp du Bamboung empoissonne les autres bolongs. La conservation a fait renaître la pêche et l’éco-tourisme qui font vivre des milliers de personnes dans la zone de Toubacouta.

Les habitations de Missirah se concentrent en bordure du bolong. Dans l’après-midi du vendredi 18 août 2017, des jeunes pêcheurs lèvent l’ancre peu avant 17 heures. Ils prennent le large à bord de leur embarcation. Sur le rivage, de vieux routiers, comme Souleymane Sarr, membre fondateur de l’Aire marine protégée (Amp) du bamboung observe un répit. L’homme noir de grande taille, assis sur le mirador, a les yeux rivés sur le rivage. Il veille au respect d’une pêche durable. « La création de l’Amp du Bamboung a permis de tirer la pêche des eaux troubles. Avant la création de cet outil de gestion, nous dénombrions que 18 espèces de poisson, trois ans après nous avons plus 74 », témoigne le pêcheur. A Missirah, l’avenir est tourné vers les bolongs. La survie dépend de la mer. La fluctuation de la pluviométrie, la dégradation des sols, la salinisation des rizières et l’érosion côtière font de la pêche l’une des principales activités de la zone. Depuis plusieurs décennies, Souleymane Sarr a sa vie liée aux bolongs. « Nous avions perdu plus de la moitié de nos rizières à cause de l’avancée de la mer et de la salinisation des terres. Donc, nous sommes obligés de pratiquer la pêche. C’est avec cette activité que j’entretiens mes trois femmes et je couvre les besoins de mes 5 enfants qui sont à l’école. J’en ai au total 12 », confesse Souleymane Sarr.

Dans ce village de pêcheurs, les avantages de l’aménagement de l’Amp sont vantés partout. Les liens entre la pêche et la sécurité alimentaire sont affichés sur les plaques plantées sur le rivage près des lits de séchage construits par les organisations qui s’activent dans la préservation des ressources halieutiques. A côté de ces messages, un prêche pour la pêche responsable décore des panneaux. « Fermeture rotative des bolongs », « Ensemencement des vasières », « développement de l’ostréiculture » sont sur les plaques. « Aujourd’hui, les pêcheurs commencent à sortir la tête de l’eau, parce que le surpeuplement de l’Aire marine protégée du Bamboung alimente les autres bolongs où la pêche est autorisée. Il m’arrive de faire des économies de plus de 34.000 FCfa par mois. Lorsque la pêche n’est pas fructueuse, je puise dans mes économies pour subvenir aux besoins de ma famille », témoigné Babacar Faye, âgé de 32 ans. Entre les huttes de fortune et au milieu, des tas de coquillages, près de la vasière, trois vieilles femmes, Fatou Ndiaye, Fatou Ndaw, et Alimatou Camara répandent le sel sur les raies après avoir ôté leurs viscères.
La mer est la source de la préservation de leur autonomie financière. Sans cet écosystème, à leur âge, elles seraient plongées dans une dépendance pour le reste de leur vie. « Sans la transformation des poissons, nous serions obligées de vivre de l’assistance des autres. Actuellement nous remercions le bon Dieu. Nous parvenons à avoir des revenus pour satisfaire une partie de nos besoins, mais nous dépendons de la pêche, si elle marche, nous tirons profit de nos activités », s’exprime Fatou Ndiaye.

Une zone de concentration de la biodiversité
Le lendemain, nous faisons cap sur Bamboung. Le panorama est une somptueuse verdure en cette matinée du samedi 19 août 2017. A partir d’un ponton couvert de coquillages, on se laisse guider par l’itinéraire sinueux du cours d’eau aux bergers colonisées par des mangroves. On ne se rend pas compte du temps. L’odeur de serre des vasières et les rideaux de mangroves nous plongent dans la béatitude. Au bout de quelques minutes, on aperçoit des toits de l’île de Sippo. Sur l’île, sous des huttes de fortune, des œuvres d’art des fruits de mer sont sur les tables de la boutique communautaire.

Derrière les habitats, la partie continentale de l’Amp est une concentration des espèces végétales. Nous sommes tombés sur une famille de phacochères. « L’Amp de Bamboung, c’est la plus petite Aire marine du Sénégal. Mais elle concentre 154 espèces végétales, 67 espèces de poissons, 220 espèces d’oiseaux, 16 espèces de reptiles, 8 mollusques, 3 espèces d’amphibiens... Son objectif, c’est la conservation de la biodiversité », souligne le conservateur, le commandant Jacques Gomis.

La conservation donne un élan à l’ostréiculture
Nous quittons la terre pour le bolong du Bamboung. L’écrin d’eau serpente entre le peuplement de mangroves. Le Bamboung offre ses atours authentiques. Les pélicans, les hérons gris, entre autres, ont posé leur nid dans l’aire. Que dire de cette colonie de majestueux baobabs en arrière-plan des mangroves avant de prendre le virage pour regagner le Diomboss. C’est un régal pour les yeux. La nature ne porte pas encore les marques de la main destructrice de l’homme. Nous sommes bien dans la réserve biosphère du Delta du Saloum classée au Patrimoine mondial de l’Unesco. L’aire de 7000 ha est protégée et surveillée jour et nuit par la communauté de 14 villages qui ont décidé, avec les autorités et des organisations, de réserver le Bamboung pour la reproduction et la croissance des poissons. L’Etat a injecté plusieurs millions de FCfa. Les organisations comme l’Océanium de Dakar, à travers le projet « Narou Heuleuk », ou encore le Fonds français pour l’environnement mondial (Ffem) ont joué un rôle clé dans l’aménagement. Le Réseau régional d’Aires marines protégées en Afrique de l’Ouest (Rampao) apporte un appui divers, notamment pour la délimitation de l’aire. En marée basse, des crabes fourmillent sur la zone de marnage. Par endroit, les guirlandes sont accrochées aux racines des mangroves. La pêche de l’ostréiculture nourrit des femmes. Au bout du Bamboung, un mirador surplombe l’écosystème. A tour de rôle, les habitants originaires des 13 villages veillent jour et nuit sur l’aire. Ils y trouvent leur compte.

Relance de l’éco-tourisme
Au bout d’un sentier de 2 km, nous atteignons le campement. Des cases carrées couvertes de pailles et aux vérandas protégées par une palissade sont éparpillées çà et là sur une dune tenue par des palétuviers et des espèces arbustives en contrebas d’une pente abrupte. Une partie des recettes générées est réinjectée dans les activités de conservation. De façon directe, l’Amp a permis la création de 15 emplois au niveau du campement touristique. « Nous recevons des clients. Ces derniers aiment de plus en plus l’éco-tourisme. Ils n’aiment pas le luxe. Nous expliquons aux clients que ce campement sert à pérenniser l’Aire marine protégée. L’activité de conservation facilite la promotion touristique de la destination Bamboung », explique un des gestionnaires trouvé sur place.

Réapparition des espèces disparues
Sous la grande case qui fait office de réception, le trésor de la conservation est fièrement exhibé aux visiteurs : la réapparition des espèces disparues. Il s’agit du grand barracuda à chevrons appelé en wolof « seude », le Lichia amia appelé wolof « Warangol », le Trachinocephalus myaps, Sardinella aurita, le Mérou bronzé (Thiof), le Trachinotus Teraia, Diplodus Bellottii… « Dans cette zone, lorsque les personnes voient un poisson de grande taille, elles disent systématiquement que c’est le poisson du Bamboung. Depuis la mise en place de cette aire, la taille et le poids des poissons ont augmenté », informe le commandant Jacques Gomis.

Par Idrissa SANE

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