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Santé maternelle : Les indicateurs peu reluisants du district de Bambey

04 Déc 2017
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Caractérisé par une insuffisance des infrastructures et d’un personnel qualifié, le district sanitaire de Bambey est loin des normes édictées en la matière. Ainsi, les Consultations prénatales tardives, les accouchements à domicile et les avortements spontanés sont monnaie courante. Compte tenu de ces différentes considérations, un plaidoyer est engagé pour qu’un hôpital soit érigé dans ce département.


Persistance des accouchements à domicile, recours tardif aux Consultations prénatales (Cpn), fréquence des avortements spontanés, faible couverture en cases de santé... Ainsi se présente la situation de la santé maternelle dans le département de Bambey. Lequel est situé entre ceux de Thiès à l’Ouest, Tivaouane au Nord, Fatick au Sud et Diourbel à l’Est. De ce fait, le district sanitaire qui y est implanté est très enclavé. Seuls le centre de santé de Bambey, les postes de santé de Ndangalma et de Ngoye sont accessibles par une route goudronnée. Les autres structures sanitaires sont reliées par des pistes.

« Les gens viennent à charrette. Seuls Ndangalma, Bambey et Ngoye sont sur la route », informe Awa Fall Camara, la coordinatrice de la Santé de la reproduction (Sr) du district sanitaire de Bambey qui ne dispose que d’un unique centre de santé sans bloc opératoire. Alors que ce département, non encore doté d’un Etablissement public de santé (Eps), draine une population de 338.576 habitants. Aussi, il n’a-t-il ni pédiatre ni de gynécologue. Au total, 33 sages-femmes officient dans ce district qui polarise 26 postes de santé. Celles recrutées par l’Etat sont au nombre de 13, tandis que les 18 sont des contractuelles. « C’est seulement au mois de juin 2017 que nous avons eu 18 sages-femmes supplémentaires. Désormais sur les 26 postes de santé, les 25 ont chacun une sage-femme », se félicite Mme Camara.

Cependant, elle fait remarquer que dans le district sanitaire de Bambey, l’on est loin de la norme de l’Oms fixée à une sage-femme pour 1.500 Femmes en âge de reproduction (Far). « A ce niveau, nous avons un gap de 241 sages-femmes », déplore la coordonnatrice Sr, soulignant que si l’on se réfère au Plan national de développement sanitaire du Sénégal (Pnds), l’écart à combler est de 22 sages-femmes. Heureusement que le personnel communautaire joue un rôle crucial dans la prise en charge de la santé des populations, révèle Mme Camara.
L’insuffisance des infrastructures et du personnel explique en partie l’importance des accouchements à domicile. Rien que ceux enregistrés dans les structures de santé sont passés de 12% à 14 % entre 2016 et 2017. Mais, renseigne Awa Fall Camara, la référence est assurée dans ce contexte où les routes font défaut, les infrastructures rares, le personnel qualifié insuffisant. « Les femmes sont prises en charge, car il y a des ambulances aussi bien au niveau des postes de santé qu’à celui du centre de santé », relève-t-elle tout en mettant l’accent sur le fait qu’ils n’attendent pas d’avoir une urgence pour référer. « Nous essayons de détecter les risques très tôt. Nous apprenons ainsi aux sages-femmes à reconnaitre tôt les signes qui doivent alerter et inciter à agir tôt », explique la coordonnatrice Sr du district sanitaire de Bambey. Elle souligne que le personnel communautaire est aussi formé dans le sens de pouvoir identifier à temps les signes de danger pouvant alerter.

Sassi Diop Diouf, point focal Planification familiale (Pf) dudit district, ajoute : « Souvent les sages-femmes affectées dans les postes de santé appellent pour décrire le cas. Si ce dernier est compliqué, nous leur demandons de référer au centre de santé. Au cas où nous ne pouvons pas assurer la prise en charge, nous évacuons sur Diourbel », à 25 kilomètres de Bambey.

Pour mettre fin à ces évacuations sanitaires pouvant parfois prendre beaucoup de temps, le district sanitaire de Bambey plaide pour la construction, au niveau du centre de santé, d’un bloc destiné aux Soins obstétricaux et néonataux d’urgence (Sou), pour une meilleure prise en charge du couple mère-enfant. La transformation du centre de santé en hôpital est également souhaitée.

Dossier réalisé par Maïmouna GUEYE

LES NOMBREUX CAS D’AVORTEMENT SPONTANÉS INQUIÈTENT
Les avortements spontanés préoccupent aussi dans le département de Bambey. Quarante-six ont été dénombrés en septembre 2017 et environ 50 au mois d’octobre de la même année, renseigne-t-on. « Nous recevons beaucoup de cas d’avortement, surtout pendant l’hivernage (juin-septembre : Ndlr), parce que les femmes travaillent beaucoup dans les champs », affirme Mme Camara pour qui la femme en état de grossesse ne doit pas faire des travaux pénibles. « Mais, nous sommes en train de sensibiliser pour diminuer ces travaux pendant la grossesse », précise-t-elle, faisant aussi remarquer que « les avortements peuvent aussi être dus au fait que les femmes ont tendance à cacher leur grossesse durant les premiers mois ». Donc, c’est souvent tard qu’elles se rendent dans les structures sanitaires.

Sur l’étendue du département de Bambey, la commune de Ngoye est la plus touchée par les cas d’avortements spontanés. Cependant, Ely Fall, maire de ladite localité, invite à relativiser leur ampleur. Simplement parce que « Ngoye est la commune la plus peuplée du département de Bambey ». Il estime que les Cpn tardives ou inexistantes sont autant responsables dans l’incidence des avortements spontanés que les travaux pénibles.

Maïmouna GUEYE

CONTRACEPTION : LA RÉVOLTE DES GRANDES MULTIPARES
La pratique contraceptive est un autre problème dans le département de Bambey où est enregistré un taux de prévalence de 9 %. En attestent les témoignages d’Amy Diouf (35 ans), Aby Sow (33 ans) et Maguette Ngom (20 ans). Ces grandes multipares, rencontrées au poste de santé de Léona Sud de Bambey, n’ont songé à la contraception que tardivement.

Malgré les gris-gris sur lesquels elle avait jeté son dévolu pour espacer la naissance de ses enfants, Amy Diouf (35 ans) n’a pas pu éviter les grossesses rapprochées. « J’ai 9 enfants, et c’est seulement depuis 2 ans que j’ai commencé à faire la contraception », raconte cette dame rencontrée au poste de santé de Léona Sud (un quartier de la commune de Bambey). Selon elle, son premier mari, décédé, n’a jamais voulu de l’espacement des naissances. « Je me suis remariée et j’ai opté pour une ligature des trompes, car je ne souhaite plus avoir d’enfants, parce que je veux que toute ma progéniture porte le même de nom de famille », explique-t-elle.

De 2 ans la cadette d’Amy Diouf, Aby Sow, 33 ans, a 5 bouts de bois de Dieu. Mariée à l’âge de 12 ans, elle n’a commencé à recourir à la planification familiale que depuis 4 mois. « Je me suis mariée très jeune, maintenant je veux me reposer, surtout que mes dernières grossesses étaient très difficiles. C’est pourquoi quand une de mes amies m’a informée de l’offre de services de planification familiale au niveau du poste de santé, je n’ai pas hésité à venir », confie Aby dont la belle-mère, qui était foncièrement contre le planning, est revenue, aujourd’hui, à de meilleurs sentiments. Il en est de même pour son mari qui lui a manifesté son adhésion pour espacer la naissance de leurs enfants.

Pour l’heure, elle confie qu’elle compte veiller sur sa fille aînée qui poursuit ses études à Thiès, afin qu’elle ne subisse pas le même sort qu’elle, à savoir un mariage et des grossesses précoces et rapprochées. « Je lui conseille toujours de poursuivre ses études et de ne pas se marier tôt », insiste Aby Sow.

Maguette Ngom, malgré son jeune âge (20 ans), avec déjà 5 enfants, est dans le lot des grandes multipares. « Confrontée à des grossesses très rapprochées, je suis venue dans ce poste de santé pour qu’on m’offre des produits contraceptifs. D’autant que je rencontre d’énormes difficultés pendant la grossesse. C’est pourquoi mon mari et ma belle-mère estiment, aujourd’hui, que je dois me reposer avant d’avoir d’autres enfants », explique Maguette qui était très réticente à l’idée d’adopter une méthode contraceptive. Cela, eu égard aux rumeurs. « J’avais peur des effets secondaires dont font part certaines femmes. C’est pourquoi, même si on me parle depuis longtemps de la planification familiale, j’ai toujours refusé. Mais maintenant, je suis consciente des difficultés que je rencontre et qui me poussent à vouloir espacer mes grossesses », avance-t-elle.

Combattre les rumeurs
Sante Bambey 3A juste titre, Sassi Diop Diouf, point focal (Pf) du district sanitaire de Bambey, estime que les rumeurs font partie des obstacles majeurs à la pratique contraceptive dans le département de Bambey. « Si on rencontre d’énormes difficultés par rapport à la planification familiale, c’est notamment à cause des rumeurs », croit-elle. Elle appelle ainsi à mieux prendre en charge la gestion des rumeurs sur la pratique contraceptive. Dans ce cadre, Sassi invite les « Badianou Gokh » (marraines de quartier) à s’impliquer davantage dans la sensibilisation en les aidant à mieux communiquer avec les populations.

Dans le même sillage, souligne Salimata Cissé, directrice marketing de Marie Stopes international (Msi), parmi les défis à relever pour améliorer la qualité de l’offre figurent le manque d’informations et les fausses rumeurs. D’où l’intérêt, selon elle, de « recycler les « Badianou Gokh » et les pairs éducateurs ». Aussi plaide-t-elle pour que les données soient collectées de façon régulière et qu’il y ait une meilleure planification et supervision des activités au niveau du district sanitaire de Bambey que Msi appuie, avec son équipe mobile, afin de permettre aux femmes un meilleur accès aux services de planification familiale. Cela, en proposant toute la gamme des produits contraceptifs, même au niveau communautaire.

Par Maïmouna GUEYE

OFFRE DE SERVICES : LA FRANCHISE SOCIALE POUR RÉPONDRE AUX NORMES DE QUALITÉ EXIGÉES
Pour améliorer la qualité de l’offre de services en planification familiale, Msi déroule un programme de franchise sociale au niveau du district sanitaire de Diourbel. La franchise sociale comprend la formation des prestataires et des relais communautaires et la mise aux normes du matériel de stérilisation. Cette stratégie est déroulée, dans sa première phase, dans 5 postes de santé dudit district, dont Mame Cheikh Anta de Diourbel. « Elle doit permettre aux prestataires et relais d’offrir des services de qualité », fait savoir Maïmouna Diouf Bèye, coordonnatrice Sr du district sanitaire de Diourbel. Selon elle, au niveau des postes de santé franchisés, le matériel répond aux normes. Elle cite l’autoclave, un matériel de stérilisation, non disponible dans tous les postes de santé, mais nécessairement présent dans tous ceux franchisés.

Sur la formation, Mme Bèye renseigne qu’elle a lieu tous les 4 ans au niveau des postes de santé non franchisés, mais elle est continue dans ceux appliquant la franchise sociale. Ainsi, du fait de la qualité qui prévaut dans ces structures de santé, ces dernières sont très convoitées par les femmes, surtout celles instruites, apprend la coordinatrice Sr du district sanitaire de Diourbel. « La qualité de l’offre joue beaucoup, surtout que le coût n’est pas important », explique Maïmouna Diouf Bèye, soulignant que la notion de gratuité incite aussi les femmes qui n’ont pas beaucoup de moyens à venir.

Parmi les femmes instruites sollicitant les postes de santé franchisés, Mme Bèye cite les enseignantes, les agents des banques, bref, des femmes qui, du fait de leurs occupations, n’ont pas le temps de faire la queue pour accéder aux services. « Elles peuvent se rendre dans ces structures sanitaires, même à la sortie de leur lieu de travail », soutient-elle.

M. GUEYE

SENSIBILISATION : L’IMPLICATION DES MARIS ET DES BELLES-MÈRES PRÉCONISÉE
Sante Bambey 2Même si les produits contraceptifs sont disponibles, les femmes du département de Bambey se font encore désirer au niveau des services de planification familiale. Il est alors préconisé d’impliquer, dans les stratégies de sensibilisation, les maris et les belles-mères identifiés comme étant les principaux obstacles à la pratique contraceptive.

Les témoignages d’Amy Diouf (35 ans), Aby Sow (33 ans) et Maguette Ngom (20 ans) font dire à Awa Fall Camara, la coordinatrice Sr du district sanitaire, que « les progrès en planification familiale sont lents » dans le département de Bambey. Pour améliorer la situation, elle invite à surtout sensibiliser les maris et belles-mères, les principaux obstacles à la contraception. Car, de l’avis de Ndèye Laba Ngom, « Badianou Gokh » au quartier Léona de Bambey, « ce sont les hommes qui refusent souvent. Certains sont même catégoriques à l’idée de discuter de la contraception, alors que leurs épouses sont fatiguées par les grossesses rapprochées ». Pour faire face à cette contrainte, elle déclare qu’elle a besoin d’une sage-femme pour qu’elle participe aux séances de sensibilisation afin de mieux expliciter aux hommes les bienfaits de la planification familiale pour la famille.

Pour la « Badianou Gokh » Maïmouna Diallo, il est important, dans les causeries, de mettre l’accent sur le bien-être de la famille. « Quand on met souvent l’accent sur la santé, l’éducation, l’alimentation, les gens comprennent et adhèrent à la planification familiale », soutient-elle, soulignant que les populations « commencent à changer d’attitudes » par rapport à la conception assimilant la contraception à la limitation des naissances. En effet, les gens ont toujours cru que la planification familiale, c’est la limitation des naissances, commente la « Badianou Gokh » Yaye Diaw Diop Cissé. Mais, « nous sommes en train de sensibiliser pour que les communautés, notamment les maris et les belles-mères, comprennent qu’il est bien question d’espacer les naissances. Malgré les réticences, on arrive à convaincre certains », se réjouit Mme Cissé qui est d’avis qu’il est aussi important de mettre l’accent sur la contraception après avortement. « Il faut que la femme ayant subi un avortement soit bien suivie avant une autre grossesse, sans quoi elle peut récidiver », argumente Yaye Diaw Diop Cissé, insistant sur le recyclage des « Badianou Gokh » et la formation des relais communautaires, pour une meilleure appropriation des messages de sensibilisation.

D’autant plus que, révèle la coordonnatrice Sr du district sanitaire de Bambey, « les produits de la planification familiale sont disponibles grâce au « push model » (visant à rapprocher les produits des bénéficiaires) ». Et ils le sont beaucoup plus avec « la stratégie « Yeksi na » (je suis arrivé) de la Pharmacie nationale d’approvisionnement (Pna) pour que tous les produits soient disponibles jusqu’aux cases de santé », ajoute Mme Camara pour qui les femmes n’ont plus besoin de prendre des charrettes pour demander des produits contraceptifs.

Toutefois, « face au refus catégorique de leurs époux, certaines femmes font simplement la planification familiale en cachette », informe Amy Faye, « Badianou Gokh » à Ngoye. Ce que confirme Fatou Diouf, une autre marraine de quartier en milieu rural. « C’est quand leurs maris constatent que leurs épouses et leurs enfants sont en bonne santé qu’ils commencent à soupçonner la pratique contraceptive ». Dans ce cas, ils ne disent rien, car n’étant plus confrontés à l’achat de médicaments aussi bien pour leurs épouses que pour leurs enfants.

Maïmouna GUEYE

COUNSELLING : LES PRESTATAIRES INVITÉES À JOUER LEUR PARTITION
Les prestataires ont une part de responsabilité dans l’adhésion ou non des femmes à la planification familiale. Selon Mme Camara, « un counselling mal fait peut pousser une femme à choisir une méthode non appropriée ». De ce fait, s’il y a des effets secondaires, les femmes peuvent tout simplement abandonner. C’est pourquoi elle invite ses collègues à consacrer le temps nécessaire à l’explication des différentes méthodes contraceptives, se focalisant sur les avantages et effets secondaires, afin que les femmes puissent faire leur choix librement sur la base des informations claires fournies par les prestataires.

Mieux, la coordinatrice Sr du district sanitaire de Bambey soutient que l’accueil est leur « cheval de bataille ». Et elle se base sur le droit du client qui veut que tout patient soit bien accueilli et bien pris en charge dans les structures sanitaires. « Il faut que les prestataires soient en bons termes avec les clients », lance Mme Camara qui plaide pour que les structures sanitaires ne soient pas uniquement perçues comme des espaces de soins, « mais comme des lieux de rencontres, d’échanges et d’informations ». Dans ce cadre, elle informe qu’au niveau du centre de santé de Bambey, il est envisagé la mise en place d’une « classe des mères ». Un espace où les femmes doivent se retrouver pour être bien informées sur leur santé en général, même si elles ne sont pas malades.

M. GUEYE

CPN TARDIVES, FORTE DEMOGRAPHIE, ENCLAVEMENT… : L’ÉQUATION DE LA COMMUNE DE NGOYE
C’est souvent à terme que les femmes de la commune de Ngoye se présentent au poste de santé. Ne voulant pas que la communauté soit au courant de leur nouvel état, elles font tout pour cacher leur grossesse, même au personnel de santé.

La commune de Ngoye regroupe 54 villages, mais ne dispose que de 2 postes de santé et d’une seule sage-femme pour 11.559 Femmes en âge de reproduction (Far). Elle se singularise également par un recours tardif des femmes aux Consultations prénatales. En atteste le constat fait par Françoise Awa Guèye Kama, l’actuelle maitresse sage-femme du centre de santé de Bambey, qui a officié de 2010 à juin 2017 au poste de santé de Ngoye. « Lors du premier contact, toutes les femmes venues en Cpn étaient à 9 mois de grossesse », confie-t-elle. Cette situation est notamment liée aux tabous, estime la sage-femme Astou Coundoul, précisant que « les femmes de ces localités ne veulent pas qu’on sache tôt qu’elles sont enceintes ».

Pour Mbaye Dieng, l’Infirmier chef de poste (Icp), le fait que cette structure sanitaire soit enclavée rend aussi difficile l’accès. Selon lui, il est nécessaire d’en avoir d’autres pour permettre aux populations d’accéder plus facilement aux soins. Ce faisant, Awa Fall Camara, la coordonnatrice de la Santé de la reproduction (Sr) du district sanitaire de Bambey, n’hésite pas à déclarer : « Le problème du département de Bambey, c’est Ngoye ». Aminata Sy Ndiaye Cissé, du Réseau Siggil Jiggèn, ajoute : « Le plus grand mal de la commune de Ngoye, c’est le recours tardif aux Consultations prénatales (Cpn) ». Les accouchements assistés ne sont alors que de 31 %. Les 69 % restants ont donné naissance à domicile avec l’aide d’accoucheuses traditionnelles. D’où la nécessité de mieux informer les populations sur les dangers à donner naissance sans l’assistance d’un personnel qualifié.

Dans les stratégies de sensibilisation, les « Badianou Gokh » (marraines de quartier) jouent un rôle crucial, selon Astou Coundoul, la sage-femme du poste de santé de Ngoye. « Nous faisons des causeries pour expliquer aux femmes l’intérêt des Cpn et les dangers à accoucher à domicile », explique-t-elle, précisant que les femmes qui viennent en consultation n’achètent pratiquement que le ticket. « Les moustiquaires et carnets de santé sont cédés gratuitement », informe-t-elle. Seulement, estime la « Badianou Gokh » Amy Faye, même si dans les séances de sensibilisation elles utilisent des images pour convaincre, « les femmes demeurent têtues ». Malgré tout, elle soutient que « des changements commencent à être notés dans la commune de Ngoye ».

Dans le cadre du programme Neema (Bien-être) de l’Usaid, réunissant un consortium de 7 Ong, Aminata Sy Ndiaye Cissé du Réseau Siggil Jiggèn soutient qu’un plaidoyer est en train d’être fait auprès des élus locaux pour des actions de prévention et de promotion de la santé maternelle, néonatale et infantile. C’est ainsi que « sur un objectif d’un million de FCfa, nous avons reçu du maire de la commune de Ngoye 3 millions de FCfa », rappelle-t-elle, insistant sur l’émotion de ce dernier quand on lui a expliqué la situation des femmes dans cette commune. Ely Fall, maire de la commune de Ngoye, précise : « Nous sommes en milieu rural avec énormément de facteurs bloquants. Mais, on est en train de parler aux hommes pour qu’ils libèrent les femmes, afin que ces derrières arrêtent les accouchements à domicile ».

M. GUEYE

NGOYE RÉCLAME UN CENTRE DE SANTÉ
Pour le maire de la commune de Ngoye, leur combat est qu’on érige leur poste de santé en centre de santé. « Nous sommes en négociation avec des partenaires décidés à nous appuyer », informe Ely Fall qui fait savoir que la commune de Ngoye est dotée de 2 lycées, 26 écoles élémentaires et des établissements franco-arabes.

Le même argumentaire est défendu par Awa Fall Camara, la coordonnatrice Sr du district sanitaire de Bambey, qui lance un appel solennel pour l’érection d’un centre de santé à Ngoye.

Un plaidoyer est également fait pour que d’autres sages-femmes soient affectées dans cette vaste commune. « Durant les stratégies avancées pour lesquelles on se déplaçait jusque dans les villages les plus reculés, on recevait beaucoup de femmes, de sorte que même quand on rentrait le soir, on laissait beaucoup de femmes qui ne pouvaient pas accéder aux services offerts », affirme la sage-femme Françoise Awa Guèye. Selon elle, la commune de Ngoye a besoin d’au minimum 4 à 5 sages-femmes supplémentaires pour prendre en charge les préoccupations des Femmes en âge de procréation.

M. GUEYE

BABACAR SY MBODJ, 2EME ADJOINT AU MAIRE DE BAMBEY : « LA PLANIFICATION FAMILIALE DOIT ÊTRE ABORDÉE SOUS L’ANGLE RECETTES/DÉPENSES »
Babacar S Mbodj Bambey« Faisons la politique de nos moyens », conseille Babacar Sy Mbodj, 2ème adjoint au maire de la commune de Bambey. Ce faisant, il appelle à changer d’approche dans les stratégies de sensibilisation. Il faut, propose-t-il, « des messages allant dans le sens de la meilleure gestion de la famille par rapport aux moyens dont on dispose »

« Qui ne maitrise pas la population ne peut pas aller au développement », déclare Babacar Sy Mbodj, 2ème adjoint au maire de Bambey. Toutefois, il avoue, en tant qu’élu local, qu’il leur est difficile d’aborder la planification familiale, même si cette dernière vise le bien-être de la famille. « Il est difficile de demander aux populations d’espacer les naissances », lâche M. Mbodj. Et pour cause, argumente-t-il, « la religion et les tabous ».

Invitant à « changer d’approche », il estime que cette question doit être posée autrement, à savoir : Comment faire en sorte que les ressources dont nous disposons puissent suffire à la famille ? Alors, il penche plutôt pour « des messages allant dans le sens de la meilleure gestion de la famille par rapport aux moyens dont on dispose ». La planification familiale doit être abordée, selon lui, sous l’angle « recettes/dépenses », « du développement », bref, de « l’amélioration des conditions de vie des populations ». « Faisons la politique de nos moyens », conseille-t-il, appelant aussi à aborder la contraception « sous l’angle du dividende démographique ». « Cela peut être bénéfique », croit M. Mbodj.

Le 2ème adjoint au maire de Bambey estime que même si les gens savent généralement de quoi on parle, ils hésitent encore à pratiquer, faisant semblant de n’avoir pas compris. Il lie cette situation au fait que les mots renvoyant à la contraception sont « chargés ».

S’agissant de l’appui des collectivités locales aux programmes de planification familiale, Babacar Sy Mbodj indique : « Si le district sanitaire ne met pas dans ses priorités la planification familiale, on ne peut pas appuyer ».

Toutefois, Awa Fall Camara, coordinatrice Sr du district sanitaire de Bambey, admet que les comités de santé et les collectivités locales les aident beaucoup dans leur travail. Surtout dans la formation continue pour le personnel communautaire. « Nous avons des maires très impliqués », renseigne-t-elle.

M. GUEYE

BOUSSO NGOM SENE, DEPUTEE : UNE PASSIONNÉE DE LA PROMOTION DU BIEN-ÊTRE DE LA FAMILLE
Chef de village et députée, la présidente du Groupement des femmes de Ndangalma a plusieurs cordes à son arc. Estimant que la femme est l’épine dorsale de la famille, elle s’est toujours battue pour valoriser son statut et œuvrer pour son développement.

« La planification familiale a toujours existé », défend Bousso Ngom Sène, députée nouvellement élue à l’Assemblée nationale. Et cette native de la commune Ndangalma fait allusion au fait que, par le passé, les femmes quittaient le domicile conjugal après l’accouchement pour allaiter leurs enfants auprès des siens. Aussi Mme Sène évoque-t-elle les gris-gris que mettaient certaines femmes pour éviter de tomber enceintes. « C’était une sorte de planification familiale, mais maintenant, c’est le nom qui pose problème », argumente la parlementaire qui exerce le métier de matrone depuis 35 ans.

Bousso N Sene DeputeeNoirceur d’ébène, tout de blanc vêtue, cette socialiste convaincue, en session au niveau de l’hémicycle, profite d’une pause pour nous parler de la situation sanitaire dans sa localité : Ndangalma, une commune du département de Bambey. Avec seulement 3 postes de santé fonctionnels, la présidente de la Fédération des groupements féminins de Ndangalma pense qu’on est bien loin des normes en matière d’infrastructures sanitaires dans cette commune polarisant 33 villages.

Se rappelant les visites prénatales pas du tout à la mode, des vaccinateurs qu’on chassait pour éviter qu’ils n’administrent aucune dose de vaccin aux enfants, elle pense que des progrès importants ont été faits dans le domaine de la santé grâce à la sensibilisation. « Les comportements ont beaucoup changé », constate Mme Sène qui considère que « la santé est prioritaire ».
Chef de village depuis 2013, Bousso Ngom Sène a dû faire face à la concurrence des hommes pour accéder à ce poste de responsabilité. « Ils visaient ce poste », confie-t-elle, fière de s’être imposée. Ayant toujours œuvré pour l’amélioration de la santé des femmes et des enfants dans sa localité, elle estime que des efforts sont également notés dans l’adhésion des communautés à la planification familiale. « Les gens pensaient que c’était interdit. Mais maintenant, ils considèrent de plus en plus suicidaire de ne pas espacer les naissances », explique-t-elle.

Aussi se félicite-t-elle que les hommes s’impliquent davantage. Une situation qu’elle lie à leur prise de conscience des risques encourus par les femmes confrontées aux grossesses rapprochées.

Mais surtout à la situation économique des ménages souvent dépourvus de moyens, affirme la parlementaire favorable à la promotion de l’espacement des naissances pour le bien-être général de la famille. « Il faut qu’on parle de la santé de la reproduction. D’ailleurs, je n’ai aucun problème à évoquer la planification familiale », soutient Bousso Ngom Sène qui souhaite, en tant que députée, que sa voix porte au-delà de sa communauté.

M. GUEYE

Last modified on lundi, 04 décembre 2017 09:33
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