FOCUS REGIONS SEDHIOU : Sur les rampes du développement autonome

03 Mar 2011
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00Une région est née. L’’une des cadettes du découpage administratif de 2004, Sédhiou, est entrée de plain pied dans la responsabilisation et l’autonomisation. Après une première expérience en 2008, elle revient à la Fidak  avec des atouts  non négligeables, en partant des richesses du terroir, avec l’espoir de voir très vite certaines contraintes levées et les promesses tenues. Ayant réglé dès le départ la question de l’organisation, notamment des femmes qui sont les principales productrices.

Le stand est situé au fond du pavillon vert, à côté de celui Kédougou, plus jeune nouvelle région, et de Matam, un peu leur aîné. Sur le vaste stand carré, la moitié de l’espace est occupée par des meubles taillés dans ce bois de venne si rare. Un élément qui campe déjà la spécificité de la région de Sédhiou dont les richesses naturelles explosent au grand jour avec cette deuxième participation à la Fidak, au lendemain de la Fiara. «Nous avons vendus 316 kg de fonio sur les 640 kg  amenés à la Fiara», lance  Aby Gnabally, présidente de l’Union régionale des productrices de fonio de Sédhiou (Urprofos).

La solide dame vante les bienfaits de cette céréale tant par ses apports nutritifs que par son importance dans une alimentation saine, surtout pour les diabétiques. « Le fonio peut être consommé comme couscous ; il peut remplacer le riz ; mélangé au lait, il est très nourrissant. Si la production et le traitement suivent, nous pouvons assurer notre autosuffisance pour exporter les surplus », dit-elle avec une si forte envie de convaincre que sa voix en vibre de sincérité. Pourtant, juste à proximité, l’Union des coopératrices de Sédhiou a apporté des brisures de riz, de maïs et du mil  transformé et des bananes bio. Ce qui montre la diversité de la production locale et le dynamisme des femmes agricultrices et transformatrices qui sont entrées dans l’ère de l’organisation, en même temps presque que Sédhiou était érigé en région.

Coordonnateur de la commission préparatoire pour cette participation, le commissaire aux enquêtes économiques, André Almamy Fodé Fossa Souané estime que pour relever tous les défis de la nouvelle entité administrative, rien ne vaut l’organisation. « Les choses sont maintenant moins difficiles », dit M Souané, par ailleurs  Chef du service régional du commerce. A côté de son collègue de la chambre de commerce, le secrétaire général de la Chambre des métiers, M. Lang Sao avait auparavant confirmé ce nouvel élan pour «la structuration».

 

HUILES DE PALME,

DE PALMISTE, DE SESAME, SAVON DE BOUDIE

 

Tout comme Mlle Tida Djiba, formatrice en développement et organisation qui encadre l’Union des femmes coopératrices de l’arrondissement de Djirédji (UFAD). Sur la table devant elle, de l’huile de palme et de l‘huile de palmiste reconnaissables à leur couleur respectivement rouge et blanche. « C’est le même fruit qui donne ces deux huiles exploitées traditionnellement. De la cosse, on tire la première, alors que la noix  contient une amande qui produit la seconde. L’huile de palmiste est périmée au bout de six mois et celle de palme au bout d’un an.  Alors on les transforme en savon de Boudié», explique Mlle Djiba.  Et de démontrer les deux variétés de ce savon, spécialité de la localité précitée. « C’est un savon antiseptique et un stimulateur de la pousse des cheveux », explique Tida qui ne tarit pas de remerciements pour  l’Ong suisse « Nouvelle Planète » et le Pcr de Djirédji M. Mamadou Lamine Diawara qui les ont appuyées pour la formation et surtout pour l’organisation formelle des 684 femmes concernées.

 

DU MATERIEL POUR ALLEGER LES CORVEES DES FEMMES

 

Eparpillées auparavant dans 54 Gies, « elles sont  mobilisées depuis 2009 et font preuve d’un formidable esprit de solidarité, notamment pour la scolarisation des enfants », lance Tida Djiba. « Elles y croient parce qu’elles savent que si les filières locales sont valorisées comme il faut, elles peuvent s’en sortir», ajoute Mme Daffé leur présidente. Cette dernière salue surtout l’entente qui leur a permis de changer beaucoup de choses. Elles exploitent ainsi le miel qui est d’excellente qualité, le Bouy –fruit du baobab- qui autrement remplissait la poche des « banas banas » et le lait.  Grâce à la mutuelle, elles font du micro crédit pour autonomiser les femmes qui exhibent également des bracelets et autres parures.

Comme un leitmotiv cependant, les contraintes de l’éloignement et de l’enclavement sont dénoncées. C’est la complainte chez Mme Niabally de l’Urprofos qui souligne également que les femmes doivent être soutenues pour l’allègement des tâches, notamment  dans la culture céréalière où elles abattent toutes les corvées qui vont des semis au fauchage, pour déboucher sur  le traitement des grains, le moulinage, etc.

« Il faut que l’Etat nous aide, se lamente Mme Aby Niabally qui remercie pêle-mêle leurs partenaires que sont la Chambre de commerce de Sédhiou, l’Usaid/Wula nafa, le  Paderca, mais surtout l’ONG belge Veco. Exhibant des mains calleuses dues au travail à la faucille et au mortier, elle explique qu’en l’absence de matériel de transformation « le  fonio produit est estimé trop cher ; parce que « si vous faites votre compte d’exploitation, vous n’en tirez presque rien ».  Et d’expliquer qu’au vu de leurs faibles moyens, elles espèrent un appui public pour l’achat d’une faucheuse, d’une batteuse et pourquoi pas, de mini-tracteurs.

Déjà qu’avec le matériel acquis grâce à Veco, les 74 femmes ont étendu la surface cultivée en fonio d’un hectare à 15-16 ha pou 6 heures de travail par jour. Des préoccupations similaires sont exprimées par M. Souané qui remercie le Procas, le Cosec et le Paderca pour leur appui aux filières bananes bio et sésame. Le chef du service régional du commerce estime que sa région étant dotée d’une grande diversité de produits identifiés par la commission préparatoire de cette participation,  « elle n'a rien à envier aux autres régions».

Dans l’attente de la concrétisation des promesses, seul le préoccupent l’écoulement et la commercialisation des produits qui vont de l’huile de sésame produite à Faoul (dans le Bounkiling), à celles de palme et de palmiste, en passant par la savonnerie et la fromagerie, sans oublier l’unité de production de Provital, cet aliment riche pour la croissance des  enfants dont l'unité est implantée à Sédhiou même.

Pourtant, Mme Niabally reconnaît qu’après la formation reçue au niveau de l’Ita, la participation aux foires leur a permis de  prendre conscience de ce qui se fait ailleurs et les a encouragées à sortir des sentiers battus. En particulier, dit-elle, ayant vu une presse à huile d’arachide de la Sismar, elle pense convaincre ses censeurs à se cotiser pour essayer de l’acheter. Compter sur ses forces d’abord…. en attendant mieux.

Fara SAMBE

Last modified on dimanche, 24 avril 2016 13:54
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