Sinthiang Koundara : Le mystère de la grotte de Kandiama

19 Sep 2016
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À Kandiama, non loin de Sinthiang Koundara (département de Vélingara), une grotte mystérieuse retient l’attention. Selon la légende populaire, elle regorge d’un grand trésor protégé par un immense boa, gardien des lieux. Les tentatives d’exploitation de ces richesses par des Français, il y a plus de quatre décennies, ont échoué. Cependant, les analyses des chercheurs occidentaux ont confirmé que des hommes d’une imposante stature y ont vécu. Aujourd’hui, cette grotte qui apporte plus de mystères que de réponses n’a pas fini de dévoiler ses secrets. Une exploration complète devrait permettre de déterminer son origine et son usage.

Dans beaucoup de villages reculés du Sénégal, des grottes, cavernes et souterrains mystérieux sont évoqués, mais ils relèvent souvent de l’imaginaire local. À Kandiama, localité située à quelques encablures de Sinthiang Koundara, une mystérieuse grotte se fait découvrir sur sa partie nord-ouest, dans une entaille rocailleuse sertie sur une élévation arbustive. Lorsqu’on arrive sur les lieux, on se pose moult questions. Ces grottes sont-elles creusées par l’homme ? Sont-elles dérivées de mouvements du sous-sol ?

Mais personne, à Kandiama, ne peut donner une explication précise sur la présence de cette grotte. Son emplacement et surtout son creusement restent, à ce jour, un mystère. La présence de ce site et son histoire ne sont pas connues de tous. La majorité des personnes interpellées n’en ont jamais entendu parler. Normal, car nulle part, il n’est fait mention de cette grotte. Nulle part, son existence n’est citée dans les archives. Le maire de Sinthiang Koundara nous a confirmé l’existence de cette grotte qui se trouve dans son périmètre communal. L’entrée principale de la grotte ressemble à la gueule béante d’un tigre. À partir de l’extérieur, le fond est noir comme les ténèbres. À l’intérieur, l’homme peut se déplacer comme s’il était à l’air libre. Le complexe géologique est entouré de mystères. Dans ce village composé de 20 carrés, seuls quelques privilégiés connaissent l’histoire de la grotte. Le vieux El Hadj Baïlo Camara fait partie de ceux-là. Cet ancien émigré qui a passé la moitié de sa vie en France à faire fortune se complait à partager sa connaissance. Tel un livre ouvert, le vieil homme rapporte que des toubabs sont venus explorer la grotte il y a plus de quatre décennies.

Entre imaginaire et réalité
« Les Français qui ne connaissaient pas l’emplacement exact de la grotte ont maintes fois tenté de la localiser, mais leur recherche fut vaine. Ils ont dû leur salut à un chasseur qui pistait un phacochère. Sa quête l’a mené à la découverte de la grotte, au grand bonheur des Français », raconte-t-il. Selon M. Camara, les Français ont campé sur les lieux pendant longtemps. « Les chercheurs ont dû établir plusieurs plans de fouille avant de trouver un passage. Après avoir enlevé les pierres, la terre et les herbes qui l’encombraient, ils se sont rendus compte qu’il menait directement au cœur de la plateforme », nous confie-t-il.

D’ordinaire, nous dit l’ancien émigré, les chercheurs savent ce qu’ils cherchent. Mais dans le cas précis de Kandiama, tout ce que les Français ignoraient, c’était que chercher. « Cette grotte a fait l’objet de fouilles intenses de la part des Français. Après quelques jours, ils ont trouvé des ossements, une mâchoire, une matière noire qui brillait de mille éclats. Par la suite, ils ont amené les fruits de leur découverte dans leur pays pour l’analyser », renseigne-t-il. Selon lui, les villageois ne comprenaient rien aux manœuvres des étrangers. « C’est à leur retour qu’ils ont dit qu’il ne s’agissait ni d’un cheval encore moins d’un bœuf, mais bien d’un homme, mais la longueur était anormale comparée à celle des hommes comme nous. C’était un géant qui mesurait plus de deux mètres », raconte M. Camara.

Dès lors, explique-t-il, tout le monde a commencé à se poser des questions. Toujours selon M. Camara, les autochtones ayant compris que la présence des toubabs constituait une sacrée menace pour eux et que, dans leur quête, ils risqueraient de les faire déguerpir, ils ont sollicité l’aide d’un grand marabout. Ce dernier, dit-il, leur a confié que la grotte renfermait un énorme trésor jalousement protégé par un gros boa. « Il a prédit qu’il y aurait beaucoup de morts si on tentait de récupérer ce trésor. C’est alors qu’il a demandé à ce qu’un sacrifice soit fait pour que les toubabs ne reviennent plus ». À en croire M. Camara, un taureau noir a été aussitôt immolé. Quelque temps après, les Français sont repartis et ne sont jamais revenus. « Les fouilles, interrompues depuis lors, n’ont jamais repris. Elles ont été abandonnées et les choses en sont restées là. Ils ont laissé leur matériel sur place, mais personne n’y a touché », assure-t-il.

Un trésor jalousement gardé par un boa
Ce trésor attisait les convoitises, mais personne n’osait mettre les pieds dans la grotte. El Hadji Baïlo Camara faisait partie de ceux qui convoitaient ce trésor, et voulait en profiter d’une autre manière. « Un jour, un marabout nous avait recommandé, un ami et moi, de verser du lait de chèvre sept jours de suite dans la grotte. Il nous avait assuré que si l’esprit acceptait notre sacrifice, on trouverait chacun une pièce de 5 francs. Cette pièce devait être mise dans une malle qui se remplirait d’argent. Chaque jour, on partait à la grotte. Au quatrième jour, nous nous sommes pointés à l’entrée, et à notre grande surprise, on a vu de grands oiseaux qui sont sortis avec une telle puissance. Il nous était impossible d’en tenir un », explique El Hadji Baïlo Camara. La richesse n’a pas été au rendez-vous. Et l’émigré qui est retourné en France a vite fait d’oublier définitivement ce projet « suicidaire ».

La grotte aux trésors regorge d’autres faits historiques à la croisée des chemins entre le rationnel et l’irrationnel. C’est tout le charme de cette caverne qui, selon la croyance populaire, communiquerait avec un réseau très important de passages souterrains et aurait des ouvertures sur le Parc national du Niokolo-Koba. « C’est une grotte très large. C’est le refuge des animaux comme les porcs-épics. C’est un couloir de transition des espèces entre Kandiama et le Parc national du Niokolo-Koba », fait savoir El Hadji Baïlo Camara. L’existence de ces souterrains n’a jamais été sérieusement prouvée, mais il reste certain que cette grotte est un véritable repère de porcs-épics.

« Un jour, un chasseur étranger a entendu parler de la grotte et de ses porcs-épics. Il est alors venu les attendre. Comme on lui avait dit qu’ils sortiraient tôt, il s’est pointé à 4 heures du matin. Malheureusement, il n’a rien vu, si ce n’est des éclats lumineux au fond des trous. C’est alors qu’il a raconté sa mésaventure à un grand chasseur. Ce dernier lui a dit que le maitre des lieux n’a pas voulu qu’il ait quelque chose », raconte-t-il. Au fil des siècles, toutes les hypothèses sont passées par là. Mais le mystère demeure avec un grand M. Malgré la richesse supposée, personne n’a tenté d’entrer dans la grotte pour récupérer le trésor. Pas même les villageois qui véhiculent cette information.

Mais à Kandiama, on continue de cultiver le mystère autour de cette grotte. Personne ne veut ni ne cherche à la banaliser. Et ce n’est pas l’imam du village, El Hadji Habib Camara, qui serait le premier. « C’est une grotte que nous avons trouvée avec ses mystères. Nous ne cherchons pas à en savoir plus. Nous pouvons dire qu’elle sort de l’ordinaire », corrobore l’imam. « Depuis que les Blancs sont partis, personne n’est allé sur les lieux. Personne n’est intéressé. Ceux qui connaissent l’histoire ne vont jamais là-bas. Seuls les porcs-épics y entrent, mais pas nous », indique-t-il. En attendant que le mystère qui entoure cette grotte soit percé, El Hadji Baïlo Camara, malgré ses soixante-dix ans, reste encore disponible pour montrer à tous ceux qui le souhaitent la petite ouverture. Mais sans jamais y entrer.

Valorisation de la grotte
Quel mystérieux trésor se trouve dans la grotte ? Qu’est-ce qui fait que depuis des siècles il n’a pas été trouvé ? Ce sont là autant de questions qui demeurent aujourd’hui sans réponse. La croyance tenace selon laquelle ce site longtemps resté mystérieux est habité par un énorme boa a largement contribué à son abandon. Personne ne s’y est intéressé. Sur l’élévation, aucune plaque, aucun aménagement ne mettent en valeur ce patrimoine historique dont la datation n’est toujours pas connue. Depuis le départ des Français, cette grotte n’a pas fait l’objet de recherches. Il serait intéressant que les historiens et archéologues viennent la fouiller pour retracer l’histoire de « l’Homo de Kandiama ».

Leurs recherches pourraient très certainement contribuer à éclairer l’histoire du peuplement de cette partie orientale du Sénégal, notamment dans cette zone. Pour l’heure, cette grotte, témoin silencieux du passé, reste méconnue du grand public et même des populations de la localité. Malgré son originalité, ce patrimoine n’attire pas beaucoup de visiteurs. Pour changer la donne, des réflexions sur sa mise en valeur et sa préservation devraient être menées dans une perspective de développement durable. En attendant, le village de Kandiama vit avec ses insuffisances. La présence humaine dans cette localité distante de 15 kilomètres de Sinthiang Koundara date d’au moins un siècle.

Selon l’imam El Hadji Habib Camara, le fondateur du village, Koaro Camara, serait venu de Tonguia, un village peuplé par les Badiaranké, une ethnie minoritaire originaire de la Guinée Conakry. Le village n’est pas encore sorti de l’auberge. Cette bourgade qui ne bénéficie pas d’une couverture optimale en réseau de télécommunication fait également face à l’absence d’électrification qui constitue une contrainte majeure à son développement. « Notre priorité, c’est l’électrification du village. Avec le problème de couverture réseau, il est difficile d’évacuer des malades et surtout des femmes enceintes en cas d’urgence. Nous ne pouvons pas appeler l’ambulancier qui se trouve à Sinthiang Koundara », assure l’imam El Hadji Habib Camara.

Samba Oumar FALL & Idrissa SANE (Textes)
Assane SOW (Photos)

Last modified on lundi, 19 septembre 2016 21:30
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