40 ans de Villages d’enfants Sos : Un centre d’accueil au service de l’enfance

22 Sep 2016
364 times

La situation défavorable des enfants fait objet de plusieurs politiques. Qu’elles soient étatiques ou privées, elles arrivent à la bonne heure. Les Villages d’enfants Sos œuvrent pour le bien-être de l’enfant dans un environnement sain depuis 40 ans. Faisons une descente au Village Sos afin d’essayer de miroiter leur mode de vie.

Au premier contact, nous voyons une agglomération de foyers de quinze maisons familiales au total. Chaque foyer abrite dix enfants. Elargissant la visite, une infirmerie, une administration, une préscolaire et une maternelle s’offrent à nous. Sans oublier les aires de jeux, le grand cours (communément appelé ronde). Ceci est le cadre du Village d’enfants Sos. Il est régi sous les normes du code familial sénégalais. C’est une Ong reconnue d’utilité publique qui a démarré ses activités de prise en charge des enfants en 1979. Sur le plan national, ils ont cinq sites à Dakar, Tambacounda, Ziguinchor, Louga et Kaolack. Les conditions d’admission sont multiples. Il y a un groupe cible, notamment des enfants qui ont perdu la prise en charge des parents et les orphelins totaux. Revenant sur les bases d’admission, Seydou Dieng, le coordinateur national, apporte des éclaircissements sur les critères. Il précise : « Nous avons des enfants dont les parents sont malades (physique, mental ou handicapé…) .Il y a des enfants de parents diminués, alcooliques, détenus, mais aussi des enfants abandonnés, même si le nombre est faible, etc. ». Ce sont ces enfants-là que nous admettons. Une mère Sos rapporte, ici, une histoire parmi d’autres. Maman Maty Guèye a intégré le Village depuis 1997. « J’ai reçu mes triplés quand ils ont eu 4 mois. Ils ont perdu leur maman à la naissance. On m’a proposé de les recevoir dans ma maison. C’était difficile, mais je n’ai jamais eu de regrets. Ils apportent une joie de vivre incroyable dans notre foyer. A une période où ils étaient partis en vacance à Diourbel, chez leur tante, pour un mois, je ne pouvais pas m’empêcher de leur rendre visite. Arrivée là-bas, les conditions dans lesquelles je les ai trouvés m’ont meurtri. De retour, je m’en suis ouvert au papa (directeur), et c’est ainsi qu’on est parti les reprendre. Tout le monde pensait qu’ils n’allaient pas passer la nuit. Mais, par la grâce de Dieu et l’assistance de Sos, ils ont survécu. Vraiment, tout le Village en entier m’a assisté. Je n’ai jamais été à la maternité, mais je ne manque pas d’enfants ».

 D’horizons divers, venant de Matam, Kédougou, en passant par Ranérou, Pire, entres autres localités, les demandes proviennent de partout. Actuellement, l’Ong a sous son aile « 3.492 enfants, dont 808 admis » au sein du Village. S’adonnant à un petit sondage sur leurs provenances, des enfants sont venus de « Saint-Louis, Ngay, Kébémer, Kolda, Mbadiène… ». Vue sous cet angle, qui pourrait dire avec certitude « je n’ai jamais eu de parent au Village d’enfants Sos ? » Ses enfants sont issus des foyers sénégalais.

Œuvre humanitaire
C’est tout un processus de l’accueil à l’intégration. Ce site offre des services de première nécessité, à savoir tout ce qui est relatif au droit de l’enfant, rehaussé d’une forme de vie familiale. Cela revient à dire que chaque enfant possède un foyer avec le cercle familial. C’est pourquoi ils usent le jargon familial (papa, maman, oncles, tantes). De cette manière, l’enfant ne se sentira pas privé de famille. L’enfant se retrouve avec 149 frères et sœurs dans un même environnement. Essayer d’apporter quelque chose à l’enfant avec une association autonome est le contexte de base. Village d’enfants Sos n’est pas conçu dans un contexte de guerre ou de calamité : c’est une œuvre humanitaire. Et le Sénégal a permis à la nation d’en bénéficier. Cependant, il y a des gens qui versent dans la facilité. C’est pourquoi les enquêtes sont extrêmement poussées pour ne pas tomber dans le piège. La facilité est évoquée parce qu’une fois que l’enfant est admis au Village, il est pris en charge sur tous les plans. Aucune contribution de la famille d’origine. Juste faire des visites, afin qu’il ne perde pas ce contact familial.

Faire un tour en ces lieux fait comprendre que leurs crédos font leurs quotidiens. « La chaleur d’un foyer pour chaque enfant » ; « A mes yeux, rien n’est plus important que de s’occuper d’un enfant », témoignent donc du dévouement des travailleurs. Ces derniers sont à la fois acteurs et témoins. Ils sont là pour combler un vide. En plus d’un père et d’une mère, l’enfant a d’autres parents : tantes, oncles... L’affection et la solidarité fraternelle, combinées aux querelles, sont au rendez-vous. La fratrie est cruciale en ces lieux. Le partage de la vie quotidienne en est le meilleur garant. Chacun protège l’autre, l’assiste et le guide si nécessaire.

La fraternité y est vécue dans tous ses sens grâce à la cohabitation et aux valeurs ancrées. Dans cet environnement, l’enfant vit son enfance et se prépare à son avenir d’adulte sur les plans affective et psychologique. Toute cette alchimie réchauffe les cœurs et les foyers. La maman est le cœur de Sos. D’où la rigueur sur la sélection de celle-ci. L’âge est le premier critère de recrutement du personnel. Des personnes d’âge mûr de 35 à 45 ans et instruites sont requises, en plus des enquêtes de domicile et de moralité. Car une mère est importante. C’est la figure centrale de l’enfant. La maman est vraiment le cœur au Village Sos.

Une série de questionnements jaillit face à cette situation. Sans ces sites, où seraient tous ces enfants qui s’y trouvent ? Que seraient-ils devenus ? Que sont-ils même avec Sos ? Un témoignage d’un jeune garçon jadis du Village et aujourd’hui devenu un homme de la société. Serge Koué, 26 ans, est arrivé au Village Sos à l’âge de 9 mois. Il l’a quitté à 14 ans. Il raconte leur histoire. « Mon frère jumeau et moi sommes nés d’un couple mixte religieusement parlant et de nationalités différentes. A notre naissance, il y a eu quelques mésententes au niveau des deux familles. Nous ne devrions pas être séparés. Une voisine à notre mère a eu l’ingénieuse idée de nous amener au Village Sos. Si ce n’était pas grâce à Sos, peut-être que nous serions séparés mon jumeau et moi ? Peut-être même mon frère et moi n’allions pas vivre pour grandir ? A titre illustratif, leur maman Sos leur a dit à plusieurs reprises qu’elle n’imaginait pas qu’ils allaient grandir. Qu’elle pensait qu’ils allaient mourir dans ses bras. Et c’est par la grâce divine et Sos qu’ils sont encore là. Il poursuit : « Primo, les conditions ne seraient pas des meilleurs d’être séparés. Ensuite, de vivre l’un avec un père qui venait tout juste de commencer à travailler. L’autre avec une maman qui n’a pas un travail à temps plein ». Les soubassements de la vie font décidément parti de l’existence.

Environnement sain
Et le devoir était plus pressant. Ce devoir d’assurer à l’enfant une éducation, la santé, le bien-être, dans un environnement sain. C’est la mission des Villages Sos. Mr Koué en est la preuve vivante. « Le Village, c’est une très grande famille. Nous sommes séparés par maison. Les relations y sont telles que celles de tout foyer sénégalais. La beauté, l’amour, mais aussi (rires) tout le désagrément entre frères et sœurs qui, parfois, se disputent. Cet amour réciproque des frères et sœurs (les pensionnaires) venus de différentes familles, de différents horizons, est ce qu’il y a d’extraordinaire. Etant enfants, nous ne savions pas que l’on avait une mère autre que celle du Village. Nous étions certains que c’est elle qui nous a mis au monde. Tout l’amour maternel était là. On a fini l’allaitement entre ses mains. C’est en grandissant qu’on a connu la mère biologique. N’empêche la maman Sos reste la nôtre. C’est elle qu’on aime. C’était pas du tout évident que nous vivions cette chaleur familiale. Nous n’aurions pas eu l’occasion d’avoir une si grande famille sans Sos ».  

Nos chers patriotes ont-ils bonne connaissance de ce sanctuaire ? L’usage du sanctuaire n’est-elle pas abusé ? Rama Baal, mère à Sos depuis 1995, estime que dire qu’ici, « c’est un lieu sacré, ne serait pas exagéré, vu l’humanitaire, une très grande foi et des bienfaits qui y émanent ». Rama rapporte leur ordinaire : « La maman accompagne l’enfant dans sa religion. Elle exige une certaine rigueur dans la pratique. Assiduité des musulmans à la mosquée et de l’église pour les catholiques. Toutes les fêtes sont célébrées au Village Sos. Que cela soit la Tabaski où Noël, les commissions et baptêmes, Korité. Afin que chacun retrouve non seulement la chaleur d’un foyer, mais aussi qu’il puisse s’ancrer dans sa religion. Mes enfants biologiques jalousent mes enfants là (rires). Ils n’arrêtent pas de me dire que ma vie tourne autour de Sos. Tout ce qui est bien doit être pour eux. J’ai une fille qui n’a plus l’âge de résider au sein du Village. N’empêche à chaque fois qu’elle tombe malade, elle accourt auprès de sa maman (Rama parlant ici d’elle-même). Elle est actuellement ici, même si elle a sa famille. C’est moi qu’elle connaît ».

Amour et affection
Quelles issues pour ces enfants ? L’espoir, le nouveau départ apporté à l’enfant, porte t’il ses fruits ? Un enfant est très reconnaissant quand il reçoit de l’affection, s’épanouie, qu’on subvienne à ses besoins, etc. A cet instant, il se sent aimé. Du coup, le mot maman trouve sa place. C’est la raison pour laquelle, lors des formations, la future mère est appelée à comprendre que l’élément fondamental est l’amour et l’affection. Le reste s’en suivra naturellement. Ouly Soropogui a compris. Présente depuis 27 ans, elle aussi se rappelle de l’enfance de tous, en particulier celui de son fils adoptif. « J’ai un seul fils au monde. Il a grandi au Village, dans ma maison. Je l’ai adopté à sa sortie. Il vit chez moi à Guédiawaye. Il porte mon nom de famille. Je lui légerais tous mes biens quand je ne serai plus de ce monde. Pour l’heure, il continue son bout de chemin ».

A l’atteinte de l’âge de la sortie, l’enfant rejoint sa famille d’origine. Sos lui vient en appui (bourse et prise en charge médicale) et en suivi (encadreur). Il y a aussi des foyers d’accueil dont l’enfant est inséré à défaut de la famille d’origine. Des milliers d’enfants ont bénéficié des programmes Sos. D’aucuns sont dans l’emploi formel : des avocats, médecins, enseignants, entrepreneurs, etc. D’autres sont dans l’informel et le privé (la menuiserie, la mécanique, le commerce, l’art…) Et malheureusement, certains n’ont pas pu aller loin, mais se débrouillent et/ou sont au chômage. Côté réussite, c’est comme dans tous les foyers sénégalais. Certains voient le bout du tunnel, d’autres non.

Sos a des programmes dont une frange de la population bénéficie. En 2005 est instauré un programme de renforcement de la famille. Il consiste à aller dans les communautés pour soutenir ses enfants au sein de leur famille d’origine à défaut de pouvoir les accueillir au Village. L’Ong vient également en aide aux talibés et enfants de la rue. Le choix de ses familles dépend du degré de leur vulnérabilité en termes de réalisation des droits de l’enfant, c’est-à-dire droit à l’éducation, l’alimentation, la santé, les loisirs, etc. Aujourd’hui, on peut dire que les Villages Sos sont une affaire de tout le monde.

Par Yaye Awa Ly Ngoné SARR
(Stagiaire)

Last modified on jeudi, 22 septembre 2016 15:57
Rate this item
(0 votes)

CanGabon90x700ok


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.