Saré Yoba Diéga : L' ancien comptoir commercial garde sa vocation

23 Sep 2016
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Saré Yoba Diéga : L' ancien comptoir commercial garde sa vocation Le marché à bétail de Saré Yoba est approvisionné par des éleveurs venus de Gambie, Guinée Bissau, Ziguinchor…

Saré Yoba n’a pas perdu sa vocation historique. L’ancien comptoir de commerce abrite l’un des marchés à bétail les plus importants de la sous-région. Au cœur de cette localité, non loin de la radio communautaire, le marché hebdomadaire de diverses marchandises pèse également sur les transactions à l’échelle régionale. Ce qui fait que les jeudis de Saré Yoba sont très animés et rappellent l’époque coloniale, quand, sur les rives du fleuve Casamance, les transactions commerciales rythmaient les activités de la contrée du Diéga.

À quelques encablures de la route nationale, le fleuve Casamance qui fut jadis l’un des points stratégiques de l’activité commerciale coule tranquillement. Sur le rivage, un piroguier s’apprête à prendre le large alors que le soleil s’incline vers le couchant. Les berges envahies par les herbes sont plongées dans un calme relativement plat. Aucune activité n’est notée. Les populations semblent avoir déserté ce secteur, témoin du riche passé de cette bourgade. Ici, c’est Saré Yoba, la capitale du Diéga. À l’époque coloniale, cette localité était au centre d’une vaste zone d’échanges, quand les compagnies Peyrissac, Maurel et Prom, Cfao qui avaient le monopole du commerce étaient très fréquentes sur cette voie. L’effervescence gagnait la localité chaque fois que les chalands des Européens, en partance ou en provenance de Ziguinchor, accostaient pour des trocs.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis les indépendances. Le site qui a longtemps été le cœur commercial de cette partie de la province du Diéga a sombré dans la déchéance. Aujourd’hui, Saré Yoba revit, mais les activités commerciales ont été transférées le long de la route nationale. « Les premières habitations de Saré Yoba étaient partie d’ici. Maintenant, les populations ont préféré habiliter le long de la route nationale », nous renseigne notre guide.

Juste après les rizières, la première mosquée en banco abrite dans sa partie nord les tombeaux des premiers imams. Tout autour, les maisons sont réparties de façon ingrate, sans suivre un alignement. Leur cour arrière sert de potager ou d’enclos pour les petits ruminants.

À l’entrée comme à la sortie, de nouvelles maisons repoussent d’année en année, les limites de Saré Yoba confirmant ainsi les augures d’une grande agglomération qui transparaissent à travers les bruits que le fondateur avait entendus lors de ses premiers passages dans le site. « Yoba Sira Kandé était un chasseur. Il entendait tantôt un bruit qui rassemblait celui d’animaux, tantôt à celui des personnes. Il savait que ce village allait devenir un grand carrefour », rapporte Thiédo Baldé, directeur de la Radio communautaire « Jam FM » pour le développement.

Sa prédiction se confirme. Le village était devenu une plaque tournante des échanges entre les colons et les populations locales. « Il y avait un échange entre les Blancs et les populations. Ces dernières vendaient de l’igname, de l’arachide et du lait aux blancs. Le commerce était très florissant », confie Moutarou Baldé un des descendants de la famille du fondateur.

Aujourd’hui, les habitants semblent perpétuer ces legs. Sur le flanc droit de la Radio communautaire Jam FM (la paix en langue pular), derrière un muret surmonté par une grille, des hangars couverts de taules ondulées sont disposés de façon parallèle.

C’est le « louma » (marché hebdomadaire) de Saré Yoba qui se tient tous les jeudis. C’est l’un des marchés les plus modernes de la zone. Un réseau de canalisation et une route couverte de gravier le ceinturent des trois côtés. À l’intérieur, les allées forment un plan en damier.

Tout au tour se déploie une flopée de cantines. Des restaurants, des dibiteries, des échoppes de friperies débordent le jour du « louma ». C’est une sorte de prolongement des activités commerciales durant la période coloniale sous une nouvelle forme. « Vous voyez, tout cet espace est envahi. Des personnes étalent leurs marchandises le long de la route. Le petit commerce, des boutiquiers et des vendeurs qui viennent d’autres localités en profitent. Le marché hebdomadaire fait vivre Saré Yoba », avance sans ambages Thiédo Baldé, le directeur de la radio communautaire. Saré Yoba, c’est aussi son marché à bétail. Mais la vente des marchandises et du bétail ne se fait pas sur le même lieu. De l’autre côté de la ville, après le cantonnement militaire, sur la route de Tanaff, se trouve le foirail. Il est circonscrit par 4 murs peints en jaune avec une porte métallique. Sur la façade latérale et à l’extrémité gauche, une rampe d’embarquement et de débarquement donne sur un couloir qui débouche sur l’aire. Au centre, des abreuvoirs sont construits près d’un point d’eau. Sur la partie nord, des hangars sont aménagés. Juste après l’entrée principale, deux petits locaux sont parallèles.

Des propriétaires et des acheteurs sont debout près du couloir. Ils observent les vaches et les taureaux sortir et se précipiter sur l’aire. Parfois, les bêtes s’affrontent, échangent des coups de sabot. Leurs cornes s’entrechoquent et les beuglements fusent de partout. Sans tarder, des propriétaires, les uns après les autres, se détachent du groupe pour rassembler leurs bêtes. « C’est à partir des années 74 que les activités commerciales ont réellement pris de l’élan », précise Moutarou Baldé, l’un des descendants de la famille du fondateur du village. La localité pèse sur le marché de vente de bétail. Ce n’est pas un marché national. Il est sous-régional comme l’indique la plaque des bailleurs. Sa construction a été financée par le Fonds africain de développement.

Tous les jeudis, ce sont plusieurs centaines d’éleveurs, de vendeurs de bétail et de commerçants, d’acheteurs qui se rencontrent à ce point névralgique de la cité du Diéga. Un comité de gestion est chargé de veiller à l’entretien de ce marché moderne construit en 2004 qui se veut un pôle économique. Cette structure appelée Kawral Fouladou Daral Saré Yoba est présidée par Tidiane Kandé. Ce dernier assure que la commercialisation du bétail joue un rôle très important dans l’économie de la localité. Chaque jeudi, assure-t-il, des offres de vente de plus de 300 à 500 têtes de bovins, d’ovins, de caprins sont enregistrées pour des flux financiers de plusieurs millions de FCfa.

La transaction licite
Le marché à bétail de Saré Yoba a une zone d’influence qui va au delà des limites de la commune. Il est ainsi approvisionné en bétail par des éleveurs venus de la Gambie, de la Guinée-Bissau, de Ziguinchor et d’autres localités du pays. Selon M. Kandé, un bon taureau s’achète à partir de 150.000 et les prix varient parfois et peuvent atteindre et même dépasser les 800.000 FCfa.

Un système de filtrage bien huilé est bien en place. Le transport du bétail, son introduction dans le marché obéissent à une réglementation. Chaque éleveur ou vendeur doit remplir un certain nombre de formalités avant d’accéder au marché. Le bétail volé n’a pas sa place au foirail. « Le propriétaire de bétail doit chercher un laissez-passer attesté par son chef de village. Ce laissez-passer est visé par tous les chefs de village où transite le bétail. Ce document est présenté pour introduire le bétail. Si le propriétaire vend ses bêtes, l’acheteur reçoit aussi des documents attestés », explique Thiédo Baldé.

chadandsCes procédures sécurisent les transactions. Tout compte fait, les acheteurs ont adopté la culture de l’achat du bétail dans un espace reconnu où ils peuvent obtenir des papiers qui les couvrent. « Pour éviter des surprises, et des problèmes, des personnes attendent ce marché pour venir acheter un mouton, une vache, un taureau, un cheval ou un âne. Il y a une traçabilité du bétail », assure un agent du marché. L’achat et la revente de bétail fleurissent. Ce n’est pas Malang Dianté, originaire du village de Talton, qui sillonne les marchés hebdomadaires, qui minimisera les bénéfices. Vêtu d’un grand boubou noir, une écharpe nouée au cou, le vieux mandingue a devancé le véhicule qui transporte ses deux vaches achetées au marché de Diaobé. Depuis plusieurs décennies, il a cessé de mettre tous ses œufs dans un même panier. « Nous ne pouvons pas nous contenter de l’agriculture qui dure tout au plus quatre mois. Je suis dans le commerce de bétail depuis près de deux décennies. À travers cette activité, je parviens à couvrir mes besoins et ceux de ma famille. En plus, être tout le temps en activité vous rajeunit », confie Malang Dianté.

Le marché à bétail de Saré Yoba est bien organisé. Selon Tidiane Kandé, pour chaque mouton ou chèvre vendu, une taxe de 200 francs est prélevée. Pour le bœuf, la taxe est de 500 francs contre 300 francs pour l’âne et le cheval. Selon Tidiane Kandé, 50% de ces prélèvements reviennent au comité de gestion, 30% à la mairie et 20% aux collecteurs. Selon Tidiane Kandé, il ne fait aucun doute que le bétail est et restera pendant longtemps au cœur de l’économie de Saré Yoba. « Tout le monde y trouve son compte. Chaque jeudi, les vendeurs, acheteurs, intermédiaires, la municipalité, les collecteurs, le comité de gestion, les transporteurs et les petits commerçants se frottent bien les mains », assure-t-il.

Saré Yoba a bien conservé son statut de plaque tournante des activités commerciales. Son marché a apporté une nouvelle dynamique à la localité et contribue quelque peu à l’équilibre du budget de la collectivité. « Tout le monde vient vendre ici. Les commerçants qui viennent à Diaobé les mercredis prolongent le plus souvent jusqu’à Saré Yoba. Si ici ça ne marche pas, le "louma" le ressent », indique-t-il.

Jam Fm : Une radio au service du développement local
« Jam FM pour le développement », c’est indiscutablement la voix du Diéga. Dans cette contrée, cette radio qui aura bientôt deux années d’existence joue un rôle éminemment important dans le développement local et l’épanouissement des populations.

Selon le directeur Thiédo Baldé, cette radio est née suite au projet « Casamance réagit » qui avait pour objectif de ramener la paix dans cette partie du pays décimée par trois décennies de conflits armés. Selon M. Baldé, les initiateurs ont pensé qu’il était beaucoup plus pertinent que les fils de la Casamance travaillent eux-mêmes pour le retour de la paix dans leur contrée.

« Nous avons rencontré les groupes sociaux puis nous sommes allés dans le maquis rencontrer les responsables. Nous avons discuté avec eux pour que la paix revienne dans la zone », indique-t-il. « Nous avons réussi à faire sortir de la forêt 45 personnes, dont 23 adolescents, 22 adultes et 15 femmes séquestrées contre leur gré. Les garçons avaient commencé à prendre goût à leur situation, mais les femmes avaient peur et n’osaient pas rentrer chez elles. Elles avaient préféré se livrer à ces gens pour rester en vie. Nous avons donc parlé à certains chefs pour qu’ils puissent libérer les malades et les jeunes qui avaient encore l’avenir devant eux », explique M. Baldé.

Selon lui, leur association a aidé 16 jeunes à trouver des pièces d’identification. « Parmi ces jeunes, neuf ont été enrôlés dans l’armée et les sept autres ont emprunté le chemin de l’émigration et ont traversé la Méditerranée. Certains sont en Lybie et d’autres en Italie. L’un d’entre eux nous a même envoyé un peu d’argent qui nous a servi à l’achat de matériel », assure-t-il.

À en croire M. Baldé, la radio Jam FM occupe une place importante dans le processus de sensibilisation des populations. Son programme est composé généralement d’émissions sur l’éducation, le social, la religion, la santé, le développement local. La sensibilisation sur la déclaration de naissance qui constitue une grosse difficulté dans la zone tient également une place de choix dans les programmes de cette radio écoutée jusqu’en Gambie, Guinée-Bissau, Adéane et Médina Gounass. Les langues de diffusion sont le pular, le mandingue et le français.

Par Samba Oumar FALL et Idrissa SANE (textes) et Assane SOW (photos)

Last modified on vendredi, 23 septembre 2016 15:29
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