Ablaye Ndiaye Thiossane : Une vie artistique et culturelle très féconde

26 Sep 2016
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Du crayon au micro, en passant par les planches, Abdoulaye Ndiaye « Thiossane » n’en demeure pas moins un artiste complet. À 80 ans bien sonnés, cet artiste polyvalent s’est tout naturellement imposé dans le paysage culturel. Sa carrière musicale reste des plus prolifiques. Des indépendances à aujourd’hui, ses chansons continuent de résonner. Et ses titres, « Aminata Ndiaye », « Modaane » et « Tal lène lamp yi », sont restés, à ce jour, très fameux.

D’aucuns croient qu’Abdoulaye Ndiaye Thiossane est musicien, d’autres peintre et certains dramaturge. Mais le natif de Sam est un touche-à-tout. Il est polyvalent. Il excelle aussi bien dans la peinture, que dans la musique et le théâtre. Né le 3 février 1936 dans le village de Sam, dans le département de Tivaouane, Abdoulaye Ndiaye est, aujourd’hui, une figure de proue de la musique sénégalaise. Il a bien marqué son époque et continue de marquer le temps présent. Sa complicité poussée avec le pinceau s’est traduite par une profusion d’œuvres. « Des milliers de tableaux », nous assure l’artiste.

La conquête de cet art a hissé Abdoulaye Ndiaye à l’apogée de sa carrière, avec des tableaux qui ont fait le tour du monde. Ablaye Ndiaye a également suivi des cours d’art dramatique et a eu à jouer quelques pièces. Mais c’est dans la musique qu’il s’est le plus illustré. Avec Abdoulaye Ndiaye Thiossane, la musique ne vieillit pas et ne meurt pas non plus. Ses chansons ont forgé le goût de plusieurs générations de mélomanes, même si la gloire a tardé à lui ouvrir ses bras. Ses premiers pas dans la musique remontent à 1953. « J’ai été inspiré par la musique du film O Cangaceiro, primé meilleur film d’aventures au Festival de Cannes en 1953 », raconte-t-il avec un brin de nostalgie.

Autodidacte, Abdoulaye Ndiaye Thiossane s’inscrit, en 1962, à l’École nationale des arts pour se perfectionner en dessin et devenir artiste plasticien. « J’étais un élève très terrible, mais travailleur. C’est ce qui m’a valu d’avoir remporté le deuxième Prix de décoration en Recherche arts plastiques et le Prix d’interprétation en Art dramatique, section art dramatique », explique-t-il. « J’étais aussi un grand mélomane et j’aimais beaucoup la musique. J’avais une guitare que je trainais partout. À l’école, j’ai côtoyé un guitariste talentueux, Chérif Mané, qui est devenu finalement professeur de dessin. Et en 1964, quand l’école a été transférée au Camp Lat Dior, j’ai créé l’orchestre Thiossane club », narre-t-il.

Un choix qu’il ne regrette pas. Deux ans plus tard, il a rendez-vous avec l’histoire. « Comme le Sénégal était indépendant, le président Senghor aimait beaucoup l’initiative locale, qu’il encourageait d’ailleurs. Il estimait beaucoup les chanteurs locaux, les valorisait, parce qu’ils démontraient que le Sénégal avait une culture riche », raconte l’artiste. « J’interprétais des chansons tirées des contes traditionnels et Senghor les écoutait. Le directeur de Radio Sénégal d’alors, Ibrahima Mbengue, diffusait mes chansons. C’est comme ça que j’ai été révélé au grand public. Tout le monde appréciait mes chansons. Cela m’a amené à interpréter, en 1966, l’hymne du premier Festival mondial des arts nègres. J’ai interprété « Tal lène lamp yi » (allumez les lumières), un titre que chantaient les Saint-Louisiens lors des fanals. Le Sénégal venait d’être indépendant, il fallait mettre les lumières pour voir où mettre les pieds », explique-t-il. Après le Fesman, indique-t-il, Senghor l’a choisi pour devenir peintre cartonnier aux Manufactures. Alors que tout le monde s’attendait à voir Abdoulaye Ndiaye rester dans son élément, il met son activité entre parenthèses en 1979 pour s’orienter vers autre chose qu’il maitrisait parfaitement bien. « Je suis allé rejoindre l’orchestre de l’Institut national des arts du Sénégal (Inas). J’étais là-bas avec Mor Dior Seck et Ousmane Touré ». Avec ses acolytes, ils feront des prestations sur l’ensemble du territoire national. « Au bout de quelques années, j’ai quitté l’Inas pour me consacrer à la peinture dans mon atelier », indique-t-il. Un retour à la peinture qui sera interrompue en 1982.

« Le président Abdou Diouf voulait créer un orchestre national et on m’a rappelé. On m’a pris comme pensionnaire. J’ai passé sept ans là-bas avant de démissionner et de retourner encore à la peinture », fait-t-il savoir. La vie d’Abdoulaye Ndiaye Thiossane est faite d’aller-retour entre la musique et la peinture. Une série de valses qui se justifie, selon lui, par la quête de gains pour survivre. « C’est très rare de rencontrer un artiste qui vit pleinement de son art. Quand on peint un tableau, quelle que soit la beauté de la planche, il peut rester dix ans, voire plus, sans trouver un acheteur. Donc, on ne peut pas vivre de ça. C’est ce qui justifiait mes allers-retours. En musique, au moins, les Sénégalais apprécient les belles voix. Il suffit d’aller dans les baptêmes et autres cérémonies pour se faire un peu d’argent ».

Abdoulaye Ndiaye Thiossane estime qu’aujourd’hui les acteurs culturels ne bénéficient d’aucun soutien conséquent de la part des autorités. « Au temps de Senghor, l’artiste était mieux considéré parce qu’il attachait une importance toute particulière à la culture. Régulièrement, il accordait des subventions allant de 500.000 à un (1) million de FCfa aux artistes. À deux reprises, j’ai eu à bénéficier d’une subvention de la part du président Senghor », relève-t-il. À force d’aimer la musique, Abdoulaye Ndiaye est allé jusqu’au bout de sa passion. Une pugnacité et une persévérance payante qui lui ont valu la production de son premier album intitulé « Thiossane », sorti en 2011. Il était âgé de 75 ans. Une consécration très tardive, mais qui soulage bien l’artiste qui a toujours cru en son étoile. À 80 ans, Abdoulaye Ndiaye Thiossane reste une icône vivante. Il chante et chante. Son âge ne constitue pas un handicap. Et il ne songe pas encore à raccrocher.

Par Samba Oumar Fall

Last modified on lundi, 26 septembre 2016 14:00
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