Musée régional de Thiès : La vitrine du Cayor

27 Sep 2016
959 times

Pour une meilleure connaissance d’une partie de l’histoire du Sénégal et une et découverte de l’ancien univers artistique du Cayor, faire un tour au musée régional de Thiès est indiqué. Il est donné, dans cette structure, tous les détails des faits historiques aux visiteurs qui en ont aussi plein la vue de palettes travaillées avec talent par nos lointains ancêtres.

Classé monument historique en 1975, après avoir servi de centre social et d’établissement scolaire, l’ancien Fort de Thiès, aujourd’hui musée régional, est né d’un projet de construction initié par le gouverneur français du Sénégal, Faidherbe et achevé par le gouverneur Walière. Consolider la stratégie militaire du colonisateur, assurer la rentabilité de la ligne du chemin de fer (Dakar/Saint-Louis) et du télégraphe, ainsi que la protection des caravaniers français, telle était la triple mission de ce fort construit entre 1860 et 1876.

Une époque pendant laquelle le Cayor, zone-tampon entre Dakar et Saint-Louis, entretenait son fameux « Gan du tabax » (Un étranger ne construit pas). Expression du colonisateur de toujours tenter d’étendre son emprise vers l’intérieur du pays et fondement de l’action guerrière des autochtones attachés à l’indépendance de leur territoire, le Fort de Thiès a donc été témoin de quelques événements essentiels de la vie du Sénégal qu’il continue de nous livrer en tant que musée. Et son attrait sur les populations est véritable. Si celle-ci est intéressée par les activités de recherche et d’animation culturelle ainsi que par les objets de la salle d’exposition, il est aussi constaté que la structure architecturale de la bâtisse fascine une bonne partie du public, notamment les touristes.

Fascinant monument historique situé au cœur de Thiès, jadis creuset des énergies libératrices et porte du glorieux Cayor où vécurent des hommes de refus, le musée régional de la cité du rail constitue un haut lieu de souvenirs. Aussi est-il une source d’acquisition de connaissances pour qui veut interroger les vestiges de notre passé conservés dans cette institution dont les locaux, création de l’administration coloniale, marquent le Sénégal du XIXe siècle et les résistances locales à l’occupation étrangère.

L’actuel musée régional de Thiès, d’abord monument historique, est mémoire. Là, sont conservées des œuvres artistiques locales attestant de l’évolution de l’homme, depuis le paléolithique supérieur (100 000 ans avant Jésus-Christ) jusqu’au paléolithique inférieur (10 000 ans avant Jésus-Christ). Des objets et autres éléments d’appréciation portant sur les moments palpitants de la difficile cohabitation entre colonisateurs et résistants, surtout à partir de 1850, y sont aussi exposés. Cette richesse de la collection dicte les visites répétées des touristes, officiers des armées françaises et sénégalaises, étudiants et élèves, qui considèrent Thiès comme un véritable raccourci historique pour connaître les événements essentiels qui ont marqué la vie de cette partie du Sénégal qu’est le Cayor.

Génie ancien
Musée 2Si les locaux qui abritent l’actuel musée sont l’une des marques du passage de la France sur le sol sénégalais, les objets et autres tableaux témoignent, d’une part, du haut degré de technicité de nos lointains ancêtres, et, d’autre part, du courage et du patriotisme de notre peuple. En effet, le génie de l’homme sénégalais ancien est bien établi au musée régional de Thiès, surtout dans l’évolution de l’outillage vers toujours plus de finesse et de portée. Ainsi, le visiteur est frappé par le couteau bifacial, les armatures des lances et sagaies taillées dans la pierre, par le goût de l’esthétique trouvé sur les jarres et autres bracelets et révélant une parfaite maîtrise des techniques de production du feu et de fusion des matériaux comme le fer, l’argent et l’or.

Voilà quelques aspects de notre civilisation qui, dans le domaine de l’art, n’avait rien à envier à celle des autres. C’est pourquoi, le Sénégal, attaché à ses valeurs, a farouchement lutté, pendant de longues années, contre l’agression culturelle. Ce refus est surtout remarquable à travers la colonisation qui ne pouvait s’imposer sans heurts, surtout dans l’actuelle région de Thiès englobant une bonne partie du Cayor où 33 « Damels » (rois), dont le héros national Lat-Dior, sont tombés les armes à la main. En d’autres termes, l’appétit expansionniste du colon français a été difficilement satisfait du fait de l’insoumission virile des valeureux fils du pays dont les « ceddos » du Cayor.

Le vin de Faidherbe
C’est ainsi que le visiteur peut retrouver la réalité – tronquée dans bien des livres – de l’âpreté des batailles ayant opposé colonisateurs et populations locales, comme le dévoilent plusieurs tableaux. Le repère, c’est l’année 1850, une décennie avant le démarrage du projet de construction du Fort de Thiès (actuel musée régional) marqué par le début du règne du Damel Birima Ngoné qui refusa la main tendue du colonisateur avant de mourir en 1860 après avoir bu du vin empoisonné que lui aurait envoyé Faidherbe, alors gouverneur du Sénégal.
Voilà comment le conservateur Fadel Thiam a ressorti une des raisons du durcissement des positions de part et d’autre entre Français et Cayoriens. Dans l’esprit des Cayoriens germa la célèbre assertion « Gan du tabax » (un étranger ne construit pas) sur la terre d’autrui au moment où l’administration coloniale au cours de la bataille de Daty (bien reconstituée) en 1861 utilisait, pour la première fois, le canon. Déjà, Damel Madiodio Déguène Codou avait été intronisé à Mboul, avant de revenir sur le trône une deuxième fois, après le passage de Lat-Dior qui s’était attaqué à l’armée coloniale à Ngol-Ngol et Loro.

Pages glorieuses
Des « tableaux qui parlent », le musée de Thiès en affiche pour rétablir l’histoire du Cayor où vécurent des hommes intraitables qui ont immortalisé des localités comme Dékheulé où Lat-Dior tomba en octobre 1886, mais également Tivaouane où mourut la même année le dernier Damel Samba Laobé Fall, l’homme qui coupa la jambe du commandant Chauvet, un officier français. Cette mort du dernier Damel dictait la loi qui ne reconnaissait plus l’existence du royaume du Cayor où, malgré tout, l’on continuait d’enregistrer des velléités offensives contre les lignes françaises au Sénégal. C’est d’ailleurs l’une d’elles qui aboutit à la mort du commandant Chautemps, de sa femme et de ses hommes de garde.

Ce raid est à l’actif de Diéry Dior Ndella (fils de l’avant-dernier Damel Samba Yaya Fall), accompagné de ses courtisans Kannar Fall et Sarithia Dièye. Ils ne pouvaient supporter la présence française en terre cayorienne. 1850-1886. Près de quarante années de lutte durant lesquelles le Cayor n’a pas baissé pavillon, malgré la supériorité de l’armement du colonisateur, véritable arsenal à côté des armes rudimentaires des Cayoriens infiltrés par les collaborateurs des Français. Donc, c’est avec émotion que l’on se recueille devant les fusils et sabres des Damels et guerriers du Cayor conservés au musée de Thiès.

Faire un tour ici est absolument utile. Car on vous y montre des références, des repères et des symboles, tout en vous racontant la vie d’éminents hommes de vertu et de foi dont l’exaltation du souvenir vous gonfle le cœur, galvanise votre énergie, arme votre consciences et appelle à toujours mobiliser vos forces pour l’édification générale du progrès.

Le pavillon du rail : Dans le wagon des souvenirs

Le fort de Thiès, construit entre 1860 et 1876, est aujourd’hui ce musée régional sis au quartier 10ème, en référence au 10ème régiment d’infanterie d’Afrique et d’Outre-mer (10e Riaom) qui a réuni des militaires français et africains, ainsi que d’autres venus de la Guadeloupe et de la Martinique. 10ème Riaom fut un complexe militaire important de l‘administration coloniale.

Selon le conservateur du musée régional Fadel Thiam, le fort fut un point stratégique pour les militaires français qui pouvaient faire face à tous les dangers d’où qu’ils venaient. Seulement, il abandonnera sa fonction première pour connaître moult vicissitudes. Il servit d’intendance militaire, de centre social et même d’école. « C’est précisément en 1975 que le fort a été transformé en musée. Il a été inauguré par le premier président Léopold Sédar Senghor », rappelle Fadel Thiam.

Le rail au fil des âges
Pavillon wagonLe bâtiment a été réhabilité en 1995 grâce au concours technique et financier de la communauté française de Belgique. Le musée offre à ses visiteurs une salle réservée tant à la préhistoire qu’aux activités humaines. La structure a développé en 1995 ses collections et un programme d’activités extramuros, un atelier de sous-verres et, surtout, le fameux pavillon du rail, un véritable chef-d’œuvre réalisé grâce au sens de l’imagination et de la créativité du conservateur qui a pu, au cours des ses déplacements au niveau de certains qui ont fortement marqué le chemin de fer, récupérer des objets qui symbolisent le train, la société des chemins de fer du Sénégal.

Le pavillon du rail est installé à l’aile droite du musée régional. On y retrace une partie importante de la vie économique, politique et syndicale de l’Afrique occidentale française,  du Sénégal et surtout de la ville de Thiès  qui s’identifie au rail. A travers des outillages, le visiteur est promené sur la marche du chemin de fer au fil des âges. Par ces vestiges, on perçoit l’évolution technique du chemin de fer. A côté de la lanterne à mèche qu’on plaçait au bout du dernier wagon et qui aidait les conducteurs à s’assurer en circulant la nuit qu’aucun wagon n’est laissé en rade, il y a la lanterne à pile qui l’a détrônée. 

Le bâton à pilote, portant de grosses clefs, constituait le système de régulation de rentrée et de sortie des trains des gares. Par ce système de sécurité, tout conducteur, arrivé à un point où il devait changer de ligne, rendait sa clef pour en recevoir une autre lui permettant de poursuivre sa marche. Outre ces objets, on découvre une sacoche métallique pour téléphone, un téléphone omnibus utilisé à l’époque dans les gares, un billeteur  manuel, une batte à bourrier qui est un outil pour soulever les rails, des boyaux en fer destinés au système de freinage des trains, etc.

La voie ferrée transsaharienne
De 1881 à 1934, la régie des chemins de fer de l’Afrique occidentale française a pu voir le jour. Mais, le premier train arrivé à la gare de Bamako a eu lieu le 13 mai 1904 tandis que la jonction Thiès-Niger et Kayes-Niger date du 15 août 1923. L’année suivante, la fusion des deux lignes fut effective. En 1934, la direction générale, les services régionaux et les ateliers furent installés à Thiès qui, depuis lors, a servi de point de bifurcation des lignes Dakar-Bamako et Dakar-Saint-Louis. A partir de ce moment, la question de la formation du réseau et de son articulation était bouclée. Pour revenir sur le contexte historique de la construction des chemins de fer, c’est le gouverneur Faidherbe qui, en 1854, s’est attaché à réaliser le programme défini par le ministère de la Marine et des Colonies. Mais, c’est le gouverneur Brière de l’Isle qui, en 1876, a accéléré la construction du chemin fer. Il s’agissait pour les autorités coloniales de créer une liaison entre deux territoires séparés par des bassins fluviaux du Sénégal et du Niger aboutissant à Tombouctou qui devait constituer le terminus de la voie ferrée  transsaharienne. Pour matérialiser cette vision, le Parlement français vota une décision de construction au Sénégal et au Soudan de trois lignes ferroviaires Dakar-Saint-Louis, Thiès-Médina (Kayes), Kayes-Niger. Dès février 1881, la première tranche du financement est votée par le Parlement. Devant l’impossibilité de fournir la main-d’œuvre, le commandant Galléni use du travail forcé et de l’importation d’ouvriers marocains et chinois pour faire avancer péniblement les travaux. Ainsi, le plus grand réseau ferroviaire de 1289 kilomètres fut construit et confirmé par l’administration coloniale par décret puis inauguré le 1er janvier 1924.

Le travail forcé
Dans la même année, les chemins de fer Thiès-Kayes et Kayes Niger fusionne pour donner le Thiès-Niger qui, plus tard en 1934 avec le rajout du Dakar-Saint-Louis, a donné le Dakar-Niger. Le chemin de fer, c’est aussi les organisations sociales. Sur ce volet, le mouvement syndical, aiguillonnant plus tard la marche vers les indépendances, constitue un pan riche de l’ère du chemin de fer. Sur ce champ, au-delà des leaders comme Ibrahima Sarr, Aynina Fall, Karim Sow, Ousmane Ngom, Cheikh Ndiaye « Teus-Teus » et Djiby Sène, les femmes ont joué un rôle déterminant dans la fameuse grève de 1947-1948, contrairement à celle de 1938. Dans cette épreuve, les femmes, aux côtés de leurs époux, ont tenu bon jusqu’à la victoire finale marquée par une amélioration des conditions de vie des cheminots africains. Selon Fadel Thiam, le conservateur du musée de Thiès, un projet imminent de réhabilitation des lieux est en cours et va certainement permettre d’évoluer vers un musée du rail.

Cheikh Aliou AMATH & Mbaye BA (textes)
Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on mardi, 27 septembre 2016 13:10
Rate this item
(0 votes)

CanGabon90x700ok


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.