[Grand Dossier] Fidel Castro : Le guerillero qui n’est pas mort au front

02 Déc 2016
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Le moins que l’on puisse dire de Fidel Castro, c’est qu’il a été un homme d’un destin singulier prédestiné à jouer les grands rôles pour les opprimés. Naturellement robuste avec près de deux mètres, il est doté d’une santé de fer et surtout d’une témérité qui lui ont permis de surmonter toutes les épreuves et de mourir paisiblement dans son lit à 90 ans, plus par vieillesse que par maladie. Ce dimanche, au cours de funérailles nationales, ses cendres seront mises en terre à Santa Clara.

A première vue, rien ne le destinait pourtant à cette vie mouvementée étant né le 28 août 1936 dans une famille aisée de propriétaires terriens d’origine espagnol et d’une mère cubaine. Il entreprend des études dès l’âge de sept ans et se signale comme un téméraire conducteur d’hommes toujours préoccupée par le sort des autres, et toujours prêt à organiser et à aider. Un caractère qui se renforce chez les jésuites de la Havane où il poursuit ses études quelques années plus tard. En 1945, Il entre à l’université de La Havane, où il entreprend des études de droit sans doute par souci de lutter pour la justice sociale. Élu délégué de la faculté de droit, il participe activement aux manifestations contre la corruption du gouvernement du président en poste Ramón Grau San Martín.

Suppression des latifundios
Diplômé de droit en 1950, Fidel Castro exerce, en tant qu’avocat, jusqu’en 1952 et défend les petites gens, avant de se lancer en politique. Il milite au Parti du peuple cubain, fondé en 1947 par Eduardo Chibás. Le programme du parti est progressiste et vise entre autres, la souveraineté nationale, l’indépendance économique par la diversification de la production agricole, la suppression des latifundios (vastes domaines agricoles appartenant à de grands propriétaires terriens qui faisaient travailler la main d’œuvre paysanne bon marché), le développement de l’industrie, la nationalisation des services publics, la lutte contre la corruption et la justice sociale en s’appuyant sur les paysans sans terre et les petits ouvriers. Il revendique son appartenance à la pensée de José Martí, de Chibás et se positionne comme anti-impérialiste. Dans ce sillage, son talent d’orateur hors pair aidant, il est candidat aux élections parlementaires du Parti du peuple cubain aux élections de 1952. Le sort en décide autrement lorsque le 10 mars 1952, à trois mois du srcutin, le général Fulgencio Batista brise l’ordre constitutionnel en renversant le gouvernement de Carlos Prío Socarrás. Le général putschiste obtient le soutien immédiat des États-Unis, qui reconnaissent officiellement la nouvelle dictature militaire.

Fidel Castro, avocat dépose plainte contre le Général Batista pour rupture de l’ordre constitutionnel et soutient que « Si des tribunaux existent, Batista doit être sanctionné, et si Batista n’est pas sanctionné […], comment ce tribunal pourra-t-il ensuite juger un citoyen pour sédition ou rébellion contre ce régime illégal produit de la trahison impunie ? ». La Cour suprême, inféodée au nouveau régime, juge la demande de Castro irrecevable et du coup rend légitime un éventuel recours à la force pour changer le système.

Ce que fera Fidel Castro le 26 juillet 1953 à la tête d’une expédition de 131 hommes et lance une attaque contre la caserne Moncada de Santiago de Cuba, seconde forteresse militaire du pays, et la Caserne Carlos Manuel de Céspedes de la ville de Bayamo. Le but était de prendre le contrôle de Santiago – berceau historique de toutes les révolutions – et de lancer un appel à la rébellion dans tout le pays afin de renverser le dictateur Batista. L’opération échoue et de nombreux combattants sont capturés et assassinés après avoir été atrocement torturés par l’armée. Quelques-uns, grâce au soutien de la population, réussissent à s’échapper.

« L’Histoire m’acquittera »
Fidel Castro CubaCapturé quelques jours plus tard, Fidel Castro doit sa vie à un sergent qui refuse de suivre les ordres de ses supérieurs et d’exécuter le leader de l’insurrection.
Durant une plaidoirie historique intitulée « L’Histoire m’acquittera » lors de son procès qu’il transforme en tribune politique, Fidel Castro, qui assure sa propre défense, dénonce les crimes de Batista et la misère dans laquelle vit le peuple cubain et présente son programme pour une Cuba libre basé sur la souveraineté nationale, l’indépendance économique et la justice sociale. Condamné à 15 ans de prison, il est libéré deux ans plus tard, suite à une amnistie accordée par le régime de Batista en 1955. Il fonde le Mouvement du 26-juillet (M 26-7) et fait part de son intention de poursuivre la lutte contre la dictature militaire avant de s’exiler au Mexique.

Fidel Castro y organise l’expédition du Granma, en compagnie d’Ernesto Guevara, un médecin révolutionnaire idéaliste qu’il n’a aucun mal à convaincre. Afin de récolter des fonds nécessaires à l’expédition, il effectue une tournée aux États-Unis et rencontre les exilés cubains et les clubs patriotiques M 26-7 fondés dans les différentes villes. Le 2 décembre 1956, Fidel Castro, avec 82 révolutionnaires, embarque dans le port de Tuxpán au Mexique à bord du bateau Granma et met le cap sur Cuba pour mener une guérilla à partir des montagnes de la Sierra Maestra. Ils sont accueillis par des tirs de l’aviation cubaine, et pourchassés par 2.000 soldats de Batista soutenus activement par l’armée américaine qui les attendaient sur la plage. Cinq ans durant, le régime ne put se défaire de l’insurrection fortement appuyé par les paysans pauvres injustement dépossédés de leurs terres et transformés en ouvriers agricoles. Des pans entiers des ouvriers et autres pauvres de villes rejoignent et renforcent les rangs du maquis.

Fidel Castro, chef de la guerilla
Malgré le soutien des États-Unis et 20.000 soldats en supériorité matérielle et humaine, le général Batista ne put résister face à la forte détermination de 300 guerilleros appuyés par les couches populaires. Il finit par capituler le 1er janvier 1959, cinq ans, cinq mois et cinq jours après l’attaque de la caserne Moncada du 26 juillet 1953. Lors de la formation du gouvernement révolutionnaire, Fidel Castro, chef de la guerilla, n’occupe ni la présidence de la République, ni le poste de Premier ministre, mais le ministère des Forces armées.

Quelques mois ont suffi pour que des divergences surgissent face aux réticences de divers responsables à procéder à des réformes économiques et sociales jugées trop radicales. Fidel Castro démissionne mais les populations descendent dans la rue et exigent son retour. Le président de la République cède aux pressions de la rue et le nomme Premier ministre. Pour affirmer sa volonté d’entretenir de bonnes relations avec Washington, il demande soutien aux américains qui persistent dans leur hostilité à son régime. Le pays ouvre grandement ses portes aux dignitaires de l’ancien régime, dont plusieurs criminels de guerre qui ont dévalisé les réserves du Trésor public, emportant dans leur fuite près de 500 millions de dollars. Dès octobre 1959, des pilotes en provenance des États-Unis bombardent Cuba et retournent en Floride en toute quiétude. Lors de sa première visite aux États-Unis en avril 1959, le président Eisenhower refuse de le recevoir et préfère aller jouer au golf. Attaqué et sans défense, Fidel Castro fini par se rapprocher de Moscou pour obtenir l’arsenal nécessaire à sa défense.

Selon plusieurs agents de la Cia repentis, Washington a fait pression sur le Canada et les nations européennes sollicitées par Cuba afin d’obliger Fidel Castro à se tourner vers le bloc socialiste et ainsi justifier sa politique hostile vis-à-vis de La Havane et précipiter le renversement de son régime.

Selon les autorités cubaines, le guerillero en chef aura échappé à plus de 630 tentatives d’assassinat avant de mourir là où personne ne l’attendait, 63 ans après la première attaque rebelle contre la caserne Moncada.

Alassane Diawara


LE MANISFESTE DE FIDEL : « L’HISTOIRE M’ACQUITTERA »
CastroL’Histoire m’acquittera (en espagnol : La Historia me absolvera) est un manifeste d’auto-défense écrit par Fidel Castro en octobre 1953, à la veille de son procès (il est jugé pour avoir attaqué la caserne de Moncada le 26 juillet 1953, en réaction au coup d’Etat de Batista). Digne héritier de Bolivar, de Marti, de San Martin et de tant d’autres combattants pour la dignité et l’indépendance latino-américaine, Fidel Castro Ruiz entre dans le Panthéon de l’histoire ! Fidel Castro est diplômé en droit, il manie la plaidoirie, exercice qu’il connaît bien, avec aisance : il y explique ses actes et son implication dans le soulèvement contre Batista mais surtout, il y développe ses différentes thèses politiques et son point de vue sur la situation cubaine de l’époque. Le discours, qui occupe la moitié du volume, est divisé en six grands chapitres : la terre, l’industrialisation, le logement, le chômage, l’éducation et la santé. La seconde partie de l’ouvrage est majoritairement composée de textes juridiques (plaidoiries, dépôts de plaintes…) mais aussi de discours et des lettres de Fidel Castro, écrits entre 1952 et 1975. Ces documents étoffent le portrait de Fidel Castro brossé dans « L’Histoire m’acquittera » : celui d’un révolutionnaire avant tout. Le volume est traduit pour la première fois en français et annoté (500 notes) par Jacques-François Bonaldi, journaliste français vivant à Cuba.

L’HÉRITAGE DE CASTRO
Il a échappé à des centaines de tentatives d’assassinats et survécu à de multiples opérations médicales, mais la nature a fini par prendre le dessus. Fidel Castro est décédé le 25 novembre 2016 à l’âge de 90 ans. Un jour nouveau se lève sur la plus grande île des grandes Antilles et les autres, plus petites, qui forment la République de Cuba. Le révolutionnaire qui a renversé le dictateur Fulgencio Batista, le 1er janvier 1959, avait promis le Graal à son peuple. Mais l’objet précieux ainsi nommé par le Moyen Age n’a jamais revêtu les atours du bien être espéré par les Cubains. La révolution menée par Fidel Castro a, certes, opéré un renversement dans le rapport de force entre pays du Nord et pays du Sud, pays riches et pays dits du Tiers-Monde, mais changer l’ordre établi ne préfigure pas nécessairement la prééminence de l’ordre nouveau. A ce titre, il est reproché à Castro d’avoir combattu une dictature pour lui substituer la sienne.

Il faut le reconnaître, le père du Parti communiste de Cuba a été un inspirateur fécond, en Amérique latine, des mouvements progressistes qui cherchent à s’émanciper de la tutelle étatsunienne et à contrer les élites bourgeoises locales qui accaparent richesses et pouvoir. La révolution cubaine constitue, aujourd’hui encore, une inspiration pour de nombreuses luttes sociales et politiques latino-américaines, car elle incarne la possibilité réelle de prendre le pouvoir et de faire basculer les rapports de force.

L’écho mondial de la révolution cubaine est également lié à ses réussites sociales importantes dans un petit pays insulaire peu pourvu en ressources naturelles. On cite communément l’accès gratuit et universel à des services publics de santé et d’éducation. Mais on oublie souvent le contrôle des loyers et la répartition des logements, l’éradication des bidonvilles et la mise en place de services sociaux ou encore la fin des discriminations raciales. Mais, à côté, le bilan économique et politique de Castro est d’un funeste acabit. Alors qu’Ernesto Guevara, ministre de l’Industrie dans les années 1960, recommandait une diversification de l’économie afin de parvenir à l’autosuffisance alimentaire et de diminuer la dépendance extérieure, Fidel Castro fit le choix de revenir à la monoculture exportatrice du sucre en acceptant d’entrer dans la division du travail soviétique. La politique du « sucre contre pétrole » trop dépendant de l’Urss a été un désastre amplifié par la chute de l’empire soviétique.

Il faut ajouter à ce tableau les violations systématiques des droits civils et politiques justifiées publiquement par l’hostilité américaine. La personnalisation de l’administration publique autour de sa figure a créé des générations de citoyens cubains analphabètes sur le plan politique. Raul Castro, son frère et successeur, sera-t-il en mesure de s’affranchir de l’actuel régime politique de gérontocrates qui refusent d’entrer dans le XXIème siècle et d’ouvrir son pays au souffle du monde ? C’est tout le mystère de l’après-Castro.

Par Sidy DIOP

LA DIPLOMATIE PAR LA MEDECINE : LES MÉDECINS CUBAINS AU CHEVET DES MALADES AFRICAINS
Médecins cubainsDepuis le triomphe de la Révolution, former les jeunes cubains a été une sur-priorité pour le régime castriste et étudier la médecine à Cuba, une option pour les jeunes du monde. Les étudiants africains tombent sous le charme de l’expertise, la modestie des professeurs et la conscience humanitaire qui leur sont inculquées durant leur formation. Il y a aussi la philosophie de Cuba de prévenir les maladies, d’apporter une couverture médicale afin de donner une meilleure qualité de vie aux personnes et une longévité à la population. 30.000 professionnels de la médecine prêtent bénévolement leur concours dans plus de 60 pays pauvres, dont ceux d’Afrique touchés récemment par l’épidémie d’Ebola.
 
A Cuba, les formations aux professions dans les sciences médicales sont un choix d’études des jeunes étrangers, à partir des premier et troisième cycles. Assurés par un réseau de treize universités sur le territoire national, les étudiants qui les fréquentent viennent du monde entier, notamment d’Afrique. Charmés par la grande renommée de la médecine cubaine, les jeunes étudiants africains mais aussi des médecins praticiens ont fait de la grande île leur destination préférée pour se performer. Deux principales universités sont le réceptacle des Africains : celle de La Havane et celle de l’Ecole latino-américaine de médecine (Elam) inaugurée par le leader de la Révolution, Fidel Castro, en 1988, où plus de 24.000 professionnels de la santé de 84 pays ont été diplômés. Rien que l’Université de La Havane et ses 12 facultés préparent plus de 2.500 étudiants provenant d’Afrique, d’Amérique latine et du Moyen orient, inscrits grâce au financement de leurs gouvernements respectifs ou d’études financées par leurs familles. Ainsi, à titre illustratif, l’Elam a à son actif 720 étudiant congolais et quelque 700 autres médecins étrangers suivant des cours de spécialisation dans les 43 branches proposées par le ministère de la Santé publique (Minsap). La formation est répartie entre stages pratiques et masters, doctorats en sciences de la santé, éducation médicale et stomatologie. La volonté d’étudier dans ces structures, exprimée par les bénéficiaires, renseignent sur la bonne réputation d’excellence en matière de sciences médicales de Cuba. Conformément à l’objectif assigné aux universités de « former un bon professionnel, mais aussi un professionnel sensible à l’aspect humain et social de la médecine, avec un engagement plus important envers son environnement ».

Des offres de formations médicales diversifiées
En arrivant, les étudiants africains sont d’abord soumis à un contrôle des connaissances et à une remise à niveau avant de pouvoir entrer à l’université. Durant tout leur séjour estudiantin, il leur est enseigné à approfondir l’examen clinique comme méthode exploratoire pour arriver à un diagnostic. L’enseignement de la médecine à Cuba est basé sur le lien entre la théorie et la pratique, et les étudiants sont en contact direct avec la société cubaine dans la prise en charge des patients. A côté d’un corps professoral rigoureux qui exige des étudiants ni plus ni moins qu’une connaissance solide en matière bibliographique et de longues heures pour comprendre correctement les termes scientifiques, des activités récréatives et autres galas culturels (festivals et concerts) sont organisés par les étudiants qui proviennent de pays divers. Ce qui favorise un véritable brassage et constitue un enrichissement mutuel. Jusqu’en 2015, 20.000 médecins du tiers-monde ont terminé leurs études dans les écoles de médecine cubaines.

Accéder aux soins et vaincre les maladies en Afrique
L'envoi d'une aide médicale massive est une spécialité cubaine depuis 1963, théorisée sous le nom de "l'internationalisme médical". Selon les statistiques disponibles, « 50.000 professionnels de la médecine cubaine prêtent bénévolement leur concours dans plus de 60 pays pauvres ». Et le programme international de santé mis au point par Cuba à grande échelle favorise des millions de personnes nécessiteuses pour lesquelles la prévention, une petite intervention chirurgicale ou un vaccin peut signifier la vie ou la mort. Dans ce cadre, l’assistance médico-sanitaire cubaine à l’égard de l’Afrique n’a jamais fait défaut. Les médecins de l’Ile ont toujours répondu présent pour voler au secours des millions de personnes qui n’ont même pas accès aux soins de santé primaires.

Du fait de la détérioration voire de l’inexistence de systèmes de santé adéquats et fonctionnels selon les normes de l’Oms, le manque ou l’indisponibilité de personnels qualifiés pour dispenser des soins primaires de santé dans nombre de cas (Sida, Ebola, Dingue, Chicungunia…). L’irruption de Cuba sur la scène internationale dans le domaine de la médecine avec un travail herculéen abattu dans la discrétion donne à réfléchir sur cette île isolée par un embargo économico-financier plus que cinquantenaire. Cette percée face aux occidentaux, détenteurs de la science et des firmes pharmaceutiques pour se faire un nom sur la santé mondiale, considérée toujours comme une chasse gardée, est la résultante d’une vision éclairée d’un leader charismatique et respecté par un peuple à l’esprit inventif et courageux. Cuba est l’un des rares pays au monde où la santé et l’éducation sont gratuites.

Cuba, Ebola et l’Afrique
Le 19 décembre 2014, le député Europe Ecologie Les Verts (Eelv), François-Michel Lambert, affirmait sur les ondes de radio France qu’ « il y a plus de médecins cubains en Afrique de l’ouest pour combattre Ebola que la somme de tous les médecins occidentaux ». A sa suite, Margaret Chan, la directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé confirmait ces propos de M. Lambert estimant que « les Cubains représentent effectivement le plus important contingent de santé mobilisé par un Etat depuis le début de l'épidémie qui touche l'Afrique de l'Ouest ».

En effet, durant cette pandémie, Cuba a envoyé 165 médecins et infirmiers en Sierra Leone pour lutter contre le virus. En outre, 283 professionnels de santé cubains sont également arrivés au Libéria et en Guinée. Au total, le pays a donc mobilisé plus de 400 experts médicaux pour voler au secours de pays africains durement éprouvé par Ebola. Aussi, à titre de comparaison, la Chine a annoncé l'envoi de 170 professionnels de santé tandis que les Etats-Unis ont envoyé 65 et la France une vingtaine. Cette promptitude et cet engagement bénévole de Cuba entrent en droite ligne avec la politique d’aide humanitaire à destination des pays en développement.

Mamadou Lamine DIEYE

SYSTEME EDUCATIF CUBAIN : L’UN DES MEILLEURS AU MONDE
Ecole cubaine« Il n’y a de richesse que d’homme ». Cette assertion, l’île de Cuba en a fait sienne. Comme le Japon, la Corée du Sud, le pays de Fidel Castro a beaucoup investi dans ce domaine afin de disposer de ressources humaines de qualité et faire face aux défis du développement, d’autant plus que le pays vivait sous embargo imposé par les Usa.

Depuis sa nationalisation à la suite de la révolution cubaine de 1959, l’éducation a toujours constitué un axe essentiel du projet de développement et un moyen d’atteindre l’objectif d’égalité, avec en toile de fond, la remise en cause de la division capitaliste du travail et la division sociale qui en découle. Les principes fondamentaux de la politique éducative sont l’universalisme, la gratuité et le caractère public de l’éducation. Ce qui a permis d’édifier l’un des meilleurs systèmes éducatifs au monde, en termes d’accès comme de qualité. En effet, plusieurs évaluations (Pnud : 2000, Investigación sobre desarrollo humano y equidad en Cuba 1999, Caguayo, La Havane ; Unesco : 1998, Primer estudio internacional comparativo en la educación básica, Santiago du Chili) ont montré que les résultats obtenus par le système éducatif cubain le placent largement en tête des pays d’Amérique latine. Dans certains domaines, l’école cubaine dépasse celle des pays développés. Cuba a toujours su préserver les piliers de son système éducatif.

Selon Philippe Bayart (Bayart P. (2008) : « Éducation et valorisation à Cuba », Thèse, Université de Paris 1), en 2004, le pays comptait plus de 700.000 diplômés de l’université, parmi lesquels près de 80.000 dans des disciplines scientifiques ou technologiques (dont 7.000 docteurs ès sciences), et 300.000 professeurs de haut niveau, au nombre desquels 69.000 enseignent la médecine. En 2005, la part de la dépense intérieure d’éducation/Pib, était de 10,10 % contre 6,9 % pour la France. Dans la période 2009-2013, cette part a atteint presque les « 13 % du budget national », selon la Banque mondiale. « Avec près de 13% (12,8%) du Pib investi dans ce secteur, aucun autre pays au monde, y compris les plus développés, n’égale l’île de la Caraïbe. Le Timor oriental et le Danemark complètent le podium mondial, avec respectivement 11,3% et 8,7% du Pib dédiés à l’éducation. En guise de comparaison, les Etats-Unis investissent à peine 5,4%, soit deux fois moins que Cuba, et le Canada 5,5%. En Europe, la France consacre 5,9% de son budget national à l’éducation, l’Allemagne - 5,1%, le Royaume-Uni- 6,2%, l’Italie - 4,5% et l’Espagne - 5%. Pour ce qui est du continent latino-américain, la Bolivie occupe le second rang derrière Cuba avec 7,6%. Le Brésil attribue 5,8% de son Pib à ce secteur alors que le Mexique et l’Argentine lui destinent respectivement 5,2% et 5,8% », fait remarquer la Banque mondiale dans son rapport 2014.

D’importantes innovations
Tous ces résultats sont le fruit d’importantes innovations intervenues dans les années 1990, : augmentation du nombre d’heures consacrées à l’apprentissage des matières fondamentales (Espagnol, Histoire, Mathématiques) ; promotion des formations culturelles et artistiques ; promotion des nouvelles technologies (presque toutes les classes, du préscolaire au secondaire, disposent d’ordinateurs et d’équipement audiovisuel) ; une chaîne de télévision est consacrée à l’enseignement (Canal Educativo) en plus de la télévision nationale qui diffuse des programmes « Universidad para Todos » sous forme de « salles de classe ».

La qualité du système éducatif cubain a été soulignée, en 2014, par la Banque mondiale dans un rapport sur l’état des lieux de l’éducation en Amérique latine et dans la Caraïbe, Cuba est retenu comme le pays de cette sous-région ayant le meilleur système éducatif. Il se hisse en tête du classement pour la qualité de formation des enseignants, les méthodes d’enseignement. « Cuba est internationalement reconnue pour ses succès dans le domaine de l’éducation et de la santé, avec un service social qui dépasse celui de la plupart des pays en voie de développement et dans certains secteurs, il est comparable à celui des pays développés. Depuis la Révolution cubaine en 1959, et l’établissement d’un gouvernement communiste à parti unique, le pays a créé un système de services sociaux qui garantit l’accès universel à l’éducation et à la santé. Ce modèle a permis à Cuba d’atteindre un alphabétisme universel, d’éradiquer certaines maladies, de fournir un accès général à l’eau potable et à une salubrité publique de base, de disposer de l’un des taux de mortalité infantile les plus bas de la région et de l’une des plus longues espérances de vie ».

Au même moment, la Banque mondiale relève la faible qualité des enseignants en Amérique latine et de la Caraïbe souvent pas assez ou mal formés et consacrent à peine 65 % du temps de classe à l’instruction, les contenus académiques inadaptés et les pratiques inefficaces. Autant dire qu’il suffit d’une volonté politique et d’une vision pour surmonter maints obstacles. Cuba l’a démontré.

Daouda MANE

LA QUERELLE EMBARGO/BLOCUS
Embargo CubaLe « Lider maximo » Fidel Castro est mort laissant non tranché le cruel débat sémantique sur l’asphyxie économique de Cuba qualifiée  d’ « embargo » par les Etats-Unis et de « blocus », selon Cuba. Quelque soit l’issue de cette querelle, la réalité est que l’ile subit un boycott économique, financier et commercial depuis 1962 suite à une nationalisation des compagnies américaines par le gouvernement révolutionnaire qui a chassé du pouvoir le dictateur Fulgence Batsista soutenu et aidé sans conditions par Washington.

Colonie espagnole pendant près de quatre siècles, l’île avait été rétrocédé aux Etats-Unis après une défaite militaire espagnole. Quelques années plus tard, les Etats-Unis leur octroient leur indépendance, prenant toutefois soin de garder des relations économiques privilégiées avec les milieux économiques notamment dans le domaine de la production de sucre, de tabac et du tourisme.

Après la révolution castriste ayant entrainé la chute de Batista, les Etats-Unis reconnaissent et soutiennent le nouveau gouvernement, le temps que  le nouvel homme fort de la Havane annonce la couleur en réclamant des banques américaines des fonds évalués à plus de 500 millions de dollars qui auraient été détournés par de hauts dignitaires du gouvernement Batista qui se sont réfugiés aux Etats-Unis. Face au refus de restituer les sommes, le gouvernement cubain nationalise les sociétés américaines et procède à des réformes agraires qui exproprient plusieurs sociétés et citoyens américains qui tenaient l’économie et profitaient largement de la main d’œuvre bon marché. Les Etats-Unis ne tardent pas à exercer des représailles et usent de pressions pour que l’Organisation des Etats américains en fasse autant. Après plusieurs autres tentatives de déstabilisation, des mercenaires payés et armés par les patrons américains dont les biens ont été nationalisés, échouent en 1962 à débarquer sur la Baie de Cochons pour renverser le nouveau gouvernement.

A partir de cet échec cuisant, les américains rompent toutes les relations commerciales, diplomatiques et aériennes entre l'île et les autres pays du continent et poussent les alliés occidentaux à participer au boycott. Presque totalement isolé, Cuba s’approche davantage de l'Union soviétique qui augmente alors son aide financière à un allié stratégique aux portes des Etats-Unis. Le conflit bascule dans la tension Est-Ouest, et les Etats-Unis prennent très au sérieux la situation à Cuba à 150 kilomètres de leur territoire surtout après la crise des missiles soviétiques installées sur l’ile et pointées vers l’Amérique. Même s’ils ont pris l’engagement de ne pas envahir l’ile, les américains, pour des questions de sécurité intérieure, mettront en branle toutes leurs forces et intelligence pour précipiter la chute du régime révolutionnaire cubain.

Ils étendent les sanctions en élargissant le champ des restrictions commerciales et le département du Trésor interdit l’entrée sur le territoire américain de tout produit élaboré, totalement ou partiellement, avec des produits d’origine cubaine, même dans un pays tiers. Un contrôle des actifs cubains est mis en place interdisant toutes transactions avec Cuba et ordonnant le gel de ses avoirs aux Etats-Unis, de même que l’interdiction totale de transport d’aliments à destination de Cuba. Des restrictions aux voyages vers l'île ont été imposées aux citoyens américains.

Toutes ses sanctions se sont avérées inefficaces et ont plutôt poussé Fidel Castro à se rapprocher davantage des pays de l’Est et de bénéficier de leur soutien.
Par ailleurs, le blocus a été du pain béni pour lui car lui ayant permis de mieux renforcer son pouvoir en focalisant l’attention de tous les cubains sur cette volonté extérieur de détruire le pays pour réveiller leur fibre patriotique. Le renforcement des sanctions en 1992 puis en 1996 n’y fit rien et contribue même à renforcer sa main mise sur le pays en lui permettant de mettre toute opposition sur le compte des contre révolutionnaires apatrides soutenus par les Etats-Unis.

Malgré l’important lobbying des Cubains exilés aux États-Unis pour un maintien et une extension des sanctions en vue de faire tomber le régime, les gouvernements américains surtout démocrates, ont fini par faire preuve de réalisme et assouplirent progressivement les sanctions sous l’influence des groupes économiques.

Le président américain Bill Clinton déclara le premier en 1998 que Cuba n’était plus une menace pour les États-Unis et assouplit l’embargo. D’assouplissement en assouplissement, les Etats-Unis finissent par devenir les premiers fournisseurs de produits alimentaires à Cuba. L'embargo a été une nouvelle fois assoupli sous la présidence de Barack Obama avec la fin des restrictions sur les voyages et les transferts d'argent des Américano-cubains. 

Le fait que l’embargo ne peut être annulé que par le Congrès contrôlé par les républicains qui manifestent encore une forte opposition au processus de normalisation est un écueil à franchir, mais l’essentiel a été fait par l’Administration Obama qui a réussi le 20 juillet 2015 à faire franchir aux relations une étape cruciale avec les bâtiments qui abritaient jusqu'à présent les sections d’intérêts dans chaque capitale qui ont retrouvé automatiquement leur statut d’ambassade.

Alassane DIAWARA

« FIDEL N'EST PAS MORT » : LA HAVANE DIT ADIEU À SON « COMANDANTE »
Funérailles CastroAFP - Les dirigeants de la gauche latino-américaine ont uni leurs voix mardi soir pour appeler à perpétuer le legs de Fidel Castro, devant de centaines de milliers de Cubains mobilisés lors d'une grande cérémonie posthume en l'honneur du "Comandante" à La Havane.

Face au mémorial du héros de l'indépendance, José Marti, situé à la place de la Révolution, la foule a fait ses adieux au "Comandante" avant que ses cendres quittent la capitale pour traverser l'île jusqu'à Santiago de Cuba (est).

"Où est Fidel? Où est Fidel?", s'est exclamé à la tribune le président nicaraguayen Daniel Ortega. "Ici!", a répondu la foule d'une seule voix, résumant la tonalité de la soirée, vouée à souligner que la mort du "Comandante" n'est qu'une "mort physique", comme l'ont beaucoup répété les médias d'Etat cubains ces derniers jours. "Il ne part pas, il reste là, invaincu parmi nous, absous, totalement absous par l'histoire", s'est exclamé le président vénézuélien Nicolas Maduro, proche allié de Cuba, en référence au fameux "L'histoire m'absoudra" lancé par Fidel Castro à son procès après l'assaut en 1953 de la caserne de la Moncada, qui forgea le début de sa légende. "Aujourd'hui plus unis que jamais, peuple de l'Amérique latine (...) Nous continuerons à lutter pour ces idées, nous en faisons le serment!", s'est engagé de son côté le président équatorien Rafael Correa. "Ils ont tenté de le tuer de 1.000 manières, mais plus de 10 présidents américains n'y sont pas parvenus (...) Fidel et Cuba ont changé le monde" au XXe siècle, a ensuite relevé un autre inconditionnel, le Bolivien Evo Morales.

Après quatre heures de longs discours emprunts de ferveur socialiste, le président Raul Castro, qui a succédé à son frère Fidel en 2006, a énuméré les discours les plus marquants de son aîné prononcés sur cette emblématique esplanade. Puis de conclure: "Cher Fidel (...) ici, où nous commémorons nos victoires, nous te disons, aux côtés de notre peuple dévoué, combatif et héroïque: Jusqu'à la victoire, toujours!" ("Hasta la victoria, siempre!"), reprenant l'antienne bien connue des révolutionnaires cubains.

Un symbole
"Fidel est parvenu à sortir Cuba de la dictature pour la transformer en symbole international de résistance", a déclaré de son côté le Premier ministre grec Alexis Tsipras, seul dirigeant européen à avoir fait le voyage.

"Vive la Révolution!", "Fidel, Fidel!", scandaient entre les discours des milliers de Cubains de tous âges. Lycéens, fonctionnaires, policiers et militaires en uniforme ont été mobilisés pour l'occasion, remplissant les 72.000 m2 de la place mais aussi les avenues alentour, noires de monde. 

Dans la journée, des dizaines de milliers de Cubains, souvent en pleurs, avaient défilé face aux portraits de Fidel, exposés sur cette même place depuis lundi. Partout sur l'île, ils ont aussi encore été très nombreux à signer des registres pour "jurer" de poursuivre l'héritage socialiste de celui qui a façonné pendant un demi-siècle le destin du pays - beaucoup ont confié avoir été vivement incités à ne pas manquer à l'appel.

NDEYE ANNA GAYE, PROFESSEUR D’ESPAGNOL à L’UCAD : « Castro est resté debout jusqu’à sa mort !»
Ndeye Anna GayeSpécialiste de Cuba par « attachement et conviction », le Pr d’espagnol à l’Ucad, Ndeye Anna Gaye, estime que Fidel Castro est resté attaché à ses idéaux jusqu’au bout ; malgré les nombreuses agressions venant de l’intérieur comme de l’extérieur. Elle pense que le peuple cubain, conscient de son histoire et de sa culture, est suffisamment armé pour continuer à défendre sa souveraineté nationale et ses intérêts.

Pr vous êtes spécialiste de Cuba. Son ancien dirigeant Fidel Castro est décédé, la semaine dernière, que peut-on retenir de la personnalité du lider maximo ?
La personnalité de Fidel Castro est une personnalité que l’on trouve complexe mais qui, pour moi, ne l’est pas. Castro est quelqu’un qui a eu une vision toujours très claire du futur de son pays. Il a lutté pour enlever une dictature qui sévissait dans son pays sous Batista. Il a lutté pour la souveraineté de son pays en tenant tête aux États-Unis. C’était un choix qu’il a assumé jusqu’au bout. Et je pense que c’est un mérite parce que c’est un homme qui est resté debout jusqu’à sa mort !

Vu de l’Afrique, qui était Fidel Castro ?
Fidel Castro a surtout été, au moment des indépendances, un exemple pour les progressistes d’Afrique qui voyaient en la révolution cubaine de 1959, le reflet de ce que l’Afrique devait être à l’aube des indépendances. Fidel Castro a représenté, pour la jeunesse progressiste, l’espoir d’une possibilité de gouvernement qui mettrait la liberté au service des peuples.

On connait le rôle que Cuba a joué dans la guerre froide. Fidel Castro a également servi de tête de pont à l’Urss dans certains pays en Afrique. Pouvez-vous revenir sur les actions de son régime dans le continent ?
Fidel Castro a beaucoup aidé les mouvements de libération notamment en Angola et dans une moindre mesure en Mozambique, en mettant à leur disposition des armes et des cadres militaires pour la libération de leurs peuples. Il a également soutenu les gouvernements considérés à l’époque comme progressistes notamment le Mali, la Guinée. Il faut dire que les liens entre Cuba et l’Afrique étaient forts parce que Cuba représentait quelque chose pour les Africains. Comme je l’ai dit, il représentait la possibilité de la souveraineté nationale. Naturellement, ces actions de soutien de Fidel Castro ont contribué à consolider les relations entre son pays et notre continent. Dans les relations avec l’Afrique, il y a aussi un aspect très important à ne pas perdre de vue : c’est la musique cubaine qui a traversé les frontières de l’Ile cubaine pour arriver dans le continent.

Avec la mort du "lider maximo", comment entrevoyez-vous l’avenir de Cuba sur la scène internationale ?
De mon point de vue, l’avenir de Cuba n’est pas si incertain qu’il puisse paraître ; parce que le peuple cubain a, sous Castro, eu le temps d’acquérir beaucoup de connaissances. C’est un peuple cultivé sur le plan politique, culturel. C’est donc un peuple armé contre des idéologies qui pourraient mettre à mal leur économie, leur culture, leur souveraineté nationale. De ce point de vue, l’éducation a joué et continue de jouer un rôle très important à Cuba et a permis au peuple cubain d’avoir pris conscience de sa valeur et d’assumer la direction qu’il a choisie.

Comment un petit pays comme Cuba a-t-il pu autant influer, à l’époque, sur la géopolitique mondiale ?
Cette situation est, sans doute, liée à la fois à la personnalité de Fidel Castro et à l’histoire même de Cuba. L’histoire de Cuba a été une histoire de lutte et de combat qui a commencé dès la guerre des 10 ans et la guerre d’indépendance au 19ème siècle. Il y a des personnalités très fortes qui ont lutté contre la souveraineté de l’Espagne à Cuba. Au finish, les gens se sont rendu compte que ce petit pays était capable de beaucoup de choses et cela donnait de l’espoir à beaucoup de pays qui étaient en lutte contre le colonialisme et certaines idéologies qui allaient à l’encontre des intérêts des peuples concernés.

Depuis quelques temps, il y a une normalisation des relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis. La mort de Fidel Castro accéléra-t-elle ce processus ?
La donne politique aux États-Unis a changé. Le président Barack Obama qui a entamé cette ouverture vers Cuba pour essayer de faire sauter le verrou de l’embargo économique qui étouffe Cuba depuis plusieurs années a terminé son magistère. Et l’on ne sait pas encore ce que sera la posture du nouveau président Donald Trump envers ce pays. On ne sait pas si ce processus de normalisation va continuer ou s’il va y mettre un frein et essayer d’étouffer véritablement l’Ile cubaine. Il faut dire que pendant longtemps, Cuba a été considéré par les États-Unis comme une offense à sa puissance. Barack Obama a senti qu’il ne s’agissait pas d’une offense parce qu’un peuple avait le droit de choisir son mode de fonctionnement et le gouvernement qu’il voulait avoir.

Obama a eu une vision large et prospective en se disant que ce n’est pas en créant un goulot d’étranglement contre Cuba qu’on va améliorer les choses. Laissons aux Cubains le choix de décider eux-mêmes de la voie qu’ils veulent suivre, du gouvernement qu’ils veulent avoir et des orientations qu’ils veulent prendre. D’ailleurs, le deuil de Fidel Castro, tel qu’il a été vécu, ce silence de plomb, cette absence de manifestations dans les rues, montrent que quand même Fidel Castro représentait quelque chose. Même des tracteurs sur place ont senti que c’était un homme d’histoire qui était en train de passer. Et je crois que ce respect donné à Castro est absolument légitime.

Le magistère de Castro a aussi été marqué par d’intenses échanges entre Cuba et ses voisins de l’Amérique latine…
Tout à fait ! Dans la vision de Fidel Castro, Cuba étant une Ile, ne devait absolument pas être isolé du continent américain, quels que soient par ailleurs les régimes politiques en vigueur. Il fallait absolument construire, avec les peuples, un fédéralisme du continent américain. Telle était sa vision et dans l’action pratique, Cuba a toujours été solidaire de certains pays de l’Amérique latine. L’exemple le plus frappant est celui du Venezuela où chaque année, des légions de médecins sont envoyées pour administrer des soins gratuits aux populations vénézuéliennes dans les villes et dans les campagnes. Cela est un acte de solidarité qui ne peut exister que dans un pays qui a une idée révolutionnaire des rapports entre pays. Maintenant, tout dépend de la volonté des gouvernements de réaliser ce fédéralisme dont l’amorce a porté la signature de Fidel Castro. Le gouvernement de Colombie a-t-il la même vision que celui du Venezuela, ou du Pérou ou de Bolivie ? Je crois que c’est le même problème qui se pose en Afrique. S’il n’y a pas eu une volonté des gouvernements poussés par les peuples qui expriment leur liberté de choix, les fédéralismes ne pourront pas exister.

Fidel était également un chef rebelle avant son accession au pouvoir à la faveur d’un coup d’État. Parlez-nous un peu de cette casquette de chef de guerre qui semble être éclipsée par le dirigeant politique ?
Cette casquette renvoie au rôle qu’il a joué dans le coup d’État contre Batista en 1959. Il était venu du Mexique combattre, à travers la lutte armée, un système dictatorial. A partir de la Sierra Maestra, il est descendu à la Havane en traversant les villages, les campagnes et à chaque fois, les gens s’enrôlaient spontanément dans ses troupes. Et c’est ainsi qu’il est arrivé, le 8 janvier à la Havane.  Il n’y a presque pas eu de résistance ; puisque que tout le travail était effectué en amont et Batista s’est enfui.

Il a combattu un régime dictatorial mais a fini lui-même par se muer en dictateur. N’est-ce pas un paradoxe ?  
Fidel Castro aurait changé sa casquette de rebelle contre celle de dictateur ! Je pense que Fidel s’est radicalisé au fil du temps. Et s’il s’est radicalisé, c’est parce qu’il a subi de nombreuses agressions venant du même pays, les États-Unis. Il a échappé à pas moins de 600 attentats fomentés de l’extérieur avec des ennemis à l’intérieur. Il y a eu la baie des cochons, l’invasion de Cuba par des mercenaires Cubains et certains Américains en vue de renverser Fidel Castro. Sur le plan économique, les États-Unis ont fait la guerre à Cuba en baissant, de manière arbitraire, le cours du sucre, or, c’était une économie essentiellement centrée sur le sucre. Assailli de toutes parts, il lui a fallu chercher des alliés. Il a été ainsi poussé à se rallier à l’Urss ; étant donné qu’il y avait deux blocs. C’est un changement qui a été provoqué de l’extérieur. La dictature, parlons-en, la liberté parlons-en, tout dépend du point de vue où l’on se trouve. Tout est très relatif.

A l’annonce de la mort de Castro, des Cubains basés à Miami ont jubilé dans les rues. Qu’est-ce qui pourrait justifier une telle haine ?
Ce sont deux systèmes qui s’affrontent, deux systèmes complètement différents. Et ces Cubains qui sont aux États-Unis ont fait leur choix, ils ont préféré le système capitaliste, ce sont peut-être des nostalgiques de Batista. C’est leur choix. Ces gens qui sont d’extrême droite, ont une revanche à prendre contre le système cubain.
Fidel Castro a réellement créé une sorte de révolution dans son pays. A Cuba, il y avait essentiellement la religion catholique qui venait d’Espagne et les religions d’origine africaine avec l’esclavage. Or, sous Batista, ces religions et les dictatures étaient combattues et considérées comme de la sorcellerie. Sous Fidel Castro, ces religions ont acquis droit de cité et sont devenues exactement comme la religion catholique. Et cela a été un fait marquant du temps de Fidel Castro.

Propos recueillis Diégane SARR

Last modified on vendredi, 02 décembre 2016 15:08
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