Cuba : La querelle embargo-blocus

02 Déc 2016
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Le « Lider maximo » Fidel Castro est mort laissant non tranché le cruel débat sémantique sur l’asphyxie économique de Cuba qualifiée d’ « embargo » par les Etats-Unis et de « blocus », selon Cuba. Quelque soit l’issue de cette querelle, la réalité est que l’ile subit un boycott économique, financier et commercial depuis 1962 suite à une nationalisation des compagnies américaines par le gouvernement révolutionnaire qui a chassé du pouvoir le dictateur Fulgence Batsista soutenu et aidé sans conditions par Washington.

Colonie espagnole pendant près de quatre siècles, l’île avait été rétrocédé aux Etats-Unis après une défaite militaire espagnole. Quelques années plus tard, les Etats-Unis leur octroient leur indépendance, prenant toutefois soin de garder des relations économiques privilégiées avec les milieux économiques notamment dans le domaine de la production de sucre, de tabac et du tourisme.

Après la révolution castriste ayant entrainé la chute de Batista, les Etats-Unis reconnaissent et soutiennent le nouveau gouvernement, le temps que le nouvel homme fort de la Havane annonce la couleur en réclamant des banques américaines des fonds évalués à plus de 500 millions de dollars qui auraient été détournés par de hauts dignitaires du gouvernement Batista qui se sont réfugiés aux Etats-Unis. Face au refus de restituer les sommes, le gouvernement cubain nationalise les sociétés américaines et procède à des réformes agraires qui exproprient plusieurs sociétés et citoyens américains qui tenaient l’économie et profitaient largement de la main d’œuvre bon marché. Les Etats-Unis ne tardent pas à exercer des représailles et usent de pressions pour que l’Organisation des Etats américains en fasse autant. Après plusieurs autres tentatives de déstabilisation, des mercenaires payés et armés par les patrons américains dont les biens ont été nationalisés, échouent en 1962 à débarquer sur la Baie de Cochons pour renverser le nouveau gouvernement.

A partir de cet échec cuisant, les américains rompent toutes les relations commerciales, diplomatiques et aériennes entre l'île et les autres pays du continent et poussent les alliés occidentaux à participer au boycott. Presque totalement isolé, Cuba s’approche davantage de l'Union soviétique qui augmente alors son aide financière à un allié stratégique aux portes des Etats-Unis. Le conflit bascule dans la tension Est-Ouest, et les Etats-Unis prennent très au sérieux la situation à Cuba à 150 kilomètres de leur territoire surtout après la crise des missiles soviétiques installées sur l’ile et pointées vers l’Amérique. Même s’ils ont pris l’engagement de ne pas envahir l’ile, les américains, pour des questions de sécurité intérieure, mettront en branle toutes leurs forces et intelligence pour précipiter la chute du régime révolutionnaire cubain.

Ils étendent les sanctions en élargissant le champ des restrictions commerciales et le département du Trésor interdit l’entrée sur le territoire américain de tout produit élaboré, totalement ou partiellement, avec des produits d’origine cubaine, même dans un pays tiers. Un contrôle des actifs cubains est mis en place interdisant toutes transactions avec Cuba et ordonnant le gel de ses avoirs aux Etats-Unis, de même que l’interdiction totale de transport d’aliments à destination de Cuba. Des restrictions aux voyages vers l'île ont été imposées aux citoyens américains.

Toutes ses sanctions se sont avérées inefficaces et ont plutôt poussé Fidel Castro à se rapprocher davantage des pays de l’Est et de bénéficier de leur soutien.
Par ailleurs, le blocus a été du pain béni pour lui car lui ayant permis de mieux renforcer son pouvoir en focalisant l’attention de tous les cubains sur cette volonté extérieur de détruire le pays pour réveiller leur fibre patriotique. Le renforcement des sanctions en 1992 puis en 1996 n’y fit rien et contribue même à renforcer sa main mise sur le pays en lui permettant de mettre toute opposition sur le compte des contre révolutionnaires apatrides soutenus par les Etats-Unis.

Malgré l’important lobbying des Cubains exilés aux États-Unis pour un maintien et une extension des sanctions en vue de faire tomber le régime, les gouvernements américains surtout démocrates, ont fini par faire preuve de réalisme et assouplirent progressivement les sanctions sous l’influence des groupes économiques.

Le président américain Bill Clinton déclara le premier en 1998 que Cuba n’était plus une menace pour les États-Unis et assouplit l’embargo. D’assouplissement en assouplissement, les Etats-Unis finissent par devenir les premiers fournisseurs de produits alimentaires à Cuba. L'embargo a été une nouvelle fois assoupli sous la présidence de Barack Obama avec la fin des restrictions sur les voyages et les transferts d'argent des Américano-cubains.

Le fait que l’embargo ne peut être annulé que par le Congrès contrôlé par les républicains qui manifestent encore une forte opposition au processus de normalisation est un écueil à franchir, mais l’essentiel a été fait par l’Administration Obama qui a réussi le 20 juillet 2015 à faire franchir aux relations une étape cruciale avec les bâtiments qui abritaient jusqu'à présent les sections d’intérêts dans chaque capitale qui ont retrouvé automatiquement leur statut d’ambassade.

Alassane DIAWARA

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Last modified on vendredi, 02 décembre 2016 15:14
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