Le manisfeste de Fidel : « L’histoire m’acquittera »

02 Déc 2016
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L’Histoire m’acquittera (en espagnol : La Historia me absolvera) est un manifeste d’auto-défense écrit par Fidel Castro en octobre 1953, à la veille de son procès (il est jugé pour avoir attaqué la caserne de Moncada le 26 juillet 1953, en réaction au coup d’Etat de Batista). Digne héritier de Bolivar, de Marti, de San Martin et de tant d’autres combattants pour la dignité et l’indépendance latino-américaine, Fidel Castro Ruiz entre dans le Panthéon de l’histoire ! Fidel Castro est diplômé en droit, il manie la plaidoirie, exercice qu’il connaît bien, avec aisance : il y explique ses actes et son implication dans le soulèvement contre Batista mais surtout, il y développe ses différentes thèses politiques et son point de vue sur la situation cubaine de l’époque. Le discours, qui occupe la moitié du volume, est divisé en six grands chapitres : la terre, l’industrialisation, le logement, le chômage, l’éducation et la santé. La seconde partie de l’ouvrage est majoritairement composée de textes juridiques (plaidoiries, dépôts de plaintes…) mais aussi de discours et des lettres de Fidel Castro, écrits entre 1952 et 1975. Ces documents étoffent le portrait de Fidel Castro brossé dans « L’Histoire m’acquittera » : celui d’un révolutionnaire avant tout. Le volume est traduit pour la première fois en français et annoté (500 notes) par Jacques-François Bonaldi, journaliste français vivant à Cuba.

L’héritage de Castro
Il a échappé à des centaines de tentatives d’assassinats et survécu à de multiples opérations médicales, mais la nature a fini par prendre le dessus. Fidel Castro est décédé le 25 novembre 2016 à l’âge de 90 ans. Un jour nouveau se lève sur la plus grande île des grandes Antilles et les autres, plus petites, qui forment la République de Cuba. Le révolutionnaire qui a renversé le dictateur Fulgencio Batista, le 1er janvier 1959, avait promis le Graal à son peuple. Mais l’objet précieux ainsi nommé par le Moyen Age n’a jamais revêtu les atours du bien être espéré par les Cubains. La révolution menée par Fidel Castro a, certes, opéré un renversement dans le rapport de force entre pays du Nord et pays du Sud, pays riches et pays dits du Tiers-Monde, mais changer l’ordre établi ne préfigure pas nécessairement la prééminence de l’ordre nouveau. A ce titre, il est reproché à Castro d’avoir combattu une dictature pour lui substituer la sienne.

Il faut le reconnaître, le père du Parti communiste de Cuba a été un inspirateur fécond, en Amérique latine, des mouvements progressistes qui cherchent à s’émanciper de la tutelle étatsunienne et à contrer les élites bourgeoises locales qui accaparent richesses et pouvoir. La révolution cubaine constitue, aujourd’hui encore, une inspiration pour de nombreuses luttes sociales et politiques latino-américaines, car elle incarne la possibilité réelle de prendre le pouvoir et de faire basculer les rapports de force.

L’écho mondial de la révolution cubaine est également lié à ses réussites sociales importantes dans un petit pays insulaire peu pourvu en ressources naturelles. On cite communément l’accès gratuit et universel à des services publics de santé et d’éducation. Mais on oublie souvent le contrôle des loyers et la répartition des logements, l’éradication des bidonvilles et la mise en place de services sociaux ou encore la fin des discriminations raciales. Mais, à côté, le bilan économique et politique de Castro est d’un funeste acabit. Alors qu’Ernesto Guevara, ministre de l’Industrie dans les années 1960, recommandait une diversification de l’économie afin de parvenir à l’autosuffisance alimentaire et de diminuer la dépendance extérieure, Fidel Castro fit le choix de revenir à la monoculture exportatrice du sucre en acceptant d’entrer dans la division du travail soviétique. La politique du « sucre contre pétrole » trop dépendant de l’Urss a été un désastre amplifié par la chute de l’empire soviétique.

Il faut ajouter à ce tableau les violations systématiques des droits civils et politiques justifiées publiquement par l’hostilité américaine. La personnalisation de l’administration publique autour de sa figure a créé des générations de citoyens cubains analphabètes sur le plan politique. Raul Castro, son frère et successeur, sera-t-il en mesure de s’affranchir de l’actuel régime politique de gérontocrates qui refusent d’entrer dans le XXIème siècle et d’ouvrir son pays au souffle du monde ? C’est tout le mystère de l’après-Castro.

Par Sidy DIOP

A lire aussi l'intégralité de notre dossier :

Fidel Castro : Le guerillero qui n’est pas mort au front

 

Last modified on vendredi, 02 décembre 2016 15:13
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