[Grand dossier] Sénégal-France - Sports : Une coopération à relancer

17 Déc 2016
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Il fut un temps, la France contribua à la formation des administratifs et techniciens du sport sénégalais via des Conseillers pédagogiques itinérants (Cpi) et des Conseillers techniques. Mais, pour des raisons de restriction budgétaire, cette coopération a cessé depuis les années 2002. Au ministère des Sports, on plaide pour la réactivation de ces accords qui avaient été d’un très grand apport.

France Senegal 2002« Entre la France et le Sénégal, il n’y a plus de coopération formelle d’Etat à Etat en matière de sports depuis les années 2002 – 2003 ». Le constat est du directeur de la Haute compétition au ministère des Sports, Souleymane Boun Daouda Diop. Et c’est pour s’en désoler, car, à son avis, « cette coopération était très bénéfique à notre pays ». Le Dhc en veut pour preuve les Conseillers pédagogiques itinérants (Cpi) que la France envoyait et qui étaient basés à Dakar mais sillonnaient l’Afrique francophone pour distiller leur savoir. Certains d’entre eux faisaient même partie du corps professoral de l’Inseps. Après l’ère des Cpi, ce fut, rappelle-t-il, celle des Conseillers techniques qui étaient plutôt rattachés au projet Fonds d’aide et de coopération (Fac). C’est ainsi que des techniciens comme Me Picard (judo et karaté), Grave (handball), J. M. Rochez (lutte) ou Dugrand (football) ont eu à faire profiter de leur savoir à de nombreux Sénégalais. « Ils ont beaucoup eu à s’investir dans le sport à la base ; plusieurs initiateurs et entraineurs de 1er degré ont ainsi pu être formés », selon le Dhc. Mais, le sport de haut niveau n’était point occulté, puisque certains de ces spécialistes de la chose sportive ont même eu à occuper des fonctions de directeur technique national (Dtn), à l’instar de Picard au judo et de Rochez à la lutte, voire d’entraineur tel Dugrand à la Ja. D’autres, en techniciens polyvalents, formaient ou perfectionnaient leurs protégés dans diverses disciplines sportives (gymnastique, volleyball, etc.) et dans certains métiers du sport comme la fabrication de ballons ou de filets de compétition. « Et tout cela, à la charge de la France », tient à préciser M. Diop. Sans oublier les dons de matériels à certaines structures, telles que le Centre Talibou Dabo.

Mais, depuis que la France a adopté une drastique politique de rationalisation budgétaire en matière de coopération sportive, ces « coopérants » ont disparu des aires d’entrainements et de compétitions. Si bien que le Sénégal est obligé de mettre la main à la poche à chaque fois qu’il sollicite l’expertise d’un technicien français. A l’image du handball qui a dû payer pour s’attacher les services de Frédéric Bougeant qui a conduit les « Lionnes » à la Can qui s’est tenue dernièrement en Angola, avec le résultat et les développements que l’on sait. « Du temps de la coopération, on n’aurait certainement pas à débourser de l’argent pour faire venir ce technicien », regrette Souleymane Boun Daouda Diop.

Pour le directeur de la Haute compétition au ministère des Sports, « il faut autant que possible s’employer à relancer cette coopération ». « Nous en avons besoin surtout dans la formation des formateurs », insiste-il. Pour cause, aujourd’hui, la France est une vraie grande puissante sportive sur la scène mondiale. Or, le Sénégal cherche encore à se faire une bonne place au soleil du sport international.

B. K. N.

Mouvements des sportifs : Le temps des… vases communicants

Pendant longtemps, le mouvement des sportifs de haut niveau entre le Sénégal et la France s’est presque exclusivement fait du sud vers le nord. Depuis le début des années 2000, c’est le principe des vases communicants qui fonctionne. La preuve, peut-être que le sport sénégalais est devenu attractif à défaut d’être très compétitif.

Lionnes HandballRetour de bâton ou preuve de la nouvelle attractivité du sport sénégalais en général ? Dans tous les cas, les mouvements de sportifs de haut niveau ne se font plus depuis une quinzaine d’années dans le seul sens Sénégal – France. Il est loin le temps où les footballeurs Ibrahima Bâ, Samba Ndiaye ou les frères Mendy, Etienne et Bernard, se faisaient enrôler presque naturellement sous le maillot frappé du coq au détriment de celui portant une tête de lion. Des basketteurs de haut niveau comme Apollo Faye, Bengaly Kaba, voire Fatou Kiné Ndiaye, après une belle carrière sous les couleurs du Sénégal, avaient fini leur carrière internationale avec les « Bleus » de France. Même en athlétisme, l’ancien militaire sénégalais Ibrahima Wade, spécialiste du tour de piste, avait, sur le tard, rejoint le relais 4 X 400 m français. Certains avaient été « arnaqués », d’autres avaient fait un choix de carrière et d’autres encore étaient animés par des préoccupations financières. Qu’importe les motivations des uns et des autres, la conséquence était que les rangs sénégalais se dépeuplaient pendant qu’en face on s’enrichissait de l’apport des arrivants dont certains n’étaient utilisés que juste le temps de les empêcher de pouvoir jouer un jour avec l’équipe de leur pays d’origine. Soit quelques petites minutes pour les footballeurs comme Samba Ndiaye et les frères Mendy.

Ces derniers qui ont voulu éviter à leurs cadets de tomber dans le même piège ont certainement été pour quelque chose dans le retournement de situation opéré depuis le début des années 2000. En plus, depuis que les « Lions » ont terrassé les « Bleus », alors champions du monde et d’Europe en titre (1 – 0), en ouverture du Mondial 2002 de foot, à Séoul (Corée du Sud), la « Destination Sénégal » est devenue plus attrayante. Désormais, c’est le Sénégal qui « pille » la France de ses pépites jeunes, essentiellement au moment où celles-ci atteignent l’âge limite pour changer de nationalité sportive, en football surtout. Ainsi, les Moussa Sow, Jacques Doudou Faty, Issiar Dia, qui ont brillé avec les catégories de jeunes en France, ont choisi de jouer pour le Sénégal. Ce qui, un moment, avait réellement agacé les dirigeants du football français qui se plaignaient de « former pour d’autres ». Une tendance 
également favorisée par la génération de Habib Bèye, présélectionné en équipe de France, et Khalilou Fadiga à qui les « Bleus faisaient les yeux doux, mais qui avaient tous opté pour le Sénégal. C’est l’ère des binationaux qui reviennent à la source. Tel Kalidou Koulibaly, dernière grosse prise dans les filets sénégalais au nez et à la barbe de Deschamps, le sélectionneur des « Bleus ».

Le mérite des dirigeants 

C’est, par ailleurs, tout à l’honneur des dirigeants techniques et administratifs sénégalais qui n’hésitent pas, depuis quelques années, à aller « vendre » leur sport à tous les sélectionnables sous tous les cieux. Surtout en France. Ainsi, le handball, par exemple, avec son dynamique président, Seydou Diouf, a pu décrocher, entre autres binationales de haut niveau, Doungou Camara, ancienne internationale juniors française, même si l’affaire s’est mal conclue à la dernière Can. Mais, ce n’est que partie remise. Au basket également, cette piste est explorée, et même si Antoine Mendy en garçons et surtout Binetou Diémé chez les féminines n’étaient pas dans le viseur de la France, c’est bien que le Sénégal les ait récupérés.

Ce n’est pas pour autant qu’il faille en conclure que le mouvement est irrémédiablement inversé. Il fonctionne plutôt suivant le système des vases communicants. Car malgré la nouvelle attractivité ou relative compétitivité du sport sénégalais, certains de ses représentants n’hésitent pas à tourner casaque pour devenir français. A l’image du hurdler Mamadou Kassé Hanne qui a couru pour la France lors des derniers Jo à Rio (Brésil) après avoir fait briller les couleurs sénégalaises au plus haut niveau. D’autres comme les footballeurs Mbaye Niang (Milan Ac, Serie A italienne) et Youssouf Sabaly (Bordeaux, L1 française) font la sourde oreille aux appels du Sénégal en espérant une prochaine convocation chez les « Bleus ». Jusqu’à quand ? Tout pourrait dépendre de la future compétitivité du sport et plus particulièrement du foot sénégalais.

B. K. N.

A lire aussi l'intégralité de notre grand dossier :

Sénégal-France : Un partenariat multiforme et dynamique 

 

 

Last modified on samedi, 17 décembre 2016 13:38
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