Abdoulaye Bathily, candidat à la présidence de la commission de l’Ua : « Je me félicite du soutien de mon pays »

30 Jan 2017
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Professeur des universités doté d’une grande expérience dans la gestion des conflits acquise dans le cadre de la Cedeao et de l’Onu, Abdoulaye Bathily compte apporter sa contribution à la solution des nombreux défis qui se posent au continent africain. Il est fortement soutenu en cela par l’Etat du Sénégal et la Cedeao. C’est pourquoi, « si les critères sont bien respectés et l’expérience prise en compte », il a espoir que tout se passera bien.

Professeur, pouvez-vous décliner brièvement votre programme ?
Je suis candidat à la présidence de la Commission de l’Union africaine pour apporter ma contribution à la solution des problèmes importants qui se posent à notre continent aujourd’hui, et permettre à l’Afrique de relever les défis. Parmi ceux-ci, il y a le défi de la paix et de la sécurité. Il existe, sans aucun doute, une architecture de paix et de sécurité qui a été mise en place. L’Ua a contribué à la solution de beaucoup de conflits, mais force est de constater qu’à peine certains foyers sont éteints, d’autres se rallument. Il faut donc un effort soutenu.

Ces conflits, de plus en plus, se suivent, mais ne se ressemblent pas. Si dans les temps passés on avait affaire à des conflits d’ordre politique à l’intérieur des Etats, les guerres civiles comme au Libéria ou en Sierra Léone, de plus en plus, on a affaire au terrorisme qui livre une guerre asymétrique aux Etats et met à rude épreuve la résistance des armées et des forces de sécurité africaines. Il faut donc faire preuve de plus d’imagination, plus d’audace pour voir comment transcender ces graves menaces à la paix et à la sécurité sur le continent. Le terrorisme ne sera pas uniquement vaincu par les armes, par les actions sécuritaires, mais aussi par des initiatives en matière de gouvernance, d’éducation politique, idéologique et culturelle dans les sociétés où il a pris racine. Je crois que je suis suffisamment armé, compte tenu de mon parcours, de mon expérience, pour apporter un certain nombre de propositions concrètes.

Il y a aussi le défi économique qui est intrinsèquement lié au défi sécuritaire. Ce sont les deux faces d’une même médaille. Il faut que la Commission prenne des initiatives argumentées, pour que les chefs d’Etat et de gouvernement puissent prendre les bonnes décisions qui aillent dans le sens d’une intégration plus poussée de nos économies. Aujourd’hui, il est impératif d’aller vers la transformation qualitative de ces économies, de substituer la stratégie d’exportation de matières premières brutes à une stratégie de transformation, d’industrialisation sur place. C’est cela qui va favoriser la création d’emplois et stabiliser les Etats africains.

L’autre défi important est celui lié à la question des jeunes et des femmes, qui sont les principales victimes des conflits, de la dégradation de l’économie, des inégalités face à l’éducation, à l’emploi et aux soins de santé. Il faut une promotion vigoureuse des femmes, en prenant les bons exemples d’un pays à l’autre. Les jeunes doivent être intéressés à une économie créatrice d’emplois, pour que les migrations à travers le Sahara ou la Méditerranée, qui sont devenues des cimetières pour les jeunes africains, s’arrêtent. L’Afrique a suffisamment de potentiel pour cela.

Il se pose également à l’Afrique le défi environnemental ?
L’Afrique est, aujourd’hui, le continent qui, bien que ne participant pas ou peu à la pollution, est la principale victime du changement climatique. Elle doit s’organiser pour faire face aux conséquences dudit changement et que le monde entier participe, avec elle, à la réduction des gaz à effet de serre.

Concrètement, quelles sont les réformes que vous comptez apporter pour redonner un nouvel élan à l’Ua ?
Pour un élan à l’Ua, il faut que la libre circulation des personnes et des biens soit une réalité, une dimension incontournable. Les jeunes voyagent beaucoup et sont très entreprenants. Il faut leur donner l’opportunité d’aller d’un pays à l’autre pour offrir leurs services afin de participer à cet élan de progrès, qui est une aspiration forte dans tout le continent.

Le financement des opérations de maintien de la paix se pose avec acuité. 80 % des ressources de l’Ua proviennent de l’extérieur. Que comptez-vous faire pour inverser la tendance ?
Une des plaies du continent aujourd’hui, c’est la dépendance à l’égard de nos partenaires stratégiques. Un des éléments de cette dépendance, et le plus décrié, c’est la dépendance financière. Le financement de notre organisation dépend à 80 % (projets, activités…) de l’aide extérieure. Ce qui n’est pas acceptable. Car au même moment, on parle beaucoup de souveraineté. Plusieurs tentatives ont été faites dans le passé pour arriver à un financement autonome de l’Ua. En 2007, il y a eu une commission d’audit qui est arrivée à la conclusion qu’il fallait réformer la Commission, faire des propositions alternatives de financement. Mais, cela n’a abouti à rien, car les propositions n’ont pas été mises en œuvre.

En 2009, le président Obasanjo avait été mandaté par ses pairs pour également mettre en œuvre une étude, en vue du financement autonome de l’Ua. Là également, cela n’a pas été suivi d’effet. L’année dernière, la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement a mandaté le président Paul Kagamé pour faire de nouvelles propositions. Et avec l’ancien président de la Banque africaine de développement (Bad), Daniel Kaberuka, une proposition avait été mise sur la table, c’est-à-dire 0,2 % de taxe sur les importations. Si cette proposition arrive à être appliquée, l’Ua pourra non seulement financer son fonctionnement mais aussi ses activités dont le Fonds de la paix. Récemment, en novembre dernier, sous la présidence du Sénégal au Conseil de sécurité de l’Onu, il a été proposé, par l’Ua, que l’Afrique accepte de pouvoir financer 25 % des actions de maintien de la paix et les Nations unies les autres 75 %. Le principe est accepté. Si nous arrivons, à partir des financements alternatifs, à payer notre quote-part, on peut espérer.

Un autre défi a trait à la réactivité en matière de maintien de la paix. L’Ua est très souvent lente à réagir. Peut-on s’attendre à un changement si vous êtes élu ?
Je mettrai mon expérience de gestion des conflits au profit de la Commission. J’ai eu cette expérience dans le cadre de la Cedeao en tant qu’Envoyé spécial et membre du Groupe de contact, par exemple à Madagascar, mais aussi en tant que représentant du Secrétaire général de l’Onu d’abord au Mali, puis dans les 11 pays d’Afrique centrale, épicentre des conflits les plus importants aujourd’hui sur le continent africain. A partir de cette expérience, je suis prêt à prendre de nouvelles initiatives.

Toutefois, il faut le rappeler, les questions de paix et de sécurité ne dépendent pas de la bonne volonté d’un seul individu ni même de la Commission en tant que telle. Celle-ci doit prévoir des mécanismes qui impliquent d’autres acteurs. Il s’agit de la société civile, des religieux, des acteurs culturels et sociaux, en étudiant, de manière approfondie, les causes du conflit tel qu’il se déroule dans un pays donné. En tant qu’historien, c’est une chose à laquelle j’ai toujours réfléchi et autour de laquelle je compte prendre des initiatives.

L’Agenda 2063 est la feuille de route de l’Ua. Pensez-vous qu’il est réalisable et à quelles conditions ?
L’Agenda 2063 est la suite logique d’un certain nombre d’actions stratégiques : le Plan d’action de Lagos, le Traité d’Abuja et d’autres documents fondamentaux. C’est dire que c’est un condensé d’un certain nombre de textes fondamentaux qui, depuis la création de l’Organisation de l’unité africaine (Oua) jusqu’à l’Ua, ont régi le fonctionnement et fixé les objectifs avec une vision prospective. Evidemment, tout ne peut pas se faire d’un seul coup. C’est pourquoi il est segmenté en plans décennaux. Le premier est en cours d’élaboration, des initiatives sont prises ; il s’agit d’accélérer. Ce qui pose le problème des moyens financiers.

Comment analysez-vous le soutien apporté à votre candidature par les plus hautes autorités du pays, notamment le chef de l’Etat ?
Je voudrais remercier le président de la République pour le soutien à ma candidature, qui a été également endossée par les pays de la Cedeao. Dans les règles actuelles de fonctionnement de l’Ua, les candidatures ne peuvent pas être présentées individuellement. Je me réjouis donc du soutien de mon pays. Les autorités sénégalaises se sont totalement impliquées. Des missions ont été envoyées dans une quarantaine de pays pour faire état de cette candidature et demander des soutiens.

Avez-vous espoir que tout se passera bien ?
J’ai espoir. De mon point de vue, si les décisions sont prises sur une base objective, à partir des critères et de l’expérience des candidats, je suis confiant.

Propos recueillis par Daouda MANE

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