Hymne national : Une Nation d’hommes au cœur « vert »

03 Avr 2017
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C’est la production de Senghor la plus visitée. Depuis 1960, l’hymne national accompagne la marche de notre pays vers son destin. Ses paroles accompagnent les Institutions dans leur déroulé, figent les assemblées lors de nos moments solennels, subliment l’idéal du « commun désir de vouloir vivre ensemble » ; une carte d’identité sonore connue à travers le monde, qui a accompagné partout les quatre chefs d’État ayant présidé jusqu’ici aux destinées du Sénégal, motivé nos armées et salué les performances de nos sportifs sur les cinq continents.
L’hymne est, avec le drapeau, au cœur de la symbolique nationale. Le rapport à la nature est déjà figé dans l’imaginaire collectif par les sceaux officiels de la République du Sénégal : le lion et le baobab.

57 ans après l’indépendance, la fête du 04 avril met en exergue la défense de l’environnement. A quelle date et où l’agrégé de grammaire –futur premier président de la République -, a-t-il écrit l’œuvre ? Et pourquoi en est-il l’auteur ? Le fait qu’il soit le premier président de la République n’explique pas tout, car il n’a pas été le seul acteur déterminant dans la marche vers l’indépendance. Le casting de l’époque ? Mamadou Dia était chef du gouvernement depuis la loi-cadre de 1958 alors que Me Lamine Guèye était le patriarche ; aux côtés des historiques du Bloc démocratique sénégalais (Bds) comme Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Seydou Ndaw, etc.

Le Parti du regroupement africain (Pra) et le Parti africain de l’indépendance (Pai) communiste représentaient « l’opposition » systématique à l’ordre colonial et avaient été les premiers à exiger la souveraineté. C’est que, de toute la classe politique, voire intellectuelle, Senghor était le mieux dans le rôle, à la fois historiquement et culturellement : nouvelle icône, Professeur de lettres, poète... C’est un même élan senghorien qui a décidé des symboles de la République. L’hymne national suinte des moments d’exaltation de son auteur, de forts instants de construction d’un dessein ; ces minutes et heures propres à l’écrivain où il ne sait peut-être pas que la restitution de ses sentiments traduits par l’écrit seront figés dans l’Histoire.

Paradoxalement, les cinq couplets, entrecoupés par autant de refrains, sont parmi les moins commentés dans l’immense bibliographie de l’auteur. S’il est avéré que ses premiers recueils de poèmes - « Chants d’ombre » et « Hosties noires » -, ont été composés alors qu’il était prisonnier de guerre en Allemagne (Stalag 39), ces durs moments où il pense à sa mère, à son royaume d’enfance, mais aussi au sort de ses camarades d’infortune, l’hymne, par contre, semble avoir été pensé alors qu’il était déjà au cœur de la politique.

La nature, muse de Senghor
Mais quoique puisse être le contexte, du moins de ce qui ressort de la production littéraire de l’académicien, son inspiration est souvent venue du terroir, ces berges du Sine où le jeune berger faisait paître le troupeau familial. Dame nature est bien avec le poète, comme muse, quand il appelle le « Lion » à « rugir » dans la « brousse » avec un « Soleil » qui domine nos « terreurs » pour susciter « l’espoir ». De manière incantatoire, les paroles fouettent l’orgueil et la dignité d’un peuple à qui le chantre de la négritude accorde « un cœur vert » ; un peuple qui doit unir « la mer et les sources », encore unir « la steppe et la forêt ».

Une invite à la symbiose, à l’union des contraires : l’eau salée et douce à la fois, la luxuriance de la verdure et l’aridité de savanes (une tendance croissante avec le désert qui progresse) ; cela donnera plus tard chez lui « le Nègre » et « le Blanc », bases du métissage et son fameux « universel ». La puissance d’évocation, portée par les paroles de l’hymne national, est certes une invite aux valeurs d’une Nation, à l’honneur et au courage, mais il exprime aussi un attachement au terroir, cette géographie où l’homme espéré doit s’épanouir et se construire.

Si dans le deuxième couplet, Senghor, dans un accent martial, décrit ce qui est symbolisé par le « jambar » d’aujourd’hui : un Sénégal « fils de l’écume du lion » et « surgi de la nuit au galop des chevaux », qui a droit à l’honneur de ses ancêtres, « splendides comme ébène et forts comme le muscle », dans les suivants, il prie sa muse de fonder une Nation. Un cadre de vie qui protège ses « frontières » et « rassemble les poussins à l’abri des milans ». Les Sénégalais sont très attachés à cette musique composée par le français Herbert Pepper et qu’ils apprennent aux premières lueurs de l’école primaire. Elle a été un peu chahutée –le temps d’une rose- en 2000, après la première alternance, quand on l’a comparé (musicalement) à « une chanson de foire ». Mais généralement, l’hymne est apprécié et respecté, voire plus. Il sait transcender. Beaucoup d’artiste s’en sont inspirés. D’ailleurs, la propension à la danse s’estompe avec lui, car il s’écoute. Quand il déchire les ondes, les Sénégalais se figent alors et deviennent « citoyens ».

Par Samboudian KAMARA

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