57ème anniversaire d'indépendance du Sénégal : Léopold Sédar Senghor, le fondateur

03 Avr 2017
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Emanciper un pays, c’est bien, le développer, c’est mieux. Du combat culturel de Senghor à l’Etat « social et solidaire » de Macky Sall, en passant par le combat pour le rétablissement des équilibres macroéconomiques et la politique infrastructurelle de Me Wade, la marche vers le développement est résolument engagée. Avec ses grandes réussites et ses gros échecs. L’histoire du Sénégal indépendant n’est pas un long fleuve tranquille. Jeune Etat, comme tous les pays africains décolonisés, il s’est construit brique après brique, idée après idée, sous la conduite de chefs aux visées parfois complémentaires, souvent divergentes dans l’approche, mais avec, toujours, la même finalité : asseoir un Etat stable, démocratique et développé.

Premier président du Sénégal après son indépendance en 1960, Léopold Sédar Senghor est le premier chef d’État du continent noir à avoir ouvert son pays au multipartisme, en 1978. Homme de lettres, il est le premier agrégé africain de grammaire française et le premier Noir à être entré en 1983 à l’Académie française. Né le 9 octobre 1906 à Joal, il est attiré par la pensée humaniste de Léon Blum et s’engage auprès des Étudiants socialistes. Penseur de la « négritude », député sous la IVe République puis ministre dans le cabinet d’Edgar Faure, il préside la République du Sénégal jusqu’au 31 décembre 1980, date à laquelle il quitte volontairement le pouvoir.

Le souvenir qu’on a de Senghor est celui d’un leader modéré ayant coopéré avec la France. Mais c’est une image biaisée. En 1948 déjà, Senghor et ses collègues étaient pourtant vus comme des « rebelles » du fait de leur démission de la Section française de l’internationale ouvrière (Sfio) pour créer le Bloc démocratique sénégalais (Bds), dont le but est de représenter et de lutter pour la cause africaine. La tâche de Senghor, premier président de la République du Sénégal était, cependant, ardue. Après avoir été, des années durant, un réformateur agité, perturbateur et urticant pour la France, il lui fallait se poser en réformateur rassurant et protecteur pour son pays. C’est pourquoi, même s’il a été accueilli avec dévotion au début de son magistère, les critiques ne tardent pas à se faire entendre. Il est notamment reproché au président-poète de mener un combat culturel au détriment de l’économie. Senghor avait, pourtant, une claire vision des impératifs qui attendaient les jeunes Etats indépendants. En janvier 1955, il fixe les objectifs dans « La condition humaine » : « Si le Sénégal aspire à une autonomie interne, de gros efforts sont à faire dans le domaine économique ; en particulier, la modernisation de l’agriculture et la diversification des secteurs économiques sont urgents. » Senghor est, en effet, convaincu que, sans développement industriel, l’économie sénégalaise stagnera et n’atteindra jamais « le niveau de vie des métropolitains »  (La condition humaine, 27 janvier 1955). Mais il sera rattrapé par le contexte de la décolonisation.

Pour les Noirs africains, en effet, l’aspect culturel a joué un rôle important dans la lutte pour l’émancipation. Sur le plan international, l’Afrique était perçue comme « rétrograde » et avait besoin de « rattraper son retard ». Il était extrêmement important, pour l’élite africaine, de savoir que l’art noir, la poésie et la musique noires jouissaient d’une certaine reconnaissance internationale. C’est ce qui a fait dire à Senghor qu’à la rencontre mondiale des cultures, « au rendez-vous du donner et du recevoir », l’Afrique ne se présenterait pas les mains vides.

Education et formation des ressources humaines
La lutte pour la dignité, d’un côté et le souci de relever le défi de la reconnaissance culturelle, de l’autre, sont les priorités, conscients que sont les intellectuels et artistes africains que le combat dans les autres domaines tels que le développement ou le standard de vie est perdu d’avance. Dans le combat culturel, l’objectif des intellectuels, artistes et politiciens africains est d’être dans la même catégorie que les pays développés et de lancer la compétitivité culturelle avec eux d’égal à égal. Ils veulent apporter leur contribution spécifique au monde moderne, et celle-ci doit être perçue comme un enrichissement de la culture universelle.

Nombre d’intellectuels autour de Senghor voient la contribution africaine dans ce qu’elle a de plus émotif, chaleureux, rythmique, mystique et solidaire de ses valeurs culturelles. Une approche que ne partage pas une nouvelle génération de penseurs comme Cheikh Anta Diop qui estime que la compétition est globale puisqu’elle opère tant aux niveaux culturel, artistique qu’économique et scientifique. Au moment du bilan, on ne peut manquer de faire crédit à Senghor, dans un contexte de manque absolu où presque tout était à faire, d’avoir entrepris de créer un véritable Etat avec des procédures, des normes, des règles et des institutions fortes. Il avait ainsi mis sur pied le fameux Bureau organisation et méthode (Bom) destiné justement à pallier les insuffisances d’organisation. Pour rattraper le gap avec l’Occident, Senghor avait misé sur l’éducation et la formation de ressources humaines de qualité, et laissé en héritage à son successeur, le technocrate Abdou Diouf, sorti du moule de l’Ecole nationale de la France d’Outre-mer (Enfom), un Etat solide et une élite intellectuelle qui avait su prendre en charge les destinées du jeune Sénégal indépendant.

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