Discipline, travail, propreté...Respect à mon frère cap-verdien !

20 Avr 2017
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Après 34 années de labeur sans interruption, j’ai décidé d’aller humer l’air des îles du Cap-Vert, chapelet de cailloux à quelques brasses au large de Dakar ; quel nectar de paysage à déguster à la petite… « Lorgnette » ! Si le pays de Senghor a beaucoup apporté au pays de Amilcar Cabral, la presqu’île et son prolongement ont au moins trois choses à prendre des îles du paradis de Fonseca :

1 - La propreté, ici, se lit dans les cœurs, les poitrines et les visages. Mais aussi partout et vraiment partout. Intérieur et extérieur réunis, rues et ruelles, plages et corniches sont d’une propreté métallique…Nickel ! L’argument du faible nombre d’habitants est pauvre et ne saura expliquer notre niveau d’insalubrité.

2 - La discipline : le degré de civilisation d’une nation devrait se mesurer uniquement à la qualité et le niveau de discipline ; et le baromètre n’en serait que la conduite de l’automobiliste devant le piéton. Ici, le piéton est prioritaire, de jour comme de nuit ; l’excuse de l’acquis militaire du temps de la guerre de l’indépendance ne saurait aucunement prospérer.

3 - Le culte du travail bien fait et l’art de la bonne finition : nous avons été émerveillé par ces pavages à l’ancienne des rues, par ces façades et édifices sculptés dans la roche, par ces corniches pierreuses anti-déferlantes dont le littoral sénégalais a tant besoin : des « furtado » de la peinture, pardon des …Diaz de la belle finition ! Imaginez, par ailleurs, les flancs rocailleux de nos mamelles verdies par des plantations de canne à sucre, bananes, plantes maraîchères…que du vert dans le « barlavento », îles sous le vent. Mieux que Sisyphe, vous avez vaincu la montagne et sa roche ! Montagne de difficultés n’est pas cap-verdien ! Quant à vous autres mauvaises langues, taisez-vous - langues fourchues - qui voulez promptement justifier cette ardeur au travail par l’usage d’un carburant pur jus de canne. D’accord, ici « In grog, we trust », « en l’alcool repose notre confiance, notre force », paraphrasant la célèbre maxime Usa inscrite sur le billet vert, mais honnêtement, seul un très petit nombre était groggy durant tout notre passage.

Vraiment plus besoin de chercher des modèles de peuples disciplinés dans des contrées lointaines (Rwanda ou Botswana). En tous cas, moi, me trouvera désormais sur son chemin quiconque égratignera dorénavant mon frère cap-verdien que le fruit combiné de la dérive, et des peuples et des continents, m’a longtemps sevré de sa proximité. Viens mon frère et que les îles et la presqu’île partagent tout dorénavant : et le pétrole et la pêche, et le carnaval et le fanal ! Que de choses à partager, mes deux chers présidents ! Votre unique peuple aspire à plus de complicité et d’osmose.

Dans l’attente de mon prochain passage, retentira toujours en moi ce cri du cœur de l’île paradisiaque de Santo Antao.
« M’en allant au bout du soleil (Ponta do Sol),
Mon chef caressant les nuages,
Au cap, j’ai rencontré mon frère au cœur béant ;
Mes pensées floculent autour de l’horizon embué,
Les pupilles scrutent goulument le bleu de l’azur
Ma voute plantaire rafraichit dans le vert salé ;
Son écume chatouille le rose de mon caleçon !
Sous les doigts, ce sable crissant souffre des étreintes fortuites.
Comme le marin échoué, noyant sa peine d’un soir, dans le vortex du magma de Fogo,
Ma complainte va au naufragé abusé par le sucre de canne.
Groggy, j’ai déhanché au son de la funana,
Surfant sur des falaises tranchantes et noires ;
Affolé, le médaillon de ma liberté accroche
Sur les poitrines fièrement bombées du Peuple cuivré du petit Brésil.
L’histoire assassine et mutile mais n’éteint point la passion.
Et la flamme d’Adam dévora
Eve, aura de Dieu ;
Triste mon cœur se fend de sa morna
Et je me console des cigales chantantes sur la braise de Mindelo ;
M’assomme ce cachupa halal ;
M’achève ce clin d’œil fatal
Qui vous condamne au bagne des amoureux de Baia das Gatas ?
Baie de béatitude ou d’interdits ?
Tous plongent dans le confort amniotique du vert d’émeraude ».
Obrigado ! Yoorro !

Par Yoro BA
Responsable politique, Hann Bel-Air
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