Région de Diourbel : La polygamie et la religion, des freins à la pratique contraceptive

16 Jui 2017
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Les indicateurs les plus bas dans le domaine la planification familiale au Sénégal sont enregistrés dans la région de Diourbel, caractérisée par une faible utilisation des services de santé maternelle d’une manière générale. Cette situation est imputée à la polygamie et à la religion décrites comme étant les principaux obstacles à la planification familiale. Ainsi, les grandes multipares (celles ayant accouché plusieurs fois) s’intéressent plus à la contraception, contrairement aux jeunes femmes.

Religion et polygamie. Tels sont les facteurs les plus déterminants de la faible pratique de la planification familiale dans la région de Diourbel, située au centre du Sénégal. D’ailleurs, c’est dans cette zone, marquée par une démographie galopante (1.641.350 habitants), un fort taux d’analphabétisme des femmes (80%), un faible niveau de scolarisation des enfants (38,4%), un Indice synthétique de fécondité de 5,4 enfants par femme en milieu urbain et 6,7 en milieu rural, une mortalité maternelle élevée (115 décès maternels déclarés en 2016 dans les structures sanitaires), où est enregistrée la plus basse prévalence contraceptive au Sénégal, renseigne le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef régional. Ainsi, sur les 397.206 Femmes en âge de reproduction (Far), seules les 28.410 sont sous contraception. Soit un Taux de prévalence contraceptive (Tpc) d’environ 7% en 2016 dans cette région qui comprend 4 districts sanitaires Diourbel (7%), Mbacké (12,3%), Bambey (9%) et Touba (5,3%).

Le facteur le plus déterminant pour expliquer, d’une manière générale, la faible utilisation des services de santé maternelle, et en particulier la planification familiale est, selon le Dr Mboup, la religion. Seulement, estime le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef du district sanitaire de Mbacké, « la religion n’est pas un frein, dans la mesure où des chefs religieux laissent leurs épouses faire la planification familiale ». Elle indexe plutôt la polygamie d’être à la base de la quête effrénée d’enfants chez beaucoup de femmes de la région de Diourbel. Car « dans ces localités, les gens accordent beaucoup d’importance à la progéniture nombreuse », justifie-t-elle.

Donnant l’exemple de sa sœur, Maguette Sène Yade, secrétaire générale du groupement des femmes du quartier Boussobé (fief des Bousso), à Mbacké, révèle que cette dernière est dans un ménage polygame. « Elle évoque à chaque fois l’héritage pour justifier son souci d’avoir beaucoup d’enfants », témoigne Mme Yade, soulignant que sa sœur a même réussi à tomber enceinte à deux reprises en même temps que sa propre fille. « Ayant connu des complications lors de ses dernières grossesses, je lui ai signifié qu’elle ne sera certainement pas là pour jouir de l’héritage dont elle parle. C’est à partir de cet instant qu’elle a recouru à la planification familiale », explique Maguette Sène.

Dans le même sillage, fait remarquer le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef du district sanitaire de Mbacké : « C’est en période pré-ménopause que beaucoup de femmes font la planification familiale, parce qu’elles craignent de tomber enceinte en même temps que leurs filles ou belles-filles ». A titre illustratif, le médecin cite le cas d’une dame qui, après son 10ème enfant, est encore tombée enceinte. « Une semaine après son accouchement, sa propre fille a aussi accouché », rapporte le médecin, estimant que c’est généralement pour éviter « cette situation inconfortable » que certaines femmes se lancent dans la contraception. Une pratique décrite par Maguette Sène Yade comme « source d’équilibre de la famille ». Ainsi, elle doit être « l’affaire du couple et non pas de la femme uniquement ». Elle est, ce faisant, d’avis que « si on explique bien aux maris, ils vont adhérer ». S’exprimant sur la réticence des maris, la Badianou Gokhe (marraine de quartier) Fatou Samb, membre du groupement des femmes de Boussobé à Mbacké, estime que « c’est aux femmes de convaincre leurs époux de les laisser faire la planification familiale ». Selon elle, « ni la religion, ni la culture ne sont contre cette pratique qui est dans l’intérêt de la famille. Les femmes doivent éviter les grossesses rapprochées trop dangereuses pour leur santé et la famille dans son ensemble », plaide-t-elle.

Compte-tenu de la prégnance de la religion et des barrières socioculturelles, le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef de la région médicale de Diourbel, pense qu’il est nécessaire de favoriser la création de la demande en mettant l’accent sur la communication et la formation des agents de santé pour que ces derniers aient la même compréhension de la planification familiale, avec comme principal axe l’espacement des naissances. « Il faut aussi affiner la communication, impliquer les leaders religieux », avance-t-il.

Sera-t-il facile de mobiliser les religieux autour de la planification familiale ? « Nous allons essayer, on peut espérer les avoir dans la mesure où il y a des personnes ressources qui peuvent être des porteurs de messages », rétorque le Dr Mboup, rappelant que lors de la réunion sur le Cadre stratégique national de planification familiale (Csnpf) qui a eu lieu dernièrement dans le département de Mbacké, « des religieux étaient présents ».

ESPACEMENT DES NAISSANCES : Des religieux s’engagent à sensibiliser les communautés
Espacement naissanceL’espacement des naissances n’est pas interdit par l’islam. C’est pourquoi des leaders religieux « se sont engagés à sensibiliser les communautés », indique Serigne Saliou Mbacké, président du Cadre des religieux pour la santé et le développement (Crsd). Une entité mise en place en 2014 pour« promouvoir la coopération entre les familles religieuses ».

Le Cadre des religieux pour la santé et le développement (Crsd) peut être un allié majeur dans la lutte contre la mortalité maternelle au Sénégal et la promotion de la planification familiale par l’espacement des naissances. Selon son président Serigne Saliou Mbacké, c’est une « association interreligieuse regroupant l’ensemble des familles religieuses, aussi bien islamiques que de l’église catholique ».

Créée en 2014, la mission du Crsd est de « promouvoir la coopération entre les familles religieuses ». « Nous travaillons sur un projet de contribution religieuse à la planification familiale sous l’angle de l’espacement des naissances prévu par les religions », explicite M. Mbacké, rappelant que « le Sénégal, comparé à beaucoup de pays à majorité musulmane, a un Taux de prévalence contraceptive (Tpc) bas ». Il est de 20,1%, selon l’Enquête démographique et de santé (Eds) de 2015.

Pour Khaoussou Bousso, résidant au quartier Boussobé de Mbacké, par ailleurs représentant du Crsd dans cette localité, les gens ont, pendant longtemps, assimilé la planification familiale à la limitation des naissances. « Ils ignoraient l’espacement des naissances et la lutte contre la mortalité maternelle », avance-t-il, rappelant que « l’islam a toujours préconisé un espacement des naissances d’au moins 2 ans à travers l’allaitement maternel ».

Dans le cadre de leurs activités, le Crsd a tenu récemment à Mbacké un atelier qui a regroupé plusieurs leaders religieux, renseigne Serigne Saliou Mbacké. Cette rencontre, ayant connu un franc succès, les leaders religieux présents « se sont engagés à sensibiliser les communautés sur l’acceptation de l’islam de l’espacement des naissances », informe-t-il, précisant qu’ils vont continuer à travailler pour augmenter le Tpc au Sénégal. Réaffirmant que l’espacement des naissances n’est pas interdit par l’islam, le Crsd compte aussi, selon son président, « travailler avec les médias pour booster le Tpc ».

Evoquant les réticences de certains religieux sur la planification familiale, M. Mbacké, souligne que le Crsd n’a pas connu d’opposition de façon directe. « Mais, nous savons qu’il y a des gens qui sont contre. Ce faisant, nous essayons de nous concentrer sur l’argumentaire religieux », indique-t-il.

CONTRACEPTION : Le Dispositif intra utérin post-partum pour réduire les besoins non satisfaits
Fatou Ndiaye SèneAfin d’améliorer le recrutement des femmes pour la planification familiale, une nouvelle stratégie est en train d’être testée dans la région de Diourbel. Il s’agit du Dispositif intra utérin post-partum (après accouchement).

De nombreuses femmes veulent recourir à la planification familiale, mais elles peinent souvent à accéder aux informations, aux services et aux méthodes. C’est pourquoi, dans le souci d’améliorer l’offre dans la région de Diourbel, il est mis en œuvre une nouvelle stratégie visant les femmes qui viennent d’accoucher. Il s’agit du Dispositif intra utérin (Diu) post-partum (après accouchement). « On le propose à toutes les femmes qui viennent d’accoucher », informe le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef de la région médicale de Diourbel. Selon lui, le travail se fait pendant la grossesse lors des Consultations prénatales.

L’étude de faisabilité de cette méthode a été effectuée à Sédhiou (Sud), et celle d’acceptabilité se déroule dans la région de Diourbel, précisément dans les deux hôpitaux de Touba (Ndamatou et Matlaboul Fawzeini), renseigne Adjaratou Fatou Ndiaye Sène, coordinatrice de la Santé de la reproduction (Sr) de la région de Diourbel. Si les tests sont concluants, cette méthode de planification familiale efficace et peu coûteuse sera étendue dans le territoire régional, projette Mme Sène, précisant que le Diu-Pp vise « à améliorer le recrutement des femmes » pour la planification familiale, de sorte que l’intervalle inter-génésique dure au moins 3 ans, même si le Diu peut aller jusqu’à 10 ans, fait-elle remarquer.

Selon elle, la pose peut se faire dans les premières heures ou premiers jours qui suivent l’accouchement (10 minutes à 2 jours après). Avec 500 FCfa, toute femme compatible peut accéder au Diu-Pp, elle est de ce fait « rassurée, mieux elle gagne en temps et en coût », rapporte la responsable régionale de la Sr qui révèle que 441 femmes sont déjà recrutées à travers cette méthode. Poursuivant, elle mentionne que le Diu-Pp est « une intervention qui peut permettre de booster la prévalence contraceptive dans la région de Diourbel ». Surtout qu’un objectif de 31% de prévalence contraceptive est assigné à cette dernière d’ici à 2020 à travers le Cadre stratégique national de planification familiale (Csnpf). Si le but visé est atteint, le Sénégal peut espérer arriver aux 45% de Tpc fixé pour 2020. D’ailleurs, admet le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef régional, « si le Tpc bouge dans la région de Diourbel, il va bouger dans le pays ».

RECRUTEMENT DANS LES PROGRAMMES : Les jeunes femmes ne s’intéressent pas à la planification familiale
Centre de santé DiourbelCroyant qu’elles auront des difficultés à concevoir après la pratique de la contraception, nombreuses sont les jeunes femmes mariées qui refusent la planification familiale dans la région de Diourbel. Ce faisant, les services sont dans la plupart des cas demandés par des multipares.

A 30 ans, Ma Guèye, rencontrée au dispensaire municipal de Mbacké, a déjà 7 bouts de bois Dieu. Enceinte pour la 8ème fois, elle avoue n’avoir jamais pratiqué la planification familiale et ne pas vivre dans un ménage polygamique. « Ce qu’on voit surtout dans cette zone, c’est comment avoir un enfant, pas comment faire la planification familiale », renseigne le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef du district sanitaire de Mbacké.

Des propos confirmés par Oulimata Dieng du groupement des femmes du quartier Boussobé de Mbacké. « Nous discutons beaucoup avec les jeunes filles mariées, mais elles refusent catégoriquement la planification familiale ». Selon Mme Dieng, « ces jeunes femmes croient que si elles commencent la contraception, elles auront des difficultés à tomber enceinte plus tard au moment voulu ». Une opinion corroborée par Sassi Diop Diouf, sage-femme et point focal Pf au Centre de santé de Bambey. « Les jeunes femmes n’aiment pas faire la planification familiale. Elles craignent de ne pas avoir beaucoup d’enfants. De ce fait, nous recevons en majorité de grandes multipares », révèle-t-elle.

Pour résoudre cette barrière qui freine l’utilisation de la contraception dans la région de Diourbel, Oulimata Dieng pense que les « Badianou Gokh » (marraines de quartier) peuvent permettre de relever le défi de faire recruter des filles qui se marient très jeunes dans les programmes de planification familiale. En tout cas, Ma Guèye est bien décidée, après son accouchement, « à prendre des contraceptifs pour me reposer, car j’éprouve de plus en plus de difficultés lors de mes grossesses », confie-t-elle, précisant que l’espacement des naissances n’est pas interdit par l’islam. « Je veux vraiment recouvrer ma santé, car je deviens de plus en plus fatiguée », souligne cette femme qui se dit toujours surprise par ses grossesses. « On m’a toujours informée des bienfaits de la planification familiale. Mais, je donnais à chaque fois mon consentement sans pour autant passer à l’acte. Ainsi, quand je constatais l’absence des règles, un sentiment d’inquiétude m’habitait », raconte Ma Guèye, déterminée cette fois à recourir à la planification familiale. « J’ai déjà parlé à mon mari, mais il n’a encore rien dit. Je crois qu’il va accepter », espère cette multipare qui fait toujours sa première Consultation prénatale (Cpn) après 4 mois de grossesse.

Assise à côté de Ma Guèye au dispensaire municipal de Mbacké, Khady Sadio, 32 ans, évoquait au début les rumeurs pour rejeter la contraception. Mais, elle la pratique depuis 5 ans. « J’ai 3 enfants, et c’est moi qui ai pris l’initiative de faire la planification familiale pour me reposer et mieux m’occuper de mon petit commerce ». Selon elle, son époux n’était pas d’accord au début, c’est par la suite qu’il a accepté. Elle est contre le fait d’avoir beaucoup d’enfants, parce qu’on vit dans un ménage polygame, même si elle reconnaît que c’est une réalité dans sa localité. « Je me préoccupe de ma santé et de celle de mes enfants, mais il y a des femmes qui ignorent cela, refusant ainsi catégoriquement la planification familiale », soutient Khady Sadio.

INFORMATION, SENSIBILISATION : Doter les « Badianou Gokh » de plus de moyens
Fatma Diop Badianou GokhLa stratégie « Badianou Gokh » (marraines de quartier), des femmes leaders choisies dans leurs communautés respectives pour sensibiliser sur la santé maternelle, néonatale et infantile, est initiée au Sénégal depuis 2010 pour améliorer les indicateurs sanitaires. Dans la région de Diourbel, elles sont 775 à officier au profit des femmes en état de grossesse, allaitantes, des nouveaux nés, des enfants, bref pour le bien-être de la communauté. « Nous servons de relais entre les communautés et les structures sanitaires dans la lutte contre les grossesses rapprochées par exemple », explique Fatma Diop, présidente régionale des « Badianou Gokh » de Diourbel.

Compte tenu du rôle primordial qu’elles jouent dans l’amélioration du bien-être général dans les communautés, Mme Diop réclame plus de moyens leur permettant de s’acquitter convenablement de leur mission, même si elles exercent à titre de bénévoles. « Nous voulons qu’on nous dote de moyens, surtout pour nos déplacements, afin d’assurer un meilleur maillage du territoire régional ». Elle ajoute qu’elles ont aussi besoin de téléphones portables dotés de crédit pour qu’elles puissent mieux faire leur travail.

Adjaratou Fatou Ndiaye Sène, coordinatrice Sr régionale plaide aussi pour qu’on augmente le nombre de « Badianou Gokh ». Selon elle, le déficit est évalué à plus de 800 dans la région de Diourbel. A son avis, c’est à cause de l’insuffisance de ce personnel d’appui et des moyens que le Plan d’actions annuel (Paa) déjà finalisé ne peut pas être exécuté. Son plaidoyer intègre également la formation et le recyclage de ce personnel d’appui.

Le district sanitaire de Mbacké réclame un bloc de Soins obstétricaux d’urgence
« En période d’affluence, nous rencontrons d’énormes difficultés », informe le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef dudit district qui plaide pour la mise en place d’un bloc pour les Soins obstétricaux d’urgence (Sou). Quid d’affluence ?, Mme Mbacké fait allusion à « la période de pic des accouchements située entre août et janvier ». Durant cette période, nous pouvons avoir 20 à 25 accouchements par jour. Ainsi, il peut arriver que des parturientes soient référées dans les hôpitaux de Touba (Ndamatou ou Matlaboul Fawzeini) et à Diourbel. « D’où l’urgence d’avoir un bloc Sou », plaide le médecin-chef du district sanitaire de Mbacké. D’ailleurs le Centre de santé dudit district est en train d’être réhabilité dans le cadre du Projet d’appui à l’offre et à la demande en santé (Paodes). La fin des travaux est annoncée pour le mois d’août prochain.

« Nous aurons aussi besoin d’un personnel supplémentaire après les travaux de réhabilitation. Nous n’avons, par exemple, pas de pédiatre pour prendre en charge les complications des nouveau-nés », explique le Dr Adama Haidara qui espère également bénéficier du programme d’accouchement humanisé suite aux travaux d’extension du centre de santé. « A cause de l’étroitesse de nos locaux, il n’était pas possible de faire l’accouchement humanisé. On voudrait maintenant entrer dans le programme », sollicite-t-elle.

CENTRE DE SANTE DE DIOURBEL : Un système de solidarité pour une meilleure prise en charge des parturientes
L’accouchement humanisé, qui donne la possibilité aux parturientes d’adopter la position de leur choix (debout, assis, accroupi, couché) au moment de l’accouchement, est pratiqué au centre de santé de Diourbel. Mais, en plus de cette offre visant à assurer un cadre agréable, un confort lors de l’accouchement, cette structure sanitaire a aussi instauré un système de solidarité pour appuyer davantage les femmes. C’est ainsi que « dans l’accompagnement des femmes, se basant sur le concept japonais Kaïzen (bonus), nous offrons à ces dernières gratuitement de la bouillie, de l’eau, des habits, des couches pour bébés… », révèle Maïmouna Diouf Bèye, la responsable de la Sr, précisant que les habits sont achetés à bon prix pour habiller immédiatement les nouveau-nés.
 
Pour la sage-femme Dieynaba Guèye Ndiaye, cette solidarité est instaurée surtout à l’endroit des femmes qui viennent sans accompagnement. Ainsi, tous les jours, l’équipe en service se charge de préparer la bouillie et de l’offrir aux femmes qui viennent accoucher dans ce centre de santé où l’on parle de planification familiale aussi bien lors Consultations prénatales que post-natales.
 
DISTRICT SANITAIRE DE TOUBA : Le défi de la collecte des données et de la prolifération des officines informelles
Centre santé DiourbelMême si les croyances et pratiques sont encore tenaces, le district sanitaire de Touba fait notamment face à la collecte des données. Une difficulté imputée à la prolifération des officines privées et informelles qui ne transmettent pas leurs données, alors qu’elles vendent des produits contraceptifs. Les hôpitaux ne livrent également pas leurs données.

Avec 5,5%, le district sanitaire de Touba a le plus faible Taux de prévalence contraceptive (Tpc) de la région de Diourbel. Les femmes sous contraceptif sont au nombre de 11.028 sur 199.820 Femmes en âge de procréation (Far). « Il y a beaucoup de déterminants qui font que la planification familiale ne bouge pas au niveau de ce district », indique le Dr Mamadou Dieng, médecin-chef du district sanitaire de Touba. Il fait notamment allusion aux croyances et pratiques qui ont un impact sur les indicateurs sanitaires dans cette cité religieuse, particulièrement la santé de la reproduction.
 
Ce faisant, même si les produits contraceptifs et les médicaments essentiels sont disponibles, le Tpc (5,5%), le taux d’achèvement des Consultations prénatales (34%) et le recrutement des femmes pour la Pf demeurent faibles. « Nos indicateurs au niveau des Cpn sont très bas, parce que les femmes ont tendance à cacher leur grossesse durant le 1er trimestre », constate le Dr Dieng qui renseigne que le taux d’achèvement reflète la couverture effective des femmes pour toutes les Cpn.

Cependant, une satisfaction est notée dans les accouchements au niveau des structures sanitaires de plus en plus fréquentées par les parturientes.
Mais le principal défi auquel fait face le district sanitaire de Touba est relatif à la collecte des données. « Pour la planification familiale, si on intègre les données des hôpitaux, on peut avoir 8 à 10% », estime le médecin-chef qui évoque aussi comme frein à la pratique de la contraception la réticence de certaines belles-mères et de ceux qui développent des arguments contre la planification familiale. « L’adversité de ceux qui développent des argumentaires religieux contre la planification familiale nous pose problème. Certains refusent même qu’on parle de planning dans les réunions. N’empêche, nous avons formé des relais pour parler aux femmes. Nous impliquons également de plus en plus les leaders femmes et nous mettons l’accent sur l’espacement des naissances et non la limitation des naissances pour faire accepter la planification familiale », explique le Dr Mamadou Dieng.

Pour faire face à ces résistances, Dr Dieng informe qu’ils ont identifié des religieux pour sensibiliser sur la planification familiale. « Ils sont plus à l’aise pour parler à leurs pairs. On les a outillés dans ce sens », indique-t-il, insistant sur les religieux très réfractaires aux messages sur la planification familiale. « Il y a beaucoup d’efforts à faire dans ce domaine. Car c’est la même chose avec le Vih. On le craignait au départ, mais maintenant tout le monde sait que ça existe », rappelle-t-il, regrettant la vente de produits contraceptifs dans les officines privées et informelles. « La vente de préservatifs et de pilules est élevée dans ces officines, mais les données ne sont pas capitalisées, ce qui biaise le Tpc au niveau du district sanitaire », déplore-t-il, soulignant qu’ils ont des défis à relever dans la communication et le changement des comportements.

Pour Thioro Faye Mbacké, coordinatrice Sr du district sanitaire de Touba, la pléthore des dépôts informels de vente de produits contraceptifs plombe incontestablement les indicateurs sanitaires. Elle regrette aussi que les officines privées ne transmettent pas leurs données.

Dossier réalisé par Maïmouna GUEYE

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