Lu et adoré : Americanah de Chimamanda Adichie (Par Ndèye Fatou Kane, écrivain)

08 Sep 2017
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Lire un livre de Chimamanda Adichie est toujours une expérience extraordinaire, tant au niveau des magnifiques histoires que ses ouvrages racontent, mais aussi de la sensibilité extrême qui s’en dégage. Ceux qui ont lu ses livres peuvent aisément saisir ce dont je parle ici. Son sens aigu du détail, qui confine un caractère si particulier à son style de narration, la force de ses personnages, la plongée au sein de leurs sentiments que nous permet de faire l’auteure, l’environnement unique ou pluriel au sein desquels ils évoluent, sa description sans complaisance de la société nigeriane; tout ceci donne un cachet authentique aux récits de Chimamanda Adichie.

« En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire. »
Ifemelu prend la décision de rentrer s’installer à Lagos, après quinze ans passés aux Etats – Unis. Ce qui motive cette décision ? La volonté de renouer avec ses racines, d’arrêter de justifier son statut de « noire », mais surtout l’envie de retrouver son premier amour, Obinze. Elle l’Americanah (sobriquet dont est affublé quelqu’un ayant vécu en Amérique), que toutes ses amies envient, par le prestige dont elle est affublée au pays de l’Oncle Sam. Donc, personne ne comprend sa décision aussi soudaine qu’inattendue et sa tante Uju, elle qui a tout abandonné au Nigeria, est la première à lui demander si elle est vraiment prête pour « ça ».

Car Ifemelu connaît une trajectoire singulière. L’Université connaît quantité de grèves, et y poursuivre une scolarité normale relève de l’impossible. Poussée par Obinze, qui promet de la rejoindre un peu plus tard, elle prend la décision d’aller tenter sa chance en Amérique. A son arrivée, premier choc : ce qu’elle voit est si creux, si fade, l’appartement dans lequel vit tante Uju avec son fils Dike est si miteux et petit qu’Ifemelu est dépitée. De plus, tante Uju s’est métamorphosée, tant physiquement, que psychologiquement : économe jusqu’à la radinerie, obsédée par l’idée de réussir son diplôme de médecin, mais ce qu’Ifemelu ne comprend pas, c’est la propension de sa tante à courir les hommes, pour se donner un semblant de stabilité.

Ifemelu est contente de déménager, mais c’est la période des vaches maigres. N’ayant pas encore sa carte verte, elle travaille sous un patronyme étranger, ce qui lui est difficile à accepter, car elle se dépouille de plus en plus de son identité dans ce pays dont elle a tant rêvé.

Bien que les temps soient durs, elle décroche une place de babysitter, et c’est là qu’elle fait la connaissance de Curt, son premier amour non – black. Mais qu’en est – il d’Obinze ? Avant de travailler pour Kimberly, elle aura une expérience fort traumatisante. Un entraîneur de tennis l’engagera pour « se relaxer » ; et par relaxer, il parlera de caresses sexuelles. Ifemelu en sort dégoûtée d’elle – même, dégoûtée d’être jusque – « là » pour quelques centaines de dollars. Elle rompt brutalement contact avec Obinze.

Commence alors une nouvelle étape de sa vie. Sa liaison avec Curt est plaisante, il n’a d’yeux que pour elle, il la fait se sentir aimée, se plie en quatre pour elle. Mais une question épineuse demeure : celle de sa couleur de peau. Elle n’est pas seulement black, c’est une black non – américaine. Curt est fier de l’exhiber, elle, la Nigeriane si cultivée, si intelligente, à la langue acérée. Mais ce nuage rose commence à s’assombrir, quand Ifemelu décide de porter ses cheveux au naturel et ouvre un blog traitant de « race ». Curt, en bon Américain fortuné, mais surtout Blanc, il ne comprend pas les revendications identitaires de Ifemelu et les considère comme fantasques. La rupture s’opère quand Ifemelu découvre sur son ordinateur des photos d’une femme avec qui il la trompe. Le choc est d’autant plus violent qu’elle est blanche et a les cheveux … lisses.

Blaine apparaît dans sa vie ensuite. Il est black, professeur à Yale, et est d’une rigueur extrême. Au début, ce pragmatisme plaît à Ifemelu, mais par la suite, ce trait de caractère la rebute, car il pense pouvoir donner un avis sur tout : sur sa mollesse, sur la façon dont elle rédige son blog, sur son non engagement dans des causes telles que les discriminations dont sont victimes les noirs en Amérique … Ils s’éloignent l’un de l’autre subrepticement, et Ifemelu se met à écrire à Obinze, qui entre – temps, a été expulsé de Londres où il était, a fait fortune au Nigeria, mais est surtout … marié !

Le brouillard opaque qui entoure l’existence de Ifemelu la pousse à se poser des questions existentielles, sur sa vie en Amérique, sur sa condition de noire, sur l’avancement qu’aura sa carrière. Elle se met à visiter des sites nigerians, à voir que toutes ses amies ou presque s’en sortent, et elle décide de rentrer.

Elle retrouvera Obinze, et découvrira avec une stupeur mêlée de ravissement que leurs sentiments l’un pour l’autre demeurent inchangés. Leur amour renaîtra de ses cendres, mais la menace de sa femme planera au – dessus de leurs têtes, tel un couperet.

Son contact avec le Nigeria ne se passe pas aussi bien qu’elle espérait. Le poste de chroniqueuse qu’elle décroche au magazine Zoe de « tante » Onenu ne la satisfait aucunement. Car le magazine passe son temps à faire de la publicité à des femmes ayant fait fortune illicitement, et à coups de nairas, elles achètent quelques lignes à Zoe.

Ifemelu ne se retrouve pas dans tout ceci, quitte Zoe et commence un blog, où elle entreprendra de décrire le Nigeria avec ses yeux, et écrira sans complaisance. L’histoire amorce un dénouement heureux, avec Obinze qui décide de revenir dans sa vie, avec un divorce et des promesses de lendemains heureux auréolés d’amour.

Avec son style inimitable, Chimamanda nous offre encore une fois un superbe roman. Rien n’est superflu pour elle, et c’est cela, à mon humble avis, qui donne ce cachet à ses histoires.
Americanah, un must – read !

Bonne lecture

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