Mamadou Faye, ancien combattant : Un destin hors du commun

28 Sep 2017
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Touba Toul a été, dans le passé, un grand pourvoyeur d’hommes de troupe. Pendant les deux grandes guerres (14-18 et 39-45), celles d’Indochine (46-54) et d’Algérie (54-62), cette localité a donné à l’armée française ses fils qui l’ont défendu au prix de leurs vies. Fidèles jusqu’au sacrifice du sang, certains sont tombés sur le champ de bataille, d’autres comme Mamadou Faye, sont rentrés indemnes. Actuel chef de village de Darou Faye, ce nonagénaire se consacre à la guérison des fractures, une spécialité de sa famille.

Sa longue silhouette ne laisse guère imaginer que le vieux Mamadou Faye, en son temps, fut un preux. Mais les apparences sont souvent trompeuses. Ce bonhomme, malmené par l’âge, faisait, en son temps, partie de ces héros inconnus et méconnus, qui se sont engagé corps et âme pour défendre la France.

Malgré ses 90 ans, Mamadou Faye, même s’il lui manque quelques dents, garde une très bonne mémoire, a les idées claires, la vue normale. Il n’a pas besoin de puiser loin dans sa mémoire pour se rappeler son invraisemblable parcours. Ce natif de Darou Faye, dans le Touba Toul, fait partie de ces personnes au destin hors norme que l’on n’oublie pas. Son histoire est unique. Né en février 1927, il est venu au monde quand son père était âgé de 60 ans. « Mon père a eu 32 enfants qui sont tous décédés à leur naissance. J’étais le trente-troisième, et le premier rescapé. J’ai ensuite eu deux frères », explique-t-il.

Incorporé le 27 février 1955, alors qu’il n’était âgé que de dix-huit ans, Mamadou Faye a été l’un des milliers de jeunes Sénégalais à avoir offert une partie de leur jeunesse à l’armée française. Il faisait partie du contingent de soldats affectés au maintien de l’ordre en Algérie, indique-t-il.

Le vieux Faye n’a jamais fait des études. C’est une fois au front qu’il s’est débrouillé pour apprendre la langue française, et même écrire des lettres à ses parents restés au pays. Une fois les combats terminés, le soldat Mamadou Faye retourne au bercail, renouant avec son quotidien. Il devait aussi affronter le regard des proches qui espéraient que la guerre lui rapporte beaucoup. Mais cette guerre ne lui a rien apporté, indique-t-il. « Je suis parti pauvre et je suis revenu pauvre », renseigne-t-il. Issu d’une famille de paysans très modeste, Mamadou n’avait pas jugé opportun de se réengager. Il ne voulait pas laisser seul son père qui commençait à prendre de l’âge. « Quand j’allais à la guerre, il était déjà vieux. Il avait 83 ans. Je ne pouvais pas repartir et le laisser là. C’est pour cette raison que j’ai préféré rester. Il s’est éteint à l’âge de 97 ans », souligne-t-il.

Avant la guerre, Mamadou était agriculteur. De retour du front, il a jugé opportun de changer de cap et d’aller à Dakar. Son statut d’ancien combattant lui a permis d’obtenir un emploi. Il s’est retrouvé chef de la carrière de Bargny. Il y a travaillé pendant sept ans avant de rallier la capitale. « J’ai travaillé à la Carrière Birame Touré, père du journaliste Diadji Touré. Puis, j’ai été recruté à l’Agence de sécurité africaine. C’était le 2 février 1980 », se rappelle Mamadou Faye qui accuse son employeur d’avoir recruté un homme pour le descendre. Ce n’est pas du délire, précise-t-il. « Ça s’est passé vers les années 1985. Il lui a payé des millions pour m’ôter la vie. Mais cet homme ne savait vraiment pas qui j’étais. Le type qu’il a engagé m’a tiré deux balles sur la main, mais ça ne m’a même pas inquiété. J’étais invulnérable aux balles. Je craignais plus le bâton que l’arme à feu. Je n’acceptais pas l’injustice », raconte cet homme.

Vers les années 1970, dit-il, personne n’osait passer la nuit au pont Yarakh. « À l’époque, c’était inenvisageable, même si on vous donnait tout l’or du monde, moi, je l’ai fait. À plusieurs reprises d’ailleurs », se targue-t-il.

De cette guerre, beaucoup de choses l’ont marqué et il en garde de mauvais souvenirs. « La guerre, ce n’est bon ni pour les vainqueurs ni pour les vaincus. Vous êtes marqué à vie par les tirs de mitrailleuses qui pleuvent tout autour de vous, les obus qui explosent, l’angoisse de la mort ou d’être fait prisonnier, la disparition de votre camarade, la nécessité de tuer pour sauver votre peau », indique-t-il. Même si une partie de lui-même s’est brisée au front, Mamadou Faye s’estime heureux d’avoir survécu. « J’ai participé à la guerre d’Algérie et j’ai réussi à rentrer chez moi sain et sauf. Ce n’est pas donné à tout le monde. Je n’ai jamais été ni blessé ni malade. Dieu merci, je suis toujours en vie et encore en bonne santé », se réjouit-il en rendant hommage à tous ses camarades « morts pour la France » ou qui ont quitté ce monde. Aujourd’hui, l’Algérie est bien loin. Mamadou Faye qui a reçu plus de quarante ans plus tard sa carte de combattant délivrée en février 2004 par la préfecture des Pyrénées atlantiques savoure la vie en attendant son heure. Il s’est retiré depuis plusieurs années dans son village, Darou Faye, où on lui témoigne un profond respect.

De ses 90 ans, le vieux Mamadou Faye qui a deux enfants, vit avec ses deux pensions. Il se consacre à la guérison des fractures, une spécialité de sa famille et héritée de ses ancêtres. « Les gens viennent de partout et font la queue pour se faire soigner », nous dit-il.

Par S. O. F.

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