Fourre-tout

29 Sep 2017
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Mon grain de sel
En 1980, Maurice Béjart disait : « L’Afrique qui a conservé ses valeurs poétiques reste un continent dansant. L’héritage culturel, poétique et dansant y est resté plus vivace qu’en Occident où il a été détruit par une civilisation industrielle ». Aurait-il dit la même chose aujourd’hui ? L’on ne saurait prétentieusement répondre à cette question. Mais, il paraît évident que cette « civilisation industrielle » à laquelle il fait référence affecte aussi les pratiques culturelles dans leur ensemble au Sénégal. C’est là l’un des plus gros chantiers du nouveau ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly, à qui nous souhaitons la bienvenue. Il est important de consigner le patrimoine culturel. Il est tout aussi impérieux de le diffuser pour en faire un outil d’éducation citoyenne et un des leviers du progrès social et économique. Le Théâtre national Daniel Sorano, établissement d’exploration et de conservation du patrimoine, s’y est inscrit depuis quelques temps avec les moyens dont il dispose ; les institutions culturelles ne pouvant continuer à évoluer dans une confidentialité qui ne profitait qu’à une « élite culturelle ». Le rôle de diffusion de nos pratiques culturelles leur incombe largement. Il leur revient également de couvrir les « extravagances » de la rue, dont sont férues les chaumières, d’une expression artistique moins triviale. Dédaigner alors cette évolution, ou glissement pour les conservateurs, serait un manquement à leur mission originelle. C’est faire abstraction d’un pan de vécu culturel. « Mboulay thieguine, thiakhagoun, na gooré, youza, dialgati, goana, … », c’est aussi notre patrimoine qu’on ne saurait fixer dans le temps. Il évolue.

Ce que nous ne sommes plus
Les mâles chiqués aux phrasés et tics exquis (parce que répétés dans nos chaumières), qui s’entichent du membre viril, devraient inciter à nous interroger sur ce qu’on est (ou croit être) en train de devenir. Sur ce que, peut-être, nous ne sommes plus : nous-mêmes. Ou n’avons jamais été.

Quand les institutions pourvoyeuses de sens sont en parfaite contradiction avec l’imaginaire des « masses », il ne faut pas s’étonner que la société soit désarticulée. Les désirs « matés » de ceux qui estiment que « rien de ce qui procure la joie n’est contre la nature » (Henri Troyat), profitent des brèches laissées entrouvertes par notre propre déliquescence entretenue par nos fourberies qu’on prend pour des valeurs. La « soutoura ». Mon œil ! Ici, ce que le mari chuchote à son épouse est cancané à la foire aux médisances. Les invertis, les gigolos, les zoophiles, on les connaît plus que ne semble le démontrer notre ébahissement face à leur « subite » exubérance.

Les signes de l’expiration
Devons-nous continuer à ignorer le chant du cygne sous l’effet du bruit assourdissant de notre silence ? Nous sommes en train d’attendre ce qui est déjà arrivé : la Fin. La fin (pas celle-là promise par les livres saints), c’est, de notre point de vue, cette altération extrême et profonde de notre être qui devient autre que ce qui a jusqu’ici assuré l’équilibre et la survie de notre espèce capable de s’émouvoir, d’être bourrelée de remords après s’être couverte d’ignominie. L’horreur est devenue beauté. Elle est objet d’art à admirer pour témoigner de notre affligeante décadence morale. Il faut qu’elle soit capiteuse, captivante, excitante à raconter pour en tirer parti comme une camelote devenue une relique que l’on court découvrir au « musée des horreurs anodines ».

Par Alassane Aliou MBAYE

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