Astou Diouf, conseillère municipale : Au nom de l’intérêt national

07 Déc 2017
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Aujourd’hui, les populations ont quitté leur terroir et l’aéroport international Blaise Diagne est sorti de terre. Astou Diouf demande que les emplois pouvant être occupés par leurs enfants leur soient prioritairement dévolus. Une manière de garder le cordon ombilical avec leur terroir.

« C’est un projet d’intérêt national». Cette phrase résume l’état d’esprit qui anime Astou Diouf, une des femmes leaders des populations affectées par le projet de construction de l’aéroport international Blaise Diagne. Un état d’esprit doublé d’un réalisme. Elle sait qu’on ne peut pas s’opposer à l’Etat ; celui-ci a le monopole de la contrainte légale. « Quand on veut mener un combat, il ne faut pas le faire dans le domaine où on n’est pas le plus fort », estime Astou Diouf. Elle fait partie des premiers habitants qui ont adhéré à l’idée de rejoindre le site de relogement

Malgré son statut de femme leader -elle est conseillère municipale à la commune de Keur Moussa-, Astou Diouf ne s’est pas impliquée au début du processus. Elle s’est mise en retrait du débat, écoutant les arguments de chaque camp. Les partisans du relogement et ceux qui refusent de quitter avec des positions tranchées. C’est l’impasse. Elle entre alors en scène pour convaincre ceux qui refusent de quitter. Mais devant leur refus catégorique, elle souffle aux députés, au groupe opérationnel de Thiès dirigé par le gouverneur et aux responsables de l’aéroport d’organiser un forum.

« Ce forum a libéré la parole et on s’est rendu compte que ceux qui étaient pour le relogement étaient plus nombreux », souligne-t-elle. Une proposition appuyée par les médiateurs qu’étaient les députés et le représentant du Forum civil à Thiès. En sus du forum, elle suggère également à l’autorité administrative d’organiser une visite sur le site du relogement. Une prise de position qui lui vaut des inimitiés même de la part de ses propres frères.

Sa posture et son implication, elle les inscrit dans une démarche citoyenne même si elle dit comprendre la position des autres qui sont pour le projet mais refusent de rejoindre le site de relogement. « Je comprends leur position parce qu’ils sont nés dans ce village où ils ont des attaches. Donc, si un beau jour, on leur demande de quitter, c’est normal que certains aient cette réaction. C’est un choc psychologique », dit-elle. Elle reconnaît que le site de recasement est plus beau que leur village d’origine avec de belles villas. Mais cela ne compense pas tout. « Nous avons perdu des choses qu’on ne peut pas dédommager. En milieu rural, la famille est plurielle avec un patriarche avec toute la symbolique qui l’accompagne », confie-t-elle. C’est pourquoi, elle dit comprendre ceux qui ne lui pardonnent pas sa posture. Certains de ses parents très remontés contre elle, ne lui adressent plus la parole. Malgré tout, elle ne désespère pas et pense que tout finira par rentrer dans l’ordre. « Nous allons nous réconcilier parce que nous sommes des parents et dans une famille, les problèmes, les malentendus, les divergences ne peuvent pas manquer surtout quand il s’agit d’une question aussi complexe. Mais Il faut savoir gérer ces contradictions et les dépasser. En tout cas, c’est le message que nous tenons. Nous avons même demandé à ceux qui ont rejoint de ne jamais faire une remarque rappelant la posture des uns et des autres », dit-elle. Pour favoriser cette réconciliation, elle demande au groupe opérationnel de Thiès et aux autorités de l’aéroport international Blaise Diagne de poursuivre le dialogue. « Si les discussions se poursuivent, les deux parties finiront par s’entendre. Certains campent sur leur position par orgueil. Le sérère est fier et cet aspect ne doit pas être négligé », affirme-t-elle. Militante de la première heure du déplacement, elle demande, toutefois que les réclamations en instance soient traitées ainsi que toutes les autres questions en suspens.

Mais son plus grand vœu est que leurs enfants ne soient pas oubliés dans le recrutement du personnel de l’aéroport international Blaise Diagne. « Ce sera la meilleure manière pour nous de garder le lien avec notre terroir et aux autorités de nous montrer qu’elles ne nous ont pas oubliés », affirme-t-elle.

Mamadou GUEYE

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