Cheikh Ndiaye, Directeur général du Cices : « L’Etat doit soutenir la Fidak en dégageant un budget conséquent »

02 Jan 2018
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Le Directeur général du Cices, Cheikh Ndiaye. Le Directeur général du Cices, Cheikh Ndiaye. Crédit photo : © 2017, Le Soleil

A quelques jours de la clôture de la 26ème édition de la Foire internationale de Dakar, le Directeur général du Cices, Cheikh Ndiaye, tire un bilan positif, non sans demander à l’Etat de soutenir la Fidak en lui allouant un budget conséquent.

Monsieur le Directeur général du Cices, la 26e Fidak a officiellement pris fin dimanche 31 décembre 2017. Quel bilan tirez-vous ?
Nous en tirons un bilan positif en ce sens qu’au départ, on s’est fixé des objectifs qui ont été tous atteints. C’est un sentiment de satisfaction, d’autant plus que cette année les exposants n’ont pas décelé de couacs. Nous n’avons pas reçu d’informations sur une quelconque contestation. S’il y avait des couacs, les gens seraient venus chez nous pour faire des réclamations. Nous n’avons reçu aucune contestation parce que l’objectif que nous nous sommes fixés avant, c’est-à-dire, livrer les stands à temps, a été fait. Cette année, nous avons fait des efforts dans ce sens et cela été une réussite totale. A 72 heures du démarrage de la Fidak, les stands de tous les pavillons ont été montés. Cependant, il est difficile d’organiser un événement comme la Fidak avec zéro contestation, mais nous avons essayé autant que faire se peut de mettre les exposants dans de bonnes conditions. Nous pouvons dire que cette année, nous avons une foire exceptionnelle, jamais organisée au Cices.

La Fidak démarre souvent timidement parce que beaucoup d’exposants sont encore dans la phase d’installation, comment résoudre cette problématique ?
Les gens doivent faire attention entre ce qu’ils voient autour des stands. Je rappelle que les stands sont prêts et livrés aux exposants avant le démarrage de la Foire. Ce sont des exposants qui s’affairaient autour de leurs stands soit en mettant des étagères, ou apportant des modifications ou en installant des bagages. Ce mouvement incessant s’explique par le déplacement des exposants qui sont souvent dans le dernier réglage. On ne peut pas remplir tout un stand de marchandises sans faire du bruit. Mais, il n’y avait aucun agent du Cices dans ces stands. Certains pensent que ce sont les agents du Cices qui sont en train d’installer les exposants. Alors qu’il s’agit des exposants qui rangeaient leurs bagages. C’est la raison pour laquelle, vous avez entendu du bruit dans ces stands. Les exposants sont intolérants par rapport à la livraison des stands. Sur ce chapitre, il n’y avait rien à signaler, car la satisfaction est totale au point de vue livraison des stands.

Il semblerait que l’ouverture de l’aéroport international Blaise Diagne a causé quelques désagréments, quelles ont été ces conséquences ?
C’est une des raisons de la prolongation de la Fidak cette année. Au niveau de l’Aéroport international Blaise Diagne, nous avons eu quelques problèmes qui ont impacté sur le déroulement de la foire. Nous avons eu des participants dont les bagages ont été égarés à l’aéroport. Ils ont consacré trois jours en faisant des allers et retours pour chercher leurs bagages. Certains exposants ont subi des conséquences par rapport à cet impair. La grève aussi a impacté parce que des exposants algériens viennent de recevoir leurs bagages notamment sept containers livrés vendredi dernier. Nous avons travaillé avec l’ambassadeur de l’Algérie au Sénégal pour que ces containers soient livrés. C’est une des raisons principales de la prolongation de la Fidak.

Mais, nous notons que depuis quelques années, la Fidak est souvent prolongée, est-ce une manière de permettre aux exposants d’écouler leurs marchandises ou au Cices de renflouer ses caisses ?
Fidak 17Ce n’est ni l’un, ni l’autre ! La prolongation est due à la configuration, au contexte de la Fidak qui ne reçoit pas de subvention de qui que ce soit, ni de l’Etat, ni d’un privé. C’est le Cices qui finance et construit la Fidak de bout à bout. Ceci veut dire que nous travaillons avec du crédit du fournisseur notamment des entreprises qui gagnent des marchés et qui viennent mettre leur argent et attendent d’être remboursées. Il est dans la mentalité des exposants sénégalais d’occuper le stand, de vendre et de payer après. Ce n’est pas le cas dans les foires européennes. En Europe, si le stand est prêt, l’exposant paie avant de l’occuper. Au Sénégal, ce mécanisme ne fonctionne pas encore. Le Cices livre des stands aux exposants en laissant le temps à ces derniers de vendre et de payer à la fin. La prolongation est l’expression ou la manifestation de la solidarité africaine. Ce qui fait que la Fidak est une foire particulière. Ceci a des conséquences particulières sur la probabilité de la prolongation parce qu’à la fin de la date fixée officiellement, le commerçant veut rester et vendre pour gagner plus d’argent. C’est un cercle vieux qu’il faut rompre. Au niveau du Cices, nous essayons de comprendre ces gens parce que l’argument qu’ils avancent est qu’ils n’ont pas suffisamment vendu pour payer. Il faut leur laisser le temps de vendre. A cela, s’ajoutent d’autres facteurs. Cette année, le facteur principal est qu’il y a beaucoup de pays dont les containers sont arrivés très tard. Une situation indépendante de leur volonté et des responsables du Cices. Ce sont ces facteurs conjugués qui nous mettent dans l’obligation de prolonger la Foire pour que chacun trouve son intérêt. Mais on ne prolonge pas la foire sur la base de vouloir faire du profit, car c’est un événement lourd à gérer. Il faut le préparer quatre mois en avant et l’accompagner un mois après. Ce n’est pas de gaité de cœur que nous prolongeons la foire. Mais nous mettons l’intérêt de l’exposant devant, il faut qu’il soit satisfait. C’est cela notre objectif. Mais c’est un cercle vieux ou classique que j’ai trouvé ici qu’il faut casser.

Comment faire pour rompre ce cercle vicieux ?
Je pense qu’une des solutions est que l’Etat prenne conscience de l’intérêt des salons et des foires dans l’économie nationale notamment dans la constitution du Produit national de brut (Pnb). L’Etat doit dégager un budget conséquent pour l’organisation de la Fidak. Ce budget permettra au Cices de construire des stands, payer la moquette et payer totalement des fournisseurs et exiger aux exposants de payer avant d’occuper un stand. Mais quand le Cices y va seul et avec zéro franc, nous serons toujours confrontés aux mêmes problèmes. C’est-à-dire la dépendance du fournisseur et le fait d’attendre les exposants payer après la vente. C’est pour cela que l’Etat doit soutenir la Fidak.

On a constaté cette année que beaucoup d’institutions et de ministères n’ont pas pris part à la Fidak qui est pourtant une vitrine commerciale. Comment expliquez-vous ces absences ?
Le Pavillon Brun qui est dédié aux institutions était le pavillon le moins occupé. Parce que tout simplement, il y a beaucoup de ministères qui ne sont pas venus. Pourquoi ils ne sont pas venus, je ne le sais pas, mais je pense que la raison serait qu’ils ont reçu tardivement les correspondances d’invitation. Pour pallier à cela, le Cices va écrire très tôt les correspondances et les donner à qui de droit deux mois avant l’évènement. De cette manière, celui qui veut venir exposer saura que la Fidak se tient à telle période et viendra faire les démarches. Il faut préciser que les institutions fonctionnent suivant des règles administratives. Elles ne peuvent pas décider d’elles-mêmes de leur participation. Mais le constat est que cette année, le pavillon Brun était désert. Il faut dire aussi que la foire ce ne sont pas uniquement des échanges commerciaux. Ce n’est pas que la recherche de profit, c’est aussi de l’institutionnel, c’est l’image du Sénégal. 43 nations en 15 jours se retrouvent au Sénégal. Regardez le travail extraordinaire que déploie le ministère de l’Intérieur en donnant des cartes d’identité gratuitement aux Sénégalais, en donnant des passeports. Il y a aussi les dépistages sur les maladies telles que le diabète, l’hypertension, le cancer du col, du sein. Dieu sait qu’il y a eu énormément de femmes qui ont appris leur cancer ici au Cices. Il y a aussi les rencontres B2B où des gens ont eu des contacts intéressants qui ont abouti à la constitution d’entreprise.

Donc la foire n’est pas que la recherche de profit, la vente et l’achat. Mais c’est aussi un lieu d’expression sociale. Car on permet à beaucoup de personnes d’avoir leur carte d’identité en un laps de temps. Cette année, il y a eu un guichet unique qui a été mis en place par le ministère du Commerce, ce qui est une innovation. La foire de Dakar est unique au monde. J’ai fait beaucoup de foires, mais celle de Dakar est exceptionnelle compte tenu de sa grandeur, de sa notoriété sous-régionale et de son caractère social. Tous les Sénégalais doivent s’y mettre pour savoir que c’est l’occasion de bien soigner l’image du Sénégal et de faire des affaires. La Foire permet aussi une respiration économique extraordinaire. Pendant 15 jours, tout le Sénégal se concentre sur la foire. Le Cices a dépensé cette année 18 millions Fcfa pour les emplois temporaires. L’essentiel de ces jeunes recrutés, c’est à caractère social. Cette année, ils sont entre 400 et 500 jeunes. En 2012, ils étaient plus de 1000 jeunes. Nous faisons cela en appuyant le chef de l’Etat qui fait de la jeunesse une préoccupation majeure.

Que pensez-vous de la périodicité de la foire dont l’annualisation est souvent mise en cause pour expliquer certains désagréments. Etes-vous prêts à revenir sur la formule des deux ans ?
Au départ, la foire était organisée tous les deux ans. Et quand je suis arrivé, c’est devenu annuel. On m’a raconté que c’est passé au bi-annuel à l’annuel parce que le Cices avait des problèmes de trésorerie et ne pouvait plus payer les salaires, l’eau, l’électricité, etc. Il fallait donc rapprocher la fréquence des foires pour avoir de l’argent dans les caisses. Si c’est cela, personne ne peut rapprocher au Cices quoi que ce soit. C’est une réaction d’accommodation et d’adaptation. C’est tout à fait logique. Maintenant, est-ce qu’il faut retourner à deux ans ? Je dois dire que les salons qui se respectent se font tous les ans. Il y a aussi des foires qui se font tous les ans comme la foire de l’Egypte. Mais il n’y a pas de norme universelle ou de standard qui fixe la périodicité d’un évènement (foire, salon ou congrès). Il faut l’organiser de la façon la plus judicieuse, de la façon la plus rentable. Il y a une idée qui est souvent véhiculée par les Sénégalais disant que la foire est Sandaga bis. C’est normal que les choses avancent. Si la foire était restée ce qu’elle était du temps de Senghor, ce serait regrettable. Cela signifierait que le Sénégal n’a pas bougé du tout. Pour moi, ce qui compte dans un évènement c’est de faire des affaires.

Propos recueillis par la rédaction du Journal de la Fidak

PARTICIPATION A LA FIDAK : LE CICES SOUHAITE IMPLIQUER DAVANTAGE LE SECTEUR PRIVÉ
Fidak LogoLa participation et l’implication des organisations socio-professionnelles du Sénégal figurent parmi les projets phares des prochaines Fidak. L’objectif étant, soutient le Directeur général du Cices, « de maximiser et d’optimiser la participation à la Fidak ». Pour ce faire, précise Cheikh Ndiaye, il s’agira d’aller à la rencontre des organisations socio-professionnelles qui ne participent à la Fidak et de les impliquer dans l’organisation de ce rendez-vous commercial. « Si celles-ci ne participent pas, estime-t-il, cela ne relève pas de leur responsabilité car c’est peut être, le Cices qui doit aller vers elles ».

Alors qu’elles sont les piliers de l’économie nationale, dit-il. D’ici la prochaine Fidak, le Directeur général du Cices compte mettre en œuvre ce projet à savoir travailler sur la mobilisation des acteurs économiques notamment la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes), le Conseil national du patronat (Cnp), le Mouvement des entreprises du Sénégal (Meds), etc. « On ne peut parler d’entreprises encore moins de traiter avec des entreprises en ignorant les entités qui les unissent. C’est un déficit que j’ai trouvé sur place que je compte combler l’année prochaine », a-t-il indiqué.

TAUX DE FREQUENTATION DE LA FIDAK : 15 000 ENTRÉES PAR JOUR
Le Directeur général du Cices a indiqué, dimanche, que les entrées de cette année sont légèrement meilleures que celles des années passées. Depuis le début jusqu’à présent, a précisé Cheikh Ndiaye, il y a une moyenne journalière de 15 000 entrées. Le record, rappelle-t-il, a été atteint en 2014 avec une moyenne de 27 000 entrées par jour. Hier (samedi), avant dernier jour de la clôture officielle, « nous avons fait un record extraordinaire avec 28 825 personnes ». Nul doute, précise-t-il, que la Fidak contribue à la construction du Pib. A quel niveau et quelle hauteur ?, s’interroge-t-il. C’est toute la pertinence du thème de la Fidak de cette année portant sur « Rôle et place des foires et expositions dans le développement économique et social ».

Par ailleurs, Cheikh Ndiaye garde espoir de voir les sinistrés du pavillon vert indemnisés d’ici le démarrage de la 27e Fidak (2018). Selon lui, le Cices a fait son travail, et que « l’Etat est dans de très bonnes dispositions pour les indemniser ». « Nous souhaitons qu’avant le démarrage de la Fidak 2018 qu’ils soient indemnisés ». « On ne peut pas indemniser sur une simple déclaration de la personne. Cela nécessite des études, des comparaisons, des recoupements, des jugements subjectifs et prendre du diagonale pour le faire», explique Cheikh Ndiaye, invitant les victimes à davantage s’armer de patience. Le Directeur général du Cices a magnifié la participation du pays invité d’honneur de la 26e Fidak, l’Egypte. Selon lui, l’Egypte a rempli le cahier de charge soumis au pays invité d’honneur.

Last modified on mardi, 02 janvier 2018 12:05
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