Bassirou Sène, ambassadeur du Sénégal à Paris : « La promotion économique du Sénégal est centrale dans notre diplomatie »

02 Fév 2018
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Préoccupation principale du Président Macky Sall, la diplomatie économique sénégalaise en France est très active. L’ambassadeur Bassirou Sène en fait le point central de son action. Dans cet entretien, il revient également sur les spécificités des relations franco-sénégalaises ainsi que les pas à franchir sur les accords bilatéraux.

Comment décrirez-vous la politique africaine, et donc sénégalaise de la France depuis que Macron est Président ?
Je dois préciser que le concept de politique africaine ne correspond plus exactement à l’esprit des relations entre la France et les pays africains. Dans son discours au Burkina Faso, le 26 novembre 2017, le Président de la République française, Son Excellence Monsieur Emmanuel Macron, avait déclaré qu’il n’y a plus de politique africaine de la France. Il rejoignait ainsi le Président Macky Sall qui a toujours réfuté la notion de Françafrique et qui s’est s’inscrit, depuis son élection, en 2012, dans une relation certes privilégiée et spéciale, mais basée sur la souveraineté et l’égalité. L’Afrique, vous le savez sans doute, est un continent pluriel avec des cultures différentes, des réalités économiques diverses et des systèmes politiques distincts. Il est donc difficile d’avoir une même politique pour tout cet ensemble, même s’il est vrai qu’il existe une Afrique francophone assumant un leadership avéré au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif).

Ces précisions faites, il est possible d’identifier les axes qui, selon le Président Macron, dans son document de politique étrangère repris à Ouagadougou, vont gouverner ses relations avec les pays africains auxquels il a proposé un grand partenariat à travers la coopération linguistique, la diplomatie numérique, l’accroissement de l’aide publique au développement, l’augmentation des fonds gérés par l’Agence française de développement (Afd). Il y ajoute la stabilisation de la Libye et le financement de projets de développement local dans les régions d’émigration pour réduire les flux migratoires vers l’Europe.

En ce qui concerne le Sénégal, notre histoire avec la France, nos intérêts communs, nos visions partagées et le dynamisme de nos rapports bilatéraux sont le ciment de nos relations. C’est pourquoi le séminaire intergouvernemental franco-sénégalais, présidé par les Premiers ministres Edouard Philippe et Mahammed Boun Abdallah Dionne, le 19 octobre 2017, à Paris, a été le prétexte de redire les orientations stratégiques qui vont gouverner cette belle relation et de définir sous quelle forme ces propositions vont être déclinées en actions concrètes.

A l’issue de cette rencontre qui a réuni plus de dix ministres de chaque côté, quatre thèmes principaux ont été retenus. Il s’agit de la mobilité ; l’accélération de l’émergence du Sénégal ; la mise en place de nouvelles initiatives en matière de santé, d’éducation et d’enseignement supérieur et, enfin, le traitement en commun des questions régionales de sécurité. Chaque thème a fait l’objet d’une feuille de route qui a listé les objectifs à atteindre et les moyens d’y parvenir.

Et les autres axes de la coopération...
Sans être exhaustif, le renforcement de la mobilité estudiantine et le soutien accru aux initiatives de la diaspora ; la promotion de l’accès à l’éducation et aux soins de santé ; l’accompagnement de l’émergence du Sénégal sur les thématiques de l’appui à l’innovation et aux startups ; le développement urbain intégré ; le développement de filières agroalimentaires structurées et de la grande distribution ; l’industrie touristique et le tourisme durable ainsi que l’énergie ; la coopération face au terrorisme et aux défis sécuritaires, en général, constitueront l’épine dorsale de cette belle entente.

A ces quatre thèmes, il convient d’ajouter la lutte contre le réchauffement climatique et la mise en œuvre de l’Accord de Paris signé à l’occasion de la Cop 21 que soutient fortement le Président Macky Sall. Cette convergence de vues sur une menace insidieuse à la stabilité de la planète, avide d’un développement durable et préservée pour les générations futures, est, sans doute, a la base de la décision du Président Macron d’aller à Saint-Louis pour constater les effets dévastateurs de l’érosion côtière, les dégâts sur la brèche et la Langue de Barbarie et la désolation des communautés affectées. Je reste convaincu que ce déplacement utile et pertinent permettra d’évaluer l’ampleur du phénomène et d’apprécier l’urgence d’appliquer les mesures convenues à la Cop 21 en matière d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.

Auparavant, cette même convergence de vues était nette et lisible, le 12 juin 2017, à l’Élysée, lors de la première rencontre officielle entre les Présidents Macky Sall et Emmanuel Macron. Portés par une estime réciproque, puisée dans une vision commune de la marche du monde, et de destins presque identiques, les deux Chefs d’Etat avaient magnifié l’excellence des relations amicales et fraternelles existant si harmonieusement entre les deux pays et pris l’engagement résolu d’œuvrer inlassablement à leur renforcement.

Depuis cette rencontre, toutes les occasions ont permis de confirmer cette proximité et cette volonté commune d’insuffler un dynamisme nouveau à la Coopération franco-sénégalaise. Le séminaire intergouvernemental ci-dessus évoqué, dont le Sénégal est le seul bénéficiaire en Afrique subsaharienne, la quatrième édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique et les multiples rencontres interministérielles sont l’empreinte de cette relation exceptionnelle. Je suis persuadé que la visite officielle du Président Macron au Sénégal permettra d’aller plus en profondeur sur les moyens d’une émergence durable du Sénégal dans un partenariat gagnant-gagnant avec la France.

Le Sénégal et la France sont liés par de nombreux accords bilatéraux. Quels en sont les plus importants et pourquoi ?
Tous les accords sont importants et déblaient tous des pans importants de notre coopération exemplaire. Le cadre juridique entre le Sénégal et la France comprend près de 70 accords dans des domaines aussi variés que la formation professionnelle, la promotion et la protection des investissements, la marine, l’enseignement supérieur, l’échange de jeunes professionnels, le co-développement culturel et cinématographique, la protection de la nature et de l’environnement, la gestion concertée des flux migratoires et la facilitation en matière de télécommunications.

Pour donner suite à votre question et en tenant compte de l’actualité de notre partenariat, j’invoquerai quelques accords parmi les plus récents, notamment ceux signés lors de la visite d’Etat du Président Macky Sall en décembre 2016. Il s’agit de protocoles ou conventions pour le financement, la réalisation, l’exploitation et la maintenance du Train express régional ; la protection du littoral et l’efficacité énergétique ; l’acquisition et l’installation d’un supercalculateur ; les hydrocarbures avec Total pour l’offshore profond et l’Institut national du pétrole et des énergies nouvelles pour la formation. La culture n’est pas en reste avec l’acte signé entre le Musée Quai Branly Jacques Chirac et le Musée des civilisations noires du Sénégal, ainsi qu’entre le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche du Sénégal et le Conservatoire national des arts et métiers de Paris.

J’ajoute la convention de financement entre l’Agence française de développement (Afd) et la République du Sénégal concernant le Projet d’appui aux initiatives de développement local, économique et social et d’accompagnement des investissements productifs au Sénégal de la diaspora qui permet d’assister cette frange de la population à l’extérieur dans la réalisation de projets modernes épousant les technologies durables de dernière génération.

La seule limite à cette embellie est la négociation laborieuse en cours sur les prestations familiales, les branches vieillesse et maladie, la question de l’unité du foyer fiscal et la carte résident pour retraité. Nous pensons qu’avant la fin de l’année en cours, l’accord qui avance bien sera signé.

La diplomatie économique est au cœur des préoccupations du Président Sall. Quel bilan détaillé des activités des différents bureaux économiques dans les quatre grandes représentations nationales sénégalaises en France ?
Votre question est très pertinente et correspond parfaitement à la vision que le Président Macky Sall a voulu imprimer à notre diplomatie économique qui doit être cohérente, en mouvement et impliquer tous les acteurs. En effet, même s’il n’y a qu’un bureau économique qui est logée au sein de l’ambassade du Sénégal à Paris, la promotion économique du Sénégal est en position centrale dans le mandat et les attributions des différents consulats généraux à Paris, Marseille, Bordeaux et Lyon.

Il est constant que la France est le premier investisseur au Sénégal et notre premier partenaire commercial. C’est également dans la capitale française que s’est tenue, en février 2014, la réunion du Groupe consultatif qui avait permis de mobiliser 3729 milliards de FCfa pour un objectif initial de 1853 milliards de FCfa. C’est donc naturellement que la diplomatie économique sénégalaise y occupe une part prépondérante allant de l’accompagnement d’entreprises françaises à s’installer au Sénégal, à la participation active à des salons, fora, foires et conférences, en passant par des visites d’entreprises ou l’organisation de Journées du Sénégal dans toute la juridiction avec le soutien et l’implication de la diaspora.

A titre d’exemple, l’ambassade a co-organisé la première édition de la journée du Port autonome de Dakar et la Journée du Sénégal consacrée à la promotion des investissements touristiques et aériens. De tels évènements ont été également organisés à Marseille et Lyon. Au total, plus de 20 rencontres économiques ont été tenues et ont entrainé une dizaine de projets réalisés.

Par ailleurs, l’ambassade apporte son assistance aux hommes d’affaires sénégalais souhaitant nouer des partenariats en France ainsi que les collectivités locales dans la coopération décentralisée et les membres du Gouvernement régulièrement invités en réunion.

Ainsi, le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan a été l’invité d’honneur des « Rencontres Africa 2016 », le ministre chargé du Pse est régulièrement invité à l’Ocde et, récemment, le ministre de l’Agriculture a été l’hôte de marque de l’Académie de l’agriculture de Paris. Le séjour de ces hautes personnalités est une excellente occasion de montrer les performances réalisées par notre pays et la pertinence du Plan Sénégal émergent (Pse) si cher au Chef de l’État.

Nous sommes actuellement heureux de constater que les organisateurs des grandes rencontres économiques à Paris s’échinent pour obtenir une participation des autorités sénégalaises ; ce qui fait notre fierté. Car au-delà des qualités intellectuelles de nos leaders, la situation économique du pays est caractérisée par une embellie incontestable qu’il est aisé de promouvoir.

Je voudrais terminer en souhaitant plein succès au Sommet pour la reconstitution des fonds du Partenariat mondial pour l’éducation que Dakar abrite le 02 février 2018 et qui, certainement, permettra d’apprécier les immenses efforts consentis par le Chef de l’État pour la création d’universités, de lycées et collèges, pour éradiquer les abris provisoires, dans un élan de moderniser les établissements avec l’Internet, le haut débit et le wifi, jusque dans les coins les plus reculés du Sénégal.

Je prie ardemment et forme le vœu que la visite officielle du Président Macron au Sénégal soit marquée du sceau de la « Téranga » sénégalaise, de l’amour et du respect réciproque que se vouent les peuples sénégalais et français.

Propos recueillis par Moussa DIOP

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