Vih / Sida : Les régions de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor toujours vulnérables

25 Mai 2018
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Au Sénégal, les taux de prévalence du Vih les plus élevés sont enregistrés dans les régions Sud. Pourtant notre pays veut mettre fin à cette épidémie d’ici à 2030. Pour réussir ce pari, des stratégies sont mises en œuvre à Kolda, Sédhiou et Ziguinchor avec un accent particulier sur le dépistage qui permettrait de mettre sous traitement les personnes testées positives et de réduire les risques de transmission du virus.

Malgré la baisse de la prévalence du Vih (0,5% au niveau national), les régions situées au sud du Sénégal (Kolda, Sédhiou, Ziguinchor) restent les points noirs de la lutte contre le Sida. Elles ont des prévalences dépassant largement la moyenne nationale. Selon le rapport 2016 de l’Onusida, Kolda a un taux de prévalence du Vih de 2,4%, Sédhiou 1,7% et Ziguinchor 1%. Pour réduire ces taux, des stratégies, centrées principalement sur le dépistage, sont mises en œuvre dans ces trois régions.

Selon le Dr Abdoulaye Sagna, responsable de la prise en charge du Vih dans le district sanitaire de Sédhiou, le dépistage permet de stopper la transmission. Il a justifié cela par le fait que la personne dépistée très tôt, si elle est positive, est aussitôt mise sous traitement. « En prenant correctement les Arv, une PvVih (Personne vivant avec le Vih) peut avoir une vie normale et des rapports sexuels sans transmettre le virus à son partenaire. D’où l’intérêt de dépister très tôt », a expliqué le Dr Sagna.

Pour inciter les gens au dépistage, le médecin a préconisé des campagnes de sensibilisation pour démontrer aux populations que le Sida est une maladie comme toutes les autres. « On peut vivre avec le virus pendant des dizaines d’années si l’on respecte la prise des médicaments », a soutenu le spécialiste des questions de Vih.

Ibrahima Ismaïla Ndiaye, adjoint au gouverneur de la région de Ziguinchor, chargé des affaires administratives, va plus loin en proposant un dépistage obligatoire. Selon lui, le dépistage est un élément important, car menant vers l’élimination du Sida en 2030.

Les acteurs de la lutte contre le Sida des trois régions peaufinent aussi les stratégies des « trois 90 ». Il s’agit de dépister 90 % des PvVih, de mettre sous traitement 90 % des personnes infectées dépistées et d’arriver à une charge virale indétectable chez 90 % des personnes suivant un traitement. Par rapport à ces objectifs, la région de Ziguinchor est sur la bonne voie.

D’après Jacques François Sambou, assistant social au district sanitaire de Ziguinchor, le premier est même dépassé. Car sur l’objectif assigné par le Conseil national de lutte contre le Sida (Cnls) de dépister 75 personnes par trimestre, « nous, l’avons atteint en 1 mois », s’est-il réjoui, indiquant que la stratégie consistant à dépiter, traiter et retenir les PvVih (Tatarsen) est mise en œuvre dans toutes les structures de santé de Ziguinchor.

Dépister le maximum de personnes
Depistage VihLa région de Kolda s’est aussi inscrite dans cette dynamique en mettant sous traitement antirétroviral 1727 PvVih sur 1807 suivies sur l’étendue de la région.

A Sédhiou, Ndèye Khady Diouf Kane, point focal du programme de Prévention de la transmission du Vih de la mère à l’enfant (Ptme), a reconnu que le taux de séropositivité est encore élevé. « Nous sommes en train de travailler à éliminer le Vih d’ici à 2030 », a-t-elle signifié. Dans ce cadre, des stratégies sont mises en place, parce que les acteurs veulent que le maximum de personnes connaissent leur statut sérologique afin de les mettre sous traitement si elles sont positives. « Nous avons réussi cela pour ce qui concerne la Ptme », s’est félicitée Mme Kane. Elle a révélé qu’à Sédhiou, la Prévention de la transmission du Vih de la mère à l’enfant est passée de 4 à 2 % grâce à la mobilisation des autorités administratives, des collectivités locales et des PvVih. Dans cette région, tout comme dans toutes les localités du pays, toutes les femmes enceintes qui viennent dans les structures de santé sont dépistées.

La décentralisation de la prise en charge au niveau des postes de santé fait aussi ses effets. L’infirmier chef de poste du village d’Adéane, dans l’arrondissement de Niaguis, (département de Ziguinchor), a confirmé cela. Selon lui, beaucoup d’infirmiers de la région de Ziguinchor sont capables de suivre une PvVih. « Cette décentralisation est faite au niveau des postes de santé, par chaque district, en fonction de la cohorte », a précisé Maïmouna Guèye Tall, conseillère technique Vih dans la région médicale de Ziguinchor. Elle a indiqué que la décentralisation de la prise en charge du Vih relève du patient. « S’il y a beaucoup de patients dans une zone, nous formons l’infirmier chef de la localité, pour qu’il les suive dans le but de leur éviter certains déplacements », a expliqué Mme Tall.

Justement, dans ces trois régions, beaucoup de patients déclarés perdus de vue ne viennent pas au rendez-vous, faute de moyens financiers. Dans ce cadre, le Dr Abdoulaye Sagna a souligné que la pauvreté chez les PvVih des régions du Sud reste un point noir dans la lutte contre le Sida.

Par Eugène KALY

PRISE EN CHARGE : LA RUPTURE DES RÉACTIFS, UN OBSTACLE À L’ATTEINTE DES « TROIS 90 »
Antiretroviraux VihLes acteurs et les prestataires de santé des régions de Ziguinchor, Kolda et Sédhiou sont souvent confrontés à des ruptures de réactifs. Un manquement auquel les autorités sanitaires doivent trouver des solutions si elles veulent stopper la transmission de cette maladie d’ici à 2030.

La rupture des réactifs dans les régions de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor freine les efforts des acteurs engagés dans la riposte au Vih. Elle est, en effet, à l’origine de nombreux échecs thérapeutiques, a indiqué le Dr Abdoulaye Sagna, chargé de la prise en charge du Vih au district sanitaire de Sédhiou.

A Ziguinchor, le manque de réactifs a des conséquences sur la publication des données du Vih. « Nous avons commencé à prélever des charges virales depuis 2015. Mais, il se pose un problème de rendu des résultats parce que nous avons perdu tous les prélèvements effectués durant cette période », a regretté Jacques François Sambou, assistant social et gestionnaire des données au pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor. « Il fallait tout reprendre à cause de ces difficultés techniques », s’est-il désolé, ajoutant qu’ils avaient « même des problèmes pour conserver des prélèvements à moins de 80 degrés ».

Cette période était difficile, car le personnel traitant a perdu la confiance des patients. « Certaines PvVih ont mis en cause la crédibilité de nos travaux puisque ne pouvant pas rester six mois sans avoir aucune idée sur l’évolution de la maladie, notamment la charge virale. Aujourd’hui, il y a des PvVih qui refusent de faire des prélèvements pour déterminer la charge virale. Elles nous disent qu’elles ont fait l’examen en 2016, alors que jusque-là, elles n’ont pas reçu les résultats. Ce n’est pas la peine de le refaire nous lancent-elles », a raconté Jacques Sambou. Ce dernier a constaté que la rupture des réactifs a fini de créer une incompréhension entre les prestataires et les patients.

Cependant, il y a de l’espoir, vu que la structure hospitalière essaie actuellement de se rattraper. Ainsi, sur les 300 prélèvements effectués en 2017, 42 résultats ont été mis à la disposition des responsables du Pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor.

Les régions de Kolda et Sédhiou ont aussi connu ces moments difficiles. Mais, c’est un vieux souvenir, à en croire Saloum Fall, de la Pharmacie régionale de Kolda. Selon lui, les deux régions n’ont plus connu de ruptures de réactifs et d’Arv (antirétroviraux). A Kolda, les 1727 PvVih mises sous traitement sur les 1807 cas de Vih suivent correctement les prescriptions. Donc, pour le médecin-chef de la région médicale, Yaya Baldé, 90 % des séropositifs sont suivis dans les districts sanitaires de Kolda, Médina Yoro Foula et Vélingara.

Eugène KALY

KOLDA, ZIGUINCHOR ET SEDHIOU : PLUS DE 70% DES HOMMES QUI ONT DES RELATIONS SEXUELLES AVEC LES HOMMES SONT BISEXUELS
Vih TestLe phénomène des hommes bisexuels touche les régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda. Ce qui rend difficile la lutte contre le Sida dans cette partie du pays où le taux de prévalence dépasse la moyenne nationale.

Les populations clés, à savoir les professionnelles de sexe, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les usagers de drogues injectables ou encore les détenus, constituent un vrai obstacle à la lutte contre le Sida au Sénégal. Si le taux de prévalence du Vih dans la population générale est très faible (0,5%) selon le rapport 2016 de l’Onusida, il reste élevé au niveau des populations clés. Il est de 17,8% chez les homosexuels ou hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (Msm en anglais), 6,6% chez les travailleuses du sexe et 9,2% chez les utilisateurs de drogues injectables. Et la situation est plus préoccupante dans les trois régions du sud du pays. « Ces populations clés rendent la lutte contre le Sida beaucoup plus difficile », a déclaré Nourou Diallo, coordonnateur de l’Alliance nationale des communautés pour la santé (Ancs)-Usaid Néma de Kolda.

La région de Kolda qui peine déjà dans la prise en charge des professionnelles du sexe et des Msm a une nouvelle catégorie de personnes vulnérables : les utilisateurs de drogues injectables. Ce groupe vient s’ajouter à 120 Msm, sans compter le nombre non maîtrisé des travailleuses de sexe. « Nous avons de sérieux problèmes pour ce qui concerne ces populations clés parce que plus de 70 % Msm sont bisexuels. Ils ont des épouses. Pis, ils font des rapports sexuels avec de jeunes élèves, en particulier des lycéens. Les parents doivent redoubler de vigilance dans ce domaine », a averti M. Diallo.

A Sédhiou, le coordonnateur de l’Ancs, Nfally Badji, a dénombré environ 400 Msm. Dans ce groupe vulnérable, l’on trouve beaucoup de jeunes. Aucun chiffre s’agissant de la prostitution, alors que le phénomène existe dans la région. Seulement, elle se fait dans la clandestinité. Ziguinchor compte aussi le même nombre de Msm. « Environ 350 personnes ont des relations bisexuelles », a informé un anonyme.

Par Eugène KALY

VIH PEDIATRIQUE : UNE DIZAINE D’ENFANTS SOUS TRAITEMENT À ZIGUINCHOR
Vih PediatriqueLe service pédiatrique de l’hôpital de la paix de Ziguinchor participe à la prise en charge du Vih. Des Arv sont proposés aux enfants infectés dont 10 sur 16 atteints sont il est sous traitement.
Le Dr Assane Dramé, médecin-pédiatre en formation et spécialiste en santé publique de l’hôpital de la Paix de Ziguinchor s’occupe d’une cohorte de 10 enfants souffrants du Vih sur 16. Il a assuré que la prise en charge de cette couche se passe bien dans la région de Ziguinchor. Au service pédiatrique de l’hôpital de la Paix, ladite prise en charge a démarré en 2015.

« Nous sommes à 16 cas dépistés positifs, dont 10 sous traitement, parce que malheureusement, il y a un cas de décès et 5 perdus de vue », a fait savoir le Dr Assane Dramé. Le pédiatre a signalé qu’il n’y a aucune difficulté dans la prise en charge. « Les Arv sont disponibles et accessibles aux enfants. Il n’y a pas de rupture de molécules pédiatriques. Nous suivons les enfants dès l’âge de nourrisson, c’est-à-dire après le dépistage, jusqu’à 14 ans révolus », a-t-il renseigné.

Le service de pédiatrie prend en charge toutes ces tranches d’âge. « Cependant, la séparation est souvent difficile lorsque l’enfant atteint 14 ans. Il refuse souvent de partir dans un autre site où sont pris en charge les personnes adultes », a souligné le Dr Dramé. Les pédiatres veillent aussi sur trois éléments concernant la prise en charge des enfants atteints. Il s’agit du suivi du traitement de cette couche vulnérable, de leur nutrition et de leur état psychologique. « L’une des questions ne peut aller sans l’autre. Quand on prend l’exemple des Arv, nous constatons que ces molécules ont besoin des protéines pour pouvoir atteindre leur cible et faire un effet positif dans l’organisme de l’enfant. Si un enfant malnutri continue de prendre des Arv et ne s’alimente pas bien, cela peut avoir un effet négatif sur sa santé. Nous sommes obligés de veiller sur ces paramètres pour aider l’enfant à avoir une vie saine et surtout à poursuivre ses études sans se préoccuper de sa santé », a soutenu le spécialiste. Il a cependant averti les parents : « Quand un enfant présente une malnutrition aigüe sévère, il doit se faire dépister du Vih. Cette forme de malnutrition est un facteur de risque de Vih ». Dès lors, le Dr Assane Dramé a préconisé de privilégier le « dépistage familial ». Selon lui, ce dernier consiste à dépister les enfants des PvVih. « Il faut allez chez elles en leur proposant de dépister leurs enfants. Si le résultat est positif, l’enfant est pris en charge ; ce qui lui donne des chances de grandir en bonne santé », a-t-il conseillé.

E. KALY

ZIGUINCHOR : LA DÉCENTRALISATION DE LA PRISE EN CHARGE DU VIH, UNE RÉALITÉ
Hopital Regional ZiguinchorL’effectivité de la décentralisation de la prise en charge du Vih dans la région de Ziguinchor est l’un des points positifs dans la croisade contre le Sida. Des infirmiers chef de poste et des sages-femmes sont chargés de suivre des séropositifs sur place afin de leur éviter des va-et-vient entre la commune et leurs localités.

La décentralisation de la prise en charge du Vih dans les postes de santé est une réalité dans la région médicale de Ziguinchor. En accueillant des membres de l’Association des journalistes en santé, population et développement, Jacques François Sambou, assistant social et gestionnaire des données du Vih au pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor, a révélé que la prise en charge du Vih se fait dans les postes de santé les plus reculés de la région. Des infirmiers chef de poste et des sages-femmes ont ainsi été capacités pour prendre en charge des PvVih. Ces dernières « viennent au pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor juste pour faire le bilan. Elles sont référées aussitôt dans les postes de santé pour leur suivi », a-t-il fait savoir. M. Sambou a indiqué que sur le plan national, les acteurs de la lutte contre le Sida ont beaucoup insisté sur la formation des prestataires. « Ce que nous avons réussi à faire, parce qu’ici, il n’est pas rare de voir un infirmier s’occuper de la prise en charge dans cette zone, quel que soit son enclavement. Cela mérite les encouragements des acteurs locaux, car la région médicale a longuement travaillé dans ce sens. C’est un point positif », s’est-il réjoui. Sur ce, l’assistant social a rendu hommage aux autorités religieuses, administratives et coutumières qui ont participé activement à ce projet de décentralisation de la prise en charge du Vih.

Maïmouna Guèye Tall, conseillère technique du Vih de la région médicale de Ziguinchor, a confirmé l’effectivité de la décentralisation de la prise en charge dans les postes de santé. « Dans toutes les localités de la région où il y a beaucoup de patients, nous décentralisons la prise en charge pour éviter à ces derniers le déplacement », a-t-elle confirmé, soulignant qu’avec le concours de l’Usaid, plus de 36 sages-femmes et infirmiers chefs de poste ont bénéficié de la formation. Seulement, a regretté Mme Tall, ces agents bénéficiaires d’un renforcement de capacités peuvent être affectés au courant de l’année ; ce qui constitue un frein à ce projet de prise en charge.

Mais, elle se dit optimiste parce que si tous les paramètres de prise en charge sont respectés, le Sénégal pourrait, à son avis, stopper la transmission du Vih d’ici à 2030.

A Ziguinchor comme à Kolda, en passant par Sédhiou, les acteurs ne veulent plus voir des PvVih transmettre le virus à leurs partenaires. « Il faut sensibiliser les populations en leur faisant comprendre qu’une personne séropositive peut avoir des rapports sexuels non protégés avec son époux sans risque de contamination, si le protocole de la prise en charge est respectée », a signifié Maïmouna Guèye Tall. Selon elle, il est essentiel de faire comprendre à tous qu’en matière de lutte contre le Sida, il y a un véritable changement. « Le Sida n’est plus synonyme de mort.

Il y a un traitement efficace et on peut vivre pendant des années avec la maladie. Il faut que le rideau soit levé et que tout le monde accepte de se faire dépister. Nous ne devons pas avoir peur de cette maladie », a-t-elle rassuré.

Par Eugène KALY

LE VIH/SIDA A TUÉ 11 PERSONNES À KOLDA EN 2017
Même si le taux de mortalité lié au Vih est faible, le Sida continue de faire des ravages au Sénégal. A Kolda, 11 personnes sont décédées au cours du 3ème semestre 2017 à cause de cette maladie, a informé Mouhamadou Souané, assistant social du district sanitaire de Kolda chargé des données du Vih. Ces décès sont dus à un dépistage tardif. « Les victimes ne savaient pas qu’elles avaient la maladie pour se faire traiter à temps », a justifié notre interlocuteur. Il a ajouté que, dans la région, beaucoup de gens ont perdu la vie à cause du Sida sans le savoir. D’où l’importance de sensibiliser les populations sur la nécessité de se faire dépister très tôt et de se prendre en charge.

E. KALY

KOLDA : 60% DES PROSTITUÉES SONT DANS LA CLANDESTINITÉ
Prostitution« Il y a plus de prostituées clandestines dans la région que déclarées », a lâché Saloum Fall, de la pharmacie régionale de Kolda. Selon lui, les prostituées clandestines rendent difficiles la lutte contre le Sida. Cette difficulté est confirmée par le coordonnateur de l’Alliance nationale des communautés pour la santé (Ancs)-Usaid Néma de Kolda qui a indiqué que la prostitution se fait maintenant en ligne pour éviter la traque des policiers. « Avec les nouvelles technologies de la communication, les professionnelles du sexe ont changé de méthode de travail. Elles trainaient dans les bars et boites de nuit. Maintenant tout se passe au téléphone ou sur les réseaux sociaux », a-t-il expliqué.

Nourou Diallo a rappelé que la prostitution n’est pas autorisée. Elle est seulement tolérée. C’est pour cette raison que, dans les localités comme Sédhiou et Médina Yoro Foula, ancrées dans la culture et la religion, aucune femme n’ose déclarer publiquement qu’elle est travailleuse du sexe. Ainsi, beaucoup d’entre elles s’adonnent à cette activité sans précaution, au risque de s’exposer au Vih/Sida. La preuve : à Kolda, sur 820 travailleuses de sexe clandestines dépistées l’année dernière, 22 ont été déclarées positives. « Heureusement, nous avons proposé le dépistage à certaines travailleuses du sexe clandestines. Les séropositives sont mises sous traitement antirétroviral. Et dire qu’elles pouvaient continuer à contaminer des gens sans le savoir ! D’où l’intérêt d’insister sur l’importance du dépistage », a soutenu notre interlocuteur.

Eugène KALY

BINTOU TRAORE, SEROPOSITIVE : LA CRAINTE DE DÉVOILER SON STATUT SÉROLOGIQUE
Atteinte du Vih en 2010, Bintou Traoré (nom d’emprunt) vit positivement sa maladie. Même si elle se dévoile auprès de ses pairs, elle cache son secret à sa famille et à son entourage, ne voulant pas que ses enfants et son mari soient stigmatisés.

Au Sénégal, des Personnes vivant avec le Vih (PvVih) se dévoilent de plus en plus au public. Fini donc le temps où les séropositifs se cachaient. Le Sida étant considéré par beaucoup d’experts comme une maladie chronique, il faut vivre positivement avec en respectant les rendez-vous et la prise des Arv. C’est ce qu’ont compris beaucoup de PvVih à l’image de Bintou Traoré.

Vih Ruban MainsOriginaire de la Guinée et habitant à Sédhiou, la jeune dame a découvert son statut en 2010, lors d’une séance de dépistage. « A l’annonce de la nouvelle, on dirait que le ciel m’était tombé dessus. En quelques minutes, tout était sombre. Mais, il fallait que je me relève, parce que je ne peux pas abandonner à cause de mes enfants. En tant que croyante, j’ai accepté ma maladie », a-t-elle confié.

Mariée et mère de 5 enfants, la jeune femme a répondu aux questions des journalistes, parfois en les taquinant. Ce qui démontre qu’elle mène ses activités sans se soucier de son statut sérologique. Si ses pairs sont informés de sa séropositivité, son entourage ne l’est pas. « C’est à cause de la stigmatisation que je n’ai pas dévoilé mon statut à mon entourage. J’ai gardé le secret pour protéger ma famille. Je ne veux pas que mes enfants soient stigmatisés dans les rues et à l’école », a expliqué, avec le sourire, Bintou. Aujourd’hui, elle mène un plaidoyer auprès des responsables du Conseil national de lutte contre le Sida et des autres partenaires pour qu’ils viennent en aide aux PvVih. « Ces dernières souffrent, parce qu’en dehors de la prise en charge, elles doivent faire face aux charges liées aux examens et bilan concernant leur santé », a-t-elle soutenu.

Eugène KALY

SEDHIOU : BAISSE DU TAUX DE TRANSMISSION DU VIH DE LA MÈRE À L’ENFANT
Sédhiou, l’une des régions les plus touchées par la pandémie du Vih/Sida, veut stopper la transmission mère-enfant. Des acteurs, avec l’aide du Conseil national de lutte contre le Sida et des partenaires, ont mis en place plusieurs stratégies pour éviter aux femmes enceintes de mettre au monde des enfants atteints du Vih. D’après la responsable de la Prévention de la transmission du Vih de la mère à l’enfant, Ndèye Khady Diouf Kane, parmi ces stratégies, il y a le dépistage de toutes les femmes enceintes qui se présentent dans une structure de santé, la sensibilisation sur l’importance de la femme séropositive d’être sous traitement, mais surtout le respect des rendez-vous par cette dernière.

Mme Kane a affirmé que beaucoup de femmes en état de grossesse acceptent, aujourd’hui, de se faire dépister sans aviser même le mari. « Cela explique la baisse du taux de transmission du Vih de la mère à l’enfant qui est passé de 4 à 2 % ces dernières années », a-t-elle justifié. La responsable de la Prévention a ainsi tenu à rendre hommage aux acteurs de la lutte contre le Sida, aux collectivités locales et aux femmes enceintes qui se sont mobilisés pour qu’aucun enfant ne naisse avec le Vih. Cependant, des obstacles sont encore notés dans la politique de prévention de la transmission mère-enfant. Des femmes qui habitent des villages éloignés, faute de ressources financières, ne respectent pas souvent leur rendez-vous après le dépistage. « Ce qui aggrave les risques de transmission mère-enfant dans certaines localités de la région », a regretté Mme Kane. A cela s’ajoutent des difficultés liées au réseau de transport qui fait défaut à Sédhiou et environs.

Par Eugène KALY

Last modified on vendredi, 25 mai 2018 06:25
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