Contribution à la protection matérielle et morale à la foncton militaire, appui à l’ecole, randonnée pédestre, solidarité… : La Saint-Cyrienne pour l’excellence et le civisme

06 Jui 2018
4704 times

Saint-Cyr. Cette évocation renvoie à la célèbre académie militaire française qui a formé, pour le Sénégal, plus d’une centaine d’officiers tant en activité qu’à la retraite aujourd’hui. Elle force le respect eu égard aux valeurs qu’elle charrie et qui traversent les promotions et les générations. Des valeurs communes portées et déclinées avec fierté par les anciens pensionnaires qui, avec honneur, ont servi dans les Armées et ont grandement contribué à les façonner dans nombre de pays d’Afrique.

L’établissement est une école militaire d’enseignement supérieur français fondée en 1802 par Napoléon Ier alors premier consul. Le Sénégal a été l’un des premiers pays africains bénéficiaires de la formation dispensée à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr (Esm de Saint-Cyr) plus communément appelée Saint-Cyr. La Saint-cyrienne Sénégal (Scs), elle, est l’association des anciens élèves sénégalais de l’Esm. Elle a été légalement constituée depuis 2002. Ses membres appartiennent ou ont appartenu aux Armées ou à la Gendarmerie. Rencontre avec des membres du nouveau bureau de la Scs issu de l’assemblée générale du 9 mai dernier, ouverts d’esprit et disposés à apporter des éclairages sur différentes questions.

La Saint-Cyrienne Sénégal (Scs) regroupe de nombreux anciens officiers sénégalais qui ont occupé des postes de premier plan dans nos Forces armées. Mais aussi des officiers en activité même si ceux qui conduisent, au quotidien, les destinées de l’Association, sont à la retraite. Le nouveau bureau de la Scs veut se recentrer sur ses objectifs premiers tout en gardant son caractère apolitique. Son président est le général Babacar Gaye, ancien chef d’état-major général des armées (Cemga), ex-commandant de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) et représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en République Centrafricaine. Le président d'honneur est le général Mamadou Mansour Seck, également ancien Cemga et ex-ambassadeur. Le nouveau bureau de la Scs a belle allure et dégage. Il s’est récemment engagé dans des projets de soutien à l’Ecole sénégalaise avec laquelle il veut partager la devise de Saint-Cyr : « Ils s’instruisent pour vaincre ». Le collège d'enseignement moyen (Cem) Martin Luther King, établi à Gibraltar, en est le premier bénéficiaire (voir article ci-dessous). « L’Association, en plus des activités d’entraide, milite pour la promotion de l’excellence. Aussi récompense-t-elle chaque année les majors des promotions de l’Ecole nationale des officiers d’active (Enoa) et de l’Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale (Eogn). Dans le cadre de notre volonté de rayonnement, nous organisons chaque année une randonnée pédestre qui, aujourd'hui, en est à sa 11ème édition. Cette randonnée est d’ailleurs très courue par les Sénégalais, notamment dans le milieu des clubs de randonnée en raison de l’action que mène inlassablement le général Mouhamadou Keïta auprès de ces clubs. Nous organisons aussi la fête annuelle des Saint-Cyriens, comme partout dans le monde », explique le général Gaye. Son frère d’armes, le général Mansour Niang, de préciser que leur randonnée rassemble désormais plus de 3.000 personnes.

Contributions discrètes
La Saint-Cyrienne Sénégal développe naturellement des activités intellectuelles et participe à la réflexion stratégique. Dans cette optique, elle a, en partenariat avec l'Asena (Association sénégalaise des anciens élèves et auditeurs de l'Ena de France), co-organisé, en 2016, un dîner-débat qui a porté sur « L’Afrique de l’Ouest face à la montée des crimes transfrontaliers ». Elle a aussi monté un autre dîner-débat, en 2017, toujours en collaboration avec l'Asena, portant sur le thème « La criminalité et le développement ». Le général Talla Niang d’insister sur « cette nécessité de participer au débat public apolitique, en s’appuyant sur les valeurs de Saint-Cyr qui renvoient à un culte de l’excellence et du travail bien fait ». Les productions et échanges entre membres de la Saint-Cyrienne Sénégal s’incrustent bien, selon le général Gaye, dans la « veille et la vigilance que nous devons avoir sur les questions de défense et de sécurité ». Le colonel Mbareck Diop de mettre l’accent sur la nécessaire « synthèse de nos réflexions avec des recommandations mises à la disposition des autorités ». Une synthèse vue et voulue comme une « discrète contribution de spécialistes ».

Dans sa dimension de protection matérielle et morale de la fonction militaire, les anciens de Saint-Cyr mettent en avant l’indéfectible « soutien moral à ceux qui ont la responsabilité de conduire les destinées de l’Armée et de la Gendarmerie ». Le président de la Saint-Cyrienne est catégorique : « Ceux qui sont en activité sont les chefs d’aujourd’hui. Il y a une considération qui leur est due. Ils sont nos partenaires privilégiés ».

Le colonel Djiby Diop aussi de ramener à la surface une réalité très souvent tue : la frustration d’entendre des non-spécialistes parler et s’épancher sur des questions militaires. « Il est souhaitable d'occuper les devants de la scène en raison de notre expertise en ce domaine », déclare-t-il.

Ce dernier sentiment contraste néanmoins avec le caractère inédit de la situation que vivent ces anciens officiers qui étaient en activité dans les années 70, 80 et 90 et qui se murent souvent dans un silence qui ne permet pas aux nouvelles générations de bénéficier de toute leur expérience ou expertise. « Ceux qui sont à la retraite ont le souci de ne pas donner l’impression de vouloir donner des leçons ou de gérer les affaires. Il est évident que la compétence, l’expertise que nous avons acquises peuvent être mieux utilisées pour la société sénégalaise », répond le général Babacar Gaye.

Civisme
« La vocation de notre structure de solidarité à l'école sénégalaise procède du souci de rendre à la Nation ce qu’elle nous a donnés. Nous sommes, pour la plupart, issus de l’école publique.

Nous voulons donc apporter quelque chose en retour à la Nation sénégalaise tout en restant à notre place. C’est pourquoi nos conseils doivent être à la demande, donc désirés. Aussi, les donnons-nous avec le maximum de discrétion », précise le général Talla Niang.

Même son de cloche chez le colonel Mbareck Diop qui, tout en ne voulant pas que l’Association soit sur la place publique, revendique sa « légitimité de parler du civisme et du patriotisme dans tous leurs compartiments ». Des préoccupations au sujet desquelles il reste beaucoup à faire.

Ces Cyrards portent aujourd’hui sur les Forces armées sénégalaises un « regard vigilant de solidarité », selon le général Gaye. Regard empreint d’un « sentiment de fierté ». Fierté d'y avoir servi. Cette fierté est élargie, dans la dynamique de la formation nationale, avec la création d’écoles de formation initiale pour les officiers de la Gendarmerie ou des Armées. « Si nous récompensons les majors de promos à l’Enoa et à l’Eogn, c’est effectivement parce que ces écoles sont les nôtres. La plupart ont beaucoup contribué à la création et à la formation dans ces deux écoles ».

« Ce qui ne nuit en rien la solidarité que nous entretenons avec tous les Saint-Cyriens du monde, fondée sur une histoire commune. Nous avons un pays ouvert au monde », se réjouit l’ancien Cemga.

Par Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

CAS DU CAPITAINE DIÈYE
Cpt Mamadou DieyeInterpellé sur ce qu’il est convenu d’appeler le « cas du capitaine Dièye », du nom du jeune officier accusé de désertion, radié de l’Armée et devenu soldat de 2ème classe et également cyrard, ses anciens parlent avec émotion, mais surtout raison. « Nous avons toujours un pincement au cœur à chaque fois qu'une crise, aussi bénigne soit-elle, surgit au sein des Armées. Nous mesurons justement les difficultés du commandement à maîtriser les comportements de chacun des militaires. Mais, pour le cas de ce jeune officier, l’Armée est la mieux outillée pour évaluer les faits et voir les mesures qui s’imposent », suggère le général Babacar Gaye. Pour le général Mansour Niang, il s’agit là d’un « cas d’exception, une première » puisque d'autres sont partis avant lui, dans la discrétion. « C'est l'infime minorité parmi tous ces Saint-Cyriens de valeur qui ont contribué au développement et au prestige de notre Armée, à l'intérieur comme à l'étranger.

Ainsi, le cas du capitaine Dièye, qui veut partir dans de pareilles circonstances, nous étonne à plus d'un titre. Notre Association n’a pas été saisie de la démarche du capitaine. Il est en service dans les Armées et toute démarche doit s’inscrire dans le cadre du règlement et de la discipline. Nous n'avons pas été saisis pour interférer dans cette situation. Le cas échéant, nous verrons quelle contribution apporter au commandement de l’Armée », souligne le général Mansour Niang.

Les FAS connaissent des départs de valeureux officiers vers d’autres cieux et structures vus comme plus cléments. Une situation qui suscite des appréciations bien analysées des membres de la Scs. Pour le président Babacar Gaye, il convient de lire certains phénomènes qui se passent dans l’Armée à l’aune de la « vitesse de croisière » qu’atteint progressivement celle-ci. « Les départs en cours de carrière sont bien connus dans toutes les Armées. Ils sont prévus dans la gestion des personnels, et font parfois même l’objet de mesures incitatives. L’Armée aurait certainement préféré garder les meilleurs et il faut dire qu’il y a d’excellents officiers qui restent dans les rangs. Il y a, néanmoins, dans la gestion du personnel, une proportion des départs au-dessus de laquelle les services seraient en alerte. Je ne pense que ce seuil soit atteint. Ces départs constituent donc un phénomène presque normal », souligne le général Gaye.

Cet « appel d’air pourrait être une bonne chose pour l’Armée sénégalaise car ceux qui partent restent des ambassadeurs de notre armée », avance le général Talla Niang. « C'est un phénomène qui touche tous les pays », ajoute-t-il. Les Nations Unies, point de chute pour de nombreux officiers, sont considérées comme une 2ème patrie. Pour autant, fait remarquer le général Talla Niang, « le personnel part au compte goutte et il n’y a nullement d'hémorragie ».

Le colonel Djiby Diop établit un « parallèle avec le milieu sportif » qui voit de grands sportifs faire carrière sur l’international.

Prenant son propre cas, le colonel Mbareck Diop, ingénieur des Ponts et Chaussées, rappelle avoir quitté l’Armée après 9 ans de grade de colonel. Et de souligner qu’il est possible de servir son pays ailleurs que dans l’Armée. Les bonnes pratiques, d’ailleurs, peuvent être également convoquées comme l’exemple des Etats-Unis où la plupart des officiers ne font pas une longue carrière militaire.

I. K. NDIAYE

FÉMINISATION DE L’ARMÉE
Femmes arméesSur la question de la féminisation des Armées, le général Gaye est d’avis que chacun doit assumer ses responsabilités. « L’Etat, autorité civile et militaire, a fait son devoir en faisant entrer les femmes dans cet univers. L’Armée a très tôt intégré des médecins féminins, mais le recrutement dans les corps de troupe s'est fait tout récemment à la suite de la Police et de la Gendarmerie.

Il s’agit d’un pas en avant qui est dans l’air du temps, au nom de l’égalité des chances. Nous nourrissons beaucoup de confiance envers les femmes qui vont certainement nous permettre de faire beaucoup d’avancées. Il faut donc qu’elles assument elles-mêmes leurs responsabilités par rapport à leurs conditions physiques et disponibilité, tout en sachant que le type de rapport humain dans l’Armée n’est pas toujours convivial. Dans l’Armée, ce sont l’honneur et la sécurité de la Nation qui sont en jeu », analyse le général Gaye.

Le général Mansour Niang pense également qu’il est bien de féminiser. Mais, il avertit sur la nécessité de conjuguer objectivité et sérieux pour dénicher les meilleurs profils dans les recrutements. Il suggère de procéder à l'évaluation du recrutement des femmes dix ans après l’admission de celles-ci.

I. K. NDIAYE

CEM MARTIN LUTHER KING : UN APPUI DE LA SAINT-CYRIENNE À L’EXCELLENCE
Primé lors du dernier défilé du 4 avril, le Cem Martin Luther King doit son choix à la Direction des constructions du ministère de l'Education qui a transmis sur la demande d’une liste de constructions et de rénovations possibles au bureau de l'Association, explique le président Babacar Gaye. Ce choix relève aussi de la qualité des résultats qui font du Cem, ces deux dernières années, le meilleur collège de Dakar. C’est comme si les membres de la Saint-Cyrienne Sénégal avaient voulu récompenser la rigueur et la discipline qui règnent dans l’établissement de 900 élèves.

La discipline dans ce Cem n'est pas à négocier. Les élèves qui s’aventurent à amener des téléphones portables se les voient confisquer jusqu’à la fin de l’année. En outre, il n’y a ni port de greffage ni de mèches. Sous la conduite martiale de Madeleine Diakhaté Kébé, la Principale, et Ansoumana Guèye, le Surveillant général, l’établissement renvoie un air frais avec ses cours ombragées.

Les travaux de réfection, qui vont bon train, renforceront sans aucun doute ce sentiment de havre de paix et pourraient permettre de dépasser son taux de réussite de 70% au brevet.

Dans l’établissement, nous avons trouvé des ouvriers tenus par des délais sur un chantier qui se mène dans la discrétion sans nuire à l’instruction scolaire.

Le projet en cours consiste à « rénover les blocs d'hygiène inutilisables depuis des années, améliorer le confort dans la salle des professeurs, ériger des bancs dans la cour de récréation et procéder à diverses réfections de plomberie et de peinture », selon le général Gaye. Ce projet a pu voir le jour, insiste-t-il, grâce au soutien des partenaires qui accompagnent, chaque année, la Saint Cyrienne Sénégal lors de sa randonnée pédestre. Il exprime surtout une « expression de la foi des membres de l'Association en la jeunesse de notre pays et de leur attachement au renforcement du si précieux lien Armée-Nation ».

« Des travaux supplémentaires ont été demandés par la Principale, et le bureau donnera sûrement son accord », précise le président Gaye. Ils consistent en la modification des chasse d'eaux avec un système plus solide, la peinture de la façade extérieure, un dallage dans la cour, un pédiluve dans la cour des petites où les écoulements d'un robinet de puisage créent une zone humide insalubre. Les membres de la Scs espèrent voir la fin des travaux en juin prochain. La pose des bancs dans la deuxième cour des conduites d'alimentation, les évacuations qui étaient obstruées et causaient une situation désastreuse des blocs d'hygiène, sont déjà terminées. « Nous avons démarré les travaux depuis trois semaines et ils doivent durer 45 jours. Il reste une dizaine de jours, mais l’essentiel du travail est terminé. Le montant global de l’appui s’élève à environ cinq millions. Nous voulons accompagner l’établissement jusqu’à la fin de l’année, notamment en produits d’entretien », révèle le colonel Mbareck Diop.

La Principale de l’établissement ne tarit pas d’éloges pour la Saint-Cyrienne Sénégal. « Cet appui est de taille pour nous. Nous en avions vraiment besoin. Il nous permettra de nous ancrer dans le meilleur et de tenir haut le flambeau. La Saint-Cyrienne récompense l’engagement de professeurs et de tout l’encadrement. Nous procédons ici, tous les lundis, à la levée des couleurs », précise la Principale, Madeleine Diakhaté. Pour elle, le secret des bons résultats de l’établissement s’explique par le « temps de travail consacré aux élèves ». S'y ajoute l'influence du parrain Martin Luther King qui est déjà une source d’émulation, de motivation. « Les filles en classe de troisième viennent suivre des cours gratuitement tous les samedis », assure le surveillant général Ansoumana Guèye.

L’encadrement de l’établissement mesure les efforts consentis pour les travaux. La Principale identifie la bonne tenue des nouvelles réalisations et le suivi de leur entretien comme des priorités.

I. K. NDIAYE

Last modified on mercredi, 06 juin 2018 07:11
Rate this item
(0 votes)


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.