La clique des insulteurs

16 Aoû 2017
11 times

Des individus ont accédé, ces derniers jours particulièrement fiévreux (après la parade des engagements politiques), à une honteuse célébrité en proférant des insanités et en accablant certaines gens de grossièretés qui nous révèlent notre société en déliquescence ; une évolution normale, diront les « ESpécialistes » de chez nous qui lisent trop souvent à la loupe la courbe ondulée de la désarticulation sociétale de l’autre côté de l’Atlantique pour en faire une transposition « tropicale ». Ce nouveau type d’insulteurs, utilisateurs inconsidérés d’outils technologiques à la portée même de ceux qui émargeaient sur la liste des « rebuts » du genre humain (moralement parlant), trouve, en des défenseurs zélés de leur infâmie, un accotoir d’« auto-absolution ». On plaide subitement pour la catin qui n’hésitera pas à prêcher la morale ! Ce n’est pas de l’amnésie. C’est de la fourberie. Les personnes, qui érigent en des « iconoclastes éclairés » ces héros de notre tragédie, peuvent s’inquiéter. Ce sont là les premières manifestations d’une pernicieuse aliénation mentale accompagnée d’une indicible incivilité. Celle-ci est une calamité sous nos cieux.

Il est tout à fait normal que le rapport à celui qui exerce l’autorité suprême évolue dans le temps et connaisse même une sorte d’effritement de l’image de souverain « respecté et craint ». Il en est de même des marabouts et des « petits-fils ». La parole, marqueur de la conscience citoyenne, des libertés acquises ou confisquées et de la sophistication des moyens de diffusion, est révélatrice de ce fait. Les textes qui régissent le cheminement collectif sont les mêmes (d’où la nécessité d’une analyse sereine) mais nous n’avons plus la même société…ni les mêmes acteurs politiques qui en sont des produits. La tension entre Léopold Sédar Senghor et Lamine Guèye, après leur rupture, a produit des discours « fougueux » mais jamais marqués d’irrévérence. Leurs retrouvailles n’avaient point rebuté l’opinion. Aujourd’hui, combien sont-ils ces hommes politiques et ces « institutions » pourvoyeuses de sens dont les propos frisent l’indécence à chaque fois qu’il leur est donné l’occasion de produire la parole dans l’espace public ?

Les mots « kersa », « soutoura »…ne sont en réalité que des vestiges de nos prétentions. Nous ne sommes plus ce que nous prétendons être. Toutefois, cela n’absout point les « pendards » et ceux qui s’obstinent à leur trouver des circonstances atténuantes et à empêcher aux oreilles choquées et « dépucelées » de les soumettre au supplice de la guillotine. Il faut que la sanction (à mettre à jour) soit suffisamment dissuasive pour nous préserver de la faction des insulteurs et de leurs balles puantes.

Par Alassane Aliou MBAYE

Le Conseil constitutionnel a publié, ce lundi, les résultats définitifs des élections législatives du 30 juillet dernier. Les 7 sages ont validé les résultats provisoires publiés par la Cour d’appel, il y a quelques jours. Les recours déposés par les partis et coalitions ont été tous rejetés. De ce fait, la répartition des députés par coalition reste inchangée avec 125 élus pour « Bennoo Bokk Yaakaar », 19 pour la coalition gagnante « Manko Wattu Sénégal », 7 pour « Manko Taxawu Sénégal », 3 pour Pur, entre autres.

Les résultats définitifs des élections législatives du 30 juillet 2017 ont été affichés, ce lundi, par le Conseil constitutionnel. Il ressort de ces résultats définitifs publiés par la juridiction suprême de droit constitutionnel qu’il n’y a pas eu de chamboulement car les 7 sages ont validé les résultats provisoires donnés par la cour d’appel, il y a quelques jours. Le Conseil constitutionnel a rappelé qu’il y a eu 6.219.446 inscrits pour 3.337.494 votants, 27.059 bulletins nuls soit 3.310.435 suffrages valablement exprimés et un taux de participation de 53,66 % ; le quotient national a été établi à 55.174.

Le Conseil constitutionnel a confirmé que la coalition « Bennoo Bokk Yaakaar » a remporté la majorité avec 125 députés en comptabilisant 1 67.761 voix. La coalition présidentielle s’est retrouvée ainsi avec 95 députés issus de la liste majoritaire et 30 députés issus de la liste proportionnelle. En deuxième position des résultats définitifs du Conseil constitutionnel, il y a la coalition gagnante « Manko Wattu Sénégal » de l’ancien président Me Abdoulaye Wade qui s’est retrouvée avec 552.095 voix et 19 députés, à savoir 10 représentants issus de la liste proportionnelle et 9 issus de la liste majoritaire. Me Wade et compagnie ont conservé leurs 5 députés de Mbacké malgré le recours déposé par Abdou Mbacké Ndao de « Bennoo Bokk Yaakaar ». En troisième position, il y a la coalition « Manko Taxawu Sénégal » dirigée par le maire de Dakar, Khalifa Sall, qui s’est retrouvée avec 388 188 voix pour 7 députés issus tous de la liste proportionnelle. Cette  liste a définitivement perdu la bataille de Dakar. Créant la surprise, le Parti pour l’unité et le rassemblements (Pur) a vu ses chiffres provisoires confirmés par le Conseil constitutionnel (155.407 voix et 3 députés).

Au lendemain de la publication des résultats provisoires  par la Cour d’appel, il y avait des recours déposés par plusieurs coalitions ou partis au greffe du Conseil constitutionnel. Cependant, il n’y a eu que trois recours qui ont été jugés recevables par les 7 sages par leur forme, qui après études, les ont tous rejetés. Il s’agit du recours déposé par « Bennoo Bokk Yaakaar » «tendant à l’annulation du vote à Touba et à la reprise du scrutin dans tout le département de Mbacké» ; du recours déposé par la coalition gagnante « Manko Wattu Sénégal », «tendant à l’annulation des suffrages obtenus par la coalition  « Bennoo Bokk Yaakaar » dans le département de l’Europe de l’Ouest, du Centre et du Nord» et de la requête déposé par le camp de Khalifa Sall «tendant à l’annulation des élections législatives du «30 juillet 2017». Ces 3 coalitions ont été toutes déboutées par le Conseil constitutionnel qui a maintenu les résultats publiés dans ces circonscriptions.

Oumar KANDE

Assemblee Nationale

CLIQUER ICI POUR LE TABLEAU COMPLET DES RESULTATS

Last modified on mercredi, 16 août 2017 12:29

Il est difficile de revenir sur un événement douloureux qui a donné un nouveau cours à sa vie. En Casamance, à Ziguinchor comme dans le village de Boffa, près de la frontière avec la Guinée-Bissau, les victimes des mines anti-personnelles tentent de revenir à la vie. Certaines ont transcendé le syndrome post-traumatique. D’autres sont figés dans le temps. Elles ont une conviction commune : ne jamais mettre en avant leur sort pour survivre. Chacune tente de gagner dignement sa vie.

Le marché de Tilène fourmille sans cesse. Les mamans et leurs enfants ; des filles se bousculent autour des ballots de friperie. D’autres femmes, le panier à la main, sortent des petites allées de cet espace commercial. La jeune commerçante Sadio Mandiang, debout sur cette rue passante, nous attend. Vêtue d’une tenue fleurette avec des dentelles, la tête couverte d’un voile noir, refuse de se résigner. Elle croit au destin. C’est certainement dans sa foi qu’elle puise ses forces pour être encore debout. Dans le périmètre de sa cantine au marché Tilène, cette demoiselle est la plus jeune. Son échoppe est encombrée de pots de crème, de mèches, de bijoux. Elle est la plus jeune victime des mines en Casamance. Un jour de l’année 1998, elle suivait ses grands frères qui se rendaient dans des rizières, dans le village de Djanna Malary, au Nord de Sédhiou, sur la route de Kolda.

Contrairement à ces derniers, elle a emprunté un autre chemin. Son sentier bouleversera sa vie alors qu’elle n’avait que cinq ans. « Je ne savais pas ce qui m’était arrivé. Mais c’est ma maman qui m’a raconté que lorsque j’avais cinq ans, je suivais mes grands frères dans les rizières, c’est sur le chemin que j’ai eu cet accident », rapporte Sadio Mandiang, d’un ton saccadé empreint de philosophie. Depuis 1998, année de l’accident, elle ne vit pas dans son village natal. Elle est à Ziguinchor où elle suit ses traitements auprès de son oncle. Depuis 2014, l’Ong Handicap international l’accompagne pour son insertion. Elle refait peu à peu sa vie au marché. « Ce n’est pas tous les jours que les activités marchent. Mais nous parvenons à avoir quelque chose pour nous », se contente-t-elle de dire. Elle se bat pour subvenir à ses besoins « sans tendre la main ». Elle milite dans l’association des victimes des mines. Sadio Mandiang est sur le front de la sensibilisation. La prévention d’autres accidents est son sujet de préoccupation. « Nous organisons régulièrement des réunions pour discuter des problèmes de notre association. Nous participons aussi à la sensibilisation », confie Sadio Mandiang.

Nous quittons l’effervescence du marché et nous voici, sur la grande Avenue 54. Cap sur Boffa. Lorsque nous sortions, nous voici, dans la platitude des zones boisées. Nous traversons des villages comme Kenya, Boucott Mancagne, Bourofaye Manjack, Brigadier sur cette route de la Guinée-Bissau, sans nous rendre compte que nous dépassions la guérite où il est inscrit « Mpack ». La même équipe de reporters y était il y a quelques mois. Nous disons alors de faire demi-tour. Nous avons laissé derrière nous Boffa. Nous disons alors à Balla Thiam de lever le pied sur l’accélérateur.

A chaque cent mètres, nous demandons aux personnes que nous croisons. Au loin, on aperçoit une plaque blanche avec une couleur de rouille. « Réinstallation des populations de Boffa ». L’inscription est claire. Nous empruntons une piste d’argile qui éventre les rizières. Le sentiment de peur semble envahir l’équipe. Après quelques mètres, la voiture ne peut plus avancer. A quelques mètres, un autre véhicule a laissé les traces de son embourbement. Mais, dans des rizières, les femmes, certaines la tête couverte de calebasse, d’autres de foulard, se montent très enthousiastes. Ces femmes nous insufflent une dose de réconfort. « Les maisons que vous regardez au loin, c’est le village de Boffa », nous orientent-elles. Nous poursuivons le chemin ce vendredi.

Le soleil a déjà dépassé le zénith. Il fallait aller à la rencontre d’une victime. A l’entrée de Boffa, trois bâtiments en dur aux portes peintes en vert se singularisent de la répartition en bloc des autres habitats. Les garçons déplument des poulets. C’est dans ce village où Djibril Diallo se retire de temps en temps pour se reposer. Le temps passe mais n’efface pas les pires moments de sa vie. C’est le 12 mars 1998 qu’il a sauté sur une mine dans le village de Kaguitt, dans l’arrondissement de Nyassia, au Sud de Ziguinchor. Elle n’avait que 9 ans. Lorsque nous rencontrions, le secrétaire général de l’association ne laisse aucun signe d’un passé douloureux. Il n’est pas dans le syndrome post-traumatique. C’est un croyant.

Le miraculé
DémineurD’ailleurs, il a accepté le rendez-vous sous condition que nous fassions avant la prière du vendredi. Djibril Diallo est revenu de loin. Il ne veut pas insisté sur son sort. C’est le porte-parole des autres. C’est lui le secrétaire général de l’association des victimes des mines en Casamance. « Dans notre association, nous travaillons à aider nos membre à monter des projets viables. Nous voulons que toutes les victimes gagnent leur vie comme les autres personnes. Ce n’est pas facile. Mais nous travaillons pour l’épanouissement des victimes », répète le secrétaire général de l’association des victimes titulaire d’un Master II en informatique appliquée à la gestion obtenue à l’Université de Ziguinchor. L’intérêt général prime sur les intérêts personnels pour Djibril Diallo.
De Boffa, nous revenons à Ziguinchor, au quartier Yama Togne près de la police. En face du siège de l’Anrac, il est assis à l’entrée d’un hangar où sont arrimées des planches de différentes dimensions. C’est ici qu’il gagne désormais sa vie. A vrai dire, son parcours est jalonné d’incidents et d’accidents. L’ancien chauffeur de transport en commun Ziguinchor-Bissau a frôlé deux fois la mort. « Je faisais la navette avec une voiture de transport en commun. La voiture s’est renversée deux fois avec moi, je suis sorti indemne », raconte-il. Il n’en avait pas fini pour autant avec les déboires car la grand-mère du propriétaire de la voiture venait régulièrement le menacer. Mais le chauffeur fait la sourde oreille jusqu’à ce qu’il tombe malade. « Dans ma vie, j’ai tout vu. La grand-mère du propriétaire de la voiture m’intimider en me disant de ne pas conduire la voiture de son petit-fils et que si je persiste, j’allais être atteint par un mauvais sort », raconte-il.

Six mois plus tard, le chauffeur contracte une nouvelle maladie. Il fait le tour des hôpitaux, malgré tout son état de santé ne cessait de décliner. Il a épuisé toutes les voies de recours de la médecine moderne. Il s’est alors résolu à se rendre dans son village d’origine Djirack, dans la zone de Santhiaba Manjack. « Je suis retourné à la source », dit-il. Une fois à Djirack, ses parents lui ont demandé de s’installer à Boudjédiette pour le traitement traditionnel. Il ne connaissait personne dans ce village. C’est ici que les signes prémonitoires lui sont apparus. Le chauffeur avait vu venir l’accident. « Un jour, j’ai rêvé que j’ai sauté sur une mine. D’habitude, lorsque je fais ce genre de rêve, je savais ce qu’il fallait faire. Mais cette fois-ci, je n’avais pas de solution. Je me suis dit alors qu’il fallait que je me confie », confesse-t-il. Deux jours plus tard, un vendredi, il décide de partir à Djirack en empruntant une route bordée de bosquet. Un bras de fleuve sous l’influence des marées hautes et basses était un passage obligé. Juste avant le pont de fortune, à Essoudiack, il entendit une voix. Mais il ne voit personne aux abords. Il pose son pied gauche sur une planche du pont. Celle-ci se soulève. Il fait marche arrière et piétine la mine. « J’ai entendu une explosion. Ma tête s’est retrouvée au fond de l’eau. J’ai retrouvé mon pied derrière moi. La zone n’était pas fréquentée. Je suis resté de 17 heures à 19 heures. J’ai abondamment saigné. C’est après l’alerte à Essououdiack que les militaires se sont mis à ma recherche », raconte-t-il.

Le mot du capitaine raisonne encore dans sa tête. Ce dernier, au regard du temps perdu après l’accidente et la perte de sang, n’avait pas espoir que Djibril Diallo allait survivre. Il est évacué à l’hôpital principal où il a été interné durant 1 mois 15 jours. « Je dois remercier Dieu, je suis en vie. Combien de personnes qui n’ont pas survécu après avoir sauté sur une mine, d’autres sont amputées de deux jambes », se résigne l’automobiliste. C’est avec ses économies qu’il a supporté les frais d’hospitalisation et l’achat de la prothèse.

Des familles disloquées
L’automobiliste est un esprit libre. Il le clame. Un jour, à la gouvernance, lors d’une réunion après la fête du 4 avril, lorsqu’un un responsable d’une structure a présenté la situation des victimes des mines sous de beaux draps, il a élevé la voix. Les personnes préposées à la sécurité l’évacuèrent manu militari de la salle. Depuis lors, il est mis au banc des accusés. L’automobiliste accuse : « L’association ne m’informe de rien. Parfois, c’est moi qui surprends les membres en réunion. Je n’ai pas la langue dans ma poche. Je dis ce que je pense », se targue-t-il.

Cette victime est une mine d’informations. Il nous tient en haleine durant plus d’une heure. Il ne veut pas de compassion. Le sort des autres victimes le préoccupe. Il compatit avec une femme du nom d’Elisabeth Nansala abondée par son époux. L’autre est un homme divorcé d’avec son épouse. « Un de nos camarades est décédé à cause des remords. Sa femme a quitté le domicile conjugal », se désole l’ancien chauffeur.

Refus de la fatalité
Depuis son accident, il n’est pas resté les bras croisés. Il refuse de s’apitoyer sur son sort. Il s’est lancé dans l’élevage de poulet. L’activité était fleurissante. Mais sa volaille est décimée par une maladie dans un premier temps. Il indexe l’aliment importé de Dakar. Avec l’appui des Ong, il se relève de cette chute. Il achète des poussins. Il en élève à nouveau. Cette fois-ci, c’est lui qui est tombé malade. Pendant qu’il était hospitalisé, des personnes mal intentionnées ont fait main basse sur ses poulets. Il met en veilleuse l’élevage et il tente de se refaire une santé financière en aidant son ami à louer des planches pour les coffrages. « J’avais décidé de ne plus parler de mon sort. Je refuse qu’on me prenne comme une personne qui met sa situation en avant pour avoir quelque chose. A Ziguinchor, les victimes des mines ont besoin d’aide. Mais je ne connais pas une seule qui mendie. Je crois que je peux gagner ma vie comme les autres personnes », affirme l’automobiliste.

A Ziguinchor, ces victimes passent inaperçues. Certaines ne veulent plus revenir sur leur sort pour ne pas attirer les regards de l’entourage. « Les victimes se méfient parce qu’elles ne veulent pas que les personnes croient qu’elles veulent se servir de leur situation pour se faire de l’argent », témoigne M. Diallo, chargé des opérations de déminage au Centre national anti-mines situé dans le quartier Halwar de Ziguinchor. Des élèves qui étaient victimes des mines enseignent dans des écoles de la région.

Ousseynou Coréa : « Les femmes sont abandonnées par leurs belles-familles ou par leurs familles »
Veillant sur le Centre national anti-mines sis à Halwar, Ousseynou Coréa n’est plus retourné au campement « Oasis » de Niaguiss où il travaillait. Il fait partie des survivants du véhicule qui avait sauté sur une mine en 2002. Il a été hospitalisé pendant quatre mois à l’hôpital régional de Ziguinchor. Il se préoccupe plus des conditions des femmes amputées. « Elles sont soit abandonnées par leurs belles-familles soit par leur parents proches parce qu’elles sont physiquement diminuées », témoigne Ousseynou Coréa.
 
Mamadou Diallo, chargé des opérations au Cnams : « On peut acheter une mine à 500 FCfa, mais pour l’enlever, il faut 1,5 million de FCfa »
Les activités de déminage se poursuivent dans la région naturelle de la Casamance. Et depuis février 2008, début des opérations, c’est un total de 429 engins qui ont été prélevés et détruits par les équipes qui interviennent sur le terrain. Actuellement, la superficie nettoyée est estimée à 1.795.553,372 m² sur les 35 localités à Kolda, Sédhiou et Ziguinchor. « Au moment où je parle, l’activité de déminage est toujours en cours dans la région naturelle de la Casamance. Présentement, les équipes sont dans un quartier de Ziguinchor qu’on appelle Djibanar, dans la commune de Boutoute », explique Mamadou Diallo, chargé des opérations au Centre national d’action anti-mines (Cnams).
 
Mais dans ces activités de déminage, certaines zones semblent plus infectées que d’autres. C’est le cas de Niaguiss où l’essentiel des engins ont été prélevés. Il reste aujourd’hui à nettoyer une superficie évaluée à 1 563 595 m², mais les responsables du Cnams se heurtent à la cherté des opérations de déminage. « On peut acheter une mine entre 300 et 500 FCfa; mais pour l’enlever, il faut 1,5 million de FCfa », regrette Mamadou Diallo. Compte tenu du retrait de plusieurs partenaires dans le financement des opérations de déminage au Sud du pays, l’Etat du Sénégal a injecté 4 milliards FCfa dans le programme national de déminage à raison de 200 millions de FCfa pour le Centre national d’action anti-mines. Cette somme reste insuffisante parce que devant faire l’objet d’arbitrage entre les activités d’insertion, l’assistance aux victimes et le déminage proprement dit.

Enlèvement des démineurs en mai 2013
A ce manque de moyens, il faut aussi ajouter d’autres facteurs qui ont contribué au ralentissement des activités de déminage. Parmi ces facteurs, il y a l’enlèvement des démineurs en mai 2013. Ce qui a semé le doute dans l’esprit des Ong et des bailleurs de fonds engagés au côté du Sénégal. « Depuis cet enlèvement, la progression sur le terrain a connu un ralentissement du fait du retrait de certains bailleurs et par conséquent la réduction du nombre d’opérateurs et des ressources disponibles », nous confie-t-on. Egalement avec la réalisation de la Rn6 et les 26 km de pistes de production devant être réalisées par l’Ong américaine « Shelter for life », les activités de déminage ont été suspendues sept (7) mois durant.

Accompagnement social et psychologique : Une intervention multidimensionnelle avec des effets appréciables
Gratuité des soins médicaux dans les hôpitaux, prise en charge psychologique, financement de projets pour une meilleure insertion socio-économique, les victimes des mines bénéficient d’une réelle assistance de la part de l’Etat, par le biais du Centre national d’action anti-mines au Sénégal (Cnams) basé à Ziguinchor.

C’est l’une des séquelles les plus visibles du conflit en Casamance. Les nombreuses mines enfouies dans certaines zones de la région naturelle de la Casamance. Ces engins continuent de faire des victimes, avec ces centaines d’hommes et de femmes amputés, après avoir sauté sur ces engins de la mort. Ils sont élèves, femmes au foyer ou paysans qui ont vu leur vie bouleversée après un accident. Certaines de ces victimes, sinon la plupart, vivent dans des conditions précaires. Au total 826 victimes ont été recensées depuis le début du conflit par le Centre national d’action anti-mines au Sénégal (Cnams). Militaires et civils sont confondus dans ce lot. Mais qui est réellement considéré comme victime et bénéficie-t-elle d’assistance ? « La notion de victime est très large, selon la convention d’Ottawa. Est victime la personne qui a sauté sur une mine ; les parents de cette victime, les communautés dont les champs sont pollués par les mines. C’est une concept très large. Il appartient à chaque pays, en fonction avec ses réalités et de ses moyens, de définir la notion de victime. Le Sénégal a pris l’option de se focaliser sur les victimes civiles survivantes présentant des séquelles », explique Khady Badji, chargée de la Division réinsertion des victimes au Centre national d’action anti-mines.

Actuellement 183 victimes survivantes portant des séquelles ont été dénombrées. Parmi elles, il y a 85 amputées dont quatre double amputées. « Ces victimes constituent la priorité du Sénégal en matière d’assistance aux victimes », réitère Khady Badji du Cnams, soulignant que la prise en charge de ces personnes est du ressort du Plan d’action national qui a été élaboré avec l’ensemble des acteurs qui interviennent sur la question. Aujourd’hui, l’assistance aux victimes des mines comporte deux volets. Il y a tout d’abord les soins d’urgence et les soins médicaux ultérieurs qui consistent à faire bénéficier à chacune de soins d’une prise en charge gratuite dans les centres hospitaliers régionaux. Des fonds ont été mis en place pour l’achat de médicaments destinés à ces blessés. L’accompagnement psychologique n’est pas en reste. En collaboration avec différentes structures, le Centre national d’action anti-mines assure aux victimes un suivi psychologique. Actuellement 18 élèves et étudiants sont suivis au Centre d’orientation scolaire et professionnel. D’autres structures interviennent dans ce volet notamment le centre psychiatrique de Kémo ou encore la direction régionale de l’Action sociale.

« Baisse significative des accidents »
Le second volet de la prise en charge des victimes de mines concerne l’insertion socio-économique. A ce titre, des efforts ont été faits par le Cnams. « Cette insertion socio-économique est la finalité parce qu’on permet aux victimes des mines de s’insérer dans le tissu social et économique à travers l’éducation primaire, secondaire et par la formation professionnelle, par l’emploi », signale Mme Badji. Pour ce qui est des élèves, poursuit-elle, nous leur dotons depuis 2010 de manuels et de fournitures scolaires pour leur permettre d’étudier dans de meilleures conditions. En outre des fournitures scolaires sont offertes aux enfants des parents victimes des mines. La réadaptation physique des personnes à qui on offre des protèges, des fauteuils roulants ainsi que le renforcement de capacité institutionnelle et organisationnelle aux associations de victimes entrent aussi dans ce volet.

La prise en charge des victimes n’est pas la seule mission du Centre national d’action anti-mines. Puisque le Cnams accorde une grande importance à la sensibilisation avec le volet « Education aux risques des mines ». Un aspect qui est mis en œuvre avec les associations locales en vue de prévenir les accidents des mines. Actuellement, cette politique de sensibilisation a porté ses fruits. Une « baisse significative » des accidents a été enregistrée depuis le début de cette politique. De 190 en 1997, le nombre de victimes est tombé à 70 en 1999, ce qui est considéré comme un résultat non négligeable. Pour l’heure, le déminage et l’éducation aux risques de mines restent les deux volets qui permettront, dans un futur proche, d’éradiquer ces stigmates du conflit en Casamance.

Par nos envoyés spéciaux Maguette NDONG,
Idrissa SANE (textes) et Assane SOW (photos)

Le sélectionneur des Lions du football, Aliou Cissé, a publié mercredi une liste de 26 joueurs sélectionnés pour la double confrontation devant opposer le Sénégal au Burkina Faso, les 2 et 5 septembre, pour le compte de la 3ème et 4ème journée des éliminatoires de la Coupe du monde 2018.

Le groupe retenu compte trois nouveaux joueurs, à savoir Pape Amadou Touré (Horoya AC), Assane Dioussé (Saint-Etienne) et Modou Diagne (Nancy).

Sadio Mané, Moussa Konaté et Saliou Ciss font également leur retour en sélection.

Le regroupement des Lions commence le 28 août.

Le Sénégal qui compte 3 points (+1) est 3ème du groupe D des éliminatoires du Mondial 2018, une poule dominée par le Burkina Faso 4 points (+2).

Les Bafana-Bafana d’Afrique du Sud, avec 4 points (+1), occupent la 2ème place de ce groupe. Ils se déplaceront pour jouer les Requins Bleus du Cap-Vert pour le compte de la 3ème journée de la phase de poules de qualification.

L’équipe capverdienne est la seule équipe de la poule à ne pas avoir encore marqué de points.

Seule l’équipe arrivée première du groupe à la fin des six matchs sera qualifiée pour la phase finale de la Coupe du monde 2018 qui se déroulera en Russie.

Voici la liste des joueurs sélectionnés :

Gardiens : Abdoulaye Diallo, Khadim Ndiaye, Pape Seydou Ndiaye

Défenseurs : Moussa Wagué, Lamine Gassama, Fallou Diagne, Assane Dioussé, Pape Amadou Touré, Saliou Ciss, Kara Mbodj, Kalidou Koulibaly, Modou Diagne

Milieux : Idrissa Gana Guèye, Pape Alioune Ndiaye, Cheikhou Kouyaté, Cheikh Ndoye, Younouss Sankharé, Alfred Ndiaye, Salif Sané

Attaquants : Ismaïla Sarr, Opa Nguette, Mame Biram Diouf, Moussa Konaté, Sadio Mané, Moussa Sow, Diao Baldé Keïta

Source : APS

Last modified on mercredi, 16 août 2017 11:34

Touba Toul, situé dans l’arrondissement de Thiénaba (département de Thiès), fait partie de ces localités uniques qui gardent jalousement les traditions dont les racines remontent à plusieurs siècles. Ici, la communauté sérère continue à célébrer le « Fil » qui constitue un héritage légué par leurs ancêtres. Célébrée chaque année à l’approche de l’hivernage et durant quatre jours, cette cérémonie rituelle annuelle rythmée par des chants, danses, incluant une dimension divinatoire, continue de susciter un engouement manifeste.

Dimanche 2 juillet 2017. L’ambiance est à la fête à Touba Toul. Toute la communauté sérère est mobilisée pour le « Fil », une cérémonie rituelle aux allures de fête de l’indépendance célébrée depuis des siècles dans cette localité. Et cette année encore, Touba Toul est au rendez-vous. Dans toutes les concessions, jeunes, femmes et hommes s’affairent aux préparatifs de ce grand évènement. Ici, les populations sont très attachées au « Fil ». Pour l’occasion, filles et fils du terroir reviennent en masse pour participer à la manifestation aux côtés de leurs parents, frères et sœurs.

Chaque année, pendant quatre jours, le « Fil » de Touba Toul offre un répertoire de danses et de chants, mais aussi de séances de divination. C’est au mois de mai que les « saltigués » (prêtres traditionnels) des villages sérères de Touba Toul se réunissent deux fois à la place sacrée « Coutoume » qui se trouve à Sindiane pour fixer la date des semis du mil et celle du « Fil ». Lors de la première rencontre, ils fixent la date du semis du mil qui sera obligatoirement un mercredi. La seconde rencontre se tient le mardi pour fixer la date du « Fil », qui reflète la réelle identité traditionnelle et culturelle de cette grande communauté sérère.

Le « Fil » mobilise chaque année une centaine de « saltigués », des masques, des batteurs de tam-tam, des chanteurs et une centaine de futurs initiés appelés « aatés ». Autour de ces différents acteurs du « Fil », hommes, femmes et enfants, vêtus de leurs plus beaux atours, participent activement au riche spectacle offert.

Tous les chemins mènent à Ndalane, place sacrée de Touba Toul, destination du « Fil » de dimanche à mardi. Dès les premières heures de l’après-midi, une déferlante humaine converge vers les lieux déjà pris d’assaut par les vendeurs d’eau, de victuailles. Il faut venir très tôt pour avoir une bonne place.

Touba Toul TraditionPlus les minutes s’égrènent, plus il est difficile de se mouvoir tant l’espace est plein comme un œuf, occupé par les nombreux acteurs de la célébration de cet évènement. Tradition oblige, on fait, une fois sur les lieux, le tour du baobab sacré de Ndalane puis en mord le tronc avant de formuler des prières. Ce rituel est obligatoire pour tous, nous dit-on ; même pour les nourrissons.

Le ciel menaçant est loin de décourager les populations de Touba Toul qui préparent cette cérémonie une année durant. « Cette fête particulièrement colorée et joyeuse est toujours ancrée dans le cœur des populations qui ont revêtu leurs habits de fête pour célébrer comme à l’accoutumée le "Fil", qui a traversé les siècles », explique Malick Diouf. Pour cet étudiant, le « Fil » est une croyance transmise par les ancêtres. « Si ce n’était pas aussi important, on ne l’aurait jamais célébré avec autant d’engouement depuis toutes ces années. Chaque année, on note une affluence monstre. Les jeunes filles se font belles, les garçons rivalisent d’ardeur pour se faire remarquer. Le « Fil », c’est aussi des moments de retrouvailles. Tout le monde revient au bercail pour sacrifier à la tradition », indique-t-il.

Une marée humaine a fini d’envahir Ndalane et on piaffe d’impatience. Mais le résonnement lointain de tams-tams suivi d’une clameur sans nom annonce le démarrage imminent des festivités. Dans ce brouhaha monstre, on se bouscule pour ne pas rater l’arrivée des différentes troupes, leurs prestations.

La veille, le samedi, Doudoul a donné le ton de ce rituel qui dure quatre jours. Comme l’exige la tradition, le coup d’envoi de cette fête est donné dans ce village qui est le lieu de destination de tous les fils de Touba Toul. À cette occasion, le grand « saltigué » de ce village, en compagnie de ses frères, formule des prières pour la paix durant les quatre jours du « Fil ».

Ancien combattant qui était au front lors de la guerre d’Indochine et d’Algérie, le vieux Modou Ndongue Faye raconte que « le "Fil" a été importé à Touba Toul par deux femmes, Youmane et Diaye, venant du village voisin de Doudoul après avoir assisté à une cérémonie similaire ». Selon lui, c’est de là que ce rituel a été introduit à Touba Toul par leurs arrières grands-parents.

« Le "Fil" est un héritage coutumier et culturel cher aux populations de Touba Toul que nos arrières grands-parents nous ont légué », estime Bara Pouye, un photographe à la retraite.

Cette manifestation, renseigne cet ancien président de la Commission culturelle du Conseil rural de Touba Toul, est célébrée dans la zone depuis le 18ème siècle sous le règne du Lamane. À l’en croire, le « Fil », selon la tradition orale, aurait existé bien avant même l’arrivée du Lamane. Et la célébration cette année contribue à perpétuer cette tradition multiséculaire.

C’est Keur Lamane qui donne le ton. Bonjour les rythmes. Les couleurs aussi. Une horde de batteurs, dans une belle symphonie, rivalisent d’ardeur et chauffent les lieux. Les futurs initiés, bien attifés, et les masques bien serrés sur leurs têtes se donnent en spectacles. Djiby Thiaw, nostalgique raconte : « Dans les années 70, on se tressait tous, mais aujourd’hui, les masques ont remplacé les tresses. C’est moins contraignant. Tresser des centaines d’initiés prend du temps alors que le masque pourrait être utilisé des années ».

Sous le regard du public séduit, les « aatés » enchaînent avec des chorégraphies à couper le souffle. Le mouvement est suivi par l’assistance qui se laisse emporter. Puis place aux autres troupes se succèdent dans l’enceinte de la place sacrée pour chanter et danser à un rythme endiablé propre à chaque village. Les « Fil » de Doudoul, Thiathiaw, Ndondol, Keur Thiaphe, Mbédié, Ndiobèle Ngayène, Ndiobèle Payène et Sindiane entrent en jeu. Chaque groupe a ses propres rythmes, ses propres chants, mais aussi ses propres couleurs et masques.

Les vivats et les applaudissements fusent de partout. C’est l’hystérie collective. Les chants et danses éveillent de lointains souvenirs pour certains et fait monter l’adrénaline chez les jeunes veulent marquer l’histoire. On immortalise ces moments uniques.

Un legs culturel
Touba Toul Tradition 3À Touba Toul, les populations n’imaginent pas une seule seconde une année sans le « Fil ». C’est impensable. « Tant qu’il y aura un seul souffle de vie à Touba Toul, le « Fil » existera et perdurera », fait savoir le vieux Modou Ndongue Faye.

Revigorés par les chants en leur honneur, les futurs initiés, encadrés par des formateurs, rivalisent d’ardeur, de courage pour manifester leur engagement devant la communauté. Ils lancent des cris guerriers et étalent leur fougue de jeunesse comme s’ils voulaient exorciser la peur en eux. Leur moyenne d’âge varie entre 10 et 13 ans.

Depuis toujours, les communautés sérères de Touba Toul ont manifesté leurs croyances, surtout quand il s’agit de faire des prédictions pour l’hivernage. Et l’organisation du « Fil » cadre bien avec cette dynamique et constitue une référence pour les sérères de cette contrée. Les festivités, étalées chaque année sur une période de quatre jours, permettent aux populations de rendre hommage à une personnalité dont le nom était très répandu dans la contrée. « Le plus souvent, ce sont des dépositaires du savoir et du pouvoir traditionnel, à l’image de feu Thiécodou Ngom, qui fut un guérisseur dont la renommée qui avait même dépassé Touba Toul et ses environs », explique Mame Gor Thiaw, animateur à la radio communautaire de Touba Toul. Selon lui, les deux symboles de ce rituel, à savoir Keur Lamane et Keur Thiaphe, sont considérés comme les vrais dépositaires du « Fil » de Touba Toul qui vise particulièrement à conjurer le mauvais sort, les calamités naturelles, les épidémies et à appeler la fertilité et la prospérité pour l’hivernage au-delà de son cachet traditionnel et coutumier.

Pour Bara Pouye, c’est au cœur de ces deux lieux que se déroulent tous les rituels visant à rendre visible le caractère culturel et touristique hautement appréciable que renferme la contrée à travers son patrimoine historique. Cet évènement, qui a valeur de symbole en milieu sérère comme dans les villages de Touba Toul et perpétué chaque année, constitue, à son avis, une principale attraction et qui mobilise tous les ans des milliers de personnes dans la localité.

Les populations ont vécu intensément cet évènement connu pour perpétuer le rituel en milieu sérère, au rythme du tam-tam et de la clameur. Une bonne majorité de sérères a favorisé cet attachement au riche patrimoine culturel de Touba Toul. L’organisation du « Fil » de Touba Toul n’est plus à démontrer, en ce qu’elle a fini de se positionner dans l’agenda culturel national. Cet ancien président du comité d’organisation du « Fil » a aujourd’hui transmis le flambeau à d’autres pour assurer la continuité de cet évènement majeur. Mais, assure-t-il, ce patrimoine, bien exploité, pourrait largement contribuer au développement de Touba Toul.

La célébration du « Fil » prend fin le mardi soir, et le mercredi, tout le monde se rend aux champs. À travers cette belle fête, les populations de Touba Toul entendent marquer leur enracinement sans renoncer à s’ouvrir au monde moderne, car elles sont fières de se reconnaître pleinement dans leurs traditions malgré les turpitudes qui secouent le monde. Pour Bara Pouye, le « Fil » de Touba Toul en vaut la chandelle. « C’est une cérémonie qui est un passage obligé de la communauté sérère de Touba Toul avant chaque hivernage et où seuls les initiés et les "saltigués" se retrouvent dans le village de Coutoume où se décide la date de l’évènement », explique-t-il.

Célébré depuis des siècles, le « Fil » de Touba Toul constitue un condensé de toute la richesse culturelle locale en termes de chants et de danses. Une ambiance joyeuse que partage chaque année toute une communauté jalouse de ses traditions, de ses croyances. Plus qu’un évènement culturel et social, le « Fil » de Touba Toul est une expression à la fois d’une localité, d’un groupe social que la communauté sérère entend préserver au même titre que le « Ngomar », le « Ndiob » et le « Ngilock », qui constituent un atout majeur pour le développement de cette localité.

Par Mouhamadou SAGNE, Samba Oumar FALL (textes)
et Assane SOW (photos)
Last modified on mercredi, 16 août 2017 13:24

Le 4 Janvier 1937 est à inscrire dans les annales de la presse sénégalaise. « Paris-Dakar », hebdomadaire créé en 1933 (puis bihebdomadaire à partir du 16 août 1935), devient quotidien.

Charles de Breteuil, citoyen français, était le promoteur de ce journal d’information générale (devenu « Dakar-Matin » le 5 avril 1961) considéré comme « l’ancêtre » du quotidien national Le Soleil qui a pris sa suite en 1970.

Charles de Breteuil, né le 25 juin 1905 à Paris, est de ces hommes au parcours atypique qui décident de leur destin prodigieux. Il s’engage, après des études en Droit, dans l’armée où il sert dans un corps de troupe à Rabat ; ce qui fait de lui l’un des acteurs de la guerre du Rif. Il émarge dans la liste des blessés et des honneurs.  Après avoir quitté l’armée en 1927, le jeune Charles explore d’autres pistes à la suite d’un bref séjour dans la capitale française, Paris. Ses voyages en Afrique le mènent en Guinée pour le compte d’une entreprise minière et à Dakar où il flaire une opportunité d’asseoir un groupe de presse. De Breteuil, qui n’est pas un journaliste, avait besoin de garanties, de soutiens de gens jouissant d’une certaine expérience dans ce domaine. Ce qu’il a pu trouver en Jean Prouvost, patron de « Paris-Soir » et Pierre Lazareff. C’est pourquoi « Paris-Dakar » était, à part les informations locales, la copie conforme de « Paris-Soir ».

Résidant à Marrakech, au Maroc, et à Paris, Charles de Breteuil confie son journal à Douillet et Launey. Il signe quelques articles qui informent sur la détermination, les convictions de l’homme qui ne s’encombrait pas d’opinions contraires à celles du pouvoir. Dans un territoire où le gouverneur général et le député du Sénégal faisaient figure d’épouvantails, il s’arrangeait, à chaque fois, à épouser leur ligne de conduite. C’est peut-être là l’une des clés de sa réussite, le pragmatisme froid. Ses succès allaient au-delà des frontières sénégalaises.  Cette boulimie médiatique a fait de lui l’un des plus grands patrons de presse en Afrique.

Le mois d’octobre de 1936 marque le début de la présence de ses journaux dans d’autres pays d’Afrique (« Paris-Tana », « Paris-Benin », « France-Afrique », « Abidjan-Matin », « Fraternité-Matin », « La presse de Guinée », « Guinée-Matin », « La presse du Cameroun » et le rachat de publications en Afrique du Nord comme « Stocks et marchés » ou encore « Dépêche de Tanger »). Au Sénégal, en plus du mensuel illustré « Bingo », lancé en 1953, il diversifie son offre avec la création de « Afrique-Matin », de « Dakar-Jeunes », de « Dakar-Magazine » et de « Afrique en guerre ».

« Paris-Dakar » puis « Dakar-Matin » étaient la clef de voûte de cette chaîne de publications d’Afrique noire. Celles-ci en étaient des sous-éditions. C’est que le journal de ce citoyen français avait fini de s’implanter, de s’assurer un lectorat, une organisation et de s’imprimer une image, même si elle était calquée sur le modèle de « Paris-Soir » avec une addition de dépêches locales. Ce qui le plaçait un rang au-dessus des journaux qui existaient, pour la plupart, de façon circonstancielle et adressés à une clientèle franchement restreinte. En guise d’illustration, en 1959, le journal bat le record de son tirage annuel avec 5.179.600 exemplaires. Le referendum de septembre 1958 lui permet, pendant la semaine de la proclamation des résultats, d’atteindre une moyenne quotidienne de 21433 exemplaires. De grandes figures de la presse sénégalaise comme Edou Corréa, Serigne Aly Cissé, Abdoulaye Ba, Bachir Thioune…y ont fourbi leurs armes.

Charles de Breteuil meurt à Rabat le 24 septembre 1960. Georges Larché, responsable à la rédaction, lâchait ces mots dans l’édition du 26 septembre dans un article intitulé « Notre deuil » : « Charles de Breteuil, qui fut le premier à donner une presse à l’Afrique noire (sic), était un lutteur mettant toujours en avant des idées neuves et souvent audacieuses… ». Son fils, Michel de Breteuil, déjà très impliqué, prend sa succession.

Par Alassane Aliou MBAYE

Son nom n’est certes pas évocateur et il ne fait pas non plus partie de ces grands photographes qui ont révolutionné la photographie, mais Bara Pouye peut s’enorgueillir d’avoir eu une carrière bien remplie, lui qui est parti de rien. Autodidacte et sans formation spécifique, cet originaire de Touba Toul a eu la chance d’avoir travaillé pendant un quart de siècle avec une dizaine de ministres qui se sont succédé au département du Tourisme. Aujourd’hui, Bara Pouye a rangé son boitier et c’est un sentiment d’avoir réussi sa mission qui l’anime.

En passant devant sa boutique contiguë à la gare routière de Touba Toul, il est difficile d’imaginer que l’homme qui se tient derrière le comptoir pour vendre des livres coraniques et autres médicaments prophétiques a marqué le milieu de la photographie. Les apparences sont souvent trompeuses. Ce quinquagénaire a roulé sa bosse et a inscrit son nom dans le répertoire des photographes avant de venir s’installer définitivement dans son terroir.

C’est en Arabie Saoudite que Bara Pouye a attrapé le virus. Pourtant, rien ne le prédestinait à devenir photographe. Le bonhomme qui était parti dans ce grand État arabe de l’Asie occidentale pour poursuivre ses études religieuses et parfaire ses connaissances en pharmacologie. Les conditions drastiques en Arabie Saoudite qui n’autorise pas les étudiants étrangers à occuper un emploi durant leurs études ont freiné ses ambitions. Finalement, il s’est rabattu sur la photographie. L’œil collé à l’œilleton de son appareil, il s’employait à immortaliser les pèlerins. De retour au Sénégal au milieu des années 80, il a ramené des appareils et commençait à faire des photos. Depuis, il a réussi à faire de sa passion une profession, jusqu’à devenir un photographe de renom.

La photographie, Bara Pouye l’a appris sur le tas, sans formation spécifique. C’est en se plongeant dans les livres et autres documents que cet autodidacte découvre différentes techniques photographiques ; ce qui l’amènera à s’équiper en matériel et à la pratiquer régulièrement. « Je n’ai subi aucune formation. Hormis une formation avec la fondation Friedrich Ebert en labo noir photo. Après mon travail, j’envoie les diapos en Suisse. Quand on me les retourne, je reçois des documents. J’étais quelqu’un de très curieux. Quand je découvre un domaine ou une technique, je m’y plonge complètement jusqu’à ce que je comprenne », explique-t-il. Grâce à sa patience, sa rigueur, son imagination et son sens de l’observation, Bara qui s’est spécialisé dans les diapos a toujours préféré la pratique à la théorie. Et cela lui a bien réussi.

Le déclic…
Comme tout photographe, Bara Pouye était obligé de vivre de son travail. Son talent lui a permis d’accrocher plusieurs clients qui lui confiaient des reportages.

Mais le déclic allait sonner lors de la visite au Sénégal de Mohamed Ali, boxeur légendaire et homme de convictions. « François Colin qui était à l’époque le directeur de cabinet du ministre du Tourisme m’a proposé de travailler pour eux et j’ai accepté. J’ai couvert la visite de Mohamed Ali qui a été reçu par Samba Yela Diop. Il est ensuite allé à Touba et a rencontré plein de gens. Ils étaient tellement satisfaits de mes services qu’à chaque fois ils m’appelaient », explique-t-il.

Sa carrière était alors lancée. L’étoile de Bara allait briller très haut. Une année plus tard, il est sollicité pour faire des diapos. « En 1989, Ablaye Thiam qui m’a vu travailler avec François Colin m’a demandé si je pouvais réaliser des diapos. J’ai répondu par l’affirmative. À l’époque, il était rare de voir un photographe sénégalais faire des diapos. On faisait toujours appel à des étrangers. Comme je pouvais le faire, ils ont préféré me confier la tâche », raconte Bara avec un brin de nostalgie. Cette même année, il est envoyé spécial à Bakel pour la couverture d’une cérémonie culturelle. « À cette époque, Cheikh Abdou Khadre Cissokho était président de l’Assemblée nationale. J’ai partagé le même avion avec Moustapha Ka et, lors de la manifestation, j’ai réussi à réaliser 115 diapos pour le Sénégal en images que j’ai envoyées directement en Suisse ».

C’est à partir de ce moment-là que Bara Pouye a signé un bail avec le ministère du Tourisme. Depuis Momar Talla Cissé jusqu’à El Hadji Malick Sy Souris, en passant par Jacques Baudin, Tidiane Sylla, Ndiawar Touré, Ousmane Masseck Ndiaye, Mamadou Makalou et Aminata Lô, le fils de Touba Toul a travaillé pour tous les ministres qui se sont succédé à la tête de ce département ministériel. Et après 26 ans de bons et loyaux services, il dit être marqué par feu Ousmane Masseck Ndiaye qui lui a témoigné une pleine confiance. « Un jour, alors qu’il venait à peine d’arriver, il m’a interpellé pour que je lui fasse les photos de tous ses prédécesseurs dans ce département ministériel. Mon travail l’avait séduit. Il m’a ensuite reçu dans son bureau pour me demander de faire partie de la délégation du ministère pour assurer la couverture de tous ses déplacements. Par la suite, il m’a demandé de lui confectionner ses affiches pour la campagne électorale en 2002 », explique-t-il. Bara Pouye garde un très bon souvenir du ministre Ousmane Masseck Ndiaye qui lui a confié tout ce qui est photo dans ce ministère.

« C’était un homme de parole, de surcroit très généreux. À son départ, le ministère ne me devait le moindre franc », indique Bara Pouye qui a également eu à travailler avec le ministère de la Culture et celui des Sports, dit avoir entretenu de très bons rapports avec tous ceux avec qui il a collaboré.

Un homme de culture engagé
Bara Pouye n’était pas seulement passionné par la photo. Il aimait aussi la culture. Se rendant compte que le « Fil », ce grand évènement culturel, pouvait contribuer au développement de Touba Toul, il s’est investi pour la sauvegarde de ce patrimoine qui a traversé les siècles. Depuis 1987, Bara Pouye fait des recherches sur le « Fil », qui, croit-il, est l’une des manifestations culturelles les plus riches du Sénégal. « J’ai tout fait pour que le « Fil » soit inscrit dans l’agenda du ministère de la Culture en 2005. Le « Fil » figure aussi dans l’agenda du ministère du Tourisme depuis 1991 », affirme-t-il. Quand en 2009 il a intégré le Conseil rural de Touba Toul et porté à la présidence de la commission culturelle, il s’est battu pour le rayonnement de « Fil ». « J’étais engagé pour la promotion de la culture. J’ai alors fait appel à tous les responsables des « Fil ». Ils étaient neuf à l’époque. Je leur ai expliqué la nécessité de faire en sorte que cette activité ait des retombées pour la ville. Nous avons élaboré un projet de budget et avons rencontré les autorités », indique-t-il.

« Je m’en suis ouvert au ministre de la Culture qui nous a soutenus à deux reprises, malheureusement à la place des remerciements, je n’ai récolté que médisances et dénigrements. Après avoir mûrement réfléchi, j’ai appelé les chefs de village de Keur Thiaphe, de Keur Lamane pour leur dire que je démissionnais. Mais je voulais auparavant mettre en rapport les acteurs avec les autorités pour la continuité de cet évènement majeur », soutient-il.

Il n’empêche que Bara Pouye a réalisé en 2013 un documentaire sur le « fil » de Touba Toul grâce à un financement d’Abdoul Mbaye, alors Premier ministre du Sénégal. Ce film a été diffusé par la 2Stv et le photographe a reçu des coups de fil de félicitations. Bara qui croit en Touba Toul dit avoir peur pour le « Fil » qui commence à dévier de sa trajectoire. À son avis, les « Fil » de Touba Toul doivent se battre pour sa sauvegarde.

En trois décennies, la photographie a tout donné à Bara Pouye qui ne se souvient même plus du nombre de photos qu’il a prises ni du nombre d’appareils qu’il a utilisés. Durant sa carrière, il a rencontré des personnalités de divers horizons. Il a bourlingué un peu partout et a fait plusieurs expositions toutes couronnées de succès. C’est en 2013 qu’il décide de cesser ses activités. Il voulait faire autre chose. Il se consacre alors à la pharmacologie, au commerce de livres coraniques. Il se met aussi à l’enseignement coranique et à l’agriculture.

Aujourd’hui, Bara Pouye se dit satisfait de son parcours et tire un bilan très positif de sa reconversion.

Par S. O. FALL

Les grandes vacances ne riment pas forcément avec farniente pour les élèves. Loin de paresser à longueur de journées, certains préfèrent s’adonner à des activités commerciales durant ces trois mois de repos. C’est le cas de Mbaye Ndiack qui est élève en temps normal, mais commerçant durant les grandes vacances.

Les grandes vacances constituent une période clé pour Mbaye Ndiack.  L’élève a pris goût depuis quelques années à une activité commerciale qu’il exerce exclusivement en période de repos scolaire. Mbaye est de teint noir d’ébène. De corpulence forte, sa voix est à peine audible quand il s’exprime.

Cela fait bientôt 5 ans que Mbaye passe ses vacances dans les grandes artères de Dakar. Ici, il s’active comme marchand ambulant. «J’ai accumulé cinq années d’affilé exclusivement tournées vers la vente de débardeurs pour hommes, caleçons, shorts et maillots, à travers les grandes avenues de Dakar », informe Mbaye. Ce reflexe, il l’a acquis sur conseils d’un condisciple. « Un de mes amis avec qui je partageais la même classe m’a suggéré de l’accompagner dans ses activités commerciales durant les vacances au lieu de rester dans le quartier à ne rien faire», confie-t-il. Cet ami en question était suffisamment imprégné des bénéfices que peuvent engendrer une activité commerciale en pleine vacance. Ceci est d’autant plus avéré que les vacances coïncident avec la période d’été où les tenues légères sont particulièrement prisées. « L’ami en question est issu d’une grande famille de commerçants au sein de laquelle cette activité s’est transmise de générations en générations. Il savait parfaitement de quoi il était en train de parler », affirme-t-il. Le jeune homme se laisse alors convaincre et décide de suivre son camarade. « Au début, le papa de  mon copain qui dispose de plusieurs magasins nous donnait chacun une douzaine de sous-vêtements, autant de caleçons et quelques shorts assortis de maillots. Il nous exigeait de tout vendre dans les 48 heures », se rappelle-t-il. Mbaye est plutôt timide de nature. Cette situation l’a confronté à pas mal de difficultés à ses débuts notamment. « J’avais du mal à me mettre dans la peau d’un vendeur »,  se souvient-il. C’est un travail comme tout autre, il faut donc des aptitudes ou à défaut apprendre à s’en sortir au fil du temps. Il a choisi de persévérer et de progresser petit à petit. Au final, son abord était devenu pratique, se rappelle-t-il. Les clients venaient plus facilement  ce qui lui permettait d’écouler plus rapidement sa marchandise.

Un commerçant qui a du flair
Au fil des années, Mbaye s’est familiarisé aux « bons coins ». C’est ainsi que les endroits qui permettent d’écouler plus rapidement la marchandise sont appelés dans le jargon des marchands ambulants. Il connaît du bout des doigts là où il faut aller, quand, comment. Et surtout ces endroits qu’il faut à tout prix éviter. Une astuce toute particulière acquise à force de trimbaler sa marchandise un peu partout à travers la capitale sénégalaise. « Quand il y a des embouteillages avec de longs bouchons, là les vannes sont ouvertes et il devient facile de vendre quel que soit par ailleurs l’endroit où les voitures sont immobilisées », explique-t-il. A défaut de se poster non loin des embouteillages, les carrefours à forte affluence constituent également de bons filons, relève l’élève marchand. Dans son viseur, les marchés hebdomadaires deviennent intéressants les après-midi où on note une forte affluence.

Cette activité qui peut sembler anodine à bien des égards permet à Mbaye d’honorer la plupart des dépenses liées à sa scolarité. A partir de ces bénéfices, le jeune homme parvient à s’inscrire, à s’acheter ses fournitures, à s’offrir de nouveaux habits. Il s’est même offert un ordinateur avec ses revenus. « Depuis des années déjà mes parents ne déboursent plus rien pour ma scolarité », se réjouit-t-il.

Fidéliser la clientèle
Autre astuce du commerçant de circonstance, il ne vend que de la qualité. « Autant pour les débardeurs que les caleçons, je ne vends que du coton. Cela m’a permis de fidéliser une certaine clientèle qui en cas de besoin m’appelle au téléphone et je me charge de la livraison », relève-t-il. La marchandise est acquise en gros. « Les débardeurs, je les achète par douzaine ; ce qui me permet d’effectuer un bénéfice de l’ordre de 300 à 400 FCfa sur chaque pièce. Pour les caleçons les bénéfices sont à peu près similaires », informe-t-il. Seulement, en une journée, il lui arrive d’écouler facilement une vingtaine de pièces. Plutôt bon élève, Mbaye était l’année passée en classe de Première S2. Il s’est retrouvé avec la moyenne de 13.

L’année prochaine, il doit passer le baccalauréat et espère le décrocher avec brio. Pour l’heure,  l’élève essaye de mettre toutes les chances de son côté. En effet, son activité commerciale hivernale ne l’empêche guère de s’occuper de ses études. « Le soir, une fois à la maison, je consacre tous les jours 3 h d’horloge à mes révisions. Je me suis déjà procuré tous les livres dont j’aurai besoin l’année prochaine », dit-il. Mbaye se voit bien exercer  le métier de médecin d’ici à quelques années.

Par Oumar BA

Lire un (nouvel) ouvrage d’Aminata Sow Fall est toujours un évènement. Celle qui, avec Mariama Bâ, est l’une des précurseurs des lettres sénégalaises, que dis-je africaines, a une plume extraordinaire et nous entraîne à chaque publication dans son univers.

Sa bibliographie est riche : « L’appel des arènes », « Le revenant », « La grève des bàttu », « Un grain de vie et d’espérance », « L’ex-père de la nation », en passant par « Douceurs du bercail » et « Les festins de la détresse », pour ne citer que ceux-là, nous avons grandi avec ses livres, car certains d’entre eux étaient au programme dans les collèges et lycées francophones, et d’autres adaptés au cinéma.

Donc, l’on voit que la renommée d’Aminata Sow Fall n’est point usurpée. Son œuvre défie le temps et l’espace et conquiert les cœurs. Raison pour laquelle l’Académie Française lui a décerné, entre autres distinctions, le Grand Prix de la Francophonie pour l’ensemble de son œuvre en 2015. Partie du Sénégal (son premier roman, « Le revenant », paraît aux Nouvelles Editions du Sénégal – NEAS – en 1976), elle est traduite dans près de dix-neuf langues et est étudiée dans quantité d’universités de par le monde.

Quand j’ai vu l’annonce de la parution de son nouveau roman, j’étais toute excitée. Et pour cause … Son dernier livre, « Les festins de la détresse » (Editions Caec Khoudia, Alliance des éditeurs indépendants, 2005), est paru il y a douze ans déjà. Depuis lors, elle a certes écrit des nouvelles, et a été invitée à des conférences un peu partout, mais aucun livre n’est paru.

Douze ans que nous patientions …

Présenté à Keur Birago, le siège de l’Association des écrivains du Sénégal, la cérémonie de dédicace de « L’empire du mensonge » refusa du monde. Admirateurs, consœurs et confrères, journalistes, amis, famille, ils étaient tous là pour communier avec la grande dame de lettres (https://africulturelle.com/2017/05/25/hommage-a-aminata-sow-fall-par-ndeye-fatou-kane/).
L’empire du mensonge … Rien que le titre intrigue et donne envie d’en savoir plus.

« Jadis honni, vomi, dégradant, considéré comme la mère puante de toutes les formes de décadence morale, le mensonge, doucement, longuement, sûrement, s’est insidieusement ancré dans les habitudes (page 125) ».

Le mensonge fait tellement partie de nos mœurs qu’un ambassadeur, au soir de sa mission dans notre pays, remercie tous ceux qui ont concouru au bon déroulement de sa mission et regrette de devoir partir. Il loue le pays qui l’a accueilli durant toutes ces années, et magnifie la beauté de ses femmes, mais surtout des femmes… authentiques. Comme si celles-ci vivent dans un perpétuel mensonge en s’inventant une beauté dont elles sont loin, pénalisant les femmes qui ont conservé leurs attributs authentiques.

Piquée au vif, jusque dans sa chair de femme par les propos de l’ex-ambassadeur Borso mettra sur pied une pièce de théâtre intitulée « L’empire du mensonge ». Parce qu’elle est comme ça, Borso. Entière, vraie, dénuée de faux-semblants, croyant fermement en ces valeurs que lui ont inculqué Yaay Diodio et Mame Fara Diaw, ses nobles parents. Tout comme sa jumelle Yacine et leur amie d’enfance Coumba, elle avance dans ce grand tourbillon qu’est l’existence la tête haute et le regard braqué droit devant elle.

Avec Sada, le mari de Yacine, et ses amis Boly et Mignane, sans oublier Diéry, la mascotte du groupe, ils forment une bande de jeunes gens qui se disent la vérité en toute occasion, croyant fermement que l’honnêteté est une valeur indémodable. Raison pour laquelle lorsque Sada s’écarte un tant soit peu de ce chemin, sa bande d’amis n’hésite pas à le lui faire comprendre. Car son honorable aïeul Serigne Modou Waar est connu et reconnu pour son érudition, mais aussi pour sa droiture.

Sada grandira dans une petite bicoque à l’ombre des filaos près de la décharge publique, et épaulé par Taaw et leur père Mapaté Waar, se battra pour s’en sortir malgré les vicissitudes de l’existence et un mépris dû à ses origines modestes.

Aminata Sow Fall écrit encore une fois un roman magistral, dans son style bien à elle, fait de fluidité (j’ai lu livre en 24h!), d’un brin de philosophie à travers les expressions wolof qui parsèment l’ouvrage, mais aussi de leçons de vie. En nous dépeignant la trajectoire de Sada, obligé de revendre de la ferraille pour subsister, elle met en lumière les laissés pour compte, les « petites » gens qui font tellement partie de notre quotidien qu’on finit par ne plus les voir.

De plus, la soif de richesses, le désir des hommes de s’élever socialement en bradant au plus offrant honneur et dignité, sont autant de facteurs qui font que le mensonge s’est solidement ancré dans nos mœurs et l’auteure, avec « L’empire du mensonge », le (dé) montre avec brio.

L’empire du mensonge, à lire et à faire lire !

Bonne lecture !

Par Ndèye Fatou KANE (écrivain)

Le ministre des Sports Matar Bâ a présidé, lundi, au nom du chef de l’Etat Macky Sall, à la remise du drapeau national à la délégation du Sénégal en partance pour Bamako (Mali) dans le cadre de sa participation à l’Afrobasket féminin 2017. De ce fait, il est clair, d’après le ministre des Ssports, que les Lionnes, championnes d’Afrique en titre, ont, toutes, la ferme volonté de revenir au Sénégal, au soir du 27 août, avec dans leurs bagages le 12ème titre africain de l’histoire du basket-ball féminin. « C’est une ambition tout à fait légitime au regard de la riche histoire du basket-ball sénégalais écrite par des femmes et des hommes aux qualités humaines et managériales exceptionnelles », a-t-il souligné. Au-delà de toutes ces considérations, l’ambition de remporter l’Afrobasket au Mali, d’après Matar Bâ, tire surtout sa légitimité sur les efforts consentis par l’Etat du Sénégal pour mettre dans d’excellentes conditions de préparations l’équipe nationale féminine. « Dans ce cadre, l’Etat a totalement pris en charge le contenu de la fiche technique que la fédération a élaboré en relation avec les services techniques du ministère des Sports ». Pour terminer, il a demandé à la délégation sénégalaise de rehausser objectivement l’image du Sénégal, en faisant valoir les valeurs faites de courage, d’abnégation et de dignité. « Du 18 au 27 août, vous serez les ambassadrices du Sénégal au Mali.

A ce titre, vous avez, à travers votre attitude sur le terrain de compétition, et en dehors, l’image du Sénégal entre vos mains ».

A. NDONG

AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.