L'invité de la rédaction (3)

Réponse du berger à la bergère. Seydou Guèye, ministre secrétaire général du Gouvernement dont il porte la parole en même temps que celle du parti au pouvoir, l’Alliance pour la République (Apr), dépeint un Sénégal en déphasage avec le visage d’un pays en difficulté que Mamadou Diop Decroix a décrit dans notre précédente édition. Dans cet entretien avec Le Soleil, il souligne que nos institutions fonctionnent et que le Plan Sénégal Emergent a donné des résultats satisfaisants. C’est pourquoi, tout en réaffirmant la volonté du Président Macky Sall de dialoguer avec toute la classe politique, Seydou Guèye ne se prive pas de jeter la pierre à l’opposition gourmande, à ses yeux, d’«une perspective de Gouvernement d’union nationale ou ce qui pourrait ressembler à de l’entrisme politique». Au-delà, le secrétaire général du Gouvernement a investi d’autres sujets, tels que Khalifa Sall, Karim Wade, l’Apr, «Benno Bokk Yakaar».

Monsieur le ministre, des experts internationaux sont à Dakar pour auditer le fichier électoral. Pourquoi ce choix ?
Vous savez, dans notre pays, la question électorale est une passion nationale et fait l’objet d’une suspicion permanente de la part de l’opposition, malgré les qualités de fiabilité, de sécurité et de transparence de notre système qui sont reconnues par les Sénégalais et par nos partenaires. Si l’opposition estime que, depuis 2012, elle perd régulièrement les élections parce que la majorité organise la fraude, cela me semble procéder d’un manque de sérénité, mais surtout d’un manque de respect aux suffrages exprimés en toute conscience par les électeurs sénégalais.

Elle doit chercher les raisons de son infortune ailleurs que dans des supputations insoutenables. La réalité est toute autre. Au Sénégal, la fraude aux élections est quasi impossible au regard des responsabilités légales reconnues aux différents acteurs, en attestent les deux alternances réalisées pacifiquement.

Maintenant il convient de se féliciter de la mise en œuvre de l’audit du fichier électoral sous la conduite d’un groupe d’experts. Je m’associe, par conséquent, aux positions dégagées par le Sep (Secrétariat exécutif politique) de « Benno Bokk Yakaar » (coalition des partis de la majorité présidentielle) qui s’est félicité de la conduite des travaux par un groupe d’experts dont certains ont déjà effectué la même mission pour les mêmes besoins en 2010 au Sénégal. Je pense qu’il est essentiel de poursuivre, en toute responsabilité, les concertations sur le processus électoral, la modernisation des partis politiques, le statut du chef de l’opposition pour promouvoir un espace d’expression politique rationalisé et des élections démocratiques, libres et transparentes, à contestation nulle sinon marginale.

Quelle est la mission assignée à ces experts ?
J’imagine, comme pour toute mission d’audit, qu’il s’agira d’une évaluation des processus et des procédures, de la vérification, du contrôle du respect des prescriptions et des modes opératoires, pour attester de la qualité des normes et de la fiabilité du système. De mon point de vue, ce sont des aspects techniques qui seront complétés, au besoin, par des recommandations en termes de points de progrès. Mais, cet audit indique, avec éloquence, la sérénité de la majorité présidentielle qui reste convaincue que nous avons un système électoral éprouvé qui s’est régulièrement renforcé en rapport avec les conquêtes démocratiques et l’épanouissement de la citoyenneté dans notre pays.

Est-ce que l’opposition sera mise à contribution dans les travaux ?
L’opposition y a sa place et son rôle conformément aux prescriptions légales et à une tradition bien établie dans notre pays en la matière. Pour ce que je sais de l’architecture organisationnelle de la mission d’audit, la présidence du Comité de pilotage est assurée par le président de la Céna (Commission électorale nationale autonome), et la mission qui est composée de trois pôles politiques – majorité, opposition et non-alignés –, en plus de la société civile, de l’Administration et des représentants de la communauté internationale qui y participent comme observateurs.

Cela me semble constituer des garanties fortes pour rassurer l’opposition. Et là, je voudrais insister sur un fait important : c’est notre responsabilité de contribuer tous ensemble, sans subjectivité, à la consolidation de notre système démocratique.

Malgré l’arrivée de ces experts, le Parti démocratique sénégalais et ses alliés ont maintenu leur marche du 09 février prochain…
Sans manquer de respect à mes amis du Pds, j’estime qu’ils font totalement dans l’incohérence. Je voudrais également leur rappeler que c’est sous le régime du Pds que le Sénégal a connu le 23 juin 2011 et qu’avec eux, nous avons frôlé la ruine économique.

Je reste convaincu que les Sénégalais attendent, aujourd’hui, des acteurs politiques un autre mode de présence en politique et pas le populisme de mauvais aloi ou la bravade de témoignage. Quand des citoyens s’élèvent à ce niveau de maturité, cela veut dire qu’on ne peut plus les manipuler. Et chercher à le faire, c’est perdre son temps.

Pour ma part, cela m’inquiète de me rendre compte que le Pds, parti majeur de notre vie politique nationale depuis bientôt cinquante ans, n’a rien appris ni rien oublié. Maintenant s’ils veulent marcher pour prouver qu’ils sont des « jambaars » (preux en wolof), libre à eux de le faire ; la Constitution leur en garantit le droit. En tout état de cause, nous poursuivons inlassablement le travail, pour continuer à apporter les solutions aux demandes multiformes des Sénégalais que le Président Macky Sall a érigées en priorité absolue. Ce jour-là, si Dieu nous prête vie, nous irons travailler pour nos compatriotes.

Ils exigent toujours des concertations en dépit de l’ouverture du dialogue avec une frange de l’opposition ?
Réclamer des concertations alors que le dialogue est ouvert et libre, c’est ajouter de la schizophrénie à l’incohérence. Cela démontre toute la difficulté du Pds face aux appels au dialogue lancés par le Président Macky Sall. Dès lors que nous considérons que les partis politiques sont d’égale dignité, si des séquences de concertations sont ouvertes, comme c’est le cas actuellement, celui qui entend y participer le fait sans chercher d’alibi. C’est une question de responsabilité et de conviction. Cela vaut mieux que d’invoquer des alibis sur la crise de confiance, la suspicion ou de déclarer que le Président appelle au dialogue, mais n’y croit pas. Quand on veut dialoguer, on n’y va pas pour n’entendre que l’écho de sa propre voix. Ceux qui veulent dialoguer sont autour de la table et ne font point dans les enfantillages ou les procès en sorcellerie. Ils assument leur responsabilité devant l’Histoire et devant les Hommes.

La porte du dialogue leur est-elle fermée ?
Non, absolument pas ! Mais, il y a le temps du consensus et le temps de la décision. Entre les deux, il y a le temps de la responsabilité. Le Président Macky Sall est un homme de dialogue et d’ouverture, qui sait aussi prendre les décisions au regard des exigences de notre démocratie et de la conscience qu’il a de ses hautes charges. Le dialogue entre acteurs de la classe politique, contrairement à ce que pensent certains, comme le doyen Mamadou Diop Decroix, au regard de notre contexte, ne peut pas porter sur une perspective de Gouvernement d’union nationale ou ce qui pourrait ressembler à de l’entrisme politique, encore moins d’une sortie de crise.

Les questions institutionnelles sont stabilisées, le Pse (Plan Sénégal Emergent), qui doit construire notre développement par des politiques publiques hardies, en est à l’élaboration du deuxième Pap (Programme d’actions prioritaires) avec les résultats que vous savez.

Il n’y a, à mon sens, aucune crise dans notre pays, sinon celle d’une opposition en mal de projet alternatif et de leadership. Quoiqu’il en soit, il nous faut aussi nous accorder sur les enjeux des prochaines échéances électorales, les modalités de leur organisation. C’est cela qui est en discussion dans le cadre du dialogue en cours.

L’appel au dialogue du Chef de l’Etat enjambe les partis politiques puisqu’il s’agit d’un dialogue national qui a commencé avec les syndicats, les secteurs de l’éducation, de l’enseignement supérieur, de la santé et du secteur privé. Ce dialogue avec les forces vives de la Nation comprend, bien évidemment, le dialogue entre politiques, surtout autour du processus électoral et de la modernisation de notre vie publique, mais il n’épuise pas le dialogue national dont il est certes une composante majeure. La balle est dans le camp de l’opposition qui doit faire preuve de plus d’ouverture et de responsabilité, pour que le Sénégal continue dans sa trajectoire de pays référence en matière de démocratie.

Seydou Gueye Apr Itw 2Le Président de la République, par ailleurs président de l’Apr, a entamé, depuis quelques jours, une série de rencontres avec les responsables de son parti. Pourquoi de tels échanges ?
C’est la remise en mouvement des bases du parti et de la majorité présidentielle qui s’est élargie. Nous faisons cap vers une échéance importante (Ndlr : la présidentielle de février 2019) où, fort d’un bilan élogieux, le Président est dans son rôle et à sa place lorsqu’il décide, sous le format que vous évoquez, de remobiliser les troupes et d’indiquer la voie, à savoir celle de l’unité et de l’ouverture, de l’engagement et de la détermination, pour la victoire au premier tour en 2019.

Quel message adresse-t-il aux militants ?
Naturellement, un message éminemment politique en de telles circonstances. Il faut consolider les acquis des dernières consultations électorales, élargir les bases de son électorat et tendre toutes les énergies vers la victoire au premier tour en 2019. Les mots d’ordre sont l’unité, la mobilisation, l’animation, la solidarité et l’ouverture. L’indication centrale à ce niveau, c’est la mise en place, dans les Communes et à l’échelon du département, des cadres de concertation inclusifs où chaque composante de la majorité présidentielle – organisations politiques, structures de la société civile, mouvements de soutien – pourra trouver sa place, dans la perspective de synergie gagnante autour de «Benno».

Ces rencontres permettront-elles de redynamiser le parti et de mettre fin aux querelles de leadership souvent notées ?
J’en suis convaincu. Tous les militants de l’Apr ont une claire conscience que nous sommes dans « le temps du Président » et qu’il faut taire toutes les querelles, suspendre tous les conflits.

Aussi, nous devons tous tendre vers le même objectif : la réélection triomphale du Président Macky Sall dès le premier tour en 2019. Pour cela, il faut de l’unité dans les rangs, de la solidarité entre camarades et de l’ouverture envers les alliés du Président et de l’Apr.

Au même moment, des tournées sont organisées à l’intérieur du pays. Quel sont les buts visés ?
Ils restent les mêmes. Il s’agit de délivrer le message de confiance du Président, qui aidera incontestablement à la pacification dans les bases, là où nous en avons besoin, et à la fraternisation entre camarades pour construire les synergies conquérantes. Nous avons les moyens de ce défi qui s’impose à nous et que nous avons toujours relevé par le passé. Pour le Président Macky Sall, nous devons tous faire preuve d’ouverture, d’intelligence et, par la concertation, faire les choses en commun et ensemble.

Quel message est porté à l’endroit des populations ?
Au-delà du bilan, visible dans leur vie de tous les jours dont elles apprécient le sens et la portée, il s’agit de partager avec elles, pour la plupart, convaincues des bienfaits de l’action du Président Macky Sall, les perspectives d’un Sénégal encore meilleur dont les fondements reconstruits avec le Pse permettront tous les possibles. Une recommandation forte sera surtout donnée dans le cadre de la nécessaire mobilisation en vue de la révision des listes électorales.

Pour l’opposition, ces tournées ne sauveront pas l’Apr d’une défaite en 2019…
L’opposition devrait plutôt chercher les moyens de sortir de sa crise organisationnelle, de sa crise de projet, de sa crise de méthode et de sa crise de leadership. En un mot, comme en mille, elle devrait d’abord balayer devant sa porte. Elle aura ses propres difficultés pour s’entendre sur des candidatures, recueillir les parrainages et se faire entendre par un électorat qui ne sera pas tenté par l’aventure. L’offre politique du Président Macky Sall est un horizon indépassable pour l’opposition. La pensée du Président Sall et son action de tous les jours au profit des populations lui confèrent une avance politique que les Sénégalais n’hypothèqueront pas pour choisir des hommes fortement marqués par l’inconstance, la prégnance de leur agenda pour eux-mêmes, leur orgueil personnel, la faiblesse de leur vision ou l’indigence de leurs programmes économiques. S’il y a quelqu’un à sauver, je crois que c’est chez eux qu’il faut aller le chercher. Déjà, le Président Macky Sall a fini de les faire douter sur leurs capacités à engager le débat sur le Sénégal émergent. Son action bénéfique aux populations lui a valu leur adhésion et au Sénégal d’inspirer d’autres pays dans le cadre du Pudc ( Programme d’urgence de développement communautaire) et des Dac (Domaines agricoles communautaires) par exemple.

Le bilan de Macky Sall sera au cœur de la présidentielle. L’Apr sera-t-elle à l’aise pour le défendre ?
Rassurez-vous. C’est avec fierté et détermination que l’Apr et tous les alliés de la majorité présidentielle défendront le bilan élogieux du Président Macky Sall. Je voudrais faire remarquer que, pour une très large majorité de nos compatriotes, ce bilan parle de lui-même et ils y adhèrent.

Ils l’ont exprimé, de façon nette, à chaque consultation électorale depuis 2012. Il est visible, réel et convaincant. Ce bilan, inédit sur la durée d’un mandat depuis l’accession de notre pays à l’indépendance, permet de maintenir l’espoir lucide et objectif d’un pays qui fait cap, sans complexe et d’un pas ferme, vers l’émergence.

Un pays qui se transforme du point de vue des structures économiques, à la faveur du renouveau productif et du renforcement de ses capacités productives.

Un pays qui est en train de construire l’inclusion sociale de tous ses ressortissants, qu’ils vivent ici ou dans la diaspora.

Un pays qui est en train de faire de la bonne gouvernance la matrice et une donnée fondamentale des politiques publiques.

Le Sénégal, sous le Président Macky Sall, c’est essentiellement de l’inclusion sociale, du sérieux en économie, la suppression des niches de gaspillage des ressources publiques, au profit des dépenses d’investissement, qui augmentent d’année en année en faveur des populations ; c’est une crédibilité renforcée auprès des partenaires.

Ce sont la bonne santé de notre économie et les performances réalisées qui ont permis de financer des programmes importants à fort impact social comme le Pudc, les Bourses de sécurité familiale, le Pracas (Programme d’accélération de la cadence de l’agriculture sénégalaise), ainsi que des infrastructures routières et autres.

Maintenant dans le débat, nous mettrons naturellement l’accent sur les perspectives, avec l’objectif de consolidation et d’amplification des premiers fruits de l’émergence, tirée par une croissance enrichie en contenu social, parce que assise sur des stratégies hardies et innovantes de création d’emplois. C’est cela notre défi, construire une émergence à visage humain, pour tous et de tous. Nous serons très à l’aise, quelle que soit l’offre politique, d’ailleurs improbable, de nos adversaires.

Quels sont les principaux secteurs où le régime a enregistré des succès ?
L’énumération nous prendrait toute la journée, sinon beaucoup plus. Je pourrais, peut-être, illustrer ma réponse en choisissant quelques secteurs importants à fort impact social et où les progrès sont incontestables et les performances inédites.

Entre 2012 et aujourd’hui, nous sommes passés des émeutes de l’électricité à la baisse des prix de l’électricité : de près mille heures de délestage à moins de cinquante heures. Et cela, grâce à la vision du Président Macky Sall, à savoir construite autour du mix énergétique. Je ne citerai pas, ici, des secteurs comme celui des énergies renouvelables où le Sénégal se positionne comme un pays leader dans la sous-région, voire l’Afrique, avec les centrales solaires de Bohol, Malicounda, Médina Dakhar et toutes les autres réalisations qui ont permis à la Sénélec (Société nationale d’électricité du Sénégal) de produire suffisamment d’électricité pour satisfaire les besoins locaux et vendre à des pays voisins.

Plus globalement, depuis 2012, il y a une reprise progressive et consolidée de l’activité économique, avec un taux de croissance qui a dépassé, pendant trois années consécutives, la barre des 6,5%. Dans tous les secteurs de la vie socioéconomique, on enregistre des avancées considérables et les perspectives sont plus que prometteuses avec les chantiers qui sont ouverts un peu partout, et Diamniadio en constitue l’exemple le plus éloquent.

Avec le Pracas, notre agriculture s’est diversifiée ; et ce, de plus en plus. Dans toutes les spéculations, des productions record sont obtenues. Pour l’arachide, c’est plus de 1,4 million de tonnes en 2017 ; la production rizicole a franchi la barre du million de tonnes contre trois cent mille tonnes en 2012 ; les exportations de l’horticulture ont dépassé cent mille tonnes. Il me semble important de rappeler qu’en la matière, en 2012, le Sénégal n’exportait pas trente mille tonnes et la production rizicole tournait autour de trois cent mille tonnes.

Il faut bien comprendre que le Pse est un changement d’échelle et un changement de paradigme pour construire un Sénégal performant et inclusif, bâti sur un Etat de droit. La modernisation des services de transport, le renouveau infrastructurel ont permis au Président Macky Sall de redessiner les routes du développement et de restaurer l’équité territoriale avec le programme autoroutier de plus de cinquante kilomètres par an ou celui des pistes de désenclavement, sans compter l’autoroute Ila Touba, les sections 2 et 3 de la Vdn, la Grande route des Niayes, la route Keur Waly Ndiaye-Passy-Sokone, le tronçon Tamba-Dialocoto, la route Dahra-Linguère, etc.

C’est à ce niveau également qu’il faut inscrire les réalisations du Pudc, de Promovilles (Programme de Modernisation des Villes) et du Puma (Programme d’Urgence de Modernisation des Axes et territoires frontaliers) qui a ouvert ses chantiers le long des axes frontaliers.

Dans le domaine de la santé et de l’action sociale, des bonds qualitatifs ont été réalisés surtout en ce qui concerne la santé de la mère et de l’enfant et la protection des groupes vulnérables.

Aujourd’hui, sur toute l’étendue du territoire, les Sénégalais ont accès à une structure de santé et à la Cmu (Couverture maladie universelle). Le relèvement du plateau technique, la dotation exceptionnelle d’ambulances médicalisées et l’ambitieux programme d’infrastructures sanitaires ont permis d’améliorer considérablement la prise en charge des patients. La Cmu, initiée par le Président Macky Sall, a aussi joué un grand rôle dans la facilitation de l’accès aux soins aux Sénégalais, la prise en charge de la dialyse, de la césarienne, la gratuité pour les enfants de zéros à cinq ans et les Sénégalais de plus de soixante ans. Toujours dans le domaine social, le programme des Bourses de sécurité familiale a permis de soulager plus de trois cent mille bénéficiaires qui sont des groupes vulnérables et commencent à sortir de leur situation de précarité.

Pourtant l’opposition conteste l’effectivité d’un impact positif de toutes ces réalisations sur le quotidien des populations ?
Sous le Président Macky Sall, tout a progressé et les prix ont significativement baissé. Le pouvoir d’achat s’est apprécié. Les inondations restent un vieux souvenir. Notre économie est en train de se transformer structurellement, l’inclusion sociale est une réalité incontestable, la gouvernance s’améliore et la démocratie se renforce encore plus, malgré les cris d’orfraie de ceux qui pensent le contraire, faute de pouvoir proposer une alternative crédible.

La Délégation générale pour l’entreprenariat rapide est la dernière illustration de l’ambition du Président Macky Sall en matière de création de richesses pour les jeunes et les femmes. La diminution du train de vie de l’Etat, la lutte contre la corruption et la prévarication des ressources publiques, des réformes qui se font sentir dans le panier de la ménagère à travers une série de baisses sur le coût de la vie. Cette redistribution des richesses intègre aussi les programmes à forte incidence sociale, tels que les Bourses de sécurité familiale, la Cmu...

Il n’empêche, l’opposition dénonce des effets d’annonce dans les réalisations annoncées, notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé.
Vous savez, je ne voudrais pas me laisser distraire par cette rationalité de l’opposition qui fait dans le crypto personnel. Sa critique ne porte jamais sur la vision du Président Macky Sall qui est une pensée autonome, authentique, tournée vers l’action et capable d’anticipation. Les contestations de l’opposition ne portent jamais sur les faits ou les chiffres. Ce sont souvent des déclarations où la mauvaise foi le dispute à la surenchère radicale. Mes chers amis, rappelez-vous, il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut entendre ou pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. L’un dans l’autre, nos compatriotes qui accèdent plus facilement à la santé depuis 2012 apprécieront.

Dans le secteur de l’éducation, qui absorbe à lui tout seul plus de 25 % de nos ressources, c’est la résorption des abris provisoires pour cent milliards de FCfa cette année. C’est trente-deux milliards de FCfa pour la dématérialisation des actes administratifs. C’est l’intégration des vacataires, qu’on appelait « ailes de dindes », avec une prise en compte de l’ancienneté au deux tiers.

C’est douze milliards de FCfa pour la revalorisation de l’indemnité de logement, etc.

Quelle place est accordée aux alliés dans la bataille de l’Apr en direction de la présidentielle ?
La place qui est la leur depuis le début du compagnonnage. Vous savez, le Président Macky Sall est un homme doté d’un sens élevé des valeurs, notamment la fidélité, la loyauté et le respect. Il croit très fortement au «Benno», car étant convaincu que seul un creuset inter organisations peut nous permettre de relever les défis de l’émergence. Il est également convaincu que chaque citoyen a son mot à dire sur le projet de modernité de notre société auquel chacun doit apporter sa pierre.

L’éventualité d’une candidature d’Ousmane Tanor Dieng est souvent invoquée. Cela ne constitue-t-il pas une menace pour la mouvance présidentielle ?
Pour moi, c’est un épouvantail qu’agitent l’opposition et certains adversaires du Sénégal pour dessouder notre belle alliance bâtie sur des principes et des valeurs. Et vous savez, « Benno Bokk Yakaar » ressemble comme une sœur jumelle à notre devise : Un Peuple, un But, une Foi.

Que faut-il faire pour renforcer l’unité au sein de « Benno Bokk Yakaar » ?
Rester dans le temps du Sénégal, avoir toujours en vue le drapeau national, élargir et renforcer la concertation, construire et consolider «Benno» à la base, comme indiqué par le Président Macky Sall, à travers des cadres de concertations et des plans d’actions inclusifs et unifiés qui ont été le socle de la victoire aux dernières élections législatives, comme celui de toutes nos victoires depuis 2012.

Une candidature unique ou plurielle de l’opposition. Laquelle des deux options préférez-vous affronter en 2019 ?
C’est un débat qui ne nous concerne pas. Dans les deux cas, il leur faudra des candidats de valeur face au nôtre. Il faudra certainement beaucoup de générosité et d’honnêteté. Mais, peut-être que face à la difficulté de la tâche, mes amis pourront se satisfaire d’un ou de plusieurs candidats sans illusion.

Dans tous les deux cas, le but de l’opposition est d’amener le Président Macky Sall au second tour. Cette éventualité est-elle prise en compte par la majorité ?
Dans le monde des illusions, tout est possible, mais nous resterons vigilants et concentrés sur nos objectifs avec la sagesse que requiert toute élection, qui n’est jamais gagnée d’avance. Ils peuvent parler du deuxième tour, mais nous restons sur notre détermination pour la victoire triomphale au premier tour.

Macky Sall a-t-il les atouts pour gagner au premier tour ? Qu’est-ce qui pourrait expliquer une telle donne ?
Seydou Gueye Apr Itw 3Je le crois sincèrement, et c’est cela qui hante le sommeil de ses potentiels adversaires. Rien que son rôle historique dans la sortie de crise de la Gambie et ses effets sur le processus de paix en Casamance, conjugués aux réalisations que je viens d’évoquer (la sortie de la crise de l’électricité, les réussites dans l’agriculture, l’enrichissement de la carte universitaire, son engagement au profit de l’école, sa lutte contre les inégalités sociales ou territoriales, sa capacité régulièrement démontrée de mettre notre société en mouvement au profit de tous), plaident comme un avantage distinctif pour une éclatante victoire au premier tour.

Notre souhait est de lui donner un pourcentage égal à son année de naissance : 61, en hommage au premier Président de la République né après notre Indépendance, et qui a réussi, en un mandat, à transformer notre pays.

Parmi les leaders de l’opposition, il y a Khalifa Sall qui fait face à la justice. Quel regard portez-vous sur son procès qui s’est ouvert récemment ?
Malgré tout le bruit fait autour de ce problème de gestion financière de la mairie de Ville de Dakar, c’est une affaire de droit commun dont le procès en cours édifiera les Sénégalais et la communauté internationale via les décisions que le tribunal prendra en toute souveraineté.

Bénéficiera-t-il d’un procès équitable ?
Nous faisons entièrement confiance à notre justice qui garantit, en toutes circonstances, les droits de la défense à tout citoyen conformément à l’Etat de droit et au principe de la présomption d’innocence.

Même si Karim Wade est toujours absent du pays, le Pds maintient sa candidature. Quel commentaire en faites-vous ?
Le Pds est libre de choisir celui qui portera les couleurs fanées de son camp.

Karim Wade a récemment déclaré qu’il lui est presque interdit de rentrer au pays. Le Gouvernement dresse-t-il un obstacle à son retour ?
Le Gouvernement a autre chose à faire que d’entraver un citoyen. Pour ce qui le concerne, la vérité judiciaire le concernant, c’est qu’il a été condamné à une peine de prison définitive et à une amende de plus de cent milliards de FCfa dont il doit s’acquitter. Idem pour ses co-inculpés. La réponse que j’attends de lui, c’est pourquoi depuis qu’il a recouvré la liberté, à la faveur d’une grâce présidentielle pour raison humanitaire, il ne s’est pas encore rendu en France ou en Allemagne où ses amis, dans le cadre de l’affaire Fraport, sont mis en examen par la justice allemande pour une affaire de corruption où il serait même question de l’Aibd.

L’éventualité d’un rejet de sa candidature est de plus en plus agitée. Est-ce que, sur le plan juridique, Karim Wade peut briguer les suffrages des Sénégalais ?
C’est une question qu’il faut étudier à la lumière de la loi électorale. Ce sera certainement l’affaire de l’institution habilitée à recevoir les candidatures, à les valider et reconnue comme juge en matière électorale conformément à la Constitution et à la loi électorale. Ce n’est pas l’affaire du Gouvernement encore moins de la spéculation démagogique.

Après quelques années d’accalmie, la Casamance a renoué avec la violence. Une menace sur le processus de paix ?
Je voudrais m’incliner très respectueusement devant la mémoire des personnes assassinées, souhaiter un prompt rétablissement aux blessés et exprimer ma compassion aux familles. Vous avez raison de parler d’accalmie, car en 2012, des soldats étaient pris en otage et le Président Macky Sall, en prenant l’affaire en charge, a réussi à les faire libérer. Je reste convaincu que nous allons vers la paix définitive et durable. Je voudrais saluer, ici, l’engagement, la détermination et la méthode du Président Macky Sall dans la gestion du processus de paix en Casamance avec des programmes pour de développement économique de la région. Il est vrai que ce sont des événements tragiques qui, cependant, n’obéreront pas la volonté du Président Macky Sall et celle de tous les acteurs engagés pour la paix. Naturellement, face à ces événements, force restera à la loi et la sécurité sera garantie.

Pourquoi le Gouvernement a suspendu les autorisations d’exploitation de bois en Casamance ? Comment entend-il mettre un terme à ce conflit de plus de trente ans ?
Le Gouvernement a pris la décision de réviser le Code forestier en vue de mieux réglementer et réguler le secteur. De nouveaux défis environnementaux se posent à nous et qu’il convient de prendre en compte pour préserver le patrimoine que constitue la forêt. Il y a également l’impératif de réglementer la coupe de bois qui est une activité économique qui dépasse même nos frontières.

Maintenant mettre un terme au conflit, je crois que c’est poursuivre son action discrète et efficace, à la manière des bâtisseurs de nos grandes mosquées ou de nos cathédrales. La fin du conflit, c’est le Sénégal dont nous rêvons tous, toutes ethnies et toutes confessions confondues.

Entretien réalisé par Babacar Dione
et Yakham C. N. Mbaye

LE BOURLINGUEUR
Seydou Gueye PortraitSeydou Guèye apparaît tel un paradoxe : la sociabilité qui gît en l’homme se retrouve très rarement chez un sachant de sa trempe, genre généralement réputé distant ou imbu de sa personne.

Intellectuel intégral doté d’une formation académique aussi solide que variée, ce presque sexagénaire définit « son engagement politique comme une obligation d’être toujours à côté des plus pauvres, des plus faibles et des plus précarisés depuis [sa] plus tendre enfance » débutée à la Rue 9x6 où il a vu le jour à l’aube de l’indépendance.

Un Médinois pure souche, très tôt piqué par le virus du foot ; une passion qu’il vit pleinement au sein de l’équipe navétane de son quartier, l’Asc Kussum, dont il deviendra joueur, vice-président et président. Auparavant, à quelques encablures de sa maison natale, à la frontière de la Médina et de Rebeuss, il se scolarisa à l’école primaire Clémenceau, aujourd’hui Ibrahima Diop, ensuite le lycée Blaise Diagne, enfin l’Université de Dakar d’où il sort avec une licence en Droit des affaires.

Déjà au lycée, en ces années 70, Seydou Guèye est politiquement engagé. Très à Gauche. Courant maoïste aux côtés de Mansour Elimane Kane, actuel ministre du Pétrole et des Energies, Mamadou Oumar Ndiaye, Directeur de publication du quotidien « Le Témoin », et autres Hawa Dia Thiam, ancien ministre et député. Une idéologie à laquelle il s’est très tôt dégagé en exprimant sa préférence pour le marxisme « du fait de la rigueur et de la pertinence de l’analyse sociale de cette idéologie : un matérialisme historique et dialectique, qui reste toujours d’actualité pour bien comprendre les questions économiques et sociales », argue-t-il.

Aujourd’hui encore, Seydou Guèye se dit être à l’aise dans cette pensée qu’il perçoit comme étant la social-démocratie ou le libéralisme social du Président Macky Sall où il retrouve les éléments structurant du rocardisme : « le penser clair, le parler vrai, l’agir concret ».

Rocard ! Le mot est lâché ! Il est peu probable d’appréhender Seydou Guèye dans sa plénitude et sa totalité sans jeter un faisceau de lumières sur son link avec le défunt Premier ministre français. Rétrospective.

Au milieu des années 80, le jeune médinois débarque à Paris, à l’Université Assas Panthéon Sorbonne d’où il sortira diplômé de l’Institut des hautes études internationales, non sans se signaler comme un meneur de grève, militant et syndicaliste dans le cadre de l’Union nationale des étudiants de France – Indépendante et démocratique (Unef-Id) composée de l’essentiel des courants de la Gauche, sauf ceux liés au Parti communiste français (Pcf). Là, avec des compagnons qui se révèleront de grandes figures politiques françaises – l’ancien Premier ministre Emmanuel Valls, l’ancien ministre Benoit Hamon –, il tape à l’œil de Michel Rocard qui l’adoube.

Militant de la Deuxième Gauche (Courant rocardien), Seydou Guèye est fait Délégué général des « Clubs Convaincre » fondés par l’éternel rival de François Mitterrand. « Les Clubs Convaincre » deviennent des usines où s’élaborent les positions du Courant rocardien dans la bataille des lignes qui fait rage au Ps. Et c’est lors d’une de ses rencontres qu’il fait, en 1998, une autre connaissance qui va déterminer la suite de son existence : Abdourahim Agne. L’alors cacique du Ps sénégalais est frappé et séduit par l’éloquence, la force argumentaire et l’attention dont jouit auprès des socialistes rocardiens ce frêle et pugnace débatteur. Il faudra plusieurs années à l’aîné pour convaincre le cadet de rentrer au bercail. Mais, Seydou Guèye n’en est pas encore là.

Pour le moment, c’est la cause de Michel Rocard qui l’engage. Un homme qu’il évoque encore avec beaucoup d’émotion : « Mon contact avec Michel Rocard permit la transformation de ma dimension protestataire vers l’engagement pour la citoyenneté active en prenant appui sur la création d’un courant de pensée qu’on a appelé la Gauche moderne et inventive. Une Gauche décomplexée qui a réglé son rapport avec le marché, une Gauche qui accepte la société de marché, mais travaille pour la transformation sociale. Il n’est plus question de révolution prolétarienne à l’avènement d’une société juste et solidaire par les ressorts d’une économie solidaire et de la réforme ».

Cependant, en dépit de son engagement, Seydou Guèye n’oublie pas le principal. Il enchaîne et décroche le diplôme de l’Ecole nationale d’assurances de Paris et un Dess en Sciences des organisations et de la production à l’Université d’Evry Val d’Essonne. Maintenant, le marché du travail l’attend. En moins de cinq ans, il passe par Eagle Star France, une société d’assurance, filiale de la British american tobacco, comme Assistant Marketing et Communication ; Macif, la première compagnie d’assurance auto et habitation de France, où il est Chef du Département Audit et Organisation ; Lda Consulting, un cabinet où il est fait Consultant Senior.

Mais, la déliquescence du Courant rocardien et le mal du pays finissent par avoir raison de Seydou Guèye qui se souvient de sa discussion engagée avec Abdourahim Agne, quelques années auparavant, notamment autour de la nécessité de « donner de l’actualité à la pensée de Gauche qui oblige de se convertir à la réforme ». Et pour réformer, pourquoi ne pas créer un Parti de la Réforme. Il en devient membre-fondateur en 2001 et Porte-parole cinq ans durant, avant le clash et la séparation, en 2008, avec Abdourahim Agne dont il a été, entretemps, Directeur de Cabinet au ministère de la Microfinance, de la Coopération décentralisée, de l’Aménagement du Territoire et du Commerce.

Il n’éprouvera que quelques mois d’une relative oisiveté qu’il met à profit pour s’adonner pleinement à ses passions : le foot, la musique et ses lectures préférées : Platon, Nietzsche, Socrate, Hannah Arendt, Etty Hilsum. Avant de faire la connaissance, le 14 mai 2008, grâce à l’entregent de Mahmoud Saleh, d’une autre figure politique marquante : Macky Sall.

En somme, dire de Seydou Guèye qu’il est un bourlingueur relève de l’euphémisme, mais « si à vingt ans on n’est pas marxiste, c’est qu’on est bête ; mais si au-delà de 40 ans on demeure marxiste, c’est parce qu’on est bête » disait feu Jonas Savimbi.

Par Yakham C. N. Mbaye

Secrétaire général d’And-Jëf/Parti africain pour la démocratie et le socialisme (Aj/Pads), Coordonnateur du Front patriotique pour la défense de la République (Fpdr), regroupement de l’essentiel des partis politiques de l’opposition, Mamadou Diop alias Decroix, député, ancien ministre, estime qu’il revient au Président de la République de faire ce qu’il faut pour renouer le fil du dialogue avec l’opposition. C’est la trame de cette interview au cours de laquelle il a abordé le processus électoral, l’audit du fichier électoral, la candidature unique ou plurielle de l’opposition, la participation de Karim Wade à la prochaine Présidentielle, les rapports avec le camp de Khalifa Sall, entre autres sujets tout aussi ou plus importants comme la rébellion armée en Casamance.

Monsieur le ministre, pourquoi l’opposition, regroupée au sein de l’Initiative pour la transparence des élections, n’a pas répondu favorablement à l’appel au dialogue politique du Chef de l’Etat ?
Je voudrais tout d’abord vous avouer ma surprise de vous (Ndlr : Le Soleil) voir chez moi pour solliciter cette interview. Je n’ai pas eu souvent l’occasion de lire des leaders politiques de l’opposition sur les pages du Soleil. Si cette initiative est annonciatrice d’une rupture – je l’espère –, je la salue tout en espérant qu’elle fasse tache d’huile ailleurs. Les Sénégalais adorent le pluralisme. Ils veulent la diversité par delà leur commun vouloir de vie commune. Je tenais à le dire, parce qu’il y a eu beaucoup de changements intervenus au cours de la dernière décennie, avec l’internet et les réseaux sociaux, qui font que l’exclusion n’est plus payante. Je pense que la télévision et la presse écrite devront se réinventer face à cette nouvelle donne.

Pour revenir à votre question, je ne vais pas faire l’étiologie de la politique du dialogue chez le Président Macky Sall. Je sais simplement qu’il a l’habitude d’appeler au dialogue politique, mais, en général, c’est l’effet d’annonce qui l’emporte.

Rappelez-vous la dernière annonce, qui date de mai 2016, à laquelle notre parti n’avait pas pris part s’arrêtant à la cérémonie d’ouverture. Après les discours qui ont duré tout l’après-midi et une bonne partie de la soirée, tout le monde s’est séparé et les choses en sont restées là.

Je pense que le dialogue politique, ce n’est pas l’évaluation du processus électoral. Ce que font Saïdou Nourou Bâ (Ndlr : président du Cadre de concertations sur le processus électoral) et les autres acteurs, ce n’est pas le dialogue politique. Le dialogue politique porte sur les institutions et leur fonctionnement. Mais, une évaluation des élections est tellement ordinaire que, sous les Présidents Diouf et Wade, la presse n’en parlait pas, alors que le ministre de l’Intérieur rencontrait régulièrement les acteurs politiques. Ce n’est vraiment pas, à mon avis, ce qu’on appelle dialogue politique.

Quel contenu donnez-vous au dialogue politique ?
Le dialogue politique doit porter sur les questions fondamentales. Par exemple, la nature des institutions qui gouvernent la République. Mais, ce qui se fait sur le processus électoral est une évaluation des élections. Cela se fait depuis 1993 entre les acteurs politiques et le ministre de l’Intérieur. Il faut bien clarifier toutes ces questions.

C’est sous le Président Diouf qu’on a vu, en 1996, une élection complètement désorganisée, à tel point qu’il avait dit à la télévision reconnaître l’existence de dysfonctionnements très sérieux.

Cela a donné, par la suite, l’Observatoire national des élections (Ndlr : Onel).

Le Président Sall a été témoin oculaire des dysfonctionnements qui ont caractérisé les élections de juillet 2017. Il n’a pas cru devoir prendre des dispositions. Il a plutôt félicité les responsables de cette désorganisation… organisée, puis, a renvoyé tout le monde devant le ministre de l’Intérieur pour soi-disant dialoguer. A partir du moment où le fil du dialogue a été rompu et où la confiance a disparu, le Président doit prendre des initiatives très fortes pour discuter avec son opposition.

Est-ce que l’appel lancé par le Président Macky Sall à l’endroit de l’opposition ne pouvait pas permettre de prendre en charge ces préoccupations ?
La réponse que je peux vous donner est que chat échaudé craint l’eau froide. Il y a eu beaucoup de rencontres avec l’ancien ministre de l’Intérieur. Je vous ai parlé du dialogue politique de mai 2016 et de la rencontre que nous avons eue avec lui (Ndlr : le Président Macky Sall) en décembre 2016. Toutes ces rencontres n’ont pas donné les résultats escomptés. Donc, chat échaudé craint l’eau froide. Ce qui s’est passé en juillet (Ndlr : élections législatives) est tellement grave qu’il nous faut absolument une initiative très forte du Président de la République pour parler avec son opposition.

La concertation sur le processus électoral ne constitue-t-elle pas une initiative forte ?
Cette concertation est en panne. J’ai reçu un coup de fil en fin de matinée (Ndlr : l’interview a été réalisée dans l’après-midi du 24 janvier 2017) d’un membre qui prenait part à cette concertation. Il m’a dit que le clash définitif s’est produit. Une bonne partie des participants a claqué la porte. Tout cela confirme nos réserves au sujet de cette concertation où les dés étaient pipés d’avance.

Que faut-il donc faire pour renouer le fil du dialogue politique ?
C’est le Président Sall qui doit prendre ses responsabilités, parce qu’à partir du moment où le fil du dialogue est rompu et que la confiance a disparu, il revient au Président de la République de faire ce qu’il faut pour que ce blocage soit levé. Car en fin de compte, il est de ses missions sacrées, en tant que Président de la République, d’organiser les procédures de dévolution du pouvoir dans des conditions et règles qui ne puissent être sérieusement contestées.

S’il ne prenait pas les dispositions pour rétablir les conditions de discuter et de conclure dans le consensus, les litiges que nous avons signalés et qui sont notés par les uns et les autres, nous considérerons cela comme l’expression d’une volonté de puissance. Et dans ces conditions, il ne nous restera plus qu’à nous organiser pour résister à toute tentative de confiscation du pouvoir au travers d’élections irrégulières. Mais, je pense qu’il fera ce qu’il faut. Le Président Sall sait aussi ce qu’il faut faire pour que le dialogue politique soit renoué, de façon sérieuse, et que tous les acteurs politiques se mettent d’accord autour de règles qui gouvernent le processus électoral.

Pourquoi l’opposition a décidé d’organiser une marche le 09 février prochain ?
Decroix Itw 2Nous organisons une marche parce que nous voulons montrer à l’opinion publique nationale et internationale que nous ne sommes pas contents. Nous voulons montrer que l’opposition sénégalaise n’est pas prête à laisser se répéter ce que nous avons connu le 30 juillet dernier. En somme, nous marchons pour que le Président Sall prenne la situation très au sérieux et nous écoute. Nous prenons aussi date afin qu’il ne puisse pas être dit, demain, que nous n’avons pas mis en garde.

Qui sont les parties prenantes de cette marche ?
Elles sont nombreuses. Nous avons une vingtaine de partis politiques et d’organisations, mais nous pensons qu’énormément de citoyens prendront part à cette marche, puisqu’encore une fois, ce n’est pas seulement un problème de l’opposition. L’histoire d’avoir des élections transparentes, sincères et libres, dont les résultats ne seront pas contestés, est une affaire de tout le monde. Ce n’est pas c’est parce que c’est l’opposition qui porte ce projet que les gens doivent penser que cela ne concerne que le Gouvernement et les partis politiques. Tout est lié.

Regardez les jeunes qui meurent en Méditerranée ou qui sont vendus comme esclaves en Libye. Ils quittent l’Afrique au sud du Sahara, alors que ces pays sont infiniment plus riches que les pays vers lesquels ils vont. C’est parce qu’ici il n’y a plus d’espoir. Ce sont les meilleurs qui meurent. Ce sont ceux qui sont courageux et qui osent affronter l’inconnu. C’est une perte incalculable, insoutenable. Ils quittent parce que nos régimes politiques sont corrompus. Il n’y a pas de règles. Quand il n’y a pas de règles, les choses ne marchent pas, et quand ça ne marche pas, cela déteint sur tout le monde. C’est pourquoi ce que nous sommes en train de faire concerne tout le monde.

Est-ce que l’autre frange de l’opposition, incarnée par Khalifa Sall, prendra part à cette marche ?
Nous sommes en discussions permanentes avec les amis de Khalifa Sall. Mais, depuis deux ou trois jours, je n’ai pas d’informations sur eux ; je pense qu’ils sont partie prenante.

Des experts internationaux sont à Dakar pour l’audit du fichier. Leur arrivée n’est-elle pas une réponse à vos doléances ?
C’est la presse qui nous en a informés (Ndlr : Le Soleil du 19 janvier 2017). Nous nous concerterons pour arrêter une position. Mais, la position de principe est invariable : nous considérons que tout ce qui se fera sans nous, se fera contre nous.

C’est-à-dire ?
Si nous ne sommes pas associés à cette affaire, nous ne nous considérerons pas comme concernés. Nous parlons d’audit du processus électoral et non d’audit du fichier électoral. L’audit du processus part depuis les inscriptions sur les listes électorales jusqu’à la proclamation des résultats provisoires par la Commission nationale de recensement des votes.

Il faut identifier les responsabilités des uns et des autres sur ce qui s’est passé (Ndlr : le vote des élections législatives le 30 juillet 2017), parce que nous savons ce que chacun a fait depuis la Direction générale des élections jusque dans les préfectures et les sous-préfectures, mais aussi dans les quartiers et villages, avec certains chefs de village et délégués de quartier. Il faut procéder à un audit de l’ensemble de ce processus.

Il faut savoir que dans l’histoire de l’humanité, partout où des secousses sociales se sont produites, à la base, c’est une minorité qui a travaillé dans l’ombre contre les règles établies. Il faut aussi passer au crible le Code électoral dans son entièreté. C’est ce que nous appelons audit du processus électoral et non audit du fichier électoral.

Vous refusez de participer au dialogue politique tout en affirmant « que tout ce qui se fera sans (vous) se fera contre (vous) ». Elle est tout de même paradoxale votre position !
Les conditions qui doivent permettre d’avoir des discussions sérieuses ne sont pas réunies. Nous n’irons pas là-bas (Ndlr : le Cadre de concertations sur le processus électoral) alors que les conditions ne sont pas réunies. La preuve ? Même ceux qui avaient toute la volonté de participer et qui sont allés à la table de négociations, ont quitté.

Quelles actions concrètes préconisez-vous ?
Continuer le combat. Nous allons poursuivre notre combat jusqu’à ce que le Président de la République accepte de discuter avec nous d’une affaire qui nous concerne tous.

Autrement dit, vous voulez des discussions directes avec le Président Sall ?
Pas nécessairement des discussions directes. Nous n’allons pas nous asseoir avec le Président Macky Sall pour parler du Code électoral. Il sait très bien ce qu’il doit faire pour que nous puissions discuter. Il doit accepter ce que nous avons demandé et qui est très simple. Nous ne demandons pas au Président Sall, qui est élu, comment il décide de ce qui concerne l’agriculture, la santé, l’industrie ou le commerce. Mais, nous demandons qu’il écoute l’opposition sur le processus électoral qui est une matière commune, qu’il ne se mette pas à décider de ce qu’il faut faire. Nous ne pouvons pas accepter cela. Nous lui avons écrit une lettre. Il sait très bien ce que nous voulons. Il peut désigner quelqu’un dans les discussions. Il a désigné Saïdou Nourou Bâ. Nous voulons aussi désigner des gens. Il faut des personnalités indépendantes et respectées dans ce pays et non une seule personnalité.

Vous récusez Saïdou Nourou Bâ ?
Il ne s’agit pas de récusation. C’est le schéma que nous remettons en cause. Sous le Président Diouf, il y a eu deux moments forts :

Un moment avec le président Kéba Mbaye et toute une kyrielle de personnalités dont Youssou Ndiaye, le Pr Malick Ndiaye, qui vit en Allemagne, des avocats émérites et des professeurs d’université. Ce sont ceux-là qui ont modéré le débat entre les acteurs politiques pour produire le fameux Code électoral consensuel de 1992 qui nous a permis de ne pas avoir des élections contentieuses de 1993 à 2014.

Avec la situation actuelle, tous ces consensus ont été jetés par-dessus bord. Il faut reconstruire, si c’est possible, de nouveaux consensus. Il faut une volonté politique comme celle que le Président Diouf avait affichée.

Quand il y a eu ces élections locales de 1996, il avait mis en place une commission avec le Pr Ibou Diaïté, de la Faculté de Droit, et d’autres personnalités émérites du pays qui ont permis de nous mettre d’accord sur ce qu’il fallait faire. Pourquoi le Président Sall doit considérer que le dossier des élections est son dossier à lui et non aussi celui de l’opposition ?

Vous ciblez quelles personnalités ?
Pour l’instant, je ne peux pas donner de noms, mais je pense que si le Président Sall veut que nous allions ensemble vers un consensus sur le dossier électoral, il faudrait qu’il prenne en considération nos revendications.

Au moment où vous vous apprêtez à marcher, le parti du Président Macky Sall, l’Alliance pour la République, a entamé une tournée à l’intérieur du pays. Ne risquez-vous pas d’être en retard en direction de la présidentielle de 2019 ?
Je crois savoir que le Président de l’Apr est à la manœuvre pour recoller les morceaux de son appareil qui peine à redémarrer. La presse en a rendu compte. Les fractures sont béantes dans ce qui lui tient lieu de parti. S’il doit y avoir retard, il faut chercher du côté du pouvoir avec, d’ailleurs, un Ousmane Tanor Dieng qui risque bien de se présenter à la prochaine présidentielle.

Ah bon ? Croyez-vous réellement à une candidature d’Ousmane Tanor Dieng, si l’on sait qu’il fait partie des principaux alliés du Président Sall ?
Il est très probable qu’Ousmane Tanor Dieng se présente. Nous n’avons pas le temps de dégoupiller cela en analyse politique, mais c’est ce qui risque de se produire. Concernant l’opposition, tous les leaders que je connais sont sur le terrain. On se réunit, mais les gens sont sur le terrain. Pour nous, la question de la sécurisation du processus électoral est aussi importante que le travail de terrain. L’Apr ne peut, en aucun cas, être en avance sur nous. Elle a suffisamment de problèmes. Elle n’arrive pas encore à démarrer.

Est-ce que vous n’avez pas de problèmes vous aussi vu que l’opposition n’a pas vidé la question de la candidature unique ou plurielle ?
Le syndrome « Benno Siggil Sénégal » avec le duo Niasse-Tanor, nous n’en voulons pas. La question d’une candidature unique n’est même pas discutée au sein de l’opposition. C’est une question qui ne se pose pas chez nous. Nous ne posons pas la problématique d’une candidature unique. J’estime que l’existence de pôles dans l’opposition pour aller aux élections est une excellente chose. Chaque pôle faisant le plein de ses voix. Ici, c’est ce qui compte, contrairement aux élections législatives où c’est la liste majoritaire qui a pu permettre à la coalition « Benno Bokk Yakaar » de prendre les sept députés de Dakar avec seulement 34 % des voix. A la différence de ce mode de scrutin, la présidentielle est à deux tours. Pour passer au premier tour, le candidat doit avoir au minimum 50% des suffrages plus une voix.

A l’Apr, on fait une projection de 60%…
L’Apr a perdu 16 points entre 2012 et maintenant. En 2012, elle avait 65%. Aux dernières législatives, elle a eu 49% dans les conditions que nous savons… Il y a une baisse tendancielle des parts de marché de la coalition au pouvoir dans l’électorat sénégalais. Et cette baisse ne s’arrêtera pas. J’ai entendu des tenants du pouvoir promettre la victoire dès le premier tour à leur candidat, c’est de la rodomontade. Ils devraient plutôt implorer le ciel pour avoir leur candidat au second tour.

Votre parti a-t-il déjà un candidat ?
Nous n’avons pas encore désigné un candidat. Nos instances doivent se réunir pour en discuter. Je vous dis que notre priorité, aujourd’hui, est d’avoir un processus électoral fiable parce que s’il ne l’est pas, même si nous avons un seul candidat, toute l’opposition réunie, Macky Sall nous battra à plate couture, car l’élection ne sera pas régulière.

Vous ne parlez pas le même langage avec les autres. Des voix de l’opposition ont déjà annoncé des candidatures…
Vous êtes en train de confirmer ce que je vous ai dit. J’ai dit que nous ne cherchons pas de candidat unique. Peut-être que ces voix là ont déjà choisi leurs candidats. Je vous dis que nous ne sommes pas pour la candidature unique. Nous mettons l’accent sur un processus électoral fiable. A partir de ce moment, quelqu’un d’entre-nous sortira.

Vous étiez en alliance avec le Parti démocratique sénégalais aux dernières législatives. Cette alliance sera-t-elle maintenue ?
Nous sommes encore avec le Pds et d’autres partis politiques dont « Bokk Gis-Gis » et « Tekki ». La liste est longue. S’agissant de la présidentielle, nous n’avons pas encore pris une décision. Pour l’instant, nous nous occupons des batailles nécessaires pour fiabiliser le processus électoral.

Le Pds maintient la candidature de Karim Wade en dépit de son absence du territoire national. Qu’en pensez-vous ?
Decroix Itw 4Le Pds a tenu un congrès à l’issue duquel il a désigné son candidat en la personne de Karim Wade au terme d’un scrutin avec plusieurs candidatures. Le Pds m’avait fait l’amitié de m’inviter. Je ne vois pas pourquoi Karim Wade ne pourrait pas porter les couleurs du Pds. Pour ce qui est de son absence, je vais vous avouer le sentiment que j’en ai est que son retour au Sénégal pour prendre part à l’élection présidentielle est aussi sûr pour lui que le soleil qui se lève à l’Est. Je m’entretiens régulièrement au téléphone avec Karim Wade.

Il sera au Sénégal ?
Ne pas être au Sénégal ne lui traverse même pas l’esprit.

La presse a annoncé « un plan » que Wade serait en train de concocter depuis Doha. Confirmez-vous cela ?
Je ne suis pas au courant d’une stratégie de Doha. Même si le je savais, je ne vous l’aurais pas dit. Par contre, j’ai la certitude qu’au vu de la campagne des dernières élections législatives, de ce qu’elle a révélé comme attachement, comme confiance de ces millions de jeunes que j’ai vus courir derrière la voiture du Président Wade partout au Sénégal, cette ferveur qui a fait couler des larmes, il y a une très forte probabilité que le prochain Président de la République du Sénégal soit celui dont la candidature sera soutenue par le Président Wade.

Karim Wade ?
Je dis celui que le Président Wade soutiendra.

Me Abdoulaye Wade est le secrétaire général national du Pds…
Voilà !

Autrement dit, vous soutenez la candidature de Karim Wade ?
Je ne l’ai pas dit. Je vous ai déjà dit que le parti convoquera ses assises et prendra ses décisions. Le Pds a convoqué son congrès pour désigner son candidat. Les partis sont souverains. Chaque parti verra quelles sont les procédures par lesquelles il doit passer pour désigner son candidat.

Pensez-vous qu’il peut juridiquement être candidat, si l’on se fonde sur la condamnation qui a été prononcée à son encontre ?
C’est de la politicaillerie. Cela ne m’intéresse pas.

En 2019, le pouvoir va mettre en exergue le bilan du Président Sall qu’il juge positif. L’opposition pourra-t-elle démontrer le contraire ?
Dieu fasse qu’il garde ce cap. Ce sera tout bénéfice pour l’opposition. Au Sénégal, on ne gagne pas une élection par le bilan. Wade a atterri à l’aéroport Blaise Diagne en 2012. Il a ouvert l’autoroute avant le second tour. Malgré tout, il a perdu. Il n’a pas perdu sur les réalisations. Tout le monde disait, y compris ses opposants les plus radicaux : « Il a travaillé, mais…». Le « mais » renvoie à la gouvernance. C’est sur la gouvernance qu’on perd des élections au Sénégal. Là-dessus, si sous Wade, les gens étaient des artisans, sous Macky Sall, ses partisans sont dans la grosse industrie en matière de mal gouvernance.

N’est-ce pas exagéré un tel propos ! Avez-vous des éléments pour prouver vos accusations ?
Sous Wade, à partir de cinquante millions de FCfa, vous ne pouviez pas faire une entente directe pour exécuter des marchés. Sous le Président Sall, à partir de cinquante milliards de FCfa, vous pouvez ne pas avoir d’appel d’offres. C’est ce qu’on appelle l’offre spontanée. On a légalisé l’entente directe à partir de cinquante milliards et au-delà. Si ce n’est pas le summum de la pratique de la corruption, je ne vois pas ce que cela peut être.

Mais, sous Wade, c’était le défilé des scandales financiers montant à des dizaines de milliards de FCfa, portés par des ententes directes à n’en plus finir, notamment l’aéroport de Diass…
Les ententes directes ont été multipliées par dix aujourd’hui.

Dans le secteur de l’éducation, avez-vous le sentiment que l’Education pour tous est en train d’être réalisée ?
Les statistiques que nous avons disent que près de deux millions d’enfants ne sont pas dans le système. J’aurais été plutôt préoccupé par cet aspect. Ceux qui nous gouvernent ne marchent pas sur leurs deux jambes. Ils marchent sur une seule jambe. Ils ne montrent que ce qui, d’après eux, fonctionne et est beau. Alors qu’au fond, il faut s’intéresser à ce qui n’est pas bon. C’est cela qui fera qu’on se dote des moyens pour mieux faire face. Quand j’entends le gouvernement dire qu’il va mettre fin aux abris provisoires, je dis qu’il ne comprend pas. A sa place, je transformerai chaque arbre à palabre de chaque village en salle de classe, voire en école, où tous les âges viendraient partager le savoir. C’est cela qui nous fera sortir de l’ornière.

Maintenant les abris provisoires ne doivent pas être là définitivement. Il ne faut pas confondre des abris provisoires définitifs à la nécessité de multiplier par cinq ou dix les écoles. Une école, ce n’est pas seulement quatre murs. Ce sont des gens qui veulent apprendre et des enseignants motivés qui sont là pour les pousser.

Vous n’allez tout de même pas faire table rase des efforts et avancées colossaux qui ont été enregistrés, avec notamment le renforcement de la carte universitaire et la construction de collèges ?
Nous n’avons que des universités en chantier. C’est ça l’effet d’annonce ! Nos amis vivent d’effets d’annonce. Les effets d’annonce ne font pas vivre. Vous avez l’impression d’avoir l’impression d’avoir le ventre plein, mais le moment venu, vous allez tomber d’anémie. On n’annonce que des universités.

La carte universitaire laissée par Abdoulaye Wade n’a pas encore changé. Dakar et Saint-Louis étaient là sous les prédécesseurs de Wade. Les universités de Ziguinchor, Bambey et Thiès ont été construites sous Wade. Attendons que les chantiers s’achèvent. Encore une fois, c’est le problème des raccourcis. On ne peut pas faire comme les autres pour y arriver. Les moyens financiers ne suffiront jamais et les autres avancent plus vite que nous. Il nous faut imaginer des raccourcis.

Quelle appréciation faites-vous des avancées annoncées après les négociations entre le Gouvernement et les syndicats d’enseignants ?
Il s’agit essentiellement des indemnités de déplacement et correction relatives aux examens du baccalauréat, du Bfem, du Cfee, etc. Le Gouvernement s’était engagé à payer les enseignants le 30 novembre dernier. Nous sommes en janvier. Non seulement les indemnités ne sont pas payées, mais les enseignants ont subi des ponctions sans précédent sur leurs salaires. Les indemnités d’examens sont alimentées par les inscriptions des candidats, c’est-à-dire les élèves. Donc, à ce niveau, ce qui est exigé de l’Etat, c’est de cesser de détourner de son objectif l’argent du Fonds d’appui des examens et concours (Faec) logé au Trésor public. L’autre demande, la plus importante à leurs yeux, c’est l’augmentation de toutes les indemnités, notamment celles d’enseignement et de logement. Le Gouvernement propose une augmentation de 10 %, ;ce qui équivaut à 6000 FCfa pour compter de janvier 2019, comprenez une promesse électorale ! Comparé aux 20 000 FCfa donnés par Wade en son temps, c’est dérisoire. C’est la preuve du manque d’ambition et de volonté de Macky Sall et de son Gouvernement pour un système éducatif sénégalais performant.

Cela a été rectifié…
Ah bon ? Il y a un problème de confiance entre les deux parties qui portent sur les engagements contractés. C’est le problème qu’on rencontre. On se dit, même si le Gouvernement signe, qu’est ce qu’il faut faire. Les syndicats n’y croient pas. C’est cela le drame.

Que pensez-vous de la politique de santé du pouvoir ?
Le syndicat autonome des médecins va en grève le 30 janvier pour le non-respect d’accords signés en 2014. Il y a un problème de confiance. D’une façon générale, le budget alloué à la santé est très faible. La rationalisation de la dépense publique est là. Si le budget, aussi faible soit-il, arrivait intégralement à destination pour soigner, oui à la limite. Mais, non seulement le budget est faible, mais la dépense publique n’est pas efficace. Si vous injectez 100 milliards de FCfa dans le tuyau, peut-être que ce sont 20 milliards qui sortent.

Vous soupçonnez des détournements d’objectifs ?
C’est constant. C’est partout.

Il y a eu le renforcement du plateau sanitaire ainsi que la mise en œuvre des Cartes d’égalité des chances…
Depuis « Dalal diam », il n’y a pas de nouvel hôpital. Macky Sall n’a pas construit un nouvel hôpital au Sénégal. Je n’ai pas souvenance d’un hôpital construit sous sa présidence.

Vous parlez de la Carte d’égalité des chances, en 2014, le régime nous avait dit que, chaque année, 50 000 allaient être distribuées. On aurait dû être à 100 000, voire 150 000 cartes distribuées. Mais, en février 2017, le régime était à peu près à 24 000 mille cartes, c’est-à-dire le quart des objectifs fixés. Avec la Cmu (Ndlr : Couverture maladie universelle), les structures de santé croulent sous le poids de la dette du Gouvernement. Elles sont en train de prendre l’argent que les populations versent pour couvrir les dépenses prévues par la Cmu, alors que les fonds ne sont pas versés par le Gouvernement. Les structures sont exsangues parce qu’elles dépensent sans recevoir du côté du Gouvernement.

La Casamance renoue avec la violence après plusieurs années d’accalmie. Vos commentaires ?
Decroix Itw 3Prières pour les morts, condoléances à leurs familles, mais aussi pensée pieuse pour la forêt de la Casamance. Cent quarante milliards de FCfa de bois coupé dans la forêt casamançaise, selon Haïdar. Cent quarante mille mètres cube de bois, c’est une catastrophe ! Je vais demander une commission d’enquête parlementaire sur la déforestation en Casamance. Je vais aussi suggérer à notre groupe parlementaire une visite de terrain en Casamance pour rencontrer les parties prenantes.

Oui, Boffa ! Enième affrontement mortel depuis 1982, jusqu’au prochain affrontement. Hélas, jusqu’à quand ? Rechercher les coupables et suspendre la coupe de bois peuvent être de bonnes mesures pour faire baisser la fièvre, comme disait l’autre, mais le mal attend toujours d’être soigné. Franchement, le système, tel qu’il fonctionne, ne me semble pas en mesure de porter une solution définitive à la crise en Casamance.

Quelle est la solution ?
Il faut beaucoup de courage politique et une bonne dose d’humilité, car étant les fondements réels pour toute autorité qui ambitionne de tourner définitivement la page de la crise en Casamance.

Qu’entendez-vous par courage politique ?
C’est le courage de rompre avec un système qu’on a, peut-être, de bonne foi mis en place depuis trois décennies, pensant qu’il pouvait régler les problèmes. Ce système s’est ossifié. Il ne peut plus donner des résultats. Il faut une approche nouvelle.

Il y a un adage wolof qui dit : « Si vous voulez soulever une charge, vous essayez de tous les côtés ». L’humilité est ce qui permet de mettre en œuvre ce courage politique et d’apprendre des gens. Il ne suffit pas que le leader soit le seul à avoir cette posture. Ce sont tous ceux qui s’occupent de la question qui doivent penser et agir de cette façon.

Partagez-vous l’opinion de ceux qui prônent la guerre pour en finir avec la rébellion ?
Les va-t-en-guerre sont toujours ceux qui ne vont pas à la guerre. Il vous y pousse et vous y laisse. Dieu nous préserve des va-t-en-guerre.

Que faut-il privilégier ?
Il faut discuter ! Il faut bien sûr prendre les dispositions nécessaires pour que les choses ne s’enveniment pas sur le plan militaire. Il faut avoir la possibilité de tenir en respect ceux qui seraient tentés d’assassiner des gens ou de tuer la forêt. Mais in fine, ce n’est pas cela la solution. Ce sont des mesures conservatoires. La solution est politique. Elle l’a toujours été. Elle ne peut pas être autrement.

Quel est la clé pour vaincre en 2019 ?
Secret de fabrication. Simplement, faisons tous en sorte que la victoire de celle ou celui qui sera déclaré vainqueur ne soit pas sérieusement contestée au soir du scrutin.

Une femme élue Présidente de la République du Sénégal, vous y croyez ?
Tout est possible dans l’avenir. Mais, le contexte actuel ne me semble pas favorable aux femmes, hélas !

Entretien réalisé par Babacar Dione
et Yakham C. N. Mbaye

DEMAIN, SEYDOU GUÈYE RÉPLIQUERA
Dans l’édition de demain du Soleil, la parole reviendra à la majorité. Avec sa double casquette de Porte-parole du parti au pouvoir, l’Alliance pour la République (Apr), et de Ministre Secrétaire général et Porte-parole du Gouvernement, Seydou Guèye répliquera, point par point, dans le même format, au Coordonnateur du Fpdr.

FACETTES D’UN RÉCALCITRANT
M Diop DecroixProfession : protestataire. Signe particulier : teigneux. De manière prosaïque, cependant non réductrice, on serait tenté de résumer ainsi Mamadou Diop dit Decroix. Car ce sexagénaire, visage familier du paysage politique sénégalais, authentique soixante-huitard, adepte de la jacquerie, a quasiment, jusqu’ici, consommé son existence en remettant en cause les ordres établis.

Une des figures dirigeantes du mouvement élève et étudiant – il avait dix huit ans en 1968 –, il obligera le Président Léopold Sédar Senghor à user de moyens radicaux pour le neutraliser : exclusion de l’Université de Dakar par décret pour fait de grève ; enrôlement de force dans l’Armée.

Toutes choses qui n’émousseront pas l’ardeur d’une teigne dont les menées politiques sous Senghor, ensuite le Président Abdou Diouf, seront sanctionnées par huit arrestations et cinq séjours carcéraux.

Homme à plusieurs facettes, volontiers et souvent facétieux face à ses contradicteurs, Decroix fut dirigeant syndicaliste, lorsqu’après le chaudron universitaire il entre, comme informaticien – sa véritable profession qui le mènera plus tard au ministère des Finances – au sein du plus puissant établissement public en charge de la commercialisation de l’arachide, la première richesse du pays : l’Office national de coopération et d’assistance au développement (Oncad).

Alors, à l’aube de ces années 70, l’Oncad naissant et ses cinq mille travailleurs, furent un formidable vivier, du pain béni pour ce récalcitrant, perturbateur inné qui allait causer des boutons d’urticaire aux dirigeants de cette entité passée à la postérité comme le symbole accompli de la mal gouvernance.

Une œuvre syndicaliste de déstabilisation que Decroix mènera parallèlement à un engagement politique, dans les conditions de la clandestinité, en fondant And-Jëf/Xaree-bi, en 1973, avec son «jumeau», Landing Savané.

Homme à facettes, car syndicaliste, politique clandestin, informaticien amoureux des mathématiques jusqu’à s’approprier le nom d’un de ses professeurs dans cette matière – Decroix –, il se signale aussi par un fort attrait pour la culture, un amour qui fera de lui l’initiateur, toujours dans la clandestinité, du «Caada gi», qui ambitionnait de porter le mouvement culturel patriotique sénégalais.

C’était l’autre Decroix, méconnu ou peu connu des Sénégalais qui le découvrent à l’aube du magistère d’Abdou Diouf, lorsqu’en duo avec Landing Savané dont il est frais n°2, les deux hommes rompent d’avec «Xaree-bi» (le combat armé) et la clandestinité, légalisent et rebaptisent leur parti Aj/Mrdn (And Jëf/Mouvement révolutionnaire pour la démocratie nouvelle). Onze ans plus tard, en 1992, il deviendra définitivement Aj/Pads (And-Jëf/Parti africain pour la démocratie et le socialisme), le duo menant, aux côtés d’autres grands noms du monde du travail et de la politique, les premières protestations contre les conséquences sociales des politiques d’ajustement dictées par le Fonds monétaire international (Fmi) et la Banque mondiale.

Pour Decroix, c’était bien avant l’entame d’une longue et riche carrière politique : plusieurs fois député, à partir de 1998, et ministre, de 2000 à 2012, de la survenue à la fin de la première alternance ; bien avant la rupture d’avec son «jumeau», en 2009 ; bien avant son positionnement, une fois la survenue de la deuxième alternance, en mars 2012, comme fédérateur d’une opposition fréquemment en panne de repères, avec sa casquette de Coordonnateur du Front patriotique pour la défense de la République (Fpdr), ensuite de la « Coalition du non – Gor ca wax ja », au référendum du 20 mars 2016.

Last but not least, chez Decroix, l’homme à facettes rompu au maniement des langues française et woloff – en bon Cayorien –, le politique éclipse le scribe qui a, à son actif, des œuvres conséquentes : «Les transitions démocratiques en Afrique» ; «La dialectique de la violence politique au Sénégal» ; «Omc et Ape : ne faut-il pas un plan B pour l’Afrique ?» ; «Lamine Senghor – vie et œuvre : version wolof» ; «La cause du peuple» (livre d’entretien avec Elhadj Kassé) ; «Réformes constitutionnelles ou révolution républicaine ?»

Par Yakham C. N. Mbaye

Elle n’est au Sénégal que depuis un peu plus d’un an, mais elle maîtrise déjà très bien les différents contours des relations entre le pays de la Téranga et le Canada. Normal pour quelqu’un qui a été sous-ministre adjointe du Secteur de l’Afrique subsaharienne pendant trois ans à Ottawa. Mme Lise Filiatrault, Ambassadeur du Canada au Sénégal, est très à l’aise quand il s’agit d’évoquer la coopération entre nos deux États qui embrasse tous les secteurs. Dans cet entretien, elle revient sur les festivités du 150ème anniversaire du Canada qui coïncide avec le 55 ème anniversaire des relations bilatérales entre le Sénégal et son pays, mais également sur les axes et perspectives de la coopération devenue de plus en plus diversifiée, plus intense.

Vous êtes en poste depuis presque plus d’un an, pouvez-vous vous présenter et nous parler un peu de votre parcours qui vous a mené à représenter le Canada ici au Sénégal ?
C’est un honneur pour moi de représenter le Canada au Sénégal. J’ai pris mes fonctions d’Ambassadeur, le 11 octobre 2016. Il est important de préciser que notre ambassade couvre le Sénégal mais aussi la Guinée, la Guinée-Bissau, la Gambie et le Cabo Verde. En termes de mon parcours, j’ai occupé différents postes à l’Agence canadienne de développement international, en Amérique du Sud et à Cuba notamment. En Afrique, j’ai travaillé dans le secteur de la coopération, au Cameroun et j’ai occupé, à Ottawa, le poste de sous-ministre adjointe du Secteur de l’Afrique subsaharienne, pendant trois ans avant ma nomination au Sénégal.

Vous célébrez, cette année, le 150ème anniversaire du Canada. Que célébrez-vous exactement ?
Il y a près de 150 ans, les Pères de la Confédération canadienne ont travaillé à un projet visionnaire, celui de créer une démocratie durable. La Confédération canadienne est ainsi née le 1er juillet 1867, avec quatre provinces : le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Ontario et le Québec. Aujourd’hui, le Canada est un pays bilingue, formé de 10 provinces et de 3 territoires. Bien que nos racines soient anglaises, françaises et autochtones, nous tendons la main aux autres cultures du monde. Ce que nous célébrons, 150 ans plus tard, c’est cette histoire et ce patrimoine très riche. Nous célébrons la diversité -qu’elle soit linguistique, culturelle et régionale-; nous célébrons l’inclusion -des jeunes, des Autochtones, des femmes, des filles, de la pluralité et du multiculturalisme-; nous célébrons la fierté d’être Canadiens, tous ensembles, d’un bout à l’autre du Canada et ici au Sénégal.

Le Sénégal et le Canada fêtent 55 ans de relations bilatérales ? Quel bilan faites-vous de ces relations ?
Nos deux pays ont en partage beaucoup de valeurs communes. Nous avons entamé nos relations diplomatiques formelles en 1962, deux ans après l’indépendance du Sénégal, cela témoigne déjà de l’ancienneté et de la proximité de nos relations. Depuis lors, nos relations ont évolué : si au début, elles étaient ponctuées par la coopération et le développement, surtout dans le secteur de l’éducation, nous avons désormais une relation des plus diversifiées, marquée par des échanges commerciaux grandissants, un dialogue politique sincère et un partenariat fort sur la scène internationale basée sur nos valeurs communes. Le président Macky Sall était en visite à Montréal en septembre 2016, lors de la conférence de reconstitution du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Ceci fortifie nos relations et renforce notre partenariat de plus en plus diversifié, dans le secteur de défense, de la coopération, du commerce et de la diplomatie.

Le Canada a récemment annoncé une nouvelle politique d’aide internationale féministe. Pouvez-vous nous dire plus sur cette politique ?
C’est une nouvelle politique « féministe » qui s’articule adéquatement avec le Plan Sénégal émergent qui guide notre appui au Sénégal. Elle place l’égalité des sexes et le renforcement du pouvoir des femmes et des filles au cœur de son approche. Nous estimons que ceci représente le meilleur moyen de réduire la pauvreté et de bâtir un monde plus inclusif, plus pacifique et plus prospère. La dignité humaine constitue également un champ d’action prioritaire autant dans les secteurs de la santé, de la nutrition, de l’éducation que du travail humanitaire. Dans le cadre de l’aide au développement, il convient de rappeler que nos investissements annuels ont atteint près de 35 milliards de francs ces dernières années, dans les secteurs de l’éducation, de l’agriculture et de la gouvernance. Le Canada croit ainsi fermement au rôle déterminant que peuvent jouer les femmes et les filles. La croissance au bénéfice de tous, l’environnement et l’action climatique, la gouvernance inclusive, la paix et la sécurité sont autant de domaines prioritaires qui intéressent aussi le Canada.

Vous faites aussi l’emphase sur les jeunes. Pourquoi ? Comment ceux-ci peuvent-ils contribuer à l’avenir du continent, selon vous ?
L’avenir des jeunes est au cœur de nos priorités. Dans un continent en pleine croissance démographique, nous croyons que donner aux jeunes africains, en particulier les jeunes femmes, les opportunités d’agir dans les sphères économique, sociale et politique constitue un gage indubitable de changement et d’épanouissement pour l’avenir. En 2016, nous avons accueilli plus de 100 étudiants de Dakar à venir assister à l’exposition « Paroles de Filles » et observer les images positives dépeintes au-devant du mur fleuri de la résidence officielle, pour célébrer la journée de l’enfant africain, contre les mariages forcés et grossesses précoces. Les jeunes sont les héritiers du futur, les moteurs du changement social et une importante source d’innovation. C’est pourquoi nous continuons à nous engager dans le secteur clef de l’éducation et de la formation professionnelle. Le Canada est le plus important bailleur de fonds bilatéral du secteur de l’éducation au Sénégal, avec plus de 80 milliards de FCfa pour la période 2015 à 2019. Au cours des trois dernières années, nous avons distribué plus de 5 millions de manuels scolaires, conformes au nouveau curriculum de l’éducation de base. Les appuis du Canada sont à la fois techniques et financiers et visent à soutenir les capacités des jeunes, des femmes et des filles à réaliser leur plein potentiel.

Vous avez récemment pris part à la 3ème édition du Forum économique du Sénégal au Canada, à Montréal. Quelles opportunités d’investissement canadien peut-on espérer au Sénégal ?
J’ai assisté à ce Forum qui s’est tenu les 12 et 13 mai dernier au Canada. J’ai pu constater la grande implication de l’Ambassade du Sénégal au Canada et de la diaspora sénégalaise, en particulier celle du Regroupement général des Sénégalais du Canada, qui ont contribué à la réussite de cet événement. Ce forum a mis en évidence l’attractivité du climat des affaires au Sénégal et la possibilité d’accès au marché canadien aux entreprises sénégalaises spécialisées dans l’exportation de produits. En matière d’investissement canadien, les secteurs des ressources naturelles, énergies propres, de l’agriculture et de l’agroalimentaire, de la pêche, du tourisme et de la santé offrent des opportunités d’exportation et d’investissement intéressantes aux entreprises canadiennes. L’expertise canadienne s’harmonise particulièrement bien avec des projets des secteurs publics et privés dans les secteurs des mines, de l’éducation, du génie-conseil et de la Responsabilité sociale des entreprises (Rse). Le savoir-faire canadien dans les secteurs de l’énergie, des technologies de l’information, des communications, du transport aérien et ferroviaire sont aussi en demande. Il y a aussi des opportunités pour le Canada émanant des synergies entre le développement et le commerce découlant d’enjeux bilatéraux et multilatéraux. Les technologies propres constituent aussi un nouveau secteur d’actions pour le Canada au Sénégal.

Le Canada est également reconnu pour son appui dans la formation professionnelle. Il a été à l’origine de la création du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) où beaucoup de grands journalistes en Afrique ont été formés. Prévoyez-vous toujours des appuis de ce type ?
Lise Filiatrault Cnd 2Je suis heureuse que le Canada soit le chef de file du groupe de partenaires techniques et financiers, en formation technique et professionnelle, au Sénégal. Nous appuyons le développement d’une main-d’œuvre qualifiée pour répondre aux besoins du secteur privé et encourager la création d’emplois des jeunes. Si l’on dénote un réel engouement des jeunes sénégalais à poursuivre leur formation au Canada, il convient de souligner l’expertise de la collaboration canadienne avec des institutions sénégalaises pour offrir, ici, au Sénégal, des programmes de qualité. Nous appuyons également le ministère de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Artisanat, dans la mise en œuvre du projet «Essor du secteur privé par l’éducation pour l’emploi ». C’est un projet d’envergure qui vise à contribuer au développement d’une main-d’œuvre et d’entrepreneurs qualifiés dans sept régions du Sénégal, via 13 partenariats entre établissements de formation canadiens et sénégalais. Dix-sept programmes de formation en approche par les compétences ont déjà été développés dans ces partenariats.

Vous avez évoqué préalablement les intérêts communs du Sénégal et du Canada, notamment dans la Francophonie? Comment pensez-vous que les relations entre les deux pays pourraient être renforcées au sein de cette institution ?
Le Canada et le Sénégal ont, en partage, beaucoup de valeurs communes. La promotion de la paix, la démocratie, la bonne gouvernance, l’État de droit et le respect des droits de la personne sont autant de priorités essentielles. Nous y œuvrons avec le Sénégal dans la Francophonie. Le Sénégal est un partenaire exceptionnel, pour mettre en valeur notre richesse linguistique. Plusieurs ministres canadiennes, responsables de la Francophonie, tant au niveau fédéral que provincial (Québec et Nouveau Brunswick) ont effectué des visites récentes au Sénégal. Ceci atteste de la vitalité de nos relations diplomatiques. La culture est un formidable vecteur de diversité et d’inclusion et nous y souscrivons au sein de la Francophonie. Au Sénégal, dans la Quinzaine de la Francophonie et du 150ème anniversaire du Canada, nous avons organisé, en mars de cette année, un concert haut en couleurs, avec l’artiste sénégalo-canadien Elage Diouf, qui symbolise un exemple de cette diversité multiculturelle. Dans le secteur de l’éducation, nous appuyons, chaque année, la Confemen dans le Concours des 10 mots. Ce concours vise à promouvoir la langue française et à raffermir le sentiment d’appartenance de jeunes étudiants à la Francophonie. Nous avons aussi appuyé la Dictée Paul Gérin Lajoie, qui célèbre l’excellence et la promotion de la langue française. Ceci a permis à deux jeunes étudiants sénégalais de participer et d’être primés à la finale internationale de Dictée à Montréal. Je félicite d’ailleurs Emile-Michel Latyr Faye, pour s’être distingué avec brio, lors de ce concours. Ces exemples attestent de notre engagement constant pour la promotion de la langue française dans l’espace francophone.

Vous êtes un pays très dynamique dans l’exploitation des mines. Qu’est-ce que le Sénégal, pays qui devient minier, peut-il attendre de vous ?
Le savoir-faire du Canada est en demande dans ce secteur. Les investissements canadiens dans le secteur extractif demeurent un des principaux leviers économiques dans les échanges commerciaux entre nos deux pays. Nous pouvons évoquer notamment la présence de Teranga Gold Corporation, qui exploite la seule mine d’or industrielle au Sénégal – via l’entité Sabadola Gold Operations, d’Iamgold et d’autres joueurs dans le milieu de la prospection et l’exploration. Notre approche de la Responsabilité sociale des entreprises permet à ces entreprises canadiennes de bâtir un ancrage solide dans les communautés où elles évoluent, autour de valeurs fortes d’inclusion économique et sociale. L’entreprise minière Teranga Gold et ses liens avec les communautés de Kédougou en offre un bel exemple avec une stratégie de développement déclinée à travers un processus participatif des parties prenantes. Notre vision des relations entre nos deux pays en est une harmonisation, où nous développons des mécanismes d’appui aux entreprises pour leur permettre de jumeler les actions de coopération au développement économique en faveur du Sénégal.

Le terrorisme est devenu un fléau mondial. Quel soutien peut apporter le Canada à l’Afrique en matière de paix et de sécurité, plus particulièrement à notre sous-région dans ce cadre ?
En matière de paix et de sécurité, le Canada vient d’élaborer une nouvelle politique de défense qui met l’accent sur la protection, la sécurité et l’engagement. Le Canada estime que ce cadre d’action est un important moyen de contribuer à la lutte contre le terrorisme, à la paix et à la sécurité en accroissant, à long terme, l’efficacité de ses interventions. En 2016, nous avons adopté un nouveau Programme canadien pour la stabilisation et les opérations de paix (Psop). De 2016 à 2019, le Programme dispose d’un budget de 450 millions de dollars. Le Psop permet au Canada de travailler en collaboration avec la communauté internationale afin d’aider les sociétés locales à trouver des solutions pour le dialogue, à surmonter les conflits et la fragilité afin de s’orienter vers une paix et une stabilité durables. Nous avons déployé, pour la première fois depuis longtemps, deux navires qui ont patrouillé dans les eaux de l’Afrique de l’Ouest dans le cadre de l’Exercice obangame express, un exercice qui impliquait presque tous les États côtiers de l’Afrique de l’Ouest, ainsi que plusieurs pays occidentaux. Nous avons l’intime conviction que le dialogue, la médiation, la réconciliation sont des atouts pour assurer un meilleur soutien pour la prévention de conflits, dans le monde, et en Afrique de l’Ouest, en particulier.

Le Sénégal s’apprête, dans quelques années, à devenir un producteur de pétrole et de gaz. Quelle peut être la coopération entre nos deux pays dans ce secteur?
L’expertise du Canada dans ce secteur est des plus reconnues. Le Canada a d’ailleurs accueilli une délégation de haut niveau du Sénégal dans le cadre du Global Petroleum Show de Calgary, un événement qui réunit des experts internationaux du secteur. Nous avons également appuyé le réseau des parlementaires ouest-africains pour la bonne gouvernance minérale (RGM/AO). A cette occasion, deux parlementaires sénégalais se sont rendus dans la ville minière de Sudbury afin d’effectuer une mission de familiarisation et de renforcement de capacités au Canada dans les secteurs des mines, pétrole et du gaz. L’appui du Canada dans ce secteur de gestion des ressources naturelles vise à ce que les pays qui en bénéficient atteignent une croissance économique propre dans laquelle les retombées sont partagées aux niveaux local, régional, national et que la paix et la sécurité, la bonne gouvernance et le respect des droits humains soient protégés et respectés.

Avez-vous eu l’occasion de découvrir le pays ? Que retenez-vous de votre première année au Sénégal ?
Après presque une année au pays de la Teranga, ce que je retiens le plus du Sénégal, ce qui fait son charme et sa force : c’est sa population. J’ai eu l’occasion de visiter le Nord (St-Louis) et une partie du Sud du pays (Casamance). La diversité de ses paysages m’a séduite et m’a rappelée ce que nous avons également en partage, cette variété et cette richesse des espaces. Ce qui m’a réellement marquée, c’est le dynamisme de son peuple, des femmes, des jeunes, des enfants, résolus, ouverts, et emprunts d’engagement. Je me réjouis aussi de la richesse et de la profondeur de nos relations amicales, notamment dans l’éducation, avec le creuset des Sénégalais et Sénégalaises qui ont effectué des études au Canada et reviennent avec beaucoup d’enthousiasme pour faire valoir leur savoir-faire et leur expertise à la nation sénégalaise. Je rencontre tous les jours des sénégalaises et des sénégalais qui veulent beaucoup entreprendre pour leur pays et cela, c’est une force réelle, c’est un capital social inestimable. Je souhaite terminer cet entretien en souhaitant un « Deweneti » à tous les sénégalais qui viennent de célébrer la Korité, tout comme nous célébrons, nous aussi, notre « 150ème anniversaire ».

Interview réalisée par la Rédaction


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