L'invité de la rédaction (4)

Elle n’est au Sénégal que depuis un peu plus d’un an, mais elle maîtrise déjà très bien les différents contours des relations entre le pays de la Téranga et le Canada. Normal pour quelqu’un qui a été sous-ministre adjointe du Secteur de l’Afrique subsaharienne pendant trois ans à Ottawa. Mme Lise Filiatrault, Ambassadeur du Canada au Sénégal, est très à l’aise quand il s’agit d’évoquer la coopération entre nos deux États qui embrasse tous les secteurs. Dans cet entretien, elle revient sur les festivités du 150ème anniversaire du Canada qui coïncide avec le 55 ème anniversaire des relations bilatérales entre le Sénégal et son pays, mais également sur les axes et perspectives de la coopération devenue de plus en plus diversifiée, plus intense.

Vous êtes en poste depuis presque plus d’un an, pouvez-vous vous présenter et nous parler un peu de votre parcours qui vous a mené à représenter le Canada ici au Sénégal ?
C’est un honneur pour moi de représenter le Canada au Sénégal. J’ai pris mes fonctions d’Ambassadeur, le 11 octobre 2016. Il est important de préciser que notre ambassade couvre le Sénégal mais aussi la Guinée, la Guinée-Bissau, la Gambie et le Cabo Verde. En termes de mon parcours, j’ai occupé différents postes à l’Agence canadienne de développement international, en Amérique du Sud et à Cuba notamment. En Afrique, j’ai travaillé dans le secteur de la coopération, au Cameroun et j’ai occupé, à Ottawa, le poste de sous-ministre adjointe du Secteur de l’Afrique subsaharienne, pendant trois ans avant ma nomination au Sénégal.

Vous célébrez, cette année, le 150ème anniversaire du Canada. Que célébrez-vous exactement ?
Il y a près de 150 ans, les Pères de la Confédération canadienne ont travaillé à un projet visionnaire, celui de créer une démocratie durable. La Confédération canadienne est ainsi née le 1er juillet 1867, avec quatre provinces : le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Ontario et le Québec. Aujourd’hui, le Canada est un pays bilingue, formé de 10 provinces et de 3 territoires. Bien que nos racines soient anglaises, françaises et autochtones, nous tendons la main aux autres cultures du monde. Ce que nous célébrons, 150 ans plus tard, c’est cette histoire et ce patrimoine très riche. Nous célébrons la diversité -qu’elle soit linguistique, culturelle et régionale-; nous célébrons l’inclusion -des jeunes, des Autochtones, des femmes, des filles, de la pluralité et du multiculturalisme-; nous célébrons la fierté d’être Canadiens, tous ensembles, d’un bout à l’autre du Canada et ici au Sénégal.

Le Sénégal et le Canada fêtent 55 ans de relations bilatérales ? Quel bilan faites-vous de ces relations ?
Nos deux pays ont en partage beaucoup de valeurs communes. Nous avons entamé nos relations diplomatiques formelles en 1962, deux ans après l’indépendance du Sénégal, cela témoigne déjà de l’ancienneté et de la proximité de nos relations. Depuis lors, nos relations ont évolué : si au début, elles étaient ponctuées par la coopération et le développement, surtout dans le secteur de l’éducation, nous avons désormais une relation des plus diversifiées, marquée par des échanges commerciaux grandissants, un dialogue politique sincère et un partenariat fort sur la scène internationale basée sur nos valeurs communes. Le président Macky Sall était en visite à Montréal en septembre 2016, lors de la conférence de reconstitution du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Ceci fortifie nos relations et renforce notre partenariat de plus en plus diversifié, dans le secteur de défense, de la coopération, du commerce et de la diplomatie.

Le Canada a récemment annoncé une nouvelle politique d’aide internationale féministe. Pouvez-vous nous dire plus sur cette politique ?
C’est une nouvelle politique « féministe » qui s’articule adéquatement avec le Plan Sénégal émergent qui guide notre appui au Sénégal. Elle place l’égalité des sexes et le renforcement du pouvoir des femmes et des filles au cœur de son approche. Nous estimons que ceci représente le meilleur moyen de réduire la pauvreté et de bâtir un monde plus inclusif, plus pacifique et plus prospère. La dignité humaine constitue également un champ d’action prioritaire autant dans les secteurs de la santé, de la nutrition, de l’éducation que du travail humanitaire. Dans le cadre de l’aide au développement, il convient de rappeler que nos investissements annuels ont atteint près de 35 milliards de francs ces dernières années, dans les secteurs de l’éducation, de l’agriculture et de la gouvernance. Le Canada croit ainsi fermement au rôle déterminant que peuvent jouer les femmes et les filles. La croissance au bénéfice de tous, l’environnement et l’action climatique, la gouvernance inclusive, la paix et la sécurité sont autant de domaines prioritaires qui intéressent aussi le Canada.

Vous faites aussi l’emphase sur les jeunes. Pourquoi ? Comment ceux-ci peuvent-ils contribuer à l’avenir du continent, selon vous ?
L’avenir des jeunes est au cœur de nos priorités. Dans un continent en pleine croissance démographique, nous croyons que donner aux jeunes africains, en particulier les jeunes femmes, les opportunités d’agir dans les sphères économique, sociale et politique constitue un gage indubitable de changement et d’épanouissement pour l’avenir. En 2016, nous avons accueilli plus de 100 étudiants de Dakar à venir assister à l’exposition « Paroles de Filles » et observer les images positives dépeintes au-devant du mur fleuri de la résidence officielle, pour célébrer la journée de l’enfant africain, contre les mariages forcés et grossesses précoces. Les jeunes sont les héritiers du futur, les moteurs du changement social et une importante source d’innovation. C’est pourquoi nous continuons à nous engager dans le secteur clef de l’éducation et de la formation professionnelle. Le Canada est le plus important bailleur de fonds bilatéral du secteur de l’éducation au Sénégal, avec plus de 80 milliards de FCfa pour la période 2015 à 2019. Au cours des trois dernières années, nous avons distribué plus de 5 millions de manuels scolaires, conformes au nouveau curriculum de l’éducation de base. Les appuis du Canada sont à la fois techniques et financiers et visent à soutenir les capacités des jeunes, des femmes et des filles à réaliser leur plein potentiel.

Vous avez récemment pris part à la 3ème édition du Forum économique du Sénégal au Canada, à Montréal. Quelles opportunités d’investissement canadien peut-on espérer au Sénégal ?
J’ai assisté à ce Forum qui s’est tenu les 12 et 13 mai dernier au Canada. J’ai pu constater la grande implication de l’Ambassade du Sénégal au Canada et de la diaspora sénégalaise, en particulier celle du Regroupement général des Sénégalais du Canada, qui ont contribué à la réussite de cet événement. Ce forum a mis en évidence l’attractivité du climat des affaires au Sénégal et la possibilité d’accès au marché canadien aux entreprises sénégalaises spécialisées dans l’exportation de produits. En matière d’investissement canadien, les secteurs des ressources naturelles, énergies propres, de l’agriculture et de l’agroalimentaire, de la pêche, du tourisme et de la santé offrent des opportunités d’exportation et d’investissement intéressantes aux entreprises canadiennes. L’expertise canadienne s’harmonise particulièrement bien avec des projets des secteurs publics et privés dans les secteurs des mines, de l’éducation, du génie-conseil et de la Responsabilité sociale des entreprises (Rse). Le savoir-faire canadien dans les secteurs de l’énergie, des technologies de l’information, des communications, du transport aérien et ferroviaire sont aussi en demande. Il y a aussi des opportunités pour le Canada émanant des synergies entre le développement et le commerce découlant d’enjeux bilatéraux et multilatéraux. Les technologies propres constituent aussi un nouveau secteur d’actions pour le Canada au Sénégal.

Le Canada est également reconnu pour son appui dans la formation professionnelle. Il a été à l’origine de la création du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) où beaucoup de grands journalistes en Afrique ont été formés. Prévoyez-vous toujours des appuis de ce type ?
Lise Filiatrault Cnd 2Je suis heureuse que le Canada soit le chef de file du groupe de partenaires techniques et financiers, en formation technique et professionnelle, au Sénégal. Nous appuyons le développement d’une main-d’œuvre qualifiée pour répondre aux besoins du secteur privé et encourager la création d’emplois des jeunes. Si l’on dénote un réel engouement des jeunes sénégalais à poursuivre leur formation au Canada, il convient de souligner l’expertise de la collaboration canadienne avec des institutions sénégalaises pour offrir, ici, au Sénégal, des programmes de qualité. Nous appuyons également le ministère de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Artisanat, dans la mise en œuvre du projet «Essor du secteur privé par l’éducation pour l’emploi ». C’est un projet d’envergure qui vise à contribuer au développement d’une main-d’œuvre et d’entrepreneurs qualifiés dans sept régions du Sénégal, via 13 partenariats entre établissements de formation canadiens et sénégalais. Dix-sept programmes de formation en approche par les compétences ont déjà été développés dans ces partenariats.

Vous avez évoqué préalablement les intérêts communs du Sénégal et du Canada, notamment dans la Francophonie? Comment pensez-vous que les relations entre les deux pays pourraient être renforcées au sein de cette institution ?
Le Canada et le Sénégal ont, en partage, beaucoup de valeurs communes. La promotion de la paix, la démocratie, la bonne gouvernance, l’État de droit et le respect des droits de la personne sont autant de priorités essentielles. Nous y œuvrons avec le Sénégal dans la Francophonie. Le Sénégal est un partenaire exceptionnel, pour mettre en valeur notre richesse linguistique. Plusieurs ministres canadiennes, responsables de la Francophonie, tant au niveau fédéral que provincial (Québec et Nouveau Brunswick) ont effectué des visites récentes au Sénégal. Ceci atteste de la vitalité de nos relations diplomatiques. La culture est un formidable vecteur de diversité et d’inclusion et nous y souscrivons au sein de la Francophonie. Au Sénégal, dans la Quinzaine de la Francophonie et du 150ème anniversaire du Canada, nous avons organisé, en mars de cette année, un concert haut en couleurs, avec l’artiste sénégalo-canadien Elage Diouf, qui symbolise un exemple de cette diversité multiculturelle. Dans le secteur de l’éducation, nous appuyons, chaque année, la Confemen dans le Concours des 10 mots. Ce concours vise à promouvoir la langue française et à raffermir le sentiment d’appartenance de jeunes étudiants à la Francophonie. Nous avons aussi appuyé la Dictée Paul Gérin Lajoie, qui célèbre l’excellence et la promotion de la langue française. Ceci a permis à deux jeunes étudiants sénégalais de participer et d’être primés à la finale internationale de Dictée à Montréal. Je félicite d’ailleurs Emile-Michel Latyr Faye, pour s’être distingué avec brio, lors de ce concours. Ces exemples attestent de notre engagement constant pour la promotion de la langue française dans l’espace francophone.

Vous êtes un pays très dynamique dans l’exploitation des mines. Qu’est-ce que le Sénégal, pays qui devient minier, peut-il attendre de vous ?
Le savoir-faire du Canada est en demande dans ce secteur. Les investissements canadiens dans le secteur extractif demeurent un des principaux leviers économiques dans les échanges commerciaux entre nos deux pays. Nous pouvons évoquer notamment la présence de Teranga Gold Corporation, qui exploite la seule mine d’or industrielle au Sénégal – via l’entité Sabadola Gold Operations, d’Iamgold et d’autres joueurs dans le milieu de la prospection et l’exploration. Notre approche de la Responsabilité sociale des entreprises permet à ces entreprises canadiennes de bâtir un ancrage solide dans les communautés où elles évoluent, autour de valeurs fortes d’inclusion économique et sociale. L’entreprise minière Teranga Gold et ses liens avec les communautés de Kédougou en offre un bel exemple avec une stratégie de développement déclinée à travers un processus participatif des parties prenantes. Notre vision des relations entre nos deux pays en est une harmonisation, où nous développons des mécanismes d’appui aux entreprises pour leur permettre de jumeler les actions de coopération au développement économique en faveur du Sénégal.

Le terrorisme est devenu un fléau mondial. Quel soutien peut apporter le Canada à l’Afrique en matière de paix et de sécurité, plus particulièrement à notre sous-région dans ce cadre ?
En matière de paix et de sécurité, le Canada vient d’élaborer une nouvelle politique de défense qui met l’accent sur la protection, la sécurité et l’engagement. Le Canada estime que ce cadre d’action est un important moyen de contribuer à la lutte contre le terrorisme, à la paix et à la sécurité en accroissant, à long terme, l’efficacité de ses interventions. En 2016, nous avons adopté un nouveau Programme canadien pour la stabilisation et les opérations de paix (Psop). De 2016 à 2019, le Programme dispose d’un budget de 450 millions de dollars. Le Psop permet au Canada de travailler en collaboration avec la communauté internationale afin d’aider les sociétés locales à trouver des solutions pour le dialogue, à surmonter les conflits et la fragilité afin de s’orienter vers une paix et une stabilité durables. Nous avons déployé, pour la première fois depuis longtemps, deux navires qui ont patrouillé dans les eaux de l’Afrique de l’Ouest dans le cadre de l’Exercice obangame express, un exercice qui impliquait presque tous les États côtiers de l’Afrique de l’Ouest, ainsi que plusieurs pays occidentaux. Nous avons l’intime conviction que le dialogue, la médiation, la réconciliation sont des atouts pour assurer un meilleur soutien pour la prévention de conflits, dans le monde, et en Afrique de l’Ouest, en particulier.

Le Sénégal s’apprête, dans quelques années, à devenir un producteur de pétrole et de gaz. Quelle peut être la coopération entre nos deux pays dans ce secteur?
L’expertise du Canada dans ce secteur est des plus reconnues. Le Canada a d’ailleurs accueilli une délégation de haut niveau du Sénégal dans le cadre du Global Petroleum Show de Calgary, un événement qui réunit des experts internationaux du secteur. Nous avons également appuyé le réseau des parlementaires ouest-africains pour la bonne gouvernance minérale (RGM/AO). A cette occasion, deux parlementaires sénégalais se sont rendus dans la ville minière de Sudbury afin d’effectuer une mission de familiarisation et de renforcement de capacités au Canada dans les secteurs des mines, pétrole et du gaz. L’appui du Canada dans ce secteur de gestion des ressources naturelles vise à ce que les pays qui en bénéficient atteignent une croissance économique propre dans laquelle les retombées sont partagées aux niveaux local, régional, national et que la paix et la sécurité, la bonne gouvernance et le respect des droits humains soient protégés et respectés.

Avez-vous eu l’occasion de découvrir le pays ? Que retenez-vous de votre première année au Sénégal ?
Après presque une année au pays de la Teranga, ce que je retiens le plus du Sénégal, ce qui fait son charme et sa force : c’est sa population. J’ai eu l’occasion de visiter le Nord (St-Louis) et une partie du Sud du pays (Casamance). La diversité de ses paysages m’a séduite et m’a rappelée ce que nous avons également en partage, cette variété et cette richesse des espaces. Ce qui m’a réellement marquée, c’est le dynamisme de son peuple, des femmes, des jeunes, des enfants, résolus, ouverts, et emprunts d’engagement. Je me réjouis aussi de la richesse et de la profondeur de nos relations amicales, notamment dans l’éducation, avec le creuset des Sénégalais et Sénégalaises qui ont effectué des études au Canada et reviennent avec beaucoup d’enthousiasme pour faire valoir leur savoir-faire et leur expertise à la nation sénégalaise. Je rencontre tous les jours des sénégalaises et des sénégalais qui veulent beaucoup entreprendre pour leur pays et cela, c’est une force réelle, c’est un capital social inestimable. Je souhaite terminer cet entretien en souhaitant un « Deweneti » à tous les sénégalais qui viennent de célébrer la Korité, tout comme nous célébrons, nous aussi, notre « 150ème anniversaire ».

Interview réalisée par la Rédaction

Le 15 mars dernier, Mme Muriel Berset Cohen, l'Ambassadeur de Suisse au Sénégal, a été l'invitée de la rédaction du quotidien national Le Soleil. Elle a répondu aux questions des journalistes sur la francophonie et sur le Groupe des Amis de la Francophonie (GAF) du Sénégal dont elle est la présidente. Morceaux choisis... (VIDEO)

 

 

 

 

Le 15 mars dernier, Mme Muriel Berset Cohen, l'Ambassadeur de Suisse au Sénégal, a été l'invitée de la rédaction du quotidien national Le Soleil. Elle a répondu aux questions des journalistes sur la coopération entre la Suisse et le Sénégal. (VIDEO)

 

 

 

Invité de la réunion de réaction du Soleil hier, le ministre de la Promotion de la Bonne gouvernance, des Relations avec les Institutions et Porte-parole du gouvernement est revenu sur des questions de l’actualité politique. Dans cette première partie, il a saisi l’occasion pour clarifier certains aspects sur la venue du président Wade, sur les prochaines  échéances locales, la transhumance politique, etc. Nous reviendrons sur les autres questions liées à la bonne gouvernance dans nos prochaines éditions.

Monsieur le ministre, avec la présence de l’ex-président Abdoulaye Wade, il semblerait qu’il y a des négociations en douce avec le régime actuel. Qu’en est-il au juste?
« Je voudrais commencer par préciser une chose importante. L’ancien président de la République est un citoyen sénégalais mais qui n’est pas un citoyen ordinaire. Parce qu’il a une posture et un statut d’ancien chef d’Etat. Ce statut-là, lui confère un certain nombre de droits. Il a un traitement mensuel décent; un traitement nettement trois fois au- dessus du traitement des ministres et même du Premier ministre en activité. Il a des avantages matériels importants (une garde rapprochée, des indemnités pour assurer un certain nombre de besoins, des services autour de lui), une protection rapprochée de l’Etat du Sénégal où qu’il se trouve dans le monde. Les honneurs lui sont dus et lui sont tout le temps rendus. Quand il arrive au Sénégal,  il est accueilli au salon d’honneur. Je précise d’ailleurs que c’est sur sa demande ou plutôt sur une vaillante contestation de sa part que ce statut a été valorisé. Vous avez suivi, à travers la presse, l’ex-président dire, à l’époque, qu’il ne recevait pas un traitement digne de son statut. Cela ne correspondait pas à la réalité. En vérité, il recevait les prestations liées à son statut tel que ce statut a été défini et mis dans le droit positif sénégalais en 1981. Evidemment, ce traitement dont Abdou Diouf a bénéficié tout le temps qu’il est là, c’est le même traitement qui lui a été fait. Abdou Diouf, à l’époque, avec beaucoup de dignité et d’honneur, de responsabilité, a assumé ses fonctions, reçu ce traitement sans que personne ne l’ait une seule fois entendu parler de ce statut-là. J’avoue que ce n’est pas une mauvaise chose, c’est même une très bonne chose parce que la stature de l’homme, son statut, la fonction qu’il a assumée au Sénégal justifient amplement la décision du président de la République de valoriser ce traitement-là. Il y a également quelque chose qui est fondamentale, cette personne a parlé au nom du Sénégal, a incarné le pouvoir dans sa plénitude et dans ce qu’il a de plus sacré. Il est tout à fait normal que ce statut lui soit dévolu. En revanche, cet honneur lui impose, également, un certain nombre de suggestions et d’obligations qui sont intrinsèquement liées à l’acceptation d’incarner ce statut-là. Il faut afficher la posture pour avoir un statut. Maintenant libre à chaque citoyen de dire si  la décision du président de la République d’être directement impliqué sur des questions d’enjeu national, politiquement parlant, et qu’il s’engage, de façon décisive, dans la politique, cela correspond au statut qu’il est censé incarner et à la posture qu’il est appelé à afficher. Personnellement, je crois que non. Ce qui fait qu’aujourd‘hui, en acceptant de descendre sur l’arène politique, comme il le fait naturellement, il est traité comme un opposant. Traité comme un opposant avec les droits qui lui sont dus, avec la classe qui doit lui être reconnue mais également avec la contrepartie qui est inhérente à la présence de tout acteur sur la scène politique. Maintenant, les gens disent qu’il est arrivé pour perturber le pouvoir,  le pouvoir négocie. Je ne crois pas, honnêtement, à 90 ans, que l’ancien président dispose de ressorts (du point de vue politique, de son passé, et de ce qu’il a fait dans ce pays, au cours de ses 12 ans) conséquents pour déstabiliser un régime quel qu’il soit. Cela voudrait dire que le régime est extrêmement fragile; ce que je ne crois pas, car ce n’est pas du tout le cas.  Pourquoi le régime devrait donc négocier avec Abdoulaye Wade ? Et qu’est-ce qu’il devrait négocier avec lui? S’il y a un sujet à la négociation, elle voudrait peut-être dire que la situation dans laquelle se trouve son fils et qui explique probablement son comportement sur le terrain politique, devrait être négociée. Mais même le président de la République n’a pas le pouvoir de négocier cela. Si l’on accepte le principe que nous sommes un Etat de droit, où la justice fait son travail normalement, on ne devrait pas suggérer l’idée qu’il y a une négociation politique derrière. On aurait perdu toute crédibilité si l’on devait négocier aujourd’hui. C’est parce qu’il n’ya rien à négocier qu’Abdoulaye Wade est présent sur la scène politique. La justice dira si son fils est coupable ou non coupable. S’il n’est pas coupable, évidemment, il sera relâché, s’il l’est, la justice fera son travail. Il ne peut pas y avoir une négociation possible entre le gouvernement et  Abdoulaye Wade. Parce que, de toute les manières, la seule chose qui l’intéresse, c’est moins les libéraux qui sont mis en prison que son fils. Pour éviter cette situation, il fallait, dès le départ, éviter d’en faire un personnage central qui, au cours des dernières années de sa présence à la tête de l’Etat, a disposé de tous les leviers économiques et sociaux du pays.

Pour certains observateurs, le retour de Me Wade a requinqué le Pds et que ce parti risque de faire mal aux élections locales ?   
Je suis frappé par les analystes sénégalais. Soyons objectifs. D’abord les faits : Je dirige la liste départementale de Foundiougne. Je suis candidat à la mairie de Sokone. Sur 18 listes de collectivités locales, le Pds n’est présent qu’à peu près dans 8 collectivités locales. Sur dix, le Pds, comme parti, est totalement absent. Dans la commune de Sokone où je suis et qui est la commune la plus importante du département de Foundiougne, le Pds n’a pas pu déposer de listes. Et ce que je vous dis, je l’ai remarqué également dans le département de Kaffrine où j’étais le superviseur de l’Apr. Sur les 9 collectivités locales, le Pds n’est présent simplement que dans trois ou quatre. Le phénomène médiatique qu’on a donc pu lire à travers l’arrivée de Wade, personnellement, je dois étudier les autres départements pour voir en quoi, ce phénomène politique supposé, est-il reflété dans les listes qui sont déposées pour les prochaines élections? J’invite les journalistes à passer en revue toutes les listes où le Pds se présente comme entité autonome ou dans une coalition qui a des chances de gagner. Je vois même, dans nos départements, « Bokk Guis Guis » est plus présent que le Pds. C’est quand même significatif par rapport aux analyses que nous avons faites. A Kaolack, également, on parle moins du Pds que de la coalition « Bennoo Bokk Yaakaar » et des autres entités. A Saint-Louis, on en parle. J’aimerais savoir si à Thiès, on parle encore du Pds, si à Mbour, le Pds dans les listes qui sont présentées a une présence significative? Quand on aura fini de faire cette analyse, c’est peut-être à partir de là qu’on pourra dire si le Pds risque de faire du mal. Mais quand on ne le pas fait, on ne peut pas le dire. Je demeure convaincu qu’on a eu affaire à un évènement médiatique de dimension nationale qui ne reflète absolument pas une nouvelle dynamique politique au Sénégal.  Attendons les élections locales du 29 juin, pour voir si le Pds a ébranlé le gouvernement.   

Lors du retour du président Wade, beaucoup de responsables Apr se sont exprimés. N’y a-t-il pas là une certaine incohérence du discours gouvernemental ?
Attention ! Dans le débat politique, il faut surveiller deux choses qui sont importantes. Pour le gouvernement, la communication est d’abord de l’information publique. Il y a beaucoup de confusions au Sénégal. Entre ce que j’appelle l’information publique qui relève de la responsabilité de l’Etat de dire aux Sénégalais qu’est-ce qui s’est passé et l’ensemble des positionnements du point de vue de la communication sur un phénomène. Qu’est-ce qui a fondé le débat autour de l’arrivée de Wade ? Il y a eu manipulation des faits pour avoir un effet politique donné. Vous savez, Abdoulaye Wade est un vieux renard politique. Il a joué. En partie, il a réussi à focaliser sur lui, pendant plus de trois jours, les médias. Et cela, ce n’est pas la faute du gouvernement. Mais la question qui se pose, c’est de savoir à un niveau de responsabilité, après avoir été chef de l’Etat, est-il normal de jouer à tromper sciemment l’opinion nationale? Cela ne valorise pas la démocratie, ni les hommes politiques, d’autant plus, d’ailleurs, que souvent on met en doute leur parole. Et cela, on l’analyse moins, on en parle moins parce que ce n’est pas l’information exacte qui fait le spectacle mais la désinformation. Finalement, on nous reproche d’avoir mal communiqué. Qu’est-ce qu’on peut reprocher au gouvernement? On a donné l’information. Il n’y a pas eu d’incohérence. Le gouvernement n’a pas varié dans ses déclarations. Le communiqué du ministère de l’Intérieur a confirmé, mot pour mot, ce que j’ai dit à Rfi, à la Bbc, à l’Afp et aux radios sénégalaises. Il y a deux choses sur lesquelles il ne faut pas se tromper. Quand on déclenche un phénomène médiatique, la responsabilité du gouvernement est de donner des informations exactes au public sénégalais et nous l’avons fait. Personne d’autre n’a parlé. Maintenant, les hommes politiques sont des hommes politiques. On les interroge et ils s’expriment. Ils sont intervenus dans les médias pour, parfois, relever des contradictions, faire ressortir des contrevérités qui étaient véhiculées simplement.

Les Sénégalais, en se débarrassant du régime libéral, avaient pensé en avoir fini avec la transhumance. Mais on constate que l’Apr est en train recycler d’anciens responsables du Pds. Qu’en pensez-vous?
La transhumance ne peut pas être un modèle politique, ni un référentiel de base. Du point de vue éthique et moral, ce n’est pas acceptable. En politique, il doit y avoir de l’éthique. Par contre, des gens qui sont dans les partis politiques, qui n’assumaient pas de responsabilités particulières, sinon à un niveau inférieur, non connu, qui changent de parti, ça se voit dans tous les pays. Ce n’est pas qu’au Sénégal. La politique n’est pas la morale mais elle ne peut pas se faire sans la morale et sans l’éthique. Malheureusement, au bout de l’action politique, il y a l’efficacité. II faut compter avec. L’efficacité politique amène des situations aussi particulières, sans être justifiée sur le plan moral ou éthique et c’est une réalité avec laquelle il faut faire. La transhumance ne peut pas être un modèle politique, ni un référentiel de base. Du point de vue éthique et moral, ce n’est pas acceptable.

Les défauts que l’on reprochait au Pds, notamment la violence, l’indiscipline commencent à poindre à l’Apr. Aussi certains parlent même de l’arrogance. Est-ce que vous pensez que de cette manière vous pouvez gagner la sympathie des Sénégalais pour avoir un second mandat?
Vous avez parlé de la violence et de l’indiscipline à l’Apr. Nous le déplorons. Ça va nous coûter cher quelque part, si nous ne prenons garde. Cette indiscipline a fait qu’on a été forclos dans trois communes de Pikine, dans une commune du Fouta (Ndlr : Ogo). L’indiscipline avant de faire mal aux autres, le fera d’abord au parti ».

Amadou DIOP (Avec la rédaction)


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