Grands Dossiers (170)

Les indicateurs les plus bas dans le domaine la planification familiale au Sénégal sont enregistrés dans la région de Diourbel, caractérisée par une faible utilisation des services de santé maternelle d’une manière générale. Cette situation est imputée à la polygamie et à la religion décrites comme étant les principaux obstacles à la planification familiale. Ainsi, les grandes multipares (celles ayant accouché plusieurs fois) s’intéressent plus à la contraception, contrairement aux jeunes femmes.

Religion et polygamie. Tels sont les facteurs les plus déterminants de la faible pratique de la planification familiale dans la région de Diourbel, située au centre du Sénégal. D’ailleurs, c’est dans cette zone, marquée par une démographie galopante (1.641.350 habitants), un fort taux d’analphabétisme des femmes (80%), un faible niveau de scolarisation des enfants (38,4%), un Indice synthétique de fécondité de 5,4 enfants par femme en milieu urbain et 6,7 en milieu rural, une mortalité maternelle élevée (115 décès maternels déclarés en 2016 dans les structures sanitaires), où est enregistrée la plus basse prévalence contraceptive au Sénégal, renseigne le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef régional. Ainsi, sur les 397.206 Femmes en âge de reproduction (Far), seules les 28.410 sont sous contraception. Soit un Taux de prévalence contraceptive (Tpc) d’environ 7% en 2016 dans cette région qui comprend 4 districts sanitaires Diourbel (7%), Mbacké (12,3%), Bambey (9%) et Touba (5,3%).

Le facteur le plus déterminant pour expliquer, d’une manière générale, la faible utilisation des services de santé maternelle, et en particulier la planification familiale est, selon le Dr Mboup, la religion. Seulement, estime le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef du district sanitaire de Mbacké, « la religion n’est pas un frein, dans la mesure où des chefs religieux laissent leurs épouses faire la planification familiale ». Elle indexe plutôt la polygamie d’être à la base de la quête effrénée d’enfants chez beaucoup de femmes de la région de Diourbel. Car « dans ces localités, les gens accordent beaucoup d’importance à la progéniture nombreuse », justifie-t-elle.

Donnant l’exemple de sa sœur, Maguette Sène Yade, secrétaire générale du groupement des femmes du quartier Boussobé (fief des Bousso), à Mbacké, révèle que cette dernière est dans un ménage polygame. « Elle évoque à chaque fois l’héritage pour justifier son souci d’avoir beaucoup d’enfants », témoigne Mme Yade, soulignant que sa sœur a même réussi à tomber enceinte à deux reprises en même temps que sa propre fille. « Ayant connu des complications lors de ses dernières grossesses, je lui ai signifié qu’elle ne sera certainement pas là pour jouir de l’héritage dont elle parle. C’est à partir de cet instant qu’elle a recouru à la planification familiale », explique Maguette Sène.

Dans le même sillage, fait remarquer le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef du district sanitaire de Mbacké : « C’est en période pré-ménopause que beaucoup de femmes font la planification familiale, parce qu’elles craignent de tomber enceinte en même temps que leurs filles ou belles-filles ». A titre illustratif, le médecin cite le cas d’une dame qui, après son 10ème enfant, est encore tombée enceinte. « Une semaine après son accouchement, sa propre fille a aussi accouché », rapporte le médecin, estimant que c’est généralement pour éviter « cette situation inconfortable » que certaines femmes se lancent dans la contraception. Une pratique décrite par Maguette Sène Yade comme « source d’équilibre de la famille ». Ainsi, elle doit être « l’affaire du couple et non pas de la femme uniquement ». Elle est, ce faisant, d’avis que « si on explique bien aux maris, ils vont adhérer ». S’exprimant sur la réticence des maris, la Badianou Gokhe (marraine de quartier) Fatou Samb, membre du groupement des femmes de Boussobé à Mbacké, estime que « c’est aux femmes de convaincre leurs époux de les laisser faire la planification familiale ». Selon elle, « ni la religion, ni la culture ne sont contre cette pratique qui est dans l’intérêt de la famille. Les femmes doivent éviter les grossesses rapprochées trop dangereuses pour leur santé et la famille dans son ensemble », plaide-t-elle.

Compte-tenu de la prégnance de la religion et des barrières socioculturelles, le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef de la région médicale de Diourbel, pense qu’il est nécessaire de favoriser la création de la demande en mettant l’accent sur la communication et la formation des agents de santé pour que ces derniers aient la même compréhension de la planification familiale, avec comme principal axe l’espacement des naissances. « Il faut aussi affiner la communication, impliquer les leaders religieux », avance-t-il.

Sera-t-il facile de mobiliser les religieux autour de la planification familiale ? « Nous allons essayer, on peut espérer les avoir dans la mesure où il y a des personnes ressources qui peuvent être des porteurs de messages », rétorque le Dr Mboup, rappelant que lors de la réunion sur le Cadre stratégique national de planification familiale (Csnpf) qui a eu lieu dernièrement dans le département de Mbacké, « des religieux étaient présents ».

ESPACEMENT DES NAISSANCES : Des religieux s’engagent à sensibiliser les communautés
Espacement naissanceL’espacement des naissances n’est pas interdit par l’islam. C’est pourquoi des leaders religieux « se sont engagés à sensibiliser les communautés », indique Serigne Saliou Mbacké, président du Cadre des religieux pour la santé et le développement (Crsd). Une entité mise en place en 2014 pour« promouvoir la coopération entre les familles religieuses ».

Le Cadre des religieux pour la santé et le développement (Crsd) peut être un allié majeur dans la lutte contre la mortalité maternelle au Sénégal et la promotion de la planification familiale par l’espacement des naissances. Selon son président Serigne Saliou Mbacké, c’est une « association interreligieuse regroupant l’ensemble des familles religieuses, aussi bien islamiques que de l’église catholique ».

Créée en 2014, la mission du Crsd est de « promouvoir la coopération entre les familles religieuses ». « Nous travaillons sur un projet de contribution religieuse à la planification familiale sous l’angle de l’espacement des naissances prévu par les religions », explicite M. Mbacké, rappelant que « le Sénégal, comparé à beaucoup de pays à majorité musulmane, a un Taux de prévalence contraceptive (Tpc) bas ». Il est de 20,1%, selon l’Enquête démographique et de santé (Eds) de 2015.

Pour Khaoussou Bousso, résidant au quartier Boussobé de Mbacké, par ailleurs représentant du Crsd dans cette localité, les gens ont, pendant longtemps, assimilé la planification familiale à la limitation des naissances. « Ils ignoraient l’espacement des naissances et la lutte contre la mortalité maternelle », avance-t-il, rappelant que « l’islam a toujours préconisé un espacement des naissances d’au moins 2 ans à travers l’allaitement maternel ».

Dans le cadre de leurs activités, le Crsd a tenu récemment à Mbacké un atelier qui a regroupé plusieurs leaders religieux, renseigne Serigne Saliou Mbacké. Cette rencontre, ayant connu un franc succès, les leaders religieux présents « se sont engagés à sensibiliser les communautés sur l’acceptation de l’islam de l’espacement des naissances », informe-t-il, précisant qu’ils vont continuer à travailler pour augmenter le Tpc au Sénégal. Réaffirmant que l’espacement des naissances n’est pas interdit par l’islam, le Crsd compte aussi, selon son président, « travailler avec les médias pour booster le Tpc ».

Evoquant les réticences de certains religieux sur la planification familiale, M. Mbacké, souligne que le Crsd n’a pas connu d’opposition de façon directe. « Mais, nous savons qu’il y a des gens qui sont contre. Ce faisant, nous essayons de nous concentrer sur l’argumentaire religieux », indique-t-il.

CONTRACEPTION : Le Dispositif intra utérin post-partum pour réduire les besoins non satisfaits
Fatou Ndiaye SèneAfin d’améliorer le recrutement des femmes pour la planification familiale, une nouvelle stratégie est en train d’être testée dans la région de Diourbel. Il s’agit du Dispositif intra utérin post-partum (après accouchement).

De nombreuses femmes veulent recourir à la planification familiale, mais elles peinent souvent à accéder aux informations, aux services et aux méthodes. C’est pourquoi, dans le souci d’améliorer l’offre dans la région de Diourbel, il est mis en œuvre une nouvelle stratégie visant les femmes qui viennent d’accoucher. Il s’agit du Dispositif intra utérin (Diu) post-partum (après accouchement). « On le propose à toutes les femmes qui viennent d’accoucher », informe le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef de la région médicale de Diourbel. Selon lui, le travail se fait pendant la grossesse lors des Consultations prénatales.

L’étude de faisabilité de cette méthode a été effectuée à Sédhiou (Sud), et celle d’acceptabilité se déroule dans la région de Diourbel, précisément dans les deux hôpitaux de Touba (Ndamatou et Matlaboul Fawzeini), renseigne Adjaratou Fatou Ndiaye Sène, coordinatrice de la Santé de la reproduction (Sr) de la région de Diourbel. Si les tests sont concluants, cette méthode de planification familiale efficace et peu coûteuse sera étendue dans le territoire régional, projette Mme Sène, précisant que le Diu-Pp vise « à améliorer le recrutement des femmes » pour la planification familiale, de sorte que l’intervalle inter-génésique dure au moins 3 ans, même si le Diu peut aller jusqu’à 10 ans, fait-elle remarquer.

Selon elle, la pose peut se faire dans les premières heures ou premiers jours qui suivent l’accouchement (10 minutes à 2 jours après). Avec 500 FCfa, toute femme compatible peut accéder au Diu-Pp, elle est de ce fait « rassurée, mieux elle gagne en temps et en coût », rapporte la responsable régionale de la Sr qui révèle que 441 femmes sont déjà recrutées à travers cette méthode. Poursuivant, elle mentionne que le Diu-Pp est « une intervention qui peut permettre de booster la prévalence contraceptive dans la région de Diourbel ». Surtout qu’un objectif de 31% de prévalence contraceptive est assigné à cette dernière d’ici à 2020 à travers le Cadre stratégique national de planification familiale (Csnpf). Si le but visé est atteint, le Sénégal peut espérer arriver aux 45% de Tpc fixé pour 2020. D’ailleurs, admet le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef régional, « si le Tpc bouge dans la région de Diourbel, il va bouger dans le pays ».

RECRUTEMENT DANS LES PROGRAMMES : Les jeunes femmes ne s’intéressent pas à la planification familiale
Centre de santé DiourbelCroyant qu’elles auront des difficultés à concevoir après la pratique de la contraception, nombreuses sont les jeunes femmes mariées qui refusent la planification familiale dans la région de Diourbel. Ce faisant, les services sont dans la plupart des cas demandés par des multipares.

A 30 ans, Ma Guèye, rencontrée au dispensaire municipal de Mbacké, a déjà 7 bouts de bois Dieu. Enceinte pour la 8ème fois, elle avoue n’avoir jamais pratiqué la planification familiale et ne pas vivre dans un ménage polygamique. « Ce qu’on voit surtout dans cette zone, c’est comment avoir un enfant, pas comment faire la planification familiale », renseigne le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef du district sanitaire de Mbacké.

Des propos confirmés par Oulimata Dieng du groupement des femmes du quartier Boussobé de Mbacké. « Nous discutons beaucoup avec les jeunes filles mariées, mais elles refusent catégoriquement la planification familiale ». Selon Mme Dieng, « ces jeunes femmes croient que si elles commencent la contraception, elles auront des difficultés à tomber enceinte plus tard au moment voulu ». Une opinion corroborée par Sassi Diop Diouf, sage-femme et point focal Pf au Centre de santé de Bambey. « Les jeunes femmes n’aiment pas faire la planification familiale. Elles craignent de ne pas avoir beaucoup d’enfants. De ce fait, nous recevons en majorité de grandes multipares », révèle-t-elle.

Pour résoudre cette barrière qui freine l’utilisation de la contraception dans la région de Diourbel, Oulimata Dieng pense que les « Badianou Gokh » (marraines de quartier) peuvent permettre de relever le défi de faire recruter des filles qui se marient très jeunes dans les programmes de planification familiale. En tout cas, Ma Guèye est bien décidée, après son accouchement, « à prendre des contraceptifs pour me reposer, car j’éprouve de plus en plus de difficultés lors de mes grossesses », confie-t-elle, précisant que l’espacement des naissances n’est pas interdit par l’islam. « Je veux vraiment recouvrer ma santé, car je deviens de plus en plus fatiguée », souligne cette femme qui se dit toujours surprise par ses grossesses. « On m’a toujours informée des bienfaits de la planification familiale. Mais, je donnais à chaque fois mon consentement sans pour autant passer à l’acte. Ainsi, quand je constatais l’absence des règles, un sentiment d’inquiétude m’habitait », raconte Ma Guèye, déterminée cette fois à recourir à la planification familiale. « J’ai déjà parlé à mon mari, mais il n’a encore rien dit. Je crois qu’il va accepter », espère cette multipare qui fait toujours sa première Consultation prénatale (Cpn) après 4 mois de grossesse.

Assise à côté de Ma Guèye au dispensaire municipal de Mbacké, Khady Sadio, 32 ans, évoquait au début les rumeurs pour rejeter la contraception. Mais, elle la pratique depuis 5 ans. « J’ai 3 enfants, et c’est moi qui ai pris l’initiative de faire la planification familiale pour me reposer et mieux m’occuper de mon petit commerce ». Selon elle, son époux n’était pas d’accord au début, c’est par la suite qu’il a accepté. Elle est contre le fait d’avoir beaucoup d’enfants, parce qu’on vit dans un ménage polygame, même si elle reconnaît que c’est une réalité dans sa localité. « Je me préoccupe de ma santé et de celle de mes enfants, mais il y a des femmes qui ignorent cela, refusant ainsi catégoriquement la planification familiale », soutient Khady Sadio.

INFORMATION, SENSIBILISATION : Doter les « Badianou Gokh » de plus de moyens
Fatma Diop Badianou GokhLa stratégie « Badianou Gokh » (marraines de quartier), des femmes leaders choisies dans leurs communautés respectives pour sensibiliser sur la santé maternelle, néonatale et infantile, est initiée au Sénégal depuis 2010 pour améliorer les indicateurs sanitaires. Dans la région de Diourbel, elles sont 775 à officier au profit des femmes en état de grossesse, allaitantes, des nouveaux nés, des enfants, bref pour le bien-être de la communauté. « Nous servons de relais entre les communautés et les structures sanitaires dans la lutte contre les grossesses rapprochées par exemple », explique Fatma Diop, présidente régionale des « Badianou Gokh » de Diourbel.

Compte tenu du rôle primordial qu’elles jouent dans l’amélioration du bien-être général dans les communautés, Mme Diop réclame plus de moyens leur permettant de s’acquitter convenablement de leur mission, même si elles exercent à titre de bénévoles. « Nous voulons qu’on nous dote de moyens, surtout pour nos déplacements, afin d’assurer un meilleur maillage du territoire régional ». Elle ajoute qu’elles ont aussi besoin de téléphones portables dotés de crédit pour qu’elles puissent mieux faire leur travail.

Adjaratou Fatou Ndiaye Sène, coordinatrice Sr régionale plaide aussi pour qu’on augmente le nombre de « Badianou Gokh ». Selon elle, le déficit est évalué à plus de 800 dans la région de Diourbel. A son avis, c’est à cause de l’insuffisance de ce personnel d’appui et des moyens que le Plan d’actions annuel (Paa) déjà finalisé ne peut pas être exécuté. Son plaidoyer intègre également la formation et le recyclage de ce personnel d’appui.

Le district sanitaire de Mbacké réclame un bloc de Soins obstétricaux d’urgence
« En période d’affluence, nous rencontrons d’énormes difficultés », informe le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef dudit district qui plaide pour la mise en place d’un bloc pour les Soins obstétricaux d’urgence (Sou). Quid d’affluence ?, Mme Mbacké fait allusion à « la période de pic des accouchements située entre août et janvier ». Durant cette période, nous pouvons avoir 20 à 25 accouchements par jour. Ainsi, il peut arriver que des parturientes soient référées dans les hôpitaux de Touba (Ndamatou ou Matlaboul Fawzeini) et à Diourbel. « D’où l’urgence d’avoir un bloc Sou », plaide le médecin-chef du district sanitaire de Mbacké. D’ailleurs le Centre de santé dudit district est en train d’être réhabilité dans le cadre du Projet d’appui à l’offre et à la demande en santé (Paodes). La fin des travaux est annoncée pour le mois d’août prochain.

« Nous aurons aussi besoin d’un personnel supplémentaire après les travaux de réhabilitation. Nous n’avons, par exemple, pas de pédiatre pour prendre en charge les complications des nouveau-nés », explique le Dr Adama Haidara qui espère également bénéficier du programme d’accouchement humanisé suite aux travaux d’extension du centre de santé. « A cause de l’étroitesse de nos locaux, il n’était pas possible de faire l’accouchement humanisé. On voudrait maintenant entrer dans le programme », sollicite-t-elle.

CENTRE DE SANTE DE DIOURBEL : Un système de solidarité pour une meilleure prise en charge des parturientes
L’accouchement humanisé, qui donne la possibilité aux parturientes d’adopter la position de leur choix (debout, assis, accroupi, couché) au moment de l’accouchement, est pratiqué au centre de santé de Diourbel. Mais, en plus de cette offre visant à assurer un cadre agréable, un confort lors de l’accouchement, cette structure sanitaire a aussi instauré un système de solidarité pour appuyer davantage les femmes. C’est ainsi que « dans l’accompagnement des femmes, se basant sur le concept japonais Kaïzen (bonus), nous offrons à ces dernières gratuitement de la bouillie, de l’eau, des habits, des couches pour bébés… », révèle Maïmouna Diouf Bèye, la responsable de la Sr, précisant que les habits sont achetés à bon prix pour habiller immédiatement les nouveau-nés.
 
Pour la sage-femme Dieynaba Guèye Ndiaye, cette solidarité est instaurée surtout à l’endroit des femmes qui viennent sans accompagnement. Ainsi, tous les jours, l’équipe en service se charge de préparer la bouillie et de l’offrir aux femmes qui viennent accoucher dans ce centre de santé où l’on parle de planification familiale aussi bien lors Consultations prénatales que post-natales.
 
DISTRICT SANITAIRE DE TOUBA : Le défi de la collecte des données et de la prolifération des officines informelles
Centre santé DiourbelMême si les croyances et pratiques sont encore tenaces, le district sanitaire de Touba fait notamment face à la collecte des données. Une difficulté imputée à la prolifération des officines privées et informelles qui ne transmettent pas leurs données, alors qu’elles vendent des produits contraceptifs. Les hôpitaux ne livrent également pas leurs données.

Avec 5,5%, le district sanitaire de Touba a le plus faible Taux de prévalence contraceptive (Tpc) de la région de Diourbel. Les femmes sous contraceptif sont au nombre de 11.028 sur 199.820 Femmes en âge de procréation (Far). « Il y a beaucoup de déterminants qui font que la planification familiale ne bouge pas au niveau de ce district », indique le Dr Mamadou Dieng, médecin-chef du district sanitaire de Touba. Il fait notamment allusion aux croyances et pratiques qui ont un impact sur les indicateurs sanitaires dans cette cité religieuse, particulièrement la santé de la reproduction.
 
Ce faisant, même si les produits contraceptifs et les médicaments essentiels sont disponibles, le Tpc (5,5%), le taux d’achèvement des Consultations prénatales (34%) et le recrutement des femmes pour la Pf demeurent faibles. « Nos indicateurs au niveau des Cpn sont très bas, parce que les femmes ont tendance à cacher leur grossesse durant le 1er trimestre », constate le Dr Dieng qui renseigne que le taux d’achèvement reflète la couverture effective des femmes pour toutes les Cpn.

Cependant, une satisfaction est notée dans les accouchements au niveau des structures sanitaires de plus en plus fréquentées par les parturientes.
Mais le principal défi auquel fait face le district sanitaire de Touba est relatif à la collecte des données. « Pour la planification familiale, si on intègre les données des hôpitaux, on peut avoir 8 à 10% », estime le médecin-chef qui évoque aussi comme frein à la pratique de la contraception la réticence de certaines belles-mères et de ceux qui développent des arguments contre la planification familiale. « L’adversité de ceux qui développent des argumentaires religieux contre la planification familiale nous pose problème. Certains refusent même qu’on parle de planning dans les réunions. N’empêche, nous avons formé des relais pour parler aux femmes. Nous impliquons également de plus en plus les leaders femmes et nous mettons l’accent sur l’espacement des naissances et non la limitation des naissances pour faire accepter la planification familiale », explique le Dr Mamadou Dieng.

Pour faire face à ces résistances, Dr Dieng informe qu’ils ont identifié des religieux pour sensibiliser sur la planification familiale. « Ils sont plus à l’aise pour parler à leurs pairs. On les a outillés dans ce sens », indique-t-il, insistant sur les religieux très réfractaires aux messages sur la planification familiale. « Il y a beaucoup d’efforts à faire dans ce domaine. Car c’est la même chose avec le Vih. On le craignait au départ, mais maintenant tout le monde sait que ça existe », rappelle-t-il, regrettant la vente de produits contraceptifs dans les officines privées et informelles. « La vente de préservatifs et de pilules est élevée dans ces officines, mais les données ne sont pas capitalisées, ce qui biaise le Tpc au niveau du district sanitaire », déplore-t-il, soulignant qu’ils ont des défis à relever dans la communication et le changement des comportements.

Pour Thioro Faye Mbacké, coordinatrice Sr du district sanitaire de Touba, la pléthore des dépôts informels de vente de produits contraceptifs plombe incontestablement les indicateurs sanitaires. Elle regrette aussi que les officines privées ne transmettent pas leurs données.

Dossier réalisé par Maïmouna GUEYE

L’espacement des naissances n’est pas interdit par l’islam. C’est pourquoi des leaders religieux « se sont engagés à sensibiliser les communautés », indique Serigne Saliou Mbacké, président du Cadre des religieux pour la santé et le développement (Crsd). Une entité mise en place en 2014 pour« promouvoir la coopération entre les familles religieuses ».

Le Cadre des religieux pour la santé et le développement (Crsd) peut être un allié majeur dans la lutte contre la mortalité maternelle au Sénégal et la promotion de la planification familiale par l’espacement des naissances. Selon son président Serigne Saliou Mbacké, c’est une « association interreligieuse regroupant l’ensemble des familles religieuses, aussi bien islamiques que de l’église catholique ».

Créée en 2014, la mission du Crsd est de « promouvoir la coopération entre les familles religieuses ». « Nous travaillons sur un projet de contribution religieuse à la planification familiale sous l’angle de l’espacement des naissances prévu par les religions », explicite M. Mbacké, rappelant que « le Sénégal, comparé à beaucoup de pays à majorité musulmane, a un Taux de prévalence contraceptive (Tpc) bas ». Il est de 20,1%, selon l’Enquête démographique et de santé (Eds) de 2015.

Pour Khaoussou Bousso, résidant au quartier Boussobé de Mbacké, par ailleurs représentant du Crsd dans cette localité, les gens ont, pendant longtemps, assimilé la planification familiale à la limitation des naissances. « Ils ignoraient l’espacement des naissances et la lutte contre la mortalité maternelle », avance-t-il, rappelant que « l’islam a toujours préconisé un espacement des naissances d’au moins 2 ans à travers l’allaitement maternel ».

Dans le cadre de leurs activités, le Crsd a tenu récemment à Mbacké un atelier qui a regroupé plusieurs leaders religieux, renseigne Serigne Saliou Mbacké. Cette rencontre, ayant connu un franc succès, les leaders religieux présents « se sont engagés à sensibiliser les communautés sur l’acceptation de l’islam de l’espacement des naissances », informe-t-il, précisant qu’ils vont continuer à travailler pour augmenter le Tpc au Sénégal. Réaffirmant que l’espacement des naissances n’est pas interdit par l’islam, le Crsd compte aussi, selon son président, « travailler avec les médias pour booster le Tpc ».

Evoquant les réticences de certains religieux sur la planification familiale, M. Mbacké, souligne que le Crsd n’a pas connu d’opposition de façon directe. « Mais, nous savons qu’il y a des gens qui sont contre. Ce faisant, nous essayons de nous concentrer sur l’argumentaire religieux », indique-t-il.

Afin d’améliorer le recrutement des femmes pour la planification familiale, une nouvelle stratégie est en train d’être testée dans la région de Diourbel. Il s’agit du Dispositif intra utérin post partum (après accouchement).

De nombreuses femmes veulent recourir à la planification familiale, mais elles peinent souvent à accéder aux informations, aux services et aux méthodes. C’est pourquoi, dans le souci d’améliorer l’offre dans la région de Diourbel, il est mis en œuvre une nouvelle stratégie visant les femmes qui viennent d’accoucher. Il s’agit du Dispositif intra utérin (Diu) post-partum (après accouchement). « On le propose à toutes les femmes qui viennent d’accoucher », informe le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef de la région médicale de Diourbel. Selon lui, le travail se fait pendant la grossesse lors des Consultations prénatales.

L’étude de faisabilité de cette méthode a été effectuée à Sédhiou (Sud), et celle d’acceptabilité se déroule dans la région de Diourbel, précisément dans les deux hôpitaux de Touba (Ndamatou et Matlaboul Fawzeini), renseigne Adjaratou Fatou Ndiaye Sène, coordinatrice de la Santé de la reproduction (Sr) de la région de Diourbel. Si les tests sont concluants, cette méthode de planification familiale efficace et peu coûteuse sera étendue dans le territoire régional, projette Mme Sène, précisant que le Diu-Pp vise « à améliorer le recrutement des femmes » pour la planification familiale, de sorte que l’intervalle inter-génésique dure au moins 3 ans, même si le Diu peut aller jusqu’à 10 ans, fait-elle remarquer.

Selon elle, la pose peut se faire dans les premières heures ou premiers jours qui suivent l’accouchement (10 minutes à 2 jours après). Avec 500 FCfa, toute femme compatible peut accéder au Diu-Pp, elle est de ce fait « rassurée, mieux elle gagne en temps et en coût », rapporte la responsable régionale de la Sr qui révèle que 441 femmes sont déjà recrutées à travers cette méthode. Poursuivant, elle mentionne que le Diu-Pp est « une intervention qui peut permettre de booster la prévalence contraceptive dans la région de Diourbel ». Surtout qu’un objectif de 31% de prévalence contraceptive est assigné à cette dernière d’ici à 2020 à travers le Cadre stratégique national de planification familiale (Csnpf). Si le but visé est atteint, le Sénégal peut espérer arriver aux 45% de Tpc fixé pour 2020. D’ailleurs, admet le Dr Balla Mbacké Mboup, médecin-chef régional, « si le Tpc bouge dans la région de Diourbel, il va bouger dans le pays ».

Croyant qu’elles auront des difficultés à concevoir après la pratique de la contraception, nombreuses sont les jeunes femmes mariées qui refusent la planification familiale dans la région de Diourbel. Ce faisant, les services sont dans la plupart des cas demandés par des multipares.

A 30 ans, Ma Guèye, rencontrée au dispensaire municipal de Mbacké, a déjà 7 bouts de bois Dieu. Enceinte pour la 8ème fois, elle avoue n’avoir jamais pratiqué la planification familiale et ne pas vivre dans un ménage polygamique. « Ce qu’on voit surtout dans cette zone, c’est comment avoir un enfant, pas comment faire la planification familiale », renseigne le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef du district sanitaire de Mbacké.

Des propos confirmés par Oulimata Dieng du groupement des femmes du quartier Boussobé de Mbacké. « Nous discutons beaucoup avec les jeunes filles mariées, mais elles refusent catégoriquement la planification familiale ». Selon Mme Dieng, « ces jeunes femmes croient que si elles commencent la contraception, elles auront des difficultés à tomber enceinte plus tard au moment voulu ». Une opinion corroborée par Sassi Diop Diouf, sage-femme et point focal Pf au Centre de santé de Bambey. « Les jeunes femmes n’aiment pas faire la planification familiale. Elles craignent de ne pas avoir beaucoup d’enfants. De ce fait, nous recevons en majorité de grandes multipares », révèle-t-elle.

Pour résoudre cette barrière qui freine l’utilisation de la contraception dans la région de Diourbel, Oulimata Dieng pense que les « Badianou Gokh » (marraines de quartier) peuvent permettre de relever le défi de faire recruter des filles qui se marient très jeunes dans les programmes de planification familiale. En tout cas, Ma Guèye est bien décidée, après son accouchement, « à prendre des contraceptifs pour me reposer, car j’éprouve de plus en plus de difficultés lors de mes grossesses », confie-t-elle, précisant que l’espacement des naissances n’est pas interdit par l’islam. « Je veux vraiment recouvrer ma santé, car je deviens de plus en plus fatiguée », souligne cette femme qui se dit toujours surprise par ses grossesses. « On m’a toujours informée des bienfaits de la planification familiale. Mais, je donnais à chaque fois mon consentement sans pour autant passer à l’acte. Ainsi, quand je constatais l’absence des règles, un sentiment d’inquiétude m’habitait », raconte Ma Guèye, déterminée cette fois à recourir à la planification familiale. « J’ai déjà parlé à mon mari, mais il n’a encore rien dit. Je crois qu’il va accepter », espère cette multipare qui fait toujours sa première Consultation prénatale (Cpn) après 4 mois de grossesse.

Assise à côté de Ma Guèye au dispensaire municipal de Mbacké, Khady Sadio, 32 ans, évoquait au début les rumeurs pour rejeter la contraception. Mais, elle la pratique depuis 5 ans. « J’ai 3 enfants, et c’est moi qui ai pris l’initiative de faire la planification familiale pour me reposer et mieux m’occuper de mon petit commerce ». Selon elle, son époux n’était pas d’accord au début, c’est par la suite qu’il a accepté. Elle est contre le fait d’avoir beaucoup d’enfants, parce qu’on vit dans un ménage polygame, même si elle reconnaît que c’est une réalité dans sa localité. « Je me préoccupe de ma santé et de celle de mes enfants, mais il y a des femmes qui ignorent cela, refusant ainsi catégoriquement la planification familiale », soutient Khady Sadio.

La stratégie « Badianou Gokh » (marraines de quartier), des femmes leaders choisies dans leurs communautés respectives pour sensibiliser sur la santé maternelle, néonatale et infantile, est initiée au Sénégal depuis 2010 pour améliorer les indicateurs sanitaires. Dans la région de Diourbel, elles sont 775 à officier au profit des femmes en état de grossesse, allaitantes, des nouveaux nés, des enfants, bref pour le bien-être de la communauté. « Nous servons de relais entre les communautés et les structures sanitaires dans la lutte contre les grossesses rapprochées par exemple », explique Fatma Diop, présidente régionale des « Badianou Gokh » de Diourbel.

Compte tenu du rôle primordial qu’elles jouent dans l’amélioration du bien-être général dans les communautés, Mme Diop réclame plus de moyens leur permettant de s’acquitter convenablement de leur mission, même si elles exercent à titre de bénévoles. « Nous voulons qu’on nous dote de moyens, surtout pour nos déplacements, afin d’assurer un meilleur maillage du territoire régional ». Elle ajoute qu’elles ont aussi besoin de téléphones portables dotés de crédit pour qu’elles puissent mieux faire leur travail.

Adjaratou Fatou Ndiaye Sène, coordinatrice Sr régionale plaide aussi pour qu’on augmente le nombre de « Badianou Gokh ». Selon elle, le déficit est évalué à plus de 800 dans la région de Diourbel. A son avis, c’est à cause de l’insuffisance de ce personnel d’appui et des moyens que le Plan d’actions annuel (Paa) déjà finalisé ne peut pas être exécuté. Son plaidoyer intègre également la formation et le recyclage de ce personnel d’appui.

« En période d’affluence, nous rencontrons d’énormes difficultés », informe le Dr Adama Haidara Mbacké, médecin-chef dudit district qui plaide pour la mise en place d’un bloc pour les Soins obstétricaux d’urgence (Sou). Quid d’affluence ?, Mme Mbacké fait allusion à « la période de pic des accouchements située entre août et janvier ». Durant cette période, nous pouvons avoir 20 à 25 accouchements par jour. Ainsi, il peut arriver que des parturientes soient référées dans les hôpitaux de Touba (Ndamatou ou Matlaboul Fawzeini) et à Diourbel. « D’où l’urgence d’avoir un bloc Sou », plaide le médecin-chef du district sanitaire de Mbacké. D’ailleurs le Centre de santé dudit district est en train d’être réhabilité dans le cadre du Projet d’appui à l’offre et à la demande en santé (Paodes). La fin des travaux est annoncée pour le mois d’août prochain.

« Nous aurons aussi besoin d’un personnel supplémentaire après les travaux de réhabilitation. Nous n’avons, par exemple, pas de pédiatre pour prendre en charge les complications des nouveau-nés », explique le Dr Adama Haidara qui espère également bénéficier du programme d’accouchement humanisé suite aux travaux d’extension du centre de santé. « A cause de l’étroitesse de nos locaux, il n’était pas possible de faire l’accouchement humanisé. On voudrait maintenant entrer dans le programme », sollicite-t-elle.

L’accouchement humanisé, qui donne la possibilité aux parturientes d’adopter la position de leur choix (debout, assis, accroupi, couché) au moment de l’accouchement, est pratiqué au centre de santé de Diourbel. Mais, en plus de cette offre visant à assurer un cadre agréable, un confort lors de l’accouchement, cette structure sanitaire a aussi instauré un système de solidarité pour appuyer davantage les femmes. C’est ainsi que « dans l’accompagnement des femmes, se basant sur le concept japonais Kaïzen (bonus), nous offrons à ces dernières gratuitement de la bouillie, de l’eau, des habits, des couches pour bébés… », révèle Maïmouna Diouf Bèye, la responsable de la Sr, précisant que les habits sont achetés à bon prix pour habiller immédiatement les nouveau-nés.

Pour la sage-femme Dieynaba Guèye Ndiaye, cette solidarité est instaurée surtout à l’endroit des femmes qui viennent sans accompagnement. Ainsi, tous les jours, l’équipe en service se charge de préparer la bouillie et de l’offrir aux femmes qui viennent accoucher dans ce centre de santé où l’on parle de planification familiale aussi bien lors Consultations prénatales que post-natales.

Même si les croyances et pratiques sont encore tenaces, le district sanitaire de Touba fait notamment face à la collecte des données. Une difficulté imputée à la prolifération des officines privées et informelles qui ne transmettent pas leurs données, alors qu’elles vendent des produits contraceptifs. Les hôpitaux ne livrent également pas leurs données.

Avec 5,5%, le district sanitaire de Touba a le plus faible Taux de prévalence contraceptive (Tpc) de la région de Diourbel. Les femmes sous contraceptif sont au nombre de 11.028 sur 199.820 Femmes en âge de procréation (Far). « Il y a beaucoup de déterminants qui font que la planification familiale ne bouge pas au niveau de ce district », indique le Dr Mamadou Dieng, médecin-chef du district sanitaire de Touba. Il fait notamment allusion aux croyances et pratiques qui ont un impact sur les indicateurs sanitaires dans cette cité religieuse, particulièrement la santé de la reproduction.

Ce faisant, même si les produits contraceptifs et les médicaments essentiels sont disponibles, le Tpc (5,5%), le taux d’achèvement des Consultations prénatales (34%) et le recrutement des femmes pour la Pf demeurent faibles. « Nos indicateurs au niveau des Cpn sont très bas, parce que les femmes ont tendance à cacher leur grossesse durant le 1er trimestre », constate le Dr Dieng qui renseigne que le taux d’achèvement reflète la couverture effective des femmes pour toutes les Cpn.

Cependant, une satisfaction est notée dans les accouchements au niveau des structures sanitaires de plus en plus fréquentées par les parturientes.
Mais le principal défi auquel fait face le district sanitaire de Touba est relatif à la collecte des données. « Pour la planification familiale, si on intègre les données des hôpitaux, on peut avoir 8 à 10% », estime le médecin-chef qui évoque aussi comme frein à la pratique de la contraception la réticence de certaines belles-mères et de ceux qui développent des arguments contre la planification familiale. « L’adversité de ceux qui développent des argumentaires religieux contre la planification familiale nous pose problème. Certains refusent même qu’on parle de planning dans les réunions. N’empêche, nous avons formé des relais pour parler aux femmes. Nous impliquons également de plus en plus les leaders femmes et nous mettons l’accent sur l’espacement des naissances et non la limitation des naissances pour faire accepter la planification familiale », explique le Dr Mamadou Dieng.

Pour faire face à ces résistances, Dr Dieng informe qu’ils ont identifié des religieux pour sensibiliser sur la planification familiale. « Ils sont plus à l’aise pour parler à leurs pairs. On les a outillés dans ce sens », indique-t-il, insistant sur les religieux très réfractaires aux messages sur la planification familiale. « Il y a beaucoup d’efforts à faire dans ce domaine. Car c’est la même chose avec le Vih. On le craignait au départ, mais maintenant tout le monde sait que ça existe », rappelle-t-il, regrettant la vente de produits contraceptifs dans les officines privées et informelles. « La vente de préservatifs et de pilules est élevée dans ces officines, mais les données ne sont pas capitalisées, ce qui biaise le Tpc au niveau du district sanitaire », déplore-t-il, soulignant qu’ils ont des défis à relever dans la communication et le changement des comportements.

Pour Thioro Faye Mbacké, coordinatrice Sr du district sanitaire de Touba, la pléthore des dépôts informels de vente de produits contraceptifs plombe incontestablement les indicateurs sanitaires. Elle regrette aussi que les officines privées ne transmettent pas leurs données.

Dossier réalisé par Maïmouna GUEYE

Emanciper un pays, c’est bien, le développer, c’est mieux. Du combat culturel de Senghor à l’Etat « social et solidaire » de Macky Sall, en passant par le combat pour le rétablissement des équilibres macroéconomiques et la politique infrastructurelle de Me Wade, la marche vers le développement est résolument engagée. Avec ses grandes réussites et ses gros échecs. L’histoire du Sénégal indépendant n’est pas un long fleuve tranquille. Jeune Etat, comme tous les pays africains décolonisés, il s’est construit brique après brique, idée après idée, sous la conduite de chefs aux visées parfois complémentaires, souvent divergentes dans l’approche, mais avec, toujours, la même finalité : asseoir un Etat stable, démocratique et développé.

Premier président du Sénégal après son indépendance en 1960, Léopold Sédar Senghor est le premier chef d’État du continent noir à avoir ouvert son pays au multipartisme, en 1978. Homme de lettres, il est le premier agrégé africain de grammaire française et le premier Noir à être entré en 1983 à l’Académie française. Né le 9 octobre 1906 à Joal, il est attiré par la pensée humaniste de Léon Blum et s’engage auprès des Étudiants socialistes. Penseur de la « négritude », député sous la IVe République puis ministre dans le cabinet d’Edgar Faure, il préside la République du Sénégal jusqu’au 31 décembre 1980, date à laquelle il quitte volontairement le pouvoir.

Le souvenir qu’on a de Senghor est celui d’un leader modéré ayant coopéré avec la France. Mais c’est une image biaisée. En 1948 déjà, Senghor et ses collègues étaient pourtant vus comme des « rebelles » du fait de leur démission de la Section française de l’internationale ouvrière (Sfio) pour créer le Bloc démocratique sénégalais (Bds), dont le but est de représenter et de lutter pour la cause africaine. La tâche de Senghor, premier président de la République du Sénégal était, cependant, ardue. Après avoir été, des années durant, un réformateur agité, perturbateur et urticant pour la France, il lui fallait se poser en réformateur rassurant et protecteur pour son pays. C’est pourquoi, même s’il a été accueilli avec dévotion au début de son magistère, les critiques ne tardent pas à se faire entendre. Il est notamment reproché au président-poète de mener un combat culturel au détriment de l’économie. Senghor avait, pourtant, une claire vision des impératifs qui attendaient les jeunes Etats indépendants. En janvier 1955, il fixe les objectifs dans « La condition humaine » : « Si le Sénégal aspire à une autonomie interne, de gros efforts sont à faire dans le domaine économique ; en particulier, la modernisation de l’agriculture et la diversification des secteurs économiques sont urgents. » Senghor est, en effet, convaincu que, sans développement industriel, l’économie sénégalaise stagnera et n’atteindra jamais « le niveau de vie des métropolitains »  (La condition humaine, 27 janvier 1955). Mais il sera rattrapé par le contexte de la décolonisation.

Pour les Noirs africains, en effet, l’aspect culturel a joué un rôle important dans la lutte pour l’émancipation. Sur le plan international, l’Afrique était perçue comme « rétrograde » et avait besoin de « rattraper son retard ». Il était extrêmement important, pour l’élite africaine, de savoir que l’art noir, la poésie et la musique noires jouissaient d’une certaine reconnaissance internationale. C’est ce qui a fait dire à Senghor qu’à la rencontre mondiale des cultures, « au rendez-vous du donner et du recevoir », l’Afrique ne se présenterait pas les mains vides.

Education et formation des ressources humaines
La lutte pour la dignité, d’un côté et le souci de relever le défi de la reconnaissance culturelle, de l’autre, sont les priorités, conscients que sont les intellectuels et artistes africains que le combat dans les autres domaines tels que le développement ou le standard de vie est perdu d’avance. Dans le combat culturel, l’objectif des intellectuels, artistes et politiciens africains est d’être dans la même catégorie que les pays développés et de lancer la compétitivité culturelle avec eux d’égal à égal. Ils veulent apporter leur contribution spécifique au monde moderne, et celle-ci doit être perçue comme un enrichissement de la culture universelle.

Nombre d’intellectuels autour de Senghor voient la contribution africaine dans ce qu’elle a de plus émotif, chaleureux, rythmique, mystique et solidaire de ses valeurs culturelles. Une approche que ne partage pas une nouvelle génération de penseurs comme Cheikh Anta Diop qui estime que la compétition est globale puisqu’elle opère tant aux niveaux culturel, artistique qu’économique et scientifique. Au moment du bilan, on ne peut manquer de faire crédit à Senghor, dans un contexte de manque absolu où presque tout était à faire, d’avoir entrepris de créer un véritable Etat avec des procédures, des normes, des règles et des institutions fortes. Il avait ainsi mis sur pied le fameux Bureau organisation et méthode (Bom) destiné justement à pallier les insuffisances d’organisation. Pour rattraper le gap avec l’Occident, Senghor avait misé sur l’éducation et la formation de ressources humaines de qualité, et laissé en héritage à son successeur, le technocrate Abdou Diouf, sorti du moule de l’Ecole nationale de la France d’Outre-mer (Enfom), un Etat solide et une élite intellectuelle qui avait su prendre en charge les destinées du jeune Sénégal indépendant.

Formé dans l’esprit de commandement cher aux administrateurs coloniaux, on garde toujours de M. Diouf l’image d’un grand commis de l’Etat. Rodé aux techniques de la gestion administrative, le deuxième président sénégalais a géré le pays comme un technocrate. C’est à lui qu’est revenue la charge, après le combat de l’identité incarné par son prédécesseur, de la restauration des grands équilibres macro-économiques.
 
Il sera, malheureusement, un témoin impuissant d’une dégradation de l’environnement économique avec la « détérioration des termes de l’échange », la chute brutale des recettes d’exportation de l’arachide et des phosphates, principaux produits sénégalais, le choc pétrolier de 1973 suivi de la grande sécheresse de la fin de la décennie 70. Les finances publiques sont durement éprouvées et le Sénégal dut se plier à une sévère cure d’austérité imposée par le Fmi et la Banque mondiale.
 
Le Sénégal doit alors se soumettre à une politique hardie d’ajustement structurel dont les conséquences seront durement ressenties par les populations. Cette politique d’austérité tous azimuts s’est traduite par la privatisation de plusieurs entreprises publiques, entraînant des conséquences incalculables : suppressions massives d’emplois, réduction du volume de financement des investissements, désengagement de l’Etat du secteur agricole, réduction des subventions au secteur de l’éducation, mise à mort de la caisse de péréquation… Pour ne rien arranger, le franc Cfa subit une dévaluation en 1994. Abdou Diouf n’avait pas vraiment les bonnes cartes en main. Ses possibilités étaient considérablement réduites face à l’intransigeance des bailleurs de fonds. Il élabore alors et met en place, en 1993, un plan d’urgence conduit par le duo Sakho - Loum (respectivement ministre de l’Economie et des Finances et ministre du Budget) pour restaurer les capacités financières de l’Etat. Mais, usé par ses vingt années de pouvoir, Diouf avait perdu l’estime de ses compatriotes éprouvés par tant d’austérité. Son régime n’a pas pu résister à l’alternance démocratique de mars 2000.

Opposant historique à Senghor puis à Diouf, Abdoulaye Wade s’emploie à convaincre les Sénégalais qu’une alternative libérale est possible. Plusieurs fois arrêté, il entre néanmoins à deux reprises, en 1991 et 1995 dans un gouvernement élargi. Après quatre échecs à la présidentielle, il est élu à 73 ans sur le thème du « changement » en 2000. Il aura marqué le Sénégal par sa passion des « grands travaux » et son hyperactivité politique et médiatique. Avec Wade, le Sénégal est passé à une ère de gros chantiers, grands projets ambitieux, qui ont soulevé l’enthousiasme et l’espoir. Le troisième président sénégalais est convaincu que le développement de l’Afrique passe par la création d’infrastructure de dernière génération. « Le moment est venu d’envisager concrètement, la réalisation des infrastructures fondamentales en Afrique », déclare-t-il à l’ouverture de la rencontre des ministres africains chargés des infrastructures et de l’énergie le 24 janvier 2008 sur le thème du financement des infrastructures en Afrique, tenue à Saly Portudal. Il notait, avec satisfaction, d’être enfin compris par les autres, à savoir que « le vrai décollage de l’Afrique passe par le développement des infrastructures et de l’énergie ».

Wade promeut un libéralisme social qui place l’Etat au centre de l’action publique et s’inspire des théories keynésiennes sur la relance de l’économie. Ainsi, pour soutenir l'économie, l'Etat doit effectuer des dépenses d'investissement. Une politique de grands travaux d'infrastructures, par exemple. Ces dépenses d'investissement entraînent une augmentation de l'activité économique, des embauches, et donc une augmentation des revenus distribués aux salariés grâce à un effet multiplicateur.

Autoroute à péage, nouvel aéroport, ponts et routes sortiront de terre sous Wade. En douze ans, il a considérablement modifié le visage du Sénégal. Les chiffres parlent pour lui : entre 2000 et 2010, le taux de croissance (+ 4 %) a été supérieur à celui de la décennie précédente, l’inflation a été maîtrisée, les recettes budgétaires ont augmenté… Des centaines d’écoles ont été construites. De nombreux dispensaires ont également été ouverts, le taux de mortalité infantile a baissé, l’accès à l’eau potable augmenté. Le pays a diversifié ses partenaires financiers. En précurseur, Wade s’est tourné vers les nouveaux riches arabes et asiatiques. Il a également fait de l’agriculture une priorité, via la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana).

Mais le manque de rigueur dans les rapports avec la gestion du bien commun, une totale opacité dans le financement de certains projets, des malversations financières et l’intention qui lui est prêtée de se faire remplacer par son fils ternissent son magistère.

La célébration de l’anniversaire de notre indépendance est une fête des forces de défense et de sécurité (Fds) qui, au nombre de 3824 personnes, vont participer au défilé. A la tête de celles-ci, deux patrons qui vont vivre l’évènement comme une première en leur qualité de chef d’état-major général des armées (Cemga) et de Haut-commandant de la gendarmerie et directeur de la justice militaire (Haut-comgend).

Les généraux Cheikh Guèye et Meïssa Niang, respectivement de corps d’armée et de division, appréhendent la première avec sérénité. Ils reviennent sur la posture de leurs unités pour rendre effectif le thème de cette année : « Le rôle des forces de défense et de sécurité dans la protection de l’environnement ». « L’organisation de la fête de l’indépendance nous offre l’agréable opportunité de communier avec la nation toute entière. Le thème : « Le rôle des forces de défense et de sécurité dans la protection de l’environnement », choisi pour la présente édition par monsieur le président de la République, chef suprême des armées, offre à celles-ci l’occasion de sensibiliser nos populations sur un aspect important des actions entreprises par notre institution, en vue de protéger des ressources importantes de notre pays », fait remarquer le Cemga Cheikh Guèye au micro de nos confrères de la Rts. Pour lui, l’occasion est aussi belle pour « magnifier la belle synergie d’action entre les forces de défense et de sécurité impulsée par monsieur le président de la République qui nous a indiqué la voie à suivre ». Le thème est mis en corrélation avec « l’organisation des armées », le « maillage du territoire terrestre et maritime ». Ces deux dynamiques devant permettre, selon le général Guèye, de « participer efficacement à la lutte contre toute exploitation illicite de nos ressources forestières, fauniques et surtout halieutiques, notre marine nationale garantissant l’autorité de l’État en mer ». Le Cemga est aussi revenu sur l’implication de ses services pour le développement. Ainsi, « à chaque fois que de besoin, le Génie militaire, au-delà des actions déterminantes qu’il entreprend dans le cadre du Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc), procède à l’enrochement des plages pour contribuer à la lutte contre l’érosion côtière qui menace certaines localités », explique le Cemga. De même que la « Direction du matériel des armées veille scrupuleusement à la dépollution des champs de tir et au recyclage de certains produits dont les huiles mortes et les pneus ». Et le général de corps d’armée de révéler que « l’armée de l’air a pris l’heureuse initiative de créer des jardins botaniques à la base aérienne militaire de Yoff et à l’École de l’armée de l’air à Thiès ». Ces différentes initiatives n’empêchent en rien la participation des armées à l’érection de la Muraille verte, selon le Cemga pour qui ses services vont « procéder à des campagnes de reboisement partout où sont implantées les armées, en vue de participer à la régénérescence de nos forêts ». Cette dynamique s’inscrivant dans un « engagement de poursuivre les efforts et de mobiliser nos énergies dans le but de participer davantage à la préservation de notre environnement ».

...Et le Haut-Comgend Meïssa Niang
Meïssa Niang HC GendarmerieLa sérénité et l’enthousiasme sont de mise pour ce 4 avril chez le général de division, Haut-comgend. « Le chef de l’État m’a investi de sa confiance tout en mettant à ma disposition les moyens adéquats pour remplir ma mission de sécurisation des populations et de leurs biens. Je me suis naturellement préparé en conséquence pour être à la hauteur des attentes du chef de l’État à qui j’ai soumis, dès ma prise de commandement, un plan stratégique d’actions qui définit les grandes orientations stratégiques de mon action à la tête de la gendarmerie », rappelle le général Meïssa Niang. Ces orientations indiquent « une feuille de route stratégique qui définit les principales lignes d’opérations que je me suis fixées à l’échelle nationale et qui prend en compte tous les aspects du service de la gendarmerie qui conditionnent son efficacité en tant que force publique », ajoute-t-il. Ainsi, y retrouve-t-on le « recrutement et la formation du personnel, les infrastructures et les équipements et les postures opérationnelles de la gendarmerie dans les domaines du maintien de l’ordre, de la police judiciaire, du renseignement et de l’intervention ainsi que la lutte contre les nouvelles formes de criminalité urbaines et rurales ».

« C’est à ce titre que, durant ce défilé du 4 avril, vous assisterez déjà à la concrétisation de certaines décisions majeures dans le domaine de l’équipement des unités de gendarmerie et de l’organisation des forces avec la création du Peloton spécial d’intervention destiné à la primo intervention antiterroriste dans les régions et l’Esid de Dakar qui est une unité de lutte contre la criminalité urbaine, notamment la lutte contre les cambriolages et les agressions dans les quartiers », promet le général Niang.

Pour le patron de la maréchaussée, l’urgence est « d’aller très vite » pour « prendre en compte les préoccupations sécuritaires des Sénégalais qui sont érigées au rang de priorité par Son Excellence, Monsieur le Président de la République. Grâce à lui, « il existera bientôt une très bonne adéquation missions et moyens qui nous permettra d’être encore plus efficace » dit-il. Ainsi, souligne M. Niang, « ce premier 4 avril à la tête de la gendarmerie s’annonce sous de bons auspices ». Mais, au-delà de cette date, assure-t-il, « nous allons nous attaquer de plein fouet aux défis sécuritaires à travers le renforcement du maillage territorial et le renforcement de la surveillance du territorial ».

Pour le thème du 4 avril : « Le rôle des Fds dans la protection de l’environnement », le général de division le place sous le « signe de l’action ». « Une action conjointe avec les différentes forces et les structures de l’État investis des missions régaliennes en matière de protection de l’environnement. « Par conséquent, conformément aux directives du chef de l’État, j’ai donné des instructions fermes au commandant de la gendarmerie territoriale pour qu’une tolérance zéro soit observée à l’égard des fossoyeurs de l’environnement, que ce soit au niveau terrestre comme au niveau maritime », assure le Haut-comgend. Pour lui, le chef de l’État n’a pas seulement donné des directives, il a également renforcé les moyens d’action de la gendarmerie dans ce domaine. « Ce qui nous permettra de réaliser, à très court terme, la montée en puissance de la section spéciale de la gendarmerie chargée de la protection de l’environnement en moyens terrestres et maritimes pour mieux faire appliquer les législations en la matière », fait-il savoir.

Et de rappeler qu’avant cette montée en puissance, la gendarmerie « accomplit déjà quotidiennement partout à travers le territoire des missions de protection de l’environnement à coté de ses missions d’ordre judiciaire, en luttant contre la chasse ou la pêche illicites, l’abattage des arbres sans autorisation, l’exploitation frauduleuse de carrières de sable ou de mines et l’utilisation des produits dangereux et toxiques comme le mercure que l’on observe le plus souvent dans les régions aurifères ». « La gendarmerie a, en somme, toujours accompli des missions de protection de l’environnement dans le cadre de ses actions de police spéciale, et le thème du 4 avril de cette année ne fait que renforcer sa posture dans ce domaine », se réjouit le général Meïssa Niang.

I. Kh. NDIAYE

Les brigades de lutte contre le braconnage continuent de faire le ménage afin de contrecarrer l’action des malfaiteurs et autres fossoyeurs de l’aire protégée qu’est le Parc national du Niokolo Koba (Pnnk). Des opérations qui rentrent dans le cadre de la mise en œuvre des directives de la Direction des parcs nationaux et des recommandations de l’Unesco pour éviter le retrait du site de la liste des biens du patrimoine mondial en péril à l’horizon 2018 . A présent, l’état général de la moyenne et grande faune diurne terrestre est excellent.

Depuis quelques années, une option sérieuse est prise pour lutter contre le braconnage. Mais le casse-tête reste le trafic des espèces végétales surtout les bois d’œuvre comme le venne, le «dimb» et le rônier. Il y a aussi les intrusions délinquantes des orpailleurs le long de la Gambie. Mady Ndiaye, le président régional des Amis de la nature, guide touristique et gérant de campement à l’intérieur du Parc national du Niokolo Koba, atteste que la lutte est très active sur le terrain. « Ces deux dernières années, des changement notoires sont constatés. Beaucoup d’animaux ont fait leur retour surtout au cœur du parc, au niveau de Simenti. Et ce, au grand bonheur des usagers », a-t-il dit. Pour M. Ndiaye, sur les 10 touristes qui sont passés par cette réserve, les 8 ont pu observer et ou vu de près des troupeaux de lions parfois par groupe de 6 à 8, voire 10. « Imaginez les commentaires le soir au dîner. Cela met en exergue les résultats probants de la lutte contre le braconnage dans le Niokolo Koba ou plusieurs postes de gardes sont ouverts », a-t-il commenté.

Selon le commandant Mallé Guèye, conservateur du Pnnk, l’État du Sénégal fait d’importants efforts pour mettre en place une logistique adéquate, recruter des agents afin de renforcer la surveillance et redorer le blason de ce patrimoine en péril depuis 2007. Parmi les recommandations qui sont merveilleusement appliquées, le conservateur a cité le renforcement du dispositif de surveillance et de lutte contre le braconnage. « Actuellement, le dispositif de lutte anti-braconnage a été renforcé par trois brigades zonales. Celles-ci appuient les brigades de lutte anti-braconnage dénommées lycaon et porc-épic dans ce dispositif de surveillance du parc qui fait 913.000 ha. Depuis le démarrage de cette nouvelle traque, près de 253 personnes ont été appréhendées », a informé le conservateur, notant que les opérations se poursuivent sur le terrain. Sur ce, il a lancé un appel aux populations pour plus de collaboration avec les agents des parcs nationaux afin de conserver la biodiversité animale et végétale du Pnnk et de ses environs.

210 km de pistes réhabilités
Chaque année, pour consolider la mobilité dans la plus grande réserve faunique de l’Afrique de l’Ouest qu’est le Parc national du Niokolo Koba, d’importants travaux de réhabilitation des pistes sont menés grâce, entre autres, au Budget consolidé d’investissement (Bci). Pour le conservateur, le commandant Mallé Guèye, cela permet d’être plus efficace dans les interventions au moment ou la lutte contre le braconnage des espèces animales et végétales ont pris un tournant décisif.

Les zones où il y a beaucoup de pistes d’infiltration comme celle de Oubadji et Dalaba, au sud Est du Pnnk, très fréquenté par les braconniers, nécessitent une surveillance accrue et une présence permanente d’agents. « Il est constaté un excellent état général de la moyenne et grande faune diurne terrestre, de l’eau presque pérenne dans les mares, le retour des couples et familles comme les bubales, des buffles avec leurs petits ainsi que les naissances des grands troupeaux d’hippotragus ou Koba, Élan derby et des traces d’une famille d’éléphants avec leurs petits traversant la forêt de bout en bout », a poursuivi le commandant Guèye. Une nouvelle situation de référence sur laquelle pourra s’appuyer un programme de suivi régulier et pertinent, en vue d’assurer une bonne remontée biologique animale à même de motiver le retrait du parc de la liste des sites du patrimoine mondial en péril et rehausser son attraction touristique.

Par Pape Demba SIDIBE

Notre pays, sous la conduite du président Macky Sall, est en train de dérouler le Plan Sénégal émergent (Pse) visant à assurer aux populations un avenir meilleur, une vie plus digne et un mieux-être, malgré une chronique crise économique mondiale faite d’incertitudes.

La conviction que des milliers de compatriotes partagent avec le chef de l’État, est que le Sénégal a le devoir et l’obligation de s’en sortir, en œuvrant résolument à son avenir et en maîtrisant les clés de base du succès, c’est-à-dire l’efficacité, la compétence et la capacité d’action dans l’autonomie. Ce combat doit toujours nous mobiliser. Faut-il donc le rappeler à tous, à la veille de la célébration du 57ème anniversaire de notre indépendance, une fête principalement dédiée à nos forces de défense et de sécurité, ainsi qu’à notre jeunesse, tous conviés à prendre une part plus active à la protection de notre environnement.

Pour l’Armée, le chef de l’État a, pendant ses cinq ans passés au pouvoir, consenti de considérables efforts financiers pour soulager les invalides et blessés de guerre, ainsi que les familles des militaires morts au combat. Aussi, a-t-il modernisé, ces dernières années, les forces de défense et de sécurité, avec l’acquisition de nouveaux matériels, pour que face aux nouveaux paradigmes sécuritaires, nos « jambaars », gendarmes et policiers restent toujours dans les meilleures dispositions morales et matérielles, afin de remplir efficacement leurs missions. $ A l’endroit de la jeunesse sénégalaise, dynamique et animée du désir ardent de servir son pays, le chef de l’État, Macky Sall, a une ambition : donner à chaque enfant de ce pays la possibilité de s’instruire, de vivre décemment et de réaliser son rêve. Pour ce faire, il est en train de bâtir un État de droit qui va induire l’équité et l’obligation de rendre compte, pour créer un environnement de confiance et de transparence propice à l’investissement, à l’activité économique et à la génération d’emplois.

Le président Macky Sall qui connait le chemin, fait cap vers un monde meilleur pour le plus grand nombre de Sénégalais. N’est-il pas en train d’œuvrer pour la paix en Casamance, pour l’adéquation formation-emploi, pour la bonne gouvernance, pour le dialogue social, pour la construction d’infrastructures, pour la diversification de la production énergétique, pour le décollage du secteur primaire sénégalais, un domaine à forte utilisation de main d’œuvre ? Sous Macky Sall, la gestion sobre et vertueuse poursuit son bonhomme de chemin. En effet, tous les rapports, épinglant des responsables, à tous les niveaux, pour malversations financières, sont sur la table du procureur de la République. Un autre volet dans le domaine judiciaire est la modernisation de la justice. Ici, il s’est engagé à réaménager l’organisation du service public de la Justice pour une meilleure distribution et une plus grande efficacité afin d’accroître ses performances. La problématique de la modernisation du système judiciaire et de ses différents services s’inscrit en bonne place parmi les priorités du Plan Sénégal émergent (Pse).

« Yoonu yokkute », un slogan à diffuser en profondeur
La modestie de notre espace géographique et de nos ressources naturelles n’a pas empêché au chef de l’État de nous hisser à une place de choix dans le concert des nations-leaders. Sa clairvoyance a consolidé, amplifié et ancré définitivement un concept qui est le « Yoonu yokkute » (la voie de l’émergence), un slogan à diffuser en profondeur pour libérer toutes les énergies créatrices à travers tout le pays. La fierté du Sénégal, sous Macky Sall, se mesure donc aux options courageuses du président de la République pour asseoir un développement cohérent et juste à l’échelle nationale.

Le Programme d’urgence pour le développement communautaire (Pudc), visant à sortir les zones rurales de leur isolement et de leur sous-équipement en infrastructures de base, en est une parfaite illustration. L’arrivée au pouvoir de Macky Sall constitue une date-repère pour les populations rurales dont il a pris en compte les justes revendications socioéconomiques.

Certes, il reste beaucoup à faire. Mais, le bilan des réalisations du gouvernement est élogieux : équilibre des comptes publics, bond qualitatif de la croissance économique, lancement de politiques de développement, création d’emplois, formation et orientation des jeunes gens et des femmes vers des activités génératrices de revenus. Faut-il accélérer la cadence dans ces tâches de construction nationale qui n’incombent pas seulement au président de la République, à son gouvernement et à ses partisans. Elles sont l’affaire de tous les Sénégalais qui doivent faire de ce 4 avril 2017 un moment privilégié de réconciliation et de réflexion. Nous devons, tous, nous abandonner au service du Sénégal et, surtout, renouveler notre serment de le développer. Ce serment exclut la haine, la provocation et tout autre geste de nature à ralentir sa marche vers le progrès. Le grand dessein que nous nourrissons tous pour notre cher Sénégal nous commande, en cet instant solennel, de faire l’écologie des cœurs pour savourer, en compatriotes conscients et ambitieux, les délices de l’entente, de la concorde et de la cordialité, toutes choses indispensables au développement.

C’est la production de Senghor la plus visitée. Depuis 1960, l’hymne national accompagne la marche de notre pays vers son destin. Ses paroles accompagnent les Institutions dans leur déroulé, figent les assemblées lors de nos moments solennels, subliment l’idéal du « commun désir de vouloir vivre ensemble » ; une carte d’identité sonore connue à travers le monde, qui a accompagné partout les quatre chefs d’État ayant présidé jusqu’ici aux destinées du Sénégal, motivé nos armées et salué les performances de nos sportifs sur les cinq continents.
L’hymne est, avec le drapeau, au cœur de la symbolique nationale. Le rapport à la nature est déjà figé dans l’imaginaire collectif par les sceaux officiels de la République du Sénégal : le lion et le baobab.

57 ans après l’indépendance, la fête du 04 avril met en exergue la défense de l’environnement. A quelle date et où l’agrégé de grammaire –futur premier président de la République -, a-t-il écrit l’œuvre ? Et pourquoi en est-il l’auteur ? Le fait qu’il soit le premier président de la République n’explique pas tout, car il n’a pas été le seul acteur déterminant dans la marche vers l’indépendance. Le casting de l’époque ? Mamadou Dia était chef du gouvernement depuis la loi-cadre de 1958 alors que Me Lamine Guèye était le patriarche ; aux côtés des historiques du Bloc démocratique sénégalais (Bds) comme Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Seydou Ndaw, etc.

Le Parti du regroupement africain (Pra) et le Parti africain de l’indépendance (Pai) communiste représentaient « l’opposition » systématique à l’ordre colonial et avaient été les premiers à exiger la souveraineté. C’est que, de toute la classe politique, voire intellectuelle, Senghor était le mieux dans le rôle, à la fois historiquement et culturellement : nouvelle icône, Professeur de lettres, poète... C’est un même élan senghorien qui a décidé des symboles de la République. L’hymne national suinte des moments d’exaltation de son auteur, de forts instants de construction d’un dessein ; ces minutes et heures propres à l’écrivain où il ne sait peut-être pas que la restitution de ses sentiments traduits par l’écrit seront figés dans l’Histoire.

Paradoxalement, les cinq couplets, entrecoupés par autant de refrains, sont parmi les moins commentés dans l’immense bibliographie de l’auteur. S’il est avéré que ses premiers recueils de poèmes - « Chants d’ombre » et « Hosties noires » -, ont été composés alors qu’il était prisonnier de guerre en Allemagne (Stalag 39), ces durs moments où il pense à sa mère, à son royaume d’enfance, mais aussi au sort de ses camarades d’infortune, l’hymne, par contre, semble avoir été pensé alors qu’il était déjà au cœur de la politique.

La nature, muse de Senghor
Mais quoique puisse être le contexte, du moins de ce qui ressort de la production littéraire de l’académicien, son inspiration est souvent venue du terroir, ces berges du Sine où le jeune berger faisait paître le troupeau familial. Dame nature est bien avec le poète, comme muse, quand il appelle le « Lion » à « rugir » dans la « brousse » avec un « Soleil » qui domine nos « terreurs » pour susciter « l’espoir ». De manière incantatoire, les paroles fouettent l’orgueil et la dignité d’un peuple à qui le chantre de la négritude accorde « un cœur vert » ; un peuple qui doit unir « la mer et les sources », encore unir « la steppe et la forêt ».

Une invite à la symbiose, à l’union des contraires : l’eau salée et douce à la fois, la luxuriance de la verdure et l’aridité de savanes (une tendance croissante avec le désert qui progresse) ; cela donnera plus tard chez lui « le Nègre » et « le Blanc », bases du métissage et son fameux « universel ». La puissance d’évocation, portée par les paroles de l’hymne national, est certes une invite aux valeurs d’une Nation, à l’honneur et au courage, mais il exprime aussi un attachement au terroir, cette géographie où l’homme espéré doit s’épanouir et se construire.

Si dans le deuxième couplet, Senghor, dans un accent martial, décrit ce qui est symbolisé par le « jambar » d’aujourd’hui : un Sénégal « fils de l’écume du lion » et « surgi de la nuit au galop des chevaux », qui a droit à l’honneur de ses ancêtres, « splendides comme ébène et forts comme le muscle », dans les suivants, il prie sa muse de fonder une Nation. Un cadre de vie qui protège ses « frontières » et « rassemble les poussins à l’abri des milans ». Les Sénégalais sont très attachés à cette musique composée par le français Herbert Pepper et qu’ils apprennent aux premières lueurs de l’école primaire. Elle a été un peu chahutée –le temps d’une rose- en 2000, après la première alternance, quand on l’a comparé (musicalement) à « une chanson de foire ». Mais généralement, l’hymne est apprécié et respecté, voire plus. Il sait transcender. Beaucoup d’artiste s’en sont inspirés. D’ailleurs, la propension à la danse s’estompe avec lui, car il s’écoute. Quand il déchire les ondes, les Sénégalais se figent alors et deviennent « citoyens ».

Par Samboudian KAMARA

Le Sénégal célèbre, ce mardi, le 57ème anniversaire de son accession à l’indépendance. 

Depuis 1960, la marche du pays vers le développement n’a pas été facile. Les différents chefs d’Etat ont tous contribué, chacun avec sa vision, mais toujours dans le souci d’asseoir un Etat paisible, démocratique et émergent. Ils se sont appuyés sur toutes les franges du pays, particulièrement les Forces de défense et de sécurité (Fds) qui n’ont de cesse œuvré pour la stabilité du pays et surtout son développement à travers son concept « Armée-Nation ». D’où leur forte implication, aujourd’hui, dans la préservation de l’Environnement. Pour cette édition, près de 6.000 personnes participeront au défilé dont 3.824 éléments des Forces de défense et de sécurité.

Léopold Sédar Senghor, le fondateur
LSSEmanciper un pays, c’est bien, le développer, c’est mieux. Du combat culturel de Senghor à l’Etat « social et solidaire » de Macky Sall, en passant par le combat pour le rétablissement des équilibres macroéconomiques et la politique infrastructurelle de Me Wade, la marche vers le développement est résolument engagée. Avec ses grandes réussites et ses gros échecs. L’histoire du Sénégal indépendant n’est pas un long fleuve tranquille. Jeune Etat, comme tous les pays africains décolonisés, il s’est construit brique après brique, idée après idée, sous la conduite de chefs aux visées parfois complémentaires, souvent divergentes dans l’approche, mais avec, toujours, la même finalité : asseoir un Etat stable, démocratique et développé.

Premier président du Sénégal après son indépendance en 1960, Léopold Sédar Senghor est le premier chef d’État du continent noir à avoir ouvert son pays au multipartisme, en 1978. Homme de lettres, il est le premier agrégé africain de grammaire française et le premier Noir à être entré en 1983 à l’Académie française. Né le 9 octobre 1906 à Joal, il est attiré par la pensée humaniste de Léon Blum et s’engage auprès des Étudiants socialistes. Penseur de la « négritude », député sous la IVe République puis ministre dans le cabinet d’Edgar Faure, il préside la République du Sénégal jusqu’au 31 décembre 1980, date à laquelle il quitte volontairement le pouvoir.

Le souvenir qu’on a de Senghor est celui d’un leader modéré ayant coopéré avec la France. Mais c’est une image biaisée. En 1948 déjà, Senghor et ses collègues étaient pourtant vus comme des « rebelles » du fait de leur démission de la Section française de l’internationale ouvrière (Sfio) pour créer le Bloc démocratique sénégalais (Bds), dont le but est de représenter et de lutter pour la cause africaine. La tâche de Senghor, premier président de la République du Sénégal était, cependant, ardue. Après avoir été, des années durant, un réformateur agité, perturbateur et urticant pour la France, il lui fallait se poser en réformateur rassurant et protecteur pour son pays. C’est pourquoi, même s’il a été accueilli avec dévotion au début de son magistère, les critiques ne tardent pas à se faire entendre. Il est notamment reproché au président-poète de mener un combat culturel au détriment de l’économie. Senghor avait, pourtant, une claire vision des impératifs qui attendaient les jeunes Etats indépendants. En janvier 1955, il fixe les objectifs dans « La condition humaine » : « Si le Sénégal aspire à une autonomie interne, de gros efforts sont à faire dans le domaine économique ; en particulier, la modernisation de l’agriculture et la diversification des secteurs économiques sont urgents. » Senghor est, en effet, convaincu que, sans développement industriel, l’économie sénégalaise stagnera et n’atteindra jamais « le niveau de vie des métropolitains »  (La condition humaine, 27 janvier 1955). Mais il sera rattrapé par le contexte de la décolonisation.

Pour les Noirs africains, en effet, l’aspect culturel a joué un rôle important dans la lutte pour l’émancipation. Sur le plan international, l’Afrique était perçue comme « rétrograde » et avait besoin de « rattraper son retard ». Il était extrêmement important, pour l’élite africaine, de savoir que l’art noir, la poésie et la musique noires jouissaient d’une certaine reconnaissance internationale. C’est ce qui a fait dire à Senghor qu’à la rencontre mondiale des cultures, « au rendez-vous du donner et du recevoir », l’Afrique ne se présenterait pas les mains vides.

Education et formation des ressources humaines
La lutte pour la dignité, d’un côté et le souci de relever le défi de la reconnaissance culturelle, de l’autre, sont les priorités, conscients que sont les intellectuels et artistes africains que le combat dans les autres domaines tels que le développement ou le standard de vie est perdu d’avance. Dans le combat culturel, l’objectif des intellectuels, artistes et politiciens africains est d’être dans la même catégorie que les pays développés et de lancer la compétitivité culturelle avec eux d’égal à égal. Ils veulent apporter leur contribution spécifique au monde moderne, et celle-ci doit être perçue comme un enrichissement de la culture universelle.

Nombre d’intellectuels autour de Senghor voient la contribution africaine dans ce qu’elle a de plus émotif, chaleureux, rythmique, mystique et solidaire de ses valeurs culturelles. Une approche que ne partage pas une nouvelle génération de penseurs comme Cheikh Anta Diop qui estime que la compétition est globale puisqu’elle opère tant aux niveaux culturel, artistique qu’économique et scientifique. Au moment du bilan, on ne peut manquer de faire crédit à Senghor, dans un contexte de manque absolu où presque tout était à faire, d’avoir entrepris de créer un véritable Etat avec des procédures, des normes, des règles et des institutions fortes. Il avait ainsi mis sur pied le fameux Bureau organisation et méthode (Bom) destiné justement à pallier les insuffisances d’organisation. Pour rattraper le gap avec l’Occident, Senghor avait misé sur l’éducation et la formation de ressources humaines de qualité, et laissé en héritage à son successeur, le technocrate Abdou Diouf, sorti du moule de l’Ecole nationale de la France d’Outre-mer (Enfom), un Etat solide et une élite intellectuelle qui avait su prendre en charge les destinées du jeune Sénégal indépendant.


Abdou Diouf, le commis de l’Etat
Abdou DioufFormé dans l’esprit de commandement cher aux administrateurs coloniaux, on garde toujours de M. Diouf l’image d’un grand commis de l’Etat. Rodé aux techniques de la gestion administrative, le deuxième président sénégalais a géré le pays comme un technocrate. C’est à lui qu’est revenue la charge, après le combat de l’identité incarné par son prédécesseur, de la restauration des grands équilibres macro-économiques.
Il sera, malheureusement, un témoin impuissant d’une dégradation de l’environnement économique avec la « détérioration des termes de l’échange », la chute brutale des recettes d’exportation de l’arachide et des phosphates, principaux produits sénégalais, le choc pétrolier de 1973 suivi de la grande sécheresse de la fin de la décennie 70. Les finances publiques sont durement éprouvées et le Sénégal dut se plier à une sévère cure d’austérité imposée par le Fmi et la Banque mondiale.
Le Sénégal doit alors se soumettre à une politique hardie d’ajustement structurel dont les conséquences seront durement ressenties par les populations. Cette politique d’austérité tous azimuts s’est traduite par la privatisation de plusieurs entreprises publiques, entraînant des conséquences incalculables : suppressions massives d’emplois, réduction du volume de financement des investissements, désengagement de l’Etat du secteur agricole, réduction des subventions au secteur de l’éducation, mise à mort de la caisse de péréquation… Pour ne rien arranger, le franc Cfa subit une dévaluation en 1994. Abdou Diouf n’avait pas vraiment les bonnes cartes en main. Ses possibilités étaient considérablement réduites face à l’intransigeance des bailleurs de fonds. Il élabore alors et met en place, en 1993, un plan d’urgence conduit par le duo Sakho - Loum (respectivement ministre de l’Economie et des Finances et ministre du Budget) pour restaurer les capacités financières de l’Etat. Mais, usé par ses vingt années de pouvoir, Diouf avait perdu l’estime de ses compatriotes éprouvés par tant d’austérité. Son régime n’a pas pu résister à l’alternance démocratique de mars 2000.

Me Abdoulaye Wade, la passion des grands travaux
Abdoulaye WadeOpposant historique à Senghor puis à Diouf, Abdoulaye Wade s’emploie à convaincre les Sénégalais qu’une alternative libérale est possible. Plusieurs fois arrêté, il entre néanmoins à deux reprises, en 1991 et 1995 dans un gouvernement élargi. Après quatre échecs à la présidentielle, il est élu à 73 ans sur le thème du « changement » en 2000. Il aura marqué le Sénégal par sa passion des « grands travaux » et son hyperactivité politique et médiatique. Avec Wade, le Sénégal est passé à une ère de gros chantiers, grands projets ambitieux, qui ont soulevé l’enthousiasme et l’espoir. Le troisième président sénégalais est convaincu que le développement de l’Afrique passe par la création d’infrastructure de dernière génération. « Le moment est venu d’envisager concrètement, la réalisation des infrastructures fondamentales en Afrique », déclare-t-il à l’ouverture de la rencontre des ministres africains chargés des infrastructures et de l’énergie le 24 janvier 2008 sur le thème du financement des infrastructures en Afrique, tenue à Saly Portudal. Il notait, avec satisfaction, d’être enfin compris par les autres, à savoir que « le vrai décollage de l’Afrique passe par le développement des infrastructures et de l’énergie ».

Wade promeut un libéralisme social qui place l’Etat au centre de l’action publique et s’inspire des théories keynésiennes sur la relance de l’économie. Ainsi, pour soutenir l'économie, l'Etat doit effectuer des dépenses d'investissement. Une politique de grands travaux d'infrastructures, par exemple. Ces dépenses d'investissement entraînent une augmentation de l'activité économique, des embauches, et donc une augmentation des revenus distribués aux salariés grâce à un effet multiplicateur.

Autoroute à péage, nouvel aéroport, ponts et routes sortiront de terre sous Wade. En douze ans, il a considérablement modifié le visage du Sénégal. Les chiffres parlent pour lui : entre 2000 et 2010, le taux de croissance (+ 4 %) a été supérieur à celui de la décennie précédente, l’inflation a été maîtrisée, les recettes budgétaires ont augmenté… Des centaines d’écoles ont été construites. De nombreux dispensaires ont également été ouverts, le taux de mortalité infantile a baissé, l’accès à l’eau potable augmenté. Le pays a diversifié ses partenaires financiers. En précurseur, Wade s’est tourné vers les nouveaux riches arabes et asiatiques. Il a également fait de l’agriculture une priorité, via la Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana).

Mais le manque de rigueur dans les rapports avec la gestion du bien commun, une totale opacité dans le financement de certains projets, des malversations financières et l’intention qui lui est prêtée de se faire remplacer par son fils ternissent son magistère.

Macky Sall, le président libéral social
Macky SallElu en mars 2012 à la tête de l’Etat du Sénégal, Macky Sall ferme l’ère senghorienne. Il incarne une nouvelle génération née après l’indépendance, ouvert aux souffles du monde après avoir goûté à la « science » de ses prédécesseurs. Il est, en outre, un pur produit de l’école publique sénégalaise, celle-là même qui fonctionna comme un formidable ascenseur social du temps du président Senghor et aussi, un peu, sous Abdou Diouf. C’est dire que l’œuvre des précurseurs a porté ses fruits.

Le président Macky Sall est venu au pouvoir avec l’idée que le meilleur des développements est celui qui impacte positivement la vie de ses compatriotes. C’était l’Adn de son programme « Yoonou Yokkouté » avec ses bourses de sécurité sociale, sa carte d’égalité des chances, sa couverture maladie universelle, etc. Des programmes qui visent à alléger la précarité de larges franges de la population condamnées à se contenter de slogans sur le développement à la place du mieux être promis.

Le « Yoonou Yokkouté » sera, par la suite, consolidé pour donner naissance au Plan Sénégal émergent (Pse). Un plan qu’il explique dans une interview accordée à « L’Observateur », à « Libération » et à « L’Aps » au début du mois de novembre 2015 : « A mes yeux, le Sénégal émergent, c’est lorsque, dans une dizaine ou une quinzaine d’années, les enfants qui seront nés en 2030 soient des citoyens d’un pays où chacun pourra réaliser sa « légende personnelle », pour reprendre Paolo Coelho que je lis souvent. Un Sénégal émergent, c’est aussi quand le pays aura les moyens nécessaires de satisfaire ses citoyens sans distinction, un pays qui compte dans le concert des Nations pour son économie et sa diplomatie. Et par la grâce de Dieu, nous avons des indices très probants, surtout avec nos ressources naturelles, notamment le pétrole et le gaz. J’ai dit aux investisseurs indiens « kou yekh niakk » (qui traine perdra), parce que l’Afrique est la prochaine frontière du développement, ça, c’est indéniable. Nous avons un marché puissant. C’est maintenant qu’il faut se positionner et non pas attendre que l’Afrique soit une puissance pour venir se bousculer ».

Ce que Macky Sall veut, c’est que dans 5 ans, le Sénégal ait sa « souveraineté budgétaire » pour « ne plus dépendre des partenaires financiers étrangers ». C’est aussi que « le Budget consolidé d’investissement soit financé à hauteur de 58 % ». « Cela veut dire que nous voulons, dans cinq ans, nous passer de l’aide extérieure. C’est en ce moment-là seulement qu’on aura atteint l’émergence », confie-t-il dans cet entretien.

Distribution de la richesse
Les moyens de parvenir à cet objectif sont ainsi clairement définis par le nouveau locataire du palais de l’avenue Senghor : « Notre volonté de nous passer de l’aide commence par une autosuffisance alimentaire, une maîtrise de la politique éducative, un budget d’investissement bien pensé, une réduction du train de vie de l’État, etc. Les gains obtenus par la réduction du train de vie de l’État, à travers la suppression de certaines agences, la maîtrise des dépenses du téléphone, de l’eau et des véhicules de l’État, sont affectés à l’investissement, au grand bonheur des populations ». Le cap est fixé. Et les résultats augurent déjà d’un bel avenir. En 2015, le Sénégal a enregistré des résultats macroéconomiques solides, avec un taux de croissance de 6,5 % (le plus haut depuis 2003) qui l’a hissé au deuxième rang des pays les plus dynamiques en Afrique de l’Ouest, derrière la Côte d’Ivoire. Selon les chiffres de la Banque mondiale, « La croissance de l’économie sénégalaise est ressortie à 6,4 % au premier trimestre 2016. Elle est principalement tirée par le secteur primaire et les bonnes performances des industries extractives, de la pêche et de l’agriculture. La bonne performance du secteur agricole, s’explique par des précipitations favorables et les très bons résultats des secteurs bénéficiant de programmes publics ciblés (arachides, riz et horticulture) ». Et l’institution de Bretton Woods poursuit : « L’économie pourrait tirer profit de la baisse des cours du pétrole (malgré leur remontée récente), mais aussi de la poursuite de la mise en œuvre du « Plan Sénégal émergent » (Pse), qui vise à lever les obstacles structurels à la croissance et à faciliter l’initiative privée ». C’est donc une nouvelle vision de l’économie qui s’élabore avec une préoccupation centrale qui consiste à distribuer les fruits de la richesse aux couches les plus vulnérables. Le Sénégal poursuit sa longue marche vers plus de développement. Il est encore très jeune du point de vue de son indépendance, mais il a une vieille histoire, une longue tradition démocratique, une nation soudée et citée en exemple. Une œuvre commune qui continuera de se bâtir encore longtemps grâce à l’intelligence de ses leaders et de son peuple.

Sidy DIOP

HYMNE NATIONAL : Une Nation d’hommes au cœur « vert »
Hymne nationalC’est la production de Senghor la plus visitée. Depuis 1960, l’hymne national accompagne la marche de notre pays vers son destin. Ses paroles accompagnent les Institutions dans leur déroulé, figent les assemblées lors de nos moments solennels, subliment l’idéal du « commun désir de vouloir vivre ensemble » ; une carte d’identité sonore connue à travers le monde, qui a accompagné partout les quatre chefs d’État ayant présidé jusqu’ici aux destinées du Sénégal, motivé nos armées et salué les performances de nos sportifs sur les cinq continents.
L’hymne est, avec le drapeau, au cœur de la symbolique nationale. Le rapport à la nature est déjà figé dans l’imaginaire collectif par les sceaux officiels de la République du Sénégal : le lion et le baobab.

57 ans après l’indépendance, la fête du 04 avril met en exergue la défense de l’environnement. A quelle date et où l’agrégé de grammaire –futur premier président de la République -, a-t-il écrit l’œuvre ? Et pourquoi en est-il l’auteur ? Le fait qu’il soit le premier président de la République n’explique pas tout, car il n’a pas été le seul acteur déterminant dans la marche vers l’indépendance. Le casting de l’époque ? Mamadou Dia était chef du gouvernement depuis la loi-cadre de 1958 alors que Me Lamine Guèye était le patriarche ; aux côtés des historiques du Bloc démocratique sénégalais (Bds) comme Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Seydou Ndaw, etc.

Le Parti du regroupement africain (Pra) et le Parti africain de l’indépendance (Pai) communiste représentaient « l’opposition » systématique à l’ordre colonial et avaient été les premiers à exiger la souveraineté. C’est que, de toute la classe politique, voire intellectuelle, Senghor était le mieux dans le rôle, à la fois historiquement et culturellement : nouvelle icône, Professeur de lettres, poète... C’est un même élan senghorien qui a décidé des symboles de la République. L’hymne national suinte des moments d’exaltation de son auteur, de forts instants de construction d’un dessein ; ces minutes et heures propres à l’écrivain où il ne sait peut-être pas que la restitution de ses sentiments traduits par l’écrit seront figés dans l’Histoire.

Paradoxalement, les cinq couplets, entrecoupés par autant de refrains, sont parmi les moins commentés dans l’immense bibliographie de l’auteur. S’il est avéré que ses premiers recueils de poèmes - « Chants d’ombre » et « Hosties noires » -, ont été composés alors qu’il était prisonnier de guerre en Allemagne (Stalag 39), ces durs moments où il pense à sa mère, à son royaume d’enfance, mais aussi au sort de ses camarades d’infortune, l’hymne, par contre, semble avoir été pensé alors qu’il était déjà au cœur de la politique.

La nature, muse de Senghor
Mais quoique puisse être le contexte, du moins de ce qui ressort de la production littéraire de l’académicien, son inspiration est souvent venue du terroir, ces berges du Sine où le jeune berger faisait paître le troupeau familial. Dame nature est bien avec le poète, comme muse, quand il appelle le « Lion » à « rugir » dans la « brousse » avec un « Soleil » qui domine nos « terreurs » pour susciter « l’espoir ». De manière incantatoire, les paroles fouettent l’orgueil et la dignité d’un peuple à qui le chantre de la négritude accorde « un cœur vert » ; un peuple qui doit unir « la mer et les sources », encore unir « la steppe et la forêt ».

Une invite à la symbiose, à l’union des contraires : l’eau salée et douce à la fois, la luxuriance de la verdure et l’aridité de savanes (une tendance croissante avec le désert qui progresse) ; cela donnera plus tard chez lui « le Nègre » et « le Blanc », bases du métissage et son fameux « universel ». La puissance d’évocation, portée par les paroles de l’hymne national, est certes une invite aux valeurs d’une Nation, à l’honneur et au courage, mais il exprime aussi un attachement au terroir, cette géographie où l’homme espéré doit s’épanouir et se construire.

Si dans le deuxième couplet, Senghor, dans un accent martial, décrit ce qui est symbolisé par le « jambar » d’aujourd’hui : un Sénégal « fils de l’écume du lion » et « surgi de la nuit au galop des chevaux », qui a droit à l’honneur de ses ancêtres, « splendides comme ébène et forts comme le muscle », dans les suivants, il prie sa muse de fonder une Nation. Un cadre de vie qui protège ses « frontières » et « rassemble les poussins à l’abri des milans ». Les Sénégalais sont très attachés à cette musique composée par le français Herbert Pepper et qu’ils apprennent aux premières lueurs de l’école primaire. Elle a été un peu chahutée –le temps d’une rose- en 2000, après la première alternance, quand on l’a comparé (musicalement) à « une chanson de foire ». Mais généralement, l’hymne est apprécié et respecté, voire plus. Il sait transcender. Beaucoup d’artiste s’en sont inspirés. D’ailleurs, la propension à la danse s’estompe avec lui, car il s’écoute. Quand il déchire les ondes, les Sénégalais se figent alors et deviennent « citoyens ».

Par Samboudian KAMARA

LE SÉNÉGAL EN MARCHE
Macky travailleurs chantiers nordNotre pays, sous la conduite du président Macky Sall, est en train de dérouler le Plan Sénégal émergent (Pse) visant à assurer aux populations un avenir meilleur, une vie plus digne et un mieux-être, malgré une chronique crise économique mondiale faite d’incertitudes.

La conviction que des milliers de compatriotes partagent avec le chef de l’État, est que le Sénégal a le devoir et l’obligation de s’en sortir, en œuvrant résolument à son avenir et en maîtrisant les clés de base du succès, c’est-à-dire l’efficacité, la compétence et la capacité d’action dans l’autonomie. Ce combat doit toujours nous mobiliser. Faut-il donc le rappeler à tous, à la veille de la célébration du 57ème anniversaire de notre indépendance, une fête principalement dédiée à nos forces de défense et de sécurité, ainsi qu’à notre jeunesse, tous conviés à prendre une part plus active à la protection de notre environnement.

Pour l’Armée, le chef de l’État a, pendant ses cinq ans passés au pouvoir, consenti de considérables efforts financiers pour soulager les invalides et blessés de guerre, ainsi que les familles des militaires morts au combat. Aussi, a-t-il modernisé, ces dernières années, les forces de défense et de sécurité, avec l’acquisition de nouveaux matériels, pour que face aux nouveaux paradigmes sécuritaires, nos « jambaars », gendarmes et policiers restent toujours dans les meilleures dispositions morales et matérielles, afin de remplir efficacement leurs missions. $ A l’endroit de la jeunesse sénégalaise, dynamique et animée du désir ardent de servir son pays, le chef de l’État, Macky Sall, a une ambition : donner à chaque enfant de ce pays la possibilité de s’instruire, de vivre décemment et de réaliser son rêve. Pour ce faire, il est en train de bâtir un État de droit qui va induire l’équité et l’obligation de rendre compte, pour créer un environnement de confiance et de transparence propice à l’investissement, à l’activité économique et à la génération d’emplois.

Le président Macky Sall qui connait le chemin, fait cap vers un monde meilleur pour le plus grand nombre de Sénégalais. N’est-il pas en train d’œuvrer pour la paix en Casamance, pour l’adéquation formation-emploi, pour la bonne gouvernance, pour le dialogue social, pour la construction d’infrastructures, pour la diversification de la production énergétique, pour le décollage du secteur primaire sénégalais, un domaine à forte utilisation de main d’œuvre ? Sous Macky Sall, la gestion sobre et vertueuse poursuit son bonhomme de chemin. En effet, tous les rapports, épinglant des responsables, à tous les niveaux, pour malversations financières, sont sur la table du procureur de la République. Un autre volet dans le domaine judiciaire est la modernisation de la justice. Ici, il s’est engagé à réaménager l’organisation du service public de la Justice pour une meilleure distribution et une plus grande efficacité afin d’accroître ses performances. La problématique de la modernisation du système judiciaire et de ses différents services s’inscrit en bonne place parmi les priorités du Plan Sénégal émergent (Pse).

« Yoonu yokkute », un slogan à diffuser en profondeur
La modestie de notre espace géographique et de nos ressources naturelles n’a pas empêché au chef de l’État de nous hisser à une place de choix dans le concert des nations-leaders. Sa clairvoyance a consolidé, amplifié et ancré définitivement un concept qui est le « Yoonu yokkute » (la voie de l’émergence), un slogan à diffuser en profondeur pour libérer toutes les énergies créatrices à travers tout le pays. La fierté du Sénégal, sous Macky Sall, se mesure donc aux options courageuses du président de la République pour asseoir un développement cohérent et juste à l’échelle nationale.

Le Programme d’urgence pour le développement communautaire (Pudc), visant à sortir les zones rurales de leur isolement et de leur sous-équipement en infrastructures de base, en est une parfaite illustration. L’arrivée au pouvoir de Macky Sall constitue une date-repère pour les populations rurales dont il a pris en compte les justes revendications socioéconomiques.

Certes, il reste beaucoup à faire. Mais, le bilan des réalisations du gouvernement est élogieux : équilibre des comptes publics, bond qualitatif de la croissance économique, lancement de politiques de développement, création d’emplois, formation et orientation des jeunes gens et des femmes vers des activités génératrices de revenus. Faut-il accélérer la cadence dans ces tâches de construction nationale qui n’incombent pas seulement au président de la République, à son gouvernement et à ses partisans. Elles sont l’affaire de tous les Sénégalais qui doivent faire de ce 4 avril 2017 un moment privilégié de réconciliation et de réflexion. Nous devons, tous, nous abandonner au service du Sénégal et, surtout, renouveler notre serment de le développer. Ce serment exclut la haine, la provocation et tout autre geste de nature à ralentir sa marche vers le progrès. Le grand dessein que nous nourrissons tous pour notre cher Sénégal nous commande, en cet instant solennel, de faire l’écologie des cœurs pour savourer, en compatriotes conscients et ambitieux, les délices de l’entente, de la concorde et de la cordialité, toutes choses indispensables au développement.

AIRES MARINES COMMUNAUTAIRES PROTEGEES : Une stratégie de régulation de la ressource
Corail poissonsFace à la dégradation des zones de pêche et à l’accentuation de la raréfaction des ressources halieutiques, il a été recommandé aux États de créer des Aires marines protégées (Amp) lors du Congrès mondial des parcs nationaux tenu en 2003 à Durban. A la suite de ces assises, le Sénégal a créé, en 2004, par un décret présidentiel, 5 Amp. Selon le commandant Youba Sonko, conservateur de l’Amp de Gandoul, ce système permet une utilisation rationnelle de la ressource ou une régulation de la ressource.

Lors du Congrès mondial des parcs nationaux, tenu à Durban, en 2003, le monde scientifique international s’est rendu compte que la conservation était beaucoup plus concentrée sur le continent que sur le niveau côtier et marin. C’est pourquoi les scientifiques ont demandé à tous les pays du monde de concentrer leurs efforts sur cette zone. Selon le conservateur de l’Amp de Gandoul, le commandant Youba Sonko, le Sénégal, au sortir de ces assises, a créé, par décret, 5 Amp à Saint-Louis, Kayar, Joal-Fadiouth, Abéné et Bamboung. Aussi, il a rappelé que notre pays était déjà en avance par rapport à cette interpellation mondiale avec la création du Parc national de la basse Casamance, le Parc national des îles de la Madeleine et le Parc national de Djoudj.

Selon le conservateur, l’objectif de ces Amp est de protéger les ressources marines et côtières qui sont exploitées de manière abusive, entraînant ainsi la raréfaction des ressources. « Les Amp sont beaucoup plus communautaires qu’étatiques. C’est une volonté des communautés, et l’État est garant en proposant des mesures de gestion qui consistent à organiser et à orienter l’utilisation de la ressource », a-t-il fait noter. L’État participe au respect des règles établies par les communautés locales. D’après le conservateur, l’idée d’implantation d’une Amp doit venir de la base pour que les aspirations des populations soient prises en compte. En mettant en place une Amp, a-t-il dit, il faut nécessairement mettre en place des organes de gestion, notamment le Comité de gestion composé essentiellement d’éléments communautaires. La région de Fatick compte, aujourd’hui, 3 Amp : Gandoul (nouvelle création), Sangomar et Bamboung. L’Amp de Gandoul, située dans la commune de Djirnda, département de Foundiougne, couvre une superficie de 15.732 ha.

A en croire le conservateur Sonko, les avantages sont « multiples ». Entre autres, la reconstitution de la ressource, le développement de l’activité de recherche et l’appui des partenaires aux communautés locales. En somme, a-t-il dit, l’Amp favorise un développement social, économique et culturel. En effet, outre le repos biologique, les populations s’adonnent à des activités comme l’ostréiculture, la pêche crevettière, le maraîchage et l’exploitation du miel.

De plus, le commandant Youba Sonko a fait savoir que si quelqu’un enfreint les règles établies, on lui applique le code de la pêche, le code forestier ou le code de l’environnement dans leurs différents articles concernés. Par ailleurs, le Comité de gestion dispose d’un règlement intérieur proposé par les communautés elles-mêmes.

TRAFIC DE BOIS VERS LA GAMBIE : Les bons points de l’action des forces de défense et de sécurité
Trafic boisL’option prise par le président de la République d’engager les Forces armées dans la lutte contre le trafic de bois a donné les résultats escomptés. Les opérations menées par l’armée, la gendarmerie, la police, les agents des eaux et forêts ont fait reculer le pillage des ressources forestières au Sud et au centre du Sénégal. Mais la guerre est loin d’être gagnée.

Le président de la République, Macky Sall, avait pris la décision d’engager les Forces armées sur le front de la lutte contre le trafic de bois dans les régions méridionales et du centre du Sénégal. L’ampleur de la dégradation des écosystèmes forestiers exigeait l’intervention de l’armée pour enrayer le fléau. Leur implication n’a pas tardé à produire des résultats après quelques mois d’opérations dans les zones frontalières avec la Gambie. « Des millions de tonnes de bois, une vingtaine de camions et de matériel de coupe-tronçonneuses, plusieurs centaines de charrettes, une trentaine de pirogues ont été saisies », avait rapporté le président de la République, lors de la journée des Forces armées.

Au juste, l’édition de 2016 de la journée des Forces armées avait porté sur le thème : « la contribution des forces armées sénégalaises à la protection de l’environnement ». « Avec l’implication de l’armée nationale et des forces paramilitaires, depuis le conseil des ministres de Sédhiou en 2015, des résultats remarquables sont notés dans la lutte contre le trafic de bois », avait noté le chef de l’État. En réalité, l’Armée, la Gendarmerie, la Police et les agents des Eaux et forêts ont fait front commun contre les trafiquants dans des zones frontalières. Le 08 juillet 2016, à Dabo, à une quarantaine de kilomètres de Kolda, les ministres des Forces armées, Augustin Tine, ceux de l’Intérieur, Abdoulaye Daouda Diallo et de l’Environnement et du Développement durable, Abdoulaye Baldé, avaient procédé à l’incinération symbolique du matériel saisi par les Forces de défense et de sécurité. Au total, plus de 3.000 charrettes des trafiquants ont été immobilisées dans la région de Kolda durant les premiers mois des opérations contre 122 charrettes, un camion, des motos et des vélos dans le département de Bignona pour la même période. « Nous voulons montrer à tous les Sénégalais et particulièrement aux trafiquants que ce trafic doit cesser de manière définitive. Ce sont des pratiques qui menacent notre économie et notre environnement », avait lancé le ministre des Forcées armées lors de la visite qu’ils ont effectuée en juillet 2016 dans des zones de coupe au sud du Sénégal. Ces résultats obtenus ont été salués par plusieurs militants écologiques y compris par Aly Haïdar qui avait tiré la sonnette d’alarme sur « crime écologique ». Rappelons que lors d’un point de presse, le directeur d’Océanium, une association engagée dans la protection des écosystèmes avait révélé le trafic de bois vers la Gambie avait fait perdre au Sénégal plus d’un million d’arbres entre 2010 et 2016. Le Sénégal a remporté la bataille contre les trafiquants. Il reste à gagner la guerre.

Par Cheikh Aliou AMATH

LUTTE CONTRE LA COUPE DU BOIS : Kolda magnifie la contribution des forces de défense et de sécurité
koldaLes forces de défense et de sécurité ont joué un rôle essentiel dans la lutte contre la coupe abusive du bois dans la région de Kolda. Le choix du thème « Rôle des forces de défense et de sécurité dans la protection de l’environnement », pour le 57 è anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale, n’est pas fortuit. Il démontre le rôle prépondérant joué par l’Armée nationale, la Gendarmerie, la Police, la Douane et les Eaux et forêts dans la lutte contre le trafic illicite du bois à destination de l’étranger. Il témoigne aussi de la volonté de l’État de venir à bout de ce fléau afin de préserver notre environnement. Pour le Lieutenant Mohamed Dieng, chargé de la communication de la zone militaire numéro 6, le choix de ce thème vient à point nommé.

Les opérations combinées des forces de défense et de sécurité ont permis, en effet, d’arrêter des dizaines de trafiquants de bois dans la région de Kolda. Du matériel de coupe et de transport de bois notamment des charrettes, des motos, des chevaux et des ânes ont également été saisis durant ces opérations. Certains trafiquants ont préféré payer des amendes pour sauver leur peau alors que d’autres ont été jugés et incarcérés à la maison d’arrêt et de correction de Kolda après avoir été reconnus coupables des faits qui leur sont reprochés. « Depuis quelques années, les forêts sont agressées à la frontière entre le Sénégal et la Gambie sur plus de 300 Km dans le sud du pays. Compte tenu de l’ampleur du phénomène, le chef de l’État avait instruit l’Armée et les autres forces de sécurité à travailler aux côtés agents des Eaux et Forêts pour juguler ce fléau. Depuis lors, nous avons fait diverses opérations ensemble, au moins, 3 à 4 nomadisations qui nous ont permis d’avoir de très bons résultats », déclare le Capitaine Abdoulaye Traoré, chef de secteur des Eaux et forêts de Kolda.

Il réaffirme l’engagement du Service des Eaux et forêts de Kolda à poursuivre les trafiquants de bois et leurs complices jusqu’à leur dernière retranchement dans les activités régaliennes pour mettre un terme à ce trafic. Pour les 3 premiers mois de cette année seulement, 85 procès-verbaux ont été dressés par les agents des Eaux et Forêts dont 66 qui ont fait l’objet de transaction et 19 personnes déférées au parquet du Tribunal de grande instance de Kolda. Au total, 125 bions, 75 charrettes, une moto et 3 scies ont été saisis durant ces opérations. Malgré le succès enregistré dans la croisade contre la coupe abusive du bois, le Service Eaux et Forêts de Kolda ne compte pas baisser les bras. Il mise sur la sensibilisation des populations rurales et des chefs de village pour venir à bout ce phénomène.

Par Mamadou Aliou DIALLO

AIRE MARINE PROTEGEE DU BAMBOUNG : Des démarches respectueuses de la nature et des communautés
La conservation et le respect de l’environnement naturel. C’est autour de cela que travaillent, depuis 2002, les populations de Dassilamé et de 13 autres villages de la commune rurale de Toubacouta. Dans cette aire marine protégée communautaire (Ampc) du Bamboung, ils œuvrent à assurer durablement une régénération des ressources halieutiques locales.
 
Ici, les acteurs lient étroitement protection de l’environnement et lutte contre la pauvreté par le développement économique. C'est pourquoi les populations locales, directement impliquées et intégrées dans cette activité qui génère des revenus et des emplois sur place, s’investissent pleinement, depuis 2002, pour que leur zone soit à la pointe de l'excellence environnementale. Membre du comité de gestion de l’Ampc du Bamboung, Mamadou Bakhoum, et quelques autres associés ont réussi à sensibiliser et à faire adhérer au projet les habitants des villages concernés.
 
Un mirador est planté, des balises posées et la pêche interdite dans la totalité du bras de mer, soit 16 kilomètres, pour permettre la régénération de l’écosystème. C’est ainsi que 7.000 hectares de zone naturelle sont mis en conservation. Le bolong du Bamboung, dans le delta du Saloum, est constitué d’une grande diversité d’habitats (zones sableuses, graveleuse, mangroves, tannes, herbiers, petits bolongs, fosses, hauts fonds, etc.) dont le niveau de salinité varie au fil des saisons. L’eau du bolong est en permanence légèrement sur salée par rapport à la mer. Cette diversité d’habitats et la variabilité au fil des saisons de leurs caractéristiques physico-chimiques et microclimatiques, favorisent la présence d’une grande diversité d’espèces de faune et de flore. Malgré ses énormes potentialités, la zone est restée longtemps vulnérable en raison divers facteurs naturels (sécheresses) et anthropiques (coupe abusive de bois et braconnage). « Une tendance régressive était signalée », rappelle Mamadou Bakhoum qui fait cas de « perte de la diversité floristique, fragmentation des écosystèmes, dégradation des habitats, etc. » Aussi, avaient-ils, avant de passer à la création de cette aire marine protégée communautaire du Bamboung, vu les effets négatifs de la pêche côtière décuplés par le développement de la pêche artisanale motorisée, une réduction des effectifs et de la densité moyenne des populations de poissons, une fragmentation des zones d’abondance, un anéantissement des classes d’individus âgés et de grande taille, la sur salinité et la coupe de la mangrove de palétuviers, etc.

Par Cheikh Aliou AMATH

PATRONS DES FORCES DE DEFENSE ET DE SECURITE : Une première pour le Cemga Cheikh Guèye...
Cheikh Gueye CemgaLa célébration de l’anniversaire de notre indépendance est une fête des forces de défense et de sécurité (Fds) qui, au nombre de 3824 personnes, vont participer au défilé. A la tête de celles-ci, deux patrons qui vont vivre l’évènement comme une première en leur qualité de chef d’état-major général des armées (Cemga) et de Haut-commandant de la gendarmerie et directeur de la justice militaire (Haut-comgend).

Les généraux Cheikh Guèye et Meïssa Niang, respectivement de corps d’armée et de division, appréhendent la première avec sérénité. Ils reviennent sur la posture de leurs unités pour rendre effectif le thème de cette année : « Le rôle des forces de défense et de sécurité dans la protection de l’environnement ». « L’organisation de la fête de l’indépendance nous offre l’agréable opportunité de communier avec la nation toute entière. Le thème : « Le rôle des forces de défense et de sécurité dans la protection de l’environnement », choisi pour la présente édition par monsieur le président de la République, chef suprême des armées, offre à celles-ci l’occasion de sensibiliser nos populations sur un aspect important des actions entreprises par notre institution, en vue de protéger des ressources importantes de notre pays », fait remarquer le Cemga Cheikh Guèye au micro de nos confrères de la Rts. Pour lui, l’occasion est aussi belle pour « magnifier la belle synergie d’action entre les forces de défense et de sécurité impulsée par monsieur le président de la République qui nous a indiqué la voie à suivre ». Le thème est mis en corrélation avec « l’organisation des armées », le « maillage du territoire terrestre et maritime ». Ces deux dynamiques devant permettre, selon le général Guèye, de « participer efficacement à la lutte contre toute exploitation illicite de nos ressources forestières, fauniques et surtout halieutiques, notre marine nationale garantissant l’autorité de l’État en mer ». Le Cemga est aussi revenu sur l’implication de ses services pour le développement. Ainsi, « à chaque fois que de besoin, le Génie militaire, au-delà des actions déterminantes qu’il entreprend dans le cadre du Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc), procède à l’enrochement des plages pour contribuer à la lutte contre l’érosion côtière qui menace certaines localités », explique le Cemga. De même que la « Direction du matériel des armées veille scrupuleusement à la dépollution des champs de tir et au recyclage de certains produits dont les huiles mortes et les pneus ». Et le général de corps d’armée de révéler que « l’armée de l’air a pris l’heureuse initiative de créer des jardins botaniques à la base aérienne militaire de Yoff et à l’École de l’armée de l’air à Thiès ». Ces différentes initiatives n’empêchent en rien la participation des armées à l’érection de la Muraille verte, selon le Cemga pour qui ses services vont « procéder à des campagnes de reboisement partout où sont implantées les armées, en vue de participer à la régénérescence de nos forêts ». Cette dynamique s’inscrivant dans un « engagement de poursuivre les efforts et de mobiliser nos énergies dans le but de participer davantage à la préservation de notre environnement ».

...Et le Haut-Comgend Meïssa Niang
Meïssa Niang HC GendarmerieLa sérénité et l’enthousiasme sont de mise pour ce 4 avril chez le général de division, Haut-comgend. « Le chef de l’État m’a investi de sa confiance tout en mettant à ma disposition les moyens adéquats pour remplir ma mission de sécurisation des populations et de leurs biens. Je me suis naturellement préparé en conséquence pour être à la hauteur des attentes du chef de l’État à qui j’ai soumis, dès ma prise de commandement, un plan stratégique d’actions qui définit les grandes orientations stratégiques de mon action à la tête de la gendarmerie », rappelle le général Meïssa Niang. Ces orientations indiquent « une feuille de route stratégique qui définit les principales lignes d’opérations que je me suis fixées à l’échelle nationale et qui prend en compte tous les aspects du service de la gendarmerie qui conditionnent son efficacité en tant que force publique », ajoute-t-il. Ainsi, y retrouve-t-on le « recrutement et la formation du personnel, les infrastructures et les équipements et les postures opérationnelles de la gendarmerie dans les domaines du maintien de l’ordre, de la police judiciaire, du renseignement et de l’intervention ainsi que la lutte contre les nouvelles formes de criminalité urbaines et rurales ».

« C’est à ce titre que, durant ce défilé du 4 avril, vous assisterez déjà à la concrétisation de certaines décisions majeures dans le domaine de l’équipement des unités de gendarmerie et de l’organisation des forces avec la création du Peloton spécial d’intervention destiné à la primo intervention antiterroriste dans les régions et l’Esid de Dakar qui est une unité de lutte contre la criminalité urbaine, notamment la lutte contre les cambriolages et les agressions dans les quartiers », promet le général Niang.

Pour le patron de la maréchaussée, l’urgence est « d’aller très vite » pour « prendre en compte les préoccupations sécuritaires des Sénégalais qui sont érigées au rang de priorité par Son Excellence, Monsieur le Président de la République. Grâce à lui, « il existera bientôt une très bonne adéquation missions et moyens qui nous permettra d’être encore plus efficace » dit-il. Ainsi, souligne M. Niang, « ce premier 4 avril à la tête de la gendarmerie s’annonce sous de bons auspices ». Mais, au-delà de cette date, assure-t-il, « nous allons nous attaquer de plein fouet aux défis sécuritaires à travers le renforcement du maillage territorial et le renforcement de la surveillance du territorial ».

Pour le thème du 4 avril : « Le rôle des Fds dans la protection de l’environnement », le général de division le place sous le « signe de l’action ». « Une action conjointe avec les différentes forces et les structures de l’État investis des missions régaliennes en matière de protection de l’environnement. « Par conséquent, conformément aux directives du chef de l’État, j’ai donné des instructions fermes au commandant de la gendarmerie territoriale pour qu’une tolérance zéro soit observée à l’égard des fossoyeurs de l’environnement, que ce soit au niveau terrestre comme au niveau maritime », assure le Haut-comgend. Pour lui, le chef de l’État n’a pas seulement donné des directives, il a également renforcé les moyens d’action de la gendarmerie dans ce domaine. « Ce qui nous permettra de réaliser, à très court terme, la montée en puissance de la section spéciale de la gendarmerie chargée de la protection de l’environnement en moyens terrestres et maritimes pour mieux faire appliquer les législations en la matière », fait-il savoir.

Et de rappeler qu’avant cette montée en puissance, la gendarmerie « accomplit déjà quotidiennement partout à travers le territoire des missions de protection de l’environnement à coté de ses missions d’ordre judiciaire, en luttant contre la chasse ou la pêche illicites, l’abattage des arbres sans autorisation, l’exploitation frauduleuse de carrières de sable ou de mines et l’utilisation des produits dangereux et toxiques comme le mercure que l’on observe le plus souvent dans les régions aurifères ». « La gendarmerie a, en somme, toujours accompli des missions de protection de l’environnement dans le cadre de ses actions de police spéciale, et le thème du 4 avril de cette année ne fait que renforcer sa posture dans ce domaine », se réjouit le général Meïssa Niang.

I. Kh. NDIAYE

LUTTE CONTRE LA CRIMINALITE FAUNIQUE : Le combat inlassable des agents à Niokolo Koba
Agents parc NiokoloLes brigades de lutte contre le braconnage continuent de faire le ménage afin de contrecarrer l’action des malfaiteurs et autres fossoyeurs de l’aire protégée qu’est le Parc national du Niokolo Koba (Pnnk). Des opérations qui rentrent dans le cadre de la mise en œuvre des directives de la Direction des parcs nationaux et des recommandations de l’Unesco pour éviter le retrait du site de la liste des biens du patrimoine mondial en péril à l’horizon 2018 . A présent, l’état général de la moyenne et grande faune diurne terrestre est excellent.

Depuis quelques années, une option sérieuse est prise pour lutter contre le braconnage. Mais le casse-tête reste le trafic des espèces végétales surtout les bois d’œuvre comme le venne, le «dimb» et le rônier. Il y a aussi les intrusions délinquantes des orpailleurs le long de la Gambie. Mady Ndiaye, le président régional des Amis de la nature, guide touristique et gérant de campement à l’intérieur du Parc national du Niokolo Koba, atteste que la lutte est très active sur le terrain. « Ces deux dernières années, des changement notoires sont constatés. Beaucoup d’animaux ont fait leur retour surtout au cœur du parc, au niveau de Simenti. Et ce, au grand bonheur des usagers », a-t-il dit. Pour M. Ndiaye, sur les 10 touristes qui sont passés par cette réserve, les 8 ont pu observer et ou vu de près des troupeaux de lions parfois par groupe de 6 à 8, voire 10. « Imaginez les commentaires le soir au dîner. Cela met en exergue les résultats probants de la lutte contre le braconnage dans le Niokolo Koba ou plusieurs postes de gardes sont ouverts », a-t-il commenté.

Selon le commandant Mallé Guèye, conservateur du Pnnk, l’État du Sénégal fait d’importants efforts pour mettre en place une logistique adéquate, recruter des agents afin de renforcer la surveillance et redorer le blason de ce patrimoine en péril depuis 2007. Parmi les recommandations qui sont merveilleusement appliquées, le conservateur a cité le renforcement du dispositif de surveillance et de lutte contre le braconnage. « Actuellement, le dispositif de lutte anti-braconnage a été renforcé par trois brigades zonales. Celles-ci appuient les brigades de lutte anti-braconnage dénommées lycaon et porc-épic dans ce dispositif de surveillance du parc qui fait 913.000 ha. Depuis le démarrage de cette nouvelle traque, près de 253 personnes ont été appréhendées », a informé le conservateur, notant que les opérations se poursuivent sur le terrain. Sur ce, il a lancé un appel aux populations pour plus de collaboration avec les agents des parcs nationaux afin de conserver la biodiversité animale et végétale du Pnnk et de ses environs.

210 km de pistes réhabilités
Chaque année, pour consolider la mobilité dans la plus grande réserve faunique de l’Afrique de l’Ouest qu’est le Parc national du Niokolo Koba, d’importants travaux de réhabilitation des pistes sont menés grâce, entre autres, au Budget consolidé d’investissement (Bci). Pour le conservateur, le commandant Mallé Guèye, cela permet d’être plus efficace dans les interventions au moment ou la lutte contre le braconnage des espèces animales et végétales ont pris un tournant décisif.

Les zones où il y a beaucoup de pistes d’infiltration comme celle de Oubadji et Dalaba, au sud Est du Pnnk, très fréquenté par les braconniers, nécessitent une surveillance accrue et une présence permanente d’agents. « Il est constaté un excellent état général de la moyenne et grande faune diurne terrestre, de l’eau presque pérenne dans les mares, le retour des couples et familles comme les bubales, des buffles avec leurs petits ainsi que les naissances des grands troupeaux d’hippotragus ou Koba, Élan derby et des traces d’une famille d’éléphants avec leurs petits traversant la forêt de bout en bout », a poursuivi le commandant Guèye. Une nouvelle situation de référence sur laquelle pourra s’appuyer un programme de suivi régulier et pertinent, en vue d’assurer une bonne remontée biologique animale à même de motiver le retrait du parc de la liste des sites du patrimoine mondial en péril et rehausser son attraction touristique.

Par Pape Demba SIDIBE


PARC DE DJOUDJ : Un paradis pour 3 millions d’oiseaux migrateurs
Parc DjoudjPour se rendre au parc de Djoudj, il faut emprunter la route nationale 2 qui mène vers Richard-Toll. Après une quinzaine de km, il suffit juste de prendre la route de Diama et d’emprunter un autre raccourci à partir du village de Mboubène pour évoluer vers le Djoudj. Ici, les forces en charge de la protection du site (agents des Eaux et Forêts) travaillent en étroite collaboration avec les populations à la gestion du parc.

Il fait 11 heures 30mn. L’entrée du parc est un peu à l’abandon. Une guérite sur notre gauche pour payer l’entrée au service des Eaux et Forêts. La balade en pirogue est gérée par le groupement inter-villageois. Les plans du parc sont disponibles. Trois agents forestiers nous expliquent que la balade en pirogue est souvent conseillée pour se rendre au nichoir des pélicans et cormorans. Ce parc s’étend à perte de vue sur une vaste superficie. Selon le Commandant Ibrahima Guèye, Conservateur de ce parc, plus de 3 millions d’oiseaux migrateurs fréquentent chaque année le parc national ornithologique du Djoudj. M. Guèye a rappelé que le thème de la fête du 4 avril 2017 : « Rôle des forces de défense et de sécurité dans la protection de l’environnement » est un très bon choix, insistant longuement sur la nécessité de préserver et de sauvegarder nos parcs et réserves. Ce parc, a-t-il précisé, se trouve à 60 km au nord de Saint-Louis, sur un des méandres du fleuve Sénégal. Englobant une partie du fleuve, avec de nombreux canaux, criques, lacs, bassins, marécages et bouquets de roseaux, ainsi que les zones environnantes de savane boisée, le parc s’étend sur 16.000 ha et dispose d’un plan d’eau permanent, ce qui attire de nombreuses espèces d’oiseaux. Chaque année, plus de 3 millions d’oiseaux transitent par le parc où près de 400 espèces ont été dénombrées.

Classé au patrimoine mondial de l’Unesco, le parc national du Djoudj regorge de colonies entières de pélicans et de flamants roses. On y retrouve d’autres espèces d’oiseaux comme le héron pourpre, l’aigrette, le jacana, la spatule, le cormoran, le marabout. Entre novembre et mai, des oiseaux migrateurs fuyant le froid européen, des échassiers et plusieurs espèces de canards viennent y nicher. Il y a aussi des mammifères, des reptiles, des chacals, des singes, des hyènes et des gazelles. A en croire le conservateur Ibrahima Guèye, c’est l’un des trois principaux sanctuaires d’Afrique occidentale pour les oiseaux migrateurs paléarctiques : canard pilet (78.000), sarcelle d’été (120.000), canard souchet (6.578). Pour les migrateurs éthiopiens : dendrocygne veuf (8.470), dendrocygne fauve (820), oies de Gambie (640), etc.

Par Mbagnick Kh. DIAGNE

La définition officielle : Facebook est un réseau social en ligne qui permet à ses utilisateurs de publier des images, des photos, des vidéos, des fichiers et documents, d'échanger des messages, de joindre et créer des groupes et d'utiliser une variété d'applications. Deuxième site web le plus visité au monde après Google, selon Alexa, il comptait, en décembre 2015, 1,04 milliard d'utilisateurs actifs quotidiens sur un total de 1,59 milliard d'utilisateurs actifs mensuels. Au Sénégal, ce réseau est devenu une attraction et est au cœur de nombreux enjeux de société. Les hommes politiques l’ont si bien compris qu’ils y sont omniprésents. Mais Facebook est-il réellement efficace pour attirer les foules ?

Les tumultes sur l’asphalte et la poussière des rues d’après-manif se dissipent peu à peu pour laisser émerger le cliquetisdes touches des claviers. La protestation virtuelle, plus durable que l’engagement physique des manifestants, a pris désormais place sur la société sénégalaise qui a accès à l’internet. Le post peut avoir valeur d’appel au rassemblement, plus ou mieux que les éternels haut-parleurs installés sur des voitures ou, plus modernes, les gros baffles montés sur des camions, repoussant les limites des décibels autorisés à l’oreille humaine, hurlant aux passants les mérites du candidat sur fond d’un tube en vogue et trémoussements de guignols danseurs. Les temps ont changé. A côté des méthodes de propagande classiques –surtout axées sur le bruit, la clameur-,la présence sur les réseaux sociaux est l’un des nouveaux tableaux de bord des politiques, conscients qu’ils sont que Facebook, pour prendre cet exemple, devient de moins en ludique (sauf dans son versant sexo-mafieux) pour se transformer d’abord et avant tout en média. Et il coûte moins cher que les camions et sonos à louer, les troubadours, les gros bras et militants à entretenir en espèces sonnantes et trébuchantes. Ils savent aussi que de plus en plus de gens s’informent maintenant principalement à partir de FB.

La diffusion de la « consigne », de la nouvelle d’un nouveau positionnement, des images du meeting du rival qui s’est terminé avec l’exfiltration du politicien-organisateur, dans une ambiance de gaz lacrymogènes, alors que l’autre a réussi le sien, toutes ces catégories d’images et de sons publiés sur Facebookont un impact certain sur le moral des uns et des autres. La publicité d’un évènement politique sur le réseau social est d’une telle célérité que les tracs sont devenus reliques. Plusieurs fondamentaux de l’expression populaire, surtout urbaines,sont ébranlés dans leurs fondamentaux : banderoles, tags, dazibaos,affiches…

Mémoire virtuelle
Macky Sall FacebookLe président Macky Sall est, lui aussi, acquis à l’idée que les réseaux sociaux lui permettent de « partager » avec ses concitoyens. Sur YouTube, on peut le voir jouer au foot sur la plage de sa résidence secondaire de Popenguine ou commenter et encourager à la mi-temps (dans la soirée du dimanche 5 janvier) les Lions du foot qui s’activaient pour confirmer leur future victoire (2-0) contre la Tunisie pour leur entrée en matière dans la plus prestigieuse compétition africaine. L’effet a été positif.

Quand, jeunes étudiants à Harvard, Marck Zuckerberget ses camarades étudiants de l'université Harvard, Eduardo Saverin, Dustin Moskovitz et Chris Hughes lançaient cet original réseau, ils ne s’imaginaient naturellement pas qu’ils allaient changer jusqu’à nos canaux traditionnels de communication. Le « bébé » vient juste de fêter ses 12 ans, et il ne s’est jamais porté aussi bien. A la tête de la plus grande fortune mondiale, Zuckerberg (sixième fortune mondiale à 32 ans) semble garder les pieds sur terre et la tête sur les épaules. L’homme aux éternels sweet-shirts à capuche a été signataire du fameux « Giving pledge » initié par les multimilliardaires Billes et Gates a donné en 2014 18 millions d’action Facebook à des œuvres de charité pour un montant de 485 milliards F CFA. En tout cas, ce n’est pas altruisme que les politiques arrosent leurs « amis » sur le réseau de leurs activités et posts.

Figées dans les mémoires virtuelles, les protestations ou approbations « électroniques » circulent mieux et plus vite, atteignent leurs cibles avec plus de précision, sans dégradation d’aucun espace sinon celui cognitif, bref l’antipode des gaz lacrymogènes, des courses-poursuites dans les rues, des voix cassées et des muscles endoloris. Maintenant, c’est le temps des « casseurs » soft…

Mais la technologie aura beau évoluer, l’action politique sera illustrée par la présence dans la rue des acteurs, et cela pour des années encore. Il est impossible, par exemple, de « tuer » la symbolique autour de la marche annuelle des travailleurs le 1er mai. Illusoire sans doute serait le scénario qui verrait les secrétaires généraux de syndicaux remettre leurs cahiers de doléances par…mail. Il y a toujours l’impact de la présence physique dans l’appréciation que les acteurs se font d’une situation. La poignée de mains, l’échange verbal, les ambiances entretenues par les déploiements humains ont toujours fait l’Histoire. Ce n’est pas pour rien que les capitulations se font toujours en présence des vainqueurs et des vaincus. L’attrait physique, le toucher ; c’est comme le fameux rapport du lecteur à son journal dont la possession, l’entretien, le feuilletage des pages produisent une accoutumance qui le rassure sur son appartenance au groupe. La communication par Facebook est efficace et peu très vite placer une affaire au cœur de l’actualité. Le maire (Pds) de Yeumbeul Bara Gaye réussit à faire de la condamnation à mort en Arabie saoudite d’une de ses anciennes administrées, émigrée dans ce pays, une affaire nationale après un poignant plaidoyer posté sur Fb.

Si Twitter est pratique (aller à l’essentiel comme), Facebook est par contre l’univers de tous les possibles. Les politiques utilisent en général Twitter et Facebook ; cela dépend du type de message à faire passer. D’ailleurs, le Dg de Facebook,en avril–dans le magazine français « Capital », expliquait la différence de son réseau à Twitter : « Le flux est éphémère. On poste quelque chose dans le flux, il y restera quelques heures, un certain nombre de gens pourront le lire, puis pour ainsi dire il disparaît », attaque Zuckerberg. « Quant aux services qui consomment ce flux, ils n’établissent pas réellement de connexion entre vous et, ils ne comprennent pas réellement la relation sémantique qui existe entre vous et la connexion que vous avez établie », ajoutait-il.

Facebook fait également bouger « l’administration » des partis politiques. Sauf au moment des campagnes électorales, les partis politiques sont le plus souvent confinés dans les salles des bureaux politiques et comités directeurs. Les communiqués de presse assurant la transmission au grand public.La plupart des « grands » leaders politiques se font un point d’honneur à animer une page ; très souvent, un fidèle est d’ailleurs dédié à cette tâche. Le combat politique se poursuit aussi sur Facebook.

Indice de popularité
Le nombre d’amis est pour certains un baromètre fiable de popularité. Devant la démultiplication de pages piratées ou présentées comme celles de personnalités avec nom et photo de profil, combien d’arnaques, combien d’amalgames ? Aussi, la plupart des leaders précisent le terme « officielle » à leur page pour explique que « c’est la bonne ».

Mais l’invention de Marck Zuckerberg peut-elle, réellement faire changer d’opinion politique ? Sur numera.com, on explique que « l’efficacité théorique d’un message politique sur Facebook qui émettrait une note discordante à ce que l’on croit être juste est très vite contrée par la bulle médiatique, de fait orientée, qui existe autour de la plupart des personnes ». Les hommes s’intéressent aux médias qui leur disent ce qu’ils veulent entendre. Beaucoup estiment par ailleurs que la communication visuelle classique à de belles campagnes électorales devant elle. Mais pour l’instant, c’est Facebook qui est à la page.

HAMADOU TIDIANE SY, specialiste des medias sociaux : « On ne remplacera pas de sitôt la règle de la proximité et du contact humain ! »
Hamadou Tidiane SyHamadou Tidiane Sy, journaliste de formation, est le directeur général de l’Ecole supérieure de journalisme, des métiers de l’internet et de la communication (Ejicom) à Dakar. Lui-même très présent sur les réseaux sociaux, il s’est spécialisé sur leur impact dans nos sociétés et surtout les mutations que Facebook impose au journalisme « classique ».

De plus en plus, les alertes et « manifestations virtuelles » prennent le pas sur les affichages et les manifestations, quelle est la meilleure des deux méthodes si l’objectif est de se faire entendre et de créer une réalité politique ?
Je crois que les deux se complètent. Dans un sens, on utilise les réseaux sociaux pour mobiliser ses militants, dans l'espoir de les voir sur le terrain. Et dans l'autre sens, on relaie sur les réseaux sociaux les manifestations pour en élargir l'impact. Et pour une longue période encore les deux vont coexister. Je ne poserai pas le débat en des termes antinomiques, mais plutôt en termes de complémentarité. Ce qui relègue à l'arrière-plan la question de savoir laquelle des méthodes est "meilleure", car c'est difficile à trancher. Pour moi, il ne s'agit pas d'adopter l'une au détriment de l'autre. Mais en fonction de ses objectifs et de sa cible, en un instant T, une organisation politique peut déterminer ses choix pour l'une ou l'autre. Et il est rare que l'une exclue l'autre. Les organisations politiques qui se respectent et qui ont les ressources investissent aussi bien le champ du réel que celui du virtuel. Cela dit, les manifestations de rue, je crois, sont et seront toujours là. Il ne faut pas se tromper. Pour nous qui sommes en ville et qui sommes très présentssur les réseaux sociaux et surtout surexposés à ces plateformes, nous avons tendance à leur donner une importance qui dépasse de loin leur portée réelle. On peut avoir l'impression que tout s'y passe ou que tout y est relayé. Cela peut relever du mirage ou de l'illusion d'optique, si l’on peut utiliser cette expression. Attendons l'approche des élections avant d'analyser les différentes démarches et de sortir des conclusions définitives.

Qu’est-ce qui explique la prééminence de plus en plus pressante des médias sociaux dans la communication politique ?
Deux observations : la première, depuis qu'Obama a réussi à se faire élire en 2008, utilisant énormément, mais avec beaucoup d'intelligence, les réseaux sociaux, une grande majorité d'organisations et d'hommes politiques s'y sont aussi mis, en se disant que ce sont là les outils du futur pour gagner une élection. Par ailleurs, la montée en puissance de ce "créneau", si on peut l'appeler ainsi, est une réalité incontournable. Les réseaux sociaux ont envahi nos vies et presque tout s'y passe. Pour atteindre aujourd'hui la frange des jeunes en milieu urbain, constamment connectés à l'internet, il n'y a pas meilleur outil que les réseaux et médias sociaux... Enfin, cela peut paraître accessoire à certains, mais reste quand même déterminant : en termes de coûts, si on fait le rapport "impact/prix", l'avantage comparatif de ces outils est énorme. On parle de coûts dérisoires pour toucher des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes ou plus. Reste à en mesurer l'efficacité, ce qui demande des recherches poussées.

DR. MAMADOU DIOUMA DIALLO, ENSEIGNANT-CHERCHEUR à L’UGB : « Il est important pour nos hommes politiques d’avoir une présence active sur les réseaux sociaux »
Mamadou Diouma DialloDepuis quelques années, les hommes politiques sénégalais se sont mis à l’heure des médias sociaux. Selon le docteur Mamadou Diouma Diallo, Chef de la section Communication de l’Ufr Civilisations, Religions, Arts et Communication (Crac) de l’Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis, ces espaces sont devenus des lieux où se développent de plus en plus de stratégies de mise en visibilité, de développement et de renforcement du capital socio-affectif des acteurs politiques. Pour cet enseignant-chercheur associé au laboratoire Information Milieux Médias Médiations (I3M) de Nice, nos hommes politiques ont tout intérêt à avoir une présence active sur les réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux sont devenus, depuis quelques années, une arène où les hommes politiques sont de plus en plus présents. Beaucoup d’entre eux ont franchi le Rubicon et ont une page Facebook, tweeter, etc. Y a-t-il un intérêt pour eux d’être présents sur le web ?
Absolument ! Les réseaux sont des espaces de socialisation où se jouent des enjeux hautement politiques. Si la communication politique, au sens instrumental du terme, peut se résumer au triptyque : faire connaître (rendre visible), faire aimer (rendre sympathique), faire agir (amener les populations à adhérer et voter pour le parti), il convient de souligner que les réseaux sociaux sont devenus des lieux où se développent de plus en plus de stratégies de mise en visibilité, de développement et de renforcement du capital socio-affectif des acteurs politiques. La communication politique, tout en veillant à travailler l’image de ces derniers dans ces espaces de socialisation, se révèle également être de plus en plus un outil de conquête et de légitimation du pouvoir.

Est-il très pertinent dans un pays comme le Sénégal de s’engager sur les réseaux sociaux en politique ?
Je pense qu’il est important pour nos hommes politiques d’avoir une présence active sur les réseaux sociaux. Ne pas y être, c’est prendre le risque de ne pas toucher une frange importante de la population sénégalaise. En effet, les jeunes y sont massivement présents et y passent beaucoup de temps. Évidemment, il ne s’agit pas seulement de créer un compte, mais plus fondamentalement de définir une véritable stratégie digitale basée sur une connaissance certaine des codes et rituels qui régissent ces univers. Les réseaux sociaux sont des lieux de prise de parole et des canaux privilégiés de communication. Ce sont des espaces du « dire », en plus d’être des espaces de socialisation.

La sphère politique au Sénégal n’a-t-elle pas mis du temps à comprendre l’impact et l’utilité des réseaux sociaux ?
Je le pense aussi, même si l’on peut trouver des raisons qui expliquent l’adoption tardive, par nos hommes politiques, des réseaux sociaux. Maintenant, ils ont compris que la forte présence des citoyens sur les médias sociaux en fait des lieux indiqués de socialisation indissociables de l’agir politique.

Les réseaux sociaux et les hommes politiques font-ils bon ménage ?
C’est une question qui ne fait pas appel à une réponse fermée du type « oui » ou « Non ». Je pense que nous pouvons citer des exemples de réussite comme Barack Obama, mais également des échecs découlant d’une mauvaise approche dans la communication dans ces espaces où tout simplement d’une difficile (re) conquête d’un public qui s’est déjà fait une opinion sur un candidat. Ce qu’il faut dire avec force, c’est que les réseaux sociaux ne sont ni plus ni moins que des canaux de communication comme les autres médias et ne peuvent donc nullement, dans l’absolu, changer des perceptions ou des opinions tenaces.

Les réseaux sociaux peuvent-ils donner des ailes à la participation politique ?
Ce qui fait la particularité des réseaux sociaux, c’est qu’ils appartiennent à la palette des outils qui ont l’étiquette Web 2.0. Ce dernier se caractérise avant tout par la dynamique participative qu’il permet d’instaurer dans les espaces de publication et d’échanges. En instaurant une relation de proximité plus soutenue avec les citoyens, les réseaux sociaux peuvent potentiellement impulser des formes de participations citoyenne ou politique que certains appellent « connectives actions » par opposition au « collective action ».

Si les réseaux sociaux permettent souvent aux hommes politiques d’être plus proches de leur électorat, de diffuser des messages, d’avoir une large audience et même de convaincre de futurs électeurs, n’exposent-ils pas les hommes politiques ?
Incontestablement, communiquer dans les réseaux sociaux, c’est s’exposer. La configuration communicationnelle place le politique et le citoyen au même niveau. Toute personne qui le souhaite peut intervenir pour remettre en cause la parole de l’homme politique. Ce dernier perd le monopole du pouvoir de dire et expose sa parole à la critique publique. La communication n’est pas de nature « Top down » et offre peu de marge à la maîtrise de son public. En ce sens, les réseaux sociaux exposent fortement les hommes politiques.

Les comptes sont souvent alimentés par d’autres personnes. N’y a-t-il pas là une forme d’arnaque, de trahison ?
Je ne le pense pas. Je ne trouve aucun inconvénient à ce que le compte d’une personnalité soit géré par une personne responsable et bien formée. Quand les hommes politiques sont à des postes de responsabilité, ils n’ont pas souvent le temps de gérer leur communication et répondre efficacement aux exigences du poste. C’est donc tout à fait normal qu’il délègue cette tâche à des personnes ressources et de confiance pour gérer ce volet de la publication et de l’animation des communautés en ligne appelé aussi community management. Cela dit, il y a toujours des hommes politiques qui gèrent personnellement leurs publications dans les médias. C’est une très bonne chose à encourager, car la relation et les interactions avec la communauté deviennent authentiques et sans filtres.

Les contenus du post peuvent susciter un grand buzz, mais aussi un effet contraire. Cette stratégie n’est-elle pas une arme à double tranchant ?
La publication est inhérente à toute stratégie de présence digitale. Si l’espace public est le lieu de la praxis, dans son versant politique, il est aussi le lieu de la lexis. En effet, dans le domaine politique, la communication par les actes a très peu de résonance : Il faut « bien faire et bien le faire savoir » et justement les médias sociaux sont des lieux de mise en visibilité et de valorisation de l’action et cela passe nécessairement par la recherche du buzz qui n’est rien d’autre qu’une forte résonance d’une action dans le web.

Y a-t-il des limites dans l’utilisation des médias sociaux ?
Bien sûr, comme pour tous les autres médias. La principale limite, à mon avis, c’est qu’une bonne partie de la population sénégalaise, en raison de la fracture numérique aussi bien endogène qu’exogène, n’y est pas présente. C’est une limite objective qui mérite d’être prise en compte. Il faut aussi souligner, par ailleurs, que le média internet et singulièrement les réseaux sociaux se prêtent difficilement à des logiques de communication d’influence.

Les réseaux sociaux ont-ils un avenir durable pour la politique et nos hommes politiques ?
Je le pense foncièrement. Nous assistons à des dynamiques de décomposition et de recomposition du champ politique classique offrant une configuration qui met davantage la focale sur l’agir stratégique et plus singulièrement sur le marketing politique. A l’évidence, les médias sociaux changent notre rapport à la politique et par conséquent aux acteurs du champ. L’influence grandissante du marketing politique dans ces médias sociaux est révélatrice non d’une tendance, mais d’un prolongement de la communication politique sur d’autres espaces qui se caractérisent avant tout par leurs dimensions sociales et leurs singularités dans les pratiques de communication.

RENE-PIERRE YEHOUME CADRE APR DE DAKAR-PLATEAU : « Les réseaux sociaux seront un grand outil de management des foules »
René Pierre YéhoumeCadre Apr et responsable à Dakar-Plateau, René-Pierre Yéhoume est omniprésent sur les réseaux sociaux ? Il estime que le réseau social à lui seul ne peut optimiser le discours politique.

« Depuis son élection en 2012, le président de la République ne cesse d'insister sur l'importance que revêt la communication pour lui », attaque d’emblée René-Pierre Yéhoume, un jeune cadre de l’Apr et « Facebook acteur » réputé. « S’agissant précisément des réseaux sociaux, il faut dire aussi que cette forme de communication est indispensable. Mais elle n’est jamais suffisante et il faut y ajouter d’autres paramètres pour s'entourer des meilleures garanties d'être compris, pour convaincre », soutient René-Pierre Yéhoume, responsable Apr au plateau, à Dakar. Selon lui, les affiches sont une forme de communication directe mais « « brutale » ; il estime que « c’est toujours la forme de communication la plus pertinente et l’utilisation de l’affichage avec des images spécifiques pousse les gens à s'intéresser d’abord à ce qu'ils voient ».

Le chef de cabinet du secrétaire d’Etat du Pudc (Programme d’urgence de développement communautaire) pense, toutefois, qu'il ne faut pas sous-estimer le Web car son extension et sa croissance sont rapides ; « Au départ, si je ne m'abuse, la fracture numérique était définie comme liée aux inégalités d’accès à l'outil informatique. L’outil informatique est devenu abordable pour le plus grand nombre, ainsi que l’accès à internet. On arrive même à faire avec un simple téléphone des choses qu’on ne pensait jamais faire il y a quatre ans. Même si certains n'ont pas accès au web mais son extension et sa croissance sont rapide », explique-t-il.

Pour René-Pierre Yéhoume, « la fracture numérique serait donc, aujourd’hui, une fracture sociale, non dans le sens que lui a donné, en son temps, un candidat à la présidence, mais dans la mesure où elle concerne la capacité à s’impliquer dans des dynamiques sociales au sens anglais du terme, suivant la logique des réseaux du même nom ». D'ici quelques années, les réseaux sociaux seront un grand outil de management des foules en Afrique et plus particulièrement au Sénégal, surtout avec les projets du chef de l'État Macky Sall. Notre interlocuteur souligne également que notre pays abrite, à Dakar, le siège pour l’Afrique de l’ouest du Groupe Atos, qui vient d’acquérir des sociétés informatiques de renommées internationales. Pour lui, cette présence accélérera l’offre technologique et, partant, le nombre d’utilisateurs des réseaux sociaux.

Et dans le processus de mise en œuvre du Plan Sénégal émergent (Pse), « le numérique jouera un rôle important comme facteur essentiel de démultiplication des gains de productivité et d’amélioration de la compétitivité », dit-il.

« Aujourd’hui, plus que jamais, pour tenir la promesse de développement d’une nouvelle ère numérique, nous devons maintenir les avantages comparatifs de nos infrastructures de télécommunications et effectuer des investissements en faveur de la structuration d’écosystèmes du numérique », insiste M. Yehoume.

Dossier réalisé par Samboudian KAMARA et Samba Oumar FALL 

La diplomatie sénégalaise a un grand défi à relever avec la candidature du Pr Abdoulaye Bathily à la présidence de la Commission de l’Union africaine, l’un des postes les plus prestigieux du continent, et qui sera au centre du Sommet qui s’ouvre ce matin à Addis-Abeba. Le Sénégal, un des initiateurs et membres fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (Oua), n’a jamais brigué ce poste, bien qu’ayant joué, en tous temps, un rôle prépondérant pour l’unité africaine et dans le processus pour y parvenir.

Les plus illustres des intellectuels sénégalais ont été parmi les premiers à penser et prêcher l’unité africaine depuis l’aube des indépendances, s’opposant farouchement à ce que le président Senghor appelait la « balkanisation de l’Afrique ».

Pour retrouver cette unité, perdue par le fait colonial, le Sénégal est l’un des rares pays sur le continent à avoir inscrit, dans sa Constitution, la possibilité de renoncer à une partie de sa souveraineté pour des besoins d’intégration régionale, sous-régionale ou africaine. Joignant l’acte à la parole, nos premiers dirigeants ont, dès l’indépendance, opéré des concessions territoriales avec nos voisins immédiats pour mieux raffermir nos relations de bon voisinage et afficher leur détermination à aller le plus loin possible dans l’intégration des peuples africains, alors que l’ambiance de l’époque post-indépendance était celle du micro-nationalisme mal placé.

Sur le plan intérieur, le Sénégal fait partie du peloton de tête des pays où les étrangers sont les mieux intégrés et continue toujours à être un refuge pour de nombreux persécutés du continent et d’ailleurs. Notre diplomatie de paix, de concorde et de fraternité nous a conduits à faire partie des nations qui contribuent le plus aux forces de maintien de la paix en Afrique et dans le monde. Le Sénégal a été l’une des premières nations à contribuer au maintien de la paix, avec des soldats envoyés au Congo Kinshasa dès l’indépendance. Notre savoir-faire et surtout notre sens de la conciliation et du consensus nous valent d’être régulièrement sollicités pour des missions hautement périlleuses, bien loin de nos frontières et de l’Afrique.

Au sein de l’Oua, le Sénégal a toujours joué un rôle prépondérant, tant dans le financement de l’institution que dans la réflexion stratégique et prospective, et a lourdement pesé dans la prise de certaines décisions majeures touchant à l’avenir du continent, mettant ainsi en avant l’intérêt des populations africaines plus que des postes à occuper par ses ressortissants.

Cette position de principe pèsera, sans doute, pour le Sénégal lors du vote pour désigner le président de la Commission de l’Ua, hormis la valeur intrinsèque d’Abdoulaye Bathily. Homme politique, syndicaliste et surtout historien bilingue, il a enseigné dans plusieurs universités du continent, avec une expérience dans la gestion des conflits en Afrique centrale.

L’élection du président de la Commission de l’Ua devait avoir lieu en juillet dernier, mais avait finalement été reportée à la demande de nombreux membres de l'organisation qui voulaient des candidats d’envergure, à la hauteur des missions à accomplir.

Plusieurs pays avaient demandé le report du vote de six mois et incité le Sénégal à présenter un candidat. Sans doute, se remémorent-ils qu’Amadou Mactar Mbow à l’Unesco, Jacques Diouf à la Fao et Abdou Diouf à la Francophonie ont effectué un « sans faute ».

Par Alassane Diawara

 

L’Organisation de l’unité africaine (Oua) a vu le jour le 22 mai 1963 à Addis-Abeba. 32 chefs d’État et de gouvernement ont mis en place l’organisation continentale en présence de leaders de mouvements de libération. Un nouveau jour d’espoir venait de se lever pour le continent noir, après des siècles de domination étrangère.

En ce 22 mai 1963, le ballet diplomatique est intense à Addis-Abeba, « la nouvelle fleur ». Les chefs d’État de 32 pays nouvellement indépendants et des mouvements de libération encore sous le joug de la colonisation se retrouvent à la capitale éthiopienne pour porter sur les fonts baptismaux l’Organisation de l’unité africaine (Oua). Le rêve de Kwame Nkrumah, un des chantres du panafricanisme et des pères fondateurs de l’organisation continentale, commence à devenir réalité. L’espoir est immense. Six ans plutôt, en 1957, alors que tout l’ancien Gold Coast célébrait en liesse l’accès à son indépendance, il avait lâché cette phrase qui en disait long sur sa vision panafricaniste : « L’indépendance du Ghana, sans celle des autres États africains, est insignifiante ! » Ce 22 mai, devant ses pairs parmi lesquels Senghor, le chantre de la Négritude, et un certain Robert Mugabe, alors à la tête d’un mouvement de libération, le président ghanéen donne à nouveau le ton : « S’unir ou périr ! Divisés, nous sommes faibles ; unie, l’Afrique pourrait devenir l’une des plus grandes forces pour le bien de l’humanité ». Kwame ne prêche pas dans le désert. Ses propos trouvent des échos favorables dans les discours des orateurs acquis à sa cause. Tous ont donc décidé de s’unir pour ne pas périr. C’est, à coup sûr, un moment historique. Sur les visages des pères fondateurs, l’émotion se mêle à la joie. Après plus d’un siècle de domination coloniale, une nouvelle aube d’espoir se lève pour l’Afrique. Celle de voir le continent noir reprendre sa dignité, son identité, dans le concert des nations.

Pour Léopold Sédar Senghor, cette rencontre à Addis-Abeba constitue un grand pas en avant. « Nous sommes enfin en train de réaliser, ici et maintenant, un vieux rêve : celui d’une conférence qui réunirait fraternellement les chefs d’État africains de tous les pays indépendants. Nous n’avons pas le droit d’échouer, si nous ne voulons pas être accusé de trahison », se convainc le chef de l’État sénégalais.

Sa Majesté impériale Hailé Sélassié, l’empereur d’Éthiopie, est aussi étreint par l’émotion. L’homme qui a tenu tête aux impérialistes italiens ne peut cacher sa fierté. « Aujourd’hui, l’Afrique est sortie de son passage noir. Notre Armageddon est derrière nous. L’Afrique est redevenue un continent libre et les Africains des hommes libres », se réjouit-il.

L’empereur n’entend cependant pas tomber dans l’autosatisfaction ; alors que certains pays du continent comme l’Angola, le Mozambique, la Guinée-Bissau, la Rhodésie du Sud, le Cap-Vert, etc., continuent à se débattre, sans succès, pour bouter hors de leurs frontières les colons portugais et anglais. Sans oublier l’Afrique du Sud où les populations noires souffrent le martyre à cause du régime malfaisant de l’Apartheid avec la vie de Nelson Mandela qui valse entre la clandestinité et la prison. Hailé Sélassié souligne que le combat pour la libération totale de l’Afrique ne fait pourtant que commencer. « Notre liberté n’a de sens que si tous les Africains sont libres. Nos frères de Rhodésie, du Mozambique, de l’Angola, de l’Afrique du Sud pleurent, dans l’angoisse, notre soutien », martèle Sélassié qui revêt, pour la circonstance, ses habits de chef de guerre redouté et redoutable.

Après de longs échanges et des exposés sur le modèle politique que devrait prendre la nouvelle organisation continentale, l’Assemblée s’accorde finalement sur le nom de l’Oua, en lieu et place des États-Unis d’Afrique comme le proposent certains. Manifestement, la majorité des chefs d’État n’est pas préparée à céder leur parcelle de pouvoir au profit d’une confédération. Mais, c’est déjà une grande victoire. Kwame Nkrumah ne peut s’empêcher de jubiler. « À partir de maintenant, nous planifierons et travaillerons ensemble pour le progrès et le développement de notre grand continent. C’est la seule manière pour que nous puissions éliminer les obstacles… et l’humiliation que nous avons subie sous la colonisation et l’impérialisme », souligne-t-il dans son discours de clôture.

Diégane SARR

Face à un monde changeant, l’Oua/Ua n’a cessé d’ajuster sa vision pour mieux répondre aux défis qui interpellent le continent. Si l’Oua avait pour cri de guerre la solidarité entre les États membres, la libération de l’Afrique et la fin de l’Apartheid, l’Ua, lancée en 2002, au Sommet de Durban, a mis l’accélération du processus de développement et de l’intégration au cœur de son action.

L’Oua, rebaptisée Ua en 2002, lors du Sommet de Durban, en Afrique du Sud, a vu sa vision constamment évoluer de 1963 à nos jours. Face à un monde en perpétuelle mutation, l’organisation continentale a dû faire preuve de grande capacité d’adaptation pour mieux affronter les défis qui interpellent le continent.

En 1963, les principaux objectifs de l’Oua étaient la promotion de l’unité et de la solidarité entre les États africains, la coordination et l’intensification de leur coopération, la sauvegarde de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États membres, et la promotion de la coopération internationale dans le cadre des Nations-Unies . Dans ce cadre, l’une des priorités de cette organisation était de libérer le continent noir de la colonisation et de l’Apartheid, conformément à l’engagement des 32 chefs d’État réunis à Addis-Abeba le 22 mai 1963 ; un objectif largement atteint. L’Oua a, en effet, joué un rôle essentiel dans la fin du régime de l’Apartheid en Afrique du Sud et activement contribué à l’indépendance des États qui étaient encore sous le joug de la colonisation portugaise (Mozambique, Angola, Rhodésie, Guinée-Bissau, Cap-Vert).

Enfin, l’Organisation devait aider à harmoniser les politiques des États membres relatives à la défense, la diplomatie, l’économie, la culture, l’éducation, la santé, le bien-être et les sciences et techniques.

En 1991, l’organisation continentale met en place le Traité d’Abuja, établissant la Communauté économique africaine (Cea). Ce traité, en vigueur depuis 1994, vise à créer un marché africain commun par le biais des Communautés économiques régionales (Cer) qui sont au nombre de 8 : L’Union du Maghreb arabe (Uma), le Marché commun de l’Afrique australe et orientale (Comesa), la Communauté économique des États sahélo-sahariens (Cen-Sad), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Ceeac), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’Autorité intergouvernementale sur le développement (Igad) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (Sadc).

À partir des années 1990, les États membres débattent sur la nécessité de modifier les structures de l’Oua pour l’adapter aux défis d’un monde changeant. Après la libération de l’Afrique du joug colonial et la fin du régime de l’Apartheid, l’accélération du processus de développement et de l’intégration est devenue la plus grande priorité des États membres. Ainsi, l’idée de la création de l’Ua commence à prendre forme. Quatre sommets ont ainsi été tenus en prélude à son lancement officiel : le Sommet de Syrte (1999), qui a adopté la Déclaration de Syrte appelant à l’établissement de l’Ua, le Sommet de Lomé (2001), lequel a adopté l’Acte constitutif de l’Ua, le Sommet de Lusaka (2001), qui a élaboré la feuille de route pour la mise en œuvre de l’Ua, et enfin le Sommet de Durban (2002) ayant lancé l’Ua et convoqué sa première Conférence des chefs d’État et de gouvernement. En adéquation avec sa vision « d’une Afrique prospère, pacifique et bien intégrée », l’Ua soutient la consolidation des États africains dans l’économie mondiale, intervient dans le règlement des problèmes politiques et socio-économiques auxquels fait face le continent. Elle vise aussi à promouvoir la paix, la sécurité, la stabilité, la bonne gouvernance et les droits de l’Homme. Les organes politiques de l’Ua sont la Conférence des chefs d’État et de gouvernement, l’organe suprême, le Conseil exécutif, le Comité des représentants permanents, les comités techniques spécialisés, le Conseil de paix et de sécurité et la Commission de l’Union africaine qui fait office de secrétariat de l’Ua.

Diégane SARR

Amara Essy, Côte d’Ivoire (2002-2003)
Amara Essy doit-il être considéré comme le premier président de la Commission ? Pour certains, oui, pour d’autres, non, parce que le diplomate ivoirien n’a assuré que l’intérim avec la transition de l’Organisation de l’unité africaine (Oua) à l’Union africaine (Ua). Secrétaire général de l’Oua à 2001, il devient président de la Commission en 2002. En 2003, l’ancien ministre des Affaires étrangères ivoirien est remplacé par Alpha Oumar Konaré.

Alpha Oumar Konaré, Mali (2003-2008)
Figure de proue de la renaissance démocratique malienne après la dictature de Moussa Traoré, Alpha Oumar Konaré a été presque le premier président de la Commission de l’Union africaine après l’intérim d’Amara Essy. Tout juste après son départ de la présidence malienne, en 2002, suite à ses deux mandats, il est choisi par les chefs d’Etat africains pour diriger la Commission de l’Union africaine pendant 5 ans.

Jean Ping, Gabon (2008-2012)
Longtemps ministre des Affaires étrangères de son pays, Jean Ping qui a été candidat malheureux à la dernière présidentielle au Gabon a eu à diriger la Commission de l’Union africaine. Suite au départ du malien Alpha Oumar Konaré, il lui a succédé et a géré, pendant 4 ans, la présidence de la Commission de l’Union africaine de 2008 à 2012.

Nkosazana Dlamini-Zuma, Afrique du Sud (2012- 2016)
Première femme à diriger une grande institution panafricaine, Nkosazana Dlamini-Zuma a la particularité d’être l’ex-femme du président Sud-africain, Jacob Zuma.
Depuis 2012, elle dirige la Commission de l’Union africaine. Après un seul mandat, elle quitte ainsi ce poste qui sera mis en compétition ce 31 janvier à Addis-Abeba.
Certains lient son départ à la préparation de la succession de son ex-mari à la tête de l’Afrique du Sud et dont elle serait une sérieuse prétendante.

L’Agenda 2063 est le programme-phare de l’Union africaine (Ua). Adopté en 2015 par l’organisation continentale, il vise à réaliser la « vision d’une Afrique intégrée et prospère, constituant un acteur influent sur la scène internationale ».

Le futur président ou la future présidente de la Commission de l’Union africaine (Cua) aura la chance de pouvoir compter sur un programme de développement phare déjà ficelé avec des objectifs à la fois ambitieux et bien précis : l’agenda 2063. L’heureux (se) élu (e) devra, aussitôt après son élection, s’atteler à accélérer la mise en œuvre de ce programme cinquantenaire dont l’horizon temporel coïncidera avec la commémoration du centenaire de l’Oua. Une date symbolique !

C’est à la suite du Jubilé d’or de 2013 qui célébrait les 50 ans de l’organisation continentale que l’Agenda 2063 a été élaboré avant d’être adopté par l’Ua en 2015. Le mérite en revient en grande partie à la présidente, Mme Dlamini Zuma, et son équipe qui se sont beaucoup investies pour la conception de ce programme inédit, tant dans son chronogramme de mise en œuvre que dans son contenu qui prend en charge tous les défis du continent.

53 ans après sa création, à Addis-Abeba, l’Organisation de l’unité africaine (Oua), rebaptisée Union africaine (UA) en 2002, à la faveur du Sommet de Durban, a fait beaucoup de chemin et a eu à son actif de nombreuses réalisations. Mais, face aux nouveaux défis-boom démographique, émigration clandestine, changement climatique, terrorisme, etc.- qui viennent s’ajouter aux vieilles problématiques (les guerres et les maladies), l’Ua a jugé nécessaire d’opérer un changement de paradigmes dans sa vision. Le combat pour l’indépendance de toute l’Afrique étant gagné, il faut désormais parachever l’intégration politique et économique.

L’Agenda 2063 est donc la nouvelle vision commune pour le développement de l’Afrique. Il est articulé autour de sept grands objectifs : « Une Afrique prospère basée sur la croissance inclusive et le développement durable, une Afrique intégrée, unie sur le plan politique et ayant pour fondement les idéaux du panafricanisme et de la renaissance africaine, une Afrique de bonne gouvernance, de respect des droits de l’Homme, de la justice et de l’état de droit, une Afrique pacifique et sûre, une Afrique ayant une forte identité culturelle, des valeurs éthiques et un héritage commun, une Afrique dont le développement est tiré par les populations, notamment les femmes et les jeunes, et une Afrique forte, résiliente et constituant un partenaire et un acteur influent sur la scène mondiale ».

Dans le cadre de cet Agenda 2063 et en vue de réaliser « la vision d’une Afrique intégrée et prospère », un premier Plan décennal (2013-2023) a été élaboré, puis mis en œuvre. Il comporte 12 programmes et tourne, entre autres, autour du développement du réseau ferroviaire africain, l’amélioration du secteur de l’éducation, la réalisation d’une zone continentale de libre échange, la mise en place d’un passeport africain avant 2018, l’établissement d’un marché de transport aérien unique, la fin des guerres et conflits de toutes sortes avant 2020, la création d’une Banque centrale africaine, d’un Fonds monétaire africain et d’une Banque d’investissement africaine.

D. SARR

Qui va remplacer la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma à la présidence de la Commission de l’Union africaine ? Cinq candidats sont partants pour l’élection devant se dérouler, le 31 janvier 2017, à Addis-Abeba, en Ethiopie, en marge du 28ème Sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine : l’universitaire sénégalais Abdoulaye Bathily, la ministre kenyane des Affaires étrangères, Amina Mohamed, le ministre des Affaires étrangères de la Guinée équatoriale, Agapito Mba Mokuy, celui du Tchad, Moussa Faki Mahamat, et la Botswanaise Pelonomi Venson Moitoi, chef de la diplomatie de son pays. Présentation des candidats en lice.

Pr Abdoulaye Bathily, 69 ans, Sénégal
Sur son site, créé pour défendre sa candidature, une première phrase forte marque le panafricanisme du Pr Abdoulaye Bathily : « Toute ma vie durant et tout au long de ma carrière professionnelle, je me suis engagé à promouvoir le panafricanisme, selon des modalités diverses ».

La vie du Pr Abdoulaye Bathily, 69 ans, a été très tôt marquée par le panafricanisme. D’abord, sa scolarité à l’Ecole militaire préparatoire, devenue le Prytanée militaire de Saint-Louis. C’est une Afrique en miniature, avec des élèves venus de divers horizons africains. Ensuite, par sa participation à la guerre de libération de la Guinée-Bissau, même si c’était dans le cadre d’un service militaire forcé. Le panafricanisme du Pr Bathily s’est aussi poursuivi dans sa carrière académique d’enseignant à l’université de Dakar, avec plusieurs publications sur l’histoire de l’Afrique, ses problématiques de développement. Abdoulaye Bathily, c’est également une riche carrière politique durant presque 50 ans. Leader politique, il a été député, vice-président de l’Assemblée nationale du Sénégal, ministre et ministre d’Etat. Il a ensuite intégré le système des Nations unies comme représentant spécial du secrétaire général pour l’Afrique centrale, puis représentant spécial adjoint au sein de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma). Une riche carrière dont la présidence de la Commission de l’Union africaine serait, sans doute, un aboutissement. Son programme est axé sur la paix et la sécurité, les deux problématiques qui interpellent le plus souvent l’Union africaine. L’Agenda 2063 fait aussi partie de son programme avec une feuille de route axée sur la mobilisation des ressources pour mettre fin aux « blessures » de l’Afrique.

Amina Mohamed, 55 ans, Kenya
Comme le Pr Abdoulaye Bathily, le Dr Amina Mohamed a profité de la réouverture des candidatures suite au vote de Kigali, en juillet dernier, qui n’a vu aucun des trois candidats recueillir le nombre de voix requis. Âgée de 55 ans, elle est la première femme à gérer la diplomatie de son pays. Poste qu’elle occupe depuis 2013. Diplômée en Droit de l’Université de Kiev, en Ukraine, Amina Mohamed a ensuite poursuivi des études en relations internationales à Oxford, en Grande-Bretagne. Elle a fait une carrière dans l’administration de son pays avant d’intégrer le système des Nations unies et devenir directrice exécutive adjointe du Programme des Nations unies pour l’environnement. Décrite comme une négociatrice, elle est aussi présentée comme une réformatrice ayant conduit plusieurs réformes dans son pays dont la nouvelle Constitution du Kenya, promulguée après les tensions électorales de 2008.

Dans son programme de candidature figure en bonne place la jeunesse africaine. « Je veux diriger l’Union africaine parce que nous avons une dette envers la jeunesse. Celle de lui fournir un emploi », disait-elle lors de son passage à Dakar, devant les étudiants du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) de l’Université de Dakar. La paix et la sécurité figurent en bonne place dans son programme, ainsi que l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Elle demande aussi une harmonisation de cet Agenda de développement, mis en place par l’Union africaine, avec les Objectifs de développement durable déclinés par les Nations unies.

Agapito Mba Mokuy, 51 ans, Guinée équatoriale
En juillet dernier, à Kigali, pour le 27ème Sommet des chefs d’Etat, le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, selon beaucoup de médias, avait boudé la fin de la manifestation. Parmi les candidats lors de ce sommet, Agapito Mba Mokuy qui a été éliminé dès le deuxième tour. Ce qui n’avait pas plu à son président, lequel a vaillamment défendu sa candidature. Cette fois-ci encore, il a maintenu sa candidature pour le prochain Sommet d’Addis-Abeba. Agé de 51 ans, le plus jeune des candidats est titulaire d’un Master en Business administration obtenu à l’Université de Bangkok, en Thaïlande. Agapito Mba Mokuy est aussi diplômé de l’Université de San Diego aux Etats-Unis. Ancien fonctionnaire des Nations unies, il est ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de la Guinée équatoriale depuis 2012. Mettant la jeunesse au cœur de sa campagne, il s’est beaucoup adressé à cette couche qui représente, selon lui, 70 % de la population africaine. Pour lui, la question de la jeunesse devrait préoccuper au plus haut niveau les chefs d’Etat et de gouvernement qui seront les électeurs à cette élection. Autre position défendue par Agapito Mba Mokuy, l’autofinancement de l’Union africaine. Il déplore le fait qu’une bonne partie des dépenses de l’organisation continentale provienne de l’aide extérieure.

Moussa Faki Mahamat, 56 ans, Tchad
Il fait partie, avec le Pr Abdoulaye Bathily et le Dr Amina Mohamed, de ceux qui ont profité de la réouverture des candidatures pour tenter de briguer la présidence de la Commission de l’Union africaine. Lui aussi ministre des Affaires étrangères de son pays, comme les quatre autres candidats, Moussa Faki Mahamat dirige la diplomatie du Tchad depuis 2008, après avoir été Premier ministre. Il est présenté comme un fidèle parmi les fidèles du président Idriss Deby Itno. Diplômé en Droit, Moussa Faki Mahamat, 56 ans, a servi pendant longtemps dans l’administration de son pays, sous l’aile protectrice du président Itno. Dans son programme de candidature, il parle beaucoup de développement et de sécurité, surtout de lutte contre le terrorisme. Avec l’apparition des groupes armés dans le Sahel comme Boko Haram, le Tchad a été en première ligne de la riposte militaire. Ce qui a valu à la diplomatie tchadienne une grande présence dans les dossiers sécuritaires en Afrique. Moussa Faki Mahamat veut aussi rendre l’Union africaine « moins bureaucratique, moins procédurière », selon ses mots. Dans le domaine du développement, il prône une libre circulation des personnes et des biens et aussi la construction de routes, de chemins de fer qui seront de véritables passerelles entre les pays africains.

Pelonomi Venson Moitoi, 65 ans, Botswana
Pelonomi Venson Moitoi, ministre des Affaires étrangères du Botswana, est l’une des personnes déçues par le vote de Kigali en juillet dernier. Candidate pour la présidence de la Commission de l’Union africaine, elle n’a pas pu obtenir suffisamment de votes pour passer comme deux autres candidats. Cela ne l’empêche pas de retenter encore sa chance pour succéder à la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma. Huitième ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de la République du Botswana, Dr Pelonomi Venson-Moitoi, 65 ans, a occupé plusieurs portefeuilles ministériels dans son pays avant d’atterrir à la diplomatie. Diplômée en Administration locale de l'Institut de la fonction publique, dans le Connecticut, aux États-Unis, cette ancienne journaliste est aussi titulaire d'un Master en Sciences de l'administration centrale de l'Université du Michigan, toujours aux États-Unis. « En tant que président de la Commission de l’Union africaine, je m'engagerai à promouvoir des pratiques qui visent à renforcer la quête africaine du développement démocratique. Je vais galvaniser le soutien de tous les États membres pour assurer qu’ensemble nous défendons la gouvernance démocratique », dit-elle. Comme programme, elle veut faire du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad) le bras armé du développement de la Commission plus marqué, distinct et mieux défini en fonction des rôles des différentes commissions.

Oumar NDIAYE

Toute la campagne diplomatique a été coordonnée par le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur (Maese). Elle s’est déroulée selon trois types d’activités. Au total, une quinzaine de ministres a été mobilisée dont Abdoul Aziz Tall qui a fait une vingtaine de missions, Mbagnick Ndiaye, Mary Teuw Niane, Abdou Latif Coulibaly, etc.

Selon l’ordre de préséance, il y a eu a priori les démarches directement effectuées par le président de la République, Macky Sall, qui a rencontré certains de ses pairs en marge de grandes rencontres internationales, comme la 71ème session de l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2016, à New York (Etats-Unis), comme également la Cop 22, le 16 novembre 2016, à Marrakech (Maroc), ou encore le Sommet de la Francophonie, les 26 et 27 novembre 2016, à Antananarivo (Madagascar). Rencontres bilatérales du président Sall avec ses pairs à ces occasions ou rencontres directement sur place, comme ce fut le cas, le 28 novembre 2016, au palais présidentiel de Yaoundé (Cameroun), avec son homologue Paul Biya.

Secundo, il y a eu les activités coordonnées pleinement par le ministre des Affaires étrangères, Mankeur Ndiaye. Ce sont les missions d’envoyés spéciaux qui ont sillonné tout le continent africain. A cet effet, aucune des cinq sous-régions africaines (Afrique de l’Ouest, Afrique du Nord, Afrique de l’Est, Afrique centrale et équatoriale et Afrique australe) n’a été laissée en rade : 43 des 54 pays du continent ont été couverts. Ce qui a mobilisé une quinzaine de ministres du gouvernement. Concrètement, le ministre des Affaires étrangères a organisé toutes ces missions en obtenant les audiences de ses différents collègues et en les briefant sur l’argumentaire diplomatique de présentation de la candidature sénégalaise. Pendant le déroulement de ces missions ministérielles, lorsqu’il est arrivé que des difficultés de dernière minute surgissent, le ministre des Affaires étrangères est intervenu personnellement pour faciliter les délais. Cela a été le cas, lundi 23 janvier 2017, lorsque l’envoyée spéciale du chef de l’Etat devait être reçue assez rapidement à Cotonou, au Bénin, pour être en mesure de rallier à temps Accra, où elle était attendue pour une audience avec le Président ghanéen Nana Akufo-Addo.

Enfin, il y a eu les activités que le ministre des Affaires étrangères a lui-même menées chaque fois qu’il a été à des rencontres internationales. A ces occasions, il a mis à profit les opportunités d’audience avec ses homologues pour faire le plaidoyer de la candidature du Pr Abdoulaye Bathily. Par ailleurs, le ministre Mankeur Ndiaye a été lui-même l’émissaire du président Macky Sall auprès du président Jacob Zuma de l’Afrique du Sud et du président Filipe Nyusi du Mozambique les 28 et 29 novembre 2016.

Parmi les envoyés spéciaux du président Macky Sall, Mbagnick Ndiaye, ministre de la Culture et de la Communication, s’est rendu, en décembre 2016, à Mogadiscio, où il a rencontré le président Hassan Sheikh Mohamud. Pour la petite histoire, le président Hassan Sheikh Mohamud, en pleine campagne pour sa réélection, a attendu l’émissaire du président sénégalais et l’a aussitôt reçu à l’aéroport, d’où il s’apprêtait à embarquer pour l’hinterland. Pour le ministre Mbagnick Ndiaye, c’est le signe du leadership du président Sall. « Son homologue somalien m’a dit que la candidature du Pr Abdoulaye Bathily était d’abord la sienne avant d’être celle du président Sall. Et que le Sénégal avait bien fait de désigner Bathily comme son candidat à l’Union africaine, en vertu de son incontestable autorité en matière de panafricanisme, et en tant qu’universitaire émérite, responsable politique influent et cadre international de haut niveau. En résumé, le candidat du Sénégal avait le profil de l’emploi », confie Mbagnick Ndiaye. Le ministre de la Culture et de la Communication ajoute que le choix du gouvernement sénégalais sur le Pr Bathily est normal « parce qu’il a un background très sérieux, lui qui, toute sa vie, a été parmi les meneurs qui ont écrit les exploits fondateurs de l’unité africaine en tant que personne-ressource de plusieurs Ong à travers l’Afrique et en tant qu’acteur au sommet de l’Union africaine et des Nations unies. C’est un candidat sur lequel le Sénégal peut compter, car il incarne le profil de l’emploi, du point de vue du Cv et du vécu personnel. Il est l’homme qu’il faut pour insuffler du sang neuf à l’Union africaine ». Mais, le ministre rappelle que la campagne continue parce que même s’ils croient en ses chances, « ce n’est pas joué à 100 % ».

Dié Maty Fall

Sur l’esplanade Amadou Aly Dieng de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), contigüe à la cafétéria, le Pr Abdoulaye Bathily a laissé le souvenir d’un homme de principe, de rigueur et de conviction. Ici, tous le connaissent ou l’ont côtoyé comme collègue ou comme étudiant.
C’est le cas du Pr Mamadou Ndiaye, médiateur de l’Ucad et enseignant au département de Linguistique, du Pr Yakham Diop, ancien ambassadeur du Sénégal en Guinée et enseignant au département de Géographie, du Pr Aboubakr Moreau, enseignant au département d’Anglais, et du Pr Chérif Daha Bâ, enseignant au département d’Histoire, directeur de l’Enseignement supérieur public et ancien étudiant d’Abdoulaye Bathily.

Le Pr Mamadou Ndiaye côtoie le Pr Bathily depuis les années 80 et remue ses souvenirs. « Il ne change pas dans son rapport avec l’autre : il prend toujours le temps de prononcer votre nom, de discuter, et de prendre des nouvelles de la famille. Il est humain et on peut faire confiance à l’homme de principes et de rigueur ». Le Pr Yakham Diop juge son collègue comme « un homme de conviction qui a construit beaucoup de choses à partir de principes ». Il estime que l’Union africaine a besoin de cette vigueur dans l’éthique. « Bathily a fait preuve d’intelligence pour offrir une synthèse de l’homme africain. Ses qualités intellectuelles, son combat politique et la délicatesse avec laquelle il a su entretenir des relations doivent lui permettre d’occuper de hautes responsabilités sur le plan continental. Nous avons espoir qu’il soit élu et nous prierons pour que ses actions futures rendent l’Afrique plus heureuse et plus optimiste », ajoute-t-il.

Son ancien étudiant, le Pr Chérif Daha Bâ, affirme que le Pr Bathily est « un homme à la fois imposant et très attachant ». Il se souvient qu’en première année, aucun étudiant ne voulait rater son cours sur l’Apartheid et que dans l’amphi, le Professeur ne prenait même pas de micro, tellement ses camarades et lui l’écoutaient dans un silence religieux. Les jours de grève, les étudiants s’organisaient en brigades de vigilance pour garder l’amphi et faire barrage à ceux qui voulaient les déloger. Cela en dit long sur l’homme. En plus de lui avoir inoculé la passion de l’Histoire, le Pr Bathily a aussi lu et annoté la thèse de Doctorat de son ancien étudiant.

Sur le plan des qualités morales, le Professeur Bathily est vu à l’Université de Dakar comme quelqu’un qui est « attaché à ses amitiés ». Sur l’esplanade, tous les enseignants témoignent qu’il ne vient jamais au département d’Histoire sans passer dire bonjour à Al Ousseynou Kane, le gérant de la cafeteria de la Faculté des Lettres et Sciences humaines. Ce qui en dit long sur l’homme, là aussi. « Il transcende, en effet, les catégories sociales. Il est transversal. Ses relations sont toujours horizontales, jamais verticales », dit le Pr Chérif Daha Bâ. Le jour où il prenait congé du département d’Histoire pour sa retraite d’enseignant, le Pr Bathily a ému tout le monde universitaire en informant qu’il ne demandera pas une prolongation de son contrat, pour qu’on puisse recruter un autre enseignant à son poste. Et qu’il souhaitait simplement que l’administration veille scrupuleusement au profil de son remplaçant.

Al Ousseynou Kane, justement, l’ami du Professeur, termine de remplir les petites bouteilles de « bissap » qu’il rafraîchit avant de les servir aux clients, pour l’essentiel des enseignants et des étudiants. Sur les murs de son troquet universitaire, des couvertures d’ouvrage édités par les enseignants de la Faculté, des affiches de publicité de spectacle des Frères Guissé et autres fanzines. Il enlève son tablier, s’essuie les mains dessus et vient me parler. Le Pr Bathily et lui se connaissent depuis 1972. A cette époque, se souvient-il, Abdoulaye Bathily était Assistant au département d’Histoire et chercheur à l’Ifan. Il venait chez lui comme client. Un jour, il lui demanda d’où il était originaire et lui promit qu’il viendrait lui rendre visite à son village d’Agnam Thiodaye. Mais, leur amitié a été scellée le 12 août 1972, lorsque surgit, dans la cour de la concession paternelle, Bathily et une délégation de la Ld/Mpt, parti dont il était le secrétaire général adjoint, le secrétaire général étant Babacar Sané.

Un panafricaniste
Al Ousseynou se souvient encore de cette date comme si c’était aujourd’hui. « Il m’avait honoré, il avait aussi honoré mon village », dit-il, ému. Les présentations sont faites entre le père du cafetier, chef du village, et Bathily accompagné, entres autres, de Mamadou Ndoye. Dès lors, Kane adhéra au parti et Bathily et lui ne se sont plus quittés. « Je le connais bien, dans toutes ses dimensions. C’est un homme de parole, un homme d’honneur, qui respecte l’amitié, respecte l’être humain et ses camarades de parti. Il respecte tout le monde, sans discrimination. Quand vous l’appelez au téléphone, et qu’il n’est pas disponible, il vous rappelle toujours. C’est un homme de bien, sa parole est sacrée », dit-il avec le sourire. Kane confie que chaque année après sa première visite, le Pr Bathily est repassé chez lui à Agnam Thiodaye, même quand lui-même ne s’y trouvait pas. Lorsqu’Abdoulaye Bathily est entré dans le gouvernement de majorité présidentielle élargie de Diouf, en 1993, comme ministre de l’Environnement, c’est à Agnam Thiodaye qu’il a tenu le premier Forum de l’environnement. A la Conférence de Rio (Ndlr : en réalité, le deuxième Sommet de la Terre sur l’environnement et le développement, à Rio en 1994, la seconde conférence des Nations unies après Rio 1992), Bathily a cité le forum et le village dans son discours, raconte-t-il avec fierté. De son côté, il a agrandi la popularité de la Ld/Mpt dans son terroir, de Oréfondé à Matam, en passant par Thilogne, Bokidiawé, Ourossogui et les Agnam. Au décès de son père, accompagné de leur camarade Yéro Deh, Bathily est venu présenter ses condoléances et réconforter la famille de son ami. « Il ne m’a jamais trahi et moi non plus. Et il passe toujours dans ma cafeteria pour me saluer. Selon les vœux de mon père, seule la mort nous séparera », affirme-t-il.

Kane prie Dieu que son ami soit élu à la tête de la Commission de l’Union africaine, car toute sa vie, dit-il, « Bathily a lutté pour l’Afrique et il est un panafricaniste convaincu ». Ses collègues de la Faculté des Lettres et Sciences humaines lui souhaitent d’obtenir le poste qu’il convoite, car « il le mérite » et s’il est élu, « il apportera beaucoup à l’Afrique, car il la connait bien ». Le Pr Chérif Daha Bâ dit que personnellement, il lui doit beaucoup, « parce qu’il nous a bien formés ». Il lui souhaite bonne chance et très longue vie pour pouvoir piloter les grands dossiers du continent.

Fiabilité et vision
Sur le plan politique, les idées avant-gardistes du Pr Bathily, son discours engagé et ses idées claires tranchent par rapport à la réalité sénégalaise. Pour les reporters de la grande époque de la Ld/Mpt, comme pour les étudiants de l’Ucad, Bathily est vu comme un homme courageux, qui n’hésitait pas à affronter la répression dans les manifestations politiques sans jamais dévier. Yéro Deh, ancien ministre de la Fonction publique, de l’Emploi et des Organisations syndicales, et compagnon politique du secrétaire général Bathily, au nom de la Ld-Mpt, dit de lui qu’il est « un homme fiable » et « un vrai panafricaniste ».

Grâce à Bathily, confie Yéro Deh, « notre parti a noué des relations avec beaucoup d’hommes politiques en Afrique, notamment dans les pays anglophones, justement en raison de son engagement politique lorsqu’il était étudiant à Dakar et en Angleterre. Il a connu ces anglophones en Angleterre et il y a tissé d’importants réseaux avec les camarades engagés dans la lutte contre l’Apartheid et pour la libération des colonies britanniques et lusophones. Ses convictions panafricanistes sont réelles, de longue date, et l’ont mobilisé sur plusieurs fronts, c’est indéniable. Même devenu Professeur d’histoire, il a continué d’effectuer des voyages dans plusieurs pays comme l’Afrique du Sud, l’Angola, le Mozambique, la Namibie, etc. Grâce à ses réseaux africains, nous avons tissé beaucoup de contacts et même avec certains mouvements politiques africains et leaders ».

Yéro Deh est certain qu’Abdoulaye Bathily a « une vision » et « ses convictions propres » de ce que doit devenir l’Afrique aujourd’hui. Le compagnon de Bathily pense que la dernière étape qu’il a faite au Mali (Minusma) et en Afrique centrale en tant que représentant spécial adjoint du secrétaire général des Nations unies et représentant spécial du secrétaire général de l’Onu lui a donné « une vision plus objective des difficultés auxquelles ces pays sont confrontés » et que s’il était élu, c’est une expérience qui pourrait lui être très utile. « Il a gardé les pieds sur terre et a une idée de la difficulté de changer les choses en Afrique », assure-t-il. De l’avis de son compagnon de route, Bathily possède un background et une expérience avérée des problèmes africains. « Il est déjà connu de beaucoup de chefs d’Etats africains qui sont ses amis. Il peut les aider au mieux à préparer leurs décisions, même si, en définitive, ce sont les chefs d’Etats qui décident et que lui aura la tâche de mettre en œuvre ».

Selon Yéro Deh, Bathily a des chances. D’abord, parce que l’Etat du Sénégal s’est bien mobilisé pour lui, que la Cedeao a donné son appui « sincère » et que certains autres chefs d’Etat soutiennent sa candidature. « Sans aucun doute, il pourra mener sa mission à bien. On espère et on prie. Et on est certain que s’il est élu, il fera le job ».

D. M. Fall

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