Grands Dossiers (202)

L’Enquête  Démographique et Santé Continue fournit au Sénégal des données pour suivre et évaluer sa politique en santé. C’est ce qui est ressorti de la cérémonie officielle de présentation des résultats de l’enquête. Le Sénégal est ainsi sur la bonne voie pour renseigner les indicateurs des Objectifs de Développement Durable (ODD).

Les résultats de la quatrième phase de l’Enquête Démographique et de Santé Continue de 2016 menée par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) ont été rendus publics, il y a quelques jours à Dakar. L’étude fournit des informations actualisées sur la fécondité, la mortalité, la planification familiale et la santé reproductive, le paludisme, le comportement sexuel et sur les structures et l’accès aux services de santé, entre autres.

Les résultats de l’enquête sont d’une grande importance pour l’élaboration des politiques et programmes de développement notamment pour les secteurs sociaux. « Lorsque les données sont collectées, analysées et diffusées à temps utile, désagrégées et ventilées par sexe, elles aident à la prise de décisions solides », a indiqué la représentante résidente de l’UNFPA au Sénégal, Andréa Wojnar Diagne. L’importance de la disponibilité des données actualisées pour un secteur comme la santé n’est plus à démontrer. « Les données statistiques apparaissent en ce sens comme des outils précieux dans le suivi du respect de nos engagements internationaux, mais aussi pour la promotion du dialogue et des orientations politiques fondées sur des bases factuelles », a fait savoir Dr Youssoupha Ndiaye qui avait représenté le ministère de la Santé et de l’Action sociale.

Dès lors, il reste à faire bon usage des résultats. C’est dans cette optique que la directrice du Bureau Santé de l’Usaid, Alissa Cameron, a invité le ministère de l’Economie, des Finances et du Plan et celui de la Santé et de l’Action Sociale, et les autres institutions gouvernementales à s’approprier davantage les résultats. L’enquête l’ANSD a touché  4.437 ménages, 8.865 femmes âgées de 15-49 ans et 3.527 hommes âgés de 15-59 ans. « Au sortir de l’édition de 2010-2011, notre pays s’est engagé dans la mise en œuvre d’un programme d’enquêtes continues dont la périodicité de collecte de données est ramenée à un an. C’est ainsi que la première phase a été réalisée en 2012-2013 et celle-ci est la quatrième », a expliqué Aboubacar Sédikh Bèye, l’ancien directeur général de l’ANSD qui avait présidé la cérémonie de présentation au nom du ministre de l’Economie, des Finances et du Plan. L’ancien directeur général de l’ANSD a salué la collaboration entre le Ministère de l’Économie, des Finances et du Plan et le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale. Le Ministère de l’Economie, des Finances et du Plan, à travers l’ANSD et avec la collaboration du Ministère de la Santé et de l’Action Sociale, à la suite de la présente phase pilote d’enquête Continue (2012-2017) initiée par l’USAID, compte pérenniser cette enquête en assurant la poursuite de sa réalisation à partir de 2018.

Oumar NDIAYE

A lire l'intégralité du dossier en cliquant ici

La quête de la performance ne peut pas se passer des données fiables et actualisées. Elles sont la base de l’élaboration de tout projet ou programme de développement. Ces données sont également le support pour la réorientation des politiques sociales et sanitaires. Dans un contexte de rareté des ressources financières, il est nécessaire pour tout pays de réaliser des enquêtes pour éclairer les choix des décideurs. Le Sénégal est le premier pays en Afrique à réaliser une Enquête Démographique de Santé (EDS) continue. Le choix du Sénégal par l’USAID est fondé sur son expérience en matière de réalisation des EDS.

L’Enquête Continue génère des données indispensables à la planification, au suivi, à l’évaluation des programmes et de santé et de population. Surtout qu’avec le nouvel agenda des Objectifs de Développement Durable (ODD), chaque pays est tenu de renseigner ces indicateurs. « Cette enquête permet au Sénégal de disposer, chaque année, d’indicateurs pour le suivi et l’évaluation de ses projets et programmes sociaux et de santé. Ces indicateurs contribueront au suivi de l’Axe 2 du PSE, des programmes nationaux, et à la réalisation des Objectifs du Développement Durable (ODD) », avait commenté le Directeur des Statistiques Démographiques et Sociales. Le Sénégal est sur la bonne voie pour renseigner les indicateurs des ODD.

La disponibilité des données fiables est l’un des objectifs de l’Enquête continue. Mais le bon usage des résultats en est la finalité. C’est pour cela que les bailleurs et les partenaires techniques ont vivement recommandé la vulgarisation des résultats pour relever des défis. La valorisation de la base de données de l’Enquête Continue, en procédant à des analyses approfondies pour expliquer, les résultats a été une recommandation forte.

Au juste, l’Enquête a révélé que le Sénégal est loin d’éradiquer l’excision, l’anémie et la malnutrition. Ces défis n’occultent pas des progrès.  Le Sénégal a accompli des bonds en matière de planification familiale. A titre illustratif, 86% des structures sanitaires offrent une méthode moderne de planification. Mieux, des Sénégalais ont plus de chance de nos jours de bénéficier des services de base dans 96 % des structures sanitaires.

Par Idrissa SANE

Les résultats de l’enquête démographique et de santé continue (EDS-Continue) et sur la prestation de services de soins de santé fournissent des données actualisées, fiables et inédites sur la santé,  l’éducation et sur les conditions de vie des ménages. Le directeur général de l’ANSD les juge satisfaisants même si des efforts restent à faire.Les résultats de l’enquête démographique et de santé continue (EDS-Continue) et sur la prestation de services de soins de santé fournissent des données actualisées, fiables et inédites sur la santé,  l’éducation et sur les conditions de vie des ménages. Le directeur général de l’ANSD les juge satisfaisants même si des efforts restent à faire.

« Des résultats satisfaisants », c’est l’appréciation générale que fait l’ex-directeur général de l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD), Aboubacar Sédikh Bèye, de l’enquête  démographique et de santé continue qui a été publiée le 6 septembre dernier. Cette opération statistique met à la disposition de l’Etat du Sénégal, de ses partenaires et des usagers, des données « actualisées » et « fiables » sur les domaines de la santé (offre et demande), de l’éducation et sur les conditions de vie des ménages, etc. « Nous parlons beaucoup de croissance économique, d’agriculture, d’industrie, de pêche, etc., mais, in fine, le résultat qu’on veut c’est que les populations ressentent les progrès dans tous ces domaines. Et à travers les chiffres que nous avons restitués, nous nous rendons compte qu’il y a beaucoup d’avancées et des domaines où il y a encore des choses à faire », a-t-il souligné. Il en veut pour preuve le fait qu’après les 4,9 enfants par femme enregistrés en 2015, en 2016 au Sénégal cet indice est plus significativement descendu sous la barre de la moyenne de 5 enfants par femme de 15 à 49 ans en âge de procréer. « En 1986, nous étions à 6,4 enfants par femme. Il y a eu donc beaucoup de progrès surtout à partir de 2010. L’enquête de cette année montre que nous sommes à 4,7 enfants par femme en âge de procréer », a-t-il insisté. Dans le domaine de la mortalité infanto-juvénile, c’est la même tendance qui est observée. Des progrès énormes y ont été notés, selon M. Bèye.

« On est aujourd’hui à 51 pour 1000 naissances vivantes alors qu’en 1997 on était à 139 pour 1000 naissances vivantes, donc en l’espace de 20 ans nous nous avons gagné plus de 80 points », a-t-il dit.

Néanmoins, l’ex-Dg de l’ANSD ne manque pas de soulever quelques inquiétudes liées notamment au phénomène de l’excision qui, malgré les campagnes de sensibilisations, continue de perdurer. L’enquête de l’ANSD révèle en effet que 23 % des femmes âgées de 15 à 49 ans ont connu l’excision. « C’est quand même beaucoup », s’est alarmé M. Bèye. Pis encore, la plupart de ces femmes ont subi la « forme la plus atroce de l’excision ». « Ce sont des choses sur lesquelles il faut travailler », a-t-il plaidé. Le rapport de l’ANSD permet de renseigner 30 indicateurs dans le cadre des ODD lesquels placent le Sénégal dans une bonne position pour l’atteinte et le suivi des conditions de vie des populations. En un mot, ces résultats permettent de planifier le développement. La particularité de ces résultats, c’est qu’ils révèlent des tendances lourdes, fait remarquer M. Bèye. « Sur le terrain, pour faire bouger les lignes, il y a toutes les questions de culture qu’il faut prendre en compte sinon cela rend difficile notre travail. Il faut remercier les autorités et les partenaires techniques et financiers qui ont mis à notre disposition les ressources. Ce qui a permis à notre personnel de faire le travail correctement », a-t-il ajouté. En ce qui concerne les perspectives, il invite à pérenniser l’enquête. « Nous avions l’appui principalement de l’USAID mais aussi de la Banque Mondiale, de l’UNICEF, de l’UNFPA, aujourd’hui il revient à l’Etat de prendre en charge le financement de cette enquête. C’est déjà inclus en partie dans le budget de 2018 de l’ANSD, mais nous allons continuer à travailler avec le Ministère de l’Economie, des Finances et du Plan et tous les acteurs impliqués sur le terrain afin de pérenniser cet outil extrêmement important de pilotage de l’économie nationale », a-t-il ajouté.

L’enquête de l’ANSD donne tous les outils pour aller en profondeur et faire l’analyse. Son ancien directeur général affirme qu’ils vont travailler là-dessus en relation avec le Ministère de la Santé et que les données seront mises à la disposition des chercheurs. « Nous en appelons à toute l’expertise nationale et internationale car c’est le concours d’une équipe pluridisciplinaire qui permettra de comprendre en profondeur les déterminants de l’excision, de la prévalence contraceptive, la disparité entre urbain et rural en termes de naissances, les conditions de vie en termes d’accès à l’eau, à l’électricité, etc., et aussi de trouver les solutions », a-t-il conclu.

Elhadji Ibrahima THIAM

L’annualisation des enquêtes-continues permet au Sénégal de disposer de données plus actuelles indispensables au suivi et à l’évaluation des programmes et politiques sociales, sanitaires et nutritionnelles. Ces données sont un support fiable pour la réorientation des politiques. C’est la conviction de Dr Youssoupha Ndiaye, directeur de la Planification de la Recherche et des Statistiques du Ministère de la Santé et de l’Action sociale.

La restitution des résultats d’enquêtes relatives à la santé revêt un cachet exceptionnel. D’abord, c’est pour la première fois, en Afrique, qu’un projet d’enquêtes combine à la fois un volet ménage et un volet établissement de santé. Ensuite, il y a l’annualisation de la périodicité. Auparavant, les enquêtes étaient réalisées tous les cinq ans. L’intérêt de l’annualisation, c’est d’avoir des données plus actuelles pour guider les prises de décisions afin d’assurer un meilleur suivi des programmes et des projets. « Le problème le plus crucial pour agir efficacement est le manque d’informations de base sur les indicateurs de santé. Or, pour nous permettre de suivre les progrès réalisés, il va sans dire qu’il nous faut absolument des informations fiables et régulièrement actualisées », relève le représentant du Ministère de la Santé et de l’Action sociale, Dr Youssoupha Ndiaye. Au-delà, la collecte et la disponibilité de ces données sont déterminantes pour le respect des engagements auxquels le Sénégal a souscrit d’une part et, d’autre part, pour la prise de décisions éclairées. « Les données statistiques apparaissent en ce sens comme des outils précieux dans le suivi du respect de nos engagements internationaux, mais aussi pour la promotion du dialogue et des orientations politiques fondés sur des bases factuelles », a fait savoir Dr Youssoupha Ndiaye, au cours de la cérémonie de restitution. Il a apprécié la particularité de l’enquête-continue et a souligné l’importance de l’usage des résultats dans le processus de recherche de solutions idoines aux problèmes du secteur de la santé. « Cette Enquête-Continue est une vaste opération en ce sens qu’elle combine une enquête auprès des ménages et une autre auprès des prestataires de santé. Elle fournit des indicateurs de qualité pour la planification, le suivi et l'évaluation des programmes et politiques sociales, sanitaires et nutritionnelles retenues par le gouvernement dans sa stratégie pour l’amélioration de la santé de la population, notamment celle des groupes vulnérables : les femmes et les enfants », a noté le directeur de la Planification de la Recherche et des Statistiques du Ministère de la Santé et de l’Action sociale. Il a remercié ICF International, l'Agence Américaine pour le Développement International (USAID), l'Agence des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) et le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) pour leur appui multiforme.

Idrissa SANE

Le Sénégal a été choisi en Afrique par l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) pour conduire l’Enquête continue en Afrique. Ce choix de notre pays, affirme Alisa Cameron, directrice du Bureau de santé de l’USAID, s’explique par la grande capacité et l’expérience « formidable » de l’ANSD et du Ministère de la Santé et de l’Action sociale. « Une enquête exige beaucoup de travaux et de persévérance. Nous bénéficions tous, aujourd’hui, des résultats de ce travail remarquable qui a été conduit de façon méthodique. Depuis 2012, l’Enquête continue fournit annuellement aux décideurs et aux partenaires des informations actualisées sur la fécondité, la mortalité, la planification familiale et la santé reproductive… », soutient-elle. Alisa Cameron invite le Gouvernement du Sénégal, à travers le Ministère de l’Economie et des Finances, le Ministère de la Santé et de l’Action sociale ainsi que les autres institutions à s’approprier davantage l’enquête en vue de faciliter la prise de décisions programmatiques. « En appuyant la réalisation de l’Enquête, l’USAID vise, entre autres, à renforcer les capacités du Sénégal à entreprendre les différentes phases de l’enquête, depuis la collecte des données jusqu’à leur utilisation, avec un minimum d’assistance technique extérieure », souligne-t-elle. Par rapport aux recommandations, Mme Cameron suggère au ministère de l’Economie de renforcer son appui financier et organisationnel afin d’améliorer le fonctionnement du cadre de suivi des activités de collecte au sein de l’ANSD. Pour le ministre de la Santé, la Directrice du bureau de Santé de l’USAID, invite à s’impliquer davantage dans toutes les étapes de l’enquête et à participer au financement des coûts locaux et à la production de données, notamment pour la composante « enquête dans les structures ».

Ibrahima BA

L’enquête démographique de santé continue 2016 permet, selon la représentante résidente du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) au Sénégal, d’avoir une plus grande connaissance des indicateurs socioéconomiques et la répartition géographique sur le territoire national. C’est aussi le lieu, soutient Andréa Wojnar Diagne, de disposer des données démographiques et socioéconomiques de qualité en vue de la formulation, du suivi et de l’évaluation des politiques de développement. Mme Diagne se félicite du travail de l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) et le « leadership exemplaire dont elle fait montre dans la conduite de cet important exercice et la qualité du travail accompli depuis 2012 sur le continent ». En effet, note-t-elle, « les données sont collectées, analysées et diffusées en temps utile, lorsqu’elles sont désagrégées et ventilées par sexe, elles aident à la bonne prise de décisions ». C’est pourquoi d’ailleurs, elles doivent être utiles pour les décideurs. « La pérennisation de l’EDS-continue ou un substitut adéquat, du recensement général de l’agriculture, et les mécanismes et les structures de production de données doivent faire partie de tout plan d’émergence », souligne la représentante résidente de l’UNPA au Sénégal. Ainsi, à ses yeux, dans un monde de plus en plus complexe qui demande des décisions cohérentes et basées sur des évidences, la formulation de politiques et stratégies de développement pertinentes et adaptées devrait s’appuyer sur des données fiables, actualisées et accessibles.

I. BA

Au Sénégal, le taux de fécondité a connu une baisse d’un point passant de 5,7 enfants par femme en 1997 à 4,7 en 2016. Les résultats de l’EDS-Continue montre que le nombre moyen d’enfants par femme varie de 3,5 en milieu urbain à 5,9 en milieu rural. En analysant toujours les résultats de cette enquête, l’on voit  que la fécondité varie sensiblement d’une région à une autre. Par exemple, à Dakar, révèle l’EDS-Continue, la fécondité passe d’un minimum de 3,2 enfants par femme à 7,5 enfants dans la région de Kaffrine où 16% des femmes adolescentes de 15-19 ans ont déjà commencé leur vie procréative. Dans cette répartition du taux de fécondité, la région de Kédougou vient en deuxième position avec  6,6. Elle est suivie par les régions de Tambacounda (6,4), de Sédhiou (6,3) et de Kolda (6,2).

La baisse de la fécondité est liée en grande partie à l’amélioration de l’accès et à l’utilisation des méthodes contraceptives en ville comme en campagne. D’après cette étude, une femme sur quatre (25%) utilise une méthode contraceptive quelconque et 23% font recours à une méthode moderne. Elle renseigne également que les femmes utilisent essentiellement trois méthodes.

Il s’agit des injectables (8%), des implants (7%) et de la pilule (5%). Aussi, faut-il noter que l’utilisation des méthodes contraceptives est plus élevée en milieu urbain qu’en milieu rural avec respectivement un taux de 31% contre 17%.  L’utilisation de la contraception moderne dépend du niveau de vie du ménage. Selon l’enquête, 29% des femmes appartenant aux ménages du quintile le plus élevé utilisaient une méthode moderne contre 13% des femmes issues des ménages du quintile le plus bas. Par rapport à la demande en planification, nous apprend l’EDS-Continue, plus d’un tiers (35%) des femmes 15-49 ans en union déclarent qu’elles veulent différer la venue d’un enfant de deux ans ou plus.

I. BA

Au Sénégal, la demande totale en planification familiale est évaluée à 49%. Les résultats de l’EDS-Continue 2016 renseigne que moins de la moitié de la demande est satisfaite par les méthodes modernes avec 47%. Pour ce qui est de la disponibilité, l’étude a montré que 86% de toutes les structures de santé offrent une méthode moderne de Planification familiale. Aussi, quatre structures sur dix offrent-elles la stérilisation masculine ou féminine. Selon l’enquête, l’offre de méthodes modernes de planification familiale est plus élevée dans les postes de santé (87%) que dans des centres de santé et hôpitaux avec respectivement 78% et 77%. Pour la représentante résidente du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) au Sénégal, ces résultats traduisent les efforts réalisés dans la lutte contre la mortalité maternelle, d’aider les filles à rester à l’école et à lutter contre les grossesses non désirées. A en croire Andréa Wojnar Diagne, le défi maintenant est de faire en sorte que les méthodes de contraception soient disponibles à  tout couple qui le désire.

I. BA

L’Enquête Démographique et de Santé Continue de 2016 a produit des résultats encourageants notamment sur la disponibilité des produits contraceptifs. Ce qu’a salué  Laylee Moshiri, représentante de l’UNICEF au Sénégal. Selon elle, cette augmentation de la disponibilité est une bonne chose. « Globalement, 86% de toutes les structures de santé offrent une méthode moderne de Planification Familiale  (pilule, injection, implants, DIU, condom masculin ou féminin, Collier du cycle, diaphragme, ou spermicides). Quatre structures sur dix offrent la stérilisation masculine ou féminine. L’offre des méthodes modernes de PF est plus élevée dans les postes de santé (87%) que dans les centres de santé et hôpitaux (respectivement 78% et 77%) », a fait ressortir l’Enquête Démographique et de Santé Continue de 2016. Cependant, moins de la moitié de la demande est satisfaite par les méthodes modernes (47%). Pour Laylee Moshiri de l’Unicef, il y a donc un gap entre ce que les femmes veulent et leurs pratiques au niveau de l’utilisation. « Une femme en union sur quatre (25%) utilise une méthode contraceptive quelconque et 23% utilisent une méthode moderne. Les femmes utilisent essentiellement trois méthodes : les injectables (8%), les implants (7%), et la pilule (5%). La comparaison avec les résultats des enquêtes précédentes montre que la prévalence contraceptive moderne parmi les femmes en union ne cesse d’augmenter, passant de 8 % en 1997 à 25 % en 2016. L’utilisation des méthodes contraceptives modernes chez les femmes en union est plus élevée en milieu urbain (31%) qu’en milieu rural (17%).

O. NDIAYE

Les résultats de l’EDS-continue 2016 montrent qu’il y a encore beaucoup à faire pour endiguer la pratique de l’excision. En effet, renseigne l’enquête, moins d’une femme de 15-49 ans sur quatre, soit 23%, a déclaré avoir été excisée. Ainsi, dans plus de la moitié des cas, les femmes ont subi une simple ablation (54%). Pour 12%, une partie de chair a été enlevée et 7% ont subi une fermeture du vagin. Aussi, apprend-on des résultats de l’enquête que près des trois quarts des femmes de 15-49 ans excisées (72%) ont déclaré l’avoir été avant l’âge de cinq ans. Quant aux filles de moins 15 ans, 14% ont été excisées.

Les résultats par région des excisions des filles de moins de 15 font passer en tête la région de Matam avec 55%. Elle est suivie par les régions de Sédhiou 53%, Tambacounda 48%, Kolda 45% et Kédougou 37%. « On constate  que là où il y avait de plus grande fréquence, on commence avoir des changements d’attitude », s’est réjouie Andréa Wojnar Diagne, représentante résidente de l’UNFPA au Sénégal.

I. BA

Selon l’EDS-Continue 2016, 76% des naissances ont pour cadre un établissement de santé. Au total, 72% de ces naissances se sont déroulées dans le public. La comparaison a fait ressortir une tendance à se rendre dans une structure sanitaire pour les accouchements. « La proportion de femmes ayant accouché dans un établissement de santé est passée de 62% en 2005 à 76% en 2016 », soulignent les enquêteurs. Toutefois, 24% des femmes ont donné la vie à la maison.  L’autre point de satisfaction, c’est la proportion de 75% des mères qui ont reçu des soins postnataux les deux jours qui ont suivi leur accouchement.

I. SANE

Accouchements stats

L’EDS-continue renseigne que des femmes peuvent bénéficier d’une Prise en Charge Intégrée de la Grossesse et de l’Accouchement (PCIGA) dans 65% des structures sanitaires avec un taux de disponibilité du matériel de délivrance de 100%, et de disponibilité de gants de 98% et d’un partogramme de 95%, cette pourcentage est de 80% pour un ballon et un masque respiratoire. « 81% disposent de la gentamicine injectable, trois quarts (76%) ont de l’amoxicilline suspension et 6 sur 10 (59%) ont de la ceftriaxone injectable, des antibiotiques. Trois structures sur 10 ont la solution de chlorhexidine à 4 % pour le nettoyage du cordon ombilical. Seulement 8 % ont de la pommade antibiotique pour les yeux des nouveau-nés », note-on dans le document.

I. SANE

Les chances qu’une femme bénéficie d’un traitement avec des solutions salines sont élevées après son accouchement. En effet, 92% des établissements de santé dispose de ce médicament.

Il en est de même pour la poudre d’ampicilline que l’on retrouve dans 87% des structures sanitaires contre 73% des structures pour la poudre benzathine benzylpenicilline pour injection.

S’agissant des capsules ou comprimés de céfixime, ils sont accessibles dans 27% des services d’accouchement tandis pour la nifédipine, elle est à portée de main dans 31% des services d’accouchement.

I. SANE

L’allaitement maternel n’a pas la cote chez les Sénégalaises.

La preuve, seuls 36% des enfants de moins de 6 mois sont nourris exclusivement au sein contre 61% âgés de 6-9 mois qui ont pris des aliments de complément. Et, comme conséquence, 17% accusent un retard de croissance. « La prévalence du retard croissance est plus de quatre fois plus élevé parmi les enfants des ménages du quintile de bien-être économique le plus bas que parmi ceux des ménages du quintile le plus élevé ( 26% contre 6%). Du reste, la malnutrition est plus élevée à Kolda (28 %), Kédougou et Tambacounda ont chacune un taux de 27%.

I. S.

La lutte contre l’anémie est loin d’être gagnée au Sénégal où 66% des enfants âgés de 6-59 mois souffrent de cette affection. C’est ce que relève l’EDS-Continue 2016. Toute compte fait, la prévalence chez les enfants a baissé de 83% en 2005 à 60% en 2014 et puis à 66% en 2016.

I. S.

Selon l’Enquête EDS-Continue 2016, les patients souffrant de tuberculose peuvent être soignés dans 81% des structures sanitaires. Le pourcentage des structures qui dispensent un traitement ou qui assurent un suivi est de 55%  alors que 92% proposent un service quelconque de diagnostic et/ou de traitement et/ou de suivi de traitement de la tuberculose.

I. SANE

Les moyens de la prévention du paludisme sont accessibles aux Sénégalais. Il ressort de l’Eds-continue 2016 que 82% des ménages possèdent au moins une moustiquaire imprégnée d’insecticide (MII) avec le taux le plus faible à Dakar (58%). En outre, il est apparu que 99% des structures traitent les cas de paludisme. Mieux, les Combinaisons Thérapeutiques à base d’Artmisinine (ACT) de première ligne quelle que soit la préparation est de plus en plus accessible. Plus de huit structures proposent le diagnostic et/ou les services de traitement du paludisme selon l’EDS-Continue 2016. Aussi, à titre illustratif, le pourcentage des structures sanitaires ayant  le TDR a augmenté avec le taux de 82% à Kolda, le plus faible, et des pics de 100% dans les régions de Fatick, Kédougou, Louga, Matam, Sédhiou et Tambacounda.

I. S.

La prévalence de la mortalité maternelle baisse au Sénégal. L’enquête continue 2016 montre qu’un enfant sur cinq meurt avant de célébrer son 5ème anniversaire soit un taux de 51 décès pour 1000 naissances vivantes. Toute compte fait, le taux de mortalité infanto-juvénile a baissé depuis 1992-1993 de 132% en 1992-1993 à 51% en 2016. Toutefois, il y a une disparité entre les villes et les zones rurales, et entre les régions. « Les résultats de l’EDS-continue 2016 mettent en évidence des écarts entre les régions. C’est dans la région de Kédougou (140%) que le taux de mortalité infanto-juvénile est le plus élevé. A l’opposé, c’est à Thiès (34‰) qu’il est le plus faible », indique le rapport.

L’enquête a confirmé une amélioration de la disponibilité des services de santé maternelle. Si l’on se réfère au rapport, dans l’ensemble 88% de toutes les structures de santé offrent des services de consultation prénatale (Cnp), 81% offrent des services d’accouchement normal et 5% fournissent des services liés à des césariennes. « Huit sur dix structures (80%) offrent des CPN et des services d’accouchement normal. Seulement, 4 % offrent tous les trois services de santé maternelle. La disponibilité de ces trois services est beaucoup plus élevée dans les hôpitaux (66%) », indique l’enquête.

L’autre point d’assurance, c’est la progression de l’indicateur lié à l’accès aux soins prénataux. Ce taux est passé de 82% en 2005 à 96% en 2016. « La quasi-totalité (96%) des femmes de 15-49 ans ayant eu une maison une naissance vivante au cours des cinq dernières années ont reçu au moins une visite prénatale par un prestataire formé (médecin, sage-femme ou infirmière). Cette proportion a augmenté de 82 % en 2005 à 96 % en 2016 », renseigne l’enquête.

I. SANE

Les diabétiques ne se démènent pas pour bénéficier d’un diagnostic au Sénégal. Selon l’EDS-continue, 97% des structures offrent des services de prise en charge. De façon spécifique, 81% de ces structures ont des ressources humaines capables de faire le test de glycémie, 76% d’entre elles sont habilitées à faire le test pour la protéinurie et 73% peuvent faire le test de glycémie. Par contre, les chances d’avoir des médicaments au sein de ces établissements est faible même si  87% des structures ont des solutions de perfusion, 6% ont la Metroformie, 5% disposent de l’insuline injectable et 2% le Glibenclamide.

I. S.

Les prestations liées aux traitements des maladies respiratoires sont disponibles dans 99% des structures de santé. Les services offerts sont le diagnostic, la prescription d’un traitement, ou encore la prise en charge des patients dans la structure.

A l’inverse, les médicaments sont une denrée rare dans les structures de traitement des maladies chroniques. Le taux de disponibilité de l’oxygène est 8 %, celui du Thiazide 1%, pour des bétabloquants c’est 1% alors que le pourcentage des inhibiteurs est moins de 1% de l’ECA (Encalapril). Toutefois, 41% des structures ont des bloqueurs des canaux calciques (Amlodipine/Nifedipine), soit une augmentation de seulement 4% en 2012-2013.

S’agissant des maladies respiratoires chroniques, 98% des structures traitent ces maladies, c’est-à-dire prescrivent un traitement ou prennent en charge des patients. Cependant la disponibilité des médicaments est faible même si 57% de ces établissements ont de l’Hydrocortisone en comprimés, seulement 17% ont un inhalateur de Salbutamol, 7% de l’oxygène, 3% de l’Epinephrine injectable, 2% du Prednisolone en comprimés et 1% du Beclomethasone pour inhalation.

I. S.

Les résultats de la couverture vaccinale est l’une des satisfactions de l’Enquête Démographique et de Santé Continue de 2016 menée par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD).  «  Dans l’ensemble, 7 sur 10 enfants de 12-23 mois ont reçu tous les vaccins recommandés et 3% n’ont reçu aucun vaccin. Les résultats montrent que 94% d’enfants de 12-23 mois ont reçu le vaccin du BCG, 90% ont reçu les trois doses de Pentavalent, 81 % ont reçu les trois doses de polio, 81% ont été vaccinés contre la rougeole et 82% ont été vaccinés contre la fièvre jaune. C’est dans la région de Fatick (79%) que la couverture vaccinale est la plus élevée. Par contre, c’est dans la région de Tambacounda qu’elle est la plus faible (41%) », lit-on dans le rapport de l’Enquête Démographique et de Santé Continue de 2016. Ce qui montre une bonne disponibilité des vaccins sur l’ensemble du territoire sénégalais. Le Programme Élargi de Vaccination (PEV) du Sénégal recommande qu’un enfant reçoive le BCG, trois doses de Pentavalent, trois doses de vaccin contre la poliomyélite, une dose de vaccin contre la rougeole, et une dose de vaccin contre la fièvre jaune. « Globalement, 99% de ces structures avaient le vaccin Pentavalent disponible le jour de l’enquête et la même proportion avaient le vaccin de la fièvre jaune. Neuf sur dix structures avaient le vaccin de la rougeole (91%), le vaccin oral de la polio (92%) et le vaccin du BCG (87%). L’ensemble de tous les vaccins infantiles de base était disponible dans 8 sur 10 des structures. La disponibilité pour tous ces vaccins a augmenté depuis 2012-2013. La disponibilité de tous ces vaccins infantiles de base varie selon la région, passant de 40 % dans la région de Thiès à 100 % dans les régions de Kaolack, de Kolda et de Matam », souligne le rapport.

O. NDIAYE

Les standards de qualité des services pour les soins ambulatoires des enfants comprennent quatre catégories : l’évaluation des signes généraux de danger, l’évaluation du symptôme principal, l’examen médical et les conseils essentiels pour les responsables de l’enfant. Pendant l’Enquête Démographique et de Santé Continue de 2016 conduite par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (Ansd), 1.027 consultations d’enfants malades ont été observées. « Aucune des consultations observées n’a compris une évaluation de tous les signes généraux de danger. Parmi ces signes, le prestataire a vérifié si l’enfant vomit dans 55 % des cas, mais seulement 5% des consultations ont compris une vérification des convulsions et 4% ont compris une évaluation de l’incapacité à manger ou à boire », observent les enquêteurs. Ce qui fait dire à Laylee Moshiri, Représentante de l’Unicef au Sénégal, qu’il faut voir s’il faut donner à manger à l’enfant continuellement et ou qu’il faut lui donner plus  à boire. « Ce sont, selon elle, des conseils extrêmement importants qu’il faut donner aux familles d’enfants malades. Nous voulons qu’au moins 6 à 8% de ces conseils  soient donnés. Pour moi, c’est très inquiétant et cela veut dire que nous devons maintenant mettre un focus sur les pratiques des prestataires de santé en ce qui concerne les enfants malades ». « Les standards de qualité des services recommandent que le prestataire donne les conseils aux responsables de l’enfant malade. Les trois conseils essentiels n’étaient donnés que dans très peu de consultations observées. Dans 8% des consultations observées, le prestataire a parlé des symptômes nécessitant un retour immédiat, et dans la même proportion des consultations, le prestataire a demandé au responsable de donner des liquides supplémentaires à l’enfant. Dans seulement 6% des cas, le prestataire a demandé au responsable de l’enfant malade de continuer à nourrir l’enfant »,  lit-on dans le rapport de l’EDS continue 2016.

O. NDIAYE

Le directeur des statistiques démographiques et sociales, Papa Ibrahima SENE, a fait l’économie de l’Enquête Continue sur la Prestation de Services de Soins de Santé (ECPSS) en cours d’expérimentation au Sénégal avec le concours de l’USAID. L’annualisation de l’Enquête Démographique et de Santé (EDS-Continue) fournit des données indispensables pour assurer un meilleur suivi et évaluation des politiques sociales et sanitaires au Sénégal, notamment l’axe 2 du Plan Sénégal Emergent (PSE).

L’ANSD vient de publier les résultats de l’enquête-continue 2016 « Enquête démographique et de santé-continue ». Qu’est-ce qu’on peut retenir d’essentiel de ces résultats ?
Il faut d’abord noter que l’Enquête Continue comporte deux volets. Il s’agit d’un volet ménage appelé Enquête Démographique et de Santé (EDS-Continue), qui collecte des données auprès des ménages, des femmes de 15-49 ans, des hommes de 15-59 ans et des enfants de moins de cinq ans et un volet structures de santé appelé l’Enquête Continue sur la Prestation des Services de Soins de Santé (ECPSS), qui collecte des données auprès des structures de santé, des prestataires de soins de santé et des clients des structures de santé.

Les Enquêtes Continues annuelles ont démarré en 2012-2013, celle de 2016 est la quatrième de la série. Les résultats des deux enquêtes sont complémentaires ; l’EDS donne la situation sanitaire partant des déclarations des ménages et l’ECPSS donne celle enregistrée à partir des structures de santé.

Le Sénégal est le premier pays en Afrique à réaliser une enquête EDS continue. Ce choix du Sénégal par l’USAID d’expérimenter l’Enquête Continue pour la période 2012-2017 était surtout motivé par le fait que le Sénégal a réalisé plusieurs EDS de bonne qualité dont les résultats ont été utilisés pour la planification et le suivi des programmes.

Faites-nous l’économie des résultats ?
Les résultats saillants de l’enquête continue de 2016 au Sénégal se présentent comme suit : Pour la fécondité, la tendance baissière se poursuit : le nombre moyen d’enfants par femme au Sénégal est passé de 5,7 en 1997 à 4,7 en 2016. On note aussi une disparité assez importante selon le milieu de résidence ; le nombre moyen d’enfants par femme varie de 3,5 en milieu urbain à 5,9 en milieu rural. Chez les adolescentes de 15-19 ans, 16 % ont déjà eu un enfant ou sont enceintes d’un premier enfant.

En ce qui concerne la Planification familiale (PF), l’utilisation des méthodes contraceptives modernes par les femmes mariées continue à augmenter, elle est passée de 10% parmi les femmes en union en 2005 à 16% en 2012-2013 et à 23% en 2016. Les injectables, les implants et la pilule sont les méthodes contraceptives les plus utilisées. La demande totale en planification familiale au Sénégal est de 49%. Elle comprend les besoins non satisfaits et les besoins satisfaits. En 2016, 24 % des femmes ont des besoins non satisfaits en matière de planification familiale ; elles désirent limiter ou espacer les naissances mais n’utilisent pas la planification familiale. Celles qui ont des besoins satisfaits en matière de planification familiale (qui utilisent une méthode contraceptive moderne ou non) représentent 25%.

Cependant, la disponibilité des services de planification familiale est assez élevée, 86% des structures de santé offrent une méthode moderne de PF. L’enquête a montré que 98% des structures de santé qui offrent des méthodes modernes avaient toutes les méthodes fournies observées disponibles. Ce qui représente une augmentation de 6% depuis 2014.

Y a-t-il une évolution en matière de lutte contre la mortalité infantile ?
Pour la santé infantile, les résultats montrent une baisse continue de la mortalité chez les enfants de moins de cinq ans. La mortalité infantile (chez les moins d’un an) continue de baisser ; elle est passée de 43 pour mille en 2012-2013 à 36 pour mille en 2016. De même la mortalité infanto-juvénile (chez les moins de cinq ans) est passée de 65 pour mille en 2012-2013 à 51 pour mille en 2016. La proportion d’enfants complètement vaccinés continue d’augmenter ; elle est passée de 68% en 2015 à 70% en 2016. Cependant, l’enquête a montré que 82% des structures de santé offrent les trois services de santé infantile de base (soins curatifs ambulatoires pour enfants malades, les vaccinations infantiles et le suivi de la croissance).

Pour la santé maternelle, la tendance à la hausse des consultations prénatales, des accouchements assistés par un prestataire formé et des consultations postnatales se poursuit. En 2016, la majorité des femmes (96%) ayant eu une naissance vivante ont reçu au moins une consultation prénatale. En 2016 toujours, 76% des naissances se sont déroulées dans un établissement de santé et 24% à la maison. La proportion de femmes assistées à l’accouchement par un prestataire formé est passée de 53% en 2012 à 58% en 2016. Nous avons aussi relevé que trois quarts des mères (75%) ont fait une consultation postnatale. En ce qui concerne la disponibilité des services de santé maternelle, 81% des structures de santé offrent des services d’accouchement normal et 5% seulement des structures offrent des césariennes.

Et pour le paludisme ?
Les résultats de la quatrième phase de l’EDS-Continue, montrent une poursuite des progrès réalisés dans la lutte contre cette maladie ; une nette augmentation du taux de possession et d’utilisation des moustiquaires imprégnées est enregistrée.

En effet, la possession des moustiquaires imprégnées d’insecticide (MII) par les ménages a nettement augmenté, passant de 2 % en 2005 à 73% en 2012-2013 et à 82 % en 2016.

La proportion d’enfants de moins de 5 ans ayant dormi sous une MII la nuit précédant le passage de l’enquêteur est passée de 7 % en 2005 à 46% en 2012-2013 et à 67 % en 2016. De même, la proportion de femmes enceintes ayant dormi sous une MII la nuit précédant le passage de l’enquêteur a augmenté ; elle est passée de 7% en 2005 à 43 % en 2012-2013 et à 69% en 2016. Quant à la prévalence du paludisme selon la microscopie, elle a connu une légère augmentation en passant de 0,3% en 2015 à 1% chez les enfants de moins de cinq ans en 2016. Cependant, 60% des femmes enceintes ont reçu deux doses ou plus du traitement préventif intermittent et 99 % de toutes les structures offrent des services de diagnostic et/ou traitement du paludisme.

Pour l’excision chez les femmes âgées de 15 à 49 ans, une tendance à la baisse est notée ces dix dernières années ; la proportion de femmes excisée de ce groupe d’âges est passée de 28% (en 2005) à 23% (en 2016).

Il est ressorti que beaucoup de structures offrent des prestations de base. Pouvez-vous revenir sur ces aspects ?
Globalement, pour les structures de santé, les résultats de 2016 indiquent que plus de trois quarts (78%) des structures de santé sénégalaises (en dehors des cases de santé) offrent tous les services de base (trois services de santé infantile, des méthodes modernes de planification familiale, des consultations prénatales et des services sur les infections sexuellement transmissibles).

L’enquête a montré aussi que 84% de toutes les structures ont un système de dépistage du VIH SIDA, 8 structures sur 10 offrent un service quelconque de diagnostic de la tuberculose (TB), 97% des structures offrent les services du diabète, et 98% des structures offrent des services des maladies cardio-vasculaires, mais la disponibilité des médicaments essentiels pour les maladies cardio-vasculaires reste très faible.

La majorité des structures de santé dispose d’une source d’eau améliorée (95%), une latrine pour les patients (98%), et l’intimité visuelle et auditive (98%). Et pour les infrastructures de base, c’est le transport d’urgence qui montre la plus grande augmentation ; la proportion de structures ayant un transport d’urgence est passée de 54% en 2014 à 65% en 2016.

Quel est l’intérêt d’avoir une telle enquête ?
L’Enquête continue se caractérise par une grande souplesse pour répondre aux besoins en statistiques dans la mesure où elle est plus  fréquente, donc peut être adaptée à des sujets particuliers. Elle donne aussi la possibilité de renseigner annuellement des indicateurs.

Quels en sont les objectifs ?
Papa I Sene Stats 2L’Enquête continue a principalement deux objectifs. Son premier objectif principal est de répondre aux besoins en données pour planifier, suivre et évaluer les programmes de santé et de population. Elle produit des indicateurs pour les dix modules ci-après :

• dynamique démographiques, mortalité et fécondité ;

• état de la santé familiale ;

• état nutritionnel des enfants et des femmes ;

• connaissances, attitudes et pratiques des femmes au sujet des infections sexuellement transmissibles (IST), du sida, des pratiques contraceptives des femmes ;

• prévalence de la parasitémie palustre chez les enfants de moins de cinq ans ;

• disponibilité des ressources dans les structures de santé ;

• disponibilité de services spécifiques dans les structures de santé ;

• pratiques de gestion dans les structures de santé ;

• adhésion et respect des Normes et Protocoles dans les structures de santé ;

• perception des patients de la qualité des prestations de service dans les structures de santé.

Le second objectif principal de l’enquête est de permettre au Sénégal d’avoir l’expérience pilote de la mise en œuvre de l’Enquête Continue : chaque année, il faut collecter les données auprès des ménages et de 300 structures de santé (les hôpitaux publics et les cliniques privées, les centres de santé, et les postes de santé/cases de santé/dispensaires), les traiter, les analyser et les diffuser.

A quoi serviront ces résultats ?
Cette enquête permet au Sénégal de disposer, chaque année, d’indicateurs pour le suivi et l’évaluation de ses projets et programmes sociaux et de santé. Ces indicateurs contribueront au suivi de l’axe deux du PSE, des programmes nationaux, et à la réalisation des Objectifs du Développement Durable (ODD). L’Enquête continue renseigne un nombre important d’indicateurs des Objectifs de Développement Durable (ODD), au moins 30 indicateurs sur les 230.

Il n’a pas été sans doute facile de mener une telle enquête, alors comment vous vous y êtes pris en termes de mobilisation financière, de personnel et de logistique ?
Les quatre phases sur les cinq prévues de cette enquête sont réalisées grâce aux contributions des Partenaires techniques et financiers que sont : l’USAID, la Banque Mondiale, l’UNICEF et l’UNFPA mais aussi de l’Etat du Sénégal. Une équipe projet mise en place depuis 2012 à l’ANSD est chargée de la mise en œuvre de l’enquête continue. Un matériel roulant composé de véhicules de terrain et un parc d’équipements informatique constitué, entre autres, de tablettes pour la collecte ont été acquis au début du projet en 2012 et renouvelés, au besoin, chaque année.

Le Sénégal est le premier pays en Afrique à réaliser une telle enquête. Qu’est-ce que cela traduit pour l’ANSD ?
Cela fait de l’ANSD une référence en matière de conduite d’Enquêtes Continue (EDS et EPSS) pour les autres Instituts Nationaux de Statistique (INS) du continent. Cette expérience va ouvrir des portes de collaborations, de partenariats avec d’autres INS notamment en termes d’appuis techniques.

Cette expertise va renforcer l’ANSD dans son statut de Centre de référence.

Si le volet ménage de l’Enquête Continue (EDS) est réalisé tous les cinq années dans les autres pays du continent, le volet Structures de santé (EPSS), par contre, n’a été pour le moment expérimenté qu’au Sénégal.

La combinaison de ces deux enquêtes complémentaires fait la spécificité et la robustesse de cette enquête.

Quelles sont les perspectives de cette enquête ?
Actuellement, l’ANSD est en train de réaliser la phase cinq de l’Enquête Continue.

Elle a la particularité de comporter des modules supplémentaires sur la mortalité maternelle et la prévalence du VIH SIDA. Les résultats de la phase cinq de l’Enquête Continue seront publiés en 2018.

Cette publication va marquer la fin du projet d’Enquête Continue (série d’enquêtes annuelles de 2012-2017) et le démarrage de sa phase de pérennisation.

L’ANSD compte, en collaboration avec le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale, poursuivre cette expérience à partir de 2018. Toutefois, l’appui des Partenaires techniques et financiers est toujours sollicité.

Dans le cadre de la Convention ANSD-MSAS, mettre en œuvre le Plan de Travail pour une meilleure prise en compte de l’Enquête Continue dans le suivi de la stratégie nationale de développement sanitaire.

Des recommandations ont été formulées au cours de l’atelier de restitution, quelles sont-elles ?
La principale recommandation est d’améliorer la valorisation de la base de données de l’Enquête Continue en procédant à des analyses approfondies pour mieux élucider les facteurs explicatifs des résultats de l’enquête. Pour cet exercice, sont notamment conviées les structures de recherches.

Il a été aussi recommandé de procéder à la dissémination des résultats de l’enquête dans les Régions médicales voire dans les Districts de santé.

Les participants ont également demandé de produire les indicateurs sur la mortalité maternelle sur une périodicité plus courte, de moins de cinq ans.

Propos recueillis par Ibrahima THIAM

Il est difficile de revenir sur un événement douloureux qui a donné un nouveau cours à sa vie. En Casamance, à Ziguinchor comme dans le village de Boffa, près de la frontière avec la Guinée-Bissau, les victimes des mines anti-personnelles tentent de revenir à la vie. Certaines ont transcendé le syndrome post-traumatique. D’autres sont figés dans le temps. Elles ont une conviction commune : ne jamais mettre en avant leur sort pour survivre. Chacune tente de gagner dignement sa vie.

Le marché de Tilène fourmille sans cesse. Les mamans et leurs enfants ; des filles se bousculent autour des ballots de friperie. D’autres femmes, le panier à la main, sortent des petites allées de cet espace commercial. La jeune commerçante Sadio Mandiang, debout sur cette rue passante, nous attend. Vêtue d’une tenue fleurette avec des dentelles, la tête couverte d’un voile noir, refuse de se résigner. Elle croit au destin. C’est certainement dans sa foi qu’elle puise ses forces pour être encore debout. Dans le périmètre de sa cantine au marché Tilène, cette demoiselle est la plus jeune. Son échoppe est encombrée de pots de crème, de mèches, de bijoux. Elle est la plus jeune victime des mines en Casamance. Un jour de l’année 1998, elle suivait ses grands frères qui se rendaient dans des rizières, dans le village de Djanna Malary, au Nord de Sédhiou, sur la route de Kolda.

Contrairement à ces derniers, elle a emprunté un autre chemin. Son sentier bouleversera sa vie alors qu’elle n’avait que cinq ans. « Je ne savais pas ce qui m’était arrivé. Mais c’est ma maman qui m’a raconté que lorsque j’avais cinq ans, je suivais mes grands frères dans les rizières, c’est sur le chemin que j’ai eu cet accident », rapporte Sadio Mandiang, d’un ton saccadé empreint de philosophie. Depuis 1998, année de l’accident, elle ne vit pas dans son village natal. Elle est à Ziguinchor où elle suit ses traitements auprès de son oncle. Depuis 2014, l’Ong Handicap international l’accompagne pour son insertion. Elle refait peu à peu sa vie au marché. « Ce n’est pas tous les jours que les activités marchent. Mais nous parvenons à avoir quelque chose pour nous », se contente-t-elle de dire. Elle se bat pour subvenir à ses besoins « sans tendre la main ». Elle milite dans l’association des victimes des mines. Sadio Mandiang est sur le front de la sensibilisation. La prévention d’autres accidents est son sujet de préoccupation. « Nous organisons régulièrement des réunions pour discuter des problèmes de notre association. Nous participons aussi à la sensibilisation », confie Sadio Mandiang.

Nous quittons l’effervescence du marché et nous voici, sur la grande Avenue 54. Cap sur Boffa. Lorsque nous sortions, nous voici, dans la platitude des zones boisées. Nous traversons des villages comme Kenya, Boucott Mancagne, Bourofaye Manjack, Brigadier sur cette route de la Guinée-Bissau, sans nous rendre compte que nous dépassions la guérite où il est inscrit « Mpack ». La même équipe de reporters y était il y a quelques mois. Nous disons alors de faire demi-tour. Nous avons laissé derrière nous Boffa. Nous disons alors à Balla Thiam de lever le pied sur l’accélérateur.

A chaque cent mètres, nous demandons aux personnes que nous croisons. Au loin, on aperçoit une plaque blanche avec une couleur de rouille. « Réinstallation des populations de Boffa ». L’inscription est claire. Nous empruntons une piste d’argile qui éventre les rizières. Le sentiment de peur semble envahir l’équipe. Après quelques mètres, la voiture ne peut plus avancer. A quelques mètres, un autre véhicule a laissé les traces de son embourbement. Mais, dans des rizières, les femmes, certaines la tête couverte de calebasse, d’autres de foulard, se montent très enthousiastes. Ces femmes nous insufflent une dose de réconfort. « Les maisons que vous regardez au loin, c’est le village de Boffa », nous orientent-elles. Nous poursuivons le chemin ce vendredi.

Le soleil a déjà dépassé le zénith. Il fallait aller à la rencontre d’une victime. A l’entrée de Boffa, trois bâtiments en dur aux portes peintes en vert se singularisent de la répartition en bloc des autres habitats. Les garçons déplument des poulets. C’est dans ce village où Djibril Diallo se retire de temps en temps pour se reposer. Le temps passe mais n’efface pas les pires moments de sa vie. C’est le 12 mars 1998 qu’il a sauté sur une mine dans le village de Kaguitt, dans l’arrondissement de Nyassia, au Sud de Ziguinchor. Elle n’avait que 9 ans. Lorsque nous rencontrions, le secrétaire général de l’association ne laisse aucun signe d’un passé douloureux. Il n’est pas dans le syndrome post-traumatique. C’est un croyant.

Le miraculé
DémineurD’ailleurs, il a accepté le rendez-vous sous condition que nous fassions avant la prière du vendredi. Djibril Diallo est revenu de loin. Il ne veut pas insisté sur son sort. C’est le porte-parole des autres. C’est lui le secrétaire général de l’association des victimes des mines en Casamance. « Dans notre association, nous travaillons à aider nos membre à monter des projets viables. Nous voulons que toutes les victimes gagnent leur vie comme les autres personnes. Ce n’est pas facile. Mais nous travaillons pour l’épanouissement des victimes », répète le secrétaire général de l’association des victimes titulaire d’un Master II en informatique appliquée à la gestion obtenue à l’Université de Ziguinchor. L’intérêt général prime sur les intérêts personnels pour Djibril Diallo.
De Boffa, nous revenons à Ziguinchor, au quartier Yama Togne près de la police. En face du siège de l’Anrac, il est assis à l’entrée d’un hangar où sont arrimées des planches de différentes dimensions. C’est ici qu’il gagne désormais sa vie. A vrai dire, son parcours est jalonné d’incidents et d’accidents. L’ancien chauffeur de transport en commun Ziguinchor-Bissau a frôlé deux fois la mort. « Je faisais la navette avec une voiture de transport en commun. La voiture s’est renversée deux fois avec moi, je suis sorti indemne », raconte-il. Il n’en avait pas fini pour autant avec les déboires car la grand-mère du propriétaire de la voiture venait régulièrement le menacer. Mais le chauffeur fait la sourde oreille jusqu’à ce qu’il tombe malade. « Dans ma vie, j’ai tout vu. La grand-mère du propriétaire de la voiture m’intimider en me disant de ne pas conduire la voiture de son petit-fils et que si je persiste, j’allais être atteint par un mauvais sort », raconte-il.

Six mois plus tard, le chauffeur contracte une nouvelle maladie. Il fait le tour des hôpitaux, malgré tout son état de santé ne cessait de décliner. Il a épuisé toutes les voies de recours de la médecine moderne. Il s’est alors résolu à se rendre dans son village d’origine Djirack, dans la zone de Santhiaba Manjack. « Je suis retourné à la source », dit-il. Une fois à Djirack, ses parents lui ont demandé de s’installer à Boudjédiette pour le traitement traditionnel. Il ne connaissait personne dans ce village. C’est ici que les signes prémonitoires lui sont apparus. Le chauffeur avait vu venir l’accident. « Un jour, j’ai rêvé que j’ai sauté sur une mine. D’habitude, lorsque je fais ce genre de rêve, je savais ce qu’il fallait faire. Mais cette fois-ci, je n’avais pas de solution. Je me suis dit alors qu’il fallait que je me confie », confesse-t-il. Deux jours plus tard, un vendredi, il décide de partir à Djirack en empruntant une route bordée de bosquet. Un bras de fleuve sous l’influence des marées hautes et basses était un passage obligé. Juste avant le pont de fortune, à Essoudiack, il entendit une voix. Mais il ne voit personne aux abords. Il pose son pied gauche sur une planche du pont. Celle-ci se soulève. Il fait marche arrière et piétine la mine. « J’ai entendu une explosion. Ma tête s’est retrouvée au fond de l’eau. J’ai retrouvé mon pied derrière moi. La zone n’était pas fréquentée. Je suis resté de 17 heures à 19 heures. J’ai abondamment saigné. C’est après l’alerte à Essououdiack que les militaires se sont mis à ma recherche », raconte-t-il.

Le mot du capitaine raisonne encore dans sa tête. Ce dernier, au regard du temps perdu après l’accidente et la perte de sang, n’avait pas espoir que Djibril Diallo allait survivre. Il est évacué à l’hôpital principal où il a été interné durant 1 mois 15 jours. « Je dois remercier Dieu, je suis en vie. Combien de personnes qui n’ont pas survécu après avoir sauté sur une mine, d’autres sont amputées de deux jambes », se résigne l’automobiliste. C’est avec ses économies qu’il a supporté les frais d’hospitalisation et l’achat de la prothèse.

Des familles disloquées
L’automobiliste est un esprit libre. Il le clame. Un jour, à la gouvernance, lors d’une réunion après la fête du 4 avril, lorsqu’un un responsable d’une structure a présenté la situation des victimes des mines sous de beaux draps, il a élevé la voix. Les personnes préposées à la sécurité l’évacuèrent manu militari de la salle. Depuis lors, il est mis au banc des accusés. L’automobiliste accuse : « L’association ne m’informe de rien. Parfois, c’est moi qui surprends les membres en réunion. Je n’ai pas la langue dans ma poche. Je dis ce que je pense », se targue-t-il.

Cette victime est une mine d’informations. Il nous tient en haleine durant plus d’une heure. Il ne veut pas de compassion. Le sort des autres victimes le préoccupe. Il compatit avec une femme du nom d’Elisabeth Nansala abondée par son époux. L’autre est un homme divorcé d’avec son épouse. « Un de nos camarades est décédé à cause des remords. Sa femme a quitté le domicile conjugal », se désole l’ancien chauffeur.

Refus de la fatalité
Depuis son accident, il n’est pas resté les bras croisés. Il refuse de s’apitoyer sur son sort. Il s’est lancé dans l’élevage de poulet. L’activité était fleurissante. Mais sa volaille est décimée par une maladie dans un premier temps. Il indexe l’aliment importé de Dakar. Avec l’appui des Ong, il se relève de cette chute. Il achète des poussins. Il en élève à nouveau. Cette fois-ci, c’est lui qui est tombé malade. Pendant qu’il était hospitalisé, des personnes mal intentionnées ont fait main basse sur ses poulets. Il met en veilleuse l’élevage et il tente de se refaire une santé financière en aidant son ami à louer des planches pour les coffrages. « J’avais décidé de ne plus parler de mon sort. Je refuse qu’on me prenne comme une personne qui met sa situation en avant pour avoir quelque chose. A Ziguinchor, les victimes des mines ont besoin d’aide. Mais je ne connais pas une seule qui mendie. Je crois que je peux gagner ma vie comme les autres personnes », affirme l’automobiliste.

A Ziguinchor, ces victimes passent inaperçues. Certaines ne veulent plus revenir sur leur sort pour ne pas attirer les regards de l’entourage. « Les victimes se méfient parce qu’elles ne veulent pas que les personnes croient qu’elles veulent se servir de leur situation pour se faire de l’argent », témoigne M. Diallo, chargé des opérations de déminage au Centre national anti-mines situé dans le quartier Halwar de Ziguinchor. Des élèves qui étaient victimes des mines enseignent dans des écoles de la région.

Ousseynou Coréa : « Les femmes sont abandonnées par leurs belles-familles ou par leurs familles »
Veillant sur le Centre national anti-mines sis à Halwar, Ousseynou Coréa n’est plus retourné au campement « Oasis » de Niaguiss où il travaillait. Il fait partie des survivants du véhicule qui avait sauté sur une mine en 2002. Il a été hospitalisé pendant quatre mois à l’hôpital régional de Ziguinchor. Il se préoccupe plus des conditions des femmes amputées. « Elles sont soit abandonnées par leurs belles-familles soit par leur parents proches parce qu’elles sont physiquement diminuées », témoigne Ousseynou Coréa.
 
Mamadou Diallo, chargé des opérations au Cnams : « On peut acheter une mine à 500 FCfa, mais pour l’enlever, il faut 1,5 million de FCfa »
Les activités de déminage se poursuivent dans la région naturelle de la Casamance. Et depuis février 2008, début des opérations, c’est un total de 429 engins qui ont été prélevés et détruits par les équipes qui interviennent sur le terrain. Actuellement, la superficie nettoyée est estimée à 1.795.553,372 m² sur les 35 localités à Kolda, Sédhiou et Ziguinchor. « Au moment où je parle, l’activité de déminage est toujours en cours dans la région naturelle de la Casamance. Présentement, les équipes sont dans un quartier de Ziguinchor qu’on appelle Djibanar, dans la commune de Boutoute », explique Mamadou Diallo, chargé des opérations au Centre national d’action anti-mines (Cnams).
 
Mais dans ces activités de déminage, certaines zones semblent plus infectées que d’autres. C’est le cas de Niaguiss où l’essentiel des engins ont été prélevés. Il reste aujourd’hui à nettoyer une superficie évaluée à 1 563 595 m², mais les responsables du Cnams se heurtent à la cherté des opérations de déminage. « On peut acheter une mine entre 300 et 500 FCfa; mais pour l’enlever, il faut 1,5 million de FCfa », regrette Mamadou Diallo. Compte tenu du retrait de plusieurs partenaires dans le financement des opérations de déminage au Sud du pays, l’Etat du Sénégal a injecté 4 milliards FCfa dans le programme national de déminage à raison de 200 millions de FCfa pour le Centre national d’action anti-mines. Cette somme reste insuffisante parce que devant faire l’objet d’arbitrage entre les activités d’insertion, l’assistance aux victimes et le déminage proprement dit.

Enlèvement des démineurs en mai 2013
A ce manque de moyens, il faut aussi ajouter d’autres facteurs qui ont contribué au ralentissement des activités de déminage. Parmi ces facteurs, il y a l’enlèvement des démineurs en mai 2013. Ce qui a semé le doute dans l’esprit des Ong et des bailleurs de fonds engagés au côté du Sénégal. « Depuis cet enlèvement, la progression sur le terrain a connu un ralentissement du fait du retrait de certains bailleurs et par conséquent la réduction du nombre d’opérateurs et des ressources disponibles », nous confie-t-on. Egalement avec la réalisation de la Rn6 et les 26 km de pistes de production devant être réalisées par l’Ong américaine « Shelter for life », les activités de déminage ont été suspendues sept (7) mois durant.

Accompagnement social et psychologique : Une intervention multidimensionnelle avec des effets appréciables
Gratuité des soins médicaux dans les hôpitaux, prise en charge psychologique, financement de projets pour une meilleure insertion socio-économique, les victimes des mines bénéficient d’une réelle assistance de la part de l’Etat, par le biais du Centre national d’action anti-mines au Sénégal (Cnams) basé à Ziguinchor.

C’est l’une des séquelles les plus visibles du conflit en Casamance. Les nombreuses mines enfouies dans certaines zones de la région naturelle de la Casamance. Ces engins continuent de faire des victimes, avec ces centaines d’hommes et de femmes amputés, après avoir sauté sur ces engins de la mort. Ils sont élèves, femmes au foyer ou paysans qui ont vu leur vie bouleversée après un accident. Certaines de ces victimes, sinon la plupart, vivent dans des conditions précaires. Au total 826 victimes ont été recensées depuis le début du conflit par le Centre national d’action anti-mines au Sénégal (Cnams). Militaires et civils sont confondus dans ce lot. Mais qui est réellement considéré comme victime et bénéficie-t-elle d’assistance ? « La notion de victime est très large, selon la convention d’Ottawa. Est victime la personne qui a sauté sur une mine ; les parents de cette victime, les communautés dont les champs sont pollués par les mines. C’est une concept très large. Il appartient à chaque pays, en fonction avec ses réalités et de ses moyens, de définir la notion de victime. Le Sénégal a pris l’option de se focaliser sur les victimes civiles survivantes présentant des séquelles », explique Khady Badji, chargée de la Division réinsertion des victimes au Centre national d’action anti-mines.

Actuellement 183 victimes survivantes portant des séquelles ont été dénombrées. Parmi elles, il y a 85 amputées dont quatre double amputées. « Ces victimes constituent la priorité du Sénégal en matière d’assistance aux victimes », réitère Khady Badji du Cnams, soulignant que la prise en charge de ces personnes est du ressort du Plan d’action national qui a été élaboré avec l’ensemble des acteurs qui interviennent sur la question. Aujourd’hui, l’assistance aux victimes des mines comporte deux volets. Il y a tout d’abord les soins d’urgence et les soins médicaux ultérieurs qui consistent à faire bénéficier à chacune de soins d’une prise en charge gratuite dans les centres hospitaliers régionaux. Des fonds ont été mis en place pour l’achat de médicaments destinés à ces blessés. L’accompagnement psychologique n’est pas en reste. En collaboration avec différentes structures, le Centre national d’action anti-mines assure aux victimes un suivi psychologique. Actuellement 18 élèves et étudiants sont suivis au Centre d’orientation scolaire et professionnel. D’autres structures interviennent dans ce volet notamment le centre psychiatrique de Kémo ou encore la direction régionale de l’Action sociale.

« Baisse significative des accidents »
Le second volet de la prise en charge des victimes de mines concerne l’insertion socio-économique. A ce titre, des efforts ont été faits par le Cnams. « Cette insertion socio-économique est la finalité parce qu’on permet aux victimes des mines de s’insérer dans le tissu social et économique à travers l’éducation primaire, secondaire et par la formation professionnelle, par l’emploi », signale Mme Badji. Pour ce qui est des élèves, poursuit-elle, nous leur dotons depuis 2010 de manuels et de fournitures scolaires pour leur permettre d’étudier dans de meilleures conditions. En outre des fournitures scolaires sont offertes aux enfants des parents victimes des mines. La réadaptation physique des personnes à qui on offre des protèges, des fauteuils roulants ainsi que le renforcement de capacité institutionnelle et organisationnelle aux associations de victimes entrent aussi dans ce volet.

La prise en charge des victimes n’est pas la seule mission du Centre national d’action anti-mines. Puisque le Cnams accorde une grande importance à la sensibilisation avec le volet « Education aux risques des mines ». Un aspect qui est mis en œuvre avec les associations locales en vue de prévenir les accidents des mines. Actuellement, cette politique de sensibilisation a porté ses fruits. Une « baisse significative » des accidents a été enregistrée depuis le début de cette politique. De 190 en 1997, le nombre de victimes est tombé à 70 en 1999, ce qui est considéré comme un résultat non négligeable. Pour l’heure, le déminage et l’éducation aux risques de mines restent les deux volets qui permettront, dans un futur proche, d’éradiquer ces stigmates du conflit en Casamance.

Par nos envoyés spéciaux Maguette NDONG,
Idrissa SANE (textes) et Assane SOW (photos)

AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.