Grands Dossiers (296)

Au Sénégal, les taux de prévalence du Vih les plus élevés sont enregistrés dans les régions Sud. Pourtant notre pays veut mettre fin à cette épidémie d’ici à 2030. Pour réussir ce pari, des stratégies sont mises en œuvre à Kolda, Sédhiou et Ziguinchor avec un accent particulier sur le dépistage qui permettrait de mettre sous traitement les personnes testées positives et de réduire les risques de transmission du virus.

Malgré la baisse de la prévalence du Vih (0,5% au niveau national), les régions situées au sud du Sénégal (Kolda, Sédhiou, Ziguinchor) restent les points noirs de la lutte contre le Sida. Elles ont des prévalences dépassant largement la moyenne nationale. Selon le rapport 2016 de l’Onusida, Kolda a un taux de prévalence du Vih de 2,4%, Sédhiou 1,7% et Ziguinchor 1%. Pour réduire ces taux, des stratégies, centrées principalement sur le dépistage, sont mises en œuvre dans ces trois régions.

Selon le Dr Abdoulaye Sagna, responsable de la prise en charge du Vih dans le district sanitaire de Sédhiou, le dépistage permet de stopper la transmission. Il a justifié cela par le fait que la personne dépistée très tôt, si elle est positive, est aussitôt mise sous traitement. « En prenant correctement les Arv, une PvVih (Personne vivant avec le Vih) peut avoir une vie normale et des rapports sexuels sans transmettre le virus à son partenaire. D’où l’intérêt de dépister très tôt », a expliqué le Dr Sagna.

Pour inciter les gens au dépistage, le médecin a préconisé des campagnes de sensibilisation pour démontrer aux populations que le Sida est une maladie comme toutes les autres. « On peut vivre avec le virus pendant des dizaines d’années si l’on respecte la prise des médicaments », a soutenu le spécialiste des questions de Vih.

Ibrahima Ismaïla Ndiaye, adjoint au gouverneur de la région de Ziguinchor, chargé des affaires administratives, va plus loin en proposant un dépistage obligatoire. Selon lui, le dépistage est un élément important, car menant vers l’élimination du Sida en 2030.

Les acteurs de la lutte contre le Sida des trois régions peaufinent aussi les stratégies des « trois 90 ». Il s’agit de dépister 90 % des PvVih, de mettre sous traitement 90 % des personnes infectées dépistées et d’arriver à une charge virale indétectable chez 90 % des personnes suivant un traitement. Par rapport à ces objectifs, la région de Ziguinchor est sur la bonne voie.

D’après Jacques François Sambou, assistant social au district sanitaire de Ziguinchor, le premier est même dépassé. Car sur l’objectif assigné par le Conseil national de lutte contre le Sida (Cnls) de dépister 75 personnes par trimestre, « nous, l’avons atteint en 1 mois », s’est-il réjoui, indiquant que la stratégie consistant à dépiter, traiter et retenir les PvVih (Tatarsen) est mise en œuvre dans toutes les structures de santé de Ziguinchor.

Dépister le maximum de personnes
Depistage VihLa région de Kolda s’est aussi inscrite dans cette dynamique en mettant sous traitement antirétroviral 1727 PvVih sur 1807 suivies sur l’étendue de la région.

A Sédhiou, Ndèye Khady Diouf Kane, point focal du programme de Prévention de la transmission du Vih de la mère à l’enfant (Ptme), a reconnu que le taux de séropositivité est encore élevé. « Nous sommes en train de travailler à éliminer le Vih d’ici à 2030 », a-t-elle signifié. Dans ce cadre, des stratégies sont mises en place, parce que les acteurs veulent que le maximum de personnes connaissent leur statut sérologique afin de les mettre sous traitement si elles sont positives. « Nous avons réussi cela pour ce qui concerne la Ptme », s’est félicitée Mme Kane. Elle a révélé qu’à Sédhiou, la Prévention de la transmission du Vih de la mère à l’enfant est passée de 4 à 2 % grâce à la mobilisation des autorités administratives, des collectivités locales et des PvVih. Dans cette région, tout comme dans toutes les localités du pays, toutes les femmes enceintes qui viennent dans les structures de santé sont dépistées.

La décentralisation de la prise en charge au niveau des postes de santé fait aussi ses effets. L’infirmier chef de poste du village d’Adéane, dans l’arrondissement de Niaguis, (département de Ziguinchor), a confirmé cela. Selon lui, beaucoup d’infirmiers de la région de Ziguinchor sont capables de suivre une PvVih. « Cette décentralisation est faite au niveau des postes de santé, par chaque district, en fonction de la cohorte », a précisé Maïmouna Guèye Tall, conseillère technique Vih dans la région médicale de Ziguinchor. Elle a indiqué que la décentralisation de la prise en charge du Vih relève du patient. « S’il y a beaucoup de patients dans une zone, nous formons l’infirmier chef de la localité, pour qu’il les suive dans le but de leur éviter certains déplacements », a expliqué Mme Tall.

Justement, dans ces trois régions, beaucoup de patients déclarés perdus de vue ne viennent pas au rendez-vous, faute de moyens financiers. Dans ce cadre, le Dr Abdoulaye Sagna a souligné que la pauvreté chez les PvVih des régions du Sud reste un point noir dans la lutte contre le Sida.

Par Eugène KALY

PRISE EN CHARGE : LA RUPTURE DES RÉACTIFS, UN OBSTACLE À L’ATTEINTE DES « TROIS 90 »
Antiretroviraux VihLes acteurs et les prestataires de santé des régions de Ziguinchor, Kolda et Sédhiou sont souvent confrontés à des ruptures de réactifs. Un manquement auquel les autorités sanitaires doivent trouver des solutions si elles veulent stopper la transmission de cette maladie d’ici à 2030.

La rupture des réactifs dans les régions de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor freine les efforts des acteurs engagés dans la riposte au Vih. Elle est, en effet, à l’origine de nombreux échecs thérapeutiques, a indiqué le Dr Abdoulaye Sagna, chargé de la prise en charge du Vih au district sanitaire de Sédhiou.

A Ziguinchor, le manque de réactifs a des conséquences sur la publication des données du Vih. « Nous avons commencé à prélever des charges virales depuis 2015. Mais, il se pose un problème de rendu des résultats parce que nous avons perdu tous les prélèvements effectués durant cette période », a regretté Jacques François Sambou, assistant social et gestionnaire des données au pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor. « Il fallait tout reprendre à cause de ces difficultés techniques », s’est-il désolé, ajoutant qu’ils avaient « même des problèmes pour conserver des prélèvements à moins de 80 degrés ».

Cette période était difficile, car le personnel traitant a perdu la confiance des patients. « Certaines PvVih ont mis en cause la crédibilité de nos travaux puisque ne pouvant pas rester six mois sans avoir aucune idée sur l’évolution de la maladie, notamment la charge virale. Aujourd’hui, il y a des PvVih qui refusent de faire des prélèvements pour déterminer la charge virale. Elles nous disent qu’elles ont fait l’examen en 2016, alors que jusque-là, elles n’ont pas reçu les résultats. Ce n’est pas la peine de le refaire nous lancent-elles », a raconté Jacques Sambou. Ce dernier a constaté que la rupture des réactifs a fini de créer une incompréhension entre les prestataires et les patients.

Cependant, il y a de l’espoir, vu que la structure hospitalière essaie actuellement de se rattraper. Ainsi, sur les 300 prélèvements effectués en 2017, 42 résultats ont été mis à la disposition des responsables du Pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor.

Les régions de Kolda et Sédhiou ont aussi connu ces moments difficiles. Mais, c’est un vieux souvenir, à en croire Saloum Fall, de la Pharmacie régionale de Kolda. Selon lui, les deux régions n’ont plus connu de ruptures de réactifs et d’Arv (antirétroviraux). A Kolda, les 1727 PvVih mises sous traitement sur les 1807 cas de Vih suivent correctement les prescriptions. Donc, pour le médecin-chef de la région médicale, Yaya Baldé, 90 % des séropositifs sont suivis dans les districts sanitaires de Kolda, Médina Yoro Foula et Vélingara.

Eugène KALY

KOLDA, ZIGUINCHOR ET SEDHIOU : PLUS DE 70% DES HOMMES QUI ONT DES RELATIONS SEXUELLES AVEC LES HOMMES SONT BISEXUELS
Vih TestLe phénomène des hommes bisexuels touche les régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda. Ce qui rend difficile la lutte contre le Sida dans cette partie du pays où le taux de prévalence dépasse la moyenne nationale.

Les populations clés, à savoir les professionnelles de sexe, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les usagers de drogues injectables ou encore les détenus, constituent un vrai obstacle à la lutte contre le Sida au Sénégal. Si le taux de prévalence du Vih dans la population générale est très faible (0,5%) selon le rapport 2016 de l’Onusida, il reste élevé au niveau des populations clés. Il est de 17,8% chez les homosexuels ou hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (Msm en anglais), 6,6% chez les travailleuses du sexe et 9,2% chez les utilisateurs de drogues injectables. Et la situation est plus préoccupante dans les trois régions du sud du pays. « Ces populations clés rendent la lutte contre le Sida beaucoup plus difficile », a déclaré Nourou Diallo, coordonnateur de l’Alliance nationale des communautés pour la santé (Ancs)-Usaid Néma de Kolda.

La région de Kolda qui peine déjà dans la prise en charge des professionnelles du sexe et des Msm a une nouvelle catégorie de personnes vulnérables : les utilisateurs de drogues injectables. Ce groupe vient s’ajouter à 120 Msm, sans compter le nombre non maîtrisé des travailleuses de sexe. « Nous avons de sérieux problèmes pour ce qui concerne ces populations clés parce que plus de 70 % Msm sont bisexuels. Ils ont des épouses. Pis, ils font des rapports sexuels avec de jeunes élèves, en particulier des lycéens. Les parents doivent redoubler de vigilance dans ce domaine », a averti M. Diallo.

A Sédhiou, le coordonnateur de l’Ancs, Nfally Badji, a dénombré environ 400 Msm. Dans ce groupe vulnérable, l’on trouve beaucoup de jeunes. Aucun chiffre s’agissant de la prostitution, alors que le phénomène existe dans la région. Seulement, elle se fait dans la clandestinité. Ziguinchor compte aussi le même nombre de Msm. « Environ 350 personnes ont des relations bisexuelles », a informé un anonyme.

Par Eugène KALY

VIH PEDIATRIQUE : UNE DIZAINE D’ENFANTS SOUS TRAITEMENT À ZIGUINCHOR
Vih PediatriqueLe service pédiatrique de l’hôpital de la paix de Ziguinchor participe à la prise en charge du Vih. Des Arv sont proposés aux enfants infectés dont 10 sur 16 atteints sont il est sous traitement.
Le Dr Assane Dramé, médecin-pédiatre en formation et spécialiste en santé publique de l’hôpital de la Paix de Ziguinchor s’occupe d’une cohorte de 10 enfants souffrants du Vih sur 16. Il a assuré que la prise en charge de cette couche se passe bien dans la région de Ziguinchor. Au service pédiatrique de l’hôpital de la Paix, ladite prise en charge a démarré en 2015.

« Nous sommes à 16 cas dépistés positifs, dont 10 sous traitement, parce que malheureusement, il y a un cas de décès et 5 perdus de vue », a fait savoir le Dr Assane Dramé. Le pédiatre a signalé qu’il n’y a aucune difficulté dans la prise en charge. « Les Arv sont disponibles et accessibles aux enfants. Il n’y a pas de rupture de molécules pédiatriques. Nous suivons les enfants dès l’âge de nourrisson, c’est-à-dire après le dépistage, jusqu’à 14 ans révolus », a-t-il renseigné.

Le service de pédiatrie prend en charge toutes ces tranches d’âge. « Cependant, la séparation est souvent difficile lorsque l’enfant atteint 14 ans. Il refuse souvent de partir dans un autre site où sont pris en charge les personnes adultes », a souligné le Dr Dramé. Les pédiatres veillent aussi sur trois éléments concernant la prise en charge des enfants atteints. Il s’agit du suivi du traitement de cette couche vulnérable, de leur nutrition et de leur état psychologique. « L’une des questions ne peut aller sans l’autre. Quand on prend l’exemple des Arv, nous constatons que ces molécules ont besoin des protéines pour pouvoir atteindre leur cible et faire un effet positif dans l’organisme de l’enfant. Si un enfant malnutri continue de prendre des Arv et ne s’alimente pas bien, cela peut avoir un effet négatif sur sa santé. Nous sommes obligés de veiller sur ces paramètres pour aider l’enfant à avoir une vie saine et surtout à poursuivre ses études sans se préoccuper de sa santé », a soutenu le spécialiste. Il a cependant averti les parents : « Quand un enfant présente une malnutrition aigüe sévère, il doit se faire dépister du Vih. Cette forme de malnutrition est un facteur de risque de Vih ». Dès lors, le Dr Assane Dramé a préconisé de privilégier le « dépistage familial ». Selon lui, ce dernier consiste à dépister les enfants des PvVih. « Il faut allez chez elles en leur proposant de dépister leurs enfants. Si le résultat est positif, l’enfant est pris en charge ; ce qui lui donne des chances de grandir en bonne santé », a-t-il conseillé.

E. KALY

ZIGUINCHOR : LA DÉCENTRALISATION DE LA PRISE EN CHARGE DU VIH, UNE RÉALITÉ
Hopital Regional ZiguinchorL’effectivité de la décentralisation de la prise en charge du Vih dans la région de Ziguinchor est l’un des points positifs dans la croisade contre le Sida. Des infirmiers chef de poste et des sages-femmes sont chargés de suivre des séropositifs sur place afin de leur éviter des va-et-vient entre la commune et leurs localités.

La décentralisation de la prise en charge du Vih dans les postes de santé est une réalité dans la région médicale de Ziguinchor. En accueillant des membres de l’Association des journalistes en santé, population et développement, Jacques François Sambou, assistant social et gestionnaire des données du Vih au pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor, a révélé que la prise en charge du Vih se fait dans les postes de santé les plus reculés de la région. Des infirmiers chef de poste et des sages-femmes ont ainsi été capacités pour prendre en charge des PvVih. Ces dernières « viennent au pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor juste pour faire le bilan. Elles sont référées aussitôt dans les postes de santé pour leur suivi », a-t-il fait savoir. M. Sambou a indiqué que sur le plan national, les acteurs de la lutte contre le Sida ont beaucoup insisté sur la formation des prestataires. « Ce que nous avons réussi à faire, parce qu’ici, il n’est pas rare de voir un infirmier s’occuper de la prise en charge dans cette zone, quel que soit son enclavement. Cela mérite les encouragements des acteurs locaux, car la région médicale a longuement travaillé dans ce sens. C’est un point positif », s’est-il réjoui. Sur ce, l’assistant social a rendu hommage aux autorités religieuses, administratives et coutumières qui ont participé activement à ce projet de décentralisation de la prise en charge du Vih.

Maïmouna Guèye Tall, conseillère technique du Vih de la région médicale de Ziguinchor, a confirmé l’effectivité de la décentralisation de la prise en charge dans les postes de santé. « Dans toutes les localités de la région où il y a beaucoup de patients, nous décentralisons la prise en charge pour éviter à ces derniers le déplacement », a-t-elle confirmé, soulignant qu’avec le concours de l’Usaid, plus de 36 sages-femmes et infirmiers chefs de poste ont bénéficié de la formation. Seulement, a regretté Mme Tall, ces agents bénéficiaires d’un renforcement de capacités peuvent être affectés au courant de l’année ; ce qui constitue un frein à ce projet de prise en charge.

Mais, elle se dit optimiste parce que si tous les paramètres de prise en charge sont respectés, le Sénégal pourrait, à son avis, stopper la transmission du Vih d’ici à 2030.

A Ziguinchor comme à Kolda, en passant par Sédhiou, les acteurs ne veulent plus voir des PvVih transmettre le virus à leurs partenaires. « Il faut sensibiliser les populations en leur faisant comprendre qu’une personne séropositive peut avoir des rapports sexuels non protégés avec son époux sans risque de contamination, si le protocole de la prise en charge est respectée », a signifié Maïmouna Guèye Tall. Selon elle, il est essentiel de faire comprendre à tous qu’en matière de lutte contre le Sida, il y a un véritable changement. « Le Sida n’est plus synonyme de mort.

Il y a un traitement efficace et on peut vivre pendant des années avec la maladie. Il faut que le rideau soit levé et que tout le monde accepte de se faire dépister. Nous ne devons pas avoir peur de cette maladie », a-t-elle rassuré.

Par Eugène KALY

LE VIH/SIDA A TUÉ 11 PERSONNES À KOLDA EN 2017
Même si le taux de mortalité lié au Vih est faible, le Sida continue de faire des ravages au Sénégal. A Kolda, 11 personnes sont décédées au cours du 3ème semestre 2017 à cause de cette maladie, a informé Mouhamadou Souané, assistant social du district sanitaire de Kolda chargé des données du Vih. Ces décès sont dus à un dépistage tardif. « Les victimes ne savaient pas qu’elles avaient la maladie pour se faire traiter à temps », a justifié notre interlocuteur. Il a ajouté que, dans la région, beaucoup de gens ont perdu la vie à cause du Sida sans le savoir. D’où l’importance de sensibiliser les populations sur la nécessité de se faire dépister très tôt et de se prendre en charge.

E. KALY

KOLDA : 60% DES PROSTITUÉES SONT DANS LA CLANDESTINITÉ
Prostitution« Il y a plus de prostituées clandestines dans la région que déclarées », a lâché Saloum Fall, de la pharmacie régionale de Kolda. Selon lui, les prostituées clandestines rendent difficiles la lutte contre le Sida. Cette difficulté est confirmée par le coordonnateur de l’Alliance nationale des communautés pour la santé (Ancs)-Usaid Néma de Kolda qui a indiqué que la prostitution se fait maintenant en ligne pour éviter la traque des policiers. « Avec les nouvelles technologies de la communication, les professionnelles du sexe ont changé de méthode de travail. Elles trainaient dans les bars et boites de nuit. Maintenant tout se passe au téléphone ou sur les réseaux sociaux », a-t-il expliqué.

Nourou Diallo a rappelé que la prostitution n’est pas autorisée. Elle est seulement tolérée. C’est pour cette raison que, dans les localités comme Sédhiou et Médina Yoro Foula, ancrées dans la culture et la religion, aucune femme n’ose déclarer publiquement qu’elle est travailleuse du sexe. Ainsi, beaucoup d’entre elles s’adonnent à cette activité sans précaution, au risque de s’exposer au Vih/Sida. La preuve : à Kolda, sur 820 travailleuses de sexe clandestines dépistées l’année dernière, 22 ont été déclarées positives. « Heureusement, nous avons proposé le dépistage à certaines travailleuses du sexe clandestines. Les séropositives sont mises sous traitement antirétroviral. Et dire qu’elles pouvaient continuer à contaminer des gens sans le savoir ! D’où l’intérêt d’insister sur l’importance du dépistage », a soutenu notre interlocuteur.

Eugène KALY

BINTOU TRAORE, SEROPOSITIVE : LA CRAINTE DE DÉVOILER SON STATUT SÉROLOGIQUE
Atteinte du Vih en 2010, Bintou Traoré (nom d’emprunt) vit positivement sa maladie. Même si elle se dévoile auprès de ses pairs, elle cache son secret à sa famille et à son entourage, ne voulant pas que ses enfants et son mari soient stigmatisés.

Au Sénégal, des Personnes vivant avec le Vih (PvVih) se dévoilent de plus en plus au public. Fini donc le temps où les séropositifs se cachaient. Le Sida étant considéré par beaucoup d’experts comme une maladie chronique, il faut vivre positivement avec en respectant les rendez-vous et la prise des Arv. C’est ce qu’ont compris beaucoup de PvVih à l’image de Bintou Traoré.

Vih Ruban MainsOriginaire de la Guinée et habitant à Sédhiou, la jeune dame a découvert son statut en 2010, lors d’une séance de dépistage. « A l’annonce de la nouvelle, on dirait que le ciel m’était tombé dessus. En quelques minutes, tout était sombre. Mais, il fallait que je me relève, parce que je ne peux pas abandonner à cause de mes enfants. En tant que croyante, j’ai accepté ma maladie », a-t-elle confié.

Mariée et mère de 5 enfants, la jeune femme a répondu aux questions des journalistes, parfois en les taquinant. Ce qui démontre qu’elle mène ses activités sans se soucier de son statut sérologique. Si ses pairs sont informés de sa séropositivité, son entourage ne l’est pas. « C’est à cause de la stigmatisation que je n’ai pas dévoilé mon statut à mon entourage. J’ai gardé le secret pour protéger ma famille. Je ne veux pas que mes enfants soient stigmatisés dans les rues et à l’école », a expliqué, avec le sourire, Bintou. Aujourd’hui, elle mène un plaidoyer auprès des responsables du Conseil national de lutte contre le Sida et des autres partenaires pour qu’ils viennent en aide aux PvVih. « Ces dernières souffrent, parce qu’en dehors de la prise en charge, elles doivent faire face aux charges liées aux examens et bilan concernant leur santé », a-t-elle soutenu.

Eugène KALY

SEDHIOU : BAISSE DU TAUX DE TRANSMISSION DU VIH DE LA MÈRE À L’ENFANT
Sédhiou, l’une des régions les plus touchées par la pandémie du Vih/Sida, veut stopper la transmission mère-enfant. Des acteurs, avec l’aide du Conseil national de lutte contre le Sida et des partenaires, ont mis en place plusieurs stratégies pour éviter aux femmes enceintes de mettre au monde des enfants atteints du Vih. D’après la responsable de la Prévention de la transmission du Vih de la mère à l’enfant, Ndèye Khady Diouf Kane, parmi ces stratégies, il y a le dépistage de toutes les femmes enceintes qui se présentent dans une structure de santé, la sensibilisation sur l’importance de la femme séropositive d’être sous traitement, mais surtout le respect des rendez-vous par cette dernière.

Mme Kane a affirmé que beaucoup de femmes en état de grossesse acceptent, aujourd’hui, de se faire dépister sans aviser même le mari. « Cela explique la baisse du taux de transmission du Vih de la mère à l’enfant qui est passé de 4 à 2 % ces dernières années », a-t-elle justifié. La responsable de la Prévention a ainsi tenu à rendre hommage aux acteurs de la lutte contre le Sida, aux collectivités locales et aux femmes enceintes qui se sont mobilisés pour qu’aucun enfant ne naisse avec le Vih. Cependant, des obstacles sont encore notés dans la politique de prévention de la transmission mère-enfant. Des femmes qui habitent des villages éloignés, faute de ressources financières, ne respectent pas souvent leur rendez-vous après le dépistage. « Ce qui aggrave les risques de transmission mère-enfant dans certaines localités de la région », a regretté Mme Kane. A cela s’ajoutent des difficultés liées au réseau de transport qui fait défaut à Sédhiou et environs.

Par Eugène KALY

Je reviens du Rwanda. Je m’y étais rendu du 6 au 10 avril, pour prendre part aux cérémonies marquant les commémorations du génocide perpétré contre les Tutsis en 1994. J’y étais sur invitation de ma collègue chargée de la Culture et des Sports. Quand on visite ce pays, vingt-quatre (24) ans après le génocide, on en revient gonflé de fierté et de confiance. Sans exagération aucune, un voyage dans ce pays produit, en vous, les mêmes sensations qui vous habitent, quand vous sortez d’une salle de cinéma, après une séance de projection du film black Panther. Cette fiction qui caracole dans les box-offices réconcilie le peuple noir avec lui-même, en le décrivant comme le moteur de sa propre histoire, en l’imaginant comme un bâtisseur et un acteur principal dans l’œuvre de construction d’une civilisation universelle.

A l’image des personnages de cette fiction qui subliment le noir, le Rwanda, en refusant de s’enfermer dans un passé tragique et désespérant pour en rester un prisonnier, a décidé de construire habilement et avec détermination son avenir de façon stupéfiante. Il est peut-être quelque part l’inspirateur des producteurs de ce film. Ce pays fait la preuve que nulle fatalité, tenant on ne sait à quoi, en tous les cas, pas à l’emplacement géographique et encore moins à la race, ne saurait à jamais clore le destin d’une nation.

A mon retour de Kigali, j’ai eu envie de porter haut la voix pour laisser entendre : un souffle de dignité, d’estime de soi, une volonté de participer à la construction d’un pays, d’une nation forte, solidaire et unie, animent, depuis la sortie du génocide de 1994, les hommes et les femmes du Rwanda. Ils se soucient tous de promouvoir leur pays, de présenter à la face du monde une vision nouvelle de leur société, reconstruite sur la base de l’unité et de la concorde. C’est le sens de ce reportage me permettant ainsi un court instant de renouer avec mon métier d’antan. Je remercie la rédaction du quotidien « Le Soleil » qui accepte d’en assurer la publication, dans cette formule de correspondance particulière.

Vendredi 6 avril 2018. Un regard vite jeté sur le cadran de ma montre bracelet renseigne : 20h 15 minutes en Temps universel. Il faut ajuster les aiguilles pour être à l’heure locale : 22h 15 minutes. Le commandant de bord vient de poser, avec délicatesse, la masse de son Boeing 737/800 sur le tarmac du Kigali International Airport. Nous étions partis de Dakar, 12 heures auparavant, pour un voyage jalonné d’escales éreintantes : Abidjan, Cotonou, Libreville, et enfin, Kigali.

Le commandant de bord a fini d’extirper son aéronef de cette masse compacte de nuages qui surplombe la ville. On peut maintenant porter le regard sur le site qui se dénude sous nos yeux, au moment où l’hôtesse de service annonce notre descente. Le spectacle de lumière qui se montre est surprenant, mais surtout époustouflant dans cet environnement physique qui lui donne un relief saisissant. Depuis les cieux, on distingue clairement cette belle chaîne de collines aux flancs desquelles se plaquent, comme des sangsues, des bâtiments faiblement éclairés. En bas, une orgie de lumière illuminant aux pieds des collines une sorte de vallée au fond de laquelle est blottie la ville de Kigali.

A notre descente d’avion, un léger vent assez frisquet balaie les endroits. Au-dessus de nos têtes, un carrousel de nuages, restes d’une pluie qui refuse de s’arrêter à cette période de l’année, parcourt le ciel. Cette ville renvoie quelque chose de magique. Un paysage magnifique, vert en permanence ! Une morphologie du relief et un environnement pittoresque qui en font un lieu quasi-unique.

Le Rwanda, nous en avons beaucoup entendu parler. Encore plus depuis 1994, point de départ d’une autre vie. Un marqueur sanglant d’une tragédie nationale sans nom. Cette date est peut-être pour ce pays, «l’heure rouge, l’heure dénoncée » pour parler comme Aimé Césaire et reprendre le thème de la Biennale de l’Art contemporain africain, DAK’ART 2018, dont il est, avec la Tunisie, les deux pays invités d’honneur. En tous les cas, quelque chose de substantiel et de profond s’y passe. Pendant quatre jours, nous avons visité le Rwanda : Kigali, Huye et Butaré.

Nous étions, je rappelle, au pays des mille collines sur invitation de notre collègue, Madame le ministre de la Culture et des Sports. En m’interrogeant sur les motivations d’une telle marque de considération pour notre pays, j’ai compris que l’invitation officielle faite au Sénégal, en ma personne, était loin d’être fortuite, car il y a une part bien sénégalaise dans cette histoire à travers le capitaine Mbaye DIAGNE, ce digne fils du Sénégal, observateur militaire de la mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda, considéré comme « l’homme le plus courageux ayant servi l’organisation des Nations unies », comme un des plus grands héros du XXème siècle. Ce héros a été distingué post-mortem pour avoir sauvé à lui seul, au péril de sa vie, plusieurs centaines de personnes, au total quatre cent (des hommes, des femmes et des enfants), explique le conservateur du Musée du génocide ouvert dans les locaux du parlement en 2017. L’humanisme, son sens du devoir et son courage hors du commun, l’aideront. Il eut ce comportement héroïque, pour rester fidèle et faire honneur à une célèbre devise d’une des unités de nos Forces armée : «Quand sonne l’heure de mourir, tous ceux qui survivent portent l’opprobre du déshonneur». Ma présence, au nom de la République du Sénégal, à côté des autorités et du peuple rwandais, en ce jour solennel, n’était-elle pas une marque de reconnaissance au pays d’origine d’un homme qui a préféré la mort au déshonneur ?

Ma collègue en charge de la Culture a eu donc l’amabilité de nous convier pour prendre part aux cérémonies commémoratives du génocide perpétré en 1994. Génocide dirigé principalement contre les Tutsis. Peut-on aujourd’hui croire que cette date, pour dramatique qu’elle fût pour le peuple rwandais, aura finalement été le point de départ irréversible d’un avenir meilleur ?

Cette perspective est, pourrait-on dire, en train de devenir la réalité d’un quotidien vécu. Nul ne doute, cependant, que le chemin à parcourir est encore long et parsemé d’embûches. Les premiers résultats d’une révolution tranquille marquante sont là, visibles. L’organisation de la société rwandaise actuelle, la marche imprimée aux affaires publiques, et enfin, le comportement des citoyens, sont autant de signes pour convaincre le visiteur.

Par Abdou Latif Coulibaly (Correspondance particulière)

Détermination d’un peuple et foi en ses capacités de réussite
Dès le premier contact avec Kigali, on note la détermination d’un peuple et sa foi en ses capacités de réussite. Cet état d’esprit est partout. Dans la circulation en ville, j’ai noté, avec admiration, une discipline portée en bandoulière par tous les conducteurs. Le Sénégalais foulant le sol de Kigali est bluffé par les conducteurs des engins à deux roues. Ils ont tous des casques de protection vissés sur la tête et un autre en réserve accroché au guidon.

A Kigali, on retrouve nulle part d’étals sauvages, ni de vente à la sauvette. Point de marchands ambulants donc, ni de mendiants, encore moins d’animaux divagants à l’air libre. Chaque citoyen nettoie et balaie. En quittant Kigali et en circulant vers Butaré, on croit à peine au spectacle observé sur le parcours, partout, devant les maisons alignées en bord de route, on nettoie et bichonne les fleurs dans des jardins impeccablement dessinés et taillés à l’anglaise.

Toute cette organisation, m’a-t-on expliqué, est bâtie autour des chefs de quartier qui jouent un rôle essentiel dans l’administration des cités. Il semble que c’est ainsi partout dans le pays. On a pu également le constater à Huye et à Butaré, deux villes de l’intérieur. A Kigali, j’ai fait le pari de trouver, dans la circulation, des feux de circulation (feux rouges comme on dit chez nous) défectueux. Pari perdu, après 40 minutes de parcours soutenu et non interrompu en voiture dans les rues et avenues de la ville. Nous avions déjà une idée de cette discipline assumée avec fierté, en voyageant avec Rwandair.

Cette compagnie aérienne est l’une des plus jeunes par l’âge sur le continent, mais l’une des mieux organisées et des plus équipées. La discipline de l’équipage, le personnel naviguant en cabine en particulier est remarquable. Une équipe professionnelle et disciplinée qu’on retrouve difficilement sur des lignes concurrentes africaines.

A peine assis, une attention particulière m’est accordée. Plus que je n’ai eu l’habitude d’en vivre sur n’importe quelle ligne aérienne africaine. Aucun doute, ma présence à bord a été signalée. Le siège que j’occupe en « classe business » n’explique pas tout. Ma qualité de ministre invité par le gouvernement de ce personnel navigant a ajouté à cette attention. Celle-ci se manifeste à moi de plusieurs manières à bord de ce vol. A moins d’une quarantaine de minutes de notre atterrissage pour escale à Cotonou, le co-pilote quitte sa cabine pour se présenter à moi. Il vient s’enquérir de mes sentiments sur le vol. « Ma satisfaction est totale », ai-je répondu.

Le sourire affiché par le jeune pilote, la trentaine sûrement, est symbolique du sérieux qu’il met dans sa tâche et du souci qui est le sien pour s’assurer que l’ensemble de l’équipage est à la hauteur de la mission. J’ai en fait compris que son geste, comme ceux de tous ceux qui se sont enquis de mon état, traduisent d’abord la qualité du rapport qu’ils ont avec leur pays, avec leurs institutions, avant de s’adresser à moi.

Pour eux, je suis à bord de ce vol, le prolongement de l’autorité rwandaise qui m’a invité. En me bichonnant comme ils l’ont fait, tout au long des 12 heures de voyage, ils s’occupaient à soigner l’image de leur pays. C’est cette belle et optimiste image qu’ils ont tous envie de projeter, face au regard dubitatif d’un monde stupéfait par le génocide de 1994. Sur Rwandair, on touche du doigt l’expression d’une conduite citoyenne assumée, traduisant le type de rapport désormais établi entre l’État, ses institutions sublimées, élevées au rang de culte.

Par Abdou Latif Coulibaly (Correspondance particulière)

MÉMORIAL DU GÉNOCIDE : LIEU DE SOUVENIRS D’UNE NATION RESSUSCITÉE !
Memorial Rwanda7 avril 1994, début des massacres à Kigali par le bombardement nourri engagé depuis l’aube sur le parlement. C’est ici que se sont retranchés les politiques du Front patriotique rwandais. Ceux-là venus du champ de bataille à la frontière de l’Ouganda (nord du pays), y sont logés depuis le début des négociations d’Arusha, sous la protection de six cent soldats rebelles venus les accompagner. L’avion transportant le président rwandais, Juvénal Habyarimana, revenant d’Arusha, a été abattu quelques heures auparavant.

7 avril 2018. La nation temporairement détruite par le génocide se reconstruit et se souvient. Nous sommes dans un lieu symbolique, le Mémorial du génocide. Ils sont fiers au Rwanda de s’exprimer d’abord dans la langue nationale : le kenyarwanda. En ce jour de commémoration, ils se sentent tous fiers de répéter à l’envie le même refrain qui sonne comme une ritournelle : kwibuka 24, twiyubaka, twibuke. Ces trois mots occupent les discours officiels et meublent toutes les discussions des citoyens. L’idée de base postulée est significative d’un certain état d’esprit : souvenons-nous de ce qui s’est déjà passé, ici, il y a vingt-quatre ans, mais refusons, cependant, d’en être prisonnier à jamais, afin que nous puissions nous projeter dans l’avenir. Ce cri de ralliement à une cause nationale, a impulsé une inestimable dynamique de progrès, à tous les niveaux de la société.

Samedi 7 avril. Tout se passe sur le haut lieu mémorial abritant 200 mille restes de corps. Des restes retrouvés, crânes et ossements, du million d’êtres humains massacrés en trois mois par cette furie meurtrière de milices génocidaires et de leurs mentors, des militaires en débandade, derniers symboles d’un régime agonisant. Quand vous entrez dans le Mémorial, vous êtes dévastés par l’émotion en prenant contact avec la réalité qu’il abrite. Cette belle nature et sa verdure tonifiante qui caractérisent l’endroit, capable, par la seule magie de son écologie, de revigorer et d’égayer des âmes, souvent mélancoliques ou tristes, atténuent à peine l’intensité du chagrin étreignant chaque visiteur.

Si marquant soit le symbolisme s’attachant au lieu, et si poignant apparaît le rangement impeccable de milliers et de milliers de tombes abritant les sépultures d’adultes et de si jeunes enfants, on mesure à peine, ici, l’ampleur des tueries de 1994. Dire que 800 mille autres victimes sont ailleurs dans le pays. On imagine, cependant, ce qu’a pu être la souffrance et le martyr vécus par ce peuple. Cent jours d’atrocités, de barbarie qui ont plongé un pays dans un chaos total. C’est dans cette ambiance de mort que nous attendons l’arrivée du président de la République et son épouse qui viendront présider le premier acte d’un cérémonial, se déroulant dans sa phase intense sur une semaine. Les commémorations sont prévues, cependant, pour une durée totale de cent jours.

La pluie tombe sans interruption depuis la veille des cérémonies commémoratives. Encore et toujours, cette fine pluie sur la ville. Elle est revenue depuis la sortie des aurores. Et voilà qu’elle s’arrête subitement, comme pour laisser toute la place au couple présidentiel qui vient d’arriver pour présider le cérémonial prévu. On aperçoit de loin, à partir de la tribune, le couple qui dévale la pente fermant sur son côté gauche le chapiteau dressé à l’entrée du site mémoriel.

Avec de nombreux officiels, le président et son épouse se dirigent vers l’endroit où est prévu le dépôt de gerbes de fleurs. Tout est retransmis sur écran géant. Le couple s’immobilise devant l’espace aménagé.

La sonnerie aux morts retentit, sous la baguette du Chef d’orchestre qui dirige la musique principale de la Police rwandaise. Un léger détachement militaire rend les honneurs. Les pas saccadés et décidés des soldats ont rompu avec l’esprit et la pratique latine en la matière, pour épouser les traditions anglo-saxonnes. C’est aussi cela ce nouveau Rwanda qui étonne et fascine. L’allure du président, s’avançant vers le soldat qui lui tend la gerbe de fleurs est majestueuse et solennelle. Son épouse suit derrière avec une élégance tout aussi raffinée que celle de son époux. Tout le début du cérémonial se déroule à l’extérieur, retransmis en direct sur les écrans géants dans l’enceinte du chapiteau sous lequel est dressée la tribune.

Ne pas rester prisonnier du passé
Nous suivons en savourant les notes d’un chœur élevé par l’École nationale de musique. Celle-ci nous gratifie d’une symphonie avec une rythmique à vous couper le souffle. Souffle presque haletant au rythme de ce chœur joué sur un air mortuaire très prononcé emplissant l’immense salle accueillant la cérémonie. Un air et une rythmique laissant en chacun de nous un vif sentiment de tristesse, de chaos et de néant. Paradoxalement, dans cette atmosphère, c’est comme si la mort était à la fois cachée, mais si visible et palpable, partout.

La mélodie couvrant les paroles des artistes rend encore davantage pesante une ambiance déjà très forte en émotion. C’est dans ce cadre lourd et recueilli que le Chef de l’État, Son Excellence Paul Kagamé, et son épouse entrent sous le chapiteau. Assis juste à côté de Madame le ministre de la Culture et des Sports, à quelques centimètres du Chef de l’État, j’eus le temps d’observer et de noter. Je remarque surtout toute la gravité qui se lit sur les visages et en particulier sur celui charismatique du Chef de l’État, s’apprêtant à transmettre un message d’espoir et d’espérance à son peuple. Une adresse qui sera une source d’inspiration pour les cents jours (7 avril 2018 / 4 juillet 2018) de commémoration du génocide.

Un fait assez frappant me laissa un sentiment d’étonnement. C’est le mufti de Kigali qui a été appelé aux côtés du Chef de l’État pour dire une prière pour le repos de l’âme de chacune et de chacun du million de victimes. Tout le monde peut comprendre mon étonnement, dès que l’on souligne que le Rwanda est un pays chrétien dans des proportions écrasantes. Cela est voulu. Une prière symbolique, m’a-t-on expliqué, pour informer sur le rôle important joué par les musulmans et magnifier celui de leurs guides dans d’immenses efforts à cette noble fin et les risques pris par eux, pour assurer une protection aux victimes poursuivies par des hordes de miliciens génocidaires encouragés et protégés par les soldats du régime.

Le président de la République peut maintenant s’adresser à son peuple. Son pragmatisme légendaire et son souci de la précision se lisent même dans les pas qui le conduisent vers le pupitre, d’où il va s’exprimer. Un discours court, dense et vrai. Point besoin d’une dizaine de minutes pour frapper les esprits et atteindre le cœur d’un peuple attentif.

Devant le pupitre, quelques bouts de papier sur lesquels sont couchées des notes sommaires servent de repères. Cela lui suffit pourtant pour dire l’essentiel : « Nous sommes aujourd’hui réunis pour nous souvenir un passé tragique et douloureux pour notre peuple. Un jour, toute la vérité sera dite sur ce terrible génocide. Comme dit un proverbe rwandais, la vérité traverse le feu mais ne brûle jamais. Quand vous faites le mal chez vous, vous pouvez toujours avoir avec vous des étrangers prêts à vous aider pour commettre ce mal. Cela a été le cas chez nous en 1994 ».

Le Chef de l’État poursuit : « Je vous invite, cependant, à ne pas rester prisonniers de notre passé. Regardons tout en face, assumons ensemble, pour nous donner les moyens de nous reconstruire, de reconstruire. Ayons confiance en nous. En 24 ans, nous avons redonné espoir au peuple qui a été résilient. Gardons tous espoir dans l’avenir ». Tout est dit dans ces mots simples et sobres. Pragmatique, flegmatique surtout, tant dans sa tenue que dans sa démarche altière, Son Excellence, le président Paul Kagamé prend congé avec son épouse, de nous. Le préposé au micro central peut annoncer son départ. Tout est fini pour ce matin. Rendez-vous est pris pour une marche silencieuse qui va clôturer la première journée de commémoration prévue pour une durée de 100 jours symboliques.

Par Abdou Latif Coulibaly (Correspondance particulière)

UNE MARCHE FUNÈBRE VERS LE STADE NATIONAL
Le bouquet final de la première journée ! Deux heures se sont écoulées entre le premier acte de la première journée de commémoration et le clou du cérémonial qui eut lieu, ce samedi 07 avril 2018, au stade national de Kigali, lieu de ralliement des marcheurs. Il est 16 heures 30 minutes quand l’ambassadeur Abdou Wahab Haidara sonne dans ma chambre pour me rappeler l’heure de départ de la marche, prévue à dix-sept heures. Je le rejoins immédiatement dans le hall de l’hôtel, en moins de cinq minutes, nous avons rallié les marcheurs, venus en très grand nombre. On les trouve et attendant patiemment sur le parvis du parlement, l’arrivée du Chef de l’État.

Un cortège de taille plus que moyenne, toute sirène hurlante, s’immobilise devant le peloton se mettant en place. C’est la première dame du pays qui s’extirpe de la rutilante voiture escortée.

Casquette solidement vissée sur la tête, pantalon jean bleu, assorti avec des baskets de couleur bleu ciel, est placée en tête. Les marcheurs alignés en bloc de l’avant vers l’arrière peuvent s’ébranler. Une marche silencieuse et recueillie, à l’allure funèbre, comme si le deuil est à l’instant dans nos rangs qui se dirigent vers le stade national. Je marche à côté de notre ambassadeur et du jeune Secrétaire d’État aux affaires étrangères. Je dénote dans cette assemblée, avec ma tenue de ville et mes chaussures en cuir, que je suis venu sans la tenue appropriée de marcheur.


Si ce n’était que cela. J’avais compris, comme on me l’avait laissé entendre le matin, que la marche, symbolique, était prévue sur une distance de cinq cent mètres. Une fausse information. Au finish, trois kilomètres, sur une chaussée par endroits un peu surélevé sous nos pieds à un rythme prononcé ! La cause en valait bien la peine, mais ce fut éreintant à l’arrivée. Manifestement, la première dame qui mena avec cadence le cortège a des heures de pratique sportive suivie, dans les pieds. Au bout d’une trentaine de minutes de trotte, le stade s’ouvre à nous et offre son antre qui absorbe cette masse de marcheurs recueillis et silencieux.

Reconstitution
Le rectangle vert du terrain de foot est occupé par de groupes de jeunes filles et garçons habillés en tee-shirts bleu, gris et blanc. Ils sont disposés sur l’aire de jeu à la faveur d’une scénographie bien travaillée et laissant apparaître, par son dispositif, des figures particulières. Tous les jeunes sur le terrain tiennent des cierges allumées offrant ainsi un spectacle lumineux spécial, dès que l’intensité de la lumière provenant des puissants projecteurs, installés dans les 4 coins du stade, baisse sous l’effet des manœuvres effectuées à cette fin par des préposés commis à la tâche.

Dans les gradins du stade, à la tribune couverte, les virages et les tribunes découvertes, les bougies illuminent le décor. L’idée de deuil est partout symbolisée et mise en évidence par la scénographie d’ensemble. Cette idée de deuil est dramatisée par les effets auditifs provenant des enceintes disposés dans tout le stade et déversant, de façon intermittente, des cris et des hurlements de victimes fuyant des hordes de génocidaires ou subissant leurs atrocités dans un abandon total. Des tirs de rafales reconstitués et des châtiments simulés fusent également des sources sonores. Des séquences de dramatisation à souhait du cérémonial voulues et organisées auxquelles viennent s’ajouter des témoignages vivants d’une jeune étudiante de l’époque et d’un gardien d’église, tous deux rescapés des massacres.

Une autre séquence tout aussi poignante que les précédentes annonce la fin du cérémonial du jour qui a débuté depuis 9 heures du matin. Les montres affichent 18 heures 45 minutes. On en a choisi une centaine, parmi les jeunes présents sur le terrain, équitablement répartis entre filles et garçons, pour venir décliner, devant la tribune, où est installée la première dame, le nom d’une centaine de victimes, ayant eu dans les massacres une histoire singulière, brièvement racontée dans le texte dit par les enfants. Chaque jeune conclut sa déclaration par les mots fétiches du jour: « Kwibuka24, Twiyubuka ».

Souvenirs pénibles
La cérémonie s’achève. Le soleil finit de contourner, dans sa marche vers l’horizon, les flancs des collines de Jali, Kigali, Kami et Rebora qui ceinturent la ville de Kigali. Épousant les bordures de l’horizon, l’astre solaire projette sur les cimes de ces collines un rouge arc-en-ciel. Celles-ci les reflètent sur le stade national, comme pour venir subrepticement égayer nos âmes plongées, depuis plus d’une heure, dans une profonde tristesse par un cérémonial de souvenirs pénibles à vivre. Cent jours de massacre ! Au sortir desquels un autre Rwanda. Et comme le dit le président Kagamé : « le Rwanda sera, non seulement au rendez-vous des civilisations, mais aussi des sciences, des technologies et de toutes les cultures qui dominent le monde ». Optimiste et sur des pas victorieux du Rwanda marchant vers l’avenir, il ajoute : « Bien que nous sommes désormais loin de notre passé, faisons bon usage du présent pour faire mouche au futur. Certes le plus difficile n’est plus là d’où nous venons, mais plutôt là où nous désirons et rêvons d’aller. Au Rwanda, nous désirons et rêvons d’aller loin grâce à ce peuple et à cette jeunesse désormais consciente ».

Quand on descend à Kigali, on est fasciné par la marche de ce pays, mais on est aussi frappé par toute la dynamique procédant du charisme d’un homme : Paul Kagamé et surtout par le leadership transformationnel qu’il incarne dans la conduite du destin de son peuple. On lui emprunte de nouveau ses mots pour conclure ce reportage : « si notre pays est au rang premier en Afrique, et que le monde entier nous observe aujourd’hui, ce n’est pas parce que nous avons le Vatican, la Kabbaa, la Maison blanche, l’Élysée ou le Taj Mahal ici chez nous (…) non pas que vous avez Paul Kagamé comme Chef d’État, mais parce que vous avez des fils et des filles du Rwanda (…) qui se sont pardonnés entre eux, et qui ont pris le destin de leur pays en mains par le sens du travail, des innovations et du patriotisme comme étant la clé de leur progrès et de leur développement ». Le génocide de 1994 renvoie, dans notre esprit et dans son impact ce que furent l’ère du Meiji (1868-1912) pour le Japon, la Grande Révolution culturelle prolétarienne (1966-1976) pour la Chine. Le Meiji a construit le Japonais d’aujourd’hui, la Révolution culturelle le Chinois qui étonne le monde actuel. Le génocide du Rwanda a permis de réinventer le Rwandais.

Par Abdou Latif Coulibaly (Correspondance particulière)

L’ère des césariennes. Ce n’est pas un abus de langage. Les femmes interrogées aussi bien dans les structures sanitaires que dans les rues confessent une fréquence des accouchements par césarienne. Seulement, le recours accru à cette technique contribue à la réduction de la mortalité maternelle et infantile au Sénégal.

Fatou Mbaye, trouvée à un arrêt d’autobus, tient son nourrisson dans les bras. Elle vient de sortir de l’hôpital Roi Baudouin de Guédiawaye. L’expression faciale voile la fierté d’avoir donné la vie. Elle affiche un entrain contrastant avec l’intervention chirurgicale qu’elle a subie. «Les césariennes, j’ignore pourquoi, sont devenues fréquentes. Après le respect de toutes les consultations prénatales, au bout du compte, j’ai accouché par césarienne », raconte la dame.

Ndèye Amy Sakho porte, elle, son bébé sur le dos. Elle avance, d’un pas discret, vers l’arrêt d’autobus. Cette femme de teint clair a accouché par voie basse. Mais, elle s’étonne que beaucoup de femmes subissent une intervention chirurgicale pour donner naissance. Dans la banlieue, d’autres personnes ont aussi constaté la fréquence de cette pratique. Comme par enchantement, beaucoup de bébés naissent par accouchement artificiel. Mame Diarra Fall, hésitante au premier contact, délivre une analyse similaire à celle de nos deux précédentes interlocutrices. « J’ai l’impression qu’il y a plus d’accouchements par césarienne que par voie basse. Il faut reconnaître que ce sont parfois les femmes qui l’exigent », confesse-t-elle. Au quai de débarquement de Hann village, le rivage grouille de monde. Les femmes marchandent les prix des poissons fraichement débarqués des embarcations. Yacine Wade, une vieille dame, s’éloigne de cette effervescence. Elle attend d’autres pêcheurs. Elle ne regarde pas plus loin pour expliquer la fréquence des accouchements artificiels. « De nos jours, il y a trop de problèmes sociaux au sein des familles. Lorsque vous baignez dans cette situation durant toute votre grossesse, il y a de fortes chances que vous ayez des problèmes lors de l’accouchement », analyse-t-elle.

Au bord de cette plage, où ne cessent de déferler des vagues, la brise transporte d’autres idées et apportent d’autres arguments. Mbodj Sow, plus jeune, ne rame pas à contre-courant de la vieille. Mais, elle nous plonge dans la modernité. Elle associe les complications évoquées par notre précédente interlocutrice lors de l’accouchement à l’usage des contraceptifs. « Auparavant, c’était rare d’entendre qu’une femme a accouché par césarienne. Aujourd’hui, c’est presque devenu normal. Je pense que c’est le planning familial qui est à l’origine de la fréquence des césariennes. Aussi, il est plus facile d’accoucher sans complications en étant plus jeune que lorsque l’on dépasse la trentaine », confie-t-elle.

Dans des postes de santé,comme celui de Yarakh, l’occurrence n’émeut pas les praticiens. La césarienne a sauvé des vies. La technique a fait chuter les taux de mortalité maternelle et infantile.

Les sages-femmes rencontrées veulent que l’on regarde plus ces aspects que la fréquence. Toutefois, cette fréquence est aussi symptomatique de l’accessibilité à cette pratique médicale. Le Sénégal a rendu gratuites les césariennes dans le cadre de la Couverture maladie universelle (Cmu).

Par Idrissa Sane (textes) et Sarakh DIOP (photos)

TENDANCES : LES CÉSARIENNES DE CONVENANCE TIRÉES PAR LE NIVEAU DE VIE
Cesarienne 2Le requérant d’une prestation médicale a le droit de choisir son protocole de traitement. Les femmes jouissent de plus en plus de ce droit lors de l’accouchement : c’est la mode des accouchements de convenance.

Les césariennes de convenance sont un effet de mode dans les pays développés. Certaines femmes qui ont un certain niveau de vie optent pour l’accouchement artificiel. Elles se payent le luxe de se soustraire de la souffrance liée à l’accouchement par voie basse. « Il y a des femmes au niveau de vie élevé qui demandent presque, de façon systématique, d’accoucher par césarienne », rapporte le gynécologue Sédouma Yatéra, par ailleurs médecin-chef de la maternité de l’hôpital Roi Baudouin de Guédiawaye.

Au Sénégal, dans des structures de santé comme Roi Baudouin, les femmes n’exigent pas pour le moment le recours à l’intervention chirurgicale pour donner naissance. Par contre, des intellectuelles ayant un certain pouvoir d’achat ont la liberté de faire le choix dans des cliniques. « Nous n’avons pas encore noté de femmes qui prennent la décision de recourir à une césarienne. Par contre, elles se rendent le plus souvent dans des cliniques pour cela », informe le gynécologue.

La fréquence des taux d’accouchement par césarienne est associée à la typologie de la population, à leur pouvoir d’achat. Le recours à cette technique est fréquent aussi bien dans les pays développés que dans ceux en voie de développement. Lorsqu’elle est médicalement justifiée, elle peut sauver des vies. Par contre, l’Oms n’a pas encore démontré que l’accouchement par césarienne, lorsqu’elle n’est pas nécessaire, a des effets bénéfiques. Pour l’Oms, « la priorité ne devrait pas être d’atteindre un taux spécifique, mais de tout mettre en œuvre pour pratiquer une césarienne chez toutes les femmes qui en ont besoin ».

Par Idrissa Sane (textes) et Sarakh DIOP (photos)

ZOOM SUR… HOPITAL ROI BAUDOUIN : UNE RÉPUTATION BÂTIE SUR LE RECOURS ADÉQUAT À LA CÉSARIENNE
Cesarienne 3L’hôpital de niveau 1 Roi Baudouin change de statut et conserve sa bonne réputation. Le recours à la césarienne y a entraîné la baisse de la mortalité maternelle et néonatale. Un indicateur : sur 7000 accouchements en 2015, seuls 7 décès maternels ont été enregistrés. Et ces cas n’ont pas été suivis dans cette structure sanitaire.

Le temps est suspendu à la salle des post-opérées de la maternité de l’hôpital Roi Baudouin situé à Guédiawaye, dans la banlieue dakaroise. Deux femmes sont dans les couloirs. A travers la porte entre-ouverte, on aperçoit des sages-femmes assises. Derrière elles, des piles de papiers sont disposées sur des étagères. La plus âgée nous ouvre la salle. Celles qui viennent de subir la césarienne sont toutes allongées. Deux d’entre-elles se sont réveillées. L’une, Nogaye Guissé, affiche le sourire ; une de sage-femme soulève son nourrisson. « Oui, je me porte bien. Tout s’est bien passée », confesse la dame sur un ton encore empreint de fatigue.

Au fond, à l’angle opposé, Absa Sène pousse aussi un ouf. Son bébé dans les bras, elle laisse apparaître des traits de soulagement. Le temps de la peur est derrière elle. Mais, elle se rappelle encore de la décision des praticiens de faire recours à cette technique. « Lorsqu’on m’a annoncé que je devais faire la césarienne, j’avais peur. Mais finalement, ce n’est pas si compliqué. L’essentiel, c’est d’être bien portant et que l’enfant soit né dans les meilleures conditions », partage Mme Sène.

Ce compartiment est particulièrement calme. L’envers du décor au hall des salles de consultations et d’échographie. Ici, il n’y a pas de places assises sur les bancs attenants aux murs. Sur les bancs en bois jouxtant les 4 murs, des femmes, certaines la mine triste, sont visiblement impatientes. D’autres se plaisent à regarder les émissions matinales diffusées sur un écran suspendu.

Quelques unes sont debout ou s’adossent au mur près de la porte de la salle d’échographie. La maternité de Roi Baudouin conserve sa bonne réputation en matière de prise en charge des accouchements. « Entre les mois de juillet et novembre, nous sommes souvent débordés. Et lorsque nous évacuons les femmes vers d’autres structures où elles ne sont pas prises en charge, nous recevons des critiques. C’est un gros problème », informe le gynécologue Sédouma Yatéra.

Jusqu’à midi, les deux halls des salles de consultations refusent du monde. Cet Etablissement public de santé a bâti, au fil des années, sa réputation sur la prise en charge des bébés prématurés, les accouchements par césarienne. Le flambeau est entretenu, suscitant l’espoir dans un milieu défavorisé. « Sur 7000 accouchements en 2015, nous avons eu 7 décès. La pratique de la césarienne a contribué à la baisse de la mortalité maternelle et infantile à Roi Baudouin », affirme le Dr Yatéra.

Dans les couloirs, les sages-femmes échangent avec d’anciennes malades. La distance entre les praticiens et les malades semble s’effacer. Les allées sont aménagées et ornées de bois disposés en forme d’œuvre. Des plantes ornementales peuplent les jardins. Mais, l’embellissement va envahir les salles d’accouchement. Le décor devant, avant tout, avoir une incidence positive sur la prise en charge des femmes. « Nous allons humaniser les salles d’accouchement. Pour le bloc opératoire, nous venons de recevoir un équipement », révèle la directrice du centre hospitalier, Ramata Danfakha Bâ. La ruée vers Roi Baudouin ne date pas de l’effectivité de la gratuité des césariennes. Cette structure sanitaire, avec l’aide des partenaires, avait conçu des tarifs forfaitaires pour les césariennes avec une contrepartie des aides des partenaires. « Nous recevons des femmes, rapporte le gynécologue, qui nous viennent de Thiès, Rufisque et des autres parties de Dakar ». Le défi est de maintenir le cap.

Idrissa SANE

RAMATA DANFAKHA BA : « LES GENS NE PRENNENT PLUS DE RISQUES »
L’administratrice du centre hospitalier Roi Baudouin de Guédiawaye analyse la fréquence des césariennes par la culture de la prévention des conséquences néfastes et pour la femme et pour l’enfant. « Les gens ne prennent plus de risques, parce que si les accouchements durent, cela peut avoir des conséquences pour la femme et l’enfant », explique Mme Bâ qui s’est d’ailleurs félicitée de la baisse de la mortalité maternelle et infantile à Roi Baudouin.

I. SANE

TRAJECTOIRE ou EN VEDETTE : HAWA CISSOKHO, SAGE-FEMME, UNE GARDIENNE DU TEMPLE SENSIBLE À L’ÉVOLUTION DE LA SCIENCE
Cesarienne 4Dans les couloirs de la maternité de l’hôpital Roi Baudouin, Hawa Cissokho traine humblement sa silhouette qui en dit long sur son humilité. Pourtant c’est l’une des plus anciennes sages-femmes de l’établissement. Elle fait partie de la vieille garde ouverte à l’évolution des techniques des accouchements.

Hawa Cissokho regagne, presque sur la pointe des pieds, le gynécologue Sédouma Yatéra qui se dirige vers les salles des post-opérées. Le médecin la salue de façon amicale. La dame est souriante. Depuis une trentaine d’années, cette praticienne essaie de transmettre de l’entrain aux femmes qui arrivent dans cet hôpital parfois le visage fardé de frustration. L’entretien avec elle peut se résumer à revisiter l’histoire des accouchements au fil des années à Roi Baudouin. Elle campe sur les valeurs élémentaires de l’exercice de leur profession. « Une sage-femme doit être accueillante. Elle doit se mettre à la place de la femme qu’elle reçoit. Elle essaie de la comprendre », confie Mme Cissokho. Elle n’infléchit pas sur ses principes. Par contre, elle est ouverte aux flux de l’évolution des techniques et des sciences dans le domaine de la médecine.

L’un des plus anciens agents de Roi Baudouin nous plonge, avec humilité, dans l’histoire de la prise en charge des accouchements dans cette structure sanitaire. « Il y a eu toujours des affluences pour les accouchements. Je rappelle que, bien avant la gratuité, nous avons eu un forfait. Et des femmes venaient pour en bénéficier. C’est une structure sanitaire qui est connue pour son expérience en matière de prise en charge des accouchements ; même les taximen connaissent bien Roi Baudouin », explique-t-elle en souriant.

Des années 80 à nos jours, admet-elle, il y a une grande différence. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de femmes qui accouchent par césarienne. L’expérience inspire la sagesse, la prudence.

Hawa Cissokho parle doucement. Elle pèse et soupèse ses idées avant de les transmettre. Son débit lent est certainement symptomatique de sa timidité. Ce qui est clair, sa disponibilité ne fait pas l’ombre d’un doute. En plus d’avoir accepté l’interview presque sans protocole, elle nous conduira à la salle des post-opérées où elle rassure des dames à accepter d’échanger avec nous.

Dans sa blouse rose, un foulard voile sa tête. Elle sort de sa timidité lorsqu’on prête à toutes les sages-femmes des comportements peu catholiques. « Je pense qu’il faut relativiser. Les sages-femmes font beaucoup de sacrifices. Elles essaient d’offrir le meilleur d’elles-mêmes pour répondre aux besoins des femmes. Parfois elles sont débordées, elles sont surchargées sur le plan du travail. Les populations doivent les comprendre», analyse cette native du quartier Pont de Tambacounda. D’ailleurs, c’est dans cette ville que Hawa Cissokho est tombée sur le charme de ce métier en lisant le journal « Bingo ». « La passion du métier m’est venue en lisant le journal « Bingo » où une sage-femme de Dansi Camara racontait son travail. J’étais émerveillée. Je voulais être à sa place. C’est ainsi qu’en classe de Première je me suis présentée au concours d’entrée à l’Ecole des sages-femmes », se remémore-t-elle.

La passion nourrit cette dame qui est contente de soulager ses camarades. « Après les accouchements, certaines nous demandent ce qu’elles peuvent faire pour nous. Je leur réponds que votre paix intérieure est largement suffisante », dévoile la sage-femme dont la vocation est restée intacte malgré des décennies passées dans les maternités.

I. SANE

LA PAROLE A… DR SEDOUMA YATERA, MEDECIN-CHEF DE LA MATERNITE DU ROI BAUDOUIN : « L’AUGMENTATION DES CÉSARIENNES DOIT SERVIR À BAISSER LES MORTALITÉS MATERNELLE ET INFANTILE »
S Yatera CesarienneL’augmentation de la prévalence des césariennes doit servir à baisser la mortalité maternelle et infantile. C’est l’esprit que le gynécologue de l’hôpital Roi Baudouin de Guédiawaye, Dr Sédouma Yatéra, confère à l’inflation de cette technique médicale. Dans cet entretien, il révèle que les césariennes ont influencé la baisse des taux de mortalité maternelle et néonatale dans cette structure sanitaire.

L’hôpital Roi Baudouin a enregistré une baisse de la mortalité maternelle. Quels sont les facteurs qui ont été déterminants ?
Nous avons une longue tradition de prise en charge des accouchements de manière générale et des césariennes en particulier. Cela, depuis que l’établissement était un centre de santé. Nous enregistrons entre 4000 et 6000 accouchements par an. Pour l’année 2015, sur 4235 accouchements, il y a eu 1100 césariennes. Lorsqu’on le fait le ratio, on se retrouve avec un taux de césarienne qui tourne autour de 22 et 25 %. Mais, il convient de préciser qu’il y a des césariennes qui sont obligatoires. Pour ces cas, nous ne pouvons pas ne pas recourir à l’intervention chirurgicale. En fait, nous prenons en compte les indications liées soit à l’enfant, soit à la pathologie de la mère, et nous classons cette dernière dans la catégorie des césariennes de prudence. Pour ces cas-là, nous jugeons entre l’état maternel et l’état fœtal pour voir si c’est mieux de faire une césarienne pour sauver l’enfant ou encore voir est-ce que l’acte chirurgical ne va pas éviter que les complications de la mère n’évoluent vers une complication.

Est-ce qu’il y a une augmentation des césariennes au Sénégal ?
Il y a une inflation, une tendance à une augmentation des césariennes. Au cours des dix dernières années, l’Oms a établi une fourchette de 10 à 15% de taux de césarienne par rapport au nombre total des accouchements. Ces normes de l’Oms sont dépassées depuis longtemps dans les pays développés. Si nous prenons le cas de la France, elle avait un taux de césarienne de 10 %. C’était dans les années 80. En 2015, son taux est de 22%. La France avait la prévalence la plus faible en Europe. Le Royaume-Uni est à 33%. Dans l’Amérique du Nord, c’est la flambée. Le taux oscille entre 34 à 36%. Il y a des pays où des exemples sont frappants. Le Brésil est à 47 % de taux de césarienne alors qu’en Turquie, une femme sur deux accouche par césarienne. Au Sénégal, une étude réalisée par le Centre hospitalier universitaire Aristide Le Dantec dans les établissements sanitaires où la césarienne était pratiquée avait révélé une moyenne de 31% avec des extrêmes tournant entre 26 à 35%.

Est-ce que cette augmentation des césariennes a une influence sur la baisse de la mortalité maternelle et infantile ?
Il faut retenir que l’augmentation de la prévalence des césariennes n’est pas mauvaise si elle doit contribuer à baisser le taux de mortalité maternelle et néonatale. Le but recherché à travers la césarienne, c’est de baisser le taux de mortalité. Par contre, nous devons éviter que cette flambée n’influe sur la réduction de la mortalité.

Au Sénégal, selon l’Eds 5 (Enquête démographique et de santé), nous sommes à 392 décès pour 100.000 naissances vivantes. L’Afrique de l’Ouest est la région qui a le taux le plus élevé au monde. Au total, 1020 femmes décèdent sur 100.000 femmes qui accouchent chaque année, alors que ce ratio est de 36 femmes pour 100.000 naissances vivantes pour toute l’Europe. Comparaison n’est pas raison, mais il y a une grande différence. Le gap est énorme. Donc, nous avons besoin de cette pratique pour sauver davantage de vies. A Roi Baudouin, on a une longue tradition de la gratuité. Depuis 2004-2005, nous avons mis en place un kit forfaitaire pour les accouchements par voie basse et un autre pour la césarienne. Maintenant nous avons la politique de gratuité qui a facilité l’accessibilité. Je dois dire que la Cmu compense l’établissement après la présentation des états. Je dois aussi préciser que cette accessibilité est plus liée aux indications médicales qu’à l’accessibilité financière.

Lorsqu’une femme ne peut pas accoucher par voie basse et qu’on ne le fasse pas, quelles sont les conséquences auxquelles elle est exposée ?
Si elle ne peut accoucher par voie basse et qu’on ne le fasse pas, elle court le risque de rupture de son utérus. Parce qu’il y a des contractions. L’enfant ne peut pas passer par le bassin osseux. Il y a un conflit entre l’enfant et le bassin maternel. L’utérus ne va pas supporter les contractions. Il va se rompre. Et il y aura des conséquences comme l’hémorragie qui est la première cause de mortalité lors des accouchements au Sénégal. La deuxième cause, c’est l’hypertension artérielle et les autres complications. Si la femme a une hypertension artérielle, elle convulse, c’est-à-dire qu’elle fait des crises. Et si vous ne faites pas la césarienne dans l’immédiat, elle continuera à saigner, son placenta va décoller et s’en suivront des complications qui peuvent emporter l’enfant. La césarienne doit être faite au bon moment pour prévenir des conséquences fatales aussi bien pour l’enfant que pour la mère.

Propos recueillis par I. SANE

PAR AILLEURS… SAVOIRS ENDOGENES ET GESTION DES GROSSESSES : LE SECRET D’INVERSER LES CAS COMPLIQUÉS
Les détentrices des savoirs endogènes ont le secret d’inverser des cas de grossesse devant déboucher sur un accouchement césarisé. Fatou Cissé fait partie de celles qui ont réussi à soustraire des femmes des accouchements artificiels. Toutefois, elle n’a pas la solution à tous les cas.

Elles sont dans leur coin. Elles refusent de se mettre au-devant de la scène. A la Cité Fadia comme à Grand Yoff en face de l’arène Adrien Senghor, les femmes détentrices de savoirs endogènes gardent jalousement leurs secrets. Elles puisent dans leur riche patrimoine pour soigner des nourrissons et bien gérer des grossesses compliquées. « J’ai réussi à inverser certains processus d’accouchement par césarienne », confesse Fatou Cissé. Elle ne se glorifie pas de ses pouvoirs. A chaque cas inversé, elle est emplie de satisfactions. Le soulagement de ces dames traumatisées qui se présentent chez-elle est une fin en soi. La rentabilité financière n’est pas une primauté pour cette dame qui commence à blanchir sous le harnais. Mais, elle n’a pas la réponse à tout. « Je ne peux rien faire contre certains cas. Je conseille à la femme de se rendre à l’hôpital. Il y a aussi le fait que l’accouchement par césarienne peut intervenir au dernier jour avant l’accouchement », fait remarquer la conservatrice des savoirs endogènes. Elle a indexé au passage le régime alimentaire des femmes enceintes qui boivent abondamment de lait, s’alimentent avec beaucoup de viandes et de la pâtisserie qui font grossir l’enfant dans le ventre. « Je dis toujours aux femmes de prendre moins de lait, de pain et tous les aliments pouvant favoriser la prise de poids du bébé. Si ce dernier grossit dans le ventre, il est évident qu’il y aura toutes les chances que la femme accouche par césarienne », s’exprime la dame. Mme Cissé, appelée « mère jaboot », prodigue des conseils pour prévenir les accouchements artificiels. Elle regrette l’absence de collaboration entre les détentrices de savoirs endogènes et les professionnels de santé. « Les médecins nous dénient des compétences de bien prendre en charge des bébés et des grossesses. Or beaucoup de femmes viennent nous voir et sont satisfaites de notre travail », note-t-elle.

Du reste, les détentrices des savoirs endogènes jouissent encore d’une grande confiance auprès de beaucoup de femmes. La modernité n’a pas encore enterré le recours aux pratiques coutumières y compris dans de grandes villes comme Dakar.

I. SANE

ACCOUCHEMENT : LA CHIRURGIE PEUT S’IMPOSER À TOUT MOMENT ET EN TOUTE URGENCE
Deux modes d’accouchement, mêmes risques. Le gynécologue Cheikh Atab Badji minimise la différence des risques entre les deux voies de donner la vie. Au juste, il remet sur la table la probabilité de changer d’option pour un processus d’accouchement par voie naturelle déjà enclenché. « En cas de bonne maîtrise de la technique, les risques sont grosso-modo les mêmes que pour l’accouchement par voie basse. Par contre, le risque majeur de tout accouchement par voie basse, c’est de ne pas pouvoir disposer, dans un rayon acceptable, d’une unité de césarienne en cas de besoin. Car un accouchement par voie basse est en nature imprévisible. Et le recours à la chirurgie peut s’imposer à tout moment et en toute urgence », avertit-il.

I. S.

UNE CONDITION POUR FAIRE 5 CÉSARIENNES
Contrairement aux idées reçues, une femme est en mesure d’accoucher par césarienne à cinq reprises et non deux fois. Mais, il faudrait qu’elle espace ses maternités. « Une femme peut subir 5 césariennes à condition que celles-ci soient espacées », précise le Dr Sédouma Yatéra. Toutefois, deux césariennes consécutives ouvrent la porte aux accouchements par voie haute. Autrement dit, il est déconseillé aux praticiens d’exposer une femme en voulant qu’elle donne la vie par la voie basse. Les deux premières césariennes consécutives ont des conséquences sur la physiologie de l’utérus. « Il y a des césariennes liées à la cause fœtale. C’est lorsque la femme porte dans son ventre un enfant de 4 à 4,5 kilogrammes. Si on fait le rapport entre le poids et les dimensions du bassin et que l’on se rende compte qu’elle ne peut pas accoucher par voie basse, on est tenu de l’opérer », indique le gynécologue.

Par la suite, il énumère les conséquences qui peuvent survenir en cas de non-respect de ces prescriptions. « Une femme qui a été opérée deux fois de suite pour césarienne ne pourra accoucher que par césarienne pour le reste de ses grossesses. Parce que l’utérus a été cicatrisé deux fois et s’est fragilisé. Il ne faudra pas l’exposer à des contractions qui peuvent être à l’origine de complications pouvant être fatales à l’enfant et à sa mère », avertit le spécialiste.

I. SANE

AVIS D’EXPERT… DR CHEIKH ATAB BADJI, OBSTETRICIEN : « LA CÉSARIENNE EST UNE ARME CONTRE LA FATALITÉ »
Cheikh A Badji CesarienneLe gynécologue-obstétricien Cheikh Atab Badji fait l’éloge du recours à la césarienne qui reste l’alternative dans bien des cas pour sauver la vie de la mère ou du bébé. Il s’éloigne naturellement de la dramatisation de l’augmentation des césariennes. Cette technique médicale est, à son avis, une arme aux mains des obstétriciens pour vaincre la fatalité imposée par certains cas de grossesse lors des accouchements.

Cheikh Atab Badji se fait l’avocat du recours à la césarienne. Il met en avant la primauté pour sauver des vies. Le gynécologue-obstétricien tranche donc, de façon nette, entre l’accouchement naturel avec des conséquences inattendues et celui artificiel sans séquelle aucune pour la mère et l’enfant. « Que vaudrait un accouchement par voie basse dont le produit est un mort-né, ou un décès maternel, ou une fistuleuse ? » s’interroge Dr Badji. Il répond par cette exclamation : « Un gros drame social ! »

Le spécialiste vante ainsi les bienfaits d’un acte chirurgical à présenter sous un angle plus social. D’autant plus que la césarienne pèse de tout son poids dans la réduction de la mortalité maternelle et néonatale. « La peur, pour ne pas parler de diabolisation de la césarienne, moyen de recours ultime de sauvetage maternel et fœtal, arme fatale du gynécologue-obstétricien contre la fatalité, doit bénéficier d’une bonne presse afin de sauver cette frange importante de femmes victimes de leur ignorance ou des préjugés », dit Cheikh Atab Badji qui conseille de recourir à cette technique en toute connaissance et responsabilité.

Il voit ainsi une once de logique dans la hausse de la prévalence. A vrai dire, l’accroissement de la population des femmes en âge de procréer induit inéluctablement une augmentation des besoins en soins en maternité. « La hausse de la fréquence de la césarienne est un phénomène tout à fait normal. Elle est tout simplement liée à l’augmentation de la démographie, donc à la population en âge de procréation, et logiquement à la hausse du besoin de césarienne. Il est bon de rappeler, en insistant, que la césarienne est un acte médico-chirurgical qui a pour but de sauver le bébé et/ou la mère », rappelle le spécialiste.

En toute objectivité, s’exprime-t-il, la hausse de la césarienne doit être corrélée à la baisse du taux de mortalité néonatale, c’est-à-dire celui des mort-nés à la naissance. Le gynécologue relativise, dès lors, l’observation d’une ascension du recours à cette technique médicale. Il fonde son argument sur la non-satisfaction des besoins dans beaucoup de zones du monde rural où les femmes continuent de perdre la vie en donnant la vie. « Malgré cette impression de hausse du nombre de césarienne en valeur absolue, en valeur relative, le taux est encore très faible, car beaucoup de femmes meurent encore, surtout en milieu rural, en donnant la vie pour causes évitables, notamment le défaut d’accès à l’offre de services de la césarienne », note Dr Badji.

Des recours fondés sur des exigences médicales
Il objecte le rapport entre la maîtrise de cette technique médicale et une hausse de la prévalence. Pour lui, ces actes médicaux sont fondés sur les indications médicales. « La maîtrise de la technique opératoire ne saurait justifier en aucun cas un recours non motivé. La césarienne obéit à ce qu’on appelle des indications, c’est-à-dire des situations en face desquelles elle s’impose.

Dans les cas où elle s’impose, elle devient obligatoire, car la vie de la mère est directement menacée », indique le gynécologue.

Son argument est corroboré par des exemples. Il ne voit pas d’autres options que l’accouchement artificiel de la femme qui a une petite taille avec un petit bassin que ne saurait traverser un bébé de poids normal. Dans ce cas précis, affirme-t-il, l’accouchement par voie basse est impossible et toute tentative dans ce sens entraîne une déchirure de l’utérus de la femme, une hémorragie interne massive, une mort rapide du bébé et, fort probablement, celle de la maman en dehors d’une intervention rapide. En outre, l’expérience a montré que même les femmes qui ont donné la vie par voie basse à plusieurs reprises ne sont pas à l’abri d’un accouchement artificiel. « Les femmes ayant antérieurement une ou plusieurs fois accouché par voie basse peuvent se retrouver avec un gros enfant dans le ventre. Ici, les risques chez la mère et le bébé sont identiques au cas précédent. Bref, il y a plusieurs indications de césarienne obligatoire », poursuit le spécialiste des soins obstétricaux.

Dans d’autres cas, l’accouchement artificiel est motivé par le souci de sauver l’enfant. En fait, physiquement, la femme peut accoucher par voie basse. Toutefois, la probabilité de la mort du bébé à la naissance ou une situation de « détresse avancée » avec une admission à la crèche pour les soins intensifs incite les praticiens de santé à ne pas prendre des risques. « Nous mettrons également dans ce registre les cas de césarienne de prudence où l’accoucheur, en parfaite connaissance des aléas de tout accouchement par voie basse, prend l’option de sortir le bébé par voie haute pour ne pas prendre de risque. C’est le cas des grossesses dites « précieuses ». Comme exemple, nous donnerons la femme de la quarantaine, presque aux abords de la ménopause, qui fait sa première grossesse soit du fait d’une longue stérilité, soit d’un mariage tardif, situation devenue fréquente, car les femmes se marient de plus en plus tardivement », détaille le gynécologue.

Les spécialistes font aussi recours à cette technique pour les femmes au seuil de la ménopause et qui n’ont pas beaucoup de chances d’avoir plusieurs grossesses. L’obstétricien, confie Cheikh Attab Badji, se dit qu’il est plus prudent de sécuriser cette naissance par césarienne, car une prochaine chance reste biologiquement peu probable.

L’heure des naissances sécurisées
L’argument du gynécologue-obstétricien sent l’invite à suivre l’évolution du temps. Il ne sert à rien d’exposer la femme aux complications et à faire souffrir le bébé. « L’époque n’est plus celle des accouchements par voie basse coûte que coûte au risque de s’en sortir avec des séquelles comme des fistules ou les souffrances du bébé. L’heure de la qualité des naissances a sonné avec l’issue d’un bon produit de conception, d’un enfant qui naît sans grand dommage », déclare Dr Cheikh Atab Badji. Pour lui, cette technique médicale reste le remède de cheval contre les complications liées à l’accouchement et aussi « l’arme » inespérée pour combattre les mortalités liées à la naissance. C’est pour toutes ces raisons que la société doit avoir un regard positif sur l’augmentation des césariennes. « Il faut concevoir la césarienne comme une solution et non un problème. Beaucoup de vies de mères et de bébés tombent parce que ces braves femmes n’ont pas la chance de bénéficier de la césarienne. La question doit porter plutôt sur comment faire pour que la femme puisse bénéficier de la césarienne en cas de besoin. C’est cela qui permet de gagner la bataille contre la mortalité maternelle », oriente-t-il.

I. SANE

RENDEZ-VOUS AVEC… PR CHEIKH NIANG, SOCIO-ANTROPOLOGUE A L’UCAD : « IL Y A UN ÉCHEC DANS LA PRÉPARATION PHYSIQUE DE LA FEMME »
Cheikh Niang CesarienneDans son bureau-bibliothèque au Brgm (Bureau des recherches géologiques et minières) de l’Ucad, le socio-anthropologue Cheikh Niang nous expose d’emblée 4 livres qui brossent le sujet des accouchements. En se fondant sur les auteurs et sur les travaux, le chercheur fait une analyse sans complaisance de la délivrance artificielle. La hausse de cette dernière est la résultante de l’échec de la préparation physique et physiologique de la femme à subir l’exercice initiatique.

Professeur, dans le cadre de vos recherches, vous vous êtes intéressés aux questions liées à la santé comme la maternité. Quelle analyse faites-vous de l’augmentation des accouchements par césarienne au Sénégal ?
Il y a d’abord le fait que ce n’est pas un accouchement naturel. Il n’est certainement pas sans conséquence sur le corps de la femme et sur son vécu d’une manière générale. Mais, pour comprendre le phénomène, il faut le contextualiser et voir par quel processus on est arrivé à cet état de fait. A l’échelle internationale, nous avons des taux d’acception complètement différents au Brésil, en Hollande, en Suède… Je pense qu’il y a un engouement, une tendance à accepter la césarienne du fait qu’il y a une préparation, des influences de la promotion et de sa médiatisation. Donc, il y a une sorte de conditionnement. Ensuite, l’image de la césarienne qui a été projetée est celle d’une pratique médicale pratiquement sans risque. On n’a pas suscité la vigilance, la suspicion sur la césarienne. En plus, il y a le fait qu’elle est réservée à une catégorie de la population considérée plus ou moins éduquée et privilégiée. Or si nous reposons le problème sur un autre angle, nous pouvons bien promouvoir l’accouchement par voie naturelle. Mais, cela suppose un suivi qui va bien au-delà de la grossesse.

Pouvez-vous être plus explicite sur le suivi qui va au-delà de la grossesse ?
Si nous regardons dans des cultures africaines, la préparation à l’accouchement commence dès l’enfance. Cette phase de préparation et ce processus de socialisation ne sont pas reconnus par les systèmes officiels. Qu’est-ce que cela veut dire ? Si nous regardons dans la littérature anthropologique, de façon spécifique l’anthropologie physique, l’accouchement est un produit social.

Des changements ont commencé à s’opérer dès le paléolithique. L’Homo sapiens a pris la posture debout. Il s’est posé un problème de délivrance. Cette posture debout de l’homme va être accompagnée de l’augmentation de la taille du cerveau alors que la place de l’utérus va changer. Ce processus n’est pas suivi par l’augmentation de la taille de l’utérus. L’augmentation du cerveau n’est pas accompagnée par l’élargissement de l’utérus. C’est pour cela que les femmes africaines ont travaillé depuis des millénaires à résoudre ce problème. Il fallait conditionner la femme, la préparer physiquement dès la naissance, développer certaines parties de son corps et travailler sur les techniques d’accouchement, notamment la posture accroupie. Lorsqu’on parle d’accouchement, on dit que l’enfant est tombé. C’est comme un fruit mûr qui tombe. Et il y a une personne qui vient le ramasser. Il est attiré vers le bas par l’attraction universelle. Il y avait une préparation physique et physiologique de la femme pour faciliter l’accouchement. C’est un long processus. Je peux aussi ajouter que durant la grossesse, l’un des défis, c’est le contrôle de la respiration. La femme va subir des pressions. Elle sera formée pour qu’elle puisse contrôler sa respiration par la pratique du puisage, le fait de piler. Les vieilles femmes ont réussi à cultiver les interdits alimentaires. La femme enceinte est tenue de ne pas prendre des aliments qui la font grossir et fait grossir le fœtus. En somme, il y a beaucoup d’exercices physiques auxquels elle était soumise et qui l’aidaient le jour de la délivrance. Mais, on a reproché au système traditionnel de surmener des femmes. Ces reproches sont formulés par le système dit moderne.

A travers cette analyse, on peut comprendre pourquoi la femme traditionnelle n’est pas encline à favoriser la césarienne. Parce que quelque part, la femme sort diminuée de l’accouchement artificiel. La césarienne, c’est aussi l’échec de la préparation physique et physiologique, de sa capacité à connaître son corps, à l’écouter, à faire des diètes alimentaires. Le phénomène ne doit pas être perçu comme un indicateur de performance, mais un échec de la préparation physique de la femme. C’est un échec de ce qu’on devait faire avant et pendant la grossesse. La césarienne devrait être la toute dernière opération à faire lorsqu’on n’a pas le choix, lorsqu’il faut sauver des vies. Elle ne doit pas servir à soustraire la femme des douleurs.

Pouvons-nous déduire que la construction de l’image de cette pratique médicale s’est faite au détriment de nos savoirs endogènes ?
D’une manière générale, la « modernité » est construite sur la base de la dévalorisation de nos savoirs traditionnels. On ridiculise les pratiques de préparation et les méthodes traditionnelles de délivrance des sociétés africaines. On considère ces organisations comme primitives. En fait, cela prolonge les rapports culturels politiques projetés dans des sciences médicales. Les sciences biomédicales ne sont pas neutres. Elles portent une charge coloniale. C’est précisément contre cela qu’il faut se réorganiser et montrer qu’il faudrait les améliorer du point de leur opérationnalisation, mais ils sont pertinents du point de vue des concepts. La « modernité » a été construite en dévalorisant notre héritage, notre savoir traditionnel et des héritages non européens. Nous avons un système qui évolue dans une société en crise en prenant le parti pris de ce qui domine. Ce n’est pas étonnant que l’Afrique reste le continent qui a le taux de mortalité le plus élevé au monde. Aujourd’hui tout doit être débattu et de manière approfondie.

Beaucoup de femmes accouchent par césarienne. Est-ce qu’il n’y a pas un effet de mimétisme ?
Les sociétés ne sont pas homogènes. Certaines femmes éduquées ont tendance à préférer la césarienne. Elles peuvent, dans une certaine mesure, influencer d’autres parce que dans une société, il y a souvent une quête de modèles. On veut souvent imiter les comportements auxquels on aspire. Cette influence peut être observée chez la catégorie intermédiaire, c’est-à-dire chez celles qui ont un niveau d’études moyen. Par contre, il est fort probable que plus le niveau d’instruction est élevé et moins elles vont accepter la césarienne. Les deux extrêmes vont se toucher.

Mais, cela ne suffit pas pour enclencher la manière de voir les choses.

Propos recueillis par I. SANE

TRANCHE D’HISTOIRE… HOPITAL ROI BAUDOUIN : LE BÉBÉ DE LA COOPÉRATION BELGE
Hopital R BaudoinCréé au début des années 80, l’hôpital Roi Baudouin de Guédiawaye est le berceau de la lutte contre la mortalité maternelle et infantile dans la banlieue dakaroise. Il ne faut pas y voir un lien avec le Roi Baudouin qui était orphelin de mère à l’âge de 5 ans et l’enfant mort-né de la Reine Fabiola en février 1962 et ses deux fausses couches.

L’hôpital Roi Baudouin a été fabriqué de toute pièce par les Belges. L’ancien centre de santé de référence était la limite du quartier de Guédiawaye. C’était dans les années 1980. L’établissement qui dépendait du grand département de Pikine avait une vocation précise. « Le centre de santé de référence a été construit et équipé par la Coopération technique belge. Les médecins étaient des Belges, les infirmiers et les sages-femmes étaient des Sénégalais », informe Ndiamé Sow qui avait travaillé dans le grand district de Pikine.

Implanté dans un milieu défavorisé, l’établissement avait une mission de dimension sociale et sanitaire. L’accessibilité financière et géographique aux soins de santé des habitants de cette partie de Dakar avait guidé le choix du site et fondé sa mise en place. « Roi Baudouin a été réalisé dans le but de faciliter l’accès aux soins, la lutte contre les maladies hydriques. L’établissement avait une longue tradition dans ce domaine. Mais, la structure s’est distinguée, depuis sa création, dans la lutte contre la mortalité maternelle et infantile », rapporte M. Sow.

La dimension particulière accordée à la lutte contre la mortalité maternelle et infantile peut rappeler la perte de la mère du parrain et les fausses couches de la reine Dona Fabiola de Moya.

Cette bonne réputation a été conservée au fil des années. Les Belges avaient préparé les praticiens sénégalais à prendre leur destin en main. Juste avant la fin de la coopération, les sages-femmes et les infirmiers avaient pris le soin de former des Sénégalais. « Avant la fin de la coopération, entre 1992 et 1993, les Belges ont formé tous les sages-femmes et les infirmiers du département de Pikine dans un grand institut de formation en Belgique. Ils ont reçu des formations en médecine tropicale et en santé publique », raconte Ndiamé Sow.

L’espacement des naissances et la lutte contre la malnutrition faisaient partie des axes d’intervention prioritaires du centre de santé érigé en hôpital de niveau 1 à la faveur de l’application des revendications des organisations syndicales. C’est le décret n°2010-774 du 15 juin 2010 qui a changé le statut de Roi Baudouin en même temps ceux de Youssouf Mbargane de Rufisque, de l’Institut d’hygiène et de Santé (ex-Polyclinique), de Ndamatou de Touba ainsi que des centres de santé de Tivaouane, Mbour, Linguère, Kaffrine, Richard-Toll et Sédhiou.

I. SANE

Dans une totale discrétion, comme à son habitude, l’Armée est en train d’abattre un travail essentiel. Peu adeptes de la parole, les militaires sont plus orientés à l’action. Au-delà de leur mission régalienne de défense des territoires, les hommes en tenue s’illustrent également sur bien d’autres fronts dans la société. L’Armée fait aussi dans le social, l’assistance et l’entraide. La jeunesse, vivier de l’Armée, participe également à la fête nationale célébrée demain, contribuant au sentiment de communion du peuple avec ses Diambars.

HOMMAGE À NOS DIAMBARS
Pr defile 17L’Armée est, depuis longtemps, surnommée «la Grande muette». La pratique du silence attachée à l’institution militaire s’enracine dans un lointain passé. La grande muette se plait dans son silence. Elle ne le rompt jamais. Le devoir de réserve prime chez ces valeureux patriotes. Dans la discrétion et une efficacité incomparables, elle avance dignement. Au péril de leur vie, ces vaillants patriotes appelés militaires, en compagnie des autres forces de sécurité, défendent la République. Toujours rompus à la tâche, toujours prêts à servir.

En ce jour anniversaire de l’Indépendance, l’armée va parader, accompagnée de toutes les composantes de la sécurité publique et des civils. Une occasion de nous montrer, dans la discrétion et l’efficacité, ce qu’elle a de plus digne. Ici, devant les feux des projecteurs, il nous est, à tous, permis de voir de plus près, l’important travail abattu par ces hommes de l’ombre. Et pourtant, loin des projecteurs, d’autres militaires, dans les camps, aux frontières voire à l’extérieur, défendent la République. A l’extérieur, ils sont les dignes ambassadeurs du pays. Loin de leur progéniture, de ceux qui leur sont chers, ils se distinguent par leur attachement patriotique, leur sens poussé de la République, leur courage et leur grandeur d’âme.

Ils incarnent les vertus attendues d’eux : courage, honneur et sens du sacrifice. Toujours prêts à aller au front. Aux nombreuses privations causées par l’absence, s’ajoutent les souffrances affectives profondes. La mobilisation des hommes entraînent des situations de séparation, d’isolement. La solitude et la souffrance de l’absence de l’autre, du mari, du fils, sont une caractéristique récurrente dans l’armée. «On nous tue, mais on ne nous déshonore pas !». Que ces hommes de valeur reçoivent la reconnaissance du peuple.

Par O. BA et O. FEDIOR

DEVELOPPEMENT DU PAYS : QUAND L’ARMÉE MET LA MAIN À LA PÂTE
Au-delà de l’instruction purement militaire, les démembrements de l’Armée comportent d’autres volets non moins importants, mais jusque-là méconnus du grand public. Parmi eux, il y a le concept «Armée-Nation», c’est-à-dire la participation au développement du pays.

«Il s’agit de préparer la jeune recrue à occuper une fonction opérationnelle et de développer chez lui un sentiment citoyen par la pratique de vertus civiques », explique le colonel Abdou Ndiaye, Directeur de l’information et des relations publiques des armées (Dirpa). Et les premières réalisations sont plus que satisfaisantes. Selon le Dirpa, 60 forages ont été réalisés par la direction du génie, en collaboration avec le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc). «La direction du génie et de l’infrastructure des armées compte, à son actif, des dizaines de travaux d’infrastructures et d’ouvrages à travers le territoire national. Aujourd’hui, elle est engagée dans une vaste opération de reconstruction de la Casamance par la dépollution des espaces et la réhabilitation des villages pour permettre un retour, en toute quiétude, à une vie socioéconomique.

Son apport, dans le Pudc, est aussi salutaire. Le génie militaire a réalisé une soixantaine de forages, matérialisant ainsi la satisfaction d’un des besoins sociaux de base des populations de contrées lointaines. Ce projet, au-delà de permettre à ces populations d’accéder à l’eau potable, permet d’améliorer la productivité agricole», explique-t-il. Parallèlement, la direction du génie est en train d’aménager une surface globale de 432 hectares à Tambacounda et 2.850 Kolda au profit de la direction de l’horticulture du ministère de l’agriculture. «Ainsi, vu sous l’angle militaire, le lien Armée-Nation n’est ni de la rhétorique, ni une vue de l’esprit, mais une réalité tangible de l’esprit», salue le Colonel Ndiaye.

O. BA et O. FEDIOR

PENSIONS ET PRISE EN CHARGE : LE SOCIAL AU CŒUR DE L’ARMÉE
Armee SanteMême s’ils sont réputés grands muets, force est de reconnaître que le traitement des militaires n’était pas à la hauteur de leurs actions. Malgré l’existence de la coopérative militaire de construction (Comico), la mutuelle des armées, la valorisation de la condition militaire constitue une priorité du commandement et des pas importants ont été franchis.

Selon le lieutenant-colonel Cheikh Ahmadou Bamba Diène, chef du service des intendances régionales à compétence générale (Ircg) de la direction de l’intendance des armées, sur le volet social, depuis 2012, «sous l’impulsion du commandement, des mesures phares ont été prises par le président de la République, chef suprême des armées. Parmi elles, le rengagement de 2.269 militaires qui avaient une position qu’on appelait des «maintenus» ensuite, il y a eu un décret sur les inaptes au service armé, par suite d’opérations de guerre ou assimilées, avec l’octroi d’un montant forfaitaire de dix millions de FCfa. Il y a aussi le relèvement du taux de l’indemnité journalière d’opérations (Ijo) des militaires engagés en zone militaires n°5 et 6. Il y a le pécule mensuel des élèves officiers et enfants de troupe aussi qui a été relevé. La solde spécial servi aux aspirants, aux sous-officiers et aux militaires du rang aussi a été relevé. L’indemnité de responsabilité ou de commandement a été créée et les charges militaires ont été généralisées à 50% de la solde de base pour tous les militaires à la solde mensuelle et à la solde spéciale progressive, détaille-t-il.

L’autre mesure qui a soulagé bon nombre de militaires, c’est sans doute celle modifiant la loi n° 81-52 du 10 juillet 1981, portant code des pensions civiles et militaires de retraite, remplacée par la loi n°2017-25 du 13 juillet 2017. «Avec cette loi, les militaires invalides qui n’ont pas suffisamment d’années de service effectif leur permettant de bénéficier d’une pension de retraite et qui sont rayés des cadres pour infirmité d’un taux supérieur ou égal à 85%, suite à une opération de guerre ou assimilée, ont les mêmes avantages que les agents civils en retraite. Il y a aussi la loi portant code des pensions militaires d’invalidité qui a été modifiée et le nombre de points aussi bien des veuves d’invalidée et des invalides simples, des grands invalides que des grands mutilés a été augmenté respectivement de 100, 300 et 600 points», explique le colonel Diène.

O. BA et O. FEDIOR

SAMB, UN BLESSÉ DE GUERRE « RECONNAISSANT »
Lorsqu’il évoque ses «plus rudes batailles», le vétéran que nous appellerons Samb se remémore de plusieurs champs de combat. Cet ex-soldat d’infanterie, blessé de guerre, a plusieurs fois été mobilisé, dans différents théâtres d’affrontement. Après avoir dignement rendu service à sa Nation, cette dernière s’est voulue reconnaissante. Le traitement de sa jambe amputée, en plein théâtre d’opération, a été entièrement pris en charge par l’Armée. Aujourd’hui, il bénéficie d’une prime de motivation, en plus de son salaire mensuel, resté intact. Le soldat blessé ne regrette nullement son engagement. Au contraire, c’est une source de fierté. D’ailleurs, il encourage fortement ses fils, à intégrer l’armée, une fois leurs études achevées.

Toutefois, reconnaît-il, certains de ses compères, anciens combattants blessés de guerre, souffrent d’anxiété et de traumatisme. «Pour certains d’entre nous, ce qu’ils ont inconsciemment refoulé pendant leur déploiement ne les quitte plus, même à leur retour», souligne-t-il. «Ce syndrome est très rare mais sévit pour certains et les touche fortement», résume, amer, ce quarantenaire qui a envisagé de reprendre ses études pour s’insérer dans un autre secteur de l’armée. Son exutoire, il l’a trouvé dans les photos. Il aime à regarder les quelques rares clichés qu’il a gardés de la forêt, alors en plein de champ de combat. «Le fossé se creuse parfois entre la société et d’anciens soldats blessés, incompris et se sentant stigmatisés». Droit dans ses bottes, «Samb» dit ne rien regretter et encourage une meilleure reconnaissance des anciens soldats.

O. B. et O. F.

HAUSSE DES PENSIONS, UN DOSSIER EN COURS DE FINALISATION
Annoncé par le Chef de l’État, adopté en Conseil des ministres et à l’Assemblée nationale, la mesure portant revalorisation des pensions militaires de retraite et d’invalidité, n’est toujours pas appliquée. Selon Mme Koyli Mbodj, vice-présidente de l’association des veuves des Diambars, «une telle mesure permettrait aux familles de souffler. Nous n’avons pas de toit. La pension que nous percevons actuellement ne nous permet pas de couvrir les charges. Certains de nos époux sont partis jeunes et n’ont pas pu réaliser leurs projets, mais encore faudrait-il qu’elle soit effective », alerte-t-elle. Mais selon colonel Lamine Keïta, directeur de l’action sociale des armées (Dasa), le dossier est en cours et «ne devrait pas tarder à être finalisé».

O. B. et O. F.

IBRAHIMA MAKALOU CISSE : CRI DU CŒUR D’UN RESCAPÉ DU CRASH DE 1991
Makalou Cisse RescapeA première vue, rien d’Ibrahima Makalou Cissé, un des trois rescapés du crash qui a coûté la vie à 93 Diambars, le 21 mars 1991 ne laisse présager qu’il s’agit d’un homme qui a frôlé la mort, tellement il déborde d’énergie et de sourire. Pourtant, derrière ce blouson et cette casquette bien vissée, se cachent un cœur meurtri et une peau entièrement calcinée et qui a subi plusieurs greffes. «C’étaient des blessures indescriptibles, j’avais la poitrine presque coupée en deux. La partie droite de mon corps était calcinée. Il fallait enlever toute cette chair et faire des greffes chaque semaine. Je pensais ne plus marcher», explique-t-il. Mais si Ibrahima garde encore de l’espoir de lendemains meilleurs, «c’est parce que, dit-il, les autorités sont conscientes de la situation. Le ministre de tutelle s’est montré très disposé à nous aider. Il nous a reçus. Mais nous attendons encore des actes. Nous ne demandons pas l’impossible », souligne-t-il.

O. B. et O. F.

COLONEL LAMINE KEITA DASA, DIRECTEUR DE L’ACTION SOCIALE DES ARMEES : « 80 MILLIONS DE FCFA SONT ACCORDÉS À LA FÉDÉRATION DES VEUVES ET ÉPOUSES »
Directeur de l’action sociale des armées, le colonel Lamine Keïta estime qu’à travers les actes posés, au quotidien, par le commandement, le social est devenu une réalité. Selon lui, même si la demande sociale, dans les armées, est de plus en plus croissante, le commandement multiplie les efforts pour une meilleure prise en charge des militaires et de leurs familles. «Dans le pôle social, il y a des acteurs clés qui travaillent en synergie, comme la Fondation des invalides et mutilés militaires (Fimm). Récemment, un militaire avait un souci au genou et il y avait deux options : soit lui amputer la jambe et il devient un mutilé ou l’amener à l’hôpital de Malte et essayer de traiter le genou. Quand j’ai interpellé les différents acteurs du pôle social, chacun a dit ce qu’il pouvait faire et nous avons pu réunir les moyens nécessaires pour l’opérer», se réjouit-il.

L’intendance des armées fait les dossiers des pensions des veuves et des malades pour les aider à accéder à leurs droits. Aux veuves musulmanes, chaque année, nous leur donnons un mouton et pour les chrétiens des denrées à l’occasion des fêtes de Pâques et de Noël. Il y a aussi la Fédération des veuves et épouses qui sont des porteurs de projets financés par le commandement. Le dernier financement est allé jusqu’à 80 millions de FCfa, révèle le colonel Keïta.

O. BA et O. FEDIOR

SCEAUX, DRAPEAU, DEVISE, HYMNE NATIONAL : « LES SYMBOLES DE LA RÉPUBLIQUE QUI RENFORCENT LE PATRIOTISME »
Pr SymbolesA l’occasion d’une visite effectuée à Thiès, le capitaine Mouhamadou Moustapha Sylla, directeur de stage et appui des volontaires aux communes est revenu sur l’importance des armoiries du Sénégal.

Elles sont composées de deux parties. «Dans la partie gauche, sur un fond rouge, figure un lion et, à droite, sur un fond jaune, un baobab. Au centre de la partie supérieure, une étoile à cinq branches. Le lion est un symbole du pouvoir », explique-t-il. Quant au drapeau, il constitue, selon le capitaine Sylla, un «symbole fort d’identité nationale ». Il incarne «les nobles valeurs de solidarité, de cohésion, d’esprit de sacrifice, mais également de dignité et de fierté». Et surtout, « il permet à tout citoyen sénégalais de se retrouver pleinement dans la quintessence de son emblème national», rappelle le directeur de stage et appui des volontaires aux communes. La devise du Sénégal : «Un Peuple, Un But, Une Foi», exprime la « force morale et l’engagement de tous les citoyens, dans l’unité et la solidarité », souligne le capitaine Sylla. «Un Peuple» qui traduit notre volonté de vivre ensemble, en harmonie, dans l’unité et la solidarité. «Un But» qui exprime l’engagement dans la dynamique de la construction nationale. «Une Foi» qui traduit la conviction et l’espoir qui sous-tendent un idéal de réussite et de développement.

Alors que l’hymne du Sénégal incarne, à travers les couplets et refrains, « les idées et valeurs cardinales propres au peuple sénégalais. Il promeut l’unité nationale dans la diversité, du patriotisme, de la fraternité, de l’enracinement de l’ouverture, de la défense nationale et du travail », explique le capitaine Sylla.

O. B. et O. F.

JEUNESSE ET 4 AVRIL : UN PATRIOTISME « SOFT »
Entre les jeunes d’une vingtaine d’années, familiers des réseaux sociaux et les cadres d’un âge plus avancé, la fracture quant à l’intérêt porté à la célébration du 04 avril est de plus en plus grande. La perception de l’importance de cette journée varie selon la génération.

09h. Fass Mbao est mue dans le silence. A cette heure de cours, les alentours de l’école Educazur offre un calme plat. Quelques va et vient sont notés. De petits groupes se forment par affinité. Aïda, Astou et Mbene sont des élèves en classe de troisième. Les jeunes demoiselles âgées de 16 ans doivent passer le Bfem cette année. L’obtention de ce diplôme leur ouvrirait les portes du lycée. Leur complicité est perceptible. Les éclats de rire, les sourires et la cohésion des échanges attestent, à plus d’un titre, de la franchise de leur compagnonnage. A la question de savoir ce que représente, à leurs yeux, la date du 04 avril ? Elles servent une réponse similaire. «Il s’agit du jour de la célébration de l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale», répondent-elles. «Nous sommes toutes tenues de le savoir», ajoute Mbene, car «c’est inscrit dans le programme scolaire», poursuit-elle.

Majorettes 17La même réponse est servie par l’ensemble du groupe. La date est donc unanimement retenue. Que faites-vous, le jour du 04 avril ? Rien de spécial, répond Astou, sur un fond de sourire. C’est un jour comme les autres, ajoute-t-elle. Cette thèse sera appuyée par ses deux congénères. Le symbolique, le défilé, la mobilisation des forces de la République? Le décor semble laisser indifférente la bande de jeunes filles. Quelques minutes supplémentaires de conversation suffisent pourtant à nous en convaincre : malgré leur indifférence pour le jour de la célébration de l’Indépendance, les filles se réclament patriotes, jusqu’au bout des ongles. Elles se situent plutôt aux avant-postes d’une tendance émergente que l’on pourrait qualifier de «patriotisme cool». De quoi s’agit-il ? Une manière d’être Sénégalais qui, loin du discours républicain, est axé sur des référents communs tels que le sport, l’entraide, la solidarité.

Un peu plus loin, un autre décor se dégage. Une route goudronnée, de hauts murs couverts de graffitis, des jeunes à peine âgés de 18 ans sont attablés, en face de la route nationale. Ils sirotent calmement leur «café Touba». Les discussions tournent autour du sport. Au menu : les matches de League des champions, les chances de l’équipe nationale du Sénégal à la Coupe du monde et l’évolution de la lutte sénégalaise. Ici, la célébration de la journée du 04 avril n’est point inscrite au débat. Certains avouent volontiers ne pas en connaître le contenu, encore moins la signification.

C’est le cas de Massamba Dieng, un jeune homme, apprenti menuisier, âgé de 19 ans. «Très franchement, je ne connais pas la signification de cette journée. Je vois certes à la télévision des militaires en train de défiler. Mais, je n’en sais pas davantage», informe- t-il. Le rire moqueur de son voisin laisse présager qu’il en sait peut-être davantage que son ami. Pathé est élève en classe de Terminale. Le jeune garçon envisage d’intégrer les rangs de l’armée. Pathé, âgé de 18 ans, assure suivre, avec beaucoup d’enthousiasme, ce jour empli de solennité. Sous peu, il rêve, lui aussi, de se retrouver à la place de ces vaillants soldats, digne incarnation «des défenseurs de la République», souligne-t-il.

Modou Sall, un nostalgique du défilé
Les trompettes et clairons qui sonnent à l’arrivée du président de la République, les tambours qui retentissent donnant le frisson lorsque les élites de l’armée sénégalaise défilent au pas devant un parterre de personnalités, demeurent encore des moments importants aux yeux de Modou Sall, 50 ans. Cet ancien cadre de l’administration sénégalaise trouvé à Derklé aime à se remémorer de sa tendre enfance, à travers ces images. «Le défilé du 04 avril est le point fort des cérémonies de la fête nationale. Il met, chaque année, en avant, des régiments de militaires qui paradent», souligne-t-il, sur un ton nostalgique. Aussi loin que se souvient ce père de famille, le 04 avril a bercé son enfance. «Papa amenait, tôt le matin, toute la famille assister au défilé militaire», relève-t-il. «C’était une manière de nous transmettre cette flamme de fierté d’appartenir au Sénégal», ajoute le cinquantenaire. «Cette cérémonie exprime une reconnaissance envers les soldats qui risquent leur vie, chaque jour, pour garantir la sécurité de toute la population sénégalaise», rappelle Modou Sall.

A son tour, il a érigé en règle les mêmes valeurs que lui avait inculquées son défunt père. Il fait partie de ces Sénégalais qui assistent, chaque année, au défilé militaire. « Je me lève tôt le matin, accompagné de ma fille âgée de 12 ans et de son petit frère de 7 ans pour aller assister au défilé militaire». Un devoir de «legs» qu’il tient à pleinement assumer.

O. B. et O. F.

BATAILLON DES COMMANDOS DE THIES : DANS « L’ANTRE SACRÉ » DE CES BAROUDEURS TRÈS SPÉCIAUX
Commando 1Sur terre, dans l’eau, dans les airs, sous-bois, au corps-à-corps, au fusil, à l’arme blanche, les commandos sénégalais excellent partout. Ils synthétisent à eux seuls tout le savoir-faire militaire.

Dans presque tous les théâtres chauds, les codos sont en première ligne. Immersion au camp feu lieutenant Mamadou Konté, bastion de cette force d’élite.

Le plus fort du groupe a fini d’installer la tyrolienne pour permettre aux autres de franchir l’obstacle en hauteur. Le premier élément accroche sa ceinture appelée « assurance » sur le câble et se lance dans le vide. Au bout de quelques secondes, il atteint l’autre côté, descend tout doucement à l’aide d’une corde avant de se détacher. Le second élément le suit. Mais au cours de sa progression sur le câble de franchissement, il fait un réchappe mais est accroché par « l’assurance ». Avec force et technique, il manœuvre pour se rétablir sur la corde et poursuivre sa progression. Le troisième élément s’y met. A mi-parcours, il pique un malaise et devient inconscient. Heureusement, il est tenu par « l’assurance », mais reste suspendu dans les airs. Un autre élément vient à son chevet avec tout son matériel. Il a 7 minutes pour le secourir parce que le baudrier qui le tient empêche la circulation sanguine. Arrivé à sa hauteur, il fait un nœud d’arrêt sur un moucheton du câble puis libère son sac. Il fait ensuite une pédale pour aller le chercher. Il le soulève, le dégrafe et le fait descendre à partir du haut. Les éléments qui ont déjà franchi l’obstacle viennent le prendre. Les commandos ne laissent jamais un élément sur le terrain.

Nous ne sommes pas dans un film d’action où les acteurs, avec l’aide du réalisateur, traversent de façon spectaculaire les montagnes escarpées et autres douves. Nous sommes bien dans la réalité à Thiès, au camp Mamadou Konté, bastion des commandos de l’armée sénégalaise. Ici, ces forces d’élite souvent appelées à opérer dans des théâtres difficiles, sont entrainées à toutes les techniques, tactiques et procédures commandos. Pour eux, les obstacles ne doivent pas empêcher l’accomplissement d’une mission qui est sacrée à leurs yeux. C’est la raison pour laquelle ils se préparent à toutes les situations possibles sur un théâtre d’opération. « La guerre se prépare en temps de paix. Vous voyez que le commando, il est autonome. Il a tout son matériel avec lui. D’où la nécessité d’être très fort pour être dans ce corps. Nous sommes appelés parfois à œuvrer seul face à des obstacles. Donc on doit s’entrainer à toutes les situations parce qu’une fois en mission c’est le terrain qui commande », souligne le lieutenant Erick B. Hassine, chef de section à la troisième compagnie et instructeur.

Commando un jour, commando pour toujours !
Un commando est un militaire d’élite. S’il descend sur le théâtre d’opération c’est parce que la situation n’est plus sous contrôle. Au bat ’codos, les éléments se préparent à toutes sortes d’interventions. Ils sont hyper-entrainés et effectuent des exercices de maintien au quotidien. « Un commando se sent plus fort que tout le monde de par sa formation. Parce qu’on lui demande ce qu’on ne demande pas aux autres. La mission commando n’est pas la même que celle d’une autre compagnie territoriale », explique le capitaine Ibra Gningue, officier social du bataillon des commandos de Thiès. Ce codo comme on les appelle communément a blanchi sous le harnais. D’habitude c’est après la formation commando que les gens commencent vraiment à aimer ce bataillon et épouser l’esprit du corps. Mais lui, il avait déjà acheté son béret commando qu’il arbore fièrement depuis 1982 avant même de sortir de l’école. Il a roulé sa bosse partout. En 1993, il a même sauté sur une mine en Casamance. « Quand on est commando on ne peut plus évoluer ailleurs que dans ce genre de milieu. Même si tu vas ailleurs, tu as toujours cet esprit codo », soutient cet officier qui assure en même temps la base arrière du bataillon engagé en Gambie.

Au-delà de la mission classique de tout bataillon d’assurer la libre circulation des personnes et des biens, la mission des commandos est d’intervenir partout sur le territoire national pour s’occuper d’un ennemi qui aurait violé l’intégrité du sol sénégalais. Soit pour le détruire, soit le repousser au-delà de la frontière en lui infligeant le maximum de pertes. « Nous avons aussi des missions particulières comme par exemple la conquête d’une tête de pont ou l’attaque d’un objectif d’intérêt stratégique au sein du dispositif ennemi, y mener des raids mais aussi de participer à la formation des écoles et unités aux techniques et entrainements commandos », souligne le capitaine Gningue. Même, au-delà de nos frontières, là où c’est difficile, on fait souvent appel à eux. C’est le cas en 1998 lors de la sanglante opération Gabou, du nom de l’intervention des armées sénégalaises au Guinée Bissau pour combattre les mutins du général Ansoumana Mané. Les commandos étaient aussi en première ligne lors des opérations Fodé Kaba 1 et 2 en Gambie. C’est d’ailleurs lors de l’opération Fodé Kaba 2 que le lieutenant Mamadou Konté, dont le bataillon porte aujourd’hui le nom, et ses hommes ont péri lors du clash de l’hélicoptère des commandos en pleine mer.

Cette crème militaire a aussi fait une importante contribution lors de la récente mission de la Cedeao pour le rétablissement de la légalité constitution en Gambie. C’est d’ailleurs l’une grande satisfaction du lieutenant Henry Sarr, commandant de la 3e compagnie des commandos. « La plus grande fierté que j’ai eue en tant que commando est ma participation au rétablissement de la légalité constitutionnelle en Gambie en janvier 2017. C’était original. Avec des chefs et des soldats professionnels, nous étions applaudis partout où nous sommes passés de Madina Ba au State house en passant par Birkama, Youdoum etc. Tout le monde s’était préparé à une guerre, mais nous n’avons pas tiré un coup de feu », se félicite l’officier commando.

Un corps qui s’adapte aux réalités du moment
Parmi les innovations apportées au corps des commandos, le capitaine Gningue relève une certaine spécificité des unités au sein du bataillon. « Nous avons une première compagnie de commandos qui est spécialisée dans les opérations aéroportées. Cette unité peut être larguée en sein du dispositif ennemi pour y mener un combat. Les commandos sautent d’un hélicoptère à une certaine hauteur sans utiliser de parachutes. La deuxième compagnie est spécialisée dans les opérations nautiques. Les éléments peuvent combattre dans des zones marécageuses et des zones où il y a beaucoup de coupures, s’y infiltrer pour y mener des raids. La troisième compagnie est une unité qui est entrainée en vue de mener des combats en zone forestière, urbaine ou mener des opérations anti-terroristes », mentionne-t-il.

Les commandos sont aussi entrainés aux Techniques d’intervention opérationnelles rapprochées. Quand un codo est ceinturé au cours d’un corps-à-corps, il peut se dégager et envoyer l’ennemi à terre. Quand il est pris par derrière, il peut se retourner pour neutraliser son adversaire. Quand il est attaqué avec une arme, il est en mesure de désarmer son vis-à-vis et de lui chiper l’arme. « Nous sommes à tout moment prêts. La route de l’inconnue est bien connue ici. Amènes quelque chose et tu trouveras la réponse », avertit le Lieutenant Sarr qui se vante en ironisant d’être à la tête de la meilleure compagnie commando.

REPORTAGE DE NDIOL MAKA SECK

LE COMMANDO, UN BATAILLON TRÈS DYNAMIQUE
Commando 3Le bataillon des commandos est héritier de l’armée coloniale française. Il a été créé le 1er février 1963 et installé au camp Xavier Lelong à Rufisque. Il était alors constitué d’un peloton de commandement et de deux compagnies de combat. Dès l’année suivante le groupement entame une progression du point de vue de sa localisation et de ses effectifs. C’est ainsi que le 15 février 1964, il fut déplacé au camp Marchand dans la même ville puis au camp Archinard à Dakar, communément appelé « Les Mamelles ». Le 15 mai 1975, le groupement fut installé au camp Leclerc appelé aussi camp Front de Terre. La première grande évolution sur le plan organisationnel intervient le 02 janvier 1981 avec la création de la compagnie de Commandement d’appui et des Services en remplacement du Peloton de commandement. En avril 1981, le bataillon des commandos quitte la région de Dakar pour s’installer à l’ex-base aérienne de Thiès. Une fois encore il connut de nouvelles restructurations par la création, en 1984, d’une Cellule d’éclairage et des Renseignements qui est devenue aujourd’hui une Cellule de renseignement et de Reconnaissance. Quatre ans plus tard, le bataillon s’enrichit de nouveau avec une troisième compagnie de combat créée en 1988. « Cette création répondait aux besoins d’une unité spécialisée en combat sous-bois, anti-terroriste et en zone urbaine », précise le capitaine Ibra Gningue.

Nd. M. SECK

BEAUCOUP D’ÉTAPES À FRANCHIR POUR ÊTRE COMMANDO
Pour être commando, il y a beaucoup d’étapes à franchir et beaucoup d’exercices à subir Quand le soldat est recruté, il subit une instruction au 12e bataillon communément appelé Dakar-Bango. A l’issue des quatre mois de formation, le bataillon des commandos envoie des moniteurs pour faire des tests et choisir parmi ces soldats. On leur fait faire des mouvements physiques : flexions, abdos, cordes et un semi-marathon de 21 km. Ensuite pour ce qui est de la qualification codo, il faut quatre mois de formation et de qualification d’armes commandos. Les deux premiers mois c’est l’instruction comme ça se fait dans tout bataillon. Ensuite, il y un mois pour faire le certificat pratique(Cp), un mois d’initiation aux tactiques, techniques et procédures commandos. Il y a par la suite ce qu’on appelle l’aguerrissement niveau compagnie, l’aguerrissement niveau 2, la formation des aides-moniteurs qui est l’aguerrissement niveau 3 pour les gradés, et enfin, le niveau 4 pour les sous-officiers et les officiers moniteurs et instructeurs des techniques commandos. Mais à en croire le capitaine Gningue, le jeu en vaut la chandelle parce que le corps des commandos est attractif à tous points de vue. « Il suffit simplement de mettre le béret, la tenue et de dégager pour le savoir », ironise-t-il.

Nd. M. SECK

MUSIQUE PRINCIPALE DES FORCES ARMEES : REHAUSSER L'ÉCLAT DES CÉRÉMONIES
Musique ArmeeLes programmes musicaux de l’armée offrent des compositions aussi diverses que variées. Ils mettent en avant la cohésion sociale.

L’armée essaye, autant que possible, de varier les sonorités. Quand il est déployé sous la présidence d’autorités civiles et en présence du public, le cérémonial n’est plus seulement militaire, mais participe d’une forme de liturgie collective qui engage tous les compatriotes. Ces cérémonies sont autant d’occasions d’exprimer publiquement une communauté de destin. Elles marquent, par leur solennité, leur symbolique conférant un climat de haute portée d’expression.

Le capitaine Amadou Koundoul est le chef de la musique principale des forces armées, donc le commandeur en chef de la musique de l’armée et des différentes fanfares qui se trouvent dans les zones militaires. Il évoque l’utilité des fanfares, soulignant qu’ils servent à animer toute prestation militaire et cérémonie qui se déroulent dans différentes zones. « Ils rendent les honneurs aux plus hautes autorités. Ils s’illustrent dans les cérémonies de levée de couleurs, les passations de commandement entre commandant de zones», informe-t-il.

Dans le recrutement, l’idéal serait d’avoir un militaire qui dispose de petites connaissances musicales. C’est un profil qui se fait toutefois rare. «Souvent, c’est nous qui dispensons une formation musicale aux éléments qui nous parviennent de Bango après leur formation militaire», affirme le capitaine Koundoul. Il y a une formation théorique dispensée en quatre mois. Puis, une formation pratique. C’est par la suite que le militaire est évalué pour savoir quel genre d’instrument il doit pratiquer avant de passer à l’initiation. Ces militaires qui dépassent la centaine participent fortement à la célébration du 04 avril. Ils rendent honneur aux plus hautes autorités de la Nation. Aux jeunes qui aspirent à intégrer ce corps, le capitaine Koundoul ouvre largement ses portes. Ils pourront non seulement servir leur pays, mais également disposer d’un métier, affirme-t-il.

O. BA ET O. FEDIOR

L’ARMÉE, C’EST ÉGALEMENT LES FEMMES
femmes ArmeeL’intégration des femmes est un enjeu affiché dans les rangs des Forces armées. Bien qu’elles soient minoritaires dans les filières combattantes, elles manifestent un intérêt abouti, quant à leur incorporation.

L’ouverture des Forces armées aux femmes a démarré au Sénégal en 2007 avec la formation d’un contingent de 50 filles dans la Gendarmerie. En 2008, l’Etat du Sénégal aspirait à recruter 300 femmes comme «militaires du rang» au centre d’instruction Dakar-Bango de Saint-Louis. Me Abdoulaye Wade, alors Président de la République, à l’origine de cette initiative, expliquait la féminisation des Forces armées par le souci de «respecter le principe d’égalité entre homme et femme inscrit dans la Constitution». «Le devoir de défense nationale incombe à tous les genres», disait t-il, avant d’ajouter que «les femmes ont leur place dans tous les secteurs d’activité de la nation».

Pour renforcer cette présence et la faire accepter par tous, le ministre des Forces armées, Augustin Tine, qui présidait, le jeudi 29 mars dernier une rencontre sur l’institutionnalisation du Genre dans l’Armée, a informé que le gouvernement du Sénégal a déjà pris «des mesures pour instaurer un environnement socioculturel, juridique et institutionnel favorable à l’équité et à l’égalité des genres dans les Forces armées». Parmi celles-ci, il y a «la modification des dispositions législatives et réglementaires relatives à l’accès pour permettre le recrutement des femmes dans les Forces armées». A cela s’ajoute «la révision des textes relatifs au mariage, à l’indemnité représentative de logement et au règlement de la discipline générale». Outre les mesures correctives prises aux plans juridique et institutionnel, Augustin Tine a fait état de l’élaboration d’un manuel du formateur en genre pour les spécialistes et d’un code de conduite pour régir les relations de travail hommes-femmes.

Toutefois, les femmes ont commencé à incorporer les Forces armées depuis 1984, avec les premières femmes officiers de l’Ecole militaire de santé. Outre l’exigence de discipline, la disponibilité et l’abnégation qui font la spécificité du métier des armes, chaque soldat est potentiellement amené à combattre. Il est donc impératif de maintenir un niveau physique minimum, quel que soit le sexe. Ainsi, l'évaluation sportive impose des épreuves et barèmes adaptés au personnel féminin. Ces dernières, touchées par un élan patriotique aspirent généralement à n’être ni mieux ni moins bien considérées que leurs camarades masculins.

O. B. et O. F.

RECRUTEMENT : 1 179 RENGAGEMENTS EN 2015 CONTRE 150 EN 2007 : L’ARMÉE ATTIRE TOUJOURS LES JEUNES
Service CiviqueTrès prisée par les jeunes, l’armée, pour diverses raisons, ne pouvaient pas retenir toutes ces recrues. Selon le colonel Abdou Ndiaye de la Dirpa, vers les années 2007, sur les 2.400 recrues, seules 150 étaient rengagées. «15% seulement avaient donc la chance de faire carrière dans l’armée. Aujourd’hui, les mesures prises pour améliorer le taux de rengagement permettent aux armées d’atteindre leurs objectifs en vue de réaliser le format d’armée à l’horizon 2025. La moyenne des rengagements est d’environ 25%, ces trois dernières années, avec un pic en 2015. Sur les 3.726 recrues, 1.179 ont été rengagées», révèle-t-il.

O. B. et O. F.

SERVICE CIVIQUE NATIONAL : UN TREMPLIN VERS L’EMPLOI
Ils sont plus d’une centaine à être formés, chaque année, par le service civique national. En plus d’être «un véritable creuset d’ex-militaires», comme le décrit le Colonel Ndiaye de la Dirpa, ce service est un tremplin vers l’insertion socioéconomique des jeunes.

«Son rôle est de participer à des actions d’utilité publique, d’assister les forces de défense et de sécurité en cas de forte mobilisation», explique le capitaine Mouhamadou Moustapha Sylla, directeur du stage des volontaires d’appui aux communes. Selon lui, chaque année, il y a une cohorte de 100 volontaires qui sont formés et pris en charge par le service civique national dans des domaines comme l’agriculture, la pêche… «Cette année, le service civique a recruté une centaine de jeunes qui vont défiler pour le compte du ministère de la Jeunesse et de la Construction citoyenne. Ils sont communément appelés des volontaires d’appui aux communes. On travaille avec la collaboration de l’Union des maires du Sénégal (Ums) et le Programme national de développement local (Pndl). Ces jeunes seront spécialisés sur les compétences transférées, l’état civil, la fiscalité, la planification des activités pour les besoins des collectivités», détaille-t-il.

Dédiée à l’agriculture, la session de l’année dernière a vu ses membres déployés à travers le pays. «Ils sont actuellement à la disposition des directeurs régionaux de développement rural. Le service dure deux ans, après, nous les mettrons à la disposition des domaines agricoles communautaires pour voler de leurs propres ailes. Actuellement, il y en a qui sont au bataillon du train.

De là-bas, ils auront leur permis de conduire, ce qui va aussi leur ouvrir d’autres opportunités», poursuit-il. Mieux, il peut arriver que des volontaires soient entièrement recrutés. «C’est le cas des volontaires de la Pêche que nous avons formés. Ils ont tous été recrutés dans la Fonction publique », révèle le directeur du stage qui précise que chaque volontaire doit retourner à sa localité après sa formation.

O. B. et O. F.

Jadis, symboles de prestige et d’opulence, les chevaux et ânes de trait du Sénégal sont devenus de simples animaux à fric dont les besoins vitaux sont rarement pris en charge par des propriétaires cupides.

La domestication du cheval et de l’âne a permis aux humains d’utiliser ces animaux à d’innombrables tâches : labour, transport, etc. Dans un pays comme le Sénégal, ils sont même le moteur de l’agriculture, la première force de travail sur laquelle repose toute l’économie rurale. Hier comme aujourd’hui, ces animaux restent de fidèles compagnons de l’homme, toujours prêts à le servir. Avec le temps et en fonction des besoins de l’homme, leur utilité s’est beaucoup élargie. Ils assurent désormais les évacuations sanitaires, l’approvisionnement en eau des ménages et le transport des intrants et équipements agricoles dans plusieurs villages. Incroyable mais vrai, il existe même, des boutiques équines et asines dans certains hameaux enclavés. Mais ce n’est pas que la campagne qui connait l’utilité des équidés. Dans les villes aussi, leur soutien et appui, incontestable, est immense. On les voit dans toutes les capitales régionales. Même à Dakar sur l’autoroute.

« Incapables de ressentir la douleur »
Et dans une agglomération comme Touba, deuxième ville du pays, ils occupent même la première place dans le transport de personnes et de biens. Ils devaient donc, ces chevaux et ânes, s’attendre à beaucoup plus de respect, de considération et de reconnaissance pour services rendus. Tout simplement un retour de l’ascenseur après avoir tout donné. Mais, c’est méconnaître l’homme cupide, s’inscrivant insensiblement dans une logique de domination. Conséquences : beaucoup de chevaux et d’ânes vivent dans le mépris, le stress et la douleur. En campagne comme en ville, on les croise, attachés, surchargés et battus matin, midi et soir. Ils sont maltraités au vu et au su de tout le monde. Et comble de paradoxe, leurs souffrances ne semblent préoccuper personne. Aucune voix ne s’élève pour les défendre. Même malades, affamés ou gravement blessés, on les voit, sur le terrain, malmenés, bravant le froid, la pluie et le soleil. Mais qu’est-ce qui explique cette ingratitude de l’homme ? Pourquoi autant de souffrances causées par les propriétaires ? C’est simple, dit le directeur du développement des équidés au ministère de l’Elevage. Dr Bassirou Fall évoque de considérables changements observés dans les rapports d’utilisation. «Pendant longtemps, élever un cheval était vu comme un signe de bonheur, de richesse.

Aujourd’hui, on cherche cet animal juste pour se faire de l’argent », souligne-t-il. Le cheval était, rappelle-t-il, le cadeau suprême à donner à la mariée. « C’était donc un animal de prestige, respecté, adulé. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui », soutient Dr Fall, pour expliquer le comportement « inhumain » dont sont victimes les équidés. Dr Aya Ndiaye, adjoint à l’inspecteur régional des services vétérinaires de Louga, rappelle qu’il y a une conception philosophique qui a, pendant longtemps, dénié aux équidés toute sensibilité à la douleur. Chevaux et ânes seraient donc incapables de ressentir la douleur.

« L’âne, mais surtout le cheval, est un animal silencieux qui, pour beaucoup de gens, ne manifeste que peu de signes de son éventuel mal-être », partage Dr Aya Ndiaye. Il a fait sa thèse sur le bien-être des équidés. Et pour lui, pas de doute, c’est cette conception ancienne qui habite les cochers et propriétaires de chevaux et ânes du Sénégal. « Ce sont des gens inconscients pour qui ces animaux ne sont rien d’autre que des machines à sous », déplore Dr Aya Ndiaye qui s’empresse, toutefois, d’ajouter que cette mentalité a évolué. Aujourd’hui, les gens sont de plus en plus conscients, insiste-t-il, que la détention d’un âne mais surtout d’un cheval implique la nécessité de subvenir à ses besoins vitaux (eau, nourriture et soins en cas de blessure et de maladie), de le protéger des prédateurs et de lui apporter un sentiment de sécurité et de bien-être.

Non application de la règlementation
Le gouvernement, conscient de l’apport considérable des équidés dans la vie sociale et économique du Sénégal, a élaboré, le 9 décembre 2016, un arrêté interministériel portant réglementation du transport par des véhicules à traction animale. C’est un document de 33 articles, tous invitant à « humaniser » nos rapports avec les équidés. A ne pas les faire souffrir. Mais sur le terrain, pas de respect de cet arrêté. Les cochers ne s’en réfèrent pas. La réalité, c’est qu’ils ne le connaissent pas. « Je n’ai jamais entendu parler de cet arrêté », avoue Daour Mbaye, un cocher habitant Dalifort. Son collègue Ndiaga Pouye semble être plus averti. « Je sais qu’il y a un texte qui réglemente notre métier, mais je ne peux pas vous dire ce qu’il autorise et interdit », lance Ndiaga. C’est donc un fait : tous les deux ignorent le contenu de l’arrêté.

Policiers et gendarmes, chargés de faire appliquer la loi, savent, eux, l’existence de l’arrêté. Certains que nous avons rencontrés citent même, avec plaisir, des articles du document. Mais, il y a un problème : l’absence de fourrières municipales qui limite leurs actions sur le terrain. « Il arrive souvent de voir un cheval ou un âne surchargé, maltraité. Mais, nous ne pouvons que sermonner le cocher, le menacer. Rien que ça », confie un policier sous le couvert de l’anonymat. « Les chevaux et ânes continueront à souffrir tant qu’il n’y aura pas une réelle implication des mairies », ajoute-t-il, visiblement préoccupé mais impuissant.

Par Abdoulaye DIALLO (textes)

FANTASTIQUE CHEVAUCHEE A DAROU GAYE : IMMERSION DANS LE PARADIS DES ÉQUIDÉS
Ane Darou GayeDarou Gaye, village situé à 9 kilomètres de la commune de Meckhé, est une localité où les populations et les équidés sont en symbiose. Au grand bénéfice de l’homme et de l’animal.

Dakar, Thiès, Tivaoune, nous voici à Meckhé ou Ngaye Meckhé. Juste en face du nouveau collège d’enseignement moyen. Quand une élève nous a indiqué la route qui va à Darou Gaye, Bocar, notre chauffeur, a d’abord hésité. Il est descendu du véhicule et a pris une dizaine de minutes à étudier la sablonneuse piste avant de foncer. « On y va. Mais, ce n’est pas sans risque », dit-il. Il avait raison de s’inquiéter. Meckhé-Darou Gaye en voiture de ville est tout sauf une promenade de santé. Poussiéreuse, impraticable, étroite, etc. Aucun qualificatif n’est de trop pour désigner ce parcours du combattant. Cette piste est tout simplement un calvaire. Concentration maximale. Un petit mauvais contrôle suffit pour créer des déboires aux usagers. Heureusement au volant, nous avions un vieux routier, l’expérimenté Bocar, avec ses 30 ans de métier.

Risso Fall, Koul, Lissar, Ndièyène et Keur Baba sont autant de villages traversés. Et partout, les mêmes scènes. Les adultes arrêtent tout pour observer. Les petits suivent le véhicule pour distribuer de cordiales salutations. Quelques rencontres inattendues. Comme cette ânesse allaitant ses deux petits. Ou encore ces écureuils joyeux, tutoyant les passants. Nous voici enfin à bon port. Il y a eu plus de peur que de mal. Darou Gaye se découvre. C’est un village comme tous les autres : habitat sobre, grandes cours, populations disponibles et accueillantes. Une petite ambiance règne sur la place publique. Thé et « café Touba » coulent à flot, avec des graines d’arachide en plus. Signe que la récolte de cet oléagineux est, ici, fructueuse.

Une grande natte, étalée à même le sol, est littéralement occupée par des hommes. Certains lisent des « khassaides ». D’autres le Coran. Ils attendent l’appel de la prière de « takussan », celle qui est accomplie à 17 heures. Mais, notre arrivée chamboule tout. Quelqu’un vient de partager l’objet de notre déplacement. Et subitement, tous s’intéressent à nous. Tous se proposent volontiers de collaborer. Tous veulent montrer leurs chevaux. C’est que nous avons affaire à des passionnés. Les échanges commencent par une prière. C’est la règle dans ce village mouride créé en 1919 par Mame Makhtar Guèye. « Nous avons ici les meilleurs et les plus beaux chevaux du pays. C’est Dieu qui l’a fait. Posez donc toutes les questions, nous répondrons avec plaisir », lance Modou Gaye. Pour expliquer la belle symbiose qui existe entre Darou Gaye et le cheval, Modou Gaye remonte au temps du prophète Mohamet (Psl).

« Le prophète de l’Islam avait sept (7) ânes et une jument. Un de ces ânes était tellement proche de lui qu’il l’envoyait lui faire certaines courses », fait-il savoir. Et le cheval, poursuit-il, est un animal pas comme les autres ; quand vous vous occupez bien de lui, rien ne vous manquera. Abdou Khoudoss Gaye confirme et va plus loin. « Si vous ne pouvez pas avoir un cheval, cherchez au moins l’os d’une jument que vous mettez dans de l’eau tiède. Si vous utilisez cette eau comme bain, rien ne vous arrivera », assure-t-il avant de citer le prophète Mohamet (Psl) qui a dit : « Celui qui s’occupe bien de son cheval, Dieu le récompensera ». C’est cette conception à la fois mystique, philosophique et religieuse qui habite les gens de Darou Gaye. Ici, le cheval est presque élevé au rang de culte. On croit ferme qu’il a des dons de Dieu. « Cela veut dire aussi que celui qui fait souffrir un cheval, court de graves risques », souligne Modou Awa Gaye.

« On ne cherche pas l’argent, mais Dieu»
Darou Gaye est donc un village très amoureux du cheval. Une visite guidée dans les maisons permet de le constater. On y voit de costauds et de beaux sujets, de toutes les familles. Des « Mbar », des « Far », des « Mbayar », des « Narou Ggoor » et des « Bakhla ». La forme et la qualité de leurs sabots sont remarquables. De même que les mangeoires et abreuvoirs qui sont incroyablement adaptés. Mais, le plus impressionnant, c’est sans doute les abris. Pas de crottins ou de fumier sur le sol. Au contraire, ce sont des abris qui réunissent toutes les commodités. Ils sont vastes, secs et propres. « Nous ne laissons rien. Nous organisons même des séances d’accouplement. C’est pour vous dire que tout est réuni pour mettre l’animal à l’aise », explique Moustapha Ndiaye. Fallou Gaye, le chef du village, et Baye Cheikh Gaye ont, eux, particulièrement insisté sur l’alimentation et le suivi sanitaire des animaux.

« La différence avec les autres contrées, c’est que, ici, le cheval est un membre de la famille. Nous nous occupons de lui plus que de nos propres enfants », note Baye Cheikh. Fallou renchérit pour dire qu’à Darou Gaye, les gens dépensent sans compter quand il s’agit des chevaux. « Ici, on ne cherche pas l’argent, mais Dieu. Voilà toute la différence ». Conséquence, dans ce village qui compte plus de 600 chevaux, 150 ânes, on ne vend pas les fanes d’arachide. Bien gardées, celles-ci constituent, de fait, la ration de base des équidés qui bénéficient aussi d’une variété de concentrés : céréales, tourteaux et farines. S’agissant de la prévention et du traitement des maladies, une équipe d’auxiliaires, d’agents techniques de l’élevage et de vétérinaires privés est mise à contribution.

Le village organise régulièrement des journées de vaccination. Un fonds de roulement pour l’achat de médicaments a même été créé, avec l’appui de Brook, une Ong britannique. Tout cela fait évidemment le charme de Darou Gaye. Dans ce village, le bonheur des équidés ne se sent pas. Il se voit. Les chevaux sont bien nourris, bien soignés et protégés des intempéries. Tous ont également des noms. Ils s’appellent « Anta Ndiaye », « Lamp Fall », « Khelcom » ou encore « Bousso Gaye ». Et tous communiquent avec leurs propriétaires qui sont des passionnés de trois choses : l’agriculture, la lecture du Coran et les prières. Une belle symbiose qui ne laisse aucun visiteur indifférent.

Par Abdoulaye DIALLO (textes) et Ndèye Seyni SAMB (photos)

FEU SERIGNE SALIOU MBACKE : « IL FAUT TRAITER LES ÉQUIDÉS COMME VOS PROPRES ENFANTS »
Ane 3Feu Serigne Saliou Macké ci-devant khalife général des Mourides ne ratait aucune occasion pour inviter ses compatriotes à bien se comporter avec les équidés.

Le défunt Khalife général des mourides était constant. Serigne Saliou Mabcké n’a jamais varié. Il s’est toujours montré grand défenseur des équidés. « Craignez Dieu et ayez pitié à ces animaux qui ressentent la douleur comme vous et moi », ne cessait de dire le guide religieux, chaque fois qu’il recevait l’association des conducteurs de charrettes de Touba. Avec le marabout, les équidés avaient un grand avocat. Un jour, cette association avait pensé bien faire en venant voir le défunt Khalife général avec une importante somme d’argent en guise de « addiya ».

Après avoir remercié les visiteurs, il avait triplé la somme apportée et l’a retournée aux concernés en leur disant ceci : « Je suis malade. J’ai mal partout. Tout cela à cause de mauvais traitements faits aux équidés. Je ressens chaque coup de bâton reçu par un âne. Prenez cet argent, achetez de la nourriture et des médicaments pour ces animaux. Et désormais, s’il vous plait, comportez-vous bien avec ces animaux ». Et Serigne Saliou Mbacké ajoute : « Il faut traiter les équidés comme vos propres enfants. C’est ce que veulent Dieu et son prophète Mouhamet (psl). Le saint homme venait de citer l’Envoyé de Dieu, Mohamet (psl).

Beaucoup de livres et de textes, se fondant sur la sunna, parlent de la belle symbiose qui existait entre le prophète de l’Islam et sa jument. « Il existe de nombreux hadiths qui conseillent de bien traiter les équidés, les animaux d’une façon générale », rappelle Thierno Mamadou Ba, imam à Dalifort. Le prophète Mohamet (Psl), dit-il, était lui-même très attentionné de sa jument. « En réalité, la civilisation musulmane témoigne d’un grand respect pour les animaux, du cheval particulièrement, en lui accordant la possibilité de passer la nuit sous la tente de son maître », explique imam Thierno Mamadou Ba qui invite à revoir nos rapports avec les équidés.

« Ces animaux nous transportent et nous assistent dans les champs. Ils sont toujours à nos côtés, disponibles. Soyons donc dignes de notre statut d’humain conféré par le Créateur en ne les faisant pas souffrir », estime imam Ba qui est catégorique : « les maladies, la pauvreté, la rareté des pluies, tous ces malheurs existent parce que l’homme se comporte mal avec la nature et les animaux ».

A DIALLO

ONG BROOKE : LE BIEN-ÊTRE DES ÉQUIDÉS POUR HORIZON
Ane BrookeL’Ong britannique Brooke, présente au Sénégal, est mondialement connue pour son action en faveur d’un monde où les équidés ne souffrent pas.

Dorothy Brooke avait créé l’Ong qui porte aujourd’hui son nom juste pour soigner les chevaux laissés en Egypte après la seconde guerre mondiale. Chemin faisant, l’initiative a grandi et Brooke est devenue leader incontestable dans le bien-être des chevaux, ânes et mulets de trait. Avec toujours la même vision, celle d’un monde où les équidés ne souffrent pas. Aujourd’hui, l’Ong Brooke est présente dans une dizaine de pays à travers le monde. Sa mission : transformer la vie des équidés, soulager leurs souffrances et créer un changement durable en collaborant avec les personnes, les communautés et les organisations.

Au Sénégal, elle intervient dans les zones de Sokone, de Bambèye, de Meckhé, de Louga et de Thiès. Partout, Brooke regroupe les propriétaires en réseau, les forme sur les techniques primaires d’élevage et les sensibilise sur les notions de bien être des équidés. L’Ong outille aussi les vétérinaires et para-vétérinaires, les maréchaux-ferrants, les selliers et autres prestataires en renforçant leurs connaissances, attitudes et pratiques sur le terrain. « Nous voulons impulser des normes sociales favorables au bien-être des équidés et fournir aux communautés les compétences et le soutien dont elles ont besoin pour faire preuve de compassion envers les animaux », explique, sans cesse, Emmanuel Mohamet Sarr, responsable Brooke Afrique de l’Ouest.

La démarche vise aussi à emmener les communautés propriétaires d’équidés à adopter de bonnes pratiques de gestion, de manipulation et de contention. « Nous aidons les populations à se mettre en réseau, à monter des projets, en relation avec les vétérinaires, pour faciliter l’accès aux médicaments et à lutter contre l’automédication », soutient Emmanuel Mohamet Sarr. En réalité, le spectre d’intervention de Brooke est plus vaste que ça. Partout, l’Ong travaille avec les Etats pour fournir un soutien et prévenir les sévices. C’est le premier partenaire technique du Sénégal dans l’élaboration de l’arrêté interministériel portant réglementation du transport par des véhicules à traction animale. Brooke participe à l’identification des équidés notamment par la mise à disposition de la Direction du développement des équidés (Dde) de 30 000 livrets sanitaires et signalétiques de cheval chaque année depuis trois ans.

« Brooke fait un bon travail de sensibilisation, d’information et de formation des acteurs sur les notions de bien-être des équidés, sur la santé et sur la réglementation », salue Dr Bassirou Fall.

L’engagement de l’Ong britannique est reconnu au plus haut sommet de l’Etat du Sénégal. Le président de la République, Macky Sall, a primé Brooke à l’occasion de la journée nationale de l’Elevage 2017 à Kolda pour ses actions méritoires dans la lutte contre le vol de bétail.

A. DIALLO

POUR LA DEFENSE DES EQUIDES A MECKHE : UGPM EN ORDRE DE BATAILLE
Ane UgpmL’Union des groupements paysans de Meckhé (Ugpm) déroule, depuis 2015, toute une série d’activités pour emmener les populations à changer de comportements vis-à-vis des chevaux et ânes de trait.

Tout habitant de Meckhé connait ou a entendu parler des « démarreurs » ou « turbo ». De quoi s’agit-il exactement ? C’est simple. Le cocher blesse volontairement le cheval sur une partie sensible. Et chaque fois qu’il doit démarrer, il tape là-dessus. Histoire de faire bouger l’animal avec une vive allure. « Nous le faisions pour aller vite, gagner du temps et de l’argent », fait savoir Badara Mbaye, cocher. Cette méthode dégradante et inhumaine avait fait réagir certains chefs religieux. Mais, il a fallu l’implication de l’Union des groupements paysans de Meckhé (Ugpm) pour voir les cochers prendre réellement conscience de l’enjeu.

« On ne pouvait rester les bras croisés. Il fallait faire quelque chose pour changer les comportements », informe Ndiakhate Fall, secrétaire général de l’Ugpm. C’était une période noire pour les équidés de la zone. Beaucoup avaient succombé des suites des blessures et des mauvais traitements infligés par l’homme et impactant négativement sur la production agricole. « C’était rare de voir un cheval en forme. Et cela s’est ressenti sur les récoltes. Aucun paysan n’avait réussi à s’en sortir en 2014 », se souvient Ndiakhate Fall. Ainsi, soutenu et appuyé par l’Ong britannique Brooke, l’Ugpm a mis en place le programme « Wormal mala » en 2015, avec cinq communes cibles : Mékhé, Koul, Mérina Dakhar, Ndande et Méouane.

Au total 89 villages sont touchés et 5 000 équidés enrôlés. Ateliers de formation, sensibilisations dans les « louma », les quartiers, émissions radios sur des thèmes spécifiques. Tout cela pour emmener les cochers à avoir des comportements responsables vis-à-vis des équidés. « Nous avions pensé qu’il fallait agir sur le comportement des propriétaires en identifiant les ressources disponibles qui entrent dans le bien-être des équidés », explique Ndiakhate Fall qui coordonne le programme. L’idée, ajoute Galaye Ka, animateur dudit programme, était d’éveiller les consciences, de toucher la sensibilité des cochers.

Malaw comme modèle
« Des partenariats ont été signés avec les radios communautaires pour vulgariser l’arrêté interministériel portant réglementation du transport par traction animal », souligne Galaye Ka. Sa collègue Fatou Diop de revenir sur les « riches échanges » enregistrés au cours des rencontres d’information sur les méfaits de la surcharge et sur l’importance pour chaque cheval de disposer d’un carnet sanitaire. Pour s’inscrire dans une perspective durable, L’Ugpm a mis l’accent sur les jeunes, plus réceptifs aux changements. Beaucoup de séances et d’ateliers ont été tenus pour les sensibiliser. « Les résultats obtenus sont satisfaisants. Je peux même dire qu’ils sont la plus grande satisfaction du programme », relève Fatou Diop.

Mais la démarche novatrice a été sans doute le lancement de l’activité « Malaw », nom emprunté à l’ancien cheval de Lat Dior, héros national connu pour sa force et pour avoir incarné les valeurs du Cayor. « L’activité « Malaw », n’est rien d’autre qu’un outil de diagnostic rapide de l’animal », explique Ndiakhate Fall. L’idée est d’aller trouver le cheval dans son abri, vérifier son alimentation, sa santé et d’autres éléments qui entrent dans le bien-être comme le parage, le ferrage, le harnachement et les techniques de contention et de manipulation. C’est tous ces aspects qui sont pris en compte dans le système de notation du cheval qui obtient « vert » si sa situation est satisfaisante, « jaune » acceptable et « rouge » qui indique que l’animal est en danger. « Quand le cheval obtient la note rouge, cela veut dire qu’il y a urgence à agir. Sinon, son propriétaire va le perdre », souligne Galaye Ka, animateur du programme « Wormal mala ».


Et ce qui est intéressant dans ce système, dit-il, c’est que la restitution est publique. Créant du coup une rivalité entre les enfants, une saine concurrence. « Les propriétaires ont fini par avoir honte de présenter un cheval maigre, malade », soutient Fatou Diop qui s’empresse d’ajouter : « L’activité « Malaw » a réussi quelque chose d’extraordinaire en faisant accepter, dans les villages cibles du programme, que qui s’occupe bien de son cheval, s’occupe bien de sa famille ». Aujourd’hui, se félicite le coordonnateur Ndiakhate Fall, des rencontres sont organisées tous les trois mois dans les villages cibles pour évaluer le travail des animateurs. « Le succès du programme est réel. Même ceux qui ne connaissent rien des équidés peuvent, aujourd’hui, diagnostiquer leurs bêtes et leur donner des notes », salue le coordonnateur Fall qui parle de « grands pas » réalisés, de « changements irréversibles » pour le bien-être des chevaux et ânes de trait.

A. DIALLO

DR BASSIROU FALL, DIRECTEUR DU DEVELOPPEMENT DES EQUIDES : « LES LARMES D’UN CHEVAL, C’EST UNE CATASTROPHE POUR UN PAYS »
Ane Bassirou FallDr Bassirou Fall est un passionné du cheval. C’est lui qui a construit toute la filière équine du Sénégal. Ce vétérinaire, qui aura bientôt 60 ans, nous a reçus, chez lui, à Ouest foire, pour nous parler de son quotidien entièrement dédié aux équidés.

Qu’est-ce que cela vous fait de voir les équidés maltraités par leurs propriétaires ?
Cela me fait mal de voir ces animaux brutalisés, frappés à longueur de journée sur nos routes. C’est déplorable, inhumain. La situation de ces équidés est d’autant plus préoccupante qu’ils ne peuvent porter des brassards rouges, encore moins refuser de travailler. C’est vraiment dommage. Ces animaux sont des témoins et acteurs de notre passé. Leur place dans la société n’est plus à démontrer. Ils constituent le moteur de notre agriculture, un moyen intermédiaire de transport. Mieux, le cheval et l’âne participent non seulement au pastoralisme, mais ont grandement contribué à la réduction de la pénibilité des femmes rurales. Tout cela devrait nous emmener à être plus humains, pour ne pas dire redevables. L’heure est venue de nous arrêter et d’interroger nos rapports avec ces animaux. Parce que les larmes d’un cheval, c’est une catastrophe pour un pays.

Comment expliquer ce comportement des propriétaires ?
L’ignorance et l’analphabétisme. La plupart des cochers ignorent les règles primaires, les techniques les plus élémentaires de l’élevage. Beaucoup ne savent pas qu’un cheval ou un âne bien traité, bien nourri, bien soigné ne peut être que bénéfique pour son propriétaire. Il y a aussi, il faut le dire, des gens qui savent, mais qui sont guidés par la course à l’argent facile. Ils constituent le groupe que j’appelle les cochers âpres au gain. Ces derniers font travailler les équidés, matin et soir, gagnent de l’argent, mais il ne leur vient jamais à l’esprit de retourner une partie de cette somme à l’animal. Et le plus souvent, ce sont eux qui sont à l’origine des mauvais traitements infligés aux équidés. Je l’ai dit et je le répète, ces mauvais traitements ne nous honorent pas, sont indignes et doivent faire l’objet de sévères sanctions. Il faut que les forces de sécurité fassent leur travail. Parce que malheureusement, il n’y a que la sanction qui les emmènera à adopter un comportement humain et responsable vis-à-vis des équidés.

N’existe-t-il pas un autre moyen d’emmener ces cochers cupides à changer de comportement ?
Oui, il y en a. C’est partager l’information, les bonnes pratiques d’élevage à travers des séminaires et autres ateliers de sensibilisation. L’arrêté interministériel portant réglementation du transport par des véhicules à traction animale a été pris et le ministre de l’Elevage a animé des comités régionaux de développement (Crd) sur cette question dans les 14 régions du pays. En partenariat avec l’Ong Brooke, la direction du développement des équidés (Dde) a organisé des ateliers de partage des dispositions de l’arrêté avec les chefs de services régionaux de l’Elevage et la presse. Un plan d’actions est en cours d’élaboration en partenariat avec la direction des transports routiers. Il y a des dispositions applicables et d’autres qui demandent la formation des cochers au code de la route pour leur exiger la carte de cocher qui correspond au permis de conduire. Il y a l’assurance obligatoire pour la responsabilité civile (12. 000 FCfa en moyenne). L’absence de fourrière municipale pose problème dans certaines localités. Le contrôle proprement dit est du ressort des forces de défense et de sécurité.

Le non respect de la réglementation ne prouve-t-elle pas l’absence d’une réelle volonté politique ?
La volonté politique existe. L’Etat a beaucoup fait, ces dernières années, pour la prise en charge des chevaux, mulets et ânes de trait. Plusieurs projets et programmes ont été mis en place. On peut citer la création, en 1989, du bureau du cheval par arrêté ministériel, la création du haras national en 2004 sous la tutelle de la présidence de la République jusqu’en 2011, la création du projet de développement de la filière équine en 2005, la création de la direction de l’élevage équin en 2008 et la création de la direction du développement des équidés en 2012 qui prend aussi bien en charge les besoins des chevaux que des ânes. Cela veut dire que la volonté politique ne fait pas défaut. De même, beaucoup de choses ont été faites sur le plan de la réglementation.

D’abord, il y a l’arrêté portant création du livret sanitaire et signalétique du cheval en 1994, l’arrêté interministériel portant réglementation des véhicules à traction animale en 1995, le décret portant réglementation des courses hippiques en 1996, l’arrêté fixant le taux du prélèvement sur les recettes issues du Pari mutuel urbain (Pmu) de la Loterie nationale sénégalaise (Lonase) et les modalités de son utilisation en 1997, puis en 2003 et 2010. Ce taux est fixé à 2% sur les recettes brutes du Pmu. La réglementation du cahier de charges de la Lonase est en cours pour permettre l’effectivité du prélèvement au profit de l’élevage du cheval, du développement des courses hippiques et des sports équestres. En plus de cela, il y a une dizaine d’autres arrêtés relatifs à la réglementation de la montée publique des espèces chevalines et asines, au contrôle de filiation par typage Adn, à l’identification électronique des équidés entre autres, tous pris pour développer les équidés au Sénégal. Il faut également souligner que le ministère de l’Elevage a renforcé le personnel technique chargé de piloter le développement de la filière équine.

Maintenant, oui, je suis d’accord avec vous qu’il faut renforcer la sensibilisation et la communication en direction des cochers et des propriétaires.

Quel rôle joue ou devra jouer votre direction dans ce dispositif ?
La Direction du développement des équidés (Dde) poursuit la sensibilisation et la formation des cochers, l’identification des chevaux, leur vaccination contre la peste équine, la formation de maréchaux- ferrant et de selliers. Nous travaillons avec les Ong comme Brooke et World Horse Welfare (WHW) pour relever le niveau de connaissance des éleveurs et propriétaires de chevaux sur les soins élémentaires à donner à leurs animaux. Dans certaines régions, les gouverneurs ont donné des instructions pour la mise en application de l’arrêté. La gendarmerie de la Foire a procédé, récemment, à des contrôles des véhicules hippomobiles, c’est également le cas à Louga. Nous privilégions la sensibilisation des acteurs pour une prise de conscience quant à la nécessité de respecter la réglementation en vigueur.

Avec quel budget ?
Sans argent, point de développement du cheval au Sénégal. En réalité, l’Etat du Sénégal a fait beaucoup d’efforts de 2012 à 2018. Le budget du ministère de l’Elevage est passé de 14 à 23 milliards de FCfa. La vaccination des chevaux contre la peste concerne 50% des effectifs. Ce qui a permis de contrôler la peste équine. A travers le Prodefe, le ministère de l’Elevage a construit des haras à Dahra, Thiès, Kaolack et Mbacké. Ces haras sont des centres de reproduction dotés d’étalons de haute valeur génétique et de laboratoire d’insémination artificielle équine. Depuis 2016, les haras sont pilotés par des docteurs vétérinaires assistés de techniciens compétents. L’effectivité du prélèvement de 2% sur les recettes issues du Pmu de la Lonase va permettre de mettre en place une véritable économie du cheval dynamique intégrée capable de générer des emplois et des ressources.

Si je comprends bien, votre direction ne bénéficie pas d’un budget qui lui est propre pour dérouler ses activités ?
Si, nous avons une dotation de 19 millions de FCfa. Je dois reconnaître que ce budget alloué au développement des équidés doit être renforcé pour permettre la mise en place d’un élevage performant, des écoles de formation dans les métiers liés au cheval, des infrastructures hippiques adéquates et des dotations plus importantes des courses hippiques. En France, le secteur cheval représente 14 milliards d’euros par an et le nombre d’emplois en lien avec le cheval est de 180 000. En France, il y a 269 hippodromes et près de 33 000 éleveurs de chevaux. Dans ce pays, le secteur cheval est une véritable industrie qui vient en deuxième position après l’aéronautique.

Le cheval, c’est des métiers à apprendre et des emplois à prendre. Mais nous ne désespérons pas. La volonté du président de la République, c’est de faire du cheval un secteur économique à part entière, à forte valeur ajoutée, pourvoyeur d’emplois et de richesses. Mme le ministre de l’Elevage a identifié les équidés comme une source d’énergie particulièrement importante dans les exploitations familiales, mais également comme moyen intermédiaire de transport aussi bien en milieu rural qu’en zone urbaine. En campagne, le pastoralisme repose sur les équidés qui participent à la corvée d’eau et qui réduisent la pénibilité du travail des femmes.

J’ai remarqué que vous parlez rarement de l’âne. Est-ce à dire que la situation de cet animal n’est pas préoccupante ?
Non, ce n’est pas exactement ça. Quand on parle des équidés, c’est évident que l’âne est dedans. Mais, il faut dire que cette espèce, contrairement au cheval, a une forte capacité de résistance aux mauvaises conditions de vie. L’âne est aussi polyvalent et peu exigeant en nourriture de qualité. Je l’avoue, peu de choses sont faites pour cet animal. L’âne n’est pas traité comme les autres animaux. On ne le vaccine pas. En revanche, quand il est malade ou blessé, des soins efficaces sont disponibles.

Que vous inspire la notion de bien-être des chevaux et ânes de trait ?
Le bien-être des chevaux et ânes de trait est l’objectif à atteindre. Cela doit mobiliser toute la communauté nationale. Il est essentiel de protéger ces animaux pour accroître leur productivité et leur rendement en sachant que les populations vulnérables en seront les principales bénéficiaires. Il faut sensibiliser les utilisateurs des équidés sur les notions élémentaires qui permettent d’assurer le bien-être des équidés, à savoir leur exemption de faim et de soif, d’inconfort, de douleur, de blessures ou de maladies, de peur et de détresse. Ces cinq types d’exemption constituent les bases de la réglementation du bien-être animal. Pas de pied, pas de cheval, c’est pourquoi le ministère a formé, entre 2010 et 2017, 80 maréchaux-ferrant à Rufisque, Thiès et à Louga.

Ce travail va continuer pour gagner toutes les régions du Sénégal. D’ici à fin 2018, nous irons à Touba dans le cadre de ce projet de formation. L’idée est d’outiller tous les cochers et propriétaires de chevaux et d’ânes du Sénégal. Nous comptons sur le soutien de nos partenaires comme Brooke qui fait un excellent travail sur le terrain. Dans un pays, quand le cheval va bien tout va bien. Etant donné que c’est l’emblème du parti au pouvoir, il y a sans doute des chances que l’attention accordée à la plus belle conquête de l’homme soit renforcée. Les équidés méritent notre grande reconnaissance et notre affection.

Propos recueillis par Abdoulaye DIALLO

L’histoire des femmes a été étudiée en marge de celle-là générale. Leurs actions ont pourtant aiguillé la trajectoire de l’humanité. La Journée internationale des femmes n’est que l’expression d’une affirmation de leurs personnalités. Elle se confond avec l’histoire tumultueuse du monde et les luttes d’influence. Elle puise ses racines dans diverses manifestations de femmes qui désiraient accéder à certains droits légitimes.

L’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution proclamant le 08 mars « Journée des Nations unies pour les droits de la femme et la paix internationale » en décembre 1977. Cette décision est prise dans le prolongement de la proclamation, par l’Assemblée, de l’Année internationale de la femme (1975) et de la Décennie des Nations unies pour la femme (1976-1985). Au-delà du faste, l’idée est de porter un regard lucide sur la situation des femmes dans le monde pour envisager le futur de manière plus sereine. Car leurs trajectoires individuelles et leurs actions collectives ont montré leur capacité de résilience et de prise en charge de leur destinée, de leurs préoccupations. L’origine de cette journée que célèbre « l’humanité » en est une illustration achevée.

La Journée internationale des femmes est intervenue dans le contexte des mouvements sociaux au cours du XXe siècle en Amérique du Nord et en Europe. La première Journée nationale des femmes a été célébrée en 1909 sur l’ensemble du territoire des Etats-Unis d’Amérique le 28 février conformément à une déclaration du Parti socialiste américain. Cette célébration s’est poursuivie jusqu’en 1913.

Toutefois, c’est en août 1910, à la deuxième conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague, à l’initiative de la militante allemande Clara Zetkin, que le principe d’une célébration au plan international a été admis. On ne parle pas encore du 8 mars. Cependant, il paraissait urgent de mobiliser les femmes « en accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dotées de la conscience de classe ».

La Journée des femmes est moins l’initiative du mouvement féministe pourtant très actif à l’époque que de celui-là socialiste. Clara Zetkin s’employait ainsi à contrecarrer l’influence de ce qu’on a appelé à l’époque « les féministes de la bourgeoisie » sur les les femmes du peuple. La proposition est approuvée à l’unanimité par la conférence parce qu’elle épousait les idées qui concouraient à la promotion des droits des femmes, à l’obtention du suffrage universel. Elle a été fêtée pour la première fois le 19 mars en Allemagne, en Autriche, au Danemark et en Suisse.

Outre le droit de voter et d’exercer une fonction publique, elles exigeaient le droit au travail, à la formation professionnelle, ainsi que l’arrêt des discriminations sur le lieu de travail. Mais, c’est en Russie que la Journée des femmes connaît son regain. En 1913 et en 1914, la Journée internationale des ouvrières y est célébrée. Ensuite, le 8 mars 1917, ont lieu, à Petrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), des manifestations d’ouvrières que les bolcheviques désignent comme le premier jour de la révolution russe. Une nouvelle tradition est instaurée : le 8 mars est, dès lors, l’occasion pour les partis communistes de mobiliser les femmes. Après 1945, la Journée des femmes est officiellement célébrée dans tous les pays socialistes.

L’histoire de la manifestation des couturières new-yorkaises censées être à l’origine de cette célébration relèverait d’un mythe. Elle aurait eu pour objectif de détacher le 8 mars de son origine soviétique à cause des luttes d’influence de l’époque. Comme avec la Saint-Valentin et autres joyeusetés « tropicalisées », les Sénégalais célèbrent cette journée avec grand faste.

Alassane Aliou MBAYE

Aujourd’hui, est célébrée la journée mondiale de la femme. Un grand hommage à nos mères, nos épouses, nos sœurs qui constituent plus de la moitié de la population mondiale. Cette journée ne tire pas son sens de leur statut de femme, mais bien du respect de leurs droits : droit au travail et salaire décents, droit à la terre, droit à la santé et surtout droit à l’éducation, etc. Qui ignore les avantages de l’éducation de la femme ? «Eduquer une femme, c’est éduquer une société, une Nation», soutient l’Unesco. Gardienne de la cellule familiale, elle dorlote, chouchoute et éduque. En somme, elle fait de nous ce que nous sommes. Autant dire que l’Onu ne s’est point trompée en lui consacrant une journée. Mais que diantre, elle fait face à de multiples difficultés ! Victime, elle l’est dans toutes les situations : politique, économique, culturelle et sociale. Au point qu’elle n’hésite plus, de nos jours, à emprunter la voie de l’émigration en quête d’un mieux-être. Heureusement, certaines d’entre elles refusent la fatalité, n’acceptent point de baisser les bras jusqu’à devenir des modèles pour les jeunes, et cela, dans tous les domaines.

Certes, au Sénégal en particulier, des efforts louables sont accomplis en faveur de la femme : ouverture de l’Armée à la femme, timide accès à la terre, parité dans les instances électives et semi-électives presque réalisée. Par exemple, on dénombre 64 femmes (42,66%) sur les 120 députés qui ont constitué la dernière législature et 69 (41,5) sur les 165 députés de la 13ème législature.

Par ailleurs, le Sénégal a signé et ratifié l’ensemble des instruments et mécanismes internationaux relatifs aux droits humains et particulièrement aux droits de la femme et de la fille.

Mais le chemin est en encore long. En effet, si le nombre, en politique, de femmes députés a augmenté, le taux a, toutefois, baissé et peu d’entre elles occupent des postes de décision. Egalement, au Sénégal, peu de femmes sont alphabétisées ou accèdent à la terre. D’après une étude menée par l’Initiative prospective agricole rurale (Ipar), «bien que représentant 70 % de la population agricole du Sénégal, les femmes ne sont que 13 % à accéder aux terres agricoles». Pire, la violence contre la femme prend de plus en plus d’ampleur malgré les multiples lois pour la protéger.

Entre autres, viol, subordination, mariage précoce et forcé, violences physique et verbale, Mutilations génitales féminines (Mgf), exclusion sociale particulièrement lorsqu’elle souffre d’une «maladie de la honte» comme la fistule.

Or, aucun pays ne peut se développer en rabaissant la femme. Il est temps qu’elle retrouve la place qui a toujours été la sienne dans nos sociétés africaines comme l’a démontré l’histoire. Héroïnes de la geste africaine, elles l’ont été. On peut citer, parmi elles, Yennega l’amazone des Mossis du Burkina, Ndatté Yalla (la reine du Walo), Aline Sitöé Diatta (la reine de Cabrousse), la Grande Royale du Fouta au Sénégal, Taïtou, l’ombre influente du souverain du Choa, devenu Roi des rois, Ménélik II d’Ethiopie, Abla Pokou, la fondatrice du royaume baoulé de Côte d’Ivoire, Yaa Asantiwa, reine mère et âme de la résistance ashantie face au pouvoir britannique au Ghana… (Cf. « Femmes de l’ombre et Grandes royales » de Jacqueline Sorel et Simonne Pierron Gomis, Présence africaine.

C’est dire qu’en se référant à notre histoire, à nos religions (l’Islam n’a-t-il pas libéré la fille de la barbarie des hommes ?), à l’évolution actuelle du monde, surtout en comprenant que chaque fois qu’on brime une femme, on brime sa maman, son épouse, sa fille, le monde ne peut que s’en porter mieux. Alors respect pour les femmes !

Par Daouda MANE

« Le temps est proche : les activistes ruraux et urbains transforment la vie des femmes », c’est le thème retenu cette année à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme.

Un hommage particulier est ainsi rendu aux vertueuses femmes qui travaillent la terre pour nourrir leur pays. L’objectif est également d’instaurer une dynamique d’autonomisation des éléments féminins évoluant en zone rurale.

En connaissance ou méconnaissance de cause, les femmes rurales contribuent à assurer la sécurité alimentaire de nos communautés. Et pourtant, du fait des inégalités profondément ancrées, elles n’évoluent pas dans de bonnes conditions. C’est le lieu de rendre un vibrant hommage à ces braves citoyennes qu’un préjugé savamment entretenu a fini de leur ravir la place de choix qu’elles ont longtemps occupée dans nos sociétés. Pour beaucoup, la femme africaine traditionnelle n’est rien d’autre qu’une épouse soumise, un être ne vivant que pour effectuer des travaux domestiques et n’ayant pas de droits à faire valoir.Dans la société africaine traditionnelle, la condition féminine n’était pas dégradante. Ici, la femme était bien considérée. D’ailleurs, la succession au trône, dans certains royaumes pré-coloniaux se faisait en fonction de la lignée maternelle. Ce n’est pas un hasard si dans certains noms africains, on retrouve le prénom de la mère. Cela montre la marque de considération attribuée à la femme qui, au-delà des tâches ménagères, s’occupait de l’éducation des enfants dont les premières humanités sont incontestablement confiées à sa bienveillance. C’est pour renforcer le pouvoir de la femme que le Sénégal a ratifié beaucoup de conventions et d’accords qui luttent contre la discrimination.

Toutefois, il subsiste encore quelques points noirs à gommer. Selon la ministre de la Femme, de la Famille et du Genre, Mme Ndèye Saly Diop Dieng, des dispositions discriminatoires en défaveur des femmes « demeurent encore manifestes » dans les textes législatifs. Elle s’exprimait devant le collectif des femmes parlementaires dans le cadre d’une rencontre de partage du rapport du Comité technique de révision des normes discriminatoires contre les femmes. Dans le but de trouver une solution idoine à ce problème, le Ministère de la Justice a mis sur pied un Comité technique de révision des dispositions législatives et réglementaires discriminatoires à l’encontre des femmes. L’objectif est de revisiter les textes et d’aller résolument vers une mise en cohérence des normes internationales.

Oumar BA

De prime abord, rien ne les lie. Mais, quand on y regarde de plus près, ce préjugé s’écroule comme un château de cartes. Au-delà du statut de femme qu’ils partagent, ces différents profils ont cela de commun qu’ils exercent des métiers qui, jusqu’à récemment, étaient l’apanage des hommes. Commissaire de police, mécanicienne et maréyeuse, ces braves dames nous inculquent une leçon de vie. Portraits de trois femmes partageant l’idéal du travail sans frontières.

TABARA NDIAYE, LA « VOIX » DE LA POLICE SÉNÉGALAISE
Cette commissaire porte, depuis 2017, la parole de la police sénégalaise. Première dame à être officialisée à ce poste, elle n’en demeure pas moins méritante. Rencontre avec ce haut cadre de cette grande institution qu’est la police nationale.

Elle est bien sollicitée, Mme la commissaire Tabara Ndiaye. Son téléphone sonne sans arrêt. Normal, c’est elle qui porte la parole de la police nationale. Elle est la voix habilitée pour communiquer au nom et pour le compte de cette haute institution. Une mission qu’elle compte mener dans la rigueur. Cette jeune femme, née en 1986, est la première dame officiellement nommée au poste de porte-parole de la police nationale. Une nomination intervenue le 13 avril 2017. Nez aquilin, taille haute, teint mâte, elle porte un foulard noir précieusement noué sur la tête. Un grand bureau bien rangé reçoit le visiteur.

Elle est décontractée, serre généreusement les mains, distribue des mots aimables et mêmes de petites blagues. Quid des sollicitations ? « C’est normal, l’institution est ainsi faite. C’est un secteur un peu complexe. En plus de la police, il y a les administrateurs civils, les sapeurs-pompiers et j’en passe. Cependant, notre service demeure le plus sollicité », révèle celle qui a vu le jour à Saint-Louis du Sénégal. « Il arrive que l’on m’appelle parfois très tôt pour me demander de rappliquer dare-dare. Je le fais avec un sentiment d’honneur au service de mon pays », ajoute-t-elle. Des sollicitations qui la poursuivent jusqu’au domicile conjugal. Mais, elles n’entament en rien le climat familial. D’ailleurs, Mme la commissaire se réjouit d’avoir choisi « un époux qui comprend parfaitement la charge et l’accepte pleinement ». Sur un ton souvent moqueur, il ne cesse de lui dire « la police sollicite trop », histoire de détendre le climat. Ce qui fait plaisir à Mme la commissaire. Celle qui est devenue commissaire de police rêvait d’embrasser le métier de magistrat. Très jeune, elle nourrissait ce rêve. «Toute petite, j’avais cette faculté à réconcilier les gens quand ils n’arrivaient plus à s’entendre. J’étais là à jouer au juge, à l’arbitre pour régler les conflits », souligne-t-elle, avec le sourire. Quand, entre frères et sœurs, il y avait de petites chamailleries de gamins, mon père faisait toujours recours à moi car je restituais les faits sans parti pris. J’ai grandi avec ce trait de caractère », renseigne Tabara Ndiaye.

La police n’est pas misogyne !
Comment l’aspirante à la magistrature s’est finalement retrouvée commissaire de police ? Ce n’est pas sans avoir tenté le concours de la magistrature. De nature à se décourager vite, elle n’a pas jugé utile d’essayer à nouveau. Elle passe et réussit le concours de recrutement des élèves sous-officiers de police. Nous sommes en 2012. Elle fait partie de la 39ème promotion.

En 2013, elle passe le concours de recrutement des élèves commissaires de police et le réussit avec brio. La fille d’un cadre de l’administration ne regrette pas d’être devenue commissaire de police. « Contrairement au tribunal, on ne juge pas à la police », rappelle-t-elle. Ici, il s’agit juste de mener des enquêtes à charge et à décharge. La police, un milieu macho exclusivement réservé aux hommes ? « Non », répond Mme la commissaire Tabara Ndiaye. « En 1982, la police sénégalaise accueillait déjà ses premières femmes commissaires », rappelle-t-elle. Et elle se met à citer « les tatas Anna Sémou, Abibatou, Josephine » qui ont marqué de leurs empreintes leur passage à la police. Elle réfute cet argument qui voudrait que la femme soit toujours sur la défensive. « Non. C’est juste un trait de caractère et une manière de se faire respecter », argumente Tabara Ndiaye.

N’ayant jamais été confrontée à un cas de résistance dû au fait qu’elle était femme, Mme la commissaire de police fait savoir ceci : « Aucun de mes éléments ne rechigne devant mes instructions. Ils s’exécutent tous dans le cadre du travail ». Femme avant tout et par-dessus tout, Tabara Ndiaye ne manque pas de convoquer la coquetterie pour parfois résoudre une énigme.

« Il m’est arrivé de faire appel à ma féminité pour amener des mis en cause à avouer », souligne Mme la commissaire, qui nous conte l’histoire de « cette dame qui avait tué le fils de sa coépouse. J’ai réussi à la faire parler. Nous discutions en tant que femmes. Elle était totalement en confiance. Je lui ai fait des remontrances du genre comment as-tu pu éliminer un enfant innocent ? Elle s’est mise à parler et a avoué son crime sans le savoir ». Avec les personnes âgées, elle met de côté la casquette de policière et leur parle en tant qu’enfant, les amenant à restituer les faits tels quels.

Mme la commissaire Tabara Ndiaye a débuté son cursus scolaire à l’école Saint Joseph De Cluny. Elle réussit à l’entrée en 6ème au village d’enfants SOS de Kaolack et fait un passage au Cem Djim Momar Guèye. Elle décroche son Bfem et son Bac au lycée John F. Kennedy. Elle s’inscrit à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Ucad où elle obtient sa maîtrise en droit.

Présentement, elle est doctorante. Aux candidates pour le concours des élèves commissaires de police, Tabara Ndiaye conseille de s’armer de détermination et de courage. « Ce n’est pas facile, mais ce n’est pas pour autant impossible. Dans la vie, il faut savoir ce que l’on veut et se donner les moyens d’atteindre ses objectifs. Il faut être mentalement fort. On fait croire qu’il faut forcement connaître le droit pour réussir au concours de la police. Il n’en est rien. Des gens qui n’ont jamais fait le droit ont réussi au concours », informe-t-elle.

Mme la commissaire Tabara Ndiaye a servi à la brigade des mœurs à la sûreté urbaine de Dakar (2014). Elle a été adjointe au chef de service des Renseignements généraux de Dakar (2015), adjoint au commissaire central de Guédiawaye (2016). Elle a été chef de service du commissariat d’arrondissement de Thiaroye (2016-2017). Présentement, elle est, depuis le 12 avril 2017, chef du Bureau des relations publiques de la police nationale. Mme le commissaire ou Mme la commissaire ? « Peu importe! Je suis commissaire de police. C’est tout ce qui compte », conclut-elle.

Oumar BA

KHADY BÈYE, FEMME MÉCANO
Khady Beye MecanoFille d’un technicien en mécanique, Khady Bèye n’est pas allée chercher loin pour trouver sa vocation. Celle qui a marché sur les traces de son papa est, elle aussi, devenue, à force de persévérance, une technicienne en mécanique. A son honneur et à celui des femmes!

«Un jour, il a fallu montrer ma poitrine à un collègue allemand venu au Sénégal dans le cadre d’un stage pour qu’il soit convaincu de ma féminité », affirme avec un large sourire la très avenante Mme Khady Bèye Guèye, noire et bien dans sa peau. Du fait qu’elle affichait ardeur et détermination dans son travail, les gens en arrivaient à sérieusement douter de son statut de femme. Normal, Khady a choisi un métier qui, à l’époque, attirait peu d’éléments féminins : la mécanique générale. Elle a cédé à la tentation et a surtout succombé à l’influence familiale. « Mon père était mécanicien. Tous mes frères s’activaient également dans ce domaine. J’ai naturellement voulu embrasser ce métier», nous dit-elle.

Avec l’aval d’une famille très compréhensive, elle décide de suivre les pas du père. Pour réussir dans ce milieu réputé macho, il faut se donner les moyens. Khady intègre cette donne et décide de se former dans des écoles reconnues. Elle s’inscrit à l’Asafin, une école spécialisée en formation mécanique. Elle a également fait ses humanités à la Direction du service du matériel (Dsm).

Elle va passer six ans pour l’acquisition de connaissances dans son domaine de prédilection. Elle était, dans sa promotion, avec deux autres femmes. Ses premiers pas comme stagiaire sont ponctués de préjugés. «Les gens étaient surpris de voir une fille débarquer dans les ateliers. Cela était d’autant plus impressionnant que j’étais la deuxième femme à occuper ce poste au sein de la Sotrac, aujourd’hui Dakar Dem Dikk (Dkk)», rappelle-t-elle. Dans les ateliers, elle se refuse de porter des boucles d’oreilles.

La nostalgie des ateliers
La casquette toujours vissée sur la tête, elle était dans un accoutrement masculin, corrigeant des vilebrequins, veillant sur les culasses, rectifiant les tambours, etc. Le travail de la mécanique peut parfois s’avérer physique. Khady, déterminée à mettre de son côté toutes les chances de réussite, s’adonnait quotidiennement à son sport. Après cinq ans passés à s’activer dans les ateliers de la société Dakar Dem Dikk, elle est finalement affectée au bureau d’ordonnancement où elle fait aujourd’hui office d’assistante de direction. Entre quatre murs, dans un calme serein, on est dans une salle d’accueil bien décorée. Bienvenue dans l’antre de Khady Bèye. La mécanicienne devenue assistante de direction. Du fait de sa connaissance du métier de la mécanique, elle a été promue à ce poste où son savoir est utile. Epouse et mère, Khady n’est pas allée très loin pour trouver chaussure à son pied. Et oui, son époux est également technicien en mécanique officiant dans la même entreprise. La complicité du couple permet de surmonter les aléas du métier. Devenue assistante de direction, Khady se remémore avec nostalgie l’ambiance animée des ateliers. Le bruit, le grincement des outils, les va-et-vient, etc. Et si un jour un de ses enfants décide d’embrasser ce métier, elle dit être dans les dispositions de l’y encourager.

«C’est un métier comme tous les autres. C’est vrai, le milieu est essentiellement dominé par les hommes. Mais, il n’y a pas de péril pour les femmes», affirme-t-elle. Elle encourage les femmes à davantage venir vers cette profession. «Il n’y a pas de métiers exclusivement réservés aux hommes», insiste-t-elle. Des anecdotes, Khady en dispose. Une fois elle était à bord d’une voiture, une crevaison intervient au mauvais moment. De tout le véhicule, elle était la seule à maîtriser la mécanique. Elle décide dès lors de prendre les devants. «J’étais très bien habillée. Mais, j’ai tout même décidé d’oublier mon accoutrement. Je sors, installe une cale sous le pneu, desserre les boulons, tire le pneu endommagé et mets la roue de secours en un temps record. Les gens étaient surpris. Certains automobilistes, séduits, s’étaient immobilisés. Comme quoi, ce que l’homme peut faire, la femme le peut aussi », conclut-elle.

Oumar BA

NDEYE FATOU NDIAYE, FEMME LEADER A THIES : MILITANTE DU DÉVELOPPEMENT
Nd F NdiayeLe Ndoucounane à sa lionne, elle s’appelle Mata Sy Diallo. Le Baol aussi, elle s’appelle Aïda Mbodj. Moins connue que les deux premières, la lionne du Diobass, elle, s’appelle Ndèye Fatou Ndiaye. Militante désintéressée, combattante infatigable pour le développement, elle a fini par obtenir une signature crédible auprès des partenaires au développement. Son ambition est de sortir ces milliers de femmes de la région de Thiès de la pauvreté.

Ndèye Fatou Ndiaye est un nom familier, très familier même au Sénégal. Mais dans le Diobass, celle qui le porte n’est ni une lendore encore moins une gouapeuse. Elle symbolise l’action désintéressée, disons un engagement communautaire. Elle se donne à fond pour doter ses concitoyennes de ressources leur permettant de subsister. Ndèye Fatou Ndiaye de Notto comme on aime à l’appeler dans cette localité à un «parti» qui s’appelle le développement. Elle a une cause qui s’appelle «la femme», un objectif qui est de l’autonomiser financièrement et matériellement.

A force d’engagement, le mot «développement» finit par être un identifiant à son nom. «Connaissez-vous Ndèye Fatou Ndiaye ? », demande-t-on de façon spontanée à des confrères. «Laquelle ? Celle qui fait du développement ?», répondent-ils en chœur. Présidente du comité consultatif des femmes du département de Thiès, présidente de l’Union des groupements féminins pour le développement de Notto, présidente du Cadre local de concertation des organisations de producteurs (Clcop), présidente du comité de crédit d’une institution de microfinance dans le département de Thiès, Diourbel jusqu’à Daara Djoloff… Et quoi encore ? La liste est longue, très longue même. Quand cette mignarde au teint noir d’ébène, épouse et mère, parle du développement, les mots lui viennent du cœur. Son âge, une énigme. Disons la quarantaine bien sonnée. Mais une chose est sûre, selon un journaliste d’une radio locale basée à Thiès, Ndèye Fatou Ndiaye a consacré les deux-tiers de sa vie à faire du développement. Elle connaît l’alpha et l’oméga de ce domaine. Les concepts, elle les manipule à sa guise. Ne dit-on pas que c’est en forgeant qu’on devient forgeron. «J’ai commencé à m’investir dans le développement en 1989», précise-t-elle. Depuis, elle porte, à elle seule, sur ses frêles épaules, l’espoir des milliers de femmes du département de Thiès. Consciente de la lourdeur de sa mission, Ndèye Fatou ne perd pas de temps dans des futilités. Ses jours, ses heures, ses minutes sont précieux. Elle est dans les réunions, séminaires et à la recherche de partenaires. Elle multiplie les initiatives sur le terrain pour éviter de former de vaines espérances.

Mais, son engagement pour le développement n’altère en rien les valeurs sociales qu’elle incarne. Elle est souriante et d’un commerce facile. Au premier coup de fil, elle décroche son téléphone.

« Seck, je passe à ton bureau vers 17 heures, je suis dans un séminaire ». Ainsi, le rendez-vous est fixé. Quelle humilité ! C’est certainement ce qui lui vaut la confiance et l’estime de ses paires. L’Union pour le développement de Notto qu’elle dirige regroupe 69 groupements de femmes dont 11 de la zone de Sanghé. Aussi, lorsqu’il s’est agi de mettre sur pied le comité consultatif de la femme, toutes les pensées des femmes du département de Thiès sont tournées vers elle. Egalement en 2014, lors de la création d’une fédération des professionnels de l’agro-alimentaire de la région de Thiès, les actrices du secteur l’ont portée unanimement à la tête de la structure. Et pourtant rien ne lui prédestinait il un tel avenir. Ni sa scolarité, ni son environnement, elle qui avait abandonné l’école en classe de 4e pour aider sa maman, maladive, dans les travaux.

Ndiol Maka SECK

MARIAMA, LA BRAVE DU MARCHÉ «JOOLA»
Mariama Marche JoolaTravailleuse rigoureuse, cette bonne élève, qui a quitté les bancs en classe de seconde, est devenue mareyeuse. La battante acharnée avance dans la sérénité et la dignité.

L’apparence est trompeuse. Des va-et-vient incessants, une énergie à couper le souffle, une ardeur et une application exemplaires. Mariama Faye est pourtant sur pied depuis cinq heures du matin. Sur son étal, elle expose des produits halieutiques et sert une clientèle fidèle. Vers 17h, la dame ne présente encore aucun signe de fatigue. C’est devenu un rituel chez elle. Celle qui quitte quotidiennement son lieu de travail à 19h n’en est pas pour autant abattue. Mère et soutien de famille, elle travaille pour gagner sa vie à la sueur de son front.

Mariama Faye est commerçante mareyeuse au marché le « Joola » situé à Pikine. Elle est également représentante du secrétaire général des femmes actrices du secteur informel. La mareyeuse commercialise des produits halieutiques : du poisson séché et salé, des fruits de mer, carpes, moules, huitres, crustacés, crevettes et autres. Depuis 1992, cette bonne dame s’active dans ce secteur. Elle a débuté son activité au marché le « Joola » alors installé dans l’enceinte du Port autonome de Dakar. C’est sur recommandation de sa maman, elle-même mareyeuse, qu’elle a rejoint ce secteur d’activités. Dès son arrivée, elle est, du fait de ses études relativement poussées, élue membre du bureau de l’association. Elle est l’ajointe à la présidente. Le marché le « Joola » a ceci de particulier qu’il est exclusivement féminin. Seuls les porteurs de marchandises sont des hommes. « Ces braves dames sont pour l’essentiel des soutiens de familles. Certaines sont des veuves qui paient la scolarité et font vivre leurs enfants avec les revenus tirés de leur activité commerciale. Elles s’acquittent aussi des frais du loyer », informe Mariama Faye. Celle qui a poussé ses études jusqu’en classe de seconde, n’est pas pour autant la plus diplômée du marché. Ici, on trouve des personnes qui ont une maîtrise en économie. Ce sont, pour la plupart, des personnes qui ont toujours cherché du travail, mais en vain. Refusant de rester les bras croisés, elles ont décidé de venir au marché pour y gagner dignement leur vie », renseigne-t-elle.

Mariama Faye, qui salue la posture accueillante des mareyeurs trouvés sur place, déplore cependant le manque d’accès des femmes évoluant dans le secteur informel aux banques. «Nous nous rabattons sur les mutuelles d’épargne de crédit où nous sommes souvent l’objet d’arnaque », déplore-t-elle. Ces dames dénoncent les taux d’intérêts exorbitants pratiqués par ces institutions de microfinance. «Nous nous battons pour entretenir nos enfants. C’est pourquoi, nous appelons le gouvernement à nous appuyer dans le financement de nos activités», lance-t-elle. Ces femmes mareyeuses, dont l’activité pourrait être perturbée par le passage du Train express régional (Ter), invitent les autorités à leur trouver une solution de rechange.

O. BA

DÉGUÈNE MBENGUE, UNE DES RARES EXPLOITANTES FORESTIÈRES DE TAMBA
Déguène Mbengue, exploitante forestière à Tambacounda, fait partie du lot des braves femmes qui s’illustrent dans leur activité. Elle capitalise vingt ans d’expériences dans le commerce du bois.

Le soleil est au zetnith. La chaleur impose sa loi. Une canicule sur fond de chaleur gagne Tambacounda. Cette flamme torride ne décourage en rien Déguéne Mbengue. Munie de sa pelle, elle remue terre, malaxe sable, fait recours à l’engrais. Elle s’occupe de son jardin avec une détermination que rien ne saurait remettre en cause. Bienvenue dans l’univers de cette battante de l’ombre. Au-delà de s’adonner à son travail, Déguéne participe à lutter contre l’avancée du désert. Pourquoi tant d’ardeur et de motivation ? «Tout ce que j’ai obtenu dans ma vie, je le dois à l’exploitation du bois d’œuvre. Je ne saurais regarder nos massifs forestiers disparaître, surtout que le service des Eaux et Forêts a fini de nous convaincre des opportunités de remplacer les arbres exploités», souligne t-elle. Cette approche participe également à la lutte contre l’insécurité alimentaire. Déguène avoue avoir construit sa demeure et entretenir ses enfants grâce à la vente de bois. Elle invite alors les femmes à investir ce secteur.

Pape Demba SIDIBE

La femme a toujours joué un rôle de choix dans la société sénégalaise. Cet acquis bute parfois sur des difficultés. Dans cet entretien, Mme Oumoul Khaïry Coulibaly Tandian, docteur en socio-anthropologie, enseignante-chercheure/consultante, spécialiste des questions de genre, salue les avancées, tout en appelant à davantage de mesures.

Contrairement à une idée très rependue, les femmes se seraient toujours illustrées dans la gestion des cités en Afrique de manière générale, au Sénégal plus particulièrement. Pouvez-vous nous citer des exemples concrets qui illustrent cette réalité ?
Dans toute l’histoire des sociétés africaines, les femmes se sont illustrées en exigeant leurs droits et ont, par conséquent, marqué la gestion de la cité. Nombreuses sont les œuvres littéraires qui ont mis en exergue l’influence de la reine-mère dans nos royaumes. D’ailleurs, durant la période précoloniale, la transmission des droits politiques se faisait par la femme dans les sociétés matrilinéaires, comme chez les Sérères par exemple. L’histoire relate aussi l’acte de résistance des femmes de Nder qui se sacrifièrent pour lutter, à leur façon, contre la captivité de Ndaté Yalla, de Djeumbeut Mbodj ou encore d’Aline Sitoé Diatta, qui s’est farouchement opposée à l’occupation coloniale. Les femmes ont aussi pris part aux mouvements intellectuels qui ont marqué la lutte anti-coloniale à travers notamment des associations et en rejoignant des partis politiques.

Depuis l’avènement des indépendances jusqu’à nos jours, la contribution sociale, économique, politique et culturelle des femmes en Afrique n’est plus à démontrer. Parmi les pionnières qui ont marqué notre histoire post-coloniale, on peut citer Maïmouna Kane, magistrate, qui, d’ailleurs, a été nommée, en 1978, secrétaire d’Etat chargée de la Condition féminine dans le gouvernement d’Abdou Diouf, avant d’être promue ministre, ou encore de sa collègue Caroline Faye, en politique ; Mariame Ba ou Aminata Sow Fall, dans le domaine littéraire ; des universitaires comme Fatou Sow, Marie Angélique Savané, Maréma Touré Thiam, entre autres. Celles-ci ont été rejointes par d’autres comme Mame Madior Boye, Aïssata Tall Sall, Aminata Touré, Amsatou Sow Sidibé, pour ne citer qu’elles.

Tout cela, pour vous dire que l’émergence d’un leadership féminin au Sénégal n’est pas nouvelle. Cependant, cela ne doit pas nous faire oublier la situation réelle de la majorité des femmes, exclues ou sous-représentées dans les instances d’exercice et de prise de décisions. En effet, nos cultures africaines, sénégalaises en particulier, sont caractérisées par une masculinisation de l’espace public et une relégation des femmes dans la sphère privée et leur cantonnement aux responsabilités sociales. La colonisation a beaucoup contribué à cette exclusion des femmes de l’espace public. En leur attribuant d’emblée un statut inférieur, elle les a privées d’un rôle actif en politique et sur le plan économique. Malgré la loi sur la parité et les avancées notées, en particulier dans la représentation nationale, la participation effective des femmes dans la gestion de la cité demeure encore un défi majeur.

Quelle place occupait la femme dans certaines sociétés traditionnelles africaines ?
Les femmes ont été de tous les combats de l’histoire de nos sociétés africaines, comme je l’ai dit précédemment. Toutefois, il faut aussi savoir que les sociétés africaines ne sont pas homogènes. Au Sénégal, nous avons des sociétés égalitaires matriarcales comme chez les Diolas et des sociétés inégalitaires et patriarcales. Selon le type de société, la place de la femme varie plus ou moins. Cependant, d’une manière générale, et même si je n’aime pas cette opposition tradition/modernité, les femmes étaient davantage cantonnées aux responsabilités sociales, gardiennes des traditions et ayant un rôle de transmission des valeurs, reproductrices avec comme tâche principale de s’occuper du foyer et d’assurer la pérennisation de la famille. Mais nous savons aussi que traditionnellement, les femmes ont toujours joué un rôle majeur dans l’entretien des ménages, ayant toujours eu en charge les cultures vivrières, en particulier après l’introduction des cultures de rente par le colonisateur.

Pris sur un aspect purement sociologique, pensez-vous que le Sénégal est en avance ou en retard dans le traitement réservé aux femmes ?
En avance ou en retard par rapport à qui ? A quoi ? Je pense que la réalité n’est pas aussi manichéenne que cela. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a beaucoup d’avancées sur les plans politique, social et économique. Les femmes sont aujourd’hui plus instruites, ont plus d’opportunités professionnelles, plus libres dans leur choix et constituent des actrices à part entière. En politique, elles sont davantage présentes dans les partis politiques, dans les gouvernements, à l’Assemblée nationale, les collectivités locales ainsi que dans les hautes institutions étatiques.

Elles occupent également de plus en plus de responsabilités dans le secteur privé. Cependant, nos cultures sont traversées par un principe d’infériorité de la fille par rapport au garçon, de la femme par rapport à l’homme, qui se traduit par un rapport de pouvoir déséquilibré et surtout des inégalités de chances devant l’éducation, le travail et l’accès aux instances de prise de décisions.

Du fait des conséquences de ces pesanteurs socioculturelles, les femmes ne jouissent pas toujours de leurs droits, même lorsque l’égalité des sexes est consacrée par notre législation. Une illustration de cette situation, le faible nombre de femmes élues maires lors des élections locales, malgré la loi sur la parité. Ce principe d’infériorité rend également les femmes et les filles davantage vulnérables aux violences sexistes, en particulier sexuelles, mais aussi à l’impunité des auteurs, comme le montre une recherche que je coordonne pour l’Ong Radi, financée par le Crdi. A cause de ces normes sociales basées sur le genre, même celles qui ont la chance d’aller à l’école, de trouver du travail ou de s’engager dans un parti politique se retrouvent souvent confrontées au plafond de verre, résultat d’un parcours d’obstacles.

Une aliénation culturelle, savamment entretenue, a fini par susciter en nous un sentiment qui laisserait croire que les femmes occupaient des places réductrices dans nos sociétés africaines, qu’en est-il ?
Certes les clichés et préjugés ont contribué à la relégation des femmes, comme je l’ai déjà dit, et que la lecture des sociétés africaines selon le filtre de leurs valeurs présente une image de la femme africaine stéréotypée. Cependant, les rapports sociaux de domination, en particulier entre les sexes, qui structurent nos sociétés ne laissent pas toujours aux femmes la possibilité de jouir pleinement de leurs droits en tant que citoyennes. Mais, malgré le poids des traditions et autres difficultés qu’elles rencontrent, les femmes prennent conscience de leurs droits et les revendiquent. Vous savez, on a souvent opposé aux femmes un manque d’instruction, de compétences pour les écarter des sphères décisionnelles, aujourd’hui, même si un travail important reste à faire, les choses bougent.

Propos recueillis par Oumar BA

L’Amicale des femmes du « Soleil », dans le cadre de la célébration de la journée du 08 mars, sera, aujourd’hui, à la Maison d’arrêt et de correction (Mac) pour femmes de liberté VI.

Les femmes du quotidien national, pour marquer cette journée de célébration des droits des femmes, vont se rendre à la Mac de liberté VI pour remettre des vivres et de matériels aux femmes détenues. Une action de solidarité qui vise à partager les peines et souffrances de ces pensionnaires de ce lieu de privation de la liberté. Pour mener cette action sociale d’envergure, l’Amicale des femmes du quotidien le « Soleil » a bénéficié du soutien de la direction générale du journal, ainsi que d’autres partenaires tels que Sahel Evasion, Transversal, Noujaïm et Frères, Sips, Cassis Equipement, Sogepal, Laure Agro, le Groupement des femmes de Sangalkam, la Vivrière, la Pna, le Pnlp, le Sneips, le Service d’hygiène, la Lonase, Electronic Corp, Zeyna, Bara Boutique… Cette action de solidarité entre dans le cadre de la panoplie d’actions de solidarité de l’Amicale des femmes du « Soleil » à l’endroit des populations les plus démunies. Tout récemment, elle a eu à offrir du ciment pour la réhabilitation de certains lieux de culte. Lors du dernier mois de Ramadan, elle a octroyé des vivres aux populations démunies de Yarakh.

Aliou Ngamby NDIAYE

L’histoire des femmes a été étudiée en marge de celle-là générale. Leurs actions ont pourtant aiguillé la trajectoire de l’humanité. La Journée internationale des femmes n’est que l’expression d’une affirmation de leurs personnalités. Elle se confond avec l’histoire tumultueuse du monde et les luttes d’influence. Elle puise ses racines dans diverses manifestations de femmes qui désiraient accéder à certains droits légitimes.

A L’ORIGINE DES REVENDICATIONS LÉGITIMES
L’histoire des femmes a été étudiée en marge de celle-là générale. Leurs actions ont pourtant aiguillé la trajectoire de l’humanité. La Journée internationale des femmes n’est que l’expression d’une affirmation de leurs personnalités. Elle se confond avec l’histoire tumultueuse du monde et les luttes d’influence. Elle puise ses racines dans diverses manifestations de femmes qui désiraient accéder à certains droits légitimes.

L’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution proclamant le 08 mars « Journée des Nations unies pour les droits de la femme et la paix internationale » en décembre 1977.

Cette décision est prise dans le prolongement de la proclamation, par l’Assemblée, de l’Année internationale de la femme (1975) et de la Décennie des Nations unies pour la femme (1976-1985). Au-delà du faste, l’idée est de porter un regard lucide sur la situation des femmes dans le monde pour envisager le futur de manière plus sereine. Car leurs trajectoires individuelles et leurs actions collectives ont montré leur capacité de résilience et de prise en charge de leur destinée, de leurs préoccupations. L’origine de cette journée que célèbre « l’humanité » en est une illustration achevée.

La Journée internationale des femmes est intervenue dans le contexte des mouvements sociaux au cours du XXe siècle en Amérique du Nord et en Europe. La première Journée nationale des femmes a été célébrée en 1909 sur l’ensemble du territoire des Etats-Unis d’Amérique le 28 février conformément à une déclaration du Parti socialiste américain. Cette célébration s’est poursuivie jusqu’en 1913.

Toutefois, c’est en août 1910, à la deuxième conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague, à l’initiative de la militante allemande Clara Zetkin, que le principe d’une célébration au plan international a été admis. On ne parle pas encore du 8 mars. Cependant, il paraissait urgent de mobiliser les femmes « en accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dotées de la conscience de classe ».

La Journée des femmes est moins l’initiative du mouvement féministe pourtant très actif à l’époque que de celui-là socialiste. Clara Zetkin s’employait ainsi à contrecarrer l’influence de ce qu’on a appelé à l’époque « les féministes de la bourgeoisie » sur les les femmes du peuple. La proposition est approuvée à l’unanimité par la conférence parce qu’elle épousait les idées qui concouraient à la promotion des droits des femmes, à l’obtention du suffrage universel. Elle a été fêtée pour la première fois le 19 mars en Allemagne, en Autriche, au Danemark et en Suisse.

Outre le droit de voter et d’exercer une fonction publique, elles exigeaient le droit au travail, à la formation professionnelle, ainsi que l’arrêt des discriminations sur le lieu de travail. Mais, c’est en Russie que la Journée des femmes connaît son regain. En 1913 et en 1914, la Journée internationale des ouvrières y est célébrée. Ensuite, le 8 mars 1917, ont lieu, à Petrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), des manifestations d’ouvrières que les bolcheviques désignent comme le premier jour de la révolution russe. Une nouvelle tradition est instaurée : le 8 mars est, dès lors, l’occasion pour les partis communistes de mobiliser les femmes. Après 1945, la Journée des femmes est officiellement célébrée dans tous les pays socialistes.

L’histoire de la manifestation des couturières new-yorkaises censées être à l’origine de cette célébration relèverait d’un mythe. Elle aurait eu pour objectif de détacher le 8 mars de son origine soviétique à cause des luttes d’influence de l’époque. Comme avec la Saint-Valentin et autres joyeusetés « tropicalisées », les Sénégalais célèbrent cette journée avec grand faste.

Alassane Aliou MBAYE

RESPECT POUR LES FEMMES
Femmes AfriqueAujourd’hui, est célébrée la journée mondiale de la femme. Un grand hommage à nos mères, nos épouses, nos sœurs qui constituent plus de la moitié de la population mondiale. Cette journée ne tire pas son sens de leur statut de femme, mais bien du respect de leurs droits : droit au travail et salaire décents, droit à la terre, droit à la santé et surtout droit à l’éducation, etc. Qui ignore les avantages de l’éducation de la femme ? «Eduquer une femme, c’est éduquer une société, une Nation», soutient l’Unesco. Gardienne de la cellule familiale, elle dorlote, chouchoute et éduque. En somme, elle fait de nous ce que nous sommes. Autant dire que l’Onu ne s’est point trompée en lui consacrant une journée. Mais que diantre, elle fait face à de multiples difficultés !

Victime, elle l’est dans toutes les situations : politique, économique, culturelle et sociale. Au point qu’elle n’hésite plus, de nos jours, à emprunter la voie de l’émigration en quête d’un mieux-être. Heureusement, certaines d’entre elles refusent la fatalité, n’acceptent point de baisser les bras jusqu’à devenir des modèles pour les jeunes, et cela, dans tous les domaines.

Certes, au Sénégal en particulier, des efforts louables sont accomplis en faveur de la femme : ouverture de l’Armée à la femme, timide accès à la terre, parité dans les instances électives et semi-électives presque réalisée. Par exemple, on dénombre 64 femmes (42,66%) sur les 120 députés qui ont constitué la dernière législature et 69 (41,5) sur les 165 députés de la 13ème législature. Par ailleurs, le Sénégal a signé et ratifié l’ensemble des instruments et mécanismes internationaux relatifs aux droits humains et particulièrement aux droits de la femme et de la fille.

Mais le chemin est en encore long. En effet, si le nombre, en politique, de femmes députés a augmenté, le taux a, toutefois, baissé et peu d’entre elles occupent des postes de décision.

Egalement, au Sénégal, peu de femmes sont alphabétisées ou accèdent à la terre. D’après une étude menée par l’Initiative prospective agricole rurale (Ipar), «bien que représentant 70% de la population agricole du Sénégal, les femmes ne sont que 13 % à accéder aux terres agricoles». Pire, la violence contre la femme prend de plus en plus d’ampleur malgré les multiples lois pour la protéger. Entre autres, viol, subordination, mariage précoce et forcé, violences physique et verbale, Mutilations génitales féminines (Mgf), exclusion sociale particulièrement lorsqu’elle souffre d’une «maladie de la honte» comme la fistule.

Or, aucun pays ne peut se développer en rabaissant la femme. Il est temps qu’elle retrouve la place qui a toujours été la sienne dans nos sociétés africaines comme l’a démontré l’histoire.

Héroïnes de la geste africaine, elles l’ont été. On peut citer, parmi elles, Yennega l’amazone des Mossis du Burkina, Ndatté Yalla (la reine du Walo), Aline Sitöé Diatta (la reine de Cabrousse), la Grande Royale du Fouta au Sénégal, Taïtou, l’ombre influente du souverain du Choa, devenu Roi des rois, Ménélik II d’Ethiopie, Abla Pokou, la fondatrice du royaume baoulé de Côte d’Ivoire, Yaa Asantiwa, reine mère et âme de la résistance ashantie face au pouvoir britannique au Ghana… (Cf. « Femmes de l’ombre et Grandes royales » de Jacqueline Sorel et Simonne Pierron Gomis, Présence africaine.

C’est dire qu’en se référant à notre histoire, à nos religions (l’Islam n’a-t-il pas libéré la fille de la barbarie des hommes ?), à l’évolution actuelle du monde, surtout en comprenant que chaque fois qu’on brime une femme, on brime sa maman, son épouse, sa fille, le monde ne peut que s’en porter mieux. Alors respect pour les femmes !

Par Daouda MANE

LA FEMME RURALE À L’HONNEUR
« Le temps est proche : les activistes ruraux et urbains transforment la vie des femmes », c’est le thème retenu cette année à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme. Un hommage particulier est ainsi rendu aux vertueuses femmes qui travaillent la terre pour nourrir leur pays. L’objectif est également d’instaurer une dynamique d’autonomisation des éléments féminins évoluant en zone rurale.

En connaissance ou méconnaissance de cause, les femmes rurales contribuent à assurer la sécurité alimentaire de nos communautés. Et pourtant, du fait des inégalités profondément ancrées, elles n’évoluent pas dans de bonnes conditions. C’est le lieu de rendre un vibrant hommage à ces braves citoyennes qu’un préjugé savamment entretenu a fini de leur ravir la place de choix qu’elles ont longtemps occupée dans nos sociétés. Pour beaucoup, la femme africaine traditionnelle n’est rien d’autre qu’une épouse soumise, un être ne vivant que pour effectuer des travaux domestiques et n’ayant pas de droits à faire valoir.Dans la société africaine traditionnelle, la condition féminine n’était pas dégradante. Ici, la femme était bien considérée. D’ailleurs, la succession au trône, dans certains royaumes pré-coloniaux se faisait en fonction de la lignée maternelle. Ce n’est pas un hasard si dans certains noms africains, on retrouve le prénom de la mère. Cela montre la marque de considération attribuée à la femme qui, au-delà des tâches ménagères, s’occupait de l’éducation des enfants dont les premières humanités sont incontestablement confiées à sa bienveillance. C’est pour renforcer le pouvoir de la femme que le Sénégal a ratifié beaucoup de conventions et d’accords qui luttent contre la discrimination.

Toutefois, il subsiste encore quelques points noirs à gommer. Selon la ministre de la Femme, de la Famille et du Genre, Mme Ndèye Saly Diop Dieng, des dispositions discriminatoires en défaveur des femmes « demeurent encore manifestes » dans les textes législatifs. Elle s’exprimait devant le collectif des femmes parlementaires dans le cadre d’une rencontre de partage du rapport du Comité technique de révision des normes discriminatoires contre les femmes. Dans le but de trouver une solution idoine à ce problème, le Ministère de la Justice a mis sur pied un Comité technique de révision des dispositions législatives et réglementaires discriminatoires à l’encontre des femmes. L’objectif est de revisiter les textes et d’aller résolument vers une mise en cohérence des normes internationales.

Oumar BA

CES FEMMES QUI S’ILLUSTRENT : UN IDÉAL DU TRAVAIL SANS FRONTIÈRES
De prime abord, rien ne les lie. Mais, quand on y regarde de plus près, ce préjugé s’écroule comme un château de cartes. Au-delà du statut de femme qu’ils partagent, ces différents profils ont cela de commun qu’ils exercent des métiers qui, jusqu’à récemment, étaient l’apanage des hommes. Commissaire de police, mécanicienne et maréyeuse, ces braves dames nous inculquent une leçon de vie. Portraits de trois femmes partageant l’idéal du travail sans frontières.

TABARA NDIAYE, LA « VOIX » DE LA POLICE SÉNÉGALAISE
Tabara Ndiaye Police 2Cette commissaire porte, depuis 2017, la parole de la police sénégalaise. Première dame à être officialisée à ce poste, elle n’en demeure pas moins méritante. Rencontre avec ce haut cadre de cette grande institution qu’est la police nationale.

Elle est bien sollicitée, Mme la commissaire Tabara Ndiaye. Son téléphone sonne sans arrêt. Normal, c’est elle qui porte la parole de la police nationale. Elle est la voix habilitée pour communiquer au nom et pour le compte de cette haute institution. Une mission qu’elle compte mener dans la rigueur. Cette jeune femme, née en 1986, est la première dame officiellement nommée au poste de porte-parole de la police nationale. Une nomination intervenue le 13 avril 2017. Nez aquilin, taille haute, teint mâte, elle porte un foulard noir précieusement noué sur la tête. Un grand bureau bien rangé reçoit le visiteur.

Elle est décontractée, serre généreusement les mains, distribue des mots aimables et mêmes de petites blagues. Quid des sollicitations ? « C’est normal, l’institution est ainsi faite. C’est un secteur un peu complexe. En plus de la police, il y a les administrateurs civils, les sapeurs-pompiers et j’en passe. Cependant, notre service demeure le plus sollicité », révèle celle qui a vu le jour à Saint-Louis du Sénégal. « Il arrive que l’on m’appelle parfois très tôt pour me demander de rappliquer dare-dare. Je le fais avec un sentiment d’honneur au service de mon pays », ajoute-t-elle. Des sollicitations qui la poursuivent jusqu’au domicile conjugal. Mais, elles n’entament en rien le climat familial. D’ailleurs, Mme la commissaire se réjouit d’avoir choisi « un époux qui comprend parfaitement la charge et l’accepte pleinement ». Sur un ton souvent moqueur, il ne cesse de lui dire « la police sollicite trop », histoire de détendre le climat. Ce qui fait plaisir à Mme la commissaire. Celle qui est devenue commissaire de police rêvait d’embrasser le métier de magistrat. Très jeune, elle nourrissait ce rêve. «Toute petite, j’avais cette faculté à réconcilier les gens quand ils n’arrivaient plus à s’entendre. J’étais là à jouer au juge, à l’arbitre pour régler les conflits », souligne-t-elle, avec le sourire. Quand, entre frères et sœurs, il y avait de petites chamailleries de gamins, mon père faisait toujours recours à moi car je restituais les faits sans parti pris. J’ai grandi avec ce trait de caractère », renseigne Tabara Ndiaye.

La police n’est pas misogyne !
Comment l’aspirante à la magistrature s’est finalement retrouvée commissaire de police ? Ce n’est pas sans avoir tenté le concours de la magistrature. De nature à se décourager vite, elle n’a pas jugé utile d’essayer à nouveau. Elle passe et réussit le concours de recrutement des élèves sous-officiers de police. Nous sommes en 2012. Elle fait partie de la 39ème promotion.

En 2013, elle passe le concours de recrutement des élèves commissaires de police et le réussit avec brio. La fille d’un cadre de l’administration ne regrette pas d’être devenue commissaire de police. « Contrairement au tribunal, on ne juge pas à la police », rappelle-t-elle. Ici, il s’agit juste de mener des enquêtes à charge et à décharge. La police, un milieu macho exclusivement réservé aux hommes ? « Non », répond Mme la commissaire Tabara Ndiaye. « En 1982, la police sénégalaise accueillait déjà ses premières femmes commissaires », rappelle-t-elle. Et elle se met à citer « les tatas Anna Sémou, Abibatou, Josephine » qui ont marqué de leurs empreintes leur passage à la police. Elle réfute cet argument qui voudrait que la femme soit toujours sur la défensive. « Non. C’est juste un trait de caractère et une manière de se faire respecter », argumente Tabara Ndiaye.

N’ayant jamais été confrontée à un cas de résistance dû au fait qu’elle était femme, Mme la commissaire de police fait savoir ceci : « Aucun de mes éléments ne rechigne devant mes instructions. Ils s’exécutent tous dans le cadre du travail ». Femme avant tout et par-dessus tout, Tabara Ndiaye ne manque pas de convoquer la coquetterie pour parfois résoudre une énigme.

« Il m’est arrivé de faire appel à ma féminité pour amener des mis en cause à avouer », souligne Mme la commissaire, qui nous conte l’histoire de « cette dame qui avait tué le fils de sa coépouse. J’ai réussi à la faire parler. Nous discutions en tant que femmes. Elle était totalement en confiance. Je lui ai fait des remontrances du genre comment as-tu pu éliminer un enfant innocent ? Elle s’est mise à parler et a avoué son crime sans le savoir ». Avec les personnes âgées, elle met de côté la casquette de policière et leur parle en tant qu’enfant, les amenant à restituer les faits tels quels.

Mme la commissaire Tabara Ndiaye a débuté son cursus scolaire à l’école Saint Joseph De Cluny. Elle réussit à l’entrée en 6ème au village d’enfants SOS de Kaolack et fait un passage au Cem Djim Momar Guèye. Elle décroche son Bfem et son Bac au lycée John F. Kennedy. Elle s’inscrit à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Ucad où elle obtient sa maîtrise en droit.

Présentement, elle est doctorante. Aux candidates pour le concours des élèves commissaires de police, Tabara Ndiaye conseille de s’armer de détermination et de courage. « Ce n’est pas facile, mais ce n’est pas pour autant impossible. Dans la vie, il faut savoir ce que l’on veut et se donner les moyens d’atteindre ses objectifs. Il faut être mentalement fort. On fait croire qu’il faut forcement connaître le droit pour réussir au concours de la police. Il n’en est rien. Des gens qui n’ont jamais fait le droit ont réussi au concours », informe-t-elle.

Mme la commissaire Tabara Ndiaye a servi à la brigade des mœurs à la sûreté urbaine de Dakar (2014). Elle a été adjointe au chef de service des Renseignements généraux de Dakar (2015), adjoint au commissaire central de Guédiawaye (2016). Elle a été chef de service du commissariat d’arrondissement de Thiaroye (2016-2017). Présentement, elle est, depuis le 12 avril 2017, chef du Bureau des relations publiques de la police nationale. Mme le commissaire ou Mme la commissaire ? « Peu importe! Je suis commissaire de police. C’est tout ce qui compte », conclut-elle.

Oumar BA

KHADY BÈYE, FEMME MÉCANO
Khady Beye MecanoFille d’un technicien en mécanique, Khady Bèye n’est pas allée chercher loin pour trouver sa vocation. Celle qui a marché sur les traces de son papa est, elle aussi, devenue, à force de persévérance, une technicienne en mécanique. A son honneur et à celui des femmes!

«Un jour, il a fallu montrer ma poitrine à un collègue allemand venu au Sénégal dans le cadre d’un stage pour qu’il soit convaincu de ma féminité », affirme avec un large sourire la très avenante Mme Khady Bèye Guèye, noire et bien dans sa peau. Du fait qu’elle affichait ardeur et détermination dans son travail, les gens en arrivaient à sérieusement douter de son statut de femme. Normal, Khady a choisi un métier qui, à l’époque, attirait peu d’éléments féminins : la mécanique générale. Elle a cédé à la tentation et a surtout succombé à l’influence familiale. « Mon père était mécanicien. Tous mes frères s’activaient également dans ce domaine. J’ai naturellement voulu embrasser ce métier», nous dit-elle.

Avec l’aval d’une famille très compréhensive, elle décide de suivre les pas du père. Pour réussir dans ce milieu réputé macho, il faut se donner les moyens. Khady intègre cette donne et décide de se former dans des écoles reconnues. Elle s’inscrit à l’Asafin, une école spécialisée en formation mécanique. Elle a également fait ses humanités à la Direction du service du matériel (Dsm).

Elle va passer six ans pour l’acquisition de connaissances dans son domaine de prédilection. Elle était, dans sa promotion, avec deux autres femmes. Ses premiers pas comme stagiaire sont ponctués de préjugés. «Les gens étaient surpris de voir une fille débarquer dans les ateliers. Cela était d’autant plus impressionnant que j’étais la deuxième femme à occuper ce poste au sein de la Sotrac, aujourd’hui Dakar Dem Dikk (Dkk)», rappelle-t-elle. Dans les ateliers, elle se refuse de porter des boucles d’oreilles.

La nostalgie des ateliers
La casquette toujours vissée sur la tête, elle était dans un accoutrement masculin, corrigeant des vilebrequins, veillant sur les culasses, rectifiant les tambours, etc. Le travail de la mécanique peut parfois s’avérer physique. Khady, déterminée à mettre de son côté toutes les chances de réussite, s’adonnait quotidiennement à son sport. Après cinq ans passés à s’activer dans les ateliers de la société Dakar Dem Dikk, elle est finalement affectée au bureau d’ordonnancement où elle fait aujourd’hui office d’assistante de direction. Entre quatre murs, dans un calme serein, on est dans une salle d’accueil bien décorée. Bienvenue dans l’antre de Khady Bèye. La mécanicienne devenue assistante de direction. Du fait de sa connaissance du métier de la mécanique, elle a été promue à ce poste où son savoir est utile. Epouse et mère, Khady n’est pas allée très loin pour trouver chaussure à son pied. Et oui, son époux est également technicien en mécanique officiant dans la même entreprise. La complicité du couple permet de surmonter les aléas du métier. Devenue assistante de direction, Khady se remémore avec nostalgie l’ambiance animée des ateliers. Le bruit, le grincement des outils, les va-et-vient, etc. Et si un jour un de ses enfants décide d’embrasser ce métier, elle dit être dans les dispositions de l’y encourager.

«C’est un métier comme tous les autres. C’est vrai, le milieu est essentiellement dominé par les hommes. Mais, il n’y a pas de péril pour les femmes», affirme-t-elle. Elle encourage les femmes à davantage venir vers cette profession. «Il n’y a pas de métiers exclusivement réservés aux hommes», insiste-t-elle. Des anecdotes, Khady en dispose. Une fois elle était à bord d’une voiture, une crevaison intervient au mauvais moment. De tout le véhicule, elle était la seule à maîtriser la mécanique. Elle décide dès lors de prendre les devants. «J’étais très bien habillée. Mais, j’ai tout même décidé d’oublier mon accoutrement. Je sors, installe une cale sous le pneu, desserre les boulons, tire le pneu endommagé et mets la roue de secours en un temps record. Les gens étaient surpris. Certains automobilistes, séduits, s’étaient immobilisés. Comme quoi, ce que l’homme peut faire, la femme le peut aussi », conclut-elle.

Oumar BA

NDEYE FATOU NDIAYE, FEMME LEADER A THIES : MILITANTE DU DÉVELOPPEMENT
Nd F NdiayeLe Ndoucounane à sa lionne, elle s’appelle Mata Sy Diallo. Le Baol aussi, elle s’appelle Aïda Mbodj. Moins connue que les deux premières, la lionne du Diobass, elle, s’appelle Ndèye Fatou Ndiaye. Militante désintéressée, combattante infatigable pour le développement, elle a fini par obtenir une signature crédible auprès des partenaires au développement. Son ambition est de sortir ces milliers de femmes de la région de Thiès de la pauvreté.

Ndèye Fatou Ndiaye est un nom familier, très familier même au Sénégal. Mais dans le Diobass, celle qui le porte n’est ni une lendore encore moins une gouapeuse. Elle symbolise l’action désintéressée, disons un engagement communautaire. Elle se donne à fond pour doter ses concitoyennes de ressources leur permettant de subsister. Ndèye Fatou Ndiaye de Notto comme on aime à l’appeler dans cette localité à un «parti» qui s’appelle le développement. Elle a une cause qui s’appelle «la femme», un objectif qui est de l’autonomiser financièrement et matériellement.

A force d’engagement, le mot «développement» finit par être un identifiant à son nom. «Connaissez-vous Ndèye Fatou Ndiaye ? », demande-t-on de façon spontanée à des confrères. «Laquelle ? Celle qui fait du développement ?», répondent-ils en chœur. Présidente du comité consultatif des femmes du département de Thiès, présidente de l’Union des groupements féminins pour le développement de Notto, présidente du Cadre local de concertation des organisations de producteurs (Clcop), présidente du comité de crédit d’une institution de microfinance dans le département de Thiès, Diourbel jusqu’à Daara Djoloff… Et quoi encore ? La liste est longue, très longue même. Quand cette mignarde au teint noir d’ébène, épouse et mère, parle du développement, les mots lui viennent du cœur. Son âge, une énigme. Disons la quarantaine bien sonnée. Mais une chose est sûre, selon un journaliste d’une radio locale basée à Thiès, Ndèye Fatou Ndiaye a consacré les deux-tiers de sa vie à faire du développement. Elle connaît l’alpha et l’oméga de ce domaine. Les concepts, elle les manipule à sa guise. Ne dit-on pas que c’est en forgeant qu’on devient forgeron. «J’ai commencé à m’investir dans le développement en 1989», précise-t-elle. Depuis, elle porte, à elle seule, sur ses frêles épaules, l’espoir des milliers de femmes du département de Thiès. Consciente de la lourdeur de sa mission, Ndèye Fatou ne perd pas de temps dans des futilités. Ses jours, ses heures, ses minutes sont précieux. Elle est dans les réunions, séminaires et à la recherche de partenaires. Elle multiplie les initiatives sur le terrain pour éviter de former de vaines espérances.

Mais, son engagement pour le développement n’altère en rien les valeurs sociales qu’elle incarne. Elle est souriante et d’un commerce facile. Au premier coup de fil, elle décroche son téléphone. « Seck, je passe à ton bureau vers 17 heures, je suis dans un séminaire ». Ainsi, le rendez-vous est fixé. Quelle humilité ! C’est certainement ce qui lui vaut la confiance et l’estime de ses paires. L’Union pour le développement de Notto qu’elle dirige regroupe 69 groupements de femmes dont 11 de la zone de Sanghé. Aussi, lorsqu’il s’est agi de mettre sur pied le comité consultatif de la femme, toutes les pensées des femmes du département de Thiès sont tournées vers elle. Egalement en 2014, lors de la création d’une fédération des professionnels de l’agro-alimentaire de la région de Thiès, les actrices du secteur l’ont portée unanimement à la tête de la structure. Et pourtant rien ne lui prédestinait il un tel avenir. Ni sa scolarité, ni son environnement, elle qui avait abandonné l’école en classe de 4e pour aider sa maman, maladive, dans les travaux.

Ndiol Maka SECK

MARIAMA, LA BRAVE DU MARCHÉ « JOOLA »
Mariama Marche JoolaTravailleuse rigoureuse, cette bonne élève, qui a quitté les bancs en classe de seconde, est devenue mareyeuse. La battante acharnée avance dans la sérénité et la dignité.

L’apparence est trompeuse. Des va-et-vient incessants, une énergie à couper le souffle, une ardeur et une application exemplaires. Mariama Faye est pourtant sur pied depuis cinq heures du matin. Sur son étal, elle expose des produits halieutiques et sert une clientèle fidèle. Vers 17h, la dame ne présente encore aucun signe de fatigue. C’est devenu un rituel chez elle. Celle qui quitte quotidiennement son lieu de travail à 19h n’en est pas pour autant abattue. Mère et soutien de famille, elle travaille pour gagner sa vie à la sueur de son front.

Mariama Faye est commerçante mareyeuse au marché le « Joola » situé à Pikine. Elle est également représentante du secrétaire général des femmes actrices du secteur informel. La mareyeuse commercialise des produits halieutiques : du poisson séché et salé, des fruits de mer, carpes, moules, huitres, crustacés, crevettes et autres. Depuis 1992, cette bonne dame s’active dans ce secteur. Elle a débuté son activité au marché le « Joola » alors installé dans l’enceinte du Port autonome de Dakar. C’est sur recommandation de sa maman, elle-même mareyeuse, qu’elle a rejoint ce secteur d’activités. Dès son arrivée, elle est, du fait de ses études relativement poussées, élue membre du bureau de l’association. Elle est l’ajointe à la présidente. Le marché le « Joola » a ceci de particulier qu’il est exclusivement féminin. Seuls les porteurs de marchandises sont des hommes. « Ces braves dames sont pour l’essentiel des soutiens de familles. Certaines sont des veuves qui paient la scolarité et font vivre leurs enfants avec les revenus tirés de leur activité commerciale. Elles s’acquittent aussi des frais du loyer », informe Mariama Faye. Celle qui a poussé ses études jusqu’en classe de seconde, n’est pas pour autant la plus diplômée du marché. Ici, on trouve des personnes qui ont une maîtrise en économie. Ce sont, pour la plupart, des personnes qui ont toujours cherché du travail, mais en vain. Refusant de rester les bras croisés, elles ont décidé de venir au marché pour y gagner dignement leur vie », renseigne-t-elle.

Mariama Faye, qui salue la posture accueillante des mareyeurs trouvés sur place, déplore cependant le manque d’accès des femmes évoluant dans le secteur informel aux banques. «Nous nous rabattons sur les mutuelles d’épargne de crédit où nous sommes souvent l’objet d’arnaque », déplore-t-elle. Ces dames dénoncent les taux d’intérêts exorbitants pratiqués par ces institutions de microfinance. «Nous nous battons pour entretenir nos enfants. C’est pourquoi, nous appelons le gouvernement à nous appuyer dans le financement de nos activités», lance-t-elle. Ces femmes mareyeuses, dont l’activité pourrait être perturbée par le passage du Train express régional (Ter), invitent les autorités à leur trouver une solution de rechange.

O. BA

DÉGUÈNE MBENGUE, UNE DES RARES EXPLOITANTES FORESTIÈRES DE TAMBA
Déguène Mbengue, exploitante forestière à Tambacounda, fait partie du lot des braves femmes qui s’illustrent dans leur activité. Elle capitalise vingt ans d’expériences dans le commerce du bois.

Le soleil est au zetnith. La chaleur impose sa loi. Une canicule sur fond de chaleur gagne Tambacounda. Cette flamme torride ne décourage en rien Déguéne Mbengue. Munie de sa pelle, elle remue terre, malaxe sable, fait recours à l’engrais. Elle s’occupe de son jardin avec une détermination que rien ne saurait remettre en cause. Bienvenue dans l’univers de cette battante de l’ombre. Au-delà de s’adonner à son travail, Déguéne participe à lutter contre l’avancée du désert. Pourquoi tant d’ardeur et de motivation ? «Tout ce que j’ai obtenu dans ma vie, je le dois à l’exploitation du bois d’œuvre. Je ne saurais regarder nos massifs forestiers disparaître, surtout que le service des Eaux et Forêts a fini de nous convaincre des opportunités de remplacer les arbres exploités», souligne t-elle. Cette approche participe également à la lutte contre l’insécurité alimentaire. Déguène avoue avoir construit sa demeure et entretenir ses enfants grâce à la vente de bois. Elle invite alors les femmes à investir ce secteur.

Pape Demba SIDIBE

DR OUMOUL KHAÏRY COULIBALY TANDIAN, SPECIALISTE DES QUESTIONS DE GENRE : « L’ÉMERGENCE D’UN LEADERSHIP FÉMININ AU SÉNÉGAL N’EST PAS NOUVEAU »
Oumoul K C TandianLa femme a toujours joué un rôle de choix dans la société sénégalaise. Cet acquis bute parfois sur des difficultés. Dans cet entretien, Mme Oumoul Khaïry Coulibaly Tandian, docteur en socio-anthropologie, enseignante-chercheure/consultante, spécialiste des questions de genre, salue les avancées, tout en appelant à davantage de mesures.

Contrairement à une idée très rependue, les femmes se seraient toujours illustrées dans la gestion des cités en Afrique de manière générale, au Sénégal plus particulièrement. Pouvez-vous nous citer des exemples concrets qui illustrent cette réalité ?
Dans toute l’histoire des sociétés africaines, les femmes se sont illustrées en exigeant leurs droits et ont, par conséquent, marqué la gestion de la cité. Nombreuses sont les œuvres littéraires qui ont mis en exergue l’influence de la reine-mère dans nos royaumes. D’ailleurs, durant la période précoloniale, la transmission des droits politiques se faisait par la femme dans les sociétés matrilinéaires, comme chez les Sérères par exemple. L’histoire relate aussi l’acte de résistance des femmes de Nder qui se sacrifièrent pour lutter, à leur façon, contre la captivité de Ndaté Yalla, de Djeumbeut Mbodj ou encore d’Aline Sitoé Diatta, qui s’est farouchement opposée à l’occupation coloniale. Les femmes ont aussi pris part aux mouvements intellectuels qui ont marqué la lutte anti-coloniale à travers notamment des associations et en rejoignant des partis politiques.

Depuis l’avènement des indépendances jusqu’à nos jours, la contribution sociale, économique, politique et culturelle des femmes en Afrique n’est plus à démontrer. Parmi les pionnières qui ont marqué notre histoire post-coloniale, on peut citer Maïmouna Kane, magistrate, qui, d’ailleurs, a été nommée, en 1978, secrétaire d’Etat chargée de la Condition féminine dans le gouvernement d’Abdou Diouf, avant d’être promue ministre, ou encore de sa collègue Caroline Faye, en politique ; Mariame Ba ou Aminata Sow Fall, dans le domaine littéraire ; des universitaires comme Fatou Sow, Marie Angélique Savané, Maréma Touré Thiam, entre autres. Celles-ci ont été rejointes par d’autres comme Mame Madior Boye, Aïssata Tall Sall, Aminata Touré, Amsatou Sow Sidibé, pour ne citer qu’elles.

Tout cela, pour vous dire que l’émergence d’un leadership féminin au Sénégal n’est pas nouvelle. Cependant, cela ne doit pas nous faire oublier la situation réelle de la majorité des femmes, exclues ou sous-représentées dans les instances d’exercice et de prise de décisions. En effet, nos cultures africaines, sénégalaises en particulier, sont caractérisées par une masculinisation de l’espace public et une relégation des femmes dans la sphère privée et leur cantonnement aux responsabilités sociales. La colonisation a beaucoup contribué à cette exclusion des femmes de l’espace public. En leur attribuant d’emblée un statut inférieur, elle les a privées d’un rôle actif en politique et sur le plan économique. Malgré la loi sur la parité et les avancées notées, en particulier dans la représentation nationale, la participation effective des femmes dans la gestion de la cité demeure encore un défi majeur.

Quelle place occupait la femme dans certaines sociétés traditionnelles africaines ?
Les femmes ont été de tous les combats de l’histoire de nos sociétés africaines, comme je l’ai dit précédemment. Toutefois, il faut aussi savoir que les sociétés africaines ne sont pas homogènes. Au Sénégal, nous avons des sociétés égalitaires matriarcales comme chez les Diolas et des sociétés inégalitaires et patriarcales. Selon le type de société, la place de la femme varie plus ou moins. Cependant, d’une manière générale, et même si je n’aime pas cette opposition tradition/modernité, les femmes étaient davantage cantonnées aux responsabilités sociales, gardiennes des traditions et ayant un rôle de transmission des valeurs, reproductrices avec comme tâche principale de s’occuper du foyer et d’assurer la pérennisation de la famille. Mais nous savons aussi que traditionnellement, les femmes ont toujours joué un rôle majeur dans l’entretien des ménages, ayant toujours eu en charge les cultures vivrières, en particulier après l’introduction des cultures de rente par le colonisateur.

Pris sur un aspect purement sociologique, pensez-vous que le Sénégal est en avance ou en retard dans le traitement réservé aux femmes ?
En avance ou en retard par rapport à qui ? A quoi ? Je pense que la réalité n’est pas aussi manichéenne que cela. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a beaucoup d’avancées sur les plans politique, social et économique. Les femmes sont aujourd’hui plus instruites, ont plus d’opportunités professionnelles, plus libres dans leur choix et constituent des actrices à part entière. En politique, elles sont davantage présentes dans les partis politiques, dans les gouvernements, à l’Assemblée nationale, les collectivités locales ainsi que dans les hautes institutions étatiques. Elles occupent également de plus en plus de responsabilités dans le secteur privé. Cependant, nos cultures sont traversées par un principe d’infériorité de la fille par rapport au garçon, de la femme par rapport à l’homme, qui se traduit par un rapport de pouvoir déséquilibré et surtout des inégalités de chances devant l’éducation, le travail et l’accès aux instances de prise de décisions.

Mme Croquette 2

Du fait des conséquences de ces pesanteurs socioculturelles, les femmes ne jouissent pas toujours de leurs droits, même lorsque l’égalité des sexes est consacrée par notre législation. Une illustration de cette situation, le faible nombre de femmes élues maires lors des élections locales, malgré la loi sur la parité. Ce principe d’infériorité rend également les femmes et les filles davantage vulnérables aux violences sexistes, en particulier sexuelles, mais aussi à l’impunité des auteurs, comme le montre une recherche que je coordonne pour l’Ong Radi, financée par le Crdi. A cause de ces normes sociales basées sur le genre, même celles qui ont la chance d’aller à l’école, de trouver du travail ou de s’engager dans un parti politique se retrouvent souvent confrontées au plafond de verre, résultat d’un parcours d’obstacles.

Une aliénation culturelle, savamment entretenue, a fini par susciter en nous un sentiment qui laisserait croire que les femmes occupaient des places réductrices dans nos sociétés africaines, qu’en est-il ?
Certes les clichés et préjugés ont contribué à la relégation des femmes, comme je l’ai déjà dit, et que la lecture des sociétés africaines selon le filtre de leurs valeurs présente une image de la femme africaine stéréotypée. Cependant, les rapports sociaux de domination, en particulier entre les sexes, qui structurent nos sociétés ne laissent pas toujours aux femmes la possibilité de jouir pleinement de leurs droits en tant que citoyennes. Mais, malgré le poids des traditions et autres difficultés qu’elles rencontrent, les femmes prennent conscience de leurs droits et les revendiquent. Vous savez, on a souvent opposé aux femmes un manque d’instruction, de compétences pour les écarter des sphères décisionnelles, aujourd’hui, même si un travail important reste à faire, les choses bougent.

Propos recueillis par Oumar BA

SOLIDARITE AVEC LES DETENUES : L’AMICALE DES FEMMES DU « SOLEIL » À LA MAC DE LIBERTÉ VI
L’Amicale des femmes du « Soleil », dans le cadre de la célébration de la journée du 08 mars, sera, aujourd’hui, à la Maison d’arrêt et de correction (Mac) pour femmes de liberté VI.

Les femmes du quotidien national, pour marquer cette journée de célébration des droits des femmes, vont se rendre à la Mac de liberté VI pour remettre des vivres et de matériels aux femmes détenues. Une action de solidarité qui vise à partager les peines et souffrances de ces pensionnaires de ce lieu de privation de la liberté. Pour mener cette action sociale d’envergure, l’Amicale des femmes du quotidien le « Soleil » a bénéficié du soutien de la direction générale du journal, ainsi que d’autres partenaires tels que Sahel Evasion, Transversal, Noujaïm et Frères, Sips, Cassis Equipement, Sogepal, Laure Agro, le Groupement des femmes de Sangalkam, la Vivrière, la Pna, le Pnlp, le Sneips, le Service d’hygiène, la Lonase, Electronic Corp, Zeyna, Bara Boutique… Cette action de solidarité entre dans le cadre de la panoplie d’actions de solidarité de l’Amicale des femmes du « Soleil » à l’endroit des populations les plus démunies. Tout récemment, elle a eu à offrir du ciment pour la réhabilitation de certains lieux de culte. Lors du dernier mois de Ramadan, elle a octroyé des vivres aux populations démunies de Yarakh.

Aliou Ngamby NDIAYE

Le Sénégal et la Turquie partagent une forte entente qu’ils magnifient mutuellement. Les relations bilatérales entre nos deux Etats se manifestent par des partenariats dynamiques qui ne finissent pas de s’élargir, notamment dans l’économie, la politique, la sécurité, la culture ainsi que l’éducation. Le Sénégal est d’ailleurs le premier pays à abriter une représentation diplomatique turque en Afrique de l’ouest, en 1964.

Au-delà de l’établissement d’une relation de consultation mutuelle en termes de relations bilatérales, la Turquie et le Sénégal partagent une coopération excellente.

« C’est, aujourd’hui, une amitié qui s’est solidifiée ainsi qu’une coopération qui s’est diversifiée depuis l’établissement de nos relations diplomatiques, déjà vieilles d’un demi-siècle et toujours aussi prometteuses», confiait  le ministre de l'Intégration africaine, du Nepad et de la Francophonie, Mbagnick Ndiaye. Mieux, à son arrivée à la tête du pays, le président de la République, Macky Sall, a entrepris un flux d’échanges très visible entre nos deux pays. Et l’on a, en mémoire, les visites des Premiers ministres du Sénégal et de la Turquie, entre fin 2012 et début 2013 qui ont permis à près de 300 firmes turques et sénégalaises qui évoluent dans les secteurs des Btp, de l’énergie, du fer et de l’acier, de l’agro-alimentaire de se rencontrer afin de renforcer les relations commerciales et celles d’investissement. Par ailleurs, au-delà des grands projets d’investissement déjà opérés dans notre pays ou en voie, les relations entre la Turquie et le Sénégal se sont renforcées davantage au fil des ans. Elles se poursuivent encore. Et l’ancien ambassadeur de la République de Turquie au Sénégal, Mme  Nilgun Erdem Ari, avait eu raison de le rappeler à l’occasion de la cérémonie de commémoration du 94ème anniversaire de la proclamation de la République de Turquie en saluant la «forte entente au plus haut niveau» entre nos deux pays. Sous cet angle, le Sénégal et la Turquie ont  développé leurs relations sur les plans économique, politique, sécuritaire et culturelle. A coup sûr, les excellentes relations de nos deux Etats sur le plan politique, la forte entente et les liens étroits qu’entretiennent nos deux présidents se prolongent aisément chez les deux peuples considérés, aujourd’hui, comme des peuples frères.  Avec l’avènement du Plan Sénégal émergent (Pse) qui offre un cadre beaucoup plus propice aux décideurs en termes d’investissement, les hommes d’affaires turques nourrissent, de nos jours, de grands projets d’investissement au Sénégal. Ainsi, «dans un avenir très proche, vous entendrez certainement parler de grandes cérémonies d’inauguration d’infrastructures réalisées par ces hommes d’affaires. La Turquie continuera à investir au Sénégal, pays que nous considérons comme une puissance croissante en Afrique de l’ouest. La Turquie et le Sénégal partagent des valeurs culturelles similaires. Ces valeurs unissent les deux peuples», avait aussi témoigné Mme Nilgun Erdem Ari. Et notre pays a su relever un certain nombre de défis et répondre à l’appel de son pays frère, notamment, sur le plan de la sécurité. Pour rappel, le gouvernement du Sénégal s’était engagé à arrêter les activités des organismes qu’Ankara considère comme organisation terroriste (affaire école Yahuz Salim). Sans oublier la signature récente, par le biais du ministre des Affaires étrangères et des Sénagalis de l’extérieur, d’un accord de siège avec la fondation Maarif de Turquie. Un accord qui ajoute ainsi un maillon  très important qu’est celui de l’éducation à la coopération entre nos deux pays. Cet accord permettra certainement une autre meilleure prise en charge de la formation des générations futures.

Amadou DIOP

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Un certain nombre de projets parmi les plus importants du Pôle urbain de Diamniadio portent la signature de la Turquie et d’entreprises turques : Cicad, Hôtel 5 étoiles, Stade omnisports, Gare des gros porteurs, Marché d’intérêt national, Parc d’exposition. Ce qui illustre le dynamisme de l’axe Dakar-Ankara.

Diamniadio, par un temps frisquet d’un jour de samedi, en contrebas de l’autoroute à péage, en face du Parc industriel et ses édifices aux baies vitrées d’un jaune scintillant, un bâtiment imposant aux courbes rondes a fini de se dessiner. Malgré ses hauts murs, on peut apercevoir, par un interstice, des rangées de tribunes qui ceinturent l’enceinte. Le fourmillement sur le chantier donne une idée sur le rythme de travail qu’impriment les ouvriers à «Dakar Arena». Lancés en 2016, les travaux de ce stade omnisports aux formes ovoïdes rappelant quelque peu l’architecture du célèbre Colisée de Rome, avancent à grand pas.

Quelques centaines de mètres plus loin, sur le même alignement, l’hôtel 5 étoiles Radisson se dresse, flambant neuf. Inauguré à la veille de l’ouverture et de la mise en service de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd), ce réceptif hôtelier de luxe dispose de 152 chambres. En plus des prestations qu’il propose, il va, sans nul doute, contribuer à la valorisation du Centre international de conférence, Abdou Diouf (Cicad), qu’il jouxte. Cette dernière infrastructure est la toute première à avoir été concrétisée à Diamniadio. C’était en 2014, pour les besoins du 15ème Sommet de la Francophonie dont elle a accueilli la cérémonie officielle et les travaux des chefs d’Etat et de gouvernement. A ce titre, le Cicad peut être considéré comme le germe de ville, la clé de voûte de Diamniadio, car c’est à partir de ce bâtiment que tous les autres ont été pensées, conçues et structurées. Entre le «Dakar Arena» et l’Hôtel Radisson, le site du futur Parc d’exposition don les travaux n’ont pas encore pris leur vitesse de croisière. Même constat aux chantiers contigus du Marché d’intérêt national et de la Gare des gros porteurs niché à quelques 300 mètres de la bretelle qui relie l’autoroute à péage à la route Nationale 1, derrière le Parc industriel. Une charpente métallique domine les lieux où s’affairent quelques ouvriers.

Depuis le lancement du Pôle urbain en mai 2014, Diamniadio ne cesse de se transformer. Ici, tout est chantier. Le quotidien est rythmé par le ballet incessant des camions et le bruit assourdissant des engins mécaniques. Petit à petit, les éléments qui devront en faire une ville mixte qui réponde aux exigences d’une cité moderne regroupant des quartiers administratifs, des zones d’habitations mixtes, des zones industrielles, des universités et centres de recherche, une Cité du Savoir, des espaces d’affaires et des infrastructures sportives, sont en train de se mettre en place.

Qu’ont donc en commun le Centre international de conférences Abdou Diouf (Cicad), l’Hôtel Radisson, le Parc d’exposition, le Stade omnisports, la Gare des gros porteurs et le Marché d’intérêt national? Leur dénominateur commun, c’est qu’ils sont réalisés par des entreprises, investisseurs et développeurs turcs en partenariat avec des entreprises locales.

Plus grand marché couvert de la sous-région
Marche InteretLe marché d’intérêt national, en forme de U, sera le plus grand marché couvert d’Afrique de l’ouest. S’étendant sur une superficie de 24 ha, il est conçu pour être un véritable marché de gros à l’image de Rungis en France et de Bursa en Turquie avec des équipements commerciaux ultramodernes. Outre toutes les commodités d’un marché moderne, il abritera 137 magasins de 75 à 150 m2 avec des chambres froides intégrées pour le stockage des produits agricoles, une chambre froide commune de 750 m2, de grands halls réservés aux produits de cueillette, 1.000 m2 de boutiques extérieures...Quant à la gare de gros porteurs, elle sera édifiée sur une superficie de 9 ha. Elle comprendra une grande aire de stationnement pour 187 camions gros porteurs et autres véhicules avec une possibilité d’extension ; de grands hangars, des magasins de stockage et chambre froide pour le stockage des produits secs ou frais, des bâtiments techniques et administratifs, une station de maintenance. Le coût de ces deux projets réalisés par l’entreprise turc Dm Holding, est estimé à 110 millions de dollars. L’évolution des travaux de ces deux projets est suivie de très près, selon Gallo Bâ, Directeur général de la Société de gestion des infrastructures publiques des Pôles urbains de Diamniadio et du Lac Rose (Sogip). «Les charpentes métalliques qui vont constituer le marché ont été déjà commandées et les travaux vont s’accélérer», a-t-il assuré.En ce concerne le complexe sportif «Dakar Arena», le niveau d’exécution des travaux est estimé à 66 %. La réception et l’inauguration sont prévues courant mois de juillet, d’après le Dg de la Sogip. «Ce complexe sportif multifonctionnel de 15.000 places est, à l’image de Bercy à Paris, destiné à accueillir tous les spectacles sportifs : basket, handball, tennis, volley, boxe sans compter les concerts qui pourraient y être organisés», a expliqué Gallo Bâ dont la structure est le maître-d’ouvrage de tous ces projets. Le Parc d’exposition appelé «Dakar expos center» ne sera pas une réplique du Cices. Il abritera, sur une superficie de 20.000 m2, des manifestations culturelles et commerciales de dimension internationale et offrira une meilleure gamme de choix aux acteurs culturels et économiques.

Partenariat gagnant-gagnant
La première pierre étant déjà posée depuis 2016 par le président Macky Sall, les travaux vont s’accélérer et se terminer d’ici à la fin de l’année, selon le Dg de la Sogip.

A côté de ces projets déjà concrétisés ou en voie d’être concrétisés, il y a ceux qui n’ont pas encore démarré. Parmi ceux-ci, on peut citer la fabrique industrielle de mobiliers modernes et la tour D-Tower de 35 étages que le holding turc Dm compte réaliser dans la même zone. Cette usine qui va nécessiter un investissement de 35 milliards de FCfa devrait générer, aussi bien dans la phase d’exécution que dans la phase d’exploitation, plus de 1.000 emplois, avait fait savoir Ismaila Dogan, Pdg de Dm Holding, lors du lancement de la seconde génération de projets à Diamniadio en 2016. Actuellement, près de 500 Sénégalais travaillent dans ces différents chantiers sans compter les entreprises locales de sous-traitance, certains bureaux de contrôle sénégalais et les cabinets d’architecture. «Pour dire que l’expertise sénégalaise est également mise à contribution dans ces chantiers. C’est un partenariat gagnant-gagnant. Nous espérons créer des emplois permanents dans l’exploitation de ces infrastructures», a expliqué le Dg de la Sogip dont la mission est de concevoir des projets d’intérêts publics, de les réaliser, de chercher les financements et de veiller à leur rentabilité financière.

Elhadji Ibrahima THIAM (textes) et Pape SEYDI (Photos)

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Si l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) a pu enfin être achevé et mis en service, c’est, en grande partie, grâce à la Turquie à travers deux sociétés : Summa et Limak.

Début février 2016. Le chantier de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) est à l’arrêt depuis quelques mois du fait de divergences d’ordre financier entre l’Etat du Sénégal et le constructeur Saudi Bin Laden Group. Après plusieurs avenants signés depuis 2007 avec le groupe saoudien, les autorités sénégalaises refusent, cette fois-ci, de payer les 65 milliards de FCfa que réclame celui-ci pour finir les travaux dont le niveau d’exécution a atteint 85 %. On se dirige tout droit vers un énième report de la date de livraison du nouvel aéroport initialement prévue en 2010. Un nuage d’inquiétudes commence à s’amonceler sur le ciel de Diass.

Alors que tout semblait s’enliser, une visite de quelques heures, plus précisément une escale technique, le 5 février 2016, va tout chambouler : celle du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Reçu par son homologue sénégalais Macky Sall au salon d’honneur de l’Aéroport Léopold Sédar Senghor, les deux chefs d’Etat s’entretiennent sur le partenariat bilatéral entre les deux pays puis annoncent une série d’accords de coopération parmi lesquels l’achèvement, par un consortium turc, des 15 % des travaux restants de l’Aibd. Deux mois plus tard, le ministre en charge des Transports aériens, Maïmouna Ndoye Seck et les Directeurs généraux de Summa et de Limak signent lesdits accords. Avec le premier accord, le consortium s’engage à finir les travaux dans les huit mois qui suivent, c’est-à-dire en décembre 2016. Finalement, l’aéroport sera livré et inauguré un an plus tard. Quant au deuxième accord, il attribue au groupement turc une concession de 25 ans pour l'exploitation du nouvel aéroport, après le retrait de la société allemande Fraport, qui gère l'aéroport de Francfort, selon les mêmes sources. La société de gestion qui a été créée à cet effet s’appelle Limak-Aibd-Summa (Las). Cette convention de concession garantit 34 % du capital de la société à l’Etat du Sénégal. Voilà donc comment une situation qui semblait désespérée s’est finalement décantée grâce au dynamisme de l’axe Dakar-Ankara.

Elh. I. THIAM

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La polyclinique de l’Ucad a vite changé de nom. Elle est devenue, à moins d’un an, l’Institut de prévoyance médico-social. Son plateau technique relevé et son offre diversifiée, ses médecins et ses professeurs de renom ont contribué à baisser les références du personnel enseignant, administratif et technique vers d’autres structures hospitalières. L’institut reçoit beaucoup de patients des quartiers environnants qui ne travaillent pas à l’Université de Dakar.

Derrière la Librairie Clairafrique de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et face aux locaux du Brgm, un bâtiment d’un niveau peint en jaune change le paysage arbustif du coin. La devanture offre une forme ovale. Ce samedi 24 février 2018, au hall, au rez-de-chaussée, il n’y avait pas de client sur les bancs. Ici, d’habitude, les patients tuent le temps en regardant cet écran plat accroché au mur.

Pourtant, le lieu n’est pas désert. Quelques minutes après notre arrivée, une adolescente, accompagnée par sa mère, se pointe. Une dame prend ses filiations. Puis elle se dirige vers une salle où elle a été consultée. Un homme vêtu d’un boubou bleu ciel arrive avec sa fillette. «J’aimerais faire consulter ma fille», s’adresse-t-il à la dame. «Le pédiatre sera là le jeudi», répond la dame. L’homme a pris rendez-vous pour le jeudi. La Polyclinique de l’Ucad, construite et équipée par la coopération turque, comme inscrit sur la plaque, à l’entrée, pèse de plus en plus dans la prise en charge sanitaire des enseignants et du personnel administratif et technique de l’Ucad.

C’est certainement pour cela qu’elle a vite changé d’appellation. « L’Institut de prévoyance médico-social de l’Ucad, ex-polyclinique, a démarré ses activités au mois de mai 2017. Il doit prendre en charge le personnel enseignant et administratif de l’Ucad. Nous recevons aussi des personnes qui ne travaillent pas à l’université. Nous avons eu environ 4.000 consultations depuis le démarrage de nos activités», confie la responsable administrative et financière, Fama Dièye. L’aile droite du rez-de-chaussée abrite le laboratoire, les services de l’imagerie médicale.

Un plateau technique digne d’une structure hospitalière
La coopération turque n’a pas lésiné sur les moyens pour construire un plateau technique digne d’une structure hospitalière. Ces équipements et des professeurs de renom qui officient placent l’Institut sur la carte sanitaire du Sénégal. «Nous faisons l’essentiel des analyses médicales. Notre laboratoire fonctionne à plein temps. Nous collaborons avec des structures françaises», dit Fama Dièye.

Les couloirs éclairés sont une galerie d’art pour les patients ou les visiteurs. Des plateaux et des fresques rompent avec la monotonie décorative des hôpitaux du Sénégal. Les tableaux vantent les particularités des mégalithes de l’espace sénégambien. Cette décoration fait écho aux équipements et à la diversité des prestations auxquels les Sénégalais peuvent bénéficier dans cet institut. «Nous avons un plateau technique relevé. C’est ici que je suis parvenu à faire certains actes médicaux que je n’avais pas pu réaliser dans des hôpitaux», compare Dr Cheikh Tidiane Tall, un spécialiste de la médecine interne. Ici, l’éventail des prestations couvre la cardiologie, la pédiatrie, la rhumatologie, l’Orl, la gynécologie, les maladies métaboliques, les consultations prénatales et postnatales…Depuis le mois de mai dernier, deux bébés garçons ont vu le jour dans la maternité de l’Institut. La diversification de l’offre de services est dans l’agenda. «Nous commençons à être à l’étroit. Nous allons vers l’introduction des consultations en endoscopie digestive et en neurologie… C’est pour cela que nous souhaitons, dans le cadre de la venue du président de la Turquie, que la Coopération turque nous aide à construire d’autres bâtiments de ce type», a formulé Fama Dièye. A l’Ucad, l’Institut dirigé par le Pr Abdoul Kane et qui a comme chef de service de la Médecine du Travail, le Pr Mor Ndiaye, a fait baisser la facture médicale de l’Ucad qui dépensait beaucoup pour les imputations budgétaires. C’est donc à juste raison que le recteur a inscrit le renforcement du plateau technique en bonne place dans sa programmation budgétaire.

Idrissa SANE

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La construction de la Clinique «Nurlu Goz» par les investisseurs turcs est une marque de confiance au Sénégal. La clinique dotée d’équipements de dernière génération a amélioré la prise en charge des personnes atteintes de maladies oculaires.

Sur la Vdn, du côté opposé au cimetière Saint-Lazard de Béthanie, un bâtiment peint en ocre porte une inscription blanche sous fond bleu «Nurlu Goz clinique d’Ophtalmologie». On peut se demander pourquoi les opérateurs privés ont choisi d’investir dans la prise en charge des maladies oculaires au Sénégal qui compte des ophtalmologues de renommée internationale. La réponse peut être le partage d’expériences. En effet, dans cette clinique, les praticiens sont à la page de la révolution des techniques de prise en charge de la chirurgie de la cataracte sans suture alors que pour la myopie hypermétropie, l’astigmatisme, la presbytie, le strabisme, l’oculoplastie, les praticiens font recours à d’autres technologies de dernière génération.

La structure sanitaire offre des prestations en utilisant l’angiographie à la fluorescéine, la tomographie par cohérence optique et le laser pour plusieurs actes médicaux oculaires. La clinique inaugurée par l’ancienne Premier ministre du Sénégal d’alors, Aminata Touré, et dotée d’un plateau technique moderne, a une capacité d’opérations chirurgicales de 25 personnes par jour. «Cette clinique sera un centre de référence de santé dans le domaine de l’ophtalmologie en Afrique de l’ouest. Le dispositif technique en place permet de diagnostiquer et de traiter les maladies ophtalmologiques les plus complexes. Ce qui évitera aux Sénégalais d’aller à l’extérieur pour se faire soigner des yeux. C’est notre contribution au développement du Sénégal mais aussi à la bonne coopération entre nos deux pays», avait avancé le médecin-chef de la clinique, Erçan Urlu, lors de l’inauguration, en présence de l’ancien ambassadeur de la Turquie au Sénégal, Zeynab Sybel Algan. Pour sa part, l’ancienne Première ministre du Sénégal avait relevé la contribution de la clinique dans l’amélioration de l’offre de soins au profit des Dakarois et des populations de Grand-Yoff. Avec tous les services très pointus qui seront offerts ici, disait-elle, je pense que c’est un grand acquis pour la commune de Grand-Yoff et les quartiers des alentours.

I. SANE

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Le dynamisme des échanges économiques peut être apprécié comme un signe de l’excellence des relations entre le Sénégal et la Turquie. En quelques années, le volume des échanges ont monté en flèche même si la balance se penche largement en faveur de la Turquie.

IMPORTATIONS
De 2012 à 2017, la Turquie est passée de 9e au 7e rang des pays fournisseurs du Sénégal. Les importations du Sénégal en provenance de la Turquie ont considérablement progressé en cinq ans passant de 74 milliards de FCfa en 2012 à 125 milliards de FCfa en 2017. Une tendance haussière qu’El hadj Omar Senghor, chef du Bureau des échanges extérieurs de la Division des statistiques conjoncturelles de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), explique par la présence d’entreprises turques dans des secteurs stratégiques comme les Bâtiments et travaux publics, l’industrie agroalimentaire, etc. « En 2017, la hausse des importations de 66% par rapport à 2016 est liée certainement au fait qu’une entreprise turque a terminé les travaux de l’Aéroport international Blaise Diagne. Et on peut penser légitiment que certains matériaux de constructions ont été importés de la Turquie ; ce qui explique le rebond des importations vers la Turquie», souligne M. Senghor. Les principaux produits que le Sénégal importe de la Turquie sont les métaux communs, notamment les matériaux de construction en fer, les machines et appareils, les matières plastiques artificiels, les pierres céramiques et verres, les automobiles et cars, etc. Dans le détail, les métaux communs sont passés de 15 milliards de FCfa en 2012 à 30 milliards de FCfa en 2017. Les importations des matières plastiques sont passées sur la même période de 3 milliards à 10 milliards de FCfa, soit plus que le triple. Une hausse dans le même ordre de grandeur est notée pour les importations des machines et appareils. Elles sont passées de 6 milliards de FCfa à 17 milliards de FCfa.

EXPORTATIONS
Les exportations sénégalaises vers la Turquie ont connu durant ces dernières années une tendance haussière, avec toutefois, un repli en 2017. Durant cette année, les exportations ont atteint un peu moins d’un milliard de FCfa alors qu’elles se chiffraient en 2016 à 2,6 milliards de FCfa. Une baisse liée à celle des exportations de poissons frais de mer qui est le premier poste d’exportation vers la Turquie. Le Sénégal exporte vers la Turquie principalement des produits halieutiques, notamment les poissons frais de mer, les minerais tels que le zircon et le titane, les animaux vivants, etc.

BALANCE COMMERCIALE
La balance commerciale se penche largement en faveur de la Turquie. En quelques années, le Sénégal est devenu une destination privilégiée pour les investisseurs et hommes d’affaires turcs. Ils sont présents dans des secteurs tels que les bâtiments et travaux publics avec les chantiers d’envergure exécutés au Pôle urbain de Diamniadio, l’agroalimentaire, l’agriculture, l’automobile, le textile, etc. Et ces échanges commerciaux sont facilités, entre autres, par la compagnie aérienne Turkish Airlines qui assure des vols directs entre Dakar et Istanbul. Le dynamisme de la coopération économique témoigne de l’excellence des relations diplomatiques entre les deux pays. Des relations qui se sont renforcées avec l’arrivée de Macky Sall à la magistrature suprême. Le président Turque a foulé le sol sénégalais deux fois et le Président Sall s’est rendu en Turquie au moins une fois.

Mamadou GUEYE

UN GROS POTENTIEL D’ÉCHANGES
Pr ErdogandLe président turc, Recep Tayyip Erdogan, sera accueilli, aujourd’hui, dans la soirée, par son homologue sénégalais, Macky Sall, pour une visite officielle de trois jours. Ce sera la deuxième fois qu’il foule le sol sénégalais, après un premier passage dans notre pays en tant que Premier ministre en janvier 2013. C’est dire donc que la Turquie mise beaucoup sur notre pays qu’elle veut faire la tête de pont de la pénétration dans la sous-région, avec l’installation d’une antenne de coopération, en 2007, à Dakar, pour attirer les investisseurs turcs au Sénégal. Beaucoup de nos compatriotes se souviennent de la Turquie comme le pays qui avait mis fin à notre aventure à la Coupe du monde 2002. Mais aujourd’hui, c’est sur un autre terrain, celui politique et économique que nos deux pays veulent faire équipe ensemble dans un partenariat gagnant-gagnant.

Ainsi, l’excellence des relations entre Dakar et Ankara a permis à notre pays de se doter de belles infrastructures de dernière génération pour reprendre l’expression en vogue. La finition de l’aéroport Blaise Diagne, la construction du Centre de conférences Abdou Diouf de Diamniadio (financé à hauteur de 87,914 milliards de Fcfa par la Turquie) et les deux bijoux en phase d’être terminés que sont l’Arena et le marché d’intérêt national de Diamniadio, parmi les projets phares du Pse, sont quelques-uns des fruits de cette coopération. Les entreprises turques de Btp font, aujourd’hui, du Sénégal, une de leur destination préférée en Afrique de l’Ouest, grâce à l’important programme d’infrastructures développé par le gouvernement.

Et le pays d’Atatürk, avec son tissu industriel très développé, présente, pour les hommes d’affaires sénégalais, des avantages comparatifs non négligeables, notamment du point de vue rapport qualité/prix. Le marché sénégalais foisonne de produits turcs (textile, agroalimentaire, machines…) et des magasins sont ouverts à Dakar par les Turcs. Toutefois, le Sénégal traine un lourd déficit commercial dans ses relations avec la Turquie (cf article Mamadou Guèye) : 125 milliards de Fcfa d’importations en 2017 contre 1 milliard de Fcfa d’exportations. Un gros potentiel existe donc dans les échanges entre les deux pays et nos hommes d’affaires doivent saisir toutes les opportunités pour réduire ce déséquilibre. Lors de la réunion de la 4e session de la grande commission mixte Sénégal/Turquie le 6 septembre 2017 à Dakar, un membre du gouvernement turc avait déclaré « On espère bientôt arriver à 200 millions de dollars. Nous pourrons y arriver si nous continuons nos échanges de manière équilibrée et arrivons à fournir davantage d’efforts «. L’objectif étant d’arriver à un milliard de dollars d’ici à 2020. Dans des niches comme l’horticulture, les produits halieutiques, l’artisanat et l’arachide entres autres, le Sénégal peut élargir ses parts de marché en Turquie.

Depuis que la Turquie a ouvert son ambassade à Dakar en 1963, les relations entre les deux pays musulmans n’avaient pas pris un grand essor. Mais les valeurs communes partagées, l’appartenance à des organisations comme l’Oci ont servi de socle à une coopération qui est allée en se renforçant. La création d’un fonds d’investissements sénégalo-turc de 700 millions de Fcfa s’inscrit dans ce cadre. Le groupe scolaire Yavuz Selim implanté à Dakar en 1997 a forgé la réputation de l’enseignement turc au Sénégal et renforcé le brassage entre Turcs et Sénégalais. Cet établissement est, aujourd’hui, fermé, mais récemment, en octobre 2017, 1444 Sénégalais ont été régularisés par le président Erdogan en Turquie. La visite de ce dernier à Dakar ouvrira un nouveau chapitre dans les relations entre les deux pays.

Par Ibrahima MBODJ

SÉNÉGAL-TURQUIE : UNE COOPÉRATION BILATÉRALE DYNAMIQUE
Le Sénégal et la Turquie partagent une forte entente qu’ils magnifient mutuellement. Les relations bilatérales entre nos deux Etats se manifestent par des partenariats dynamiques qui ne finissent pas de s’élargir, notamment dans l’économie, la politique, la sécurité, la culture ainsi que l’éducation. Le Sénégal est d’ailleurs le premier pays à abriter une représentation diplomatique turque en Afrique de l’ouest, en 1964.

Au-delà de l’établissement d’une relation de consultation mutuelle en termes de relations bilatérales, la Turquie et le Sénégal partagent une coopération excellente.

« C’est, aujourd’hui, une amitié qui s’est solidifiée ainsi qu’une coopération qui s’est diversifiée depuis l’établissement de nos relations diplomatiques, déjà vieilles d’un demi-siècle et toujours aussi prometteuses», confiait  le ministre de l'Intégration africaine, du Nepad et de la Francophonie, Mbagnick Ndiaye. Mieux, à son arrivée à la tête du pays, le président de la République, Macky Sall, a entrepris un flux d’échanges très visible entre nos deux pays. Et l’on a, en mémoire, les visites des Premiers ministres du Sénégal et de la Turquie, entre fin 2012 et début 2013 qui ont permis à près de 300 firmes turques et sénégalaises qui évoluent dans les secteurs des Btp, de l’énergie, du fer et de l’acier, de l’agro-alimentaire de se rencontrer afin de renforcer les relations commerciales et celles d’investissement. Par ailleurs, au-delà des grands projets d’investissement déjà opérés dans notre pays ou en voie, les relations entre la Turquie et le Sénégal se sont renforcées davantage au fil des ans. Elles se poursuivent encore. Et l’ancien ambassadeur de la République de Turquie au Sénégal, Mme  Nilgun Erdem Ari, avait eu raison de le rappeler à l’occasion de la cérémonie de commémoration du 94ème anniversaire de la proclamation de la République de Turquie en saluant la «forte entente au plus haut niveau» entre nos deux pays. Sous cet angle, le Sénégal et la Turquie ont  développé leurs relations sur les plans économique, politique, sécuritaire et culturelle. A coup sûr, les excellentes relations de nos deux Etats sur le plan politique, la forte entente et les liens étroits qu’entretiennent nos deux présidents se prolongent aisément chez les deux peuples considérés, aujourd’hui, comme des peuples frères.  Avec l’avènement du Plan Sénégal émergent (Pse) qui offre un cadre beaucoup plus propice aux décideurs en termes d’investissement, les hommes d’affaires turques nourrissent, de nos jours, de grands projets d’investissement au Sénégal. Ainsi, «dans un avenir très proche, vous entendrez certainement parler de grandes cérémonies d’inauguration d’infrastructures réalisées par ces hommes d’affaires. La Turquie continuera à investir au Sénégal, pays que nous considérons comme une puissance croissante en Afrique de l’ouest. La Turquie et le Sénégal partagent des valeurs culturelles similaires. Ces valeurs unissent les deux peuples», avait aussi témoigné Mme Nilgun Erdem Ari. Et notre pays a su relever un certain nombre de défis et répondre à l’appel de son pays frère, notamment, sur le plan de la sécurité. Pour rappel, le gouvernement du Sénégal s’était engagé à arrêter les activités des organismes qu’Ankara considère comme organisation terroriste (affaire école Yahuz Salim). Sans oublier la signature récente, par le biais du ministre des Affaires étrangères et des Sénagalis de l’extérieur, d’un accord de siège avec la fondation Maarif de Turquie. Un accord qui ajoute ainsi un maillon  très important qu’est celui de l’éducation à la coopération entre nos deux pays. Cet accord permettra certainement une autre meilleure prise en charge de la formation des générations futures.

Amadou DIOP

CICAD, HÔTEL, STADE OMNISPORTS, GARE DES GROS PORTEURS... : L’EMPREINTE TURQUE À DIAMNIADIO
Arene DiamniadioUn certain nombre de projets parmi les plus importants du Pôle urbain de Diamniadio portent la signature de la Turquie et d’entreprises turques : Cicad, Hôtel 5 étoiles, Stade omnisports, Gare des gros porteurs, Marché d’intérêt national, Parc d’exposition. Ce qui illustre le dynamisme de l’axe Dakar-Ankara.

Diamniadio, par un temps frisquet d’un jour de samedi, en contrebas de l’autoroute à péage, en face du Parc industriel et ses édifices aux baies vitrées d’un jaune scintillant, un bâtiment imposant aux courbes rondes a fini de se dessiner. Malgré ses hauts murs, on peut apercevoir, par un interstice, des rangées de tribunes qui ceinturent l’enceinte. Le fourmillement sur le chantier donne une idée sur le rythme de travail qu’impriment les ouvriers à «Dakar Arena». Lancés en 2016, les travaux de ce stade omnisports aux formes ovoïdes rappelant quelque peu l’architecture du célèbre Colisée de Rome, avancent à grand pas.

Quelques centaines de mètres plus loin, sur le même alignement, l’hôtel 5 étoiles Radisson se dresse, flambant neuf. Inauguré à la veille de l’ouverture et de la mise en service de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd), ce réceptif hôtelier de luxe dispose de 152 chambres. En plus des prestations qu’il propose, il va, sans nul doute, contribuer à la valorisation du Centre international de conférence, Abdou Diouf (Cicad), qu’il jouxte. Cette dernière infrastructure est la toute première à avoir été concrétisée à Diamniadio. C’était en 2014, pour les besoins du 15ème Sommet de la Francophonie dont elle a accueilli la cérémonie officielle et les travaux des chefs d’Etat et de gouvernement. A ce titre, le Cicad peut être considéré comme le germe de ville, la clé de voûte de Diamniadio, car c’est à partir de ce bâtiment que tous les autres ont été pensées, conçues et structurées. Entre le «Dakar Arena» et l’Hôtel Radisson, le site du futur Parc d’exposition don les travaux n’ont pas encore pris leur vitesse de croisière. Même constat aux chantiers contigus du Marché d’intérêt national et de la Gare des gros porteurs niché à quelques 300 mètres de la bretelle qui relie l’autoroute à péage à la route Nationale 1, derrière le Parc industriel. Une charpente métallique domine les lieux où s’affairent quelques ouvriers.

Depuis le lancement du Pôle urbain en mai 2014, Diamniadio ne cesse de se transformer. Ici, tout est chantier. Le quotidien est rythmé par le ballet incessant des camions et le bruit assourdissant des engins mécaniques. Petit à petit, les éléments qui devront en faire une ville mixte qui réponde aux exigences d’une cité moderne regroupant des quartiers administratifs, des zones d’habitations mixtes, des zones industrielles, des universités et centres de recherche, une Cité du Savoir, des espaces d’affaires et des infrastructures sportives, sont en train de se mettre en place.


Qu’ont donc en commun le Centre international de conférences Abdou Diouf (Cicad), l’Hôtel Radisson, le Parc d’exposition, le Stade omnisports, la Gare des gros porteurs et le Marché d’intérêt national? Leur dénominateur commun, c’est qu’ils sont réalisés par des entreprises, investisseurs et développeurs turcs en partenariat avec des entreprises locales.

Plus grand marché couvert de la sous-région
Marche InteretLe marché d’intérêt national, en forme de U, sera le plus grand marché couvert d’Afrique de l’ouest. S’étendant sur une superficie de 24 ha, il est conçu pour être un véritable marché de gros à l’image de Rungis en France et de Bursa en Turquie avec des équipements commerciaux ultramodernes. Outre toutes les commodités d’un marché moderne, il abritera 137 magasins de 75 à 150 m2 avec des chambres froides intégrées pour le stockage des produits agricoles, une chambre froide commune de 750 m2, de grands halls réservés aux produits de cueillette, 1.000 m2 de boutiques extérieures...Quant à la gare de gros porteurs, elle sera édifiée sur une superficie de 9 ha. Elle comprendra une grande aire de stationnement pour 187 camions gros porteurs et autres véhicules avec une possibilité d’extension ; de grands hangars, des magasins de stockage et chambre froide pour le stockage des produits secs ou frais, des bâtiments techniques et administratifs, une station de maintenance. Le coût de ces deux projets réalisés par l’entreprise turc Dm Holding, est estimé à 110 millions de dollars. L’évolution des travaux de ces deux projets est suivie de très près, selon Gallo Bâ, Directeur général de la Société de gestion des infrastructures publiques des Pôles urbains de Diamniadio et du Lac Rose (Sogip).

«Les charpentes métalliques qui vont constituer le marché ont été déjà commandées et les travaux vont s’accélérer», a-t-il assuré.En ce concerne le complexe sportif «Dakar Arena», le niveau d’exécution des travaux est estimé à 66 %. La réception et l’inauguration sont prévues courant mois de juillet, d’après le Dg de la Sogip. «Ce complexe sportif multifonctionnel de 15.000 places est, à l’image de Bercy à Paris, destiné à accueillir tous les spectacles sportifs : basket, handball, tennis, volley, boxe sans compter les concerts qui pourraient y être organisés», a expliqué Gallo Bâ dont la structure est le maître-d’ouvrage de tous ces projets. Le Parc d’exposition appelé «Dakar expos center» ne sera pas une réplique du Cices. Il abritera, sur une superficie de 20.000 m2, des manifestations culturelles et commerciales de dimension internationale et offrira une meilleure gamme de choix aux acteurs culturels et économiques.

Partenariat gagnant-gagnant
La première pierre étant déjà posée depuis 2016 par le président Macky Sall, les travaux vont s’accélérer et se terminer d’ici à la fin de l’année, selon le Dg de la Sogip.

A côté de ces projets déjà concrétisés ou en voie d’être concrétisés, il y a ceux qui n’ont pas encore démarré. Parmi ceux-ci, on peut citer la fabrique industrielle de mobiliers modernes et la tour D-Tower de 35 étages que le holding turc Dm compte réaliser dans la même zone. Cette usine qui va nécessiter un investissement de 35 milliards de FCfa devrait générer, aussi bien dans la phase d’exécution que dans la phase d’exploitation, plus de 1.000 emplois, avait fait savoir Ismaila Dogan, Pdg de Dm Holding, lors du lancement de la seconde génération de projets à Diamniadio en 2016. Actuellement, près de 500 Sénégalais travaillent dans ces différents chantiers sans compter les entreprises locales de sous-traitance, certains bureaux de contrôle sénégalais et les cabinets d’architecture. «Pour dire que l’expertise sénégalaise est également mise à contribution dans ces chantiers. C’est un partenariat gagnant-gagnant. Nous espérons créer des emplois permanents dans l’exploitation de ces infrastructures», a expliqué le Dg de la Sogip dont la mission est de concevoir des projets d’intérêts publics, de les réaliser, de chercher les financements et de veiller à leur rentabilité financière.

Elhadji Ibrahima THIAM (textes) et Pape SEYDI (Photos)

AEROPORT INTERNATIONAL BLAISE DIAGNE : LA VISITE ÉCLAIR DE ERDOGAN A CHANGÉ LE COURS DE L’HISTOIRE
Tour AibdSi l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) a pu enfin être achevé et mis en service, c’est, en grande partie, grâce à la Turquie à travers deux sociétés : Summa et Limak.

Début février 2016. Le chantier de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) est à l’arrêt depuis quelques mois du fait de divergences d’ordre financier entre l’Etat du Sénégal et le constructeur Saudi Bin Laden Group. Après plusieurs avenants signés depuis 2007 avec le groupe saoudien, les autorités sénégalaises refusent, cette fois-ci, de payer les 65 milliards de FCfa que réclame celui-ci pour finir les travaux dont le niveau d’exécution a atteint 85 %. On se dirige tout droit vers un énième report de la date de livraison du nouvel aéroport initialement prévue en 2010. Un nuage d’inquiétudes commence à s’amonceler sur le ciel de Diass.

Alors que tout semblait s’enliser, une visite de quelques heures, plus précisément une escale technique, le 5 février 2016, va tout chambouler : celle du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Reçu par son homologue sénégalais Macky Sall au salon d’honneur de l’Aéroport Léopold Sédar Senghor, les deux chefs d’Etat s’entretiennent sur le partenariat bilatéral entre les deux pays puis annoncent une série d’accords de coopération parmi lesquels l’achèvement, par un consortium turc, des 15 % des travaux restants de l’Aibd. Deux mois plus tard, le ministre en charge des Transports aériens, Maïmouna Ndoye Seck et les Directeurs généraux de Summa et de Limak signent lesdits accords. Avec le premier accord, le consortium s’engage à finir les travaux dans les huit mois qui suivent, c’est-à-dire en décembre 2016. Finalement, l’aéroport sera livré et inauguré un an plus tard. Quant au deuxième accord, il attribue au groupement turc une concession de 25 ans pour l'exploitation du nouvel aéroport, après le retrait de la société allemande Fraport, qui gère l'aéroport de Francfort, selon les mêmes sources. La société de gestion qui a été créée à cet effet s’appelle Limak-Aibd-Summa (Las). Cette convention de concession garantit 34 % du capital de la société à l’Etat du Sénégal. Voilà donc comment une situation qui semblait désespérée s’est finalement décantée grâce au dynamisme de l’axe Dakar-Ankara.

Elh. I. THIAM

INSTITUT DE PREVOYANCE MEDICO-SOCIAL DE L’UCAD : UN JOYAU DE LA COOPÉRATION TURQUE
Clinique turqueLa polyclinique de l’Ucad a vite changé de nom. Elle est devenue, à moins d’un an, l’Institut de prévoyance médico-social. Son plateau technique relevé et son offre diversifiée, ses médecins et ses professeurs de renom ont contribué à baisser les références du personnel enseignant, administratif et technique vers d’autres structures hospitalières. L’institut reçoit beaucoup de patients des quartiers environnants qui ne travaillent pas à l’Université de Dakar.

Derrière la Librairie Clairafrique de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et face aux locaux du Brgm, un bâtiment d’un niveau peint en jaune change le paysage arbustif du coin. La devanture offre une forme ovale. Ce samedi 24 février 2018, au hall, au rez-de-chaussée, il n’y avait pas de client sur les bancs. Ici, d’habitude, les patients tuent le temps en regardant cet écran plat accroché au mur.

Pourtant, le lieu n’est pas désert. Quelques minutes après notre arrivée, une adolescente, accompagnée par sa mère, se pointe. Une dame prend ses filiations. Puis elle se dirige vers une salle où elle a été consultée. Un homme vêtu d’un boubou bleu ciel arrive avec sa fillette. «J’aimerais faire consulter ma fille», s’adresse-t-il à la dame. «Le pédiatre sera là le jeudi», répond la dame. L’homme a pris rendez-vous pour le jeudi. La Polyclinique de l’Ucad, construite et équipée par la coopération turque, comme inscrit sur la plaque, à l’entrée, pèse de plus en plus dans la prise en charge sanitaire des enseignants et du personnel administratif et technique de l’Ucad.

C’est certainement pour cela qu’elle a vite changé d’appellation. « L’Institut de prévoyance médico-social de l’Ucad, ex-polyclinique, a démarré ses activités au mois de mai 2017. Il doit prendre en charge le personnel enseignant et administratif de l’Ucad. Nous recevons aussi des personnes qui ne travaillent pas à l’université. Nous avons eu environ 4.000 consultations depuis le démarrage de nos activités», confie la responsable administrative et financière, Fama Dièye. L’aile droite du rez-de-chaussée abrite le laboratoire, les services de l’imagerie médicale.

Un plateau technique digne d’une structure hospitalière
La coopération turque n’a pas lésiné sur les moyens pour construire un plateau technique digne d’une structure hospitalière. Ces équipements et des professeurs de renom qui officient placent l’Institut sur la carte sanitaire du Sénégal. «Nous faisons l’essentiel des analyses médicales. Notre laboratoire fonctionne à plein temps.

Nous collaborons avec des structures françaises», dit Fama Dièye.

Les couloirs éclairés sont une galerie d’art pour les patients ou les visiteurs. Des plateaux et des fresques rompent avec la monotonie décorative des hôpitaux du Sénégal. Les tableaux vantent les particularités des mégalithes de l’espace sénégambien. Cette décoration fait écho aux équipements et à la diversité des prestations auxquels les Sénégalais peuvent bénéficier dans cet institut. «Nous avons un plateau technique relevé. C’est ici que je suis parvenu à faire certains actes médicaux que je n’avais pas pu réaliser dans des hôpitaux», compare Dr Cheikh Tidiane Tall, un spécialiste de la médecine interne. Ici, l’éventail des prestations couvre la cardiologie, la pédiatrie, la rhumatologie, l’Orl, la gynécologie, les maladies métaboliques, les consultations prénatales et postnatales…Depuis le mois de mai dernier, deux bébés garçons ont vu le jour dans la maternité de l’Institut. La diversification de l’offre de services est dans l’agenda. «Nous commençons à être à l’étroit. Nous allons vers l’introduction des consultations en endoscopie digestive et en neurologie… C’est pour cela que nous souhaitons, dans le cadre de la venue du président de la Turquie, que la Coopération turque nous aide à construire d’autres bâtiments de ce type», a formulé Fama Dièye. A l’Ucad, l’Institut dirigé par le Pr Abdoul Kane et qui a comme chef de service de la Médecine du Travail, le Pr Mor Ndiaye, a fait baisser la facture médicale de l’Ucad qui dépensait beaucoup pour les imputations budgétaires. C’est donc à juste raison que le recteur a inscrit le renforcement du plateau technique en bonne place dans sa programmation budgétaire.

Idrissa SANE

CLINIQUE « NURLU GOZ » : UN AUTRE SYMBOLE DE LA CONFIANCE DES INVESTISSEURS TURCS AU SÉNÉGAL
Nurlu GozLa construction de la Clinique «Nurlu Goz» par les investisseurs turcs est une marque de confiance au Sénégal. La clinique dotée d’équipements de dernière génération a amélioré la prise en charge des personnes atteintes de maladies oculaires.

Sur la Vdn, du côté opposé au cimetière Saint-Lazard de Béthanie, un bâtiment peint en ocre porte une inscription blanche sous fond bleu «Nurlu Goz clinique d’Ophtalmologie». On peut se demander pourquoi les opérateurs privés ont choisi d’investir dans la prise en charge des maladies oculaires au Sénégal qui compte des ophtalmologues de renommée internationale. La réponse peut être le partage d’expériences. En effet, dans cette clinique, les praticiens sont à la page de la révolution des techniques de prise en charge de la chirurgie de la cataracte sans suture alors que pour la myopie hypermétropie, l’astigmatisme, la presbytie, le strabisme, l’oculoplastie, les praticiens font recours à d’autres technologies de dernière génération.

La structure sanitaire offre des prestations en utilisant l’angiographie à la fluorescéine, la tomographie par cohérence optique et le laser pour plusieurs actes médicaux oculaires. La clinique inaugurée par l’ancienne Premier ministre du Sénégal d’alors, Aminata Touré, et dotée d’un plateau technique moderne, a une capacité d’opérations chirurgicales de 25 personnes par jour. «Cette clinique sera un centre de référence de santé dans le domaine de l’ophtalmologie en Afrique de l’ouest. Le dispositif technique en place permet de diagnostiquer et de traiter les maladies ophtalmologiques les plus complexes. Ce qui évitera aux Sénégalais d’aller à l’extérieur pour se faire soigner des yeux. C’est notre contribution au développement du Sénégal mais aussi à la bonne coopération entre nos deux pays», avait avancé le médecin-chef de la clinique, Erçan Urlu, lors de l’inauguration, en présence de l’ancien ambassadeur de la Turquie au Sénégal, Zeynab Sybel Algan. Pour sa part, l’ancienne Première ministre du Sénégal avait relevé la contribution de la clinique dans l’amélioration de l’offre de soins au profit des Dakarois et des populations de Grand-Yoff. Avec tous les services très pointus qui seront offerts ici, disait-elle, je pense que c’est un grand acquis pour la commune de Grand-Yoff et les quartiers des alentours.

I. SANE

Nous, [Africains], devons changer notre mentalité de dépendance ; cette mentalité de ce que peut faire la France pour nous». La saillie du Président ghanéen Nana Akufo-Addo, servie en guise de mot de bienvenue au Président français Emmanuel Macron, en visite dans son pays, en novembre dernier, doit interpeller chaque Africain.

En effet, cette conviction « ghanéenne » est également «sénégalaise». C’est une version non romancée du fameux discours du personnage de « Guelewar » dans le film éponyme de Ousmane Sembène. Dans les rapports Sénégal-France, il est bien trop souvent question de savoir ce que cette dernière apporte au pays de la « Téranga ».

Pourtant, l’apport du Sénégal est immense. De 1639, lors de l’installation de représentants du Roi Louis XIV dans la région du fleuve, à la fondation, 20 ans plus tard, d’un fortin dénommé Saint-Louis, en l’honneur d’un de leurs souverains du Moyen-âge, à la visite officielle d’Emmanuel Macron, le Sénégal a été d’un apport sans limite dans le rayonnement mondial de la France.

Dans une liste non exhaustive, on peut citer Jean-Baptiste Belley, esclave originaire de Gorée, qui a activement participé à la Révolution française et contribué à la première abolition de l’esclavage en 1794 ; les Tirailleurs dit «Sénégalais» créés en 1857 ; Blaise Diagne, le premier noir député à l’Assemblée française ; Son fils, Raoul Diagne, premier Noir à porter le maillot de l’équipe nationale de football de France en 1931, et tous les autres sportifs originaires du pays de la «Téranga» ; les nombreux travailleurs sur plusieurs générations qui continuent de participer à la construction de la France ; les jeunes de l’écosystème numérique. Et bien d’autres… Le rappeler n’est pas une revendication vaine ou mal placée.

Mais, les relations internationales sous la coupole de la mondialisation sont aussi complexes qu’un jeu de miroir avec des reflets trompeurs. De cette complexité et des «oublis historiques», il est nécessaire d’apporter de la clarté, de l’audace, comme le faisait Cheikh Anta Diop.

Sa pensée sur le rejet des prismes anthropologiques émanant des préjugés occidentaux, nourris pendant des siècles, est indéniablement un pas vers l’émancipation à tous les secteurs et donc, un début de l’émergence. Mot désormais fétiche au Sénégal. La France est un interlocuteur important, mais elle n’est désormais plus le seul.

Se construire sous la coupe d’un Pygmalion pour mieux prendre ses distances et sa destinée est un processus qui va certainement parler à Emmanuel Macron. De secrétaire général adjoint au cabinet du Président de la République française, en passant par le poste de ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, il lui aura fallu être En Marche pour accéder à la Présidence de la République.

Par Moussa DIOP

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Il est le plus jeune président de l’histoire politique française et celui qui a su se frayer un chemin sur le clivage traditionnel Gauche-Droite. L’actuel président de la République française, Emmanuel Macron, qui a réussi un parcours atypique, est le symbole du renouveau français.

Le 7 mai 2017, les Français choisissent démocratiquement Emmanuel Macron comme le 8ème président de la Vème République française, aux dépens de Marine Le Pen. En jetant son dévolu sur ce jeune président, 39 ans à son élection, inconnu du grand public quelques années auparavant, la France crée un évènement planétaire. Ex-ministre de François Hollande sous le gouvernement du Premier ministre Manuel Valls, Emmanuel Macron a su émerger en créant sa voix « En Marche ! », un mouvement politique qui se distingue des clivages Gauche et Droite et dont l’ambition était d’offrir une « nouvelle offre politique » aux Français.

Banquier d’affaires
Le lancement de son mouvement le 6 avril 2016, alors qu’il était encore le ministre de l’Economie du gouvernement socialiste, crée un malaise. Certains socialistes lui en voudront toujours en le traitant de « fou heureux » et même de « traître ». Mais Macron avait une idée claire de ce qu’il voulait faire ou devenir, c’est-à-dire le successeur même de son patron François Hollande. Avec détermination et bravoure, il parvient à faire de son rêve une réalité.

Certes, Emmanuel Macron est sorti des grandes écoles (Ena, Sciences Pô) comme la plupart des hommes politiques français, mais rien ne le prédestinait à la fonction présidentielle. Il débute sa carrière professionnelle dans l’administration publique française comme inspecteur des finances, avant de rejoindre la banque Rothschild comme banquier d’affaires, où il est rapidement promu associé-gérant. Dans le privé, il gagne bien sa vie et se fait une santé financière, mais Macron va réintégrer la fonction publique en 2012. Avec sa nomination comme secrétaire général adjoint de l’Elysée, Marcon gagne du galon.

« Macron, c’est moi »
A l’Elysée, Emmanuel Macron n’est pas un simple conseiller, mais il fait plutôt partie des hommes de confiance de François Hollande. Les deux hommes se connaissent depuis 2008 par l’entremise de Jacques Attali. François Hollande a toujours eu une relation particulière avec celui que l’on a présenté comme son « héritier ». « Emmanuel Macron, c’est moi », confie un jour l’ancien président français. Deux années suffisent à son mentor pour lui confier le ministère de l’Economie du gouvernement. Il remplace à ce poste un certain Arnauld Montebourg. A Bercy, il donnera son nom au projet de loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques.

Brillant parcours
Ce fils de médecins et polyglotte fait l’objet de nombreuses attentions en France et en Europe ; ce qui lui a permis de développer très vite son image et de s’imposer parmi les hommes qui comptent dans le gouvernement socialiste.

L’actuel président français a eu un brillant parcours scolaire et académique. Né en 1977 à Amiens, il étudie chez les Jésuites et remporte le Concours général de français à 16 ans. Il apprend aussi le piano au Conservatoire de musique d’Amiens. Après avoir échoué au concours de Normale sup, Macron obtient une maîtrise puis un DEA de philosophie à l’université de Nanterre (banlieue parisienne). En 1999, il devient l’assistant de Paul Ricœur et participe à la rédaction de l’un de ses derniers ouvrages. Il est aussi diplômé de Sciences Po et de l'Ena (promotion Léopold Sédar Senghor).

Avec le changement générationnel en politique dont il en est le symbole, Emmanuel Macron incarne le renouveau français dans un sens plus général. Ce qui est une sorte de révolution après le quinquennat de François Hollande marqué par son impopularité. Macron inaugure une « nouvelle page » avec le souhait que les Français retrouvent la confiance. Le président français porte l’espoir de beaucoup de Français.

Maguette NDONG

L’histoire prend souvent des airs de répétition. Treize ans après la première visite présidentielle au Sénégal de Jacques Chirac, Emmanuel Macron va marcher sur les traces de l’un de ses prédécesseurs en étant l’hôte du pays de la « Téranga ». Ce sont des similitudes qui permettent de mieux comprendre le contexte actuel et en saisir les enjeux au cœur des rapports entre le Sénégal et la France.

A un jour près, Jacques Chirac (du 2 au 4 février) et Emmanuel Macron (du 1er au 3 février) auraient choisi les mêmes dates, à 13 ans près, pour leur première visite en tant que Président français au Sénégal. Au-delà de l’anecdote, l’analogie entre les deux visites ne se limite pas seulement aux dates. Le contexte des deux visites renvoie à un bégaiement de l’histoire. En 2005, Chirac mettait pied en terre sénégalaise avec une appréhension réelle née de ressentiments sénégalais à la suite de l’absence de plus hautes autorités françaises aux obsèques, le 29 décembre 2001, de Léopold Sédar Senghor.

Une absence ressentie au Sénégal comme un manque de considération au premier Président du Sénégal, ancien ministre français, prisonnier de guerre pour la cause de la France, membre de l’Académie française et l’un des pères fondateurs de la Francophonie. La visite de Macron intervient dans un contexte moins tendu, mais les aspérités laissées par le scandaleux discours de Dakar de Nicolas Sarkozy ne sont pas complètement effacés des têtes sénégalaises et africaines. En effet, comme Nicolas Sarkozy, en pleine dérive « civilisationnelle » sous la plume mal éclairée de Henri Guaino, Macron va axer sa prise de parole sur l’éducation avec les conseils de son Conseil présidentiel pour l’Afrique (Cpa).

C’est également une visite qui intervient après « l’oubli de Dakar » intervenu à la suite de la première tournée africaine de Macron en novembre 2017. La visite de Chirac de 2005 intervenait, elle, à la suite de son déplacement officielle au Mali, en octobre 2003, au cours duquel l’ancien maire de Paris aurait « snobé le Sénégal ».

En 2005, le Président sénégalais d’alors, Abdoulaye Wade, avait fait savoir qu'il n'attendait pas de cette visite une « assistance matérielle et financière » supplémentaire, mais plutôt la « réaffirmation d'une marque d'intérêt, de considération et d'amitié entre deux peuples qui ont construit leur histoire ensemble ». C’est une réflexion que ne renierait pas Macky Sall dans sa vision des rapports avec la France. En octobre 2015, il déclarait être dans un rapport « gagnant-gagnant » avec la France.

« La seule relation linguistique ne suffit pas pour donner un espoir à la jeunesse en particulier. Il faut la présence d’une relation économique au sein de l’espace francophone. Parler de la Francophonie économique, c’est également parler de la mobilité. On ne peut pas développer une communauté dans laquelle les acteurs ne peuvent pas circuler ».

Moussa DIOP

« La France n’a plus de politique africaine », déclarait Macron à Ouagadougou. Cela sous-tendrait-il que les émissaires, les intermédiaires et les officines ne seront plus les bienvenues dans les institutions françaises qui sont en contact avec leurs homologues africains ? Il a, en tous cas, mis en place le Conseil présidentiel pour l’Afrique (Cpa).

Pour Emmanuel Macron, il y a une politique que la France peut conduire. Il y a « des amis, il y a des gens avec qui (elle) est d’accord, d’autres non ». Parmi ses amis, il y a le Conseil présidentiel pour l’Afrique (Cpa). Cet organe doit permettre à Macron de « regarder en face » l’Afrique et le Sénégal. Créé en août 2017, le Conseil présidentiel pour l’Afrique (Cpa) est le nouveau bras armé de la France « macronienne » dans le continent. Composé de 10 personnes (cinq femmes et autant d’hommes), le Cpa réclame d’être en marge de l’Elysée.

Elle est présentée comme « une structure indépendante qui ne figure pas dans l’organigramme de l’Elysée » et dont les membres « ne sont pas rémunérés au titre de leur fonction ». Avec ces deux caractéristiques, le Cpa résume sa vision des rapports avec l’Afrique.

En lieu et place des intérêts et d’un bureau secret à l’Elysée, le jeune président français entend trancher avec un « passé ordurier » dans les relations franco-africaines marquées par la Françafrique, les barbouzes et les cellules secrètes.

Ces derniers conversaient directement avec des dirigeants pas toujours soucieux du développement de leur pays.

Ce sas historique n’a pas toujours été d’un réel intérêt pour l’Afrique. Avec le Cpa, Macron aura des propositions concrètes après audition d’experts, de citoyens engagés et des membres des diasporas africaines. C’est une nouvelle vision qui s’articule autour de la société civile dont son récent déplacement au Burkina Faso et au Ghana a pu le montrer. « Construire un avenir en commun » y sonne comme un leitmotiv.

A travers des débats avec des étudiants d’universités africaines, des professionnels des différents secteurs d’activités et des clusters dans les villes africaines, les membres du Cpa seront les éclaireurs de l’aide publique au développement, l’éducation, la santé, le changement climatique et ville durable, la jeunesse, l’innovation et entrepreneuriat, la mode d’intervention des entreprises françaises en Afrique, la culture, le sport et la Francophonie. « Apporter un éclairage au Président de la République sur les enjeux de la relation entre la France et l'Afrique lui permettant de nourrir ses orientations politiques mais aussi développer un lien permanent avec la société civile africaine afin de davantage prendre en compte ses préoccupations ».

Ce sont les buts que le Cpa s’est assigné afin de permettre au Président Macron d’être constamment en alerte sur les problématiques clés.

Moussa DIOP

Karim Sy DossierMEMBRE DU CPA : KARIM SY, LE SÉNÉGALAIS QUI MURMURE À L’OREILLE DU PRÉSIDENT MACRON
Adepte du concept d’Eurafrique de Léopold Sédar Senghor, Karim Sy est, à lui seul, un trait d’union culturel. Franco-libano-malien d’origine sénégalaise, c’est ainsi qu’il est connu en France. Il fait partie du CPA qui conseil Macron.

Quand on demande à Karim Sy comment il s’est retrouvé au Conseil présidentiel pour l’Afrique (Cpa), le Sénégalais aux origines multiples préfère manier la litote en répondant : « Tout ce que je sais, c’est que sont au Cpa ceux qui n’ont pas demandé à y être ».

Fier de sa formule, il sourit. Pourtant son histoire avec le Cpa avait des allures de gags au départ. Plusieurs fois contacté, l’été 2017, par l’équipe de Macron, Karim Sy avoue avoir d’abord pensé à une blague. Après insistance de son interlocuteur, il croit, par la suite, que « c’est lié à Jokkolabs », un « écosystème de l'innovation ouverte pour une prospérité partagée actif sur douze pays, dont la France ». Finalement, Karim Sy, après avoir été édifié sur la démarche, accepte de faire partie des dix membres du Cpa qu’il refuse catégoriquement d’assimiler à une cellule Afrique de l’Elysée qui ne porterait pas son nom. « C’est un conseil mis en place par le Président Macron et directement rattaché à lui sans filtre », développe-t-il. Il apporte au Président de la République un éclairage particulier sur les enjeux de la France avec les pays africains. Ainsi, il n’a pas vocation à se substituer aux structures en place et n’est pas une diplomatie parallèle, ni économique, ni politique ». Le quadra sénégalais aux multiples expériences professionnelles, dont la coordination de l’audit du fichier électoral sénégalais en 2000, 2001 et 2007, se félicite que le Cpa soit un lien avec la société civile et la jeunesse africaine qui compose plus de « 60 % de la population » du continent. « C’est la première fois qu’un Président de la République française engage une relation directe avec la jeunesse africaine dont le discours de Ouagadougou a été un moment clé avec des engagements clairs », explique Karim Sy. Le Cpa a vocation à faire remonter sans filtre « ce qui se dit, ce qui se ressent, ce qui se veut, ce qui est attendu, ce qui est nécessaire » et faire, en conséquence, des propositions au Président pour que la relation avec la France soit vertueuse et créatrice d’opportunités partagées.

Un dispositif simplifié
Après le Burkina Faso et le Ghana, Karim Sy fait partie de la délégation officielle du séjour sénégalais du Président Macron. Il atteste de la fin de la Françafrique qu’il compare à « un fantasme, même si des relents affairistes s’activent à maintenir leurs intérêts ou acquis ». Avec cette conviction, Karim Sy met le cap sur le défi d’un « respect mutuel » et de « la création d’opportunités partagées ». Pour cela, il revient sur le travail du Cpa et les annonces de Macron à Ouagadougou qui n’ont pas fait la une des journaux : « La France ne soutiendra que les entreprises qui s’engagent sur des offres de long terme, qui seront exemplaires, notamment pour la création d’emplois au niveau local ». Ainsi, le Cpa se retrouve au cœur du « dispositif macronien » pour l’Afrique. Avec la disparition de sous-secrétariat d’Etat chargé de la coopération ou de l’Afrique dans les gouvernements des prédécesseurs de Macron, c’est devenu plus simple.

Désormais, il y a « un ministère de l’Europe et des Affaires étrangères avec une politique étrangère de la France qui intègre les questions de développement, de diplomatie culturelle, d’aide au développement avec nombre d’organisations qui sont très actives sur le terrain, au quotidien, auprès des populations.

Les conseillers Afrique veillent à ce que la vision du Président et ses engagements se réalisent ». Dans ce nouvel organigramme, la voix du Cpa a un écho plus fort. De quoi ravir celui qui fait du trait d’union sa culture, son identité, mais aussi un mode de vie.

M. DIOP

Adepte du concept d’Eurafrique de Léopold Sédar Senghor, Karim Sy est, à lui seul, un trait d’union culturel. Franco-libano-malien d’origine sénégalaise, c’est ainsi qu’il est connu en France. Il fait partie du CPA qui conseil Macron.

Quand on demande à Karim Sy comment il s’est retrouvé au Conseil présidentiel pour l’Afrique (Cpa), le Sénégalais aux origines multiples préfère manier la litote en répondant : « Tout ce que je sais, c’est que sont au Cpa ceux qui n’ont pas demandé à y être ».

Fier de sa formule, il sourit. Pourtant son histoire avec le Cpa avait des allures de gags au départ. Plusieurs fois contacté, l’été 2017, par l’équipe de Macron, Karim Sy avoue avoir d’abord pensé à une blague. Après insistance de son interlocuteur, il croit, par la suite, que « c’est lié à Jokkolabs », un « écosystème de l'innovation ouverte pour une prospérité partagée actif sur douze pays, dont la France ». Finalement, Karim Sy, après avoir été édifié sur la démarche, accepte de faire partie des dix membres du Cpa qu’il refuse catégoriquement d’assimiler à une cellule Afrique de l’Elysée qui ne porterait pas son nom. « C’est un conseil mis en place par le Président Macron et directement rattaché à lui sans filtre », développe-t-il. Il apporte au Président de la République un éclairage particulier sur les enjeux de la France avec les pays africains. Ainsi, il n’a pas vocation à se substituer aux structures en place et n’est pas une diplomatie parallèle, ni économique, ni politique ». Le quadra sénégalais aux multiples expériences professionnelles, dont la coordination de l’audit du fichier électoral sénégalais en 2000, 2001 et 2007, se félicite que le Cpa soit un lien avec la société civile et la jeunesse africaine qui compose plus de « 60 % de la population » du continent. « C’est la première fois qu’un Président de la République française engage une relation directe avec la jeunesse africaine dont le discours de Ouagadougou a été un moment clé avec des engagements clairs », explique Karim Sy. Le Cpa a vocation à faire remonter sans filtre « ce qui se dit, ce qui se ressent, ce qui se veut, ce qui est attendu, ce qui est nécessaire » et faire, en conséquence, des propositions au Président pour que la relation avec la France soit vertueuse et créatrice d’opportunités partagées.

Un dispositif simplifié
Après le Burkina Faso et le Ghana, Karim Sy fait partie de la délégation officielle du séjour sénégalais du Président Macron. Il atteste de la fin de la Françafrique qu’il compare à « un fantasme, même si des relents affairistes s’activent à maintenir leurs intérêts ou acquis ». Avec cette conviction, Karim Sy met le cap sur le défi d’un « respect mutuel » et de « la création d’opportunités partagées ». Pour cela, il revient sur le travail du Cpa et les annonces de Macron à Ouagadougou qui n’ont pas fait la une des journaux : « La France ne soutiendra que les entreprises qui s’engagent sur des offres de long terme, qui seront exemplaires, notamment pour la création d’emplois au niveau local ». Ainsi, le Cpa se retrouve au cœur du « dispositif macronien » pour l’Afrique. Avec la disparition de sous-secrétariat d’Etat chargé de la coopération ou de l’Afrique dans les gouvernements des prédécesseurs de Macron, c’est devenu plus simple.

Désormais, il y a « un ministère de l’Europe et des Affaires étrangères avec une politique étrangère de la France qui intègre les questions de développement, de diplomatie culturelle, d’aide au développement avec nombre d’organisations qui sont très actives sur le terrain, au quotidien, auprès des populations.

Les conseillers Afrique veillent à ce que la vision du Président et ses engagements se réalisent ». Dans ce nouvel organigramme, la voix du Cpa a un écho plus fort. De quoi ravir celui qui fait du trait d’union sa culture, son identité, mais aussi un mode de vie.

M. DIOP

L'éducation constitue l’un des domaines de coopération les plus dynamiques entre le Sénégal et la France. En plus d'être la première destination des étudiants sénégalais à l'étranger, la France appuie fortement le Sénégal dans la construction et l'équipement des salles de classe.

Ambiance de cocktail à la résidence de l’ambassade de France, un jeudi de novembre 2016. Le ministère français des Affaires étrangères et du Développement international lançait ainsi la plateforme « France Alumni Sénégal ». Initiative numérique multilingue, « France Alumni Sénégal » se voulait comme but de fédérer, d’informer et aiguiller les étudiants internationaux passés par l’enseignement supérieur français. Parmi les invités ce soir-là, quelques membres du gouvernement du Sénégal, des chefs d’entreprise, de haut-fonctionnaires, des médecins, artistes, enseignants-chercheurs avec une particularité. Ils sont tous passés par le système d’enseignement universitaire français.

Première destination des étudiants sénégalais
C’est connu, la France est la première destination des étudiants sénégalais à l’étranger. Aujourd’hui, malgré la concurrence d’autres destinations dans le domaine des études supérieures comme les pays d’Amérique du Nord ou encore ceux asiatiques, la France consolide sa place prépondérante de pays leader dans l’accueil des étudiants sénégalais. D’abord, pour les liens historiques, culturels et linguistiques entre les deux pays. Déjà en 2016, ils étaient plus de 10 000 étudiants sénégalais en France enregistrés par les services de Campus France. Les échanges universitaires sont ainsi l’un des domaines les plus dynamiques de la coopération sénégalo-française. Ce chiffre de 10 000 étudiants sénégalais en France devrait être même doublé dans les années à venir selon les prévisions des autorités de Campus France, qui gère les procédures de mobilité des étudiants étrangers en France. Ainsi, à côté des bourses d’excellence, entre autres, accordées par l’Etat du Sénégal aux élèves et étudiants méritants, d'autres sont partis en France par le biais de divers programmes de bourses. En 2017, les services de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France à Dakar ont accordé une centaine de bourses pour des études et recherches post-doctorales à des doctorants, fonctionnaires, artistes et nouveaux bacheliers. Des bourses issues des programmes comme celui dit « Excellence Eiffel ». Un programme de bourses lancé en 1999 par le ministère européen des Affaires étrangères. D’autres élèves sont partis en France en 2017 dans le cadre du programme de bourses « Excellence-Major » qui sont attribuées sur des critères d’excellence à des bacheliers étrangers issus du réseau des lycées français du monde, afin qu’ils viennent poursuivre des études de haut niveau en France.  

Construction de collèges et lycées
Ce n’est pas seulement dans le domaine universitaire que la coopération entre le Sénégal et la France est dynamique. Au niveau des autres sous-secteurs de l’éducation aussi, la France intervient grandement. Surtout dans la construction de salles de classe. Ainsi, de 2000 à 2015, l’Agence française de développement (Afd), bras technique de la coopération française, a engagé au Sénégal environ 77 millions d’euros, soit un peu plus de 50 milliards de FCfa pour l’éducation et la formation professionnelle. Parmi les réalisations, figurent, entre autres,  plus de 700 salles de classe construites, une centaine réhabilitée, le tout permettant d’accueillir plus de 40 000 élèves, plus de 500 projets d’écoles et d’établissements mis en œuvre. Deux nouveaux projets vont aboutir à la construction de 550 nouvelles salles de classe dans les collèges des banlieues de Dakar et en Casamance (Ziguinchor et Sédhiou) pour recevoir 27 000 élèves environ. La construction de salles de classe, de lycées et collèges s’est faite aussi dans le cadre du Programme d’appui aux initiatives de solidarité pour le développement (Paisd), piloté au niveau de la Direction de la coopération technique à la Présidence de la République.

Plusieurs écoles, lycées et centres de formation professionnelle, surtout dans la région du fleuve, ont pu voir le jour grâce au Paisd. Dans le sous-secteur de la formation professionnelle et de l’enseignement technique, la France vient aussi en appui au Sénégal. Sur demande des fédérations professionnelles sénégalaises, en partenariat avec des fédérations professionnelles françaises, des centres de formation professionnelle ont été construits et équipés. D’autres conventions de financement pour soutenir la formation professionnelle mais aussi l’enseignement supérieur professionnel (mise en place des Instituts supérieurs d’enseignement professionnel de Richard-Toll et de Bignona) sont en attente de signature ou en préparation pour un montant total de 32 millions d’euros (soit 20,8 milliards de FCfa).

Oumar NDIAYE 


Au niveau de la recherche aussi, c’est le même dynamisme qui est affiché dans la coopération entre le Sénégal et la France. En plus de la présence de l’Institut de recherche pour le développement (Ird) au Sénégal, la France est un grand partenaire du Sénégal dans ce domaine.

En atteste la cérémonie de lancement de l’installation du Supercalculateur acquis par le Sénégal grâce au financement de la Banque populaire d’investissement de la France, qui est programmée lors de la visite du président français Emmanuel Macron au Centre de mutualisation et de partage, sis à la Cité du Savoir de Diamniadio, le 2 février prochain.

O. NDIAYE


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