Grands Dossiers (309)

La capitale économique d’Israël est une ville moderne très fréquentée par les touristes du monde entier. Tel Aviv attire par son côté fun et free offrant à chacun l’opportunité de jouir pleinement de sa liberté dans les limites du possible. Aujourd’hui, cette métropole aux nombreuses facettes vit et vibre avec la diversité qui la caractérise.

Vendredi soir à Tel Aviv. La ville si grouillante et si animée a brusquement baissé de tempo. La circulation est fluide dans des rues qui, éclairées par la lumière tamisée du crépuscule, sont plus ou moins désertes. Seuls quelques piétons revenant de la plage trainent sur les trottoirs. Ils hument, en même temps, la brise marine qui berce la ville. C’est le début du shabbat juif qui coïncide avec repos, recueillement et les retrouvailles en famille. Les bus du transport public sont à l’arrêt. Les grandes enseignes ont baissé rideau, les terrasses des restaurants sont désertes.

Dans un célèbre hôtel de la place, les membres d’une famille, vêtus en noir et blanc, récitent quelques psaumes de l’Ancien testament avec une grande ferveur, avant de se restaurer. Tel Aviv plonge brusquement dans une autre ambiance teintée de spiritualité et de recueillement. Même l’aéroport n’est pas épargné, car les compagnies locales sont toutes restées au sol.

Ce brusque changement de décor n’enlève rien au charme de cette ville qui vibre et bourdonne à longueur de journée. Les taxis et autres particuliers circulent toute la nuit. Qu’on soit en bordure de mer ou pas, il est facile de trouver un restaurant où manger en bonne compagnie. Les soirées after-work (ou privées parfois) foisonnent ici aux quatre coins. « Tel Aviv est une ville qui ne dort jamais. A n’importe quelle heure, vous pouvez vous promener et voir les gens dans la rue », avance Richard Benhamou, guide touristique. La ville est aussi le siège des institutions du gouvernement et la capitale économique où se trouvent la plupart des grandes sociétés, la bourse et les hôtels 5 étoiles. C’est pour cela d’ailleurs que la ville bénéficie d’une grande surveillance. Tel Aviv est réputée être une ville sûre. Dans les grandes institutions et autres lieux très fréquentés, il faut montrer patte blanche pour y accéder. Le passage sur les portiques est obligatoire. Et chacun s’y soumet comme si c’était une règle à respecter à la lettre. La police a l’œil partout et guette en permanence les éventuels dangers. Au point que les habitants semblent même oubliés les attaques sanglantes répétitives qu’il y a avait, par moments, dans les arrêts de bus et autres endroits stratégiques. « Aujourd’hui, nous avons maîtrisé tout cela et partout où il y a quelque chose, la police peut être sur les lieux en moins d’une minute », relève Micky Rosenfeld, le porte-parole de la police israélienne.

Sandaga, version israélienne
Avec l’émergence de la classe moyenne et le confort économique dans lequel baignent les Israéliens, Tel Aviv est aussi une ville commerciale avec pas moins de quatre mall et une multitude d’enseignes de luxe sur les grandes avenues. A côté, il y a aussi le marché très fréquenté de Carmel où viennent s’approvisionner bon nombre d’habitants de Tel-Aviv. Ici, on se croirait à Sandaga, le célèbre marché de Dakar, avec des commerçants qui interpellent les acheteurs au milieu des étals allant des épices aux vêtements en passant par les fruits, la charcuterie et les jouets pour enfants. A la différence de Sandaga, ce marché de la capitale économique d’Israël est confiné dans une ruelle. Il est impossible d’y voir des marchands ambulants ou d’irréguliers.


Une fois sorti de ce lieu de commerce, on aperçoit, à nouveau, les bâtiments ultra-modernes de Tel Aviv, conçus dans une architecture rare. Les rues, toujours propres et ordonnées, sont décorées d’une verdure artificielle. « Tout ce que vous voyez ici, est artificiel, car le système de goute à goute nous permet cela», renseigne la diplomate Michal Philosoph. Cette capitale du monde n’en est pas moins une ville de libertés où se croisent quotidiennement juifs orthodoxes, toujours vêtus de noir et musulmans pratiquants, se rendant à la mosquée le vendredi. Le minaret de la grande mosquée Hassan Bek qui se trouve dans la ville arabe de Jaffa est visible partout dans la ville. Le lieu de culte construit, depuis 1916, continue de résister au temps. Elle fait partie des vestiges de la ville. Car Jaffa existe plusieurs siècles avant Tel Aviv. Et l’histoire de cette ville renvoie aux tensions qu’il y a toujours eu entre juifs et arabes. Les problèmes entre ces deux communautés auraient d’ailleurs poussé les juifs à s’installer à l’extrémité de la ville, ce qui est aujourd’hui Tel Aviv.

Le drapeau arc-en-ciel envahit la ville
Malgré les idées reçues, juifs, musulmans et chrétiens peuvent pratiquer librement leur religion dans cette ville cosmopolite, d’après notre guide. En cette première semaine du mois de juin, des personnes venues du monde entier y sont même allés pour célébrer la gay-pride. A la veille de cet évènement, le drapeau arc-en-ciel a inondé la ville. Des artères sont fermées à cause de la manifestation, mais aucune protestation n’a été notée de la part des populations. « Ici, tu peux faire ce que bon te semble, à la seule condition que ta liberté n’empiète pas sur la mienne. Et quand tout le monde se respecte, on vit en harmonie », explique Richard Benhamou. C’est peut-être cet attachement à la liberté des autres qui attire bien des touristes dans la capitale économique israélienne. Car dans la ville, les tours operators ne chôment guère avec des allers-retours incessants entre Tel-Aviv et les autres localités du pays, telles que la Mer morte, la ville sainte de Jérusalem, le lac des Tibériades, Jaffa ou encore Ceasare. Pas moins de 6000 guides effectuent quotidiennement ce travail. L’année dernière, un record a même été battu en termes de fréquentations avec 3,6 millions de touristes enregistrés dans le pays. « Le tourisme est un secteur important en Israël, mais ce n’est pas le plus déterminant de l’économie du pays », nuance Richard Benhamou. Tout de même, si autant de touristes débarquent quotidiennement ici, c’est parce que Tel Aviv est une ville qui attire du monde. Son charme réside dans les commodités qu’elle offre à tout un chacun pour y passer de bons moments. Mais aussi et surtout, du fait que les libertés des uns et des autres sont respectées. Shabbat oblige, la ville s’est à nouveau recroquevillée sur elle-même en attendant le jour d’après.

De notre Envoyé spécial à Tel Aviv, Maguette NDONG

Mur LamentationsJERUSALEM : VILLE DE LA FOI ET DE LA TOLÉRANCE
Tout à l’opposé de Tel Aviv, Jérusalem est une terre sainte où le culte de la foi prédomine sur les autres activités. Nos pérégrinations à l’intérieur de la cité nous ont menés sur différents sites religieux à savoir le Mur des Lamentations, la mosquée Al-Aqsa ainsi qu’au Saint Sépulcre.

Aller en Israël sans faire un détour à Jérusalem aurait donné un goût inachevé à un voyageur. C’est pourquoi l’annonce de la visite de la ville sainte a plongé le groupe de journalistes que nous sommes dans une ambiance féérique. Pour nous tous, cette visite va être une première. Car, la plupart des informations que nous avions jusque-là sur Jérusalem, c’était à partir des médias occidentaux couvrant la visite d’un chef de l’Etat d’une grande puissance ou le passage sur les lieux d’une autorité influente du monde. « C’est un jour d’anniversaire de la guerre des six jours opposant Israël à ses voisins. C’était à ce jour et presque à pareille heure », nous confie notre guide Richard Benhamou. Curieuse coïncidence ! Et l’image qu’on se fait d’une localité est toujours différente dès qu’on y met les pieds pour la première fois. Ce fut le cas en découvrant la ville sainte. Jérusalem est une petite bande de terre mesurant à peine 1 km2. La localité qui tire son nom de « Yeru Salam » (la Ville de la paix) aurait été créée par David il y a 3000 ans. Pour y accéder, il faut emprunter l’une de ses nombreuses portes, dont les plus célèbres sont la Porte de Damas, la Porte de Jaffa et celle de Zion. Celle de Jaffa qui se trouve à la partie jordanienne fait face au Mont des Oliviers, une bande de terre caractérisée par une forte présence chrétienne et avec pas moins de 17 églises et couvents. En passant par-là, l’on peut apercevoir la crête dorée de l’église orthodoxe ainsi que le cimetière juif où est enterré le fils de David.

Mais, la vraie ville de Jérusalem est là, devant nous. Il faut franchir le portail pour pénétrer à l’intérieur. Seulement, il faut avancer à 200 mètres pour faire face à une barrière de sécurité où tous les visiteurs sont soit fouillés, soit passés sur le portique avant de continuer leur chemin. Tout le groupe se prête à l’exercice sans piper mot. Ici, il n’existe guère de passe-droit comme on pourrait le voir ailleurs. Seule la police est maître des lieux. Dans cette ville où chacune des trois religions révélées réclame la paternité, la tension est parfois palpable. Mais en ce beau jour ensoleillé du mois de juin, Jérusalem est calme et chacun vaque à ses occupations. Le premier contact avec la ville se fait avec la communauté juive. Ceux qu’on surnomme ici les juifs ultra-orthodoxes règnent en maîtres dans ce qu’on appelle le kotel (quartier juif).

De notre Envoyé spécial, Maguette NDONG

LES JUIFS EN TERRAIN CONQUIS
Vêtus de noir de la tête au pied, ces fervents pratiquants portent tous le chapeau noir. Les moins dogmatiques se contentent de leur kippa, un bonnet qui symbolise l’humilité envers le Créateur. Ici, les juifs sont en terrain conquis et dictent leur loi aux visiteurs. « Pour ceux qui le souhaitent, ils peuvent aller formuler des prières devant le mur, mais avant, il faut se couvrir la tête d’un bonnet ou d’une casquette. Il y a un panier là-bas où il y a des bonnets, prenez-en », conseille Richard, notre guide. Le mur est devant nous, à une centaine de mètres. On peut apercevoir beaucoup de personnes venues formuler une prière. Face au mur, les yeux fermés, certains entrent même en transe. Les autres, pour la plupart âgés, sont assis sur des chaises en plastique en récitant des psaumes de l’Ancien Testament. Un récital qui s’accompagne d’un léger mouvement du corps en avant et en arrière. Devant cette solennité, personne n’ose élever la voix. Tout de même, certains ne peuvent guère manquer de prendre des selfies ou des photos de groupe.

Après le mur des lamentations, notre périple en Terre sainte se poursuit. On fait cap sur l’esplanade des mosquées. C’est le fief, par excellence, des musulmans de Jérusalem. On ne peut s’empêcher, tout de même, de remarquer la forte présence policière sur la ruelle qui y mène. Pas moins d’une quinzaine de policiers portant tous des talkies-walkies et des menottes autour de la ceinture sont là. « Nous sommes dans les dix derniers jours du mois de ramadan et cette période est toujours redoutée ici. D’où cette présence policière », explique Micky Rosenfield, le porte-parole de la police israélienne. Un bref échange, avec notre guide (musulman cette fois-ci), nous permet de franchir cette barrière.

De notre Envoyé spécial, Maguette NDONG

Al AqsaPÈLERINAGE À AL AQSA
La poignée de musulmans du groupe que nous sommes est enthousiaste de poser le pied dans ce lieu important de l’Islam. Une dernière vérification est nécessaire. Car, ici, on doit s’assurer que vous êtes bel et bien de confession musulmane avant d’accéder à la mosquée Al Aqsa. « Ouf ! », dit Moussa, un confrère malien, après avoir eu l’autorisation du gardien. Il faut monter une quinzaine de marches avant d’apercevoir le dôme doré d’Al Aqsa. C’est une mosquée majestueuse qui domine toute l’esplanade. En ce matin de ramadan, les fidèles viennent faire leurs dévotions. Ahmad, notre guide, nous conseille de le suivre. Une fois le portail franchi, une grande fraîcheur nous envahit. Les filles prennent le côté gauche, les garçons le sens opposé. La séparation entre les hommes et les femmes est de rigueur ici. Sous nos pieds, nous ressentons un bien-être de marcher sur cette moquette de couleur rouge et moelleuse. L’intérieur est un mélange de jouvence, de marbre et d’ornements dorés. Le plancher est retenu par plusieurs grandes poutres. Mais le secret d’Al Aqsa se trouve au centre du lieu de culte où un grand rocher est maintenu intact. « C’est sur ce rochet d’où le prophète Mouhamad (Psl) est monté au ciel », nous confie Ahmad. On ne peut s’empêcher, alors, de faire des prières et d’essayer de vivre intérieurement cette époque si importante dans la religion islamique. Pour toucher ce rocher, il faut descendre dans une sorte de cave qui n’est autre qu’un lieu qu’une mosquée dans Al Aqsa.

Dans le silence et le recueillement absolu, les fidèles prient continuellement. Pour la plupart, cette visite a des allures de pèlerinage car Al Aqsa est la plus importante mosquée de l’Islam après celles de La Mecque et de Médine.

De notre Envoyé spécial, Maguette NDONG

LA CLOCHE SONNE
Mais Jérusalem, c’est aussi le Saint-Sépulcre, le lieu où Jésus Christ a été crucifié avant que son corps ne soit déposé sur sa tombe, selon la version chrétienne. A partir de l’esplanade des mosquées, il faut prendre le chemin inverse et traverser une grande partie du quartier musulman avant d’y accéder. Il faut dire que la séparation entre les quartiers juif, musulman et chrétien tient sur quelques mètres. On peut quitter une localité et rentrer dans une autre, sans s’en rendre compte. C’est aussi l’une des caractéristiques de Jérusalem. Impossible, pour nous, d’effectuer toutes les étapes du Chemin de croix. « Nous allons nous limiter aux cinq dernières étapes qui symbolisent l’après mort de Jésus », rappelle le guide Richard. Une petite porte mène directement à la chapelle de Sainte-Hélène, celle qui a permis de découvrir la tombe de Jésus. Ici, chaque compartiment est géré par une entité chrétienne. Ici, c’est la partie des grecs orthodoxes, là, celle des catholiques ou encore cette autre partie, le coin des coptes. Ces communautés religieuses qui ne s’entendent pas toujours auraient même décidé de confier la clé du Saint-Sépulcre à une famille musulmane de Jérusalem. C’est la famille Nuseibeh. De père en fils, cette tradition continue d’être respectée. Car ici, se trouve la pierre d’onction, là où, selon la tradition, le corps de Jésus avait été déposé après être crucifié. Les fidèles chrétiens se penchent sur cette pierre et formulent des vœux. Sur le mur, on peut apercevoir la fresque de Jésus entouré de ses proches après avoir subi la dure épreuve. A quelques mètres de là, l’on aperçoit un long fil de fidèles qui tentent d’entrer dans la tombe de Jésus. Il faut beaucoup de patience pour accéder à ce lieu saint. Nous n’aurons pas l’occasion de la visiter à cause du timing. La cloche sonne et nous rappelle, en même temps, que le temps qui nous était imparti est épuisé.

Notre pèlerinage en Terre sainte s’achève. Mais on aura compris que Jérusalem est la terre sainte des trois religions révélées qui, malgré les conflits, parviennent toujours à y cohabiter.

De notre Envoyé spécial, Maguette NDONG

GolanPLATEAU DU GOLAN : UN SITE SI STRATÉGIQUE AUX MAINS D’ISRAËL
Le Plateau du Golan est une localité importante au Moyen Orient, qui permet à l’Etat israélien d’avoir le contrôle sur une bonne partie de la zone. A ce titre, l’armée y a déployé de gros moyens pour la surveillance.

Les équipes de démineurs sont encore à pied d’œuvre sur tout le long de la route. Nous sommes tout proches de la frontière israélo-syrienne et le bus qui nous transporte semble effectuer des tours incessants pour atteindre le sommet de ce haut plateau. En jetant le regard en bas, on se rend compte de la haute altitude où nous sommes. Ici, c’est le célèbre plateau du Golan, devenu territoire israélien, à la faveur de la guerre avec la Syrie, en 1967.

Le Golan est à la fois une zone dangereuse et un site stratégique à partir duquel on peut apercevoir les différentes capitales du Moyen Orient à savoir Bagdad (Irak), Damas (Syrie) et Amman (Jordanie). Situé à 1165 m au-dessus du niveau de la mer, cette crête, surplombant les autres localités, est sans cesse surveillée par les soldats israéliens. « L’armée a redoublé ses effectifs en qualité et en quantité en se dotant des moyens électroniques, parachutistes et surtout de renseignement », selon Ilan Shulman, un des nombreux agents de renseignement israélien qui travaillent sur le site.

Si l’Etat israélien accorde une grande importance à ce site, c’est parce qu’il y a une nouvelle recomposition dans la région avec notamment la percée de « l’Islam radical » dans les pays tels que la Syrie, Oman, Irak etc. « Tout cela fait l’affaire de l’Iran qui tente de jouer un rôle hégémonique dans la zone », accuse le soldat israélien. Devant nous, l’on peut d’ailleurs apercevoir une épaisse fumée provenant de la ville syrienne la plus proche. « Cette fumée est une illustration de la tension entre les soldats syriens et les rebelles qui veulent renverser le régime de Bachar Al Asad », dit Ilan Shulman. Face à la dangerosité de la zone, l’Onu a jugé utile d’y installer une force d’interposition et de maintien de la paix. Les soldats onusiens observent les moindres mouvements dans la frontière à l’aide de jumelles et d’un matériel sophistiqué. Quotidiennement, ces casques-bleus font des rapports. Car, Israéliens comme Syriens, n’ont guère le droit de mettre des tanks sur un rayon de 10 km.

En dehors de ces bruits de botte, le Golan est un site très fréquenté par les touristes du monde entier. Chinois, américains, japonais et européens s’y rendent quotidiennement pour essayer de comprendre la géopolitique de la région. Pas moins de 3 millions de touristes fréquentent le site par an. L’attraction, ici, c’est surtout le bunker abandonné de l’armée israélienne où les touristes entrent et sortent et se photographient par groupe. « Malgré le danger, la vie continue. Il y a trois semaines, quand il y a eu une attaque venant de la Syrie, il y avait, sur le site, près de 1000 touristes, mais tout s’est bien passé », renseigne Ilan Shulman. Ainsi va la vie sur le plateau du Golan où il faut, en même temps, côtoyer le danger au quotidien et faire cette grande découverte d’une localité si stratégique du monde. Pour l’heure, Israël tient au Plateau du Golan comme à la prunelle de ses yeux.

De notre Envoyé spécial, Maguette NDONG

Musee YadMUSÉE YAD VASHEM : PAR DEVOIR ET PAR MÉMOIRE
Ici, c’est un tas de chaussures déchiquetées, là, des cuillères, des photos, des pots ou encore des ustensiles de cuisines jetés pêle-mêle. Tous ces objets appartenaient à des juifs d’Europe et du monde entier jetés ou abandonnés par leurs propriétaires victimes de l’Holocauste. Au musée Yad Vashem de Tel-Aviv, les noms des victimes sont à jamais consignés dans ce qui est appelé « La Salle des noms ». D’ailleurs, le nom du musée Yad (qui signifie nom) et Vashem (qui ne périra jamais) a été conçu et réalisé au nom de toutes personnes (hommes, femmes et enfants), victimes de cette violence inouïe contre une communauté chassée, persécutée et confinée dans des ghettos dans bien des pays européens. Entrer dans ce musée, c’est comme revoir le film de ce massacre des millions d’enfants et d’intellectuels juifs. Car, ici, on entend encore la voix des enfants chanter la «Takiva» (l’espoir), l’hymne de l’Etat d’Israël à l’école avant leur persécution, leur traque et le massacre dans les camps de concentrations nazis. On revoit aussi les villages dans lesquels ils vivaient, les activités qu’ils faisaient au quotidien. Avant que l’irréparable ne se produise. C’est-à-dire leur persécution partout en Europe et leur relégation au rang de « race inférieure » et à des « sous-hommes » par Hitler et son régime. S’en suivit une campagne de diabolisation partout et des rafles. Ils sont ensuite mis dans les ghettos avant d’être conduit, pour la plupart d’entre eux, au crématoire. Entre juillet 1942 et août 1943, près de 870 000 juifs ont été exterminés. « Malgré la souffrance, les juifs avaient la mentalité de résister par la créativité et par leur culture », renseigne notre guide. A Yad Vashem, ce ne sont pas uniquement les victimes qui méritent respect et considération. Ceux-là qui ont aidé des familles juives ou en les cachant quelque part sont à jamais reconnus. On les appelle « justes ». Pas moins de 30 000 justes ont été répertoriés.

De notre Envoyé spécial, Maguette NDONG

AU-DELA DE LA PERCEPTION : ISRAËL, UNE AUTRE RÉALITÉ À MONTRER AU MONDE
Boaz BismuthL’Etat hébreu s’est finalement résigné à la mauvaise image qu’il donne au reste du monde. Seulement, les israéliens restent toujours fiers de leur passé et font confiance à l’avenir.

Les Israéliens sont conscients d’une chose, leur pays est mal perçu dans le monde. Et parfois même, très mal vu par les uns et par les autres. Une image accentuée par le conflit avec la Palestine qui milite, pour la plupart du temps, en défaveur de l’Etat hébreu. Seulement, pour Israël cette mauvaise perception varie en fonction des zones où l’on se trouve. Le journaliste et diplomate israélien, Boaz Bismuth, reconnaît certes que son pays ne cesse de trainer ce boulet depuis belle lurette, mais il veut faire la part des choses. « C’est un pays très mal perçu surtout en Europe, pas en Afrique ou en Amérique latine, mais par les Européens. Ce Vieux continent marche très vite en arrière et ce qui me désole, c’est de voir un continent qui va complètement à la déroute, me faire des leçons de morale », explique Boaz Bismuth.

Pour lui, l’Afrique et Israël partagent un passé douloureux, à savoir, l’esclavage et l’Holocauste et ont été colonisés par des puissances européennes. Mais aujourd’hui, les noirs et les juifs ont tous pris leur destin en main et travaillent pour un futur meilleur. « Ici en Israël, vous êtes dans un pays avec certes une magnifique économie, une magnifique technologie, une magnifique agriculture et littérature, mais c’est un pays qui a un magnifique passé et qui compte avoir un magnifique avenir », reconnaît cet ancien ambassadeur d’Israël en Mauritanie.

Le correspondant de l’Agence France presse (Afp) en Israël, Laurent Lorenzo estime également que même si Israël est confronté au conflit israélo-palestinien, il y a encore « d’autres réalités », à savoir dans ce pays. Et ce, dans bien des domaines d’activités. Le directeur de la télévision i24, Frank Melloun, estime, pour sa part, que la création de sa chaîne de télévision était plus pour changer une certaine perception d’Israël et du Moyen-Orient et faire comprendre la réalité du terrain. « On est plus intéressé par cette coexistence entre un arabe et un juif en Israël, la bonne humeur notée parfois et ne pas simplement se focaliser sur les problèmes à savoir le conflit israélo-palestinien qui fait certes partie de la réalité quotidienne ici, mais qui n’est pas la préoccupation première des citoyens israéliens, qu’ils soient juif, arable ou chrétien », signale Frank Melloun.

Pour en revenir au conflit israélo-palestinien, Frank Melloun pointe du doigt les médias qui seraient, en grande partie, responsables de l’exacerbation de ce conflit. « Je reste convaincu que si la majorité des gens pense que la paix n’est pas possible au Proche Orient, par mon expérience personnelle, c’est à 90% à cause des médias. Parce que la perception des choses et souvent l’ignorance, alimente les préjugés et ces préjugés qui établissent que cette paix n’est pas possible », signale le directeur de i24. Quant à Boaz Bismuth, Israël a plusieurs fois montré sa bonne foi dans le règlement de ce conflit. Et selon lui, la résolution de celle-ci viendra d’Israël qui, en 2009 déjà, avait fait part de son ouverture pour la solution à deux Etats. « Sauf que pour atteindre ce but, précise le diplomate, il faut qu’eux-mêmes fassent la paix entre eux. On ne peut pas avoir deux entités palestiniennes divisées une à Gaza et une autre à Ramallah. L’une ne reconnait pas mon Etat et l’autre ne sait même pas gérer son Etat ».

De notre Envoyé spécial, Maguette NDONG

Dans la capitale sénégalaise, le sous-secteur du commerce reste marqué, ces dernières années, par l’implantation effrénée de grandes chaînes étrangères de distribution. Elles pullulent un peu partout à Dakar. Que ce soit dans la banlieue, le centre-ville ou les quartiers résidentiels, ces grandes surfaces commerciales ont fini de faire un maillage de la capitale, exploitant le moindre espace stratégiquement placé. Si les consommateurs trouvent leur compte dans ces centres commerciaux haut de gamme, de leur côté, les commerçants locaux tirent la sonnette d’alarme sur l’avenir de leurs activités.

Un dimanche matin sur l’avenue Bourguiba. A peine 50 mètres de cette route, est installée une succursale de l’une des plus grandes chaînes de distribution. En dépit du dernier jour du week-end, où beaucoup de gens se terrent chez eux pour se reposer, l’endroit reste animé. Le peu d’espace en face des trottoirs fait office de parking dépose-minute pour les clients automobilistes, entraînant de temps en temps de petits embouteillages sur cette avenue. A l’entrée de ce grand magasin, deux jeunes vigiles préposés à la sécurité, biceps bien fournis, regard alerte, veillent aux entrées et sorties des visiteurs. Nafissatou Gaye est cadre dans une banque de la place. Aussitôt après être descendue de son véhicule, nous l’interceptons pour quelques échanges sur son déplacement sur les lieux. Elle n’a que le week-end pour faire tous ses achats hebdomadaires. Mme Gaye est une habituée de cette surface commerciale. « Avec le boulot au quotidien, il m’est souvent difficile de faire le marché chaque jour. Je préfère venir dans ces centres commerciaux pour faire mes approvisionnements pour toute la semaine », confie-t-elle. Ajoutant également que ces espaces offrent plus de convivialité et de sérénité. « Ici, c’est calme et le personnel est accueillant », lance la dame, petit sourire au coin des lèvres, avant d’entrer dans le centre commercial.

Une autre femme, plus jeune, les mains sur le guidon du chariot bien rempli, se dirige vers le taxi qu’elle a loué pour ses courses. Mine joviale, commerce facile, la jeune Rabiatou est propriétaire d’un restaurant dans le quartier de la Zone B à Dakar. Elle était venue faire ses emplettes quotidiennes pour la cuisine du lundi. Son panier est rempli de presque tous les ingrédients qu’on trouve d’habitude au marché : poivron, oignon, moutarde, huile, boîtes de conserves… « Les chaînes de distribution ont l’avantage de vendre presque tous les articles.

Contrairement aux marchés des quartiers où il faut courir à gauche et à droite pour remplir son panier avec une pression et un harcèlement démesurés de certains commerçants », s’indigne-t-elle.

A l’image de ces deux femmes, ils sont nombreux les consommateurs sénégalais qui ont jeté leur dévolu sur ces surfaces commerciales qui ont fini de figurer dans les habitudes de consommation de bon nombre de citoyens. Autre endroit, même décor. Au centre-ville, non loin de l’Hôtel de ville de Dakar, est implanté un grand centre commercial depuis près de deux ans. A l’intérieur, le décor est à couper le souffle au visiteur qui y débarque pour la première fois. Les rayons sont achalandés de tous types de marchandises ; les clients qui semblent pris dans un embarras de choix, se lancent à la recherche de l’article désiré parmi des milliers. Quelques jeunes filles et garçons vêtus de tee-shirt à l’effigie du logo du supermarché orientent les visiteurs ; d’autres employés en charge de la gestion des caisses procèdent aux règlements des acheteurs. Emilie, ménagère d’origine libanaise, accompagnée de son mari, vient souvent faire ses emplettes de denrées alimentaires. Même si elle vient dans ce magasin, cela ne l’empêche pas, de temps en temps, de faire un détour dans les marchés du Plateau tels que Sandiniery, Kermel ou Tilène à la Médina. « Je me suis rendu compte que les prix appliqués dans cette surface commerciale sont moins chers que ceux en cours dans les boutiques de quartiers et magasins de la capitale. L’une des préoccupations d’un client demeure naturellement la baisse du prix des marchandises. C’est cette raison qui justifie ma présence dans cet endroit », indique Emilie.

Le souci de la cherté
Si l’essentiel de ces consommateurs rencontrés évoquent le niveau des prix, la convivialité de l’environnement, la facilité d’accès aux produits pour justifier leur choix sur ces surfaces commerciales, d’autres, par contre, se veulent plus prudents. Hamadine Ba est un jeune gérant de chariot, vendeur de café. Il lui arrive de se rendre dans les supermarchés de la capitale pour faire ses approvisionnements en sucre et autres intrants. Mais, il n’oubliera pas de sitôt cette mésaventure qui lui était arrivée, il y a tout juste un an. « J’avais acheté une quantité importante de café. Mais un jour, ce sont mes clients qui m’ont fait la remarque en me disant que le goût de leur dose a changé. J’ignorais ce qu’il en était exactement parce que je n’avais pas prêté attention à la date de péremption », raconte-t-il. Abondant dans le même sens, la ménagère Oulèye dénonce le fait que certains consommateurs, pour payer moins, préfèrent aller dans les surfaces commerciales. «Que ce soient dans les boutiques, les marchés ou les chaînes de distribution, il y a des brebis galeuses. Certains n’hésitent pas à mettre dans le circuit des produits non propres à la consommation. C’est aux acheteurs d’être vigilants », alerte-t-elle.

Dossier réalisé par Abdou DIAW

Commercants MarcheLES COMMERÇANTS LOCAUX BROIENT DU NOIR
Contrairement à certains clients qui se montrent favorables à l’implantation des surfaces commerciales à Dakar, les commerçants, de leur côté, sont loin de partager cet avis. La multiplication de supermarchés à Dakar, proposant les mêmes produits qu’eux, commence à les inquiéter sérieusement. « Avec le développement de ces surfaces commerciales, les commerçants locaux risquent de mettre la clé sous le paillasson, car ils font face à des concurrents proposant des prix plus compétitifs », avertit Ibrahima Diallo, demi-grossiste établi au marché de la Gueule-Tapée.

Il invite l’Etat à sévir afin de sauver l’activité des autres commerçants. Son voisin Issa Dieng se plaint du mutisme des autorités en charge du commerce et lance une alerte aux consommateurs.

« Nous considérons le silence de l’Etat comme signe de complicité avec ces chaînes de distribution. Pourquoi il ne se prononce pas sur la question alors que les étrangers continuent d’ouvrir de gros magasins sur les artères de Dakar, affectant les activités du petit commerce », déplore le jeune Issa.

D’autres boutiquiers et gérants de magasins ont fait part de leurs préoccupations liées notamment aux pertes de parts de marchés, à la concurrence déloyale, à l’écoulement de leurs stocks dans les délais. Rahma Kane est grossiste spécialisé dans la vente de produits agroalimentaires. Il dispose d’une chaîne de magasins éparpillés dans quelques quartiers de Dakar. Pour ce commerçant, qui a son siège sur l’avenue Bourguiba, il faut protéger les nationaux qui, dit-il, sont, aujourd’hui, bousculés par les étrangers. « Nous travaillons avec des fournisseurs locaux qui nous livrent des produits issus de leurs terroirs. L’Etat devrait plutôt nous accompagner dans cette initiative au lieu de laisser les étrangers envahir le marché interne avec leurs produits importés. Cela ne fait qu’augmenter le déficit commercial du Sénégal en raison de la tyrannie des importations sur les exportations.

A. DIAW

PR BIRAHIM GUÈYE, AGRÉGÉ EN SCIENCES DE GESTION (UGB) : « LE PETIT COMMERCE, SOUS SA FORME ACTUELLE, EST CONCURRENCÉ PAR LES CHAÎNES DE DISTRIBUTION »
Professeur agrégé en sciences de gestion, spécialiste de stratégie d’entreprises et d’entrepreneuriat à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, Birahim Guèye analyse l’évolution des nouvelles formes de distribution au Sénégal avec l’ouverture tous azimuts de grandes surfaces commerciales et leur impact sur les activités des commerçants locaux.

Actuellement, nous assistons à une floraison de surfaces commerciales à Dakar et même dans certaines capitales régionales. Comment vous analysez cette situation ?
Les théories explicatives de l’évolution des formats de distribution suggèrent que les évolutions, dans l’environnement socioéconomique, induisent régulièrement des changements dans le commerce de détail avec de nouveaux concepts plus ou moins sophistiqués, des gammes de produits plus ou moins étroites et des niveaux de prix plus ou moins élevés. L’accroissement de la classe moyenne (même si les chiffres pour étayer cela ne sont pas encore disponibles) mondialisée, exigeante et mobile crée les conditions pour qu’apparaisse, au Sénégal, et principalement à Dakar, une distribution plus moderne avec des superettes, des supermarchés et, peut-être sous peu, des hypermarchés dans des zones comme Diamniadio. Ce qu’il faut retenir, c’est que la forte présence de formats de distribution modernes appelés grande distribution est la conséquence de la mondialisation et de l’accroissement de la classe moyenne.

Qu’est-ce qui pourrait expliquer cette forte ruée de ces sociétés étrangères vers le Sénégal ?
Des entreprises étrangères, dont certaines sont des acteurs importants de la distribution mondiale, à travers des contrats de licence ou de franchise, investissent de plus en plus le marché africain et sénégalais en particulier. C’est la résultante de la saturation de leurs marchés domestiques et de la mondialisation de la distribution afin de bénéficier d’économies d’échelle. L’industrie de la distribution est fortement caractérisée par l’obligation de maîtrise des coûts. Un des leviers pour la maîtrise des coûts, c’est de réaliser des économies d’échelle. En termes simples, il faut accroître la production encore pour réduire au maximum le coût marginal d’une unité produite. Après, il faut trouver à toute cette production des débouchés. C’est la raison pour laquelle les entreprises de distribution, qui exploitent aujourd’hui des marques de distributeur (Mdd) dans le cadre de contrat de sous-traitance et d’externalisation avec de « petits » producteurs, sont obligées d’étendre leur marché partout où une clientèle rentable se trouve. Le marché africain offre un terrain paradisiaque vu le niveau de désorganisation de la distribution, l’étroitesse des gammes de produits commercialisés, le manque de professionnalisme des acteurs (boutiquiers et tabliers de marchés), et les exigences de la classe moyenne dont les attentes sont en décalage avec l’offre du petit commerce traditionnel.

Birahim Gueye ProfLa présence de ces chaînes de distribution ne constitue-t-elle pas une menace pour le petit commerce (les boutiques de quartiers et autres vendeurs) ?
La présence des chaînes de distribution moderne est une menace au petit commerce sous sa forme actuelle. En effet, sous plusieurs aspects, les chaînes de distribution offrent des possibilités et des avantages par rapport au petit commerce. Premièrement, les clients ont l’impression d’avoir des produits plus sains et mieux conservés dans les magasins de la « grande » distribution. A titre d’exemple, le fait que les réfrigérateurs soient systématiquement éteints le soir dans les boutiques de quartier peut amener les consommateurs à aller s’approvisionner dans des espaces où le risque perçu est moins important. Deuxièmement, le fait d’afficher les prix constitue un gain de temps important pour cette nouvelle catégorie de clientèle qui ne peut se permettre de perdre du temps à marchander, même s’il faut reconnaître les bienfaits du marchandage notamment en termes de lien social entre vendeurs et acheteurs. Troisièmement, les horaires d’ouverture, pour une chaîne dont les magasins sont ouverts jusqu’à minuit, constituent une aubaine pour les travailleurs. Autant de raisons, non exhaustives, qui font que les nouveaux formats de distribution sont un danger pour les boutiquiers et autres commerçants de gros ou demi-gros établis dans les marchés comme Castor, Thiaroye, Gueule-Tapée des Parcelles Assainies, entre autres.

A votre avis, ne faudrait-il pas durcir les conditions d’ouverture de ces surfaces commerciales dans la capitale sénégalaise pour éviter une éventuelle anarchie dans ce secteur ?
Dans tous les pays, les conditions d’ouverture des surfaces commerciales sont réglementées. Une batterie de lois encadre, en France, la distribution (lois Royer 1973, loi Sapin 1987, loi Raffarin 1996 ou encore la loi Galland réglementant les relations entre distributeurs et fournisseurs). Les types de formats sont définis selon le niveau d’urbanisation. En zone urbaine, les grands formats sont répartis géographiquement de manière réfléchie pour éviter la cannibalisation des uns par les autres et la disparition du petit commerce de quartier. Les jours et les horaires d’ouverture sont réglementés. Les relations entre les distributeurs et leurs fournisseurs sont clairement définies. Autant de textes pour éviter qu’une catégorie profite de sa position dominante pour écraser une autre. Sans forcément durcir les conditions d’ouverture sans raison valable, le législateur sénégalais devrait s’intéresser à l’organisation du commerce afin de garantir une concurrence saine entre les différents acteurs.

Quelles stratégies devraient adopter les commerçants locaux pour faire face à ces grandes chaînes de distribution ?
Les réponses stratégiques des acteurs du petit commerce face aux grands distributeurs sont essentiellement : proposer des produits du terroir valorisés par la clientèle, accroître le niveau de services apportés aux clients, développer des relations personnalisées avec la clientèle, élever le niveau de qualité et de salubrité de leurs points de vente… Dans le contexte sénégalais, ces réponses ne seront pas faciles à objecter aux grands magasins de la distribution formelle. Il faut souligner les efforts consentis par certains boutiquiers de quartier qui ont amélioré l’ambiance dans leur point de vente et renforcé leur offre. C’est un premier pas. Il faudra rassurer la clientèle sur les conditions d’hygiène et de salubrité dans les boutiques, les rassurer sur la justesse des prix, et tirer des avantages de leur proximité géographique avec la clientèle pour apporter une offre adaptée.

A votre avis, quelle est la part de responsabilité de l’Etat dans la régulation de ce secteur ?
L’Etat doit veiller à une bonne réglementation de la distribution, aider les acteurs nationaux à se professionnaliser, accompagner les producteurs et industriels sénégalais à renforcer leurs relations avec les petits producteurs. L’Etat doit aussi aider à faire émerger de grands acteurs de la distribution au Sénégal en favorisant, par exemple, le développement de réseaux de franchise de distribution portés par des nationaux. Il faudra, cependant, tirer des leçons des expériences de Pridoux et des Easyboutique.

A ce rythme d’implantation, les opérateurs économiques ne sont-ils pas soumis à une concurrence sur leur terrain ?
Comme nous l’avons déjà dit, l’arrivée de grands acteurs mondiaux de la distribution est un défi pour les opérateurs économiques nationaux qui ont à affronter des concurrents bien établis dans le secteur et qui ont en plus l’avantage de l’image et de la réputation. En effet, même sans jamais avoir voyagé en Europe ou aux Etats Unis, les consommateurs sénégalais ont souvent entendu parler de grandes enseignes comme Auchan, Carrefour, Walmart, etc. Cela attise leur curiosité et renforce leur propension à passer à l’acte d’achat dans leurs magasins implantés dans le pays.

A l’image d’autres secteurs comme les hydrocarbures ou la téléphonie mobile, les entreprises de distribution sont aujourd’hui confrontées à une concurrence qui nécessite une attitude différente et le déploiement de capacités nouvelles face à ces concurrents d’un genre nouveau.

Propos recueillis par A. DIAW


MODOU DIOP, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’UNACOIS JAPPO : « NOUS RÉFLÉCHISSONS À UN PLAN D’ACTIONS POUR FAIRE FACE »
Les organisations professionnelles s’inquiètent aussi de l’implantation des supermarchés à Dakar. L'Union nationale des commerçants et industriels du Sénégal (Unacois/ Jappo), dirigée par Idy Thiam, sonne l’alerte quant aux impacts sur leurs activités. « Comme beaucoup de gens, nous avons constaté, ces derniers temps, une prolifération des chaînes de distribution, surtout dans des endroits stratégiques de la capitale sénégalaise. C’est une situation que nous déplorons », réagit Modou Diop, secrétaire général de l’Unacois/Jappo. Depuis l’arrivée « massive » de ces supermarchés, les activités du petit commerce ne cessent de connaître des ralentissements, et les Pme souffrent ; car, justifie-t-il, elles sont concurrencées par les produits vendus dans les surfaces commerciales qui sont moins chers. Du coup cela affecte l’activité industrielle. « Actuellement, l’Unacois est en train de réfléchir à un plan d’actions à adopter pour faire face à cette situation. Nous nous penchons également sur les stratégies à mettre en œuvre pour alerter sur les conséquences néfastes de ces surfaces commerciales sur l’activité économique interne », confie M. Diop.

Analysant les conséquences sur le sous-secteur, le secrétaire général de l’Unacois/Jappo, sur le plan commercial, constate qu’il y a des stocks de marchandises non épuisés, entraînant de la mévente chez certains commerçants. « Nous avons souvent des problèmes avec nos fournisseurs qui nous livrent leurs marchandises, avec les banques partenaires. Si les activités des boutiquiers et autres vendeurs ne marchent pas, ils vont avoir toutes les peines à rembourser leurs prêts », s’inquiète M. Diop. Pour lui, la question est plus sérieuse. Il explique que l’activité des chaînes de distribution affecte tous les maillons de la chaîne. Du fournisseur au détaillant en passant par le grossiste, le demi-grossiste, le commerçant, il faut, avertit-il, s’inquiéter des conséquences sociales et économiques dont des pertes d’emplois en perspective. L’ouverture de ces surfaces commerciales favorise aussi la sortie des devises, parce que la plupart d’entre elles ont leur maison-mère à l’étranger. Ce qui peut avoir des impacts sur la balance des paiements.

Préserver le sous-secteur du commerce
Le secrétaire général de l’Unacois/Jappo invite, par ailleurs, la Commission nationale de la concurrence à sensibiliser l’Etat sur les dangers de cette situation, mais à veiller aussi à ce que les conditions de concurrence soient respectées. Il reconnaît, toutefois, la nécessité, pour les commerçants, d’améliorer leurs services pour mieux répondre aux besoins des populations. A ce titre, il sollicite un appui de l’Etat à travers ses différentes structures d’accompagnement. « Le commerce est jusque-là l’un des rares secteurs contrôlés par les nationaux, contrairement aux banques, aux assurances, aux Btp, qui sont entre les mains des étrangers », fait-il remarquer. Il ajoute qu’aujourd’hui, ils ont, dans leur viseur, le commerce en détail et la distribution qui restent l’un des fleurons pourvoyeur d’emplois au Sénégal.

A. DIAW


OUSMANE MBAYE, DIRECTEUR DU COMMERCE INTÉRIEUR : « LES SURFACES COMMERCIALES, UNE RÉPONSE À UNE DEMANDE NON SATISFAITE »
Le directeur du commerce intérieur, Ousmane Mbaye, dit avoir remarqué, depuis deux ans, une pénétration assez forte d’une nouvelle forme de distribution qui, certes existait, mais n’avait pas atteint ces proportions. « Il y avait casino, Pridoux, Citydia…, mais depuis qu’Auchan s’est installée, elle commence à prendre des parts de marché et à s’étendre jusque même dans les régions», relève M. Mbaye. A son avis, cette implantation effrénée de ces chaînes de distribution dans la capitale sénégalaise dénote une demande qui se manifeste de plus en plus, mais qui peine à être satisfaite par les commerçants locaux. Il soutient qu’il existe une nouvelle offre mieux adaptée aux exigences des consommateurs sénégalais. Le directeur du commerce intérieur souligne également la dimension proximité dans ce mode de distribution. En effet, il explique que ces surfaces étaient, jadis, concentrées en ville, mais aujourd’hui, elles sont implantées un peu partout dans les quartiers de la capitale et près des marchés. Autant d’éléments qui ont contribué au dynamisme de ce secteur. S’agissant des prix, Ousmane Mbaye estime que ces supermarchés sont aussi très compétitifs. Le marché sénégalais se trouve être d’abord un marché de prix avant d’être ensuite un marché de qualité. Cependant, il se dit conscient des conséquences que l’installation de ces supermarchés peut entraîner sur le circuit de distribution classique. D’après lui, pour que ces chaînes de distribution ne perdent pas des parts de marché, elles doivent s’adapter et repenser leur modèle.

A. DIAW

Supermarche RayonsL’AFFAIRE CITYDIA-AUCHAN SUR LA TABLE DE LA COMMISSION DE LA CONCURRENCE
En septembre 2017, il a été annoncé, dans la presse, le rachat des magasins Citydia par les supermarchés Auchan. Une acquisition qui n’a pas manqué de susciter des grincements de dents dans le milieu des affaires. Sur ce point, le directeur du commerce intérieur rassure sur les contours de cette transaction : « Actuellement, la Commission nationale de la concurrence étudie cette affaire. C’est un dossier que nous sommes en train d’étudier, au ministère du Commerce, pour voir s’il n’y a pas de position dominante », révèle M. Mbaye. Sur cette acquisition, Laurent Leclerc, directeur général d’Auchan Sénégal, dans un récent entretien accordé au quotidien national Le Soleil précisait : « il y a quelques mois, nous avons été contactés par les dirigeants de Citydia pour échanger sur la possibilité de reprendre leur réseau de magasins. En effet, leur contrat de franchise arrivait à échéance et ils ne souhaitaient pas poursuivre dans ce métier ». Ainsi, Auchan y a vu une belle opportunité pour accélérer son développement et servir ses clients. M. Leclerc ajoute que durant toutes les négociations, la sauvegarde de l’emploi a été la priorité des deux parties. « A ce jour, nous avons conclu la reprise de trois magasins et sommes en cours de finalisation pour les six autres. Nous espérons pouvoir conclure l’ensemble de l’opération avant la fin du premier trimestre 2018 », indiquait le patron d’Auchan Sénégal dans Le Soleil. Actuellement, on constate une multiplication de cette enseigne. Pour sa part, Amadou Kanouté, directeur exécutif de l’Institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement (Cicodev)/Afrique, dénonce le rachat de certains magasins par d’autres sociétés, faisant allusion à la reprise des magasins Citydia par Auchan. Ce genre d’opérations, explique M. Kanouté, fait perdre aux consommateurs les avantages de la concurrence. « Si Auchan rachète les magasins de Citydia, on risque d’assister à une disparition de la concurrence, du coup, il n’y a aucune baisse de prix sur les produits », selon M. Kanouté. Ajoutant qu’une absence de concurrence dans le marché fait perdre au client des profits.

A. DIAW

NDONGO SYLLA, GROSSISTE AU MARCHÉ CASTOR : « SI AUCUNE MESURE N’EST PRISE, LES BOUTIQUES VONT FERMER »
« Vu le rythme avec lequel se multiplient les grandes chaînes de distribution à Dakar, surtout ces deux dernières années, il y a de quoi s’inquiéter sur l’avenir des activités des commerçants. Je préviens que dans deux ans, si aucune mesure n’est prise par l’Etat pour assainir le secteur, nous allons assister à une série de fermetures de boutiques et autres magasins à Dakar. Nos clients se font de plus en plus rares ; certains commerçants à qui nous fournissions de la marchandise ont disparu de notre réseau. La situation est tout simplement alarmante. L’autre fait qui mérite d’être souligné est que ces chaînes de distribution s’installent partout dans la capitale sénégalaise. Elles ne prennent pas en compte la dimension proximité. En termes clairs, si vous prenez Castor et ses environs, on en dénombre déjà deux magasins Auchan, et un troisième est sur le point d’être ouvert non loin du marché Castor. Ce qui représente de réelles menaces sur nos activités. Certains de nos fidèles clients qui venaient faire leur approvisionnement mensuel ont commencé petit à petit à se faire rares. Et cela peut constituer un manque à gagner pour nous commerçants ».

A. DIAW

LA CLASSE MOYENNE AFRICAINE, UN BASSIN DE CONSOMMATEURS POUR LES GRANDS GROUPES
Fruits et Legumes 2A l’échelle continentale, il est noté une forte ruée des grandes chaînes de distributions vers les pays de l’Afrique subsaharienne en raison de la présence d’un réel potentiel de consommation de la classe moyenne sur le continent. En effet, le développement de cette classe moyenne africaine se traduit par l’émergence d’une nouvelle base de consommateurs. Dans un récent rapport sur la question, la Banque africaine de développement (Bad) décrit les classes moyennes comme des ménages relativement jeunes, éduqués (enseignement supérieur), vivant dans des centres urbains et disposant de métiers stables et bien rémunérés. L’enquête du Boston Consulting group, intitulée « 2013 Africa Consumer Sentiment Survey », démontre que les consommateurs africains sont sélectifs dans leurs achats : ils font passer la qualité avant la quantité et ont une conscience de marque très prononcée, et ce même lorsque leur revenu diminue. Ce changement dans le comportement d’épargne et de consommation des populations africaines et la hausse continue de leur pouvoir d’achat suggèrent une demande potentielle pour de nouveaux biens et produits.

Cfao et Carrefour donnent le ton…
De grands groupes ont commencé à saisir cette opportunité en ouvrant des succursales dans certains pays. En effet, Carrefour et le groupe Cfao ont signé, depuis 2013, un protocole d'accord pour constituer une société commune qui sera détenue à 55 % par Cfao et à 45 % par Carrefour. Celle-ci bénéficiera d’un droit exclusif de distribution lui permettant de développer différents formats de magasins dans huit pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale : le Cameroun, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Ghana, le Nigeria, la République démocratique du Congo et le Sénégal. Carrefour mettra à contribution son expertise de distributeur multi-format et la force de son enseigne. Le groupe Cfao, qui bénéficie, depuis de nombreuses années, d’une forte présence locale en Afrique, apportera une connaissance approfondie de ses marchés et une bonne compréhension des habitudes de consommation. Pour donner forme à cette collaboration, ces deux partenaires ont ouvert, respectivement en décembre 2015 et décembre 2017, des supermarchés dans les localités de Marcory (Abidjan) et de Bonamoussadi (Cameroun) en attendant le lancement d’autres centres dans le reste du continent.

A. DIAW

EVITER D’ABUSER DE LA POSITION DOMINANTE
Interrogé sur les conditions d’ouverture des surfaces commerciales, le directeur du commerce intérieur rappelle que l’exercice d’une activité économique a été libéralisé depuis 1994. Il n’existe pas de textes réglementaires spécifiques régissant l’implantation de ces chaînes de distribution, précise-t-il. Elles sont soumises aux mêmes conditions que les autres commerçants nationaux qui souhaitent s’installer. Il suffit, entre autres, de s’inscrire au registre de commerce et de crédit immobilier (Rccm) et d’avoir un numéro d’identification nationale des entreprises (Ninea). Toutefois, prévient Ousmane Mbaye, s’il y a un acteur économique qui commence à avoir une position dominante dans un segment de marché, le ministère du Commerce veille au respect des normes de la concurrence. Autrement dit, l’autorité veut éviter que ces chaînes de distribution n’abusent pas de leur position dominante au détriment de leur concurrent.

A. DIAW

LA BÉNÉDICTION DES ASSOCIATIONS CONSUMÉRISTES
L’implantation des supermarchés à Dakar semble agréer les associations consuméristes qui se montrent préoccupées par le bien-être des populations. « Nous ne pouvons que saluer l’arrivée de ces magasins qui offrent plus de qualité dans les conditions de conservation de certains produits, comparé aux boutiquiers », se réjouit Momar Ndao, président de l’Association des consommateurs du Sénégal (Ascosen). Toutefois, il dit comprendre les préoccupations de certains commerçants locaux qui s’inquiètent de l’avenir de leurs activités. Il soutient que le petit commerce ne va aucunement disparaître, car justifie-t-il, l’essentiel des consommateurs sénégalais adoptent un mode de consommation journalier ; rares sont ceux qui font l’approvisionnement pour une longue durée. Il rassure, par ailleurs, que l’Ascosen veille au respect des normes de qualité, d’hygiène et de l’application des prix des produits dans les surfaces commerciales.

S’inspirer de l’expérience indienne
Même s’il se réjouit de l’implantation des surfaces commerciales à Dakar, le directeur de Sicodev se demande, toutefois, si le Sénégal profite de cette situation pour favoriser davantage la vente de ses produits locaux. D’après lui, notre pays aurait pu s’inspirer de l’expérience indienne pour une vulgarisation du consommer local. « L’inde exige aux chaînes de distribution qui veulent s’installer dans son pays d’utiliser entre 40 et 50 % des produits locaux dans les rayons. Nous gagnerons à appliquer cette expérience », préconise le directeur de Sicodev Afrique. Dans cette même lancée, il invite l’Etat à mettre en œuvre des mesures de sauvegarde afin de protéger le petit commerce interne.

A. DIAW

Laurent Leclerc AuchanLAURENT LECLERC, DIRECTEUR GÉNÉRAL AUCHAN SÉNÉGAL : « NOUS ENVISAGEONS D’ATTEINDRE 50 MAGASINS À DAKAR ET DANS LES RÉGIONS »
« Pour ce qui est des quatre années à venir, nous envisageons d’atteindre 50 magasins à Dakar et dans les régions », déclarait Laurent Leclerc, directeur général d’Auchan Sénégal, dans une interview accordée au journal Le Soleil. Le groupe compte ainsi ouvrir des magasins dans la banlieue de Dakar et dans les régions (hors station balnéaire de Saly) Thiès, aujourd’hui. « Nous avons près de 1.000 collaborateurs, dont 98 % de Sénégalais avec plus de 10 milliards de FCfa de chiffre d’affaires hors taxe en 2016 réalisés, sur 11 points de vente, aujourd’hui », révèle M. Leclerc. D’après lui, Auchan Retail Sénégal est un investissement de 65 milliards de FCfa en quatre ans. La priorité sera donnée aux produits locaux avec la création de filières sur les fruits et légumes avec des garanties de volumes auprès des exploitants, ajoute M. Leclerc.

A. DIAW

IDRISSA DIABIRA, DIRECTEUR GÉNÉRAL ADEPME : « NOUS TRAVAILLONS SUR DES PISTES D’ACCOMPAGNEMENT COMME LA FRANCHISE LOCALE »
Beaucoup de chaînes de distribution continuent de s'installer à Dakar, qu’est-ce qui explique cette affluence ?
Il faut s’en féliciter. Cela traduit la profonde transformation structurelle de notre économie qui est en cours et qui a été définie et planifiée dans le Plan Sénégal émergent. Elle vise à disposer d’un secteur de la distribution moderne et ainsi à renforcer son caractère stratégique dans l’économie. Ce secteur représente déjà près de 18 % du Pib et un million d’emplois, soit 25 %. L’enjeu est double d’une part, en termes d’emplois nouveaux créés stables et plus rémunérateurs, et d’autre part, en termes d’effets induits avec la redistribution de pouvoir d’achat vers les ménages, l’amélioration de leur accès à des biens de consommation, l’augmentation de ressources fiscales et enfin l’opportunité pour le développement de Pme nationales. L’arrivée de grands acteurs internationaux comme Auchan ou Carrefour, tout comme hier, l’apparition de supermarchés ou d’acteurs indépendants, traduit l’émergence de la distribution moderne au Sénégal. Nous ne devons pas en avoir peur car elle doit se consolider. Il faut saisir les opportunités offertes par ce marché à l’instar de la Thaïlande qui a ainsi généré plus d’un million d’emplois en cinq ans ou l’Afrique du Sud où les supermarchés nationaux ont été les bénéficiaires de l’émergence de la distribution informelle.

Comment faire pour permettre aux opérateurs économiques nationaux, notamment les commerçants, de s'adapter à cette nouvelle donne ?
C’est précisément l’instruction des autorités en particulier de Alioune Sarr, notre ministre de tutelle en charge du Commerce et des Pme. Ces arrivées génèrent de l’inquiétude par rapport aux commerces de proximité. Mais le département est vigilant dans son rôle de régulateur afin d’éviter toute concurrence déloyale notamment sur le risque de rapprochement à l’achat. Nous travaillons aussi sur les pistes d’accompagnement notamment dans la franchise locale ou le développement de coopération interprofessionnelle entre producteurs, grossistes, distributeurs et détaillants. Les opportunités du développement du secteur de la distribution sont, en effet, très importantes dans sa transformation en un secteur moderne. L’opportunité, c’est aussi celle d’investissements pour des chaînes de distributions sénégalaises s’inspirant des expériences du Sénégal ou de l’étranger, comme en Afrique du Sud. Pour ce qui concerne Auchan, le ministre a été très clair. Il a notamment instruit de préparer un contrat de performance pour un partenariat gagnant-gagnant dans l’intérêt des consommateurs et du développement des Pme. Ce contrat est en cours de finalisation pour permettre d’accompagner des Pme sénégalaises dans la fourniture de produits « Made in Sénégal ». Cela permettra de définir des indicateurs de suivi du nombre et du pourcentage de produits locaux dans les rayons ou pour améliorer la durée des contrats des fournisseurs nationaux afin qu’ils investissent, se développent et contribuent à substituer nos produits à ceux d’importation.

Qu’est-ce que l’Adepme compte faire afin d’accompagner les acteurs locaux ?
Outre la préparation de ce cadre de partenariat, nous renforçons nos outils d’accompagnement très prisés des Pme agroalimentaires comme le Fonds à frais partagés. Il s’agit d’un mécanisme qui permet de subventionner l’assistance technique des Pme disposant au moins d’états financiers sur un an ou le partenariat avec les institutions financières et les fonds d’investissements grâce à notre unité de scoring et de labellisation. L’objectif est de leur faciliter l’accès à des services financiers comme non-financiers. C’est dans ce cadre, par exemple, que nous avons lancé, dernièrement, avec le Bureau opérationnel de suivi du Pse (Bos) et une société d’investissement local, M&A Fintech, le Programme national de reverse factoring ou affacturage inversé en français qui est un mécanisme de financement profitable aux fournisseurs des grandes entreprises. Car il leur permet de ne plus souffrir de tension de trésorerie dans l’exécution des projets en étant payé en 72h plutôt qu’en 60 ou 90 jours. Cet apport de l’Adepme permettra de saisir toute l’opportunité de la présence de grandes entreprises, celles économiquement responsables, pour le développement de nos Pme. D’ailleurs, la 2èmeédition de notre Forum de la Pme sénégalaise en novembre se penchera sur ce lien indispensable au développement d’écosystèmes.

Propos recueillis par A. DIAW

Véritable courroie de transmission entre l’autorité administrative et les populations, les chefs de quartier ont fortement marqué la vie sociale de notre pays. Ces acteurs ont, de tout temps, constitué un levier important dans la gestion des conflits et la régulation sociale.

Dans le livre de notre vie sociale, les chefs de quartier ont écrit de belles pages. Ce noble métier a, depuis plusieurs décennies, été exercé par des hommes engagés et respectés qui constituaient le premier maillon de la décentralisation. Les attributions des délégués de quartier étaient nombreuses et leurs responsabilités énormes. Ils veillaient au bien-être des populations, jouaient un rôle important dans l’apaisement du climat social. Ils étaient aussi de véritables auxiliaires de justice et réglaient à l’amiable les conflits de proximité et autres différends de voisinage de tous ordres. Tout comme ils aidaient les autorités administratives dans les opérations de recensement. Le délégué de quartier, l’autorité la plus proche des populations était, en quelque sorte, le père de tout un quartier. « Chaque fois qu’arrivait un nouvel habitant dans le quartier, il allait se présenter au délégué. Ce dernier, à son tour, le présentait aux sages du quartier », explique le vieux Mamadou Dioum, délégué du quartier Gang Gui de Hann (Yarakh) depuis bientôt 20 ans.

Mieux, estime-t-il, le délégué de quartier faisait jadis office de mini-tribunal du quartier. « Lorsqu’un différend éclatait entre deux habitants du quartier, le délégué essayait de trouver une solution à l'amiable pour que l'affaire ne se prolonge pas à la police ou la gendarmerie. Même quand la gendarmerie recevait des plaintes pour une affaire opposant deux habitants d’un même quartier, elle suggérait d’abord aux protagonistes de se rapprocher du délégué. C'est comme ça que nous avions réglé beaucoup de problèmes », se souvient-il. Aux Hlm 5, cette posture du délégué semble toujours d’actualité. Omar Sharif Ndao, journaliste résidant dans ledit quartier, en a vécu l’expérience. «Les Hlm 5 comptent 1113 maisons, c’est pourquoi nous avons deux délégués de quartier. Mais le lien avec le délégué est très fort », dit-il. « Pour une affaire de téléphone portable, j’étais décidé à porter plainte contre un jeune du quartier. Je suis allé voir le délégué de quartier pour qu’il remette la convocation à qui de droit, mais il m’a demandé de lui accorder quelques jours, le temps de tenter de régler l’affaire. Et beaucoup de problèmes de ce genre ont été gérés chez lui. C’est un vrai médiateur », salue-t-il.

Par Oumar FEDIOR

AGE DU DÉLÉGUÉ, COUTEAU À DOUBLE TRANCHANT ?
Pour être nommé délégué de quartier, il faut, entre autres critères, être âgé de 35 ans au moins, être de bonne moralité et physiquement apte à l’exercice de la fonction. C’est ce que dit le Code des collectivités locales de 1996, un code qui ne parle pas d’âge maximal. Mais, à en croire Mamadou Diouf, le délégué de quartier de Médina Gounass, la donne a changé et le texte devrait donc évoluer aussi. « Dans un quartier comme le mien, à l’approche de la rentrée des classes, je suis sollicité de partout pour des problèmes d’état civil relatifs à des enfants non déclarés ou dont les pièces d’état civil ne sont pas enregistrées. Je fais des aller-retour innombrables entre la Mairie et le tribunal. C’est prenant. Je ne pense pas qu’une personne d’un certain âge puisse le faire. Il est temps de rompre avec cette habitude qui consiste à choisir des personnes âgées pour ce poste très stratégique, mais surtout très éprouvant », plaide ce fils d’ancien chef de quartier.

Pape Samba Mbaye, formateur en série technique au Lycée Seydina Limamou Laye de Guédiawaye, partage cet avis. Agé de 38 ans, il a « osé » déposer sa candidature à l’élection du délégué de son quartier. «Je savais que je n’avais aucune chance, mais je voulais lancer un message. Il faut que les gens sachent que les mentalités ont évolué.

A l’époque, le délégué était sollicité pour des histoires de couple, mais aujourd’hui est ce que vous avez vu des couples qui vont voir le délégué pour ce genre d’histoire ? Il n’y en a plus. Aujourd’hui, il doit être le relais entre le quartier et les autorités. C’est lui qui doit s’enquérir des problèmes d’éclairage, d’insalubrité et autres qu’il doit transmettre aux autorités. Et tout cela, on ne peut pas le faire à un certain âge», dit-il.

Mais pour l’Imam Kane de la mosquée de Hann Gang Gui, « un délégué de quartier doit être quelqu’un qui bénéficie d’un certain statut dans le quartier, qui connaît le quartier et ses réalités et jouit du respect de tous ». Cependant, reconnaît-il, certaines missions peuvent être très prenantes pour quelqu’un de très âgé. «Il faudrait donc que des jeunes assez responsables se rapprochent pour non seulement aider dans certaines tâches, mais surtout pour préparer la relève. Parce que quoi qu’on dise, pour la médiation sociale, une personne plus âgée a plus de portée qu’un jeune », relativise-t-il. Pour M. Dieng, urbaniste, « l’âge avancé de la plupart d’entre eux, même s'il constitue un avantage dans la médiation sociale, est un frein au dynamisme, à l’esprit de modernité et d’ouverture au monde extérieur qui doivent caractériser le détenteur d’un tel poste ». A son avis, « l’illettrisme, très répandu parmi ces notables des quartiers, demeure également un obstacle de taille pour remplir correctement toutes les tâches administratives inhérentes à la représentation de quartier, comme défini dans le Code des collectivités locales ».

Pour davantage d'efficacité, estime l’urbaniste, il faudrait procéder à l’éclatement des quartiers, définir une limite d’âge plafond en vue d’exercer la fonction de délégué, le nombre de mandats, le mode de remplacement...

Oumar FEDIOR

CERTIFICATS DE DOMICILE : A CHACUN SES PRIX
Qui n’a jamais eu besoin du Certificat de domicile, ce fameux document délivré par le délégué de quartier attestant de sa domiciliation dans le quartier ? Mais aussi incroyable que cela puisse paraitre, sa délivrance n’est pas régulée. Les prix varient d’un quartier à un autre. A Hann Gang Gui par exemple, il faut débourser 400 FCfa pour avoir ce sésame. «Au départ, c’est le délégué lui-même qui apposait son cachet, faisait un procès-verbal qu’il déposait à la mairie et à la préfecture. Moi, je délivre le certificat de domicile contre 400 FCfa. Avec la recette, je fais beaucoup de social dans le quartier. Parce que c’est moi qui écris et imprime à mes frais. Ce n’est pas la commune. Mais ce document n’est pas administratif, il sert juste à avoir le certificat de résidence que la mairie délivre », explique-t-il. Si à Hann Maristes, il faut débourser 200 FCfa, à Médina Gounass, dans le département de Guédiawaye, le délégué de quartier, Mamadou Diouf, le délivre gratuitement. « C’est une façon pour moi d’apporter mon soutien. J’imprime et j’exige juste une pièce attestant votre domiciliation dans le quartier », dit-il. Aux Hlm 5, le prix du certificat de domicile a même connu une hausse passant de 200 à 300 FCfa.

O. F.

UN ACTEUR DE PLUS EN PLUS DÉMYSTIFIÉ
Delegues QuartiersQue ce soit à Dakar ou dans les autres régions, les délégués de quartiers ont perdu de leur influence et voient d’importantes mutations sociales menacer leur statut.

Avec le temps, mais aussi avec l’avènement des quartiers résidentiels et autres cités privées, le statut du délégué de quartier semble avoir évolué. Aujourd'hui, ces médiateurs passent presque inaperçus dans ces différents quartiers. Pour Mamadou Dieng, urbaniste et conseiller municipal dans la commune de Golf Sud et président de l'Association des résidents de la Cité des enseignants à Guédiawaye, « le constat est que certaines limites exigent une réactualisation de la délégation de quartier sous divers aspects pour la rendre davantage conforme avec les objectifs majeurs de la politique de décentralisation ». Le délégué de quartier, dit-il, n’a plus les coudées franches pour porter convenablement les desiderata de ses administrés dans le quartier.

Selon lui, le poste du délégué reste suspendu à une décision du maire qui peut l’annuler et arrêter du coup la rémunération réservée à la fonction. « C’est pourquoi, faire le distinguo entre le représentant de l’administration communale et le répondant politique du maire est parfois difficile à établir », analyse-t-il.

Pour d’autres, la mission du délégué de quartier est aujourd’hui dévoyée. Abdoulaye Diagne, banquier résidant à Hann Maristes, est de cet avis. « A part délivrer les certificats de domicile, je n'ai jamais vu un quelconque acte posé par le délégué », soutient-il. Comment en est-on arrivé à un stade où le délégué de quartier est devenu presque anonyme dans beaucoup de zones? Du haut de ses 49 bougies, Mamadou Diouf, délégué de quartier de Médina Gounass (ndlr : banlieue de Dakar), et sans doute l'un des plus jeunes délégués de quartier du pays, croit en savoir les raisons. «Les habitudes ont évolué, même dans les quartiers dits populaires. Par le passé, les liens de voisinage étaient très étroits. Tout le monde se connaissait dans le quartier. Ce sont les populations qui allaient vers le délégué de quartier. Maintenant cela a changé, il appartient au délégué d’aller vers les populations », déplore-t-il.

O. F.

INDEMNITÉS DES DÉLÉGUÉS DE QUARTIER ET CHEFS DE VILLAGE : TIMIDES REVALORISATIONS DES INDEMNITÉS
Soucieux de mettre les délégués de quartier et chefs de village dans des conditions correctes d’exercice de leurs missions, le Président Macky Sall avait signé le décret n° 2016-325 du 08 mars 2016 abrogeant et remplaçant le décret n° 2009-359 du 20 avril 2009, modifiant l’article 12 du décret n° 86-761 du 30 juin 1986, relatif à l’organisation des communes en quartiers et fixant le statut des délégués de quartier. «Quel que soit le quartier, le taux unique annuel des indemnités est de 600.000 FCfa, soit 50.000 FCfa par mois. Pour les villes et communes chefs-lieux de région, le taux annuel est de 480.000 FCfa, soit 40.000 FCfa par mois, pour les communes chefs-lieux de département et les communes ayant un budget égal ou supèrieur à 500.000.000 de FCfa, le taux annuel est de 360.000 FCfa, soit 30.000 FCfa par mois et, enfin, pour les autres communes, le taux annuel est de 300.000 FCfa », dit le décret. Et le Président ne compte pas s’en arrêter là. En effet, une commission a été mise en place afin d'uniformiser le paiement des salaires des chefs de village et des délégués de quartier. Pour rappel, dès son arrivée au pouvoir, le chef de l’Etat avait supprimé ces émoluments.

Pour Amadou Sène Niang, spécialiste en gouvernance locale, les délégués de quartier étaient pris en charge par les villes et les communes, mais avec l’Acte 3 de la décentralisation qui a érigé les communes d’arrondissement en communes de plein exercice, la prise en charge des délégués de quartier est maintenant confiée aux communes, «mais ils restent des auxiliaires du maire et des représentants de l’Etat ». Abondant dans le même sens, El Hadji Samba Fall, président des délégués de quartier de Dakar, estime que les «délégués sont les seuls membres de l’administration à ne pas être payés par l’Etat. Il faudrait que l’Etat fasse au moins autant que les communes dans la rémunération », suggère-t-il.

Aujourd’hui, en plus d’une allocation faible, il peut arriver que les délégués tardent à entrer dans leurs fonds. «Il y a même des délégués qui restent en poste pendant 15 ans sans obtenir l’arrêté qui officialise leur nomination. Ils ne perçoivent aucune allocation, alors qu’ils font le même travail ou même plus que les autres délégués », fustige Samba Fall. Installé depuis le mois de janvier 2018, Mamadou Diouf, le délégué de Médina Gounass, n’a toujours pas touché ses indemnités.

Oumar FEDIOR

EL HADJI SAMBA FALL, PRESIDENT DES DELEGUES DE QUARTIER DE DAKAR : « IL Y A EU BEAUCOUP D’ACQUIS DANS NOS REVENDICATIONS »
Samba Fall DelegueEl Hadji Samba Fall, Président des délégués de quartier des 19 communes du département de Dakar et membre du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct), explique ici les rôles assignés aux délégués de quartier, leur statut et les manquements qui empêchent l’exercice correct de leurs fonctions.

Représentant de l’Etat comme le stipule le décret 14 6 761 du 30 juin 1986, le délégué est en même temps l’auxiliaire du maire. Mieux, selon le président des délégués de quartier de Dakar, «il doit même participer au recouvrement des impôts ». « L’article 211 du Code des impôts dit que le délégué de quartier est un collecteur secondaire de l’impôt de minimum fiscal 4e catégorie.

Malheureusement, c’est un article qui n’est pas appliqué. Le texte dit même qu’après le recouvrement, le délégué perçoit un pourcentage de 7 %. Le Président Macky Sall avait promis de le rehausser jusqu’à 15 %, nous attendons toujours. Par contre, les chefs de village ont la possibilité de percevoir ces impôts à travers les collectes qu’ils font. Le chef de village a assez de prérogatives, parce que ceux qui ne paient pas les impôts ne bénéficient pas de semences à la saison des pluies. Ce qui fait qu’ils sont obligés de payer. Par ailleurs, le délégué de quartier a l’obligation de faire des déclarations de naissance ou de décès survenus dans son quartier devant l’officier d’état civil dans les 15 jours qui suivent, en cas de carence des parents, et il est même exposé à une amende. Bref, en plus du certificat de domicile, le délégué a plusieurs missions que les gens ignorent malheureusement », détaille-t-il.

Cependant, El Hadj Samba Fall constate une volonté manifeste du Chef de l’Etat d’améliorer leur situation. Il révèle qu’«en Conseil des ministres du 30 octobre 2017, Macky Sall a demandé à ce qu’on revoit le statut du délégué de quartier. Il a même utilisé le terme d’administrateur de proximité pour parler des délégués de quartier. Il a manifesté une réelle volonté de répondre à nos sollicitations. Il nous a reçus à trois reprises d’ailleurs. Avec lui, il y a eu beaucoup d’acquis. Aujourd’hui par exemple, je représente les délégués dans le Hcct. Un autre est au Cese (Conseil économique, social et environnemental). Donc, ce sont des avancées réelles », salue-t-il.

Par ailleurs, toujours selon M. Fall, le président de la République a demandé « d’œuvrer à ce que les quartiers soient de véritables pôles d’équilibre social et de dialogue intergénérationnel à travers la revalorisation des rôles des délégués de quartier ainsi que des notabilités, religieuses et coutumières dans une gouvernance sociale et locale. En octobre dernier (ndlr : 2017), il y a eu un autre communiqué qui a pris en compte presque toutes nos revendications. Il a demandé l’élaboration d’un statut général des administrateurs de proximité avec les avantages et privilèges y afférent. Il a aussi demandé la mise en place d’un conseil national qui leur sera dédié et il a demandé d’actualiser la liste des délégués de quartier et des chefs de village, de régulariser la situation de ceux qui ne disposent pas d’acte de désignation et d’engager une réflexion sur les allocations au bénéfice des chefs de village. Et ces instructions sont en train d’être prises en compte. Son directeur de cabinet m’a d’ailleurs reçu récemment », confie-t-il.

O. F.

DEVELOPPEMENT LOCAL : LES DÉLÉGUÉS SOUS LA MENACE DES CONSEILS DE QUARTIER ?
Espace de concertation et de mise en cohérence des actions pour le développement du quartier, le Conseil de quartier gagne de plus en plus de galons, notamment grâce à son approche très fédératrice. En effet, il regroupe les associations, les personnes ressources, les autorités municipales et le délégué de quartier autour des enjeux de développement du quartier. Suffisant pour supplanter le délégué de quartier ? «Le Conseil de quartier est une association, il n’est pas reconnu administrativement alors que le délégué de quartier est un représentant de l’Etat et auxiliaire du maire », relativise El Hadji Samba Fall, président des délégués de quartier de Dakar. Selon Magor Guèye, président des Conseils de quartier de Saint-Louis qui regroupe 22 Conseils de quartier, «les conseils font un focus sur le développement socio-économique. Chaque Conseil dispose d’un plan de développement qu’il est libre de dérouler avec ses partenaires. A Saint-Louis, certains quartiers ont des partenariats avec des villes en France », explique-t-il. Composé d’associations de jeunes, de femmes, d’ASC et du délégué de quartier, les Conseils de quartier ne constituent-ils pas une menace pour les délégués ? «L’Article 83 de l’Acte 3 de la décentralisation donne du pouvoir au Conseil de quartier. En effet, même si on parle ici de Comité consultatif, il a les mêmes orientations que le Conseil de quartier et il est reconnu par le ministère de la Décentralisation. Donc, ceux qui avaient déjà installé un Conseil de quartier n’ont qu’un pas à franchir », relativise M. Guèye.

Quoi qu’il en soit, avec les ambitions de développement local, le Conseil de quartier, avec ses objectifs, semble mieux adapté. Selon M. Guèye, le Conseil a pour but de soutenir les initiatives d’autopromotion développées dans le quartier, de contribuer à la réalisation des projets ayant pour cadre le quartier et de veiller à leur articulation avec les orientations communales, de constituer un interlocuteur privilégié pour toute intervention liée à des actions de développement dans le quartier, de relayer l’information et la communication entre l’autorité municipale, les populations et les partenaires au développement ».

O. FEDIOR

PORTRAIT : YAYE DIOR NDIAYE, DÉLÉGUÉE DE QUARTIER AVANT L’HEURE…
Yaye Dior NdiayeJusqu’à un passé encore très récent, il était impensable de voir une femme diriger un quartier. Mais, quand on est doté d’un esprit fédérateur, qu’on est au service exclusif de ses voisins, quand on a grandi dans le mouvement associatif, pour un leader naturel…comme Yaye Dior Ndiaye, devenir délégué de quartier est dans l’ordre normal des choses.

Une maison peuplée de monde, des filles discutant par-ci, des élèves suivant religieusement les consignes du répétiteur par-là, nous sommes à la Médina Rue 41X22 au quartier Gouy Salaan 2, chez Yaye Dior, la première femme déléguée de quartier de Dakar. Téléphone à l’oreille, un foulard pendant sur l’épaule gauche, Yaye Dior se lève difficilement à cause d’une très forte douleur au genou. « Ça fait mal, mais ça va passer », dit-elle pour mettre à l’aise ses visiteurs. C’est cet état d’esprit qui caractérise cette dame aujourd’hui âgé de 65 ans et déléguée de quartier depuis 2004. Mais à regarder l’histoire de plus près, on se rend compte que 2004 n’est que l’année de l’officialisation. Car Yaye Dior a toujours été dans la peau d’un délégué. « En fait, l’ancien délégué Assane Yade qui était là, avait fait de moi son bras droit. J’avais des affinités avec tout le monde, il m’arrivait très souvent de recenser les enfants qui n’avaient pas de pièce d’état civil pour les régulariser. J’ai aussi aidé beaucoup de jeunes à obtenir leur passeport », dit-elle avec beaucoup de modestie.

Cette disponibilité sans faille l’a installée dans le cœur des habitants du quartier. Parlant de Yaye Dior qu’elle a vu naître, Adji Arame Diop aujourd’hui âgée de 95 ans, ne trouve pas les mots. « C’est une battante, une femme de caractère, très serviable, un soutien pour les démunis. Elle a pris en charge la scolarité de beaucoup d’enfants, alors que ses moyens n’étaient pas très élevés », révèle-t-il.

Conscients des qualités humaines de Yaye Dior, les habitants décident eux-mêmes de la porter à la tête du quartier. «Je ne pensais pas que ce serait moi. Quand je suis arrivée le jour de l’élection, il y avait un autre candidat, mais les jeunes avaient déjà porté leur choix sur moi sans même me le dire. Ils ont réussi à convaincre mon adversaire que j’étais le choix du quartier, il a fini par désister », dit-elle.

Un pionnier du mouvement associatif
Si aujourd’hui Yaye Dior fédère facilement les activités du quartier, c’est qu’elle a passé une bonne partie de sa vie dans le mouvement associatif. Ancienne représentante de la Coordination des associations et mouvements associatifs de la communauté urbaine de Dakar (Camcud), cette caissière de formation est l’une des premières à avoir initié le «Set Setal» (ndlr : séances de nettoyage du quartier par ses habitants). Consciente de son statut de représentant de l’Etat et d’auxiliaire de la commune, Yaye Dior ne ménage aucun effort pour améliorer le bien-être dans son quartier. Elle a par exemple fait changer les égouts de son quartier. « Ceux qu’on avait ici dataient de 1947. C’étaient des fibres en ciment, ça ne tenait plus. J’ai réussi à en faire changer quelques-uns, avec le soutien de l’Onas. Et aujourd’hui, il n’y a presque plus d’eaux stagnantes, mais il reste encore quelques tuyaux à changer ».

Et pour donner l’exemple sur le respect des mesures d’hygiène, Yaye Dior a commencé par sa propre maison. Une des membres de sa famille qui a eu la mauvaise idée de verser de l’eau de linge dans la rue a été contrainte par les services d’hygiène alertés par…Yaye Dior, à payer 6000 f d’amende. «C’est une façon de donner l’exemple à tout le monde».

15 jours en prison… à cause du Set Setal
Très attachée aux questions d’assainissement, Yaye Dior organisait régulièrement des opérations de nettoiement. Toutefois, il y a une séance qu’elle n’oubliera pas de sitôt. C’est celle qui lui a fait passer 15 jours en détention. C’est sa sœur cadette Khady Mané Ndiaye qui relate les évènements. «Quand il y avait des blocages avec l’évacuation des eaux, c’est elle qui dirigeait les travaux, amenait les équipes de débouchage. Il lui arrivait de rester dehors jusqu’à 2 heures du matin. Elle s’est même retrouvée en prison à cause d’une opération «Set-Setal» qu’elle avait organisée. En effet, les jeunes avaient barré la route pour faire le travail correctement, mais un taximan a voulu forcer le barrage. Il s’en est suivi un accrochage avec les jeunes. Alors que Yaye Dior n’était même pas sur place, c’est elle que la police est allée cueillir, parce que tout le monde savait que c’est elle qui organisait. Elle y a passé 15 jours. Ce n’est pas pour rien qu’Abdoulaye Makhtar Diop, le Grand Serigne de Dakar l’appelle « Djiguen diou meune goor » (ndlr : une femme plus brave que les hommes)».

Aujourd’hui pour davantage d’efficacité dans son travail, Yaye Dior souhaite que l’accès aux services d’ordre et de secours facilité. Parce que dit-elle, «souvent il y a des incidents, mais nous avons toutes les difficultés pour joindre la Police ou les sapeurs-pompiers », clame-t-elle.

Par Oumar FEDIOR

Saint-Cyr. Cette évocation renvoie à la célèbre académie militaire française qui a formé, pour le Sénégal, plus d’une centaine d’officiers tant en activité qu’à la retraite aujourd’hui. Elle force le respect eu égard aux valeurs qu’elle charrie et qui traversent les promotions et les générations. Des valeurs communes portées et déclinées avec fierté par les anciens pensionnaires qui, avec honneur, ont servi dans les Armées et ont grandement contribué à les façonner dans nombre de pays d’Afrique.

L’établissement est une école militaire d’enseignement supérieur français fondée en 1802 par Napoléon Ier alors premier consul. Le Sénégal a été l’un des premiers pays africains bénéficiaires de la formation dispensée à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr (Esm de Saint-Cyr) plus communément appelée Saint-Cyr. La Saint-cyrienne Sénégal (Scs), elle, est l’association des anciens élèves sénégalais de l’Esm. Elle a été légalement constituée depuis 2002. Ses membres appartiennent ou ont appartenu aux Armées ou à la Gendarmerie. Rencontre avec des membres du nouveau bureau de la Scs issu de l’assemblée générale du 9 mai dernier, ouverts d’esprit et disposés à apporter des éclairages sur différentes questions.

La Saint-Cyrienne Sénégal (Scs) regroupe de nombreux anciens officiers sénégalais qui ont occupé des postes de premier plan dans nos Forces armées. Mais aussi des officiers en activité même si ceux qui conduisent, au quotidien, les destinées de l’Association, sont à la retraite. Le nouveau bureau de la Scs veut se recentrer sur ses objectifs premiers tout en gardant son caractère apolitique. Son président est le général Babacar Gaye, ancien chef d’état-major général des armées (Cemga), ex-commandant de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) et représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en République Centrafricaine. Le président d'honneur est le général Mamadou Mansour Seck, également ancien Cemga et ex-ambassadeur. Le nouveau bureau de la Scs a belle allure et dégage. Il s’est récemment engagé dans des projets de soutien à l’Ecole sénégalaise avec laquelle il veut partager la devise de Saint-Cyr : « Ils s’instruisent pour vaincre ». Le collège d'enseignement moyen (Cem) Martin Luther King, établi à Gibraltar, en est le premier bénéficiaire (voir article ci-dessous). « L’Association, en plus des activités d’entraide, milite pour la promotion de l’excellence. Aussi récompense-t-elle chaque année les majors des promotions de l’Ecole nationale des officiers d’active (Enoa) et de l’Ecole des officiers de la Gendarmerie nationale (Eogn). Dans le cadre de notre volonté de rayonnement, nous organisons chaque année une randonnée pédestre qui, aujourd'hui, en est à sa 11ème édition. Cette randonnée est d’ailleurs très courue par les Sénégalais, notamment dans le milieu des clubs de randonnée en raison de l’action que mène inlassablement le général Mouhamadou Keïta auprès de ces clubs. Nous organisons aussi la fête annuelle des Saint-Cyriens, comme partout dans le monde », explique le général Gaye. Son frère d’armes, le général Mansour Niang, de préciser que leur randonnée rassemble désormais plus de 3.000 personnes.

Contributions discrètes
La Saint-Cyrienne Sénégal développe naturellement des activités intellectuelles et participe à la réflexion stratégique. Dans cette optique, elle a, en partenariat avec l'Asena (Association sénégalaise des anciens élèves et auditeurs de l'Ena de France), co-organisé, en 2016, un dîner-débat qui a porté sur « L’Afrique de l’Ouest face à la montée des crimes transfrontaliers ». Elle a aussi monté un autre dîner-débat, en 2017, toujours en collaboration avec l'Asena, portant sur le thème « La criminalité et le développement ». Le général Talla Niang d’insister sur « cette nécessité de participer au débat public apolitique, en s’appuyant sur les valeurs de Saint-Cyr qui renvoient à un culte de l’excellence et du travail bien fait ». Les productions et échanges entre membres de la Saint-Cyrienne Sénégal s’incrustent bien, selon le général Gaye, dans la « veille et la vigilance que nous devons avoir sur les questions de défense et de sécurité ». Le colonel Mbareck Diop de mettre l’accent sur la nécessaire « synthèse de nos réflexions avec des recommandations mises à la disposition des autorités ». Une synthèse vue et voulue comme une « discrète contribution de spécialistes ».

Dans sa dimension de protection matérielle et morale de la fonction militaire, les anciens de Saint-Cyr mettent en avant l’indéfectible « soutien moral à ceux qui ont la responsabilité de conduire les destinées de l’Armée et de la Gendarmerie ». Le président de la Saint-Cyrienne est catégorique : « Ceux qui sont en activité sont les chefs d’aujourd’hui. Il y a une considération qui leur est due. Ils sont nos partenaires privilégiés ».

Le colonel Djiby Diop aussi de ramener à la surface une réalité très souvent tue : la frustration d’entendre des non-spécialistes parler et s’épancher sur des questions militaires. « Il est souhaitable d'occuper les devants de la scène en raison de notre expertise en ce domaine », déclare-t-il.

Ce dernier sentiment contraste néanmoins avec le caractère inédit de la situation que vivent ces anciens officiers qui étaient en activité dans les années 70, 80 et 90 et qui se murent souvent dans un silence qui ne permet pas aux nouvelles générations de bénéficier de toute leur expérience ou expertise. « Ceux qui sont à la retraite ont le souci de ne pas donner l’impression de vouloir donner des leçons ou de gérer les affaires. Il est évident que la compétence, l’expertise que nous avons acquises peuvent être mieux utilisées pour la société sénégalaise », répond le général Babacar Gaye.

Civisme
« La vocation de notre structure de solidarité à l'école sénégalaise procède du souci de rendre à la Nation ce qu’elle nous a donnés. Nous sommes, pour la plupart, issus de l’école publique.

Nous voulons donc apporter quelque chose en retour à la Nation sénégalaise tout en restant à notre place. C’est pourquoi nos conseils doivent être à la demande, donc désirés. Aussi, les donnons-nous avec le maximum de discrétion », précise le général Talla Niang.

Même son de cloche chez le colonel Mbareck Diop qui, tout en ne voulant pas que l’Association soit sur la place publique, revendique sa « légitimité de parler du civisme et du patriotisme dans tous leurs compartiments ». Des préoccupations au sujet desquelles il reste beaucoup à faire.

Ces Cyrards portent aujourd’hui sur les Forces armées sénégalaises un « regard vigilant de solidarité », selon le général Gaye. Regard empreint d’un « sentiment de fierté ». Fierté d'y avoir servi. Cette fierté est élargie, dans la dynamique de la formation nationale, avec la création d’écoles de formation initiale pour les officiers de la Gendarmerie ou des Armées. « Si nous récompensons les majors de promos à l’Enoa et à l’Eogn, c’est effectivement parce que ces écoles sont les nôtres. La plupart ont beaucoup contribué à la création et à la formation dans ces deux écoles ».

« Ce qui ne nuit en rien la solidarité que nous entretenons avec tous les Saint-Cyriens du monde, fondée sur une histoire commune. Nous avons un pays ouvert au monde », se réjouit l’ancien Cemga.

Par Ibrahima Khaliloullah NDIAYE

CAS DU CAPITAINE DIÈYE
Cpt Mamadou DieyeInterpellé sur ce qu’il est convenu d’appeler le « cas du capitaine Dièye », du nom du jeune officier accusé de désertion, radié de l’Armée et devenu soldat de 2ème classe et également cyrard, ses anciens parlent avec émotion, mais surtout raison. « Nous avons toujours un pincement au cœur à chaque fois qu'une crise, aussi bénigne soit-elle, surgit au sein des Armées. Nous mesurons justement les difficultés du commandement à maîtriser les comportements de chacun des militaires. Mais, pour le cas de ce jeune officier, l’Armée est la mieux outillée pour évaluer les faits et voir les mesures qui s’imposent », suggère le général Babacar Gaye. Pour le général Mansour Niang, il s’agit là d’un « cas d’exception, une première » puisque d'autres sont partis avant lui, dans la discrétion. « C'est l'infime minorité parmi tous ces Saint-Cyriens de valeur qui ont contribué au développement et au prestige de notre Armée, à l'intérieur comme à l'étranger.

Ainsi, le cas du capitaine Dièye, qui veut partir dans de pareilles circonstances, nous étonne à plus d'un titre. Notre Association n’a pas été saisie de la démarche du capitaine. Il est en service dans les Armées et toute démarche doit s’inscrire dans le cadre du règlement et de la discipline. Nous n'avons pas été saisis pour interférer dans cette situation. Le cas échéant, nous verrons quelle contribution apporter au commandement de l’Armée », souligne le général Mansour Niang.

Les FAS connaissent des départs de valeureux officiers vers d’autres cieux et structures vus comme plus cléments. Une situation qui suscite des appréciations bien analysées des membres de la Scs. Pour le président Babacar Gaye, il convient de lire certains phénomènes qui se passent dans l’Armée à l’aune de la « vitesse de croisière » qu’atteint progressivement celle-ci. « Les départs en cours de carrière sont bien connus dans toutes les Armées. Ils sont prévus dans la gestion des personnels, et font parfois même l’objet de mesures incitatives. L’Armée aurait certainement préféré garder les meilleurs et il faut dire qu’il y a d’excellents officiers qui restent dans les rangs. Il y a, néanmoins, dans la gestion du personnel, une proportion des départs au-dessus de laquelle les services seraient en alerte. Je ne pense que ce seuil soit atteint. Ces départs constituent donc un phénomène presque normal », souligne le général Gaye.

Cet « appel d’air pourrait être une bonne chose pour l’Armée sénégalaise car ceux qui partent restent des ambassadeurs de notre armée », avance le général Talla Niang. « C'est un phénomène qui touche tous les pays », ajoute-t-il. Les Nations Unies, point de chute pour de nombreux officiers, sont considérées comme une 2ème patrie. Pour autant, fait remarquer le général Talla Niang, « le personnel part au compte goutte et il n’y a nullement d'hémorragie ».

Le colonel Djiby Diop établit un « parallèle avec le milieu sportif » qui voit de grands sportifs faire carrière sur l’international.

Prenant son propre cas, le colonel Mbareck Diop, ingénieur des Ponts et Chaussées, rappelle avoir quitté l’Armée après 9 ans de grade de colonel. Et de souligner qu’il est possible de servir son pays ailleurs que dans l’Armée. Les bonnes pratiques, d’ailleurs, peuvent être également convoquées comme l’exemple des Etats-Unis où la plupart des officiers ne font pas une longue carrière militaire.

I. K. NDIAYE

FÉMINISATION DE L’ARMÉE
Femmes arméesSur la question de la féminisation des Armées, le général Gaye est d’avis que chacun doit assumer ses responsabilités. « L’Etat, autorité civile et militaire, a fait son devoir en faisant entrer les femmes dans cet univers. L’Armée a très tôt intégré des médecins féminins, mais le recrutement dans les corps de troupe s'est fait tout récemment à la suite de la Police et de la Gendarmerie.

Il s’agit d’un pas en avant qui est dans l’air du temps, au nom de l’égalité des chances. Nous nourrissons beaucoup de confiance envers les femmes qui vont certainement nous permettre de faire beaucoup d’avancées. Il faut donc qu’elles assument elles-mêmes leurs responsabilités par rapport à leurs conditions physiques et disponibilité, tout en sachant que le type de rapport humain dans l’Armée n’est pas toujours convivial. Dans l’Armée, ce sont l’honneur et la sécurité de la Nation qui sont en jeu », analyse le général Gaye.

Le général Mansour Niang pense également qu’il est bien de féminiser. Mais, il avertit sur la nécessité de conjuguer objectivité et sérieux pour dénicher les meilleurs profils dans les recrutements. Il suggère de procéder à l'évaluation du recrutement des femmes dix ans après l’admission de celles-ci.

I. K. NDIAYE

CEM MARTIN LUTHER KING : UN APPUI DE LA SAINT-CYRIENNE À L’EXCELLENCE
Primé lors du dernier défilé du 4 avril, le Cem Martin Luther King doit son choix à la Direction des constructions du ministère de l'Education qui a transmis sur la demande d’une liste de constructions et de rénovations possibles au bureau de l'Association, explique le président Babacar Gaye. Ce choix relève aussi de la qualité des résultats qui font du Cem, ces deux dernières années, le meilleur collège de Dakar. C’est comme si les membres de la Saint-Cyrienne Sénégal avaient voulu récompenser la rigueur et la discipline qui règnent dans l’établissement de 900 élèves.

La discipline dans ce Cem n'est pas à négocier. Les élèves qui s’aventurent à amener des téléphones portables se les voient confisquer jusqu’à la fin de l’année. En outre, il n’y a ni port de greffage ni de mèches. Sous la conduite martiale de Madeleine Diakhaté Kébé, la Principale, et Ansoumana Guèye, le Surveillant général, l’établissement renvoie un air frais avec ses cours ombragées.

Les travaux de réfection, qui vont bon train, renforceront sans aucun doute ce sentiment de havre de paix et pourraient permettre de dépasser son taux de réussite de 70% au brevet.

Dans l’établissement, nous avons trouvé des ouvriers tenus par des délais sur un chantier qui se mène dans la discrétion sans nuire à l’instruction scolaire.

Le projet en cours consiste à « rénover les blocs d'hygiène inutilisables depuis des années, améliorer le confort dans la salle des professeurs, ériger des bancs dans la cour de récréation et procéder à diverses réfections de plomberie et de peinture », selon le général Gaye. Ce projet a pu voir le jour, insiste-t-il, grâce au soutien des partenaires qui accompagnent, chaque année, la Saint Cyrienne Sénégal lors de sa randonnée pédestre. Il exprime surtout une « expression de la foi des membres de l'Association en la jeunesse de notre pays et de leur attachement au renforcement du si précieux lien Armée-Nation ».

« Des travaux supplémentaires ont été demandés par la Principale, et le bureau donnera sûrement son accord », précise le président Gaye. Ils consistent en la modification des chasse d'eaux avec un système plus solide, la peinture de la façade extérieure, un dallage dans la cour, un pédiluve dans la cour des petites où les écoulements d'un robinet de puisage créent une zone humide insalubre. Les membres de la Scs espèrent voir la fin des travaux en juin prochain. La pose des bancs dans la deuxième cour des conduites d'alimentation, les évacuations qui étaient obstruées et causaient une situation désastreuse des blocs d'hygiène, sont déjà terminées. « Nous avons démarré les travaux depuis trois semaines et ils doivent durer 45 jours. Il reste une dizaine de jours, mais l’essentiel du travail est terminé. Le montant global de l’appui s’élève à environ cinq millions. Nous voulons accompagner l’établissement jusqu’à la fin de l’année, notamment en produits d’entretien », révèle le colonel Mbareck Diop.

La Principale de l’établissement ne tarit pas d’éloges pour la Saint-Cyrienne Sénégal. « Cet appui est de taille pour nous. Nous en avions vraiment besoin. Il nous permettra de nous ancrer dans le meilleur et de tenir haut le flambeau. La Saint-Cyrienne récompense l’engagement de professeurs et de tout l’encadrement. Nous procédons ici, tous les lundis, à la levée des couleurs », précise la Principale, Madeleine Diakhaté. Pour elle, le secret des bons résultats de l’établissement s’explique par le « temps de travail consacré aux élèves ». S'y ajoute l'influence du parrain Martin Luther King qui est déjà une source d’émulation, de motivation. « Les filles en classe de troisième viennent suivre des cours gratuitement tous les samedis », assure le surveillant général Ansoumana Guèye.

L’encadrement de l’établissement mesure les efforts consentis pour les travaux. La Principale identifie la bonne tenue des nouvelles réalisations et le suivi de leur entretien comme des priorités.

I. K. NDIAYE

La Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide pour les femmes et les jeunes (Der/Fj), neuf mois après sa création par le Chef de l’Etat qui l’a placée sous son contrôle à la présidence de la République, seulement trois mois après le début de ses activités, et à quelques semaines de la première remise de ses financements, nous amène à tenter d’apporter des réponses aux questions qui se posent relativement à cette institution. La Der, pourquoi, pour qui, quels moyens et quel rayon d’action, quelle destination pour sa dotation de 30 milliards de FCfa ? Quid du processus d’enrôlement, etc. ?

Pourquoi et pour qui
En 2017, après trois années de mise en œuvre du Plan Sénégal émergent (Pse), porteur de son ambition pour le pays, trois années sanctionnées par d’éclatants succès, notamment en ce qui concerne le relèvement de la qualité des infrastructures et de la condition sociale, Macky Sall a fait le constat lucide qui suit. En dépit du fait que le Sénégal, pour la première fois de son histoire, connaît une croissance soutenue depuis 2013, ponctuée en 2017 par un taux de 7,2 %, traduisant les résultats probants du Pse, les questions de l’inclusivité de la croissance et de la distribution de la richesse créée sur l’ensemble du pays restaient des défis à relever.Singulièrement pour les cibles vulnérables que sont les femmes et les jeunes. Deux catégories qui sont de loin les populations les plus affectées par le chômage avec respectivement 32 % des 20 - 24 ans et 33 % des femmes. Il s’y ajoute qu’au regard des résultats du Recensement général des entreprises (Rge) opéré en 2016 par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), la réalité économique du Sénégal témoigne d’un pays composé à 60 % d’entrepreneurs individuels et d’acteurs dans le secteur informel.

Peut-être que l’ancien communiste confronté à ces données, s’est rappelé le fameux questionnement de Lénine : «Que faire ? » Sans doute, Macky Sall s’est dit convaincu que l’entrepreneuriat rapide est donc, face à une telle situation, un excellent moyen d’inclusion de ces femmes et jeunes.

Ainsi est née la Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide pour les femmes et les jeunes (Der/Fj) dont la création est annoncée par le président de la République en réunion du Conseil des ministres, le 13 septembre 2017. Entre la nomination du Délégué général et du Secrétaire général, en octobre et décembre, les recrutements des directeurs et du staff, entre janvier et février, et enfin l’élaboration du manuel des procédures opérationnelles et financières, ce n’est que le 08 mars dernier que la Der a démarré ses activités.

L’institution est créée dans la perspective d’asseoir, de façon durable, un cadre catalyseur pour la réalisation de performances économiques signifiantes et ressenties pleinement par les populations au vu des efforts consentis et actions déployées par l’Etat du Sénégal et ses différents partenaires.

En somme, les missions de la Der peuvent être comprises comme la définition et la mise en œuvre de stratégies de promotion de l’auto-emploi des jeunes et des femmes ; la mobilisation des ressources et le financement de projets de création d’entreprise et d’activités génératrices de revenus ; le renforcement des capacités techniques et managériales des bénéficiaires ainsi que l’encadrement et le suivi-évaluation des projets et activités financés.

Autrement, c’est une structure qui vient en renfort aux autres dispositifs d’appui financier et non financier en charge de l’emploi des jeunes et de l’autonomisation des femmes. Cependant, son créateur, Macky Sall, veille et fait veiller à ce que la Der, par rapport à ces autres structures, adopte une démarche transversale pour éviter les doublons et agir au mieux dans la prise en charge des besoins des entrepreneurs sénégalais.

Moyens et rayon d’action
Logée à la présidence de la République, la Der est dotée de 30 milliards de FCfa pour le financement de projets portés par les femmes sans limite d’âge et les hommes de 18 à 40 ans. Elle est structurée pour être efficace dans ses modalités d’intervention, mais également souple dans ses procédures de fonctionnement et de gestion, afin de répondre aux exigences de célérité et d’efficacité qui ont commandé sa création. La transparence est également une des exigences de cette institution.

Pour que tout le territoire national ressente les actions de la Der, un dispositif est mis en place avec l’administration territoriale comme relais et interlocutrice afin de rendre ses offres et services accessibles dans les 45 départements du pays.

Ainsi, la tournée nationale de vulgarisation de la Der conduite du 25 mars au 16 mai 2018 a été une occasion, pour la Délégation générale, de mettre en avant une approche de proximité et de collaboration étroite avec l’administration territoriale et les services décentralisés de l’Etat en général. Des comités régionaux de développement (Crd), des comités départementaux de développement (Cdd), des rencontres d’information et des visites économiques ont pu être effectuées par les équipes dans l’ensemble des départements du pays. Le but d’une telle activité était d’informer les populations sur les mécanismes mis en place, les voies pour y accéder, les modalités pour financer et accompagner les initiatives d’affaire sur l’ensemble du territoire national.

La tournée a aussi permis d’affiner la stratégie d’intervention suite au recueil des préoccupations des populations et des autorités rencontrées. En effet, elles ont essentiellement porté sur la nature apolitique de l’intervention de la Der, du fait qu’il s’agit de prêts à rembourser et non de dons ou de subventions, de l’importance de la formation et du renforcement des capacités des bénéficiaires ainsi que de l’appui qui devrait leur être octroyé dans l’obtention des documents administratifs.

Yakham C. N. MBAYE

30 MILLIARDS DE FCFA EN QUESTION
Macky Sall tenant à une répartition des ressources de façon à garantir l’équité territoriale, la Der s’est pliée à cette exigence présidentielle. En effet, les 30 milliards de FCfa pour l’année 2018 sont répartis ainsi qu’il suit : 15 milliards de FCfa répartis  par région, département et commune, en fonction de la taille de la population et du nombre d’unités économiques dans chaque zone, en se basant sur le recensement de l’Ansd ; 15 milliards de FCfa sur la base de secteurs d’activités clés de l’économie sénégalaise.
 
La Der travaillant aux côtés de partenaires afin d’identifier, par secteur, des projets structurants pour l’économie et en phase avec les besoins des cibles visées, l’enveloppe de 15 milliards de FCfa allouée, selon l’organisation sectorielle, est pour l’heure affectée comme suit :
 
Deux (02) milliards de FCfa au secteur de la pêche : un (01) milliard de FCfa pour les femmes (mareyeuses, micro-mareyeuses, transformatrices de produits halieutiques et autres actrices), un (01) milliard de FCfa pour les hommes (pêcheurs, mareyeurs, micro-mareyeurs et autres acteurs) ; un (01) milliard de FCfa à l’économie numérique afin d’accompagner l’éclosion d’un écosystème propice aux start-ups et de promouvoir l’émergence de futurs champions, en réponse aux préoccupations notées lors du premier Forum sur le numérique.
 
Egalement un (01) milliard de FCfa à l’élevage pour le renforcement des capacités et l’amélioration du capital animalier ; trois (03) milliards de FCfa à l’artisanat qui regroupe plus de cent vingt (120) corps de métiers au Sénégal ; trois (03) milliards de FCfa dédiés à l’appui à la formalisation et à la bancarisation des bénéficiaires ; un (01) milliard de FCfa pour le tourisme ; un (01) milliard pour l’introduction de 5000 tricycles avec le ministère de l’Emploi, de l’Insertion professionnelle et de l’Intensification de la main-d’œuvre en remplacement des motos « Jakarta » sur l’ensemble du territoire national ; cinq cents (500) millions de FCfa pour l’industrie culturelle ; des actions spécifiques pour l’émancipation des femmes sont lancées dont le partenariat de cinq cents (500) millions de FCfa avec le Women Investment Club (Wic) qui accompagne les femmes entrepreneuses évoluant dans divers secteurs.
 
Y. C. N. MBAYE
 
PROCESSUS D’ENRÔLEMENT
Le processus d’enrôlement à la Der a démarré le 15 mai 2018. Les dossiers sont à déposer dans les guichets départementaux dans les 45 préfectures du Sénégal ou en ligne à travers l’interface numérique www.der.sn.

La Der a, dans un court délai, pu enclencher la réception et l’étude de dossiers pour des secteurs spécifiques où les besoins en financement sont manifestes. C’est le cas du secteur du numérique où, après le premier Forum sur le numérique, les équipes de la Der ont réceptionné plus de cent (100) dossiers de startups sénégalaises cherchant à se faire financer par de la dette ou des prises de participation et ne pouvant pas accéder au secteur bancaire classique. L’étude de ces projets a été faite par la Der qui compte accorder des financements aux projets les plus pertinents d’ici à la mi-juin.Pour le secteur de la pêche, les équipes de la Der effectuent présentement une campagne d’enrôlement sur l’ensemble des quais de pêche et marchés au poisson du Sénégal. L’objectif recherché à travers une telle campagne est d’évaluer les besoins en financement et moyens de travail des mareyeuses, transformatrices et pêcheurs afin de les accompagner, de manière adaptée, et ce, au plus vite, avec l’enveloppe dédiée au secteur de la pêche.

Les lauréats du Programme sénégalais pour l’emploi des jeunes (Pse-J), incubateur suivi par le Bureau d’opérationnalisation et de suivi du Plan Sénégal émergent (Bos/Pse) sont également à l’étude aussi par la Der.

Une telle démarche entre dans la logique de rationalisation et d’harmonisation des mécanismes d’appui et de promotion de l’entrepreneuriat et de l’emploi dans laquelle la Der veut s’inscrire. Des programmes sont en place avec des projets pertinents et structurants, la Der accompagne ces initiatives pour mettre des jeunes et des femmes dynamiques à l’ouvrage. Les visites économiques faites lors de la tournée nationale de vulgarisation de la Der ont été l’occasion de rencontrer des entrepreneurs avec des initiatives porteuses dans les quatorze régions du Sénégal. Au fil des visites, les équipes de la Der ont pris l’engagement d’accompagner financièrement des projets jugés pertinents et créateurs de valeur dans les zones visitées. Ces différents projets à l’étude à la Der seront aussi financés courant juillet.

Y. C. N. MBAYE

AU-DELÀ DU FINANCEMENT…
Pape Amadou Sarr DerLe rôle de la Der va au-delà du financement. Elle cherche un impact aussi bien dans la formalisation de l’économie, la formation et le renforcement des capacités des bénéficiaires que dans leur inclusion financière.
 
L’appui à la formalisation des entrepreneurs, en prenant en charge les différents documents officiels (Registre de commerce, Ninea et autres documents légaux requis des entreprises) contribuera à l’augmentation du nombre d’entreprises formelles dans l’économie nationale.

En effet, le Rge 2016 de l’Ansd renseigne que près de 97 % d’un peu plus des 400.000 unités économiques recensées au Sénégal sont dans le secteur informel. C’est donc un challenge qui se présente à la Der pour mieux inclure les femmes et les jeunes dans l’économie sénégalaise, gage d’un bond conséquent pour la consolidation et la formalisation de l’économie nationale.

La formalisation, c’est aussi l’inclusion financière à travers la bancarisation de tous les bénéficiaires.

Le but est d’ouvrir près de 200.000 comptes dans les institutions financières et dans le mobile banking sur les cinq années à venir et d’assurer un minimum d’éducation financière afin d’inciter les bénéficiaires à l’épargne et à la constitution d’un historique bancaire.

Ceci contribuerait à hisser le Sénégal aux premières places en termes de taux de pénétration des services financiers dans l’espace Uemoa.

La formation et le renforcement des capacités des bénéficiaires sont au cœur de l’intervention de la Der qui compte offrir un encadrement adéquat pour tous les bénéficiaires. Ainsi, un dispositif d’incubation sera mis en place avec des structures partenaires pour former jeunes et femmes à des métiers porteurs répondant aux besoins de l’économie sénégalaise.  Les incubateurs existant dans certains secteurs pourraient être accompagnés dans une logique de synergie. Les bénéficiaires des formations, accompagnement et renforcement de capacités seront ainsi assez outillés pour démarrer leurs activités grâce au financement de la Der.

Y. C. N. MBAYE

LE PARI DE LA STRUCTURATION DES FILIÈRES
La Der compte, dans son action, contribuer à la structuration de chaînes de valeur. La logique poursuivie est celle d’une création d’écosystèmes entrepreneuriaux qui peuvent impulser une création de richesses. Une telle démarche est entamée dans le secteur de l’élevage. Un partenariat est en discussion avec un opérateur laitier sénégalais pour mettre en place, dans le nord du pays, des fermes avec des vaches métissées ayant un bon rendement laitier. Les familles d’éleveurs sont appuyées pour l’acquisition de vaches pour augmenter leur production de lait et organiser un dispositif de collecte avec l’opérateur. Plus d’une centaine de mini-fermes seront mises en place pour la phase de démarrage. Dans le domaine des transports et de la logistique, le remplacement des motos « Jakarta » par des tricycles est prévu avec le ministère de l’Emploi. Des milliers de jeunes conducteurs bénéficieront de nouveaux outils de travail respectant les normes de sécurité et permettant de générer de meilleurs profits.  Les filières mangues et anacardes dans le sud du pays mobiliseront aussi des efforts de la Der. Un mécanisme est élaboré avec des producteurs d’anacardes pour aider à avoir une production meilleure et la rendre accessible sur tous les lieux de consommation. Un schéma similaire sera en place dans la filière rizicole sur l’ensemble des zones de production dans le pays.

Y. C. N. MBAYE

Y. C. N. MBAYE

Les acteurs et les prestataires de santé des régions de Ziguinchor, Kolda et Sédhiou sont souvent confrontés à des ruptures de réactifs. Un manquement auquel les autorités sanitaires doivent trouver des solutions si elles veulent stopper la transmission de cette maladie d’ici à 2030.

La rupture des réactifs dans les régions de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor freine les efforts des acteurs engagés dans la riposte au Vih. Elle est, en effet, à l’origine de nombreux échecs thérapeutiques, a indiqué le Dr Abdoulaye Sagna, chargé de la prise en charge du Vih au district sanitaire de Sédhiou.

A Ziguinchor, le manque de réactifs a des conséquences sur la publication des données du Vih. « Nous avons commencé à prélever des charges virales depuis 2015. Mais, il se pose un problème de rendu des résultats parce que nous avons perdu tous les prélèvements effectués durant cette période », a regretté Jacques François Sambou, assistant social et gestionnaire des données au pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor. « Il fallait tout reprendre à cause de ces difficultés techniques », s’est-il désolé, ajoutant qu’ils avaient « même des problèmes pour conserver des prélèvements à moins de 80 degrés ».

Cette période était difficile, car le personnel traitant a perdu la confiance des patients. « Certaines PvVih ont mis en cause la crédibilité de nos travaux puisque ne pouvant pas rester six mois sans avoir aucune idée sur l’évolution de la maladie, notamment la charge virale. Aujourd’hui, il y a des PvVih qui refusent de faire des prélèvements pour déterminer la charge virale. Elles nous disent qu’elles ont fait l’examen en 2016, alors que jusque-là, elles n’ont pas reçu les résultats. Ce n’est pas la peine de le refaire nous lancent-elles », a raconté Jacques Sambou. Ce dernier a constaté que la rupture des réactifs a fini de créer une incompréhension entre les prestataires et les patients.

Cependant, il y a de l’espoir, vu que la structure hospitalière essaie actuellement de se rattraper. Ainsi, sur les 300 prélèvements effectués en 2017, 42 résultats ont été mis à la disposition des responsables du Pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor.

Les régions de Kolda et Sédhiou ont aussi connu ces moments difficiles. Mais, c’est un vieux souvenir, à en croire Saloum Fall, de la Pharmacie régionale de Kolda. Selon lui, les deux régions n’ont plus connu de ruptures de réactifs et d’Arv (antirétroviraux). A Kolda, les 1727 PvVih mises sous traitement sur les 1807 cas de Vih suivent correctement les prescriptions. Donc, pour le médecin-chef de la région médicale, Yaya Baldé, 90 % des séropositifs sont suivis dans les districts sanitaires de Kolda, Médina Yoro Foula et Vélingara.

Eugène KALY

Le phénomène des hommes bisexuels touche les régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda. Ce qui rend difficile la lutte contre le Sida dans cette partie du pays où le taux de prévalence dépasse la moyenne nationale.

Les populations clés, à savoir les professionnelles de sexe, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les usagers de drogues injectables ou encore les détenus, constituent un vrai obstacle à la lutte contre le Sida au Sénégal. Si le taux de prévalence du Vih dans la population générale est très faible (0,5 %) selon le rapport 2016 de l’Onusida, il reste élevé au niveau des populations clés. Il est de 17,8 % chez les homosexuels ou hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (Msm en anglais), 6,6 % chez les travailleuses du sexe et 9,2 % chez les utilisateurs de drogues injectables. Et la situation est plus préoccupante dans les trois régions du sud du pays. « Ces populations clés rendent la lutte contre le Sida beaucoup plus difficile », a déclaré Nourou Diallo, coordonnateur de l’Alliance nationale des communautés pour la santé (Ancs)-Usaid Néma de Kolda.

La région de Kolda qui peine déjà dans la prise en charge des professionnelles du sexe et des Msm a une nouvelle catégorie de personnes vulnérables : les utilisateurs de drogues injectables. Ce groupe vient s’ajouter à 120 Msm, sans compter le nombre non maîtrisé des travailleuses de sexe. « Nous avons de sérieux problèmes pour ce qui concerne ces populations clés parce que plus de 70 % Msm sont bisexuels. Ils ont des épouses. Pis, ils font des rapports sexuels avec de jeunes élèves, en particulier des lycéens. Les parents doivent redoubler de vigilance dans ce domaine », a averti M. Diallo.

A Sédhiou, le coordonnateur de l’Ancs, Nfally Badji, a dénombré environ 400 Msm. Dans ce groupe vulnérable, l’on trouve beaucoup de jeunes. Aucun chiffre s’agissant de la prostitution, alors que le phénomène existe dans la région. Seulement, elle se fait dans la clandestinité. Ziguinchor compte aussi le même nombre de Msm. « Environ 350 personnes ont des relations bisexuelles », a informé un anonyme.

Par Eugène KALY

Le service pédiatrique de l’hôpital de la paix de Ziguinchor participe à la prise en charge du Vih. Des Arv sont proposés aux enfants infectés dont 10 sur 16 atteints sont il est sous traitement.

Le Dr Assane Dramé, médecin-pédiatre en formation et spécialiste en santé publique de l’hôpital de la Paix de Ziguinchor s’occupe d’une cohorte de 10 enfants souffrants du Vih sur 16. Il a assuré que la prise en charge de cette couche se passe bien dans la région de Ziguinchor. Au service pédiatrique de l’hôpital de la Paix, ladite prise en charge a démarré en 2015.

« Nous sommes à 16 cas dépistés positifs, dont 10 sous traitement, parce que malheureusement, il y a un cas de décès et 5 perdus de vue », a fait savoir le Dr Assane Dramé. Le pédiatre a signalé qu’il n’y a aucune difficulté dans la prise en charge. « Les Arv sont disponibles et accessibles aux enfants. Il n’y a pas de rupture de molécules pédiatriques. Nous suivons les enfants dès l’âge de nourrisson, c’est-à-dire après le dépistage, jusqu’à 14 ans révolus », a-t-il renseigné.

Le service de pédiatrie prend en charge toutes ces tranches d’âge. « Cependant, la séparation est souvent difficile lorsque l’enfant atteint 14 ans. Il refuse souvent de partir dans un autre site où sont pris en charge les personnes adultes », a souligné le Dr Dramé. Les pédiatres veillent aussi sur trois éléments concernant la prise en charge des enfants atteints. Il s’agit du suivi du traitement de cette couche vulnérable, de leur nutrition et de leur état psychologique. « L’une des questions ne peut aller sans l’autre. Quand on prend l’exemple des Arv, nous constatons que ces molécules ont besoin des protéines pour pouvoir atteindre leur cible et faire un effet positif dans l’organisme de l’enfant. Si un enfant malnutri continue de prendre des Arv et ne s’alimente pas bien, cela peut avoir un effet négatif sur sa santé. Nous sommes obligés de veiller sur ces paramètres pour aider l’enfant à avoir une vie saine et surtout à poursuivre ses études sans se préoccuper de sa santé », a soutenu le spécialiste. Il a cependant averti les parents : « Quand un enfant présente une malnutrition aigüe sévère, il doit se faire dépister du Vih. Cette forme de malnutrition est un facteur de risque de Vih ». Dès lors, le Dr Assane Dramé a préconisé de privilégier le « dépistage familial ». Selon lui, ce dernier consiste à dépister les enfants des PvVih. « Il faut allez chez elles en leur proposant de dépister leurs enfants. Si le résultat est positif, l’enfant est pris en charge ; ce qui lui donne des chances de grandir en bonne santé », a-t-il conseillé.

E. KALY

L’effectivité de la décentralisation de la prise en charge du Vih dans la région de Ziguinchor est l’un des points positifs dans la croisade contre le Sida. Des infirmiers chef de poste et des sages-femmes sont chargés de suivre des séropositifs sur place afin de leur éviter des va-et-vient entre la commune et leurs localités.

La décentralisation de la prise en charge du Vih dans les postes de santé est une réalité dans la région médicale de Ziguinchor. En accueillant des membres de l’Association des journalistes en santé, population et développement, Jacques François Sambou, assistant social et gestionnaire des données du Vih au pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor, a révélé que la prise en charge du Vih se fait dans les postes de santé les plus reculés de la région. Des infirmiers chef de poste et des sages-femmes ont ainsi été capacités pour prendre en charge des PvVih. Ces dernières « viennent au pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor juste pour faire le bilan. Elles sont référées aussitôt dans les postes de santé pour leur suivi », a-t-il fait savoir. M. Sambou a indiqué que sur le plan national, les acteurs de la lutte contre le Sida ont beaucoup insisté sur la formation des prestataires. « Ce que nous avons réussi à faire, parce qu’ici, il n’est pas rare de voir un infirmier s’occuper de la prise en charge dans cette zone, quel que soit son enclavement. Cela mérite les encouragements des acteurs locaux, car la région médicale a longuement travaillé dans ce sens. C’est un point positif », s’est-il réjoui. Sur ce, l’assistant social a rendu hommage aux autorités religieuses, administratives et coutumières qui ont participé activement à ce projet de décentralisation de la prise en charge du Vih.

Maïmouna Guèye Tall, conseillère technique du Vih de la région médicale de Ziguinchor, a confirmé l’effectivité de la décentralisation de la prise en charge dans les postes de santé. « Dans toutes les localités de la région où il y a beaucoup de patients, nous décentralisons la prise en charge pour éviter à ces derniers le déplacement », a-t-elle confirmé, soulignant qu’avec le concours de l’Usaid, plus de 36 sages-femmes et infirmiers chefs de poste ont bénéficié de la formation. Seulement, a regretté Mme Tall, ces agents bénéficiaires d’un renforcement de capacités peuvent être affectés au courant de l’année ; ce qui constitue un frein à ce projet de prise en charge.

Mais, elle se dit optimiste parce que si tous les paramètres de prise en charge sont respectés, le Sénégal pourrait, à son avis, stopper la transmission du Vih d’ici à 2030.

A Ziguinchor comme à Kolda, en passant par Sédhiou, les acteurs ne veulent plus voir des PvVih transmettre le virus à leurs partenaires. « Il faut sensibiliser les populations en leur faisant comprendre qu’une personne séropositive peut avoir des rapports sexuels non protégés avec son époux sans risque de contamination, si le protocole de la prise en charge est respectée », a signifié Maïmouna Guèye Tall. Selon elle, il est essentiel de faire comprendre à tous qu’en matière de lutte contre le Sida, il y a un véritable changement. « Le Sida n’est plus synonyme de mort. Il y a un traitement efficace et on peut vivre pendant des années avec la maladie. Il faut que le rideau soit levé et que tout le monde accepte de se faire dépister. Nous ne devons pas avoir peur de cette maladie », a-t-elle rassuré.

Par Eugène KALY

Même si le taux de mortalité lié au Vih est faible, le Sida continue de faire des ravages au Sénégal. A Kolda, 11 personnes sont décédées au cours du 3ème semestre 2017 à cause de cette maladie, a informé Mouhamadou Souané, assistant social du district sanitaire de Kolda chargé des données du Vih. Ces décès sont dus à un dépistage tardif. « Les victimes ne savaient pas qu’elles avaient la maladie pour se faire traiter à temps », a justifié notre interlocuteur. Il a ajouté que, dans la région, beaucoup de gens ont perdu la vie à cause du Sida sans le savoir. D’où l’importance de sensibiliser les populations sur la nécessité de se faire dépister très tôt et de se prendre en charge.

E. KALY

« Il y a plus de prostituées clandestines dans la région que déclarées », a lâché Saloum Fall, de la pharmacie régionale de Kolda. Selon lui, les prostituées clandestines rendent difficiles la lutte contre le Sida. Cette difficulté est confirmée par le coordonnateur de l’Alliance nationale des communautés pour la santé (Ancs)-Usaid Néma de Kolda qui a indiqué que la prostitution se fait maintenant en ligne pour éviter la traque des policiers. « Avec les nouvelles technologies de la communication, les professionnelles du sexe ont changé de méthode de travail. Elles trainaient dans les bars et boites de nuit. Maintenant tout se passe au téléphone ou sur les réseaux sociaux », a-t-il expliqué.

Nourou Diallo a rappelé que la prostitution n’est pas autorisée. Elle est seulement tolérée. C’est pour cette raison que, dans les localités comme Sédhiou et Médina Yoro Foula, ancrées dans la culture et la religion, aucune femme n’ose déclarer publiquement qu’elle est travailleuse du sexe. Ainsi, beaucoup d’entre elles s’adonnent à cette activité sans précaution, au risque de s’exposer au Vih/Sida. La preuve : à Kolda, sur 820 travailleuses de sexe clandestines dépistées l’année dernière, 22 ont été déclarées positives. « Heureusement, nous avons proposé le dépistage à certaines travailleuses du sexe clandestines. Les séropositives sont mises sous traitement antirétroviral. Et dire qu’elles pouvaient continuer à contaminer des gens sans le savoir ! D’où l’intérêt d’insister sur l’importance du dépistage », a soutenu notre interlocuteur.

Eugène KALY

Atteinte du Vih en 2010, Bintou Traoré (nom d’emprunt) vit positivement sa maladie. Même si elle se dévoile auprès de ses pairs, elle cache son secret à sa famille et à son entourage, ne voulant pas que ses enfants et son mari soient stigmatisés.

Au Sénégal, des Personnes vivant avec le Vih (PvVih) se dévoilent de plus en plus au public. Fini donc le temps où les séropositifs se cachaient. Le Sida étant considéré par beaucoup d’experts comme une maladie chronique, il faut vivre positivement avec en respectant les rendez-vous et la prise des Arv. C’est ce qu’ont compris beaucoup de PvVih à l’image de Bintou Traoré.

Originaire de la Guinée et habitant à Sédhiou, la jeune dame a découvert son statut en 2010, lors d’une séance de dépistage. « A l’annonce de la nouvelle, on dirait que le ciel m’était tombé dessus. En quelques minutes, tout était sombre. Mais, il fallait que je me relève, parce que je ne peux pas abandonner à cause de mes enfants. En tant que croyante, j’ai accepté ma maladie », a-t-elle confié.

Mariée et mère de 5 enfants, la jeune femme a répondu aux questions des journalistes, parfois en les taquinant. Ce qui démontre qu’elle mène ses activités sans se soucier de son statut sérologique. Si ses pairs sont informés de sa séropositivité, son entourage ne l’est pas. « C’est à cause de la stigmatisation que je n’ai pas dévoilé mon statut à mon entourage. J’ai gardé le secret pour protéger ma famille. Je ne veux pas que mes enfants soient stigmatisés dans les rues et à l’école », a expliqué, avec le sourire, Bintou. Aujourd’hui, elle mène un plaidoyer auprès des responsables du Conseil national de lutte contre le Sida et des autres partenaires pour qu’ils viennent en aide aux PvVih. « Ces dernières souffrent, parce qu’en dehors de la prise en charge, elles doivent faire face aux charges liées aux examens et bilan concernant leur santé », a-t-elle soutenu.

Eugène KALY

Sédhiou, l’une des régions les plus touchées par la pandémie du Vih/Sida, veut stopper la transmission mère-enfant. Des acteurs, avec l’aide du Conseil national de lutte contre le Sida et des partenaires, ont mis en place plusieurs stratégies pour éviter aux femmes enceintes de mettre au monde des enfants atteints du Vih. D’après la responsable de la Prévention de la transmission du Vih de la mère à l’enfant, Ndèye Khady Diouf Kane, parmi ces stratégies, il y a le dépistage de toutes les femmes enceintes qui se présentent dans une structure de santé, la sensibilisation sur l’importance de la femme séropositive d’être sous traitement, mais surtout le respect des rendez-vous par cette dernière.

Mme Kane a affirmé que beaucoup de femmes en état de grossesse acceptent, aujourd’hui, de se faire dépister sans aviser même le mari. « Cela explique la baisse du taux de transmission du Vih de la mère à l’enfant qui est passé de 4 à 2 % ces dernières années », a-t-elle justifié. La responsable de la Prévention a ainsi tenu à rendre hommage aux acteurs de la lutte contre le Sida, aux collectivités locales et aux femmes enceintes qui se sont mobilisés pour qu’aucun enfant ne naisse avec le Vih. Cependant, des obstacles sont encore notés dans la politique de prévention de la transmission mère-enfant. Des femmes qui habitent des villages éloignés, faute de ressources financières, ne respectent pas souvent leur rendez-vous après le dépistage. « Ce qui aggrave les risques de transmission mère-enfant dans certaines localités de la région », a regretté Mme Kane. A cela s’ajoutent des difficultés liées au réseau de transport qui fait défaut à Sédhiou et environs.

Par Eugène KALY

Au Sénégal, les taux de prévalence du Vih les plus élevés sont enregistrés dans les régions Sud. Pourtant notre pays veut mettre fin à cette épidémie d’ici à 2030. Pour réussir ce pari, des stratégies sont mises en œuvre à Kolda, Sédhiou et Ziguinchor avec un accent particulier sur le dépistage qui permettrait de mettre sous traitement les personnes testées positives et de réduire les risques de transmission du virus.

Malgré la baisse de la prévalence du Vih (0,5% au niveau national), les régions situées au sud du Sénégal (Kolda, Sédhiou, Ziguinchor) restent les points noirs de la lutte contre le Sida. Elles ont des prévalences dépassant largement la moyenne nationale. Selon le rapport 2016 de l’Onusida, Kolda a un taux de prévalence du Vih de 2,4%, Sédhiou 1,7% et Ziguinchor 1%. Pour réduire ces taux, des stratégies, centrées principalement sur le dépistage, sont mises en œuvre dans ces trois régions.

Selon le Dr Abdoulaye Sagna, responsable de la prise en charge du Vih dans le district sanitaire de Sédhiou, le dépistage permet de stopper la transmission. Il a justifié cela par le fait que la personne dépistée très tôt, si elle est positive, est aussitôt mise sous traitement. « En prenant correctement les Arv, une PvVih (Personne vivant avec le Vih) peut avoir une vie normale et des rapports sexuels sans transmettre le virus à son partenaire. D’où l’intérêt de dépister très tôt », a expliqué le Dr Sagna.

Pour inciter les gens au dépistage, le médecin a préconisé des campagnes de sensibilisation pour démontrer aux populations que le Sida est une maladie comme toutes les autres. « On peut vivre avec le virus pendant des dizaines d’années si l’on respecte la prise des médicaments », a soutenu le spécialiste des questions de Vih.

Ibrahima Ismaïla Ndiaye, adjoint au gouverneur de la région de Ziguinchor, chargé des affaires administratives, va plus loin en proposant un dépistage obligatoire. Selon lui, le dépistage est un élément important, car menant vers l’élimination du Sida en 2030.

Les acteurs de la lutte contre le Sida des trois régions peaufinent aussi les stratégies des « trois 90 ». Il s’agit de dépister 90 % des PvVih, de mettre sous traitement 90 % des personnes infectées dépistées et d’arriver à une charge virale indétectable chez 90 % des personnes suivant un traitement. Par rapport à ces objectifs, la région de Ziguinchor est sur la bonne voie.

D’après Jacques François Sambou, assistant social au district sanitaire de Ziguinchor, le premier est même dépassé. Car sur l’objectif assigné par le Conseil national de lutte contre le Sida (Cnls) de dépister 75 personnes par trimestre, « nous, l’avons atteint en 1 mois », s’est-il réjoui, indiquant que la stratégie consistant à dépiter, traiter et retenir les PvVih (Tatarsen) est mise en œuvre dans toutes les structures de santé de Ziguinchor.

Dépister le maximum de personnes
Depistage VihLa région de Kolda s’est aussi inscrite dans cette dynamique en mettant sous traitement antirétroviral 1727 PvVih sur 1807 suivies sur l’étendue de la région.

A Sédhiou, Ndèye Khady Diouf Kane, point focal du programme de Prévention de la transmission du Vih de la mère à l’enfant (Ptme), a reconnu que le taux de séropositivité est encore élevé. « Nous sommes en train de travailler à éliminer le Vih d’ici à 2030 », a-t-elle signifié. Dans ce cadre, des stratégies sont mises en place, parce que les acteurs veulent que le maximum de personnes connaissent leur statut sérologique afin de les mettre sous traitement si elles sont positives. « Nous avons réussi cela pour ce qui concerne la Ptme », s’est félicitée Mme Kane. Elle a révélé qu’à Sédhiou, la Prévention de la transmission du Vih de la mère à l’enfant est passée de 4 à 2 % grâce à la mobilisation des autorités administratives, des collectivités locales et des PvVih. Dans cette région, tout comme dans toutes les localités du pays, toutes les femmes enceintes qui viennent dans les structures de santé sont dépistées.

La décentralisation de la prise en charge au niveau des postes de santé fait aussi ses effets. L’infirmier chef de poste du village d’Adéane, dans l’arrondissement de Niaguis, (département de Ziguinchor), a confirmé cela. Selon lui, beaucoup d’infirmiers de la région de Ziguinchor sont capables de suivre une PvVih. « Cette décentralisation est faite au niveau des postes de santé, par chaque district, en fonction de la cohorte », a précisé Maïmouna Guèye Tall, conseillère technique Vih dans la région médicale de Ziguinchor. Elle a indiqué que la décentralisation de la prise en charge du Vih relève du patient. « S’il y a beaucoup de patients dans une zone, nous formons l’infirmier chef de la localité, pour qu’il les suive dans le but de leur éviter certains déplacements », a expliqué Mme Tall.

Justement, dans ces trois régions, beaucoup de patients déclarés perdus de vue ne viennent pas au rendez-vous, faute de moyens financiers. Dans ce cadre, le Dr Abdoulaye Sagna a souligné que la pauvreté chez les PvVih des régions du Sud reste un point noir dans la lutte contre le Sida.

Par Eugène KALY

PRISE EN CHARGE : LA RUPTURE DES RÉACTIFS, UN OBSTACLE À L’ATTEINTE DES « TROIS 90 »
Antiretroviraux VihLes acteurs et les prestataires de santé des régions de Ziguinchor, Kolda et Sédhiou sont souvent confrontés à des ruptures de réactifs. Un manquement auquel les autorités sanitaires doivent trouver des solutions si elles veulent stopper la transmission de cette maladie d’ici à 2030.

La rupture des réactifs dans les régions de Kolda, Sédhiou et Ziguinchor freine les efforts des acteurs engagés dans la riposte au Vih. Elle est, en effet, à l’origine de nombreux échecs thérapeutiques, a indiqué le Dr Abdoulaye Sagna, chargé de la prise en charge du Vih au district sanitaire de Sédhiou.

A Ziguinchor, le manque de réactifs a des conséquences sur la publication des données du Vih. « Nous avons commencé à prélever des charges virales depuis 2015. Mais, il se pose un problème de rendu des résultats parce que nous avons perdu tous les prélèvements effectués durant cette période », a regretté Jacques François Sambou, assistant social et gestionnaire des données au pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor. « Il fallait tout reprendre à cause de ces difficultés techniques », s’est-il désolé, ajoutant qu’ils avaient « même des problèmes pour conserver des prélèvements à moins de 80 degrés ».

Cette période était difficile, car le personnel traitant a perdu la confiance des patients. « Certaines PvVih ont mis en cause la crédibilité de nos travaux puisque ne pouvant pas rester six mois sans avoir aucune idée sur l’évolution de la maladie, notamment la charge virale. Aujourd’hui, il y a des PvVih qui refusent de faire des prélèvements pour déterminer la charge virale. Elles nous disent qu’elles ont fait l’examen en 2016, alors que jusque-là, elles n’ont pas reçu les résultats. Ce n’est pas la peine de le refaire nous lancent-elles », a raconté Jacques Sambou. Ce dernier a constaté que la rupture des réactifs a fini de créer une incompréhension entre les prestataires et les patients.

Cependant, il y a de l’espoir, vu que la structure hospitalière essaie actuellement de se rattraper. Ainsi, sur les 300 prélèvements effectués en 2017, 42 résultats ont été mis à la disposition des responsables du Pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor.

Les régions de Kolda et Sédhiou ont aussi connu ces moments difficiles. Mais, c’est un vieux souvenir, à en croire Saloum Fall, de la Pharmacie régionale de Kolda. Selon lui, les deux régions n’ont plus connu de ruptures de réactifs et d’Arv (antirétroviraux). A Kolda, les 1727 PvVih mises sous traitement sur les 1807 cas de Vih suivent correctement les prescriptions. Donc, pour le médecin-chef de la région médicale, Yaya Baldé, 90 % des séropositifs sont suivis dans les districts sanitaires de Kolda, Médina Yoro Foula et Vélingara.

Eugène KALY

KOLDA, ZIGUINCHOR ET SEDHIOU : PLUS DE 70% DES HOMMES QUI ONT DES RELATIONS SEXUELLES AVEC LES HOMMES SONT BISEXUELS
Vih TestLe phénomène des hommes bisexuels touche les régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda. Ce qui rend difficile la lutte contre le Sida dans cette partie du pays où le taux de prévalence dépasse la moyenne nationale.

Les populations clés, à savoir les professionnelles de sexe, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les usagers de drogues injectables ou encore les détenus, constituent un vrai obstacle à la lutte contre le Sida au Sénégal. Si le taux de prévalence du Vih dans la population générale est très faible (0,5%) selon le rapport 2016 de l’Onusida, il reste élevé au niveau des populations clés. Il est de 17,8% chez les homosexuels ou hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (Msm en anglais), 6,6% chez les travailleuses du sexe et 9,2% chez les utilisateurs de drogues injectables. Et la situation est plus préoccupante dans les trois régions du sud du pays. « Ces populations clés rendent la lutte contre le Sida beaucoup plus difficile », a déclaré Nourou Diallo, coordonnateur de l’Alliance nationale des communautés pour la santé (Ancs)-Usaid Néma de Kolda.

La région de Kolda qui peine déjà dans la prise en charge des professionnelles du sexe et des Msm a une nouvelle catégorie de personnes vulnérables : les utilisateurs de drogues injectables. Ce groupe vient s’ajouter à 120 Msm, sans compter le nombre non maîtrisé des travailleuses de sexe. « Nous avons de sérieux problèmes pour ce qui concerne ces populations clés parce que plus de 70 % Msm sont bisexuels. Ils ont des épouses. Pis, ils font des rapports sexuels avec de jeunes élèves, en particulier des lycéens. Les parents doivent redoubler de vigilance dans ce domaine », a averti M. Diallo.

A Sédhiou, le coordonnateur de l’Ancs, Nfally Badji, a dénombré environ 400 Msm. Dans ce groupe vulnérable, l’on trouve beaucoup de jeunes. Aucun chiffre s’agissant de la prostitution, alors que le phénomène existe dans la région. Seulement, elle se fait dans la clandestinité. Ziguinchor compte aussi le même nombre de Msm. « Environ 350 personnes ont des relations bisexuelles », a informé un anonyme.

Par Eugène KALY

VIH PEDIATRIQUE : UNE DIZAINE D’ENFANTS SOUS TRAITEMENT À ZIGUINCHOR
Vih PediatriqueLe service pédiatrique de l’hôpital de la paix de Ziguinchor participe à la prise en charge du Vih. Des Arv sont proposés aux enfants infectés dont 10 sur 16 atteints sont il est sous traitement.
Le Dr Assane Dramé, médecin-pédiatre en formation et spécialiste en santé publique de l’hôpital de la Paix de Ziguinchor s’occupe d’une cohorte de 10 enfants souffrants du Vih sur 16. Il a assuré que la prise en charge de cette couche se passe bien dans la région de Ziguinchor. Au service pédiatrique de l’hôpital de la Paix, ladite prise en charge a démarré en 2015.

« Nous sommes à 16 cas dépistés positifs, dont 10 sous traitement, parce que malheureusement, il y a un cas de décès et 5 perdus de vue », a fait savoir le Dr Assane Dramé. Le pédiatre a signalé qu’il n’y a aucune difficulté dans la prise en charge. « Les Arv sont disponibles et accessibles aux enfants. Il n’y a pas de rupture de molécules pédiatriques. Nous suivons les enfants dès l’âge de nourrisson, c’est-à-dire après le dépistage, jusqu’à 14 ans révolus », a-t-il renseigné.

Le service de pédiatrie prend en charge toutes ces tranches d’âge. « Cependant, la séparation est souvent difficile lorsque l’enfant atteint 14 ans. Il refuse souvent de partir dans un autre site où sont pris en charge les personnes adultes », a souligné le Dr Dramé. Les pédiatres veillent aussi sur trois éléments concernant la prise en charge des enfants atteints. Il s’agit du suivi du traitement de cette couche vulnérable, de leur nutrition et de leur état psychologique. « L’une des questions ne peut aller sans l’autre. Quand on prend l’exemple des Arv, nous constatons que ces molécules ont besoin des protéines pour pouvoir atteindre leur cible et faire un effet positif dans l’organisme de l’enfant. Si un enfant malnutri continue de prendre des Arv et ne s’alimente pas bien, cela peut avoir un effet négatif sur sa santé. Nous sommes obligés de veiller sur ces paramètres pour aider l’enfant à avoir une vie saine et surtout à poursuivre ses études sans se préoccuper de sa santé », a soutenu le spécialiste. Il a cependant averti les parents : « Quand un enfant présente une malnutrition aigüe sévère, il doit se faire dépister du Vih. Cette forme de malnutrition est un facteur de risque de Vih ». Dès lors, le Dr Assane Dramé a préconisé de privilégier le « dépistage familial ». Selon lui, ce dernier consiste à dépister les enfants des PvVih. « Il faut allez chez elles en leur proposant de dépister leurs enfants. Si le résultat est positif, l’enfant est pris en charge ; ce qui lui donne des chances de grandir en bonne santé », a-t-il conseillé.

E. KALY

ZIGUINCHOR : LA DÉCENTRALISATION DE LA PRISE EN CHARGE DU VIH, UNE RÉALITÉ
Hopital Regional ZiguinchorL’effectivité de la décentralisation de la prise en charge du Vih dans la région de Ziguinchor est l’un des points positifs dans la croisade contre le Sida. Des infirmiers chef de poste et des sages-femmes sont chargés de suivre des séropositifs sur place afin de leur éviter des va-et-vient entre la commune et leurs localités.

La décentralisation de la prise en charge du Vih dans les postes de santé est une réalité dans la région médicale de Ziguinchor. En accueillant des membres de l’Association des journalistes en santé, population et développement, Jacques François Sambou, assistant social et gestionnaire des données du Vih au pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor, a révélé que la prise en charge du Vih se fait dans les postes de santé les plus reculés de la région. Des infirmiers chef de poste et des sages-femmes ont ainsi été capacités pour prendre en charge des PvVih. Ces dernières « viennent au pavillon de traitement ambulatoire de Ziguinchor juste pour faire le bilan. Elles sont référées aussitôt dans les postes de santé pour leur suivi », a-t-il fait savoir. M. Sambou a indiqué que sur le plan national, les acteurs de la lutte contre le Sida ont beaucoup insisté sur la formation des prestataires. « Ce que nous avons réussi à faire, parce qu’ici, il n’est pas rare de voir un infirmier s’occuper de la prise en charge dans cette zone, quel que soit son enclavement. Cela mérite les encouragements des acteurs locaux, car la région médicale a longuement travaillé dans ce sens. C’est un point positif », s’est-il réjoui. Sur ce, l’assistant social a rendu hommage aux autorités religieuses, administratives et coutumières qui ont participé activement à ce projet de décentralisation de la prise en charge du Vih.

Maïmouna Guèye Tall, conseillère technique du Vih de la région médicale de Ziguinchor, a confirmé l’effectivité de la décentralisation de la prise en charge dans les postes de santé. « Dans toutes les localités de la région où il y a beaucoup de patients, nous décentralisons la prise en charge pour éviter à ces derniers le déplacement », a-t-elle confirmé, soulignant qu’avec le concours de l’Usaid, plus de 36 sages-femmes et infirmiers chefs de poste ont bénéficié de la formation. Seulement, a regretté Mme Tall, ces agents bénéficiaires d’un renforcement de capacités peuvent être affectés au courant de l’année ; ce qui constitue un frein à ce projet de prise en charge.

Mais, elle se dit optimiste parce que si tous les paramètres de prise en charge sont respectés, le Sénégal pourrait, à son avis, stopper la transmission du Vih d’ici à 2030.

A Ziguinchor comme à Kolda, en passant par Sédhiou, les acteurs ne veulent plus voir des PvVih transmettre le virus à leurs partenaires. « Il faut sensibiliser les populations en leur faisant comprendre qu’une personne séropositive peut avoir des rapports sexuels non protégés avec son époux sans risque de contamination, si le protocole de la prise en charge est respectée », a signifié Maïmouna Guèye Tall. Selon elle, il est essentiel de faire comprendre à tous qu’en matière de lutte contre le Sida, il y a un véritable changement. « Le Sida n’est plus synonyme de mort.

Il y a un traitement efficace et on peut vivre pendant des années avec la maladie. Il faut que le rideau soit levé et que tout le monde accepte de se faire dépister. Nous ne devons pas avoir peur de cette maladie », a-t-elle rassuré.

Par Eugène KALY

LE VIH/SIDA A TUÉ 11 PERSONNES À KOLDA EN 2017
Même si le taux de mortalité lié au Vih est faible, le Sida continue de faire des ravages au Sénégal. A Kolda, 11 personnes sont décédées au cours du 3ème semestre 2017 à cause de cette maladie, a informé Mouhamadou Souané, assistant social du district sanitaire de Kolda chargé des données du Vih. Ces décès sont dus à un dépistage tardif. « Les victimes ne savaient pas qu’elles avaient la maladie pour se faire traiter à temps », a justifié notre interlocuteur. Il a ajouté que, dans la région, beaucoup de gens ont perdu la vie à cause du Sida sans le savoir. D’où l’importance de sensibiliser les populations sur la nécessité de se faire dépister très tôt et de se prendre en charge.

E. KALY

KOLDA : 60% DES PROSTITUÉES SONT DANS LA CLANDESTINITÉ
Prostitution« Il y a plus de prostituées clandestines dans la région que déclarées », a lâché Saloum Fall, de la pharmacie régionale de Kolda. Selon lui, les prostituées clandestines rendent difficiles la lutte contre le Sida. Cette difficulté est confirmée par le coordonnateur de l’Alliance nationale des communautés pour la santé (Ancs)-Usaid Néma de Kolda qui a indiqué que la prostitution se fait maintenant en ligne pour éviter la traque des policiers. « Avec les nouvelles technologies de la communication, les professionnelles du sexe ont changé de méthode de travail. Elles trainaient dans les bars et boites de nuit. Maintenant tout se passe au téléphone ou sur les réseaux sociaux », a-t-il expliqué.

Nourou Diallo a rappelé que la prostitution n’est pas autorisée. Elle est seulement tolérée. C’est pour cette raison que, dans les localités comme Sédhiou et Médina Yoro Foula, ancrées dans la culture et la religion, aucune femme n’ose déclarer publiquement qu’elle est travailleuse du sexe. Ainsi, beaucoup d’entre elles s’adonnent à cette activité sans précaution, au risque de s’exposer au Vih/Sida. La preuve : à Kolda, sur 820 travailleuses de sexe clandestines dépistées l’année dernière, 22 ont été déclarées positives. « Heureusement, nous avons proposé le dépistage à certaines travailleuses du sexe clandestines. Les séropositives sont mises sous traitement antirétroviral. Et dire qu’elles pouvaient continuer à contaminer des gens sans le savoir ! D’où l’intérêt d’insister sur l’importance du dépistage », a soutenu notre interlocuteur.

Eugène KALY

BINTOU TRAORE, SEROPOSITIVE : LA CRAINTE DE DÉVOILER SON STATUT SÉROLOGIQUE
Atteinte du Vih en 2010, Bintou Traoré (nom d’emprunt) vit positivement sa maladie. Même si elle se dévoile auprès de ses pairs, elle cache son secret à sa famille et à son entourage, ne voulant pas que ses enfants et son mari soient stigmatisés.

Au Sénégal, des Personnes vivant avec le Vih (PvVih) se dévoilent de plus en plus au public. Fini donc le temps où les séropositifs se cachaient. Le Sida étant considéré par beaucoup d’experts comme une maladie chronique, il faut vivre positivement avec en respectant les rendez-vous et la prise des Arv. C’est ce qu’ont compris beaucoup de PvVih à l’image de Bintou Traoré.

Vih Ruban MainsOriginaire de la Guinée et habitant à Sédhiou, la jeune dame a découvert son statut en 2010, lors d’une séance de dépistage. « A l’annonce de la nouvelle, on dirait que le ciel m’était tombé dessus. En quelques minutes, tout était sombre. Mais, il fallait que je me relève, parce que je ne peux pas abandonner à cause de mes enfants. En tant que croyante, j’ai accepté ma maladie », a-t-elle confié.

Mariée et mère de 5 enfants, la jeune femme a répondu aux questions des journalistes, parfois en les taquinant. Ce qui démontre qu’elle mène ses activités sans se soucier de son statut sérologique. Si ses pairs sont informés de sa séropositivité, son entourage ne l’est pas. « C’est à cause de la stigmatisation que je n’ai pas dévoilé mon statut à mon entourage. J’ai gardé le secret pour protéger ma famille. Je ne veux pas que mes enfants soient stigmatisés dans les rues et à l’école », a expliqué, avec le sourire, Bintou. Aujourd’hui, elle mène un plaidoyer auprès des responsables du Conseil national de lutte contre le Sida et des autres partenaires pour qu’ils viennent en aide aux PvVih. « Ces dernières souffrent, parce qu’en dehors de la prise en charge, elles doivent faire face aux charges liées aux examens et bilan concernant leur santé », a-t-elle soutenu.

Eugène KALY

SEDHIOU : BAISSE DU TAUX DE TRANSMISSION DU VIH DE LA MÈRE À L’ENFANT
Sédhiou, l’une des régions les plus touchées par la pandémie du Vih/Sida, veut stopper la transmission mère-enfant. Des acteurs, avec l’aide du Conseil national de lutte contre le Sida et des partenaires, ont mis en place plusieurs stratégies pour éviter aux femmes enceintes de mettre au monde des enfants atteints du Vih. D’après la responsable de la Prévention de la transmission du Vih de la mère à l’enfant, Ndèye Khady Diouf Kane, parmi ces stratégies, il y a le dépistage de toutes les femmes enceintes qui se présentent dans une structure de santé, la sensibilisation sur l’importance de la femme séropositive d’être sous traitement, mais surtout le respect des rendez-vous par cette dernière.

Mme Kane a affirmé que beaucoup de femmes en état de grossesse acceptent, aujourd’hui, de se faire dépister sans aviser même le mari. « Cela explique la baisse du taux de transmission du Vih de la mère à l’enfant qui est passé de 4 à 2 % ces dernières années », a-t-elle justifié. La responsable de la Prévention a ainsi tenu à rendre hommage aux acteurs de la lutte contre le Sida, aux collectivités locales et aux femmes enceintes qui se sont mobilisés pour qu’aucun enfant ne naisse avec le Vih. Cependant, des obstacles sont encore notés dans la politique de prévention de la transmission mère-enfant. Des femmes qui habitent des villages éloignés, faute de ressources financières, ne respectent pas souvent leur rendez-vous après le dépistage. « Ce qui aggrave les risques de transmission mère-enfant dans certaines localités de la région », a regretté Mme Kane. A cela s’ajoutent des difficultés liées au réseau de transport qui fait défaut à Sédhiou et environs.

Par Eugène KALY

Je reviens du Rwanda. Je m’y étais rendu du 6 au 10 avril, pour prendre part aux cérémonies marquant les commémorations du génocide perpétré contre les Tutsis en 1994. J’y étais sur invitation de ma collègue chargée de la Culture et des Sports. Quand on visite ce pays, vingt-quatre (24) ans après le génocide, on en revient gonflé de fierté et de confiance. Sans exagération aucune, un voyage dans ce pays produit, en vous, les mêmes sensations qui vous habitent, quand vous sortez d’une salle de cinéma, après une séance de projection du film black Panther. Cette fiction qui caracole dans les box-offices réconcilie le peuple noir avec lui-même, en le décrivant comme le moteur de sa propre histoire, en l’imaginant comme un bâtisseur et un acteur principal dans l’œuvre de construction d’une civilisation universelle.

A l’image des personnages de cette fiction qui subliment le noir, le Rwanda, en refusant de s’enfermer dans un passé tragique et désespérant pour en rester un prisonnier, a décidé de construire habilement et avec détermination son avenir de façon stupéfiante. Il est peut-être quelque part l’inspirateur des producteurs de ce film. Ce pays fait la preuve que nulle fatalité, tenant on ne sait à quoi, en tous les cas, pas à l’emplacement géographique et encore moins à la race, ne saurait à jamais clore le destin d’une nation.

A mon retour de Kigali, j’ai eu envie de porter haut la voix pour laisser entendre : un souffle de dignité, d’estime de soi, une volonté de participer à la construction d’un pays, d’une nation forte, solidaire et unie, animent, depuis la sortie du génocide de 1994, les hommes et les femmes du Rwanda. Ils se soucient tous de promouvoir leur pays, de présenter à la face du monde une vision nouvelle de leur société, reconstruite sur la base de l’unité et de la concorde. C’est le sens de ce reportage me permettant ainsi un court instant de renouer avec mon métier d’antan. Je remercie la rédaction du quotidien « Le Soleil » qui accepte d’en assurer la publication, dans cette formule de correspondance particulière.

Vendredi 6 avril 2018. Un regard vite jeté sur le cadran de ma montre bracelet renseigne : 20h 15 minutes en Temps universel. Il faut ajuster les aiguilles pour être à l’heure locale : 22h 15 minutes. Le commandant de bord vient de poser, avec délicatesse, la masse de son Boeing 737/800 sur le tarmac du Kigali International Airport. Nous étions partis de Dakar, 12 heures auparavant, pour un voyage jalonné d’escales éreintantes : Abidjan, Cotonou, Libreville, et enfin, Kigali.

Le commandant de bord a fini d’extirper son aéronef de cette masse compacte de nuages qui surplombe la ville. On peut maintenant porter le regard sur le site qui se dénude sous nos yeux, au moment où l’hôtesse de service annonce notre descente. Le spectacle de lumière qui se montre est surprenant, mais surtout époustouflant dans cet environnement physique qui lui donne un relief saisissant. Depuis les cieux, on distingue clairement cette belle chaîne de collines aux flancs desquelles se plaquent, comme des sangsues, des bâtiments faiblement éclairés. En bas, une orgie de lumière illuminant aux pieds des collines une sorte de vallée au fond de laquelle est blottie la ville de Kigali.

A notre descente d’avion, un léger vent assez frisquet balaie les endroits. Au-dessus de nos têtes, un carrousel de nuages, restes d’une pluie qui refuse de s’arrêter à cette période de l’année, parcourt le ciel. Cette ville renvoie quelque chose de magique. Un paysage magnifique, vert en permanence ! Une morphologie du relief et un environnement pittoresque qui en font un lieu quasi-unique.

Le Rwanda, nous en avons beaucoup entendu parler. Encore plus depuis 1994, point de départ d’une autre vie. Un marqueur sanglant d’une tragédie nationale sans nom. Cette date est peut-être pour ce pays, «l’heure rouge, l’heure dénoncée » pour parler comme Aimé Césaire et reprendre le thème de la Biennale de l’Art contemporain africain, DAK’ART 2018, dont il est, avec la Tunisie, les deux pays invités d’honneur. En tous les cas, quelque chose de substantiel et de profond s’y passe. Pendant quatre jours, nous avons visité le Rwanda : Kigali, Huye et Butaré.

Nous étions, je rappelle, au pays des mille collines sur invitation de notre collègue, Madame le ministre de la Culture et des Sports. En m’interrogeant sur les motivations d’une telle marque de considération pour notre pays, j’ai compris que l’invitation officielle faite au Sénégal, en ma personne, était loin d’être fortuite, car il y a une part bien sénégalaise dans cette histoire à travers le capitaine Mbaye DIAGNE, ce digne fils du Sénégal, observateur militaire de la mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda, considéré comme « l’homme le plus courageux ayant servi l’organisation des Nations unies », comme un des plus grands héros du XXème siècle. Ce héros a été distingué post-mortem pour avoir sauvé à lui seul, au péril de sa vie, plusieurs centaines de personnes, au total quatre cent (des hommes, des femmes et des enfants), explique le conservateur du Musée du génocide ouvert dans les locaux du parlement en 2017. L’humanisme, son sens du devoir et son courage hors du commun, l’aideront. Il eut ce comportement héroïque, pour rester fidèle et faire honneur à une célèbre devise d’une des unités de nos Forces armée : «Quand sonne l’heure de mourir, tous ceux qui survivent portent l’opprobre du déshonneur». Ma présence, au nom de la République du Sénégal, à côté des autorités et du peuple rwandais, en ce jour solennel, n’était-elle pas une marque de reconnaissance au pays d’origine d’un homme qui a préféré la mort au déshonneur ?

Ma collègue en charge de la Culture a eu donc l’amabilité de nous convier pour prendre part aux cérémonies commémoratives du génocide perpétré en 1994. Génocide dirigé principalement contre les Tutsis. Peut-on aujourd’hui croire que cette date, pour dramatique qu’elle fût pour le peuple rwandais, aura finalement été le point de départ irréversible d’un avenir meilleur ?

Cette perspective est, pourrait-on dire, en train de devenir la réalité d’un quotidien vécu. Nul ne doute, cependant, que le chemin à parcourir est encore long et parsemé d’embûches. Les premiers résultats d’une révolution tranquille marquante sont là, visibles. L’organisation de la société rwandaise actuelle, la marche imprimée aux affaires publiques, et enfin, le comportement des citoyens, sont autant de signes pour convaincre le visiteur.

Par Abdou Latif Coulibaly (Correspondance particulière)

Détermination d’un peuple et foi en ses capacités de réussite
Dès le premier contact avec Kigali, on note la détermination d’un peuple et sa foi en ses capacités de réussite. Cet état d’esprit est partout. Dans la circulation en ville, j’ai noté, avec admiration, une discipline portée en bandoulière par tous les conducteurs. Le Sénégalais foulant le sol de Kigali est bluffé par les conducteurs des engins à deux roues. Ils ont tous des casques de protection vissés sur la tête et un autre en réserve accroché au guidon.

A Kigali, on retrouve nulle part d’étals sauvages, ni de vente à la sauvette. Point de marchands ambulants donc, ni de mendiants, encore moins d’animaux divagants à l’air libre. Chaque citoyen nettoie et balaie. En quittant Kigali et en circulant vers Butaré, on croit à peine au spectacle observé sur le parcours, partout, devant les maisons alignées en bord de route, on nettoie et bichonne les fleurs dans des jardins impeccablement dessinés et taillés à l’anglaise.

Toute cette organisation, m’a-t-on expliqué, est bâtie autour des chefs de quartier qui jouent un rôle essentiel dans l’administration des cités. Il semble que c’est ainsi partout dans le pays. On a pu également le constater à Huye et à Butaré, deux villes de l’intérieur. A Kigali, j’ai fait le pari de trouver, dans la circulation, des feux de circulation (feux rouges comme on dit chez nous) défectueux. Pari perdu, après 40 minutes de parcours soutenu et non interrompu en voiture dans les rues et avenues de la ville. Nous avions déjà une idée de cette discipline assumée avec fierté, en voyageant avec Rwandair.

Cette compagnie aérienne est l’une des plus jeunes par l’âge sur le continent, mais l’une des mieux organisées et des plus équipées. La discipline de l’équipage, le personnel naviguant en cabine en particulier est remarquable. Une équipe professionnelle et disciplinée qu’on retrouve difficilement sur des lignes concurrentes africaines.

A peine assis, une attention particulière m’est accordée. Plus que je n’ai eu l’habitude d’en vivre sur n’importe quelle ligne aérienne africaine. Aucun doute, ma présence à bord a été signalée. Le siège que j’occupe en « classe business » n’explique pas tout. Ma qualité de ministre invité par le gouvernement de ce personnel navigant a ajouté à cette attention. Celle-ci se manifeste à moi de plusieurs manières à bord de ce vol. A moins d’une quarantaine de minutes de notre atterrissage pour escale à Cotonou, le co-pilote quitte sa cabine pour se présenter à moi. Il vient s’enquérir de mes sentiments sur le vol. « Ma satisfaction est totale », ai-je répondu.

Le sourire affiché par le jeune pilote, la trentaine sûrement, est symbolique du sérieux qu’il met dans sa tâche et du souci qui est le sien pour s’assurer que l’ensemble de l’équipage est à la hauteur de la mission. J’ai en fait compris que son geste, comme ceux de tous ceux qui se sont enquis de mon état, traduisent d’abord la qualité du rapport qu’ils ont avec leur pays, avec leurs institutions, avant de s’adresser à moi.

Pour eux, je suis à bord de ce vol, le prolongement de l’autorité rwandaise qui m’a invité. En me bichonnant comme ils l’ont fait, tout au long des 12 heures de voyage, ils s’occupaient à soigner l’image de leur pays. C’est cette belle et optimiste image qu’ils ont tous envie de projeter, face au regard dubitatif d’un monde stupéfait par le génocide de 1994. Sur Rwandair, on touche du doigt l’expression d’une conduite citoyenne assumée, traduisant le type de rapport désormais établi entre l’État, ses institutions sublimées, élevées au rang de culte.

Par Abdou Latif Coulibaly (Correspondance particulière)

MÉMORIAL DU GÉNOCIDE : LIEU DE SOUVENIRS D’UNE NATION RESSUSCITÉE !
Memorial Rwanda7 avril 1994, début des massacres à Kigali par le bombardement nourri engagé depuis l’aube sur le parlement. C’est ici que se sont retranchés les politiques du Front patriotique rwandais. Ceux-là venus du champ de bataille à la frontière de l’Ouganda (nord du pays), y sont logés depuis le début des négociations d’Arusha, sous la protection de six cent soldats rebelles venus les accompagner. L’avion transportant le président rwandais, Juvénal Habyarimana, revenant d’Arusha, a été abattu quelques heures auparavant.

7 avril 2018. La nation temporairement détruite par le génocide se reconstruit et se souvient. Nous sommes dans un lieu symbolique, le Mémorial du génocide. Ils sont fiers au Rwanda de s’exprimer d’abord dans la langue nationale : le kenyarwanda. En ce jour de commémoration, ils se sentent tous fiers de répéter à l’envie le même refrain qui sonne comme une ritournelle : kwibuka 24, twiyubaka, twibuke. Ces trois mots occupent les discours officiels et meublent toutes les discussions des citoyens. L’idée de base postulée est significative d’un certain état d’esprit : souvenons-nous de ce qui s’est déjà passé, ici, il y a vingt-quatre ans, mais refusons, cependant, d’en être prisonnier à jamais, afin que nous puissions nous projeter dans l’avenir. Ce cri de ralliement à une cause nationale, a impulsé une inestimable dynamique de progrès, à tous les niveaux de la société.

Samedi 7 avril. Tout se passe sur le haut lieu mémorial abritant 200 mille restes de corps. Des restes retrouvés, crânes et ossements, du million d’êtres humains massacrés en trois mois par cette furie meurtrière de milices génocidaires et de leurs mentors, des militaires en débandade, derniers symboles d’un régime agonisant. Quand vous entrez dans le Mémorial, vous êtes dévastés par l’émotion en prenant contact avec la réalité qu’il abrite. Cette belle nature et sa verdure tonifiante qui caractérisent l’endroit, capable, par la seule magie de son écologie, de revigorer et d’égayer des âmes, souvent mélancoliques ou tristes, atténuent à peine l’intensité du chagrin étreignant chaque visiteur.

Si marquant soit le symbolisme s’attachant au lieu, et si poignant apparaît le rangement impeccable de milliers et de milliers de tombes abritant les sépultures d’adultes et de si jeunes enfants, on mesure à peine, ici, l’ampleur des tueries de 1994. Dire que 800 mille autres victimes sont ailleurs dans le pays. On imagine, cependant, ce qu’a pu être la souffrance et le martyr vécus par ce peuple. Cent jours d’atrocités, de barbarie qui ont plongé un pays dans un chaos total. C’est dans cette ambiance de mort que nous attendons l’arrivée du président de la République et son épouse qui viendront présider le premier acte d’un cérémonial, se déroulant dans sa phase intense sur une semaine. Les commémorations sont prévues, cependant, pour une durée totale de cent jours.

La pluie tombe sans interruption depuis la veille des cérémonies commémoratives. Encore et toujours, cette fine pluie sur la ville. Elle est revenue depuis la sortie des aurores. Et voilà qu’elle s’arrête subitement, comme pour laisser toute la place au couple présidentiel qui vient d’arriver pour présider le cérémonial prévu. On aperçoit de loin, à partir de la tribune, le couple qui dévale la pente fermant sur son côté gauche le chapiteau dressé à l’entrée du site mémoriel.

Avec de nombreux officiels, le président et son épouse se dirigent vers l’endroit où est prévu le dépôt de gerbes de fleurs. Tout est retransmis sur écran géant. Le couple s’immobilise devant l’espace aménagé.

La sonnerie aux morts retentit, sous la baguette du Chef d’orchestre qui dirige la musique principale de la Police rwandaise. Un léger détachement militaire rend les honneurs. Les pas saccadés et décidés des soldats ont rompu avec l’esprit et la pratique latine en la matière, pour épouser les traditions anglo-saxonnes. C’est aussi cela ce nouveau Rwanda qui étonne et fascine. L’allure du président, s’avançant vers le soldat qui lui tend la gerbe de fleurs est majestueuse et solennelle. Son épouse suit derrière avec une élégance tout aussi raffinée que celle de son époux. Tout le début du cérémonial se déroule à l’extérieur, retransmis en direct sur les écrans géants dans l’enceinte du chapiteau sous lequel est dressée la tribune.

Ne pas rester prisonnier du passé
Nous suivons en savourant les notes d’un chœur élevé par l’École nationale de musique. Celle-ci nous gratifie d’une symphonie avec une rythmique à vous couper le souffle. Souffle presque haletant au rythme de ce chœur joué sur un air mortuaire très prononcé emplissant l’immense salle accueillant la cérémonie. Un air et une rythmique laissant en chacun de nous un vif sentiment de tristesse, de chaos et de néant. Paradoxalement, dans cette atmosphère, c’est comme si la mort était à la fois cachée, mais si visible et palpable, partout.

La mélodie couvrant les paroles des artistes rend encore davantage pesante une ambiance déjà très forte en émotion. C’est dans ce cadre lourd et recueilli que le Chef de l’État, Son Excellence Paul Kagamé, et son épouse entrent sous le chapiteau. Assis juste à côté de Madame le ministre de la Culture et des Sports, à quelques centimètres du Chef de l’État, j’eus le temps d’observer et de noter. Je remarque surtout toute la gravité qui se lit sur les visages et en particulier sur celui charismatique du Chef de l’État, s’apprêtant à transmettre un message d’espoir et d’espérance à son peuple. Une adresse qui sera une source d’inspiration pour les cents jours (7 avril 2018 / 4 juillet 2018) de commémoration du génocide.

Un fait assez frappant me laissa un sentiment d’étonnement. C’est le mufti de Kigali qui a été appelé aux côtés du Chef de l’État pour dire une prière pour le repos de l’âme de chacune et de chacun du million de victimes. Tout le monde peut comprendre mon étonnement, dès que l’on souligne que le Rwanda est un pays chrétien dans des proportions écrasantes. Cela est voulu. Une prière symbolique, m’a-t-on expliqué, pour informer sur le rôle important joué par les musulmans et magnifier celui de leurs guides dans d’immenses efforts à cette noble fin et les risques pris par eux, pour assurer une protection aux victimes poursuivies par des hordes de miliciens génocidaires encouragés et protégés par les soldats du régime.

Le président de la République peut maintenant s’adresser à son peuple. Son pragmatisme légendaire et son souci de la précision se lisent même dans les pas qui le conduisent vers le pupitre, d’où il va s’exprimer. Un discours court, dense et vrai. Point besoin d’une dizaine de minutes pour frapper les esprits et atteindre le cœur d’un peuple attentif.

Devant le pupitre, quelques bouts de papier sur lesquels sont couchées des notes sommaires servent de repères. Cela lui suffit pourtant pour dire l’essentiel : « Nous sommes aujourd’hui réunis pour nous souvenir un passé tragique et douloureux pour notre peuple. Un jour, toute la vérité sera dite sur ce terrible génocide. Comme dit un proverbe rwandais, la vérité traverse le feu mais ne brûle jamais. Quand vous faites le mal chez vous, vous pouvez toujours avoir avec vous des étrangers prêts à vous aider pour commettre ce mal. Cela a été le cas chez nous en 1994 ».

Le Chef de l’État poursuit : « Je vous invite, cependant, à ne pas rester prisonniers de notre passé. Regardons tout en face, assumons ensemble, pour nous donner les moyens de nous reconstruire, de reconstruire. Ayons confiance en nous. En 24 ans, nous avons redonné espoir au peuple qui a été résilient. Gardons tous espoir dans l’avenir ». Tout est dit dans ces mots simples et sobres. Pragmatique, flegmatique surtout, tant dans sa tenue que dans sa démarche altière, Son Excellence, le président Paul Kagamé prend congé avec son épouse, de nous. Le préposé au micro central peut annoncer son départ. Tout est fini pour ce matin. Rendez-vous est pris pour une marche silencieuse qui va clôturer la première journée de commémoration prévue pour une durée de 100 jours symboliques.

Par Abdou Latif Coulibaly (Correspondance particulière)

UNE MARCHE FUNÈBRE VERS LE STADE NATIONAL
Le bouquet final de la première journée ! Deux heures se sont écoulées entre le premier acte de la première journée de commémoration et le clou du cérémonial qui eut lieu, ce samedi 07 avril 2018, au stade national de Kigali, lieu de ralliement des marcheurs. Il est 16 heures 30 minutes quand l’ambassadeur Abdou Wahab Haidara sonne dans ma chambre pour me rappeler l’heure de départ de la marche, prévue à dix-sept heures. Je le rejoins immédiatement dans le hall de l’hôtel, en moins de cinq minutes, nous avons rallié les marcheurs, venus en très grand nombre. On les trouve et attendant patiemment sur le parvis du parlement, l’arrivée du Chef de l’État.

Un cortège de taille plus que moyenne, toute sirène hurlante, s’immobilise devant le peloton se mettant en place. C’est la première dame du pays qui s’extirpe de la rutilante voiture escortée.

Casquette solidement vissée sur la tête, pantalon jean bleu, assorti avec des baskets de couleur bleu ciel, est placée en tête. Les marcheurs alignés en bloc de l’avant vers l’arrière peuvent s’ébranler. Une marche silencieuse et recueillie, à l’allure funèbre, comme si le deuil est à l’instant dans nos rangs qui se dirigent vers le stade national. Je marche à côté de notre ambassadeur et du jeune Secrétaire d’État aux affaires étrangères. Je dénote dans cette assemblée, avec ma tenue de ville et mes chaussures en cuir, que je suis venu sans la tenue appropriée de marcheur.


Si ce n’était que cela. J’avais compris, comme on me l’avait laissé entendre le matin, que la marche, symbolique, était prévue sur une distance de cinq cent mètres. Une fausse information. Au finish, trois kilomètres, sur une chaussée par endroits un peu surélevé sous nos pieds à un rythme prononcé ! La cause en valait bien la peine, mais ce fut éreintant à l’arrivée. Manifestement, la première dame qui mena avec cadence le cortège a des heures de pratique sportive suivie, dans les pieds. Au bout d’une trentaine de minutes de trotte, le stade s’ouvre à nous et offre son antre qui absorbe cette masse de marcheurs recueillis et silencieux.

Reconstitution
Le rectangle vert du terrain de foot est occupé par de groupes de jeunes filles et garçons habillés en tee-shirts bleu, gris et blanc. Ils sont disposés sur l’aire de jeu à la faveur d’une scénographie bien travaillée et laissant apparaître, par son dispositif, des figures particulières. Tous les jeunes sur le terrain tiennent des cierges allumées offrant ainsi un spectacle lumineux spécial, dès que l’intensité de la lumière provenant des puissants projecteurs, installés dans les 4 coins du stade, baisse sous l’effet des manœuvres effectuées à cette fin par des préposés commis à la tâche.

Dans les gradins du stade, à la tribune couverte, les virages et les tribunes découvertes, les bougies illuminent le décor. L’idée de deuil est partout symbolisée et mise en évidence par la scénographie d’ensemble. Cette idée de deuil est dramatisée par les effets auditifs provenant des enceintes disposés dans tout le stade et déversant, de façon intermittente, des cris et des hurlements de victimes fuyant des hordes de génocidaires ou subissant leurs atrocités dans un abandon total. Des tirs de rafales reconstitués et des châtiments simulés fusent également des sources sonores. Des séquences de dramatisation à souhait du cérémonial voulues et organisées auxquelles viennent s’ajouter des témoignages vivants d’une jeune étudiante de l’époque et d’un gardien d’église, tous deux rescapés des massacres.

Une autre séquence tout aussi poignante que les précédentes annonce la fin du cérémonial du jour qui a débuté depuis 9 heures du matin. Les montres affichent 18 heures 45 minutes. On en a choisi une centaine, parmi les jeunes présents sur le terrain, équitablement répartis entre filles et garçons, pour venir décliner, devant la tribune, où est installée la première dame, le nom d’une centaine de victimes, ayant eu dans les massacres une histoire singulière, brièvement racontée dans le texte dit par les enfants. Chaque jeune conclut sa déclaration par les mots fétiches du jour: « Kwibuka24, Twiyubuka ».

Souvenirs pénibles
La cérémonie s’achève. Le soleil finit de contourner, dans sa marche vers l’horizon, les flancs des collines de Jali, Kigali, Kami et Rebora qui ceinturent la ville de Kigali. Épousant les bordures de l’horizon, l’astre solaire projette sur les cimes de ces collines un rouge arc-en-ciel. Celles-ci les reflètent sur le stade national, comme pour venir subrepticement égayer nos âmes plongées, depuis plus d’une heure, dans une profonde tristesse par un cérémonial de souvenirs pénibles à vivre. Cent jours de massacre ! Au sortir desquels un autre Rwanda. Et comme le dit le président Kagamé : « le Rwanda sera, non seulement au rendez-vous des civilisations, mais aussi des sciences, des technologies et de toutes les cultures qui dominent le monde ». Optimiste et sur des pas victorieux du Rwanda marchant vers l’avenir, il ajoute : « Bien que nous sommes désormais loin de notre passé, faisons bon usage du présent pour faire mouche au futur. Certes le plus difficile n’est plus là d’où nous venons, mais plutôt là où nous désirons et rêvons d’aller. Au Rwanda, nous désirons et rêvons d’aller loin grâce à ce peuple et à cette jeunesse désormais consciente ».

Quand on descend à Kigali, on est fasciné par la marche de ce pays, mais on est aussi frappé par toute la dynamique procédant du charisme d’un homme : Paul Kagamé et surtout par le leadership transformationnel qu’il incarne dans la conduite du destin de son peuple. On lui emprunte de nouveau ses mots pour conclure ce reportage : « si notre pays est au rang premier en Afrique, et que le monde entier nous observe aujourd’hui, ce n’est pas parce que nous avons le Vatican, la Kabbaa, la Maison blanche, l’Élysée ou le Taj Mahal ici chez nous (…) non pas que vous avez Paul Kagamé comme Chef d’État, mais parce que vous avez des fils et des filles du Rwanda (…) qui se sont pardonnés entre eux, et qui ont pris le destin de leur pays en mains par le sens du travail, des innovations et du patriotisme comme étant la clé de leur progrès et de leur développement ». Le génocide de 1994 renvoie, dans notre esprit et dans son impact ce que furent l’ère du Meiji (1868-1912) pour le Japon, la Grande Révolution culturelle prolétarienne (1966-1976) pour la Chine. Le Meiji a construit le Japonais d’aujourd’hui, la Révolution culturelle le Chinois qui étonne le monde actuel. Le génocide du Rwanda a permis de réinventer le Rwandais.

Par Abdou Latif Coulibaly (Correspondance particulière)

L’ère des césariennes. Ce n’est pas un abus de langage. Les femmes interrogées aussi bien dans les structures sanitaires que dans les rues confessent une fréquence des accouchements par césarienne. Seulement, le recours accru à cette technique contribue à la réduction de la mortalité maternelle et infantile au Sénégal.

Fatou Mbaye, trouvée à un arrêt d’autobus, tient son nourrisson dans les bras. Elle vient de sortir de l’hôpital Roi Baudouin de Guédiawaye. L’expression faciale voile la fierté d’avoir donné la vie. Elle affiche un entrain contrastant avec l’intervention chirurgicale qu’elle a subie. «Les césariennes, j’ignore pourquoi, sont devenues fréquentes. Après le respect de toutes les consultations prénatales, au bout du compte, j’ai accouché par césarienne », raconte la dame.

Ndèye Amy Sakho porte, elle, son bébé sur le dos. Elle avance, d’un pas discret, vers l’arrêt d’autobus. Cette femme de teint clair a accouché par voie basse. Mais, elle s’étonne que beaucoup de femmes subissent une intervention chirurgicale pour donner naissance. Dans la banlieue, d’autres personnes ont aussi constaté la fréquence de cette pratique. Comme par enchantement, beaucoup de bébés naissent par accouchement artificiel. Mame Diarra Fall, hésitante au premier contact, délivre une analyse similaire à celle de nos deux précédentes interlocutrices. « J’ai l’impression qu’il y a plus d’accouchements par césarienne que par voie basse. Il faut reconnaître que ce sont parfois les femmes qui l’exigent », confesse-t-elle. Au quai de débarquement de Hann village, le rivage grouille de monde. Les femmes marchandent les prix des poissons fraichement débarqués des embarcations. Yacine Wade, une vieille dame, s’éloigne de cette effervescence. Elle attend d’autres pêcheurs. Elle ne regarde pas plus loin pour expliquer la fréquence des accouchements artificiels. « De nos jours, il y a trop de problèmes sociaux au sein des familles. Lorsque vous baignez dans cette situation durant toute votre grossesse, il y a de fortes chances que vous ayez des problèmes lors de l’accouchement », analyse-t-elle.

Au bord de cette plage, où ne cessent de déferler des vagues, la brise transporte d’autres idées et apportent d’autres arguments. Mbodj Sow, plus jeune, ne rame pas à contre-courant de la vieille. Mais, elle nous plonge dans la modernité. Elle associe les complications évoquées par notre précédente interlocutrice lors de l’accouchement à l’usage des contraceptifs. « Auparavant, c’était rare d’entendre qu’une femme a accouché par césarienne. Aujourd’hui, c’est presque devenu normal. Je pense que c’est le planning familial qui est à l’origine de la fréquence des césariennes. Aussi, il est plus facile d’accoucher sans complications en étant plus jeune que lorsque l’on dépasse la trentaine », confie-t-elle.

Dans des postes de santé,comme celui de Yarakh, l’occurrence n’émeut pas les praticiens. La césarienne a sauvé des vies. La technique a fait chuter les taux de mortalité maternelle et infantile.

Les sages-femmes rencontrées veulent que l’on regarde plus ces aspects que la fréquence. Toutefois, cette fréquence est aussi symptomatique de l’accessibilité à cette pratique médicale. Le Sénégal a rendu gratuites les césariennes dans le cadre de la Couverture maladie universelle (Cmu).

Par Idrissa Sane (textes) et Sarakh DIOP (photos)

TENDANCES : LES CÉSARIENNES DE CONVENANCE TIRÉES PAR LE NIVEAU DE VIE
Cesarienne 2Le requérant d’une prestation médicale a le droit de choisir son protocole de traitement. Les femmes jouissent de plus en plus de ce droit lors de l’accouchement : c’est la mode des accouchements de convenance.

Les césariennes de convenance sont un effet de mode dans les pays développés. Certaines femmes qui ont un certain niveau de vie optent pour l’accouchement artificiel. Elles se payent le luxe de se soustraire de la souffrance liée à l’accouchement par voie basse. « Il y a des femmes au niveau de vie élevé qui demandent presque, de façon systématique, d’accoucher par césarienne », rapporte le gynécologue Sédouma Yatéra, par ailleurs médecin-chef de la maternité de l’hôpital Roi Baudouin de Guédiawaye.

Au Sénégal, dans des structures de santé comme Roi Baudouin, les femmes n’exigent pas pour le moment le recours à l’intervention chirurgicale pour donner naissance. Par contre, des intellectuelles ayant un certain pouvoir d’achat ont la liberté de faire le choix dans des cliniques. « Nous n’avons pas encore noté de femmes qui prennent la décision de recourir à une césarienne. Par contre, elles se rendent le plus souvent dans des cliniques pour cela », informe le gynécologue.

La fréquence des taux d’accouchement par césarienne est associée à la typologie de la population, à leur pouvoir d’achat. Le recours à cette technique est fréquent aussi bien dans les pays développés que dans ceux en voie de développement. Lorsqu’elle est médicalement justifiée, elle peut sauver des vies. Par contre, l’Oms n’a pas encore démontré que l’accouchement par césarienne, lorsqu’elle n’est pas nécessaire, a des effets bénéfiques. Pour l’Oms, « la priorité ne devrait pas être d’atteindre un taux spécifique, mais de tout mettre en œuvre pour pratiquer une césarienne chez toutes les femmes qui en ont besoin ».

Par Idrissa Sane (textes) et Sarakh DIOP (photos)

ZOOM SUR… HOPITAL ROI BAUDOUIN : UNE RÉPUTATION BÂTIE SUR LE RECOURS ADÉQUAT À LA CÉSARIENNE
Cesarienne 3L’hôpital de niveau 1 Roi Baudouin change de statut et conserve sa bonne réputation. Le recours à la césarienne y a entraîné la baisse de la mortalité maternelle et néonatale. Un indicateur : sur 7000 accouchements en 2015, seuls 7 décès maternels ont été enregistrés. Et ces cas n’ont pas été suivis dans cette structure sanitaire.

Le temps est suspendu à la salle des post-opérées de la maternité de l’hôpital Roi Baudouin situé à Guédiawaye, dans la banlieue dakaroise. Deux femmes sont dans les couloirs. A travers la porte entre-ouverte, on aperçoit des sages-femmes assises. Derrière elles, des piles de papiers sont disposées sur des étagères. La plus âgée nous ouvre la salle. Celles qui viennent de subir la césarienne sont toutes allongées. Deux d’entre-elles se sont réveillées. L’une, Nogaye Guissé, affiche le sourire ; une de sage-femme soulève son nourrisson. « Oui, je me porte bien. Tout s’est bien passée », confesse la dame sur un ton encore empreint de fatigue.

Au fond, à l’angle opposé, Absa Sène pousse aussi un ouf. Son bébé dans les bras, elle laisse apparaître des traits de soulagement. Le temps de la peur est derrière elle. Mais, elle se rappelle encore de la décision des praticiens de faire recours à cette technique. « Lorsqu’on m’a annoncé que je devais faire la césarienne, j’avais peur. Mais finalement, ce n’est pas si compliqué. L’essentiel, c’est d’être bien portant et que l’enfant soit né dans les meilleures conditions », partage Mme Sène.

Ce compartiment est particulièrement calme. L’envers du décor au hall des salles de consultations et d’échographie. Ici, il n’y a pas de places assises sur les bancs attenants aux murs. Sur les bancs en bois jouxtant les 4 murs, des femmes, certaines la mine triste, sont visiblement impatientes. D’autres se plaisent à regarder les émissions matinales diffusées sur un écran suspendu.

Quelques unes sont debout ou s’adossent au mur près de la porte de la salle d’échographie. La maternité de Roi Baudouin conserve sa bonne réputation en matière de prise en charge des accouchements. « Entre les mois de juillet et novembre, nous sommes souvent débordés. Et lorsque nous évacuons les femmes vers d’autres structures où elles ne sont pas prises en charge, nous recevons des critiques. C’est un gros problème », informe le gynécologue Sédouma Yatéra.

Jusqu’à midi, les deux halls des salles de consultations refusent du monde. Cet Etablissement public de santé a bâti, au fil des années, sa réputation sur la prise en charge des bébés prématurés, les accouchements par césarienne. Le flambeau est entretenu, suscitant l’espoir dans un milieu défavorisé. « Sur 7000 accouchements en 2015, nous avons eu 7 décès. La pratique de la césarienne a contribué à la baisse de la mortalité maternelle et infantile à Roi Baudouin », affirme le Dr Yatéra.

Dans les couloirs, les sages-femmes échangent avec d’anciennes malades. La distance entre les praticiens et les malades semble s’effacer. Les allées sont aménagées et ornées de bois disposés en forme d’œuvre. Des plantes ornementales peuplent les jardins. Mais, l’embellissement va envahir les salles d’accouchement. Le décor devant, avant tout, avoir une incidence positive sur la prise en charge des femmes. « Nous allons humaniser les salles d’accouchement. Pour le bloc opératoire, nous venons de recevoir un équipement », révèle la directrice du centre hospitalier, Ramata Danfakha Bâ. La ruée vers Roi Baudouin ne date pas de l’effectivité de la gratuité des césariennes. Cette structure sanitaire, avec l’aide des partenaires, avait conçu des tarifs forfaitaires pour les césariennes avec une contrepartie des aides des partenaires. « Nous recevons des femmes, rapporte le gynécologue, qui nous viennent de Thiès, Rufisque et des autres parties de Dakar ». Le défi est de maintenir le cap.

Idrissa SANE

RAMATA DANFAKHA BA : « LES GENS NE PRENNENT PLUS DE RISQUES »
L’administratrice du centre hospitalier Roi Baudouin de Guédiawaye analyse la fréquence des césariennes par la culture de la prévention des conséquences néfastes et pour la femme et pour l’enfant. « Les gens ne prennent plus de risques, parce que si les accouchements durent, cela peut avoir des conséquences pour la femme et l’enfant », explique Mme Bâ qui s’est d’ailleurs félicitée de la baisse de la mortalité maternelle et infantile à Roi Baudouin.

I. SANE

TRAJECTOIRE ou EN VEDETTE : HAWA CISSOKHO, SAGE-FEMME, UNE GARDIENNE DU TEMPLE SENSIBLE À L’ÉVOLUTION DE LA SCIENCE
Cesarienne 4Dans les couloirs de la maternité de l’hôpital Roi Baudouin, Hawa Cissokho traine humblement sa silhouette qui en dit long sur son humilité. Pourtant c’est l’une des plus anciennes sages-femmes de l’établissement. Elle fait partie de la vieille garde ouverte à l’évolution des techniques des accouchements.

Hawa Cissokho regagne, presque sur la pointe des pieds, le gynécologue Sédouma Yatéra qui se dirige vers les salles des post-opérées. Le médecin la salue de façon amicale. La dame est souriante. Depuis une trentaine d’années, cette praticienne essaie de transmettre de l’entrain aux femmes qui arrivent dans cet hôpital parfois le visage fardé de frustration. L’entretien avec elle peut se résumer à revisiter l’histoire des accouchements au fil des années à Roi Baudouin. Elle campe sur les valeurs élémentaires de l’exercice de leur profession. « Une sage-femme doit être accueillante. Elle doit se mettre à la place de la femme qu’elle reçoit. Elle essaie de la comprendre », confie Mme Cissokho. Elle n’infléchit pas sur ses principes. Par contre, elle est ouverte aux flux de l’évolution des techniques et des sciences dans le domaine de la médecine.

L’un des plus anciens agents de Roi Baudouin nous plonge, avec humilité, dans l’histoire de la prise en charge des accouchements dans cette structure sanitaire. « Il y a eu toujours des affluences pour les accouchements. Je rappelle que, bien avant la gratuité, nous avons eu un forfait. Et des femmes venaient pour en bénéficier. C’est une structure sanitaire qui est connue pour son expérience en matière de prise en charge des accouchements ; même les taximen connaissent bien Roi Baudouin », explique-t-elle en souriant.

Des années 80 à nos jours, admet-elle, il y a une grande différence. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de femmes qui accouchent par césarienne. L’expérience inspire la sagesse, la prudence.

Hawa Cissokho parle doucement. Elle pèse et soupèse ses idées avant de les transmettre. Son débit lent est certainement symptomatique de sa timidité. Ce qui est clair, sa disponibilité ne fait pas l’ombre d’un doute. En plus d’avoir accepté l’interview presque sans protocole, elle nous conduira à la salle des post-opérées où elle rassure des dames à accepter d’échanger avec nous.

Dans sa blouse rose, un foulard voile sa tête. Elle sort de sa timidité lorsqu’on prête à toutes les sages-femmes des comportements peu catholiques. « Je pense qu’il faut relativiser. Les sages-femmes font beaucoup de sacrifices. Elles essaient d’offrir le meilleur d’elles-mêmes pour répondre aux besoins des femmes. Parfois elles sont débordées, elles sont surchargées sur le plan du travail. Les populations doivent les comprendre», analyse cette native du quartier Pont de Tambacounda. D’ailleurs, c’est dans cette ville que Hawa Cissokho est tombée sur le charme de ce métier en lisant le journal « Bingo ». « La passion du métier m’est venue en lisant le journal « Bingo » où une sage-femme de Dansi Camara racontait son travail. J’étais émerveillée. Je voulais être à sa place. C’est ainsi qu’en classe de Première je me suis présentée au concours d’entrée à l’Ecole des sages-femmes », se remémore-t-elle.

La passion nourrit cette dame qui est contente de soulager ses camarades. « Après les accouchements, certaines nous demandent ce qu’elles peuvent faire pour nous. Je leur réponds que votre paix intérieure est largement suffisante », dévoile la sage-femme dont la vocation est restée intacte malgré des décennies passées dans les maternités.

I. SANE

LA PAROLE A… DR SEDOUMA YATERA, MEDECIN-CHEF DE LA MATERNITE DU ROI BAUDOUIN : « L’AUGMENTATION DES CÉSARIENNES DOIT SERVIR À BAISSER LES MORTALITÉS MATERNELLE ET INFANTILE »
S Yatera CesarienneL’augmentation de la prévalence des césariennes doit servir à baisser la mortalité maternelle et infantile. C’est l’esprit que le gynécologue de l’hôpital Roi Baudouin de Guédiawaye, Dr Sédouma Yatéra, confère à l’inflation de cette technique médicale. Dans cet entretien, il révèle que les césariennes ont influencé la baisse des taux de mortalité maternelle et néonatale dans cette structure sanitaire.

L’hôpital Roi Baudouin a enregistré une baisse de la mortalité maternelle. Quels sont les facteurs qui ont été déterminants ?
Nous avons une longue tradition de prise en charge des accouchements de manière générale et des césariennes en particulier. Cela, depuis que l’établissement était un centre de santé. Nous enregistrons entre 4000 et 6000 accouchements par an. Pour l’année 2015, sur 4235 accouchements, il y a eu 1100 césariennes. Lorsqu’on le fait le ratio, on se retrouve avec un taux de césarienne qui tourne autour de 22 et 25 %. Mais, il convient de préciser qu’il y a des césariennes qui sont obligatoires. Pour ces cas, nous ne pouvons pas ne pas recourir à l’intervention chirurgicale. En fait, nous prenons en compte les indications liées soit à l’enfant, soit à la pathologie de la mère, et nous classons cette dernière dans la catégorie des césariennes de prudence. Pour ces cas-là, nous jugeons entre l’état maternel et l’état fœtal pour voir si c’est mieux de faire une césarienne pour sauver l’enfant ou encore voir est-ce que l’acte chirurgical ne va pas éviter que les complications de la mère n’évoluent vers une complication.

Est-ce qu’il y a une augmentation des césariennes au Sénégal ?
Il y a une inflation, une tendance à une augmentation des césariennes. Au cours des dix dernières années, l’Oms a établi une fourchette de 10 à 15% de taux de césarienne par rapport au nombre total des accouchements. Ces normes de l’Oms sont dépassées depuis longtemps dans les pays développés. Si nous prenons le cas de la France, elle avait un taux de césarienne de 10 %. C’était dans les années 80. En 2015, son taux est de 22%. La France avait la prévalence la plus faible en Europe. Le Royaume-Uni est à 33%. Dans l’Amérique du Nord, c’est la flambée. Le taux oscille entre 34 à 36%. Il y a des pays où des exemples sont frappants. Le Brésil est à 47 % de taux de césarienne alors qu’en Turquie, une femme sur deux accouche par césarienne. Au Sénégal, une étude réalisée par le Centre hospitalier universitaire Aristide Le Dantec dans les établissements sanitaires où la césarienne était pratiquée avait révélé une moyenne de 31% avec des extrêmes tournant entre 26 à 35%.

Est-ce que cette augmentation des césariennes a une influence sur la baisse de la mortalité maternelle et infantile ?
Il faut retenir que l’augmentation de la prévalence des césariennes n’est pas mauvaise si elle doit contribuer à baisser le taux de mortalité maternelle et néonatale. Le but recherché à travers la césarienne, c’est de baisser le taux de mortalité. Par contre, nous devons éviter que cette flambée n’influe sur la réduction de la mortalité.

Au Sénégal, selon l’Eds 5 (Enquête démographique et de santé), nous sommes à 392 décès pour 100.000 naissances vivantes. L’Afrique de l’Ouest est la région qui a le taux le plus élevé au monde. Au total, 1020 femmes décèdent sur 100.000 femmes qui accouchent chaque année, alors que ce ratio est de 36 femmes pour 100.000 naissances vivantes pour toute l’Europe. Comparaison n’est pas raison, mais il y a une grande différence. Le gap est énorme. Donc, nous avons besoin de cette pratique pour sauver davantage de vies. A Roi Baudouin, on a une longue tradition de la gratuité. Depuis 2004-2005, nous avons mis en place un kit forfaitaire pour les accouchements par voie basse et un autre pour la césarienne. Maintenant nous avons la politique de gratuité qui a facilité l’accessibilité. Je dois dire que la Cmu compense l’établissement après la présentation des états. Je dois aussi préciser que cette accessibilité est plus liée aux indications médicales qu’à l’accessibilité financière.

Lorsqu’une femme ne peut pas accoucher par voie basse et qu’on ne le fasse pas, quelles sont les conséquences auxquelles elle est exposée ?
Si elle ne peut accoucher par voie basse et qu’on ne le fasse pas, elle court le risque de rupture de son utérus. Parce qu’il y a des contractions. L’enfant ne peut pas passer par le bassin osseux. Il y a un conflit entre l’enfant et le bassin maternel. L’utérus ne va pas supporter les contractions. Il va se rompre. Et il y aura des conséquences comme l’hémorragie qui est la première cause de mortalité lors des accouchements au Sénégal. La deuxième cause, c’est l’hypertension artérielle et les autres complications. Si la femme a une hypertension artérielle, elle convulse, c’est-à-dire qu’elle fait des crises. Et si vous ne faites pas la césarienne dans l’immédiat, elle continuera à saigner, son placenta va décoller et s’en suivront des complications qui peuvent emporter l’enfant. La césarienne doit être faite au bon moment pour prévenir des conséquences fatales aussi bien pour l’enfant que pour la mère.

Propos recueillis par I. SANE

PAR AILLEURS… SAVOIRS ENDOGENES ET GESTION DES GROSSESSES : LE SECRET D’INVERSER LES CAS COMPLIQUÉS
Les détentrices des savoirs endogènes ont le secret d’inverser des cas de grossesse devant déboucher sur un accouchement césarisé. Fatou Cissé fait partie de celles qui ont réussi à soustraire des femmes des accouchements artificiels. Toutefois, elle n’a pas la solution à tous les cas.

Elles sont dans leur coin. Elles refusent de se mettre au-devant de la scène. A la Cité Fadia comme à Grand Yoff en face de l’arène Adrien Senghor, les femmes détentrices de savoirs endogènes gardent jalousement leurs secrets. Elles puisent dans leur riche patrimoine pour soigner des nourrissons et bien gérer des grossesses compliquées. « J’ai réussi à inverser certains processus d’accouchement par césarienne », confesse Fatou Cissé. Elle ne se glorifie pas de ses pouvoirs. A chaque cas inversé, elle est emplie de satisfactions. Le soulagement de ces dames traumatisées qui se présentent chez-elle est une fin en soi. La rentabilité financière n’est pas une primauté pour cette dame qui commence à blanchir sous le harnais. Mais, elle n’a pas la réponse à tout. « Je ne peux rien faire contre certains cas. Je conseille à la femme de se rendre à l’hôpital. Il y a aussi le fait que l’accouchement par césarienne peut intervenir au dernier jour avant l’accouchement », fait remarquer la conservatrice des savoirs endogènes. Elle a indexé au passage le régime alimentaire des femmes enceintes qui boivent abondamment de lait, s’alimentent avec beaucoup de viandes et de la pâtisserie qui font grossir l’enfant dans le ventre. « Je dis toujours aux femmes de prendre moins de lait, de pain et tous les aliments pouvant favoriser la prise de poids du bébé. Si ce dernier grossit dans le ventre, il est évident qu’il y aura toutes les chances que la femme accouche par césarienne », s’exprime la dame. Mme Cissé, appelée « mère jaboot », prodigue des conseils pour prévenir les accouchements artificiels. Elle regrette l’absence de collaboration entre les détentrices de savoirs endogènes et les professionnels de santé. « Les médecins nous dénient des compétences de bien prendre en charge des bébés et des grossesses. Or beaucoup de femmes viennent nous voir et sont satisfaites de notre travail », note-t-elle.

Du reste, les détentrices des savoirs endogènes jouissent encore d’une grande confiance auprès de beaucoup de femmes. La modernité n’a pas encore enterré le recours aux pratiques coutumières y compris dans de grandes villes comme Dakar.

I. SANE

ACCOUCHEMENT : LA CHIRURGIE PEUT S’IMPOSER À TOUT MOMENT ET EN TOUTE URGENCE
Deux modes d’accouchement, mêmes risques. Le gynécologue Cheikh Atab Badji minimise la différence des risques entre les deux voies de donner la vie. Au juste, il remet sur la table la probabilité de changer d’option pour un processus d’accouchement par voie naturelle déjà enclenché. « En cas de bonne maîtrise de la technique, les risques sont grosso-modo les mêmes que pour l’accouchement par voie basse. Par contre, le risque majeur de tout accouchement par voie basse, c’est de ne pas pouvoir disposer, dans un rayon acceptable, d’une unité de césarienne en cas de besoin. Car un accouchement par voie basse est en nature imprévisible. Et le recours à la chirurgie peut s’imposer à tout moment et en toute urgence », avertit-il.

I. S.

UNE CONDITION POUR FAIRE 5 CÉSARIENNES
Contrairement aux idées reçues, une femme est en mesure d’accoucher par césarienne à cinq reprises et non deux fois. Mais, il faudrait qu’elle espace ses maternités. « Une femme peut subir 5 césariennes à condition que celles-ci soient espacées », précise le Dr Sédouma Yatéra. Toutefois, deux césariennes consécutives ouvrent la porte aux accouchements par voie haute. Autrement dit, il est déconseillé aux praticiens d’exposer une femme en voulant qu’elle donne la vie par la voie basse. Les deux premières césariennes consécutives ont des conséquences sur la physiologie de l’utérus. « Il y a des césariennes liées à la cause fœtale. C’est lorsque la femme porte dans son ventre un enfant de 4 à 4,5 kilogrammes. Si on fait le rapport entre le poids et les dimensions du bassin et que l’on se rende compte qu’elle ne peut pas accoucher par voie basse, on est tenu de l’opérer », indique le gynécologue.

Par la suite, il énumère les conséquences qui peuvent survenir en cas de non-respect de ces prescriptions. « Une femme qui a été opérée deux fois de suite pour césarienne ne pourra accoucher que par césarienne pour le reste de ses grossesses. Parce que l’utérus a été cicatrisé deux fois et s’est fragilisé. Il ne faudra pas l’exposer à des contractions qui peuvent être à l’origine de complications pouvant être fatales à l’enfant et à sa mère », avertit le spécialiste.

I. SANE

AVIS D’EXPERT… DR CHEIKH ATAB BADJI, OBSTETRICIEN : « LA CÉSARIENNE EST UNE ARME CONTRE LA FATALITÉ »
Cheikh A Badji CesarienneLe gynécologue-obstétricien Cheikh Atab Badji fait l’éloge du recours à la césarienne qui reste l’alternative dans bien des cas pour sauver la vie de la mère ou du bébé. Il s’éloigne naturellement de la dramatisation de l’augmentation des césariennes. Cette technique médicale est, à son avis, une arme aux mains des obstétriciens pour vaincre la fatalité imposée par certains cas de grossesse lors des accouchements.

Cheikh Atab Badji se fait l’avocat du recours à la césarienne. Il met en avant la primauté pour sauver des vies. Le gynécologue-obstétricien tranche donc, de façon nette, entre l’accouchement naturel avec des conséquences inattendues et celui artificiel sans séquelle aucune pour la mère et l’enfant. « Que vaudrait un accouchement par voie basse dont le produit est un mort-né, ou un décès maternel, ou une fistuleuse ? » s’interroge Dr Badji. Il répond par cette exclamation : « Un gros drame social ! »

Le spécialiste vante ainsi les bienfaits d’un acte chirurgical à présenter sous un angle plus social. D’autant plus que la césarienne pèse de tout son poids dans la réduction de la mortalité maternelle et néonatale. « La peur, pour ne pas parler de diabolisation de la césarienne, moyen de recours ultime de sauvetage maternel et fœtal, arme fatale du gynécologue-obstétricien contre la fatalité, doit bénéficier d’une bonne presse afin de sauver cette frange importante de femmes victimes de leur ignorance ou des préjugés », dit Cheikh Atab Badji qui conseille de recourir à cette technique en toute connaissance et responsabilité.

Il voit ainsi une once de logique dans la hausse de la prévalence. A vrai dire, l’accroissement de la population des femmes en âge de procréer induit inéluctablement une augmentation des besoins en soins en maternité. « La hausse de la fréquence de la césarienne est un phénomène tout à fait normal. Elle est tout simplement liée à l’augmentation de la démographie, donc à la population en âge de procréation, et logiquement à la hausse du besoin de césarienne. Il est bon de rappeler, en insistant, que la césarienne est un acte médico-chirurgical qui a pour but de sauver le bébé et/ou la mère », rappelle le spécialiste.

En toute objectivité, s’exprime-t-il, la hausse de la césarienne doit être corrélée à la baisse du taux de mortalité néonatale, c’est-à-dire celui des mort-nés à la naissance. Le gynécologue relativise, dès lors, l’observation d’une ascension du recours à cette technique médicale. Il fonde son argument sur la non-satisfaction des besoins dans beaucoup de zones du monde rural où les femmes continuent de perdre la vie en donnant la vie. « Malgré cette impression de hausse du nombre de césarienne en valeur absolue, en valeur relative, le taux est encore très faible, car beaucoup de femmes meurent encore, surtout en milieu rural, en donnant la vie pour causes évitables, notamment le défaut d’accès à l’offre de services de la césarienne », note Dr Badji.

Des recours fondés sur des exigences médicales
Il objecte le rapport entre la maîtrise de cette technique médicale et une hausse de la prévalence. Pour lui, ces actes médicaux sont fondés sur les indications médicales. « La maîtrise de la technique opératoire ne saurait justifier en aucun cas un recours non motivé. La césarienne obéit à ce qu’on appelle des indications, c’est-à-dire des situations en face desquelles elle s’impose.

Dans les cas où elle s’impose, elle devient obligatoire, car la vie de la mère est directement menacée », indique le gynécologue.

Son argument est corroboré par des exemples. Il ne voit pas d’autres options que l’accouchement artificiel de la femme qui a une petite taille avec un petit bassin que ne saurait traverser un bébé de poids normal. Dans ce cas précis, affirme-t-il, l’accouchement par voie basse est impossible et toute tentative dans ce sens entraîne une déchirure de l’utérus de la femme, une hémorragie interne massive, une mort rapide du bébé et, fort probablement, celle de la maman en dehors d’une intervention rapide. En outre, l’expérience a montré que même les femmes qui ont donné la vie par voie basse à plusieurs reprises ne sont pas à l’abri d’un accouchement artificiel. « Les femmes ayant antérieurement une ou plusieurs fois accouché par voie basse peuvent se retrouver avec un gros enfant dans le ventre. Ici, les risques chez la mère et le bébé sont identiques au cas précédent. Bref, il y a plusieurs indications de césarienne obligatoire », poursuit le spécialiste des soins obstétricaux.

Dans d’autres cas, l’accouchement artificiel est motivé par le souci de sauver l’enfant. En fait, physiquement, la femme peut accoucher par voie basse. Toutefois, la probabilité de la mort du bébé à la naissance ou une situation de « détresse avancée » avec une admission à la crèche pour les soins intensifs incite les praticiens de santé à ne pas prendre des risques. « Nous mettrons également dans ce registre les cas de césarienne de prudence où l’accoucheur, en parfaite connaissance des aléas de tout accouchement par voie basse, prend l’option de sortir le bébé par voie haute pour ne pas prendre de risque. C’est le cas des grossesses dites « précieuses ». Comme exemple, nous donnerons la femme de la quarantaine, presque aux abords de la ménopause, qui fait sa première grossesse soit du fait d’une longue stérilité, soit d’un mariage tardif, situation devenue fréquente, car les femmes se marient de plus en plus tardivement », détaille le gynécologue.

Les spécialistes font aussi recours à cette technique pour les femmes au seuil de la ménopause et qui n’ont pas beaucoup de chances d’avoir plusieurs grossesses. L’obstétricien, confie Cheikh Attab Badji, se dit qu’il est plus prudent de sécuriser cette naissance par césarienne, car une prochaine chance reste biologiquement peu probable.

L’heure des naissances sécurisées
L’argument du gynécologue-obstétricien sent l’invite à suivre l’évolution du temps. Il ne sert à rien d’exposer la femme aux complications et à faire souffrir le bébé. « L’époque n’est plus celle des accouchements par voie basse coûte que coûte au risque de s’en sortir avec des séquelles comme des fistules ou les souffrances du bébé. L’heure de la qualité des naissances a sonné avec l’issue d’un bon produit de conception, d’un enfant qui naît sans grand dommage », déclare Dr Cheikh Atab Badji. Pour lui, cette technique médicale reste le remède de cheval contre les complications liées à l’accouchement et aussi « l’arme » inespérée pour combattre les mortalités liées à la naissance. C’est pour toutes ces raisons que la société doit avoir un regard positif sur l’augmentation des césariennes. « Il faut concevoir la césarienne comme une solution et non un problème. Beaucoup de vies de mères et de bébés tombent parce que ces braves femmes n’ont pas la chance de bénéficier de la césarienne. La question doit porter plutôt sur comment faire pour que la femme puisse bénéficier de la césarienne en cas de besoin. C’est cela qui permet de gagner la bataille contre la mortalité maternelle », oriente-t-il.

I. SANE

RENDEZ-VOUS AVEC… PR CHEIKH NIANG, SOCIO-ANTROPOLOGUE A L’UCAD : « IL Y A UN ÉCHEC DANS LA PRÉPARATION PHYSIQUE DE LA FEMME »
Cheikh Niang CesarienneDans son bureau-bibliothèque au Brgm (Bureau des recherches géologiques et minières) de l’Ucad, le socio-anthropologue Cheikh Niang nous expose d’emblée 4 livres qui brossent le sujet des accouchements. En se fondant sur les auteurs et sur les travaux, le chercheur fait une analyse sans complaisance de la délivrance artificielle. La hausse de cette dernière est la résultante de l’échec de la préparation physique et physiologique de la femme à subir l’exercice initiatique.

Professeur, dans le cadre de vos recherches, vous vous êtes intéressés aux questions liées à la santé comme la maternité. Quelle analyse faites-vous de l’augmentation des accouchements par césarienne au Sénégal ?
Il y a d’abord le fait que ce n’est pas un accouchement naturel. Il n’est certainement pas sans conséquence sur le corps de la femme et sur son vécu d’une manière générale. Mais, pour comprendre le phénomène, il faut le contextualiser et voir par quel processus on est arrivé à cet état de fait. A l’échelle internationale, nous avons des taux d’acception complètement différents au Brésil, en Hollande, en Suède… Je pense qu’il y a un engouement, une tendance à accepter la césarienne du fait qu’il y a une préparation, des influences de la promotion et de sa médiatisation. Donc, il y a une sorte de conditionnement. Ensuite, l’image de la césarienne qui a été projetée est celle d’une pratique médicale pratiquement sans risque. On n’a pas suscité la vigilance, la suspicion sur la césarienne. En plus, il y a le fait qu’elle est réservée à une catégorie de la population considérée plus ou moins éduquée et privilégiée. Or si nous reposons le problème sur un autre angle, nous pouvons bien promouvoir l’accouchement par voie naturelle. Mais, cela suppose un suivi qui va bien au-delà de la grossesse.

Pouvez-vous être plus explicite sur le suivi qui va au-delà de la grossesse ?
Si nous regardons dans des cultures africaines, la préparation à l’accouchement commence dès l’enfance. Cette phase de préparation et ce processus de socialisation ne sont pas reconnus par les systèmes officiels. Qu’est-ce que cela veut dire ? Si nous regardons dans la littérature anthropologique, de façon spécifique l’anthropologie physique, l’accouchement est un produit social.

Des changements ont commencé à s’opérer dès le paléolithique. L’Homo sapiens a pris la posture debout. Il s’est posé un problème de délivrance. Cette posture debout de l’homme va être accompagnée de l’augmentation de la taille du cerveau alors que la place de l’utérus va changer. Ce processus n’est pas suivi par l’augmentation de la taille de l’utérus. L’augmentation du cerveau n’est pas accompagnée par l’élargissement de l’utérus. C’est pour cela que les femmes africaines ont travaillé depuis des millénaires à résoudre ce problème. Il fallait conditionner la femme, la préparer physiquement dès la naissance, développer certaines parties de son corps et travailler sur les techniques d’accouchement, notamment la posture accroupie. Lorsqu’on parle d’accouchement, on dit que l’enfant est tombé. C’est comme un fruit mûr qui tombe. Et il y a une personne qui vient le ramasser. Il est attiré vers le bas par l’attraction universelle. Il y avait une préparation physique et physiologique de la femme pour faciliter l’accouchement. C’est un long processus. Je peux aussi ajouter que durant la grossesse, l’un des défis, c’est le contrôle de la respiration. La femme va subir des pressions. Elle sera formée pour qu’elle puisse contrôler sa respiration par la pratique du puisage, le fait de piler. Les vieilles femmes ont réussi à cultiver les interdits alimentaires. La femme enceinte est tenue de ne pas prendre des aliments qui la font grossir et fait grossir le fœtus. En somme, il y a beaucoup d’exercices physiques auxquels elle était soumise et qui l’aidaient le jour de la délivrance. Mais, on a reproché au système traditionnel de surmener des femmes. Ces reproches sont formulés par le système dit moderne.

A travers cette analyse, on peut comprendre pourquoi la femme traditionnelle n’est pas encline à favoriser la césarienne. Parce que quelque part, la femme sort diminuée de l’accouchement artificiel. La césarienne, c’est aussi l’échec de la préparation physique et physiologique, de sa capacité à connaître son corps, à l’écouter, à faire des diètes alimentaires. Le phénomène ne doit pas être perçu comme un indicateur de performance, mais un échec de la préparation physique de la femme. C’est un échec de ce qu’on devait faire avant et pendant la grossesse. La césarienne devrait être la toute dernière opération à faire lorsqu’on n’a pas le choix, lorsqu’il faut sauver des vies. Elle ne doit pas servir à soustraire la femme des douleurs.

Pouvons-nous déduire que la construction de l’image de cette pratique médicale s’est faite au détriment de nos savoirs endogènes ?
D’une manière générale, la « modernité » est construite sur la base de la dévalorisation de nos savoirs traditionnels. On ridiculise les pratiques de préparation et les méthodes traditionnelles de délivrance des sociétés africaines. On considère ces organisations comme primitives. En fait, cela prolonge les rapports culturels politiques projetés dans des sciences médicales. Les sciences biomédicales ne sont pas neutres. Elles portent une charge coloniale. C’est précisément contre cela qu’il faut se réorganiser et montrer qu’il faudrait les améliorer du point de leur opérationnalisation, mais ils sont pertinents du point de vue des concepts. La « modernité » a été construite en dévalorisant notre héritage, notre savoir traditionnel et des héritages non européens. Nous avons un système qui évolue dans une société en crise en prenant le parti pris de ce qui domine. Ce n’est pas étonnant que l’Afrique reste le continent qui a le taux de mortalité le plus élevé au monde. Aujourd’hui tout doit être débattu et de manière approfondie.

Beaucoup de femmes accouchent par césarienne. Est-ce qu’il n’y a pas un effet de mimétisme ?
Les sociétés ne sont pas homogènes. Certaines femmes éduquées ont tendance à préférer la césarienne. Elles peuvent, dans une certaine mesure, influencer d’autres parce que dans une société, il y a souvent une quête de modèles. On veut souvent imiter les comportements auxquels on aspire. Cette influence peut être observée chez la catégorie intermédiaire, c’est-à-dire chez celles qui ont un niveau d’études moyen. Par contre, il est fort probable que plus le niveau d’instruction est élevé et moins elles vont accepter la césarienne. Les deux extrêmes vont se toucher.

Mais, cela ne suffit pas pour enclencher la manière de voir les choses.

Propos recueillis par I. SANE

TRANCHE D’HISTOIRE… HOPITAL ROI BAUDOUIN : LE BÉBÉ DE LA COOPÉRATION BELGE
Hopital R BaudoinCréé au début des années 80, l’hôpital Roi Baudouin de Guédiawaye est le berceau de la lutte contre la mortalité maternelle et infantile dans la banlieue dakaroise. Il ne faut pas y voir un lien avec le Roi Baudouin qui était orphelin de mère à l’âge de 5 ans et l’enfant mort-né de la Reine Fabiola en février 1962 et ses deux fausses couches.

L’hôpital Roi Baudouin a été fabriqué de toute pièce par les Belges. L’ancien centre de santé de référence était la limite du quartier de Guédiawaye. C’était dans les années 1980. L’établissement qui dépendait du grand département de Pikine avait une vocation précise. « Le centre de santé de référence a été construit et équipé par la Coopération technique belge. Les médecins étaient des Belges, les infirmiers et les sages-femmes étaient des Sénégalais », informe Ndiamé Sow qui avait travaillé dans le grand district de Pikine.

Implanté dans un milieu défavorisé, l’établissement avait une mission de dimension sociale et sanitaire. L’accessibilité financière et géographique aux soins de santé des habitants de cette partie de Dakar avait guidé le choix du site et fondé sa mise en place. « Roi Baudouin a été réalisé dans le but de faciliter l’accès aux soins, la lutte contre les maladies hydriques. L’établissement avait une longue tradition dans ce domaine. Mais, la structure s’est distinguée, depuis sa création, dans la lutte contre la mortalité maternelle et infantile », rapporte M. Sow.

La dimension particulière accordée à la lutte contre la mortalité maternelle et infantile peut rappeler la perte de la mère du parrain et les fausses couches de la reine Dona Fabiola de Moya.

Cette bonne réputation a été conservée au fil des années. Les Belges avaient préparé les praticiens sénégalais à prendre leur destin en main. Juste avant la fin de la coopération, les sages-femmes et les infirmiers avaient pris le soin de former des Sénégalais. « Avant la fin de la coopération, entre 1992 et 1993, les Belges ont formé tous les sages-femmes et les infirmiers du département de Pikine dans un grand institut de formation en Belgique. Ils ont reçu des formations en médecine tropicale et en santé publique », raconte Ndiamé Sow.

L’espacement des naissances et la lutte contre la malnutrition faisaient partie des axes d’intervention prioritaires du centre de santé érigé en hôpital de niveau 1 à la faveur de l’application des revendications des organisations syndicales. C’est le décret n°2010-774 du 15 juin 2010 qui a changé le statut de Roi Baudouin en même temps ceux de Youssouf Mbargane de Rufisque, de l’Institut d’hygiène et de Santé (ex-Polyclinique), de Ndamatou de Touba ainsi que des centres de santé de Tivaouane, Mbour, Linguère, Kaffrine, Richard-Toll et Sédhiou.

I. SANE

Dans une totale discrétion, comme à son habitude, l’Armée est en train d’abattre un travail essentiel. Peu adeptes de la parole, les militaires sont plus orientés à l’action. Au-delà de leur mission régalienne de défense des territoires, les hommes en tenue s’illustrent également sur bien d’autres fronts dans la société. L’Armée fait aussi dans le social, l’assistance et l’entraide. La jeunesse, vivier de l’Armée, participe également à la fête nationale célébrée demain, contribuant au sentiment de communion du peuple avec ses Diambars.

HOMMAGE À NOS DIAMBARS
Pr defile 17L’Armée est, depuis longtemps, surnommée «la Grande muette». La pratique du silence attachée à l’institution militaire s’enracine dans un lointain passé. La grande muette se plait dans son silence. Elle ne le rompt jamais. Le devoir de réserve prime chez ces valeureux patriotes. Dans la discrétion et une efficacité incomparables, elle avance dignement. Au péril de leur vie, ces vaillants patriotes appelés militaires, en compagnie des autres forces de sécurité, défendent la République. Toujours rompus à la tâche, toujours prêts à servir.

En ce jour anniversaire de l’Indépendance, l’armée va parader, accompagnée de toutes les composantes de la sécurité publique et des civils. Une occasion de nous montrer, dans la discrétion et l’efficacité, ce qu’elle a de plus digne. Ici, devant les feux des projecteurs, il nous est, à tous, permis de voir de plus près, l’important travail abattu par ces hommes de l’ombre. Et pourtant, loin des projecteurs, d’autres militaires, dans les camps, aux frontières voire à l’extérieur, défendent la République. A l’extérieur, ils sont les dignes ambassadeurs du pays. Loin de leur progéniture, de ceux qui leur sont chers, ils se distinguent par leur attachement patriotique, leur sens poussé de la République, leur courage et leur grandeur d’âme.

Ils incarnent les vertus attendues d’eux : courage, honneur et sens du sacrifice. Toujours prêts à aller au front. Aux nombreuses privations causées par l’absence, s’ajoutent les souffrances affectives profondes. La mobilisation des hommes entraînent des situations de séparation, d’isolement. La solitude et la souffrance de l’absence de l’autre, du mari, du fils, sont une caractéristique récurrente dans l’armée. «On nous tue, mais on ne nous déshonore pas !». Que ces hommes de valeur reçoivent la reconnaissance du peuple.

Par O. BA et O. FEDIOR

DEVELOPPEMENT DU PAYS : QUAND L’ARMÉE MET LA MAIN À LA PÂTE
Au-delà de l’instruction purement militaire, les démembrements de l’Armée comportent d’autres volets non moins importants, mais jusque-là méconnus du grand public. Parmi eux, il y a le concept «Armée-Nation», c’est-à-dire la participation au développement du pays.

«Il s’agit de préparer la jeune recrue à occuper une fonction opérationnelle et de développer chez lui un sentiment citoyen par la pratique de vertus civiques », explique le colonel Abdou Ndiaye, Directeur de l’information et des relations publiques des armées (Dirpa). Et les premières réalisations sont plus que satisfaisantes. Selon le Dirpa, 60 forages ont été réalisés par la direction du génie, en collaboration avec le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc). «La direction du génie et de l’infrastructure des armées compte, à son actif, des dizaines de travaux d’infrastructures et d’ouvrages à travers le territoire national. Aujourd’hui, elle est engagée dans une vaste opération de reconstruction de la Casamance par la dépollution des espaces et la réhabilitation des villages pour permettre un retour, en toute quiétude, à une vie socioéconomique.

Son apport, dans le Pudc, est aussi salutaire. Le génie militaire a réalisé une soixantaine de forages, matérialisant ainsi la satisfaction d’un des besoins sociaux de base des populations de contrées lointaines. Ce projet, au-delà de permettre à ces populations d’accéder à l’eau potable, permet d’améliorer la productivité agricole», explique-t-il. Parallèlement, la direction du génie est en train d’aménager une surface globale de 432 hectares à Tambacounda et 2.850 Kolda au profit de la direction de l’horticulture du ministère de l’agriculture. «Ainsi, vu sous l’angle militaire, le lien Armée-Nation n’est ni de la rhétorique, ni une vue de l’esprit, mais une réalité tangible de l’esprit», salue le Colonel Ndiaye.

O. BA et O. FEDIOR

PENSIONS ET PRISE EN CHARGE : LE SOCIAL AU CŒUR DE L’ARMÉE
Armee SanteMême s’ils sont réputés grands muets, force est de reconnaître que le traitement des militaires n’était pas à la hauteur de leurs actions. Malgré l’existence de la coopérative militaire de construction (Comico), la mutuelle des armées, la valorisation de la condition militaire constitue une priorité du commandement et des pas importants ont été franchis.

Selon le lieutenant-colonel Cheikh Ahmadou Bamba Diène, chef du service des intendances régionales à compétence générale (Ircg) de la direction de l’intendance des armées, sur le volet social, depuis 2012, «sous l’impulsion du commandement, des mesures phares ont été prises par le président de la République, chef suprême des armées. Parmi elles, le rengagement de 2.269 militaires qui avaient une position qu’on appelait des «maintenus» ensuite, il y a eu un décret sur les inaptes au service armé, par suite d’opérations de guerre ou assimilées, avec l’octroi d’un montant forfaitaire de dix millions de FCfa. Il y a aussi le relèvement du taux de l’indemnité journalière d’opérations (Ijo) des militaires engagés en zone militaires n°5 et 6. Il y a le pécule mensuel des élèves officiers et enfants de troupe aussi qui a été relevé. La solde spécial servi aux aspirants, aux sous-officiers et aux militaires du rang aussi a été relevé. L’indemnité de responsabilité ou de commandement a été créée et les charges militaires ont été généralisées à 50% de la solde de base pour tous les militaires à la solde mensuelle et à la solde spéciale progressive, détaille-t-il.

L’autre mesure qui a soulagé bon nombre de militaires, c’est sans doute celle modifiant la loi n° 81-52 du 10 juillet 1981, portant code des pensions civiles et militaires de retraite, remplacée par la loi n°2017-25 du 13 juillet 2017. «Avec cette loi, les militaires invalides qui n’ont pas suffisamment d’années de service effectif leur permettant de bénéficier d’une pension de retraite et qui sont rayés des cadres pour infirmité d’un taux supérieur ou égal à 85%, suite à une opération de guerre ou assimilée, ont les mêmes avantages que les agents civils en retraite. Il y a aussi la loi portant code des pensions militaires d’invalidité qui a été modifiée et le nombre de points aussi bien des veuves d’invalidée et des invalides simples, des grands invalides que des grands mutilés a été augmenté respectivement de 100, 300 et 600 points», explique le colonel Diène.

O. BA et O. FEDIOR

SAMB, UN BLESSÉ DE GUERRE « RECONNAISSANT »
Lorsqu’il évoque ses «plus rudes batailles», le vétéran que nous appellerons Samb se remémore de plusieurs champs de combat. Cet ex-soldat d’infanterie, blessé de guerre, a plusieurs fois été mobilisé, dans différents théâtres d’affrontement. Après avoir dignement rendu service à sa Nation, cette dernière s’est voulue reconnaissante. Le traitement de sa jambe amputée, en plein théâtre d’opération, a été entièrement pris en charge par l’Armée. Aujourd’hui, il bénéficie d’une prime de motivation, en plus de son salaire mensuel, resté intact. Le soldat blessé ne regrette nullement son engagement. Au contraire, c’est une source de fierté. D’ailleurs, il encourage fortement ses fils, à intégrer l’armée, une fois leurs études achevées.

Toutefois, reconnaît-il, certains de ses compères, anciens combattants blessés de guerre, souffrent d’anxiété et de traumatisme. «Pour certains d’entre nous, ce qu’ils ont inconsciemment refoulé pendant leur déploiement ne les quitte plus, même à leur retour», souligne-t-il. «Ce syndrome est très rare mais sévit pour certains et les touche fortement», résume, amer, ce quarantenaire qui a envisagé de reprendre ses études pour s’insérer dans un autre secteur de l’armée. Son exutoire, il l’a trouvé dans les photos. Il aime à regarder les quelques rares clichés qu’il a gardés de la forêt, alors en plein de champ de combat. «Le fossé se creuse parfois entre la société et d’anciens soldats blessés, incompris et se sentant stigmatisés». Droit dans ses bottes, «Samb» dit ne rien regretter et encourage une meilleure reconnaissance des anciens soldats.

O. B. et O. F.

HAUSSE DES PENSIONS, UN DOSSIER EN COURS DE FINALISATION
Annoncé par le Chef de l’État, adopté en Conseil des ministres et à l’Assemblée nationale, la mesure portant revalorisation des pensions militaires de retraite et d’invalidité, n’est toujours pas appliquée. Selon Mme Koyli Mbodj, vice-présidente de l’association des veuves des Diambars, «une telle mesure permettrait aux familles de souffler. Nous n’avons pas de toit. La pension que nous percevons actuellement ne nous permet pas de couvrir les charges. Certains de nos époux sont partis jeunes et n’ont pas pu réaliser leurs projets, mais encore faudrait-il qu’elle soit effective », alerte-t-elle. Mais selon colonel Lamine Keïta, directeur de l’action sociale des armées (Dasa), le dossier est en cours et «ne devrait pas tarder à être finalisé».

O. B. et O. F.

IBRAHIMA MAKALOU CISSE : CRI DU CŒUR D’UN RESCAPÉ DU CRASH DE 1991
Makalou Cisse RescapeA première vue, rien d’Ibrahima Makalou Cissé, un des trois rescapés du crash qui a coûté la vie à 93 Diambars, le 21 mars 1991 ne laisse présager qu’il s’agit d’un homme qui a frôlé la mort, tellement il déborde d’énergie et de sourire. Pourtant, derrière ce blouson et cette casquette bien vissée, se cachent un cœur meurtri et une peau entièrement calcinée et qui a subi plusieurs greffes. «C’étaient des blessures indescriptibles, j’avais la poitrine presque coupée en deux. La partie droite de mon corps était calcinée. Il fallait enlever toute cette chair et faire des greffes chaque semaine. Je pensais ne plus marcher», explique-t-il. Mais si Ibrahima garde encore de l’espoir de lendemains meilleurs, «c’est parce que, dit-il, les autorités sont conscientes de la situation. Le ministre de tutelle s’est montré très disposé à nous aider. Il nous a reçus. Mais nous attendons encore des actes. Nous ne demandons pas l’impossible », souligne-t-il.

O. B. et O. F.

COLONEL LAMINE KEITA DASA, DIRECTEUR DE L’ACTION SOCIALE DES ARMEES : « 80 MILLIONS DE FCFA SONT ACCORDÉS À LA FÉDÉRATION DES VEUVES ET ÉPOUSES »
Directeur de l’action sociale des armées, le colonel Lamine Keïta estime qu’à travers les actes posés, au quotidien, par le commandement, le social est devenu une réalité. Selon lui, même si la demande sociale, dans les armées, est de plus en plus croissante, le commandement multiplie les efforts pour une meilleure prise en charge des militaires et de leurs familles. «Dans le pôle social, il y a des acteurs clés qui travaillent en synergie, comme la Fondation des invalides et mutilés militaires (Fimm). Récemment, un militaire avait un souci au genou et il y avait deux options : soit lui amputer la jambe et il devient un mutilé ou l’amener à l’hôpital de Malte et essayer de traiter le genou. Quand j’ai interpellé les différents acteurs du pôle social, chacun a dit ce qu’il pouvait faire et nous avons pu réunir les moyens nécessaires pour l’opérer», se réjouit-il.

L’intendance des armées fait les dossiers des pensions des veuves et des malades pour les aider à accéder à leurs droits. Aux veuves musulmanes, chaque année, nous leur donnons un mouton et pour les chrétiens des denrées à l’occasion des fêtes de Pâques et de Noël. Il y a aussi la Fédération des veuves et épouses qui sont des porteurs de projets financés par le commandement. Le dernier financement est allé jusqu’à 80 millions de FCfa, révèle le colonel Keïta.

O. BA et O. FEDIOR

SCEAUX, DRAPEAU, DEVISE, HYMNE NATIONAL : « LES SYMBOLES DE LA RÉPUBLIQUE QUI RENFORCENT LE PATRIOTISME »
Pr SymbolesA l’occasion d’une visite effectuée à Thiès, le capitaine Mouhamadou Moustapha Sylla, directeur de stage et appui des volontaires aux communes est revenu sur l’importance des armoiries du Sénégal.

Elles sont composées de deux parties. «Dans la partie gauche, sur un fond rouge, figure un lion et, à droite, sur un fond jaune, un baobab. Au centre de la partie supérieure, une étoile à cinq branches. Le lion est un symbole du pouvoir », explique-t-il. Quant au drapeau, il constitue, selon le capitaine Sylla, un «symbole fort d’identité nationale ». Il incarne «les nobles valeurs de solidarité, de cohésion, d’esprit de sacrifice, mais également de dignité et de fierté». Et surtout, « il permet à tout citoyen sénégalais de se retrouver pleinement dans la quintessence de son emblème national», rappelle le directeur de stage et appui des volontaires aux communes. La devise du Sénégal : «Un Peuple, Un But, Une Foi», exprime la « force morale et l’engagement de tous les citoyens, dans l’unité et la solidarité », souligne le capitaine Sylla. «Un Peuple» qui traduit notre volonté de vivre ensemble, en harmonie, dans l’unité et la solidarité. «Un But» qui exprime l’engagement dans la dynamique de la construction nationale. «Une Foi» qui traduit la conviction et l’espoir qui sous-tendent un idéal de réussite et de développement.

Alors que l’hymne du Sénégal incarne, à travers les couplets et refrains, « les idées et valeurs cardinales propres au peuple sénégalais. Il promeut l’unité nationale dans la diversité, du patriotisme, de la fraternité, de l’enracinement de l’ouverture, de la défense nationale et du travail », explique le capitaine Sylla.

O. B. et O. F.

JEUNESSE ET 4 AVRIL : UN PATRIOTISME « SOFT »
Entre les jeunes d’une vingtaine d’années, familiers des réseaux sociaux et les cadres d’un âge plus avancé, la fracture quant à l’intérêt porté à la célébration du 04 avril est de plus en plus grande. La perception de l’importance de cette journée varie selon la génération.

09h. Fass Mbao est mue dans le silence. A cette heure de cours, les alentours de l’école Educazur offre un calme plat. Quelques va et vient sont notés. De petits groupes se forment par affinité. Aïda, Astou et Mbene sont des élèves en classe de troisième. Les jeunes demoiselles âgées de 16 ans doivent passer le Bfem cette année. L’obtention de ce diplôme leur ouvrirait les portes du lycée. Leur complicité est perceptible. Les éclats de rire, les sourires et la cohésion des échanges attestent, à plus d’un titre, de la franchise de leur compagnonnage. A la question de savoir ce que représente, à leurs yeux, la date du 04 avril ? Elles servent une réponse similaire. «Il s’agit du jour de la célébration de l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale», répondent-elles. «Nous sommes toutes tenues de le savoir», ajoute Mbene, car «c’est inscrit dans le programme scolaire», poursuit-elle.

Majorettes 17La même réponse est servie par l’ensemble du groupe. La date est donc unanimement retenue. Que faites-vous, le jour du 04 avril ? Rien de spécial, répond Astou, sur un fond de sourire. C’est un jour comme les autres, ajoute-t-elle. Cette thèse sera appuyée par ses deux congénères. Le symbolique, le défilé, la mobilisation des forces de la République? Le décor semble laisser indifférente la bande de jeunes filles. Quelques minutes supplémentaires de conversation suffisent pourtant à nous en convaincre : malgré leur indifférence pour le jour de la célébration de l’Indépendance, les filles se réclament patriotes, jusqu’au bout des ongles. Elles se situent plutôt aux avant-postes d’une tendance émergente que l’on pourrait qualifier de «patriotisme cool». De quoi s’agit-il ? Une manière d’être Sénégalais qui, loin du discours républicain, est axé sur des référents communs tels que le sport, l’entraide, la solidarité.

Un peu plus loin, un autre décor se dégage. Une route goudronnée, de hauts murs couverts de graffitis, des jeunes à peine âgés de 18 ans sont attablés, en face de la route nationale. Ils sirotent calmement leur «café Touba». Les discussions tournent autour du sport. Au menu : les matches de League des champions, les chances de l’équipe nationale du Sénégal à la Coupe du monde et l’évolution de la lutte sénégalaise. Ici, la célébration de la journée du 04 avril n’est point inscrite au débat. Certains avouent volontiers ne pas en connaître le contenu, encore moins la signification.

C’est le cas de Massamba Dieng, un jeune homme, apprenti menuisier, âgé de 19 ans. «Très franchement, je ne connais pas la signification de cette journée. Je vois certes à la télévision des militaires en train de défiler. Mais, je n’en sais pas davantage», informe- t-il. Le rire moqueur de son voisin laisse présager qu’il en sait peut-être davantage que son ami. Pathé est élève en classe de Terminale. Le jeune garçon envisage d’intégrer les rangs de l’armée. Pathé, âgé de 18 ans, assure suivre, avec beaucoup d’enthousiasme, ce jour empli de solennité. Sous peu, il rêve, lui aussi, de se retrouver à la place de ces vaillants soldats, digne incarnation «des défenseurs de la République», souligne-t-il.

Modou Sall, un nostalgique du défilé
Les trompettes et clairons qui sonnent à l’arrivée du président de la République, les tambours qui retentissent donnant le frisson lorsque les élites de l’armée sénégalaise défilent au pas devant un parterre de personnalités, demeurent encore des moments importants aux yeux de Modou Sall, 50 ans. Cet ancien cadre de l’administration sénégalaise trouvé à Derklé aime à se remémorer de sa tendre enfance, à travers ces images. «Le défilé du 04 avril est le point fort des cérémonies de la fête nationale. Il met, chaque année, en avant, des régiments de militaires qui paradent», souligne-t-il, sur un ton nostalgique. Aussi loin que se souvient ce père de famille, le 04 avril a bercé son enfance. «Papa amenait, tôt le matin, toute la famille assister au défilé militaire», relève-t-il. «C’était une manière de nous transmettre cette flamme de fierté d’appartenir au Sénégal», ajoute le cinquantenaire. «Cette cérémonie exprime une reconnaissance envers les soldats qui risquent leur vie, chaque jour, pour garantir la sécurité de toute la population sénégalaise», rappelle Modou Sall.

A son tour, il a érigé en règle les mêmes valeurs que lui avait inculquées son défunt père. Il fait partie de ces Sénégalais qui assistent, chaque année, au défilé militaire. « Je me lève tôt le matin, accompagné de ma fille âgée de 12 ans et de son petit frère de 7 ans pour aller assister au défilé militaire». Un devoir de «legs» qu’il tient à pleinement assumer.

O. B. et O. F.

BATAILLON DES COMMANDOS DE THIES : DANS « L’ANTRE SACRÉ » DE CES BAROUDEURS TRÈS SPÉCIAUX
Commando 1Sur terre, dans l’eau, dans les airs, sous-bois, au corps-à-corps, au fusil, à l’arme blanche, les commandos sénégalais excellent partout. Ils synthétisent à eux seuls tout le savoir-faire militaire.

Dans presque tous les théâtres chauds, les codos sont en première ligne. Immersion au camp feu lieutenant Mamadou Konté, bastion de cette force d’élite.

Le plus fort du groupe a fini d’installer la tyrolienne pour permettre aux autres de franchir l’obstacle en hauteur. Le premier élément accroche sa ceinture appelée « assurance » sur le câble et se lance dans le vide. Au bout de quelques secondes, il atteint l’autre côté, descend tout doucement à l’aide d’une corde avant de se détacher. Le second élément le suit. Mais au cours de sa progression sur le câble de franchissement, il fait un réchappe mais est accroché par « l’assurance ». Avec force et technique, il manœuvre pour se rétablir sur la corde et poursuivre sa progression. Le troisième élément s’y met. A mi-parcours, il pique un malaise et devient inconscient. Heureusement, il est tenu par « l’assurance », mais reste suspendu dans les airs. Un autre élément vient à son chevet avec tout son matériel. Il a 7 minutes pour le secourir parce que le baudrier qui le tient empêche la circulation sanguine. Arrivé à sa hauteur, il fait un nœud d’arrêt sur un moucheton du câble puis libère son sac. Il fait ensuite une pédale pour aller le chercher. Il le soulève, le dégrafe et le fait descendre à partir du haut. Les éléments qui ont déjà franchi l’obstacle viennent le prendre. Les commandos ne laissent jamais un élément sur le terrain.

Nous ne sommes pas dans un film d’action où les acteurs, avec l’aide du réalisateur, traversent de façon spectaculaire les montagnes escarpées et autres douves. Nous sommes bien dans la réalité à Thiès, au camp Mamadou Konté, bastion des commandos de l’armée sénégalaise. Ici, ces forces d’élite souvent appelées à opérer dans des théâtres difficiles, sont entrainées à toutes les techniques, tactiques et procédures commandos. Pour eux, les obstacles ne doivent pas empêcher l’accomplissement d’une mission qui est sacrée à leurs yeux. C’est la raison pour laquelle ils se préparent à toutes les situations possibles sur un théâtre d’opération. « La guerre se prépare en temps de paix. Vous voyez que le commando, il est autonome. Il a tout son matériel avec lui. D’où la nécessité d’être très fort pour être dans ce corps. Nous sommes appelés parfois à œuvrer seul face à des obstacles. Donc on doit s’entrainer à toutes les situations parce qu’une fois en mission c’est le terrain qui commande », souligne le lieutenant Erick B. Hassine, chef de section à la troisième compagnie et instructeur.

Commando un jour, commando pour toujours !
Un commando est un militaire d’élite. S’il descend sur le théâtre d’opération c’est parce que la situation n’est plus sous contrôle. Au bat ’codos, les éléments se préparent à toutes sortes d’interventions. Ils sont hyper-entrainés et effectuent des exercices de maintien au quotidien. « Un commando se sent plus fort que tout le monde de par sa formation. Parce qu’on lui demande ce qu’on ne demande pas aux autres. La mission commando n’est pas la même que celle d’une autre compagnie territoriale », explique le capitaine Ibra Gningue, officier social du bataillon des commandos de Thiès. Ce codo comme on les appelle communément a blanchi sous le harnais. D’habitude c’est après la formation commando que les gens commencent vraiment à aimer ce bataillon et épouser l’esprit du corps. Mais lui, il avait déjà acheté son béret commando qu’il arbore fièrement depuis 1982 avant même de sortir de l’école. Il a roulé sa bosse partout. En 1993, il a même sauté sur une mine en Casamance. « Quand on est commando on ne peut plus évoluer ailleurs que dans ce genre de milieu. Même si tu vas ailleurs, tu as toujours cet esprit codo », soutient cet officier qui assure en même temps la base arrière du bataillon engagé en Gambie.

Au-delà de la mission classique de tout bataillon d’assurer la libre circulation des personnes et des biens, la mission des commandos est d’intervenir partout sur le territoire national pour s’occuper d’un ennemi qui aurait violé l’intégrité du sol sénégalais. Soit pour le détruire, soit le repousser au-delà de la frontière en lui infligeant le maximum de pertes. « Nous avons aussi des missions particulières comme par exemple la conquête d’une tête de pont ou l’attaque d’un objectif d’intérêt stratégique au sein du dispositif ennemi, y mener des raids mais aussi de participer à la formation des écoles et unités aux techniques et entrainements commandos », souligne le capitaine Gningue. Même, au-delà de nos frontières, là où c’est difficile, on fait souvent appel à eux. C’est le cas en 1998 lors de la sanglante opération Gabou, du nom de l’intervention des armées sénégalaises au Guinée Bissau pour combattre les mutins du général Ansoumana Mané. Les commandos étaient aussi en première ligne lors des opérations Fodé Kaba 1 et 2 en Gambie. C’est d’ailleurs lors de l’opération Fodé Kaba 2 que le lieutenant Mamadou Konté, dont le bataillon porte aujourd’hui le nom, et ses hommes ont péri lors du clash de l’hélicoptère des commandos en pleine mer.

Cette crème militaire a aussi fait une importante contribution lors de la récente mission de la Cedeao pour le rétablissement de la légalité constitution en Gambie. C’est d’ailleurs l’une grande satisfaction du lieutenant Henry Sarr, commandant de la 3e compagnie des commandos. « La plus grande fierté que j’ai eue en tant que commando est ma participation au rétablissement de la légalité constitutionnelle en Gambie en janvier 2017. C’était original. Avec des chefs et des soldats professionnels, nous étions applaudis partout où nous sommes passés de Madina Ba au State house en passant par Birkama, Youdoum etc. Tout le monde s’était préparé à une guerre, mais nous n’avons pas tiré un coup de feu », se félicite l’officier commando.

Un corps qui s’adapte aux réalités du moment
Parmi les innovations apportées au corps des commandos, le capitaine Gningue relève une certaine spécificité des unités au sein du bataillon. « Nous avons une première compagnie de commandos qui est spécialisée dans les opérations aéroportées. Cette unité peut être larguée en sein du dispositif ennemi pour y mener un combat. Les commandos sautent d’un hélicoptère à une certaine hauteur sans utiliser de parachutes. La deuxième compagnie est spécialisée dans les opérations nautiques. Les éléments peuvent combattre dans des zones marécageuses et des zones où il y a beaucoup de coupures, s’y infiltrer pour y mener des raids. La troisième compagnie est une unité qui est entrainée en vue de mener des combats en zone forestière, urbaine ou mener des opérations anti-terroristes », mentionne-t-il.

Les commandos sont aussi entrainés aux Techniques d’intervention opérationnelles rapprochées. Quand un codo est ceinturé au cours d’un corps-à-corps, il peut se dégager et envoyer l’ennemi à terre. Quand il est pris par derrière, il peut se retourner pour neutraliser son adversaire. Quand il est attaqué avec une arme, il est en mesure de désarmer son vis-à-vis et de lui chiper l’arme. « Nous sommes à tout moment prêts. La route de l’inconnue est bien connue ici. Amènes quelque chose et tu trouveras la réponse », avertit le Lieutenant Sarr qui se vante en ironisant d’être à la tête de la meilleure compagnie commando.

REPORTAGE DE NDIOL MAKA SECK

LE COMMANDO, UN BATAILLON TRÈS DYNAMIQUE
Commando 3Le bataillon des commandos est héritier de l’armée coloniale française. Il a été créé le 1er février 1963 et installé au camp Xavier Lelong à Rufisque. Il était alors constitué d’un peloton de commandement et de deux compagnies de combat. Dès l’année suivante le groupement entame une progression du point de vue de sa localisation et de ses effectifs. C’est ainsi que le 15 février 1964, il fut déplacé au camp Marchand dans la même ville puis au camp Archinard à Dakar, communément appelé « Les Mamelles ». Le 15 mai 1975, le groupement fut installé au camp Leclerc appelé aussi camp Front de Terre. La première grande évolution sur le plan organisationnel intervient le 02 janvier 1981 avec la création de la compagnie de Commandement d’appui et des Services en remplacement du Peloton de commandement. En avril 1981, le bataillon des commandos quitte la région de Dakar pour s’installer à l’ex-base aérienne de Thiès. Une fois encore il connut de nouvelles restructurations par la création, en 1984, d’une Cellule d’éclairage et des Renseignements qui est devenue aujourd’hui une Cellule de renseignement et de Reconnaissance. Quatre ans plus tard, le bataillon s’enrichit de nouveau avec une troisième compagnie de combat créée en 1988. « Cette création répondait aux besoins d’une unité spécialisée en combat sous-bois, anti-terroriste et en zone urbaine », précise le capitaine Ibra Gningue.

Nd. M. SECK

BEAUCOUP D’ÉTAPES À FRANCHIR POUR ÊTRE COMMANDO
Pour être commando, il y a beaucoup d’étapes à franchir et beaucoup d’exercices à subir Quand le soldat est recruté, il subit une instruction au 12e bataillon communément appelé Dakar-Bango. A l’issue des quatre mois de formation, le bataillon des commandos envoie des moniteurs pour faire des tests et choisir parmi ces soldats. On leur fait faire des mouvements physiques : flexions, abdos, cordes et un semi-marathon de 21 km. Ensuite pour ce qui est de la qualification codo, il faut quatre mois de formation et de qualification d’armes commandos. Les deux premiers mois c’est l’instruction comme ça se fait dans tout bataillon. Ensuite, il y un mois pour faire le certificat pratique(Cp), un mois d’initiation aux tactiques, techniques et procédures commandos. Il y a par la suite ce qu’on appelle l’aguerrissement niveau compagnie, l’aguerrissement niveau 2, la formation des aides-moniteurs qui est l’aguerrissement niveau 3 pour les gradés, et enfin, le niveau 4 pour les sous-officiers et les officiers moniteurs et instructeurs des techniques commandos. Mais à en croire le capitaine Gningue, le jeu en vaut la chandelle parce que le corps des commandos est attractif à tous points de vue. « Il suffit simplement de mettre le béret, la tenue et de dégager pour le savoir », ironise-t-il.

Nd. M. SECK

MUSIQUE PRINCIPALE DES FORCES ARMEES : REHAUSSER L'ÉCLAT DES CÉRÉMONIES
Musique ArmeeLes programmes musicaux de l’armée offrent des compositions aussi diverses que variées. Ils mettent en avant la cohésion sociale.

L’armée essaye, autant que possible, de varier les sonorités. Quand il est déployé sous la présidence d’autorités civiles et en présence du public, le cérémonial n’est plus seulement militaire, mais participe d’une forme de liturgie collective qui engage tous les compatriotes. Ces cérémonies sont autant d’occasions d’exprimer publiquement une communauté de destin. Elles marquent, par leur solennité, leur symbolique conférant un climat de haute portée d’expression.

Le capitaine Amadou Koundoul est le chef de la musique principale des forces armées, donc le commandeur en chef de la musique de l’armée et des différentes fanfares qui se trouvent dans les zones militaires. Il évoque l’utilité des fanfares, soulignant qu’ils servent à animer toute prestation militaire et cérémonie qui se déroulent dans différentes zones. « Ils rendent les honneurs aux plus hautes autorités. Ils s’illustrent dans les cérémonies de levée de couleurs, les passations de commandement entre commandant de zones», informe-t-il.

Dans le recrutement, l’idéal serait d’avoir un militaire qui dispose de petites connaissances musicales. C’est un profil qui se fait toutefois rare. «Souvent, c’est nous qui dispensons une formation musicale aux éléments qui nous parviennent de Bango après leur formation militaire», affirme le capitaine Koundoul. Il y a une formation théorique dispensée en quatre mois. Puis, une formation pratique. C’est par la suite que le militaire est évalué pour savoir quel genre d’instrument il doit pratiquer avant de passer à l’initiation. Ces militaires qui dépassent la centaine participent fortement à la célébration du 04 avril. Ils rendent honneur aux plus hautes autorités de la Nation. Aux jeunes qui aspirent à intégrer ce corps, le capitaine Koundoul ouvre largement ses portes. Ils pourront non seulement servir leur pays, mais également disposer d’un métier, affirme-t-il.

O. BA ET O. FEDIOR

L’ARMÉE, C’EST ÉGALEMENT LES FEMMES
femmes ArmeeL’intégration des femmes est un enjeu affiché dans les rangs des Forces armées. Bien qu’elles soient minoritaires dans les filières combattantes, elles manifestent un intérêt abouti, quant à leur incorporation.

L’ouverture des Forces armées aux femmes a démarré au Sénégal en 2007 avec la formation d’un contingent de 50 filles dans la Gendarmerie. En 2008, l’Etat du Sénégal aspirait à recruter 300 femmes comme «militaires du rang» au centre d’instruction Dakar-Bango de Saint-Louis. Me Abdoulaye Wade, alors Président de la République, à l’origine de cette initiative, expliquait la féminisation des Forces armées par le souci de «respecter le principe d’égalité entre homme et femme inscrit dans la Constitution». «Le devoir de défense nationale incombe à tous les genres», disait t-il, avant d’ajouter que «les femmes ont leur place dans tous les secteurs d’activité de la nation».

Pour renforcer cette présence et la faire accepter par tous, le ministre des Forces armées, Augustin Tine, qui présidait, le jeudi 29 mars dernier une rencontre sur l’institutionnalisation du Genre dans l’Armée, a informé que le gouvernement du Sénégal a déjà pris «des mesures pour instaurer un environnement socioculturel, juridique et institutionnel favorable à l’équité et à l’égalité des genres dans les Forces armées». Parmi celles-ci, il y a «la modification des dispositions législatives et réglementaires relatives à l’accès pour permettre le recrutement des femmes dans les Forces armées». A cela s’ajoute «la révision des textes relatifs au mariage, à l’indemnité représentative de logement et au règlement de la discipline générale». Outre les mesures correctives prises aux plans juridique et institutionnel, Augustin Tine a fait état de l’élaboration d’un manuel du formateur en genre pour les spécialistes et d’un code de conduite pour régir les relations de travail hommes-femmes.

Toutefois, les femmes ont commencé à incorporer les Forces armées depuis 1984, avec les premières femmes officiers de l’Ecole militaire de santé. Outre l’exigence de discipline, la disponibilité et l’abnégation qui font la spécificité du métier des armes, chaque soldat est potentiellement amené à combattre. Il est donc impératif de maintenir un niveau physique minimum, quel que soit le sexe. Ainsi, l'évaluation sportive impose des épreuves et barèmes adaptés au personnel féminin. Ces dernières, touchées par un élan patriotique aspirent généralement à n’être ni mieux ni moins bien considérées que leurs camarades masculins.

O. B. et O. F.

RECRUTEMENT : 1 179 RENGAGEMENTS EN 2015 CONTRE 150 EN 2007 : L’ARMÉE ATTIRE TOUJOURS LES JEUNES
Service CiviqueTrès prisée par les jeunes, l’armée, pour diverses raisons, ne pouvaient pas retenir toutes ces recrues. Selon le colonel Abdou Ndiaye de la Dirpa, vers les années 2007, sur les 2.400 recrues, seules 150 étaient rengagées. «15% seulement avaient donc la chance de faire carrière dans l’armée. Aujourd’hui, les mesures prises pour améliorer le taux de rengagement permettent aux armées d’atteindre leurs objectifs en vue de réaliser le format d’armée à l’horizon 2025. La moyenne des rengagements est d’environ 25%, ces trois dernières années, avec un pic en 2015. Sur les 3.726 recrues, 1.179 ont été rengagées», révèle-t-il.

O. B. et O. F.

SERVICE CIVIQUE NATIONAL : UN TREMPLIN VERS L’EMPLOI
Ils sont plus d’une centaine à être formés, chaque année, par le service civique national. En plus d’être «un véritable creuset d’ex-militaires», comme le décrit le Colonel Ndiaye de la Dirpa, ce service est un tremplin vers l’insertion socioéconomique des jeunes.

«Son rôle est de participer à des actions d’utilité publique, d’assister les forces de défense et de sécurité en cas de forte mobilisation», explique le capitaine Mouhamadou Moustapha Sylla, directeur du stage des volontaires d’appui aux communes. Selon lui, chaque année, il y a une cohorte de 100 volontaires qui sont formés et pris en charge par le service civique national dans des domaines comme l’agriculture, la pêche… «Cette année, le service civique a recruté une centaine de jeunes qui vont défiler pour le compte du ministère de la Jeunesse et de la Construction citoyenne. Ils sont communément appelés des volontaires d’appui aux communes. On travaille avec la collaboration de l’Union des maires du Sénégal (Ums) et le Programme national de développement local (Pndl). Ces jeunes seront spécialisés sur les compétences transférées, l’état civil, la fiscalité, la planification des activités pour les besoins des collectivités», détaille-t-il.

Dédiée à l’agriculture, la session de l’année dernière a vu ses membres déployés à travers le pays. «Ils sont actuellement à la disposition des directeurs régionaux de développement rural. Le service dure deux ans, après, nous les mettrons à la disposition des domaines agricoles communautaires pour voler de leurs propres ailes. Actuellement, il y en a qui sont au bataillon du train.

De là-bas, ils auront leur permis de conduire, ce qui va aussi leur ouvrir d’autres opportunités», poursuit-il. Mieux, il peut arriver que des volontaires soient entièrement recrutés. «C’est le cas des volontaires de la Pêche que nous avons formés. Ils ont tous été recrutés dans la Fonction publique », révèle le directeur du stage qui précise que chaque volontaire doit retourner à sa localité après sa formation.

O. B. et O. F.

Jadis, symboles de prestige et d’opulence, les chevaux et ânes de trait du Sénégal sont devenus de simples animaux à fric dont les besoins vitaux sont rarement pris en charge par des propriétaires cupides.

La domestication du cheval et de l’âne a permis aux humains d’utiliser ces animaux à d’innombrables tâches : labour, transport, etc. Dans un pays comme le Sénégal, ils sont même le moteur de l’agriculture, la première force de travail sur laquelle repose toute l’économie rurale. Hier comme aujourd’hui, ces animaux restent de fidèles compagnons de l’homme, toujours prêts à le servir. Avec le temps et en fonction des besoins de l’homme, leur utilité s’est beaucoup élargie. Ils assurent désormais les évacuations sanitaires, l’approvisionnement en eau des ménages et le transport des intrants et équipements agricoles dans plusieurs villages. Incroyable mais vrai, il existe même, des boutiques équines et asines dans certains hameaux enclavés. Mais ce n’est pas que la campagne qui connait l’utilité des équidés. Dans les villes aussi, leur soutien et appui, incontestable, est immense. On les voit dans toutes les capitales régionales. Même à Dakar sur l’autoroute.

« Incapables de ressentir la douleur »
Et dans une agglomération comme Touba, deuxième ville du pays, ils occupent même la première place dans le transport de personnes et de biens. Ils devaient donc, ces chevaux et ânes, s’attendre à beaucoup plus de respect, de considération et de reconnaissance pour services rendus. Tout simplement un retour de l’ascenseur après avoir tout donné. Mais, c’est méconnaître l’homme cupide, s’inscrivant insensiblement dans une logique de domination. Conséquences : beaucoup de chevaux et d’ânes vivent dans le mépris, le stress et la douleur. En campagne comme en ville, on les croise, attachés, surchargés et battus matin, midi et soir. Ils sont maltraités au vu et au su de tout le monde. Et comble de paradoxe, leurs souffrances ne semblent préoccuper personne. Aucune voix ne s’élève pour les défendre. Même malades, affamés ou gravement blessés, on les voit, sur le terrain, malmenés, bravant le froid, la pluie et le soleil. Mais qu’est-ce qui explique cette ingratitude de l’homme ? Pourquoi autant de souffrances causées par les propriétaires ? C’est simple, dit le directeur du développement des équidés au ministère de l’Elevage. Dr Bassirou Fall évoque de considérables changements observés dans les rapports d’utilisation. «Pendant longtemps, élever un cheval était vu comme un signe de bonheur, de richesse.

Aujourd’hui, on cherche cet animal juste pour se faire de l’argent », souligne-t-il. Le cheval était, rappelle-t-il, le cadeau suprême à donner à la mariée. « C’était donc un animal de prestige, respecté, adulé. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui », soutient Dr Fall, pour expliquer le comportement « inhumain » dont sont victimes les équidés. Dr Aya Ndiaye, adjoint à l’inspecteur régional des services vétérinaires de Louga, rappelle qu’il y a une conception philosophique qui a, pendant longtemps, dénié aux équidés toute sensibilité à la douleur. Chevaux et ânes seraient donc incapables de ressentir la douleur.

« L’âne, mais surtout le cheval, est un animal silencieux qui, pour beaucoup de gens, ne manifeste que peu de signes de son éventuel mal-être », partage Dr Aya Ndiaye. Il a fait sa thèse sur le bien-être des équidés. Et pour lui, pas de doute, c’est cette conception ancienne qui habite les cochers et propriétaires de chevaux et ânes du Sénégal. « Ce sont des gens inconscients pour qui ces animaux ne sont rien d’autre que des machines à sous », déplore Dr Aya Ndiaye qui s’empresse, toutefois, d’ajouter que cette mentalité a évolué. Aujourd’hui, les gens sont de plus en plus conscients, insiste-t-il, que la détention d’un âne mais surtout d’un cheval implique la nécessité de subvenir à ses besoins vitaux (eau, nourriture et soins en cas de blessure et de maladie), de le protéger des prédateurs et de lui apporter un sentiment de sécurité et de bien-être.

Non application de la règlementation
Le gouvernement, conscient de l’apport considérable des équidés dans la vie sociale et économique du Sénégal, a élaboré, le 9 décembre 2016, un arrêté interministériel portant réglementation du transport par des véhicules à traction animale. C’est un document de 33 articles, tous invitant à « humaniser » nos rapports avec les équidés. A ne pas les faire souffrir. Mais sur le terrain, pas de respect de cet arrêté. Les cochers ne s’en réfèrent pas. La réalité, c’est qu’ils ne le connaissent pas. « Je n’ai jamais entendu parler de cet arrêté », avoue Daour Mbaye, un cocher habitant Dalifort. Son collègue Ndiaga Pouye semble être plus averti. « Je sais qu’il y a un texte qui réglemente notre métier, mais je ne peux pas vous dire ce qu’il autorise et interdit », lance Ndiaga. C’est donc un fait : tous les deux ignorent le contenu de l’arrêté.

Policiers et gendarmes, chargés de faire appliquer la loi, savent, eux, l’existence de l’arrêté. Certains que nous avons rencontrés citent même, avec plaisir, des articles du document. Mais, il y a un problème : l’absence de fourrières municipales qui limite leurs actions sur le terrain. « Il arrive souvent de voir un cheval ou un âne surchargé, maltraité. Mais, nous ne pouvons que sermonner le cocher, le menacer. Rien que ça », confie un policier sous le couvert de l’anonymat. « Les chevaux et ânes continueront à souffrir tant qu’il n’y aura pas une réelle implication des mairies », ajoute-t-il, visiblement préoccupé mais impuissant.

Par Abdoulaye DIALLO (textes)

FANTASTIQUE CHEVAUCHEE A DAROU GAYE : IMMERSION DANS LE PARADIS DES ÉQUIDÉS
Ane Darou GayeDarou Gaye, village situé à 9 kilomètres de la commune de Meckhé, est une localité où les populations et les équidés sont en symbiose. Au grand bénéfice de l’homme et de l’animal.

Dakar, Thiès, Tivaoune, nous voici à Meckhé ou Ngaye Meckhé. Juste en face du nouveau collège d’enseignement moyen. Quand une élève nous a indiqué la route qui va à Darou Gaye, Bocar, notre chauffeur, a d’abord hésité. Il est descendu du véhicule et a pris une dizaine de minutes à étudier la sablonneuse piste avant de foncer. « On y va. Mais, ce n’est pas sans risque », dit-il. Il avait raison de s’inquiéter. Meckhé-Darou Gaye en voiture de ville est tout sauf une promenade de santé. Poussiéreuse, impraticable, étroite, etc. Aucun qualificatif n’est de trop pour désigner ce parcours du combattant. Cette piste est tout simplement un calvaire. Concentration maximale. Un petit mauvais contrôle suffit pour créer des déboires aux usagers. Heureusement au volant, nous avions un vieux routier, l’expérimenté Bocar, avec ses 30 ans de métier.

Risso Fall, Koul, Lissar, Ndièyène et Keur Baba sont autant de villages traversés. Et partout, les mêmes scènes. Les adultes arrêtent tout pour observer. Les petits suivent le véhicule pour distribuer de cordiales salutations. Quelques rencontres inattendues. Comme cette ânesse allaitant ses deux petits. Ou encore ces écureuils joyeux, tutoyant les passants. Nous voici enfin à bon port. Il y a eu plus de peur que de mal. Darou Gaye se découvre. C’est un village comme tous les autres : habitat sobre, grandes cours, populations disponibles et accueillantes. Une petite ambiance règne sur la place publique. Thé et « café Touba » coulent à flot, avec des graines d’arachide en plus. Signe que la récolte de cet oléagineux est, ici, fructueuse.

Une grande natte, étalée à même le sol, est littéralement occupée par des hommes. Certains lisent des « khassaides ». D’autres le Coran. Ils attendent l’appel de la prière de « takussan », celle qui est accomplie à 17 heures. Mais, notre arrivée chamboule tout. Quelqu’un vient de partager l’objet de notre déplacement. Et subitement, tous s’intéressent à nous. Tous se proposent volontiers de collaborer. Tous veulent montrer leurs chevaux. C’est que nous avons affaire à des passionnés. Les échanges commencent par une prière. C’est la règle dans ce village mouride créé en 1919 par Mame Makhtar Guèye. « Nous avons ici les meilleurs et les plus beaux chevaux du pays. C’est Dieu qui l’a fait. Posez donc toutes les questions, nous répondrons avec plaisir », lance Modou Gaye. Pour expliquer la belle symbiose qui existe entre Darou Gaye et le cheval, Modou Gaye remonte au temps du prophète Mohamet (Psl).

« Le prophète de l’Islam avait sept (7) ânes et une jument. Un de ces ânes était tellement proche de lui qu’il l’envoyait lui faire certaines courses », fait-il savoir. Et le cheval, poursuit-il, est un animal pas comme les autres ; quand vous vous occupez bien de lui, rien ne vous manquera. Abdou Khoudoss Gaye confirme et va plus loin. « Si vous ne pouvez pas avoir un cheval, cherchez au moins l’os d’une jument que vous mettez dans de l’eau tiède. Si vous utilisez cette eau comme bain, rien ne vous arrivera », assure-t-il avant de citer le prophète Mohamet (Psl) qui a dit : « Celui qui s’occupe bien de son cheval, Dieu le récompensera ». C’est cette conception à la fois mystique, philosophique et religieuse qui habite les gens de Darou Gaye. Ici, le cheval est presque élevé au rang de culte. On croit ferme qu’il a des dons de Dieu. « Cela veut dire aussi que celui qui fait souffrir un cheval, court de graves risques », souligne Modou Awa Gaye.

« On ne cherche pas l’argent, mais Dieu»
Darou Gaye est donc un village très amoureux du cheval. Une visite guidée dans les maisons permet de le constater. On y voit de costauds et de beaux sujets, de toutes les familles. Des « Mbar », des « Far », des « Mbayar », des « Narou Ggoor » et des « Bakhla ». La forme et la qualité de leurs sabots sont remarquables. De même que les mangeoires et abreuvoirs qui sont incroyablement adaptés. Mais, le plus impressionnant, c’est sans doute les abris. Pas de crottins ou de fumier sur le sol. Au contraire, ce sont des abris qui réunissent toutes les commodités. Ils sont vastes, secs et propres. « Nous ne laissons rien. Nous organisons même des séances d’accouplement. C’est pour vous dire que tout est réuni pour mettre l’animal à l’aise », explique Moustapha Ndiaye. Fallou Gaye, le chef du village, et Baye Cheikh Gaye ont, eux, particulièrement insisté sur l’alimentation et le suivi sanitaire des animaux.

« La différence avec les autres contrées, c’est que, ici, le cheval est un membre de la famille. Nous nous occupons de lui plus que de nos propres enfants », note Baye Cheikh. Fallou renchérit pour dire qu’à Darou Gaye, les gens dépensent sans compter quand il s’agit des chevaux. « Ici, on ne cherche pas l’argent, mais Dieu. Voilà toute la différence ». Conséquence, dans ce village qui compte plus de 600 chevaux, 150 ânes, on ne vend pas les fanes d’arachide. Bien gardées, celles-ci constituent, de fait, la ration de base des équidés qui bénéficient aussi d’une variété de concentrés : céréales, tourteaux et farines. S’agissant de la prévention et du traitement des maladies, une équipe d’auxiliaires, d’agents techniques de l’élevage et de vétérinaires privés est mise à contribution.

Le village organise régulièrement des journées de vaccination. Un fonds de roulement pour l’achat de médicaments a même été créé, avec l’appui de Brook, une Ong britannique. Tout cela fait évidemment le charme de Darou Gaye. Dans ce village, le bonheur des équidés ne se sent pas. Il se voit. Les chevaux sont bien nourris, bien soignés et protégés des intempéries. Tous ont également des noms. Ils s’appellent « Anta Ndiaye », « Lamp Fall », « Khelcom » ou encore « Bousso Gaye ». Et tous communiquent avec leurs propriétaires qui sont des passionnés de trois choses : l’agriculture, la lecture du Coran et les prières. Une belle symbiose qui ne laisse aucun visiteur indifférent.

Par Abdoulaye DIALLO (textes) et Ndèye Seyni SAMB (photos)

FEU SERIGNE SALIOU MBACKE : « IL FAUT TRAITER LES ÉQUIDÉS COMME VOS PROPRES ENFANTS »
Ane 3Feu Serigne Saliou Macké ci-devant khalife général des Mourides ne ratait aucune occasion pour inviter ses compatriotes à bien se comporter avec les équidés.

Le défunt Khalife général des mourides était constant. Serigne Saliou Mabcké n’a jamais varié. Il s’est toujours montré grand défenseur des équidés. « Craignez Dieu et ayez pitié à ces animaux qui ressentent la douleur comme vous et moi », ne cessait de dire le guide religieux, chaque fois qu’il recevait l’association des conducteurs de charrettes de Touba. Avec le marabout, les équidés avaient un grand avocat. Un jour, cette association avait pensé bien faire en venant voir le défunt Khalife général avec une importante somme d’argent en guise de « addiya ».

Après avoir remercié les visiteurs, il avait triplé la somme apportée et l’a retournée aux concernés en leur disant ceci : « Je suis malade. J’ai mal partout. Tout cela à cause de mauvais traitements faits aux équidés. Je ressens chaque coup de bâton reçu par un âne. Prenez cet argent, achetez de la nourriture et des médicaments pour ces animaux. Et désormais, s’il vous plait, comportez-vous bien avec ces animaux ». Et Serigne Saliou Mbacké ajoute : « Il faut traiter les équidés comme vos propres enfants. C’est ce que veulent Dieu et son prophète Mouhamet (psl). Le saint homme venait de citer l’Envoyé de Dieu, Mohamet (psl).

Beaucoup de livres et de textes, se fondant sur la sunna, parlent de la belle symbiose qui existait entre le prophète de l’Islam et sa jument. « Il existe de nombreux hadiths qui conseillent de bien traiter les équidés, les animaux d’une façon générale », rappelle Thierno Mamadou Ba, imam à Dalifort. Le prophète Mohamet (Psl), dit-il, était lui-même très attentionné de sa jument. « En réalité, la civilisation musulmane témoigne d’un grand respect pour les animaux, du cheval particulièrement, en lui accordant la possibilité de passer la nuit sous la tente de son maître », explique imam Thierno Mamadou Ba qui invite à revoir nos rapports avec les équidés.

« Ces animaux nous transportent et nous assistent dans les champs. Ils sont toujours à nos côtés, disponibles. Soyons donc dignes de notre statut d’humain conféré par le Créateur en ne les faisant pas souffrir », estime imam Ba qui est catégorique : « les maladies, la pauvreté, la rareté des pluies, tous ces malheurs existent parce que l’homme se comporte mal avec la nature et les animaux ».

A DIALLO

ONG BROOKE : LE BIEN-ÊTRE DES ÉQUIDÉS POUR HORIZON
Ane BrookeL’Ong britannique Brooke, présente au Sénégal, est mondialement connue pour son action en faveur d’un monde où les équidés ne souffrent pas.

Dorothy Brooke avait créé l’Ong qui porte aujourd’hui son nom juste pour soigner les chevaux laissés en Egypte après la seconde guerre mondiale. Chemin faisant, l’initiative a grandi et Brooke est devenue leader incontestable dans le bien-être des chevaux, ânes et mulets de trait. Avec toujours la même vision, celle d’un monde où les équidés ne souffrent pas. Aujourd’hui, l’Ong Brooke est présente dans une dizaine de pays à travers le monde. Sa mission : transformer la vie des équidés, soulager leurs souffrances et créer un changement durable en collaborant avec les personnes, les communautés et les organisations.

Au Sénégal, elle intervient dans les zones de Sokone, de Bambèye, de Meckhé, de Louga et de Thiès. Partout, Brooke regroupe les propriétaires en réseau, les forme sur les techniques primaires d’élevage et les sensibilise sur les notions de bien être des équidés. L’Ong outille aussi les vétérinaires et para-vétérinaires, les maréchaux-ferrants, les selliers et autres prestataires en renforçant leurs connaissances, attitudes et pratiques sur le terrain. « Nous voulons impulser des normes sociales favorables au bien-être des équidés et fournir aux communautés les compétences et le soutien dont elles ont besoin pour faire preuve de compassion envers les animaux », explique, sans cesse, Emmanuel Mohamet Sarr, responsable Brooke Afrique de l’Ouest.

La démarche vise aussi à emmener les communautés propriétaires d’équidés à adopter de bonnes pratiques de gestion, de manipulation et de contention. « Nous aidons les populations à se mettre en réseau, à monter des projets, en relation avec les vétérinaires, pour faciliter l’accès aux médicaments et à lutter contre l’automédication », soutient Emmanuel Mohamet Sarr. En réalité, le spectre d’intervention de Brooke est plus vaste que ça. Partout, l’Ong travaille avec les Etats pour fournir un soutien et prévenir les sévices. C’est le premier partenaire technique du Sénégal dans l’élaboration de l’arrêté interministériel portant réglementation du transport par des véhicules à traction animale. Brooke participe à l’identification des équidés notamment par la mise à disposition de la Direction du développement des équidés (Dde) de 30 000 livrets sanitaires et signalétiques de cheval chaque année depuis trois ans.

« Brooke fait un bon travail de sensibilisation, d’information et de formation des acteurs sur les notions de bien-être des équidés, sur la santé et sur la réglementation », salue Dr Bassirou Fall.

L’engagement de l’Ong britannique est reconnu au plus haut sommet de l’Etat du Sénégal. Le président de la République, Macky Sall, a primé Brooke à l’occasion de la journée nationale de l’Elevage 2017 à Kolda pour ses actions méritoires dans la lutte contre le vol de bétail.

A. DIALLO

POUR LA DEFENSE DES EQUIDES A MECKHE : UGPM EN ORDRE DE BATAILLE
Ane UgpmL’Union des groupements paysans de Meckhé (Ugpm) déroule, depuis 2015, toute une série d’activités pour emmener les populations à changer de comportements vis-à-vis des chevaux et ânes de trait.

Tout habitant de Meckhé connait ou a entendu parler des « démarreurs » ou « turbo ». De quoi s’agit-il exactement ? C’est simple. Le cocher blesse volontairement le cheval sur une partie sensible. Et chaque fois qu’il doit démarrer, il tape là-dessus. Histoire de faire bouger l’animal avec une vive allure. « Nous le faisions pour aller vite, gagner du temps et de l’argent », fait savoir Badara Mbaye, cocher. Cette méthode dégradante et inhumaine avait fait réagir certains chefs religieux. Mais, il a fallu l’implication de l’Union des groupements paysans de Meckhé (Ugpm) pour voir les cochers prendre réellement conscience de l’enjeu.

« On ne pouvait rester les bras croisés. Il fallait faire quelque chose pour changer les comportements », informe Ndiakhate Fall, secrétaire général de l’Ugpm. C’était une période noire pour les équidés de la zone. Beaucoup avaient succombé des suites des blessures et des mauvais traitements infligés par l’homme et impactant négativement sur la production agricole. « C’était rare de voir un cheval en forme. Et cela s’est ressenti sur les récoltes. Aucun paysan n’avait réussi à s’en sortir en 2014 », se souvient Ndiakhate Fall. Ainsi, soutenu et appuyé par l’Ong britannique Brooke, l’Ugpm a mis en place le programme « Wormal mala » en 2015, avec cinq communes cibles : Mékhé, Koul, Mérina Dakhar, Ndande et Méouane.

Au total 89 villages sont touchés et 5 000 équidés enrôlés. Ateliers de formation, sensibilisations dans les « louma », les quartiers, émissions radios sur des thèmes spécifiques. Tout cela pour emmener les cochers à avoir des comportements responsables vis-à-vis des équidés. « Nous avions pensé qu’il fallait agir sur le comportement des propriétaires en identifiant les ressources disponibles qui entrent dans le bien-être des équidés », explique Ndiakhate Fall qui coordonne le programme. L’idée, ajoute Galaye Ka, animateur dudit programme, était d’éveiller les consciences, de toucher la sensibilité des cochers.

Malaw comme modèle
« Des partenariats ont été signés avec les radios communautaires pour vulgariser l’arrêté interministériel portant réglementation du transport par traction animal », souligne Galaye Ka. Sa collègue Fatou Diop de revenir sur les « riches échanges » enregistrés au cours des rencontres d’information sur les méfaits de la surcharge et sur l’importance pour chaque cheval de disposer d’un carnet sanitaire. Pour s’inscrire dans une perspective durable, L’Ugpm a mis l’accent sur les jeunes, plus réceptifs aux changements. Beaucoup de séances et d’ateliers ont été tenus pour les sensibiliser. « Les résultats obtenus sont satisfaisants. Je peux même dire qu’ils sont la plus grande satisfaction du programme », relève Fatou Diop.

Mais la démarche novatrice a été sans doute le lancement de l’activité « Malaw », nom emprunté à l’ancien cheval de Lat Dior, héros national connu pour sa force et pour avoir incarné les valeurs du Cayor. « L’activité « Malaw », n’est rien d’autre qu’un outil de diagnostic rapide de l’animal », explique Ndiakhate Fall. L’idée est d’aller trouver le cheval dans son abri, vérifier son alimentation, sa santé et d’autres éléments qui entrent dans le bien-être comme le parage, le ferrage, le harnachement et les techniques de contention et de manipulation. C’est tous ces aspects qui sont pris en compte dans le système de notation du cheval qui obtient « vert » si sa situation est satisfaisante, « jaune » acceptable et « rouge » qui indique que l’animal est en danger. « Quand le cheval obtient la note rouge, cela veut dire qu’il y a urgence à agir. Sinon, son propriétaire va le perdre », souligne Galaye Ka, animateur du programme « Wormal mala ».


Et ce qui est intéressant dans ce système, dit-il, c’est que la restitution est publique. Créant du coup une rivalité entre les enfants, une saine concurrence. « Les propriétaires ont fini par avoir honte de présenter un cheval maigre, malade », soutient Fatou Diop qui s’empresse d’ajouter : « L’activité « Malaw » a réussi quelque chose d’extraordinaire en faisant accepter, dans les villages cibles du programme, que qui s’occupe bien de son cheval, s’occupe bien de sa famille ». Aujourd’hui, se félicite le coordonnateur Ndiakhate Fall, des rencontres sont organisées tous les trois mois dans les villages cibles pour évaluer le travail des animateurs. « Le succès du programme est réel. Même ceux qui ne connaissent rien des équidés peuvent, aujourd’hui, diagnostiquer leurs bêtes et leur donner des notes », salue le coordonnateur Fall qui parle de « grands pas » réalisés, de « changements irréversibles » pour le bien-être des chevaux et ânes de trait.

A. DIALLO

DR BASSIROU FALL, DIRECTEUR DU DEVELOPPEMENT DES EQUIDES : « LES LARMES D’UN CHEVAL, C’EST UNE CATASTROPHE POUR UN PAYS »
Ane Bassirou FallDr Bassirou Fall est un passionné du cheval. C’est lui qui a construit toute la filière équine du Sénégal. Ce vétérinaire, qui aura bientôt 60 ans, nous a reçus, chez lui, à Ouest foire, pour nous parler de son quotidien entièrement dédié aux équidés.

Qu’est-ce que cela vous fait de voir les équidés maltraités par leurs propriétaires ?
Cela me fait mal de voir ces animaux brutalisés, frappés à longueur de journée sur nos routes. C’est déplorable, inhumain. La situation de ces équidés est d’autant plus préoccupante qu’ils ne peuvent porter des brassards rouges, encore moins refuser de travailler. C’est vraiment dommage. Ces animaux sont des témoins et acteurs de notre passé. Leur place dans la société n’est plus à démontrer. Ils constituent le moteur de notre agriculture, un moyen intermédiaire de transport. Mieux, le cheval et l’âne participent non seulement au pastoralisme, mais ont grandement contribué à la réduction de la pénibilité des femmes rurales. Tout cela devrait nous emmener à être plus humains, pour ne pas dire redevables. L’heure est venue de nous arrêter et d’interroger nos rapports avec ces animaux. Parce que les larmes d’un cheval, c’est une catastrophe pour un pays.

Comment expliquer ce comportement des propriétaires ?
L’ignorance et l’analphabétisme. La plupart des cochers ignorent les règles primaires, les techniques les plus élémentaires de l’élevage. Beaucoup ne savent pas qu’un cheval ou un âne bien traité, bien nourri, bien soigné ne peut être que bénéfique pour son propriétaire. Il y a aussi, il faut le dire, des gens qui savent, mais qui sont guidés par la course à l’argent facile. Ils constituent le groupe que j’appelle les cochers âpres au gain. Ces derniers font travailler les équidés, matin et soir, gagnent de l’argent, mais il ne leur vient jamais à l’esprit de retourner une partie de cette somme à l’animal. Et le plus souvent, ce sont eux qui sont à l’origine des mauvais traitements infligés aux équidés. Je l’ai dit et je le répète, ces mauvais traitements ne nous honorent pas, sont indignes et doivent faire l’objet de sévères sanctions. Il faut que les forces de sécurité fassent leur travail. Parce que malheureusement, il n’y a que la sanction qui les emmènera à adopter un comportement humain et responsable vis-à-vis des équidés.

N’existe-t-il pas un autre moyen d’emmener ces cochers cupides à changer de comportement ?
Oui, il y en a. C’est partager l’information, les bonnes pratiques d’élevage à travers des séminaires et autres ateliers de sensibilisation. L’arrêté interministériel portant réglementation du transport par des véhicules à traction animale a été pris et le ministre de l’Elevage a animé des comités régionaux de développement (Crd) sur cette question dans les 14 régions du pays. En partenariat avec l’Ong Brooke, la direction du développement des équidés (Dde) a organisé des ateliers de partage des dispositions de l’arrêté avec les chefs de services régionaux de l’Elevage et la presse. Un plan d’actions est en cours d’élaboration en partenariat avec la direction des transports routiers. Il y a des dispositions applicables et d’autres qui demandent la formation des cochers au code de la route pour leur exiger la carte de cocher qui correspond au permis de conduire. Il y a l’assurance obligatoire pour la responsabilité civile (12. 000 FCfa en moyenne). L’absence de fourrière municipale pose problème dans certaines localités. Le contrôle proprement dit est du ressort des forces de défense et de sécurité.

Le non respect de la réglementation ne prouve-t-elle pas l’absence d’une réelle volonté politique ?
La volonté politique existe. L’Etat a beaucoup fait, ces dernières années, pour la prise en charge des chevaux, mulets et ânes de trait. Plusieurs projets et programmes ont été mis en place. On peut citer la création, en 1989, du bureau du cheval par arrêté ministériel, la création du haras national en 2004 sous la tutelle de la présidence de la République jusqu’en 2011, la création du projet de développement de la filière équine en 2005, la création de la direction de l’élevage équin en 2008 et la création de la direction du développement des équidés en 2012 qui prend aussi bien en charge les besoins des chevaux que des ânes. Cela veut dire que la volonté politique ne fait pas défaut. De même, beaucoup de choses ont été faites sur le plan de la réglementation.

D’abord, il y a l’arrêté portant création du livret sanitaire et signalétique du cheval en 1994, l’arrêté interministériel portant réglementation des véhicules à traction animale en 1995, le décret portant réglementation des courses hippiques en 1996, l’arrêté fixant le taux du prélèvement sur les recettes issues du Pari mutuel urbain (Pmu) de la Loterie nationale sénégalaise (Lonase) et les modalités de son utilisation en 1997, puis en 2003 et 2010. Ce taux est fixé à 2% sur les recettes brutes du Pmu. La réglementation du cahier de charges de la Lonase est en cours pour permettre l’effectivité du prélèvement au profit de l’élevage du cheval, du développement des courses hippiques et des sports équestres. En plus de cela, il y a une dizaine d’autres arrêtés relatifs à la réglementation de la montée publique des espèces chevalines et asines, au contrôle de filiation par typage Adn, à l’identification électronique des équidés entre autres, tous pris pour développer les équidés au Sénégal. Il faut également souligner que le ministère de l’Elevage a renforcé le personnel technique chargé de piloter le développement de la filière équine.

Maintenant, oui, je suis d’accord avec vous qu’il faut renforcer la sensibilisation et la communication en direction des cochers et des propriétaires.

Quel rôle joue ou devra jouer votre direction dans ce dispositif ?
La Direction du développement des équidés (Dde) poursuit la sensibilisation et la formation des cochers, l’identification des chevaux, leur vaccination contre la peste équine, la formation de maréchaux- ferrant et de selliers. Nous travaillons avec les Ong comme Brooke et World Horse Welfare (WHW) pour relever le niveau de connaissance des éleveurs et propriétaires de chevaux sur les soins élémentaires à donner à leurs animaux. Dans certaines régions, les gouverneurs ont donné des instructions pour la mise en application de l’arrêté. La gendarmerie de la Foire a procédé, récemment, à des contrôles des véhicules hippomobiles, c’est également le cas à Louga. Nous privilégions la sensibilisation des acteurs pour une prise de conscience quant à la nécessité de respecter la réglementation en vigueur.

Avec quel budget ?
Sans argent, point de développement du cheval au Sénégal. En réalité, l’Etat du Sénégal a fait beaucoup d’efforts de 2012 à 2018. Le budget du ministère de l’Elevage est passé de 14 à 23 milliards de FCfa. La vaccination des chevaux contre la peste concerne 50% des effectifs. Ce qui a permis de contrôler la peste équine. A travers le Prodefe, le ministère de l’Elevage a construit des haras à Dahra, Thiès, Kaolack et Mbacké. Ces haras sont des centres de reproduction dotés d’étalons de haute valeur génétique et de laboratoire d’insémination artificielle équine. Depuis 2016, les haras sont pilotés par des docteurs vétérinaires assistés de techniciens compétents. L’effectivité du prélèvement de 2% sur les recettes issues du Pmu de la Lonase va permettre de mettre en place une véritable économie du cheval dynamique intégrée capable de générer des emplois et des ressources.

Si je comprends bien, votre direction ne bénéficie pas d’un budget qui lui est propre pour dérouler ses activités ?
Si, nous avons une dotation de 19 millions de FCfa. Je dois reconnaître que ce budget alloué au développement des équidés doit être renforcé pour permettre la mise en place d’un élevage performant, des écoles de formation dans les métiers liés au cheval, des infrastructures hippiques adéquates et des dotations plus importantes des courses hippiques. En France, le secteur cheval représente 14 milliards d’euros par an et le nombre d’emplois en lien avec le cheval est de 180 000. En France, il y a 269 hippodromes et près de 33 000 éleveurs de chevaux. Dans ce pays, le secteur cheval est une véritable industrie qui vient en deuxième position après l’aéronautique.

Le cheval, c’est des métiers à apprendre et des emplois à prendre. Mais nous ne désespérons pas. La volonté du président de la République, c’est de faire du cheval un secteur économique à part entière, à forte valeur ajoutée, pourvoyeur d’emplois et de richesses. Mme le ministre de l’Elevage a identifié les équidés comme une source d’énergie particulièrement importante dans les exploitations familiales, mais également comme moyen intermédiaire de transport aussi bien en milieu rural qu’en zone urbaine. En campagne, le pastoralisme repose sur les équidés qui participent à la corvée d’eau et qui réduisent la pénibilité du travail des femmes.

J’ai remarqué que vous parlez rarement de l’âne. Est-ce à dire que la situation de cet animal n’est pas préoccupante ?
Non, ce n’est pas exactement ça. Quand on parle des équidés, c’est évident que l’âne est dedans. Mais, il faut dire que cette espèce, contrairement au cheval, a une forte capacité de résistance aux mauvaises conditions de vie. L’âne est aussi polyvalent et peu exigeant en nourriture de qualité. Je l’avoue, peu de choses sont faites pour cet animal. L’âne n’est pas traité comme les autres animaux. On ne le vaccine pas. En revanche, quand il est malade ou blessé, des soins efficaces sont disponibles.

Que vous inspire la notion de bien-être des chevaux et ânes de trait ?
Le bien-être des chevaux et ânes de trait est l’objectif à atteindre. Cela doit mobiliser toute la communauté nationale. Il est essentiel de protéger ces animaux pour accroître leur productivité et leur rendement en sachant que les populations vulnérables en seront les principales bénéficiaires. Il faut sensibiliser les utilisateurs des équidés sur les notions élémentaires qui permettent d’assurer le bien-être des équidés, à savoir leur exemption de faim et de soif, d’inconfort, de douleur, de blessures ou de maladies, de peur et de détresse. Ces cinq types d’exemption constituent les bases de la réglementation du bien-être animal. Pas de pied, pas de cheval, c’est pourquoi le ministère a formé, entre 2010 et 2017, 80 maréchaux-ferrant à Rufisque, Thiès et à Louga.

Ce travail va continuer pour gagner toutes les régions du Sénégal. D’ici à fin 2018, nous irons à Touba dans le cadre de ce projet de formation. L’idée est d’outiller tous les cochers et propriétaires de chevaux et d’ânes du Sénégal. Nous comptons sur le soutien de nos partenaires comme Brooke qui fait un excellent travail sur le terrain. Dans un pays, quand le cheval va bien tout va bien. Etant donné que c’est l’emblème du parti au pouvoir, il y a sans doute des chances que l’attention accordée à la plus belle conquête de l’homme soit renforcée. Les équidés méritent notre grande reconnaissance et notre affection.

Propos recueillis par Abdoulaye DIALLO

L’histoire des femmes a été étudiée en marge de celle-là générale. Leurs actions ont pourtant aiguillé la trajectoire de l’humanité. La Journée internationale des femmes n’est que l’expression d’une affirmation de leurs personnalités. Elle se confond avec l’histoire tumultueuse du monde et les luttes d’influence. Elle puise ses racines dans diverses manifestations de femmes qui désiraient accéder à certains droits légitimes.

L’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution proclamant le 08 mars « Journée des Nations unies pour les droits de la femme et la paix internationale » en décembre 1977. Cette décision est prise dans le prolongement de la proclamation, par l’Assemblée, de l’Année internationale de la femme (1975) et de la Décennie des Nations unies pour la femme (1976-1985). Au-delà du faste, l’idée est de porter un regard lucide sur la situation des femmes dans le monde pour envisager le futur de manière plus sereine. Car leurs trajectoires individuelles et leurs actions collectives ont montré leur capacité de résilience et de prise en charge de leur destinée, de leurs préoccupations. L’origine de cette journée que célèbre « l’humanité » en est une illustration achevée.

La Journée internationale des femmes est intervenue dans le contexte des mouvements sociaux au cours du XXe siècle en Amérique du Nord et en Europe. La première Journée nationale des femmes a été célébrée en 1909 sur l’ensemble du territoire des Etats-Unis d’Amérique le 28 février conformément à une déclaration du Parti socialiste américain. Cette célébration s’est poursuivie jusqu’en 1913.

Toutefois, c’est en août 1910, à la deuxième conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague, à l’initiative de la militante allemande Clara Zetkin, que le principe d’une célébration au plan international a été admis. On ne parle pas encore du 8 mars. Cependant, il paraissait urgent de mobiliser les femmes « en accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dotées de la conscience de classe ».

La Journée des femmes est moins l’initiative du mouvement féministe pourtant très actif à l’époque que de celui-là socialiste. Clara Zetkin s’employait ainsi à contrecarrer l’influence de ce qu’on a appelé à l’époque « les féministes de la bourgeoisie » sur les les femmes du peuple. La proposition est approuvée à l’unanimité par la conférence parce qu’elle épousait les idées qui concouraient à la promotion des droits des femmes, à l’obtention du suffrage universel. Elle a été fêtée pour la première fois le 19 mars en Allemagne, en Autriche, au Danemark et en Suisse.

Outre le droit de voter et d’exercer une fonction publique, elles exigeaient le droit au travail, à la formation professionnelle, ainsi que l’arrêt des discriminations sur le lieu de travail. Mais, c’est en Russie que la Journée des femmes connaît son regain. En 1913 et en 1914, la Journée internationale des ouvrières y est célébrée. Ensuite, le 8 mars 1917, ont lieu, à Petrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), des manifestations d’ouvrières que les bolcheviques désignent comme le premier jour de la révolution russe. Une nouvelle tradition est instaurée : le 8 mars est, dès lors, l’occasion pour les partis communistes de mobiliser les femmes. Après 1945, la Journée des femmes est officiellement célébrée dans tous les pays socialistes.

L’histoire de la manifestation des couturières new-yorkaises censées être à l’origine de cette célébration relèverait d’un mythe. Elle aurait eu pour objectif de détacher le 8 mars de son origine soviétique à cause des luttes d’influence de l’époque. Comme avec la Saint-Valentin et autres joyeusetés « tropicalisées », les Sénégalais célèbrent cette journée avec grand faste.

Alassane Aliou MBAYE

Aujourd’hui, est célébrée la journée mondiale de la femme. Un grand hommage à nos mères, nos épouses, nos sœurs qui constituent plus de la moitié de la population mondiale. Cette journée ne tire pas son sens de leur statut de femme, mais bien du respect de leurs droits : droit au travail et salaire décents, droit à la terre, droit à la santé et surtout droit à l’éducation, etc. Qui ignore les avantages de l’éducation de la femme ? «Eduquer une femme, c’est éduquer une société, une Nation», soutient l’Unesco. Gardienne de la cellule familiale, elle dorlote, chouchoute et éduque. En somme, elle fait de nous ce que nous sommes. Autant dire que l’Onu ne s’est point trompée en lui consacrant une journée. Mais que diantre, elle fait face à de multiples difficultés ! Victime, elle l’est dans toutes les situations : politique, économique, culturelle et sociale. Au point qu’elle n’hésite plus, de nos jours, à emprunter la voie de l’émigration en quête d’un mieux-être. Heureusement, certaines d’entre elles refusent la fatalité, n’acceptent point de baisser les bras jusqu’à devenir des modèles pour les jeunes, et cela, dans tous les domaines.

Certes, au Sénégal en particulier, des efforts louables sont accomplis en faveur de la femme : ouverture de l’Armée à la femme, timide accès à la terre, parité dans les instances électives et semi-électives presque réalisée. Par exemple, on dénombre 64 femmes (42,66%) sur les 120 députés qui ont constitué la dernière législature et 69 (41,5) sur les 165 députés de la 13ème législature.

Par ailleurs, le Sénégal a signé et ratifié l’ensemble des instruments et mécanismes internationaux relatifs aux droits humains et particulièrement aux droits de la femme et de la fille.

Mais le chemin est en encore long. En effet, si le nombre, en politique, de femmes députés a augmenté, le taux a, toutefois, baissé et peu d’entre elles occupent des postes de décision. Egalement, au Sénégal, peu de femmes sont alphabétisées ou accèdent à la terre. D’après une étude menée par l’Initiative prospective agricole rurale (Ipar), «bien que représentant 70 % de la population agricole du Sénégal, les femmes ne sont que 13 % à accéder aux terres agricoles». Pire, la violence contre la femme prend de plus en plus d’ampleur malgré les multiples lois pour la protéger.

Entre autres, viol, subordination, mariage précoce et forcé, violences physique et verbale, Mutilations génitales féminines (Mgf), exclusion sociale particulièrement lorsqu’elle souffre d’une «maladie de la honte» comme la fistule.

Or, aucun pays ne peut se développer en rabaissant la femme. Il est temps qu’elle retrouve la place qui a toujours été la sienne dans nos sociétés africaines comme l’a démontré l’histoire. Héroïnes de la geste africaine, elles l’ont été. On peut citer, parmi elles, Yennega l’amazone des Mossis du Burkina, Ndatté Yalla (la reine du Walo), Aline Sitöé Diatta (la reine de Cabrousse), la Grande Royale du Fouta au Sénégal, Taïtou, l’ombre influente du souverain du Choa, devenu Roi des rois, Ménélik II d’Ethiopie, Abla Pokou, la fondatrice du royaume baoulé de Côte d’Ivoire, Yaa Asantiwa, reine mère et âme de la résistance ashantie face au pouvoir britannique au Ghana… (Cf. « Femmes de l’ombre et Grandes royales » de Jacqueline Sorel et Simonne Pierron Gomis, Présence africaine.

C’est dire qu’en se référant à notre histoire, à nos religions (l’Islam n’a-t-il pas libéré la fille de la barbarie des hommes ?), à l’évolution actuelle du monde, surtout en comprenant que chaque fois qu’on brime une femme, on brime sa maman, son épouse, sa fille, le monde ne peut que s’en porter mieux. Alors respect pour les femmes !

Par Daouda MANE

« Le temps est proche : les activistes ruraux et urbains transforment la vie des femmes », c’est le thème retenu cette année à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme.

Un hommage particulier est ainsi rendu aux vertueuses femmes qui travaillent la terre pour nourrir leur pays. L’objectif est également d’instaurer une dynamique d’autonomisation des éléments féminins évoluant en zone rurale.

En connaissance ou méconnaissance de cause, les femmes rurales contribuent à assurer la sécurité alimentaire de nos communautés. Et pourtant, du fait des inégalités profondément ancrées, elles n’évoluent pas dans de bonnes conditions. C’est le lieu de rendre un vibrant hommage à ces braves citoyennes qu’un préjugé savamment entretenu a fini de leur ravir la place de choix qu’elles ont longtemps occupée dans nos sociétés. Pour beaucoup, la femme africaine traditionnelle n’est rien d’autre qu’une épouse soumise, un être ne vivant que pour effectuer des travaux domestiques et n’ayant pas de droits à faire valoir.Dans la société africaine traditionnelle, la condition féminine n’était pas dégradante. Ici, la femme était bien considérée. D’ailleurs, la succession au trône, dans certains royaumes pré-coloniaux se faisait en fonction de la lignée maternelle. Ce n’est pas un hasard si dans certains noms africains, on retrouve le prénom de la mère. Cela montre la marque de considération attribuée à la femme qui, au-delà des tâches ménagères, s’occupait de l’éducation des enfants dont les premières humanités sont incontestablement confiées à sa bienveillance. C’est pour renforcer le pouvoir de la femme que le Sénégal a ratifié beaucoup de conventions et d’accords qui luttent contre la discrimination.

Toutefois, il subsiste encore quelques points noirs à gommer. Selon la ministre de la Femme, de la Famille et du Genre, Mme Ndèye Saly Diop Dieng, des dispositions discriminatoires en défaveur des femmes « demeurent encore manifestes » dans les textes législatifs. Elle s’exprimait devant le collectif des femmes parlementaires dans le cadre d’une rencontre de partage du rapport du Comité technique de révision des normes discriminatoires contre les femmes. Dans le but de trouver une solution idoine à ce problème, le Ministère de la Justice a mis sur pied un Comité technique de révision des dispositions législatives et réglementaires discriminatoires à l’encontre des femmes. L’objectif est de revisiter les textes et d’aller résolument vers une mise en cohérence des normes internationales.

Oumar BA

De prime abord, rien ne les lie. Mais, quand on y regarde de plus près, ce préjugé s’écroule comme un château de cartes. Au-delà du statut de femme qu’ils partagent, ces différents profils ont cela de commun qu’ils exercent des métiers qui, jusqu’à récemment, étaient l’apanage des hommes. Commissaire de police, mécanicienne et maréyeuse, ces braves dames nous inculquent une leçon de vie. Portraits de trois femmes partageant l’idéal du travail sans frontières.

TABARA NDIAYE, LA « VOIX » DE LA POLICE SÉNÉGALAISE
Cette commissaire porte, depuis 2017, la parole de la police sénégalaise. Première dame à être officialisée à ce poste, elle n’en demeure pas moins méritante. Rencontre avec ce haut cadre de cette grande institution qu’est la police nationale.

Elle est bien sollicitée, Mme la commissaire Tabara Ndiaye. Son téléphone sonne sans arrêt. Normal, c’est elle qui porte la parole de la police nationale. Elle est la voix habilitée pour communiquer au nom et pour le compte de cette haute institution. Une mission qu’elle compte mener dans la rigueur. Cette jeune femme, née en 1986, est la première dame officiellement nommée au poste de porte-parole de la police nationale. Une nomination intervenue le 13 avril 2017. Nez aquilin, taille haute, teint mâte, elle porte un foulard noir précieusement noué sur la tête. Un grand bureau bien rangé reçoit le visiteur.

Elle est décontractée, serre généreusement les mains, distribue des mots aimables et mêmes de petites blagues. Quid des sollicitations ? « C’est normal, l’institution est ainsi faite. C’est un secteur un peu complexe. En plus de la police, il y a les administrateurs civils, les sapeurs-pompiers et j’en passe. Cependant, notre service demeure le plus sollicité », révèle celle qui a vu le jour à Saint-Louis du Sénégal. « Il arrive que l’on m’appelle parfois très tôt pour me demander de rappliquer dare-dare. Je le fais avec un sentiment d’honneur au service de mon pays », ajoute-t-elle. Des sollicitations qui la poursuivent jusqu’au domicile conjugal. Mais, elles n’entament en rien le climat familial. D’ailleurs, Mme la commissaire se réjouit d’avoir choisi « un époux qui comprend parfaitement la charge et l’accepte pleinement ». Sur un ton souvent moqueur, il ne cesse de lui dire « la police sollicite trop », histoire de détendre le climat. Ce qui fait plaisir à Mme la commissaire. Celle qui est devenue commissaire de police rêvait d’embrasser le métier de magistrat. Très jeune, elle nourrissait ce rêve. «Toute petite, j’avais cette faculté à réconcilier les gens quand ils n’arrivaient plus à s’entendre. J’étais là à jouer au juge, à l’arbitre pour régler les conflits », souligne-t-elle, avec le sourire. Quand, entre frères et sœurs, il y avait de petites chamailleries de gamins, mon père faisait toujours recours à moi car je restituais les faits sans parti pris. J’ai grandi avec ce trait de caractère », renseigne Tabara Ndiaye.

La police n’est pas misogyne !
Comment l’aspirante à la magistrature s’est finalement retrouvée commissaire de police ? Ce n’est pas sans avoir tenté le concours de la magistrature. De nature à se décourager vite, elle n’a pas jugé utile d’essayer à nouveau. Elle passe et réussit le concours de recrutement des élèves sous-officiers de police. Nous sommes en 2012. Elle fait partie de la 39ème promotion.

En 2013, elle passe le concours de recrutement des élèves commissaires de police et le réussit avec brio. La fille d’un cadre de l’administration ne regrette pas d’être devenue commissaire de police. « Contrairement au tribunal, on ne juge pas à la police », rappelle-t-elle. Ici, il s’agit juste de mener des enquêtes à charge et à décharge. La police, un milieu macho exclusivement réservé aux hommes ? « Non », répond Mme la commissaire Tabara Ndiaye. « En 1982, la police sénégalaise accueillait déjà ses premières femmes commissaires », rappelle-t-elle. Et elle se met à citer « les tatas Anna Sémou, Abibatou, Josephine » qui ont marqué de leurs empreintes leur passage à la police. Elle réfute cet argument qui voudrait que la femme soit toujours sur la défensive. « Non. C’est juste un trait de caractère et une manière de se faire respecter », argumente Tabara Ndiaye.

N’ayant jamais été confrontée à un cas de résistance dû au fait qu’elle était femme, Mme la commissaire de police fait savoir ceci : « Aucun de mes éléments ne rechigne devant mes instructions. Ils s’exécutent tous dans le cadre du travail ». Femme avant tout et par-dessus tout, Tabara Ndiaye ne manque pas de convoquer la coquetterie pour parfois résoudre une énigme.

« Il m’est arrivé de faire appel à ma féminité pour amener des mis en cause à avouer », souligne Mme la commissaire, qui nous conte l’histoire de « cette dame qui avait tué le fils de sa coépouse. J’ai réussi à la faire parler. Nous discutions en tant que femmes. Elle était totalement en confiance. Je lui ai fait des remontrances du genre comment as-tu pu éliminer un enfant innocent ? Elle s’est mise à parler et a avoué son crime sans le savoir ». Avec les personnes âgées, elle met de côté la casquette de policière et leur parle en tant qu’enfant, les amenant à restituer les faits tels quels.

Mme la commissaire Tabara Ndiaye a débuté son cursus scolaire à l’école Saint Joseph De Cluny. Elle réussit à l’entrée en 6ème au village d’enfants SOS de Kaolack et fait un passage au Cem Djim Momar Guèye. Elle décroche son Bfem et son Bac au lycée John F. Kennedy. Elle s’inscrit à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Ucad où elle obtient sa maîtrise en droit.

Présentement, elle est doctorante. Aux candidates pour le concours des élèves commissaires de police, Tabara Ndiaye conseille de s’armer de détermination et de courage. « Ce n’est pas facile, mais ce n’est pas pour autant impossible. Dans la vie, il faut savoir ce que l’on veut et se donner les moyens d’atteindre ses objectifs. Il faut être mentalement fort. On fait croire qu’il faut forcement connaître le droit pour réussir au concours de la police. Il n’en est rien. Des gens qui n’ont jamais fait le droit ont réussi au concours », informe-t-elle.

Mme la commissaire Tabara Ndiaye a servi à la brigade des mœurs à la sûreté urbaine de Dakar (2014). Elle a été adjointe au chef de service des Renseignements généraux de Dakar (2015), adjoint au commissaire central de Guédiawaye (2016). Elle a été chef de service du commissariat d’arrondissement de Thiaroye (2016-2017). Présentement, elle est, depuis le 12 avril 2017, chef du Bureau des relations publiques de la police nationale. Mme le commissaire ou Mme la commissaire ? « Peu importe! Je suis commissaire de police. C’est tout ce qui compte », conclut-elle.

Oumar BA

KHADY BÈYE, FEMME MÉCANO
Khady Beye MecanoFille d’un technicien en mécanique, Khady Bèye n’est pas allée chercher loin pour trouver sa vocation. Celle qui a marché sur les traces de son papa est, elle aussi, devenue, à force de persévérance, une technicienne en mécanique. A son honneur et à celui des femmes!

«Un jour, il a fallu montrer ma poitrine à un collègue allemand venu au Sénégal dans le cadre d’un stage pour qu’il soit convaincu de ma féminité », affirme avec un large sourire la très avenante Mme Khady Bèye Guèye, noire et bien dans sa peau. Du fait qu’elle affichait ardeur et détermination dans son travail, les gens en arrivaient à sérieusement douter de son statut de femme. Normal, Khady a choisi un métier qui, à l’époque, attirait peu d’éléments féminins : la mécanique générale. Elle a cédé à la tentation et a surtout succombé à l’influence familiale. « Mon père était mécanicien. Tous mes frères s’activaient également dans ce domaine. J’ai naturellement voulu embrasser ce métier», nous dit-elle.

Avec l’aval d’une famille très compréhensive, elle décide de suivre les pas du père. Pour réussir dans ce milieu réputé macho, il faut se donner les moyens. Khady intègre cette donne et décide de se former dans des écoles reconnues. Elle s’inscrit à l’Asafin, une école spécialisée en formation mécanique. Elle a également fait ses humanités à la Direction du service du matériel (Dsm).

Elle va passer six ans pour l’acquisition de connaissances dans son domaine de prédilection. Elle était, dans sa promotion, avec deux autres femmes. Ses premiers pas comme stagiaire sont ponctués de préjugés. «Les gens étaient surpris de voir une fille débarquer dans les ateliers. Cela était d’autant plus impressionnant que j’étais la deuxième femme à occuper ce poste au sein de la Sotrac, aujourd’hui Dakar Dem Dikk (Dkk)», rappelle-t-elle. Dans les ateliers, elle se refuse de porter des boucles d’oreilles.

La nostalgie des ateliers
La casquette toujours vissée sur la tête, elle était dans un accoutrement masculin, corrigeant des vilebrequins, veillant sur les culasses, rectifiant les tambours, etc. Le travail de la mécanique peut parfois s’avérer physique. Khady, déterminée à mettre de son côté toutes les chances de réussite, s’adonnait quotidiennement à son sport. Après cinq ans passés à s’activer dans les ateliers de la société Dakar Dem Dikk, elle est finalement affectée au bureau d’ordonnancement où elle fait aujourd’hui office d’assistante de direction. Entre quatre murs, dans un calme serein, on est dans une salle d’accueil bien décorée. Bienvenue dans l’antre de Khady Bèye. La mécanicienne devenue assistante de direction. Du fait de sa connaissance du métier de la mécanique, elle a été promue à ce poste où son savoir est utile. Epouse et mère, Khady n’est pas allée très loin pour trouver chaussure à son pied. Et oui, son époux est également technicien en mécanique officiant dans la même entreprise. La complicité du couple permet de surmonter les aléas du métier. Devenue assistante de direction, Khady se remémore avec nostalgie l’ambiance animée des ateliers. Le bruit, le grincement des outils, les va-et-vient, etc. Et si un jour un de ses enfants décide d’embrasser ce métier, elle dit être dans les dispositions de l’y encourager.

«C’est un métier comme tous les autres. C’est vrai, le milieu est essentiellement dominé par les hommes. Mais, il n’y a pas de péril pour les femmes», affirme-t-elle. Elle encourage les femmes à davantage venir vers cette profession. «Il n’y a pas de métiers exclusivement réservés aux hommes», insiste-t-elle. Des anecdotes, Khady en dispose. Une fois elle était à bord d’une voiture, une crevaison intervient au mauvais moment. De tout le véhicule, elle était la seule à maîtriser la mécanique. Elle décide dès lors de prendre les devants. «J’étais très bien habillée. Mais, j’ai tout même décidé d’oublier mon accoutrement. Je sors, installe une cale sous le pneu, desserre les boulons, tire le pneu endommagé et mets la roue de secours en un temps record. Les gens étaient surpris. Certains automobilistes, séduits, s’étaient immobilisés. Comme quoi, ce que l’homme peut faire, la femme le peut aussi », conclut-elle.

Oumar BA

NDEYE FATOU NDIAYE, FEMME LEADER A THIES : MILITANTE DU DÉVELOPPEMENT
Nd F NdiayeLe Ndoucounane à sa lionne, elle s’appelle Mata Sy Diallo. Le Baol aussi, elle s’appelle Aïda Mbodj. Moins connue que les deux premières, la lionne du Diobass, elle, s’appelle Ndèye Fatou Ndiaye. Militante désintéressée, combattante infatigable pour le développement, elle a fini par obtenir une signature crédible auprès des partenaires au développement. Son ambition est de sortir ces milliers de femmes de la région de Thiès de la pauvreté.

Ndèye Fatou Ndiaye est un nom familier, très familier même au Sénégal. Mais dans le Diobass, celle qui le porte n’est ni une lendore encore moins une gouapeuse. Elle symbolise l’action désintéressée, disons un engagement communautaire. Elle se donne à fond pour doter ses concitoyennes de ressources leur permettant de subsister. Ndèye Fatou Ndiaye de Notto comme on aime à l’appeler dans cette localité à un «parti» qui s’appelle le développement. Elle a une cause qui s’appelle «la femme», un objectif qui est de l’autonomiser financièrement et matériellement.

A force d’engagement, le mot «développement» finit par être un identifiant à son nom. «Connaissez-vous Ndèye Fatou Ndiaye ? », demande-t-on de façon spontanée à des confrères. «Laquelle ? Celle qui fait du développement ?», répondent-ils en chœur. Présidente du comité consultatif des femmes du département de Thiès, présidente de l’Union des groupements féminins pour le développement de Notto, présidente du Cadre local de concertation des organisations de producteurs (Clcop), présidente du comité de crédit d’une institution de microfinance dans le département de Thiès, Diourbel jusqu’à Daara Djoloff… Et quoi encore ? La liste est longue, très longue même. Quand cette mignarde au teint noir d’ébène, épouse et mère, parle du développement, les mots lui viennent du cœur. Son âge, une énigme. Disons la quarantaine bien sonnée. Mais une chose est sûre, selon un journaliste d’une radio locale basée à Thiès, Ndèye Fatou Ndiaye a consacré les deux-tiers de sa vie à faire du développement. Elle connaît l’alpha et l’oméga de ce domaine. Les concepts, elle les manipule à sa guise. Ne dit-on pas que c’est en forgeant qu’on devient forgeron. «J’ai commencé à m’investir dans le développement en 1989», précise-t-elle. Depuis, elle porte, à elle seule, sur ses frêles épaules, l’espoir des milliers de femmes du département de Thiès. Consciente de la lourdeur de sa mission, Ndèye Fatou ne perd pas de temps dans des futilités. Ses jours, ses heures, ses minutes sont précieux. Elle est dans les réunions, séminaires et à la recherche de partenaires. Elle multiplie les initiatives sur le terrain pour éviter de former de vaines espérances.

Mais, son engagement pour le développement n’altère en rien les valeurs sociales qu’elle incarne. Elle est souriante et d’un commerce facile. Au premier coup de fil, elle décroche son téléphone.

« Seck, je passe à ton bureau vers 17 heures, je suis dans un séminaire ». Ainsi, le rendez-vous est fixé. Quelle humilité ! C’est certainement ce qui lui vaut la confiance et l’estime de ses paires. L’Union pour le développement de Notto qu’elle dirige regroupe 69 groupements de femmes dont 11 de la zone de Sanghé. Aussi, lorsqu’il s’est agi de mettre sur pied le comité consultatif de la femme, toutes les pensées des femmes du département de Thiès sont tournées vers elle. Egalement en 2014, lors de la création d’une fédération des professionnels de l’agro-alimentaire de la région de Thiès, les actrices du secteur l’ont portée unanimement à la tête de la structure. Et pourtant rien ne lui prédestinait il un tel avenir. Ni sa scolarité, ni son environnement, elle qui avait abandonné l’école en classe de 4e pour aider sa maman, maladive, dans les travaux.

Ndiol Maka SECK

MARIAMA, LA BRAVE DU MARCHÉ «JOOLA»
Mariama Marche JoolaTravailleuse rigoureuse, cette bonne élève, qui a quitté les bancs en classe de seconde, est devenue mareyeuse. La battante acharnée avance dans la sérénité et la dignité.

L’apparence est trompeuse. Des va-et-vient incessants, une énergie à couper le souffle, une ardeur et une application exemplaires. Mariama Faye est pourtant sur pied depuis cinq heures du matin. Sur son étal, elle expose des produits halieutiques et sert une clientèle fidèle. Vers 17h, la dame ne présente encore aucun signe de fatigue. C’est devenu un rituel chez elle. Celle qui quitte quotidiennement son lieu de travail à 19h n’en est pas pour autant abattue. Mère et soutien de famille, elle travaille pour gagner sa vie à la sueur de son front.

Mariama Faye est commerçante mareyeuse au marché le « Joola » situé à Pikine. Elle est également représentante du secrétaire général des femmes actrices du secteur informel. La mareyeuse commercialise des produits halieutiques : du poisson séché et salé, des fruits de mer, carpes, moules, huitres, crustacés, crevettes et autres. Depuis 1992, cette bonne dame s’active dans ce secteur. Elle a débuté son activité au marché le « Joola » alors installé dans l’enceinte du Port autonome de Dakar. C’est sur recommandation de sa maman, elle-même mareyeuse, qu’elle a rejoint ce secteur d’activités. Dès son arrivée, elle est, du fait de ses études relativement poussées, élue membre du bureau de l’association. Elle est l’ajointe à la présidente. Le marché le « Joola » a ceci de particulier qu’il est exclusivement féminin. Seuls les porteurs de marchandises sont des hommes. « Ces braves dames sont pour l’essentiel des soutiens de familles. Certaines sont des veuves qui paient la scolarité et font vivre leurs enfants avec les revenus tirés de leur activité commerciale. Elles s’acquittent aussi des frais du loyer », informe Mariama Faye. Celle qui a poussé ses études jusqu’en classe de seconde, n’est pas pour autant la plus diplômée du marché. Ici, on trouve des personnes qui ont une maîtrise en économie. Ce sont, pour la plupart, des personnes qui ont toujours cherché du travail, mais en vain. Refusant de rester les bras croisés, elles ont décidé de venir au marché pour y gagner dignement leur vie », renseigne-t-elle.

Mariama Faye, qui salue la posture accueillante des mareyeurs trouvés sur place, déplore cependant le manque d’accès des femmes évoluant dans le secteur informel aux banques. «Nous nous rabattons sur les mutuelles d’épargne de crédit où nous sommes souvent l’objet d’arnaque », déplore-t-elle. Ces dames dénoncent les taux d’intérêts exorbitants pratiqués par ces institutions de microfinance. «Nous nous battons pour entretenir nos enfants. C’est pourquoi, nous appelons le gouvernement à nous appuyer dans le financement de nos activités», lance-t-elle. Ces femmes mareyeuses, dont l’activité pourrait être perturbée par le passage du Train express régional (Ter), invitent les autorités à leur trouver une solution de rechange.

O. BA

DÉGUÈNE MBENGUE, UNE DES RARES EXPLOITANTES FORESTIÈRES DE TAMBA
Déguène Mbengue, exploitante forestière à Tambacounda, fait partie du lot des braves femmes qui s’illustrent dans leur activité. Elle capitalise vingt ans d’expériences dans le commerce du bois.

Le soleil est au zetnith. La chaleur impose sa loi. Une canicule sur fond de chaleur gagne Tambacounda. Cette flamme torride ne décourage en rien Déguéne Mbengue. Munie de sa pelle, elle remue terre, malaxe sable, fait recours à l’engrais. Elle s’occupe de son jardin avec une détermination que rien ne saurait remettre en cause. Bienvenue dans l’univers de cette battante de l’ombre. Au-delà de s’adonner à son travail, Déguéne participe à lutter contre l’avancée du désert. Pourquoi tant d’ardeur et de motivation ? «Tout ce que j’ai obtenu dans ma vie, je le dois à l’exploitation du bois d’œuvre. Je ne saurais regarder nos massifs forestiers disparaître, surtout que le service des Eaux et Forêts a fini de nous convaincre des opportunités de remplacer les arbres exploités», souligne t-elle. Cette approche participe également à la lutte contre l’insécurité alimentaire. Déguène avoue avoir construit sa demeure et entretenir ses enfants grâce à la vente de bois. Elle invite alors les femmes à investir ce secteur.

Pape Demba SIDIBE

La femme a toujours joué un rôle de choix dans la société sénégalaise. Cet acquis bute parfois sur des difficultés. Dans cet entretien, Mme Oumoul Khaïry Coulibaly Tandian, docteur en socio-anthropologie, enseignante-chercheure/consultante, spécialiste des questions de genre, salue les avancées, tout en appelant à davantage de mesures.

Contrairement à une idée très rependue, les femmes se seraient toujours illustrées dans la gestion des cités en Afrique de manière générale, au Sénégal plus particulièrement. Pouvez-vous nous citer des exemples concrets qui illustrent cette réalité ?
Dans toute l’histoire des sociétés africaines, les femmes se sont illustrées en exigeant leurs droits et ont, par conséquent, marqué la gestion de la cité. Nombreuses sont les œuvres littéraires qui ont mis en exergue l’influence de la reine-mère dans nos royaumes. D’ailleurs, durant la période précoloniale, la transmission des droits politiques se faisait par la femme dans les sociétés matrilinéaires, comme chez les Sérères par exemple. L’histoire relate aussi l’acte de résistance des femmes de Nder qui se sacrifièrent pour lutter, à leur façon, contre la captivité de Ndaté Yalla, de Djeumbeut Mbodj ou encore d’Aline Sitoé Diatta, qui s’est farouchement opposée à l’occupation coloniale. Les femmes ont aussi pris part aux mouvements intellectuels qui ont marqué la lutte anti-coloniale à travers notamment des associations et en rejoignant des partis politiques.

Depuis l’avènement des indépendances jusqu’à nos jours, la contribution sociale, économique, politique et culturelle des femmes en Afrique n’est plus à démontrer. Parmi les pionnières qui ont marqué notre histoire post-coloniale, on peut citer Maïmouna Kane, magistrate, qui, d’ailleurs, a été nommée, en 1978, secrétaire d’Etat chargée de la Condition féminine dans le gouvernement d’Abdou Diouf, avant d’être promue ministre, ou encore de sa collègue Caroline Faye, en politique ; Mariame Ba ou Aminata Sow Fall, dans le domaine littéraire ; des universitaires comme Fatou Sow, Marie Angélique Savané, Maréma Touré Thiam, entre autres. Celles-ci ont été rejointes par d’autres comme Mame Madior Boye, Aïssata Tall Sall, Aminata Touré, Amsatou Sow Sidibé, pour ne citer qu’elles.

Tout cela, pour vous dire que l’émergence d’un leadership féminin au Sénégal n’est pas nouvelle. Cependant, cela ne doit pas nous faire oublier la situation réelle de la majorité des femmes, exclues ou sous-représentées dans les instances d’exercice et de prise de décisions. En effet, nos cultures africaines, sénégalaises en particulier, sont caractérisées par une masculinisation de l’espace public et une relégation des femmes dans la sphère privée et leur cantonnement aux responsabilités sociales. La colonisation a beaucoup contribué à cette exclusion des femmes de l’espace public. En leur attribuant d’emblée un statut inférieur, elle les a privées d’un rôle actif en politique et sur le plan économique. Malgré la loi sur la parité et les avancées notées, en particulier dans la représentation nationale, la participation effective des femmes dans la gestion de la cité demeure encore un défi majeur.

Quelle place occupait la femme dans certaines sociétés traditionnelles africaines ?
Les femmes ont été de tous les combats de l’histoire de nos sociétés africaines, comme je l’ai dit précédemment. Toutefois, il faut aussi savoir que les sociétés africaines ne sont pas homogènes. Au Sénégal, nous avons des sociétés égalitaires matriarcales comme chez les Diolas et des sociétés inégalitaires et patriarcales. Selon le type de société, la place de la femme varie plus ou moins. Cependant, d’une manière générale, et même si je n’aime pas cette opposition tradition/modernité, les femmes étaient davantage cantonnées aux responsabilités sociales, gardiennes des traditions et ayant un rôle de transmission des valeurs, reproductrices avec comme tâche principale de s’occuper du foyer et d’assurer la pérennisation de la famille. Mais nous savons aussi que traditionnellement, les femmes ont toujours joué un rôle majeur dans l’entretien des ménages, ayant toujours eu en charge les cultures vivrières, en particulier après l’introduction des cultures de rente par le colonisateur.

Pris sur un aspect purement sociologique, pensez-vous que le Sénégal est en avance ou en retard dans le traitement réservé aux femmes ?
En avance ou en retard par rapport à qui ? A quoi ? Je pense que la réalité n’est pas aussi manichéenne que cela. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a beaucoup d’avancées sur les plans politique, social et économique. Les femmes sont aujourd’hui plus instruites, ont plus d’opportunités professionnelles, plus libres dans leur choix et constituent des actrices à part entière. En politique, elles sont davantage présentes dans les partis politiques, dans les gouvernements, à l’Assemblée nationale, les collectivités locales ainsi que dans les hautes institutions étatiques.

Elles occupent également de plus en plus de responsabilités dans le secteur privé. Cependant, nos cultures sont traversées par un principe d’infériorité de la fille par rapport au garçon, de la femme par rapport à l’homme, qui se traduit par un rapport de pouvoir déséquilibré et surtout des inégalités de chances devant l’éducation, le travail et l’accès aux instances de prise de décisions.

Du fait des conséquences de ces pesanteurs socioculturelles, les femmes ne jouissent pas toujours de leurs droits, même lorsque l’égalité des sexes est consacrée par notre législation. Une illustration de cette situation, le faible nombre de femmes élues maires lors des élections locales, malgré la loi sur la parité. Ce principe d’infériorité rend également les femmes et les filles davantage vulnérables aux violences sexistes, en particulier sexuelles, mais aussi à l’impunité des auteurs, comme le montre une recherche que je coordonne pour l’Ong Radi, financée par le Crdi. A cause de ces normes sociales basées sur le genre, même celles qui ont la chance d’aller à l’école, de trouver du travail ou de s’engager dans un parti politique se retrouvent souvent confrontées au plafond de verre, résultat d’un parcours d’obstacles.

Une aliénation culturelle, savamment entretenue, a fini par susciter en nous un sentiment qui laisserait croire que les femmes occupaient des places réductrices dans nos sociétés africaines, qu’en est-il ?
Certes les clichés et préjugés ont contribué à la relégation des femmes, comme je l’ai déjà dit, et que la lecture des sociétés africaines selon le filtre de leurs valeurs présente une image de la femme africaine stéréotypée. Cependant, les rapports sociaux de domination, en particulier entre les sexes, qui structurent nos sociétés ne laissent pas toujours aux femmes la possibilité de jouir pleinement de leurs droits en tant que citoyennes. Mais, malgré le poids des traditions et autres difficultés qu’elles rencontrent, les femmes prennent conscience de leurs droits et les revendiquent. Vous savez, on a souvent opposé aux femmes un manque d’instruction, de compétences pour les écarter des sphères décisionnelles, aujourd’hui, même si un travail important reste à faire, les choses bougent.

Propos recueillis par Oumar BA

L’Amicale des femmes du « Soleil », dans le cadre de la célébration de la journée du 08 mars, sera, aujourd’hui, à la Maison d’arrêt et de correction (Mac) pour femmes de liberté VI.

Les femmes du quotidien national, pour marquer cette journée de célébration des droits des femmes, vont se rendre à la Mac de liberté VI pour remettre des vivres et de matériels aux femmes détenues. Une action de solidarité qui vise à partager les peines et souffrances de ces pensionnaires de ce lieu de privation de la liberté. Pour mener cette action sociale d’envergure, l’Amicale des femmes du quotidien le « Soleil » a bénéficié du soutien de la direction générale du journal, ainsi que d’autres partenaires tels que Sahel Evasion, Transversal, Noujaïm et Frères, Sips, Cassis Equipement, Sogepal, Laure Agro, le Groupement des femmes de Sangalkam, la Vivrière, la Pna, le Pnlp, le Sneips, le Service d’hygiène, la Lonase, Electronic Corp, Zeyna, Bara Boutique… Cette action de solidarité entre dans le cadre de la panoplie d’actions de solidarité de l’Amicale des femmes du « Soleil » à l’endroit des populations les plus démunies. Tout récemment, elle a eu à offrir du ciment pour la réhabilitation de certains lieux de culte. Lors du dernier mois de Ramadan, elle a octroyé des vivres aux populations démunies de Yarakh.

Aliou Ngamby NDIAYE

L’histoire des femmes a été étudiée en marge de celle-là générale. Leurs actions ont pourtant aiguillé la trajectoire de l’humanité. La Journée internationale des femmes n’est que l’expression d’une affirmation de leurs personnalités. Elle se confond avec l’histoire tumultueuse du monde et les luttes d’influence. Elle puise ses racines dans diverses manifestations de femmes qui désiraient accéder à certains droits légitimes.

A L’ORIGINE DES REVENDICATIONS LÉGITIMES
L’histoire des femmes a été étudiée en marge de celle-là générale. Leurs actions ont pourtant aiguillé la trajectoire de l’humanité. La Journée internationale des femmes n’est que l’expression d’une affirmation de leurs personnalités. Elle se confond avec l’histoire tumultueuse du monde et les luttes d’influence. Elle puise ses racines dans diverses manifestations de femmes qui désiraient accéder à certains droits légitimes.

L’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution proclamant le 08 mars « Journée des Nations unies pour les droits de la femme et la paix internationale » en décembre 1977.

Cette décision est prise dans le prolongement de la proclamation, par l’Assemblée, de l’Année internationale de la femme (1975) et de la Décennie des Nations unies pour la femme (1976-1985). Au-delà du faste, l’idée est de porter un regard lucide sur la situation des femmes dans le monde pour envisager le futur de manière plus sereine. Car leurs trajectoires individuelles et leurs actions collectives ont montré leur capacité de résilience et de prise en charge de leur destinée, de leurs préoccupations. L’origine de cette journée que célèbre « l’humanité » en est une illustration achevée.

La Journée internationale des femmes est intervenue dans le contexte des mouvements sociaux au cours du XXe siècle en Amérique du Nord et en Europe. La première Journée nationale des femmes a été célébrée en 1909 sur l’ensemble du territoire des Etats-Unis d’Amérique le 28 février conformément à une déclaration du Parti socialiste américain. Cette célébration s’est poursuivie jusqu’en 1913.

Toutefois, c’est en août 1910, à la deuxième conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague, à l’initiative de la militante allemande Clara Zetkin, que le principe d’une célébration au plan international a été admis. On ne parle pas encore du 8 mars. Cependant, il paraissait urgent de mobiliser les femmes « en accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dotées de la conscience de classe ».

La Journée des femmes est moins l’initiative du mouvement féministe pourtant très actif à l’époque que de celui-là socialiste. Clara Zetkin s’employait ainsi à contrecarrer l’influence de ce qu’on a appelé à l’époque « les féministes de la bourgeoisie » sur les les femmes du peuple. La proposition est approuvée à l’unanimité par la conférence parce qu’elle épousait les idées qui concouraient à la promotion des droits des femmes, à l’obtention du suffrage universel. Elle a été fêtée pour la première fois le 19 mars en Allemagne, en Autriche, au Danemark et en Suisse.

Outre le droit de voter et d’exercer une fonction publique, elles exigeaient le droit au travail, à la formation professionnelle, ainsi que l’arrêt des discriminations sur le lieu de travail. Mais, c’est en Russie que la Journée des femmes connaît son regain. En 1913 et en 1914, la Journée internationale des ouvrières y est célébrée. Ensuite, le 8 mars 1917, ont lieu, à Petrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg), des manifestations d’ouvrières que les bolcheviques désignent comme le premier jour de la révolution russe. Une nouvelle tradition est instaurée : le 8 mars est, dès lors, l’occasion pour les partis communistes de mobiliser les femmes. Après 1945, la Journée des femmes est officiellement célébrée dans tous les pays socialistes.

L’histoire de la manifestation des couturières new-yorkaises censées être à l’origine de cette célébration relèverait d’un mythe. Elle aurait eu pour objectif de détacher le 8 mars de son origine soviétique à cause des luttes d’influence de l’époque. Comme avec la Saint-Valentin et autres joyeusetés « tropicalisées », les Sénégalais célèbrent cette journée avec grand faste.

Alassane Aliou MBAYE

RESPECT POUR LES FEMMES
Femmes AfriqueAujourd’hui, est célébrée la journée mondiale de la femme. Un grand hommage à nos mères, nos épouses, nos sœurs qui constituent plus de la moitié de la population mondiale. Cette journée ne tire pas son sens de leur statut de femme, mais bien du respect de leurs droits : droit au travail et salaire décents, droit à la terre, droit à la santé et surtout droit à l’éducation, etc. Qui ignore les avantages de l’éducation de la femme ? «Eduquer une femme, c’est éduquer une société, une Nation», soutient l’Unesco. Gardienne de la cellule familiale, elle dorlote, chouchoute et éduque. En somme, elle fait de nous ce que nous sommes. Autant dire que l’Onu ne s’est point trompée en lui consacrant une journée. Mais que diantre, elle fait face à de multiples difficultés !

Victime, elle l’est dans toutes les situations : politique, économique, culturelle et sociale. Au point qu’elle n’hésite plus, de nos jours, à emprunter la voie de l’émigration en quête d’un mieux-être. Heureusement, certaines d’entre elles refusent la fatalité, n’acceptent point de baisser les bras jusqu’à devenir des modèles pour les jeunes, et cela, dans tous les domaines.

Certes, au Sénégal en particulier, des efforts louables sont accomplis en faveur de la femme : ouverture de l’Armée à la femme, timide accès à la terre, parité dans les instances électives et semi-électives presque réalisée. Par exemple, on dénombre 64 femmes (42,66%) sur les 120 députés qui ont constitué la dernière législature et 69 (41,5) sur les 165 députés de la 13ème législature. Par ailleurs, le Sénégal a signé et ratifié l’ensemble des instruments et mécanismes internationaux relatifs aux droits humains et particulièrement aux droits de la femme et de la fille.

Mais le chemin est en encore long. En effet, si le nombre, en politique, de femmes députés a augmenté, le taux a, toutefois, baissé et peu d’entre elles occupent des postes de décision.

Egalement, au Sénégal, peu de femmes sont alphabétisées ou accèdent à la terre. D’après une étude menée par l’Initiative prospective agricole rurale (Ipar), «bien que représentant 70% de la population agricole du Sénégal, les femmes ne sont que 13 % à accéder aux terres agricoles». Pire, la violence contre la femme prend de plus en plus d’ampleur malgré les multiples lois pour la protéger. Entre autres, viol, subordination, mariage précoce et forcé, violences physique et verbale, Mutilations génitales féminines (Mgf), exclusion sociale particulièrement lorsqu’elle souffre d’une «maladie de la honte» comme la fistule.

Or, aucun pays ne peut se développer en rabaissant la femme. Il est temps qu’elle retrouve la place qui a toujours été la sienne dans nos sociétés africaines comme l’a démontré l’histoire.

Héroïnes de la geste africaine, elles l’ont été. On peut citer, parmi elles, Yennega l’amazone des Mossis du Burkina, Ndatté Yalla (la reine du Walo), Aline Sitöé Diatta (la reine de Cabrousse), la Grande Royale du Fouta au Sénégal, Taïtou, l’ombre influente du souverain du Choa, devenu Roi des rois, Ménélik II d’Ethiopie, Abla Pokou, la fondatrice du royaume baoulé de Côte d’Ivoire, Yaa Asantiwa, reine mère et âme de la résistance ashantie face au pouvoir britannique au Ghana… (Cf. « Femmes de l’ombre et Grandes royales » de Jacqueline Sorel et Simonne Pierron Gomis, Présence africaine.

C’est dire qu’en se référant à notre histoire, à nos religions (l’Islam n’a-t-il pas libéré la fille de la barbarie des hommes ?), à l’évolution actuelle du monde, surtout en comprenant que chaque fois qu’on brime une femme, on brime sa maman, son épouse, sa fille, le monde ne peut que s’en porter mieux. Alors respect pour les femmes !

Par Daouda MANE

LA FEMME RURALE À L’HONNEUR
« Le temps est proche : les activistes ruraux et urbains transforment la vie des femmes », c’est le thème retenu cette année à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme. Un hommage particulier est ainsi rendu aux vertueuses femmes qui travaillent la terre pour nourrir leur pays. L’objectif est également d’instaurer une dynamique d’autonomisation des éléments féminins évoluant en zone rurale.

En connaissance ou méconnaissance de cause, les femmes rurales contribuent à assurer la sécurité alimentaire de nos communautés. Et pourtant, du fait des inégalités profondément ancrées, elles n’évoluent pas dans de bonnes conditions. C’est le lieu de rendre un vibrant hommage à ces braves citoyennes qu’un préjugé savamment entretenu a fini de leur ravir la place de choix qu’elles ont longtemps occupée dans nos sociétés. Pour beaucoup, la femme africaine traditionnelle n’est rien d’autre qu’une épouse soumise, un être ne vivant que pour effectuer des travaux domestiques et n’ayant pas de droits à faire valoir.Dans la société africaine traditionnelle, la condition féminine n’était pas dégradante. Ici, la femme était bien considérée. D’ailleurs, la succession au trône, dans certains royaumes pré-coloniaux se faisait en fonction de la lignée maternelle. Ce n’est pas un hasard si dans certains noms africains, on retrouve le prénom de la mère. Cela montre la marque de considération attribuée à la femme qui, au-delà des tâches ménagères, s’occupait de l’éducation des enfants dont les premières humanités sont incontestablement confiées à sa bienveillance. C’est pour renforcer le pouvoir de la femme que le Sénégal a ratifié beaucoup de conventions et d’accords qui luttent contre la discrimination.

Toutefois, il subsiste encore quelques points noirs à gommer. Selon la ministre de la Femme, de la Famille et du Genre, Mme Ndèye Saly Diop Dieng, des dispositions discriminatoires en défaveur des femmes « demeurent encore manifestes » dans les textes législatifs. Elle s’exprimait devant le collectif des femmes parlementaires dans le cadre d’une rencontre de partage du rapport du Comité technique de révision des normes discriminatoires contre les femmes. Dans le but de trouver une solution idoine à ce problème, le Ministère de la Justice a mis sur pied un Comité technique de révision des dispositions législatives et réglementaires discriminatoires à l’encontre des femmes. L’objectif est de revisiter les textes et d’aller résolument vers une mise en cohérence des normes internationales.

Oumar BA

CES FEMMES QUI S’ILLUSTRENT : UN IDÉAL DU TRAVAIL SANS FRONTIÈRES
De prime abord, rien ne les lie. Mais, quand on y regarde de plus près, ce préjugé s’écroule comme un château de cartes. Au-delà du statut de femme qu’ils partagent, ces différents profils ont cela de commun qu’ils exercent des métiers qui, jusqu’à récemment, étaient l’apanage des hommes. Commissaire de police, mécanicienne et maréyeuse, ces braves dames nous inculquent une leçon de vie. Portraits de trois femmes partageant l’idéal du travail sans frontières.

TABARA NDIAYE, LA « VOIX » DE LA POLICE SÉNÉGALAISE
Tabara Ndiaye Police 2Cette commissaire porte, depuis 2017, la parole de la police sénégalaise. Première dame à être officialisée à ce poste, elle n’en demeure pas moins méritante. Rencontre avec ce haut cadre de cette grande institution qu’est la police nationale.

Elle est bien sollicitée, Mme la commissaire Tabara Ndiaye. Son téléphone sonne sans arrêt. Normal, c’est elle qui porte la parole de la police nationale. Elle est la voix habilitée pour communiquer au nom et pour le compte de cette haute institution. Une mission qu’elle compte mener dans la rigueur. Cette jeune femme, née en 1986, est la première dame officiellement nommée au poste de porte-parole de la police nationale. Une nomination intervenue le 13 avril 2017. Nez aquilin, taille haute, teint mâte, elle porte un foulard noir précieusement noué sur la tête. Un grand bureau bien rangé reçoit le visiteur.

Elle est décontractée, serre généreusement les mains, distribue des mots aimables et mêmes de petites blagues. Quid des sollicitations ? « C’est normal, l’institution est ainsi faite. C’est un secteur un peu complexe. En plus de la police, il y a les administrateurs civils, les sapeurs-pompiers et j’en passe. Cependant, notre service demeure le plus sollicité », révèle celle qui a vu le jour à Saint-Louis du Sénégal. « Il arrive que l’on m’appelle parfois très tôt pour me demander de rappliquer dare-dare. Je le fais avec un sentiment d’honneur au service de mon pays », ajoute-t-elle. Des sollicitations qui la poursuivent jusqu’au domicile conjugal. Mais, elles n’entament en rien le climat familial. D’ailleurs, Mme la commissaire se réjouit d’avoir choisi « un époux qui comprend parfaitement la charge et l’accepte pleinement ». Sur un ton souvent moqueur, il ne cesse de lui dire « la police sollicite trop », histoire de détendre le climat. Ce qui fait plaisir à Mme la commissaire. Celle qui est devenue commissaire de police rêvait d’embrasser le métier de magistrat. Très jeune, elle nourrissait ce rêve. «Toute petite, j’avais cette faculté à réconcilier les gens quand ils n’arrivaient plus à s’entendre. J’étais là à jouer au juge, à l’arbitre pour régler les conflits », souligne-t-elle, avec le sourire. Quand, entre frères et sœurs, il y avait de petites chamailleries de gamins, mon père faisait toujours recours à moi car je restituais les faits sans parti pris. J’ai grandi avec ce trait de caractère », renseigne Tabara Ndiaye.

La police n’est pas misogyne !
Comment l’aspirante à la magistrature s’est finalement retrouvée commissaire de police ? Ce n’est pas sans avoir tenté le concours de la magistrature. De nature à se décourager vite, elle n’a pas jugé utile d’essayer à nouveau. Elle passe et réussit le concours de recrutement des élèves sous-officiers de police. Nous sommes en 2012. Elle fait partie de la 39ème promotion.

En 2013, elle passe le concours de recrutement des élèves commissaires de police et le réussit avec brio. La fille d’un cadre de l’administration ne regrette pas d’être devenue commissaire de police. « Contrairement au tribunal, on ne juge pas à la police », rappelle-t-elle. Ici, il s’agit juste de mener des enquêtes à charge et à décharge. La police, un milieu macho exclusivement réservé aux hommes ? « Non », répond Mme la commissaire Tabara Ndiaye. « En 1982, la police sénégalaise accueillait déjà ses premières femmes commissaires », rappelle-t-elle. Et elle se met à citer « les tatas Anna Sémou, Abibatou, Josephine » qui ont marqué de leurs empreintes leur passage à la police. Elle réfute cet argument qui voudrait que la femme soit toujours sur la défensive. « Non. C’est juste un trait de caractère et une manière de se faire respecter », argumente Tabara Ndiaye.

N’ayant jamais été confrontée à un cas de résistance dû au fait qu’elle était femme, Mme la commissaire de police fait savoir ceci : « Aucun de mes éléments ne rechigne devant mes instructions. Ils s’exécutent tous dans le cadre du travail ». Femme avant tout et par-dessus tout, Tabara Ndiaye ne manque pas de convoquer la coquetterie pour parfois résoudre une énigme.

« Il m’est arrivé de faire appel à ma féminité pour amener des mis en cause à avouer », souligne Mme la commissaire, qui nous conte l’histoire de « cette dame qui avait tué le fils de sa coépouse. J’ai réussi à la faire parler. Nous discutions en tant que femmes. Elle était totalement en confiance. Je lui ai fait des remontrances du genre comment as-tu pu éliminer un enfant innocent ? Elle s’est mise à parler et a avoué son crime sans le savoir ». Avec les personnes âgées, elle met de côté la casquette de policière et leur parle en tant qu’enfant, les amenant à restituer les faits tels quels.

Mme la commissaire Tabara Ndiaye a débuté son cursus scolaire à l’école Saint Joseph De Cluny. Elle réussit à l’entrée en 6ème au village d’enfants SOS de Kaolack et fait un passage au Cem Djim Momar Guèye. Elle décroche son Bfem et son Bac au lycée John F. Kennedy. Elle s’inscrit à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l’Ucad où elle obtient sa maîtrise en droit.

Présentement, elle est doctorante. Aux candidates pour le concours des élèves commissaires de police, Tabara Ndiaye conseille de s’armer de détermination et de courage. « Ce n’est pas facile, mais ce n’est pas pour autant impossible. Dans la vie, il faut savoir ce que l’on veut et se donner les moyens d’atteindre ses objectifs. Il faut être mentalement fort. On fait croire qu’il faut forcement connaître le droit pour réussir au concours de la police. Il n’en est rien. Des gens qui n’ont jamais fait le droit ont réussi au concours », informe-t-elle.

Mme la commissaire Tabara Ndiaye a servi à la brigade des mœurs à la sûreté urbaine de Dakar (2014). Elle a été adjointe au chef de service des Renseignements généraux de Dakar (2015), adjoint au commissaire central de Guédiawaye (2016). Elle a été chef de service du commissariat d’arrondissement de Thiaroye (2016-2017). Présentement, elle est, depuis le 12 avril 2017, chef du Bureau des relations publiques de la police nationale. Mme le commissaire ou Mme la commissaire ? « Peu importe! Je suis commissaire de police. C’est tout ce qui compte », conclut-elle.

Oumar BA

KHADY BÈYE, FEMME MÉCANO
Khady Beye MecanoFille d’un technicien en mécanique, Khady Bèye n’est pas allée chercher loin pour trouver sa vocation. Celle qui a marché sur les traces de son papa est, elle aussi, devenue, à force de persévérance, une technicienne en mécanique. A son honneur et à celui des femmes!

«Un jour, il a fallu montrer ma poitrine à un collègue allemand venu au Sénégal dans le cadre d’un stage pour qu’il soit convaincu de ma féminité », affirme avec un large sourire la très avenante Mme Khady Bèye Guèye, noire et bien dans sa peau. Du fait qu’elle affichait ardeur et détermination dans son travail, les gens en arrivaient à sérieusement douter de son statut de femme. Normal, Khady a choisi un métier qui, à l’époque, attirait peu d’éléments féminins : la mécanique générale. Elle a cédé à la tentation et a surtout succombé à l’influence familiale. « Mon père était mécanicien. Tous mes frères s’activaient également dans ce domaine. J’ai naturellement voulu embrasser ce métier», nous dit-elle.

Avec l’aval d’une famille très compréhensive, elle décide de suivre les pas du père. Pour réussir dans ce milieu réputé macho, il faut se donner les moyens. Khady intègre cette donne et décide de se former dans des écoles reconnues. Elle s’inscrit à l’Asafin, une école spécialisée en formation mécanique. Elle a également fait ses humanités à la Direction du service du matériel (Dsm).

Elle va passer six ans pour l’acquisition de connaissances dans son domaine de prédilection. Elle était, dans sa promotion, avec deux autres femmes. Ses premiers pas comme stagiaire sont ponctués de préjugés. «Les gens étaient surpris de voir une fille débarquer dans les ateliers. Cela était d’autant plus impressionnant que j’étais la deuxième femme à occuper ce poste au sein de la Sotrac, aujourd’hui Dakar Dem Dikk (Dkk)», rappelle-t-elle. Dans les ateliers, elle se refuse de porter des boucles d’oreilles.

La nostalgie des ateliers
La casquette toujours vissée sur la tête, elle était dans un accoutrement masculin, corrigeant des vilebrequins, veillant sur les culasses, rectifiant les tambours, etc. Le travail de la mécanique peut parfois s’avérer physique. Khady, déterminée à mettre de son côté toutes les chances de réussite, s’adonnait quotidiennement à son sport. Après cinq ans passés à s’activer dans les ateliers de la société Dakar Dem Dikk, elle est finalement affectée au bureau d’ordonnancement où elle fait aujourd’hui office d’assistante de direction. Entre quatre murs, dans un calme serein, on est dans une salle d’accueil bien décorée. Bienvenue dans l’antre de Khady Bèye. La mécanicienne devenue assistante de direction. Du fait de sa connaissance du métier de la mécanique, elle a été promue à ce poste où son savoir est utile. Epouse et mère, Khady n’est pas allée très loin pour trouver chaussure à son pied. Et oui, son époux est également technicien en mécanique officiant dans la même entreprise. La complicité du couple permet de surmonter les aléas du métier. Devenue assistante de direction, Khady se remémore avec nostalgie l’ambiance animée des ateliers. Le bruit, le grincement des outils, les va-et-vient, etc. Et si un jour un de ses enfants décide d’embrasser ce métier, elle dit être dans les dispositions de l’y encourager.

«C’est un métier comme tous les autres. C’est vrai, le milieu est essentiellement dominé par les hommes. Mais, il n’y a pas de péril pour les femmes», affirme-t-elle. Elle encourage les femmes à davantage venir vers cette profession. «Il n’y a pas de métiers exclusivement réservés aux hommes», insiste-t-elle. Des anecdotes, Khady en dispose. Une fois elle était à bord d’une voiture, une crevaison intervient au mauvais moment. De tout le véhicule, elle était la seule à maîtriser la mécanique. Elle décide dès lors de prendre les devants. «J’étais très bien habillée. Mais, j’ai tout même décidé d’oublier mon accoutrement. Je sors, installe une cale sous le pneu, desserre les boulons, tire le pneu endommagé et mets la roue de secours en un temps record. Les gens étaient surpris. Certains automobilistes, séduits, s’étaient immobilisés. Comme quoi, ce que l’homme peut faire, la femme le peut aussi », conclut-elle.

Oumar BA

NDEYE FATOU NDIAYE, FEMME LEADER A THIES : MILITANTE DU DÉVELOPPEMENT
Nd F NdiayeLe Ndoucounane à sa lionne, elle s’appelle Mata Sy Diallo. Le Baol aussi, elle s’appelle Aïda Mbodj. Moins connue que les deux premières, la lionne du Diobass, elle, s’appelle Ndèye Fatou Ndiaye. Militante désintéressée, combattante infatigable pour le développement, elle a fini par obtenir une signature crédible auprès des partenaires au développement. Son ambition est de sortir ces milliers de femmes de la région de Thiès de la pauvreté.

Ndèye Fatou Ndiaye est un nom familier, très familier même au Sénégal. Mais dans le Diobass, celle qui le porte n’est ni une lendore encore moins une gouapeuse. Elle symbolise l’action désintéressée, disons un engagement communautaire. Elle se donne à fond pour doter ses concitoyennes de ressources leur permettant de subsister. Ndèye Fatou Ndiaye de Notto comme on aime à l’appeler dans cette localité à un «parti» qui s’appelle le développement. Elle a une cause qui s’appelle «la femme», un objectif qui est de l’autonomiser financièrement et matériellement.

A force d’engagement, le mot «développement» finit par être un identifiant à son nom. «Connaissez-vous Ndèye Fatou Ndiaye ? », demande-t-on de façon spontanée à des confrères. «Laquelle ? Celle qui fait du développement ?», répondent-ils en chœur. Présidente du comité consultatif des femmes du département de Thiès, présidente de l’Union des groupements féminins pour le développement de Notto, présidente du Cadre local de concertation des organisations de producteurs (Clcop), présidente du comité de crédit d’une institution de microfinance dans le département de Thiès, Diourbel jusqu’à Daara Djoloff… Et quoi encore ? La liste est longue, très longue même. Quand cette mignarde au teint noir d’ébène, épouse et mère, parle du développement, les mots lui viennent du cœur. Son âge, une énigme. Disons la quarantaine bien sonnée. Mais une chose est sûre, selon un journaliste d’une radio locale basée à Thiès, Ndèye Fatou Ndiaye a consacré les deux-tiers de sa vie à faire du développement. Elle connaît l’alpha et l’oméga de ce domaine. Les concepts, elle les manipule à sa guise. Ne dit-on pas que c’est en forgeant qu’on devient forgeron. «J’ai commencé à m’investir dans le développement en 1989», précise-t-elle. Depuis, elle porte, à elle seule, sur ses frêles épaules, l’espoir des milliers de femmes du département de Thiès. Consciente de la lourdeur de sa mission, Ndèye Fatou ne perd pas de temps dans des futilités. Ses jours, ses heures, ses minutes sont précieux. Elle est dans les réunions, séminaires et à la recherche de partenaires. Elle multiplie les initiatives sur le terrain pour éviter de former de vaines espérances.

Mais, son engagement pour le développement n’altère en rien les valeurs sociales qu’elle incarne. Elle est souriante et d’un commerce facile. Au premier coup de fil, elle décroche son téléphone. « Seck, je passe à ton bureau vers 17 heures, je suis dans un séminaire ». Ainsi, le rendez-vous est fixé. Quelle humilité ! C’est certainement ce qui lui vaut la confiance et l’estime de ses paires. L’Union pour le développement de Notto qu’elle dirige regroupe 69 groupements de femmes dont 11 de la zone de Sanghé. Aussi, lorsqu’il s’est agi de mettre sur pied le comité consultatif de la femme, toutes les pensées des femmes du département de Thiès sont tournées vers elle. Egalement en 2014, lors de la création d’une fédération des professionnels de l’agro-alimentaire de la région de Thiès, les actrices du secteur l’ont portée unanimement à la tête de la structure. Et pourtant rien ne lui prédestinait il un tel avenir. Ni sa scolarité, ni son environnement, elle qui avait abandonné l’école en classe de 4e pour aider sa maman, maladive, dans les travaux.

Ndiol Maka SECK

MARIAMA, LA BRAVE DU MARCHÉ « JOOLA »
Mariama Marche JoolaTravailleuse rigoureuse, cette bonne élève, qui a quitté les bancs en classe de seconde, est devenue mareyeuse. La battante acharnée avance dans la sérénité et la dignité.

L’apparence est trompeuse. Des va-et-vient incessants, une énergie à couper le souffle, une ardeur et une application exemplaires. Mariama Faye est pourtant sur pied depuis cinq heures du matin. Sur son étal, elle expose des produits halieutiques et sert une clientèle fidèle. Vers 17h, la dame ne présente encore aucun signe de fatigue. C’est devenu un rituel chez elle. Celle qui quitte quotidiennement son lieu de travail à 19h n’en est pas pour autant abattue. Mère et soutien de famille, elle travaille pour gagner sa vie à la sueur de son front.

Mariama Faye est commerçante mareyeuse au marché le « Joola » situé à Pikine. Elle est également représentante du secrétaire général des femmes actrices du secteur informel. La mareyeuse commercialise des produits halieutiques : du poisson séché et salé, des fruits de mer, carpes, moules, huitres, crustacés, crevettes et autres. Depuis 1992, cette bonne dame s’active dans ce secteur. Elle a débuté son activité au marché le « Joola » alors installé dans l’enceinte du Port autonome de Dakar. C’est sur recommandation de sa maman, elle-même mareyeuse, qu’elle a rejoint ce secteur d’activités. Dès son arrivée, elle est, du fait de ses études relativement poussées, élue membre du bureau de l’association. Elle est l’ajointe à la présidente. Le marché le « Joola » a ceci de particulier qu’il est exclusivement féminin. Seuls les porteurs de marchandises sont des hommes. « Ces braves dames sont pour l’essentiel des soutiens de familles. Certaines sont des veuves qui paient la scolarité et font vivre leurs enfants avec les revenus tirés de leur activité commerciale. Elles s’acquittent aussi des frais du loyer », informe Mariama Faye. Celle qui a poussé ses études jusqu’en classe de seconde, n’est pas pour autant la plus diplômée du marché. Ici, on trouve des personnes qui ont une maîtrise en économie. Ce sont, pour la plupart, des personnes qui ont toujours cherché du travail, mais en vain. Refusant de rester les bras croisés, elles ont décidé de venir au marché pour y gagner dignement leur vie », renseigne-t-elle.

Mariama Faye, qui salue la posture accueillante des mareyeurs trouvés sur place, déplore cependant le manque d’accès des femmes évoluant dans le secteur informel aux banques. «Nous nous rabattons sur les mutuelles d’épargne de crédit où nous sommes souvent l’objet d’arnaque », déplore-t-elle. Ces dames dénoncent les taux d’intérêts exorbitants pratiqués par ces institutions de microfinance. «Nous nous battons pour entretenir nos enfants. C’est pourquoi, nous appelons le gouvernement à nous appuyer dans le financement de nos activités», lance-t-elle. Ces femmes mareyeuses, dont l’activité pourrait être perturbée par le passage du Train express régional (Ter), invitent les autorités à leur trouver une solution de rechange.

O. BA

DÉGUÈNE MBENGUE, UNE DES RARES EXPLOITANTES FORESTIÈRES DE TAMBA
Déguène Mbengue, exploitante forestière à Tambacounda, fait partie du lot des braves femmes qui s’illustrent dans leur activité. Elle capitalise vingt ans d’expériences dans le commerce du bois.

Le soleil est au zetnith. La chaleur impose sa loi. Une canicule sur fond de chaleur gagne Tambacounda. Cette flamme torride ne décourage en rien Déguéne Mbengue. Munie de sa pelle, elle remue terre, malaxe sable, fait recours à l’engrais. Elle s’occupe de son jardin avec une détermination que rien ne saurait remettre en cause. Bienvenue dans l’univers de cette battante de l’ombre. Au-delà de s’adonner à son travail, Déguéne participe à lutter contre l’avancée du désert. Pourquoi tant d’ardeur et de motivation ? «Tout ce que j’ai obtenu dans ma vie, je le dois à l’exploitation du bois d’œuvre. Je ne saurais regarder nos massifs forestiers disparaître, surtout que le service des Eaux et Forêts a fini de nous convaincre des opportunités de remplacer les arbres exploités», souligne t-elle. Cette approche participe également à la lutte contre l’insécurité alimentaire. Déguène avoue avoir construit sa demeure et entretenir ses enfants grâce à la vente de bois. Elle invite alors les femmes à investir ce secteur.

Pape Demba SIDIBE

DR OUMOUL KHAÏRY COULIBALY TANDIAN, SPECIALISTE DES QUESTIONS DE GENRE : « L’ÉMERGENCE D’UN LEADERSHIP FÉMININ AU SÉNÉGAL N’EST PAS NOUVEAU »
Oumoul K C TandianLa femme a toujours joué un rôle de choix dans la société sénégalaise. Cet acquis bute parfois sur des difficultés. Dans cet entretien, Mme Oumoul Khaïry Coulibaly Tandian, docteur en socio-anthropologie, enseignante-chercheure/consultante, spécialiste des questions de genre, salue les avancées, tout en appelant à davantage de mesures.

Contrairement à une idée très rependue, les femmes se seraient toujours illustrées dans la gestion des cités en Afrique de manière générale, au Sénégal plus particulièrement. Pouvez-vous nous citer des exemples concrets qui illustrent cette réalité ?
Dans toute l’histoire des sociétés africaines, les femmes se sont illustrées en exigeant leurs droits et ont, par conséquent, marqué la gestion de la cité. Nombreuses sont les œuvres littéraires qui ont mis en exergue l’influence de la reine-mère dans nos royaumes. D’ailleurs, durant la période précoloniale, la transmission des droits politiques se faisait par la femme dans les sociétés matrilinéaires, comme chez les Sérères par exemple. L’histoire relate aussi l’acte de résistance des femmes de Nder qui se sacrifièrent pour lutter, à leur façon, contre la captivité de Ndaté Yalla, de Djeumbeut Mbodj ou encore d’Aline Sitoé Diatta, qui s’est farouchement opposée à l’occupation coloniale. Les femmes ont aussi pris part aux mouvements intellectuels qui ont marqué la lutte anti-coloniale à travers notamment des associations et en rejoignant des partis politiques.

Depuis l’avènement des indépendances jusqu’à nos jours, la contribution sociale, économique, politique et culturelle des femmes en Afrique n’est plus à démontrer. Parmi les pionnières qui ont marqué notre histoire post-coloniale, on peut citer Maïmouna Kane, magistrate, qui, d’ailleurs, a été nommée, en 1978, secrétaire d’Etat chargée de la Condition féminine dans le gouvernement d’Abdou Diouf, avant d’être promue ministre, ou encore de sa collègue Caroline Faye, en politique ; Mariame Ba ou Aminata Sow Fall, dans le domaine littéraire ; des universitaires comme Fatou Sow, Marie Angélique Savané, Maréma Touré Thiam, entre autres. Celles-ci ont été rejointes par d’autres comme Mame Madior Boye, Aïssata Tall Sall, Aminata Touré, Amsatou Sow Sidibé, pour ne citer qu’elles.

Tout cela, pour vous dire que l’émergence d’un leadership féminin au Sénégal n’est pas nouvelle. Cependant, cela ne doit pas nous faire oublier la situation réelle de la majorité des femmes, exclues ou sous-représentées dans les instances d’exercice et de prise de décisions. En effet, nos cultures africaines, sénégalaises en particulier, sont caractérisées par une masculinisation de l’espace public et une relégation des femmes dans la sphère privée et leur cantonnement aux responsabilités sociales. La colonisation a beaucoup contribué à cette exclusion des femmes de l’espace public. En leur attribuant d’emblée un statut inférieur, elle les a privées d’un rôle actif en politique et sur le plan économique. Malgré la loi sur la parité et les avancées notées, en particulier dans la représentation nationale, la participation effective des femmes dans la gestion de la cité demeure encore un défi majeur.

Quelle place occupait la femme dans certaines sociétés traditionnelles africaines ?
Les femmes ont été de tous les combats de l’histoire de nos sociétés africaines, comme je l’ai dit précédemment. Toutefois, il faut aussi savoir que les sociétés africaines ne sont pas homogènes. Au Sénégal, nous avons des sociétés égalitaires matriarcales comme chez les Diolas et des sociétés inégalitaires et patriarcales. Selon le type de société, la place de la femme varie plus ou moins. Cependant, d’une manière générale, et même si je n’aime pas cette opposition tradition/modernité, les femmes étaient davantage cantonnées aux responsabilités sociales, gardiennes des traditions et ayant un rôle de transmission des valeurs, reproductrices avec comme tâche principale de s’occuper du foyer et d’assurer la pérennisation de la famille. Mais nous savons aussi que traditionnellement, les femmes ont toujours joué un rôle majeur dans l’entretien des ménages, ayant toujours eu en charge les cultures vivrières, en particulier après l’introduction des cultures de rente par le colonisateur.

Pris sur un aspect purement sociologique, pensez-vous que le Sénégal est en avance ou en retard dans le traitement réservé aux femmes ?
En avance ou en retard par rapport à qui ? A quoi ? Je pense que la réalité n’est pas aussi manichéenne que cela. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a beaucoup d’avancées sur les plans politique, social et économique. Les femmes sont aujourd’hui plus instruites, ont plus d’opportunités professionnelles, plus libres dans leur choix et constituent des actrices à part entière. En politique, elles sont davantage présentes dans les partis politiques, dans les gouvernements, à l’Assemblée nationale, les collectivités locales ainsi que dans les hautes institutions étatiques. Elles occupent également de plus en plus de responsabilités dans le secteur privé. Cependant, nos cultures sont traversées par un principe d’infériorité de la fille par rapport au garçon, de la femme par rapport à l’homme, qui se traduit par un rapport de pouvoir déséquilibré et surtout des inégalités de chances devant l’éducation, le travail et l’accès aux instances de prise de décisions.

Mme Croquette 2

Du fait des conséquences de ces pesanteurs socioculturelles, les femmes ne jouissent pas toujours de leurs droits, même lorsque l’égalité des sexes est consacrée par notre législation. Une illustration de cette situation, le faible nombre de femmes élues maires lors des élections locales, malgré la loi sur la parité. Ce principe d’infériorité rend également les femmes et les filles davantage vulnérables aux violences sexistes, en particulier sexuelles, mais aussi à l’impunité des auteurs, comme le montre une recherche que je coordonne pour l’Ong Radi, financée par le Crdi. A cause de ces normes sociales basées sur le genre, même celles qui ont la chance d’aller à l’école, de trouver du travail ou de s’engager dans un parti politique se retrouvent souvent confrontées au plafond de verre, résultat d’un parcours d’obstacles.

Une aliénation culturelle, savamment entretenue, a fini par susciter en nous un sentiment qui laisserait croire que les femmes occupaient des places réductrices dans nos sociétés africaines, qu’en est-il ?
Certes les clichés et préjugés ont contribué à la relégation des femmes, comme je l’ai déjà dit, et que la lecture des sociétés africaines selon le filtre de leurs valeurs présente une image de la femme africaine stéréotypée. Cependant, les rapports sociaux de domination, en particulier entre les sexes, qui structurent nos sociétés ne laissent pas toujours aux femmes la possibilité de jouir pleinement de leurs droits en tant que citoyennes. Mais, malgré le poids des traditions et autres difficultés qu’elles rencontrent, les femmes prennent conscience de leurs droits et les revendiquent. Vous savez, on a souvent opposé aux femmes un manque d’instruction, de compétences pour les écarter des sphères décisionnelles, aujourd’hui, même si un travail important reste à faire, les choses bougent.

Propos recueillis par Oumar BA

SOLIDARITE AVEC LES DETENUES : L’AMICALE DES FEMMES DU « SOLEIL » À LA MAC DE LIBERTÉ VI
L’Amicale des femmes du « Soleil », dans le cadre de la célébration de la journée du 08 mars, sera, aujourd’hui, à la Maison d’arrêt et de correction (Mac) pour femmes de liberté VI.

Les femmes du quotidien national, pour marquer cette journée de célébration des droits des femmes, vont se rendre à la Mac de liberté VI pour remettre des vivres et de matériels aux femmes détenues. Une action de solidarité qui vise à partager les peines et souffrances de ces pensionnaires de ce lieu de privation de la liberté. Pour mener cette action sociale d’envergure, l’Amicale des femmes du quotidien le « Soleil » a bénéficié du soutien de la direction générale du journal, ainsi que d’autres partenaires tels que Sahel Evasion, Transversal, Noujaïm et Frères, Sips, Cassis Equipement, Sogepal, Laure Agro, le Groupement des femmes de Sangalkam, la Vivrière, la Pna, le Pnlp, le Sneips, le Service d’hygiène, la Lonase, Electronic Corp, Zeyna, Bara Boutique… Cette action de solidarité entre dans le cadre de la panoplie d’actions de solidarité de l’Amicale des femmes du « Soleil » à l’endroit des populations les plus démunies. Tout récemment, elle a eu à offrir du ciment pour la réhabilitation de certains lieux de culte. Lors du dernier mois de Ramadan, elle a octroyé des vivres aux populations démunies de Yarakh.

Aliou Ngamby NDIAYE


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