Grands Dossiers (154)

La définition officielle : Facebook est un réseau social en ligne qui permet à ses utilisateurs de publier des images, des photos, des vidéos, des fichiers et documents, d'échanger des messages, de joindre et créer des groupes et d'utiliser une variété d'applications. Deuxième site web le plus visité au monde après Google, selon Alexa, il comptait, en décembre 2015, 1,04 milliard d'utilisateurs actifs quotidiens sur un total de 1,59 milliard d'utilisateurs actifs mensuels. Au Sénégal, ce réseau est devenu une attraction et est au cœur de nombreux enjeux de société. Les hommes politiques l’ont si bien compris qu’ils y sont omniprésents. Mais Facebook est-il réellement efficace pour attirer les foules ?

Les tumultes sur l’asphalte et la poussière des rues d’après-manif se dissipent peu à peu pour laisser émerger le cliquetisdes touches des claviers. La protestation virtuelle, plus durable que l’engagement physique des manifestants, a pris désormais place sur la société sénégalaise qui a accès à l’internet. Le post peut avoir valeur d’appel au rassemblement, plus ou mieux que les éternels haut-parleurs installés sur des voitures ou, plus modernes, les gros baffles montés sur des camions, repoussant les limites des décibels autorisés à l’oreille humaine, hurlant aux passants les mérites du candidat sur fond d’un tube en vogue et trémoussements de guignols danseurs. Les temps ont changé. A côté des méthodes de propagande classiques –surtout axées sur le bruit, la clameur-,la présence sur les réseaux sociaux est l’un des nouveaux tableaux de bord des politiques, conscients qu’ils sont que Facebook, pour prendre cet exemple, devient de moins en ludique (sauf dans son versant sexo-mafieux) pour se transformer d’abord et avant tout en média. Et il coûte moins cher que les camions et sonos à louer, les troubadours, les gros bras et militants à entretenir en espèces sonnantes et trébuchantes. Ils savent aussi que de plus en plus de gens s’informent maintenant principalement à partir de FB.

La diffusion de la « consigne », de la nouvelle d’un nouveau positionnement, des images du meeting du rival qui s’est terminé avec l’exfiltration du politicien-organisateur, dans une ambiance de gaz lacrymogènes, alors que l’autre a réussi le sien, toutes ces catégories d’images et de sons publiés sur Facebookont un impact certain sur le moral des uns et des autres. La publicité d’un évènement politique sur le réseau social est d’une telle célérité que les tracs sont devenus reliques. Plusieurs fondamentaux de l’expression populaire, surtout urbaines,sont ébranlés dans leurs fondamentaux : banderoles, tags, dazibaos,affiches…

Mémoire virtuelle
Macky Sall FacebookLe président Macky Sall est, lui aussi, acquis à l’idée que les réseaux sociaux lui permettent de « partager » avec ses concitoyens. Sur YouTube, on peut le voir jouer au foot sur la plage de sa résidence secondaire de Popenguine ou commenter et encourager à la mi-temps (dans la soirée du dimanche 5 janvier) les Lions du foot qui s’activaient pour confirmer leur future victoire (2-0) contre la Tunisie pour leur entrée en matière dans la plus prestigieuse compétition africaine. L’effet a été positif.

Quand, jeunes étudiants à Harvard, Marck Zuckerberget ses camarades étudiants de l'université Harvard, Eduardo Saverin, Dustin Moskovitz et Chris Hughes lançaient cet original réseau, ils ne s’imaginaient naturellement pas qu’ils allaient changer jusqu’à nos canaux traditionnels de communication. Le « bébé » vient juste de fêter ses 12 ans, et il ne s’est jamais porté aussi bien. A la tête de la plus grande fortune mondiale, Zuckerberg (sixième fortune mondiale à 32 ans) semble garder les pieds sur terre et la tête sur les épaules. L’homme aux éternels sweet-shirts à capuche a été signataire du fameux « Giving pledge » initié par les multimilliardaires Billes et Gates a donné en 2014 18 millions d’action Facebook à des œuvres de charité pour un montant de 485 milliards F CFA. En tout cas, ce n’est pas altruisme que les politiques arrosent leurs « amis » sur le réseau de leurs activités et posts.

Figées dans les mémoires virtuelles, les protestations ou approbations « électroniques » circulent mieux et plus vite, atteignent leurs cibles avec plus de précision, sans dégradation d’aucun espace sinon celui cognitif, bref l’antipode des gaz lacrymogènes, des courses-poursuites dans les rues, des voix cassées et des muscles endoloris. Maintenant, c’est le temps des « casseurs » soft…

Mais la technologie aura beau évoluer, l’action politique sera illustrée par la présence dans la rue des acteurs, et cela pour des années encore. Il est impossible, par exemple, de « tuer » la symbolique autour de la marche annuelle des travailleurs le 1er mai. Illusoire sans doute serait le scénario qui verrait les secrétaires généraux de syndicaux remettre leurs cahiers de doléances par…mail. Il y a toujours l’impact de la présence physique dans l’appréciation que les acteurs se font d’une situation. La poignée de mains, l’échange verbal, les ambiances entretenues par les déploiements humains ont toujours fait l’Histoire. Ce n’est pas pour rien que les capitulations se font toujours en présence des vainqueurs et des vaincus. L’attrait physique, le toucher ; c’est comme le fameux rapport du lecteur à son journal dont la possession, l’entretien, le feuilletage des pages produisent une accoutumance qui le rassure sur son appartenance au groupe. La communication par Facebook est efficace et peu très vite placer une affaire au cœur de l’actualité. Le maire (Pds) de Yeumbeul Bara Gaye réussit à faire de la condamnation à mort en Arabie saoudite d’une de ses anciennes administrées, émigrée dans ce pays, une affaire nationale après un poignant plaidoyer posté sur Fb.

Si Twitter est pratique (aller à l’essentiel comme), Facebook est par contre l’univers de tous les possibles. Les politiques utilisent en général Twitter et Facebook ; cela dépend du type de message à faire passer. D’ailleurs, le Dg de Facebook,en avril–dans le magazine français « Capital », expliquait la différence de son réseau à Twitter : « Le flux est éphémère. On poste quelque chose dans le flux, il y restera quelques heures, un certain nombre de gens pourront le lire, puis pour ainsi dire il disparaît », attaque Zuckerberg. « Quant aux services qui consomment ce flux, ils n’établissent pas réellement de connexion entre vous et, ils ne comprennent pas réellement la relation sémantique qui existe entre vous et la connexion que vous avez établie », ajoutait-il.

Facebook fait également bouger « l’administration » des partis politiques. Sauf au moment des campagnes électorales, les partis politiques sont le plus souvent confinés dans les salles des bureaux politiques et comités directeurs. Les communiqués de presse assurant la transmission au grand public.La plupart des « grands » leaders politiques se font un point d’honneur à animer une page ; très souvent, un fidèle est d’ailleurs dédié à cette tâche. Le combat politique se poursuit aussi sur Facebook.

Indice de popularité
Le nombre d’amis est pour certains un baromètre fiable de popularité. Devant la démultiplication de pages piratées ou présentées comme celles de personnalités avec nom et photo de profil, combien d’arnaques, combien d’amalgames ? Aussi, la plupart des leaders précisent le terme « officielle » à leur page pour explique que « c’est la bonne ».

Mais l’invention de Marck Zuckerberg peut-elle, réellement faire changer d’opinion politique ? Sur numera.com, on explique que « l’efficacité théorique d’un message politique sur Facebook qui émettrait une note discordante à ce que l’on croit être juste est très vite contrée par la bulle médiatique, de fait orientée, qui existe autour de la plupart des personnes ». Les hommes s’intéressent aux médias qui leur disent ce qu’ils veulent entendre. Beaucoup estiment par ailleurs que la communication visuelle classique à de belles campagnes électorales devant elle. Mais pour l’instant, c’est Facebook qui est à la page.

HAMADOU TIDIANE SY, specialiste des medias sociaux : « On ne remplacera pas de sitôt la règle de la proximité et du contact humain ! »
Hamadou Tidiane SyHamadou Tidiane Sy, journaliste de formation, est le directeur général de l’Ecole supérieure de journalisme, des métiers de l’internet et de la communication (Ejicom) à Dakar. Lui-même très présent sur les réseaux sociaux, il s’est spécialisé sur leur impact dans nos sociétés et surtout les mutations que Facebook impose au journalisme « classique ».

De plus en plus, les alertes et « manifestations virtuelles » prennent le pas sur les affichages et les manifestations, quelle est la meilleure des deux méthodes si l’objectif est de se faire entendre et de créer une réalité politique ?
Je crois que les deux se complètent. Dans un sens, on utilise les réseaux sociaux pour mobiliser ses militants, dans l'espoir de les voir sur le terrain. Et dans l'autre sens, on relaie sur les réseaux sociaux les manifestations pour en élargir l'impact. Et pour une longue période encore les deux vont coexister. Je ne poserai pas le débat en des termes antinomiques, mais plutôt en termes de complémentarité. Ce qui relègue à l'arrière-plan la question de savoir laquelle des méthodes est "meilleure", car c'est difficile à trancher. Pour moi, il ne s'agit pas d'adopter l'une au détriment de l'autre. Mais en fonction de ses objectifs et de sa cible, en un instant T, une organisation politique peut déterminer ses choix pour l'une ou l'autre. Et il est rare que l'une exclue l'autre. Les organisations politiques qui se respectent et qui ont les ressources investissent aussi bien le champ du réel que celui du virtuel. Cela dit, les manifestations de rue, je crois, sont et seront toujours là. Il ne faut pas se tromper. Pour nous qui sommes en ville et qui sommes très présentssur les réseaux sociaux et surtout surexposés à ces plateformes, nous avons tendance à leur donner une importance qui dépasse de loin leur portée réelle. On peut avoir l'impression que tout s'y passe ou que tout y est relayé. Cela peut relever du mirage ou de l'illusion d'optique, si l’on peut utiliser cette expression. Attendons l'approche des élections avant d'analyser les différentes démarches et de sortir des conclusions définitives.

Qu’est-ce qui explique la prééminence de plus en plus pressante des médias sociaux dans la communication politique ?
Deux observations : la première, depuis qu'Obama a réussi à se faire élire en 2008, utilisant énormément, mais avec beaucoup d'intelligence, les réseaux sociaux, une grande majorité d'organisations et d'hommes politiques s'y sont aussi mis, en se disant que ce sont là les outils du futur pour gagner une élection. Par ailleurs, la montée en puissance de ce "créneau", si on peut l'appeler ainsi, est une réalité incontournable. Les réseaux sociaux ont envahi nos vies et presque tout s'y passe. Pour atteindre aujourd'hui la frange des jeunes en milieu urbain, constamment connectés à l'internet, il n'y a pas meilleur outil que les réseaux et médias sociaux... Enfin, cela peut paraître accessoire à certains, mais reste quand même déterminant : en termes de coûts, si on fait le rapport "impact/prix", l'avantage comparatif de ces outils est énorme. On parle de coûts dérisoires pour toucher des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes ou plus. Reste à en mesurer l'efficacité, ce qui demande des recherches poussées.

DR. MAMADOU DIOUMA DIALLO, ENSEIGNANT-CHERCHEUR à L’UGB : « Il est important pour nos hommes politiques d’avoir une présence active sur les réseaux sociaux »
Mamadou Diouma DialloDepuis quelques années, les hommes politiques sénégalais se sont mis à l’heure des médias sociaux. Selon le docteur Mamadou Diouma Diallo, Chef de la section Communication de l’Ufr Civilisations, Religions, Arts et Communication (Crac) de l’Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis, ces espaces sont devenus des lieux où se développent de plus en plus de stratégies de mise en visibilité, de développement et de renforcement du capital socio-affectif des acteurs politiques. Pour cet enseignant-chercheur associé au laboratoire Information Milieux Médias Médiations (I3M) de Nice, nos hommes politiques ont tout intérêt à avoir une présence active sur les réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux sont devenus, depuis quelques années, une arène où les hommes politiques sont de plus en plus présents. Beaucoup d’entre eux ont franchi le Rubicon et ont une page Facebook, tweeter, etc. Y a-t-il un intérêt pour eux d’être présents sur le web ?
Absolument ! Les réseaux sont des espaces de socialisation où se jouent des enjeux hautement politiques. Si la communication politique, au sens instrumental du terme, peut se résumer au triptyque : faire connaître (rendre visible), faire aimer (rendre sympathique), faire agir (amener les populations à adhérer et voter pour le parti), il convient de souligner que les réseaux sociaux sont devenus des lieux où se développent de plus en plus de stratégies de mise en visibilité, de développement et de renforcement du capital socio-affectif des acteurs politiques. La communication politique, tout en veillant à travailler l’image de ces derniers dans ces espaces de socialisation, se révèle également être de plus en plus un outil de conquête et de légitimation du pouvoir.

Est-il très pertinent dans un pays comme le Sénégal de s’engager sur les réseaux sociaux en politique ?
Je pense qu’il est important pour nos hommes politiques d’avoir une présence active sur les réseaux sociaux. Ne pas y être, c’est prendre le risque de ne pas toucher une frange importante de la population sénégalaise. En effet, les jeunes y sont massivement présents et y passent beaucoup de temps. Évidemment, il ne s’agit pas seulement de créer un compte, mais plus fondamentalement de définir une véritable stratégie digitale basée sur une connaissance certaine des codes et rituels qui régissent ces univers. Les réseaux sociaux sont des lieux de prise de parole et des canaux privilégiés de communication. Ce sont des espaces du « dire », en plus d’être des espaces de socialisation.

La sphère politique au Sénégal n’a-t-elle pas mis du temps à comprendre l’impact et l’utilité des réseaux sociaux ?
Je le pense aussi, même si l’on peut trouver des raisons qui expliquent l’adoption tardive, par nos hommes politiques, des réseaux sociaux. Maintenant, ils ont compris que la forte présence des citoyens sur les médias sociaux en fait des lieux indiqués de socialisation indissociables de l’agir politique.

Les réseaux sociaux et les hommes politiques font-ils bon ménage ?
C’est une question qui ne fait pas appel à une réponse fermée du type « oui » ou « Non ». Je pense que nous pouvons citer des exemples de réussite comme Barack Obama, mais également des échecs découlant d’une mauvaise approche dans la communication dans ces espaces où tout simplement d’une difficile (re) conquête d’un public qui s’est déjà fait une opinion sur un candidat. Ce qu’il faut dire avec force, c’est que les réseaux sociaux ne sont ni plus ni moins que des canaux de communication comme les autres médias et ne peuvent donc nullement, dans l’absolu, changer des perceptions ou des opinions tenaces.

Les réseaux sociaux peuvent-ils donner des ailes à la participation politique ?
Ce qui fait la particularité des réseaux sociaux, c’est qu’ils appartiennent à la palette des outils qui ont l’étiquette Web 2.0. Ce dernier se caractérise avant tout par la dynamique participative qu’il permet d’instaurer dans les espaces de publication et d’échanges. En instaurant une relation de proximité plus soutenue avec les citoyens, les réseaux sociaux peuvent potentiellement impulser des formes de participations citoyenne ou politique que certains appellent « connectives actions » par opposition au « collective action ».

Si les réseaux sociaux permettent souvent aux hommes politiques d’être plus proches de leur électorat, de diffuser des messages, d’avoir une large audience et même de convaincre de futurs électeurs, n’exposent-ils pas les hommes politiques ?
Incontestablement, communiquer dans les réseaux sociaux, c’est s’exposer. La configuration communicationnelle place le politique et le citoyen au même niveau. Toute personne qui le souhaite peut intervenir pour remettre en cause la parole de l’homme politique. Ce dernier perd le monopole du pouvoir de dire et expose sa parole à la critique publique. La communication n’est pas de nature « Top down » et offre peu de marge à la maîtrise de son public. En ce sens, les réseaux sociaux exposent fortement les hommes politiques.

Les comptes sont souvent alimentés par d’autres personnes. N’y a-t-il pas là une forme d’arnaque, de trahison ?
Je ne le pense pas. Je ne trouve aucun inconvénient à ce que le compte d’une personnalité soit géré par une personne responsable et bien formée. Quand les hommes politiques sont à des postes de responsabilité, ils n’ont pas souvent le temps de gérer leur communication et répondre efficacement aux exigences du poste. C’est donc tout à fait normal qu’il délègue cette tâche à des personnes ressources et de confiance pour gérer ce volet de la publication et de l’animation des communautés en ligne appelé aussi community management. Cela dit, il y a toujours des hommes politiques qui gèrent personnellement leurs publications dans les médias. C’est une très bonne chose à encourager, car la relation et les interactions avec la communauté deviennent authentiques et sans filtres.

Les contenus du post peuvent susciter un grand buzz, mais aussi un effet contraire. Cette stratégie n’est-elle pas une arme à double tranchant ?
La publication est inhérente à toute stratégie de présence digitale. Si l’espace public est le lieu de la praxis, dans son versant politique, il est aussi le lieu de la lexis. En effet, dans le domaine politique, la communication par les actes a très peu de résonance : Il faut « bien faire et bien le faire savoir » et justement les médias sociaux sont des lieux de mise en visibilité et de valorisation de l’action et cela passe nécessairement par la recherche du buzz qui n’est rien d’autre qu’une forte résonance d’une action dans le web.

Y a-t-il des limites dans l’utilisation des médias sociaux ?
Bien sûr, comme pour tous les autres médias. La principale limite, à mon avis, c’est qu’une bonne partie de la population sénégalaise, en raison de la fracture numérique aussi bien endogène qu’exogène, n’y est pas présente. C’est une limite objective qui mérite d’être prise en compte. Il faut aussi souligner, par ailleurs, que le média internet et singulièrement les réseaux sociaux se prêtent difficilement à des logiques de communication d’influence.

Les réseaux sociaux ont-ils un avenir durable pour la politique et nos hommes politiques ?
Je le pense foncièrement. Nous assistons à des dynamiques de décomposition et de recomposition du champ politique classique offrant une configuration qui met davantage la focale sur l’agir stratégique et plus singulièrement sur le marketing politique. A l’évidence, les médias sociaux changent notre rapport à la politique et par conséquent aux acteurs du champ. L’influence grandissante du marketing politique dans ces médias sociaux est révélatrice non d’une tendance, mais d’un prolongement de la communication politique sur d’autres espaces qui se caractérisent avant tout par leurs dimensions sociales et leurs singularités dans les pratiques de communication.

RENE-PIERRE YEHOUME CADRE APR DE DAKAR-PLATEAU : « Les réseaux sociaux seront un grand outil de management des foules »
René Pierre YéhoumeCadre Apr et responsable à Dakar-Plateau, René-Pierre Yéhoume est omniprésent sur les réseaux sociaux ? Il estime que le réseau social à lui seul ne peut optimiser le discours politique.

« Depuis son élection en 2012, le président de la République ne cesse d'insister sur l'importance que revêt la communication pour lui », attaque d’emblée René-Pierre Yéhoume, un jeune cadre de l’Apr et « Facebook acteur » réputé. « S’agissant précisément des réseaux sociaux, il faut dire aussi que cette forme de communication est indispensable. Mais elle n’est jamais suffisante et il faut y ajouter d’autres paramètres pour s'entourer des meilleures garanties d'être compris, pour convaincre », soutient René-Pierre Yéhoume, responsable Apr au plateau, à Dakar. Selon lui, les affiches sont une forme de communication directe mais « « brutale » ; il estime que « c’est toujours la forme de communication la plus pertinente et l’utilisation de l’affichage avec des images spécifiques pousse les gens à s'intéresser d’abord à ce qu'ils voient ».

Le chef de cabinet du secrétaire d’Etat du Pudc (Programme d’urgence de développement communautaire) pense, toutefois, qu'il ne faut pas sous-estimer le Web car son extension et sa croissance sont rapides ; « Au départ, si je ne m'abuse, la fracture numérique était définie comme liée aux inégalités d’accès à l'outil informatique. L’outil informatique est devenu abordable pour le plus grand nombre, ainsi que l’accès à internet. On arrive même à faire avec un simple téléphone des choses qu’on ne pensait jamais faire il y a quatre ans. Même si certains n'ont pas accès au web mais son extension et sa croissance sont rapide », explique-t-il.

Pour René-Pierre Yéhoume, « la fracture numérique serait donc, aujourd’hui, une fracture sociale, non dans le sens que lui a donné, en son temps, un candidat à la présidence, mais dans la mesure où elle concerne la capacité à s’impliquer dans des dynamiques sociales au sens anglais du terme, suivant la logique des réseaux du même nom ». D'ici quelques années, les réseaux sociaux seront un grand outil de management des foules en Afrique et plus particulièrement au Sénégal, surtout avec les projets du chef de l'État Macky Sall. Notre interlocuteur souligne également que notre pays abrite, à Dakar, le siège pour l’Afrique de l’ouest du Groupe Atos, qui vient d’acquérir des sociétés informatiques de renommées internationales. Pour lui, cette présence accélérera l’offre technologique et, partant, le nombre d’utilisateurs des réseaux sociaux.

Et dans le processus de mise en œuvre du Plan Sénégal émergent (Pse), « le numérique jouera un rôle important comme facteur essentiel de démultiplication des gains de productivité et d’amélioration de la compétitivité », dit-il.

« Aujourd’hui, plus que jamais, pour tenir la promesse de développement d’une nouvelle ère numérique, nous devons maintenir les avantages comparatifs de nos infrastructures de télécommunications et effectuer des investissements en faveur de la structuration d’écosystèmes du numérique », insiste M. Yehoume.

Dossier réalisé par Samboudian KAMARA et Samba Oumar FALL 

La diplomatie sénégalaise a un grand défi à relever avec la candidature du Pr Abdoulaye Bathily à la présidence de la Commission de l’Union africaine, l’un des postes les plus prestigieux du continent, et qui sera au centre du Sommet qui s’ouvre ce matin à Addis-Abeba. Le Sénégal, un des initiateurs et membres fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (Oua), n’a jamais brigué ce poste, bien qu’ayant joué, en tous temps, un rôle prépondérant pour l’unité africaine et dans le processus pour y parvenir.

Les plus illustres des intellectuels sénégalais ont été parmi les premiers à penser et prêcher l’unité africaine depuis l’aube des indépendances, s’opposant farouchement à ce que le président Senghor appelait la « balkanisation de l’Afrique ».

Pour retrouver cette unité, perdue par le fait colonial, le Sénégal est l’un des rares pays sur le continent à avoir inscrit, dans sa Constitution, la possibilité de renoncer à une partie de sa souveraineté pour des besoins d’intégration régionale, sous-régionale ou africaine. Joignant l’acte à la parole, nos premiers dirigeants ont, dès l’indépendance, opéré des concessions territoriales avec nos voisins immédiats pour mieux raffermir nos relations de bon voisinage et afficher leur détermination à aller le plus loin possible dans l’intégration des peuples africains, alors que l’ambiance de l’époque post-indépendance était celle du micro-nationalisme mal placé.

Sur le plan intérieur, le Sénégal fait partie du peloton de tête des pays où les étrangers sont les mieux intégrés et continue toujours à être un refuge pour de nombreux persécutés du continent et d’ailleurs. Notre diplomatie de paix, de concorde et de fraternité nous a conduits à faire partie des nations qui contribuent le plus aux forces de maintien de la paix en Afrique et dans le monde. Le Sénégal a été l’une des premières nations à contribuer au maintien de la paix, avec des soldats envoyés au Congo Kinshasa dès l’indépendance. Notre savoir-faire et surtout notre sens de la conciliation et du consensus nous valent d’être régulièrement sollicités pour des missions hautement périlleuses, bien loin de nos frontières et de l’Afrique.

Au sein de l’Oua, le Sénégal a toujours joué un rôle prépondérant, tant dans le financement de l’institution que dans la réflexion stratégique et prospective, et a lourdement pesé dans la prise de certaines décisions majeures touchant à l’avenir du continent, mettant ainsi en avant l’intérêt des populations africaines plus que des postes à occuper par ses ressortissants.

Cette position de principe pèsera, sans doute, pour le Sénégal lors du vote pour désigner le président de la Commission de l’Ua, hormis la valeur intrinsèque d’Abdoulaye Bathily. Homme politique, syndicaliste et surtout historien bilingue, il a enseigné dans plusieurs universités du continent, avec une expérience dans la gestion des conflits en Afrique centrale.

L’élection du président de la Commission de l’Ua devait avoir lieu en juillet dernier, mais avait finalement été reportée à la demande de nombreux membres de l'organisation qui voulaient des candidats d’envergure, à la hauteur des missions à accomplir.

Plusieurs pays avaient demandé le report du vote de six mois et incité le Sénégal à présenter un candidat. Sans doute, se remémorent-ils qu’Amadou Mactar Mbow à l’Unesco, Jacques Diouf à la Fao et Abdou Diouf à la Francophonie ont effectué un « sans faute ».

Par Alassane Diawara

 

L’Organisation de l’unité africaine (Oua) a vu le jour le 22 mai 1963 à Addis-Abeba. 32 chefs d’État et de gouvernement ont mis en place l’organisation continentale en présence de leaders de mouvements de libération. Un nouveau jour d’espoir venait de se lever pour le continent noir, après des siècles de domination étrangère.

En ce 22 mai 1963, le ballet diplomatique est intense à Addis-Abeba, « la nouvelle fleur ». Les chefs d’État de 32 pays nouvellement indépendants et des mouvements de libération encore sous le joug de la colonisation se retrouvent à la capitale éthiopienne pour porter sur les fonts baptismaux l’Organisation de l’unité africaine (Oua). Le rêve de Kwame Nkrumah, un des chantres du panafricanisme et des pères fondateurs de l’organisation continentale, commence à devenir réalité. L’espoir est immense. Six ans plutôt, en 1957, alors que tout l’ancien Gold Coast célébrait en liesse l’accès à son indépendance, il avait lâché cette phrase qui en disait long sur sa vision panafricaniste : « L’indépendance du Ghana, sans celle des autres États africains, est insignifiante ! » Ce 22 mai, devant ses pairs parmi lesquels Senghor, le chantre de la Négritude, et un certain Robert Mugabe, alors à la tête d’un mouvement de libération, le président ghanéen donne à nouveau le ton : « S’unir ou périr ! Divisés, nous sommes faibles ; unie, l’Afrique pourrait devenir l’une des plus grandes forces pour le bien de l’humanité ». Kwame ne prêche pas dans le désert. Ses propos trouvent des échos favorables dans les discours des orateurs acquis à sa cause. Tous ont donc décidé de s’unir pour ne pas périr. C’est, à coup sûr, un moment historique. Sur les visages des pères fondateurs, l’émotion se mêle à la joie. Après plus d’un siècle de domination coloniale, une nouvelle aube d’espoir se lève pour l’Afrique. Celle de voir le continent noir reprendre sa dignité, son identité, dans le concert des nations.

Pour Léopold Sédar Senghor, cette rencontre à Addis-Abeba constitue un grand pas en avant. « Nous sommes enfin en train de réaliser, ici et maintenant, un vieux rêve : celui d’une conférence qui réunirait fraternellement les chefs d’État africains de tous les pays indépendants. Nous n’avons pas le droit d’échouer, si nous ne voulons pas être accusé de trahison », se convainc le chef de l’État sénégalais.

Sa Majesté impériale Hailé Sélassié, l’empereur d’Éthiopie, est aussi étreint par l’émotion. L’homme qui a tenu tête aux impérialistes italiens ne peut cacher sa fierté. « Aujourd’hui, l’Afrique est sortie de son passage noir. Notre Armageddon est derrière nous. L’Afrique est redevenue un continent libre et les Africains des hommes libres », se réjouit-il.

L’empereur n’entend cependant pas tomber dans l’autosatisfaction ; alors que certains pays du continent comme l’Angola, le Mozambique, la Guinée-Bissau, la Rhodésie du Sud, le Cap-Vert, etc., continuent à se débattre, sans succès, pour bouter hors de leurs frontières les colons portugais et anglais. Sans oublier l’Afrique du Sud où les populations noires souffrent le martyre à cause du régime malfaisant de l’Apartheid avec la vie de Nelson Mandela qui valse entre la clandestinité et la prison. Hailé Sélassié souligne que le combat pour la libération totale de l’Afrique ne fait pourtant que commencer. « Notre liberté n’a de sens que si tous les Africains sont libres. Nos frères de Rhodésie, du Mozambique, de l’Angola, de l’Afrique du Sud pleurent, dans l’angoisse, notre soutien », martèle Sélassié qui revêt, pour la circonstance, ses habits de chef de guerre redouté et redoutable.

Après de longs échanges et des exposés sur le modèle politique que devrait prendre la nouvelle organisation continentale, l’Assemblée s’accorde finalement sur le nom de l’Oua, en lieu et place des États-Unis d’Afrique comme le proposent certains. Manifestement, la majorité des chefs d’État n’est pas préparée à céder leur parcelle de pouvoir au profit d’une confédération. Mais, c’est déjà une grande victoire. Kwame Nkrumah ne peut s’empêcher de jubiler. « À partir de maintenant, nous planifierons et travaillerons ensemble pour le progrès et le développement de notre grand continent. C’est la seule manière pour que nous puissions éliminer les obstacles… et l’humiliation que nous avons subie sous la colonisation et l’impérialisme », souligne-t-il dans son discours de clôture.

Diégane SARR

Face à un monde changeant, l’Oua/Ua n’a cessé d’ajuster sa vision pour mieux répondre aux défis qui interpellent le continent. Si l’Oua avait pour cri de guerre la solidarité entre les États membres, la libération de l’Afrique et la fin de l’Apartheid, l’Ua, lancée en 2002, au Sommet de Durban, a mis l’accélération du processus de développement et de l’intégration au cœur de son action.

L’Oua, rebaptisée Ua en 2002, lors du Sommet de Durban, en Afrique du Sud, a vu sa vision constamment évoluer de 1963 à nos jours. Face à un monde en perpétuelle mutation, l’organisation continentale a dû faire preuve de grande capacité d’adaptation pour mieux affronter les défis qui interpellent le continent.

En 1963, les principaux objectifs de l’Oua étaient la promotion de l’unité et de la solidarité entre les États africains, la coordination et l’intensification de leur coopération, la sauvegarde de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États membres, et la promotion de la coopération internationale dans le cadre des Nations-Unies . Dans ce cadre, l’une des priorités de cette organisation était de libérer le continent noir de la colonisation et de l’Apartheid, conformément à l’engagement des 32 chefs d’État réunis à Addis-Abeba le 22 mai 1963 ; un objectif largement atteint. L’Oua a, en effet, joué un rôle essentiel dans la fin du régime de l’Apartheid en Afrique du Sud et activement contribué à l’indépendance des États qui étaient encore sous le joug de la colonisation portugaise (Mozambique, Angola, Rhodésie, Guinée-Bissau, Cap-Vert).

Enfin, l’Organisation devait aider à harmoniser les politiques des États membres relatives à la défense, la diplomatie, l’économie, la culture, l’éducation, la santé, le bien-être et les sciences et techniques.

En 1991, l’organisation continentale met en place le Traité d’Abuja, établissant la Communauté économique africaine (Cea). Ce traité, en vigueur depuis 1994, vise à créer un marché africain commun par le biais des Communautés économiques régionales (Cer) qui sont au nombre de 8 : L’Union du Maghreb arabe (Uma), le Marché commun de l’Afrique australe et orientale (Comesa), la Communauté économique des États sahélo-sahariens (Cen-Sad), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Ceeac), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’Autorité intergouvernementale sur le développement (Igad) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (Sadc).

À partir des années 1990, les États membres débattent sur la nécessité de modifier les structures de l’Oua pour l’adapter aux défis d’un monde changeant. Après la libération de l’Afrique du joug colonial et la fin du régime de l’Apartheid, l’accélération du processus de développement et de l’intégration est devenue la plus grande priorité des États membres. Ainsi, l’idée de la création de l’Ua commence à prendre forme. Quatre sommets ont ainsi été tenus en prélude à son lancement officiel : le Sommet de Syrte (1999), qui a adopté la Déclaration de Syrte appelant à l’établissement de l’Ua, le Sommet de Lomé (2001), lequel a adopté l’Acte constitutif de l’Ua, le Sommet de Lusaka (2001), qui a élaboré la feuille de route pour la mise en œuvre de l’Ua, et enfin le Sommet de Durban (2002) ayant lancé l’Ua et convoqué sa première Conférence des chefs d’État et de gouvernement. En adéquation avec sa vision « d’une Afrique prospère, pacifique et bien intégrée », l’Ua soutient la consolidation des États africains dans l’économie mondiale, intervient dans le règlement des problèmes politiques et socio-économiques auxquels fait face le continent. Elle vise aussi à promouvoir la paix, la sécurité, la stabilité, la bonne gouvernance et les droits de l’Homme. Les organes politiques de l’Ua sont la Conférence des chefs d’État et de gouvernement, l’organe suprême, le Conseil exécutif, le Comité des représentants permanents, les comités techniques spécialisés, le Conseil de paix et de sécurité et la Commission de l’Union africaine qui fait office de secrétariat de l’Ua.

Diégane SARR

Amara Essy, Côte d’Ivoire (2002-2003)
Amara Essy doit-il être considéré comme le premier président de la Commission ? Pour certains, oui, pour d’autres, non, parce que le diplomate ivoirien n’a assuré que l’intérim avec la transition de l’Organisation de l’unité africaine (Oua) à l’Union africaine (Ua). Secrétaire général de l’Oua à 2001, il devient président de la Commission en 2002. En 2003, l’ancien ministre des Affaires étrangères ivoirien est remplacé par Alpha Oumar Konaré.

Alpha Oumar Konaré, Mali (2003-2008)
Figure de proue de la renaissance démocratique malienne après la dictature de Moussa Traoré, Alpha Oumar Konaré a été presque le premier président de la Commission de l’Union africaine après l’intérim d’Amara Essy. Tout juste après son départ de la présidence malienne, en 2002, suite à ses deux mandats, il est choisi par les chefs d’Etat africains pour diriger la Commission de l’Union africaine pendant 5 ans.

Jean Ping, Gabon (2008-2012)
Longtemps ministre des Affaires étrangères de son pays, Jean Ping qui a été candidat malheureux à la dernière présidentielle au Gabon a eu à diriger la Commission de l’Union africaine. Suite au départ du malien Alpha Oumar Konaré, il lui a succédé et a géré, pendant 4 ans, la présidence de la Commission de l’Union africaine de 2008 à 2012.

Nkosazana Dlamini-Zuma, Afrique du Sud (2012- 2016)
Première femme à diriger une grande institution panafricaine, Nkosazana Dlamini-Zuma a la particularité d’être l’ex-femme du président Sud-africain, Jacob Zuma.
Depuis 2012, elle dirige la Commission de l’Union africaine. Après un seul mandat, elle quitte ainsi ce poste qui sera mis en compétition ce 31 janvier à Addis-Abeba.
Certains lient son départ à la préparation de la succession de son ex-mari à la tête de l’Afrique du Sud et dont elle serait une sérieuse prétendante.

L’Agenda 2063 est le programme-phare de l’Union africaine (Ua). Adopté en 2015 par l’organisation continentale, il vise à réaliser la « vision d’une Afrique intégrée et prospère, constituant un acteur influent sur la scène internationale ».

Le futur président ou la future présidente de la Commission de l’Union africaine (Cua) aura la chance de pouvoir compter sur un programme de développement phare déjà ficelé avec des objectifs à la fois ambitieux et bien précis : l’agenda 2063. L’heureux (se) élu (e) devra, aussitôt après son élection, s’atteler à accélérer la mise en œuvre de ce programme cinquantenaire dont l’horizon temporel coïncidera avec la commémoration du centenaire de l’Oua. Une date symbolique !

C’est à la suite du Jubilé d’or de 2013 qui célébrait les 50 ans de l’organisation continentale que l’Agenda 2063 a été élaboré avant d’être adopté par l’Ua en 2015. Le mérite en revient en grande partie à la présidente, Mme Dlamini Zuma, et son équipe qui se sont beaucoup investies pour la conception de ce programme inédit, tant dans son chronogramme de mise en œuvre que dans son contenu qui prend en charge tous les défis du continent.

53 ans après sa création, à Addis-Abeba, l’Organisation de l’unité africaine (Oua), rebaptisée Union africaine (UA) en 2002, à la faveur du Sommet de Durban, a fait beaucoup de chemin et a eu à son actif de nombreuses réalisations. Mais, face aux nouveaux défis-boom démographique, émigration clandestine, changement climatique, terrorisme, etc.- qui viennent s’ajouter aux vieilles problématiques (les guerres et les maladies), l’Ua a jugé nécessaire d’opérer un changement de paradigmes dans sa vision. Le combat pour l’indépendance de toute l’Afrique étant gagné, il faut désormais parachever l’intégration politique et économique.

L’Agenda 2063 est donc la nouvelle vision commune pour le développement de l’Afrique. Il est articulé autour de sept grands objectifs : « Une Afrique prospère basée sur la croissance inclusive et le développement durable, une Afrique intégrée, unie sur le plan politique et ayant pour fondement les idéaux du panafricanisme et de la renaissance africaine, une Afrique de bonne gouvernance, de respect des droits de l’Homme, de la justice et de l’état de droit, une Afrique pacifique et sûre, une Afrique ayant une forte identité culturelle, des valeurs éthiques et un héritage commun, une Afrique dont le développement est tiré par les populations, notamment les femmes et les jeunes, et une Afrique forte, résiliente et constituant un partenaire et un acteur influent sur la scène mondiale ».

Dans le cadre de cet Agenda 2063 et en vue de réaliser « la vision d’une Afrique intégrée et prospère », un premier Plan décennal (2013-2023) a été élaboré, puis mis en œuvre. Il comporte 12 programmes et tourne, entre autres, autour du développement du réseau ferroviaire africain, l’amélioration du secteur de l’éducation, la réalisation d’une zone continentale de libre échange, la mise en place d’un passeport africain avant 2018, l’établissement d’un marché de transport aérien unique, la fin des guerres et conflits de toutes sortes avant 2020, la création d’une Banque centrale africaine, d’un Fonds monétaire africain et d’une Banque d’investissement africaine.

D. SARR

Qui va remplacer la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma à la présidence de la Commission de l’Union africaine ? Cinq candidats sont partants pour l’élection devant se dérouler, le 31 janvier 2017, à Addis-Abeba, en Ethiopie, en marge du 28ème Sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine : l’universitaire sénégalais Abdoulaye Bathily, la ministre kenyane des Affaires étrangères, Amina Mohamed, le ministre des Affaires étrangères de la Guinée équatoriale, Agapito Mba Mokuy, celui du Tchad, Moussa Faki Mahamat, et la Botswanaise Pelonomi Venson Moitoi, chef de la diplomatie de son pays. Présentation des candidats en lice.

Pr Abdoulaye Bathily, 69 ans, Sénégal
Sur son site, créé pour défendre sa candidature, une première phrase forte marque le panafricanisme du Pr Abdoulaye Bathily : « Toute ma vie durant et tout au long de ma carrière professionnelle, je me suis engagé à promouvoir le panafricanisme, selon des modalités diverses ».

La vie du Pr Abdoulaye Bathily, 69 ans, a été très tôt marquée par le panafricanisme. D’abord, sa scolarité à l’Ecole militaire préparatoire, devenue le Prytanée militaire de Saint-Louis. C’est une Afrique en miniature, avec des élèves venus de divers horizons africains. Ensuite, par sa participation à la guerre de libération de la Guinée-Bissau, même si c’était dans le cadre d’un service militaire forcé. Le panafricanisme du Pr Bathily s’est aussi poursuivi dans sa carrière académique d’enseignant à l’université de Dakar, avec plusieurs publications sur l’histoire de l’Afrique, ses problématiques de développement. Abdoulaye Bathily, c’est également une riche carrière politique durant presque 50 ans. Leader politique, il a été député, vice-président de l’Assemblée nationale du Sénégal, ministre et ministre d’Etat. Il a ensuite intégré le système des Nations unies comme représentant spécial du secrétaire général pour l’Afrique centrale, puis représentant spécial adjoint au sein de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma). Une riche carrière dont la présidence de la Commission de l’Union africaine serait, sans doute, un aboutissement. Son programme est axé sur la paix et la sécurité, les deux problématiques qui interpellent le plus souvent l’Union africaine. L’Agenda 2063 fait aussi partie de son programme avec une feuille de route axée sur la mobilisation des ressources pour mettre fin aux « blessures » de l’Afrique.

Amina Mohamed, 55 ans, Kenya
Comme le Pr Abdoulaye Bathily, le Dr Amina Mohamed a profité de la réouverture des candidatures suite au vote de Kigali, en juillet dernier, qui n’a vu aucun des trois candidats recueillir le nombre de voix requis. Âgée de 55 ans, elle est la première femme à gérer la diplomatie de son pays. Poste qu’elle occupe depuis 2013. Diplômée en Droit de l’Université de Kiev, en Ukraine, Amina Mohamed a ensuite poursuivi des études en relations internationales à Oxford, en Grande-Bretagne. Elle a fait une carrière dans l’administration de son pays avant d’intégrer le système des Nations unies et devenir directrice exécutive adjointe du Programme des Nations unies pour l’environnement. Décrite comme une négociatrice, elle est aussi présentée comme une réformatrice ayant conduit plusieurs réformes dans son pays dont la nouvelle Constitution du Kenya, promulguée après les tensions électorales de 2008.

Dans son programme de candidature figure en bonne place la jeunesse africaine. « Je veux diriger l’Union africaine parce que nous avons une dette envers la jeunesse. Celle de lui fournir un emploi », disait-elle lors de son passage à Dakar, devant les étudiants du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) de l’Université de Dakar. La paix et la sécurité figurent en bonne place dans son programme, ainsi que l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Elle demande aussi une harmonisation de cet Agenda de développement, mis en place par l’Union africaine, avec les Objectifs de développement durable déclinés par les Nations unies.

Agapito Mba Mokuy, 51 ans, Guinée équatoriale
En juillet dernier, à Kigali, pour le 27ème Sommet des chefs d’Etat, le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, selon beaucoup de médias, avait boudé la fin de la manifestation. Parmi les candidats lors de ce sommet, Agapito Mba Mokuy qui a été éliminé dès le deuxième tour. Ce qui n’avait pas plu à son président, lequel a vaillamment défendu sa candidature. Cette fois-ci encore, il a maintenu sa candidature pour le prochain Sommet d’Addis-Abeba. Agé de 51 ans, le plus jeune des candidats est titulaire d’un Master en Business administration obtenu à l’Université de Bangkok, en Thaïlande. Agapito Mba Mokuy est aussi diplômé de l’Université de San Diego aux Etats-Unis. Ancien fonctionnaire des Nations unies, il est ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de la Guinée équatoriale depuis 2012. Mettant la jeunesse au cœur de sa campagne, il s’est beaucoup adressé à cette couche qui représente, selon lui, 70 % de la population africaine. Pour lui, la question de la jeunesse devrait préoccuper au plus haut niveau les chefs d’Etat et de gouvernement qui seront les électeurs à cette élection. Autre position défendue par Agapito Mba Mokuy, l’autofinancement de l’Union africaine. Il déplore le fait qu’une bonne partie des dépenses de l’organisation continentale provienne de l’aide extérieure.

Moussa Faki Mahamat, 56 ans, Tchad
Il fait partie, avec le Pr Abdoulaye Bathily et le Dr Amina Mohamed, de ceux qui ont profité de la réouverture des candidatures pour tenter de briguer la présidence de la Commission de l’Union africaine. Lui aussi ministre des Affaires étrangères de son pays, comme les quatre autres candidats, Moussa Faki Mahamat dirige la diplomatie du Tchad depuis 2008, après avoir été Premier ministre. Il est présenté comme un fidèle parmi les fidèles du président Idriss Deby Itno. Diplômé en Droit, Moussa Faki Mahamat, 56 ans, a servi pendant longtemps dans l’administration de son pays, sous l’aile protectrice du président Itno. Dans son programme de candidature, il parle beaucoup de développement et de sécurité, surtout de lutte contre le terrorisme. Avec l’apparition des groupes armés dans le Sahel comme Boko Haram, le Tchad a été en première ligne de la riposte militaire. Ce qui a valu à la diplomatie tchadienne une grande présence dans les dossiers sécuritaires en Afrique. Moussa Faki Mahamat veut aussi rendre l’Union africaine « moins bureaucratique, moins procédurière », selon ses mots. Dans le domaine du développement, il prône une libre circulation des personnes et des biens et aussi la construction de routes, de chemins de fer qui seront de véritables passerelles entre les pays africains.

Pelonomi Venson Moitoi, 65 ans, Botswana
Pelonomi Venson Moitoi, ministre des Affaires étrangères du Botswana, est l’une des personnes déçues par le vote de Kigali en juillet dernier. Candidate pour la présidence de la Commission de l’Union africaine, elle n’a pas pu obtenir suffisamment de votes pour passer comme deux autres candidats. Cela ne l’empêche pas de retenter encore sa chance pour succéder à la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma. Huitième ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de la République du Botswana, Dr Pelonomi Venson-Moitoi, 65 ans, a occupé plusieurs portefeuilles ministériels dans son pays avant d’atterrir à la diplomatie. Diplômée en Administration locale de l'Institut de la fonction publique, dans le Connecticut, aux États-Unis, cette ancienne journaliste est aussi titulaire d'un Master en Sciences de l'administration centrale de l'Université du Michigan, toujours aux États-Unis. « En tant que président de la Commission de l’Union africaine, je m'engagerai à promouvoir des pratiques qui visent à renforcer la quête africaine du développement démocratique. Je vais galvaniser le soutien de tous les États membres pour assurer qu’ensemble nous défendons la gouvernance démocratique », dit-elle. Comme programme, elle veut faire du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad) le bras armé du développement de la Commission plus marqué, distinct et mieux défini en fonction des rôles des différentes commissions.

Oumar NDIAYE

Toute la campagne diplomatique a été coordonnée par le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur (Maese). Elle s’est déroulée selon trois types d’activités. Au total, une quinzaine de ministres a été mobilisée dont Abdoul Aziz Tall qui a fait une vingtaine de missions, Mbagnick Ndiaye, Mary Teuw Niane, Abdou Latif Coulibaly, etc.

Selon l’ordre de préséance, il y a eu a priori les démarches directement effectuées par le président de la République, Macky Sall, qui a rencontré certains de ses pairs en marge de grandes rencontres internationales, comme la 71ème session de l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2016, à New York (Etats-Unis), comme également la Cop 22, le 16 novembre 2016, à Marrakech (Maroc), ou encore le Sommet de la Francophonie, les 26 et 27 novembre 2016, à Antananarivo (Madagascar). Rencontres bilatérales du président Sall avec ses pairs à ces occasions ou rencontres directement sur place, comme ce fut le cas, le 28 novembre 2016, au palais présidentiel de Yaoundé (Cameroun), avec son homologue Paul Biya.

Secundo, il y a eu les activités coordonnées pleinement par le ministre des Affaires étrangères, Mankeur Ndiaye. Ce sont les missions d’envoyés spéciaux qui ont sillonné tout le continent africain. A cet effet, aucune des cinq sous-régions africaines (Afrique de l’Ouest, Afrique du Nord, Afrique de l’Est, Afrique centrale et équatoriale et Afrique australe) n’a été laissée en rade : 43 des 54 pays du continent ont été couverts. Ce qui a mobilisé une quinzaine de ministres du gouvernement. Concrètement, le ministre des Affaires étrangères a organisé toutes ces missions en obtenant les audiences de ses différents collègues et en les briefant sur l’argumentaire diplomatique de présentation de la candidature sénégalaise. Pendant le déroulement de ces missions ministérielles, lorsqu’il est arrivé que des difficultés de dernière minute surgissent, le ministre des Affaires étrangères est intervenu personnellement pour faciliter les délais. Cela a été le cas, lundi 23 janvier 2017, lorsque l’envoyée spéciale du chef de l’Etat devait être reçue assez rapidement à Cotonou, au Bénin, pour être en mesure de rallier à temps Accra, où elle était attendue pour une audience avec le Président ghanéen Nana Akufo-Addo.

Enfin, il y a eu les activités que le ministre des Affaires étrangères a lui-même menées chaque fois qu’il a été à des rencontres internationales. A ces occasions, il a mis à profit les opportunités d’audience avec ses homologues pour faire le plaidoyer de la candidature du Pr Abdoulaye Bathily. Par ailleurs, le ministre Mankeur Ndiaye a été lui-même l’émissaire du président Macky Sall auprès du président Jacob Zuma de l’Afrique du Sud et du président Filipe Nyusi du Mozambique les 28 et 29 novembre 2016.

Parmi les envoyés spéciaux du président Macky Sall, Mbagnick Ndiaye, ministre de la Culture et de la Communication, s’est rendu, en décembre 2016, à Mogadiscio, où il a rencontré le président Hassan Sheikh Mohamud. Pour la petite histoire, le président Hassan Sheikh Mohamud, en pleine campagne pour sa réélection, a attendu l’émissaire du président sénégalais et l’a aussitôt reçu à l’aéroport, d’où il s’apprêtait à embarquer pour l’hinterland. Pour le ministre Mbagnick Ndiaye, c’est le signe du leadership du président Sall. « Son homologue somalien m’a dit que la candidature du Pr Abdoulaye Bathily était d’abord la sienne avant d’être celle du président Sall. Et que le Sénégal avait bien fait de désigner Bathily comme son candidat à l’Union africaine, en vertu de son incontestable autorité en matière de panafricanisme, et en tant qu’universitaire émérite, responsable politique influent et cadre international de haut niveau. En résumé, le candidat du Sénégal avait le profil de l’emploi », confie Mbagnick Ndiaye. Le ministre de la Culture et de la Communication ajoute que le choix du gouvernement sénégalais sur le Pr Bathily est normal « parce qu’il a un background très sérieux, lui qui, toute sa vie, a été parmi les meneurs qui ont écrit les exploits fondateurs de l’unité africaine en tant que personne-ressource de plusieurs Ong à travers l’Afrique et en tant qu’acteur au sommet de l’Union africaine et des Nations unies. C’est un candidat sur lequel le Sénégal peut compter, car il incarne le profil de l’emploi, du point de vue du Cv et du vécu personnel. Il est l’homme qu’il faut pour insuffler du sang neuf à l’Union africaine ». Mais, le ministre rappelle que la campagne continue parce que même s’ils croient en ses chances, « ce n’est pas joué à 100 % ».

Dié Maty Fall

Sur l’esplanade Amadou Aly Dieng de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), contigüe à la cafétéria, le Pr Abdoulaye Bathily a laissé le souvenir d’un homme de principe, de rigueur et de conviction. Ici, tous le connaissent ou l’ont côtoyé comme collègue ou comme étudiant.
C’est le cas du Pr Mamadou Ndiaye, médiateur de l’Ucad et enseignant au département de Linguistique, du Pr Yakham Diop, ancien ambassadeur du Sénégal en Guinée et enseignant au département de Géographie, du Pr Aboubakr Moreau, enseignant au département d’Anglais, et du Pr Chérif Daha Bâ, enseignant au département d’Histoire, directeur de l’Enseignement supérieur public et ancien étudiant d’Abdoulaye Bathily.

Le Pr Mamadou Ndiaye côtoie le Pr Bathily depuis les années 80 et remue ses souvenirs. « Il ne change pas dans son rapport avec l’autre : il prend toujours le temps de prononcer votre nom, de discuter, et de prendre des nouvelles de la famille. Il est humain et on peut faire confiance à l’homme de principes et de rigueur ». Le Pr Yakham Diop juge son collègue comme « un homme de conviction qui a construit beaucoup de choses à partir de principes ». Il estime que l’Union africaine a besoin de cette vigueur dans l’éthique. « Bathily a fait preuve d’intelligence pour offrir une synthèse de l’homme africain. Ses qualités intellectuelles, son combat politique et la délicatesse avec laquelle il a su entretenir des relations doivent lui permettre d’occuper de hautes responsabilités sur le plan continental. Nous avons espoir qu’il soit élu et nous prierons pour que ses actions futures rendent l’Afrique plus heureuse et plus optimiste », ajoute-t-il.

Son ancien étudiant, le Pr Chérif Daha Bâ, affirme que le Pr Bathily est « un homme à la fois imposant et très attachant ». Il se souvient qu’en première année, aucun étudiant ne voulait rater son cours sur l’Apartheid et que dans l’amphi, le Professeur ne prenait même pas de micro, tellement ses camarades et lui l’écoutaient dans un silence religieux. Les jours de grève, les étudiants s’organisaient en brigades de vigilance pour garder l’amphi et faire barrage à ceux qui voulaient les déloger. Cela en dit long sur l’homme. En plus de lui avoir inoculé la passion de l’Histoire, le Pr Bathily a aussi lu et annoté la thèse de Doctorat de son ancien étudiant.

Sur le plan des qualités morales, le Professeur Bathily est vu à l’Université de Dakar comme quelqu’un qui est « attaché à ses amitiés ». Sur l’esplanade, tous les enseignants témoignent qu’il ne vient jamais au département d’Histoire sans passer dire bonjour à Al Ousseynou Kane, le gérant de la cafeteria de la Faculté des Lettres et Sciences humaines. Ce qui en dit long sur l’homme, là aussi. « Il transcende, en effet, les catégories sociales. Il est transversal. Ses relations sont toujours horizontales, jamais verticales », dit le Pr Chérif Daha Bâ. Le jour où il prenait congé du département d’Histoire pour sa retraite d’enseignant, le Pr Bathily a ému tout le monde universitaire en informant qu’il ne demandera pas une prolongation de son contrat, pour qu’on puisse recruter un autre enseignant à son poste. Et qu’il souhaitait simplement que l’administration veille scrupuleusement au profil de son remplaçant.

Al Ousseynou Kane, justement, l’ami du Professeur, termine de remplir les petites bouteilles de « bissap » qu’il rafraîchit avant de les servir aux clients, pour l’essentiel des enseignants et des étudiants. Sur les murs de son troquet universitaire, des couvertures d’ouvrage édités par les enseignants de la Faculté, des affiches de publicité de spectacle des Frères Guissé et autres fanzines. Il enlève son tablier, s’essuie les mains dessus et vient me parler. Le Pr Bathily et lui se connaissent depuis 1972. A cette époque, se souvient-il, Abdoulaye Bathily était Assistant au département d’Histoire et chercheur à l’Ifan. Il venait chez lui comme client. Un jour, il lui demanda d’où il était originaire et lui promit qu’il viendrait lui rendre visite à son village d’Agnam Thiodaye. Mais, leur amitié a été scellée le 12 août 1972, lorsque surgit, dans la cour de la concession paternelle, Bathily et une délégation de la Ld/Mpt, parti dont il était le secrétaire général adjoint, le secrétaire général étant Babacar Sané.

Un panafricaniste
Al Ousseynou se souvient encore de cette date comme si c’était aujourd’hui. « Il m’avait honoré, il avait aussi honoré mon village », dit-il, ému. Les présentations sont faites entre le père du cafetier, chef du village, et Bathily accompagné, entres autres, de Mamadou Ndoye. Dès lors, Kane adhéra au parti et Bathily et lui ne se sont plus quittés. « Je le connais bien, dans toutes ses dimensions. C’est un homme de parole, un homme d’honneur, qui respecte l’amitié, respecte l’être humain et ses camarades de parti. Il respecte tout le monde, sans discrimination. Quand vous l’appelez au téléphone, et qu’il n’est pas disponible, il vous rappelle toujours. C’est un homme de bien, sa parole est sacrée », dit-il avec le sourire. Kane confie que chaque année après sa première visite, le Pr Bathily est repassé chez lui à Agnam Thiodaye, même quand lui-même ne s’y trouvait pas. Lorsqu’Abdoulaye Bathily est entré dans le gouvernement de majorité présidentielle élargie de Diouf, en 1993, comme ministre de l’Environnement, c’est à Agnam Thiodaye qu’il a tenu le premier Forum de l’environnement. A la Conférence de Rio (Ndlr : en réalité, le deuxième Sommet de la Terre sur l’environnement et le développement, à Rio en 1994, la seconde conférence des Nations unies après Rio 1992), Bathily a cité le forum et le village dans son discours, raconte-t-il avec fierté. De son côté, il a agrandi la popularité de la Ld/Mpt dans son terroir, de Oréfondé à Matam, en passant par Thilogne, Bokidiawé, Ourossogui et les Agnam. Au décès de son père, accompagné de leur camarade Yéro Deh, Bathily est venu présenter ses condoléances et réconforter la famille de son ami. « Il ne m’a jamais trahi et moi non plus. Et il passe toujours dans ma cafeteria pour me saluer. Selon les vœux de mon père, seule la mort nous séparera », affirme-t-il.

Kane prie Dieu que son ami soit élu à la tête de la Commission de l’Union africaine, car toute sa vie, dit-il, « Bathily a lutté pour l’Afrique et il est un panafricaniste convaincu ». Ses collègues de la Faculté des Lettres et Sciences humaines lui souhaitent d’obtenir le poste qu’il convoite, car « il le mérite » et s’il est élu, « il apportera beaucoup à l’Afrique, car il la connait bien ». Le Pr Chérif Daha Bâ dit que personnellement, il lui doit beaucoup, « parce qu’il nous a bien formés ». Il lui souhaite bonne chance et très longue vie pour pouvoir piloter les grands dossiers du continent.

Fiabilité et vision
Sur le plan politique, les idées avant-gardistes du Pr Bathily, son discours engagé et ses idées claires tranchent par rapport à la réalité sénégalaise. Pour les reporters de la grande époque de la Ld/Mpt, comme pour les étudiants de l’Ucad, Bathily est vu comme un homme courageux, qui n’hésitait pas à affronter la répression dans les manifestations politiques sans jamais dévier. Yéro Deh, ancien ministre de la Fonction publique, de l’Emploi et des Organisations syndicales, et compagnon politique du secrétaire général Bathily, au nom de la Ld-Mpt, dit de lui qu’il est « un homme fiable » et « un vrai panafricaniste ».

Grâce à Bathily, confie Yéro Deh, « notre parti a noué des relations avec beaucoup d’hommes politiques en Afrique, notamment dans les pays anglophones, justement en raison de son engagement politique lorsqu’il était étudiant à Dakar et en Angleterre. Il a connu ces anglophones en Angleterre et il y a tissé d’importants réseaux avec les camarades engagés dans la lutte contre l’Apartheid et pour la libération des colonies britanniques et lusophones. Ses convictions panafricanistes sont réelles, de longue date, et l’ont mobilisé sur plusieurs fronts, c’est indéniable. Même devenu Professeur d’histoire, il a continué d’effectuer des voyages dans plusieurs pays comme l’Afrique du Sud, l’Angola, le Mozambique, la Namibie, etc. Grâce à ses réseaux africains, nous avons tissé beaucoup de contacts et même avec certains mouvements politiques africains et leaders ».

Yéro Deh est certain qu’Abdoulaye Bathily a « une vision » et « ses convictions propres » de ce que doit devenir l’Afrique aujourd’hui. Le compagnon de Bathily pense que la dernière étape qu’il a faite au Mali (Minusma) et en Afrique centrale en tant que représentant spécial adjoint du secrétaire général des Nations unies et représentant spécial du secrétaire général de l’Onu lui a donné « une vision plus objective des difficultés auxquelles ces pays sont confrontés » et que s’il était élu, c’est une expérience qui pourrait lui être très utile. « Il a gardé les pieds sur terre et a une idée de la difficulté de changer les choses en Afrique », assure-t-il. De l’avis de son compagnon de route, Bathily possède un background et une expérience avérée des problèmes africains. « Il est déjà connu de beaucoup de chefs d’Etats africains qui sont ses amis. Il peut les aider au mieux à préparer leurs décisions, même si, en définitive, ce sont les chefs d’Etats qui décident et que lui aura la tâche de mettre en œuvre ».

Selon Yéro Deh, Bathily a des chances. D’abord, parce que l’Etat du Sénégal s’est bien mobilisé pour lui, que la Cedeao a donné son appui « sincère » et que certains autres chefs d’Etat soutiennent sa candidature. « Sans aucun doute, il pourra mener sa mission à bien. On espère et on prie. Et on est certain que s’il est élu, il fera le job ».

D. M. Fall

Professeur des universités doté d’une grande expérience dans la gestion des conflits acquise dans le cadre de la Cedeao et de l’Onu, Abdoulaye Bathily compte apporter sa contribution à la solution des nombreux défis qui se posent au continent africain. Il est fortement soutenu en cela par l’Etat du Sénégal et la Cedeao. C’est pourquoi, « si les critères sont bien respectés et l’expérience prise en compte », il a espoir que tout se passera bien.

Professeur, pouvez-vous décliner brièvement votre programme ?
Je suis candidat à la présidence de la Commission de l’Union africaine pour apporter ma contribution à la solution des problèmes importants qui se posent à notre continent aujourd’hui, et permettre à l’Afrique de relever les défis. Parmi ceux-ci, il y a le défi de la paix et de la sécurité. Il existe, sans aucun doute, une architecture de paix et de sécurité qui a été mise en place. L’Ua a contribué à la solution de beaucoup de conflits, mais force est de constater qu’à peine certains foyers sont éteints, d’autres se rallument. Il faut donc un effort soutenu.

Ces conflits, de plus en plus, se suivent, mais ne se ressemblent pas. Si dans les temps passés on avait affaire à des conflits d’ordre politique à l’intérieur des Etats, les guerres civiles comme au Libéria ou en Sierra Léone, de plus en plus, on a affaire au terrorisme qui livre une guerre asymétrique aux Etats et met à rude épreuve la résistance des armées et des forces de sécurité africaines. Il faut donc faire preuve de plus d’imagination, plus d’audace pour voir comment transcender ces graves menaces à la paix et à la sécurité sur le continent. Le terrorisme ne sera pas uniquement vaincu par les armes, par les actions sécuritaires, mais aussi par des initiatives en matière de gouvernance, d’éducation politique, idéologique et culturelle dans les sociétés où il a pris racine. Je crois que je suis suffisamment armé, compte tenu de mon parcours, de mon expérience, pour apporter un certain nombre de propositions concrètes.

Il y a aussi le défi économique qui est intrinsèquement lié au défi sécuritaire. Ce sont les deux faces d’une même médaille. Il faut que la Commission prenne des initiatives argumentées, pour que les chefs d’Etat et de gouvernement puissent prendre les bonnes décisions qui aillent dans le sens d’une intégration plus poussée de nos économies. Aujourd’hui, il est impératif d’aller vers la transformation qualitative de ces économies, de substituer la stratégie d’exportation de matières premières brutes à une stratégie de transformation, d’industrialisation sur place. C’est cela qui va favoriser la création d’emplois et stabiliser les Etats africains.

L’autre défi important est celui lié à la question des jeunes et des femmes, qui sont les principales victimes des conflits, de la dégradation de l’économie, des inégalités face à l’éducation, à l’emploi et aux soins de santé. Il faut une promotion vigoureuse des femmes, en prenant les bons exemples d’un pays à l’autre. Les jeunes doivent être intéressés à une économie créatrice d’emplois, pour que les migrations à travers le Sahara ou la Méditerranée, qui sont devenues des cimetières pour les jeunes africains, s’arrêtent. L’Afrique a suffisamment de potentiel pour cela.

Il se pose également à l’Afrique le défi environnemental ?
L’Afrique est, aujourd’hui, le continent qui, bien que ne participant pas ou peu à la pollution, est la principale victime du changement climatique. Elle doit s’organiser pour faire face aux conséquences dudit changement et que le monde entier participe, avec elle, à la réduction des gaz à effet de serre.

Concrètement, quelles sont les réformes que vous comptez apporter pour redonner un nouvel élan à l’Ua ?
Pour un élan à l’Ua, il faut que la libre circulation des personnes et des biens soit une réalité, une dimension incontournable. Les jeunes voyagent beaucoup et sont très entreprenants. Il faut leur donner l’opportunité d’aller d’un pays à l’autre pour offrir leurs services afin de participer à cet élan de progrès, qui est une aspiration forte dans tout le continent.

Le financement des opérations de maintien de la paix se pose avec acuité. 80 % des ressources de l’Ua proviennent de l’extérieur. Que comptez-vous faire pour inverser la tendance ?
Une des plaies du continent aujourd’hui, c’est la dépendance à l’égard de nos partenaires stratégiques. Un des éléments de cette dépendance, et le plus décrié, c’est la dépendance financière. Le financement de notre organisation dépend à 80 % (projets, activités…) de l’aide extérieure. Ce qui n’est pas acceptable. Car au même moment, on parle beaucoup de souveraineté. Plusieurs tentatives ont été faites dans le passé pour arriver à un financement autonome de l’Ua. En 2007, il y a eu une commission d’audit qui est arrivée à la conclusion qu’il fallait réformer la Commission, faire des propositions alternatives de financement. Mais, cela n’a abouti à rien, car les propositions n’ont pas été mises en œuvre.

En 2009, le président Obasanjo avait été mandaté par ses pairs pour également mettre en œuvre une étude, en vue du financement autonome de l’Ua. Là également, cela n’a pas été suivi d’effet. L’année dernière, la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement a mandaté le président Paul Kagamé pour faire de nouvelles propositions. Et avec l’ancien président de la Banque africaine de développement (Bad), Daniel Kaberuka, une proposition avait été mise sur la table, c’est-à-dire 0,2 % de taxe sur les importations. Si cette proposition arrive à être appliquée, l’Ua pourra non seulement financer son fonctionnement mais aussi ses activités dont le Fonds de la paix. Récemment, en novembre dernier, sous la présidence du Sénégal au Conseil de sécurité de l’Onu, il a été proposé, par l’Ua, que l’Afrique accepte de pouvoir financer 25 % des actions de maintien de la paix et les Nations unies les autres 75 %. Le principe est accepté. Si nous arrivons, à partir des financements alternatifs, à payer notre quote-part, on peut espérer.

Un autre défi a trait à la réactivité en matière de maintien de la paix. L’Ua est très souvent lente à réagir. Peut-on s’attendre à un changement si vous êtes élu ?
Je mettrai mon expérience de gestion des conflits au profit de la Commission. J’ai eu cette expérience dans le cadre de la Cedeao en tant qu’Envoyé spécial et membre du Groupe de contact, par exemple à Madagascar, mais aussi en tant que représentant du Secrétaire général de l’Onu d’abord au Mali, puis dans les 11 pays d’Afrique centrale, épicentre des conflits les plus importants aujourd’hui sur le continent africain. A partir de cette expérience, je suis prêt à prendre de nouvelles initiatives.

Toutefois, il faut le rappeler, les questions de paix et de sécurité ne dépendent pas de la bonne volonté d’un seul individu ni même de la Commission en tant que telle. Celle-ci doit prévoir des mécanismes qui impliquent d’autres acteurs. Il s’agit de la société civile, des religieux, des acteurs culturels et sociaux, en étudiant, de manière approfondie, les causes du conflit tel qu’il se déroule dans un pays donné. En tant qu’historien, c’est une chose à laquelle j’ai toujours réfléchi et autour de laquelle je compte prendre des initiatives.

L’Agenda 2063 est la feuille de route de l’Ua. Pensez-vous qu’il est réalisable et à quelles conditions ?
L’Agenda 2063 est la suite logique d’un certain nombre d’actions stratégiques : le Plan d’action de Lagos, le Traité d’Abuja et d’autres documents fondamentaux. C’est dire que c’est un condensé d’un certain nombre de textes fondamentaux qui, depuis la création de l’Organisation de l’unité africaine (Oua) jusqu’à l’Ua, ont régi le fonctionnement et fixé les objectifs avec une vision prospective. Evidemment, tout ne peut pas se faire d’un seul coup. C’est pourquoi il est segmenté en plans décennaux. Le premier est en cours d’élaboration, des initiatives sont prises ; il s’agit d’accélérer. Ce qui pose le problème des moyens financiers.

Comment analysez-vous le soutien apporté à votre candidature par les plus hautes autorités du pays, notamment le chef de l’Etat ?
Je voudrais remercier le président de la République pour le soutien à ma candidature, qui a été également endossée par les pays de la Cedeao. Dans les règles actuelles de fonctionnement de l’Ua, les candidatures ne peuvent pas être présentées individuellement. Je me réjouis donc du soutien de mon pays. Les autorités sénégalaises se sont totalement impliquées. Des missions ont été envoyées dans une quarantaine de pays pour faire état de cette candidature et demander des soutiens.

Avez-vous espoir que tout se passera bien ?
J’ai espoir. De mon point de vue, si les décisions sont prises sur une base objective, à partir des critères et de l’expérience des candidats, je suis confiant.

Propos recueillis par Daouda MANE

Certains ont parlé de la revanche du Maroc, d’autre d’un retour normal de ce pays au sein de l’institution panafricaine. Pour ce 28ème Sommet des chefs d’Etats de l’Union africaine, prévu les 30 et 31 janvier à Addis-Abeba, siège de l’institution, le dossier du retour du Maroc sera l’un des premiers points de l’ordre du jour. Déjà ce retour du Maroc sur la scène de l’Union africaine s’est joué en plusieurs actes. A Kigali d’abord, en juillet dernier, pour le 27ème Sommet, le Maroc a fait part de sa volonté de revenir dans l’organisation panafricaine pour retrouver sa place de membre. Une qualité de membre qu’il avait quitté en 1984 suite à l’admission de la République arabe Sahraouie démocratique (Rasd à l’Oua.

La République Sahraouie, territoire coincée entre la Mauritanie et le Maroc, revendique, depuis longtemps, son indépendance alors que le Maroc estime que cette zone est une partie intégrante de son royaume. L’autre acte de la réintégration du Maroc au sein de l’Ua s’est joué en coulisse avec la transmission, par courrier, de sa demande officielle d’adhésion adressée à la présidence de la Commission de l’Union africaine. Une demande qui doit être avalisée par les chefs d’Etats dont un grand nombre est pour le retour du royaume chérifien au sein de l’organisation panafricaine. C’est lors de ce sommet d’Addis-Abeba que la décision sera prise. Pour l’instant, le roi du Maroc, Mohamed VI, est déjà à Addis-Abeba pour la concrétisation de cette réintégration. 28 pays avaient signé une pétition demandant l’exclusion de la République arabe Sahraouie démocratique (Rasd) de l’instance continentale suite à l’éventuelle réintégration du Maroc.

Ce 28ème Sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine, en plus de choisir le prochain président de la Commission africaine, devra aussi statuer sur cette question.

O. NDIAYE

Aujourd’hui démarre le 28ème Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine. Les défis qui se posent à l’organisation continentale sont légion. Entre autres les défis du financement, de la paix et de la sécurité, de l’intégration économique – le commerce intra-africain étant des plus faibles -, de l’emploi. Ce qui suppose des réformes hardies qui doivent être mises en œuvre par un (e) président (e) de la Commission expérimenté choisi sur une base objective et à partir des critères acceptées de tous. Pour remplacer Nkosazana Dlamina-Zuma de l’Afrique du Sud, 5 candidats sont en lice dont notre compatriote, le Pr Abdoulaye Bathily. Ce dernier a le soutien total des plus hautes autorités du pays, particulièrement du chef de l’Etat, Macky Sall, qui a envoyé des missions dans 43 pays sur les 54 pour faire état de cette candidature et demander des soutiens. Un appui dont se réjouit le candidat Bathily.

LE DÉFI
La diplomatie sénégalaise a un grand défi à relever avec la candidature du Pr Abdoulaye Bathily à la présidence de la Commission de l’Union africaine, l’un des postes les plus prestigieux du continent, et qui sera au centre du Sommet qui s’ouvre ce matin à Addis-Abeba. Le Sénégal, un des initiateurs et membres fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (Oua), n’a jamais brigué ce poste, bien qu’ayant joué, en tous temps, un rôle prépondérant pour l’unité africaine et dans le processus pour y parvenir.

Les plus illustres des intellectuels sénégalais ont été parmi les premiers à penser et prêcher l’unité africaine depuis l’aube des indépendances, s’opposant farouchement à ce que le président Senghor appelait la « balkanisation de l’Afrique ».

Pour retrouver cette unité, perdue par le fait colonial, le Sénégal est l’un des rares pays sur le continent à avoir inscrit, dans sa Constitution, la possibilité de renoncer à une partie de sa souveraineté pour des besoins d’intégration régionale, sous-régionale ou africaine. Joignant l’acte à la parole, nos premiers dirigeants ont, dès l’indépendance, opéré des concessions territoriales avec nos voisins immédiats pour mieux raffermir nos relations de bon voisinage et afficher leur détermination à aller le plus loin possible dans l’intégration des peuples africains, alors que l’ambiance de l’époque post-indépendance était celle du micro-nationalisme mal placé.

Sur le plan intérieur, le Sénégal fait partie du peloton de tête des pays où les étrangers sont les mieux intégrés et continue toujours à être un refuge pour de nombreux persécutés du continent et d’ailleurs. Notre diplomatie de paix, de concorde et de fraternité nous a conduits à faire partie des nations qui contribuent le plus aux forces de maintien de la paix en Afrique et dans le monde. Le Sénégal a été l’une des premières nations à contribuer au maintien de la paix, avec des soldats envoyés au Congo Kinshasa dès l’indépendance. Notre savoir-faire et surtout notre sens de la conciliation et du consensus nous valent d’être régulièrement sollicités pour des missions hautement périlleuses, bien loin de nos frontières et de l’Afrique.

Au sein de l’Oua, le Sénégal a toujours joué un rôle prépondérant, tant dans le financement de l’institution que dans la réflexion stratégique et prospective, et a lourdement pesé dans la prise de certaines décisions majeures touchant à l’avenir du continent, mettant ainsi en avant l’intérêt des populations africaines plus que des postes à occuper par ses ressortissants.

Cette position de principe pèsera, sans doute, pour le Sénégal lors du vote pour désigner le président de la Commission de l’Ua, hormis la valeur intrinsèque d’Abdoulaye Bathily. Homme politique, syndicaliste et surtout historien bilingue, il a enseigné dans plusieurs universités du continent, avec une expérience dans la gestion des conflits en Afrique centrale.

L’élection du président de la Commission de l’Ua devait avoir lieu en juillet dernier, mais avait finalement été reportée à la demande de nombreux membres de l'organisation qui voulaient des candidats d’envergure, à la hauteur des missions à accomplir.

Plusieurs pays avaient demandé le report du vote de six mois et incité le Sénégal à présenter un candidat. Sans doute, se remémorent-ils qu’Amadou Mactar Mbow à l’Unesco, Jacques Diouf à la Fao et Abdou Diouf à la Francophonie ont effectué un « sans faute ».
Par Alassane Diawara

1963, NAISSAIT L’OUA…
L’Organisation de l’unité africaine (Oua) a vu le jour le 22 mai 1963 à Addis-Abeba. 32 chefs d’État et de gouvernement ont mis en place l’organisation continentale en présence de leaders de mouvements de libération. Un nouveau jour d’espoir venait de se lever pour le continent noir, après des siècles de domination étrangère.

En ce 22 mai 1963, le ballet diplomatique est intense à Addis-Abeba, « la nouvelle fleur ». Les chefs d’État de 32 pays nouvellement indépendants et des mouvements de libération encore sous le joug de la colonisation se retrouvent à la capitale éthiopienne pour porter sur les fonts baptismaux l’Organisation de l’unité africaine (Oua). Le rêve de Kwame Nkrumah, un des chantres du panafricanisme et des pères fondateurs de l’organisation continentale, commence à devenir réalité. L’espoir est immense. Six ans plutôt, en 1957, alors que tout l’ancien Gold Coast célébrait en liesse l’accès à son indépendance, il avait lâché cette phrase qui en disait long sur sa vision panafricaniste : « L’indépendance du Ghana, sans celle des autres États africains, est insignifiante ! » Ce 22 mai, devant ses pairs parmi lesquels Senghor, le chantre de la Négritude, et un certain Robert Mugabe, alors à la tête d’un mouvement de libération, le président ghanéen donne à nouveau le ton : « S’unir ou périr ! Divisés, nous sommes faibles ; unie, l’Afrique pourrait devenir l’une des plus grandes forces pour le bien de l’humanité ».

Kwame ne prêche pas dans le désert. Ses propos trouvent des échos favorables dans les discours des orateurs acquis à sa cause. Tous ont donc décidé de s’unir pour ne pas périr. C’est, à coup sûr, un moment historique. Sur les visages des pères fondateurs, l’émotion se mêle à la joie. Après plus d’un siècle de domination coloniale, une nouvelle aube d’espoir se lève pour l’Afrique. Celle de voir le continent noir reprendre sa dignité, son identité, dans le concert des nations.

Pour Léopold Sédar Senghor, cette rencontre à Addis-Abeba constitue un grand pas en avant. « Nous sommes enfin en train de réaliser, ici et maintenant, un vieux rêve : celui d’une conférence qui réunirait fraternellement les chefs d’État africains de tous les pays indépendants. Nous n’avons pas le droit d’échouer, si nous ne voulons pas être accusé de trahison », se convainc le chef de l’État sénégalais.
Sa Majesté impériale Hailé Sélassié, l’empereur d’Éthiopie, est aussi étreint par l’émotion. L’homme qui a tenu tête aux impérialistes italiens ne peut cacher sa fierté. « Aujourd’hui, l’Afrique est sortie de son passage noir. Notre Armageddon est derrière nous. L’Afrique est redevenue un continent libre et les Africains des hommes libres », se réjouit-il.

L’empereur n’entend cependant pas tomber dans l’autosatisfaction ; alors que certains pays du continent comme l’Angola, le Mozambique, la Guinée-Bissau, la Rhodésie du Sud, le Cap-Vert, etc., continuent à se débattre, sans succès, pour bouter hors de leurs frontières les colons portugais et anglais. Sans oublier l’Afrique du Sud où les populations noires souffrent le martyre à cause du régime malfaisant de l’Apartheid avec la vie de Nelson Mandela qui valse entre la clandestinité et la prison. Hailé Sélassié souligne que le combat pour la libération totale de l’Afrique ne fait pourtant que commencer. « Notre liberté n’a de sens que si tous les Africains sont libres. Nos frères de Rhodésie, du Mozambique, de l’Angola, de l’Afrique du Sud pleurent, dans l’angoisse, notre soutien », martèle Sélassié qui revêt, pour la circonstance, ses habits de chef de guerre redouté et redoutable.

Après de longs échanges et des exposés sur le modèle politique que devrait prendre la nouvelle organisation continentale, l’Assemblée s’accorde finalement sur le nom de l’Oua, en lieu et place des États-Unis d’Afrique comme le proposent certains. Manifestement, la majorité des chefs d’État n’est pas préparée à céder leur parcelle de pouvoir au profit d’une confédération.

Mais, c’est déjà une grande victoire. Kwame Nkrumah ne peut s’empêcher de jubiler. « À partir de maintenant, nous planifierons et travaillerons ensemble pour le progrès et le développement de notre grand continent. C’est la seule manière pour que nous puissions éliminer les obstacles… et l’humiliation que nous avons subie sous la colonisation et l’impérialisme », souligne-t-il dans son discours de clôture.

Diégane SARR

DE L’OUA À L’UA, LA LONGUE MARCHE
Oua UaFace à un monde changeant, l’Oua/Ua n’a cessé d’ajuster sa vision pour mieux répondre aux défis qui interpellent le continent. Si l’Oua avait pour cri de guerre la solidarité entre les États membres, la libération de l’Afrique et la fin de l’Apartheid, l’Ua, lancée en 2002, au Sommet de Durban, a mis l’accélération du processus de développement et de l’intégration au cœur de son action.

L’Oua, rebaptisée Ua en 2002, lors du Sommet de Durban, en Afrique du Sud, a vu sa vision constamment évoluer de 1963 à nos jours. Face à un monde en perpétuelle mutation, l’organisation continentale a dû faire preuve de grande capacité d’adaptation pour mieux affronter les défis qui interpellent le continent.

En 1963, les principaux objectifs de l’Oua étaient la promotion de l’unité et de la solidarité entre les États africains, la coordination et l’intensification de leur coopération, la sauvegarde de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États membres, et la promotion de la coopération internationale dans le cadre des Nations-Unies . Dans ce cadre, l’une des priorités de cette organisation était de libérer le continent noir de la colonisation et de l’Apartheid, conformément à l’engagement des 32 chefs d’État réunis à Addis-Abeba le 22 mai 1963 ; un objectif largement atteint. L’Oua a, en effet, joué un rôle essentiel dans la fin du régime de l’Apartheid en Afrique du Sud et activement contribué à l’indépendance des États qui étaient encore sous le joug de la colonisation portugaise (Mozambique, Angola, Rhodésie, Guinée-Bissau, Cap-Vert).

Enfin, l’Organisation devait aider à harmoniser les politiques des États membres relatives à la défense, la diplomatie, l’économie, la culture, l’éducation, la santé, le bien-être et les sciences et techniques.

En 1991, l’organisation continentale met en place le Traité d’Abuja, établissant la Communauté économique africaine (Cea). Ce traité, en vigueur depuis 1994, vise à créer un marché africain commun par le biais des Communautés économiques régionales (Cer) qui sont au nombre de 8 : L’Union du Maghreb arabe (Uma), le Marché commun de l’Afrique australe et orientale (Comesa), la Communauté économique des États sahélo-sahariens (Cen-Sad), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Ceeac), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), l’Autorité intergouvernementale sur le développement (Igad) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (Sadc).

À partir des années 1990, les États membres débattent sur la nécessité de modifier les structures de l’Oua pour l’adapter aux défis d’un monde changeant. Après la libération de l’Afrique du joug colonial et la fin du régime de l’Apartheid, l’accélération du processus de développement et de l’intégration est devenue la plus grande priorité des États membres. Ainsi, l’idée de la création de l’Ua commence à prendre forme. Quatre sommets ont ainsi été tenus en prélude à son lancement officiel : le Sommet de Syrte (1999), qui a adopté la Déclaration de Syrte appelant à l’établissement de l’Ua, le Sommet de Lomé (2001), lequel a adopté l’Acte constitutif de l’Ua, le Sommet de Lusaka (2001), qui a élaboré la feuille de route pour la mise en œuvre de l’Ua, et enfin le Sommet de Durban (2002) ayant lancé l’Ua et convoqué sa première Conférence des chefs d’État et de gouvernement. En adéquation avec sa vision « d’une Afrique prospère, pacifique et bien intégrée », l’Ua soutient la consolidation des États africains dans l’économie mondiale, intervient dans le règlement des problèmes politiques et socio-économiques auxquels fait face le continent. Elle vise aussi à promouvoir la paix, la sécurité, la stabilité, la bonne gouvernance et les droits de l’Homme. Les organes politiques de l’Ua sont la Conférence des chefs d’État et de gouvernement, l’organe suprême, le Conseil exécutif, le Comité des représentants permanents, les comités techniques spécialisés, le Conseil de paix et de sécurité et la Commission de l’Union africaine qui fait office de secrétariat de l’Ua.

Diégane SARR

ANCIENS PRÉSIDENTS DE LA COMMISSION DE L’UNION AFRICAINE
Amara Essy, Côte d’Ivoire (2002-2003)
Amara EssyAmara Essy doit-il être considéré comme le premier président de la Commission ? Pour certains, oui, pour d’autres, non, parce que le diplomate ivoirien n’a assuré que l’intérim avec la transition de l’Organisation de l’unité africaine (Oua) à l’Union africaine (Ua). Secrétaire général de l’Oua à 2001, il devient président de la Commission en 2002. En 2003, l’ancien ministre des Affaires étrangères ivoirien est remplacé par Alpha Oumar Konaré.

Alpha Oumar Konaré, Mali (2003-2008)
Figure de proue de la renaissance démocratique malienne après la dictature de Moussa Traoré, Alpha Oumar Konaré a été presque le premier président de la Commission de l’Union africaine après l’intérim d’Amara Essy. Tout juste après son départ de la présidence malienne, en 2002, suite à ses deux mandats, il est choisi par les chefs d’Etat africains pour diriger la Commission de l’Union africaine pendant 5 ans.

Jean Ping, Gabon (2008-2012)
Longtemps ministre des Affaires étrangères de son pays, Jean Ping qui a été candidat malheureux à la dernière présidentielle au Gabon a eu à diriger la Commission de l’Union africaine. Suite au départ du malien Alpha Oumar Konaré, il lui a succédé et a géré, pendant 4 ans, la présidence de la Commission de l’Union africaine de 2008 à 2012.

Nkosazana Dlamini-Zuma, Afrique du Sud (2012- 2016)
Première femme à diriger une grande institution panafricaine, Nkosazana Dlamini-Zuma a la particularité d’être l’ex-femme du président Sud-africain, Jacob Zuma.

Depuis 2012, elle dirige la Commission de l’Union africaine. Après un seul mandat, elle quitte ainsi ce poste qui sera mis en compétition ce 31 janvier à Addis-Abeba.

Certains lient son départ à la préparation de la succession de son ex-mari à la tête de l’Afrique du Sud et dont elle serait une sérieuse prétendante.

DEVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE : L’AGENDA 2063, L’AMBITIEUX PROGRAMME DE L’UA
L’Agenda 2063 est le programme-phare de l’Union africaine (Ua). Adopté en 2015 par l’organisation continentale, il vise à réaliser la « vision d’une Afrique intégrée et prospère, constituant un acteur influent sur la scène internationale ».

Le futur président ou la future présidente de la Commission de l’Union africaine (Cua) aura la chance de pouvoir compter sur un programme de développement phare déjà ficelé avec des objectifs à la fois ambitieux et bien précis : l’agenda 2063. L’heureux (se) élu (e) devra, aussitôt après son élection, s’atteler à accélérer la mise en œuvre de ce programme cinquantenaire dont l’horizon temporel coïncidera avec la commémoration du centenaire de l’Oua. Une date symbolique !

C’est à la suite du Jubilé d’or de 2013 qui célébrait les 50 ans de l’organisation continentale que l’Agenda 2063 a été élaboré avant d’être adopté par l’Ua en 2015. Le mérite en revient en grande partie à la présidente, Mme Dlamini Zuma, et son équipe qui se sont beaucoup investies pour la conception de ce programme inédit, tant dans son chronogramme de mise en œuvre que dans son contenu qui prend en charge tous les défis du continent.

53 ans après sa création, à Addis-Abeba, l’Organisation de l’unité africaine (Oua), rebaptisée Union africaine (UA) en 2002, à la faveur du Sommet de Durban, a fait beaucoup de chemin et a eu à son actif de nombreuses réalisations. Mais, face aux nouveaux défis-boom démographique, émigration clandestine, changement climatique, terrorisme, etc.- qui viennent s’ajouter aux vieilles problématiques (les guerres et les maladies), l’Ua a jugé nécessaire d’opérer un changement de paradigmes dans sa vision. Le combat pour l’indépendance de toute l’Afrique étant gagné, il faut désormais parachever l’intégration politique et économique.

L’Agenda 2063 est donc la nouvelle vision commune pour le développement de l’Afrique. Il est articulé autour de sept grands objectifs : « Une Afrique prospère basée sur la croissance inclusive et le développement durable, une Afrique intégrée, unie sur le plan politique et ayant pour fondement les idéaux du panafricanisme et de la renaissance africaine, une Afrique de bonne gouvernance, de respect des droits de l’Homme, de la justice et de l’état de droit, une Afrique pacifique et sûre, une Afrique ayant une forte identité culturelle, des valeurs éthiques et un héritage commun, une Afrique dont le développement est tiré par les populations, notamment les femmes et les jeunes, et une Afrique forte, résiliente et constituant un partenaire et un acteur influent sur la scène mondiale ».

Dans le cadre de cet Agenda 2063 et en vue de réaliser « la vision d’une Afrique intégrée et prospère », un premier Plan décennal (2013-2023) a été élaboré, puis mis en œuvre. Il comporte 12 programmes et tourne, entre autres, autour du développement du réseau ferroviaire africain, l’amélioration du secteur de l’éducation, la réalisation d’une zone continentale de libre échange, la mise en place d’un passeport africain avant 2018, l’établissement d’un marché de transport aérien unique, la fin des guerres et conflits de toutes sortes avant 2020, la création d’une Banque centrale africaine, d’un Fonds monétaire africain et d’une Banque d’investissement africaine.

D. SARR

PRESIDENCE DE LA COMMISSION DE L’UNION AFRICAINE : CINQ CANDIDATS POUR UN FAUTEUIL
Qui va remplacer la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma à la présidence de la Commission de l’Union africaine ? Cinq candidats sont partants pour l’élection devant se dérouler, le 31 janvier 2017, à Addis-Abeba, en Ethiopie, en marge du 28ème Sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine : l’universitaire sénégalais Abdoulaye Bathily, la ministre kenyane des Affaires étrangères, Amina Mohamed, le ministre des Affaires étrangères de la Guinée équatoriale, Agapito Mba Mokuy, celui du Tchad, Moussa Faki Mahamat, et la Botswanaise Pelonomi Venson Moitoi, chef de la diplomatie de son pays. Présentation des candidats en lice.

PR ABDOULAYE BATHILY, 69 ANS, SÉNÉGAL
A BathilySur son site, créé pour défendre sa candidature, une première phrase forte marque le panafricanisme du Pr Abdoulaye Bathily : « Toute ma vie durant et tout au long de ma carrière professionnelle, je me suis engagé à promouvoir le panafricanisme, selon des modalités diverses ».

La vie du Pr Abdoulaye Bathily, 69 ans, a été très tôt marquée par le panafricanisme. D’abord, sa scolarité à l’Ecole militaire préparatoire, devenue le Prytanée militaire de Saint-Louis.

C’est une Afrique en miniature, avec des élèves venus de divers horizons africains. Ensuite, par sa participation à la guerre de libération de la Guinée-Bissau, même si c’était dans le cadre d’un service militaire forcé. Le panafricanisme du Pr Bathily s’est aussi poursuivi dans sa carrière académique d’enseignant à l’université de Dakar, avec plusieurs publications sur l’histoire de l’Afrique, ses problématiques de développement. Abdoulaye Bathily, c’est également une riche carrière politique durant presque 50 ans. Leader politique, il a été député, vice-président de l’Assemblée nationale du Sénégal, ministre et ministre d’Etat. Il a ensuite intégré le système des Nations unies comme représentant spécial du secrétaire général pour l’Afrique centrale, puis représentant spécial adjoint au sein de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma). Une riche carrière dont la présidence de la Commission de l’Union africaine serait, sans doute, un aboutissement. Son programme est axé sur la paix et la sécurité, les deux problématiques qui interpellent le plus souvent l’Union africaine. L’Agenda 2063 fait aussi partie de son programme avec une feuille de route axée sur la mobilisation des ressources pour mettre fin aux « blessures » de l’Afrique.

AMINA MOHAMED, 55 ANS, KENYA
Comme le Pr Abdoulaye Bathily, le Dr Amina Mohamed a profité de la réouverture des candidatures suite au vote de Kigali, en juillet dernier, qui n’a vu aucun des trois candidats recueillir le nombre de voix requis. Âgée de 55 ans, elle est la première femme à gérer la diplomatie de son pays. Poste qu’elle occupe depuis 2013. Diplômée en Droit de l’Université de Kiev, en Ukraine, Amina Mohamed a ensuite poursuivi des études en relations internationales à Oxford, en Grande-Bretagne. Elle a fait une carrière dans l’administration de son pays avant d’intégrer le système des Nations unies et devenir directrice exécutive adjointe du Programme des Nations unies pour l’environnement. Décrite comme une négociatrice, elle est aussi présentée comme une réformatrice ayant conduit plusieurs réformes dans son pays dont la nouvelle Constitution du Kenya, promulguée après les tensions électorales de 2008.

Dans son programme de candidature figure en bonne place la jeunesse africaine. « Je veux diriger l’Union africaine parce que nous avons une dette envers la jeunesse. Celle de lui fournir un emploi », disait-elle lors de son passage à Dakar, devant les étudiants du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) de l’Université de Dakar. La paix et la sécurité figurent en bonne place dans son programme, ainsi que l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Elle demande aussi une harmonisation de cet Agenda de développement, mis en place par l’Union africaine, avec les Objectifs de développement durable déclinés par les Nations unies.

AGAPITO MBA MOKUY, 51 ANS, GUINÉE ÉQUATORIALE
En juillet dernier, à Kigali, pour le 27ème Sommet des chefs d’Etat, le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, selon beaucoup de médias, avait boudé la fin de la manifestation. Parmi les candidats lors de ce sommet, Agapito Mba Mokuy qui a été éliminé dès le deuxième tour. Ce qui n’avait pas plu à son président, lequel a vaillamment défendu sa candidature. Cette fois-ci encore, il a maintenu sa candidature pour le prochain Sommet d’Addis-Abeba. Agé de 51 ans, le plus jeune des candidats est titulaire d’un Master en Business administration obtenu à l’Université de Bangkok, en Thaïlande. Agapito Mba Mokuy est aussi diplômé de l’Université de San Diego aux Etats-Unis. Ancien fonctionnaire des Nations unies, il est ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de la Guinée équatoriale depuis 2012. Mettant la jeunesse au cœur de sa campagne, il s’est beaucoup adressé à cette couche qui représente, selon lui, 70 % de la population africaine. Pour lui, la question de la jeunesse devrait préoccuper au plus haut niveau les chefs d’Etat et de gouvernement qui seront les électeurs à cette élection. Autre position défendue par Agapito Mba Mokuy, l’autofinancement de l’Union africaine. Il déplore le fait qu’une bonne partie des dépenses de l’organisation continentale provienne de l’aide extérieure.

MOUSSA FAKI MAHAMAT, 56 ANS, TCHAD
Il fait partie, avec le Pr Abdoulaye Bathily et le Dr Amina Mohamed, de ceux qui ont profité de la réouverture des candidatures pour tenter de briguer la présidence de la Commission de l’Union africaine. Lui aussi ministre des Affaires étrangères de son pays, comme les quatre autres candidats, Moussa Faki Mahamat dirige la diplomatie du Tchad depuis 2008, après avoir été Premier ministre. Il est présenté comme un fidèle parmi les fidèles du président Idriss Deby Itno. Diplômé en Droit, Moussa Faki Mahamat, 56 ans, a servi pendant longtemps dans l’administration de son pays, sous l’aile protectrice du président Itno. Dans son programme de candidature, il parle beaucoup de développement et de sécurité, surtout de lutte contre le terrorisme. Avec l’apparition des groupes armés dans le Sahel comme Boko Haram, le Tchad a été en première ligne de la riposte militaire. Ce qui a valu à la diplomatie tchadienne une grande présence dans les dossiers sécuritaires en Afrique. Moussa Faki Mahamat veut aussi rendre l’Union africaine « moins bureaucratique, moins procédurière », selon ses mots. Dans le domaine du développement, il prône une libre circulation des personnes et des biens et aussi la construction de routes, de chemins de fer qui seront de véritables passerelles entre les pays africains.

PELONOMI VENSON MOITOI, 65 ANS, BOTSWANA
PelonomiPelonomi Venson Moitoi, ministre des Affaires étrangères du Botswana, est l’une des personnes déçues par le vote de Kigali en juillet dernier. Candidate pour la présidence de la Commission de l’Union africaine, elle n’a pas pu obtenir suffisamment de votes pour passer comme deux autres candidats. Cela ne l’empêche pas de retenter encore sa chance pour succéder à la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma. Huitième ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale de la République du Botswana, Dr Pelonomi Venson-Moitoi, 65 ans, a occupé plusieurs portefeuilles ministériels dans son pays avant d’atterrir à la diplomatie. Diplômée en Administration locale de l'Institut de la fonction publique, dans le Connecticut, aux États-Unis, cette ancienne journaliste est aussi titulaire d'un Master en Sciences de l'administration centrale de l'Université du Michigan, toujours aux États-Unis. « En tant que président de la Commission de l’Union africaine, je m'engagerai à promouvoir des pratiques qui visent à renforcer la quête africaine du développement démocratique. Je vais galvaniser le soutien de tous les États membres pour assurer qu’ensemble nous défendons la gouvernance démocratique », dit-elle. Comme programme, elle veut faire du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad) le bras armé du développement de la Commission plus marqué, distinct et mieux défini en fonction des rôles des différentes commissions.

Oumar NDIAYE

SOUTIEN DE L’ETAT A LA CANDIDATURE : 43 MISSIONS ENVOYÉES DANS 54 PAYS
Toute la campagne diplomatique a été coordonnée par le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur (Maese). Elle s’est déroulée selon trois types d’activités. Au total, une quinzaine de ministres a été mobilisée dont Abdoul Aziz Tall qui a fait une vingtaine de missions, Mbagnick Ndiaye, Mary Teuw Niane, Abdou Latif Coulibaly, etc.

Selon l’ordre de préséance, il y a eu a priori les démarches directement effectuées par le président de la République, Macky Sall, qui a rencontré certains de ses pairs en marge de grandes rencontres internationales, comme la 71ème session de l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2016, à New York (Etats-Unis), comme également la Cop 22, le 16 novembre 2016, à Marrakech (Maroc), ou encore le Sommet de la Francophonie, les 26 et 27 novembre 2016, à Antananarivo (Madagascar). Rencontres bilatérales du président Sall avec ses pairs à ces occasions ou rencontres directement sur place, comme ce fut le cas, le 28 novembre 2016, au palais présidentiel de Yaoundé (Cameroun), avec son homologue Paul Biya.

Secundo, il y a eu les activités coordonnées pleinement par le ministre des Affaires étrangères, Mankeur Ndiaye. Ce sont les missions d’envoyés spéciaux qui ont sillonné tout le continent africain. A cet effet, aucune des cinq sous-régions africaines (Afrique de l’Ouest, Afrique du Nord, Afrique de l’Est, Afrique centrale et équatoriale et Afrique australe) n’a été laissée en rade : 43 des 54 pays du continent ont été couverts. Ce qui a mobilisé une quinzaine de ministres du gouvernement. Concrètement, le ministre des Affaires étrangères a organisé toutes ces missions en obtenant les audiences de ses différents collègues et en les briefant sur l’argumentaire diplomatique de présentation de la candidature sénégalaise. Pendant le déroulement de ces missions ministérielles, lorsqu’il est arrivé que des difficultés de dernière minute surgissent, le ministre des Affaires étrangères est intervenu personnellement pour faciliter les délais. Cela a été le cas, lundi 23 janvier 2017, lorsque l’envoyée spéciale du chef de l’Etat devait être reçue assez rapidement à Cotonou, au Bénin, pour être en mesure de rallier à temps Accra, où elle était attendue pour une audience avec le Président ghanéen Nana Akufo-Addo.

Enfin, il y a eu les activités que le ministre des Affaires étrangères a lui-même menées chaque fois qu’il a été à des rencontres internationales. A ces occasions, il a mis à profit les opportunités d’audience avec ses homologues pour faire le plaidoyer de la candidature du Pr Abdoulaye Bathily. Par ailleurs, le ministre Mankeur Ndiaye a été lui-même l’émissaire du président Macky Sall auprès du président Jacob Zuma de l’Afrique du Sud et du président Filipe Nyusi du Mozambique les 28 et 29 novembre 2016.

Parmi les envoyés spéciaux du président Macky Sall, Mbagnick Ndiaye, ministre de la Culture et de la Communication, s’est rendu, en décembre 2016, à Mogadiscio, où il a rencontré le président Hassan Sheikh Mohamud. Pour la petite histoire, le président Hassan Sheikh Mohamud, en pleine campagne pour sa réélection, a attendu l’émissaire du président sénégalais et l’a aussitôt reçu à l’aéroport, d’où il s’apprêtait à embarquer pour l’hinterland. Pour le ministre Mbagnick Ndiaye, c’est le signe du leadership du président Sall. « Son homologue somalien m’a dit que la candidature du Pr Abdoulaye Bathily était d’abord la sienne avant d’être celle du président Sall. Et que le Sénégal avait bien fait de désigner Bathily comme son candidat à l’Union africaine, en vertu de son incontestable autorité en matière de panafricanisme, et en tant qu’universitaire émérite, responsable politique influent et cadre international de haut niveau. En résumé, le candidat du Sénégal avait le profil de l’emploi », confie Mbagnick Ndiaye. Le ministre de la Culture et de la Communication ajoute que le choix du gouvernement sénégalais sur le Pr Bathily est normal « parce qu’il a un background très sérieux, lui qui, toute sa vie, a été parmi les meneurs qui ont écrit les exploits fondateurs de l’unité africaine en tant que personne-ressource de plusieurs Ong à travers l’Afrique et en tant qu’acteur au sommet de l’Union africaine et des Nations unies. C’est un candidat sur lequel le Sénégal peut compter, car il incarne le profil de l’emploi, du point de vue du Cv et du vécu personnel. Il est l’homme qu’il faut pour insuffler du sang neuf à l’Union africaine ». Mais, le ministre rappelle que la campagne continue parce que même s’ils croient en ses chances, « ce n’est pas joué à 100 % ».

Dié Maty Fall

TEMOIGNAGES DES AMIS ET PROCHES : ABDOULAYE BATHILY, UN HOMME DE PRINCIPE, DE RIGUEUR ET DE CONVICTION

A Bathily 2

Sur l’esplanade Amadou Aly Dieng de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), contigüe à la cafétéria, le Pr Abdoulaye Bathily a laissé le souvenir d’un homme de principe, de rigueur et de conviction. Ici, tous le connaissent ou l’ont côtoyé comme collègue ou comme étudiant.
 
C’est le cas du Pr Mamadou Ndiaye, médiateur de l’Ucad et enseignant au département de Linguistique, du Pr Yakham Diop, ancien ambassadeur du Sénégal en Guinée et enseignant au département de Géographie, du Pr Aboubakr Moreau, enseignant au département d’Anglais, et du Pr Chérif Daha Bâ, enseignant au département d’Histoire, directeur de l’Enseignement supérieur public et ancien étudiant d’Abdoulaye Bathily.

Le Pr Mamadou Ndiaye côtoie le Pr Bathily depuis les années 80 et remue ses souvenirs. « Il ne change pas dans son rapport avec l’autre : il prend toujours le temps de prononcer votre nom, de discuter, et de prendre des nouvelles de la famille. Il est humain et on peut faire confiance à l’homme de principes et de rigueur ». Le Pr Yakham Diop juge son collègue comme « un homme de conviction qui a construit beaucoup de choses à partir de principes ». Il estime que l’Union africaine a besoin de cette vigueur dans l’éthique. « Bathily a fait preuve d’intelligence pour offrir une synthèse de l’homme africain. Ses qualités intellectuelles, son combat politique et la délicatesse avec laquelle il a su entretenir des relations doivent lui permettre d’occuper de hautes responsabilités sur le plan continental. Nous avons espoir qu’il soit élu et nous prierons pour que ses actions futures rendent l’Afrique plus heureuse et plus optimiste », ajoute-t-il.

Son ancien étudiant, le Pr Chérif Daha Bâ, affirme que le Pr Bathily est « un homme à la fois imposant et très attachant ». Il se souvient qu’en première année, aucun étudiant ne voulait rater son cours sur l’Apartheid et que dans l’amphi, le Professeur ne prenait même pas de micro, tellement ses camarades et lui l’écoutaient dans un silence religieux. Les jours de grève, les étudiants s’organisaient en brigades de vigilance pour garder l’amphi et faire barrage à ceux qui voulaient les déloger. Cela en dit long sur l’homme. En plus de lui avoir inoculé la passion de l’Histoire, le Pr Bathily a aussi lu et annoté la thèse de Doctorat de son ancien étudiant.

Sur le plan des qualités morales, le Professeur Bathily est vu à l’Université de Dakar comme quelqu’un qui est « attaché à ses amitiés ». Sur l’esplanade, tous les enseignants témoignent qu’il ne vient jamais au département d’Histoire sans passer dire bonjour à Al Ousseynou Kane, le gérant de la cafeteria de la Faculté des Lettres et Sciences humaines. Ce qui en dit long sur l’homme, là aussi. « Il transcende, en effet, les catégories sociales. Il est transversal. Ses relations sont toujours horizontales, jamais verticales », dit le Pr Chérif Daha Bâ. Le jour où il prenait congé du département d’Histoire pour sa retraite d’enseignant, le Pr Bathily a ému tout le monde universitaire en informant qu’il ne demandera pas une prolongation de son contrat, pour qu’on puisse recruter un autre enseignant à son poste. Et qu’il souhaitait simplement que l’administration veille scrupuleusement au profil de son remplaçant.

Al Ousseynou Kane, justement, l’ami du Professeur, termine de remplir les petites bouteilles de « bissap » qu’il rafraîchit avant de les servir aux clients, pour l’essentiel des enseignants et des étudiants. Sur les murs de son troquet universitaire, des couvertures d’ouvrage édités par les enseignants de la Faculté, des affiches de publicité de spectacle des Frères Guissé et autres fanzines. Il enlève son tablier, s’essuie les mains dessus et vient me parler. Le Pr Bathily et lui se connaissent depuis 1972. A cette époque, se souvient-il, Abdoulaye Bathily était Assistant au département d’Histoire et chercheur à l’Ifan. Il venait chez lui comme client. Un jour, il lui demanda d’où il était originaire et lui promit qu’il viendrait lui rendre visite à son village d’Agnam Thiodaye. Mais, leur amitié a été scellée le 12 août 1972, lorsque surgit, dans la cour de la concession paternelle, Bathily et une délégation de la Ld/Mpt, parti dont il était le secrétaire général adjoint, le secrétaire général étant Babacar Sané.

Un panafricaniste
Al Ousseynou se souvient encore de cette date comme si c’était aujourd’hui. « Il m’avait honoré, il avait aussi honoré mon village », dit-il, ému. Les présentations sont faites entre le père du cafetier, chef du village, et Bathily accompagné, entres autres, de Mamadou Ndoye. Dès lors, Kane adhéra au parti et Bathily et lui ne se sont plus quittés. « Je le connais bien, dans toutes ses dimensions. C’est un homme de parole, un homme d’honneur, qui respecte l’amitié, respecte l’être humain et ses camarades de parti. Il respecte tout le monde, sans discrimination. Quand vous l’appelez au téléphone, et qu’il n’est pas disponible, il vous rappelle toujours. C’est un homme de bien, sa parole est sacrée », dit-il avec le sourire. Kane confie que chaque année après sa première visite, le Pr Bathily est repassé chez lui à Agnam Thiodaye, même quand lui-même ne s’y trouvait pas. Lorsqu’Abdoulaye Bathily est entré dans le gouvernement de majorité présidentielle élargie de Diouf, en 1993, comme ministre de l’Environnement, c’est à Agnam Thiodaye qu’il a tenu le premier Forum de l’environnement. A la Conférence de Rio (Ndlr : en réalité, le deuxième Sommet de la Terre sur l’environnement et le développement, à Rio en 1994, la seconde conférence des Nations unies après Rio 1992), Bathily a cité le forum et le village dans son discours, raconte-t-il avec fierté. De son côté, il a agrandi la popularité de la Ld/Mpt dans son terroir, de Oréfondé à Matam, en passant par Thilogne, Bokidiawé, Ourossogui et les Agnam. Au décès de son père, accompagné de leur camarade Yéro Deh, Bathily est venu présenter ses condoléances et réconforter la famille de son ami. « Il ne m’a jamais trahi et moi non plus. Et il passe toujours dans ma cafeteria pour me saluer. Selon les vœux de mon père, seule la mort nous séparera », affirme-t-il.

Kane prie Dieu que son ami soit élu à la tête de la Commission de l’Union africaine, car toute sa vie, dit-il, « Bathily a lutté pour l’Afrique et il est un panafricaniste convaincu ». Ses collègues de la Faculté des Lettres et Sciences humaines lui souhaitent d’obtenir le poste qu’il convoite, car « il le mérite » et s’il est élu, « il apportera beaucoup à l’Afrique, car il la connait bien ». Le Pr Chérif Daha Bâ dit que personnellement, il lui doit beaucoup, « parce qu’il nous a bien formés ». Il lui souhaite bonne chance et très longue vie pour pouvoir piloter les grands dossiers du continent.

Fiabilité et vision
Sur le plan politique, les idées avant-gardistes du Pr Bathily, son discours engagé et ses idées claires tranchent par rapport à la réalité sénégalaise. Pour les reporters de la grande époque de la Ld/Mpt, comme pour les étudiants de l’Ucad, Bathily est vu comme un homme courageux, qui n’hésitait pas à affronter la répression dans les manifestations politiques sans jamais dévier. Yéro Deh, ancien ministre de la Fonction publique, de l’Emploi et des Organisations syndicales, et compagnon politique du secrétaire général Bathily, au nom de la Ld-Mpt, dit de lui qu’il est « un homme fiable » et « un vrai panafricaniste ».

Grâce à Bathily, confie Yéro Deh, « notre parti a noué des relations avec beaucoup d’hommes politiques en Afrique, notamment dans les pays anglophones, justement en raison de son engagement politique lorsqu’il était étudiant à Dakar et en Angleterre. Il a connu ces anglophones en Angleterre et il y a tissé d’importants réseaux avec les camarades engagés dans la lutte contre l’Apartheid et pour la libération des colonies britanniques et lusophones. Ses convictions panafricanistes sont réelles, de longue date, et l’ont mobilisé sur plusieurs fronts, c’est indéniable. Même devenu Professeur d’histoire, il a continué d’effectuer des voyages dans plusieurs pays comme l’Afrique du Sud, l’Angola, le Mozambique, la Namibie, etc. Grâce à ses réseaux africains, nous avons tissé beaucoup de contacts et même avec certains mouvements politiques africains et leaders ».

Yéro Deh est certain qu’Abdoulaye Bathily a « une vision » et « ses convictions propres » de ce que doit devenir l’Afrique aujourd’hui. Le compagnon de Bathily pense que la dernière étape qu’il a faite au Mali (Minusma) et en Afrique centrale en tant que représentant spécial adjoint du secrétaire général des Nations unies et représentant spécial du secrétaire général de l’Onu lui a donné « une vision plus objective des difficultés auxquelles ces pays sont confrontés » et que s’il était élu, c’est une expérience qui pourrait lui être très utile. « Il a gardé les pieds sur terre et a une idée de la difficulté de changer les choses en Afrique », assure-t-il. De l’avis de son compagnon de route, Bathily possède un background et une expérience avérée des problèmes africains. « Il est déjà connu de beaucoup de chefs d’Etats africains qui sont ses amis. Il peut les aider au mieux à préparer leurs décisions, même si, en définitive, ce sont les chefs d’Etats qui décident et que lui aura la tâche de mettre en œuvre ».

Selon Yéro Deh, Bathily a des chances. D’abord, parce que l’Etat du Sénégal s’est bien mobilisé pour lui, que la Cedeao a donné son appui « sincère » et que certains autres chefs d’Etat soutiennent sa candidature. « Sans aucun doute, il pourra mener sa mission à bien. On espère et on prie. Et on est certain que s’il est élu, il fera le job ».

D. M. Fall

ABDOULAYE BATHILY, CANDIDAT A LA PRESIDENCE DE LA COMMISSION DE L’UA : « JE ME FÉLICITE DU SOUTIEN DE MON PAYS »
A Bathily 3Professeur des universités doté d’une grande expérience dans la gestion des conflits acquise dans le cadre de la Cedeao et de l’Onu, Abdoulaye Bathily compte apporter sa contribution à la solution des nombreux défis qui se posent au continent africain. Il est fortement soutenu en cela par l’Etat du Sénégal et la Cedeao. C’est pourquoi, « si les critères sont bien respectés et l’expérience prise en compte », il a espoir que tout se passera bien.

Professeur, pouvez-vous décliner brièvement votre programme ?
Je suis candidat à la présidence de la Commission de l’Union africaine pour apporter ma contribution à la solution des problèmes importants qui se posent à notre continent aujourd’hui, et permettre à l’Afrique de relever les défis. Parmi ceux-ci, il y a le défi de la paix et de la sécurité. Il existe, sans aucun doute, une architecture de paix et de sécurité qui a été mise en place. L’Ua a contribué à la solution de beaucoup de conflits, mais force est de constater qu’à peine certains foyers sont éteints, d’autres se rallument. Il faut donc un effort soutenu.

Ces conflits, de plus en plus, se suivent, mais ne se ressemblent pas. Si dans les temps passés on avait affaire à des conflits d’ordre politique à l’intérieur des Etats, les guerres civiles comme au Libéria ou en Sierra Léone, de plus en plus, on a affaire au terrorisme qui livre une guerre asymétrique aux Etats et met à rude épreuve la résistance des armées et des forces de sécurité africaines. Il faut donc faire preuve de plus d’imagination, plus d’audace pour voir comment transcender ces graves menaces à la paix et à la sécurité sur le continent. Le terrorisme ne sera pas uniquement vaincu par les armes, par les actions sécuritaires, mais aussi par des initiatives en matière de gouvernance, d’éducation politique, idéologique et culturelle dans les sociétés où il a pris racine. Je crois que je suis suffisamment armé, compte tenu de mon parcours, de mon expérience, pour apporter un certain nombre de propositions concrètes.

Il y a aussi le défi économique qui est intrinsèquement lié au défi sécuritaire. Ce sont les deux faces d’une même médaille. Il faut que la Commission prenne des initiatives argumentées, pour que les chefs d’Etat et de gouvernement puissent prendre les bonnes décisions qui aillent dans le sens d’une intégration plus poussée de nos économies. Aujourd’hui, il est impératif d’aller vers la transformation qualitative de ces économies, de substituer la stratégie d’exportation de matières premières brutes à une stratégie de transformation, d’industrialisation sur place. C’est cela qui va favoriser la création d’emplois et stabiliser les Etats africains.

L’autre défi important est celui lié à la question des jeunes et des femmes, qui sont les principales victimes des conflits, de la dégradation de l’économie, des inégalités face à l’éducation, à l’emploi et aux soins de santé. Il faut une promotion vigoureuse des femmes, en prenant les bons exemples d’un pays à l’autre. Les jeunes doivent être intéressés à une économie créatrice d’emplois, pour que les migrations à travers le Sahara ou la Méditerranée, qui sont devenues des cimetières pour les jeunes africains, s’arrêtent. L’Afrique a suffisamment de potentiel pour cela.

Il se pose également à l’Afrique le défi environnemental ?
L’Afrique est, aujourd’hui, le continent qui, bien que ne participant pas ou peu à la pollution, est la principale victime du changement climatique. Elle doit s’organiser pour faire face aux conséquences dudit changement et que le monde entier participe, avec elle, à la réduction des gaz à effet de serre.

Concrètement, quelles sont les réformes que vous comptez apporter pour redonner un nouvel élan à l’Ua ?
Pour un élan à l’Ua, il faut que la libre circulation des personnes et des biens soit une réalité, une dimension incontournable. Les jeunes voyagent beaucoup et sont très entreprenants. Il faut leur donner l’opportunité d’aller d’un pays à l’autre pour offrir leurs services afin de participer à cet élan de progrès, qui est une aspiration forte dans tout le continent.

Le financement des opérations de maintien de la paix se pose avec acuité. 80% des ressources de l’Ua proviennent de l’extérieur. Que comptez-vous faire pour inverser la tendance ?
Une des plaies du continent aujourd’hui, c’est la dépendance à l’égard de nos partenaires stratégiques. Un des éléments de cette dépendance, et le plus décrié, c’est la dépendance financière. Le financement de notre organisation dépend à 80 % (projets, activités…) de l’aide extérieure. Ce qui n’est pas acceptable. Car au même moment, on parle beaucoup de souveraineté. Plusieurs tentatives ont été faites dans le passé pour arriver à un financement autonome de l’Ua. En 2007, il y a eu une commission d’audit qui est arrivée à la conclusion qu’il fallait réformer la Commission, faire des propositions alternatives de financement. Mais, cela n’a abouti à rien, car les propositions n’ont pas été mises en œuvre.

En 2009, le président Obasanjo avait été mandaté par ses pairs pour également mettre en œuvre une étude, en vue du financement autonome de l’Ua. Là également, cela n’a pas été suivi d’effet. L’année dernière, la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement a mandaté le président Paul Kagamé pour faire de nouvelles propositions. Et avec l’ancien président de la Banque africaine de développement (Bad), Daniel Kaberuka, une proposition avait été mise sur la table, c’est-à-dire 0,2% de taxe sur les importations. Si cette proposition arrive à être appliquée, l’Ua pourra non seulement financer son fonctionnement mais aussi ses activités dont le Fonds de la paix. Récemment, en novembre dernier, sous la présidence du Sénégal au Conseil de sécurité de l’Onu, il a été proposé, par l’Ua, que l’Afrique accepte de pouvoir financer 25% des actions de maintien de la paix et les Nations unies les autres 75%. Le principe est accepté. Si nous arrivons, à partir des financements alternatifs, à payer notre quote-part, on peut espérer.

Un autre défi a trait à la réactivité en matière de maintien de la paix. L’Ua est très souvent lente à réagir. Peut-on s’attendre à un changement si vous êtes élu ?
Je mettrai mon expérience de gestion des conflits au profit de la Commission. J’ai eu cette expérience dans le cadre de la Cedeao en tant qu’Envoyé spécial et membre du Groupe de contact, par exemple à Madagascar, mais aussi en tant que représentant du Secrétaire général de l’Onu d’abord au Mali, puis dans les 11 pays d’Afrique centrale, épicentre des conflits les plus importants aujourd’hui sur le continent africain. A partir de cette expérience, je suis prêt à prendre de nouvelles initiatives.


Toutefois, il faut le rappeler, les questions de paix et de sécurité ne dépendent pas de la bonne volonté d’un seul individu ni même de la Commission en tant que telle. Celle-ci doit prévoir des mécanismes qui impliquent d’autres acteurs. Il s’agit de la société civile, des religieux, des acteurs culturels et sociaux, en étudiant, de manière approfondie, les causes du conflit tel qu’il se déroule dans un pays donné. En tant qu’historien, c’est une chose à laquelle j’ai toujours réfléchi et autour de laquelle je compte prendre des initiatives.

L’Agenda 2063 est la feuille de route de l’Ua. Pensez-vous qu’il est réalisable et à quelles conditions ?
Pays UaL’Agenda 2063 est la suite logique d’un certain nombre d’actions stratégiques : le Plan d’action de Lagos, le Traité d’Abuja et d’autres documents fondamentaux. C’est dire que c’est un condensé d’un certain nombre de textes fondamentaux qui, depuis la création de l’Organisation de l’unité africaine (Oua) jusqu’à l’Ua, ont régi le fonctionnement et fixé les objectifs avec une vision prospective. Evidemment, tout ne peut pas se faire d’un seul coup. C’est pourquoi il est segmenté en plans décennaux. Le premier est en cours d’élaboration, des initiatives sont prises ; il s’agit d’accélérer. Ce qui pose le problème des moyens financiers.

Comment analysez-vous le soutien apporté à votre candidature par les plus hautes autorités du pays, notamment le chef de l’Etat ?
Je voudrais remercier le président de la République pour le soutien à ma candidature, qui a été également endossée par les pays de la Cedeao. Dans les règles actuelles de fonctionnement de l’Ua, les candidatures ne peuvent pas être présentées individuellement. Je me réjouis donc du soutien de mon pays. Les autorités sénégalaises se sont totalement impliquées. Des missions ont été envoyées dans une quarantaine de pays pour faire état de cette candidature et demander des soutiens.

Avez-vous espoir que tout se passera bien ?
J’ai espoir. De mon point de vue, si les décisions sont prises sur une base objective, à partir des critères et de l’expérience des candidats, je suis confiant.

Propos recueillis par Daouda MANE

RÉINTÉGRATION DU MAROC À L’UA : UN RETOUR SUR LA SCÈNE AFRICAINE EN PLUSIEURS ACTES
Certains ont parlé de la revanche du Maroc, d’autre d’un retour normal de ce pays au sein de l’institution panafricaine. Pour ce 28ème Sommet des chefs d’Etats de l’Union africaine, prévu les 30 et 31 janvier à Addis-Abeba, siège de l’institution, le dossier du retour du Maroc sera l’un des premiers points de l’ordre du jour. Déjà ce retour du Maroc sur la scène de l’Union africaine s’est joué en plusieurs actes. A Kigali d’abord, en juillet dernier, pour le 27ème Sommet, le Maroc a fait part de sa volonté de revenir dans l’organisation panafricaine pour retrouver sa place de membre. Une qualité de membre qu’il avait quitté en 1984 suite à l’admission de la République arabe Sahraouie démocratique (Rasd à l’Oua.

La République Sahraouie, territoire coincée entre la Mauritanie et le Maroc, revendique, depuis longtemps, son indépendance alors que le Maroc estime que cette zone est une partie intégrante de son royaume. L’autre acte de la réintégration du Maroc au sein de l’Ua s’est joué en coulisse avec la transmission, par courrier, de sa demande officielle d’adhésion adressée à la présidence de la Commission de l’Union africaine. Une demande qui doit être avalisée par les chefs d’Etats dont un grand nombre est pour le retour du royaume chérifien au sein de l’organisation panafricaine. C’est lors de ce sommet d’Addis-Abeba que la décision sera prise. Pour l’instant, le roi du Maroc, Mohamed VI, est déjà à Addis-Abeba pour la concrétisation de cette réintégration. 28 pays avaient signé une pétition demandant l’exclusion de la République arabe Sahraouie démocratique (Rasd) de l’instance continentale suite à l’éventuelle réintégration du Maroc.

Ce 28ème Sommet des chefs d’Etat de l’Union africaine, en plus de choisir le prochain président de la Commission africaine, devra aussi statuer sur cette question.

O. NDIAYE

Les grandes lignes de la visite d’Etat de Macky Sall sont organisées par le protocole français en collaboration avec celui du Sénégal. Pour une visite d’Etat, il y a des événements incontournables comme l’entretien entre les deux présidents, prévu le 20, les honneurs militaires aux invalides.

Si le séjour de Macky Sall en France va du 18 au 22 décembre, la visite d’Etat en elle-même se limite aux 20 et 21. Cependant, les autorités françaises prennent en charge la délégation présidentielle durant tout au long du voyage notamment sur les questions  de sécurité, de protocole et d’hébergement. Ainsi après une arrivée sur le territoire français le 18, et un déplacement, le lendemain, à Strasbourg pour la signature de contrats avec Alstom concernant le Ter de Dakar, le président Macky Sall se rendra au Musée du Quai Branly pour la signature d’un accord avec le Musée des civilisations noires de Dakar. Après cette première journée, la visite d’Etat débute le 20 décembre par les honneurs militaires adressés au Sénégal par l’intermédiaire de son président aux Invalides. La cérémonie sera suivie par un entretien entre Macky Sall et François Hollande. L’entretien sera clos par une signature de différents accords entre les deux pays en présence des président Sall et Hollande.

Youssou Ndour en concert à l’honneur du chef de l’Etat
Champs ElyséesYoussou Ndour fait partie des personnalités présentes durant le séjour parisien du président Sall. L’artiste sénégalais va animer un concert en l’honneur de Macky Sall prévu lundi, à la salle Wagram. Le leader du Super Etoile a dépêché deux personnes à Paris pour les besoins de l’organisation du concert. M. DIOP
 
Les Champs-Elysées aux couleurs du Sénégal
La plus belle avenue du monde, comme aime la surnommer le chauvinisme français, s’est parée des couleurs sénégalaises. En effet, les drapeaux du Sénégal et de la France sont présents tous les vingt mètres sur les 1,9 kilomètre de longueur de l’artère très fréquentée par les touristes du monde entier. En moyenne, 300. 000 personnes fréquentent les Champs-Elysées chaque jour. Ce qui attire la curiosité des touristes notamment issus de pays asiatiques et d’Amérique. Beaucoup d’entre eux s’interrogeait sur le pays qui était représenté par les couleurs vertes jaune et rouge.

Signature d’accords
Il est prévu un accord entre les ministres sénégalais et français de l’Economie, des Finances et du Plan, à propos du financement du Ter ;  le ministre de l’Enseignement supérieur sénégalais doit sceller un partenariat avec le Conservatoire national français des arts et métiers (Cnam). Il est également prévu la signature d’un accord entre la France et l’Apix pour la construction de ponts régionaux. Toujours dans la même matinée, il devrait y avoir des déclarations d’engagement entre le ministère français chargé de l’Environnement et celui sénégalais des Affaires étrangères. En fin de matinée, Macky Sall sera l’hôte de Gérard Larcher, président du Sénat français pour un déjeuner qui sera suivi d’une grande réception à la mairie de Paris. C’est un événement obligatoire qui entre dans le cadre d’une visite d’Etat. Après le Sénat, place à l’Assemblée nationale française où Macky Sall est invité par Claude Bartolone, président de l’institution. La première journée de la visite d’Etat se terminera par le dîner à l’honneur de Macky Sall à l’Elysée. Le 21, le président se rendra au Cnam, avant d’être l’hôte de Matignon et de Bernard Cazeneuve, le premier ministre français.

Dans l’après-midi, il recevra le titre de Docteur Honoris Causa à l’Académie des Sciences d’Outre-Mer comme le fut ses prédécesseurs Senghor, Diouf et Wade. Le dernier jour de son séjour parisien sera consacré à un retour à l’Institut français du pétrole où le président sénégalais a été pensionnaire pour des accords avec Petrosen.

Composition de la délégation sénégalaise
La délégation officielle sénégalaise est composée d’une cinquantaine de personnes. Il y a des membres du gouvernement, des Parlementaires, des membres du Hcct, des patrons d’entreprises et de personnalités. Il y a 7 ministres et un secrétaire d’Etat : celui de l’Economie et des Finances ; des Affaires étrangères ; de l’Assainissement ; des Infrastructures ; de l’Enseignement supérieur ; de la Culture ; du Tourisme et des Transports aériens et enfin le Secrétaire d’Etat au réseau ferroviaire national.

M. DIOP

A lire aussi l'intégralité de notre grand dossier :

Sénégal-France : Un partenariat multiforme et dynamique 

La France et le Sénégal ont des relations vieilles et solides de plus de 350 ans. Dans ce cadre, la contribution de l’Agence française de développement (Afd) a été remarquable. Cette institution est présente au Sénégal depuis 1946 et intervient dans des domaines comme l’éducation, la santé, les infrastructures. Depuis dix ans, elle investit presque 100 millions d’euros par an, soit 65 milliards de FCfa.

Dans le cadre des relations entre le Sénégal et la France, l’action de l’Agence française de développement (Afd) est déterminante. L’institution est présente au Sénégal depuis 1946. Une coopération qui a permis à la France d’appuyer le Sénégal dans des domaines divers. Ses secteurs d’intervention dans ce pays sont : la promotion de l’éducation de base et de la formation professionnelle ; les infrastructures ; le développement urbain ; les appuis au secteur privé ; le monde rural et la protection de l’environnement. Le secteur de l’agriculture n’est pas en reste. L’Agence privilégie des interventions qui contribuent à l’émergence d’une croissance durable, favorisant la réduction de la pauvreté et des inégalités. Ses appuis visent à améliorer la compétitivité de l’économie ; l’employabilité des jeunes, l’accès à des services publics durables et le renforcement de la résilience du Sénégal face aux chocs exogènes et aux défis environnementaux.

Ambassadeur France Amadou BaDans le cadre de l’exécution de sa mission, l'Afd dispose d'une large gamme d'outils financiers comme les subventions, les prêts aux entreprises publiques ou privées, les garanties d'emprunts bancaires, des prises de participation dans des entreprises privées. Dans un entretien accordé au quotidien « Le Soleil », Christophe Bigot, le nouvel ambassadeur de France au Sénégal, avait salué la qualité des relations entre les deux pays. Il avait révélé que l’Afd consacre chaque année, depuis près de 10 ans, environ 100 millions d’euros au Sénégal, soit près de 65 milliards de FCfa. « Ici, pour lutter contre la mortalité infantile, là, pour permettre l’électrification du sud, ailleurs, pour répondre à la crise de l’eau à Dakar ; sur le fleuve pour développer l’autosuffisance en riz ; ou, enfin, pour construire des infrastructures modernes qui feront du Sénégal un pays émergent », précisait le diplomate.

Dans son portail Internet, il est précisé que l’Afd finance des projets ou programmes qui s’insèrent dans les priorités retenues par les gouvernements sénégalais et français. « Les domaines d’intervention de l’Afd au Sénégal s’inscrivent en conformité avec les orientations du Document cadre de partenariat, signé en 2006, négocié entre les États sénégalais et français (…) », précise-t-on.

De 2000 à 2012, ce sont 55 millions d’euro qui ont été engagés par l’Afd pour accompagner le Programme de développement de l’éducation et de la formation. Parmi les réalisations figurent la construction de plus de 700 salles de classe ; la réhabilitation de près d’une centaine ; ce qui a permis d’accueillir plus de 40.000 élèves. Dans ce cadre, plus de 500 projets d’écoles et d’établissements ont été mis en œuvre ; 700 jeunes apprentis encadrés par 150 maîtres d’apprentissage, alternant l’apprentissage pratique dans des ateliers artisanaux et la théorie dans des établissements de formation professionnelle, dans les métiers de la mécanique auto, de la couture et du Btp.

 

Aliou KANDE

Remise à neuf du pont Faidherbe 
Partenariat Sénégal FranceLa ville de Saint-Louis n’a pas été en reste dans le cadre de l’intervention de l’Afd au Sénégal. Le pont Faidherbe, qui était en état de dégradation avancé, a été réhabilité grâce au soutien de l’Agence française de développement. Les travaux, initiés en 2008, ont consisté à remplacer à l’identique les travées métalliques du pont sur une longueur de 515 mètres, à renforcer les fondations et à créer une seconde voie piétonne sur le pont. Le montant des travaux s’est élevé à 30 millions d’euros, financés par l’Etat du Sénégal et une subvention de 12 millions d’euros de l’Afd. Dans le même sillage, en octobre 2012, l’État du Sénégal et l’Afd ont signé un accord de financement de 24,5 millions d’euros pour accompagner le développement territorial et touristique de Saint-Louis. La réhabilitation des centrales de la Senelec, dans le cadre du plan de redressement du secteur de l’énergie, et la concession d’électrification rurale de « Kaffrine, Tambacounda et Kédougou » figurent également dans les interventions de l’Afd.

A. KANDE

317 milliards de FCfa pour le Pse

Le Sénégal a reçu un soutien important de la France via l’Afd dans le cadre de la réalisation des projets et programmes du Pse. En septembre dernier, à l’occasion de la visite du Premier ministre d’alors, Manuel Valls, elle s’était engagée à hauteur de 317 milliards de FCfa d’investissement dans la mise en œuvre du Plan Sénégal émergent (Pse) avec la signature de deux conventions dans le domaine de l’hydraulique et du renforcement du capital humain. « La République française avait pris l’engagement, il y a deux ans, d’assister la mise en œuvre du Pse autour d’un volume de 282 milliards de FCfa (…) aujourd’hui, nous en sommes à 317 milliards de FCfa avec les deux conventions signées entre l’Afd et l’Etat du Sénégal », déclarait, en septembre, le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne lors du deuxième séminaire intergouvernemental entre le Sénégal et la France. A. K.

Soutien aux programmes régionaux impliquant le Sénégal
L’Afd soutient des programmes régionaux impliquant le Sénégal. C’est dans ce cadre qu’elle appuie la Commission sous-régionale des pêches, l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (Omvs), l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (Omvg), etc. Récemment, elle s’est illustrée dans le projet de réalisation d’une ligne d’interconnexion électrique haute tension de 1677 km entre la Guinée, la Guinée-Bissau, le Sénégal et la Gambie, et d’une capacité de transit de 800 MW. Ce projet est cofinancé à hauteur de 40 millions d’euros (26 milliards de FCfa) par l’Afd, aux côtés de sept autres bailleurs de fonds et des quatre Etats membres de l’Omvg (Gambie, Guinée, Guinée-Bissau et Sénégal). A. K.

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Sénégal-France : Un partenariat multiforme et dynamique 

Il fut un temps, la France contribua à la formation des administratifs et techniciens du sport sénégalais via des Conseillers pédagogiques itinérants (Cpi) et des Conseillers techniques. Mais, pour des raisons de restriction budgétaire, cette coopération a cessé depuis les années 2002. Au ministère des Sports, on plaide pour la réactivation de ces accords qui avaient été d’un très grand apport.

France Senegal 2002« Entre la France et le Sénégal, il n’y a plus de coopération formelle d’Etat à Etat en matière de sports depuis les années 2002 – 2003 ». Le constat est du directeur de la Haute compétition au ministère des Sports, Souleymane Boun Daouda Diop. Et c’est pour s’en désoler, car, à son avis, « cette coopération était très bénéfique à notre pays ». Le Dhc en veut pour preuve les Conseillers pédagogiques itinérants (Cpi) que la France envoyait et qui étaient basés à Dakar mais sillonnaient l’Afrique francophone pour distiller leur savoir. Certains d’entre eux faisaient même partie du corps professoral de l’Inseps. Après l’ère des Cpi, ce fut, rappelle-t-il, celle des Conseillers techniques qui étaient plutôt rattachés au projet Fonds d’aide et de coopération (Fac). C’est ainsi que des techniciens comme Me Picard (judo et karaté), Grave (handball), J. M. Rochez (lutte) ou Dugrand (football) ont eu à faire profiter de leur savoir à de nombreux Sénégalais. « Ils ont beaucoup eu à s’investir dans le sport à la base ; plusieurs initiateurs et entraineurs de 1er degré ont ainsi pu être formés », selon le Dhc. Mais, le sport de haut niveau n’était point occulté, puisque certains de ces spécialistes de la chose sportive ont même eu à occuper des fonctions de directeur technique national (Dtn), à l’instar de Picard au judo et de Rochez à la lutte, voire d’entraineur tel Dugrand à la Ja. D’autres, en techniciens polyvalents, formaient ou perfectionnaient leurs protégés dans diverses disciplines sportives (gymnastique, volleyball, etc.) et dans certains métiers du sport comme la fabrication de ballons ou de filets de compétition. « Et tout cela, à la charge de la France », tient à préciser M. Diop. Sans oublier les dons de matériels à certaines structures, telles que le Centre Talibou Dabo.

Mais, depuis que la France a adopté une drastique politique de rationalisation budgétaire en matière de coopération sportive, ces « coopérants » ont disparu des aires d’entrainements et de compétitions. Si bien que le Sénégal est obligé de mettre la main à la poche à chaque fois qu’il sollicite l’expertise d’un technicien français. A l’image du handball qui a dû payer pour s’attacher les services de Frédéric Bougeant qui a conduit les « Lionnes » à la Can qui s’est tenue dernièrement en Angola, avec le résultat et les développements que l’on sait. « Du temps de la coopération, on n’aurait certainement pas à débourser de l’argent pour faire venir ce technicien », regrette Souleymane Boun Daouda Diop.

Pour le directeur de la Haute compétition au ministère des Sports, « il faut autant que possible s’employer à relancer cette coopération ». « Nous en avons besoin surtout dans la formation des formateurs », insiste-il. Pour cause, aujourd’hui, la France est une vraie grande puissante sportive sur la scène mondiale. Or, le Sénégal cherche encore à se faire une bonne place au soleil du sport international.

B. K. N.

Mouvements des sportifs : Le temps des… vases communicants

Pendant longtemps, le mouvement des sportifs de haut niveau entre le Sénégal et la France s’est presque exclusivement fait du sud vers le nord. Depuis le début des années 2000, c’est le principe des vases communicants qui fonctionne. La preuve, peut-être que le sport sénégalais est devenu attractif à défaut d’être très compétitif.

Lionnes HandballRetour de bâton ou preuve de la nouvelle attractivité du sport sénégalais en général ? Dans tous les cas, les mouvements de sportifs de haut niveau ne se font plus depuis une quinzaine d’années dans le seul sens Sénégal – France. Il est loin le temps où les footballeurs Ibrahima Bâ, Samba Ndiaye ou les frères Mendy, Etienne et Bernard, se faisaient enrôler presque naturellement sous le maillot frappé du coq au détriment de celui portant une tête de lion. Des basketteurs de haut niveau comme Apollo Faye, Bengaly Kaba, voire Fatou Kiné Ndiaye, après une belle carrière sous les couleurs du Sénégal, avaient fini leur carrière internationale avec les « Bleus » de France. Même en athlétisme, l’ancien militaire sénégalais Ibrahima Wade, spécialiste du tour de piste, avait, sur le tard, rejoint le relais 4 X 400 m français. Certains avaient été « arnaqués », d’autres avaient fait un choix de carrière et d’autres encore étaient animés par des préoccupations financières. Qu’importe les motivations des uns et des autres, la conséquence était que les rangs sénégalais se dépeuplaient pendant qu’en face on s’enrichissait de l’apport des arrivants dont certains n’étaient utilisés que juste le temps de les empêcher de pouvoir jouer un jour avec l’équipe de leur pays d’origine. Soit quelques petites minutes pour les footballeurs comme Samba Ndiaye et les frères Mendy.

Ces derniers qui ont voulu éviter à leurs cadets de tomber dans le même piège ont certainement été pour quelque chose dans le retournement de situation opéré depuis le début des années 2000. En plus, depuis que les « Lions » ont terrassé les « Bleus », alors champions du monde et d’Europe en titre (1 – 0), en ouverture du Mondial 2002 de foot, à Séoul (Corée du Sud), la « Destination Sénégal » est devenue plus attrayante. Désormais, c’est le Sénégal qui « pille » la France de ses pépites jeunes, essentiellement au moment où celles-ci atteignent l’âge limite pour changer de nationalité sportive, en football surtout. Ainsi, les Moussa Sow, Jacques Doudou Faty, Issiar Dia, qui ont brillé avec les catégories de jeunes en France, ont choisi de jouer pour le Sénégal. Ce qui, un moment, avait réellement agacé les dirigeants du football français qui se plaignaient de « former pour d’autres ». Une tendance 
également favorisée par la génération de Habib Bèye, présélectionné en équipe de France, et Khalilou Fadiga à qui les « Bleus faisaient les yeux doux, mais qui avaient tous opté pour le Sénégal. C’est l’ère des binationaux qui reviennent à la source. Tel Kalidou Koulibaly, dernière grosse prise dans les filets sénégalais au nez et à la barbe de Deschamps, le sélectionneur des « Bleus ».

Le mérite des dirigeants 

C’est, par ailleurs, tout à l’honneur des dirigeants techniques et administratifs sénégalais qui n’hésitent pas, depuis quelques années, à aller « vendre » leur sport à tous les sélectionnables sous tous les cieux. Surtout en France. Ainsi, le handball, par exemple, avec son dynamique président, Seydou Diouf, a pu décrocher, entre autres binationales de haut niveau, Doungou Camara, ancienne internationale juniors française, même si l’affaire s’est mal conclue à la dernière Can. Mais, ce n’est que partie remise. Au basket également, cette piste est explorée, et même si Antoine Mendy en garçons et surtout Binetou Diémé chez les féminines n’étaient pas dans le viseur de la France, c’est bien que le Sénégal les ait récupérés.

Ce n’est pas pour autant qu’il faille en conclure que le mouvement est irrémédiablement inversé. Il fonctionne plutôt suivant le système des vases communicants. Car malgré la nouvelle attractivité ou relative compétitivité du sport sénégalais, certains de ses représentants n’hésitent pas à tourner casaque pour devenir français. A l’image du hurdler Mamadou Kassé Hanne qui a couru pour la France lors des derniers Jo à Rio (Brésil) après avoir fait briller les couleurs sénégalaises au plus haut niveau. D’autres comme les footballeurs Mbaye Niang (Milan Ac, Serie A italienne) et Youssouf Sabaly (Bordeaux, L1 française) font la sourde oreille aux appels du Sénégal en espérant une prochaine convocation chez les « Bleus ». Jusqu’à quand ? Tout pourrait dépendre de la future compétitivité du sport et plus particulièrement du foot sénégalais.

B. K. N.

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Sénégal-France : Un partenariat multiforme et dynamique 

 

 

Les relations entre le Sénégal et la France sont étroites et multiformes, embrassant tous les secteurs, notamment celui de l’éducation et de la formation professionnelle, plus particulièrement l’enseignement supérieur. Dans ce secteur, elle reste la première destination des étudiants sénégalais.

D’après le site de l’ambassade de France à Dakar, le Sénégal est l’un des 16 Pays pauvres prioritaires (Ppp) pour l’attribution de l’aide publique au développement française. Le dernier Document cadre de partenariat (Dcp), signé pour la période 2013-2017 et fixant les priorités de la coopération civile bilatérale, s’inscrit, en termes sectoriels et géographiques, dans le cadre de la Stratégie nationale de développement économique et social du Sénégal (Sndes) qui couvre la même période. Trois secteurs prioritaires d’intervention sont ciblés, dont le développement humain (promotion de l’éducation de base, de la formation professionnelle et la santé).

En réalité, les relations académiques entre la France et le Sénégal datent de la période coloniale, le pays de Marianne ayant implanté dans sa colonie d’alors les premières écoles afin de parfaire sa politique « civilisatrice ». Presque toutes les anciennes élites sénégalaises ont été formées en France, pays qui a fondé l’Université de Dakar. En effet, c’est en 1918 que fut créée l’Ecole africaine de médecine, première ébauche d’un enseignement supérieur en Afrique, puis l’Institut français d’Afrique noire (Ifan) voit le jour en 1936. Dakar constituait la 18ème Université française académiquement rattachée aux Universités de Paris et de Bordeaux en 1957.

Cette politique de formation supérieure se poursuit encore. En effet, la France est et reste la première destination des étudiants sénégalais sur les 42 pays gérés par le Service de gestion des étudiants sénégalais à l’étranger (Sgee), basé à Paris.

Près de 10.000 étudiants sénégalais en France
PolytechD’après ce service, qui se fiait aux statistiques de Campus France à partir duquel s’inscrivent les étudiants sénégalais désireux de poursuivre leurs études supérieurs dans la Métropole, en 2014-2015, on dénombrait 11.000 étudiants sénégalais. Un chiffre qui a dégraissé puisque les dernières statistiques évoquent un chiffre d’environ 10.000 étudiants. Il existe, selon le correspondant du « Soleil » à Paris, 22 associations estudiantines sénégalaises en France.

Quoiqu’il en soit, le contingent sénégalais est, selon Thierry Valentin, directeur général adjoint de Campus France, « la plus grande population d’étudiants d’Afrique subsaharienne en France ». Il a fait cette déclaration lors du lancement du réseau social « France alumni Sénégal », le 24 novembre dernier, exprimant leur souhait de « doubler le nombre d’étudiants sénégalais en France dans 2 à 3 ans ». Toutefois, il faut noter que bien qu’elle soit la première destination depuis toujours et jusqu’à présent des étudiants sénégalais à l’étranger, la France semble avoir de nouveaux concurrents dans ce domaine comme le Canada, des pays asiatiques, même si cela ne semble guère inquiéter Thierry Valentin qui parle plutôt de mobilité sur le plan mondial. La France, à travers l’Agence française de développement (Afd), accompagne l’Etat sénégalais dans le renforcement de la carte universitaire. En fait, l’Afd finance les Instituts supérieurs d’enseignement professionnel (Isep) de Richard-Toll et de Bignona et la mise en place d’un réseau des Isep. A noter que pendant ce temps, la France a développé un réseau d’écoles au Sénégal. Ledit réseau, selon l’ambassade, compte 11 établissements scolaires à programmes français et un douzième à Banjul, géré depuis Dakar.

D’après le site de l’ambassade de France à Dakar, le Sénégal est l’un des 16 Pays pauvres prioritaires (Ppp) pour l’attribution de l’aide publique au développement française. Le dernier Document cadre de partenariat (Dcp), signé pour la période 2013-2017 et fixant les priorités de la coopération civile bilatérale, s’inscrit, en termes sectoriels et géographiques, dans le cadre de la Stratégie nationale de développement économique et social du Sénégal (Sndes) qui couvre la même période. Trois secteurs prioritaires d’intervention sont ciblés, dont le développement humain (promotion de l’éducation de base, de la formation professionnelle et la santé).

En réalité, les relations académiques entre la France et le Sénégal datent de la période coloniale, le pays de Marianne ayant implanté dans sa colonie d’alors les premières écoles afin de parfaire sa politique « civilisatrice ». Presque toutes les anciennes élites sénégalaises ont été formées en France, pays qui a fondé l’Université de Dakar. En effet, c’est en 1918 que fut créée l’Ecole africaine de médecine, première ébauche d’un enseignement supérieur en Afrique, puis l’Institut français d’Afrique noire (Ifan) voit le jour en 1936. Dakar constituait la 18ème Université française académiquement rattachée aux Universités de Paris et de Bordeaux en 1957.

Cette politique de formation supérieure se poursuit encore. En effet, la France est et reste la première destination des étudiants sénégalais sur les 42 pays gérés par le Service de gestion des étudiants sénégalais à l’étranger (Sgee), basé à Paris.

Plusieurs conventions signées
EducationLe ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, afin de renforcer le label « Etudier au Sénégal », a signé de multiples conventions avec les grandes écoles et classes préparatoires pour accueillir des bacheliers sénégalais dans le cadre des bourses d’excellence. Dès lors, les meilleurs étudiants (titulaires de mentions « Bien » et « Très Bien ») sont désormais orientés dans des écoles, instituts et universités retenus dans le classement Shanghai. Sur cette base, l’accent est mis sur les Stem. Car aucun pays ne peut se développer sans la maîtrise de la science, de la technologie et de l’innovation, surtout dans un monde, aujourd’hui, dominé par l’économie du savoir.

Les étudiants sont ainsi dans des classes préparatoires et réussissent au très sélectif concours d’admission au cycle d’ingénierie de la filière universitaire international de l’Ecole polytechnique de Paris. En 2014-2015, les 2 Sénégalais retenus ont été les seuls non Européens admis sur les 12 à ce cycle. Des mesures d’accompagnement sont ainsi prises par le Sénégal : octroi de bourses d’excellence (650 euros ou 430.000 FCfa), de mobilité pour les étudiants de Master II et de Doctorat en France (billet aller-retour plus une indemnité mensuelle de 60.000 FCfa quand il est au Sénégal. Montant qui n’a rien à voir avec ce que l’institution qui le reçoit lui remet) et de cotutelle (un nouveau dispositif) pour les doctorants afin de promouvoir le label « Etudier au Sénégal ». Une convention lie le ministère de l’Enseignement supérieur et l’Université d’Evry pour le programme de génétique moléculaire et une autre avec Atos pour la mise en place d’un calculateur parallèle intensif au Centre de mutualisation et de partage à la Cité du Savoir de Diamniadio. On peut ajouter la convention avec le ministère de l’Agriculture et de la Forêt de France pour un programme de formation de formateurs dans le domaine professionnel de l’enseignement supérieur.

D. MANE

La formation professionnelle : Un appui aux secteurs phares du Pse
La France est très active dans le domaine de la formation professionnelle au Sénégal. Nombreux sont les projets déroulés ou en cours d’exécution. L’objectif étant d’aider le pays à disposer d’une main-d’œuvre qualifiée de niveau intermédiaire, maillon faible du système éducatif sénégalais. Après avoir aidé le Sénégal à travers une coopération tripartite (Afd-Etat-Secteur privé) dans la mise en place en place de Centres sectoriels (Btp, agro-alimentaire…), la France poursuit son appui à ce sous-secteur si stratégique pour le développement.
C’est dans ce cadre qu’il faut situer le projet « Formation professionnelle pour l’emploi et la compétitivité » d’un coût global de 36 milliards de FCfa cofinancé par l’Etat du Sénégal, la Banque mondiale et l’Afd. Il vise, entre autres, la mise à niveau des lycées techniques par l’amélioration des équipements et de la gestion ; la révision des curricula et des formations pour 3.000 bacheliers ; le développement de nouvelles offres de formation en partenariat public-privé et notamment la création de nouveaux centres de formation dans les secteurs prioritaires du Pse, tels que l’aviculture, l’horticulture et le tourisme, en plus du Btp et de la mécanique mobile.
 
D. MANE

Education nationale : De nombreux projets en cours d’exécution
Le ministère de l’Education nationale n’est pas en reste. Et l’un des programmes phares ayant donné beaucoup de satisfaction fut, sans nul doute, le Projet éducation dans les banlieues de Dakar (Pebd) lancé en mars 2006 et qui fut piloté, à l’époque, par l’actuel directeur de la Planification et de la Réforme de l’éducation (Dpre), Djibril Ndiaye Diouf. Ce projet a permis la construction de plusieurs écoles en hauteur dans la banlieue qui était confrontée à un problème foncier (construction des 320 salles de classe et 100 autres réhabilitées). Actuellement, l’Afd finance le Projet d’appui à l’enseignement moyen dans la région de Dakar (Adem/Dakar) qui réalise 17 collèges (réhabilitation et construction) et le Projet d’appui à l’éducation de base en Casamance (Paebca) dans le cadre de la résorption des abris provisoires dans la région naturelle de Casamance. La France accompagne également la politique d’édition du ministère de l’Education nationale par l’acquisition de manuels.

D. MANE

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Sénégal-France : Un partenariat multiforme et dynamique

Au mois d’avril 2015, l’Agence française de développement (Afd) avait accordé une enveloppe de 20 millions d’euros, soit 13 milliards de FCfa, pour le financement du Projet d’appui à la promotion des exploitations familiales dans la région de Matam (Apefam). Ce programme, intégralement financé par l’Agence française de développement par un prêt concessionnel de 18 millions d’euros, prendra en charge la réalisation des aménagements hydro-agricoles et une subvention de 2 millions d’euros dédiée au financement de l’appui institutionnel aux acteurs.

Le projet permet donc la réhabilitation et l’extension de plus de 1.500 ha de périmètres irrigués villageois (Piv), l’aménagement de cuvettes de décrue pour la production de maïs et de mil, le désenclavement de plusieurs villages et des zones de production par la réalisation de plus de 80 km de pistes principales et plusieurs pistes secondaires, la réalisation d’infrastructures collectives à caractère économique : des aménagements pastoraux, des infrastructures collectives de stockage, de transformation et de commercialisation, et l’appui technique et institutionnel aux différents acteurs impliqués dans le développement des territoires ruraux  pour la mise en valeur et la gestion des investissements. Il permet aussi l’appui à six communes rurales du département de Matam dans la planification et la réalisation de leur programme d’investissement ainsi que la gestion du foncier rural. Il doit, en outre, renforcer la résilience des exploitations familiales et contribuer à l’atteinte des objectifs de l’autosuffisance en riz du Sénégal avec une production supplémentaire attendue d’environ 10.000 tonnes de riz blanc par an à partir de 2017.

10 milliards de FCfa pour le financement de l’investissement agricole
Lors de sa première visite au Sénégal, le directeur général de l’Afd, Rémy Rioux, a signé, avec le ministre Amadou Bâ, une convention relative au Projet de mise en place d’une ligne de crédit dédiée au financement de l’investissement agricole. D’un montant de 10 milliards de FCfa (15 millions d’euros), ce prêt concessionnel a été rétrocédé à la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas) et permettra aux agriculteurs de financer la réhabilitation et l’extension de leurs périmètres irrigués, d’acquérir des matériels agricoles et des équipements de transformation des produits agricoles.

Lors de ce séjour, le fonctionnaire français a eu à faire le parcours de l’autoroute à péage Dakar-Diamniadio, mise en service en août 2013, à laquelle l’Afd a contribué à hauteur de 40 milliards de FCfa (60 millions d’euros). EL. I. Thiam

Par EL. Ibrahima Thiam

Le montant des engagements nets totaux de l’Agence française de développement (Afd) de 1,2 milliard d’euro fait du Sénégal un pays prioritaire de la politique de coopération de la France qui reste l’un des principaux bailleurs de notre pays et le premier bailleur bilatéral.

Malgré la crise économique à laquelle elle fait face, les efforts de la France en matière d’aide publique au développement en faveur du Sénégal ne faiblissent pas. Ainsi, lors de la première visite, au Sénégal, de Rémy Rioux, directeur général de l’Agence française de développement, au mois de juin dernier, il avait été établi que, depuis l’année 2000, l’Afd a engagé plus de 790 milliards de FCfa (1,2 milliard d’euros) au Sénégal et enregistré une forte croissance de ses financements au cours des 5 dernières années avec 846,5 millions d’euros engagés sur la période. Soit, en moyenne, 141 millions d’euros d’engagements par an depuis 2010.

En 2015, le montant total des engagements de l’Afd au Sénégal a atteint 228 milliards de FCfa (149,8 millions d’euros). Ce qui fait du Sénégal un pays prioritaire de la politique de coopération de la France qui reste l’un de ses principaux bailleurs et son premier bailleur bilatéral.

Dans le cadre du Pse, l’appui de la France au Sénégal se chiffre à 432 millions d’euros pour la période 2013-2015. Les interventions de la France au Sénégal touchent de nombreux domaines. Ainsi, l’Afd est engagée dans des projets contribuant au développement durable et à l’amélioration des conditions de vie de la population, en phase avec les objectifs prioritaires du gouvernement, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé, des infrastructures urbaines, de l’électricité, de l’agriculture et du soutien aux entreprises. La France est présente dans les investissements majeurs concernant surtout le volet agricole du Plan Sénégal émergent. Avec le plus gros portefeuille agricole par pays de l’Afd, le Sénégal bénéficie d’un appui de plus de 100 millions d’euros (65 milliards de FCfa) sur ce secteur, auxquels s’ajouteront, d’ici fin 2016, plus de 50 millions d’euros en cours d’instruction.

Le Sénégal s’est lancé un défi important avec son objectif d’autosuffisance alimentaire, particulièrement celle en riz. La France est aux côtés du pays sur le secteur rizicole depuis plusieurs décennies en appuyant les investissements d’irrigation, d’aménagement et de limitation de la salinisation des terres agricoles (barrage) dans la vallée du fleuve Sénégal.

En plus de la vallée du fleuve Sénégal, avec des appuis aux communes rurales et à la production locale de riz, l’Afd sera bientôt présente dans le grand Tiers sud (les régions de Kolda et Tambacounda) et appuiera le financement de projet d’investissements agricole pour petits porteurs avec la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas).

L’Agence appuie également la formation professionnelle agricole à différents niveaux afin d’améliorer la compétitivité des entreprises du secteur. Par ailleurs, la France accompagne le Sénégal dans la mise en œuvre du volet agricole du Plan Sénégal émergent (Pse), au travers de son secteur privé, en s’appuyant sur son tissu d’entreprises, de centres techniques et organismes professionnels. Les entreprises françaises jouent donc un rôle significatif dans la vitalité économique du pays.

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Sénégal-France : Un partenariat multiforme et dynamique 

En prélude à la visite d’Etat que le président de la République, Macky Sall, va entamer dès lundi, « Le Soleil » revisite la coopération multiforme et dynamique entre le Sénégal et la France.

Lutte contre le terrorisme en Afrique : La France, partenaire majeur du Sénégal
Stabilité, situation géographique et démocratie. Avec un peu moins de 15 millions d’habitants, le Sénégal est un petit marché, mais il a la chance d’être l’un des pays les plus stables de la région. De l’autre côté de l’Atlantique, plus au nord, la France, une histoire partagée, une amitié exceptionnelle et plus de trois siècles de relations ininterrompues.

Après l’indépendance, la France et le Sénégal sont restés des nations très proches. Un lien très fort, entretenu dans les deux sens par une coopération multiforme et constante, ainsi que des échanges humains et culturels ont conforté cette proximité jusqu’à la veille de cette seconde visite d’Etat d’un président sénégalais en France.
Pour le sujet qui nous intéresse, à savoir la coopération sécuritaire en matière de lutte contre le terrorisme, le Sénégal est le premier pays bénéficiaire de l’aide française en Afrique subsaharienne avec 26 assistants militaires techniques et une coopération d’un montant de 5,8M€ en 2009. La France contribue également à la sécurité du Sénégal et au maintien de la paix dans la sous-région par la présence, à Dakar, des Eléments français du Sénégal (Efs) qui ont remplacé l’ancienne base militaire de Ouakam, quartier de Dakar où est née Ségolène Royal alors que son père, colonel, y servait.

Plan d’action contre le terrorisme
Gign SenegalLa France entend ainsi rester aux côtés du Sénégal qui est le premier récipiendaire de l’aide française en Afrique subsaharienne. Ainsi, le Pact (Plan d’action contre le terrorisme), financé par le Fonds de solidarité prioritaire du ministère français des Affaires étrangères, vise le renforcement des capacités des services de police et de gendarmerie du Sénégal, ainsi que des magistrats impliqués dans la lutte contre les menaces liés au terrorisme. Il est doté d’un financement de 460 millions de FCfa.

Le Pact a trois composantes. D’abord, la prévention et la détection de la menace : ce volet vise à renforcer les capacités des services de renseignement et de sécurité. C’est dans ce cadre qu’une formation a été organisée, mi-juin 2015, au profit de policiers de la Direction de la police de l’air et des frontières du Sénégal. Ensuite, l’intervention et la mise en œuvre d’obstacles à l’action terroriste : cette composante consiste à améliorer les capacités opérationnelles d’intervention et la protection des personnalités exposées. Enfin, l’enquête judiciaire : ce volet comprend la formation des enquêteurs de la police, de la gendarmerie et les magistrats du parquet du Tribunal de grande instance de Dakar à des techniques d’investigation modernes et à l’élaboration de procédures judiciaires adéquates.

En matière de lutte contre le terrorisme, Dakar et Paris misent sur le partage du renseignement. A l’issue d’une rencontre, en mars 2016, à Dakar, avec le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Mankeur Ndiaye, le secrétaire d’Etat français au Développement et à la Francophonie, André Vallini, avait informé que les deux pays vont devoir « aller vers de plus en plus de coopération entre les Etats dans le domaine de la sécurité internationale, du partage des informations, du partage des renseignements ». M. Vallini, en visite de travail au Sénégal, avait estimé qu’il était temps de décloisonner les renseignements pour plus d’efficacité et une meilleure coopération dans la lutte contre le fléau des temps modernes : le terrorisme.

La question sécuritaire occupe une place importante dans les échanges franco-sénégalais. La sécurité et la lutte contre le terrorisme sont donc des dossiers prioritaires dans le contexte actuel.

Forum paix et sécurité en Afrique
En atteste l’organisation de la troisième édition du Forum paix et sécurité en Afrique qui s’est tenu à Dakar, du 5 au 6 décembre derniers, au Centre international de conférences Abdou Diouf, sous le leadership du président Macky Sall et avec la participation du Centre sénégalais des hautes études de défense et de sécurité. Il a réuni, deux jours durant, près de 500 experts, chercheurs, militaires et responsables politiques ou membres de la société civile autour des thèmes de l'extrémisme violent et de la gestion des espaces africains. Le Forum est cofinancé par une vingtaine d'entreprises de défense et de sécurité françaises et européennes.

Le Forum de Dakar de décembre 2015 s'était terminé sur ce constat simple : « nos sécurités sont liées », répété par les représentants africains et occidentaux. Quatre jours plus tard, Paris était frappée par des attentats, puis ce fut le tour de Bamako, Ouagadougou, Grand-Bassam. Sur le continent, la menace jihadiste persiste en Afrique de l'Ouest, au Sahel, au Maghreb et dans la Corne de l’Afrique. En décembre 2016, le Forum de Dakar avait eu pour thème : « L’Afrique face à ses défis sécuritaires : regards croisés pour des solutions efficientes ». A sa clôture, le Forum 2016 a proposé « une réponse doctrinale de l’Islam à l’extrémisme violent ». L’importance du défi sécuritaire a justifié la présence, en grand nombre, des partenaires étrangers à un haut niveau. L’Union européenne a dépêché, à Dakar, son haut représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, et annoncé que l’Europe envisageait d’ajouter à la formation des armées africaines un volet équipement. Pour leur part, les Nations unies ont envoyé au forum le secrétaire général adjoint chargé des Opérations de maintien de la paix, le Français Hervé Ladsous, qui a annoncé la prochaine montée en puissance du partenariat entre l’Onu et l’Ua sur la paix et la sécurité en Afrique ainsi que l’utilisation de drones de surveillance dans le maintien de la paix. Le ministre français de la Défense a, lui, annoncé la mise en place d’une stratégie de cession par son pays des équipements militaires aux armées africaines. La bonne qualité et l’étroitesse des relations de coopération qui existent entre le Sénégal et la France ne peuvent qu’en être renforcées.

Dié Maty FALL

Coopération décentralisée : Les villes françaises se taillent la part du lion
Cooperation Zig Saint Maur Des FossesLa France a toujours été un miroir pour le Sénégal dans le cadre de la politique de décentralisation. Les relations entre les collectivités locales sénégalaises et françaises ont été nouées soit par le truchement d’une tierce personne, ou d’une association ou encore à travers les structures étatiques comme la Délégation pour l’action extérieure des collectivités territoriales de France.

La coopération décentralisée est, aujourd’hui, vivement vécue par les collectivités locales de la France et du Sénégal. Saint-Maur-Des Fosses pour la ville de Ziguinchor est une localité qui entretient avec la capitale de la région méridionale du pays un jumelage qui s’est traduit par plusieurs actions et réalisations ressenties des deux parts. La ville de Lille partage les mêmes relations avec celle de Saint-Louis du Sénégal. Les Ulis pour la ville de Sédhiou, Mantes-la-Jolie pour les localités du Nord, pour ne citer que ces exemples, montrent la vitalité des partenariats entretenus dans le cadre de la coopération décentralisée. Laquelle a permis à plusieurs localités du pays à bénéficier de l’appui et de l’expertise du partenaire français dans tous les domaines, particulièrement les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’hydraulique…

La réforme en cours au Sénégal, notamment l’Acte 3 de la décentralisation, incite de plus en plus les élus locaux à nouer des partenariats avec les villes du monde. Et dans cette mouvance, les villes françaises constituent plus de 80 % des ententes scellées. La disparité des jumelages et les autres accords de partenariats scellés dans les territoires ont poussé la Délégation pour l’action extérieure des collectivités territoriales de France, en accord avec la partie sénégalaise, à mettre en place, il y a de cela deux années, un dispositif conjoint de soutien pour booster la coopération décentralisée franco-sénégalaise. Ainsi, ce nouveau dispositif voulu par les deux parties, une première du genre en Afrique sub-saharienne, a alloué un montant de 200 millions de FCfa réparti pour mieux assurer la cohérence entre les actions de la coopération et les politiques de développement local. Le dispositif créé va permettre à l’Etat du Sénégal de contribuer, à titre expérimental, au cofinancement des projets avec le ministère français des Affaires étrangères. Le ministre de la Gouvernance locale de l’époque avait précisé que l’enveloppe destinée au dispositif pourrait être revue à la hausse.

Babacar Bachir SANE

Coopération judiciaire franco-sénégalaise : La révolution du dispositif judiciaire
La coopération judiciaire sera aussi du sujet du voyage du président de la République dans l’hexagone. Depuis de nombreuses années, le Sénégal et la France entretiennent une relation étroite dans le domaine de la justice.

Me Sidiki KabaL’avènement du président Macky Sall en 2012 va remettre le système judiciaire sénégalais dans un chantier révolutionnaire. Le Plan décennal de justice avait été mis en place avec pour objectifs d’instaurer une bonne gouvernance judiciaire par le renforcement du processus démocratique et de la paix sociale, la consolidation des lois et des personnels et l’amélioration de l’environnement des affaires. Le Sénégal s’engageait ainsi dans une politique gouvernementale de renforcement de l’Etat de droit grâce à une justice moderne et accessible à tous. Cela avait commencé depuis plus de vingt ans, à travers plusieurs réformes. Mais, cette fois-ci, les réformes du 4ème président de la République ont permis d’améliorer le fonctionnement des juridictions et la formation des personnels judiciaires, de promouvoir l’accès des citoyens au droit. Celles-ci ont été rendues possibles grâce à la France qui a ainsi accompagné les grandes réformes entreprises par le Sénégal, surtout avec des projets successifs d’appui à l’institution judiciaire, par le biais du Fonds de solidarité prioritaire (Fsp). Ces projets sont mis en œuvre et suivis par des experts techniques internationaux français (magistrats) détachés auprès du ministre de la Justice du Sénégal en qualité de conseillers techniques. Lorsque le Sénégal a adopté le Plan sectoriel justice (Psj) d’une durée de 10 ans (2004-2013), la France a, en 2006, appuyé ce programme en mettant en œuvre un nouveau projet Fsp, le Pasej, qui s’est achevé en janvier 2012. Ce projet de la coopération française a permis de contribuer à améliorer l’accessibilité des citoyens à une justice plus moderne, par les actions menées au bénéfice du dispositif de justice de proximité ainsi que du Centre de formation judiciaire et des juridictions. Ce projet a permis de renforcer les capacités de l’administration centrale et du Centre de formation judiciaire (Cfj), d’implanter, d’équiper et d’animer 7 maisons de justice, 4 bureaux d’information du justiciable, 14 bureaux d’accueil et d’orientation du justiciable, de contribuer à la réorganisation des juridictions et à la mise en place d’une politique de communication.

Le projet « Modernisation de la justice sénégalaise » (Mojusen) s’inscrit dans cette même dynamique politique pour 36 mois. D’un coût d’un peu plus de 524 millions, il entend poursuivre les efforts de coopération entre le Sénégal et la France et il a été lancé le 15 janvier 2015, en trois axes forts : le développement de la justice de proximité, en équipant de nouvelles maisons de justice ; la formation des acteurs judiciaires en matière de criminalité organisée et de terrorisme, de droits humains et de déontologie ; et l’appui à l’administration pénitentiaire par la formation de l’équipe pédagogique de la nouvelle Ecole de l’administration pénitentiaire (Enap) du Sénégal et par des actions contribuant à améliorer les conditions de vie des détenus.

Entraide judiciaire entre les deux pays
Formation judiciaireAu-delà des projets de coopération, la France, chef de file du groupe justice des partenaires techniques et financiers au Sénégal, donne, en outre, un appui dans le domaine de la justice. Ainsi, le service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France mène diverses actions : missions d’experts français au Sénégal, invitations de personnels judiciaires en France, appuis ponctuels directement ou par l’intermédiaire d’associations, dans les lieux privatifs de liberté, dans le domaine des droits humains, organisation de séminaires, notamment sur la justice de proximité. 

L’élaboration de ce projet fut conduite, avec l’assistance technique du magistrat de liaison régional, par l’attaché de sécurité intérieure de l’ambassade de France, en poste à Dakar, qui a pour mission essentielle de faciliter la transmission et l’exécution des commissions rogatoires internationales, demandes d’extradition, dénonciations officielles et d’améliorer la rapidité et l’efficacité de l’entraide judiciaire internationale. Le service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France est également régulièrement consulté par les magistrats français, et sénégalais surtout, pour la rédaction de toutes demandes d’entraide judiciaire. Il est ainsi en contact permanent avec les juridictions sénégalaises et, à la faveur des procédures d’extradition, avec les différents établissements pénitentiaires du territoire. Celui-là contribue également, par l’organisation et l’animation de formations et de séminaires, à l’échange d’informations sur les systèmes juridiques et judiciaires et sur leur fonctionnement, ainsi qu’au renforcement des capacités des praticiens concernés en matière de lutte contre la criminalité organisée et de recours à l’entraide pénale internationale. 

Le Projet de coopération franco-sénégalaise d’appui au Projet sectoriel justice a permis, durant la période 2006-2012, d’améliorer les capacités de l’administration centrale de la justice ainsi que, pour le Centre de formation judiciaire, d’aider à développer le dispositif de justice de proximité qui rencontre, aujourd’hui, un grand succès. Lors de l’adoption, en novembre 2011, du nouveau document de politique économique et social qui se termine cette année, le Sénégal a considéré que l’accès à la justice constituait une action essentielle à mettre en œuvre. Et depuis 2012, notre pays a entrepris de grandes réformes pour la pleine réussite de cet objectif : réforme de la carte judiciaire et du statut de la magistrature, du Conseil supérieur de la magistrature, du Code pénal, du Code de procédure pénale des juridictionnels, de l’amélioration des projets des tribunaux, etc. C’est dans ce contexte que la France et le Sénégal ont mis l’accent jouant pleinement leur partition coopérative.

Cheikh Malick COLY

Agence française de developpement : Près de 283 milliards de FCfa déjà engagés dans le Pse
Afd MefpLe montant des engagements nets totaux de l’Agence française de développement (Afd) de 1,2 milliard d’euro fait du Sénégal un pays prioritaire de la politique de coopération de la France qui reste l’un des principaux bailleurs de notre pays et le premier bailleur bilatéral.

Malgré la crise économique à laquelle elle fait face, les efforts de la France en matière d’aide publique au développement en faveur du Sénégal ne faiblissent pas. Ainsi, lors de la première visite, au Sénégal, de Rémy Rioux, directeur général de l’Agence française de développement, au mois de juin dernier, il avait été établi que, depuis l’année 2000, l’Afd a engagé plus de 790 milliards de FCfa (1,2 milliard d’euros) au Sénégal et enregistré une forte croissance de ses financements au cours des 5 dernières années avec 846,5 millions d’euros engagés sur la période. Soit, en moyenne, 141 millions d’euros d’engagements par an depuis 2010.

En 2015, le montant total des engagements de l’Afd au Sénégal a atteint 228 milliards de FCfa (149,8 millions d’euros). Ce qui fait du Sénégal un pays prioritaire de la politique de coopération de la France qui reste l’un de ses principaux bailleurs et son premier bailleur bilatéral.

Dans le cadre du Pse, l’appui de la France au Sénégal se chiffre à 432 millions d’euros pour la période 2013-2015. Les interventions de la France au Sénégal touchent de nombreux domaines. Ainsi, l’Afd est engagée dans des projets contribuant au développement durable et à l’amélioration des conditions de vie de la population, en phase avec les objectifs prioritaires du gouvernement, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé, des infrastructures urbaines, de l’électricité, de l’agriculture et du soutien aux entreprises. La France est présente dans les investissements majeurs concernant surtout le volet agricole du Plan Sénégal émergent. Avec le plus gros portefeuille agricole par pays de l’Afd, le Sénégal bénéficie d’un appui de plus de 100 millions d’euros (65 milliards de FCfa) sur ce secteur, auxquels s’ajouteront, d’ici fin 2016, plus de 50 millions d’euros en cours d’instruction.

Le Sénégal s’est lancé un défi important avec son objectif d’autosuffisance alimentaire, particulièrement celle en riz. La France est aux côtés du pays sur le secteur rizicole depuis plusieurs décennies en appuyant les investissements d’irrigation, d’aménagement et de limitation de la salinisation des terres agricoles (barrage) dans la vallée du fleuve Sénégal.

En plus de la vallée du fleuve Sénégal, avec des appuis aux communes rurales et à la production locale de riz, l’Afd sera bientôt présente dans le grand Tiers sud (les régions de Kolda et Tambacounda) et appuiera le financement de projet d’investissements agricole pour petits porteurs avec la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas).

L’Agence appuie également la formation professionnelle agricole à différents niveaux afin d’améliorer la compétitivité des entreprises du secteur. Par ailleurs, la France accompagne le Sénégal dans la mise en œuvre du volet agricole du Plan Sénégal émergent (Pse), au travers de son secteur privé, en s’appuyant sur son tissu d’entreprises, de centres techniques et organismes professionnels. Les entreprises françaises jouent donc un rôle significatif dans la vitalité économique du pays.

13 milliards de FCfa pour l’appui des exploitations familiales à Matam
ExploitationsAu mois d’avril 2015, l’Agence française de développement (Afd) avait accordé une enveloppe de 20 millions d’euros, soit 13 milliards de FCfa, pour le financement du Projet d’appui à la promotion des exploitations familiales dans la région de Matam (Apefam). Ce programme, intégralement financé par l’Agence française de développement par un prêt concessionnel de 18 millions d’euros, prendra en charge la réalisation des aménagements hydro-agricoles et une subvention de 2 millions d’euros dédiée au financement de l’appui institutionnel aux acteurs.

Le projet permet donc la réhabilitation et l’extension de plus de 1.500 ha de périmètres irrigués villageois (Piv), l’aménagement de cuvettes de décrue pour la production de maïs et de mil, le désenclavement de plusieurs villages et des zones de production par la réalisation de plus de 80 km de pistes principales et plusieurs pistes secondaires, la réalisation d’infrastructures collectives à caractère économique : des aménagements pastoraux, des infrastructures collectives de stockage, de transformation et de commercialisation, et l’appui technique et institutionnel aux différents acteurs impliqués dans le développement des territoires ruraux  pour la mise en valeur et la gestion des investissements. Il permet aussi l’appui à six communes rurales du département de Matam dans la planification et la réalisation de leur programme d’investissement ainsi que la gestion du foncier rural. Il doit, en outre, renforcer la résilience des exploitations familiales et contribuer à l’atteinte des objectifs de l’autosuffisance en riz du Sénégal avec une production supplémentaire attendue d’environ 10.000 tonnes de riz blanc par an à partir de 2017.

10 milliards de FCfa pour le financement de l’investissement agricole
Lors de sa première visite au Sénégal, le directeur général de l’Afd, Rémy Rioux, a signé, avec le ministre Amadou Bâ, une convention relative au Projet de mise en place d’une ligne de crédit dédiée au financement de l’investissement agricole. D’un montant de 10 milliards de FCfa (15 millions d’euros), ce prêt concessionnel a été rétrocédé à la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas) et permettra aux agriculteurs de financer la réhabilitation et l’extension de leurs périmètres irrigués, d’acquérir des matériels agricoles et des équipements de transformation des produits agricoles.

Lors de ce séjour, le fonctionnaire français a eu à faire le parcours de l’autoroute à péage Dakar-Diamniadio, mise en service en août 2013, à laquelle l’Afd a contribué à hauteur de 40 milliards de FCfa (60 millions d’euros). EL. I. Thiam

Par EL. Ibrahima Thiam

Enseignement supérieur : La France, première destination des étudiants sénégalais
PolytechLes relations entre le Sénégal et la France sont étroites et multiformes, embrassant tous les secteurs, notamment celui de l’éducation et de la formation professionnelle, plus particulièrement l’enseignement supérieur. Dans ce secteur, elle reste la première destination des étudiants sénégalais.

D’après le site de l’ambassade de France à Dakar, le Sénégal est l’un des 16 Pays pauvres prioritaires (Ppp) pour l’attribution de l’aide publique au développement française. Le dernier Document cadre de partenariat (Dcp), signé pour la période 2013-2017 et fixant les priorités de la coopération civile bilatérale, s’inscrit, en termes sectoriels et géographiques, dans le cadre de la Stratégie nationale de développement économique et social du Sénégal (Sndes) qui couvre la même période. Trois secteurs prioritaires d’intervention sont ciblés, dont le développement humain (promotion de l’éducation de base, de la formation professionnelle et la santé).

En réalité, les relations académiques entre la France et le Sénégal datent de la période coloniale, le pays de Marianne ayant implanté dans sa colonie d’alors les premières écoles afin de parfaire sa politique « civilisatrice ». Presque toutes les anciennes élites sénégalaises ont été formées en France, pays qui a fondé l’Université de Dakar. En effet, c’est en 1918 que fut créée l’Ecole africaine de médecine, première ébauche d’un enseignement supérieur en Afrique, puis l’Institut français d’Afrique noire (Ifan) voit le jour en 1936. Dakar constituait la 18ème Université française académiquement rattachée aux Universités de Paris et de Bordeaux en 1957.

Cette politique de formation supérieure se poursuit encore. En effet, la France est et reste la première destination des étudiants sénégalais sur les 42 pays gérés par le Service de gestion des étudiants sénégalais à l’étranger (Sgee), basé à Paris.

 

Près de 10.000 étudiants sénégalais en France
D’après ce service, qui se fiait aux statistiques de Campus France à partir duquel s’inscrivent les étudiants sénégalais désireux de poursuivre leurs études supérieurs dans la Métropole, en 2014-2015, on dénombrait 11.000 étudiants sénégalais. Un chiffre qui a dégraissé puisque les dernières statistiques évoquent un chiffre d’environ 10.000 étudiants. Il existe, selon le correspondant du « Soleil » à Paris, 22 associations estudiantines sénégalaises en France.

Quoiqu’il en soit, le contingent sénégalais est, selon Thierry Valentin, directeur général adjoint de Campus France, « la plus grande population d’étudiants d’Afrique subsaharienne en France ». Il a fait cette déclaration lors du lancement du réseau social « France alumni Sénégal », le 24 novembre dernier, exprimant leur souhait de « doubler le nombre d’étudiants sénégalais en France dans 2 à 3 ans ». Toutefois, il faut noter que bien qu’elle soit la première destination depuis toujours et jusqu’à présent des étudiants sénégalais à l’étranger, la France semble avoir de nouveaux concurrents dans ce domaine comme le Canada, des pays asiatiques, même si cela ne semble guère inquiéter Thierry Valentin qui parle plutôt de mobilité sur le plan mondial. La France, à travers l’Agence française de développement (Afd), accompagne l’Etat sénégalais dans le renforcement de la carte universitaire. En fait, l’Afd finance les Instituts supérieurs d’enseignement professionnel (Isep) de Richard-Toll et de Bignona et la mise en place d’un réseau des Isep. A noter que pendant ce temps, la France a développé un réseau d’écoles au Sénégal. Ledit réseau, selon l’ambassade, compte 11 établissements scolaires à programmes français et un douzième à Banjul, géré depuis Dakar.

D’après le site de l’ambassade de France à Dakar, le Sénégal est l’un des 16 Pays pauvres prioritaires (Ppp) pour l’attribution de l’aide publique au développement française. Le dernier Document cadre de partenariat (Dcp), signé pour la période 2013-2017 et fixant les priorités de la coopération civile bilatérale, s’inscrit, en termes sectoriels et géographiques, dans le cadre de la Stratégie nationale de développement économique et social du Sénégal (Sndes) qui couvre la même période. Trois secteurs prioritaires d’intervention sont ciblés, dont le développement humain (promotion de l’éducation de base, de la formation professionnelle et la santé).

En réalité, les relations académiques entre la France et le Sénégal datent de la période coloniale, le pays de Marianne ayant implanté dans sa colonie d’alors les premières écoles afin de parfaire sa politique « civilisatrice ». Presque toutes les anciennes élites sénégalaises ont été formées en France, pays qui a fondé l’Université de Dakar. En effet, c’est en 1918 que fut créée l’Ecole africaine de médecine, première ébauche d’un enseignement supérieur en Afrique, puis l’Institut français d’Afrique noire (Ifan) voit le jour en 1936. Dakar constituait la 18ème Université française académiquement rattachée aux Universités de Paris et de Bordeaux en 1957.

Cette politique de formation supérieure se poursuit encore. En effet, la France est et reste la première destination des étudiants sénégalais sur les 42 pays gérés par le Service de gestion des étudiants sénégalais à l’étranger (Sgee), basé à Paris.

Plusieurs conventions signées
EducationLe ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, afin de renforcer le label « Etudier au Sénégal », a signé de multiples conventions avec les grandes écoles et classes préparatoires pour accueillir des bacheliers sénégalais dans le cadre des bourses d’excellence. Dès lors, les meilleurs étudiants (titulaires de mentions « Bien » et « Très Bien ») sont désormais orientés dans des écoles, instituts et universités retenus dans le classement Shanghai. Sur cette base, l’accent est mis sur les Stem. Car aucun pays ne peut se développer sans la maîtrise de la science, de la technologie et de l’innovation, surtout dans un monde, aujourd’hui, dominé par l’économie du savoir.

Les étudiants sont ainsi dans des classes préparatoires et réussissent au très sélectif concours d’admission au cycle d’ingénierie de la filière universitaire international de l’Ecole polytechnique de Paris. En 2014-2015, les 2 Sénégalais retenus ont été les seuls non Européens admis sur les 12 à ce cycle. Des mesures d’accompagnement sont ainsi prises par le Sénégal : octroi de bourses d’excellence (650 euros ou 430.000 FCfa), de mobilité pour les étudiants de Master II et de Doctorat en France (billet aller-retour plus une indemnité mensuelle de 60.000 FCfa quand il est au Sénégal. Montant qui n’a rien à voir avec ce que l’institution qui le reçoit lui remet) et de cotutelle (un nouveau dispositif) pour les doctorants afin de promouvoir le label « Etudier au Sénégal ». Une convention lie le ministère de l’Enseignement supérieur et l’Université d’Evry pour le programme de génétique moléculaire et une autre avec Atos pour la mise en place d’un calculateur parallèle intensif au Centre de mutualisation et de partage à la Cité du Savoir de Diamniadio. On peut ajouter la convention avec le ministère de l’Agriculture et de la Forêt de France pour un programme de formation de formateurs dans le domaine professionnel de l’enseignement supérieur.

D. MANE

La formation professionnelle : Un appui aux secteurs phares du Pse
La France est très active dans le domaine de la formation professionnelle au Sénégal. Nombreux sont les projets déroulés ou en cours d’exécution. L’objectif étant d’aider le pays à disposer d’une main-d’œuvre qualifiée de niveau intermédiaire, maillon faible du système éducatif sénégalais. Après avoir aidé le Sénégal à travers une coopération tripartite (Afd-Etat-Secteur privé) dans la mise en place en place de Centres sectoriels (Btp, agro-alimentaire…), la France poursuit son appui à ce sous-secteur si stratégique pour le développement.
C’est dans ce cadre qu’il faut situer le projet « Formation professionnelle pour l’emploi et la compétitivité » d’un coût global de 36 milliards de FCfa cofinancé par l’Etat du Sénégal, la Banque mondiale et l’Afd. Il vise, entre autres, la mise à niveau des lycées techniques par l’amélioration des équipements et de la gestion ; la révision des curricula et des formations pour 3.000 bacheliers ; le développement de nouvelles offres de formation en partenariat public-privé et notamment la création de nouveaux centres de formation dans les secteurs prioritaires du Pse, tels que l’aviculture, l’horticulture et le tourisme, en plus du Btp et de la mécanique mobile.
 
D. MANE

Education nationale : De nombreux projets en cours d’exécution
Le ministère de l’Education nationale n’est pas en reste. Et l’un des programmes phares ayant donné beaucoup de satisfaction fut, sans nul doute, le Projet éducation dans les banlieues de Dakar (Pebd) lancé en mars 2006 et qui fut piloté, à l’époque, par l’actuel directeur de la Planification et de la Réforme de l’éducation (Dpre), Djibril Ndiaye Diouf. Ce projet a permis la construction de plusieurs écoles en hauteur dans la banlieue qui était confrontée à un problème foncier (construction des 320 salles de classe et 100 autres réhabilitées). Actuellement, l’Afd finance le Projet d’appui à l’enseignement moyen dans la région de Dakar (Adem/Dakar) qui réalise 17 collèges (réhabilitation et construction) et le Projet d’appui à l’éducation de base en Casamance (Paebca) dans le cadre de la résorption des abris provisoires dans la région naturelle de Casamance. La France accompagne également la politique d’édition du ministère de l’Education nationale par l’acquisition de manuels.

D. MANE

Les grandes lignes du séjour du président Sall
Sall HollandeLes grandes lignes de la visite d’Etat de Macky Sall sont organisées par le protocole français en collaboration avec celui du Sénégal. Pour une visite d’Etat, il y a des événements incontournables comme l’entretien entre les deux présidents, prévu le 20, les honneurs militaires aux invalides.

Si le séjour de Macky Sall en France va du 18 au 22 décembre, la visite d’Etat en elle-même se limite aux 20 et 21. Cependant, les autorités françaises prennent en charge la délégation présidentielle durant tout au long du voyage notamment sur les questions  de sécurité, de protocole et d’hébergement. Ainsi après une arrivée sur le territoire français le 18, et un déplacement, le lendemain, à Strasbourg pour la signature de contrats avec Alstom concernant le Ter de Dakar, le président Macky Sall se rendra au Musée du Quai Branly pour la signature d’un accord avec le Musée des civilisations noires de Dakar. Après cette première journée, la visite d’Etat débute le 20 décembre par les honneurs militaires adressés au Sénégal par l’intermédiaire de son président aux Invalides. La cérémonie sera suivie par un entretien entre Macky Sall et François Hollande. L’entretien sera clos par une signature de différents accords entre les deux pays en présence des président Sall et Hollande.

Youssou Ndour en concert à l’honneur du chef de l’Etat
Youssou Ndour fait partie des personnalités présentes durant le séjour parisien du président Sall. L’artiste sénégalais va animer un concert en l’honneur de Macky Sall prévu lundi, à la salle Wagram. Le leader du Super Etoile a dépêché deux personnes à Paris pour les besoins de l’organisation du concert. M. DIOP
 
Les Champs-Elysées aux couleurs du Sénégal
Champs ElyséesLa plus belle avenue du monde, comme aime la surnommer le chauvinisme français, s’est parée des couleurs sénégalaises. En effet, les drapeaux du Sénégal et de la France sont présents tous les vingt mètres sur les 1,9 kilomètre de longueur de l’artère très fréquentée par les touristes du monde entier. En moyenne, 300. 000 personnes fréquentent les Champs-Elysées chaque jour. Ce qui attire la curiosité des touristes notamment issus de pays asiatiques et d’Amérique. Beaucoup d’entre eux s’interrogeait sur le pays qui était représenté par les couleurs vertes jaune et rouge.

M. DIOP

Signature d’accords
Il est prévu un accord entre les ministres sénégalais et français de l’Economie, des Finances et du Plan, à propos du financement du Ter ;  le ministre de l’Enseignement supérieur sénégalais doit sceller un partenariat avec le Conservatoire national français des arts et métiers (Cnam). Il est également prévu la signature d’un accord entre la France et l’Apix pour la construction de ponts régionaux. Toujours dans la même matinée, il devrait y avoir des déclarations d’engagement entre le ministère français chargé de l’Environnement et celui sénégalais des Affaires étrangères. En fin de matinée, Macky Sall sera l’hôte de Gérard Larcher, président du Sénat français pour un déjeuner qui sera suivi d’une grande réception à la mairie de Paris. C’est un événement obligatoire qui entre dans le cadre d’une visite d’Etat. Après le Sénat, place à l’Assemblée nationale française où Macky Sall est invité par Claude Bartolone, président de l’institution. La première journée de la visite d’Etat se terminera par le dîner à l’honneur de Macky Sall à l’Elysée. Le 21, le président se rendra au Cnam, avant d’être l’hôte de Matignon et de Bernard Cazeneuve, le premier ministre français.

Dans l’après-midi, il recevra le titre de Docteur Honoris Causa à l’Académie des Sciences d’Outre-Mer comme le fut ses prédécesseurs Senghor, Diouf et Wade. Le dernier jour de son séjour parisien sera consacré à un retour à l’Institut français du pétrole où le président sénégalais a été pensionnaire pour des accords avec Petrosen.

Composition de la délégation sénégalaise
La délégation officielle sénégalaise est composée d’une cinquantaine de personnes. Il y a des membres du gouvernement, des Parlementaires, des membres du Hcct, des patrons d’entreprises et de personnalités. Il y a 7 ministres et un secrétaire d’Etat : celui de l’Economie et des Finances ; des Affaires étrangères ; de l’Assainissement ; des Infrastructures ; de l’Enseignement supérieur ; de la Culture ; du Tourisme et des Transports aériens et enfin le Secrétaire d’Etat au réseau ferroviaire national.

M. DIOP

Economie : Un partenariat fécond pour une croissance durable
Partenariat Sénégal FranceLa France et le Sénégal ont des relations vieilles et solides de plus de 350 ans. Dans ce cadre, la contribution de l’Agence française de développement (Afd) a été remarquable. Cette institution est présente au Sénégal depuis 1946 et intervient dans des domaines comme l’éducation, la santé, les infrastructures. Depuis dix ans, elle investit presque 100 millions d’euros par an, soit 65 milliards de FCfa.

Dans le cadre des relations entre le Sénégal et la France, l’action de l’Agence française de développement (Afd) est déterminante. L’institution est présente au Sénégal depuis 1946. Une coopération qui a permis à la France d’appuyer le Sénégal dans des domaines divers. Ses secteurs d’intervention dans ce pays sont : la promotion de l’éducation de base et de la formation professionnelle ; les infrastructures ; le développement urbain ; les appuis au secteur privé ; le monde rural et la protection de l’environnement. Le secteur de l’agriculture n’est pas en reste. L’Agence privilégie des interventions qui contribuent à l’émergence d’une croissance durable, favorisant la réduction de la pauvreté et des inégalités. Ses appuis visent à améliorer la compétitivité de l’économie ; l’employabilité des jeunes, l’accès à des services publics durables et le renforcement de la résilience du Sénégal face aux chocs exogènes et aux défis environnementaux.

Dans le cadre de l’exécution de sa mission, l'Afd dispose d'une large gamme d'outils financiers comme les subventions, les prêts aux entreprises publiques ou privées, les garanties d'emprunts bancaires, des prises de participation dans des entreprises privées. Dans un entretien accordé au quotidien « Le Soleil », Christophe Bigot, le nouvel ambassadeur de France au Sénégal, avait salué la qualité des relations entre les deux pays. Il avait révélé que l’Afd consacre chaque année, depuis près de 10 ans, environ 100 millions d’euros au Sénégal, soit près de 65 milliards de FCfa. « Ici, pour lutter contre la mortalité infantile, là, pour permettre l’électrification du sud, ailleurs, pour répondre à la crise de l’eau à Dakar ; sur le fleuve pour développer l’autosuffisance en riz ; ou, enfin, pour construire des infrastructures modernes qui feront du Sénégal un pays émergent », précisait le diplomate.

Dans son portail Internet, il est précisé que l’Afd finance des projets ou programmes qui s’insèrent dans les priorités retenues par les gouvernements sénégalais et français. « Les domaines d’intervention de l’Afd au Sénégal s’inscrivent en conformité avec les orientations du Document cadre de partenariat, signé en 2006, négocié entre les États sénégalais et français (…) », précise-t-on.

De 2000 à 2012, ce sont 55 millions d’euro qui ont été engagés par l’Afd pour accompagner le Programme de développement de l’éducation et de la formation. Parmi les réalisations figurent la construction de plus de 700 salles de classe ; la réhabilitation de près d’une centaine ; ce qui a permis d’accueillir plus de 40.000 élèves. Dans ce cadre, plus de 500 projets d’écoles et d’établissements ont été mis en œuvre ; 700 jeunes apprentis encadrés par 150 maîtres d’apprentissage, alternant l’apprentissage pratique dans des ateliers artisanaux et la théorie dans des établissements de formation professionnelle, dans les métiers de la mécanique auto, de la couture et du Btp.

Aliou KANDE

Remise à neuf du pont Faidherbe
La ville de Saint-Louis n’a pas été en reste dans le cadre de l’intervention de l’Afd au Sénégal. Le pont Faidherbe, qui était en état de dégradation avancé, a été réhabilité grâce au soutien de l’Agence française de développement. Les travaux, initiés en 2008, ont consisté à remplacer à l’identique les travées métalliques du pont sur une longueur de 515 mètres, à renforcer les fondations et à créer une seconde voie piétonne sur le pont. Le montant des travaux s’est élevé à 30 millions d’euros, financés par l’Etat du Sénégal et une subvention de 12 millions d’euros de l’Afd. Dans le même sillage, en octobre 2012, l’État du Sénégal et l’Afd ont signé un accord de financement de 24,5 millions d’euros pour accompagner le développement territorial et touristique de Saint-Louis. La réhabilitation des centrales de la Senelec, dans le cadre du plan de redressement du secteur de l’énergie, et la concession d’électrification rurale de « Kaffrine, Tambacounda et Kédougou » figurent également dans les interventions de l’Afd.

A. KANDE

317 milliards de FCfa pour le Pse
Ambassadeur France Amadou BaLe Sénégal a reçu un soutien important de la France via l’Afd dans le cadre de la réalisation des projets et programmes du Pse. En septembre dernier, à l’occasion de la visite du Premier ministre d’alors, Manuel Valls, elle s’était engagée à hauteur de 317 milliards de FCfa d’investissement dans la mise en œuvre du Plan Sénégal émergent (Pse) avec la signature de deux conventions dans le domaine de l’hydraulique et du renforcement du capital humain. « La République française avait pris l’engagement, il y a deux ans, d’assister la mise en œuvre du Pse autour d’un volume de 282 milliards de FCfa (…) aujourd’hui, nous en sommes à 317 milliards de FCfa avec les deux conventions signées entre l’Afd et l’Etat du Sénégal », déclarait, en septembre, le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne lors du deuxième séminaire intergouvernemental entre le Sénégal et la France. A. K.

Soutien aux programmes régionaux impliquant le Sénégal
L’Afd soutient des programmes régionaux impliquant le Sénégal. C’est dans ce cadre qu’elle appuie la Commission sous-régionale des pêches, l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (Omvs), l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (Omvg), etc. Récemment, elle s’est illustrée dans le projet de réalisation d’une ligne d’interconnexion électrique haute tension de 1677 km entre la Guinée, la Guinée-Bissau, le Sénégal et la Gambie, et d’une capacité de transit de 800 MW. Ce projet est cofinancé à hauteur de 40 millions d’euros (26 milliards de FCfa) par l’Afd, aux côtés de sept autres bailleurs de fonds et des quatre Etats membres de l’Omvg (Gambie, Guinée, Guinée-Bissau et Sénégal). A. K.

Sports Une coopération à relancer
Il fut un temps, la France contribua à la formation des administratifs et techniciens du sport sénégalais via des Conseillers pédagogiques itinérants (Cpi) et des Conseillers techniques. Mais, pour des raisons de restriction budgétaire, cette coopération a cessé depuis les années 2002. Au ministère des Sports, on plaide pour la réactivation de ces accords qui avaient été d’un très grand apport.

Souleymane Boun Daouda Diop« Entre la France et le Sénégal, il n’y a plus de coopération formelle d’Etat à Etat en matière de sports depuis les années 2002 – 2003 ». Le constat est du directeur de la Haute compétition au ministère des Sports, Souleymane Boun Daouda Diop. Et c’est pour s’en désoler, car, à son avis, « cette coopération était très bénéfique à notre pays ». Le Dhc en veut pour preuve les Conseillers pédagogiques itinérants (Cpi) que la France envoyait et qui étaient basés à Dakar mais sillonnaient l’Afrique francophone pour distiller leur savoir. Certains d’entre eux faisaient même partie du corps professoral de l’Inseps. Après l’ère des Cpi, ce fut, rappelle-t-il, celle des Conseillers techniques qui étaient plutôt rattachés au projet Fonds d’aide et de coopération (Fac). C’est ainsi que des techniciens comme Me Picard (judo et karaté), Grave (handball), J. M. Rochez (lutte) ou Dugrand (football) ont eu à faire profiter de leur savoir à de nombreux Sénégalais. « Ils ont beaucoup eu à s’investir dans le sport à la base ; plusieurs initiateurs et entraineurs de 1er degré ont ainsi pu être formés », selon le Dhc. Mais, le sport de haut niveau n’était point occulté, puisque certains de ces spécialistes de la chose sportive ont même eu à occuper des fonctions de directeur technique national (Dtn), à l’instar de Picard au judo et de Rochez à la lutte, voire d’entraineur tel Dugrand à la Ja. D’autres, en techniciens polyvalents, formaient ou perfectionnaient leurs protégés dans diverses disciplines sportives (gymnastique, volleyball, etc.) et dans certains métiers du sport comme la fabrication de ballons ou de filets de compétition. « Et tout cela, à la charge de la France », tient à préciser M. Diop. Sans oublier les dons de matériels à certaines structures, telles que le Centre Talibou Dabo.

Mais, depuis que la France a adopté une drastique politique de rationalisation budgétaire en matière de coopération sportive, ces « coopérants » ont disparu des aires d’entrainements et de compétitions. Si bien que le Sénégal est obligé de mettre la main à la poche à chaque fois qu’il sollicite l’expertise d’un technicien français. A l’image du handball qui a dû payer pour s’attacher les services de Frédéric Bougeant qui a conduit les « Lionnes » à la Can qui s’est tenue dernièrement en Angola, avec le résultat et les développements que l’on sait. « Du temps de la coopération, on n’aurait certainement pas à débourser de l’argent pour faire venir ce technicien », regrette Souleymane Boun Daouda Diop.

Pour le directeur de la Haute compétition au ministère des Sports, « il faut autant que possible s’employer à relancer cette coopération ». « Nous en avons besoin surtout dans la formation des formateurs », insiste-il. Pour cause, aujourd’hui, la France est une vraie grande puissante sportive sur la scène mondiale. Or, le Sénégal cherche encore à se faire une bonne place au soleil du sport international.

B. K. N.

Mouvements des sportifs : Le temps des… vases communicants
France Senegal 2002Pendant longtemps, le mouvement des sportifs de haut niveau entre le Sénégal et la France s’est presque exclusivement fait du sud vers le nord. Depuis le début des années 2000, c’est le principe des vases communicants qui fonctionne. La preuve, peut-être que le sport sénégalais est devenu attractif à défaut d’être très compétitif.

Retour de bâton ou preuve de la nouvelle attractivité du sport sénégalais en général ? Dans tous les cas, les mouvements de sportifs de haut niveau ne se font plus depuis une quinzaine d’années dans le seul sens Sénégal – France. Il est loin le temps où les footballeurs Ibrahima Bâ, Samba Ndiaye ou les frères Mendy, Etienne et Bernard, se faisaient enrôler presque naturellement sous le maillot frappé du coq au détriment de celui portant une tête de lion. Des basketteurs de haut niveau comme Apollo Faye, Bengaly Kaba, voire Fatou Kiné Ndiaye, après une belle carrière sous les couleurs du Sénégal, avaient fini leur carrière internationale avec les « Bleus » de France. Même en athlétisme, l’ancien militaire sénégalais Ibrahima Wade, spécialiste du tour de piste, avait, sur le tard, rejoint le relais 4 X 400 m français. Certains avaient été « arnaqués », d’autres avaient fait un choix de carrière et d’autres encore étaient animés par des préoccupations financières. Qu’importe les motivations des uns et des autres, la conséquence était que les rangs sénégalais se dépeuplaient pendant qu’en face on s’enrichissait de l’apport des arrivants dont certains n’étaient utilisés que juste le temps de les empêcher de pouvoir jouer un jour avec l’équipe de leur pays d’origine. Soit quelques petites minutes pour les footballeurs comme Samba Ndiaye et les frères Mendy.

Ces derniers qui ont voulu éviter à leurs cadets de tomber dans le même piège ont certainement été pour quelque chose dans le retournement de situation opéré depuis le début des années 2000. En plus, depuis que les « Lions » ont terrassé les « Bleus », alors champions du monde et d’Europe en titre (1 – 0), en ouverture du Mondial 2002 de foot, à Séoul (Corée du Sud), la « Destination Sénégal » est devenue plus attrayante. Désormais, c’est le Sénégal qui « pille » la France de ses pépites jeunes, essentiellement au moment où celles-ci atteignent l’âge limite pour changer de nationalité sportive, en football surtout. Ainsi, les Moussa Sow, Jacques Doudou Faty, Issiar Dia, qui ont brillé avec les catégories de jeunes en France, ont choisi de jouer pour le Sénégal. Ce qui, un moment, avait réellement agacé les dirigeants du football français qui se plaignaient de « former pour d’autres ». Une tendance Lionnes Handballégalement favorisée par la génération de Habib Bèye, présélectionné en équipe de France, et Khalilou Fadiga à qui les « Bleus faisaient les yeux doux, mais qui avaient tous opté pour le Sénégal. C’est l’ère des binationaux qui reviennent à la source. Tel Kalidou Koulibaly, dernière grosse prise dans les filets sénégalais au nez et à la barbe de Deschamps, le sélectionneur des « Bleus ».

Le mérite des dirigeants

C’est, par ailleurs, tout à l’honneur des dirigeants techniques et administratifs sénégalais qui n’hésitent pas, depuis quelques années, à aller « vendre » leur sport à tous les sélectionnables sous tous les cieux. Surtout en France. Ainsi, le handball, par exemple, avec son dynamique président, Seydou Diouf, a pu décrocher, entre autres binationales de haut niveau, Doungou Camara, ancienne internationale juniors française, même si l’affaire s’est mal conclue à la dernière Can. Mais, ce n’est que partie remise. Au basket également, cette piste est explorée, et même si Antoine Mendy en garçons et surtout Binetou Diémé chez les féminines n’étaient pas dans le viseur de la France, c’est bien que le Sénégal les ait récupérés.

Ce n’est pas pour autant qu’il faille en conclure que le mouvement est irrémédiablement inversé. Il fonctionne plutôt suivant le système des vases communicants. Car malgré la nouvelle attractivité ou relative compétitivité du sport sénégalais, certains de ses représentants n’hésitent pas à tourner casaque pour devenir français. A l’image du hurdler Mamadou Kassé Hanne qui a couru pour la France lors des derniers Jo à Rio (Brésil) après avoir fait briller les couleurs sénégalaises au plus haut niveau. D’autres comme les footballeurs Mbaye Niang (Milan Ac, Serie A italienne) et Youssouf Sabaly (Bordeaux, L1 française) font la sourde oreille aux appels du Sénégal en espérant une prochaine convocation chez les « Bleus ». Jusqu’à quand ? Tout pourrait dépendre de la future compétitivité du sport et plus particulièrement du foot sénégalais.

B. K. N.

 

 

L’Histoire m’acquittera (en espagnol : La Historia me absolvera) est un manifeste d’auto-défense écrit par Fidel Castro en octobre 1953, à la veille de son procès (il est jugé pour avoir attaqué la caserne de Moncada le 26 juillet 1953, en réaction au coup d’Etat de Batista). Digne héritier de Bolivar, de Marti, de San Martin et de tant d’autres combattants pour la dignité et l’indépendance latino-américaine, Fidel Castro Ruiz entre dans le Panthéon de l’histoire ! Fidel Castro est diplômé en droit, il manie la plaidoirie, exercice qu’il connaît bien, avec aisance : il y explique ses actes et son implication dans le soulèvement contre Batista mais surtout, il y développe ses différentes thèses politiques et son point de vue sur la situation cubaine de l’époque. Le discours, qui occupe la moitié du volume, est divisé en six grands chapitres : la terre, l’industrialisation, le logement, le chômage, l’éducation et la santé. La seconde partie de l’ouvrage est majoritairement composée de textes juridiques (plaidoiries, dépôts de plaintes…) mais aussi de discours et des lettres de Fidel Castro, écrits entre 1952 et 1975. Ces documents étoffent le portrait de Fidel Castro brossé dans « L’Histoire m’acquittera » : celui d’un révolutionnaire avant tout. Le volume est traduit pour la première fois en français et annoté (500 notes) par Jacques-François Bonaldi, journaliste français vivant à Cuba.

L’héritage de Castro
Il a échappé à des centaines de tentatives d’assassinats et survécu à de multiples opérations médicales, mais la nature a fini par prendre le dessus. Fidel Castro est décédé le 25 novembre 2016 à l’âge de 90 ans. Un jour nouveau se lève sur la plus grande île des grandes Antilles et les autres, plus petites, qui forment la République de Cuba. Le révolutionnaire qui a renversé le dictateur Fulgencio Batista, le 1er janvier 1959, avait promis le Graal à son peuple. Mais l’objet précieux ainsi nommé par le Moyen Age n’a jamais revêtu les atours du bien être espéré par les Cubains. La révolution menée par Fidel Castro a, certes, opéré un renversement dans le rapport de force entre pays du Nord et pays du Sud, pays riches et pays dits du Tiers-Monde, mais changer l’ordre établi ne préfigure pas nécessairement la prééminence de l’ordre nouveau. A ce titre, il est reproché à Castro d’avoir combattu une dictature pour lui substituer la sienne.

Il faut le reconnaître, le père du Parti communiste de Cuba a été un inspirateur fécond, en Amérique latine, des mouvements progressistes qui cherchent à s’émanciper de la tutelle étatsunienne et à contrer les élites bourgeoises locales qui accaparent richesses et pouvoir. La révolution cubaine constitue, aujourd’hui encore, une inspiration pour de nombreuses luttes sociales et politiques latino-américaines, car elle incarne la possibilité réelle de prendre le pouvoir et de faire basculer les rapports de force.

L’écho mondial de la révolution cubaine est également lié à ses réussites sociales importantes dans un petit pays insulaire peu pourvu en ressources naturelles. On cite communément l’accès gratuit et universel à des services publics de santé et d’éducation. Mais on oublie souvent le contrôle des loyers et la répartition des logements, l’éradication des bidonvilles et la mise en place de services sociaux ou encore la fin des discriminations raciales. Mais, à côté, le bilan économique et politique de Castro est d’un funeste acabit. Alors qu’Ernesto Guevara, ministre de l’Industrie dans les années 1960, recommandait une diversification de l’économie afin de parvenir à l’autosuffisance alimentaire et de diminuer la dépendance extérieure, Fidel Castro fit le choix de revenir à la monoculture exportatrice du sucre en acceptant d’entrer dans la division du travail soviétique. La politique du « sucre contre pétrole » trop dépendant de l’Urss a été un désastre amplifié par la chute de l’empire soviétique.

Il faut ajouter à ce tableau les violations systématiques des droits civils et politiques justifiées publiquement par l’hostilité américaine. La personnalisation de l’administration publique autour de sa figure a créé des générations de citoyens cubains analphabètes sur le plan politique. Raul Castro, son frère et successeur, sera-t-il en mesure de s’affranchir de l’actuel régime politique de gérontocrates qui refusent d’entrer dans le XXIème siècle et d’ouvrir son pays au souffle du monde ? C’est tout le mystère de l’après-Castro.

Par Sidy DIOP

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Fidel Castro : Le guerillero qui n’est pas mort au front

 

Depuis le triomphe de la Révolution, former les jeunes cubains a été une sur-priorité pour le régime castriste et étudier la médecine à Cuba, une option pour les jeunes du monde. Les étudiants africains tombent sous le charme de l’expertise, la modestie des professeurs et la conscience humanitaire qui leur sont inculquées durant leur formation. Il y a aussi la philosophie de Cuba de prévenir les maladies, d’apporter une couverture médicale afin de donner une meilleure qualité de vie aux personnes et une longévité à la population. 30.000 professionnels de la médecine prêtent bénévolement leur concours dans plus de 60 pays pauvres, dont ceux d’Afrique touchés récemment par l’épidémie d’Ebola.

A Cuba, les formations aux professions dans les sciences médicales sont un choix d’études des jeunes étrangers, à partir des premier et troisième cycles. Assurés par un réseau de treize universités sur le territoire national, les étudiants qui les fréquentent viennent du monde entier, notamment d’Afrique. Charmés par la grande renommée de la médecine cubaine, les jeunes étudiants africains mais aussi des médecins praticiens ont fait de la grande île leur destination préférée pour se performer. Deux principales universités sont le réceptacle des Africains : celle de La Havane et celle de l’Ecole latino-américaine de médecine (Elam) inaugurée par le leader de la Révolution, Fidel Castro, en 1988, où plus de 24.000 professionnels de la santé de 84 pays ont été diplômés. Rien que l’Université de La Havane et ses 12 facultés préparent plus de 2.500 étudiants provenant d’Afrique, d’Amérique latine et du Moyen orient, inscrits grâce au financement de leurs gouvernements respectifs ou d’études financées par leurs familles. Ainsi, à titre illustratif, l’Elam a à son actif 720 étudiant congolais et quelque 700 autres médecins étrangers suivant des cours de spécialisation dans les 43 branches proposées par le ministère de la Santé publique (Minsap). La formation est répartie entre stages pratiques et masters, doctorats en sciences de la santé, éducation médicale et stomatologie. La volonté d’étudier dans ces structures, exprimée par les bénéficiaires, renseignent sur la bonne réputation d’excellence en matière de sciences médicales de Cuba. Conformément à l’objectif assigné aux universités de « former un bon professionnel, mais aussi un professionnel sensible à l’aspect humain et social de la médecine, avec un engagement plus important envers son environnement ».

Des offres de formations médicales diversifiées
En arrivant, les étudiants africains sont d’abord soumis à un contrôle des connaissances et à une remise à niveau avant de pouvoir entrer à l’université. Durant tout leur séjour estudiantin, il leur est enseigné à approfondir l’examen clinique comme méthode exploratoire pour arriver à un diagnostic. L’enseignement de la médecine à Cuba est basé sur le lien entre la théorie et la pratique, et les étudiants sont en contact direct avec la société cubaine dans la prise en charge des patients. A côté d’un corps professoral rigoureux qui exige des étudiants ni plus ni moins qu’une connaissance solide en matière bibliographique et de longues heures pour comprendre correctement les termes scientifiques, des activités récréatives et autres galas culturels (festivals et concerts) sont organisés par les étudiants qui proviennent de pays divers. Ce qui favorise un véritable brassage et constitue un enrichissement mutuel. Jusqu’en 2015, 20.000 médecins du tiers-monde ont terminé leurs études dans les écoles de médecine cubaines.

Accéder aux soins et vaincre les maladies en Afrique
L'envoi d'une aide médicale massive est une spécialité cubaine depuis 1963, théorisée sous le nom de "l'internationalisme médical". Selon les statistiques disponibles, « 50.000 professionnels de la médecine cubaine prêtent bénévolement leur concours dans plus de 60 pays pauvres ». Et le programme international de santé mis au point par Cuba à grande échelle favorise des millions de personnes nécessiteuses pour lesquelles la prévention, une petite intervention chirurgicale ou un vaccin peut signifier la vie ou la mort. Dans ce cadre, l’assistance médico-sanitaire cubaine à l’égard de l’Afrique n’a jamais fait défaut. Les médecins de l’Ile ont toujours répondu présent pour voler au secours des millions de personnes qui n’ont même pas accès aux soins de santé primaires.

Du fait de la détérioration voire de l’inexistence de systèmes de santé adéquats et fonctionnels selon les normes de l’Oms, le manque ou l’indisponibilité de personnels qualifiés pour dispenser des soins primaires de santé dans nombre de cas (Sida, Ebola, Dingue, Chicungunia…). L’irruption de Cuba sur la scène internationale dans le domaine de la médecine avec un travail herculéen abattu dans la discrétion donne à réfléchir sur cette île isolée par un embargo économico-financier plus que cinquantenaire. Cette percée face aux occidentaux, détenteurs de la science et des firmes pharmaceutiques pour se faire un nom sur la santé mondiale, considérée toujours comme une chasse gardée, est la résultante d’une vision éclairée d’un leader charismatique et respecté par un peuple à l’esprit inventif et courageux. Cuba est l’un des rares pays au monde où la santé et l’éducation sont gratuites.

Cuba, Ebola et l’Afrique
Le 19 décembre 2014, le député Europe Ecologie Les Verts (Eelv), François-Michel Lambert, affirmait sur les ondes de radio France qu’ « il y a plus de médecins cubains en Afrique de l’ouest pour combattre Ebola que la somme de tous les médecins occidentaux ». A sa suite, Margaret Chan, la directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé confirmait ces propos de M. Lambert estimant que « les Cubains représentent effectivement le plus important contingent de santé mobilisé par un Etat depuis le début de l'épidémie qui touche l'Afrique de l'Ouest ».

En effet, durant cette pandémie, Cuba a envoyé 165 médecins et infirmiers en Sierra Leone pour lutter contre le virus. En outre, 283 professionnels de santé cubains sont également arrivés au Libéria et en Guinée. Au total, le pays a donc mobilisé plus de 400 experts médicaux pour voler au secours de pays africains durement éprouvé par Ebola. Aussi, à titre de comparaison, la Chine a annoncé l'envoi de 170 professionnels de santé tandis que les Etats-Unis ont envoyé 65 et la France une vingtaine. Cette promptitude et cet engagement bénévole de Cuba entrent en droite ligne avec la politique d’aide humanitaire à destination des pays en développement.

Mamadou Lamine DIEYE

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Fidel Castro : Le guerillero qui n’est pas mort au front

« Il n’y a de richesse que d’homme ». Cette assertion, l’île de Cuba en a fait sienne. Comme le Japon, la Corée du Sud, le pays de Fidel Castro a beaucoup investi dans ce domaine afin de disposer de ressources humaines de qualité et faire face aux défis du développement, d’autant plus que le pays vivait sous embargo imposé par les Usa.

Depuis sa nationalisation à la suite de la révolution cubaine de 1959, l’éducation a toujours constitué un axe essentiel du projet de développement et un moyen d’atteindre l’objectif d’égalité, avec en toile de fond, la remise en cause de la division capitaliste du travail et la division sociale qui en découle. Les principes fondamentaux de la politique éducative sont l’universalisme, la gratuité et le caractère public de l’éducation. Ce qui a permis d’édifier l’un des meilleurs systèmes éducatifs au monde, en termes d’accès comme de qualité. En effet, plusieurs évaluations (Pnud : 2000, Investigación sobre desarrollo humano y equidad en Cuba 1999, Caguayo, La Havane ; Unesco : 1998, Primer estudio internacional comparativo en la educación básica, Santiago du Chili) ont montré que les résultats obtenus par le système éducatif cubain le placent largement en tête des pays d’Amérique latine. Dans certains domaines, l’école cubaine dépasse celle des pays développés. Cuba a toujours su préserver les piliers de son système éducatif.

Selon Philippe Bayart (Bayart P. (2008) : « Éducation et valorisation à Cuba », Thèse, Université de Paris 1), en 2004, le pays comptait plus de 700.000 diplômés de l’université, parmi lesquels près de 80.000 dans des disciplines scientifiques ou technologiques (dont 7.000 docteurs ès sciences), et 300.000 professeurs de haut niveau, au nombre desquels 69.000 enseignent la médecine. En 2005, la part de la dépense intérieure d’éducation/Pib, était de 10,10 % contre 6,9 % pour la France. Dans la période 2009-2013, cette part a atteint presque les « 13 % du budget national », selon la Banque mondiale. « Avec près de 13% (12,8%) du Pib investi dans ce secteur, aucun autre pays au monde, y compris les plus développés, n’égale l’île de la Caraïbe. Le Timor oriental et le Danemark complètent le podium mondial, avec respectivement 11,3% et 8,7% du Pib dédiés à l’éducation. En guise de comparaison, les Etats-Unis investissent à peine 5,4%, soit deux fois moins que Cuba, et le Canada 5,5%. En Europe, la France consacre 5,9% de son budget national à l’éducation, l’Allemagne - 5,1%, le Royaume-Uni- 6,2%, l’Italie - 4,5% et l’Espagne - 5%. Pour ce qui est du continent latino-américain, la Bolivie occupe le second rang derrière Cuba avec 7,6%. Le Brésil attribue 5,8% de son Pib à ce secteur alors que le Mexique et l’Argentine lui destinent respectivement 5,2% et 5,8% », fait remarquer la Banque mondiale dans son rapport 2014.

D’importantes innovations
Tous ces résultats sont le fruit d’importantes innovations intervenues dans les années 1990, : augmentation du nombre d’heures consacrées à l’apprentissage des matières fondamentales (Espagnol, Histoire, Mathématiques) ; promotion des formations culturelles et artistiques ; promotion des nouvelles technologies (presque toutes les classes, du préscolaire au secondaire, disposent d’ordinateurs et d’équipement audiovisuel) ; une chaîne de télévision est consacrée à l’enseignement (Canal Educativo) en plus de la télévision nationale qui diffuse des programmes « Universidad para Todos » sous forme de « salles de classe ».

La qualité du système éducatif cubain a été soulignée, en 2014, par la Banque mondiale dans un rapport sur l’état des lieux de l’éducation en Amérique latine et dans la Caraïbe, Cuba est retenu comme le pays de cette sous-région ayant le meilleur système éducatif. Il se hisse en tête du classement pour la qualité de formation des enseignants, les méthodes d’enseignement. « Cuba est internationalement reconnue pour ses succès dans le domaine de l’éducation et de la santé, avec un service social qui dépasse celui de la plupart des pays en voie de développement et dans certains secteurs, il est comparable à celui des pays développés. Depuis la Révolution cubaine en 1959, et l’établissement d’un gouvernement communiste à parti unique, le pays a créé un système de services sociaux qui garantit l’accès universel à l’éducation et à la santé. Ce modèle a permis à Cuba d’atteindre un alphabétisme universel, d’éradiquer certaines maladies, de fournir un accès général à l’eau potable et à une salubrité publique de base, de disposer de l’un des taux de mortalité infantile les plus bas de la région et de l’une des plus longues espérances de vie ».

Au même moment, la Banque mondiale relève la faible qualité des enseignants en Amérique latine et de la Caraïbe souvent pas assez ou mal formés et consacrent à peine 65 % du temps de classe à l’instruction, les contenus académiques inadaptés et les pratiques inefficaces. Autant dire qu’il suffit d’une volonté politique et d’une vision pour surmonter maints obstacles. Cuba l’a démontré.

Daouda MANE

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Fidel Castro : Le guerillero qui n’est pas mort au front

Le « Lider maximo » Fidel Castro est mort laissant non tranché le cruel débat sémantique sur l’asphyxie économique de Cuba qualifiée d’ « embargo » par les Etats-Unis et de « blocus », selon Cuba. Quelque soit l’issue de cette querelle, la réalité est que l’ile subit un boycott économique, financier et commercial depuis 1962 suite à une nationalisation des compagnies américaines par le gouvernement révolutionnaire qui a chassé du pouvoir le dictateur Fulgence Batsista soutenu et aidé sans conditions par Washington.

Colonie espagnole pendant près de quatre siècles, l’île avait été rétrocédé aux Etats-Unis après une défaite militaire espagnole. Quelques années plus tard, les Etats-Unis leur octroient leur indépendance, prenant toutefois soin de garder des relations économiques privilégiées avec les milieux économiques notamment dans le domaine de la production de sucre, de tabac et du tourisme.

Après la révolution castriste ayant entrainé la chute de Batista, les Etats-Unis reconnaissent et soutiennent le nouveau gouvernement, le temps que le nouvel homme fort de la Havane annonce la couleur en réclamant des banques américaines des fonds évalués à plus de 500 millions de dollars qui auraient été détournés par de hauts dignitaires du gouvernement Batista qui se sont réfugiés aux Etats-Unis. Face au refus de restituer les sommes, le gouvernement cubain nationalise les sociétés américaines et procède à des réformes agraires qui exproprient plusieurs sociétés et citoyens américains qui tenaient l’économie et profitaient largement de la main d’œuvre bon marché. Les Etats-Unis ne tardent pas à exercer des représailles et usent de pressions pour que l’Organisation des Etats américains en fasse autant. Après plusieurs autres tentatives de déstabilisation, des mercenaires payés et armés par les patrons américains dont les biens ont été nationalisés, échouent en 1962 à débarquer sur la Baie de Cochons pour renverser le nouveau gouvernement.

A partir de cet échec cuisant, les américains rompent toutes les relations commerciales, diplomatiques et aériennes entre l'île et les autres pays du continent et poussent les alliés occidentaux à participer au boycott. Presque totalement isolé, Cuba s’approche davantage de l'Union soviétique qui augmente alors son aide financière à un allié stratégique aux portes des Etats-Unis. Le conflit bascule dans la tension Est-Ouest, et les Etats-Unis prennent très au sérieux la situation à Cuba à 150 kilomètres de leur territoire surtout après la crise des missiles soviétiques installées sur l’ile et pointées vers l’Amérique. Même s’ils ont pris l’engagement de ne pas envahir l’ile, les américains, pour des questions de sécurité intérieure, mettront en branle toutes leurs forces et intelligence pour précipiter la chute du régime révolutionnaire cubain.

Ils étendent les sanctions en élargissant le champ des restrictions commerciales et le département du Trésor interdit l’entrée sur le territoire américain de tout produit élaboré, totalement ou partiellement, avec des produits d’origine cubaine, même dans un pays tiers. Un contrôle des actifs cubains est mis en place interdisant toutes transactions avec Cuba et ordonnant le gel de ses avoirs aux Etats-Unis, de même que l’interdiction totale de transport d’aliments à destination de Cuba. Des restrictions aux voyages vers l'île ont été imposées aux citoyens américains.

Toutes ses sanctions se sont avérées inefficaces et ont plutôt poussé Fidel Castro à se rapprocher davantage des pays de l’Est et de bénéficier de leur soutien.
Par ailleurs, le blocus a été du pain béni pour lui car lui ayant permis de mieux renforcer son pouvoir en focalisant l’attention de tous les cubains sur cette volonté extérieur de détruire le pays pour réveiller leur fibre patriotique. Le renforcement des sanctions en 1992 puis en 1996 n’y fit rien et contribue même à renforcer sa main mise sur le pays en lui permettant de mettre toute opposition sur le compte des contre révolutionnaires apatrides soutenus par les Etats-Unis.

Malgré l’important lobbying des Cubains exilés aux États-Unis pour un maintien et une extension des sanctions en vue de faire tomber le régime, les gouvernements américains surtout démocrates, ont fini par faire preuve de réalisme et assouplirent progressivement les sanctions sous l’influence des groupes économiques.

Le président américain Bill Clinton déclara le premier en 1998 que Cuba n’était plus une menace pour les États-Unis et assouplit l’embargo. D’assouplissement en assouplissement, les Etats-Unis finissent par devenir les premiers fournisseurs de produits alimentaires à Cuba. L'embargo a été une nouvelle fois assoupli sous la présidence de Barack Obama avec la fin des restrictions sur les voyages et les transferts d'argent des Américano-cubains.

Le fait que l’embargo ne peut être annulé que par le Congrès contrôlé par les républicains qui manifestent encore une forte opposition au processus de normalisation est un écueil à franchir, mais l’essentiel a été fait par l’Administration Obama qui a réussi le 20 juillet 2015 à faire franchir aux relations une étape cruciale avec les bâtiments qui abritaient jusqu'à présent les sections d’intérêts dans chaque capitale qui ont retrouvé automatiquement leur statut d’ambassade.

Alassane DIAWARA

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Fidel Castro : Le guerillero qui n’est pas mort au front

Les dirigeants de la gauche latino-américaine ont uni leurs voix mardi soir pour appeler à perpétuer le legs de Fidel Castro, devant de centaines de milliers de Cubains mobilisés lors d'une grande cérémonie posthume en l'honneur du "Comandante" à La Havane.

Face au mémorial du héros de l'indépendance, José Marti, situé à la place de la Révolution, la foule a fait ses adieux au "Comandante" avant que ses cendres quittent la capitale pour traverser l'île jusqu'à Santiago de Cuba (est).

"Où est Fidel? Où est Fidel?", s'est exclamé à la tribune le président nicaraguayen Daniel Ortega. "Ici!", a répondu la foule d'une seule voix, résumant la tonalité de la soirée, vouée à souligner que la mort du "Comandante" n'est qu'une "mort physique", comme l'ont beaucoup répété les médias d'Etat cubains ces derniers jours. "Il ne part pas, il reste là, invaincu parmi nous, absous, totalement absous par l'histoire", s'est exclamé le président vénézuélien Nicolas Maduro, proche allié de Cuba, en référence au fameux "L'histoire m'absoudra" lancé par Fidel Castro à son procès après l'assaut en 1953 de la caserne de la Moncada, qui forgea le début de sa légende. "Aujourd'hui plus unis que jamais, peuple de l'Amérique latine (...) Nous continuerons à lutter pour ces idées, nous en faisons le serment!", s'est engagé de son côté le président équatorien Rafael Correa. "Ils ont tenté de le tuer de 1.000 manières, mais plus de 10 présidents américains n'y sont pas parvenus (...) Fidel et Cuba ont changé le monde" au XXe siècle, a ensuite relevé un autre inconditionnel, le Bolivien Evo Morales.

Après quatre heures de longs discours emprunts de ferveur socialiste, le président Raul Castro, qui a succédé à son frère Fidel en 2006, a énuméré les discours les plus marquants de son aîné prononcés sur cette emblématique esplanade. Puis de conclure: "Cher Fidel (...) ici, où nous commémorons nos victoires, nous te disons, aux côtés de notre peuple dévoué, combatif et héroïque: Jusqu'à la victoire, toujours!" ("Hasta la victoria, siempre!"), reprenant l'antienne bien connue des révolutionnaires cubains.

Un symbole
"Fidel est parvenu à sortir Cuba de la dictature pour la transformer en symbole international de résistance", a déclaré de son côté le Premier ministre grec Alexis Tsipras, seul dirigeant européen à avoir fait le voyage.

"Vive la Révolution!", "Fidel, Fidel!", scandaient entre les discours des milliers de Cubains de tous âges. Lycéens, fonctionnaires, policiers et militaires en uniforme ont été mobilisés pour l'occasion, remplissant les 72.000 m2 de la place mais aussi les avenues alentour, noires de monde.

Dans la journée, des dizaines de milliers de Cubains, souvent en pleurs, avaient défilé face aux portraits de Fidel, exposés sur cette même place depuis lundi. Partout sur l'île, ils ont aussi encore été très nombreux à signer des registres pour "jurer" de poursuivre l'héritage socialiste de celui qui a façonné pendant un demi-siècle le destin du pays - beaucoup ont confié avoir été vivement incités à ne pas manquer à l'appel.

AFP

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Fidel Castro : Le guerillero qui n’est pas mort au front

Spécialiste de Cuba par « attachement et conviction », le Pr d’espagnol à l’Ucad, Ndeye Anna Gaye, estime que Fidel Castro est resté attaché à ses idéaux jusqu’au bout ; malgré les nombreuses agressions venant de l’intérieur comme de l’extérieur. Elle pense que le peuple cubain, conscient de son histoire et de sa culture, est suffisamment armé pour continuer à défendre sa souveraineté nationale et ses intérêts.

Pr vous êtes spécialiste de Cuba. Son ancien dirigeant Fidel Castro est décédé, la semaine dernière, que peut-on retenir de la personnalité du lider maximo ?
La personnalité de Fidel Castro est une personnalité que l’on trouve complexe mais qui, pour moi, ne l’est pas. Castro est quelqu’un qui a eu une vision toujours très claire du futur de son pays. Il a lutté pour enlever une dictature qui sévissait dans son pays sous Batista. Il a lutté pour la souveraineté de son pays en tenant tête aux États-Unis. C’était un choix qu’il a assumé jusqu’au bout. Et je pense que c’est un mérite parce que c’est un homme qui est resté debout jusqu’à sa mort !

Vu de l’Afrique, qui était Fidel Castro ?
Fidel Castro a surtout été, au moment des indépendances, un exemple pour les progressistes d’Afrique qui voyaient en la révolution cubaine de 1959, le reflet de ce que l’Afrique devait être à l’aube des indépendances. Fidel Castro a représenté, pour la jeunesse progressiste, l’espoir d’une possibilité de gouvernement qui mettrait la liberté au service des peuples.

On connait le rôle que Cuba a joué dans la guerre froide. Fidel Castro a également servi de tête de pont à l’Urss dans certains pays en Afrique. Pouvez-vous revenir sur les actions de son régime dans le continent ?
Fidel Castro a beaucoup aidé les mouvements de libération notamment en Angola et dans une moindre mesure en Mozambique, en mettant à leur disposition des armes et des cadres militaires pour la libération de leurs peuples. Il a également soutenu les gouvernements considérés à l’époque comme progressistes notamment le Mali, la Guinée. Il faut dire que les liens entre Cuba et l’Afrique étaient forts parce que Cuba représentait quelque chose pour les Africains. Comme je l’ai dit, il représentait la possibilité de la souveraineté nationale. Naturellement, ces actions de soutien de Fidel Castro ont contribué à consolider les relations entre son pays et notre continent. Dans les relations avec l’Afrique, il y a aussi un aspect très important à ne pas perdre de vue : c’est la musique cubaine qui a traversé les frontières de l’Ile cubaine pour arriver dans le continent.

Avec la mort du "lider maximo", comment entrevoyez-vous l’avenir de Cuba sur la scène internationale ?
De mon point de vue, l’avenir de Cuba n’est pas si incertain qu’il puisse paraître ; parce que le peuple cubain a, sous Castro, eu le temps d’acquérir beaucoup de connaissances. C’est un peuple cultivé sur le plan politique, culturel. C’est donc un peuple armé contre des idéologies qui pourraient mettre à mal leur économie, leur culture, leur souveraineté nationale. De ce point de vue, l’éducation a joué et continue de jouer un rôle très important à Cuba et a permis au peuple cubain d’avoir pris conscience de sa valeur et d’assumer la direction qu’il a choisie.

Comment un petit pays comme Cuba a-t-il pu autant influer, à l’époque, sur la géopolitique mondiale ?
Cette situation est, sans doute, liée à la fois à la personnalité de Fidel Castro et à l’histoire même de Cuba. L’histoire de Cuba a été une histoire de lutte et de combat qui a commencé dès la guerre des 10 ans et la guerre d’indépendance au 19ème siècle. Il y a des personnalités très fortes qui ont lutté contre la souveraineté de l’Espagne à Cuba. Au finish, les gens se sont rendu compte que ce petit pays était capable de beaucoup de choses et cela donnait de l’espoir à beaucoup de pays qui étaient en lutte contre le colonialisme et certaines idéologies qui allaient à l’encontre des intérêts des peuples concernés.

Depuis quelques temps, il y a une normalisation des relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis. La mort de Fidel Castro accéléra-t-elle ce processus ?
La donne politique aux États-Unis a changé. Le président Barack Obama qui a entamé cette ouverture vers Cuba pour essayer de faire sauter le verrou de l’embargo économique qui étouffe Cuba depuis plusieurs années a terminé son magistère. Et l’on ne sait pas encore ce que sera la posture du nouveau président Donald Trump envers ce pays. On ne sait pas si ce processus de normalisation va continuer ou s’il va y mettre un frein et essayer d’étouffer véritablement l’Ile cubaine. Il faut dire que pendant longtemps, Cuba a été considéré par les États-Unis comme une offense à sa puissance. Barack Obama a senti qu’il ne s’agissait pas d’une offense parce qu’un peuple avait le droit de choisir son mode de fonctionnement et le gouvernement qu’il voulait avoir.

Obama a eu une vision large et prospective en se disant que ce n’est pas en créant un goulot d’étranglement contre Cuba qu’on va améliorer les choses. Laissons aux Cubains le choix de décider eux-mêmes de la voie qu’ils veulent suivre, du gouvernement qu’ils veulent avoir et des orientations qu’ils veulent prendre. D’ailleurs, le deuil de Fidel Castro, tel qu’il a été vécu, ce silence de plomb, cette absence de manifestations dans les rues, montrent que quand même Fidel Castro représentait quelque chose. Même des tracteurs sur place ont senti que c’était un homme d’histoire qui était en train de passer. Et je crois que ce respect donné à Castro est absolument légitime.

Le magistère de Castro a aussi été marqué par d’intenses échanges entre Cuba et ses voisins de l’Amérique latine…
Tout à fait ! Dans la vision de Fidel Castro, Cuba étant une Ile, ne devait absolument pas être isolé du continent américain, quels que soient par ailleurs les régimes politiques en vigueur. Il fallait absolument construire, avec les peuples, un fédéralisme du continent américain. Telle était sa vision et dans l’action pratique, Cuba a toujours été solidaire de certains pays de l’Amérique latine. L’exemple le plus frappant est celui du Venezuela où chaque année, des légions de médecins sont envoyées pour administrer des soins gratuits aux populations vénézuéliennes dans les villes et dans les campagnes. Cela est un acte de solidarité qui ne peut exister que dans un pays qui a une idée révolutionnaire des rapports entre pays. Maintenant, tout dépend de la volonté des gouvernements de réaliser ce fédéralisme dont l’amorce a porté la signature de Fidel Castro. Le gouvernement de Colombie a-t-il la même vision que celui du Venezuela, ou du Pérou ou de Bolivie ? Je crois que c’est le même problème qui se pose en Afrique. S’il n’y a pas eu une volonté des gouvernements poussés par les peuples qui expriment leur liberté de choix, les fédéralismes ne pourront pas exister.

Fidel était également un chef rebelle avant son accession au pouvoir à la faveur d’un coup d’État. Parlez-nous un peu de cette casquette de chef de guerre qui semble être éclipsée par le dirigeant politique ?
Cette casquette renvoie au rôle qu’il a joué dans le coup d’État contre Batista en 1959. Il était venu du Mexique combattre, à travers la lutte armée, un système dictatorial. A partir de la Sierra Maestra, il est descendu à la Havane en traversant les villages, les campagnes et à chaque fois, les gens s’enrôlaient spontanément dans ses troupes. Et c’est ainsi qu’il est arrivé, le 8 janvier à la Havane. Il n’y a presque pas eu de résistance ; puisque que tout le travail était effectué en amont et Batista s’est enfui.

Il a combattu un régime dictatorial mais a fini lui-même par se muer en dictateur. N’est-ce pas un paradoxe ?
Fidel Castro aurait changé sa casquette de rebelle contre celle de dictateur ! Je pense que Fidel s’est radicalisé au fil du temps. Et s’il s’est radicalisé, c’est parce qu’il a subi de nombreuses agressions venant du même pays, les États-Unis. Il a échappé à pas moins de 600 attentats fomentés de l’extérieur avec des ennemis à l’intérieur. Il y a eu la baie des cochons, l’invasion de Cuba par des mercenaires Cubains et certains Américains en vue de renverser Fidel Castro. Sur le plan économique, les États-Unis ont fait la guerre à Cuba en baissant, de manière arbitraire, le cours du sucre, or, c’était une économie essentiellement centrée sur le sucre. Assailli de toutes parts, il lui a fallu chercher des alliés. Il a été ainsi poussé à se rallier à l’Urss ; étant donné qu’il y avait deux blocs. C’est un changement qui a été provoqué de l’extérieur. La dictature, parlons-en, la liberté parlons-en, tout dépend du point de vue où l’on se trouve. Tout est très relatif.

A l’annonce de la mort de Castro, des Cubains basés à Miami ont jubilé dans les rues. Qu’est-ce qui pourrait justifier une telle haine ?
Ce sont deux systèmes qui s’affrontent, deux systèmes complètement différents. Et ces Cubains qui sont aux États-Unis ont fait leur choix, ils ont préféré le système capitaliste, ce sont peut-être des nostalgiques de Batista. C’est leur choix. Ces gens qui sont d’extrême droite, ont une revanche à prendre contre le système cubain.
Fidel Castro a réellement créé une sorte de révolution dans son pays. A Cuba, il y avait essentiellement la religion catholique qui venait d’Espagne et les religions d’origine africaine avec l’esclavage. Or, sous Batista, ces religions et les dictatures étaient combattues et considérées comme de la sorcellerie. Sous Fidel Castro, ces religions ont acquis droit de cité et sont devenues exactement comme la religion catholique. Et cela a été un fait marquant du temps de Fidel Castro.

Propos recueillis Diégane SARR

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