Grands Dossiers (214)

Après avoir eu le vent en poupe en 2007, Rewmi fait face à une chute vertigineuse de son électorat mais aussi un départ massif de ses cadres. Cette situation est-elle synonyme de décadence de la formation politique dirigée par l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck ? D’aucuns répondent par l’affirmative sans la moindre hésitation. Mais les lieutenants ainsi que les souteneurs du président du Conseil départemental de Thiès croient toujours en la bonne l’étoile de leur parti.

En mars 2013, alors que le nouveau régime sorti victorieux de la présidentielle de 2012 fêtait le premier anniversaire de son accession au pouvoir, l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck, choisit de mettre les pieds dans le plat. A la surprise générale, le leader de Rewmi, contredit le président nouvellement élu qui soutenait que le régime sortant a laissé des caisses vides. « Wade a laissé au moins 400 milliards dans les caisses », avait rétorqué le maire de Thiès d’alors. Il entonnait le péan de la rupture en laissant entendre que « Rewmi doxoul » (le pays ne marche pas, en langue wolof). Le leader de Rewmi paie-t-il les conséquences de cette sortie fracassante ?

Ses alliés de l’Apr, pris au dépourvu, avaient usé d’armes de destruction massive pour canarder les positions de l’ancien Premier ministre. Pris sous le feu nourri du parti présidentiel, Rewmi, le parti d’Idrissa Seck, a fortement vacillé, perdant, au passage, « ses » ministres au gouvernement et ses principaux responsables. Oumar Guèye, Pape Diouf, Me Nafissatou Diop (celle que l’ancien maire de Thiès appelait « Nafissa », la précieuse en arabe), Youssou Diagne et beaucoup d’élus locaux ont rejoint le parti au pouvoir.

Le 25 mars 2013, Idrissa Seck a parlé. Trop vite. Révélant, au passage, ses intentions. « Qui parle se révèle » dit l’adage. Dans le camp du pouvoir, on a compris que le président du Conseil départemental de Thiès a commencé à débroussailler le chemin qui mène à la présidentielle de 2019 et l’on a mis en œuvre un plan pour affaiblir Rewmi et contenir les ambitions d’Idrissa Seck.

Les coups sont rudes. Au-delà du débauchage des militants et responsables rewmistes, les arguments développés par le parti au pouvoir visent à décrédibiliser le patron du parti orange en le faisant passer comme un « aigri », un « homme traumatisé » par la victoire du président Macky Sall, un politique dont le rêve de devenir le quatrième président de la République du Sénégal a été contredit par les électeurs et par le président Sall.

D’autres farouches défenseurs du maire de Thiès semblent avoir choisi de s’éloigner de la vie du parti ou de mettre en veilleuse leur carrière politique. Parmi eux, Abdourahmane Diouf, le très brillant porte-parole de Rewmi, Léna Sène et d’autres responsables. La saignée, depuis 2014, ne cesse de faire tomber des pans entiers du parti d’Idrissa Seck. Les dernières défections en date sont celles de Thierno Bocoum et de Samba Thioub.

Même s’il reconnait ces départs, Yankhoba Diatara, un des plus fidèles lieutenants du maire de Thiès, semble minimiser leur impact. « Nous avons toujours eu cette capacité de résilience qui nous permet de continuer à nous massifier encore davantage. Rewmi s'est toujours remis de ces mouvements. Cela démontre la solidité de notre parti et ne fera que nous renforcer», souligne-t-il. Oumar Sarr qui a contesté le leadership d’Idrissa Seck, entre 2014 et 2015, fustige une « mauvaise gestion du parti. « Le parti a un problème de gestion insoluble liée au caractère de ceux qui l’administrent », a-t-il indiqué.

Portant un regard critique sur les crises dans les partis politiques, notamment celle qui secoue la formation dirigée par l’ancien Premier ministre, le Pr Moussa Diaw, indexe une « gestion unilatérale ». « Cette gestion unilatérale est de nature à irriter quelques militants qui nourrissent des ambitions et ne sont pas prêts à éternellement rester derrière un seul homme. Ils se disent souvent disposer de background et de bagage intellectuel, pour aller sinon aussi loin que leur leader du moins plus loin que lui. Ces ambitions poussent certains à sortir pour aller voir ailleurs dès que l’occasion se présente à eux », analyse-t-il.

Même si Yankhoba Diatara et Oumar Sarr ne sont pas sur la même longueur d’onde sur l’impact des remous que Rewmi a connus, force est de constater que le parti dirigé par Idrissa Seck a connu un recul, si l’on se base sur les résultats qu’il a engrangés de 2007 à 2017. En conflit avec le président d’alors, Abdoulaye Wade, le maire de Thiès a déclaré, en avril 2006, sa candidature à l'élection présidentielle de 2007. Il avait appelé à la création d'une large coalition pour mettre fin au régime Wade et appliquer un plan de redressement national.

Cet appel survient après sept mois de détention de M. Seck qui a été emprisonné dans le dossier des chantiers de Thiès. Le 31 juillet 2005, l’Assemblée nationale avait voté sa mise en accusation devant la Haute cour de justice pour « détournement de fonds, atteinte à la défense nationale et à la sûreté de l'État etc. ». Bénéficiant d’une large sympathie de la part des Sénégalais au lendemain de sa libération, il est sorti deuxième derrière le candidat Abdoulaye Wade avec 510 922 voix (14,92%). Il devança, de loin, les ténors de l’opposition d’alors, Ousmane Tanor Dieng qui a eu 464 287 voix (13,56), Moustapha Niasse qui a engrangé 203 129 voix (5,93%). Beaucoup d’observateurs lui prédisaient un avenir radieux. Selon eux, il a été handicapé par les audiences qu’il a eues avec le président Wade à la veille de la présidentielle. En 2009, il gagne brillamment les élections locales dans son fief à Thiès en dépit des nombreux moyens déployés par ses adversaires.

Cependant, le maire de Thiès n’a pas pu conserver ces acquis. A la présidentielle de 2012, il chute. Et se retrouve avec 212 853 voix (7,86%). Il est loin derrière son successeur à la Primature, Macky Sall qui a réussi à se qualifier au second tour contre le candidat Abdoulaye Wade avec 26,58% (719 367). Les lieutenants du maire de Thiès expliquent cette défaite par la tension politique que le Sénégal a connue en 2012. « Est-ce que vous avez entendu ou vu une seule fois, lors de la présidentielle de 2012, le président Idrissa Seck faire un meeting ou un rassemblement pour demander le vote des sénégalais? En 2012, Idrissa Seck a été l'un des rares leaders politiques à avoir fait une candidature de combat uniquement contre un troisième mandat de Me Abdoulaye Wade », a expliqué Yankhoba Diatara.

La stratégie invoquée par M. Diatara en 2012 était-elle la bonne ? En tout cas, les élections qui ont suivi la présidentielle de 2012 n’ont pas changé la donne pour le parti Rewmi. Le leader Idrissa Seck cherche visiblement la formule magique pour redonner à Rewmi son lustre d’antan. Après avoir opté pour les attaques et les déclarations fracassantes contre le régime, Idrissa Seck semble maintenant miser sur le silence. Ce sont ses lieutenants qui vont au front. Cette mission a été assurée par Déthié Fall, le président du Parti et Thierno Bocoum, chargé de la communication. Aura-t-elle les résultats escomptés ? Thierno Bocoum a préféré désarmer alors que le parti est sorti des élections législatives avec une défaite dans le département de Thiès.

Mais aussi un nombre faible de députés. Le président du conseil départemental prépare-t-il une autre formule magique pour se repositionner sur le terrain ? Réponse avant la présidentielle de 2019.

Babacar DIONE

On ne peut pas dire, en ce moment, qu’il fait beau vivre à Rewmi, le parti d’Idrissa Seck. La dernière démission de Thierno Bocoum, le responsable le plus visible de cette formation politique est une nouvelle poussée d’air chaude qui risque de provoquer un très grand feu de forêt. Gare aux récoltes ! Le peuple de Rewmi, soumis à des vents contraires depuis que son leader a décidé de brusquer le rythme des saisons le 25 mars 2013 sur les ondes de la Rfm, ne sait plus à quel Idrissa se fier. Celui qui se promettait d’accéder à la station présidentielle à 52 ans ou celui qui a décrété, le jeudi 28 juin 2012 (l’année de ses 52 ans), « l’an zéro » de sa carrière politique ? L’homme politique à la ligne claire qui promet une opposition homérique au président Macky Sall ou le chef de parti au trait obscur qui griffonne des sentences illisibles dans son propre parti ? L’an zéro qui, dans la dialectique seckienne, a effacé la prophétie d’une accession au pouvoir en… 2012, apparaît de plus en plus comme un camouflet aux certitudes du président du Conseil départemental de Thiès. L’armée sur laquelle il comptait pour terrasser les forces ennemies ne paie pas de mine. Elle a perdu des divisions entières et autant de généraux décidés à renforcer le camp d’en face. Pape Diouf, Oumar Guèye, Youssou Diagne, Cheikh Tidiane Diouf, Nafissatou Diop Cissé, Waly Fall, Ousmane Thiongane et tous les autres qui sont partis, obligent le chef à être le pompier d’un incendie qu’il a, lui-même, allumé. Comment terrasser les dogmes, briser les idoles et casser les tabous si l’on ne veut pas, soi-même, souffrir du désir de dominer sa vie ? C’est-à-dire renoncer à une partie de soi au profit des compagnons qui ont épousé sa cause.

En politique, le style, la personnalité et la compétence ne suffisent toujours pas. La pratique a montré, à suffisance, que les équilibres, le partage des responsabilités et la capitalisation des expériences sont aussi des ingrédients de la réussite d’un parti politique. Le parti Rewmi qui s’est difficilement remis du traumatisme de mars 2012, n’a pas les forces nécessaires pour supporter la thérapie de choc prônée par son leader. La microchirurgie, l’ostéopathie ou la médecine douce eussent mieux valu. Pour ne l’avoir pas compris, Idrissa Seck fait face, aujourd’hui, à un affaissement, par pans entiers, de la structure politique qu’il espérait chevaucher pour entrer au Palais de la République. Il est loin le temps où les partis politiques se pliaient aux désidérata de leur leader. Gérer un parti, comme Me Wade l’a fait avec le Pds, est aujourd’hui une vue de l’esprit. De nos jours, les partis des tout puissants pères fondateurs sont passés de mode. Ces outils de conquête du pouvoir sont des agrégateurs de compétences, de profils complémentaires. L’aura d’une seule personne, son charisme et son génie ne suffisent pas pour escalader l’Everest. Voilà pourquoi, il faut privilégier la concertation, la négociation et la persuasion dans le management des formations politiques où il y a autant de destinées singulières que de militants. La phraséologie des « Rewmistes » aura beau qualifier les dissidents de traitres ou de renégats, mais l’absence de concertation dans le parti orange restera toujours un frein à l’épanouissement de ses responsables. Après avoir offert la mairie de Thiès à Talla Sylla, redistribué les rôles au sein de Rewmi pour consacrer Déthié Fall vice-président et la tentative de constitution, lors de la dernière législature, d’un groupe parlementaire dont les leviers essentiels étaient promis à des alliés, il est à se demander à quelle hauteur d’estime Idrissa Seck tient-il ses compagnons historiques.

S’il y a un enseignement à tirer de ces soubresauts dans Rewmi, c’est que contrairement à ce qu’il a cru, loin d’être le « sauveur », seul capable de battre le président Macky Sall en 2019, qu’un peuple unanime accueillerait avec dévotion, l’ancien Premier ministre se rend compte qu’il devra affronter une très rude opposition. Il a commis l’erreur d’afficher trop vite ses intentions en claironnant, le 25 mars 2013, que « Rewmi doxoul » (Le pays est à l’arrêt). Or, qui parle se découvre. Depuis, le camp du pouvoir s’emploie, avec une grande force de persuasion, à « retourner » les spadassins de celui qui passe désormais pour un adversaire résolu. Un président de la République, cela se sème au bon moment. Ni trop tôt, ni trop tard.

Par Sidy DIOP

Yankhoba Diatara, l’un des plus fidèles lieutenants d’Idrissa Seck, estime que les remous que connaissent le Rewmi ne feront que renforcer le parti.

Monsieur le président, Thierno Bocoum vient d’annoncer son départ du parti Rewmi. Quel commentaire en faites-vous?
C'est un départ qui nous a surpris et qui nous fait très mal. Inutile de vous dire que nous le regrettons profondément. Parce qu'avant et après tout, Thierno Bocoum est un jeune frère. Nous avons cheminé ensemble pendant longtemps. Un compagnonnage qui a développé de l'estime réciproque. Nous apprécions ses qualités humaines et intellectuelles. C'est un jeune frère, un homme pour qui nous avons une grande affection fraternelle. C'est pourquoi je vous dis d'emblée que je travaille à le faire revenir sur sa décision. Nous pensons que ce que nous avons bâti depuis plus d'une dizaine d'années sous l'ombre du président Idrissa Seck, malgré la violence des attaques physiques, morales, politiques et familiales et des brimades de toutes sortes, rien ne peut nous y faire revenir. Non, je ne pense pas qu'on puisse oublier tout ça, quelle que soit l’excuse brandie. Je peux comprendre sa déception à la suite des investitures lors des dernières législatives mais ce n'est pas, pour autant, une raison d'essayer de casser la maison du père. Et je ne pense même pas que cela soit la raison du départ de Thierno Bocoum. Alors, je reste convaincu que sa place est dans le Rewmi aux côtés du président Idrissa Seck, qui est un grand frère et un père pour nous. Nous n'avons pas le droit de l'abandonner au moment où beaucoup de Sénégalais pensent qu’il constitue l'alternative la plus crédible au régime de Macky Sall. Il faisait partie des principaux défenseurs du parti et de son leader.

Quel impact ce départ aura-t-il sur la vie de votre parti ?
Il faisait partie du dispositif mis en place par le président Idrissa Seck pour représenter le parti à l'Assemblée nationale et auprès des médias en tant que responsable de la communication.

Comme il le dit lui-même dans sa lettre, il a beaucoup bénéficié de l'appui, du soutien et de l'encadrement du président Idrissa Seck. Nous prenons acte de son départ et nous espérons qu'il va reconsidérer sa position. Il est, cependant, important de reconnaître que le parti regorge de compétences pouvant continuer ce travail avec brio. Nous avons connu d'autres départs qui sont très regrettables, mais qui n'ont pas empêché le parti de continuer à se massifier. Le Rewmi a une capacité de résilience extraordinaire et cela est lié au fait qu’il est devenu un patrimoine national. Ce sont les populations sénégalaises aussi bien d'ici que de la diaspora qui ont épousé le Rewmi et notre leader Idrissa Seck.

Avant Thierno Bocoum, d’autres ténors ont quitté Rewmi. D’aucuns parlent de décadence pour votre parti… Qu’en pensez-vous ?
Est-ce qu'il ne faut pas reformuler la question autrement, en parlant plutôt de la décadence de ceux qui sont partis... (Rires) Regardez-vous mêmes ? Bref, j'ai envie de dire simplement que le parti Rewmi a connu des crises beaucoup plus importantes et nous sommes toujours debout, malgré tout. Il s'est toujours remis de ces mouvements. Cela montre aussi la solidité de notre parti. Cela ne fera que nous renforcer. Rappelez-vous la trajectoire politique du Parti démocratique Sénégalais (Pds) de Me Wade avant 2000. A la veille de l'élection présidentielle de 2000, il n’y avait que le président Idrissa Seck qui, avec quelques cadres, a mené Me Wade à la victoire au moment où certaines personnes n'y croyaient plus. C'est pour vous dire que ces départs ne feront que renforcer le parti et la détermination des responsables et militants de Rewmi que nous sommes. Maintenant, il est clair que nous ne souhaitons et ne voulons aucun départ.

Certains ont déploré le mode de management de votre leader. Partagez-vous cela ?
Non, notre parti est très bien structuré et le président Idrissa Seck a mis en place une équipe dirigeante chargée de manager le parti. Il est l'un des rares leaders politiques, voire le seul, à avoir fait le pari de responsabiliser la jeunesse. Nous avons la direction politique la plus jeune sur l'échiquier politique sénégalaise. Maintenant, la perfection n'étant pas humaine, nous sommes toujours dans une dynamique de correction de certains dysfonctionnements qui ne peuvent pas manquer dans une organisation, fut-elle politique. Nous visons tous les jours la performance dans la gestion de notre parti.

Il est reproché à votre leader d’être trop distant de ses militants et des citoyens sénégalais. Peut-on conquérir un pouvoir dans ses conditions ?
Le président Idrissa Seck n'est pas distant des Sénégalais. Il est proche des gens. Seulement, Idrissa Seck n'a pas besoin de faire du bruit autour de ses déplacements. Il est en contact permanent avec ses militants et responsables. Il rend visite et reçoit beaucoup. Je ne comprends pas pourquoi vous parlez de distance. En tout cas, il a effectué plusieurs tournées à l'intérieur du pays et dans la diaspora. Maintenant, tous les moyens sont bons pour faire du dénigrement ou de la propagande pour tenter de ternir l'image de notre leader Idrissa Seck. C'est le camp adverse qui colporte ces idées, mais qu'il n'oublie pas, comme le disent nos cousins ivoiriens que : ‘’c'est Dieu qui est au volant’’.

Pensez-vous que le parti peut rebondir ?
Rebondir ? Il faut être à terre pour rebondir. Le parti est plus que jamais debout, toujours attractif et poursuit son expansion sans tambour ni trompette. Maintenant, dites-moi un seul parti qui ne traverse pas de crise ou qui ne connait pas de querelles ? Même le parti au pouvoir est miné par des querelles. En tout cas, en ce qui nous concerne, nous enregistrons chaque jour des adhésions à toutes les couches de la population. Nous avons un leader charismatique et compétent, qui a une vision claire de ce qu'il veut faire du Sénégal. Aujourd'hui, l'essentiel des Sénégalais lui reconnaissent ces qualités et la seule chose qu'ils souhaitent, c'est qu'il vienne à leur rencontre afin qu'ils partagent, avec lui, leurs préoccupations. Il a commencé à le faire et poursuivra sur cette lancée.

Propos recueillis par Serigne Mansour Sy CISSE

Omar Sarr se considère comme un rewmiste « défavorable au leadership d’Idrissa Seck » et qui veut une refondation du parti. Militant depuis 2015 dans la mouvance présidentielle, Oumar Sarr est d’avis que le parti a un problème de gestion insoluble. Il reste convaincu, par ailleurs, qu’Idrissa Seck ne sera certainement plus candidat à la présidentielle.

Malgré les remous au sein du Rewmi qui continue de connaître des départs de certaines de ses grosses pointures, Oumar Sarr lui reste catégorique. «Je n’ai jamais quitté le Rewmi. Souvent, quand je parle de refonder le Rewmi, les gens pensent que c’est une autre entité. Non. Je suis avec les militants de Rewmi et nous avons contesté le leadership d’Idrissa Seck entre 2014 et 2015. Pendant cette période, il était difficile de comprendre ce que je laissais entrevoir mais aujourd’hui, l’actualité me donne raison. Je pense que le parti a un problème de gestion insoluble liée au caractère de ceux qui l’administrent», a-t-il insisté. Il a confié que tous ceux qui ne sont pas d’accord et qui pensaient qu’il avait raison sont aujourd’hui dans ce qu’il appelle, la refondation de Rewmi. «Et nous avons fait un maillage de l’étendue du territoire, ça c’est une première chose. La deuxième chose est que quand nous avions fait cela, nous sommes restés dans la mouvance présidentielle. C’est une orientation qui a été prise depuis 2015. Vous vous rappelez que j’ai été élu sur la liste de Bennoo Bokk Yaakaar et mes frères et sœurs qui sont avec moi m’avaient demandé de rester dans la mouvance présidentielle. C’est ce que nous allons poursuivre», a aussi fait comprendre Oumar Sarr.

Pour lui, aujourd’hui, il y a eu un élargissement des rewmistes. «Nous nous réunissons à notre siège. Il y a eu beaucoup de démissions avant et après nous. Ils ont demandé qu’on cherche une entité qui est beaucoup plus large. C’est ce que nous étudions». Sur ce, «allons-nous vers un parti politique ou forcerons-nous les instances du parti à tenir un congrès pour chercher une autre direction? Le débat certainement se tiendra à l’interne d’ici à la fin du mois d’octobre-novembre », a-t-il averti. Oumar Sarr informe : «ceux qui avaient quitté bien avant nous, c’est-à-dire ceux qui avaient contesté le leadership d’Idrissa Seck, la plupart d’entre eux discutent avec nous pour nous regrouper. C’est vrai qu’il y a eu des départs récents. Je n’ai pas encore parlé avec ceux auxquels vous faites allusion, mais je pense qu’on va se parler puisqu’on se connait très bien et l’on s’apprécie mutuellement». Il n’empêche, «le seul problème, c’est que nous, nous ne négocierons pas notre ancrage dans la mouvance présidentielle. Alors si j’entends d’autres avoir d’autres discours, je pense que c’est un discours certainement pour se laver à grande eau mais nous nous sommes ouverts à la discussion. Il n’y a pas de raison qu’on quitte la mouvance présidentielle. Nous nous entendons avec son leader le président Macky Sall et nous entendons travailler pour sa réélection en 2019», a-t-il ajouté.

Refonder le Rewmi
«Nous avons décidé de ne pas quitter le parti Rewmi, nous avons créé un courant qu’on appelle groupe pour la refondation de Rewmi. L’objectif est d’amener tout le monde dans cette refondation pour jeter de nouvelles bases pour un parti nouveau, conquérant, démocratique où les gens se respectent, respectent les militants du sommet jusqu’à la base. Avec la patience que nous avons, nous n’avons aucun doute que nous y arriverons », a espéré Oumar Sarr. Au sujet de leur ancrage idéologique, « il reste le même. Nous sommes des libéraux et le président Macky Sall est un libéral comme nous. Aucune difficulté sur le plan idéologique. Même les gens du Pds qui ont l’intention de venir dans notre refondation pour créer une entité plus large, plus représentative, plus implantée, ne posent pas de problème d’idéologie. Il n’y a pas de doute là-dessus», a-t-il assuré. A coup sûr, «on est bien dans cette dynamique. Ceux qui viennent de me donner raison prouvent que nous sommes dans le droit chemin mais notre porte n’est pas fermée, nous sommes ouverts au dialogue», a-t-il partagé.

Au sujet des perspectives avec Idrssa Seck, leader du Rewmi, il a affirmé qu’il est un libéral pur et dur. «Maintenant, il ne se pose plus un problème d’idéologie dans ce sens. Quand on a pratiqué quelqu’un pendant plus d’une décennie, on peut prévoir, deviner ce qu’il a l’intention de faire et ce qu’il n’a pas l’intention de faire. En tout cas, si je devais faire un pari, je dirais que M. Seck certainement ne sera plus candidat à la présidentielle au Sénégal», a-t-il prédit. Les raisons ? «Parce que connaissant suffisamment Idrissa, je ne pense pas qu’il mette de l’énergie, des moyens financiers, matériels dans une entreprise qui est déjà vouée à l’échec. Il n’ira pas vers l’échec. Nous nous allons choisir notre candidat et ce sera Macky Sall. Moi je serai très content qu’il revienne aux sentiments de 2012 quand il a décidé de le soutenir au second tour, ce serait formidable», a-t-il expliqué. Et pour le tout, «après 2024, on verra. Celui qui veut se présenter le fera connaître. Mais je pense que pour 2019, il n’y a pas d’hésitation, c’est déjà callé, nous avons décidé de poursuivre le chemin avec le président actuel », a complété Oumar Sarr.

Amadou DIOP

Le départ du responsable nationale des jeunes du parti Rewmi, l’ex-député Thierno Bocoum, suivi de Samba Thioub, secrétaire permanent national, entre autres, est en train d’alimenter les conversations dans tout le pays et évidemment à Thiès, le sujet est tout aussi prisé.

Selon Ibrahima Bocoum, responsable à Rewmi dans la capitale du rail et par ailleurs premier adjoint au maire de Thiès-Ouest, commune du président leur parti Idrissa Seck, il est évident que leur formation politique traverse une passe difficile mais pas insurmontable. Car « le départ de Thierno Bocoum a surpris les citoyens sénégalais mais pas les responsables de Rewmi qui avaient tous constaté que Thierno Bocoum a très mal pris sa non-reconduction sur la listes des députés aux dernières législatives », a-t-il indiqué.

Or, d’après Ibrahima Bocoum, le Rewmi était parti en coalition avec d’autres formations politiques où il a fallu que chacun fasse des concessions pour que la liste des députés puisse être confectionnée sans y laisser beaucoup de plumes. « En décidant donc de quitter le parti après avoir certes fait du bon travail parlementaire qui lui a valu d’être découvert pas les sénégalais, il a pêché par jeunesse, car, au moment où il a été choisi par le parti et mis à une position qui lui a permis d’être élu, Thierno Bocoum sait qu’il n’était pas le plus légitime mais pour l’intérêt du parti, nous avions accepté », a soutenu Ibrahima Bocoum.

Convaincu que le Rewmi regorge d’autres talents à même de représenter le parti dans toutes les instances de décisions ou de représentations, il affirme que cette page sera tournée au plus vite dans les jours à venir. Car, Ibrahima Bocoum note que les responsabilités et autres avantages ne sont pas liés à la vie de l’individu puisqu’il y a un moment où tout s’arrête ou tout prend fin. « Ça, Thierno Bocoum ne peut pas l’ignorer. Il a eu un mandat et que c’est dans l’ordre normal des choses qu’il puisse être remplacé par un autre frère ou une autre sœur du parti », a-t-il ajouté. Pour lui, nul n’ignore que Idrissa Seck demeure un rempart solide dans la défense des libertés individuelles, des couches défavorisées par un système injuste et surtout, il reste une alternative crédible au futur poste de président de la République. « Cela reste l’objectif pour 2019 et rien ni personne ne peut nous dévier de cette trajectoire », a-t-il a martelé.

Interrogé sur la question des départs de Rewmi et du recul de son score aux élections de 2007 à 2017, Pape Moussé Diop, un responsable du parti démocratique sénégalais a déclaré : « cette nouvelle forme de transhumance constatée au sein des jeunes élites des partis de l’opposition en accointance avec le pouvoir ne peut pas affecter un parti comme Rewmi car, la base affective est là debout parce qu’incontrôlable. Et comme disait Idrissa Seck, jusqu’à l’extinction du soleil, ces inconditionnels seront fidèles », a-t-il lancé. Il a rappelé que de 1977 à 2000, du député Mafall Fall en passant par Serigne Diop, Fara Ndiaye, Ousmane Ngom, le Parti démocratique sénégalais a perdu de grandes personnalités politiques du fait du pouvoir socialiste. « Mais, le socle ou l’ancrage social est resté confiant aux côtés de Me Wade. C’est cela le militantisme et on le retrouve encore à Thiès », a-t-il noté.

Adja Fall, une habitante de Thiès a affirmé : « Je ne sais pas ailleurs au Sénégal mais ici à Thiès ce que Macky Sall n’a pas réussi en 6 ans, ce n’est pas en 12 mois qu’il pourra le faire. Nous lui donnons rendez-vous aux présidentielles de février 2019 et il verra si Idrissa Seck recule à Thiès ou pas », a-t-elle confié.

Quant à Saliou Sarr, ces départs du Rewmi peuvent être perçus comme de la déception au sortir des législatives où leur leader Idrissa Seck est allé faire la promotion d’un des derniers venus sur l’échiquier politique en terme de leadership national, Khalifa Sall. « Ceci, après avoir manqué la réunification des forces libérales dans l’opposition et au sein de Manko Taxawu Sénégal », a-t-il indiqué.

Mbaye BA

Suite à la cascade de sorties notée ces dernières années dans la formation politique Rewmi ; l’Enseignant-chercheur en Sciences politiques à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, professeur Moussa Diaw, est persuadé que le système d’organisation politique, souvent basé, sur la personne du leader, constitue l’un des principaux motifs. Il déplore également la non réglementation du financement des partis politiques, souvent source de désistement.

L’Enseignant-chercheur en Sciences politiques à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, professeur Moussa Diaw, est d’avis que les nombreuses sorties notées ces derniers temps au sein de la formation politique Rewmi traduit une crise profonde au sein de cette organisation. Il est persuadé que certains sont allés jusqu’à contester le leadership de l’actuel dirigeant du parti.

Certainement, à l’image de la plupart des partis du Sénégal, celui de Rewmi, souffre peut-être, de sa gestion unilatérale, relève-t-il. Selon lui, il faut y ajouter le fait que les instances ne se réunissent pas régulièrement. Cette gestion unilatérale est d’ordre à irriter quelques militants qui alimentent des ambitions et ne sont pas prêts à éternellement rester derrière un seul homme. Ils se disent souvent disposer de background et de bagages intellectuels, pour aller sinon aussi loin que leur leader du moins plus loin que lui. Ces ambitions poussent certains à sortir pour aller voir ailleurs, dès que l’occasion se présente à eux, relève-t-il.

D’une part, le politologue est d’avis que les partis ne recrutent plus. Ils ne créent plus suffisamment d’instances, d’échanges, de débats et de conquêtes. Cette donne fait que l’on note souvent des départs et rarement des arrivées remarquables, pour résorber ces gaps enregistrés. D’autre part, les débats sont pratiquement inexistants à l’intérieur des partis. Les militants sont, la plupart du temps, motivés par leurs ambitions, ne s’occupant guère du reste, regrette-t-il.

Le spécialiste déplore le fait qu’au sein des partis politiques, toutes les décisions tournent souvent autour d’une seule personne. C’est comme qui dirait le parti est une propriété singulière. Tout tourne autour du leader et cela pose forcement problème pour certains. Et pire, des instances d’échanges et de manifestations régulières des points de vue sont rarement créées. Certains militants ne se reconnaissant plus à travers leur leader sont parfois tentés de partir, relève-t-il. Le professeur pense que l’incarnation de ce dernier ne fait pas souvent l’unanimité. Il est persuadé de la nécessité de veiller au renouvellement de l’offre politique.

Il relève que le financement des partis constitue également une problématique. « La gestion d’un parti politique requiert forcement des moyens conséquents. Il faut aussi rappeler que depuis sa création, le Parti Rewmi a toujours évolué dans l’opposition. C’est à véritablement dire qu’il s’agit d’un parti d’opposition qui a certes un peu cheminé avec le pouvoir en place. Mais, cela n’a pas duré. Or, il n’est pas facile de s’opposer. Cette posture d’opposant rend parfois certains vulnérables et les poussent à sortir dès que l’occasion se présente », relève-t-il.

Seulement, l’analyste politique souligne qu’au rythme où vont les choses, il faut certainement s’attendre à d’autres sorties au sein du Parti Rewmi. Il est nécessaire de s’acquitter d’avec l’exigence de changer de discours et de modes de démarches. C’est le seul moyen efficace pour attirer de nouveaux militants, notamment, dans la couche des jeunes, campe-t-il.

O. BA

Après avoir eu le vent en poupe en 2007, Rewmi fait face à une chute vertigineuse de son électorat mais aussi un départ massif de ses cadres. Cette situation est-elle synonyme de décadence de la formation politique dirigée par l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck ? D’aucuns répondent par l’affirmative sans la moindre hésitation. Mais les lieutenants ainsi que les souteneurs du président du Conseil départemental de Thiès croient toujours en la bonne l’étoile de leur parti.

En mars 2013, alors que le nouveau régime sorti victorieux de la présidentielle de 2012 fêtait le premier anniversaire de son accession au pouvoir, l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck, choisit de mettre les pieds dans le plat. A la surprise générale, le leader de Rewmi, contredit le président nouvellement élu qui soutenait que le régime sortant a laissé des caisses vides. « Wade a laissé au moins 400 milliards dans les caisses », avait rétorqué le maire de Thiès d’alors. Il entonnait le péan de la rupture en laissant entendre que « Rewmi doxoul » (le pays ne marche pas, en langue wolof). Le leader de Rewmi paie-t-il les conséquences de cette sortie fracassante ?

Ses alliés de l’Apr, pris au dépourvu, avaient usé d’armes de destruction massive pour canarder les positions de l’ancien Premier ministre. Pris sous le feu nourri du parti présidentiel, Rewmi, le parti d’Idrissa Seck, a fortement vacillé, perdant, au passage, « ses » ministres au gouvernement et ses principaux responsables. Oumar Guèye, Pape Diouf, Me Nafissatou Diop (celle que l’ancien maire de Thiès appelait « Nafissa », la précieuse en arabe), Youssou Diagne et beaucoup d’élus locaux ont rejoint le parti au pouvoir.

Le 25 mars 2013, Idrissa Seck a parlé. Trop vite. Révélant, au passage, ses intentions. « Qui parle se révèle » dit l’adage. Dans le camp du pouvoir, on a compris que le président du Conseil départemental de Thiès a commencé à débroussailler le chemin qui mène à la présidentielle de 2019 et l’on a mis en œuvre un plan pour affaiblir Rewmi et contenir les ambitions d’Idrissa Seck.

Les coups sont rudes. Au-delà du débauchage des militants et responsables rewmistes, les arguments développés par le parti au pouvoir visent à décrédibiliser le patron du parti orange en le faisant passer comme un « aigri », un « homme traumatisé » par la victoire du président Macky Sall, un politique dont le rêve de devenir le quatrième président de la République du Sénégal a été contredit par les électeurs et par le président Sall.

D’autres farouches défenseurs du maire de Thiès semblent avoir choisi de s’éloigner de la vie du parti ou de mettre en veilleuse leur carrière politique. Parmi eux, Abdourahmane Diouf, le très brillant porte-parole de Rewmi, Léna Sène et d’autres responsables. La saignée, depuis 2014, ne cesse de faire tomber des pans entiers du parti d’Idrissa Seck. Les dernières défections en date sont celles de Thierno Bocoum et de Samba Thioub.

Même s’il reconnait ces départs, Yankhoba Diatara, un des plus fidèles lieutenants du maire de Thiès, semble minimiser leur impact. « Nous avons toujours eu cette capacité de résilience qui nous permet de continuer à nous massifier encore davantage. Rewmi s'est toujours remis de ces mouvements. Cela démontre la solidité de notre parti et ne fera que nous renforcer», souligne-t-il. Oumar Sarr qui a contesté le leadership d’Idrissa Seck, entre 2014 et 2015, fustige une « mauvaise gestion du parti. « Le parti a un problème de gestion insoluble liée au caractère de ceux qui l’administrent », a-t-il indiqué.

Portant un regard critique sur les crises dans les partis politiques, notamment celle qui secoue la formation dirigée par l’ancien Premier ministre, le Pr Moussa Diaw, indexe une « gestion unilatérale ». « Cette gestion unilatérale est de nature à irriter quelques militants qui nourrissent des ambitions et ne sont pas prêts à éternellement rester derrière un seul homme. Ils se disent souvent disposer de background et de bagage intellectuel, pour aller sinon aussi loin que leur leader du moins plus loin que lui. Ces ambitions poussent certains à sortir pour aller voir ailleurs dès que l’occasion se présente à eux », analyse-t-il.

Même si Yankhoba Diatara et Oumar Sarr ne sont pas sur la même longueur d’onde sur l’impact des remous que Rewmi a connus, force est de constater que le parti dirigé par Idrissa Seck a connu un recul, si l’on se base sur les résultats qu’il a engrangés de 2007 à 2017. En conflit avec le président d’alors, Abdoulaye Wade, le maire de Thiès a déclaré, en avril 2006, sa candidature à l'élection présidentielle de 2007. Il avait appelé à la création d'une large coalition pour mettre fin au régime Wade et appliquer un plan de redressement national.

Cet appel survient après sept mois de détention de M. Seck qui a été emprisonné dans le dossier des chantiers de Thiès. Le 31 juillet 2005, l’Assemblée nationale avait voté sa mise en accusation devant la Haute cour de justice pour « détournement de fonds, atteinte à la défense nationale et à la sûreté de l'État etc. ». Bénéficiant d’une large sympathie de la part des Sénégalais au lendemain de sa libération, il est sorti deuxième derrière le candidat Abdoulaye Wade avec 510 922 voix (14,92%). Il devança, de loin, les ténors de l’opposition d’alors, Ousmane Tanor Dieng qui a eu 464 287 voix (13,56), Moustapha Niasse qui a engrangé 203 129 voix (5,93%). Beaucoup d’observateurs lui prédisaient un avenir radieux. Selon eux, il a été handicapé par les audiences qu’il a eues avec le président Wade à la veille de la présidentielle. En 2009, il gagne brillamment les élections locales dans son fief à Thiès en dépit des nombreux moyens déployés par ses adversaires.

Cependant, le maire de Thiès n’a pas pu conserver ces acquis. A la présidentielle de 2012, il chute. Et se retrouve avec 212 853 voix (7,86%). Il est loin derrière son successeur à la Primature, Macky Sall qui a réussi à se qualifier au second tour contre le candidat Abdoulaye Wade avec 26,58% (719 367). Les lieutenants du maire de Thiès expliquent cette défaite par la tension politique que le Sénégal a connue en 2012. « Est-ce que vous avez entendu ou vu une seule fois, lors de la présidentielle de 2012, le président Idrissa Seck faire un meeting ou un rassemblement pour demander le vote des sénégalais? En 2012, Idrissa Seck a été l'un des rares leaders politiques à avoir fait une candidature de combat uniquement contre un troisième mandat de Me Abdoulaye Wade », a expliqué Yankhoba Diatara.

La stratégie invoquée par M. Diatara en 2012 était-elle la bonne ? En tout cas, les élections qui ont suivi la présidentielle de 2012 n’ont pas changé la donne pour le parti Rewmi. Le leader Idrissa Seck cherche visiblement la formule magique pour redonner à Rewmi son lustre d’antan. Après avoir opté pour les attaques et les déclarations fracassantes contre le régime, Idrissa Seck semble maintenant miser sur le silence. Ce sont ses lieutenants qui vont au front. Cette mission a été assurée par Déthié Fall, le président du Parti et Thierno Bocoum, chargé de la communication. Aura-t-elle les résultats escomptés ? Thierno Bocoum a préféré désarmer alors que le parti est sorti des élections législatives avec une défaite dans le département de Thiès. Mais aussi un nombre faible de députés. Le président du conseil départemental prépare-t-il une autre formule magique pour se repositionner sur le terrain ? Réponse avant la présidentielle de 2019.

Babacar DIONE

A QUEL IDRISSA SE FIER ?
Idrissa seck soucieuxOn ne peut pas dire, en ce moment, qu’il fait beau vivre à Rewmi, le parti d’Idrissa Seck. La dernière démission de Thierno Bocoum, le responsable le plus visible de cette formation politique est une nouvelle poussée d’air chaude qui risque de provoquer un très grand feu de forêt. Gare aux récoltes ! Le peuple de Rewmi, soumis à des vents contraires depuis que son leader a décidé de brusquer le rythme des saisons le 25 mars 2013 sur les ondes de la Rfm, ne sait plus à quel Idrissa se fier. Celui qui se promettait d’accéder à la station présidentielle à 52 ans ou celui qui a décrété, le jeudi 28 juin 2012 (l’année de ses 52 ans), « l’an zéro » de sa carrière politique ? L’homme politique à la ligne claire qui promet une opposition homérique au président Macky Sall ou le chef de parti au trait obscur qui griffonne des sentences illisibles dans son propre parti ? L’an zéro qui, dans la dialectique seckienne, a effacé la prophétie d’une accession au pouvoir en… 2012, apparaît de plus en plus comme un camouflet aux certitudes du président du Conseil départemental de Thiès. L’armée sur laquelle il comptait pour terrasser les forces ennemies ne paie pas de mine. Elle a perdu des divisions entières et autant de généraux décidés à renforcer le camp d’en face. Pape Diouf, Oumar Guèye, Youssou Diagne, Cheikh Tidiane Diouf, Nafissatou Diop Cissé, Waly Fall, Ousmane Thiongane et tous les autres qui sont partis, obligent le chef à être le pompier d’un incendie qu’il a, lui-même, allumé. Comment terrasser les dogmes, briser les idoles et casser les tabous si l’on ne veut pas, soi-même, souffrir du désir de dominer sa vie ? C’est-à-dire renoncer à une partie de soi au profit des compagnons qui ont épousé sa cause.

En politique, le style, la personnalité et la compétence ne suffisent toujours pas. La pratique a montré, à suffisance, que les équilibres, le partage des responsabilités et la capitalisation des expériences sont aussi des ingrédients de la réussite d’un parti politique. Le parti Rewmi qui s’est difficilement remis du traumatisme de mars 2012, n’a pas les forces nécessaires pour supporter la thérapie de choc prônée par son leader. La microchirurgie, l’ostéopathie ou la médecine douce eussent mieux valu. Pour ne l’avoir pas compris, Idrissa Seck fait face, aujourd’hui, à un affaissement, par pans entiers, de la structure politique qu’il espérait chevaucher pour entrer au Palais de la République. Il est loin le temps où les partis politiques se pliaient aux désidérata de leur leader. Gérer un parti, comme Me Wade l’a fait avec le Pds, est aujourd’hui une vue de l’esprit. De nos jours, les partis des tout puissants pères fondateurs sont passés de mode. Ces outils de conquête du pouvoir sont des agrégateurs de compétences, de profils complémentaires. L’aura d’une seule personne, son charisme et son génie ne suffisent pas pour escalader l’Everest. Voilà pourquoi, il faut privilégier la concertation, la négociation et la persuasion dans le management des formations politiques où il y a autant de destinées singulières que de militants. La phraséologie des « Rewmistes » aura beau qualifier les dissidents de traitres ou de renégats, mais l’absence de concertation dans le parti orange restera toujours un frein à l’épanouissement de ses responsables. Après avoir offert la mairie de Thiès à Talla Sylla, redistribué les rôles au sein de Rewmi pour consacrer Déthié Fall vice-président et la tentative de constitution, lors de la dernière législature, d’un groupe parlementaire dont les leviers essentiels étaient promis à des alliés, il est à se demander à quelle hauteur d’estime Idrissa Seck tient-il ses compagnons historiques.

S’il y a un enseignement à tirer de ces soubresauts dans Rewmi, c’est que contrairement à ce qu’il a cru, loin d’être le « sauveur », seul capable de battre le président Macky Sall en 2019, qu’un peuple unanime accueillerait avec dévotion, l’ancien Premier ministre se rend compte qu’il devra affronter une très rude opposition. Il a commis l’erreur d’afficher trop vite ses intentions en claironnant, le 25 mars 2013, que « Rewmi doxoul » (Le pays est à l’arrêt). Or, qui parle se découvre. Depuis, le camp du pouvoir s’emploie, avec une grande force de persuasion, à « retourner » les spadassins de celui qui passe désormais pour un adversaire résolu. Un président de la République, cela se sème au bon moment. Ni trop tôt, ni trop tard.

Par Sidy DIOP

YANKHOBA DIATARA, SECRETAIRE NATIONAL CHARGE DE LA VIE POLITIQUE DE « REWMI » : « CES DÉPARTS NE FERONT QUE RENFORCER LE PARTI »
Y Diattara RewmiYankhoba Diatara, l’un des plus fidèles lieutenants d’Idrissa Seck, estime que les remous que connaissent le Rewmi ne feront que renforcer le parti.

Monsieur le président, Thierno Bocoum vient d’annoncer son départ du parti Rewmi. Quel commentaire en faites-vous?
C'est un départ qui nous a surpris et qui nous fait très mal. Inutile de vous dire que nous le regrettons profondément. Parce qu'avant et après tout, Thierno Bocoum est un jeune frère. Nous avons cheminé ensemble pendant longtemps. Un compagnonnage qui a développé de l'estime réciproque. Nous apprécions ses qualités humaines et intellectuelles. C'est un jeune frère, un homme pour qui nous avons une grande affection fraternelle. C'est pourquoi je vous dis d'emblée que je travaille à le faire revenir sur sa décision. Nous pensons que ce que nous avons bâti depuis plus d'une dizaine d'années sous l'ombre du président Idrissa Seck, malgré la violence des attaques physiques, morales, politiques et familiales et des brimades de toutes sortes, rien ne peut nous y faire revenir. Non, je ne pense pas qu'on puisse oublier tout ça, quelle que soit l’excuse brandie. Je peux comprendre sa déception à la suite des investitures lors des dernières législatives mais ce n'est pas, pour autant, une raison d'essayer de casser la maison du père. Et je ne pense même pas que cela soit la raison du départ de Thierno Bocoum. Alors, je reste convaincu que sa place est dans le Rewmi aux côtés du président Idrissa Seck, qui est un grand frère et un père pour nous. Nous n'avons pas le droit de l'abandonner au moment où beaucoup de Sénégalais pensent qu’il constitue l'alternative la plus crédible au régime de Macky Sall. Il faisait partie des principaux défenseurs du parti et de son leader.

Quel impact ce départ aura-t-il sur la vie de votre parti ?
Il faisait partie du dispositif mis en place par le président Idrissa Seck pour représenter le parti à l'Assemblée nationale et auprès des médias en tant que responsable de la communication.

Comme il le dit lui-même dans sa lettre, il a beaucoup bénéficié de l'appui, du soutien et de l'encadrement du président Idrissa Seck. Nous prenons acte de son départ et nous espérons qu'il va reconsidérer sa position. Il est, cependant, important de reconnaître que le parti regorge de compétences pouvant continuer ce travail avec brio. Nous avons connu d'autres départs qui sont très regrettables, mais qui n'ont pas empêché le parti de continuer à se massifier. Le Rewmi a une capacité de résilience extraordinaire et cela est lié au fait qu’il est devenu un patrimoine national. Ce sont les populations sénégalaises aussi bien d'ici que de la diaspora qui ont épousé le Rewmi et notre leader Idrissa Seck.

Avant Thierno Bocoum, d’autres ténors ont quitté Rewmi. D’aucuns parlent de décadence pour votre parti… Qu’en pensez-vous ?
Est-ce qu'il ne faut pas reformuler la question autrement, en parlant plutôt de la décadence de ceux qui sont partis... (Rires) Regardez-vous mêmes ? Bref, j'ai envie de dire simplement que le parti Rewmi a connu des crises beaucoup plus importantes et nous sommes toujours debout, malgré tout. Il s'est toujours remis de ces mouvements. Cela montre aussi la solidité de notre parti. Cela ne fera que nous renforcer. Rappelez-vous la trajectoire politique du Parti démocratique Sénégalais (Pds) de Me Wade avant 2000. A la veille de l'élection présidentielle de 2000, il n’y avait que le président Idrissa Seck qui, avec quelques cadres, a mené Me Wade à la victoire au moment où certaines personnes n'y croyaient plus. C'est pour vous dire que ces départs ne feront que renforcer le parti et la détermination des responsables et militants de Rewmi que nous sommes. Maintenant, il est clair que nous ne souhaitons et ne voulons aucun départ.

Certains ont déploré le mode de management de votre leader. Partagez-vous cela ?
Non, notre parti est très bien structuré et le président Idrissa Seck a mis en place une équipe dirigeante chargée de manager le parti. Il est l'un des rares leaders politiques, voire le seul, à avoir fait le pari de responsabiliser la jeunesse. Nous avons la direction politique la plus jeune sur l'échiquier politique sénégalaise. Maintenant, la perfection n'étant pas humaine, nous sommes toujours dans une dynamique de correction de certains dysfonctionnements qui ne peuvent pas manquer dans une organisation, fut-elle politique. Nous visons tous les jours la performance dans la gestion de notre parti.

Il est reproché à votre leader d’être trop distant de ses militants et des citoyens sénégalais. Peut-on conquérir un pouvoir dans ses conditions ?
Le président Idrissa Seck n'est pas distant des Sénégalais. Il est proche des gens. Seulement, Idrissa Seck n'a pas besoin de faire du bruit autour de ses déplacements. Il est en contact permanent avec ses militants et responsables. Il rend visite et reçoit beaucoup. Je ne comprends pas pourquoi vous parlez de distance. En tout cas, il a effectué plusieurs tournées à l'intérieur du pays et dans la diaspora. Maintenant, tous les moyens sont bons pour faire du dénigrement ou de la propagande pour tenter de ternir l'image de notre leader Idrissa Seck. C'est le camp adverse qui colporte ces idées, mais qu'il n'oublie pas, comme le disent nos cousins ivoiriens que : ‘’c'est Dieu qui est au volant’’.

Pensez-vous que le parti peut rebondir ?
Rebondir ? Il faut être à terre pour rebondir. Le parti est plus que jamais debout, toujours attractif et poursuit son expansion sans tambour ni trompette. Maintenant, dites-moi un seul parti qui ne traverse pas de crise ou qui ne connait pas de querelles ? Même le parti au pouvoir est miné par des querelles. En tout cas, en ce qui nous concerne, nous enregistrons chaque jour des adhésions à toutes les couches de la population. Nous avons un leader charismatique et compétent, qui a une vision claire de ce qu'il veut faire du Sénégal. Aujourd'hui, l'essentiel des Sénégalais lui reconnaissent ces qualités et la seule chose qu'ils souhaitent, c'est qu'il vienne à leur rencontre afin qu'ils partagent, avec lui, leurs préoccupations. Il a commencé à le faire et poursuivra sur cette lancée.

Propos recueillis par Serigne Mansour Sy CISSE

OUMAR SARR, «EX» MEMBRE DE REWMI : « LE PARTI A UN PROBLÈME DE GESTION INSOLUBLE »
Oumar Sarr rewmiOmar Sarr se considère comme un rewmiste « défavorable au leadership d’Idrissa Seck » et qui veut une refondation du parti. Militant depuis 2015 dans la mouvance présidentielle, Oumar Sarr est d’avis que le parti a un problème de gestion insoluble. Il reste convaincu, par ailleurs, qu’Idrissa Seck ne sera certainement plus candidat à la présidentielle.

Malgré les remous au sein du Rewmi qui continue de connaître des départs de certaines de ses grosses pointures, Oumar Sarr lui reste catégorique. «Je n’ai jamais quitté le Rewmi. Souvent, quand je parle de refonder le Rewmi, les gens pensent que c’est une autre entité. Non. Je suis avec les militants de Rewmi et nous avons contesté le leadership d’Idrissa Seck entre 2014 et 2015. Pendant cette période, il était difficile de comprendre ce que je laissais entrevoir mais aujourd’hui, l’actualité me donne raison. Je pense que le parti a un problème de gestion insoluble liée au caractère de ceux qui l’administrent», a-t-il insisté. Il a confié que tous ceux qui ne sont pas d’accord et qui pensaient qu’il avait raison sont aujourd’hui dans ce qu’il appelle, la refondation de Rewmi. «Et nous avons fait un maillage de l’étendue du territoire, ça c’est une première chose. La deuxième chose est que quand nous avions fait cela, nous sommes restés dans la mouvance présidentielle. C’est une orientation qui a été prise depuis 2015. Vous vous rappelez que j’ai été élu sur la liste de Bennoo Bokk Yaakaar et mes frères et sœurs qui sont avec moi m’avaient demandé de rester dans la mouvance présidentielle. C’est ce que nous allons poursuivre», a aussi fait comprendre Oumar Sarr.

Pour lui, aujourd’hui, il y a eu un élargissement des rewmistes. «Nous nous réunissons à notre siège. Il y a eu beaucoup de démissions avant et après nous. Ils ont demandé qu’on cherche une entité qui est beaucoup plus large. C’est ce que nous étudions». Sur ce, «allons-nous vers un parti politique ou forcerons-nous les instances du parti à tenir un congrès pour chercher une autre direction? Le débat certainement se tiendra à l’interne d’ici à la fin du mois d’octobre-novembre », a-t-il averti. Oumar Sarr informe : «ceux qui avaient quitté bien avant nous, c’est-à-dire ceux qui avaient contesté le leadership d’Idrissa Seck, la plupart d’entre eux discutent avec nous pour nous regrouper. C’est vrai qu’il y a eu des départs récents. Je n’ai pas encore parlé avec ceux auxquels vous faites allusion, mais je pense qu’on va se parler puisqu’on se connait très bien et l’on s’apprécie mutuellement». Il n’empêche, «le seul problème, c’est que nous, nous ne négocierons pas notre ancrage dans la mouvance présidentielle. Alors si j’entends d’autres avoir d’autres discours, je pense que c’est un discours certainement pour se laver à grande eau mais nous nous sommes ouverts à la discussion. Il n’y a pas de raison qu’on quitte la mouvance présidentielle. Nous nous entendons avec son leader le président Macky Sall et nous entendons travailler pour sa réélection en 2019», a-t-il ajouté.

Refonder le Rewmi
«Nous avons décidé de ne pas quitter le parti Rewmi, nous avons créé un courant qu’on appelle groupe pour la refondation de Rewmi. L’objectif est d’amener tout le monde dans cette refondation pour jeter de nouvelles bases pour un parti nouveau, conquérant, démocratique où les gens se respectent, respectent les militants du sommet jusqu’à la base. Avec la patience que nous avons, nous n’avons aucun doute que nous y arriverons », a espéré Oumar Sarr. Au sujet de leur ancrage idéologique, « il reste le même. Nous sommes des libéraux et le président Macky Sall est un libéral comme nous. Aucune difficulté sur le plan idéologique. Même les gens du Pds qui ont l’intention de venir dans notre refondation pour créer une entité plus large, plus représentative, plus implantée, ne posent pas de problème d’idéologie. Il n’y a pas de doute là-dessus», a-t-il assuré. A coup sûr, «on est bien dans cette dynamique. Ceux qui viennent de me donner raison prouvent que nous sommes dans le droit chemin mais notre porte n’est pas fermée, nous sommes ouverts au dialogue», a-t-il partagé.

Au sujet des perspectives avec Idrssa Seck, leader du Rewmi, il a affirmé qu’il est un libéral pur et dur. «Maintenant, il ne se pose plus un problème d’idéologie dans ce sens. Quand on a pratiqué quelqu’un pendant plus d’une décennie, on peut prévoir, deviner ce qu’il a l’intention de faire et ce qu’il n’a pas l’intention de faire. En tout cas, si je devais faire un pari, je dirais que M. Seck certainement ne sera plus candidat à la présidentielle au Sénégal», a-t-il prédit. Les raisons ? «Parce que connaissant suffisamment Idrissa, je ne pense pas qu’il mette de l’énergie, des moyens financiers, matériels dans une entreprise qui est déjà vouée à l’échec. Il n’ira pas vers l’échec. Nous nous allons choisir notre candidat et ce sera Macky Sall. Moi je serai très content qu’il revienne aux sentiments de 2012 quand il a décidé de le soutenir au second tour, ce serait formidable», a-t-il expliqué. Et pour le tout, «après 2024, on verra. Celui qui veut se présenter le fera connaître. Mais je pense que pour 2019, il n’y a pas d’hésitation, c’est déjà callé, nous avons décidé de poursuivre le chemin avec le président actuel », a complété Oumar Sarr.

Amadou DIOP

A THIÈS, LES MILITANTS AFFICHENT LEUR OPTIMISME
Militants RewmiLe départ du responsable nationale des jeunes du parti Rewmi, l’ex-député Thierno Bocoum, suivi de Samba Thioub, secrétaire permanent national, entre autres, est en train d’alimenter les conversations dans tout le pays et évidemment à Thiès, le sujet est tout aussi prisé.

Selon Ibrahima Bocoum, responsable à Rewmi dans la capitale du rail et par ailleurs premier adjoint au maire de Thiès-Ouest, commune du président leur parti Idrissa Seck, il est évident que leur formation politique traverse une passe difficile mais pas insurmontable. Car « le départ de Thierno Bocoum a surpris les citoyens sénégalais mais pas les responsables de Rewmi qui avaient tous constaté que Thierno Bocoum a très mal pris sa non-reconduction sur la listes des députés aux dernières législatives », a-t-il indiqué.

Or, d’après Ibrahima Bocoum, le Rewmi était parti en coalition avec d’autres formations politiques où il a fallu que chacun fasse des concessions pour que la liste des députés puisse être confectionnée sans y laisser beaucoup de plumes. « En décidant donc de quitter le parti après avoir certes fait du bon travail parlementaire qui lui a valu d’être découvert pas les sénégalais, il a pêché par jeunesse, car, au moment où il a été choisi par le parti et mis à une position qui lui a permis d’être élu, Thierno Bocoum sait qu’il n’était pas le plus légitime mais pour l’intérêt du parti, nous avions accepté », a soutenu Ibrahima Bocoum.

Convaincu que le Rewmi regorge d’autres talents à même de représenter le parti dans toutes les instances de décisions ou de représentations, il affirme que cette page sera tournée au plus vite dans les jours à venir. Car, Ibrahima Bocoum note que les responsabilités et autres avantages ne sont pas liés à la vie de l’individu puisqu’il y a un moment où tout s’arrête ou tout prend fin. « Ça, Thierno Bocoum ne peut pas l’ignorer. Il a eu un mandat et que c’est dans l’ordre normal des choses qu’il puisse être remplacé par un autre frère ou une autre sœur du parti », a-t-il ajouté.

Pour lui, nul n’ignore que Idrissa Seck demeure un rempart solide dans la défense des libertés individuelles, des couches défavorisées par un système injuste et surtout, il reste une alternative crédible au futur poste de président de la République. « Cela reste l’objectif pour 2019 et rien ni personne ne peut nous dévier de cette trajectoire », a-t-il a martelé.

Interrogé sur la question des départs de Rewmi et du recul de son score aux élections de 2007 à 2017, Pape Moussé Diop, un responsable du parti démocratique sénégalais a déclaré : « cette nouvelle forme de transhumance constatée au sein des jeunes élites des partis de l’opposition en accointance avec le pouvoir ne peut pas affecter un parti comme Rewmi car, la base affective est là debout parce qu’incontrôlable. Et comme disait Idrissa Seck, jusqu’à l’extinction du soleil, ces inconditionnels seront fidèles », a-t-il lancé. Il a rappelé que de 1977 à 2000, du député Mafall Fall en passant par Serigne Diop, Fara Ndiaye, Ousmane Ngom, le Parti démocratique sénégalais a perdu de grandes personnalités politiques du fait du pouvoir socialiste. « Mais, le socle ou l’ancrage social est resté confiant aux côtés de Me Wade. C’est cela le militantisme et on le retrouve encore à Thiès », a-t-il noté.

Adja Fall, une habitante de Thiès a affirmé : « Je ne sais pas ailleurs au Sénégal mais ici à Thiès ce que Macky Sall n’a pas réussi en 6 ans, ce n’est pas en 12 mois qu’il pourra le faire. Nous lui donnons rendez-vous aux présidentielles de février 2019 et il verra si Idrissa Seck recule à Thiès ou pas », a-t-elle confié.

Quant à Saliou Sarr, ces départs du Rewmi peuvent être perçus comme de la déception au sortir des législatives où leur leader Idrissa Seck est allé faire la promotion d’un des derniers venus sur l’échiquier politique en terme de leadership national, Khalifa Sall. « Ceci, après avoir manqué la réunification des forces libérales dans l’opposition et au sein de Manko Taxawu Sénégal », a-t-il indiqué.

Mbaye BA

PR MOUSSA DIAW, POLITOLOQUE : « LES PARTIS SOUFFRENT DE LEUR GESTION UNILATÉRALE »
Moussa Diaw politSuite à la cascade de sorties notée ces dernières années dans la formation politique Rewmi ; l’Enseignant-chercheur en Sciences politiques à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, professeur Moussa Diaw, est persuadé que le système d’organisation politique, souvent basé, sur la personne du leader, constitue l’un des principaux motifs. Il déplore également la non réglementation du financement des partis politiques, souvent source de désistement.

L’Enseignant-chercheur en Sciences politiques à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, professeur Moussa Diaw, est d’avis que les nombreuses sorties notées ces derniers temps au sein de la formation politique Rewmi traduit une crise profonde au sein de cette organisation. Il est persuadé que certains sont allés jusqu’à contester le leadership de l’actuel dirigeant du parti.

Certainement, à l’image de la plupart des partis du Sénégal, celui de Rewmi, souffre peut-être, de sa gestion unilatérale, relève-t-il. Selon lui, il faut y ajouter le fait que les instances ne se réunissent pas régulièrement. Cette gestion unilatérale est d’ordre à irriter quelques militants qui alimentent des ambitions et ne sont pas prêts à éternellement rester derrière un seul homme. Ils se disent souvent disposer de background et de bagages intellectuels, pour aller sinon aussi loin que leur leader du moins plus loin que lui. Ces ambitions poussent certains à sortir pour aller voir ailleurs, dès que l’occasion se présente à eux, relève-t-il.

D’une part, le politologue est d’avis que les partis ne recrutent plus. Ils ne créent plus suffisamment d’instances, d’échanges, de débats et de conquêtes. Cette donne fait que l’on note souvent des départs et rarement des arrivées remarquables, pour résorber ces gaps enregistrés. D’autre part, les débats sont pratiquement inexistants à l’intérieur des partis. Les militants sont, la plupart du temps, motivés par leurs ambitions, ne s’occupant guère du reste, regrette-t-il.

Le spécialiste déplore le fait qu’au sein des partis politiques, toutes les décisions tournent souvent autour d’une seule personne. C’est comme qui dirait le parti est une propriété singulière. Tout tourne autour du leader et cela pose forcement problème pour certains. Et pire, des instances d’échanges et de manifestations régulières des points de vue sont rarement créées. Certains militants ne se reconnaissant plus à travers leur leader sont parfois tentés de partir, relève-t-il. Le professeur pense que l’incarnation de ce dernier ne fait pas souvent l’unanimité. Il est persuadé de la nécessité de veiller au renouvellement de l’offre politique.

Il relève que le financement des partis constitue également une problématique. « La gestion d’un parti politique requiert forcement des moyens conséquents. Il faut aussi rappeler que depuis sa création, le Parti Rewmi a toujours évolué dans l’opposition. C’est à véritablement dire qu’il s’agit d’un parti d’opposition qui a certes un peu cheminé avec le pouvoir en place. Mais, cela n’a pas duré. Or, il n’est pas facile de s’opposer. Cette posture d’opposant rend parfois certains vulnérables et les poussent à sortir dès que l’occasion se présente », relève-t-il.

Seulement, l’analyste politique souligne qu’au rythme où vont les choses, il faut certainement s’attendre à d’autres sorties au sein du Parti Rewmi. Il est nécessaire de s’acquitter d’avec l’exigence de changer de discours et de modes de démarches. C’est le seul moyen efficace pour attirer de nouveaux militants, notamment, dans la couche des jeunes, campe-t-il.

O. BA

Depuis plusieurs années, Grand Médine, Grand Yoff et les Parcelles assainies, pour ne citer que ces quartiers, connaissent de récurrents problèmes d’assainissement. Les premières pluies de cet hivernage n’ont fait que les accentuer. Ces écoulements d’eaux usées s’accompagnent de questions sanitaires et soulèvent la notion de civisme, trop souvent absente du quotidien des Sénégalais.

La grande rue séparant le quartier Grand Médine des Unités 25 et 26 des Parcelles assainies, communément appelée « Route 26 », regorge d’eau. Pourtant, la pluie n’était pas au rendez-vous. Un liquide, de couleur noire, ruisselle du point le plus haut vers celui le plus bas, et ce, tous les jours de l’année. Sur toute l’étendue de la voie, ces eaux sales, chargées d’ordures ménagères, se mélangent au sable et créent une boue qui offre un spectacle peu reluisant à cette artère pourtant très fréquentée. « C’est un problème qui dure depuis belle lurette. Il est aussi présent sur la ruelle menant au stade Léopold Sédar Senghor. Il s’agit de la gestion des eaux usées. En période de pluie, la situation s’aggrave, car les eaux de pluie viennent se mélanger aux eaux usées », explique le maire de la commune de la Patte d’Oie, Banda Diop, qui a fait construire un mur, il y a un an, pour éviter l’entrée des eaux de cette rue dans les maisons.

L’odeur nauséabonde des eaux d’égout est, dans cette partie de Dakar, devenue « une habitude » pour ces populations qui passent toutes leurs journées dans cette pollution depuis des années. Le vieux Ndiaye, debout devant son atelier de menuiserie, écarte les orteils et montre les plaies causées par ces eaux d’égout. Pantalon retroussé, il cherche du regard un espace moins glissant pour pouvoir traverser. « C’est toujours pareil. Traverser cette route est une véritable équation, on patauge dans cette eau sale tout le temps. Beaucoup d’enfants glissent ici. Et c’est dangereux, car les voitures passent à tout moment », explique-t-il sur les nerfs, avant de se lancer rapidement dans la traversée.

La forte pluie de vendredi dernier (ndlr 18 août 2017) a fait empirer les choses. « Personne ne pouvait passer par là. C’était comme un lac. Ceux chargés de réguler la circulation ont été obligés de barrer la route pour éviter des accidents. Vous pensez que c’est normal ? », fustige Ibrahima Diop, un jeune habitant de Grand Médine.

Des populations exposées et impuissantes
Les bus « Tata », taxis, « Ndiaga Ndiaye » et véhicules particuliers, dans leur course, éclaboussent de boue tous ceux se trouvant aux abords. Le mauvais état de la route, constituée de gros creux, complique tout. Ces « trous » favorisent de larges flaques d’eau noire. Dans cette insalubrité notoire sont installés, sur chaque côté de la route, des menuisiers, des vendeuses d’arachides, plusieurs gargotes et un petit marché de légumes. « Avons-nous le choix ? Nous vivons de cette activité. C’est vrai et nous sommes conscients des risques sanitaires, mais c’est le seul moyen que nous avons pour subvenir aux besoins de nos familles », lance Aïssatou Fall, vendeuse de petit-déjeuner au bord de cette route.

Sur la voie, cinq regards ont été construits pour évacuer les eaux usées des ménages. Cependant les couvercles de deux d’entre eux ont partiellement volé en éclat. Selon les habitants, le plus grand canal, situé devant le Centre socio-éducatif de l’Unité 25 et reliant plusieurs autres regards du quartier, serait la source du problème. Il est bourré d’ordures. Du couvercle gicle une eau noire et puante. Les habitants ont même creusé un chemin dans la terre sableuse pour permettre son évacuation. L’endroit a été transformé en un dépotoir d’ordures. « Comme si on n’avait pas assez de problèmes, les femmes viennent, clandestinement, déverser ici le contenu de leurs poubelles », explique, dépité, un jeune menuisier.

Dans les petites allées séparant les maisons du quartier, le décor est insoutenable. Presque tous les regards sont défectueux, certains sont à ciel ouvert. L’eau noire coule abondamment ou s’accumule par endroits en de grosses mares près desquelles des enfants, insouciants, jouent. Chaque maisonnée a pris l’initiative de creuser un passage pour le ruissellement de ses eaux ou freiner son écoulement avec des pneus, des pierres ou des sacs de sable.

Emmanuella Marame FAYE (stagiaire)

DE RÉELS RISQUES SANITAIRES ET ENVIRONNEMENTAUX
Banlieue eaux usees 3Ces passages improvisés sont le lieu de tapis glissants de champignons verts et des nids de moustiques. « Nos enfants sont tout le temps malades. Ils ont des boutons partout, pour d’autres, c’est la diarrhée, parce qu’ils s’amusent avec le sable. Actuellement, j’ai ma fille qui souffre de paludisme. C’est vraiment difficile à vivre ». Un cri du cœur de mère Diallo qui continue : « Tous ces regards ont été construits par la mairie. Aujourd’hui, elle ne fait que venir constater au lieu d’agir ».

D’ailleurs, on note plusieurs cas de maladies de la peau en ces temps d’hivernage. Ces dernières sont le plus souvent dues au manque de civisme et d’hygiène de certains qui, au moment des pluies, évacuent le contenu de leurs fosses septiques. Les eaux pluviales mélangées à ces déchets deviennent un danger permanent pour les enfants qui y jouent et même pour les adultes. Car ces derniers sont parfois obligés de patauger dans ces eaux pour se frayer un chemin. Le larbish (infiltration sous la peau humaine de la larve d’un petit vers cylindrique long de 2 mm d'un ankylostome animal, du chien le plus souvent), la furonculose, les diarrhées et vomissements sont les maladies les plus fréquentes. « Pas plus tard qu’hier, on a eu le cas d’un enfant de sept ans souffrant de furonculose (récidive et extension de petits boutons en différents endroits du corps). Des boutons sont apparus sur la nuque, le dos et sur la partie basse », affirme Mme Sadji, infirmière d’Etat au Centre médico-social des Douanes, sis à Colobane.

Selon le Major Abdoulaye Diagne du même centre, ce phénomène peut favoriser non seulement le choléra, la gale, mais aussi des affections dermatologiques comme les eczémas. « Je viens de consulter une petite fille qui a une infection à la main et des dermatoses aux genoux. Ces cas sont nombreux durant l’hivernage », dit-il avant d’appeler à plus de civisme de la part de tout un chacun.

De l’avis d’Ababacar Mbaye, spécialiste en environnement, les conséquences environnementales vont de la « détérioration du cadre de vie des populations » à la « cohabitation avec les déchets solides. En somme, cela crée un environnement malsain pour l’homme ». Pour l’heure, les habitants de la « Route 26 » sont exposés à des risques environnementaux, mais surtout sanitaires.

Alioune Badara DIATTA et E. M. FAYE (stagiaires)

EVACUATION DES EAUX USEES ET DE PLUIE : UN EXPERT LISTE LES RACINES DU MAL
Banlieue eaux useesUn spécialiste en environnement explique les problèmes d’assainissement dans certains quartiers de Dakar par ceci : des canaux à fonction unitaire, c’est-à-dire devant recevoir uniquement des eaux usées ou uniquement des eaux de pluie, se trouvent à la fois alimentés par les deux types de liquide.

Les réseaux d’assainissement datent de très longtemps. « Les débits d’eaux usées qu’ils reçoivent aujourd’hui dépassent largement ceux pourquoi ils ont été construits. Vu la montée démographique observée dans ces quartiers, il est normal que des problèmes d’assainissement se posent, car il y a un surplus d’eaux usées », explique Ababacar Mbaye, spécialiste en environnement. Les réseaux d’assainissement dans certains quartiers de Dakar comme Grand Yoff, la Médina et les Parcelles assainies sont bouchés, et ce, pour plusieurs raisons.

Selon l’expert, des canaux à fonction unitaire, c’est-à-dire ne recevant uniquement des eaux usées ou uniquement des eaux de pluie, se trouvent à la fois alimentés par les deux types de liquide. Ce qui crée évidemment des bouchons. Cette obstruction va donc se répercuter sur les fosses septiques des ménages.

Les populations ne sont pas que des victimes dans ce déréglage du système. Délibérément, nombreux sont ceux qui déversent des déchets dans ces regards ou alentours. Pourtant, ils sont sensés évacuer les eaux de leurs propres ménages. « D’autres vont jusqu’à brancher clandestinement leurs fosses aux canaux unitaires, à ciel ouvert, qui eux ne doivent recevoir que de l’eau de pluie. Imaginez ce que cela peut engendrer », poursuit-il, soulignant que le vol de couvercle des regards n’est pas à exclure. « Ceux qui le font vont revendre la ferraille pour se faire de l’argent ». De ce fait, en période de pluie, le phénomène ne peut que s’aggraver, puisque ces réseaux sont à la merci de l’anarchie et d’une mauvaise gestion.

Des solutions s’imposent…
« Il urge de redimensionner ces ouvrages d’assainissement publics, d’y mettre des garde-fous, afin qu’ils soient bien protégés et éviter ainsi toute pénétration d’ordures. Il faut réhabiliter ces réseaux pour permettre un écoulement fluide des eaux usées. Préserver le système séparatif des canaux est plus qu’important, c’est une nécessité », préconise le spécialiste en environnement.

De façon préventive, la sensibilisation des populations sur la gestion de ces réseaux serait salutaire. Chaque citoyen est responsable de ces ouvrages publics, car communs à tous. De l’avis de M. Mbaye, certains comportements sont à bannir, mais cela ne peut être possible sans une sensibilisation régulière, qui demande aussi la participation des médias, estime-t-il.

E. Marame FAYE (stagiaire)

UNE SYNERGIE DES ACTIONS PRÉCONISÉE POUR ÉRADIQUER LE MAL
Banlieue eaux usees 2Pour Banda Diop, le maire de la Patte d’oie, « l’assainissement n’est pas une compétence transférée aux collectivités locales. Néanmoins, nous avons été, à plusieurs reprises, aux côtés des populations pour les aider à exfiltrer ces eaux usées. C’est le cas depuis trois ans. Nous accompagnons, de manière volontaire, les populations et avons même mobilisé les services d’hygiène pour désinfecter la zone. J’ai moi-même fait une descente sur le terrain il y a un mois pour m’enquérir de la situation ».

Ainsi, l’autorité municipale estime que le problème est plus sérieux et nécessite de grands moyens et une synergie de toutes les entités concernées. M. Banda Diop sollicite une « collaboration, une action concertée entre la mairie, l’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas), la commune des Parcelles assainies et les populations ». Poursuivant, il souligne : « La situation ne cesse de s’aggraver et c’est aujourd’hui un problème de santé publique ». Le mal est profond, car présent dans d’autres quartiers de Dakar à savoir Grand Yoff, la Médina et les Parcelles assainies.

E. M. FAYE (stagiaire)

NÉGLIGENCE COUPABLE !
Les fosses septiques font encore parler d’elles en cette période d’hivernage. En effet, beaucoup de Sénégalais n’ont malheureusement pas pris l’habitude de faire la vidange régulière de leurs fosses. Ils attendent plutôt l’heure de l’obstruction totale du canal pour chercher des solutions ; bien que dans certains cas, ils ne font rien, tout simplement. Attendant tranquillement que le problème disparaisse tout seul. Depuis l’apparition des pluies, les rues et les terrains de football sont devenus des marigots ou des chemins d’écoulement d’eaux sales en plein quartier, au grand dam des familles concernées. Dans ces zones de la banlieue, chacun est spectateur de ce phénomène, souvent par négligence ou rarement par ignorance des conséquences sur le cadre de vie. Pire, les enfants, inconscients du danger, jouent aux abords de ces nids de microbes, de bactéries et de moustiques, sous nos yeux.

S’il y a des notions encore abstraites du vocabulaire des Sénégalais, ce sont bien celles du devoir et du respect du bien commun. Au Sénégal, l’on s’échauffe plus pour ses droits en enterrant volontairement et sournoisement ses devoirs. La rue, le terrain de jeu, les espaces publics sont des lieux communs à tout citoyen et induit donc la responsabilité de tous. Il serait inconcevable, pour tout esprit sain et averti, de porter atteinte à la quiétude et au bien-être d’autrui. Tout simplement parce que l’on a la paresse de s’acquitter de son devoir. Pour une fois, les autorités ne pourront être accusées, puisque ce problème de fosses septiques relève de la responsabilité et du bon sens de tout un chacun.

Entre ne pas savoir et faire semblant de ne pas savoir, il y a tout un fleuve. Aujourd’hui, les gestes les plus simples qui peuvent préserver notre santé et notre cadre de vie sont foulés aux pieds. On attend l’heure de l’avalanche pour crier au secours et s’apitoyer sur son sort. Les odeurs nauséabondes, la stagnation des eaux usées remplies de déchets, dans les ménages ou en pleine rue ne dérangent point. L’on est « habitué » et c’est alarmant. Vivre dans un environnement sain, pour sa propre santé et ensuite celle des autres ne nécessite pas de grands moyens, encore moins ceux d’un gouvernement. Cela part de soi, du sens du devoir et du désir d’un cadre de vie sain. Alors, que chacun balaie devant sa porte en vidant sa fosse !

E. M. FAYE (stagiaire)

Ces passages improvisés sont le lieu de tapis glissants de champignons verts et des nids de moustiques. « Nos enfants sont tout le temps malades. Ils ont des boutons partout, pour d’autres, c’est la diarrhée, parce qu’ils s’amusent avec le sable. Actuellement, j’ai ma fille qui souffre de paludisme. C’est vraiment difficile à vivre ». Un cri du cœur de mère Diallo qui continue : « Tous ces regards ont été construits par la mairie. Aujourd’hui, elle ne fait que venir constater au lieu d’agir ».

D’ailleurs, on note plusieurs cas de maladies de la peau en ces temps d’hivernage. Ces dernières sont le plus souvent dues au manque de civisme et d’hygiène de certains qui, au moment des pluies, évacuent le contenu de leurs fosses septiques. Les eaux pluviales mélangées à ces déchets deviennent un danger permanent pour les enfants qui y jouent et même pour les adultes. Car ces derniers sont parfois obligés de patauger dans ces eaux pour se frayer un chemin. Le larbish (infiltration sous la peau humaine de la larve d’un petit vers cylindrique long de 2 mm d'un ankylostome animal, du chien le plus souvent), la furonculose, les diarrhées et vomissements sont les maladies les plus fréquentes. « Pas plus tard qu’hier, on a eu le cas d’un enfant de sept ans souffrant de furonculose (récidive et extension de petits boutons en différents endroits du corps). Des boutons sont apparus sur la nuque, le dos et sur la partie basse », affirme Mme Sadji, infirmière d’Etat au Centre médico-social des Douanes, sis à Colobane.

Selon le Major Abdoulaye Diagne du même centre, ce phénomène peut favoriser non seulement le choléra, la gale, mais aussi des affections dermatologiques comme les eczémas. « Je viens de consulter une petite fille qui a une infection à la main et des dermatoses aux genoux. Ces cas sont nombreux durant l’hivernage », dit-il avant d’appeler à plus de civisme de la part de tout un chacun.

De l’avis d’Ababacar Mbaye, spécialiste en environnement, les conséquences environnementales vont de la « détérioration du cadre de vie des populations » à la « cohabitation avec les déchets solides. En somme, cela crée un environnement malsain pour l’homme ». Pour l’heure, les habitants de la « Route 26 » sont exposés à des risques environnementaux, mais surtout sanitaires.

Alioune Badara DIATTA et E. M. FAYE (stagiaires)

Un spécialiste en environnement explique les problèmes d’assainissement dans certains quartiers de Dakar par ceci : des canaux à fonction unitaire, c’est-à-dire devant recevoir uniquement des eaux usées ou uniquement des eaux de pluie, se trouvent à la fois alimentés par les deux types de liquide.

Les réseaux d’assainissement datent de très longtemps. « Les débits d’eaux usées qu’ils reçoivent aujourd’hui dépassent largement ceux pourquoi ils ont été construits. Vu la montée démographique observée dans ces quartiers, il est normal que des problèmes d’assainissement se posent, car il y a un surplus d’eaux usées », explique Ababacar Mbaye, spécialiste en environnement. Les réseaux d’assainissement dans certains quartiers de Dakar comme Grand Yoff, la Médina et les Parcelles assainies sont bouchés, et ce, pour plusieurs raisons.

Selon l’expert, des canaux à fonction unitaire, c’est-à-dire ne recevant uniquement des eaux usées ou uniquement des eaux de pluie, se trouvent à la fois alimentés par les deux types de liquide. Ce qui crée évidemment des bouchons. Cette obstruction va donc se répercuter sur les fosses septiques des ménages.

Les populations ne sont pas que des victimes dans ce déréglage du système. Délibérément, nombreux sont ceux qui déversent des déchets dans ces regards ou alentours. Pourtant, ils sont sensés évacuer les eaux de leurs propres ménages. « D’autres vont jusqu’à brancher clandestinement leurs fosses aux canaux unitaires, à ciel ouvert, qui eux ne doivent recevoir que de l’eau de pluie. Imaginez ce que cela peut engendrer », poursuit-il, soulignant que le vol de couvercle des regards n’est pas à exclure. « Ceux qui le font vont revendre la ferraille pour se faire de l’argent ». De ce fait, en période de pluie, le phénomène ne peut que s’aggraver, puisque ces réseaux sont à la merci de l’anarchie et d’une mauvaise gestion.

Des solutions s’imposent…
« Il urge de redimensionner ces ouvrages d’assainissement publics, d’y mettre des garde-fous, afin qu’ils soient bien protégés et éviter ainsi toute pénétration d’ordures. Il faut réhabiliter ces réseaux pour permettre un écoulement fluide des eaux usées. Préserver le système séparatif des canaux est plus qu’important, c’est une nécessité », préconise le spécialiste en environnement.

De façon préventive, la sensibilisation des populations sur la gestion de ces réseaux serait salutaire. Chaque citoyen est responsable de ces ouvrages publics, car communs à tous. De l’avis de M. Mbaye, certains comportements sont à bannir, mais cela ne peut être possible sans une sensibilisation régulière, qui demande aussi la participation des médias, estime-t-il.

E. Marame FAYE (stagiaire)

Pour Banda Diop, le maire de la Patte d’oie, « l’assainissement n’est pas une compétence transférée aux collectivités locales. Néanmoins, nous avons été, à plusieurs reprises, aux côtés des populations pour les aider à exfiltrer ces eaux usées. C’est le cas depuis trois ans. Nous accompagnons, de manière volontaire, les populations et avons même mobilisé les services d’hygiène pour désinfecter la zone. J’ai moi-même fait une descente sur le terrain il y a un mois pour m’enquérir de la situation ».

Ainsi, l’autorité municipale estime que le problème est plus sérieux et nécessite de grands moyens et une synergie de toutes les entités concernées. M. Banda Diop sollicite une « collaboration, une action concertée entre la mairie, l’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas), la commune des Parcelles assainies et les populations ». Poursuivant, il souligne : « La situation ne cesse de s’aggraver et c’est aujourd’hui un problème de santé publique ». Le mal est profond, car présent dans d’autres quartiers de Dakar à savoir Grand Yoff, la Médina et les Parcelles assainies.

E. M. FAYE (stagiaire)

Les fosses septiques font encore parler d’elles en cette période d’hivernage. En effet, beaucoup de Sénégalais n’ont malheureusement pas pris l’habitude de faire la vidange régulière de leurs fosses. Ils attendent plutôt l’heure de l’obstruction totale du canal pour chercher des solutions ; bien que dans certains cas, ils ne font rien, tout simplement. Attendant tranquillement que le problème disparaisse tout seul. Depuis l’apparition des pluies, les rues et les terrains de football sont devenus des marigots ou des chemins d’écoulement d’eaux sales en plein quartier, au grand dam des familles concernées. Dans ces zones de la banlieue, chacun est spectateur de ce phénomène, souvent par négligence ou rarement par ignorance des conséquences sur le cadre de vie. Pire, les enfants, inconscients du danger, jouent aux abords de ces nids de microbes, de bactéries et de moustiques, sous nos yeux.

S’il y a des notions encore abstraites du vocabulaire des Sénégalais, ce sont bien celles du devoir et du respect du bien commun. Au Sénégal, l’on s’échauffe plus pour ses droits en enterrant volontairement et sournoisement ses devoirs. La rue, le terrain de jeu, les espaces publics sont des lieux communs à tout citoyen et induit donc la responsabilité de tous. Il serait inconcevable, pour tout esprit sain et averti, de porter atteinte à la quiétude et au bien-être d’autrui. Tout simplement parce que l’on a la paresse de s’acquitter de son devoir. Pour une fois, les autorités ne pourront être accusées, puisque ce problème de fosses septiques relève de la responsabilité et du bon sens de tout un chacun.

Entre ne pas savoir et faire semblant de ne pas savoir, il y a tout un fleuve. Aujourd’hui, les gestes les plus simples qui peuvent préserver notre santé et notre cadre de vie sont foulés aux pieds. On attend l’heure de l’avalanche pour crier au secours et s’apitoyer sur son sort. Les odeurs nauséabondes, la stagnation des eaux usées remplies de déchets, dans les ménages ou en pleine rue ne dérangent point. L’on est « habitué » et c’est alarmant. Vivre dans un environnement sain, pour sa propre santé et ensuite celle des autres ne nécessite pas de grands moyens, encore moins ceux d’un gouvernement. Cela part de soi, du sens du devoir et du désir d’un cadre de vie sain. Alors, que chacun balaie devant sa porte en vidant sa fosse !

E. M. FAYE (stagiaire)

L’Enquête  Démographique et Santé Continue fournit au Sénégal des données pour suivre et évaluer sa politique en santé. C’est ce qui est ressorti de la cérémonie officielle de présentation des résultats de l’enquête. Le Sénégal est ainsi sur la bonne voie pour renseigner les indicateurs des Objectifs de Développement Durable (ODD).

Les résultats de la quatrième phase de l’Enquête Démographique et de Santé Continue de 2016 menée par l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) ont été rendus publics, il y a quelques jours à Dakar. L’étude fournit des informations actualisées sur la fécondité, la mortalité, la planification familiale et la santé reproductive, le paludisme, le comportement sexuel et sur les structures et l’accès aux services de santé, entre autres.

Les résultats de l’enquête sont d’une grande importance pour l’élaboration des politiques et programmes de développement notamment pour les secteurs sociaux. « Lorsque les données sont collectées, analysées et diffusées à temps utile, désagrégées et ventilées par sexe, elles aident à la prise de décisions solides », a indiqué la représentante résidente de l’UNFPA au Sénégal, Andréa Wojnar Diagne. L’importance de la disponibilité des données actualisées pour un secteur comme la santé n’est plus à démontrer. « Les données statistiques apparaissent en ce sens comme des outils précieux dans le suivi du respect de nos engagements internationaux, mais aussi pour la promotion du dialogue et des orientations politiques fondées sur des bases factuelles », a fait savoir Dr Youssoupha Ndiaye qui avait représenté le ministère de la Santé et de l’Action sociale.

Dès lors, il reste à faire bon usage des résultats. C’est dans cette optique que la directrice du Bureau Santé de l’Usaid, Alissa Cameron, a invité le ministère de l’Economie, des Finances et du Plan et celui de la Santé et de l’Action Sociale, et les autres institutions gouvernementales à s’approprier davantage les résultats. L’enquête l’ANSD a touché  4.437 ménages, 8.865 femmes âgées de 15-49 ans et 3.527 hommes âgés de 15-59 ans. « Au sortir de l’édition de 2010-2011, notre pays s’est engagé dans la mise en œuvre d’un programme d’enquêtes continues dont la périodicité de collecte de données est ramenée à un an. C’est ainsi que la première phase a été réalisée en 2012-2013 et celle-ci est la quatrième », a expliqué Aboubacar Sédikh Bèye, l’ancien directeur général de l’ANSD qui avait présidé la cérémonie de présentation au nom du ministre de l’Economie, des Finances et du Plan. L’ancien directeur général de l’ANSD a salué la collaboration entre le Ministère de l’Économie, des Finances et du Plan et le Ministère de la Santé et de l’Action Sociale. Le Ministère de l’Economie, des Finances et du Plan, à travers l’ANSD et avec la collaboration du Ministère de la Santé et de l’Action Sociale, à la suite de la présente phase pilote d’enquête Continue (2012-2017) initiée par l’USAID, compte pérenniser cette enquête en assurant la poursuite de sa réalisation à partir de 2018.

Oumar NDIAYE

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La quête de la performance ne peut pas se passer des données fiables et actualisées. Elles sont la base de l’élaboration de tout projet ou programme de développement. Ces données sont également le support pour la réorientation des politiques sociales et sanitaires. Dans un contexte de rareté des ressources financières, il est nécessaire pour tout pays de réaliser des enquêtes pour éclairer les choix des décideurs. Le Sénégal est le premier pays en Afrique à réaliser une Enquête Démographique de Santé (EDS) continue. Le choix du Sénégal par l’USAID est fondé sur son expérience en matière de réalisation des EDS.

L’Enquête Continue génère des données indispensables à la planification, au suivi, à l’évaluation des programmes et de santé et de population. Surtout qu’avec le nouvel agenda des Objectifs de Développement Durable (ODD), chaque pays est tenu de renseigner ces indicateurs. « Cette enquête permet au Sénégal de disposer, chaque année, d’indicateurs pour le suivi et l’évaluation de ses projets et programmes sociaux et de santé. Ces indicateurs contribueront au suivi de l’Axe 2 du PSE, des programmes nationaux, et à la réalisation des Objectifs du Développement Durable (ODD) », avait commenté le Directeur des Statistiques Démographiques et Sociales. Le Sénégal est sur la bonne voie pour renseigner les indicateurs des ODD.

La disponibilité des données fiables est l’un des objectifs de l’Enquête continue. Mais le bon usage des résultats en est la finalité. C’est pour cela que les bailleurs et les partenaires techniques ont vivement recommandé la vulgarisation des résultats pour relever des défis. La valorisation de la base de données de l’Enquête Continue, en procédant à des analyses approfondies pour expliquer, les résultats a été une recommandation forte.

Au juste, l’Enquête a révélé que le Sénégal est loin d’éradiquer l’excision, l’anémie et la malnutrition. Ces défis n’occultent pas des progrès.  Le Sénégal a accompli des bonds en matière de planification familiale. A titre illustratif, 86% des structures sanitaires offrent une méthode moderne de planification. Mieux, des Sénégalais ont plus de chance de nos jours de bénéficier des services de base dans 96 % des structures sanitaires.

Par Idrissa SANE

Les résultats de l’enquête démographique et de santé continue (EDS-Continue) et sur la prestation de services de soins de santé fournissent des données actualisées, fiables et inédites sur la santé,  l’éducation et sur les conditions de vie des ménages. Le directeur général de l’ANSD les juge satisfaisants même si des efforts restent à faire.Les résultats de l’enquête démographique et de santé continue (EDS-Continue) et sur la prestation de services de soins de santé fournissent des données actualisées, fiables et inédites sur la santé,  l’éducation et sur les conditions de vie des ménages. Le directeur général de l’ANSD les juge satisfaisants même si des efforts restent à faire.

« Des résultats satisfaisants », c’est l’appréciation générale que fait l’ex-directeur général de l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD), Aboubacar Sédikh Bèye, de l’enquête  démographique et de santé continue qui a été publiée le 6 septembre dernier. Cette opération statistique met à la disposition de l’Etat du Sénégal, de ses partenaires et des usagers, des données « actualisées » et « fiables » sur les domaines de la santé (offre et demande), de l’éducation et sur les conditions de vie des ménages, etc. « Nous parlons beaucoup de croissance économique, d’agriculture, d’industrie, de pêche, etc., mais, in fine, le résultat qu’on veut c’est que les populations ressentent les progrès dans tous ces domaines. Et à travers les chiffres que nous avons restitués, nous nous rendons compte qu’il y a beaucoup d’avancées et des domaines où il y a encore des choses à faire », a-t-il souligné. Il en veut pour preuve le fait qu’après les 4,9 enfants par femme enregistrés en 2015, en 2016 au Sénégal cet indice est plus significativement descendu sous la barre de la moyenne de 5 enfants par femme de 15 à 49 ans en âge de procréer. « En 1986, nous étions à 6,4 enfants par femme. Il y a eu donc beaucoup de progrès surtout à partir de 2010. L’enquête de cette année montre que nous sommes à 4,7 enfants par femme en âge de procréer », a-t-il insisté. Dans le domaine de la mortalité infanto-juvénile, c’est la même tendance qui est observée. Des progrès énormes y ont été notés, selon M. Bèye.

« On est aujourd’hui à 51 pour 1000 naissances vivantes alors qu’en 1997 on était à 139 pour 1000 naissances vivantes, donc en l’espace de 20 ans nous nous avons gagné plus de 80 points », a-t-il dit.

Néanmoins, l’ex-Dg de l’ANSD ne manque pas de soulever quelques inquiétudes liées notamment au phénomène de l’excision qui, malgré les campagnes de sensibilisations, continue de perdurer. L’enquête de l’ANSD révèle en effet que 23 % des femmes âgées de 15 à 49 ans ont connu l’excision. « C’est quand même beaucoup », s’est alarmé M. Bèye. Pis encore, la plupart de ces femmes ont subi la « forme la plus atroce de l’excision ». « Ce sont des choses sur lesquelles il faut travailler », a-t-il plaidé. Le rapport de l’ANSD permet de renseigner 30 indicateurs dans le cadre des ODD lesquels placent le Sénégal dans une bonne position pour l’atteinte et le suivi des conditions de vie des populations. En un mot, ces résultats permettent de planifier le développement. La particularité de ces résultats, c’est qu’ils révèlent des tendances lourdes, fait remarquer M. Bèye. « Sur le terrain, pour faire bouger les lignes, il y a toutes les questions de culture qu’il faut prendre en compte sinon cela rend difficile notre travail. Il faut remercier les autorités et les partenaires techniques et financiers qui ont mis à notre disposition les ressources. Ce qui a permis à notre personnel de faire le travail correctement », a-t-il ajouté. En ce qui concerne les perspectives, il invite à pérenniser l’enquête. « Nous avions l’appui principalement de l’USAID mais aussi de la Banque Mondiale, de l’UNICEF, de l’UNFPA, aujourd’hui il revient à l’Etat de prendre en charge le financement de cette enquête. C’est déjà inclus en partie dans le budget de 2018 de l’ANSD, mais nous allons continuer à travailler avec le Ministère de l’Economie, des Finances et du Plan et tous les acteurs impliqués sur le terrain afin de pérenniser cet outil extrêmement important de pilotage de l’économie nationale », a-t-il ajouté.

L’enquête de l’ANSD donne tous les outils pour aller en profondeur et faire l’analyse. Son ancien directeur général affirme qu’ils vont travailler là-dessus en relation avec le Ministère de la Santé et que les données seront mises à la disposition des chercheurs. « Nous en appelons à toute l’expertise nationale et internationale car c’est le concours d’une équipe pluridisciplinaire qui permettra de comprendre en profondeur les déterminants de l’excision, de la prévalence contraceptive, la disparité entre urbain et rural en termes de naissances, les conditions de vie en termes d’accès à l’eau, à l’électricité, etc., et aussi de trouver les solutions », a-t-il conclu.

Elhadji Ibrahima THIAM

L’annualisation des enquêtes-continues permet au Sénégal de disposer de données plus actuelles indispensables au suivi et à l’évaluation des programmes et politiques sociales, sanitaires et nutritionnelles. Ces données sont un support fiable pour la réorientation des politiques. C’est la conviction de Dr Youssoupha Ndiaye, directeur de la Planification de la Recherche et des Statistiques du Ministère de la Santé et de l’Action sociale.

La restitution des résultats d’enquêtes relatives à la santé revêt un cachet exceptionnel. D’abord, c’est pour la première fois, en Afrique, qu’un projet d’enquêtes combine à la fois un volet ménage et un volet établissement de santé. Ensuite, il y a l’annualisation de la périodicité. Auparavant, les enquêtes étaient réalisées tous les cinq ans. L’intérêt de l’annualisation, c’est d’avoir des données plus actuelles pour guider les prises de décisions afin d’assurer un meilleur suivi des programmes et des projets. « Le problème le plus crucial pour agir efficacement est le manque d’informations de base sur les indicateurs de santé. Or, pour nous permettre de suivre les progrès réalisés, il va sans dire qu’il nous faut absolument des informations fiables et régulièrement actualisées », relève le représentant du Ministère de la Santé et de l’Action sociale, Dr Youssoupha Ndiaye. Au-delà, la collecte et la disponibilité de ces données sont déterminantes pour le respect des engagements auxquels le Sénégal a souscrit d’une part et, d’autre part, pour la prise de décisions éclairées. « Les données statistiques apparaissent en ce sens comme des outils précieux dans le suivi du respect de nos engagements internationaux, mais aussi pour la promotion du dialogue et des orientations politiques fondés sur des bases factuelles », a fait savoir Dr Youssoupha Ndiaye, au cours de la cérémonie de restitution. Il a apprécié la particularité de l’enquête-continue et a souligné l’importance de l’usage des résultats dans le processus de recherche de solutions idoines aux problèmes du secteur de la santé. « Cette Enquête-Continue est une vaste opération en ce sens qu’elle combine une enquête auprès des ménages et une autre auprès des prestataires de santé. Elle fournit des indicateurs de qualité pour la planification, le suivi et l'évaluation des programmes et politiques sociales, sanitaires et nutritionnelles retenues par le gouvernement dans sa stratégie pour l’amélioration de la santé de la population, notamment celle des groupes vulnérables : les femmes et les enfants », a noté le directeur de la Planification de la Recherche et des Statistiques du Ministère de la Santé et de l’Action sociale. Il a remercié ICF International, l'Agence Américaine pour le Développement International (USAID), l'Agence des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) et le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) pour leur appui multiforme.

Idrissa SANE

Le Sénégal a été choisi en Afrique par l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) pour conduire l’Enquête continue en Afrique. Ce choix de notre pays, affirme Alisa Cameron, directrice du Bureau de santé de l’USAID, s’explique par la grande capacité et l’expérience « formidable » de l’ANSD et du Ministère de la Santé et de l’Action sociale. « Une enquête exige beaucoup de travaux et de persévérance. Nous bénéficions tous, aujourd’hui, des résultats de ce travail remarquable qui a été conduit de façon méthodique. Depuis 2012, l’Enquête continue fournit annuellement aux décideurs et aux partenaires des informations actualisées sur la fécondité, la mortalité, la planification familiale et la santé reproductive… », soutient-elle. Alisa Cameron invite le Gouvernement du Sénégal, à travers le Ministère de l’Economie et des Finances, le Ministère de la Santé et de l’Action sociale ainsi que les autres institutions à s’approprier davantage l’enquête en vue de faciliter la prise de décisions programmatiques. « En appuyant la réalisation de l’Enquête, l’USAID vise, entre autres, à renforcer les capacités du Sénégal à entreprendre les différentes phases de l’enquête, depuis la collecte des données jusqu’à leur utilisation, avec un minimum d’assistance technique extérieure », souligne-t-elle. Par rapport aux recommandations, Mme Cameron suggère au ministère de l’Economie de renforcer son appui financier et organisationnel afin d’améliorer le fonctionnement du cadre de suivi des activités de collecte au sein de l’ANSD. Pour le ministre de la Santé, la Directrice du bureau de Santé de l’USAID, invite à s’impliquer davantage dans toutes les étapes de l’enquête et à participer au financement des coûts locaux et à la production de données, notamment pour la composante « enquête dans les structures ».

Ibrahima BA

L’enquête démographique de santé continue 2016 permet, selon la représentante résidente du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) au Sénégal, d’avoir une plus grande connaissance des indicateurs socioéconomiques et la répartition géographique sur le territoire national. C’est aussi le lieu, soutient Andréa Wojnar Diagne, de disposer des données démographiques et socioéconomiques de qualité en vue de la formulation, du suivi et de l’évaluation des politiques de développement. Mme Diagne se félicite du travail de l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) et le « leadership exemplaire dont elle fait montre dans la conduite de cet important exercice et la qualité du travail accompli depuis 2012 sur le continent ». En effet, note-t-elle, « les données sont collectées, analysées et diffusées en temps utile, lorsqu’elles sont désagrégées et ventilées par sexe, elles aident à la bonne prise de décisions ». C’est pourquoi d’ailleurs, elles doivent être utiles pour les décideurs. « La pérennisation de l’EDS-continue ou un substitut adéquat, du recensement général de l’agriculture, et les mécanismes et les structures de production de données doivent faire partie de tout plan d’émergence », souligne la représentante résidente de l’UNPA au Sénégal. Ainsi, à ses yeux, dans un monde de plus en plus complexe qui demande des décisions cohérentes et basées sur des évidences, la formulation de politiques et stratégies de développement pertinentes et adaptées devrait s’appuyer sur des données fiables, actualisées et accessibles.

I. BA

Au Sénégal, le taux de fécondité a connu une baisse d’un point passant de 5,7 enfants par femme en 1997 à 4,7 en 2016. Les résultats de l’EDS-Continue montre que le nombre moyen d’enfants par femme varie de 3,5 en milieu urbain à 5,9 en milieu rural. En analysant toujours les résultats de cette enquête, l’on voit  que la fécondité varie sensiblement d’une région à une autre. Par exemple, à Dakar, révèle l’EDS-Continue, la fécondité passe d’un minimum de 3,2 enfants par femme à 7,5 enfants dans la région de Kaffrine où 16% des femmes adolescentes de 15-19 ans ont déjà commencé leur vie procréative. Dans cette répartition du taux de fécondité, la région de Kédougou vient en deuxième position avec  6,6. Elle est suivie par les régions de Tambacounda (6,4), de Sédhiou (6,3) et de Kolda (6,2).

La baisse de la fécondité est liée en grande partie à l’amélioration de l’accès et à l’utilisation des méthodes contraceptives en ville comme en campagne. D’après cette étude, une femme sur quatre (25%) utilise une méthode contraceptive quelconque et 23% font recours à une méthode moderne. Elle renseigne également que les femmes utilisent essentiellement trois méthodes.

Il s’agit des injectables (8%), des implants (7%) et de la pilule (5%). Aussi, faut-il noter que l’utilisation des méthodes contraceptives est plus élevée en milieu urbain qu’en milieu rural avec respectivement un taux de 31% contre 17%.  L’utilisation de la contraception moderne dépend du niveau de vie du ménage. Selon l’enquête, 29% des femmes appartenant aux ménages du quintile le plus élevé utilisaient une méthode moderne contre 13% des femmes issues des ménages du quintile le plus bas. Par rapport à la demande en planification, nous apprend l’EDS-Continue, plus d’un tiers (35%) des femmes 15-49 ans en union déclarent qu’elles veulent différer la venue d’un enfant de deux ans ou plus.

I. BA

Au Sénégal, la demande totale en planification familiale est évaluée à 49%. Les résultats de l’EDS-Continue 2016 renseigne que moins de la moitié de la demande est satisfaite par les méthodes modernes avec 47%. Pour ce qui est de la disponibilité, l’étude a montré que 86% de toutes les structures de santé offrent une méthode moderne de Planification familiale. Aussi, quatre structures sur dix offrent-elles la stérilisation masculine ou féminine. Selon l’enquête, l’offre de méthodes modernes de planification familiale est plus élevée dans les postes de santé (87%) que dans des centres de santé et hôpitaux avec respectivement 78% et 77%. Pour la représentante résidente du Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA) au Sénégal, ces résultats traduisent les efforts réalisés dans la lutte contre la mortalité maternelle, d’aider les filles à rester à l’école et à lutter contre les grossesses non désirées. A en croire Andréa Wojnar Diagne, le défi maintenant est de faire en sorte que les méthodes de contraception soient disponibles à  tout couple qui le désire.

I. BA

L’Enquête Démographique et de Santé Continue de 2016 a produit des résultats encourageants notamment sur la disponibilité des produits contraceptifs. Ce qu’a salué  Laylee Moshiri, représentante de l’UNICEF au Sénégal. Selon elle, cette augmentation de la disponibilité est une bonne chose. « Globalement, 86% de toutes les structures de santé offrent une méthode moderne de Planification Familiale  (pilule, injection, implants, DIU, condom masculin ou féminin, Collier du cycle, diaphragme, ou spermicides). Quatre structures sur dix offrent la stérilisation masculine ou féminine. L’offre des méthodes modernes de PF est plus élevée dans les postes de santé (87%) que dans les centres de santé et hôpitaux (respectivement 78% et 77%) », a fait ressortir l’Enquête Démographique et de Santé Continue de 2016. Cependant, moins de la moitié de la demande est satisfaite par les méthodes modernes (47%). Pour Laylee Moshiri de l’Unicef, il y a donc un gap entre ce que les femmes veulent et leurs pratiques au niveau de l’utilisation. « Une femme en union sur quatre (25%) utilise une méthode contraceptive quelconque et 23% utilisent une méthode moderne. Les femmes utilisent essentiellement trois méthodes : les injectables (8%), les implants (7%), et la pilule (5%). La comparaison avec les résultats des enquêtes précédentes montre que la prévalence contraceptive moderne parmi les femmes en union ne cesse d’augmenter, passant de 8 % en 1997 à 25 % en 2016. L’utilisation des méthodes contraceptives modernes chez les femmes en union est plus élevée en milieu urbain (31%) qu’en milieu rural (17%).

O. NDIAYE

Les résultats de l’EDS-continue 2016 montrent qu’il y a encore beaucoup à faire pour endiguer la pratique de l’excision. En effet, renseigne l’enquête, moins d’une femme de 15-49 ans sur quatre, soit 23%, a déclaré avoir été excisée. Ainsi, dans plus de la moitié des cas, les femmes ont subi une simple ablation (54%). Pour 12%, une partie de chair a été enlevée et 7% ont subi une fermeture du vagin. Aussi, apprend-on des résultats de l’enquête que près des trois quarts des femmes de 15-49 ans excisées (72%) ont déclaré l’avoir été avant l’âge de cinq ans. Quant aux filles de moins 15 ans, 14% ont été excisées.

Les résultats par région des excisions des filles de moins de 15 font passer en tête la région de Matam avec 55%. Elle est suivie par les régions de Sédhiou 53%, Tambacounda 48%, Kolda 45% et Kédougou 37%. « On constate  que là où il y avait de plus grande fréquence, on commence avoir des changements d’attitude », s’est réjouie Andréa Wojnar Diagne, représentante résidente de l’UNFPA au Sénégal.

I. BA

Selon l’EDS-Continue 2016, 76% des naissances ont pour cadre un établissement de santé. Au total, 72% de ces naissances se sont déroulées dans le public. La comparaison a fait ressortir une tendance à se rendre dans une structure sanitaire pour les accouchements. « La proportion de femmes ayant accouché dans un établissement de santé est passée de 62% en 2005 à 76% en 2016 », soulignent les enquêteurs. Toutefois, 24% des femmes ont donné la vie à la maison.  L’autre point de satisfaction, c’est la proportion de 75% des mères qui ont reçu des soins postnataux les deux jours qui ont suivi leur accouchement.

I. SANE

Accouchements stats

L’EDS-continue renseigne que des femmes peuvent bénéficier d’une Prise en Charge Intégrée de la Grossesse et de l’Accouchement (PCIGA) dans 65% des structures sanitaires avec un taux de disponibilité du matériel de délivrance de 100%, et de disponibilité de gants de 98% et d’un partogramme de 95%, cette pourcentage est de 80% pour un ballon et un masque respiratoire. « 81% disposent de la gentamicine injectable, trois quarts (76%) ont de l’amoxicilline suspension et 6 sur 10 (59%) ont de la ceftriaxone injectable, des antibiotiques. Trois structures sur 10 ont la solution de chlorhexidine à 4 % pour le nettoyage du cordon ombilical. Seulement 8 % ont de la pommade antibiotique pour les yeux des nouveau-nés », note-on dans le document.

I. SANE

Les chances qu’une femme bénéficie d’un traitement avec des solutions salines sont élevées après son accouchement. En effet, 92% des établissements de santé dispose de ce médicament.

Il en est de même pour la poudre d’ampicilline que l’on retrouve dans 87% des structures sanitaires contre 73% des structures pour la poudre benzathine benzylpenicilline pour injection.

S’agissant des capsules ou comprimés de céfixime, ils sont accessibles dans 27% des services d’accouchement tandis pour la nifédipine, elle est à portée de main dans 31% des services d’accouchement.

I. SANE

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