Idées et Réflexions (1022)

Il est de plus en plus fréquent de constater des manquements graves à l'obligation de réserve, portant ainsi un rude coup à nos valeurs cardinales auxquelles sont associées les règles d'éthique et de déontologie. L’obligation de réserve est une restriction de la liberté d’expression qui s’applique aux agents du service public, en particulier les hauts fonctionnaires. Que l'on soit en position de retraite, de détachement ou même en activité sur le champ politique, la référence à ces valeurs et le respect de ces règles d'éthique et de déontologie s’imposent à tous ceux qui détiennent ou ont détenu une parcelle de pouvoir ou d'autorité dans la gestion des affaires publiques.

Ce phénomène n'est certes pas nouveau. Il a toujours existé, mais certainement pas dans des proportions aussi importantes qu’on le constate de nos jours. S’il est vrai que les exigences en matière de bonne gouvernance, de transparence et de reddition de comptes contraignent l'administration, dans un cadre formalisé, à communiquer pour une bonne information des citoyens, pour autant, il ne saurait être permis, voire même toléré, de livrer des informations d'une certaine sensibilité ou d'exprimer ouvertement des positions sur des faits, événements ou décisions auxquels on a participé. Cela est d'autant plus répréhensible que ces informations sont obtenues, en général, grâce à la fonction actuelle ou antérieure que la République a permis à leurs auteurs d'occuper. C'est dire tout le sens du rappel des notions d’éthique et de déontologie républicaines qui s'appuient sur un corpus de valeurs, de règles et de principes qui doivent guider, à tout moment et en tout lieu, l'action de l’agent public, et en particulier du haut fonctionnaire. Ce corpus est invariable à travers les qualités qu’il incarne, à savoir la loyauté, l'honnêteté, la discrétion, l'obligation de réserve, la neutralité, la probité et l'équité. C'est cet ensemble de qualités qui devrait astreindre à la retenue tout agent de l'Etat face à la très forte tentation d'utiliser les informations dont il dispose comme une « arme non conventionnelle » ou simplement comme un moyen de satisfaction d’un besoin d’estime de soi et de considération. En effet, l’information que détient l'agent public, du fait de sa position institutionnelle, lui confère incontestablement un certain pouvoir. Mais, ce pouvoir est un bien immatériel, une propriété exclusive de l'Etat, en vertu du principe de la neutralité, de l'impartialité et du caractère impersonnel de celui-ci. Les ressources appartiennent à l’Etat et non à l’individu. Dès lors, ce dernier ne peut nullement en disposer à sa guise, quel que soit le niveau de conflit qui existerait entre son désir de poursuivre ses objectifs personnels et les exigences de la déontologie.

Deux causes pourraient, entre autres, expliquer ce phénomène de dérive. D’abord, l'arrivée massive dans l'administration publique, notamment au niveau de la haute hiérarchie, de cadres dont le parcours professionnel n'a pas permis de maîtriser les règles les plus élémentaires qui gouvernent le fonctionnement d'une administration publique, même si, pour certains, le profil académique les prédisposait à occuper des postes de responsabilité. A cela s'ajoute le fait que certains agents et cadres de l'administration sont venus directement du secteur privé, sans pour autant être accompagnés par une formation permanente qui leur aurait permis de s'imprégner de la culture de l'administration publique. Dans la pratique, la déontologie est inculquée à l'agent du service public dès sa formation initiale. C'est à ce niveau qu'il apprend qu'il s'est choisi un destin qui est d’être au service de l'Etat et, par ricochet, des citoyens. En d’autres termes, on n'est pas agent de l'Etat par défaut, du moins on ne devrait pas l'être. Mais, à côté de ces catégories d’agents, figurent des cadres, hautement formés dans les grandes écoles de Management public, mais dont la violation des règles déontologiques relève manifestement d'une volonté d’en tirer des dividendes qui peuvent être soit politiques, soit dans le dessein de discréditer des institutions ou des personnes qui les incarnent. Naturellement, ce qu'ils perdent en termes de crédibilité personnelle et d’affaissement de leur propre statut sur le plan moral ne s’aurait être compensé par le « bénéfice » que leur procure une violation délibérée des règles déontologiques auxquelles ils sont soumis. Conscients des menaces que représentent, entre autres, de telles dérives, les pays africains avaient lancé un projet de Charte africaine de la déontologie harmonisée, sous l’égide de l’Union africaine, afin que, dans chaque pays, les fonctionnaires puissent s’en inspirer pour mieux se conformer à leurs obligations vis-à-vis de l'Etat et des citoyens.

Ailleurs, comme dans certains pays européens, tout un arsenal juridique a été mis en place dans le but de sécuriser les informations sensibles détenues par des fonctionnaires pour que, durant leur mission de service public et après, ils soient tenus par l'obligation de réserve, à défaut d’encourir des sanctions pénales. Aux États-Unis, une loi fédérale avait été votée, en 1939, à l'initiative du sénateur Hatch du nouveau Mexique qui interdisait à tout haut fonctionnaire de se livrer à des activités politiques pouvant l'entraîner à divulguer des informations sensibles. Il est bien vrai que c'était là un cas extrême qui visait notamment à lutter contre le communisme considéré comme une menace à la sécurité de leur nation. L’obligation de réserve est donc une des principales exigences qui s'impose à l’agent public et, au-delà, à tous ceux qui aspirent à des fonctions de responsabilité. En effet, quel que soit le secteur d’activités dans lequel il évolue, le professionnalisme de l'individu sera toujours indissociable de son comportement éthique. Du respect des valeurs cardinales d’éthique et de déontologie dépend la crédibilité de notre République, de nos institutions, de notre démocratie, voire même de la sécurité de notre nation. Un grand sage de chez nous ne disait-il pas, à propos de ceux qui livrent en public les secrets dont ils sont dépositaires, « qu’ils sont comparables à un homme qui se rendrait au plein cœur d’un marché pour annoncer publiquement avoir connu une période de menstrues » ? Est-il encore possible d’inverser cette fâcheuse tendance à fragiliser notre administration, voire notre sécurité intérieure, par la diffusion ou la menace de diffusion publique d’informations notoirement sensibles ? Comment contenir cette frénétique propension à sortir de l’obligation de réserve au nom de l’intérêt personnel des uns et de l’agenda particulier des autres ? Tout le monde doit prendre conscience que de tels écarts peuvent, à la longue, affaiblir notre précieuse administration et dévaloriser l’image du haut fonctionnaire et du grand commis que bien des figures emblématiques de notre Etat ont portée jusqu’au terme de leur carrière.

Quelques pistes de réflexion pourraient constituer une ébauche de solution durable pour éviter la poursuite de cette spirale de la dérive des révélations motivée souvent par des desseins inavoués. Elles porteraient sur : la relance de la Charte africaine sur les valeurs et les principes du service public et de l’administration dans l’Union africaine (le Sénégal pourrait jouer un rôle important dans cette opération pour avoir déjà en gestation un projet dans ce sens) ; la mise en place ou le renforcement de mesures dissuasives de nature à éliminer toute velléité de diffuser des informations sensibles ; le renforcement des politiques de formation permanente des agents de l’Etat, en particulier les hauts fonctionnaires, en matière de bonne gouvernance. Cependant, aucune de ces mesures fonctionnelles et opérationnelles ne saurait se substituer à l’engagement personnel de chaque fonctionnaire à être le propre gendarme de sa conscience. Cette quête constante de l’abnégation est certainement le meilleur garde-fou contre ces écarts de comportements aux conséquences incalculables.

Par Abdoul Aziz TALL
Conseiller en Management, ancien ministre,
président du Groupe d’études et de recherches stratégiques (Geres)

Au fur et à mesure que l’on s’approche des présidentielles de février 2019, toutes les attentions sont braquées sur un seul homme : un président sortant qui veut rempiler face à tous ses adversaires.

Macky Sall, non content d’être sorti major de la promotion de l’école Wade, est un génie politique. Le pape du Sopi ou plus exactement Me Wade a vu plus fort que lui en la personne de l’élève Macky Sall. L’homme a très tôt pu déceler, contrairement à Diouf, quand et comment il fallait parler ou ignorer Wade. Qui aurait pu penser que Macky Sall parviendrait à déboulonner Wade à la présidentielle de 2012, trois ans seulement après avoir créé son mouvement, l’Apr ?

Une fois élu à la tête du pays, le président Macky Sall a, par finesse politique et à plusieurs fois, étouffé, voire déjoué, toutes les tentatives de Wade tendant à déstabiliser son régime.

Conscient que son parti, l’Apr, ne peut pas diriger le pays à lui tout seul, le président Macky Sall n’y est pas allé par quatre chemins en privant certains membres de sa formation politique de postes stratégiques dans les institutions comme l’Assemblée nationale et le Haut Conseil des collectivités territoriales.

Ces deux institutions seront confiées respectivement à Moustapha Niasse et à Ousmane Tanor Dieng. Qui aurait pu penser, un jour, que ces deux ténors socialistes se jetteraient des fleurs sur le perron du Palais présidentiel ou encore voir ces deux ennemis politiques depuis longtemps s’asseoir ensemble autour d’une table pour contribuer à maintenir, voire renforcer, la cohésion da la majorité présidentielle ? Seul Macky Sall pouvait réussir un tel fait avec brio. Il faut préciser que même Diouf n’a pas réussi à concilier les deux hommes. Qu’est-ce que Macky Sall a de plus que Wade, si l’on sait que ce dernier est pourtant décrit comme l’homme le plus généreux de tous ceux qui ont eu l’insigne honneur de diriger le Sénégal ? La réponse semble être la sincérité dans sa promesse de gagner ensemble et gouverner ensemble.

Jamais, dans l’histoire politique du Sénégal, une coalition aussi forte que Bby n’a pu tenir pendant aussi longtemps. Macky Sall, en homme de parole fédérateur mais aussi en fin politique, a su surmonter les humeurs des uns et des autres pour mettre à profit la survie de la dite coalition pour l’intérêt et la stabilité du pays. Car malgré les soubresauts politiques, il ne fait aucun doute que la coalition Bby prouve, aujourd’hui, qu’elle est une addition de volontés sincèrement orientées vers un compagnonnage durable pour l’émergence du pays.

Le génie politique de Macky Sall ayant compris la vulnérabilité de la presse, la précarité des journalistes, son accaparement par des hommes d’affaires qui ne sont mus que par les intérêts de leurs propres business, réussit, à nouveau, à se passer de la méthode Wade pour la museler. Pas besoin pour Macky Sall de distribuer des mallettes d’argent ou de créer des groupes de presse estampillés proches du Palais ou de la Primature. Il phagocyte certains d’entre eux par une méthode douce, en les ignorant royalement. Il ne restait plus à certains que de se rabattre sur des livres ou posts à travers les réseaux sociaux. Et là aussi, il faut reconnaitre que les marrons beiges ou plus exactement les Mackystes ont rendu quasi inexistant les opposants et les activistes sur la toile.

Le président Macky Sall, en bon ancien trotskyste et bon élève de Wade, est loin d’être « un lion qui dort » en termes de stratégies politiques, malgré ses discours taquins, voire sympathiques, qui peuvent le faire paraitre comme une personne qui n’a pas l’initiative politique.

C’est plutôt un lion vigilant, offensif qui ne laisse presque rien passer.

Force est de reconnaitre que, politiquement parlant, Macky Sall dépasse Wade et Diouf pour avoir su maintenir intact la grande coalition Bby tout en conciliant les principaux ténors de la majorité présidentielle, mais aussi en déjouant, à temps, tous les plans orchestrés par une certaine opposition visant à déstabiliser son régime.

Par Mame Ousmane DIOP
Responsable Apr
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Ce chapitre est extrait de son ouvrage titré « La Toison d’or de la liberté. En quête de la démocratie en terres d’Afrique et d’ailleurs : récits, paroles et journal de route »
Préface de Souleymane Bachir Diagne, Columbia university, Présence Africaine Editions 25 bis, rue des Écoles, 75005 Paris, ©Présence Africaine Editions, 2018 Isbn 978-2-7087-0918-8.

Chapitre 3 - Sur la route avec Senghor et Dia : portraits d’hommes dans la traversée d’un siècle d’orages1

À la croisée des chemins : Senghor, de la magie d’une rencontre à la quête du sens
Nos chemins se sont croisés une première fois en 1948 : j’avais vingt ans et je venais d’entrer à l’école nationale de la France d’Outre-mer où Senghor enseignait les Langues et Civilisations de l’Afrique. D’entrée de jeu, la fascination joua à plein. Cet homme de stature modeste, au langage retenu dans les échanges ordinaires, laissait paraître, lorsque le propos touchait les œuvres vives de la pensée et du langage, un rayonnement illuminant le masque du visage qui nous captivait, nous, ses jeunes auditeurs. À n’en pas douter, là se manifestait particulièrement le génie poétique du personnage qui l’emportait alors sur toute autre manifestation de sa présence. J’apprendrais plus tard, cependant, qu’un autre registre de pensée et d’action pouvait se poser en contraste de sa vertu créative première, lorsque s’imposait à lui la froide contrainte de décisions politiques où dominait la position d’acteur responsable qu’il se donnait, primant ou réprimant les élans d’une sensibilité affective enracinée profond. Cette étrange et puissante séduction, qui n’allait pas sans ménager d’improbables surprises, joua à plein sur ses proches, au nombre desquels figurait en bon rang Mamadou Dia, compagnon de dix-sept ans de luttes communes.

Senghor fut, pour moi, un premier « Maître d’initiation », inappréciable, aux données profondes de la Culture africaine ; ce qui gagea une fidélité au long cours dans la traversée d’un siècle d’orages, mais n’exclut jamais lucidité et liberté de dialogue lors de moments cruciaux d’affrontement. Après le temps d’une scolarité studieuse et passionnée, et à l’issue de mon séjour initial au Soudan, nous nous sommes retrouvés, dès le début de l’année 1955, au Sénégal, renouant avec de belles connivences intellectuelles et amicales, dans un contexte de mutation politique majeure. Chef du parti qui emporta la forte majorité des suffrages lors des élections marquant l’accès à l’autonomie interne, Senghor me demanda, en juin 1957, d’entrer dans l’équipe des conseillers du gouvernement entamant la marche vers la liberté, aux côtés de Mamadou Dia qui prenait la tête de l’exécutif nouvellement formé. Ce dernier, dès le premier abord, me fascina et m’inspira respect, confiance : ainsi naquit une amitié profonde au long cours. Le contraste entre Senghor et Dia ne manquait pas de laisser paraître une complémentarité d’exception, en mesure de peser sur le destin de l’Afrique en quête de liberté. L’engagement auprès de Dia se révéla une aventure passionnante, se teintant de tragique lorsque les deux hommes se séparèrent. Pour en saisir les tenants et aboutissants, il est nécessaire de les replacer dans leur histoire propre, à travers les blessures de la sujétion coloniale et l’exaltation des luttes pour y mettre fin.

Des hommes dans leur histoire et dans l’histoire
Léopold-Sédar Senghor est né en 1906 à Joal, petite escale historique des navigateurs, en pays sérer, encore imprégnée de créolité portugaise. Il entamait ainsi sa traversée du siècle, d’un XXe siècle qui fut un temps de mutations majeures. Il n’est pas possible de saisir le sens du destin d’un tel homme sans situer son parcours à travers ces mutations, influencé par elles et leur imprimant sa marque. Pour l’Afrique, pour les relations franco-africaines, ce siècle a été, d’une certaine façon, le siècle de Senghor. Certes, pas seulement cela : d’autres personnages de premier plan y ont laissé leurs traces, mais celles de Senghor sont particulièrement signifiantes pour éclairer l’héritage encore vivant de ces années de braise dans le siècle où nous sommes.

Avant d’analyser les étapes d’un chemin aussi marquant, je voudrais, non pas de façon abstraite et distanciée, mais à partir d’une relation humaine et intellectuelle vécue en dialogue avec lui, mettre l’accent sur la position singulière qui fut la sienne. Léopold-Sédar Senghor a vécu au cœur même de ce mouvement de l’histoire, le portant dans son intelligence, son intime sensibilité, de façon que je qualifierai de charnelle, affrontant d’immenses contradictions, de douloureux et dramatiques déchirements, acteur et témoin d’improbables éclosions de forces nouvelles.

Il en a été imprégné au plus profond de lui-même, loin d’être le personnage irénique et impassible dont les hagiographes impénitents tentent de perpétuer l’image. C’est à travers ce vécu, souvent cahoteux, non exempt de tâtonnements, d’erreurs, de blessures, que s’est formée la conscience d’un destin individuel hors pair assumant l’aventure collective. C’est par là-même qu’il acquiert toute sa crédibilité, sa force, sa portée. C’est de cette manière qu’il faut comprendre la proclamation de la Négritude et ce qui s’ensuivit. Je m’attacherai à tracer ce parcours, où le rejoindra Mamadou Dia, à travers sept étapes distinctives.

1. Le royaume d’enfance
Le jeune Léopold, né donc à Joal d’un père catholique et polygame – situation fréquente et faisant à l’époque l’objet d’une certaine tolérance –, commerçant aisé établi en ce lieu, suit sa mère à Djilor, au cœur du pays sérer du Sine. Selon la coutume matrilinéaire qui y prévaut, le personnage dominant masculin qui régente son éducation est son oncle maternel, qu’il nomme Toko Waly.

Ce dernier est un homme de tradition et, dans ce cadre, son jeune pupille et neveu se laisse pénétrer de tous les effluves du terroir et d’une culture paysanne préservant son cachet de profonde authenticité. Il désignera ce temps de bonheur élémentaire comme son « royaume d’enfance » qui le marquera à jamais.

2. Le premier exil et la fascination du choc de la culture dominatrice
À l’âge de sept ans, avant même d’avoir suivi les épreuves d’initiation traditionnelle, son père décide de le reprendre à Joal et de le confier à l’école des missionnaires. Il subit alors l’épreuve déchirante d’une séparation brutale d’avec le monde maternel et la frustration d’une éducation des racines inaccomplie, source d’une définitive nostalgie.

Par contre, l’école et le catéchisme de la mission catholique, où il apprend le wolof et le français, sont, pour lui, une source ambivalente de fascination. Il refuse de renier son « être culturel » premier, tout en assimilant avec passion les langages et les valeurs de l’Occident, expérience d’une conscience fondatrice de la condition de colonisé. Son intelligence s’y épanouit, malgré les contradictions, à travers de belles performances scolaires qui le conduisent au petit séminaire de Ngazobil, lui ouvrant ainsi le chemin de la prêtrise.

3. La résistance et la conquête des armes du dominant
Le jeune Senghor est pénétré de sa vocation sacerdotale, mais sans se déprendre de la fidélité à son être des racines. Tout en affirmant cette vocation avec force, il s’accommode mal du moule assimilationniste, négateur de son âme sérer considérée comme barbare par ses supérieurs. Jugé rebelle par ces derniers, on lui ferme la porte du grand séminaire. Il traverse alors cette épreuve avec douleur et déception, et me la racontera avec émotion dans une interview autobiographique qu’il m’accordera un demi-siècle plus tard. Hors enregistrement, il me dit : « Si j’avais poursuivi dans cette voie, j’aurais probablement été évêque, puis archevêque et cardinal ». Il s’arrête un instant, comme sous l’emprise d’un rêve familier, alors qu’un frémissement indéchiffrable module son regard... Il ajoute, dans un souffle : « Et peut-être même plus ». Il esquisse un sourire et la conversation amicale reprend son cours. Le jeune homme terminera son cycle secondaire, de façon brillante, dans le premier établissement de ce niveau à Dakar qui deviendra par la suite le lycée Van Vollenhoven.

À travers ces épreuves, ses acquis intellectuels sont remarquables et préservent en lui une attirance profonde pour la langue et la culture françaises, assorties de grec et de latin. Il s’approprie, de la sorte, les armes culturelles du colonisateur, dans un chemin qui demeure marqué de solitude. Seule Hélène, sa belle-sœur et confidente, épouse de son frère aîné René, et dotée elle aussi d’une belle intelligence, est de plain-pied avec lui dans ce parcours hors norme et le soutient depuis l’aube de l’adolescence sans la moindre faille. Notons que son histoire éducative s’est tenue à l’écart du monde saint-louisien qui avait formé jusque-là et continuera de former au premier rang les nouvelles élites sénégalaises. Cette position d’exception, paradoxalement, servira son influence sur la classe politique et sociale du pays : il y apportera, de ce fait, sa singularité, sa différence sans perdre sa proximité. Une situation fertile pour développer le message du métissage des cultures, comme dépassement du fait colonial.

4. Le retour aux sources et l’irrésistible surgissement de l’affirmation identitaire : la Négritude comme reconquête de soi
Les études secondaires menées à bien le conduisent au grand large. Le jeune étudiant, avec le soutien de la famille, s’embarque pour la France engrisaillée de l’automne 1928. Le député Blaise Diagne est son correspondant et l’aide, après un essai décevant en Sorbonne, à s’inscrire en hypokhâgne, au lycée Louis-le-Grand. Nouveau paradoxe : c’est à partir de là qu’il affirmera, à travers la rencontre d’Aimé Césaire, puis de Léon-Gontran Damas, la Négritude partagée, alors que sa passion pour la littérature et la langue française est avivée par le dialogue avec son condisciple Georges Pompidou.

Mais la Négritude ainsi comprise et proclamée n’est pas un eldorado : c’est une terre de conquête, appelant à une reconstruction de soi, mettant en évidence les blessures, les amputations d’une prime jeunesse sous contrôle colonial. L’agrégation de grammaire couronne l’appropriation de la part française de sa quête culturelle, au cœur d’un exil qui semble bien long. En 1937, un bref retour à Dakar, à l’initiative du Gouverneur général de Coppet, au temps du Front populaire, lui permet, dans une conférence retentissante à la Chambre de commerce, devant un parterre couru par les Blancs de la ville quelque peu stupéfiés, d’affirmer l’impératif d’une reconnaissance majeure des langues et des valeurs africaines. L’éducation perçue de la sorte est, à ses yeux, la clé de l’avenir.

Le retour en Europe le voit exercer ses fonctions de jeune professeur, où se révèle un indéniable talent pédagogique. Il demeure profondément impliqué dans le groupe des intellectuels noirs, avec tout particulièrement Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Birago Diop ; mais le voici plongeant bientôt dans la « drôle de guerre » où il est fait prisonnier. Les « tirailleurs sénégalais », ses compagnons de captivité, paysans devenus guerriers par force et dont il se fait l’éducateur, le mettent en prise avec un engagement au service de son peuple. Il y retrouve le point de départ de sa vocation de poète à travers le recueil Hosties noires qui le révèle en possession du point focal de son être : lieu de rencontre et de fusion de toutes ses pulsions créatives. Une fois libéré pour raison de santé, en 1943, il reprend sa place dans le « groupe de la Négritude », devenu chantier d’affirmation et de lutte, aux côtés de ses partenaires d’aventure. Présence Africaine et Alioune Diop prolongeront le mouvement, de façon décisive, peu après le retour de la paix.

Au plus profond de l’horrible drame planétaire que fut le grand conflit mondial, germent les fleurs de la liberté. Pour les peuples coloniaux, dans le sillage de l’Inde libérée en 1947, ce sera le temps de l’inéluctable émancipation. Le chemin menant de la Négritude à la pleine maîtrise de soi est ouvert sans retour.

5. L’engagement en politique et le défi du pouvoir : conquérir pour agir en quête du métissage
Voici désormais Léopold-Sédar Senghor au pied du mur. Le choc cosmique de la guerre a ébranlé les fondements de l’ordre colonial. L’Assemblée constituante de 1945 a la charge de créer les institutions de la nouvelle République. Les députés des territoires d’Outre-mer y ont leur part. Le doyen sénégalais Lamine Guèye appelle Senghor, le jeune et brillant intellectuel, issu du monde « indigène » et non, comme lui, de l’élite des « quatre communes »2, à le rejoindre sur sa liste électorale adoubée par le parti socialiste Sfio. Il est élu. C’est le retour triomphal d’un enfant du pays vivant l’exil depuis presque deux décennies, dans le cadre d’une alliance politique marquée du sceau de la contradiction. Lamine Guèye incarne, en effet, un courant certes émancipateur mais inscrit dans des positions assimilationnistes : il s’agit de se fondre dans la République en revendiquant l’égalité et l’identité de toutes ses composantes, blanches ou noires. Senghor, très vite, élève la voix : « Nous voulons assimiler, mais non point être assimilés, c’est-à-dire préserver notre identité ». C’est la vision d’un métissage identitaire dépassant, prolongeant, accomplissant l’affirmation de soi dans l’ouverture et la réciprocité. Lamine freine des quatre fers. Senghor sort du cadre contraint, démissionne de la Sfio et fonde, en 1949, son propre mouvement politique, le Bloc Démocratique Sénégalais, bénéficiant d’une adhésion enthousiaste jusqu’aux tréfonds du monde rural.

À ses côtés, le jeune Mamadou Dia, de cinq ans son cadet, fils du peuple, éduqué, immergé dans le peuple, instituteur rural, depuis longtemps engagé dans l’affirmation identitaire d’une Négritude vécue, assumée, combattante, au sein d’un groupe d’enseignants protestataires se dénommant, à Saint-Louis, le « Cercle de l’authenticité », avec notamment son collègue Abdoulaye Sadji. L’alliance entre Senghor et Dia est, au départ, miraculeuse, et la division du travail s’opère naturellement entre le fils du Fleuve musulman et le Sérer catholique. Senghor a ouvert la lutte en Europe ; au Sénégal, Dia en sera le vecteur dans le pays profond. Ils unissent leurs efforts dans les positions parlementaires conquises.

Léopold-Sédar Senghor entra, en 1955, dans le gouvernement d’Edgar Faure. Il s’établit entre les deux hommes un pacte d’intelligence. Edgar Faure, bien plus tard, le recevra à l’Académie française. Le chef de l’exécutif qu’il fut avait parfaitement compris le sens des options identitaires commandant l’enracinement dans une terre nourricière, vécu par lui-même, de façon exemplaire, dans son fief franc-comtois. Mais les fluctuations capricieuses de la vie parlementaire française laissaient peu de champ à cet attelage séduisant. La majorité des élus à l’Assemblée finit par rechigner devant une « Union française » porteuse, à leurs yeux, d’un excès d’égalitarisme gageant à terme la domination démographique des peuples d’Outre-mer. On en vint alors à octroyer l’autonomie territoriale à chacune des ex-colonies, comme une protection différencialiste préservant la prééminence de la métropole, tout en leur refusant le droit d’établir entre elles un lien fédéral qui aurait pesé trop lourd au regard du pouvoir central. Telle fut l’économie de la Loi-cadre du 23 juin 1956, que Senghor et Dia, forts de leurs convictions fédéralistes, refusèrent de voter. Dia, pour sa part, d’abord élu au Sénat, avait ensuite rejoint Senghor à l’Assemblée nationale. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, ils devront cependant appliquer les dispositions de la loi génératrice d’une autonomie limitée, dans un grand espace balkanisé. Mamadou Dia se voit alors confier la mission de mettre sur pied l’État sénégalais semi-autonome et d’en diriger le gouvernement, tandis que Senghor mène le jeu auprès des pouvoirs centraux de la République. Nous sentions bien, à travers ces incomplétudes, ces contradictions et ces porte-à-faux, qu’il ne s’agissait que d’une étape de transition. L’effondrement de la quatrième République et l’accession du général de Gaulle à la Présidence allaient changer la donne. La décolonisation revenait en force à l’ordre du jour.

6. L’épreuve de la liberté : comment et jusqu’où abattre la muraille des contradictions
Le nouveau pouvoir accepte, d’entrée de jeu, d’élargir l’autonomie, mais dans le cadre d’une « Communauté française » où les pouvoirs régaliens seront gérés en commun tout en préservant la prééminence française. Dans le rite de passage, à travers le référendum constitutionnel de septembre 1958, les Territoires doivent choisir entre l’indépendance immédiate, assortie de rupture avec la France, et le statut d’États membres de la Communauté. La pierre d’achoppement, c’est la position au regard de l’indépendance. La question divise la classe politique, y compris à l’intérieur du Sénégal. Senghor est profondément déchiré. La majorité du parti penche pour l’indépendance immédiate, alors que son leader craint cette cassure frontale. Il s’ensuit une période de flottement. Mamadou Dia, sensible aux arguments des indépendantistes, mais fidèle à son ami, sauve la mise en soutenant un compromis historique que Senghor finit par accepter : le Sénégal dira « oui » à la Communauté, mais en préparant à court terme une indépendance négociée. Je vis ces événements avec intensité, dans mes fonctions de Directeur de Cabinet du Chef du gouvernement. Le « oui » l’emporte et ouvre la voie à une stratégie intensive de développement fondée sur le démantèlement de l’économie de traite, condition de la libération effective, et sur la création de coopératives de développement autogérées appuyées par l’éducation et l’animation rurales, conditions de la démocratie. Mamadou Dia en est le maître d’ouvrage et Senghor le soutient. Cependant, la nouvelle politique met en question de puissants intérêts économiques et politiques et la position sociale de féodalités religieuses conservatrices.

Entre-temps, le Sénégal et le Soudan avaient tenté de créer entre eux un lien fédéral, en 1959, malgré les vents contraires. La Fédération du Mali explosa en août 1960 et le Sénégal indépendant, après les négociations émancipatrices avec la France, reprit sa ligne de développement, Senghor présidant la nouvelle République. Dans ce nouveau cadre, les divergences, non exemptes de malentendus, s’accumulèrent entre Dia et lui, reflétant les contradictions internes du parti au pouvoir. Alors que l’on en était au dernier acte de l’abolition de l’économie de traite, la rupture s’opéra en décembre 1962 dans des conditions tragiques. Le jeu institutionnel avait mis à mal un dialogue essentiel entre les compagnons. Au plus fort de la tourmente, Senghor lâcha Dia qui subit un sort cruel. Cependant, sur les valeurs fondatrices, les deux hommes étaient loin d’être en désaccord. Le jeu politique et politicien ne permit pas que l’alliance entre eux, sur ces fondamentaux, garde sa force première, au grand dam d’une entreprise exemplaire reposant sur leur complicité hors du commun.

Le climat général de crise qui succéda à l’euphorie quelque peu factice des « trente glorieuses » ne permit pas véritablement d’avancées décisives au regard du développement. Senghor eut l’habileté politique, seul aux commandes, d’éviter les explosions majeures.

7. Fin de règne pour Senghor : un legs politique et, plus encore, une œuvre poétique hors du temps. Pour Dia : des messages d’avenir
À la fin de l’année 1980, après vingt ans d’exercice du pouvoir à la tête de l’État et de son mouvement politique, à l’âge de 74 ans, alors qu’aucune contrainte ne s’imposait à lui hors de son devoir de conscience, Senghor décidait de quitter ses fonctions, avec le désir d’assurer la continuité de l’œuvre qui avait été la sienne, un processus alors sans précédent dans l’univers des chefs d’État africains. Il n’est pas aisé d’établir un bilan équitable de ce grand parcours d’histoire. Il s’agit certainement d’une trajectoire d’exception. Quelques points marquants peuvent être mis en évidence.

Sa vocation initiale, affirmée et assumée, était de contribuer à l’illustration d’une créativité africaine se dégageant de la longue et lourde oppression coloniale. Il avait, dans le peloton de tête, compris l’importance majeure de la Culture pour « faire humanité ». Il avait saisi la nécessité de libérer cette créativité culturelle à partir des chemins historiques propres aux différents peuples, tout autant qu’à travers leurs rencontres et leurs confluences, se faisant l’apôtre du métissage. Pour toutes ces raisons, il voulait, au départ, préserver personnellement, comme richesse suprême, sa créativité poétique, affranchie des lourdes contingences de l’engagement politique, et son œuvre littéraire fondamentale en fait foi. Il ne put cependant se dérober à l’appel des responsabilités à l’heure des mutations majeures et contraint, dès lors, de naviguer dans la mer des contradictions, il s’est attaché à sauvegarder, en particulier dans son travail d’écriture, l’essentiel de son message dont la portée reste grande aujourd’hui, reprenant l’induction fulgurante de Teilhard de Chardin qui l’influença : « La Terre pour devenir adulte a besoin de tout son sang ». Si Senghor n’avait pas tenté la conquête, la reconquête de sa Négritude à travers les épreuves non dénuées d’ambiguïté de l’engagement dans un chemin d’ombre et de lumière, où les ombres sont autant signifiantes que les lumières, alors son apport n’aurait pas le même prix pour ceux qui cheminent à sa suite.

Autant Senghor s’était appliqué à garder en toutes circonstances le contrôle de ses humeurs, assorti d’une discipline physique assidue, autant Dia manifestait son énergie vitale par une impulsivité réagissant bien souvent avec force, voire avec violence, aux situations qui l’interpellaient. Chez lui, la colère signifiait ordinairement l’explosion de l’indignation qui flambait face à l’injustice, à l’irresponsabilité, à la trahison. Pour autant, la profondeur intime des sentiments ne manquait pas de révéler d’infinies délicatesses, particulièrement précieuses en amitié, mais exigeantes en qualité et en fidélité. Ses convictions spirituelles, liées à une sincère dévotion à l’islam soufi, ne manquaient pas, à l’occasion, de tempérer la fulgurance de ses emportements. Dia était un excellent orateur qui puisait dans son caractère la coloration d’une éloquence reconnue et appréciée. Il arrivait cependant que la vertu de la colère, en certaines circonstances essentielles pour mener de bons combats, se heurte à des obstacles, des chausse-trapes difficiles à déjouer. Ce fut le cas au plus vif de la crise de 1962 marquant sa rupture avec Senghor, où il ne suffisait pas d’avoir raison pour l’emporter. La profondeur de ses sentiments, soutenue par sa hauteur de vue spirituelle, le conduisit, malgré la dureté des épreuves endurées, à préserver un attachement personnel incoercible à son compagnon des époques pionnières. Le message et l’héritage de Dia, qui rejoignait Senghor pleinement dans son attachement à la Négritude, vertu d’authenticité, c’est précisément la rigueur de la foi dans les options fondamentales : pour lui, essentiellement, le combat pour la libération du peuple, au prix des plus durs des sacrifices.

Senghor quitta ce monde, entouré d’honneurs et de distinctions, en 2001, à l’âge de 95 ans. Obsédé, de façon récurrente, tout au long de sa vie d’homme, par le sentiment du devoir d’être ce qu’il n’était pas, sans abolir pour autant son être premier, il finit par y parvenir, le métissage demeurant à ses yeux comme la terre promise. Dia, pour sa part, s’en alla en 2009, à 98 ans, s’attachant jusqu’au bout à demeurer dans l’arène, sans être entendu unanimement à hauteur de ses espérances, mais porté par le souci que les générations à venir comprendraient les enjeux fondateurs des temps historiques de l’indépendance et en tireraient les enseignements pour les horizons nouveaux. Je reste à l’écoute des leçons de vie qu’ils nous donnent l’un et l’autre.

L’émission « La marche du monde » de Valérie Nivelon, le dimanche 3 juin 2018, consacrée à Roland Colin et à ce livre, peut être écoutée et téléchargée à partir du lien suivant :
http://rfi-la-marche-du-monde.lepodcast.fr/roland-colin-libre-passeur-africain

[1] Ce texte développe la teneur d’une conférence que j’ai donnée à Besançon, le 28 janvier 2012, dans le cadre des Journées d’hommage à L.-S. Senghor, organisées par l’Association Terres et Peuples d’Afrique. 

[2] L’avènement de la Troisième République ouvrit, pour les originaires des quatre com-munes sénégalaises (Saint-Louis, Dakar, Rufisque et Gorée), l’accession à des droits civiques d’exception, incluant une représentation au Parlement. Lamine Guèye en était, à la différence de Senghor né dans le statut de l’indigénat qui ne fut aboli qu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Cette mesure élargissait avec parcimonie la représentation des Territoires coloniaux dans les Assemblées de la République.

Par Mamadou LY
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Le constat est fait que les Sénégalais sont friands de ce qu’on appelle « palabre » au pays des Baoulés et autres Bétés. Il s’agit de débats où s’entrechoquent commentaires d’experts, propagandes politiques et discussions ‘’ de borne fontaine’’ ou ‘’wax sa xalaat’’. Avec son lot de dérives verbales et d’invectives, aucune alerte ou mise en garde de bonnes volontés ou de personnalités religieuses, ne semble freiner, encore moins inverser la tendance. Le Cheikh et célèbre conférencier Moustapha Sylla du village de Taïba, commune de Marsassoum, dans le département de Sédhiou, s’est indigné de constater que c’est seulement quand une personnalité publique (politique, religieuse ou financière) est mise en cause par la justice qu’on entend des clameurs, comme si elle n’a jamais fonctionné avant.

La décision de la Cour de justice de la CEDEAO dans l’affaire Khalifa Sall et consorts c/ L’Etat du Sénégal, occupe les devants de l’actualité comme si c’était une première que le Sénégal comme la quasi-totalité des pays membres de cette communauté, est trainé devant cette juridiction et même condamné. Malgré l’abondance de la jurisprudence des juridictions communautaires en Afrique, en Europe et partout dans le monde, ladite décision fait l’objet d’une extraordinaire médiatisation et d’une déraisonnable exagération de sa portée réelle. Ceci est dû à une méprise sur l’étendue des compétences de la Cour qu’il est utile de lever, avant de passer en revue les points objets de mon ‘’ avis dissident’’, pour utiliser un vocable utilisé à la Cour Internationale de Justice (CIJ) de la Haye.

LA COMPETENCE CONTENTIEUSE DE LA COUR
Dans sa décision sur l’affaire Khalifa Sall et consorts, la Cour a souligné avec force référence aux textes communautaires et à sa jurisprudence constante, son incompétence à réviser les décisions des juridictions nationales, se disant ni une Cour d’appel ni une Cour de cassation des juridictions nationales. Toutefois, et cela mérite d’être salué, la Cour a rejeté l’argument de l’Etat du Sénégal tendant à écarter sa compétence au motif que la chambre d’accusation a jugé réguliers les PV d’audition des officiers de police judiciaire élaborés sans la présence des conseils des mis en cause dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar. La Cour a fort justement souligné qu’elle ne juge pas la décision de la chambre d’accusation validant lesdits PV, mais qu’elle statue sur les droits de l’homme, et dans cette affaire, sur le droit à l’assistance d’un conseil dès la première interpellation et tout le long de la procédure, ce qui est conforme à son statut.

LES POINTS QUI POSENT PROBLEME DANS L’ARRET
- Le caractère arbitraire de la détention de Mr. Khalifa Sall dans la période comprise entre la proclamation par le Conseil Constitutionnel des résultats des élections législatives et la levée de son immunité parlementaire. La lecture des motivations de la Cour a renforcé ma conviction d’une appréciation erronée des droits attachés à cette immunité. En effet, la Cour a fait référence à l’article 51 de la loi organique portant règlement intérieur de l’Assemblée nationale du Sénégal en se limitant à sa deuxième phrase aux termes duquel « Le député est couvert par l’immunité parlementaire à compter du début de son mandat qui prend effet dès la proclamation des résultats de l’élection législative par le Conseil Constitutionnel. » et oubliant totalement la suite qui est relative au cas de délit ou de crime qui concerne justement Mr Khalifa Sall. La Cour a confondu deux situations : celle du député dans l’exercice de ses fonctions et celle du député ayant commis un crime ou un délit. Les questions simples que la Cour devrait se poser sont : en quoi le député est immunisé ? Dans quelles situations et contre quelles mesures (coercitives) le député est exempté ?

Les réponses sont bien dans cet article 51 qui reprend textuellement l’article 61 de la Constitution que la Cour de la CEDEAO mentionne d’ailleurs entre parenthèses : son alinéa 2 dispose en effet,« Aucun membre du parlement ne peut, pendant la durée des sessions, être arrêté ou poursuivi en matière criminelle ou délictuelle, qu’avec l’autorisation de l’Assemblée nationale ». Je l’ai expliqué ailleurs, les actes d’arrestation et de poursuite sont les deux seuls (pas la détention) qui sont inapplicables au député en cas de crime ou délit sauf levée de son immunité. Cette omission (grave) fausse forcément son jugement.

- Sur le droit à l’assistance d’un avocat : la chambre d’accusation a jugé les PV valides parce que l’article 55 nouveau du Code de procédure pénale (CPP) du Sénégal ne rend la présence obligatoire de l’avocat qu’en cas de prolongation de la garde à vue. Khalifa Sall n’a jamais été dans cette situation. La Cour de la CEDEAO s’est dite incompétente pour apprécier l’arrêt de la chambre d’accusation, et considère que l’audition par la police de Khalifa faite sans la présence d’un avocat constitue une violation de ce droit et au-delà, à un procès équitable. Etrangement la Cour cite cet article 55 nouveau du CPP en ses dispositions sur cette présence de l’avocat et la mention obligatoire dans le PV sous peine de sa nullité tout en taisant celles relatives au stade de l’enquête où cette présence est impérative.

- Sur la présomption d’innocence : la Cour fonde la violation de ce droit sur les déclarations du Procureur de la République lors d’un point de presse, en retenant que « les propos du Procureur de la République tendent simplement à faire croire à l’opinion publique qu’il y a eu soustraction de fonds publics à l’aide de faux document alors qu’aucune décision de justice ne l’atteste encore ». Ce raisonnement me semble erroné pour les raisons suivantes :

o la présomption d’innocence consiste à ne pas imputer (déclarer auteur) un fait délictuel à quelqu’un tant qu’une décision judiciaire devenue définitive ne l’atteste. Or, le Procureur n’a fait que relater les faits (je souligne) de la cause que la Cour rapporte bien « …il y a soustraction de fonds publics à l’aide de faux documents..», et que « l’affaire de la caisse d’avance n’est rien d’autre ( pas de fondement politique) que la justification d’un‘’ montant d’un milliard huit cents millions qu’on a pris des caisses de la mairie de Dakar sur la base de faux documents » (IV-30).

o la Cour, à défaut de rapporter les mots accusant explicitement (je souligne) Khalifa Sall et consorts, s’est visiblement contentée de remplacer le « on » du procureur par le nom de Khalifa Sall en soutenant que « le Procureur de la République a implicitement laissé entendre aux yeux du public, que Mr Khalifa Sall était coupable ». En procédant ainsi, la Cour a opéré une démonstration (de la compréhension du public) purement subjective, un procès d’intention au Procureur alors que cette volonté a été explicitement déclinée pendant la conférence de presse comme étant une démonstration que les faits de la cause des poursuites n’avaient aucun caractère politique.

o C’est bien au Procureur d’établir les faits de la cause (les fausses factures et leur usage pour se faire remettre des fonds publics) et de prouver à l’audience. La décision de justice est dans l’imputabilité de ces faits au mis en cause. Il faut reconnaitre ici que le moyen de défense sur ce point, posé par les avocats de l’Etat du Sénégal (droit à l’information des citoyens) est véritablement léger.

- Sur le droit à un procès équitable: la Cour a conclu à sa violation sur la base des constats suivants : la violation du droit à l’assistance d’un conseil, celle de la présomption d’innocence et le non-respect par le juge d’instruction du délai d’appel contre ses ordonnances portant l’une, sur le rejet de l’offre de caution de Khalifa Sall et l’autre, sur le refus de la demande d’audition de témoins et le recours à un expert. Ce qui semble étrange ici, c’est que la Cour considère que « les agissements du juge d’instruction constituent une atteinte grave aux droits de la défense et au droit à un procès équitable » en revenant sur son rejet des deux demandes des requérants, alors qu’elle a déjà jugé qu’il « ne constitue pas, en soi, une violation de leurs droits en la matière » (IV-40). Dans tous les cas, ces violations sont « rattrapables » à l’occasion du procès en appel qui est une reprise du procès que toutes les parties ont considérée comme insatisfaisant.

Ceci nous amène à examiner la mise en œuvre par l’Etat du Sénégal, de cette décision qui s’impose à lui.

L’EXECUTION DE LA DECISION DE LA COUR
La Cour de justice de la CEDEAO juge en premier et dernier ressort, les cas de violation des droits de l’homme qui lui sont soumis par les Etats et les citoyens des pays membres de l’organisation sous régionale. Sa jurisprudence confirme une conformité au principe de subsidiarité que partagent toutes les juridictions communautaires, notamment la Cour Européenne des droits de l’Homme (CEDH) de Strasbourg à laquelle elle fait souvent référence. Chacune réaffirme régulièrement son attachement à ce principe selon lequel elle « ne saurait se substituer aux autorités nationales compétentes » (CEDH-Arrêt Austin), qu’elle ne constitue ni une Cour d’Appel, ni une Cour de Cassation pour les juridictions nationales. Ceci pour dire que leurs décisions ne s’imposent nullement aux juridictions nationales. La Cour de Cassation française avait précisé « qu’un arrêt de condamnation de la Cour européenne s’il permet à celui qui s’en prévaut de demander réparation, est sans incidence sur la validité des procédures relevant du droit interne » 5 Crim.3 février 1993, Kemmache).

C’est dans le même sens que semble s’inscrire la Cour de la CEDEAO lorsqu’elle « estime que le montant de trente-cinq millions (35.000.000) de francs CFA serait une juste réparation des préjudices subis ; » La doctrine va dans le même sens en considérant que les décisions de ces juridictions revêtent seulement un caractère déclaratoire qui laisse aux Etat la liberté de leur exécution. Trois modalités sont notées dans la pratique des Etats membres :

- Adapter leur législation à la nouvelle lecture faite par la Cour communautaire dans une décision en application des textes communautaires et des autres instruments internationaux des droits de l’homme. C’est le premier rôle de ces juridictions qui est d’ouvrir la voie du progrès aux textes et pratiques communautaires dans la protection des droits de l’homme, car, il est reconnu que le juge va plus vite que le législateur dans ce domaine. A ce sujet, l’article 55 nouveau du CPP sénégalais qui a introduit le droit à l’assistance d’un avocat mais au stade de la prolongation de la garde peut amener le législateur à le modifier pour faire comme en France, avec la loi du 14 avril 2011 qui prescrit la présence de l’avocat au début de la garde à vue.

- Réparer le préjudice subi par le requérant. L’Etat du Sénégal doit payer la somme allouée aux requérants en compensation de tous les préjudices nés de la violation des droits retenus.

C’est dans ce sens qu’il faut comprendre les propos du Procureur Général Lansana Diaby quand il dit que l’Etat du Sénégal ne peut ignorer les décisions de la Cour. Le juge d’appel, contrairement à beaucoup de commentaires, n’est pas lié par cette décision. Toutefois, il peut :

- tenir compte de certains aspects de la décision notamment assurer aux requérants un procès équitable cette fois-ci.

- statuer sur certaines irrégularités constatées à savoir la validité des PV de police et le rejet de la demande d’audition de témoin et à une expertise. Mon avis exprimé plus haut va dans le sens de la validité des PV. Si celui de la Cour d’appel a un autre avis, les PV peuvent être annulés mais étant donné qu’ils n’ont qu’une valeur de renseignement à l’audience, leur annulation n’aura aucun impact sur la conduite du procès. Quant au rejet des demandes d’audition et d’expertise, la Cour constatera certainement que la Cour de la CEDEAO a déjà considéré que ce rejet n’était pas « déraisonnable ».

La justice de notre pays est loin d’être la pire du continent. Nos magistrats ont, dès notre accession à l’indépendance, prouvé leur expertise et leur probité sur le plan international. Je termine en paraphrasant le Juge Téliko, président de l’UMS, connu par son engagement dans le renforcement de l’indépendance de la justice, citant Balzac, a mis en garde les citoyens contre la défiance en la justice de la République, unique garante de nos libertés à tous. Elle a besoin de sérénité pour dire le droit. Les conférences de presse intempestives sur les affaires pendantes devant la justice sont malvenues car n’aboutissant qu’à troubler l’esprit du citoyen lambda.

Par Sankoun FATY
Officier de Gendarmerie à la retraite
Juriste-Consultant-Société civile de Sédhiou

- Réalité de l’agrégation
Au Sénégal, il existe un véritable mythe de l’agrégation. L’agrégé est perçu comme une sommité scientifique. Il a atteint le sommet du savoir dans sa discipline.

Cette impression remonte au temps des affrontements électoraux des années 1950 entre le Bds de Senghor et la Sfio de Lamine Guèye. Les partisans de Senghor se glorifiaient avec ce propos :

Senghor est agrégé ; il est plus instruit que Lamine Guèye (moko dax jang).

Il est temps que le grand public soit éclairé à propos de l’agrégation sur au moins trois points :

1- L’agrégation est une spécificité française : elle n’existe que dans le système français. Personne n’a jamais entendu parler d’agrégé américain, anglais, russe chinois…

2- L’agrégation n’est pas un diplôme : c’est un titre institué en France, au 19ème siècle, pour le recrutement des professeurs. L’université ne délivre que trois diplômes : le Baccalauréat, la Licence (maintenant appelée Maîtrise) et le Doctorat d’Etat qui est le diplôme universitaire le plus élevé.

3- Il existe deux types, deux niveaux d’agrégation établis en France par le Conseil national des universités (Cnu) :

- l’agrégation de l’enseignement supérieur pour les Facultés de Droit et Sciences économiques (Droit public, Science politique, Droit privé, Histoire du Droit, Economie, Gestion) et pour les Facultés de Médecine et Pharmacie.

- l’agrégation de l’enseignement secondaire pour les Facultés des Lettres (Lettres modernes et classiques, Histoire, Géographie, Grammaire, Philosophie, Langues vivantes) et pour les Facultés de Sciences (Mathématiques, Physique et Chimie, Sciences naturelles).

Les agrégés de l’enseignement secondaire peuvent être assistants à l’université, mais ne deviennent professeurs qu’après avoir soutenu leur thèse de Doctorat d’Etat. Contrairement à ce que pensaient les partisans de Senghor, celui-ci ne pouvait pas être supérieur à Lamine Guèye par les diplômes. Senghor, avec son agrégation de Grammaire, ne pouvait enseigner que dans le secondaire (ce qu’il a fait en France), alors que Lamine Guèye, Docteur d’Etat en Droit, pouvait enseigner à l’université (ce qu’il a fait aux Antilles).

Voici ce qu’en disait Cheikh Anta Diop :
Un agrégé de Lettres est un professeur de lycée qui doit travailler encore une dizaine d’années pour devenir docteur d’État afin de posséder ainsi le grade le plus élevé que l’université délivre dans sa branche. Senghor traîne le complexe de la thèse de docteur d’État, cette peau d’âne qu’il n’a jamais pue posséder (journal « Taxaw », n° 7, janvier 1978).

Mais, le mythe de l’agrégation est resté tenace. On peut voir un professeur d’université, docteur d’Etat, ne mettre en avant dans sa présentation que son titre d’agrégé (de l’enseignement secondaire) : c’est cela qui impressionne les foules !

Crédibilité de l’agrégation
La crédibilité scientifique de l’agrégation dans le domaine des sciences sociales est altérée par au moins quatre éléments : l’idéologie, les considérations personnelles affectives, les interférences politiques et la valeur scientifique des/ou de certains membres du jury.

Dans les sciences sociales, « l’impartiale sérénité du savant » n’existe pas. A la différence des sciences physiques, l’individu est partie intégrante de l’élément de la société qu’il étudie ; il ne peut pas s’en distancier.

Raymond Aron, dans ses « Mémoires » (1983, p.37), raconte qu’il réussit classé premier à l’agrégation de Philosophie en 1928, alors que son brillant condisciple Jean-Paul Sartre est recalé, pour ne réussir que l’année suivante à la première place. Aron en donne cette explication :

En 1928, Sartre n’avait pas joué le jeu ; il avait exposé sa philosophie du moment. Il se laissa convaincre l’année suivante qu’il fallait d’abord donner à l’examinateur ce que celui-ci attendait. Ensuite, chacun pouvait gambader.

Cela mis à part, les considérations personnelles affectives sont moins présentes au niveau de l’agrégation des Facultés des Lettres et des Facultés de Sciences, compte tenu de la présence d’épreuves écrites ; ce qui permet de préserver partiellement l’anonymat des candidats.

Il en va autrement pour l’agrégation des Facultés de Droit et d’Economie. Les considérations affectives personnelles et idéologiques interviennent pour beaucoup dans le concours. Le président du jury, nommé par le gouvernement, choisit les autres membres parmi ses collègues qui proviennent de différentes universités. Chacun des membres du jury, au nombre de cinq ou sept, a parmi les candidats ses poulains qui viennent de son université. Ce qui fait place à la cooptation facilitée par le fait que les épreuves ne sont pas anonymes ; elles se tiennent toutes en une sorte de grand oral, le candidat faisant face au jury. Les membres du jury et les candidats se connaissent comme dans un village. Un membre du jury qui a parmi les candidats quelqu’un qui a été son assistant, dont il a été le directeur de thèse, se montrera-t-il indifférent à son égard ?

Seul l’anonymat des épreuves écrites aurait permet d’éviter, ne serait-ce qu’en partie, une telle proximité entre candidats et membres du jury. Lorsqu’un jour je raconte à Mamoussé Diagne la façon dont se déroule l’agrégation de Droit et d’Economie, lui qui a passé et réussi l’agrégation de Philosophie, n’en revient pas. A cela s’ajoutent les considérations idéologiques : une seule école de pensée doit prévaloir.

La palme du pittoresque revient à l’agrégation de Droit telle que pratiquée à une certaine époque à Paris. Après admissibilité sur travaux, le candidat doit tenir deux leçons devant le jury. Il tire un sujet et dispose de 24 h pour le préparer. Auparavant, il a formé, avec des collègues amis, une équipe qui se met alors à pied d’œuvre pour faire des recherches et même rédiger le texte de la leçon. Il arrive que le candidat aille dormir chez lui ou à l’hôtel et venir le lendemain présenter devant le jury le texte qui lui a été préparé. Et il est agrégé ou recalé.

Il convient de souligner aussi que le concours français d’agrégation en Droit et Economie était partie intégrante de la politique culturelle de la France en Afrique. C’est ainsi que les candidats camerounais dans ces deux disciplines étaient automatiquement reçus. La configuration de la population du Cameroun en francophones et anglophones se retrouve à l’Université de Yaoundé. Les enseignants anglophones, formés, eux, en Angleterre ou aux Etats-Unis, des pays où n’existe pas l’agrégation, sont titularisés professeurs dès l’obtention du PhD (Doctorat d’Etat), risquant ainsi de dominer l’Université au détriment de leurs collègues francophones. Ce que la France tenait à éviter.

Ici, le président Senghor ne manquait pas d’intervenir auprès des autorités françaises dans le concours d’agrégation de Droit ou d’Economie en soutien de candidat sénégalais de son obédience.

C’est que, depuis les évènements de Mai 68, il avait tenu à faire de l’université sa chasse gardée.

Parmi les agrégés de Droit et d’Economie, on trouve, bien sûr, des éléments très brillants qui sont même de loin supérieurs à certains membres de leur jury sans épaisseur avérée. Mais, on y trouve aussi de fieffés nullards parachutés, comme ont pu le constater les étudiants de la Faculté de Droit et d’Economie de Dakar des années 1960 et 1970, avec certains coopérants de l’Assistance technique.

CRITIQUES AUTOUR DU CONCOURS D’AGRÉGATION
Raymond Aron fait la critique de l’agrégation, des décennies après, dans ses « Mémoires » :

Je n’étais pas désigné, en apparence tout au moins, pour prendre la défense de la vieille Sorbonne et des mandarins. J’avais toujours, dans les journaux et dans les revues, critiqué l’organisation française de l’enseignement supérieur ; critiqué le baccalauréat, trop difficile en tant qu’examen de fin d’études secondaires, sélection insuffisante pour l’entrée à l’Université ; critiqué l’agrégation qui ne garantit pas la qualité de l’enseignement et qui ne forme pas à la recherche (Mémoires, 1983, p.471).

Sur le plan officiel, dans le cadre des Assises de l'enseignement supérieur, en préalable à la future Réforme des universités, le Rapport Vincent Berger (président de l’Université Paris V-Descartes), remis au président de la République, le 17 décembre 2012, propose officiellement de supprimer l'agrégation du Supérieur, mode de promotion inadapté, pénalisant, pittoresque et archaïque.

Une pétition contre l’agrégation, lancée en février 2012 et soutenue par les syndicats majoritaires de l’enseignement supérieur, recueille plus de 600 signatures d'enseignants chercheurs. L’Association française d'économie politique (Afep) qualifie ce type d'agrégation de « simulacre de concours » dans son rapport annuel de 2010, et en dénonce le « copinage ». L’Afep précise que ce « type de recrutement n'existe qu'en France, à l'exclusion de tout autre pays dans le monde » et estime que « cette agrégation ne valorise pas la recherche. Une fois agrégé, on avance à l’ancienneté sans faire de la recherche ».

Il n’existe pas d’agrégé en Sociologie, ni d’agrégé en Démographie, parce que ces deux disciplines, pourtant importantes des Sciences sociales, n’ont pas été décrétées à agrégation par le Cnu.

Il existe, en France, une Association des sociologues enseignants du supérieur. Un de ses membres, Michel Lallemand, est l’auteur d’un article intitulé « La sociologie n’a pas besoin de l’agrégation » et dans lequel on peut lire :

Je ne pense pas que la Sociologie ait à gagner en adoptant une formule de recrutement de type agrégation du Supérieur.

Je n’ai parlé, ici, que du concours d’agrégation de Droit et d’Economie pratiqué en France. Le concours d’agrégation du Cames en est un copier-coller. A ses débuts, le jury n’était composé que de professeurs français, les uns venant de France, les autres venant d’universités africaines francophones. C’est avec stupéfaction que j’ai appris une fois qu’un collègue coopérant du Département d’Economie, que je n’aurai pas la cruauté de nommer, avait été coopté membre d’un jury d’agrégation du Cames. Les jurys sont maintenant largement ou totalement africanisés.

Je n’ai rien dit de l’agrégation de Médecine dont je n’ai pas connaissance. J’ai seulement appris sa suppression en France, en 2017, à la suite de celle d’Economie en 2015. Dans le contexte actuel de mondialisation, les autorités universitaires françaises ont pris conscience que la concurrence en leur défaveur avec les universités étrangères ne cadre plus avec le maintien du système d’agrégation, une vieillerie du 19ème siècle. Aucun des économistes français connus à l’étranger n’est agrégé. Seule l’agrégation des disciplines juridiques continue à faire de la résistance dans l’enseignement supérieur, mais le mouvement de « dés-agrégation » est lancé en France. Le Cames suivra-t-il ?

Il est opportun de souligner, ici, que le plus brillant d’entre nous tous, le pluridisciplinaire géant du savoir, Cheikh Anta Diop, ne s’est jamais intéressé à l’agrégation.

Par Makhtar DIOUF
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Dans son arrêt numéro ECW/CCJ/JUD/17/18 du 29 juin 2018, la Cour de justice de la Cedeao devait statuer sur plusieurs « prétentions » des avocats de Mme Fatou Traoré ainsi que des sieurs Khalifa Ababcar Sall, Mbaye Touré, Ibrahima Yatma Diao, Amadou Moctar Diop et Yaya Bodian.

À la page 53 de sa décision, la Cour écrit qu’elle « condamne le défendeur à payer aux requérants la somme de trente-cinq millions de FCfa (35.000.000) à titre de réparation, déboute les requérants du surplus de la prétention et met les dépens à la charge de l’Etat ».

En clair, la seule condamnation du défendeur concerne les 35.000.000 et les dépens comme repris à la page 53 de la décision. Le fait que la Cour y ajoute l’expression « déboute les requérants du surplus de la prétention » devrait clore le débat sur les conséquences de cet arrêt communautaire sur l’autorité de la chose jugée et actuellement en procédure d’appel au Sénégal. Quid des prétentions ayant été rejetées ?

Il est important de noter que la Cour de la Cedeao n’a pas accédé à la requête clairement formulée demandant la « libération immédiate » des inculpés. Les avocats des requérants savent bel et bien que sur les 53 pages de l’arrêt, ils n’ont pas eu gain de cause sur ce point. Dès lors, pourquoi demander une libération alors que sur plusieurs autres points, la même Cour a débouté les requérants ?

Sur la prétention de violation supposée du droit à faire appel à des témoins, la Cour, au point VI-41, dit qu’ « elle ne saurait alors accueillir les prétentions des requérants sur ce chef de demande ». Sur la prétention de violation de l'égalité des citoyens devant la loi et la justice, la Cour déboute les requérants en ces termes au point IV-46 : « A la lumière de ces constats, il n’est pas établi la preuve d’une atteinte au droit à l’égalité des citoyens devant la loi et la justice ». Sur la prétention de violation des droits politiques, la Cour écrit, dans l’arrêt au point IV-64, qu’elle « ne peut accéder à la demande du requérant tendant à déclarer que ses droits politiques ont été violés ». Sur la procédure de levée de l’immunité parlementaire, la Cour statue au point IV-74 en ces termes : « La Cour juge qu’il n’y a pas eu de violation de la procédure de levée de l’immunité parlementaire ». Sur la prétention de détention arbitraire, la Cour estime, au point IV-84, que cela n’a eu lieu qu’entre "la date de l’élection du député et celle de la levée de son immunité parlementaire". La levée de l’immunité parlementaire ayant été faite en toute légalité.

En définitive, il ne faut pas faire dire à la Cour de justice de la Cedeao ce qu’elle n’a pas dit. Au-delà du brouhaha, une lecture complète et lucide des 53 pages de l’arrêt de la Cedeao montre bel et bien que la Cour n’a nullement demandé une libération, question à laquelle seule la justice sénégalaise est souverainement en mesure de répondre sur la base d’un dossier judiciaire complet entre les mains de nos juges. La Cour d’appel est en train de traiter le dossier en appel sur la base d’une demande des avocats des requérants. Vouloir faire l’amalgame avec une décision communautaire, en essayant de lui faire dire ce qu’elle n’a pas dit, semble être juste une vaine tentative de brouiller les cartes.

Cette affaire qui a fait l’objet d’un premier jugement est en train d’être traitée par la justice sénégalaise qui doit épuiser tout le processus en toute sérénité.

La Cour de justice de la Cedeao n’est pas une juridiction d’appel ou de cassation des décisions issues des juridictions nationales. D’ailleurs, dans le même arrêt, au point IV-4, elle rappelle qu’elle n’est « pas compétente à connaitre de recours contre les décisions des juridictions nationales ». C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle s’est limitée à réparer le préjudice lié à la violation du droit à l’assistance d’un avocat et celui de la présomption d’innocence en allouant collectivement 35.000.000 de FCfa aux six inculpés, précisant à la page 53, pour que nul n’en ignore, qu’elle « déboute les requérants du surplus de leurs prétentions ». Dans ce surplus de prétentions, il y avait bel et bien une « demande de libération immédiate » que la Cour a déboutée.

Par Mamadou NDIONE
Économiste, écrivain,
responsable politique Apr Diass

La Coupe du monde de football en Russie, a pris fin de manière prématurée pour l’équipe nationale de football au détour d’une défaite fatidique contre son homologue de la Colombie (0-1).

Contrairement en Asmara en 1968 où la bande à Matar Niang a été éliminée par les subtilités de l’algèbre (Alou dixit) cette fois la règle impromptue du fair-play combinée au recours au VAR contesté a mis fin aux ambitions des poulains du coach Alioune Cissé.

C’est un retour douloureux au bercail pour les joueurs, l’encadrement technique, la délégation fédérale et les supporters. De toute évidence, un bilan de la participation des Lions à ce rendez-vous du football planétaire est à faire pour en tirer les enseignements utiles à la préparation des prochaines échéances.

En attendant, l’heure est pour le Président Macky Sall et son gouvernement de faire face aux dures réalités de la gestion du quotidien des populations. Entre les difficultés de l’approvisionnement en eau de la capitale Dakar et le retour au calme dans les universités, une bonne nouvelle pointe sur le front de l’économie.

La 6ème revue de l’instrument d’appui aux politiques économiques (ISPE) pour le Sénégal a confirmé une croissance de 7, 2 % en 2017. Cette certification de la Banque Mondiale est assortie de commentaires éloquents du directeur par intérim Mishuhiro Furusawa « Les efforts de réforme du Sénégal, tels qu’ils sont présentés dans le PSE et aidés par l’Instrument d’appui à la politique économique (ISPE) ont contribué à augmenter la croissance, tout en maintenant la stabilité économique, la croissance a atteint 7,2% en 2017 alors que l’inflation restait faible et le déficit budgétaire limité à 3% du Pib ».

Cette remarquable performance de l’économie place notre pays parmi les trois champions en Afrique avec le Rwanda et la Cote d’ivoire .Qui plus est pour un pays non producteur de pétrole ou de gaz et ne disposant pas de ressources naturelles. Donc, en la matière, toute chose étant égale par ailleurs, il est indéniable que le Sénégal serait qualifié à la finale du Championnat d’Afrique des Nations (CAN) d’économie.

L’économie sénégalaise a ainsi enregistré un rythme de croissance soutenu favorisé selon le directeur par intérim du FMI par « l’augmentation des recettes grâce à l’amélioration de l’efficacité des investissements publics et la réforme des prix de l’énergie créerait un espace pour financer durablement les besoins de développement » a poursuivi Mr Furusawa. 2.

A ce propos, force est de reconnaitre, pour s’en réjouir, la prouesse réussie par le ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, Amadou Ba et ses collaborateurs qui depuis leur avènement à la tête de ce département stratégique ont su incarner cette dynamique de croissance exceptionnelle de notre économie. Loin d’être un lot de consolation ces bonnes performances sur le terrain de l’économie et les finances participent d’un culte du travail et de l’abnégation qui dans le domaine sportif ou ailleurs constituent le vivier des champions

Comme quoi, un lion peut en cacher un autre sur la scène continentale ou mondiale. « Alors Sénégal ca Kanam » !

Par Ahmed Youssouph BENGELLOUNE
Président Kaolack Nouvelle Vision (KNV)

Mathématicien de formation, Alpha Touré qui vient de nous quitter analysait le football comme une équation qu’il résolvait avec la finesse et la simplicité qui le caractérisaient. Orfèvre du dribble déroutant et efficace, Alpha était un avant-centre de rupture et d’anticipation, alliant vision de jeu et efficacité dans la surface de vérité comme nul autre pareil.

Le samedi 7 juillet 2018, ce jour assassin, signait le sommeil éternel d’un des plus talentueux footballeurs que le Sénégal ait jamais connus. Il s’agit d’Alpha Touré, brillant avant-centre de la Jeanne d’Arc des années 60 -70 et de l’équipe nationale.

Au sortir des rangs de l’Asfa, en 1969, où je côtoyais de fantastiques joueurs, tels que feu Mamadou Samassa, feu Al Demba Ndiaye, feu Gorgui Diarra, feu Daubry et Ibrahima Coulibaly, le plus grand buteur de tous les temps du championnat sénégalais, je rejoignis l’équipe de la Jeanne d’Arc en 1969.

Ce qui m’amène à parler de celui qui vient de nous quitter, à savoir feu Alpha Touré, c’est que certains supporters de la Ja voyaient entre nous une concurrence naturelle. C’est là où je découvris les qualités humaines du footballeur en dehors de ses qualités sportives.

Il m’accueillit les bras ouverts avec les conseils du grand El Hadji Malick Sy Souris et du merveilleux entraineur Lamine Ndiaye. Notre premier match contre le Foyer de Casamance, à Ziguinchor, s’est soldé par un match nul (1-1), but d’Alpha Touré sur service d’Aly Bèye comme il m’appelait amicalement.

A l’occasion de ce match, non seulement Alpha me félicita de l’intégration réussie, mais il me tint un discours que je n’oublierai jamais.

« Aly, n’accepte jamais qu’on nous mette en mal. Tu as tes qualités et j’ai les miennes. Nous sommes faits pour nous entendre, car il faut toujours être au service de la Jeanne d’Arc ».

Le second match, qui a eu lieu à Saint-Louis contre le Guété football club de feu Collo Diakhaté, fut une rencontre capitale émaillé d’incidents.

L’attaque de la Ja était composée de Fara Gomis, Mamadou Diop, Alpha Touré et moi-même. Ousmane Faye et Moussa Niang étaient les hommes du milieu.

L’équipe était complète avec feu Moustapha Dieng, feu Amady Thiam « Thiapé »…C’est l’incomparable Golbert Diagne qui fit le reportage de ce match avec l’éloquence et le professionnalisme qui le caractérisent.

Ce match, entrecoupé de graves incidents, provoqua ma blessure avec une rupture des ligaments externes et internes.

Deux jours après, je fus interné à l’hôpital Principal de Dakar. La première visite était celle d’Alpha Touré accompagné de Moustapha Dieng. Je ne peux compter le nombre de visites d’Alpha Touré en 3 mois d’hospitalisation. Je découvris, en ces moments de découragement et de déception, les qualités exceptionnelles d’Alpha qui, en dehors des terrains, était aussi un grand monsieur, un gentleman dans la vie de tous les jours.

L’élégance d’Alpha Touré se manifestait à tous les instants, sur un terrain de football comme dans la vie.

Je ne peux oublier l’attention particulière d’Alioune Ndiaye « cheval fou », Boy Dakar et plus tard, celle de Thio-thio et Nguiro. Alpha était bien un buteur inné dans les surfaces de réparation pour ne pas dire de vérité.

En lui rendant hommage à l’occasion de son décès, le maitre Abdoulaye Diaw, micro d’or de notre football, a comparé Alpha à l’international français Mbappé. Il a tellement vu juste.

J’ajouterai simplement que feu Alpha était plus complet, plus efficace, plus direct et surtout, il était dépouillé de déchets et de clichés qui gangrènent notre football.

Alpha était un avant-centre total, doté d’une vitesse de balle au pied incomparable et d’un sens du but exceptionnel. Je le comparerai volontairement à Tostão, la bombe brésilienne de Cruzeros de Belo Horizonte. Le seul regret, c’est de ne pas avoir joué longtemps avec lui. Cela nous aurait permis de partager le doublé de 1969.

Il était souvent à l’Association des écrivains du Sénégal, toujours en compagnie de Boy Dakar, Chitta, Cheval fou, Thio-thio, Cheikh Thioune, Demba Thioye, etc., en guise de reconnaissance et de loyauté et surtout d’amitié.

Voilà ce qu’Alpha Touré écrivait dans l’ouvrage qui m’était consacré et titré « Sur les traces de Alioune Badara BEYE » :

« Toutes les qualités d’un footballeur hors pair étaient réunies chez le président des écrivains du Sénégal, Alioune Badara Bèye, mais Dieu en a décidé autrement.

Alioune Badara Bèye est de notre génération, celle d’Alpha Touré, ancien capitaine de la Jeanne d’Arc de Dakar et de l’équipe nationale du Sénégal, meilleur buteur du Cap-Vert en 1968, de Fara Gomis, un ailier aux qualités techniques inégalables, de Mamadou Diop, Alioune Ndiaye, Kotti Koné dit « Camou », Moustapha Dieng, Amady Thiam, tous les internationaux de la grande époque où la Jeanne d’Arc était la plus prestigieuse équipe du Sénégal : championne du Cap-Vert en 1968, championne du Sénégal en 1969 et détentrice de la Coupe du Sénégal à la même année, demi-finaliste de la Coupe d’Afrique des clubs champions. Alioune était dans cet effectif et cela suffit pour deviner les qualités de ce grand monsieur qui aurait pu inscrire son nom dans les annales du football sénégalais.

Toutes les qualités d’un footballeur de notre temps étaient réunies chez Alioune Badara Bèye, l’intelligence de jeu et le fair-play.

Alioune maniait le ballon comme il le fait avec sa plume dans ses écrits. C’était un poète du ballon rond.

Hélas, c’est lors d’un match de championnat du Sénégal à Saint-Louis, entre la Jeanne d’Arc et Gaieté club de la même ville, qu’Alioune quitta les terrains à la suite d’une blessure au genou qui a écourté sa carrière de footballeur.

Homme généreux, très serviable et d’une grande humilité, Alioune Badara Bèye ne regrette cependant rien, car Dieu l’a fait homme d’une très grande notoriété.

Alioune, toute notre amitié vous accompagne ». Cela suffit amplement pour témoigner l’estime et l’admiration qu’Alpha me portait.

Alpha Touré était un ouragan qui déversait ses cuvettes de tirs, de dribbles et de feintes dans toutes les surfaces de vérité. Il était aussi un éducateur hors pair ; ce qui facilitait surtout son statut de leader.

En guise d’amitié, il fit de moi le parrain de deux éditions de son école de football : « Domingo Mendy ». Ces trophées qu’il m’a offerts à ces occasions garniront pour toujours ma bibliothèque.

Je me devais de faire ce témoignage à l’endroit d’un co-équipier et d’un ami qui a su tisser, à travers les âges, les qualités qui caractérisent le sportif et qui font de lui un être spécial.

Adieu Alpha Touré

Adieu l’ouragan bleu qui a signé sur tous les terrains du Sénégal et de l’Afrique les belles victoires de la Ja et de l’équipe nationale qui garderont, dans les limbes de l’histoire, les prouesses inoubliables d’un avant-centre hors du commun dont le souvenir impérissable marquera les générations présentes et à venir.

Que la terre de Yoff lui réserve le paradis le plus illuminé dans les jardins sur pilotis des existences sans souffle.

Amen.

Par Alioune Badara BEYE
Ancien footballeur de la Ja et de l’Asfa

Le métier d’enseigner est celui qui rend tous les autres métiers possibles.

Aussi, notre parti, Sud (Sénégalais unis pour le développement), avec son mot d’ordre (Sénégal en tête : Set) proposera à nos compatriotes, lors de l’élection présidentielle de février 2019, un projet de transformation sociopolitique et économique endogène reposant d’abord sur un new deal éducatif.

Ce new deal consiste à doter tous les enfants du Sénégal de la formation adéquate et suffisante, tant en langues nationales qu’en français et en arabe le cas échéant, ainsi que des compétences qui leur permettront d’exceller dans la nouvelle économie.

Nouvelle économie qui est et sera celle des savoirs, des industries créatives et des sociétés de transformation locale des produits agricoles et des matières premières.

La fameuse comparaison que l’on fait entre la Corée du Sud et le Sénégal, qui en étaient au même niveau de développement en 1960, doit faire constater une chose. D’abord, c’est grâce au savoir et à la capitalisation de connaissances qui lui permettent de concevoir, de fabriquer et de commercialiser le téléphone Samsung, marque la plus vendue au monde, la marque automobile Hyundai et autres bateaux, que la Corée du Sud est devenue l’un des dragons asiatiques les plus développés aujourd’hui, avec Singapour, Hong-Kong et Taïwan, et aux côtés des tigres asiatiques dont font partie la Malaisie et l’Indonésie.

L’économie d’aujourd’hui et celle de demain sera donc avant tout celle du savoir et du knowledge-management. Le véritable pétrole du Sénégal, c’est la matière grise et le savoir inculqué à notre jeunesse.

Aujourd’hui, c’est déjà demain. « Allons donc jusqu’en Chine pour chercher le savoir ! »

Ce new deal éducatif que notre parti vous propose d’ores et déjà, chers compatriotes, passera par une redéfinition et une revalorisation de la fonction enseignante. Les enseignants représentent l’essentiel des effectifs de la Fonction publique et de ses salaires. Nous ne pouvons pas continuer à faire collectivement l’autruche ! Il faut que les enseignants soient restaurés et sanctuarisés dans la dignité sociale et le bien-être économique auxquels ils ont droit. Sinon, nous aurons toujours droit aux grèves cycliques et mouvements d’humeur perlés qui nous empêchent d’atteindre les quanta horaires nécessaires à une bonne formation de nos chères petites têtes crépues.

Perturbations qui ont impacté tous les régimes politiques que le Sénégal a connus depuis notre indépendance en 1960. Si l’on continue ainsi, nos enfants et nos jeunes se présenteront toujours avec des handicaps avérés à ces examens qui sont des armes de destruction massive de chaque génération de jeunes de 12 ans ou de 18 ans : le Cfee et le baccalauréat. Examens-couperets qui laissent sur le carreau des dizaines de milliers de jeunes à chaque génération, au CM2 ou en classe de Terminale, et qu’il nous faut absolument réformer, en y introduisant une bonne dose de prise en compte des contrôles continus.

Comment parvenir à cet objectif de fast track de la fonction enseignante ? Une fois aux responsabilités de l’Etat et avec votre confiance, sous l’impulsion du président Moustapha Guirassy, le parti Sud souhaite évaluer très précisément le montant annuel consacré par l’Etat sénégalais à l’éducation (qui se monte à des centaines de milliards), dégager le pourcentage total de ce montant en une fois sur une année-référence et le loger dans un fonds spécial géré par la future Fondation pour l’éducation et la revalorisation de la fonction enseignante (Ferefe), qui sera créée.

Cette fondation d’utilité publique utilisera les intérêts générés par ces centaines de milliards pour avoir une marge de manœuvre lui permettant de négocier, au nom des enseignants et aux meilleures conditions tarifaires, les prestations identifiées comme étant les besoins prioritaires des enseignants :

- Accès à l’habitat social et à la propriété immobilière pour leur famille ;

- Couverture maladie universelle pour tous les enseignants et les membres de leur famille nucléaire ;

- Titres de transport en commun intra et inter-régions à tarifs réduits ;

- Camps de vacances pour les enseignants et les enfants d’enseignants ;

- Pèlerinage aux lieux saints (Mecque /Vatican) ;

- Accès à la formation continue et professionnelle ;

- Bourses d’excellence pour les études supérieures accordées aux enfants d’enseignants.

La Ferefe négociera avec les prestataires les plus professionnels, pour l’ensemble de ces prestations.

Par ailleurs, au même titre qu’il aide déjà les écoles privées confessionnelles catholiques et protestantes, l’Etat, si la confiance populaire est démocratiquement placée en notre président Moustapha Guirassy, mettra au même pied et accordera la même dignité aux écoles dites coraniques.

Comment ? En accompagnant financièrement les « daaras » et en complétant leurs curricula au-delà de la mémorisation du livre saint, tout en supervisant les enseignants de ces écoles coraniques afin d’y permettre un cursus qui mènera à l’équivalent du Bfem et du baccalauréat.

Il y aura ainsi une extension de la subvention de l'Etat aux « daaras » avec prise en charge de l'internat. Par ailleurs, pour tous les types d’écoles, nous procéderons à l’introduction de stages obligatoires en entreprise (Pme, Tpe, Gie) à partir de la classe de seconde.

Oui, chers compatriotes, il nous faut résoudre définitivement les questions du statut social de l'enseignant (hébergement, transport, études de leurs enfants, développement professionnel et développement personnel, santé, assurance, etc.) : des modèles performants existent ailleurs, non pas en Occident, mais en Afrique même. Les syndicats doivent aussi accepter que l’on travaille ensemble à une meilleure représentativité de leurs organisations : l’Etat du Sénégal ne peut pas continuer à dialoguer avec 50 syndicats d’enseignants.

L’économie des savoirs et du know-how dont nous voulons favoriser et accompagner l’émergence endogène passera aussi par la généralisation de l’utilisation des logiciels libres. Aussi, la ligne budgétaire de 600 millions de FCfa affectée, chaque année, au paiement de Microsoft dans le budget de l’Etat du Sénégal sera supprimée et réorientée vers la fondation mise en place. L’Etat et ses démembrements utiliseront donc les logiciels libres et open source ; ce qui permettra aussi de favoriser l’amélioration de ces logiciels par notre jeunesse qui pourra les coder librement (Linux, Firefox, Open Office, etc.).

Enfin, le parti Sud s’attaquera aux puissants lobbies, soutenus par l’étranger, de l’édition de livres scolaires imprimés. Nous allons, en collaboration avec les enseignants, développer des curricula propres au Sénégal, ainsi que les ressources éducatives afférentes et mettre cet enseignement en valeur à travers l’intégration des nouvelles technologies dans l’éducation. Nos ouvrages scolaires pourront être digitalisés et rendus disponibles sur plusieurs supports. Nous introduirons l’apprentissage du codage et du raisonnement critique et mathématique dès le bas âge, pour développer le potentiel de nos enfants.

Ces propositions du président de Sud, Moustapha Guirassy, ne surprendront personne. C’est un pionnier de l’ingénierie pédagogique avec l’Institut africain de management de Dakar (Iam), créé en 1996, et qui a essaimé à Ouagadougou, à Tambacounda et à Bamako.

Les deux auteurs de ces lignes qui mettent en forme cette volonté politique forte du parti Sud et de son président sont : pour l’un, un ancien jeune enseignant des collèges dans les années 90 et ancien fonctionnaire de l’Education nationale dont il a démissionné après quatre ans d’exercice pour raisons de désabusement, du fait des revendications corporatistes intempestives de ce corps qui lui sont apparues bien loin de son idéal de jeunesse. Il est également le neveu utérin d’un ancien directeur de l’Ecole sénégalaise de Banjul à la retraite, mais resté actif dans le Sudes (Syndicat unique des enseignants du Sénégal), seule organisation syndicale du Sénégal présent de l’élémentaire au supérieur.

Pour ce qui est de l’autre auteure de ces lignes, elle est la représentante, pour l’Afrique francophone, d’une importante multinationale dans la technologie, qui s’active en Afrique, dans le cadre de sa Responsabilité sociale d’entreprise (Rse), pour le développement des économies numériques en Afrique.

Ces propositions, chers compatriotes sénégalaises et sénégalais, ne sortent donc pas de notre fertile imagination : elles proviennent d’un benchmarking méthodique des meilleures pratiques dans des pays africains qui ont, aujourd’hui, résolu à la fois la question éducative et la question enseignante : Maurice, le Maroc, le Rwanda, le Kenya et l’Ethiopie.
Chers Sénégalais, nous demandons votre confiance et nous solliciterons vos suffrages pour la mettre en œuvre.

Avec un seul mot d’ordre : « Sénégal en tête ! » Moustapha Mamba Guirassy, président de « Sénégalais unis pour le développement » (Sud), vous propose la voie de la confiance.

Confiance retrouvée en l’Etat, en nous et en les autres.

Par Aïssatou Sow LEYE
secrétaire nationale en charge de l’économie numérique
et de la transformation digitale, parti Sud

Ousseynou Nar GUEYE
secrétaire national en charge de la communication,
des questions éducatives et de la coopération africaine, parti Sud
www.s-u-d.com

Tous les Sénégalais, comme beaucoup de spécialistes du football à travers le monde, ont contesté l’annulation, par l’assistance vidéo (Var en anglais), du pénalty accordé préalablement par l’arbitre aux Lions de la Téranga, lors du match décisif contre la Colombie, suite à une charge contre Sadio Mané, dans la surface de réparation, au moment où il se présentait, seul, devant le gardien de but adverse. Notre propos, ici, ne portera pas sur le « sport-roi » de ces temps-ci, mais sur la Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cjcc), siégeant à Abuja (Nigéria), à travers sa décision rendue sur requête des mis en cause dans l’affaire dite de « la caisse d’avance de la mairie de Dakar ».

La Cjcc est née de la volonté des chefs d’Etat de la Cedeao d’instituer, à l’instar de toute organisation interétatique, notamment à caractère économique, une juridiction pour connaitre et trancher les différends pouvant survenir dans l’application des textes fondamentaux de la communauté. A l’origine, avec le traité de 1975, elle était dite « Tribunal » avec des compétences limitées à l’interprétation des textes communautaires et à la résolution des différends dans les relations économiques des Etats parties qui, exclusivement, avaient un accès direct à sa juridiction. Le changement qualitatif et décisif est intervenu suite à la déclaration des chefs d’Etat, en 1991, se disant « déterminés à conjuguer leurs efforts en vue de promouvoir la démocratie dans la sous-région, sous la base du pluralisme politique et du respect des droits fondamentaux en matière de droits de l’Homme universellement reconnus…»

Cela a abouti à des révisions, depuis cette année, transformant « le Tribunal » en Cour et plus tard, le 19 janvier 2005, à l’adoption du Protocole additionnel A/SP.1/01/05 qui élargit les compétences de la Cour à connaitre les cas de violation de droits de l’Homme dont seraient victimes les citoyens de la communauté qui, désormais, pourront la saisir directement. C’est sur cette base qu’elle l’a été par les avocats des personnes mises en cause dans « l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar » et qu’elle a statué et rendu un arrêt en date du 29 juin 2018.

La décision de la Cjcc du 29 juin 2018

Sous réserve du dispositif des motivations, la Cour a, d’une part, suivi les requérants en confirmant les violations de droits attachés à la conduite des poursuites à leur encontre et condamné l’Etat du Sénégal à réparer les torts subis et, d’autre part, elle les a déboutés dans les demandes relatives à l’arrêt des poursuites en cours et à leur libération immédiate. En effet, la Cour de la Cedeao a dit que :

• « le droit à l’assistance d’un conseil, le droit à la présomption d’innocence et le droit à un procès équitable ont été violés ». En d’autres termes, selon la Cour, Khalifa Sall et ses codétenus n’ont pas bénéficié de l’assistance d’avocats (sans plus de précisions), qu’ils ont été traités en coupables et qu’ils ont été désavantagés dans la conduite de leur défense par les juges du Tribunal de grande instance hors classe de Dakar au profit du parquet et des parties civiles.

• « la détention de Monsieur Khalifa Sall, entre la date de la proclamation des résultats des élections législatives par le Conseil constitutionnel, c’est-à-dire le 14 aout 2017, et celle de la levée de son immunité parlementaire, à savoir le 25 novembre 2017, est arbitraire ». La Cour a estimé que, de la mise sous mandat de dépôt de Khalifa Sall jusqu’au jour de la décision de la Cour communautaire, il y a eu une période de détention arbitraire d’environ 104 jours. Le reste du temps, c’est-à-dire de la mise sous mandat de dépôt de Khalifa Sall à la proclamation des résultats des élections législatives par le Conseil constitutionnel, d’une part, et, d’autre part, de la levée de son immunité parlementaire à la date de la décision de la Cjcc, sa détention est considérée par la Cour comme non arbitraire. Ici, il ne s’agit que de la seule personne de Khalifa Sall ; à aucun moment, la Cour n’a considéré ses codétenus dans une situation de détention arbitraire.

• l’Etat du Sénégal est responsable de ces manquements et le condamne « à payer aux requérants la somme de trente-cinq millions de FCfa, à titre de réparation ». Il s’agit de compenser pécuniairement les torts causés aux requérants pour les préjudices nés de l’ignorance de leurs droits indiqués.
• il y a lieu de rejeter les autres demandes des requérants que sont : l’annulation de toutes les poursuites contre eux et leur libération immédiate. Il est donc insoutenable de continuer à les réclamer.

Conformément à son statut, les décisions de la Cjcc s’imposent aux Etats membres et ne peuvent être remises en cause, sauf dans les cas exceptionnels de demande de révision ou d’objection de la part des tiers. L’Etat du Sénégal est donc tenu de payer pour effacer ce qui, à des moments, a eu à entacher la marche de la procédure de poursuite.
Définitive et sans appel, la décision de la Cour de la Cedeao l’est sans doute. Toutefois, elle « pose problème », comme l’a dit un homme politique. Mais, pour le juriste, le problème ne se situe pas au même niveau.

Portée de la décision de la Cour
J’ai souvent décrié les prises de position de personnes considérées comme des leaders d’opinion qui amusent et abusent le peuple et sont plutôt attachés à leur prestige médiatique. Le leader d’opinion se dit, en langage marketing, d’une personne ayant « un statut, une expertise ou une audience qui permet d’influencer un public plus ou moins étendu ». Ce statut social est d’une redoutable responsabilité qui doit être assumée à sa juste mesure en ayant pour crédo les principes d’éthique puisés dans nos traditions et notre foi. Ici, je pense plus particulièrement  aux personnes se réclamant de la société civile, aux journalistes, aux experts « politologues »… Vous avez noté que les hommes politiques ne figurent pas sur ma liste. C’est parce qu’ils ne sont généralement pas dans l’information ou la formation du citoyen, mais dans ce qu’on appelle pudiquement « la communication politique » qui n’est rien d’autre que de la propagande. Une technique bien connue des stratèges militaires consistant à faire croire à l’ennemi (ici, les citoyens) ce qu’on veut qu’il croit afin de l’amener à une attitude favorable à l’atteinte des objectifs savamment calculés.

Cela dit, l’analyse (juridique) de la décision du juge communautaire nous amène à nous interroger sur la pertinence de ces points essentiels :
• le caractère arbitraire de la détention de Khalifa Sall pendant une période que la Cour a clairement fixée dans le temps : il importe de rappeler que le statut de la Cjcc et les textes de la Cedeao sont des traités (ou accords) internationaux qui, selon la Constitution du Sénégal, ont « une autorité supérieure à celle des lois…», donc inférieure à la Constitution. Dès lors, le juge communautaire ne peut se fonder que sur les dispositions de la Constitution du Sénégal relatives à l’immunité parlementaire des députés pour apprécier le caractère arbitraire ou pas du maintien en détention de Khalifa Sall. Cela, d’autant plus que l’Etat du Sénégal est responsable selon la Cour. Sinon, elle se donnerait le pouvoir de contredire notre Constitution. Si, dans sa jurisprudence, on retrouve des cas de contradiction des décisions de hautes juridictions des Etat membres (Arrêt du 7 octobre 2011, Isabelle Manavi Ameganvi et autres contre Etat du Togo), ils ne portent que sur l’appréciation de faits.

Jamais, il n’est arrivé que la Cour de la Cedeao contredise une haute juridiction nationale sur des éléments de droit interne et encore moins une disposition de la Constitution d’un Etat. En conséquence, la lecture du deuxième alinéa de l’article 61 de la Constitution du Sénégal, comparativement à la situation du député décrite dans le premier alinéa, indique clairement que Khalifa Sall, devenu député en détention, n’est exonéré que des actes de poursuite, sauf levée de son immunité parlementaire. Le second acte contraignant inapplicable à lui, c’est-à-dire l’arrestation, était intervenu avant qu’il ne soit député et sa situation de détenu n’est pas dans le listing de cet alinéa portant sur les crimes et délits commis par un député. Et ce, contrairement au premier alinéa.

• la violation de la présomption d’innocence : il faut se demander si Khalifa Sall n’en avait pas bénéficié, comment sa candidature aurait pu être acceptée et son élection validée par le Conseil constitutionnel ?
• le procès inéquitable : celui déroulé devant les juges du Tgi hors classe de Dakar a été public et plus d’une trentaine d’avocats ont défendu l’ensemble des parties au procès, et aucune objection portant sur « l’égalité des armes » entre plaideurs n’a été soulevée à notre connaissance. La lecture des motivations de la Cour de la Cedeao nous édifiera certainement sur la base de sa décision sur ce point et les autres, bien évidemment. Avant tout, c’est le procès de première instance qui a été jugé inéquitable. Dès lors, le président de la Cour d’appel devra « rectifier le tir », pour que le nouveau procès ne le soit pas. C’est ce qu’on doit attendre de cette juridiction et non pas autre chose, comme le soutient le président du « Forum des justiciables » quand il affirme que « la Cour d’appel est dans l’obligation d’infirmer » le jugement de première instance. Le procès en appel est certes un « rejugement » pendant lequel les parties débattront librement de tous les éléments du dossier, mais la Cour demeurera liée par les décisions définitives de la Cour de cassation, notamment sur les questions de nullité de la procédure  relatives aux violations alléguées des droits des prévenus, d’autant  que la Cour de la Cedeao a rejeté les demandes allant dans ce sens.

En conclusion, je souligne que cette réflexion est une contribution à ce que je considère comme étant le vrai débat : celui que les intellectuels, pas forcément juristes, doivent poser dans le but de dégager les véritables idées porteuses de progrès et de développement dans tous les secteurs où figurent en bonne place l’information et la formation citoyenne de nos populations. Il est incompréhensible que la condamnation de l’Etat du Sénégal pour violation de droits de citoyens soit présentée comme extraordinaire, si on connaît l’abondance de la jurisprudence administrative de notre pays.

Depuis notre indépendance et sous tous les régimes, l’Etat du Sénégal a été condamné, des centaines de fois, pour les mêmes manquements. La Cour de cassation a annulé autant de procédures pour diverses violations de la loi et des droits des justiciables sans qu’il y ait « tambours ni trompettes ». Rien, à mon avis, ne justifie toutes les agitations  autour de ce qui est presque banale en Afrique même (cas précité au Togo).  Donc, il faut savoir raison garder.

Par
Sankoun FATY

Colonel de gendarmerie
à la retraite
Juriste – consultant -
société civile de Sédhiou
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Tous les Sénégalais, comme beaucoup de spécialistes du football à travers le monde, ont contesté l’annulation, par l’assistance vidéo (Var en anglais), du pénalty accordé préalablement par l’arbitre aux Lions de la Téranga, lors du match décisif contre la Colombie, suite à une charge contre Sadio Mané, dans la surface de réparation, au moment où il se présentait, seul, devant le gardien de but adverse. Notre propos, ici, ne portera pas sur le « sport-roi » de ces temps-ci, mais sur la Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cjcc), siégeant à Abuja (Nigéria), à travers sa décision rendue sur requête des mis en cause dans l’affaire dite de « la caisse d’avance de la mairie de Dakar ».

La Cjcc est née de la volonté des chefs d’Etat de la Cedeao d’instituer, à l’instar de toute organisation interétatique, notamment à caractère économique, une juridiction pour connaitre et trancher les différends pouvant survenir dans l’application des textes fondamentaux de la communauté. A l’origine, avec le traité de 1975, elle était dite « Tribunal » avec des compétences limitées à l’interprétation des textes communautaires et à la résolution des différends dans les relations économiques des Etats parties qui, exclusivement, avaient un accès direct à sa juridiction. Le changement qualitatif et décisif est intervenu suite à la déclaration des chefs d’Etat, en 1991, se disant « déterminés à conjuguer leurs efforts en vue de promouvoir la démocratie dans la sous-région, sous la base du pluralisme politique et du respect des droits fondamentaux en matière de droits de l’Homme universellement reconnus…»

Cela a abouti à des révisions, depuis cette année, transformant « le Tribunal » en Cour et plus tard, le 19 janvier 2005, à l’adoption du Protocole additionnel A/SP.1/01/05 qui élargit les compétences de la Cour à connaitre les cas de violation de droits de l’Homme dont seraient victimes les citoyens de la communauté qui, désormais, pourront la saisir directement. C’est sur cette base qu’elle l’a été par les avocats des personnes mises en cause dans « l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar » et qu’elle a statué et rendu un arrêt en date du 29 juin 2018.

La décision de la Cjcc du 29 juin 2018
Sous réserve du dispositif des motivations, la Cour a, d’une part, suivi les requérants en confirmant les violations de droits attachés à la conduite des poursuites à leur encontre et condamné l’Etat du Sénégal à réparer les torts subis et, d’autre part, elle les a déboutés dans les demandes relatives à l’arrêt des poursuites en cours et à leur libération immédiate. En effet, la Cour de la Cedeao a dit que :

• « le droit à l’assistance d’un conseil, le droit à la présomption d’innocence et le droit à un procès équitable ont été violés ». En d’autres termes, selon la Cour, Khalifa Sall et ses codétenus n’ont pas bénéficié de l’assistance d’avocats (sans plus de précisions), qu’ils ont été traités en coupables et qu’ils ont été désavantagés dans la conduite de leur défense par les juges du Tribunal de grande instance hors classe de Dakar au profit du parquet et des parties civiles.

• « la détention de Monsieur Khalifa Sall, entre la date de la proclamation des résultats des élections législatives par le Conseil constitutionnel, c’est-à-dire le 14 aout 2017, et celle de la levée de son immunité parlementaire, à savoir le 25 novembre 2017, est arbitraire ». La Cour a estimé que, de la mise sous mandat de dépôt de Khalifa Sall jusqu’au jour de la décision de la Cour communautaire, il y a eu une période de détention arbitraire d’environ 104 jours. Le reste du temps, c’est-à-dire de la mise sous mandat de dépôt de Khalifa Sall à la proclamation des résultats des élections législatives par le Conseil constitutionnel, d’une part, et, d’autre part, de la levée de son immunité parlementaire à la date de la décision de la Cjcc, sa détention est considérée par la Cour comme non arbitraire. Ici, il ne s’agit que de la seule personne de Khalifa Sall ; à aucun moment, la Cour n’a considéré ses codétenus dans une situation de détention arbitraire.

• l’Etat du Sénégal est responsable de ces manquements et le condamne « à payer aux requérants la somme de trente-cinq millions de FCfa, à titre de réparation ». Il s’agit de compenser pécuniairement les torts causés aux requérants pour les préjudices nés de l’ignorance de leurs droits indiqués.

• il y a lieu de rejeter les autres demandes des requérants que sont : l’annulation de toutes les poursuites contre eux et leur libération immédiate. Il est donc insoutenable de continuer à les réclamer.

Conformément à son statut, les décisions de la Cjcc s’imposent aux Etats membres et ne peuvent être remises en cause, sauf dans les cas exceptionnels de demande de révision ou d’objection de la part des tiers. L’Etat du Sénégal est donc tenu de payer pour effacer ce qui, à des moments, a eu à entacher la marche de la procédure de poursuite.

Définitive et sans appel, la décision de la Cour de la Cedeao l’est sans doute. Toutefois, elle « pose problème », comme l’a dit un homme politique. Mais, pour le juriste, le problème ne se situe pas au même niveau.

Portée de la décision de la Cour
J’ai souvent décrié les prises de position de personnes considérées comme des leaders d’opinion qui amusent et abusent le peuple et sont plutôt attachés à leur prestige médiatique. Le leader d’opinion se dit, en langage marketing, d’une personne ayant « un statut, une expertise ou une audience qui permet d’influencer un public plus ou moins étendu ». Ce statut social est d’une redoutable responsabilité qui doit être assumée à sa juste mesure en ayant pour crédo les principes d’éthique puisés dans nos traditions et notre foi. Ici, je pense plus particulièrement aux personnes se réclamant de la société civile, aux journalistes, aux experts « politologues »… Vous avez noté que les hommes politiques ne figurent pas sur ma liste. C’est parce qu’ils ne sont généralement pas dans l’information ou la formation du citoyen, mais dans ce qu’on appelle pudiquement « la communication politique » qui n’est rien d’autre que de la propagande. Une technique bien connue des stratèges militaires consistant à faire croire à l’ennemi (ici, les citoyens) ce qu’on veut qu’il croit afin de l’amener à une attitude favorable à l’atteinte des objectifs savamment calculés.

Cela dit, l’analyse (juridique) de la décision du juge communautaire nous amène à nous interroger sur la pertinence de ces points essentiels :

• le caractère arbitraire de la détention de Khalifa Sall pendant une période que la Cour a clairement fixée dans le temps : il importe de rappeler que le statut de la Cjcc et les textes de la Cedeao sont des traités (ou accords) internationaux qui, selon la Constitution du Sénégal, ont « une autorité supérieure à celle des lois…», donc inférieure à la Constitution. Dès lors, le juge communautaire ne peut se fonder que sur les dispositions de la Constitution du Sénégal relatives à l’immunité parlementaire des députés pour apprécier le caractère arbitraire ou pas du maintien en détention de Khalifa Sall. Cela, d’autant plus que l’Etat du Sénégal est responsable selon la Cour. Sinon, elle se donnerait le pouvoir de contredire notre Constitution. Si, dans sa jurisprudence, on retrouve des cas de contradiction des décisions de hautes juridictions des Etat membres (Arrêt du 7 octobre 2011, Isabelle Manavi Ameganvi et autres contre Etat du Togo), ils ne portent que sur l’appréciation de faits.

Jamais, il n’est arrivé que la Cour de la Cedeao contredise une haute juridiction nationale sur des éléments de droit interne et encore moins une disposition de la Constitution d’un Etat. En conséquence, la lecture du deuxième alinéa de l’article 61 de la Constitution du Sénégal, comparativement à la situation du député décrite dans le premier alinéa, indique clairement que Khalifa Sall, devenu député en détention, n’est exonéré que des actes de poursuite, sauf levée de son immunité parlementaire. Le second acte contraignant inapplicable à lui, c’est-à-dire l’arrestation, était intervenu avant qu’il ne soit député et sa situation de détenu n’est pas dans le listing de cet alinéa portant sur les crimes et délits commis par un député. Et ce, contrairement au premier alinéa.

• la violation de la présomption d’innocence : il faut se demander si Khalifa Sall n’en avait pas bénéficié, comment sa candidature aurait pu être acceptée et son élection validée par le Conseil constitutionnel ?

• le procès inéquitable : celui déroulé devant les juges du Tgi hors classe de Dakar a été public et plus d’une trentaine d’avocats ont défendu l’ensemble des parties au procès, et aucune objection portant sur « l’égalité des armes » entre plaideurs n’a été soulevée à notre connaissance. La lecture des motivations de la Cour de la Cedeao nous édifiera certainement sur la base de sa décision sur ce point et les autres, bien évidemment. Avant tout, c’est le procès de première instance qui a été jugé inéquitable. Dès lors, le président de la Cour d’appel devra « rectifier le tir », pour que le nouveau procès ne le soit pas. C’est ce qu’on doit attendre de cette juridiction et non pas autre chose, comme le soutient le président du « Forum des justiciables » quand il affirme que « la Cour d’appel est dans l’obligation d’infirmer » le jugement de première instance. Le procès en appel est certes un « rejugement » pendant lequel les parties débattront librement de tous les éléments du dossier, mais la Cour demeurera liée par les décisions définitives de la Cour de cassation, notamment sur les questions de nullité de la procédure relatives aux violations alléguées des droits des prévenus, d’autant que la Cour de la Cedeao a rejeté les demandes allant dans ce sens.

En conclusion, je souligne que cette réflexion est une contribution à ce que je considère comme étant le vrai débat : celui que les intellectuels, pas forcément juristes, doivent poser dans le but de dégager les véritables idées porteuses de progrès et de développement dans tous les secteurs où figurent en bonne place l’information et la formation citoyenne de nos populations. Il est incompréhensible que la condamnation de l’Etat du Sénégal pour violation de droits de citoyens soit présentée comme extraordinaire, si on connaît l’abondance de la jurisprudence administrative de notre pays.

Depuis notre indépendance et sous tous les régimes, l’Etat du Sénégal a été condamné, des centaines de fois, pour les mêmes manquements. La Cour de cassation a annulé autant de procédures pour diverses violations de la loi et des droits des justiciables sans qu’il y ait « tambours ni trompettes ». Rien, à mon avis, ne justifie toutes les agitations autour de ce qui est presque banale en Afrique même (cas précité au Togo). Donc, il faut savoir raison garder.

Par Sankoun FATY
Colonel de gendarmerie à la retraite
Juriste – consultant - société civile de Sédhiou
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Il est des poètes par intermittence, il est des poètes de tous les instants. Amadou Lamine Sall est de cette seconde race rare. Il est poète de la plante des pieds à la pointe des cheveux, il est poète de par tout son corps, de par toute son âme, de par tout son être. Amadou Lamine Sall est un poète total ! Il naît à la poésie – pour le public – par une aurore dorée, prémices d’une trajectoire fulgurante, précisément avec un long poème, un chant mélodieux, intitulé : « Mante des aurores ». Nous sommes en 1979 et Roger Dorsinville, Haïtien accueilli au Sénégal par Léopold Sédar Senghor avec le premier Festival mondial des arts nègres de 1966, a choisi d’y rester en apportant à ce pays d’adoption son génie d’accoucheur, en littérature, de talents dormants insoupçonnés. Directeur littéraire des Nouvelles éditions africaines du Sénégal (Neas), il nous a conté sa rencontre avec le jeune poète, alors âgé de 28 ans. Directeur des bibliothèques publiques de mon pays, j’étais le plus jeune membre du comité de lecture de cette maison d’édition et témoin du récit qu’il nous fit et que je reconstitue de mémoire.

Dorsinville avait pressenti l’étoffe singulière qui sommeillait en ce jeune auteur venu lui présenter des œuvres poétiques dont celle citée supra. Il le renvoie sans ménagement, avec l’ordre péremptoire de se remettre au travail, et l’intention manifeste de blesser son orgueil. Une blessure-catharsis salutaire ! Notre ami se remit au travail toute une nuit, et aux aurores, « Mante des aurores » voyait le jour et inaugurait un parcours poétique long comme un sentier ensoleillé, sans ombre ni pénombre, voilà presque quarante bonnes années. Je fus de ceux, nombreux, subjugués dès les premières lignes de ce long poème :

« Je t’ai cherchée partout et nulle part
entre la fleur et la tige
entre le jour et la nuit
parmi les rires du sommeil
parmi les caresses de l’absence
partout et nulle part…»

Pourquoi la métaphore de la mante dont le dictionnaire Le Petit Robert dit : « insecte carnassier qui dévore le mâle après l’accouplement » ? L’auteur a pris la précaution de sous-titrer son poème : « Le chant reprendra ». Et bien loin du carnassier, notre auteur est d’abord et avant tout un chantre de l’amour dans des accents qui émerveillent ! Et quel chant ! Par la symphonie des mots et la fulgurance des images. Et quel souffle marqué par une absence de ponctuation et de lettres majuscules au début de chaque nouvelle ligne ! Le lecteur en est essoufflé, obligé de s’arrêter pour prendre un grand bol d’air pur, avec une grande et longue inspiration ! Maurice Druon, secrétaire perpétuel de l’Académie française, en a témoigné par ces lignes : « Cher Amadou Lamine Sall, merci de m’avoir donné de connaître vos œuvres. Quel souffle, quelle force, quelle image, quel déferlement ! Il y a des accents bibliques dans vos poèmes et de l’épopée dans votre lyrisme » (2014 : 113).

L’auteur s’en expliquera plus tard : il n’a pas de modèle en matière de versification. Et du reste, dès cette première œuvre, il a tracé ses sillons singuliers, selon une veine dont toute son œuvre témoignera ; une œuvre constellée de longs poèmes après « Mante des aurores » :

- Comme un iceberg en flammes, poème, Neas, 1982,

- Locataire du néant, poème, Neas, 1989,

- J’ai mangé tout le pays de la nuit, poème, Neas, 1994,

- Le prophète ou le cœur aux mains de pain, poème-chant, Les éditions feu de brousse, 1997,

- Le berger de la mer Gloire et lumière sur Seydina Limamou Laye, chant-poème, Les éditions feu de brousse, 2005,

- Le rêve du bambou, poème, Les éditions feu de brousse, 2009.

Même les œuvres sous-titrées (poésies) sont constituées de longs poèmes marqués par une ponctuation sobre qui obéit au principe du poème-chant ou du chant-poème, deux expressions caractéristiques par lesquelles il qualifie ses œuvres. On a :

- Kamandalu (poésies), Neas, 1990,- Amantes d’aurores (sélection d’œuvres poétiques), Les éditions feu de brousse et Les écrits des forges, Québec, 1998,

- Veines sauvages (poésies), éditions le Carbet, France, 2001.

La production d’œuvres poétiques est élargie par la publication d’anthologies qui démontrent que l’auteur parcourt la planète poésie à laquelle tout son être demeure ouvert, dont il suit l’évolution de la production, y choisit des œuvres majeures et en assure la diffusion pour un partage d’émotions salvatrices et régénératrices. Cette ouverture attentive à des œuvres autres que les siennes est un marqueur de la générosité de cœur de l’auteur et de sa passion pour la poésie. On a de la sorte :

- Anthologie des poètes du Sénégal avec la préface de Léopold Sédar Senghor, Paris, le Cherche Midi éditeur,

- Nouvelle anthologie de la nègre et malgache de langue française avec Charles Carrère, aux éditions Simonici (Luxembourg) 1990,

- Poèmes d’Afrique pour enfants, anthologie, préface de Léopold Sédar Senghor, Paris, le Cherche Midi éditeur,

- La Veille, anthologie, Les éditions feu de brousse - Plumes de la paix, 2013 (à l’initiative de l’Abbaye de Keur Moussa pour en marquer l’année jubilaire, de Mapi et du Cours Sainte Marie de Hann de Dakar).

Notre lauréat a illustré également cette passion pour la poésie par la création de la Maison africaine de la poésie internationale (Mapi). L’ordre des mots a une importance capitale dans ses options, car il s’agit de dédier à la poésie, à l’échelle internationale, une « Maison africaine », afin qu’elle y bâtisse une demeure apte à défier le temps dans sa mouvance incertaine et dans la diversité des espaces sociologiques et géographiques. Et l’initiateur, en 1990, de la Biennale des lettres et des arts, devenue la Biennale de l’art africain contemporain (Dak’Art), avec l’ampleur internationale que l’on sait, d’instituer une autre biennale : Les Rencontres poétiques internationales de Dakar dont chaque édition donne aux femmes et hommes férus de culture de son pays et d’ailleurs une occasion de vivre un festin de la poésie. La dernière nous a valu la participation d’un grand et célèbre marabout du pays de Sall, auquel notre lauréat a fait faire une immersion en poésie, pour en avoir fait l’un de ses distingués invités. Au cœur de la nuit, il produisit en langue nationale wolof – sa langue maternelle – une œuvre qu’il déclama devant un public médusé et dont il sollicitait, avec hésitations, l’indulgence pour s’être aventuré dans ce champ si difficile de la poésie.

Il est donc de patronyme Sall. Les pérégrinations de ses parents, depuis la vallée du fleuve Sénégal et le Gandiolais – au Nord du pays – les ont conduits au Saloum, au centre-ouest de celui-ci, et il y voit le jour. Ainsi est-il de ce « pays du sel et des peuples salés », selon l’expression de Léopold Sédar Senghor avec qui il a partagé une grande intimité poétique durant de longues années. Est-ce cette origine qui donne du sel, du piquant à sa poésie, qui détonne et étonne ? Une certitude : Amadou Lamine Sall a tété, en même temps que le lait maternel, le lait de la poésie. Car sa mère a été et demeure, dans ses quatre vingt dix ans, une initiatrice à laquelle le poète accompli, le poète total voue une véritable vénération ! « Elle est belle, ma mère », clame-t-il à l’endroit de celle qui le fut sans conteste, mais dont le visage est raviné par les années. « Pourquoi la poésie, car c’est elle que j’ai choisi de servir. Posez la question à ma maman, la Peule Binta Diallo. Oui, c’est elle, poétesse de son village natal de Pal, qui m’a mis la poésie dans le sang » (2010 : 640).

Et de poursuivre : « La poésie ne représente pas tout pour moi. Elle va au-delà du TOUT. C’est plus que le TOUT. Elle est ma respiration même. Elle rythme les battements de mon cœur. Elle est le refuge quand l’homme a tout perdu. Elle est l’espérance du monde » (Ibid).

Sall a partagé l’intimité de Senghor. Il en témoigne dans un ouvrage magnifique : Senghor, ma part d’homme (2006, puis 2014). Il nous donne du grand poète, de « l’immense poète », selon son expression, un visage avenant et une figure d’humanité et de simplicité émouvants, masqués par les foncions de président de la République : « Dire que rien ne pouvait prédire que je foulerai un jour la terre de la Grèce, – ô miracle – accompagné de Léopold Sédar Senghor lui-même ! Je me sentais béni des dieux et mes pensées en ces instants allaient vers ma mère, vers l’enfant que j’avais été et qui courait heureux, insouciant dans les rues de Kaolack, sous 40 degrés à l’ombre ! Le destin avait bien un nom » (2006 : 158).

On ne fréquente pas Senghor impunément, précise-t-il, et le succès de Mante des aurores se refermait sur l’auteur comme un piège dont il devait s’extirper, en étant capable de produire d’autres œuvres du même acabit ou meilleures, sans tomber dans les marques distinctives des aînés. Après avoir retenu la leçon de Dorsinville, le lauréat se rassure : « Ma mère et la poésie orale peule m’aident chaque jour à trouver ma voie qui n’est ni celle de Senghor ni celle de Neruda, d’Eluard ou de Césaire » (2010 : 642).Sa poésie est traduite en anglais, espagnol, catalan, polonais, allemand, macédonien, serbo-croate, grec, italien, arabe, russe, néerlandais, pulaar, sa langue maternelle, etc. Elle a valu à son auteur de multiples distinctions dont :

- Lauréat des Grands prix de l’Académie française, avec la Médaille de vermeil du rayonnement de la langue française,

- Grand prix de poésie de la ville de Trieste, Italie,

- Membre de l’Académie mondiale de poésie – Vérone, Italie,

- Chevalier de l’Ordre des arts et des lettres de la République du Sénégal,

- Officier de l’Ordre des arts et lettres de la République française, etc.

Il est heureux que le Prix Tchicaya U Tam’si de la poésie africaine, en cette 11ème édition, soit décerné à Amadou Lamine Sall. Senghor avait du poète congolais la plus haute estime, qui affirmait à notre auteur : « Mon cher poète, si on me laissait faire, je choisirais volontiers Tchicaya U Tam’si pour me succéder à l’Académie française » (2014 : 93).

Notre lauréat le confesse : il a lui-même eu un compagnonnage avec Tchicaya qu’il ne peut oublier. La disparition brutale de celui-ci, en 1988, à l’âge de 57 ans, l’a encore davantage attaché au poète congolais dont la photo trône dans son bureau. Tchicaya a participé à son émancipation. L’ayant interpellé avec « l’honnêteté et la franchise qui le caractérisaient », il lui avait martelé : « Arrêtez de parler de Senghor, de Césaire et Tchicaya, bordel ! Et enfin, parlez de vous, des autres jeunes poètes. Citez-vous les uns les autres. Prenez en charge votre propre légende » (2014 : 94).

Je suis heureux que le destin et les responsables du Forum d’Assilah, en particulier Son Excellence Monsieur le ministre Mohamed Benaïssa, m’aient donné l’opportunité de porter un témoignage à l’endroit d’Amadou Lamine Sall avec qui je partage un compagnonnage d’une quarantaine d’années. Lui, le poète total, a fait l’amitié au poète par intermittence que je suis, de publier, en 2004, mon recueil de poèmes : « Cadences et lagunes ».

Je voudrais exprimer ma profonde gratitude aux mêmes responsables du Forum, de rendre hommage, une fois encore, au poète président Léopold Sédar Senghor, après l’avoir fait les 12, 13 et 14 août 1990. Veuillez accepter l’expression de cette gratitude au nom des instances de la fondation dont Senghor est le parrain. Toutes nos félicitations au lauréat de la 11ème édition du Prix Tchicaya U Tam’si de la poésie africaine et longue vie au Forum d’Assilah !

Par Raphaël NDIAYE
Directeur général de la Fondation
Léopold Sédar Senghor, Dakar.
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La récente sortie d’Abdou Sané, ancien député du Pds, sur les relations entre le président Macky Sall et la Casamance associe contre-vérité, grossièreté verbale, mauvaise foi politique manifeste et très grave démagogie. Il est vrai que la victoire politique historique du camp du président Macky Sall, lors des législatives de juillet 2017, semble avoir sonné le glas pour une opposition incapable de se hisser à la hauteur des profondes aspirations d’une magnifique région naturelle meurtrie par plus de 30 ans de conflit. En opérant une véritable razzia politique qui a vu son triomphe dans les 3 régions administratives de la Casamance, le président Macky Sall confirmait, si besoin en était, son écrasante hégémonie politique locale symbolisée par la conquête d’Oudoucar, village natal de la mère de Me Wade, que jamais une force politique n’avait réussi à arracher à Wade !

Vaincu avec son parti et ses alliés, Abdou Sané ne semble pas avoir digéré son expulsion de l’Assemblée nationale. Tirant sur tout et s’agrippant à l’exploitation du zircon, devenue son élixir de vie politique, il tente désespérément, sous ordre, d’écorner l’image du président Macky Sall auprès des vaillantes populations de Casamance. Pour cette basse mission, il ne lésine, tout comme ses maîtres, sur rien, absolument rien. Mais, qu’il dise que le « président Macky Sall ne respecte pas la Casamance » est une grave forfaiture morale.

La question, la seule vraie question qu’il aurait du poser, pour y répondre, est simple : pourquoi le président Macky Sall est-il adoubé par les populations de Casamance, toutes ethnies, couches et catégories sociales confondues ? La réponse coule de source ! Près de 6 ans durant, jusqu’aux effroyables, crapuleux et inacceptables évènements de Boffa, la Casamance a connu une remarquable période de stabilité sécuritaire favorisée, pour l’essentiel, par les options stratégiques et politiques de sortie de crise, formulées et appliquées par le président Macky Sall.

Convaincu que seule l’approche triptyque Rrd (Réconciliation-reconstruction-développement) donnera tout son lustre à la Casamance, le président Macky Sall a redéfini les contours et le contenu d’une authentique politique de développement de cette zone phare de notre pays. Dans ce cadre, désenclaver cette région naturelle vitale du Sénégal fut et demeure une des orientations majeures du président Macky Sall. Sur le plan routier, la gestion des Boucles du Boudier et du Fuladu dont la réalisation du tronçon Sédhiou-Marsassoum n’est qu’un volet est une dynamique jamais enclenchée depuis près de 60 ans.

Cette même logique explique le vote de la loi 2015-13 du 03 juillet 2015, complétée par la signature du décret d’application, le 30 septembre 2016, portant « statut spécial » des entreprises touristiques installées dans le « Pôle Casamance » qui englobe les régions administratives de la région naturelle de Casamance. Mieux encore, le président Macky Sall a permis la desserte aérienne régulière de la région de Ziguinchor par, au moins, 02 vols quotidiens Dakar-Ziguinchor-Dakar et, pendant la saison touristique, jusqu’à 3 vols quotidiens Dakar-Cap Skirring-Dakar auxquels s’ajoutent 2 vols Charters hebdomadaires Paris-Cap Skirring-Paris !

Aussi, le profond attachement du président Macky Sall au double désenclavement de la Casamance se mesure, entre autres, à travers la voie maritime. Nul besoin, sous ce rapport, de rappeler Aguene, Diambogne et autres bateaux assurant la liaison entre la Casamance et le reste du pays, dans des conditions exceptionnellement avantageuses (confort et prix du billet sensiblement revu à la baisse). Mais, la prouesse majeure demeure incontestablement la construction, en cours, du pont sénégalo-gambien. Une vieille exigence depuis plusieurs siècles de relations entre le Sénégal et la Gambie ! Sur l’ensemble de la région naturelle, l’une des grandes préoccupations du président Macky Sall demeure le désenclavement interne.

A cet effet, ponts (comme celui de Ziguinchor), routes et pistes de production ont été multipliés pour atteindre un niveau jamais vu en Casamance. Jamais également, la Casamance n’a été aussi éclairée qu’aujourd’hui. Grâce aux immenses efforts de la Senelec, de nombreuses zones de Ziguinchor, Kolda et Sédhiou, hier dans l’obscurité totale et permanente, sont éclairées (comme en témoignent les 54 villages des régions de Ziguinchor et Sédhiou éclairés par voie solaire).

En termes on ne peut plus simples et clairs, c’est sous le président Macky Sall que la Casamance entame son véritable et décisif envol que valident les politiques publiques dans tous les secteurs d’activités. Qu’il s’agisse de l’éducation de base grâce au Projet d’amélioration de l’éducation de base en Casamance, par le biais de financements mobilisés pour les régions de Ziguinchor et Sédhiou, de l’enseignement supérieur avec les Isep et les 5 milliards de FCfa pour davantage moderniser l’Université Assane Seck, du relèvement du taux de scolarisation régionale, des percées significatives de la pêche locale (Centre de tri de Kafountine, quai de pêche de Goudomp, construction d’unités d’aliments de poissons à Sédhiou et Ziguinchor, complexe frigorifique de Ziguinchor, pôle aquacole de Sédhiou…). Cette activité est facilitée par le dragage et le balisage de l’embouchure du fleuve Casamance.

Dans des secteurs d’une importance singulière comme l’agriculture, la Casamance tire son épingle du jeu au palmarès des régions les plus performantes du Sénégal. De même, dans le cadre des politiques d’emploi lancées par le président Macky Sall, la région est dans une dynamique haussière soutenue et régulière. Bref, nul besoin d’être exhaustif pour attester du bond qualitatif accompli, en 6 ans seulement, par la Casamance sous Macky Sall. C’est vrai que le président Macky Sall n’a jamais promis qu’il « réglera le problème de la Casamance en 100 jours seulement », comme le fit cette autre personne dont Abdou Sané demeure un inconditionnel chambellan. Un président qui, plus que les « 100 jours » prophétiques attendus, a du passer près de 4380 jours au pouvoir pour finalement laisser la Casamance dans un état pire qu’il n’était auparavant.

Certainement, les récentes initiatives prises par l’Anrac, les activités déclenchées par le gouvernement, de concert avec la société civile, pour mener à bien les logiques de paix et de développement dans la région naturelle de Casamance et surtout la toute prochaine visite du président Macky Sall font peur aux fossoyeurs de la paix et obstacles au développement de la Casamance. Une région d’une exceptionnelle vitalité, d’une incomparable beauté et aux populations remarquables par leur dignité, leur attachement au travail et au progrès.

Aucune exigence politicienne et nul calcul apatride ne sauraient autoriser le retour aux vieilles pratiques d’arrière-garde, porteuses de larmes et de sang, au grand désarroi de populations qui aspirent à la paix, au mieux-social, dans un Sénégal uni et prospère, sur le tracé des orientations du président Macky Sall. Non, la Casamance, on ne joue pas avec !

Par la Cellule d’appui
à la veille stratégique (Cave) de l’Apr

Les banlieues sont à la croisée des chemins, dans un contexte national où l’enjeu le plus crucial demeure la mobilisation des énergies les plus fraîches pour doper les indicateurs de performance économique et assurer une redistribution juste et équitable des fruits de la croissance. Assurément, l’essor de nos banlieues est largement corrélatif au génie de ses filles et fils à pouvoir allier solidarité et action en valorisant les complémentarités et les synergies et en s’appuyant sur les identités les plus fortes. Depuis notre accession à la souveraineté nationale, quatre régimes politiques se sont évertués, avec des fortunes diverses, à poser les jalons pour bâtir des banlieues prospères.

L’accession du président Macky Sall à la magistrature suprême, en 2012, représentant la deuxième alternance politique au Sénégal, marque assurément une étape majeure dans la promotion de l’auguste projet de construction nationale autour d’une promesse républicaine. On serait tenté d’affirmer qu’il marque une rupture, autant dans son projet politique ambitieux visant l’émergence, que dans son approche managériale visant à capitaliser toutes les expertises et intelligences disponibles, en faisant fi des cloisons partisanes et/ou idéologiques. La matérialisation de ces visions et ambitions est en train de prendre forme grâce aux multiples instruments mis en place, par le président de la République, à travers le Plan Sénégal émergent.

En effet, après seulement 6 ans de magistère de Son Excellence Monsieur le président Macky Sall, force est donc de constater, sans glorification, que le visage du Sénégal est en train d’être profondément lifté. Dans tous les domaines de la vie des Sénégalais, des améliorations sont réalisées ou en cours de réalisation. Nous, habitants des banlieues de Pikine, Guédiawaye et Rufisque, sommes, plus que quiconque, bien placés pour attester de l’effectivité et de l’efficacité des programmes, projets et autres instruments dont la mise en œuvre va améliorer durablement les conditions de vie des populations.

Relativement aux secteurs sociaux, d’importants efforts sont en cours pour renforcer sensiblement le stock de capital humain. A cet effet, de nombreux programmes impactant sûrement sur tout le territoire et notamment les banlieues ont été initiés : Bourses familiales, Couverture maladie universelle, Carte d’égalité des chances, Programme d’urbanisation et de développement communautaire, Programme d’eau potable et d’assainissement du millénaire…

Tout ceci participe à une bonne répartition des dividendes de la croissance et une meilleure participation des populations aux divers processus de production/ création de richesses afin d’effacer progressivement les inégalités sociales, notamment par la rupture de la transmission intergénérationnelle de la pauvreté. La dernière trouvaille de Son Excellence Monsieur le président de la République, à travers la Délégation à l’entreprenariat rapide pour les femmes et les jeunes (Der/Fj), permettra assurément de renforcer l’équité dans cette volonté de répartition égale des richesses nationales.

En plus de ces programmes d’envergure nationale, les banlieues de Pikine, Guédiawaye et Rufisque sont, aujourd’hui, renforcées par des programmes comme Promovilles et Progep qui ont efficacement résolu le problème des inondations. De même, de nouveaux axes routiers (prolongement de la Vdn jusqu’à Tivaouane Peulh, route des Niayes, pavage de routes dans plusieurs communes) sont réalisés avec des infrastructures pour l’assainissement. S’y ajoute le révolutionnaire projet du Ter entamé et qui va impacter positivement sur la mobilité. La santé n’est pas en reste avec l’ouverture de l’hôpital Dalal Jam. La rénovation des lieux de culte, la réalisation d’infrastructures sportives comme l’arène nationale achevée sont aussi l’œuvre du président Macky Sall.

Enfin, on peut porter à l’actif du chef de l’Etat en faveur de la banlieue, notamment Rufisque, la création d’une ville nouvelle dotée d’infrastructures de dernière génération à Diamniadio et Lac Rose. Cette réalisation est unique au Sénégal. Il demeure avéré que ces belles réussites, accumulées en six années d’exercice, sont le fruit d’une gestion saine et experte dont le modèle mérite d’être perpétué et affiné pour garder le cap et permettre au Sénégal d’entrer sereinement dans l’ère de la prospérité et d’y rester durablement.

En effet, aujourd’hui plus que par le passé, tous les ingrédients sont réunis pour, très rapidement, récolter les fruits de l’Emergence. Par les politiques hardies mises en œuvre, les banlieues deviennent des « bons lieux ». Il devient alors impératif pour les habitants des banlieues que nous sommes, concernés par le devenir de notre Nation et l’avenir de notre peuple, de nous lever comme un seul homme pour agir de concert en vue de sauvegarder les acquis, sécuriser les réalisations et garantir une continuation cohérente et maîtrisée des projets en cours ou planifiés dans un proche avenir.

Ainsi, au regard de l’agenda démocratique de notre pays, il demeure évident que le jalon crucial pour relever le défi de l’émergence des banlieues en cours reste la réélection du président Macky Sall aux prochaines élections présidentielles de 2019, et ce, dès le premier tour.

Pour ce faire, des cadres de la banlieue ont mis en place le Groupe de réflexion et d’action pour l’émergence des banlieues (Grape/B).

Le Grape/b est un think tank qui, en plus des réflexions prospectives sur la situation de la banlieue et du pays, se propose de porter des actions pour l’émergence socio-économique des territoires. En effet, ayant une claire conscience de la nature systémique de toute entreprise de transformation sociale, le Grape/b compte s’appuyer sur la vision politique du président Macky Sall pour accompagner, en banlieue, la matérialisation de la construction d’ « un Sénégal de tous et d’un Sénégal pour tous ».

Le Grape/b s’érigera en véritable acteur pour rendre visible les réalisations du président de la République, démontrer les enjeux de développement que comporte, pour les banlieues, la poursuite du contrat politique avec lui et vulgariser un argumentaire pertinent sur l’impératif de lui sécuriser son deuxième mandat. La grande randonnée pédestre, organisée le 25 mars 2018, va dans ce sens. Il en est de même du Forum sur l’emploi des jeunes et des femmes prévu en fin juillet 2018. Réitérant notre engagement au président de la République, Macky Sall, et le remerciant vivement pour ses réalisations concrètes, nous ne lui dirons jamais assez merci. Merci, merci.

Par Samba Laobé DIENG
Membre du Groupe de réflexion et d’action
pour l’émergence des banlieues (GRAPE/B)
Commune de Djiddah Thiaroye Kao / Pikine
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Dans mon Alerte risques majeurs n° 9 intitulé « la résilience précède l’émergence », j’ai délibérément mis l’accent sur la responsabilité des Pouvoirs publics, c’est-à-dire la résilience qui incombe à l’Etat. Mais, suite à l’accident domestique survenu à Kédougou avec 5 décès, quelques semaines après celui du village de Fass Barigo, j’ai eu le regret de n’avoir pas plus insisté sur la résilience communautaire. Mon regret est d‘autant plus grand, qu’au cours d’un échange avec des amis hauts cadres sur l’urgence de doter les familles de plans de préparation et de réponse (Plan familial de mise en sûreté/PFMS) pour éviter le renouvellement de ce genre de drames, ils ont répliqué que « la priorité serait ailleurs. « Quand les gens vivotent, ils n’ont pas le temps de penser à la prévention ».

Cette posture est révélatrice de la faible résilience communautaire, source d’accidents domestiques de plus en plus graves. Contrairement à cette opinion, la pauvreté s’accommode difficilement de la gestion de crise. N’est-il pas plus aisé d’installer un extincteur que de devoir reconstruire une maison après sa destruction par les flammes ? Ce qui ne peut se concevoir sans une révolution préalable des mentalités.

Quand une société évolue, les populations doivent adopter leur mode de vie à cette évolution. Aujourd’hui, l’électricité et le gaz font partie du quotidien des populations urbaines. Ils génèrent des incendies plus que par le passé. Face à ce risque, l’unique alternative est de doter les domiciles d’extincteurs et de former les familles à l’organisation des premiers secours. L’installation d’alarme ne devrait plus être perçue comme un luxe, mais un élément important de prévention des risques majeurs d’incendie.

Il faut mettre un terme à la coexistence d’ateliers de menuiseries métalliques et de dépôts de bombonnes de gaz qui peuvent prendre feu à la moindre étincelle. Il en est de même de la tendance au « tout sécuritaire » qui consiste à fermer avec des grilles tous les accès des domiciles. L’existence de plans familiaux d’organisation des secours permettra la matérialisation des issues de secours pour faciliter l’évacuation de personnes en cas de nécessité.

Quel que soit la rapidité de l’intervention des sapeurs-pompiers, elle ne peut remplacer les premiers secours, surtout quand ils découlent d’un plan suffisamment éprouvé. Il ne faut pas se voiler la face à Dakar et pour diverses raisons, les soldats du feu auront de plus en plus du mal à intervenir dans des délais courts sur les lieux des sinistres :

• une circulation bouchonnée où les véhicules de secours ne bénéficient pas de la priorité de circuler ;

• des voix routières mal conçues (absence de bande d’arrêt d’urgence par exemple) ;

• l’imprécision dans l’adressage urbain qui rend difficile la localisation des sites ;

• l’occupation anarchique des voies publiques inadaptées au déplacement d’engins lourds ;

• l’obstruction et l’inexistence de bouches d’incendies de proximité etc.

La densification du parc automobile à Dakar a transformé certains quartiers en parkings géants où règne l’anarchie. Les propriétaires se garent sans laisser des espaces nécessaires pour manœuvrer et sortir en cas d’urgence ou de passage des moyens de secours. Il s’y ajoute que la quantité de carburant dans les réservoirs des véhicules stationnés dans ces ruelles représente des centaines de litres d’essence. Il est évident que la survenue d’un incendie dans de telles circonstances aurait des conséquences dramatiques.

Nombreux sont les endroits de la ville de Dakar où des stations d’essence partagent le même mur de clôture avec des maisons ou donnent sur des balcons (Liberté VI Extension, Sicap Foire, etc.)

Ce tableau de vulnérabilité ne serait pas exhaustif sans l’évocation des installations électriques défectueuses pour ne pas dire des branchements clandestins. C’est le lieu de relever également les transformations qui ne respectent pas les normes architecturales requises et les matériaux de construction. Dans certains quartiers de Dakar, au moins 10 personnes, souvent des travailleurs domestiques sans attache à Dakar (femmes de maison et charretiers), partagent la même chambre dans des conditions de précarité totale : murs fissurés, dalles colmatés, humidité permanente, sans eau ni électricité. En cette période d’hivernage, une infiltration est vite arrivée suivie d’un effondrement avec la perte potentielle de plusieurs vies humaines. Ce phénomène de surpeuplement est très visible à Grand Yoff, Hlm montagne, Arafat, grand Dakar, etc. La seule réponse à ces différentes situations de risques majeurs domestiques est la résilience communautaire qui, hélas, fait cruellement défaut au Sénégal !

En effet, la prise de conscience de ces risques majeurs domestiques est de la responsabilité première de chaque famille. Elle est individuelle avant d’être collective. Au demeurant, cette résilience communautaire est fortement tributaire de la disponibilité de l’information préventive qui relève principalement de la responsabilité de l’Etat. Et tout cela procède d’une culture qui se construit dans la durée.

Par Ousmane SECK
Formateur Rme
Membre de l’Institut français des formateurs risques majeurs
et protection de l’environnement (Ifforme),
Président de l’Association urgence et développement (Aud)

«Nul ne peut comprendre le droit communautaire s’il ne sait pas ce que signifie l’idée d’intégration». Le droit communautaire africain doit être «pris aux sérieux». Il s’agit d’un «terrain neuf et imparfaitement consolidé». C’est un droit jeune mais complexe du fait de sa singularité.

L’arrêt rendu par la Cour dans l’affaire Khalifa Sall et 5 autres c Etat du Sénégal pose des problématiques juridiques qui méritent des précisions de la part de ceux qui s’y connaissent et non de ceux évoquent la décision sans effort de dépouillement de plus de 150 arrêts prononcés par la Cour d’Abuja pour appréhender sa méthodologie de travail. Tout jugement hâtif sans référence à la jurisprudence de la Cour serait excessif et dangereux pour l’intégrité de la discipline du droit communautaire. Une compréhension de la décision nécessiterait une lecture au moins des grands arrêts de la Cour en matière d’arrestation et de détention arbitraire. Les questions doctrinales peuvent être controversées mais pas polémiques. L’exécution des arrêts de la Cour dépend de la bonne volonté des Etats membres en vertu de leurs obligations communautaires. Des hypothèses de refus d’exécution sont récurrentes. Ce qui est de nature à réduire la portée des arrêts. Dans l’affaire opposant Khalifa Sall et 5 autres à l’Etat du Sénégal, la Cour n’a pas ordonné la libération (I) des requérants. La réparation pécuniaire de 35 millions de FCfa étant la seule mesure indiquée par la Cour. Il conviendra de dire un mot sur le caractère obligatoire de l’arrêt de la Cour (II).

I- Pourquoi la Cour Cedeao n’a pas ordonné la libération de Khalifa Sall et 5 autres ?
La condamnation pécuniaire constitue la modalité de la réparation retenue par la Cour de justice de la Cedeao. Elle vise à réparer les préjudices subies par les requérants. La Cour conclut son raisonnement après constatation de violation par l’octroi d’une indemnisation. Néanmoins, elle ne précise pas les mesures individuelles concernant l’exécution de l’arrêt. S’il arrive à la Cour d’ordonner des mesures à l’endroit de l’Etat incriminé, elle le fait de manière directe. A titre d’illustration, dans l’affaire Mamadou Tandja c Niger du 8 novembre 2010, la Cour a ordonné la libération immédiate du requérant, et dans l’affaire Jerome Bougouma et 4 autres c Burkina Faso du 19 février 2018, elle a demandé à « l’Etat du Burkina Faso de veiller à ce que qu’un procès éventuel des requérants soit entouré de toutes les garanties du point de vue de l’équité et de l’impartialité». Dans ces cas d’espèce, la démarche de la Cour n’a souffert d’aucune ambiguïté lorsqu’elle a prescrit des mesures à prendre pour l’exécution des décisions. La vraie question est de savoir pourquoi la Cour n’a pas ordonné de mesures individuelles dans l’arrêt Kalifa Sall et 5 autres ? La réponse n’est pas aisée et elle est à rechercher dans l’opinion dominante au niveau de la Cour de justice. Elle refuse de disposer d’un pouvoir d’injonction à l’encontre des Etats. La tendance jurisprudentielle recommande une prudence liée à la nature des affaires traitées devant la Cour. Cette dernière, conçue pour assurer le respect du droit dans l’interprétation et dans l’application des traités doit-elle se substituer aux juges naturels de protection des droits de l’homme ou les compléter ? A l’heure actuelle, la Cour de justice de la Cedeao n’a pas encore précisé la portée de l’exécution de ses arrêts. Cette exécution est prévue par l’article 24§4 du Protocole du 12 janvier 2005, en plus de l’article 15 du traité révisé de la Cedeao. Il est souligné que «les Etats membres désigneront l’autorité nationale compétente pour recevoir et exécuter la décision de la Cour et notifieront cette désignation à la Cour». L’article 2 du Protocole de 2012, érige l’exécution des arrêts de la Cour en une obligation des Etats membres. Ce qui signifie qu’il appartient aux Etats membres d’en assurer l’exécution avec les moyens appropriés. En clair, le droit communautaire reconnaît une marge d’appréciation aux autorités en charge de l’exécution pouvant revêtir plusieurs modalités. L’application et l’exécution de l’arrêt (puisqu’il s’agit de deux notions distinctes) ne posent pas de problème particulier. Ce qui doit être débattue c’est l’interprétation de l’arrêt par les autorités juridictionnelles nationales.

II- La signification du caractère obligatoire de l’arrêt de la Cour Cedeao
Nul doute que les arrêts de la Cour ont un caractère déclaratoire et obligatoire. La Cour constate la violation et en tire une conclusion pouvant aboutir à une réparation ou la prescription de mesures individuelles. L’arrêt rendu par la Cour ne remet pas en cause les procédures internes. Il produit des effets juridiques dans l’ordre juridique de l’Etat concerné. Ces effets juridiques ne signifient pas annulation ou modification d’instances en cours. Puisque la Cour reste muette sur la signification juridique des effets de l’arrêt dans l’ordre juridique sénégalais. La réception de la décision par le juge national peut soulever une question d’interprétation susceptible d’être renvoyée à la Cour de justice de la Cedeao. En droit français, la Cour de cassation, dans sa Chambre criminelle avait précisé «qu’un arrêt de condamnation de la Cour européenne s’il permet à celui qui s’en prévaut de demander réparation, est sans incidence sur la validité des procédures relevant du droit interne» (Crim. 3 février 1993, Kemmache), ou «n’a aucune incidence directe en droit interne sur les décisions des juridictions nationales (Crim. 4 mai 1994). L’arrêt de la Cour dans l’affaire Khalifa Sall et 5 autres pourra ouvrir une réflexion doctrinale intéressante en droit communautaire africain sur l’autorité des décisions de la Cour de justice de la Cedeao dans les ordres juridiques des Etats membres. Déjà, dans la perspective du droit comparé nous autorise à évoquer l’autorité de la Cour européenne des droits de l’homme dont elle s’inspire directement.

Le Professeur Frédéric Sudre résumait cette autorité en ces termes : «L’autorité jurisprudentielle, qui déborde l’autorité de la chose jugée en ce qu’elle adresse à l’ensemble des destinataires (autorités nationales, individus) de la norme conventionnelle, ne se «décrète» pas-à la différence de l’autorité de la chose interprétée dans le système juridique communautaire…Cette autorité jurisprudentielle ne peut être qu’une autorité persuasive, suscitant l’adhésion des destinataires - et au premier chef des juges nationaux - à la solution de droit donnée par la Cour. Cela implique,… le respect du principe de subsidiarité, car il est vain de vouloir construire un ordre juridique dans une relation conflictuelle avec les juridictions nationales, chargées, au premier chef, du respect de la Convention, et nécessite une jurisprudence plus claire, plus stable, mieux motivée, en un mot plus cohérente» (Droit européen et international des droits de l’homme, p. 743).

Compte tenu de la nature singulière du droit de la Communauté, la prudence et la retenue scientifique s’imposent pour les non lecteurs avisés des arrêts de la Cour de justice de la Cedeao. On ne lit pas un arrêt de droit communautaire avec emballement. Que la vérité scientifique puisse régner au nom du droit de l’intégration dont les juridictions nationales sont les juges de droit commun.

Par Moustapha FALL
Chercheur en droit public à l’Université de Nantes
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L’année 2018 est partie pour être très mouvementée en attendant l’élection présidentielle du 24 février 2019. C’est une avant-première houleuse et douloureuse marquée par des sorties maladroites d’une opposition désemparée. Certains prétendus candidats, incapables d’engranger 1 % de l’électorat sénégalais, réfutent sans raison la loi sur le parrainage. Ils continuent de s’agiter avec des méthodes et stratégies antirépublicaines et dont l’objectif est de faire du tape-à-l’œil. Sans penser à l’image du Sénégal à l’étranger, ils instrumentalisent des militants « parisiens » pour saboter, en vain, une visite « d’intérêts communs ». On n’arrête pas la mer par ses bras, ils ont lamentablement échoué dans leur tentative de sabotage.

La plupart de ces prétendus candidats en mal de reconnaissance ont opté pour le dénigrement, la calomnie et le déballage. Ils n’existent qu’à travers les radios et profitent de toutes les occasions pour intervenir dans les émissions interactives. Ils s’autoproclament « experts », altérant le débat démocratique et polluant l’espace public avec des expressions marrantes et sans intérêts.

Certains nihilistes ont le culot de rejeter toutes les réalisations de l’Etat sans être en mesure de donner des solutions concrètes aux Sénégalais ou décliner un programme cohérent ou réalisable.

Ces messieurs nous ont habitués à des déclarations comme « rien ne va dans ce pays », « le pays va mal », « les Sénégalais sont fatigués »… Et ce, sans un moindre brin patriotique.

D’autres, plus pessimistes, tels des oiseaux de mauvaise augure, rêvent d’un Sénégal chaotique. Ils veulent mettre le pays à feu et à sang, mais le Bon Dieu ne les suivra pas dans leurs souhaits maléfiques. Ces bruyants, pour ne pas dire brillants intellectuels, se prennent pour des messies capables de redresser le pays en un clic ou en quelques mots magiques. Les « grands connaisseurs » brandissent des pseudo-enquêtes ou rédigent même des livres pour attester de leurs connaissances, en se départissent de toute logique ou démarche scientifique.

Les perdants avant l’heure, nostalgiques du pouvoir, ne sont intéressés que par des privilèges. Ils font tout pour revenir aux affaires, car ils se nourrissent de la politique. Pour cela, ils tentent de nous faire oublier leur arrogance et leur gestion gabégique en critiquant les réalisations du président Macky Sall. Ils se victimisent pour atteindre le cœur des Sénégalais.

Pendant ce temps, le président Macky Sall travaille sans faire trop de bruits, réalise tous ses projets. Il ordonne, par exemple, la construction de forages, de pistes de production, de centres de santé pour les populations éloignées. Il dote les villes de minibus pour faciliter la mobilité urbaine et des ambulances médicalisées. C’est pourquoi j’appelle ses collaborateurs à traduire en acte sa vision, à s’appuyer sur son bilan positif, à s’unir comme un seul homme autour de leur leader pour triompher au soir du 24 février 2019 en remportant l’élection au premier tour.

La course sera rude et dure, comme dirait l’autre, la fin justifie les moyens. C’est pourquoi certains prétendus candidats vont remuer ciel et terre. Avec des armes non conventionnelles, ils attaquent leurs adversaires pour convaincre les populations, principaux acteurs de ces élections, à faire un bon choix. Mais, il faut retenir que « lekett nene, nakhattou beuye » (en français : une calebasse vide ne peut pas duper une chèvre). Donc, l’intérêt du Sénégal doit primer sur toutes ces prétentions. S’il vous plait, chers compatriotes, un peu de patriotisme…

Par Souleymane NIANG
Ancien Daf de l’Ugb de St-Louis
Ancien Drhf de l’Université de Thiès

Dans mon Alerte 9, j’ai tenu à rappeler un postulat simple : « la résilience précède l’émergence ». Aujourd’hui, il est  plus qu’aisé de convaincre  les sceptiques au regard de ces quelques chiffres : suite à la pluie du 25 juin 2018, le journal Vox populi rapporte que « 6354 têtes de bétail,  dont 128 vaches, ont été tuées  au Ranch de Dolly,  plus de 400 à Mboula, 300 à Déali et 254 dans les villages de Moguéré et Mayel, dans la commune de Barkédji ». Ces statistiques sont loin de refléter l’exacte ampleur des pertes qui seraient de loin supérieures.

Pour rappel, les pluies hors saison de  mars 2012 avaient affecté près  de 35 % du cheptel du département de Podor, évalué à l’époque à 300.000. Cette liste aurait pu être étendue aux dégâts causés à l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) de Diass et partout ailleurs dans le pays. Mais, faute d’un système de collecte de l’information sur les risques majeurs, toutes ces données ne peuvent pas être disponibles en temps réel.

Dans un tel contexte de  vulnérabilité, l’atteinte des Objectifs de développement durable devient difficile à réaliser. Par conséquent, il s’impose à l’Etat comme aux communautés d’en prendre conscience et de s’inscrire dans une perspective de création des conditions d’une véritable résilience, un préalable à l’émergence. Et c’est là un défi auquel le Sénégal sera de plus en plus confronté vu, d’une part, le changement climatique et ses multiples conséquences et, d’autre part, les perspectives d’exploitation du pétrole et du gaz qui constituent autant de sources potentielles génératrices de risques majeurs naturels et  technologiques.

Par
Ousmane SECK

Formateur Rme,
membre de l’Institut
français des
 formateurs risques
majeurs et protection
de l’environnement
(Ifforme),
président de l’Association urgence et développement (Aud)

Le lait est un liquide blanc, opaque, d’une pesanteur spécifique un peu plus grande que celle de l’eau. Il est fournit par les glandes mammaires de la femme et des femelles des animaux mammifères. Sa sécrétion se fait naturellement après la parturition. C’est l’aliment par excellence du nouveau-né et la principale source de nutriments pour les jeunes mammifères avant qu’ils puissent en digérer d’autres. Au tout début de l’allaitement, le lait contient du colostrum qui porte les anticorps de la mère, lesquels permettent de réduire le risque de nombreuses maladies chez le nouveau-né.

De tous les mammifères, l’être humain est le seul qui boit du lait après le sevrage et de surcroit le lait d’un autre mammifère. Chez tous les mammifères aussi, les lactases, chargées de dégrader le lactose, disparaissent progressivement. Dès lors, nous pouvons nous poser les questions suivantes : pourquoi continuons-nous, nous, les humains, à en boire jusqu’à la fin de notre vie ? Le lait est-il bon pour notre santé ? Quelles maladies sont soupçonnées d’être causées par le lait ? Nous tenterons de répondre à ces questions fondamentales.

Après la Seconde Guerre mondiale, tous les efforts étaient concentrés sur l’agriculture pour refaire une économie mise à genou. C’est ainsi que la France s’est retrouvée avec beaucoup de lait dans les campagnes. Et ne sachant quoi en faire, le nommé Pierre Mendés France, président du Conseil des ministres, dépose un projet de loi pour généraliser la distribution de lait aux enfants de toutes les communes afin de lutter contre l’alcoolisme et pallier les carences alimentaires de l’après-guerre.

Ainsi, un verre de lait est distribué quotidiennement aux écoliers français et des colonies. D’ailleurs, de grandes stars de l’époque seront mobilisées pour faire avaler la pilule lait malgré certaines réticences et le slogan était : « Pour être studieux, solides, forts et vigoureux, buvez du lait ». Et dans la lignée de la politique mise en œuvre par Pierre Mendés France, les pays européens subventionnent, depuis 1976, la distribution de lait dans les écoles.

Depuis, la consommation du lait devient une habitude dont on ne peut se passer, les industries laitières se développant partout et la production affole les statistiques : la France produit 25 millions de tonnes de lait de vache par an et l’Allemagne 32 millions. De 12 à 14 litres par jour, les vaches de ferme en produisent entre 20 à plus de 60 litres suivant les races. Par nature herbivore, la vache est désormais nourrie par le triptyque blé-maïs-soja, des céréales génétiquement modifiées, d’hormones de croissance, telles que le prosilac, le Rbgh (Hormone de croissance bovine recombinée), et d’antibiotiques (plus de 50 % de la production mondiale d’antibiotiques est destinée aux animaux).

Pour couronner le tout, les vaches sont enfermées dans des hangars, ne voient pas la lumière du jour. Dès le lendemain de sa naissance, le veau est séparé de sa mère, car son lait qui est sensé le nourrir est destiné aux humains. Quelques jours après, la vache est encore violée via l’insémination artificielle. Ce qui signifie qu’elle produit du lait en même temps qu’elle est en gestation. Bref, les vaches sont devenues de véritables usines sur pattes. La mondialisation a fait du lait un aliment-santé universel. Ce produit tel qu’on le consomme de nos jours est malmené, fragmenté, transformé et vendu en pièces détachées au point qu’il n’a plus rien à voir avec celui que consommaient nos parents et grands-parents.

Le lait Uht, chauffé à 140° en quatre secondes pour prolonger sa conservation, est dépourvu de certaines vitamines, ses composés protéiques sont corrompus et ses bactéries assassinées. Pour faire plus de profits, l’industrie laitière a décomposé le lait en sous produits et nous sérine à longueur de journée que « les produits laitiers sont nos amis pour la vie ». Vraiment ? Pour Maximilian Ledochowski, médecin nutritionniste à Innsbruck (Autriche) et spécialiste des intolérances alimentaires, le lait subit entre vingt et trente étapes de transformation. A la fin, entre le produit de départ et le produit d’arrivée, il n’y a que le nom qui est le même.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms), 75 % de la population mondiale est intolérante au lactose surtout les Asiatiques et les Africains. L’argument calcium mis en avant par les spécialistes du lait est botté en touche par certains scientifiques, car c’est dans les pays où on consomme le plus de lait qu’on dénombre le plus de cas d’ostéoporose (fracture des os), au point que l’Oms le surnomme « le paradoxe du calcium ».
D’après une étude suédoise de l’Université d’Uppsala, dirigée par le nutritionniste Karl Mickaelson et parue dans le Bmj en 2014, les personnes qui boivent trois verres de lait par jour ont un risque de fracture osseuse plus élevé et une espérance de vie plus courte. Pour lui, il est aberrant de penser que le lait de croissance d’une autre espèce puisse nous convenir et nous être indispensable toute notre vie.

Pour le journaliste Thierry Soucar, auteur de « Lait, mensonges et propagande », l’Institut Pasteur, l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (Anses) et le Programme national de nutrition santé (Pnns) dépendent beaucoup de l’argent de l’industrie laitière ; ce qui les empêche d’être indépendants. Toujours selon lui, la recommandation de l’Oms qui est 500 mg de calcium par jour s’oppose à celle du Pnns qui est de 1200 mg. Du reste, c’est pour cette raison qu’il est conseillé de consommer trois produis laitiers par jour. Entre l’Oms et le Pnns, qui croire ?

Toxicologue de l’Institut de biochimie minérale de l’Université de Keele, en Grande-Bretagne, Christopher Exley a étudié quinze marques de lait maternisé célèbres dans le monde et a relevé des taux d’aluminium qui varient entre 0,4mg/l et 0,63mg/l alors que le taux autorisé dans l’eau du robinet est de 0,2mg/l. Pour lui, l’aluminium utilisé dans le lait en poudre comme antiagglomérant est un métal neurotoxique qui traverse la barrière encéphalique de l’enfant et s’accumule dans le cerveau ; ce qui peut lui créer des dommages pour le restant de sa vie. « Le lait contient des signaux biochimiques qui stimulent la croissance », dit Bodo Melnik, dermatologue à l’Université d’Osnabrück en Allemagne. Ces propos sont étayés par le chirurgien cancérologue Henry Joyeux du Chu de Montpellier qui considère que le lait de vache contient trois facteurs de croissance qui sont l’Igf-1, le Tgf, et l’Egf qui sont responsables des maladies dites de civilisation comme le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, l’obésité, le cancer du sein, le cancer des ovaires, le cancer de la prostate, les maladies auto immunes, etc.

Selon lui, le lait de vache déminéralise. Sacrilège ! Le lait qu’on recommande à longueur de journée dans les publicités, pour son calcium qui renforce les os, est une aberration. Les pays comme la Suisse, la France, les Etats-Unis, la Hollande, la Suède, la Finlande, etc., qui consomment beaucoup de lait sont aussi ceux où l’on constate la plus forte proportion d’ostéoporose et de fractures du col du fémur après 50 ans.
Walter Willett, responsable du Département de Nutrition de l’Ecole de santé publique d’Harvard, souligne que « l’homme n’a pas besoin de consommer du lait de vache ou d’autres ruminants ». Il indique également que l’apport quotidien en calcium peut être obtenu à partir d’autres sources comme les produits végétaux que l’organisme peut assimiler très facilement. A son avis, l’augmentation du calcium fait diminuer le niveau de la forme active de la vitamine D dans le corps, laquelle empêche le développement des cellules cancéreuses de la prostate.

Le régime hypotoxique proposé par le docteur Jean Seignalet, auteur du livre « L’alimentation ou la troisième médecine», a fait guérir beaucoup de malades en supprimant le lait et les produits laitiers de leur alimentation. C’est ainsi que les patients qu’il a suivis et qui souffraient de rhumatisme, de spondylarthrite ankylosante, d’arthrite, de polyarthrite rhumatoïde, de diabète, de cancer et de tant d’autres maladies sont complètement guéris ou ont constaté une nette amélioration. A n’en pas douter, le lait de vache fait partie des aliments les plus controversés et des études en cours nous réservent bien des surprises.
Depuis les années 1980, la consommation de lait en Afrique et particulièrement au Sénégal est devenue une habitude alimentaire bien ancrée. Du lait, on en trouve partout : en bouteille, en brique, en poudre en sachet, en poudre en pot.

La pléiade de marques de lait orne les boutiques et les rayons des supermarchés. Cependant, il est à noter que la plupart du lait que nous consommons vient de l’Union européenne et provient de vaches élevées de façon inacceptable, détournées de l’herbe, leur alimentation naturelle, nourries avec des hormones de croissance et des Ogm et maintenues en vie avec des antibiotiques. Dès lors, cette mutation en poids et en taille des jeunes sénégalais (sahéliens) inquiète. Tout aussi inquiétante la baisse du quotient intellectuel dans le monde qui chute  d’année en année. Nous vivons dans une époque où les enfants sont plus malades que leurs parents et partout les statistiques sanitaires explosent.

Le lait maternel est le seul lait adapté au tube digestif de l’enfant. Vouloir le remplacer par le lait d’une autre espèce n’est pas une bonne idée, quels que soient les arguments. Le lait est le canal de transmission des informations de comportement de l’espèce. En donnant du lait de vache à l’enfant, il reçoit des informations bovines. Quitte à ne pas se passer du lait, privilégier le lait des petits ruminants comme la brebis ou la chèvre, ou à défaut, consommer le lait de vache locale en s’assurant qu’elle est nourrie à l’herbe et élevée en plein air.

Je ne saurais terminer sans partager cette phrase d’un octogénaire qui m’a dit : «  Le lait ne se mange pas, ne se boit pas, ne se vend pas, ne s’achète pas : il se tète. « Nous sommes ce que nous mangeons ». Je recommande vivement ces ouvrages sur le lait à lire :
-     « Lait, poison mortel », Robert Cohen, 1998 ;
-    « Lait de vache, blancheur trompeuse », Anne Laroche Walter, 1998 ;
-    « Le lait, une sacrée vacherie », Nicolas Le Berre, 1999 ;
-    « Ce lait qui menace les femmes », Raphael Nogier, 2003 ;
-    « La viande et le lait : des aliments dangereux qui détruisent notre santé et notre planète », Christian Schaller, 2007 ;
-    « Lait, mensonges et propagande », Thierry Soucar, 2008.


Par
Gora NDAW

Ingénieur en Santé
environnementale et
territoires soutenables
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La première dénomination du premier roman de Cheikh Hamidou Kane (CHK) était les « Orgues mortes ». Elle a été changée par l’auteur en « L’Aventure ambiguë ». Je reviendrai sur le changement. J’ai été interpellé à l’issue de la dernière chronique sur les 90 ans de CHK sur ce que disait Kacha concernant la « disparition de MG dans la dernière version de L’Aventure ». Je l’avais mentionné sans avoir bien saisi le sens de cette assertion. Mais, j’ai appris, en demandant, que c’était une dénomination effectivement retrouvée dans le manuscrit. Tout d’abord, voici ce qui est raconté dans certains milieux intellectuels.

MG serait un personnage qui a accompagné Samba Diallo dans sa vie d’élève et d’étudiant. MG serait le fils d’un administrateur colonial blanc avec une Peuhle du pays des Diallobé. Cet administrateur se nommerait D’Erneville et aurait vécu au Sénégal avec son épouse blanche. Il était loisible aux colons de venir en Afrique sans épouse et enfants s’ils en avaient. L’épouse de ce colon aurait accompagné son mari. Car elle savait, disait-on, que son mari avait bon goût sur beaucoup de domaines.

Durant son séjour et au contact des administrés, Monsieur D’Erneville développerait un réseau sur lequel il comptait s’appuyer pour travailler. Il était donc assez fréquent dans les « terres ». Aussi tombât-il, un jour, en face d’une Peuhle dont il reconnut tout de suite la plénitude du regard voluptueux. Une discrète femme dont le regard vous foudroie. Elle avait des atouts physiques indéniables, dit-on, et  tous les hommes de sa contrée la convoitaient. Mais, le colon a choisi…

Monsieur D’Erneville aurait intégré la jeune dame dans son dispositif. Il la voyait régulièrement, dit-on. Et il finit par avoir un enfant avec cette dame, un garçon métis. L’enfant était différent des enfants que les maures avaient avec les autochtones le long du fleuve. L’existence de cet enfant resta secrète, parce que l’administrateur colon ne voulait pas que son épouse soit au courant. Et il a trouvé un moyen de s’occuper de cet enfant en envoyant régulièrement de l’argent, ayant ainsi des nouvelles de son rejeton.

MG aurait donc grandi au royaume des Diallobé, différent par la couleur de la peau (il était métis), mais avec une éducation rigoureusement identique à celle des garçons de son âge. Ainsi donc, il a été à l’école et a pu aisément joindre le Lycée Van Vollenhoven. C’est là qu’il aurait rencontré Samba Diallo. Ils seraient devenus copains dans la cour de l’école et après les classes. Entre temps, le père de MG est retourné en France. Et son épouse blanche est décédée. Monsieur D’Erneville pris contact avec son fils et le fait venir en Métropole. C’est là que la difficulté de MG à s’adapter a été très nette. Impossible de s’entendre avec le père à qui il en voulait de l’avoir caché. Impossible d’accepter que les Français le minimisent alors qu’il fait partie d’eux. Impossible de savoir pour qui travailler et comment. Impossible de se reconnecter avec son milieu d’origine qu’il avait quitté… Il sombra donc dans l’alcoolisme et devient vite difficile à gérer. Son père ne comprenait pas que son fils qui avait tout ce dont il avait besoin ne pût s’insérer harmonieusement en France. Le fils parlait de tout, tout le temps et partout. Ce fut surtout la logorrhée du fils qui énervait le père et leurs relations furent exécrables.

Samba Diallo avait rejoint la Sorbonne pour ses études supérieures. Il a pu retrouver MG, et ils se sont rencontrés souvent. MG ne faisait pas partie du cercle restreint de Samba Diallo à Paris, mais son cas intéressait ce dernier. Les causeries entre eux étaient fréquentes. On raconte que, attablés dans un café à Paris, au Boulevard Saint Germain, MG et Samba Diallo virent un travailleur noir (immigré dit-on aujourd’hui) en plein travail. MG hurla en commentant que son père aurait pu le laisser assumer son destin comme ce travailleur au balai qui cherche à vivre et à s’occuper de sa famille. Une fois, la situation de MG s’est détériorée avec un « délirium tremens » au point qu’il fut hospitalisé à l’hôpital Saint Antoine à Paris. Et Samba Diallo était justement en stage dans cet hôpital dans le cadre de son cours de psychologie. Ils se sont retrouvés encore et Samba Diallo l’aurait épaulé régulièrement dans ses moments difficiles.

Ce personnage aurait même alimenté les échanges « philosophico-what ever » dans la première mouture du roman. On l’a enlevé dans la version finale. Pourquoi ? Il n’en reste que le personnage du Fou. On raconte donc que c’est MG qui se serait transformé en le Fou et le romancier l’a vieilli afin qu’il relate quelques épisodes de la Guerre mondiale, et c’est ce qui lui aurait fait perdre les pédales.

Et ce pourrait être la question importante du métissage qui est posée et illustrée négativement à travers MG. Le contact avec l’autre est-il toujours bénéfique ? La civilisation de l’universel, est-ce l’idéal ? La question classique de Samba Diallo avec « ce que l’on gagne vaut-il ce que l’on perd ? » On me dit que ceux qui ont lu le premier jet avec MG (dont le président Senghor) auraient vaillamment défendu que l’on dépeigne MG ou que l’on le présente sous un meilleur visage… Je voudrais, pour ma part, m’essayer avec ceci. Pendant la période de la fin de la colonisation, certaines personnalités politiques ont épousé des Européennes et ont eu des enfants métis qui ont pu être positionnés dans le dispositif qui dirigerait nos pays. Certains ont fait carrière dans l’armée, la magistrature ou dans les affaires. Ces métis, bien que Sénégalais, ont bien saisi leur caractère de potentiels remplaçants des colons, ne serait-ce que sur le plan administratif. De toute façon, la hiérarchisation sociale est connue comme arme que les colons nous ont imposée avec, par exemple, les citoyens des quatre communes du Sénégal. Donc, avoir un personnage issu de cette frange avec une si triste histoire ne colle pas avec le dessein d’un métis chez nous…

Toujours est-il que la survenue brutale du Fou dans « L’Aventure ambiguë », sans aucune annonce ni présentation, peut faire admettre que quelque chose existerait, un soubassement au personnage…

Je suis donc parti en discuter avec Cheikh Hamidou Kane. Il rétablit les faits. MG a effectivement figuré dans le premier jet du roman. C’est, en fait, MG qui est Samba Diallo. Il ne s’agit pas d’un personnage supplémentaire. J’ai effectivement connu, dit-il, un métis franco-béninois au lycée, mais rien de lui dans « L’Aventure ambiguë »…

Quand j’étais prêt à publier le roman, je l’ai fait lire à Jacques Chevrier, Léopold Senghor, etc. Jacques Chevrier me dit que le titre « Les Orgues mortes » était difficile et n’accrochait pas trop. Il a relevé dans le texte une dizaine de noms possibles, entre autres, « Mon père ne vit pas, il prie » et « L’Aventure ambiguë », tous tirés du roman. Il suggéra aussi que maintenir le nom MG dans le texte détournerait aussi de l’essentiel. Il suffirait de donner un nom simple. D’où le personnage de Samba Diallo, nom culturellement acceptable. Jacques Chevrier et Senghor ont lu le même manuscrit et tous deux m’ont aidé à trouver un éditeur. Ce fut Julliard que j’ai retenu.
Donc, non seulement on a tort d’ajouter un personnage supplémentaire dans le roman, mais Senghor n’a pas du tout influé sur une quelconque problématique de métissage dans « L’Aventure ambiguë ».

Senghor m’a enseigné à l’Enfom
Senghor donnait le cours sur les Etudes, Langues et Civilisations africaines à l’ancienne Ecole coloniale (Enfom) devenue par la suite Institut des Hautes Etudes d’outre-mer. Il y avait un volet grammaire pulaar et il y excellait avec un répétiteur guinéen qui l’assistait. Senghor veillait sur nous, si on peut dire, parce que le système colonial avait verrouillé l’éducation. Le diplôme le plus haut qu’il attribuait était le Brevet de capacité colonial. Et Senghor encourageait ceux qui se bagarraient pour sortir du ghetto de l’enseignement colonial, ceux qui se battaient pour dépasser l’Ecole « normale » (pour la majorité des sujets…). Le seul diplôme de Doctorat était en Médecine vétérinaire, car les colons voulaient développer l’élevage en Afrique de l’Ouest. La médecine elle-même était cantonnée à l’Ecole africaine de médecine.

Les mécanismes que nous avions pour percer étaient à deux niveaux. Ceux qui parvenaient à être surveillants d’internat et faisaient le baccalauréat avant d’aller à l’enseignement supérieur. C’étaient les Boubacar Diallo Telli, Kéba Mbaye, Moustapha Wade, Abdoulaye Wade, Thierno Bâ… D’autres passaient par l’armée qui leur ouvrait des études où ils ont performé comme Amadou Moctar Mbow, Assane Seck... Abdou Aziz Wane et Ibrahima Wone étaient en Ingeniering et médecine.

A l’Enfom, il y avait trois sections : Magistrature avec Kéba Mbaye, Amadou Mathurin Diop…, la section Administration avec Mamoudou Touré, Amadou Gaye, Daniel Kabou moi-même, la section Inspection du travail avec Sékouta Sidibé. Evidemment, j’ai oublié certains (je te dirai si tu viens plus tard, me dit-il). C’est après nous que Abdou Diouf et Habib Thiam sont venus dans cette école. Certains d’entre ceux-ci ont lu aussi le manuscrit de « L’Aventure ambiguë ». Que Dieu accorde toute sa Miséricorde à ceux qui ne sont plus avec nous aujourd’hui. Je sais qu’il y a beaucoup de commentaires, de thèses, d’œuvres secondaires à partir de « L’Aventure ambiguë », mais j’ai su que MG a été changé en Samba Diallo dans le roman. Voilà pour ceux qui m’ont interpellé sur cette question.

Par
Dr Fadel KANE

Dakar

« L’action politique devient destructrice quand elle perd le sens des responsabilités et opte pour le nihilisme, le refus de dialoguer, le discours haineux et l’insolence gratuite »

Il y a, ces derniers temps, dans le discours de nos élites politiques, quelque chose qui irrite et entraîne à réfléchir sur le sens et la portée de leurs déclarations au regard de la construction de notre cher Sénégal. Nous sortons du Ramadan, et cela m’amène à emprunter les sources coraniques et les dit du Messager d’Allah pour me rappeler à moi-même et aux concitoyens, frères et sœurs de religion, les éléments qui balisent le discours du croyant. Qu’on me pardonne, car à travers ces lignes, « je ne recherche que la réforme autant que je le puis1 ».

Nous savons tous que l’Islam, religion à laquelle nous adhérons et dont les écritures sont tant citées dans les différentes communications de nos élites, accorde une importance capitale au discours positif. Pour celui qui s’attarde sur l’essence de cette religion, le discours positif apparaît dans le Coran sous diverses appellations : Qawlan ma’rûfan2 / Parole convenable, décente, Qawlan sadîdan3 / parole juste, Qawlan balîghan4 /parole convaincante, Qawlan Karîman5 / parole respectueuse, Qawlan maysûran6 /parole bienveillante, Qawlanlayyinan7 /parole gentille, Qawlanthaqîlan8 / parole importante. A l’inverse, il y a le terme Qawlan‘Azîman9 / parole monstrueuse.

Cette abondance du sens positif, avec des termes divers, montre que le discours constructif est beaucoup plus souhaitable en société que son inverse, celui-là qui rebute et heurte, qui engendre la répulsion et les sentiments négatifs. C’est encore la parole d’Allah qui nous indique la voie, par un verset, que tous ceux qui ont une parole publique doivent intérioriser et traduire en ressources de vie. Dans une parabole, Allah figure la bonne parole (kalimat Tayyiba) à « un bel arbre dont la racine est ferme et la ramure s élançant dans le ciel. Il donne à tout instant ses fruits, par la grâce de son Seigneur10 ». En revanche, la mauvaise parole (Kalima khabîtha) est « pareille à un mauvais arbre, déraciné de la surface de la terre et qui n’a point de stabilité11 ». Pouvons-nous comprendre par là que la parole négative est facteur d’instabilité et d’errance ? Assurément !

Si le Coran abonde de tant de qualificatifs pour magnifier la parole qui construit, c’est parce que les sociétés qui ont connu la déchéance l’ont été à cause d’un discours malsain, pauvre en valeurs, porteur de complexe, incitateur à la haine et à la révolte contre la loi et l’ordre, contre la cohésion et la stabilité sociales. Ici, permettez-moi de rappeler que je ne suis pas de ceux qui estiment que tout ordre social soit juste. L’ordre nazi, celui des Khmers rouges, la parole diffusée par « Radio mille collines », la dévolution « monarchique » du pouvoir en République, etc., sont injustes, ont mérité d’être combattus et l’ont été. Mais aujourd’hui, dans notre société, il n’y a rien qui ressemble à cela pour justifier que nous soyons victimes de ce langage de peur, de haine et de discorde.

Aujourd’hui, nous avons en vue le développement de notre pays, son émergence. Cela implique que toute invitation qui nous est faite, pour adhérer à un projet concurrentiel, doit véhiculer nos valeurs de « Kersa » sans quoi les infrastructures et les hommes finiront par disparaître. Car, comme disait Serigne Cheikh Tidiane Sy, ce sont les qualités morales qui révèlent l’essence humaine. Or, le discours témoigne de la valeur éthique de l’individu, il est un révélateur de conscience. L’adage wolof l’exprime si bien : « ku wax feeñ ». Et il est confirmé par le dicton arabe selon lequel le discours, dans une certaine mesure, est indicateur des vices de l’individu .

Or donc, voilà que ceux et celles qui aspirent à nous diriger, au plus haut sommet de l’Etat, s’adressent à nous en stimulant notre affect au détriment de l’intellect. Ce qui témoigne, peut-être, d’une incapacité de disposer d’un « construit » objectif et d’arguments de raison, paramètres d’un projet de société acceptable. Alors qu’il est difficile pour les citoyens de devoir donner un mandat aussi sérieux que celui du chef de l’Etat à une personne sur la base simplement d’une redondance de discours lyrique, émaillé d’expression violente et de propos discourtois, voire insolents.

Je rappelais que nous sortons du Ramadan ; ce qui signifie que nos mémoires sont encore fraîches des sonorités du Coran et des leçons du Messager d’Allah. C’est au demeurant lui-même qui mettait en garde constamment et avec insistance contre le discours négatif, vecteur de haine, de médisance et de déshonneur. Car lorsque pareille communication est dominante en société, cela n’engendre que sa déchéance, puis sa dislocation. Un hadith recensé par Tirmidhî nous informe que c’est seulement à cause de leurs mots que les gens accumulent les maux qui vont les culbuter en Enfer. N’est-ce pas assez suffisant pour nous avertir que c’est ici même que l’homme attise les tisons de l’Enfer, pour paraphraser Serigne Cheikh, avant d’y succomber dans l’au-delà ?

Revenant de cette communion de fin du Ramadan et ayant distribué par-ci, par là, la sempiternelle formule « baal ma haqq » et toute la litanie qui suit, nous nous posons la question de la sincérité de tels échanges de civilités entre nous. Car c’est sur le tapis même de prière que nos hommes et femmes en politique nous soumettent à l’épreuve de devoir souffrir, sans complainte ni indignation, ce vacarme fait de mots creux de sens, souillés d’indécence et générateurs d’animosité. Et nous nous interrogeons : avons-nous tant changé jusqu’à ce point ? Sommes-nous contraints de confier les destinées de notre pays non au plus convaincant, mais au plus insolent ?

Dans nos rêves de citoyens, nous avons espéré des agoras où les projets se croisent non pas par l’indélicatesse des propos, mais par la solidité des arguments, la justesse des équations, la clarté des schémas probants. A la place des déclarations bourdonnantes, des rumeurs amplifiées, des buzz, nous, autres citoyens, préférons la vérité des faits, les arguments matériels. Comme le dit le Coran : « Donnez votre preuve si vous êtes véridiques14 ».

Au lieu de nous présenter des preuves qui éclairent notre choix, le discours politique qui nous est servi, aujourd’hui, nous détourne de la chose publique. C’est à se demander si ce n’est pas l’effet escompté pour prendre la démocratie en otage et exclure des débats les citoyens et les honnêtes personnes, puisque ces dernières préfèrent le silence, peut-être même coupable, à l’insolence. Pourtant, sans rien céder sur les principes ni sur les projets qui se disputent le choix des citoyens, il est fort possible que la parole publique soit, à l’instar de ce que dit le Coran, « de bonnes paroles15 » pour certifier que les dévotions, prières et zakât sont conformes aux engagements de paix et à l’Islam.

Ceci signifie que l’homme ou la femme engagé (e) dans l’espace public, en tant que musulman, doit refléter le profil du musulman tel que dessiné par le Messager d’Allah. C’est un être positif, dans toutes ses actions et paroles. De ce point de vue, il projette l’image du citoyen exemplaire et a fortiori, il incarne celui qui aspire à diriger la société qui a comme ambition de fédérer ses espoirs et ses attentes, d’éloigner ses peurs et de dissiper ses craintes. C’est cette figure que les Sénégalais espèrent voir pour les guider, car c’est à lui que revient l’exaltante mission de leur faciliter la cohésion entre eux, et entre eux et leurs semblables dans les autres nations.

La référence qui nous a été choisie et auquel nous croyons, le Prophète (Psl), a dessiné ce musulman qui est aussi le citoyen modèle, en mettant en relief ce qu’il n’est pas. Il dit, dans un hadith rapporté par Ahmad : « Être musulman (je dirais être citoyen), ce n’est pas être acerbe ni pernicieux ; ce n’est pas être indécent, encore moins cynique »16. Or donc, nos élites politiques qui se bousculent dans les cités religieuses piaffent d’impatience devant le perron de leurs illustres hôtes. Une fois le micro tendu, ils délivrent un message qui, le plus souvent, est à l’antipode de ce que le Messager d’Allah nous a enseigné en termes de qualité dans nos propos et actes. Leur rhétorique est trop éloignée de nos attentes.

Ce que nous attendons d’eux, c’est un message lourd par son importance pour l’émergence, non par son outrecuidance. Ce que nous espérons d’eux, c’est aussi une posture de « Kilifa », élégant dans l’âme et dans le verbe, au fait des enjeux, de leur complexité et de leur gravité et qui, malgré tout cela, apaise et donne espoir, sans pourtant céder sur les principes ni sur les exigences de vérité. C’est cette posture qui nous est indiquée par le Coran dans deux versets qui invitent à l’équité sans biaiser, sans parti pris ni faux témoignage, sans injustice envers des adversaires quelle que soit l’intensité des oppositions .

Malheureusement, c’est à l’inverse de nos attentes et des principes de vie hérités des ancêtres ou enseignés par les écritures, que nous sommes exposés à longueur de temps et d’ondes. Les discours qui nous sont servis jusqu’ici ne nous proposent pas un projet de société clair, impersonnel, inclusif et intégral. C’est plutôt la posture d’une personne à l’insulte facile, au ton prétentieux, à la pose orgueilleuse. Or, il nous a été conté par les griots, gardiens de la parole qui cicatrise, éteint les foyers de tensions et scelle les alliances pour élargir les cercles de paix, que la parole doit être encadrée. Ils disent même qu’elle doit être voilée, habillée, afin qu’elle ne blesse. Et pourtant, cela n’a jamais empêché que le message soit transmis avec loyauté et perçu à sa juste valeur. Pour eux, et pour la plupart des citoyens je suppose, l’art oratoire n’est pas dans la manipulation des impudences, ni des inconvenances et des écarts de langage, ni dans l’impertinence ou les malices, mais dans l’élégance et la pertinence.

Il est possible de servir la vérité, de s’engager pour une cause que l’on croit juste, en s’adressant à la conscience des citoyens par la véracité des arguments, dans le respect de l’adversaire, et non par la manipulation des préjugés et des informations préfabriquées rien que pour susciter la révolte. Le Coran nous demande de ne pas mêler le faux à la vérité dans le but de cacher sciemment la vérité.

Il est encore temps que nous nous ressaisissions, que nous nous réconcilions avec nous-mêmes, en tant que Sénégalais pétris des vertus du « Ngor » et en tant que croyants animés par l’esprit du bien. Dire du bien avant d’adorer Dieu19, faire du bien après l’avoir adoré20 et que l’adversité envers quelqu’un ou la haine même envers lui « n’incite pas à être injuste. Pratiquez l’équité : cela est plus proche de la piété21 ».

Post scriptum
Allez les Lions ! Ca kanam !
La victoire de l’équipe nationale du Sénégal nous rappelle notre devoir d’union sacrée devant certaines causes. Mon opinion est que certains secteurs doivent être mis hors manipulation politique : l’armée nationale, les équipes nationales et les confréries nationales.


1 Hûd (11), verset 88.
2 Baqara (2), verset 235 ; Nisâ (4), verset 5 et 8 ; Ahzâb (33), verset 32.
3 Nisâ (4), verset 9 ; Ahzâb (33), verset 70.
4 Nisâ (4), verset 63.
5 Isrâ (17), verset 23.
6 Isrâ (17), verset 28.
7 Tâhâ (20), verset 44.
8 Muzammil (73), verset 5.
9 Isrâ (17), verset 40.
10 Ibrâhim (14), versets 24-25.
11 idem, verset 26.
وإن لسان المرء، ما لم تكن له حصاة، على عوراته لدليل / « wa inna lisân al-Mar-i, mâ lam takun lahû huçât, ‘alâ ‘awrâtihîla-dalîl ».
وهل يكب الناس على وجوههم في جهنمإلا حصائد ألسنتهم
14 La Vache (2), verset 111.
15 Baqra (2), 83.
ليس المؤمن بالطعان ولا باللعان ولا الفاحش ولا البذيء
17 Au verset 135 de la sourate les Femmes : « Ô les croyants! Observez strictement la justice et soyez des témoins (véridiques) comme Allah l’ordonne, fût-ce contre vous-mêmes, contre vos père et mère ou proches parents. Qu’il s’agisse d’un riche ou d’un besogneux, Allah a priorité sur eux deux (et Il est plus connaisseur de leur intérêt que vous). Pour établir la justice ne suivez donc pas vos passions (vos âmes).Si vous portez un faux témoignage ou si vous vous détournez de la Vérité, de la justice, alors Allah est Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites. » (Traduction Imam Iskender Ali Mihr)
Au verset 8 de la Sourate La Table servie (Mâidah) : « Ô les croyants! Soyez stricts (dans vos devoirs) envers Allah et (soyez) des témoins équitables. Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injustes. Pratiquez l’équité: cela est plus proche de la piété. Et craignez Allah. Car Allah est certes Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites. » Traduction islam-fr.com.
18 Baqara (2), verset 42.
وقولوا للناس حسنا وأقيموا الصلاة وآتوا الوكاة
يأيها الذين ءامنوا اركعوا واسجدوا واعبدوا ربكم وافعلوا الخير لعلكم تفلحون
21 Mâida (5), verset 8.

Par Abdoul Azize KEBE

L’histoire a prouvé, à travers les âges, que l’eau, le pétrole et le gaz naturel ont souvent aiguisé des appétits et provoqué des conflits armés. Ces ressources que nous offre la nature ont permis à des peuples, jadis inconnus et opprimés, de sortir de l’ombre pour devenir des nations prospères et industrialisées. Une telle émergence au profit d’un peuple dépend essentiellement de ses dirigeants et de leur degré de patriotisme. Cela dépend également des visions politiques pertinentes, bien étudiées et rigoureusement appliquées, avec comme fondement la transparence et la concertation préalable avec toute les forces vives de la nation.

Dans la plupart des pays sous-développés, la culture n’a pas toujours bénéficié d’un appui significatif de la part des pouvoirs politiques. En effet, très souvent, les détenteurs du pouvoir considèrent la culture comme une activité accessoire et non prioritaire. En Afrique, la culture est souvent considérée comme une activité ludique, folklorique et sans importance. Elle est reléguée au second plan. Elle ne bénéficie guère d’un traitement de faveur ou d’un caractère vital.

Le Sénégal, sans être une exception, a été toujours perçu comme un pays de culture, un Etat sensible aux créations artistiques, littéraires et cinématographiques. Ce privilège, nous le devons en partie à la qualité de nos écrivains très connus bien avant les indépendances. Je pourrais citer Léopold Sédar Senghor, Amadou Cissé Dia, Ousmane Socé Diop, Abdoulaye Sadji, Birago Diop, etc. Des acteurs du théâtre comme Douta Seck, Maurice Sonar Senghor, Lucien Lemoine et son épouse Jacqueline Scott ont également joué leur brillante partition dans l’essor remarquable de la culture sénégalaise.

A l’aube des indépendances, d’autres talents, tels que Sembène Ousmane, Mbaye Gana Kébé, Aminata Sow Fall, Annette Mbaye d’Erneville, et tant d’autres plumes fécondes ont émergé et écrit les plus belles pages de la littérature africaine d’expression française. La nouvelle génération d’écrivains a révélé des talents indiscutables avec des thèmes nouveaux et très attrayants, basés sur les préoccupations prioritaires de notre peuple.

La musique sénégalaise, elle aussi, n’est pas en reste. En effet, avant et après notre indépendance, elle s’est toujours imposée comme une activité enracinée mais aussi ouverte aux souffles d’autres continents (Amérique Latine, Europe, Asie, Amérique, monde arabe, etc.)

Le cinéma de notre pays, faut-il le rappeler, a toujours été considéré comme le pionnier du cinéma africain avec des caméras d’or comme Sembène Ousmane, Johnson Traoré, Tidiane Aw, Mansour Sora Wade, Maguette Diop, Ben Diogoye Bèye, Delgado, Cheikh Ngaïdo Bâ, Moussa Touré, Moussa Sène Absa, récemment Alain Gomis, lauréat de l’Etalon de Yennenga, et tant d’autres. Notre peinture en tableau ou en tapisserie des Manufactures des arts décoratifs de Thiès est présente dans la quasi-totalité des grands espaces mondiaux comme l’Unesco, l’Onu, la Banque mondiale, la Fao, l’Isesco et l’Union africaine, hauts lieux de la communauté internationale où se décide le destin de nos peuples.

Ces exemples prouvent, s’il en était besoin, que notre culture a été réellement florissante avant et après les indépendances. Et ce, jusqu’à nos jours. Nous avons connu d’excellents ministres de la Culture. Certains d’entre eux ont écrit des pages impérissables dans l’histoire du patrimoine culturel de notre pays. Parmi ces autorités de grande envergure, nous pourrons citer Moustapha Kâ, Penda Mbow, Abdoulaye Elimane Kane, Makhily Gassama, Youssou Ndour et l’actuel ministre, Abdou Latif Coulibaly. Il faut reconnaitre que tous ces ministres écrivains ou artistes compositeurs n’ont pas toujours bénéficié de moyens pouvant leur permettre de dérouler leurs plans de politique culturelle.

D’autres ministres classés politiques ou simplement intellectuels comme Mbagnick Ndiaye, Safiétou Ndiaye Diop, Mamadou Diop Decroix, Modou Bousso Lèye, Awa Ndiaye et Abdoul Aziz Mbaye ont, de leur côté, marqué de leur empreinte l’itinéraire culturel de notre pays. Mais, personne ne pourra oublier l’incontournable Alioune Sène qui a marqué d’une encre indélébile la culture de notre pays.

De 1960 à 1966, le président poète Léopold Sédar Senghor a dû reporter à trois reprises le Festival mondial des arts nègres, faute de moyens adéquats. Plusieurs décennies après, le Sénégal a eu l’honneur d’organiser la première rencontre mondiale en terre africaine du Pen International en juillet 2007 et avec beaucoup de difficultés certes, mais avec succès sous le président Abdoulaye Wade.

La Biennale des arts et des lettres a vu le jour en 1990 sous l’impulsion du président Abdou Diouf avec de modestes moyens. Depuis lors, elle s’est pérennisée malgré des difficultés toujours présentes. L’édition de l’année 2018 a pu relever le défi du succès et de la mobilisation avec des moyens additionnels non négligeables et avec un comité d’organisation compétent, sous l’impulsion du ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly.

L’attribution des Grands prix du président de la République pour les arts et les lettres a connu une pause de 10 ans, faute de moyens adéquats. Leur relance, par le président Macky Sall, a connu un succès incontestable avec surtout une augmentation substantielle du montant des prix attribués aux lauréats et qui sont passés de 10 à 20 millions de FCfa.

Ces rappels historiques indispensables nous permettent de revenir à l’actualité et de parler du président de la République, Macky Sall, qui vient de convoquer une large concertation nationale dans le but de recueillir les avis et suggestions de toutes les composantes de la nation sénégalaise à propos de la gestion des ressources pétrolières et gazières de notre pays.

En saluant cette heureuse initiative, le devoir m’impose aussi d’apporter ma modeste contribution à ce défi national qui interpelle notre présent mais aussi notre avenir dans le contexte de la culture, notre activité principale. La manne financière engendrée par les ressources pétrolières et gazières nous impose une réflexion sereine, sérieuse et pertinente dans la perspective d’une utilisation rationnelle et durable des fonds générés au profit des secteurs démunis et souvent négligés comme celui de la culture.

Contrairement à ce que disent les afro-pessimistes qui considèrent le pétrole comme source de malédiction, je crois fermement qu’une répartition équitable et adéquate des ressources pourrait contribuer, de manière exceptionnelle, au sursaut du secteur culturel et lui donner une dimension jamais égalée. Il s’agira alors d’instaurer un fonds spécial pour le développement de l’industrie culturelle alimenté par les ressources pétrolières et gazières.

A ce titre, je voudrais citer l’exemple de l’Iran qui a créé un fonds spécial alimenté par les ressources tirées du pétrole et qui permet de financer tous les projets culturels à travers la Fondation Farabi, domiciliée au ministère de la Culture.

Ce fonds a, par exemple, permis de développer le cinéma iranien avec une production de près de 200 films par an et la construction de la Cité du cinéma. En plus, il a été construit un décor gigantesque représentant la doublure de la ville de Téhéran reconstruite et réservée aux séries cinématographiques et télévisuelles modernes. Idem pour d’autres décors représentant les villes saintes de Médine et de la Mecque pour les besoins de tournage des films historiques à caractère religieux. Le développement de l’industrie culturelle iranienne a touché des secteurs comme l’édition littéraire avec des tirages de 10.000 à 100.000 ouvrages traduits dans les principales langues à travers le monde. La prestigieuse tapisserie iranienne et les arts plastiques ont également bénéficié de ce fonds spécial. C’est dire qu’il s’agit là d’un exemple parmi tant d’autres, mais un bel exemple dont notre pays pourrait s’inspirer pour booster son industrie culturelle.

Il est évident que les ressources pétrolières au Sénégal permettront d’alléger les charges du gouvernement pour l’organisation de grandes manifestions internationales afin de redonner à Dakar et au Sénégal leurs lustres d’antan. Les ressources issues de cette manne pétrolière pourront permettre de bâtir des complexes culturels de dernière génération dans toutes les régions au Sénégal. Des instituts supérieurs spécialisés dans la formation des acteurs de l’industrie culturelle vont pérenniser le patrimoine et la compétence des acteurs dans tous les secteurs vitaux actuellement à l’arrêt, faute également de moyens conséquents. Nous saluons chaleureusement la contribution des Fonds d’aide à l’édition, au cinéma, aux arts et à la culture urbaine, pour lesquels l’Etat a consenti des efforts remarquables appréciés par tous. Cependant, quand on sait qu’un film historique en Iran, consacré à l’imam Hossein, à coûté 07 milliards de FCfa, soit plus de trois fois le budget alloué au Fopica, on comprend alors aisément les limites de ce fonds. Cela, malgré la bonne volonté du chef de l’Etat.

Alors, on se rend compte que si les fonds issus du pétrole pourraient bénéficier d’un pourcentage global de 50 milliards de FCfa par an sur 10 ans, cela suffirait aisément à développer toute l’industrie culturelle de notre pays et assurer sa diversité. La bénédiction du pétrole sera incontestablement un facteur déterminant pour le développement du potentiel culturel de notre pays.

L’implication des acteurs culturels dans ce processus de développement est à saluer et à encourager pour que notre pays, connu de par son patrimoine culturel prestigieux, serve de torche d’espoir pour illuminer l’avenir de notre jeunesse passionnée d’art et de lettres, je devrais dire de notre admirable patrimoine culturel, symbole d’un passé glorieux, d’un présent radieux et d’un futur fait d’espérance sacrée et de défis relevés.

Par Alioune Badara BEYE
Ecrivain

Aujourd’hui, après avoir permis l’espoir, la seule bataille de l’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas) est celle de la conscientisation des masses pour le bon usage des ouvrages d’assainissement. Pour une année sans inondation, l’Office national de l’assainissement appelle toujours les populations à plus de responsabilités face aux ouvrages destinés à l’évacuation des eaux usées. Dans plusieurs quartiers de Dakar, les ouvrages d’assainissement subissent des agressions de la part des populations. Il est noté que le comportement irresponsable des populations reste la première cause des inondations, mais pas un déficit d’investissement. Les populations transforment les canalisations et les stations de pompage en poubelles, voire même en réceptacles d’ordures. Couches, sacs plastiques, serviettes hygiéniques, morceaux de tissu… sont très souvent introduits dans les canaux et les bouchent petit à petit. Alors qu’un système d’assainissement est conçu pour recevoir uniquement des eaux usées domestiques et des eaux pluviales et que tous les autres déchets doivent être évacués avec les ordures ménagères.

Aussi, pour un comportement responsable, les populations doivent se mobiliser contre le vol des plaques d’égout, devenu de plus en plus fréquent et qui constitue un véritable manque à gagner pour le secteur de l’assainissement. De plus, pour éviter de tout recommencer, nous devons, en tant que citoyen, dénoncer la pratique des branchements clandestins au détournement de la bonne foi de l’Office national de l’assainissement (Onas). Il s’y ajoute aussi l’évolution démographique et l’urbanisation rapides des populations qui trahissent parfois les investissements destinés à la construction des ouvrages d’assainissement.

Pour sauvegarder les ouvrages d’assainissement, les populations doivent adopter un code de conduite intégrant la responsabilité face aux menaces sur le réseau d’assainissement mais aussi et surtout combattre les agressions du réseau. Afin d’éradiquer ces mauvaises pratiques du réseau d’assainissement, nous devons surveiller et en même temps dénoncer toutes les agressions.

Chères populations, ces investissements étant d’utilité publique, nous devons garantir et préserver tous les ouvrages. Enfin, il est nécessaire que tout le monde soit un ambassadeur ou un gardien de l’Onas dans son quartier pour permettre aux populations de vivre sans inondation.

Par Missig TINE
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La découverte de gisements de pétrole et de gaz, au large de nos côtes, sur des blocs aux noms évocateurs, tels que Rufisque, Saint-Louis, Sangomar ou Saloum, a suscité d’énormes espoirs chez les populations. Dont celui de voir un quotidien, loin d’être évident, substantiellement amélioré par les revenus tirés de ces énergies fossiles. Aussi, la perspective de voir près de 84.000 milliards de FCfa injectés, en 30 ans, dans l’économie nationale et dont l’utilisation, suivant un plan consensuel, se fera de manière transparente et équitable et en préservant les droits des générations futures sur ces richesses nationales ; ce qui est, du reste, un acquis incontestable.

Un scénario écrit d’avance pour conjurer la malédiction du pétrole et auquel la vision du président de la République a donné corps à travers la concertation nationale sur le pétrole et le gaz du 12 juin 2018. Pendant plus de 8 tours d’horloge, toutes les forces vives de la nation, à travers leurs représentants, se sont prononcées, en toute liberté, sur une question enjambant les clivages partisans et qui requiert un consensus historique. Les corps constitués, les guides religieux, les partis politiques, majorité et opposition confondues, la société civile, les syndicats et le secteur privé ont tous répondu à l’appel du président Macky Sall. A l’unisson, ils ont jeté une pirogue pour Sangomar, une pointe maritime où le Saloum se jette sur l’océan et dont le franchissement requiert une certaine dextérité de la part des navigateurs isolés. Ce jour-là, dans les installations de la Cicad et dans un sursaut patriotique et de solidarité, les acteurs de cette forme achevée de dialogue national ont réussi à faire taire les oiseaux de mauvais augure. Non, il n’y aura pas une fatalité de l’or noir dans notre pays ; n’en déplaise à ceux qui prévoyaient le pire, pronostiquant un chaos profond au Sénégal qui deviendra un pays exportateur de pétrole. Une stratégie du bord de l’abime qui, à l’image du 19 avril (vote du projet de loi sur le parrainage), s’est brisée sur les remparts républicains et le socle de l’unité nationale.

Déjà confortablement installé dans le trident africain des pays à plus forte croissance, alors que son sous-sol ne recèle d’aucune ressource naturelle exploitable à ce jour, notre pays s’est mis à l’abri de ce travers. Car nous avons, par la grâce de Dieu, la chance d’avoir un chef d’Etat ingénieur des Mines et spécialisé dans la Pétrochimie, qui plus est s’est donné les moyens de prémunir le pays d’une telle malédiction. L’on peut citer, tout d’abord, la signature de contrats de découverte et d’exploitation dans lesquels les intérêts nationaux ont été scrupuleusement préservés. Des conventions qui ont été  ratifiées par la représentation parlementaire. Sans compter le vote d’un projet de loi, en octobre prochain, portant sur la répartition des revenus pétroliers

Ensuite, la mise en place d’un Comité d’orientation stratégique (Cos) sur le pétrole et le gaz, au sein duquel siègent des représentants de la société civile, est une stratégie efficace de prévention d’éventuelles dérives. Une instance qui va servir de balise aux pouvoirs publics sur le management en amont des questions liées à ces énergies fossiles. Enfin, il y a eu la concertation nationale sur le pétrole et le gaz qui a mobilisé, au-delà de toutes les attentes, la nation en miniature dans toute sa diversité. Me Adama Guèye, opposant irréductible du président Macky Sall, s’il en est, et présent lors de cette journée historique, illustre, pour le coup, la réussite de ces concertations. Ce ténor du barreau a loué l’ouverture dont a fait preuve le chef de l’Etat. Monseigneur Benjamin Ndiaye, au nom de l’Eglise, préconise une gestion rationnelle profitable à toutes les générations. Quant au président du Conseil national du patronat (Cnp) et son homologue de l’Union des Chambres de commerce, ils prônent davantage d’implication du secteur privé national.

Des moments rares de communion nationale qui nous rappellent qu’au pays de Ndiadiane Ndiaye, d’El Hadj Malick Sy, de Cheikh Ahmadou Bamba, de Mawlana El Hadj Ibrahima Niass, le miracle est permanent.

Par
Ahmed Youssouph BENGELLOUNE   

Président Kaolack
nouvelle vision (Knv)

Il y a 96 ans disparaissaient, à deux semaines d’intervalle, les deux « Astres » de l’Islam qui ont éclairé, toute leur vie durant, l’espace religieux de notre cher pays. L’évocation de ces douloureux évènements nous offre l’opportunité de revenir sur la vie et les relations privilégiées qu’entretenaient ces deux grands personnages charismatiques de l’histoire religieuse du Sénégal.

El Hadji Abdoulaye Niass (Rta) serait né au milieu du 19ème siècle, en l’an 1848 (1264 H) dans le Djolof. Dix ans plus tard, Seydil Hadji Malick Sy (Rta) aurait vu le jour en l’an 1858 (1274 H) dans le Walo. El Hadji Abdoulaye Niass ou Mame Abdoulaye avait suivi son père, Mouhamad Niass (Rta), qui avait immigré au Saloum, dans le Rip, pour participer à la résistance de l’Almamy du Rip, Maba Diakhou Bâ (Rta), contre la colonisation française. A l’instar de son père, Mame Abdoulaye fonda le village de Taïba Niassène dans le Rip, au Saloum. En 1880, il rompit avec la lutte armée pour se retirer dans son village de Taïba où il se consacra à l’enseignement et à l’agriculture. En 1890, il effectua le pèlerinage à la Mecque.

A la suite de difficultés survenues avec certaines autorités locales, Mame Abdoulaye s’exila, une première fois, en terre gambienne, vers 1894, pour une durée de quatre ans. De retour au Sénégal, il continua paisiblement à se consacrer à ses activités spirituelles jusqu’en 1901. A cette date, Mame Abdoulaye s’exila, à nouveau, en Gambie, avec une partie de ses disciples : le chef du canton de Nioro du Rip et l’administration coloniale l’avaient accusé, à tort, d’être l’instigateur d’une émeute dirigée contre les Français. La réalité, Mame Abdoulaye avait refusé d’envoyer ses enfants à l’école française. Le village de Taïba fut détruit, sa mosquée brûlée et ses biens confisqués.
C’est durant cet exil qu’il voyagea au Maroc. Et c’est au retour de ce voyage qu’il va rencontrer son « jumeau astral », Seydil Hadji Malick Sy, qu’il surnommera « Maodo !»  La rencontre entre ces deux grands personnages relève du destin du Seigneur des mondes (Swt) ! Toutefois, avant de parler de cette rencontre, attardons-nous un moment sur la vie de Maodo Malick Sy (Rta) !

Comme rappelé plus haut, Seydil Hadji Malick Sy (Rta) serait né en l’an 1858 (1274 H) à Gaya, un village du Walo situé sur la rive gauche du fleuve. Après s’être « enraciné » dans son pays, dans la recherche du savoir, Maodo s’est « ouvert » au monde islamique, notamment le Moyen-Orient, à la faveur d’un pèlerinage à la Mecque qu’il effectua en l’an 1888 (1305 H). Il a, en effet, su profiter de son pèlerinage pour demeurer plus de deux ans sur les terres saintes de l’Islam afin d’en remonter les origines.

A son retour des lieux saints de l’Islam, El Hadji Malick Sy (Rta) avait comme souci de mieux faire connaître le message de l’Islam dans son pays. Cependant, il constata qu’il était solitaire dans sa nouvelle démarche. En effet, la plupart de ses devanciers et contemporains marabouts ne répondaient plus à l’appel dans le pays : certains avaient été tués dans des confrontations avec les autorités coloniales ou avaient vu leurs « daaras » (écoles d’enseignement coranique) définitivement fermés, tandis que d’autres avaient été déportés dans des contrées lointaines ou avaient, eux-mêmes, pris l’initiative de s’exiler dans un pays anglophone voisin.

A titre d’illustration !
-    Maba Diakhou Bâ, l’Almamy du Rip, est tombé à Somb, dans le Sine ;
-    Cheikhou Amadou « Mahdiyou » Bâ, surnommé le « Tidiane », a disparu à Samba Sadio ;
-    Alboury Ndiaye, « Bourba Djolof » est allé répondre à l’appel d’Ahmadou Cheikhou « Lamidé Dioulbé », l’héritier d’El Hadji Omar, au Macina (Mali) ;
-    Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, « Khadimou Rassoul » (le Serviteur du Prophète – Psl), est déporté au Gabon, en Afrique Centrale, dans la célèbre forêt de Mayomba ;
-    Mame Abdoulaye Niass, « l’autre Général de Cheikh Ahmed Tijani Cherif –Rta », est allé s’exiler en terre gambienne.

Devant cette situation et vu l’urgence, El Hadji Malick Sy décida que le premier volet de sa stratégie consisterait en la formation des hommes qui devraient le seconder dans sa nouvelle mission. Pour dispenser cette formation, il s’installa dans la campagne de Ndiarndé, près de Kelle, où il ouvrit un séminaire de formation de haut niveau - on aurait parlé aujourd’hui de « séminaire de formation des formateurs » - qui dura sept ans (1895 – 1902). Il y forma plus de deux cents érudits.

Après leur formation, il éleva certains d’entre eux au grade de « Moukhadams » (Représentants). Il les envoya ensuite s’installer à l’intérieur du pays, dans les coins les plus reculés, et dans la sous-région. C’est cette politique de décentralisation que le Pr Mbaye Thiam, ancien Directeur de l’Ecole des bibliothécaires, archivistes et documentalistes de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ebad) et historien de formation, appelle la « géostratégie malikienne de la moukhadamiya ». Après Ndiarndé, El Hadji Malick Sy s’installa définitivement à Tivaouane. Il y institua le « Gamou ».

Si Ndiarndé apparaissait comme le « creuset où foisonna l’élite », Tivaouane fut le « centre intellectuel et spirituel pour la mise en application et la vulgarisation des enseignements du maître au profit des masses ». Après Tivaouane, Mame Maodo devait prolonger son prosélytisme vers Dakar où il construisit sa troisième « zawiya ».

Le voyage au Maroc de Mame Abdoulaye Niass fut à la base de la rencontre de ces deux éminents personnages
Pour le voyage au Maroc, Mame Abdoulaye était accompagné de son fils aîné, Mouhamadou Niass (Rta), plus connu sous le pseudonyme de Khalifa Niass, le père de Sidy Lamine Niass du groupe Walf Tv. Celui-ci devait se rendre en pèlerinage aux lieux saints de l’Islam. Ils prirent le bateau des lignes anglaises à Bathurst (Gambie) jusqu’à Las Palmas (Iles Canaries). De là, ils se rendirent à Tanger, au Maroc, où leurs routes se séparèrent, car Mame Abdoulaye devait se rendre à Fès, le berceau de la Tijaniya, où repose Sidi Ahmed Tijani Cherif (Rta), le fondateur de la voie.

Pour marquer la détermination de Mame Abdoulaye, il faut souligner les difficiles conditions dans lesquelles s’est effectué son voyage au Maroc. Nous étions à la fin de l’année 1910, il neigeait dans cette partie nord du pays, les routes étaient impraticables (le voyage s’effectuait à dos d’âne) et le saint homme qui souffrait de rhumatisme était âgé de 64 ans.

Durant son séjour à Fès, Mame Abdoulaye devait rencontrer l’Imam Cheikh Ahmed Soukayrij (Rta), un grand moukhadam de la Tijaniya. Celui-ci le chargea d’une mission auprès de son « alter ego » El Hadji Malick Sy. C’est la raison pour laquelle Mame Abdoulaye, au retour, transita par le Sénégal, plus précisément à Tivaouane. A Tivaouane, Mame Maodo accueillit Mame Abdoulaye avec tous les honneurs dus à son rang et à son nouveau statut en lui dédiant un poème. Il le retiendra à Tivaouane pendant plus de trois mois, le temps d’engager les formalités nécessaires pour son retour définitif au Sénégal.

Selon les témoignages de Cheikhal Islam El Hadji Ibrahima Niass (Rta), un des fils de Mame Abdoulaye, Mame Maodo avait chargé l’ancien député et avocat Me Carpot de rédiger une correspondance adressée à Monsieur le Gouverneur de la Colonie du Sénégal à Saint-Louis et relative à une demande d’autorisation de rentrer définitivement au Sénégal : la demande avait été initiée au nom de Mame Abdoulaye par Mame Maodo, mais à son insu.

Une fois que la demande ait été transmise, avec avis favorable, au Commandant du Cercle de Kaolack, et instruction ferme de ne pas laisser Mame Abdoulaye retourner en Gambie, Mame Maodo raccompagna son hôte jusqu’à Gossas en lui recommandant, une fois à Kaolack, d’aller rendre une visite de courtoisie au Commandant de cercle. Arrivé à Kaolack, Mame Abdoulaye fut accueilli par Serigne Abdoul Hamid Kane (Rta), le Moukhadam de Seydil Hadji Malick Sy dans la localité. Il l’accompagna auprès du Commandant de cercle. Ce n’est qu’arrivé sur place que Mame Abdoulaye aura compris les raisons pour lesquelles Mame Maodo l’avait retenu pendant tout ce temps à Tivaouane.

Mame Abdoulaye Niass (Rta) s’installa définitivement à Kaolack, dans un nouveau quartier qu’il baptisa « Léwna » (ceci est licite) et où il s’adonna à l’enseignement. Son mausolée se trouve dans ce quartier. La complicité entre ces deux grands hommes était telle que Mame Maodo appelait Mame Abdoulaye « Baye !»  Non pas que celui-ci avait l’âge de son père (il n’est son aîné que de dix ans), mais parce qu’il avait connu le père de Mame Maodo, Mame Ousmane, dans leur Djolof natal. Or, Mame Maodo n’avait jamais connu son père qui avait été assassiné bien avant sa naissance.

En retour, il est de notoriété que c’est Mame Abdoulaye qui aurait attribué à Mame Maodo le surnom de « Maodo Gallé » que la postérité retiendra. Les deux hommes seront rappelés à Dieu le même mois de la même année – juin 1922 : Mame Abdoulaye, le mercredi 14 juin 1922, et Mame Maodo, le mardi 27 juin 1922.

Par
Cheikh Tidiane
CAMARA

Colonel des Douanes (Er)

 


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