Idées et Réflexions (876)

Si vous n’avez qu’un vague souvenir du contenu de vos journaux de l’année 2017, parcourez-les rapidement et vous serez choqués par la récurrence d’un fait social à la fois scandaleux et douloureux. En effet, au-delà des péripéties politiques, des exploits de nos Lions en championnat d’Angleterre ou des éructations de nos lutteurs, tous les jours, en page 3, une litanie poignante nous interpelle : les violences faites aux femmes dans notre pays. Et quand je dis nous, je parle aux hommes. Car cette violence est de notre fait. Il s’agit des horreurs que certains d’entre nous infligent à nos fillettes, sœurs, femmes et mères.

Femmes battues, niées, tuées, violées, mutilées, enfermées, harcelées, dominées, possédées. Ce que nous retiendrons de cette « revue de presse », c’est un déferlement d’atrocités au quotidien : viols, excisions, incestes, bastonnades et blessures, harcèlements, meurtres et agressions multiples. Et très souvent, il ne s’agit là que des faits portés devant les Cours et Tribunaux. Combien d’agressions sur nos fillettes, combien de brutalités subies par nos femmes sont-elles passées sous silence ? Étouffées dans le carcan familial ou villageois, non reportées à la police ou non suivies d’action ?

Par exemple, une étude sur les déterminants des viols sur les mineures dans la région de Kolda (période 1992-2011) indique que trois victimes sur quatre n’en parleront pas (1). Or le viol est la forme extrême de la violence faite aux femmes. Le viol est l’expression des rapports de domination entre les sexes. Souvent, il enferme la victime dans une honte morale mais aussi dans une blessure secrète qui atteint la partie la plus intime de la personne, constituant ainsi un traumatisme irrémédiable. Essayons juste un instant de cerner la terreur de cette victime, même au-delà du viol,la terreur d’être engrossée, d’être contaminée par le Sida ou pire,la terreur de perdre la vie. Et imaginons ensuite qu’il puisse s’agir de notre propre fillette. Sachant que les traumatismes physiques et biologiques on en guérit parfois, mais le traumatisme psychique, souvent beaucoup plus grave parce que non traité, détruit des vies avec toutes sortes de conséquences psychologiques, plus particulièrement dans les cas d’inceste ou de viol d’enfants. Oui, imaginons que cela puisse arriver à notre propre fillette !

Les médias, malgré leurs ressources limitées, font de leur mieux pour nous tenir informés à travers leurs rubriques « Société » ou « Faits divers » et par le biais de chroniques judiciaires qui privilégient plutôt l’aspect sensationnel. Mais, rares sont les articles de fond, les reportages ou dossiers fouillés permettant de cerner le problème dans toutes ses dimensions. Car les viols et violences faites aux femmes ne sont pas des « faits divers ». Ce sont de véritables tragédies humaines mais qui, malheureusement, ne retiennent notre attention que le temps de parcourir la « brève du jour ». On assiste ainsi à une banalisation de ces violences. On en arrive même à la légitimer comme un droit de l’Homme, en l’honorant implicitement comme la vertu de l’homme fort. Alors qu’il est admis que les femmes sont au cœur de ces droits au sens propre comme au sens figuré. Quant à l’alibi de la culture, qu’on nous présente comme immuable, il ne sert qu’à renforcer un système de domination archaïque qui plombe nos potentialités de transformations sociales et économiques positives. Non ! Cette violence n’est ni naturelle ni légitime. Au cours de mes années passées à Amnesty international, j’avais souvent été amené à recueillir des témoignages de victimes de viol dans des zones de guerre mais aussi, malheureusement, dans des « pays en paix » où le patriarcat continuait à mener une guerre contre les femmes, dans les rues et les campagnes, dans les bureaux et les domiciles. Le Statut de la femme a fait reculer l’oppression, mais il demeure toujours synonyme de discriminations, écrasement, assujettissement et prédation. Beaucoup de nos femmes vivent dans une prison discrète, voire invisible, faite de harcèlements, étouffements et inquiétudes. Entendons-nous cette vielle voix très amère qui disait : « Quand le monde va mal, c’est la femme qui paie ? » Le Sénégal va vraiment très mal, car beaucoup de nos femmes continuent à souffrir dans le silence et dans l’anonymat.

Examinons quelques données :
D’après Mme Coumba Thiam Ngom, Directrice de la Famille au ministère de la Femme, de la Famille et du Genre, le taux de prévalence des violences basées sur le genre se chiffre, dans la région de Kaffrine, à 50 % : un foyer sur deux ! (2) Mme Ngom faisait sans doute référence à l’étude menée par le Groupe de recherche genre et société de l’Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis portant sur les violences basées sur le genre au Sénégal (Crdi 2012-2015). Cette étude mentionne un taux général de 55,3 % dans les ménages sénégalais et fournit des données par région. (Voir note 3). Mr Moustapha Fall, président de l’Association des journalistes contre les viols et les abus sexuels (Ajva), nous a confié qu’il y avait eu 3600 cas de viol en 2014 (10 par jour pour les seuls cas reportés !) (4) Récemment, un bébé (fillette) de 9 à 18 mois (selon le journal consulté), a été violé à Thiès (en mai 2017). (5) L’excision ne recule pas avec 28 % des populations cibles touchées. (6) Halim Benabdallah, commis par la Coopération française, nous révèle, dans une recherche sur les violences de genre comme facteur de déscolarisation des filles au Sénégal (Septembre 2010) : 62,5 %des filles déclarent faire l’objet d’insultes et 44,5 % d’humiliations. Le harcèlement sexuel touche 37,3 % de celles-ci et le viol 13,8 %. Elles mentionnent majoritairement les enseignants (37 %) et les élèves (28 %) comme les auteurs de viols. (7) Et l’on s’étonne des taux d’abandon scolaire !

Je vous épargne le reste de la déferlante : mariages d’enfants, trafic de femmes, esclavage sexuel, pénalisation de l’avortement…

On peut en conclure que nos femmes et filles ne sont en sécurité ni à la maison ni à l’école. Je ne mentionne même pas la rue ou le lieu de travail. Comment pouvons-nous, dès lors, prétendre construire la société de « sécurité humaine » prônée par la communauté des Nations si on la fonde sur l’insécurité féminine, l’insécurité de la meilleure moitié de l’humanité, celle qui donne la vie ?

Le Dr Fatou Sow Sarr (Ifan), dans une récente étude pour l’Union européenne (2015), écrit : « Malgré les lois votées contre toutes les formes de violence, le phénomène gagne en ampleur. À cela s’ajoute le problème des groupes vulnérables, des victimes de trafic (c’est-à-dire nos compatriotes africaines), celui des femmes en prison (pour avortements clandestins ou infanticides souvent à la suite de viols), des réfugiées et de celles qui vivent en zones de conflit… » (8) En réalité, ce fléau impacte chaque village, chaque région, chaque quartier, une maisonnée sur deux sur l’ensemble du pays ! Il semble que certains d’entre nous sont en guerre contre les femmes alors que leur émancipation ne pourrait être que bénéfique pour tous et pour notre futur. N’y a-t-il pas alors urgence à éradiquer cette vraie « terreur » (9) qui enferme en permanence nos femmes et fillettes dans la crainte ?

Eh bien, il semble que non !

Les violences faites aux femmes ne semblent pas être, dans les faits, un problème social majeur (je ne parle pas de la « parole » surtout dans sa variante sénégalaise du «wakh wakh wakhati wakhet»). Le combat contre ces violences n’est jamais inclus dans la fameuse « demande sociale » dans la mesure où, au fond, elles ne portent pas atteinte à la tranquillité et à l’ordre public phallocratique. Et pourtant, cette tragédie quotidienne devrait nous interpeller tous et surtout les hommes, car il y a quelque chose de malsain dans notre société. C’est comme si cette violence quotidienne était sournoisement admise par notre culture en complicité avec les structures de domination : les grands bailleurs de fonds sont prompts à exiger le respect de la clause démocratique (limitée aux seules élections) et le respect des droits de l’Homme (liberté d’opinion principalement), mais l’oppression des femmes demeure une préoccupation marginale.

Nous connaissons les causes de ces violences et, d’ailleurs, on les retrouve dans nombre de pays au Nord comme au Sud : conditions de vulnérabilité des femmes, chômage et conditions économiques précaires chez les hommes, effondrement du système de valeurs et climat de violence sociale (surtout en milieu urbain), mais aussi cette impunité omniprésente favorisée par « le sutura et le kersa » ou due à l’interprétation des lois religieuses ou encore à la fameuse tradition érigée en marqueur d’une identité figée. Ces violences constituent aujourd’hui une véritable « pandémie » à travers le monde (dixit Ban Ki-moon, ancien Secrétaire général des Nations unies). Notre pays, je le crains, n’est pas en reste.

Les solutions sont connues également. Il suffit de parcourir les rapports des Ong et Associations de femmes, tels que le rapport parallèle de l’Association des femmes juristes lors de la session du Comité des Nations unies contre les discriminations à l’encontre des femmes (Session 2013) ou des organes spécialisés des Nations unies. Je cite pèle mêle : rendre les législations conformes aux différents traités internationaux (tels que le protocole de Maputo), accompagnement médical et psychologique des victimes, compensations, sanctions exemplaires contre les prédateurs, éducation et sensibilisation, soutien aux associations de femmes, volonté politique, etc. Il s’agit, in fine, d’universaliser effectivement les droits de l’Homme dans notre pays en cette année du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948.

Après tout, le président Macky Sall n’a-t-il pas été désigné par les Nations unies comme le parrain de la Campagne internationale pour l’éradication de la violence faite aux femmes ? Qu’il prenne donc le leadership pour faire de notre pays un havre de paix pour nos femmes et un espace de «teranga» pour nos fillettes.

Une campagne d’éradication devrait commencer par une grande enquête nationale sur les violences faites aux femmes (enquête à réaliser régulièrement).

À Pékin, où j’avais conduit la délégation d’Amnesty international à la Conférence mondiale des Nations unies sur les femmes, tous les États s’étaient engagés à produire des statistiques précises et régulières sur les violences faites aux femmes. Certaines institutions de chez nous (universités, Ong) s’y attèlent, mais force est de constater que les chiffres sont parcellaires, les données parfois approximatives et certaines méthodologies manquant de robustesse. Par ailleurs, il s’agit d’études ponctuelles à diffusion restreinte. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un grand débat national informé par une grande enquête complète et rigoureuse pour prendre la mesure du phénomène, le quantifier dans tous les domaines (violences verbales, psychologiques, physiques, sexuelles) dans tous les contextes (familial, social, culturel et économique), en évaluer les conséquences (sur la santé physique et mentale, sur la vie sociale et familiale), en mesurer l’efficacité des recours et surveiller les évolutions du « mal ». D’ailleurs, pourquoi notre Assemblée nationale ne prendrait-elle pas une telle initiative ? À travers un projet de loi ? Une commission parlementaire ? A priori, la loi sur la parité en a fait l’institution la plus féministe du pays, emblème de notre aspiration à réaliser une égalité parfaite entre les hommes et les femmes du Sénégal. À ce propos, le féminisme ne se résume pas à être « pour les femmes », mais plutôt à combattre pour l’égalité politique, économique et sociale des deux sexes, ayant reconnu au préalable que nous avons un problème de discrimination à l’encontre de la moitié de notre population.

Je suis donc un féministe. Tout comme je suis un anti raciste, anti impérialiste, panafricaniste et socialiste.

Mais, au-delà de l’enquête, la réponse ne saurait se limiter aux initiatives de l’état. Nous sommes tous concernés. La réponse doit donc être prise en charge par l’ensemble de la société civile, compte tenu du nombre de personnes affectées. Ainsi, au-delà des lois et d’un enseignement public défectueux et compte tenu de la centralité du fait religieux dans la société sénégalaise, il importe de mobiliser les imams et les prêtres qui doivent, dans leurs prêches hebdomadaires, réapprendre aux gens les règles de base du savoir-vivre et du savoir-être : qu’il faut respecter les femmes et les fillettes, que le viol est un crime aux yeux du Tout Puissant.

Je pense sincèrement que, si on faisait de ce fléau une urgence nationale-comme on l’a fait pour la crise Ébola ou le Pse, on pourrait le contenir et l’éradiquer. Après tout, ne s’agit-il pas des vies et de la dignité de nos mères, de nos sœurs, amies, épouses et fillettes ?

Je conclus avec un appel lancé aux hommes vivant au Sénégal, quel que soit par ailleurs leurs nationalités. Beaucoup d’entre vous, en lisant ce plaidoyer à propos d’histoires qui brisent des vies, se diront : « Moi, je ne fais pas partie de ces agresseurs. Cela ne me concerne pas ». Ce faisant, ils font l’expérience du « privilège d’être homme », du pouvoir et des droits que les femmes peinent à établir pour elles. C’est ce silence qui perpétue les atrocités que vit la meilleure moitié de l’humanité. Car il est évident que cette priorité ne pourra pas être atteinte sans des changements dans l’attitude et le comportement des hommes. Ils ont un rôle clé à jouer dans l’éradication de ce fléau parce que la violence à l’égard des femmes n’est pas juste une « affaire de femmes ». Des organisations comme le « White ribbon » (Ruban blanc), associations composées d’hommes, au Canada, en Grande-Bretagne, en Australie, etc., ont reconnu le rôle positif que les hommes peuvent jouer pour mettre fin aux violences faites aux femmes. Ces associations travaillent à encourager les hommes à prendre des mesures pratiques et effectives pour mettre fin à cette réalité honteuse. Qu’il s’agisse de députés, responsables politiques de tous bords, chefs religieux et coutumiers, chefs d’entreprise, magistrats, enseignants, chercheurs, journalistes, étudiants et jeunes activistes, etc., nous avons tous la responsabilité d’élever le niveau de conscience de nos concitoyens. Nous avons besoin de porter ce message dans nos communautés et organisations, dans nos écoles et dahiras, dans nos entreprises et associations de jeunesse, etc. Un message qui soit fort et clair : il faut mettre fin aux violences que subissent les femmes au Sénégal.

Les hommes doivent donc s’impliquer parce qu’ils sont une partie essentielle de la solution. Ils doivent examiner leurs comportements et apporter les changements afin de contribuer à créer un monde fondé sur l’égalité hommes/femmes. Ils doivent contribuer à créer une culture dans laquelle les comportements violents d’une minorité d’hommes à l’égard des femmes deviennent inacceptables. Par ailleurs, mettre fin à la violence faite aux femmes est inséparable de l’action familiale et sociale positive des hommes. Ils doivent prendre plus de responsabilités dans leurs foyers, dans l’éducation et la santé de leurs enfants. Cette implication serait porteuse d’effets positifs pour les enfants, les femmes et pour les hommes eux-mêmes. Des progrès importants ont été réalisés au niveau international, mais le chemin est encore long.

L’ambition de cet appel est de contribuer à l’éradication des violences faites aux femmes au Sénégal. Le président Senghor, à travers le Code de la famille, le président Abdou Diouf, avec la loi de 1999 qui réprime le viol, l’inceste, la pédophilie, les violences conjugales, les mutilations génitales féminines, le président Wade, à travers la décisive loi sur la parité, et le président Macky Sall, désigné par les Nations unies comme parrain de la Campagne internationale pour l’éradication de la violence faite aux femmes, ont fait progresser, dans notre imaginaire, les principes d’égalité, de non-discrimination et de non-violence à l’égard de nos mères, épouses, sœurs, filles et amies. Donnons-nous comme ambition de mettre cet imaginaire en œuvre.

Tel est l’objet de ce plaidoyer : créer une association d’hommes pour contribuer à l’éradication des violences faites aux femmes en étroite collaboration avec les organisations féminines, l’État dans tous ses démembrements, les collectivités locales, les médias, les établissements d’enseignement et toute autre organisation pertinente.
J’attends avec impatience les manifestations d’intérêt à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. .

Notes
1. M. Mbacké Lèye et al in Santé publique, 2014/1.

2. Seneweb du 22/12/2017.

3. Diourbel 72,3 %, Fatick 67,5 %, Ziguinchor 66 %, Tambacounda 60,8 % Sédhiou 60 %, Kédougou 55 %, Kolda et Kaolack 54 %, Thiès 53,8 %, Kaffrine 53 %, Dakar 52,5 %, Saint-Louis 41 %, Louga 48 % et Matam 66,3 % (Gestes).

4. Entretien avec M. Fall à Imagine Africa institute. Voir aussi Fatou Sow Sarr : Rapport pour l’Union européenne, page 19. « Selon le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, 3600 cas de viols ont été enregistrés au Sénégal entre janvier et novembre 2014 ».

5. Seneweb du 19 mai 2017.

6. Fatou Sow Sarr : Au Sénégal, 28,2 % de Sénégalaises ont subi l’excision. La pratique est concentrée dans les régions de Kédougou (92 %), Matam (87,2 %), Sédhiou (87 %), Tambacounda et Kolda (85 %), Rapport pour l’Union européenne, p.19.

7. Halim Benabdallah : La violence de genre comme facteur de déscolarisation des filles en Afrique subsaharienne francophone pour l’Afd, septembre 2010.

8. Fatou SOW Sarr, op.cit. p.19.

9. Définition de terreur : pratique systématique de violences, de crimes en vue d’imposer un pouvoir.

Par Pierre SANE
Président Imagine Africa institute (2010)
Directeur régional du Crdi (1988-1992)
Sg d’Amnesty international (1992-2001)
Sous-Directeur général de l’Unesco (2001-2010)

La terrible nouvelle du décès du réalisateur et producteur Idrissa Ouédraogo a littéralement tétanisé la famille du cinéma, de la culture en général, en Afrique et dans le monde entier.

Idrissa Ouédraogo n’était pas seulement l’auteur, l’inspirateur et la source d’une filmographie impressionnante par sa thématique et sa qualité esthétique, il fut aussi un formateur remarquable qui a transmis à de nombreux talents africains, portant avec compétence et brio le destin du cinéma continental, les rudiments ou la maitrise de leur art.

Auréolé de prestigieuses récompenses, comme l’Etalon de Yennenga du Fespaco ou le Grand prix du jury du Festival de Cannes, Idrissa Ouédraogo prend place, aujourd’hui, dans un Panthéon où l’ont précédé des pionniers comme Sembene Ousmane ou  Paulin Soumanou Vieyra.

En cette circonstance particulièrement triste et douloureuse pour tout le continent africain, je présente, au nom du chef de l’Etat et de l’ensemble du gouvernement, les fraternelles condoléances du peuple  sénégalais au gouvernement et au peuple burkinabé.

Par Abdou  Latif  COULIBALY
Ministre de la Culture

« Avec le Pudc et le Puma, nous poursuivons nos efforts en faveur des zones déshéritées de notre pays. Au cours de l’année 2018, 251 systèmes d’adduction d’eau potable seront livrés en milieu rural et 35 000 branchements sociaux réalisés en milieu urbain. En plus de sa vocation d’équité territoriale et de justice sociale, le Pudc est devenu un catalyseur d’activités génératrices de revenus avec des milliers d’emplois durables créés grâce à ses réalisations.

On le voit de Touba-Trankil à Ngoufatte, de Négué Wolof à Halwar, de Saréliou à SaréBamol, de Niakhar à Dialacoro, de Niassanté à Ndiosmone, entre autres localités d’un Sénégal des profondeurs trop longtemps abandonné à lui-même et dépourvu d’un minimum de services sociaux ».

EXTRAIT DU MESSAGE
A LA NATION DE SON EXCELLENCE LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, MACKY SALL. DAKAR,
LE 31 DECEMBRE 2017.
…………………………………

Des études récentes indiquent qu’au Sénégal 8 millions d’habitants représentant plus de 58 % de la population vivent en milieu rural et n’ont pas accès à des sources d’eau traitée, plus de la moitié a un accès irrégulier à l’électricité, voire en est totalement privée. De même qu’une bonne frange de la population manque d’équipements sanitaires de base, n’a pas accès aux réseaux téléphoniques fiables et à l’internet, tandis qu’1/3 vivant en zone rurale se trouve privé de routes praticables toute l’année. En cas de pluie, ces Sénégalais se retrouvent coupés des autres villes et des centres économiques. Ainsi, l’accès aux marchés reste encore limité et les coûts des intrants et de transport des productions agricoles demeurent élevés avec de fortes pertes après récoltes.

Soucieux de tant de défis et conscient de la nécessité de les relever en toute urgence, pour créer les conditions de l’émergence, Son Excellence Monsieur Macky Sall, Président de la République, a décidé de mettre en œuvre le Programme d’urgence de développement communautaire (Pudc).  Lancé en juillet 2014, le Pudc est destiné à lutter contre les inégalités. Il vise, pour l’essentiel, à contribuer à l’amélioration de l’accès des populations rurales aux services sociaux de base à travers la mise en place d’infrastructures socio-économiques afin d’éradiquer durablement l’extrême pauvreté et la faim.

Basé sur quatre piliers, à savoir l’eau, l’électricité, les pistes de désenclavement et les équipements pour alléger la pénibilité des travaux des femmes, le Pudc a permis de construire et de réhabiliter, dans sa phase initiale, 3048 kilomètres de pistes rurales, d’électrifier 325 villages, de mettre à disposition 5000 équipements de transformation, des décortiqueuses et batteuses. De même, un programme de 300 forages, démarré en 2013, est en cours d’exécution et, à cet effet, 210 forages et 13 stations de pompage sont déjà réalisés ; ce qui a permis de desservir une cinquantaine de localités abritant environ 700 000 âmes. Au nom de l’équité territoriale et du développement solidaire et inclusif, deux principes majeurs fondateurs du Pse et chers au président de la République, ces Sénégalais vivant en milieu rural ont accès à l’eau potable en 2016. En effet, des centaines de villages sont sortis à la fois de l’obscurité et du désenclavement. Leurs habitants ont pu avoir accès à l’eau et à plusieurs équipements susceptibles d’aider à alléger les travaux des femmes, à libérer les filles des corvées de toutes sortes qui entravaient leur accès, leur maintien et leur réussite à l’école, à l’image de localités comme Bassoul, Baback, Sakhor, Bamabadinka, Tessékéré, Loumbol Samba Abdoul, Wakhal Diam, Ndiobène, Ndiayène, Santhiou Djadj, Thiowor, Leona, Thiar Sène, Thiar Ndiaye, Thiar Peulh, Gabane, Longhor, Bayti Guèye et Keur Mody. Ainsi, la mise en place d’infrastructures socio-économiques permettra incontestablement d’éradiquer durablement l’extrême pauvreté et la faim.

La pertinence de ces principes du Pse a tellement convaincu les partenaires du Sénégal qu’un financement additionnel de 60 milliards de FCfa est acquis pour mettre en œuvre des travaux de construction et de réhabilitation des 251 autres forages.

Incontestablement, ces forages auront des impacts dans la relance des activités maraîchères dans les Niayes. C’est là  un acte fort du renouveau de l’hydraulique en milieu rural à travers le projet de construction de 251 forages, 181 châteaux d’eau, 1800 kilomètres de canalisation, 181 réseaux, 900 bornes fontaines et 270 abreuvoirs. Un tel programme a été lancé, à  Ngoufatte, par le chef de l’Etat en mars 2017.

Ngoufatte, un village mythique parmi 109 autres qui forment la commune de Léona s’étendant sur 415 km2 et abritant plus de 42 000 âmes après le recensement de 2015, se situe à mi-chemin d’un Sénégal qui superpose essentiellement deux cartes dans cette contrée : celle des poches d’extrême pauvreté et celle des zones agro écologiques : deux critères auxquels s’ajoutent les possibilités de partenariats, la stabilité du pays, du fait de sa maturité en matière de démocratie et de décentralisation, tout comme la qualité de sa gouvernance et de son engagement à participer à la réalisation du Pse et des Odd.

La vision du chef de l’Etat consiste essentiellement à aider les localités comme Ngoufatte à vaincre l’extrême pauvreté par la conduite d’une intervention multisectorielle dans les zones de grande précarité. Ngoufatte est considéré, ici, comme village centre et polarise des localités qu’il est susceptible de desservir en eau et autres infrastructures de développement.

L’Ofor entend y jouer pleinement sa partition et travaille en partenariat avec toutes les parties prenantes dans la gestion et l’exploitation des ouvrages hydrauliques sur la base de l’équité territoriale, du développement inclusif et solidaire, si chers au chef de l’Etat, pour fournir des solutions de sortie de l’extrême pauvreté. Il s’agit, pour l’essentiel, de contribuer à l’amélioration de l’accès universel des populations rurales à l’eau potable servie de façon pérenne, pour tous les usages, à des prix conformes au pouvoir d’achat de chaque type d’usager.

Dans cette perspective et grâce au Pudc, près d’une quinzaine de villages polarisés par Ngoufatte sortiront à la fois de l’obscurité, de la soif et du désenclavement. La commune de Léona, à laquelle Ngoufatte est partie intégrante, est répartie en deux zones distinctes : la zone des Niayes et celle du Diéri.

La zone du Diéri à laquelle appartient Ngoufatte, grâce aux sols Dior et, dans une moindre mesure, l’étendue de son espace exploité, connaît un développement des grandes cultures. Dans la zone des Niayes, le maraîchage domine du fait de la qualité des sols et la présence des cuvettes et bas-fonds. Ces deux zones complémentaires représentent une bonne combinaison pêche-agriculture et en raison de la menace que représente la mobilité des dunes vers les dépressions où des activités horticoles sont menées. A cela s’ajoute le risque lié, d’une part, à la pollution de la nappe à cause de l’utilisation des engrais et pesticides et, d’autre part, à l’avancée de la salinisation des sols résultant de la mauvaise gestion de l’utilisation de l’eau, toutes choses dont l’Ofor a fini de mesurer les conséquences en amont de son intervention.
Depuis 2006, l’accès à l’éducation, à la santé, à l’eau potable, à l’assainissement, aux pistes de production et à l’électricité a été très élargi et les investissements axés sur la lutte contre le paludisme, le Sida et la tuberculose ont sauvé des milliers de vies grâce à des projets comme celui des Villages du millénaire implantés dans cette zone.  Il a été bouclé en 2015.

Il s’agit donc, aujourd’hui, de consolider ces acquis pour démontrer que « des interventions à base scientifique, l’implication et le leadership des institutions et des communautés locales peuvent être combinés pour matérialiser la vision d’un Sénégal émergent et réaliser les Objectifs de développement durable. Pour y parvenir, l’OforR compte, pour sa part, parachever l’autonomisation des communautés par le biais de la participation et du leadership au niveau de la conception, de l'exécution, du suivi et de l'évaluation des actions en nouant des partenariats stratégiques ; garantir une intervention basée sur une recherche scientifique éprouvée combinée aux meilleures connaissances locales ; et favoriser la synergie d’action avec les programmes communautaires, régionaux et gouvernementaux existants dans la zone de Léona.

C’est dans ce contexte que Son Excellence Monsieur Macky Sall a effectué cette visite historique à Ngoufatte pour le lancement de la troisième phase du Pudc obtenue grâce à la coopération avec la République de Chine. Une visite à laquelle toute la population de Léona a participé activement avec beaucoup d’enthousiasme.

Tout compte fait, la transition est toute trouvée pour Ngoufatte, site mythique de Léona, avec des villages polarisés, de passer au Pse et, au-delà des Omd, de réaliser les Odd à l’horizon 2030, à travers le Pudc et l’Acte 3 de la décentralisation. Le Sénégal poursuit ainsi sa marche vers l’accès universel à l’eau potable dans le monde rural. Cette ambition politique s’accompagne de lourds investissements consentis par les autorités pour booster les indicateurs en matière d’accès à l’eau potable dans des zones rurales. L’Etat y a déjà dépensé 112 milliards de FCfa en l’espace de trois ans pour la construction des forages et des châteaux d’eau, la réalisation des extensions et des branchements sociaux.


Par Papa Moustapha GUEYE
Inspecteur de l’éducation
et de la formation, Spécialiste en Grh
Certifié Ppp de la Banque mondiale, Tic/Ks
et Communication organisationnelle
Citoyen de la République

 

Au Sénégal comme dans toutes les sociétés africaines, la famille est la principale structure d’organisation des êtres humains. Elle est non seulement une instance de reproduction sociale basée sur des liens de parenté mais aussi le lieu de socialisation de l’individu.
De nos jours, elle peut être définie selon les liens de parenté qu’entretiennent ses membres ou qui existent entre eux. Au Sénégal, par exemple, on y trouve :
• une famille élargie, composée des parents, grands parents, oncles, cousins, beaux frères, etc.
• Une famille nucléaire, composée d’un ménage avec deux parents, leurs enfants ou sans enfants;
• Une famille recomposée, regroupant des demi-frères ou demi-sœurs, belle-mères, beaux-pères, enfant sans lien de consanguinité, enfant avec qui on a un parent en commun, etc.

Autrement dit, la famille se présente comme étant un système, structuré par un certain nombre d’éléments en interaction et régis par des règles, dans lequel une modification d’un élément entraine un changement dans l’organisation de ce dernier.

Ceci étant, il faut dire que toutes les familles traversent, en un moment donné de la vie, divers stades entrainant ainsi des modifications ou parfois des perturbations, des crises, des conflits. Et il arrive, dès fois, que le système familial peine à s’adapter aux changements et à les gérer. De ce fait, la famille, comme toute structure sociale ou autre instance regroupant des individus (homme, femme), n’est pas exempt de situations conflictuelles qui résultent d’une opposition entre personnes ou entités qui la composent. Une famille est donc un noyau composé de membres différents. Si, d’une part, elle est une source de bonheur, d’autre part, elle peut également être une source de problèmes lorsque le courant ne passe pas entre les membres. Les conflits familiaux sont donc naturels et inévitables.

Les conflits familiaux, qu’ils s’agissent de couple, de succession, d’enfants, de parents, grands-parents ou autres, ont parfois des répercussions sur la vie et la stabilité morale et psychologique de la famille. Des conflits qui empoisonnent souvent la vie de celle-ci et qui font naître la haine, entraînant ainsi des ruptures et des souffrances, altérant l’existence aussi bien de ceux qui les subissent que de ceux qui les provoquent.
Au Sénégal, les désaccords en cas de séparation, de succession ou concernant la garde d’enfants aboutissent très souvent devant le juge. Alors qu’il existe pourtant une solution à l’amiable qui est la médiation familiale. Elle offre l’occasion de rechercher seul, sans juge, mais avec l’accompagnement d’un tiers (le médiateur) indépendant, extérieur à l’environnement familial, en vue d’un accord satisfaisant gagnant/gagnant pour tous.

Qu’est-ce que la médiation ?
La médiation est un mode coopératif de gestion des conflits. Elle s’adapte à chaque situation particulière. Elle considère les partenaires comme principaux acteurs de la recherche de solutions.
Quant à la médiation familiale, elle est un processus de construction ou de reconstruction du lien familial axé sur l’autonomie et la responsabilité des personnes concernées par des situations de conflit de rupture ou de séparation. Le médiateur aide les parents, les membres de la famille, à trouver des solutions appropriées, durables, participatives et constructives. Il encourage toutes les personnes à prendre la parole. La médiation prend en considération les aspects humains d’un conflit. Elle encourage et facilite l’expression des préoccupations, des inquiétudes et des doutes. L’ensemble des sujets discutés durant ces séances peut être pris en compte dans l’accord qui sera conclu.
La médiation permet aux participants de prendre en main leur avenir et d’agir directement sur leur vie quotidienne. Les solutions trouvées en médiation sont réalistes et applicables. Au besoin, elles peuvent être modifiées.
Fonctions de la médiation :

Pour Michelle Guillaume Hufnung, formatrice et experte en Médiation, la médiation remplie quatre fonctions que sont :
•    une fonction de création du lien social ;
•    une fonction de reconstruction du lien social ;
•    une fonction de prévention des conflits ;
•    une fonction de règlement de conflit.
    
Avantage de la médiation familiale dans les conflits familiaux :
Dans un procès, le juge tranche le conflit de positions et vous transforme en gagnant ou perdant. Dans une médiation familiale, la logique est différente et chacun peut en ressortir satisfait et gagnant. Elle offre un temps d’écoute pendant lequel chacun exprime ses besoins ; c’est un temps d’échanges mais aussi de partage et de négociation. Le processus revient à se parler, s’écouter, puis décider ensemble. Ainsi, l’avantage de la médiation dans les conflits familiaux est qu’elle permet de faire face à des difficultés qui peuvent paraître insurmontables : les malentendus, le manque de communication, les disputes et querelles dans la succession, le divorce…
Donc, il faut souligner que la médiation permet de trouver, en dehors de l’espace judiciaire, les solutions les plus adaptées aux situations conflictuelles dans une dynamique participative.

Il s’y ajoute parmi les avantages de la médiation : l’amélioration des relations, la créativité des solutions et l’économie en temps et en argent, car le coût d’une médiation est inférieur aux charges d’un procès. Elle est efficace parce que l’accord est durable, rapide et confidentielle, mais également permet d’éviter les embouteillages des tribunaux.

En somme, la médiation familiale est un temps d’écoute et d’échanges, dans un lieu neutre et confidentiel, avec un tiers professionnel qualifié qui ne prend parti pour personne et qui vous permet : d’aborder les problèmes liés au conflit familial, d’établir une communication constructive, de prendre en compte les besoins de chacun et de rechercher des solutions concrètes et concertées.

Le rôle du médiateur dans les conflits familiaux
Etant un tiers qualifié et impartial, le rôle du médiateur est de rétablir la communication entre les protagonistes (les membres de la famille) et de créer un climat de confiance, propice à la recherche d’accords. Dans une situation de conflit familial, le médiateur permet de favoriser l’émergence de solution, propose un espace de communication, favorise la responsabilisation des médiés, canalise les tentions en favorisant la restauration d’un lien de qualité y compris l’intérêt supérieur de l’enfant.
En fin, il est important de dire que la médiation ne remplace pas le système judiciaire. Elle complète les procédures légales et permet de trouver des solutions durables qui conviennent à tous les membres de la famille.

Par
Malick NIASSE

Médiateur familial
et communautaire
Chargé des relations
extérieures de l’Association
 des médiateurs diplômés du Sénégal
Email :
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Le 24 décembre dernier, l’histoire a bégayé en Guinée équatoriale. Par la faute d’une horde de mercenaires sortis du néant, ce pays tranquille de moins de 2 millions d’habitants, qui amorce, de façon décisive, son virage historique vers l’émergence et l’émancipation, a failli basculer dans le chaos. Une situation improbable, voire ubuesque, qu’il est loin de mériter quand on sait d’où vient cette partie insulaire de l’Afrique centrale qui, lorsqu’il tombait entre les mains du président Théodoro Obiang Nguéma, en 1979, ne comptait pas un kilomètre de route goudronné. Alors, pays fantôme par excellence, la Guinée équatoriale comptait pour quantité négligeable sur l’échiquier africain et international.
Peu de temps après ce changement de régime, une politique nationaliste, fondée sur une exploitation et une valorisation des ressources en tous genres dont regorgeait la Guinée équatoriale, a permis au pays, qui a conquis sa respectabilité et pris son élan, d’accueillir sur son sol les plus grandes rencontres diplomatiques : des sommets de dimension internationale ainsi que des événements sportifs largement courus, tels que la Coupe d’Afrique de football, entre autres. Ce grand bon économique et cette conquête d’une notoriété internationale reconnus par tous, la Guinée équatoriale les doit à des changements de fond en comble des fondamentaux d’une gouvernance patriotique et d’une forte implication des élites et du peuple qui ont permis de sortir de terre des joyaux infrastructurels, des fleurons hôteliers et des aménagements touristiques qui n’ont rien à envier aux plus grandes réalisations du monde moderne et dont les citoyens ont profité à plus d’un titre.

Complots et intrigues
Dès lors, rien d’étonnant que d’échéances électorales en échéances électorales, le peuple de Guinée renouvelle au grand bâtisseur qu’est le président Nguéma et à son gouvernement une confiance et une fidélité qui n’ont jamais souffert de la moindre ride. Une complicité qui s’est confirmée, en avril dernier, lors de la présidentielle de 2017 et, en novembre de la même année, lors des législatives et sénatoriales dans un pays pratiquant le multipartisme depuis 1991, quand il a été assez mûr pour une telle mutation.

Mais, le patriotisme économique et le panafricanisme du président Nguéma font naturellement le malheur des prédateurs des économies et des ressources africaines. Ceux-ci sont habitués, ailleurs, à faire et à défaire les hommes et les institutions pour mieux s’accaparer des richesses. Dès lors, il n’est pas étonnant que, de façon sporadique, voire constante, les démons de la conspiration, de l’intrigue et du complot soient toujours à l’affut pour entraver tout effort et toute tentative d’engager l’Afrique dans la voie de son émancipation et de son développement réels.

Rien d’autre n’explique cet acharnement sur le président Nguéma et sur sa famille, mais aussi sur une Guinée équatoriale dont on veut éviter qu’elle donne le bon exemple aux autres pays d’Afrique. L’histoire se répétant, d’autres dirigeants et élites africaines ont fait les frais de telles turpitudes.

Dans ce Nguéma-bashing féroce et persistant, tout y passe : mensonges, calomnies quotidiennes par la presse occidentale, une avalanche d’accusations ponctuée par une instrumentalisation de la justice occidentale et la mise en scelle  des «Ong» largement armées et financées par les budgets publics pour  dénigrer les pays insoumis. Des régimes et dirigeants rebelles que l’Occident ne traite de «dictatures» que lorsqu’ils refusent de se faire dicter la conduite à tenir, notamment dans la gestion de leurs ressources minières.

Quand on sait que la stratégie du «diviser pour mieux régner» fait partie de l’arsenal de guerre des ennemis de l’Afrique, on observe une légitime circonspection sur les tenants et aboutissants de cette tentative du 24 décembre 2018 contre le président Nguéma, en particulier sur les accusations qu’on serait tenté de brandir contre le Tchad et les autorités de ce pays.

Certes, la tentative de complot est indéniable puisque la preuve a été fournie par l’arrestation et les aveux de ses auteurs ou de certains d’entre eux encore connus. De même, la nationalité autant que les pays de préparation et de transit des assaillants pourraient être prouvés ainsi que les mobiles funestes de cette malveillante tentative qui, comme toujours, aurait bénéficié de financement d’un pays européens et probablement de la France, ainsi que l’a dénoncé le président Nguéma lui-même, et il sait de quoi il parle.
Quant aux commanditaires, la question  pourrait demeurer longtemps sans réponse quand on sait les modes opératoires de ces intrigants qui utilisent toujours des hommes de paille et des zélotes pour les basses œuvres du genre.

Nguéma et Deby, même combat
A ce propos, le Tchad et le président Deby ont, pensons-nous, d’autres chats à fouetter et des défis sécuritaires autrement plus sérieux dans la région sahélo-saharienne pour se préoccuper du renversement d’un régime avec lequel ils n’ont jamais eu maille à partir. Jamais aucun conflit ou hostilité connu n’a opposé les deux pays. Du reste, sur beaucoup de sujets concernant l’Afrique, les deux hommes (Déby et Nguéma) partagent les mêmes positions assez courageuses et fermes, toutes axées sur une conquête d’autonomie, de liberté et de dignité pour l’Afrique. La controverse sur la monnaie Cfa en est un exemple patent. Il s’y ajoute que tous les deux font face aux mêmes défis et aux mêmes difficultés économiques liés  aux variations et tendances baissières des cours du pétrole qui constituait, jusqu’ici, leurs principales sources de recettes budgétaires respectives.

Qui plus est, le Tchad et la Guinée sont la cible des mêmes détracteurs qui les indexent sur la question des soi-disant droits de l’Homme (version occidentale), sur des libertés démocratiques et de bonne gouvernance. Une foultitude d’accusations qui, selon ces paternalistes censeurs, justifieraient le phénomène migratoire et les trafics en tous genres dont pâtit tout le continent noir et dont le Tchad vient de faire les frais de la part du gouvernement américain qui l’intègre dans «son axe du mal».

Dans la même logique de mépris à l’égard de l’Afrique, la condamnation, le 27 octobre dernier, par les tribunaux français, du vice-président de Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguéma Mangue, a été le point d’orgue d’une cabale inique visant à mettre à mal le peuple équato-guinéen et ses dirigeants ; l’objectif étant de créer des tensions et une crise internes favorables à l’installation de fantoches à la tête du pays pour pomper ensuite les ressources de la Guinée à leur profit exclusif.

La piste occidentale
Ce plan ayant échoué, il ne restait plus qu’un coup de force que l’on a tenté de faire exécuter par des mercenaires entrainés, appuyés, soutenus loin du pays et guidés par des apatrides et marionnettes locaux.
Que ces insurgés aient été entraînés dans des pays africains quelconques ou aient traversé tel ou tel autre frontière ne saurait signifier que les autorités de ceux-ci aient été forcément au courant de telles manœuvres et d’un tel projet. Cette réalité semble suffisante pour disculper le président Idriss Deby Itno du Tchad qui est pacifiste jusqu’au bout des ongles.
Quant au président Archange F. Tuedera de la Centrafrique, il devrait avoir assez à faire avec ses propres milices rivales (Séléka et Anti-balaca) qui se crêpent le chignon depuis des années et qui mettent le pays sens dessus dessous au point de nécessiter la présence, jusqu’à ce jour, des forces onusiennes.

De même, le président Béchir du Soudan dont la Cour pénale internationale (Cpi) est encore aux trousses ne saurait, en toute logique, s’autoriser une bévue putschiste qui ne lui procure aucune valeur ajoutée diplomatique et qui n’a aucune chance de réussir dans une Guinée équatoriale bien tenue en main par un chef adulé par tout un peuple. Aucun de ces pays n’est en désamour avec la Guinée équatoriale au point de s’engager dans une telle aventure belliqueuse forcément vouée à l’échec.
Dès lors, la seule piste crédible est celle outre-atlantique. La preuve : les Occidentaux n’ont jamais caché leur animosité à l’égard du régime du président Teodoro Nguéma et, pour des raisons manifestement impérialistes, l’ont toujours eu dans leur viseur.

Autant de raisons de s’étonner du silence et de l’apparente indifférence des organisations panafricaines et sous-régionales, telles que la Cemac et l’Union africaine qui, en pareilles circonstances, rivalisaient de zèle dans des condamnations et manifestations de sympathie à l’endroit de leur membre en butte à de telles difficultés. On aimerait bien croire que la nationalité tchadienne du président de la Commission de l’Ua, Moussa Faky, n’explique pas une telle attitude d’autant que son pays a déjà fait un convaincant démenti quant aux soupçons d’implication à cette tentative.
Il ne reste qu’à compter sur la maturité et le sang-froid de ce sage d’Afrique qu’est le président Nguéma pour déjouer les pièges tendus par ses pourfendeurs qui, dans ce coup avorté, cherchent aussi son isolement diplomatique dans le voisinage immédiat.

Toute cette horde de mafiosi s’échine à ternir la belle image d’icône panafricaniste que le président équato-guinéen a chèrement acquise et qui lui vaut autant l’admiration et la sympathie des peuples partout en Afrique que le respect  de ses pairs sur la scène diplomatique africaine et mondiale, mais également, hélas, la jalousie des forces occultes qui s’emploient à toujours tirer le continent vers le bas.

Par
Moustapha DIEYE

Ancien ambassadeur
Editeur du magazine
panafricain
«Afrique Démocratie»
Email :
Dieyemoustapha2000@
yahoo.fr

Les dernières sorties de certains opposants sénégalais méritent une petite piqûre de rappel chiffrée qui aiderait sûrement les uns et les autres à « redescendre sur terre ».

Dans le brouhaha de la recherche de buzz, certains opposants y vont avec une bonne dose de surenchère comme pour essayer vainement de conjurer le sort des chiffres qu’ils savent largement défavorables pour eux. En vérité, dans la stratégie d’attaque tous azimuts, certains, comme pour oublier leurs poids respectifs, veulent simplement s’arroger dans le subconscient collectif une position de leadership dans l’opposition.
Que pèse l’opposition sénégalaise à un an de la présidentielle de février 2019 ? Que pèsent « les oppositions ? » devrions-nous dire.
Le meilleur baromètre actuel pour mesurer le poids des uns et des autres semble être la dernière élection législative du 30 juillet 2017 qui a permis, au moins, de tirer quatre leçons majeures en rapport avec les poids électoraux réels des opposants irréductibles et frontaux.

1- Coalition gagnante
« Wattu Sénégal »
Lors des dernières élections législatives de juillet 2017, la coalition gagnante « Wattu Sénégal », conduite par le Président Abdoulaye Wade, avait eu 16,67 % des voix. À un an de la présidentielle de 2019, que pèsera ce conglomérat hétéroclite sans l’effet Wade ? Le Pds et ses alliés savent que sans Wade (qui n’a plus la possibilité de se présenter à une élection présidentielle au Sénégal, parce que frappé par la limite d’âge), ils ne pèseront pas la moitié des 16,67 % obtenus en juillet 2017. Toute autre candidature, issue des rangs du Pds, ne pourra sans doute pas faire plus que le score des dernières législatives. Ce, sans compter les scissions énormes en cours du fait de la guerre de positionnement interne au Sopi.
 
2- Coalition « Manko
Taxawu Sénégal »
La Coalition « Manko Taxawu Sénégal », dirigée par Khalifa Ababacar Sall lors des dernières législatives, récoltait 11,72 % avec pas moins de cinq leaders « unis ? »  dont Idy, Gackou, Mansour Sy Djamil, Bamba Dièye. C’est un secret de polichinelle que de dire qu’ils ont tous (dans la perspective de 2019) des ambitions nationales avérées. Quel est le poids des uns et des autres dans le partage des 11,72 % ?
Dans ce bloc hétérogène, certains sont déjà en campagne pour grignoter une part du maigre potentiel et essayer de forcer le destin. C’est le cas d’Idrissa Seck parti en campagne avant la course et qui ne mesure pas assez sa chute libre tendancielle irréversible. Idy oublie qu’en cinq ans (2007-2012), son score avait été divisé par deux avec, lors de la présidentielle de 2007, les 510 922 voix, soit 14,92 %, et les 212 853 voix qu’il avait à la présidentielle de 2012, soit 7,86 %. Quand on perd près de 300 000 voix en cinq ans, on doit faire une introspection. En 2016, avec tout le camp du « non » réuni, il avait largement perdu le département de Thiès. En 2017, « Benno » l’avait encore battu dans le même département de Thiès. Le problème de ce candidat à l’envergure départemental refoulée est qu’il est en rupture de confiance avec le subconscient sénégalais et semble être le seul à l’ignorer.

3- Récap sur de principaux
opposants frontaux

Pour récapituler avec ces deux coalitions d’opposants frontaux au régime en place, nous pouvons dire que 16,67 % plus 11,72 % égale 28,39 %. C’est le poids global cumulé des candidats potentiels de « l’opposition médiatique », effet Wade inclus. Dans le bloc à 28,39 %, il y a (avec l’effet Wade) quasiment tous les opposants frontaux classiques qui rêvent debout d’un destin présidentiel. Qui sont-ils ?
•    Le premier groupe est constitué de Pape Diop, Mamadou Lamine Diallo, Mamadou Diop Decroix et un éventuel candidat Pds pour la Coalition gagnante « Wattu Sénégal ». Il va sans dire que la candidature au Pds créera au moins deux nouveaux camps dans ce parti sans compter ce que la mouvance présidentielle récupèrera de facto.  
•    Dans le deuxième groupe, il y a Khalifa Babacar Sall, Malick Gakou, Idrissa Seck, Serigne Mansour Sy Djamil et Cheikh Mamadou Abiboulaye Dièye pour « Manko Taxawu Sénégal ».

Quel est le poids de ces opposants frontaux sans Wade ? Une analyse objective démontrerait que tous désunis ou unis feront très largement moins que leur plafond total cumulé à 28,39 %.
Les amnésiques semblent oublier que, lors des législatives de 2017, « Benno », sans avoir le Président Macky comme candidat, a devancé la liste de Wade de plus d’un million de voix et les deux principales listes cumulées de l’opposition de près de 700 000 voix. Voir ci-dessous les écarts.

4- Nouveaux opposants
frontaux
À côté de ces opposants radicaux classiques, il y a les petits radicaux qui font beaucoup de bruit. Nous pouvons en noter deux qui, apparemment, n’ont pas compris la leçon des législatives du 30 juillet 2017. Il s’agit d’Ousmane Sonko et Abdoul Mbaye.

•    L’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye dont le parti Act était en alliance avec quatre autres formations n’a même pas été repêché comme député lors de ces élections du 30 juillet 2017. Il s’est retrouvé avec 0,43 % des votants, soit exactement 14 231 voix. Quand un ancien Premier ministre obtient ce score minable dans une élection à laquelle ont participé 3 337 494 votants, il devrait, au nom de la dignité, raser les murs. Après ce score lamentable, le maintien d’Abdoul Mbaye dans une course présidentielle pourrait relever de l’obsession.

•    Ousmane Sonko, en dépit de son bouillonnement médiatique outrancier, oublie qu’avec une coalition composée de plusieurs partis, dont Pastef, Rnd, Ppas, Mrds, il n’a pu récolter que 1,13 % des votants avec exactement 37 535 voix sur 3 337 494 suffrages exprimés lors des élections législatives du 30 juillet 2017. Ce score qui a permis de repêcher au plus fort reste le député Ousmane Sonko ne rime pas avec la frénésie débordante du concerné. Il fait plus de bruit que son poids réel. Pour faire une analyse objective du score de 37 535 voix de sa coalition, il faut juste se souvenir qu’un de ses alliés de 2017, en l’occurrence le Mrds, avait eu, cinq ans plus tôt, en 2012, un score de 70 655 voix, représentant, à l’époque, 3,60 % des suffrages. En clair, l’alliance avec Sonko a fait que le Mrds a vu que ses voix ont été divisées par deux en valeur absolue et par trois en valeur relative en termes de pourcentage par rapport aux suffrages. En vérité, Sonko a tiré le Mrds largement vers le bas, poussant l’imam Mbaye Niang, troisième sur sa liste, à perdre son poste à l’Assemblée nationale. Il n’est pas interdit, en démocratie, de rester dans le virtuel avec un discours populiste sans prise sur un peuple intelligent. Dur sera le réveil pour ce candidat Facebook.
 
Au total, l’opposition, adepte du buzz médiatique à outrance, sait pertinemment que la présidentielle de 2019 est perdue d’avance pour elle parce que le Président Macky Sall est sur le chantier énorme de l’émergence du Sénégal avec un taux de croissance 2017 projeté à 7,1 % après deux années successives à plus de 6 % (ce que nous n’avons jamais eu). Il sera difficile pour l’opposition de nier la réalité économique et sociale d’un Sénégal en émergence en pleine transformation structurelle et prenant en compte une dimension sociale sans commune mesure.

Lors des dernières élections législatives de 2017, le score de Bby, frôlant les 50 % (49,47 % exactement), ne doit pas donner un faux espoir de deuxième tour à une opposition amnésique. Comme en atteste le dernier sondage d’une chancellerie occidentale avec 69 % de satisfaction, le candidat Macky Sall dépasse largement le score des législatives de Bby pour quatre raisons simples.
1. Le Président Macky Sall n’était pas candidat lors des législatives de 2017.
2. Toutes les 47 listes des législatives n’étaient pas antagoniques à « Benno ».  
3. Le Président Macky sera, s’il plait à Dieu, sur la piste en 2019 avec un bilan visible et palpable et des perspectives claires que la majorité des Sénégalais voient et apprécient.
4. Nous avons un peuple intelligent qui sait reconnaître les efforts énormes de ce vaste Sénégal en chantier.

Pour « Benno », il s’agira, d’ici à 2019, de faire bloc pour mieux faire comprendre le bilan et les perspectives : deux choses qu’une opposition largement minoritaire essaiera de saper par des opérations sporadiques de communication agressive et décalée dans le vide. Chaque jour, les opposants rivaliseront dans le buzz et le vide. Chaque jour, le Président Macky sera dans l’action, les réalisations et les perspectives vers l’émergence.
En démocratie, on compte les voix même si chacun peut élever trop la voix. L’opposition continuera à élever la voix au-delà de son poids réel. C’est son rôle. La mission de « Benno » est de porter le débat concret sur les réalisations palpables et les perspectives clairement en vue. Quelle que soit la frénésie des opposants chercheurs de buzz, « Benno » doit imprimer la marque et rester sur le fil conducteur du débat concret, cet axe qui désarçonne les opposants frontaux.

Par
Mamadou NDIONE

Économiste, écrivain,
logisticien
conseiller départemental
à Mbour,
responsable Apr Diass

L’année 1998 voit la mise en œuvre de la réforme hospitalière, laquelle avait comme but l’amélioration de la performance des hôpitaux sur le plan de la gestion et de la qualité des soins et de conférer à ces structures de santé une grande autonomie. Vu sous une perspective « usagers », la réforme hospitalière a secrété l’exclusion. Sous une perspective « justice sociale », elle a éloigné les indigents de l’hôpital public, et sous une perspective simplement « citoyenne », elle a dénudé l’hôpital public de sa mission et de sa finalité, à savoir matérialiser un droit humain fondamental de tout citoyen, droit consacré par notre Constitution et nos engagements internationaux : celui de se soigner quand on tombe malade.

Cette exclusion se matérialise sous diverses formes : l’exclusion totale qui est une conséquence de la faible capacité économique des citoyens. Elle touche des catégories de la population qui n’ont pas la capacité de payer les soins quand elles sont malades. Elles ne vont pas se soigner à l’hôpital ou utilisent d’autres moyens. Il s’agit d’individus qui, quel que soit le niveau des frais, n’ont pas accès aux soins et services de santé. Cette catégorie d’exclusion est assimilée à l’indigence et constitue une caractéristique très importante des économies des pays africains où les revenus des ménages sont irréguliers ou faibles.

L’exclusion saisonnière frappe principalement les populations agricoles et rurales comme les paysans dont le cycle de revenu est calé sur les périodes de récoltes. L’exclusion temporaire est liée au retard d’aller voir un médecin. C’est le cas d’un salarié qui tombe malade à partir du 15 du mois et se retrouve dans l’obligation d’attendre son prochain salaire pour se faire consulter. Quant à l’exclusion partielle, c’est le fait de ne pas savoir de quelle maladie on souffre en quittant l’hôpital, car des prescriptions d’analyses sont à faire et nécessitent souvent de l’argent.

Ces diverses formes d’exclusion sont la conséquence de la simultanéité de la maladie et du paiement.

A ces formes s’ajoutent : 

- l’inaccessibilité géographique due à l’éloignement des structures de santé,

- le manque de plateau technique et de personnel 

- le manque de médicaments.

Le combat de Cicodev Afrique cherche à traduire la vision principale en matière de santé d’un Sénégal où tous les individus, tous les ménages et toutes les collectivités bénéficient d’un accès universel à des services de santé promotionnels, préventifs et curatifs de qualité, sans aucune forme d’exclusion. Notre engagement est de rendre à l’hôpital ses capacités à remplir sa mission fondamentale : celle de mettre en œuvre une politique de santé articulée autour de l’accès aux soins de santé de qualité garanti à toute la population quel que soit le statut socio-économique, l’approfondissement de la décentralisation et de la gouvernance sanitaire locale, ainsi que la promotion de la couverture de l’assurance du risque maladie.

Notre option stratégique est d’identifier les barrières quant à l’accès des pauvres aux services de santé, les documenter et les porter à la connaissance des décideurs pour les lever. Voilà le sens de notre engagement pour le contrôle citoyen et le suivi des politiques publiques pour leur pérennisation en respectant certaines valeurs qui nous tiennent à cœur : l’équité, l’égalité des citoyens devant le service public, la qualité du service public, l’équilibre des forces entre l’usager et le prestataire dans la fourniture des services.

C’est pourquoi nous nous sommes engagés pour la pérennisation de la Couverture maladie universelle : la Cmu cherche à protéger les citoyens contre les différents risques d’exclusion expliqués plus haut. Notre conviction est que c’est une bonne politique publique qui, par définition, cherche à prendre en charge l’intérêt général. Ici, il s’agit de faciliter l’accès aux soins de santé à 80% de la population qui en sont exclus. Aujourd’hui, notre stratégie pour rendre effectif l’universalité de l’accès aux soins est de documenter et de porter le plaidoyer sur un mode de financement pérenne de la santé et rendre à l’hôpital sa capacité à répondre à nos attentes. Nous portons donc le plaidoyer :

- auprès de l’État et des collectivités pour une traduction, dans leurs budgets, de la centralité de la santé dans les politiques de développement économique et social ;

- auprès des Ptf pour un alignement sur les orientations librement déterminées par les autorités publiques et les citoyens du pays ;

- auprès des populations pour identifier ensemble les mécanismes locaux et endogènes pour élargir la base de leur adhésion aux mutuelles de santé.

Un des axes prioritaires de notre action porte, aujourd’hui, sur le renforcement de la mutualité.

Et nos messages sont simples. Nous disons :
- il faut miser sur le modèle de l’assurance maladie communautaire à grande échelle pour jouer sur l’échelle et la loi des nombres ;  
- il nous faut aller résolument vers la professionnalisation des mutuelles avec le recrutement d’un personnel professionnel permanent, bras technique du Conseil d’administration de la mutuelle, chargé de mettre en œuvre les orientations politiques et stratégiques ;  

- les mutuelles doivent procéder au recrutement de collecteurs qui feront office d’agents commerciaux ;

- il s’agit de promouvoir la tarification forfaitaire avec un package ticket, médicaments, diagnostic…

- Ceci induira la prévisibilité des dépenses pour le patient qui sait combien coûte chaque acte médical en se rendant à la structure de santé. Il maîtrisera ainsi ses dépenses de santé et aura moins peur d’aller à l’hôpital ;

- la politique sanitaire doit investir pour une proximité de l’offre de soins de qualité : cela permettra aux mutuelles la contractualisation avec des districts sanitaires suivant une tarification forfaitaire tout inclus (ticket, médicaments, actes d’aide au diagnostic) ;

- un ciblage plus efficace doit se faire plutôt au niveau communautaire, l’échelon le plus pertinent pour identifier qui est pauvre et qui ne l’est pas ;

- l’échelon d’adhésion doit être approprié : la base d’adhésion est familiale avec un plancher du nombre de personnes par famille et une cotisation individuelle ;

- les mutuelles devront mettre en place un barème de cotisation incitatif avec une fixation de la cotisation en fonction de la taille de la famille et de la périodicité de paiement ;

- il s’agit de renforcer le secret médical ou de la confidentialité avec la mise en place des cartes individuelles au lieu du livret familial ; 

- il s’agit de faciliter la portabilité de l’assurance maladie offrant la possibilité à l’adhérent de bénéficier de soins de santé dans toutes les communes du même département et, à terme, partout dans le pays ;

- identifier, créer et promouvoir des mécanismes endogènes adaptés et appropriés aux besoins et capacités des membres de la communauté pour financer leurs adhésions et cotisations aux mutuelles de santé ;

- à côté des mutuelles et des populations, identifier et impliquer, dans ces mécanismes endogènes de financement, tous les acteurs et institutions, notamment les collectivités (commune et conseil départemental), les communautés, les diverses formes de regroupement socio-professionnel, villageois, confrérique.

Ces formes d’appui à l’organisation sociale des populations rurales et du secteur informel pour leur implication dans les mutuelles de santé permettront d’augmenter les taux de couverture et de recouvrement des mutuelles ; réduiront le poids des politiques de gratuité qui pèsent sur les budgets publics ; créeront moins de biais et plus d’équité dans la fourniture et l’exécution des politiques de protection sociale et favoriseront l’appropriation des politiques publiques par des indigents qui ont des capacités productives de contribuer à leurs dépenses de santé. Notre vision est celle d’un hôpital public où le citoyen n’a plus peur d’aller. Il nous faut remettre l’hôpital public en l’endroit.

Par Amadou C. KANOUTÉ
Directeur exécutif
Cicodev Afrique (Institut panafricain
pour la citoyenneté, les consommateurs
et le développement)

En 1977-78, nous étions un groupe de jeunes étudiants du département d’Anglais de l’Ucad envoyés dans divers lycées et collèges (upper schools, grammar schools, etc.) aux quatre coins de la Grande-Bretagne pour y servir comme french assistants (assistants de français). Je garde toujours, dans ce cadre, un souvenir vivace de mon séjour à Derby et surtout des journaux que je lisais et qui, régulièrement, pour illustrer l’air du temps et s’apitoyer sur ou se moquer du sort peu enviable des immigrants asiatiques, montraient des caricatures d’Indo-Pakistanais faméliques assis en tailleur (ou en Bouddha) sur un bout de carton avec comme légende «I am a Paki» ou «I am a fakir». Bref, l’image de l’Indien ou du Pakistanais obligé de mendier au bord de la rue et sous le froid et la brume britanniques pour assurer sa survie.

Aujourd’hui, les Indiens semblent prendre leur revanche sur l’histoire et déclarent haut et fort - non pas au futur, mais bien au présent de l’indicatif : «We are first in computer technology, in textile», etc. En d’autres termes, ces Hindus, adeptes des baignades dans le fleuve Gange pour laver leurs péchés éventuels, en synergie avec leurs compatriotes musulmans et d’autres confessions religieuses, sont en train de changer la donne et d’assigner un autre propriétaire à l’expression ou au slogan «We are first in...» En effet, nous étions habitués, en visitant les Etats-Unis, à entendre nos chers amis américains affirmer leur suprématie absolue dans tous les domaines face aux autres pays de la planète : de la conquête de l’espace à l’athlétisme, en passant par les merveilles technologiques de la Silicon Valley sans oublier Hollywood et encore moins Cnn, ou Cbs, ou Harvard, West Point et Yale, ce sont les Etats-Unis qui, jusque-là, pouvaient dire, avec l’assurance que donne la légitimité, «We are the first» («nous sommes les premiers»).

Or, ne voilà-t-il pas qu’en 2018 les économistes prédisent qu’en matière de Pib, l’Inde va passer devant l’ancienne puissance coloniale, à savoir la Grande-Bretagne, et sa voisine, la France, et qu’il y a juste moins d’une semaine, à Delhi, et dans le cadre d’une grande conférence internationale, un chevalier d’industrie d’envergure nationale et internationale a déclaré devant toute l’assistance, urbi et orbi, qu’en matière d’informatique et de toutes ses applications possibles, l’Inde dame désormais le pion à tous les pays du monde entier y compris à la superpuissance de la Silicon Valley, c’est-à-dire les Etats-Unis d’Amérique ! Assis à la même table lors de ce panel, un autre industriel indien nous fait savoir que son véritable ennemi et adversaire n’est rien d’autre que le billet de banque, comprenez par là qu’avec les applications déjà mises au point, les transactions monétaires ne devraient plus se faire sur la base d’échange de billets de banque ou d’utilisation de cartes de crédit, mais juste avec un téléphone portable.

Déjà le prix d’un smartphone y est particulièrement bas pour être à la portée des moins nantis. Du moins pour certaines marques.

Grâce à cette même technologie informatique adaptée à la sociologie du pays (analphabétisme, pauvreté), le milliard et plus d’Indiens ont pu être recensés et bénéficier d’une carte d’identité biométrique en l’espace de deux ans. Nous parlons d’une population d’un milliard trois cent cinquante trois millions neuf cent soixante quatorze mille âmes ! Les Indiens ne sont certainement pas d’avis que les familles nombreuses freinent le développement, pour faire un clin d’œil ironique à cet homme d’état européen se désolant de l’impossible développement de l’Afrique du fait des taux de naissances élevés sur ce continent.

L’Inde est aussi très active sur d’autres priorités de développement et de durabilité, car comme l’a si bien dit le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, en ouvrant cette conférence internationale annuelle dénommée Raisina Dialogue et qui a regroupé, pour la troisième fois cette année, des sommités mondiales dans tous les secteurs, la survie et la viabilité d’un pays repose sur un triptyque : puissance militaire, puissance économique et influence politique (vous remarquerez que le Pm israélien met la puissance militaire avant celle économique alors que l’économique devrait être le facteur susceptible de garantir une suprématie militaire encore que la Corée du Nord connait la famine tout en défiant les Etats-Unis sur le plan militaire). En effet, depuis jeudi 18 janvier 2018, l’Inde a lancé, avec succès, son missile balistique intercontinental Agni-V (Icbm) avec une portée de plus de 5.000 kilomètres, donc capable de toucher le territoire chinois par exemple.

Au-delà de l’atout que semble être sa population nombreuse pour favoriser son développement rapide et son surclassement des grandes puissances classiques, l’Inde a aussi pu compter sur au moins trois autres facteurs.

D’abord, la plupart des observateurs reconnaissent qu’en l’espace de trois ans le premier Narendra Modi a mis en œuvre des réformes fiscales hardies et mené une lutte sans répit contre la corruption, ouvrant ainsi son pays à des investissements étrangers massifs.

Ensuite, la bosse informatique a toujours caractérisé l’Inde avec des milliers d’ingénieurs indiens travaillant dans les grandes corporations spécialistes de ce secteur aux Etats-Unis, en Allemagne, en Grande-Bretagne, etc.Cette Diaspora a, dans beaucoup de cas, fait preuve de patriotisme en quittant des niches comme la Silicon Valley pour venir mettre leur savoir-faire à la disposition de leur pays. Ne l’oublions pas, le patriotisme fait partie des conditions premières qui ont favorisé l’émergence des Brics (Inde, Afrique du Sud, Chine, Brésil).

Ces transformations et transitions en cours ou à venir à l’échelle du globe ont été bien cernées dans le cadre de cette conférence Raisina Dialogue qui s’est déroulée, à Delhi, du 16 au 18 janvier, sur ce thème bien révélateur : « Managing Disruptive Transitions : Ideas, Institutions and Idioms ».

L’Inde et l’Asie prennent donc les devants, car l’heure de ce continent semble bien avoir sonné : le Japon avait bien pris son élan dès le lendemain de la Deuxième guerre mondiale. La Chine, depuis quelques années, confirme la prédiction d’Alain Peyrefitte dans son ouvrage « Quand la Chine se réveillera, le monde tremblera » (Editions Fayard, 1973). Les deux Corées (la très riche au Sud et la super-armée au Nord) semblent prendre langue à en juger par leur volonté de défiler aux prochains Jeux Olympiques sous une bannière commune. La réunion des deux pays ne semble pas impossible et la nouvelle entité serait une superpuissance économico-militaire de taille. Pendant ce temps, l’Inde continue de tisser son textile… mais aussi sa toile sur l’échiquier technologique, économique, politique et militaire mondial.

Pour autant, bien du chemin reste à parcourir, parce que les signes de la pauvreté restent toujours visibles à Delhi et dans d’autres agglomérations. Même aux abords de la très chic Diplomatic Enclave de la capitale, on peut voir des gens se soulager en pleine rue au vu et au su de tout le monde. Mais, il semble que ce chemin sera rapidement couvert puisque le discours de nos amis indiens, lors de cette conférence Raisina Dialogue, était vigoureux et plein de conviction et de détermination. En avant donc le pays de Mahatma Gandhi et que l’Afrique vous accompagne ou suive de très près vos pas. Il suffit, pour cela, que les Africains fassent d’abord jouer une condition de l’émergence que nous pouvons tous et toutes nous offrir sans bourse délier : la fibre patriotique et la fierté conséquente de hisser son pays au rang de primus inter pares (au premier rang).

Par Ousmane SENE  
Directeur West african research center (Warc)
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Le moment le plus difficile, c’est quand tout est fini, qu’il faut repartir, quitter le cimetière, suivre la foule, et te laisser seul, couché, solitaire et la nuit qui va tomber dans un lieu où personne ne souhaite rester. En te laissant là, je me suis souvenu des vers du poète Federico Garcia Lorca : Mais voici qu’il dort sans fin / Voici que la mousse et l’herbe/ Avec des doigts infaillibles/ Ouvrent la fleur de son crâne.
Un bel et superbe esprit a été contraint au sommeil. Hamidou, comme tu étais brillant, comme tu étais généreux et conciliant ! Le Président de la République, dans son hommage devant ta dépouille silencieuse mais bruissante, dans cette cour venteuse de l’hôpital Principal, en ce dimanche 4 février de cette année 2018 qui commence et qui nous fait pleurer déjà, a dit quelque chose qu’il aurait pu ne pas dire de cette manière, mais il l’a dit et bien dit, et c’est important : que tu étais un homme qui ne connaissait pas ce qu’était la méchanceté. Qu’un homme d’État choisisse ce mot « méchanceté » dont il témoigne qu’il t’était inconnu, ne doit pas être pris pour la simple parure d’un discours funèbre. Oui, notre pays a besoin d’extraire ce mot de son cœur pour construire, apaiser et croire au destin de chacun.

Combien de fois tu es allé au combat au cabinet présidentiel pour t’enquérir d’un dossier qui tardait à ressortir ? Tu suivais avec beaucoup de générosité les requêtes difficiles que tu arrivais toujours à introduire, après t’être bien informé pour mieux leur trouver une issue heureuse. Tu donnais aux courriers adressés au Président de la République toute l’attention requise, même si un Président ne pouvait pas donner suite à tout et que tout ne devait pas non plus lui être soumis. Tu savais aussi couvrir ton Président quand tu jugeais irrecevable une requête, sans que celui qui en attendait une réponse ne soit ni déçu ni frustré, quand on connaît l’orgueil et le jugement hâtif de nos compatriotes. Tu étais un fin diplomate, un homme qui recherchait toujours la mesure et le bien dans le respect de l’autre. Notre espace culturel, littéraire et artistique, tu le savais, était fragile, susceptible, démuni, intolérant et prompt à la sentence, chacun ne servant souvent que ses intérêts. Tu savais tout contenir, tout réguler, installer l’espoir et insuffler l’excellence. Tu manqueras beaucoup au Président Sall qui t’aimait et appréciait ton esprit serein, pétillant, engagé, convaincant, apaisant. Tu donnais du relief à son cabinet culturel par ton nom, ton parcours, la solidité de ta formation, ta vaste culture, ton humanisme si doux. Oui, le Président a raison de dire que tu ne connaissais pas la méchanceté. Ceux qui savent ne peuvent pas être méchants !

Pourquoi Saldé n’a pas bercé ton repos, Saldé-mayo Tébégout, que tu aimais tant et dont tu parlais tant, et qui comme tu l’a écrit : « ne cesse de m’habiter sans désemparer » ? Je ne sais. J’ai lu que tu avais écrit ceci : « La mort est le souvenir poussiéreux de la vie ». Et si la vie était plutôt la défaite même de la mort, quand on laisse derrière soi des œuvres et des actes d’une invincible matérialité ? Tu as dit et écrit aussi que « le cœur des vivants est le plus sûr tombeau des morts ». Mais les vivants finissent toujours par mourir ! Mais aussi, sans savoir comment elle fait, la vie reprend toujours le dessus sur la mort. Là est la mansuétude du Divin !

Pourquoi les audiences fatales et le livre de la mort n’ont jamais de fin et laissent sans cesse des chaises vides et des pages blanches numérotées, mais qui se remplissent toujours ? Je suis rentré à la maison la tête basse, les pieds lourds, bien triste et bien seul ce dimanche 4 février, quand après t’avoir confié à Dieu et prié Mohamed de dîner avec toi pour ta première nuit dans l’au-delà et dans l’au-dessous. Toute la nuit, pour revisiter tes écrits, ta pensée, je me suis réfugié dans ton livre : Écriture et liberté/ Entretiens et Fragments littéraires, préfacé par ton oncle, le tranquille et reposant Cheikh Hamidou Kane. Je l’ai beaucoup regardé alors que tu étais couché devant nous, enveloppé dans un beau pagne ensoleillé. Son visage et son cœur ne faisaient qu’un. Sa peine était sans nom. En préfaçant ton livre ici cité, en parlant de ton talent immense, il a écrit que « ce sortilège est l’œuvre d’un magicien sans pareil, mon neveu Hamidou Dia ». Quelle fierté, quelle tendresse du noble Diallobé quand il nous dit encore : « Qui peut se vanter d’avoir mieux que moi ? »

Hamidou, il n’est pas possible de clore ce bref hommage d’un poète qui, depuis le Canada-Québec, au temps où tu y rayonnais et que je t’y retrouvais, puis Paris à Présence Africaine, enfin Dakar beaucoup plu tard, de ne pas offrir ici, au monde, des trésors sortis de ta plume, pour magnifier devant ton peuple, devant l’Afrique, la puissance de ta pensée, de ton engagement. Tu dois être lu. C’est ma prière dans un temps du monde où les poètes, les écrivains, ne sont plus lus. Tu réponds à tellement de questions de notre temps et du temps de notre peuple, que ces quelques extraits de toi doivent être connus et médités. On parlait de toi comme d’un « intellectuel dérangeant ». Tu as affirmé que « l’universitaire n’est pas forcément un intellectuel ». Quelle humilité, quel courage !

Le grand poète et écrivain haïtien René Depestre voyait en ta génération « des sherpas qui nous guident sur les pentes himalayennes de la vie mondiale actuelle ». Mais, dit-il, il y a « l’incomplétude de la condition humaine et les hommes d’espoir gardent un sens tragique de la vie ». Ma nuit du dimanche 4 février a été en ta compagnie, en compagnie de tes écrits et mes pensées ne quittaient pas ta tombe fraîche en bordure de l’allée.

Voici mis en relief, pour toujours te garder en mémoire, tes engagements, tes doutes, tes inquiétudes, tes certitudes, tes choix, tes espérances, bref, ton génie : la poésie française est dans un état de délabrement et d’essoufflement. Aujourd’hui, les grands noms de la poésie africaine sont infiniment plus significatifs que les poètes français dont on ne peut pas citer un qui soit connu de nos jours. / Dans la poésie, on ne peut pas tricher. Le roman permet de tricher. / Mettre sa gloire littéraire, sa santé, sa liberté, pour défendre une cause. C’est cela l’acte fondateur de ce que l’on appelle intellectuel. Il est plus commode d’être dans la posture de l’opinion que dans celle de la pensée. / L’intellectuel n’est pas celui qui est instruit et est à distinguer de l’universitaire. D’ailleurs, souvent les universitaires ne sont pas de bons intellectuels même s’ils en ont produit d’excellents. / L’intellectuel a une fonction critique (il arrive qu’il se trompe). La condition pour l’être, c’est d’être libre dans sa pensée, dans son écriture, mais également dans son comportement. / La civilisation occidentale est aujourd’hui saturée et n’est pas porteuse d’alternative crédible. / Une civilisation de l’universel repose sur les apports de chacun. Nous, Africains, avons quelque chose à apporter à la civilisation de l’universel. / L’Europe avait le choix entre Descartes et Pascal. Elle a choisi Descartes dans une logique de maîtrise de la nature qui a conduit à un formidable développement technique. Ce choix cartésien a conduit à une perte de spiritualité. Si l’Europe avait choisi Pascal, elle serait dans une autre direction. / Une civilisation commence à mourir quand l’homme ne peut plus rencontrer l’homme. / Si nous voulons faire de l’Afrique une nouvelle Europe, alors, comme le dit Fanon, il vaut mieux confier nos destinées aux Européens. /

Dans un échange avec Babacar Touré, tu écris ,le 13 octobre 2004 : Nous sommes en passe de devenir la 1ère puissance mondiale de la parole. Nous avons érigé, puisque c’est toujours la faute à l’autre, l’irresponsabilité, le renoncement intellectuel et l’affaissement éthiques en vertus. / Les Sénégalais constituent le principal problème du Sénégal… puisqu’il est difficile de demander à l’excellence de se manifester quand sa voix est noyée dans la clameur ; quand elle est tenue en laisse par une médiocrité gluante, reptilienne, prédatrice, lépreuse, intellectuellement trépanée, bruyante, hautaine, dangereusement habile « à habiller son inaptitude radicale d’aphorismes falsifiés et frelatés ». Pourtant, il y a des hommes et des femmes de valeur et de vertu dans ce pays : j’en connais qui sont de purs joyaux et dont j’espère qua la voix croîtra quand la clameur décroîtra. Les Sénégalais sont joueurs, toujours en représentation : « ils jouent à » être patriotes, pieux, honnêtes, penseurs, politiques, travailleurs, intelligents, etc., en florentins impénitents. Ils sont plus attentifs à leurs petits calculs, leurs vastes haines, leurs grandes jalousies, leurs petites mesquineries, leurs grandes manœuvres, leurs petites combines.

Tu poursuis: Personne n’est dupe, mais tout le monde fait semblant. L’important, et nous y sommes passés maîtres, est de contrôler notre image publique, spécialistes que nous sommes du grand écart, au risque de la déchirure musculaire, entre le propos public mensonger et les maladroites vérités de la rue. Ce jeu spéculaire gangrène le pays pis que la pire des plaies d’Égypte.

Non, nous ne sommes pas si beaux que ça, si solidaires que ça, si travailleurs que ça, si fraternels que ça, si patriotes que ça; mêmes les libres-penseurs ont de singuliers oublis. Il y a, par exemple, beaucoup de prieurs dans notre pays : il y en a combien d’authentiquement pieux ? / Notre société est une société violente, d’une violence sourde, diffuse et fielleusement intolérante.

Fourbe et dissimulatrice. Il s’agit de faire volte-face ; de nous faire face. Sans fioriture, ni manœuvre dilatoire. De nous dire la vérité. Cela nous grandirait, cela aurait de l’allure. Nous avons besoin de nous arc-bouter sur des valeurs revisitées, ancrées dans notre histoire. Nous avons besoin de fraternelles utopies et de grands métarécits : nous ne pouvons pas entrer dans la postmodernité en faisant l’économie de la modernité. Notre peuple est un peuple dramatique, au sens hugolien du terme. Son élite est à son image. Entre forclusion, sécularité et extraversion.

Pour sauver le Sénégal, faut-il en venir à privatiser l’État, extrader l’élite et abolir le peuple ? Il faut, ici, être clair : je n’en veux pas à ce peuple mien. Je suis seulement atterré par son refus -dans lequel les responsabilités de l’élite sont grandes- de se faire peuple en intégrant une citoyenneté active et responsable dont l’alternance avait semblé donner quelques lueurs. Ces élites -dont il faut assurément instruire sans complaisance le procès- sont-elles à notre image ou sommes-nous à leur image ? Du haut jusqu’au bas de l’échelle sociale, tout le monde clignote à droite et tourne à gauche, comme nos chauffeurs de taxi et nos cars rapides sans marche arrière ! La société sénégalaise est malade de ne plus savoir d’où elle vient ni où elle va.

A Babacar Touré tu dis : Tu me demandes de te dire ce qui frappe à la porte des générations après nous. Qu’est-ce qui va leur échoir ? Qu’est-ce que nous leur transmettrons ? Je pressens que ces générations courent de graves dangers s’il n’est pas mis fin à cette sulfureuse engeance, si nous ne nous empressons pas « de mettre nos âmes en lieu sûr ».

Dors Hamidou, dors en douceur. De ton héritage nous ferons des graines pour les générations futures. Puissent ton épouse, tes enfants avoir la force de vivre ton absence. Mission ici accomplie si cher ami, si cher frère.

Par Amadou Lamine SALL
Poète
Lauréat des Grands prix de l’Académie française

Le Sénégal est l’un des rares pays africains, aidé de ses partenaires et des parents d’élèves, à prendre en charge à lui tout seul l’essentiel des dépenses en investissement et au fonctionnement du système éducatif. Ses intentions pour l’avènement de l’école de la réussite se mesurent à travers l’augmentation sans cesse croissante et constante des budgets pour l’élargissement de l’accès et le développement de la qualité, les tentatives plusieurs fois répétées d’apaisement de l’espace scolaire marquées par le dialogue et la satisfaction des revendications des syndicats. Il y a lieu de lui reconnaître cette volonté malgré son indulgence dans le suivi/évaluation des actions. Entre temps, le système s’est alourdi. Le croît démographique et les besoins nouveaux expliquent-ils seuls la stagnation de l’école ? Qu’en est-il réellement des difficultés à obtenir l’excellence ?  

La population scolaire a décuplé et a engendré beaucoup de problèmes. Toutes les composantes du système débordent et anéantissent les efforts de l’Etat. Les grèves des syndicats ne facilitent pas non plus la tâche. Le système est surchargé. La situation exige des investissements colossaux et des réponses négociées : la réhabilitation et la création d’infrastructures nouvelles, le renouvellement et l’augmentation d’équipements nouveaux, des ressources additionnelles, le recrutement suffisant de personnels et la satisfaction des revendications.  Toutes ces exigences, l’Etat les endosse, mais éprouve beaucoup de peine à les satisfaire. Les principales réponses se traduisent par des promesses difficilement honorées. Il s’agit de reculer les échéances. Faut-il indexer l’insuffisance des moyens ? Néanmoins, il faut manœuvrer pour réguler et tempérer les ardeurs ou esquisser des réponses. Sa volonté d’affronter les difficultés n’a jamais fléchi, même si le chantier semble inépuisable et se trouve en perpétuel recommencement. Sa conviction demeure inébranlable et se lit à travers les 33% ou 25% du budget national consacrés à l’éducation. L’Etat ne cesse aussi de déployer un plaidoyer auprès des partenaires financiers, pays amis et Ong, lesquels appuient qui en infrastructures, qui dans les évaluations, qui dans les projets, qui dans la confection de manuels, etc. Le Partenariat mondial pour l’éducation (Pme) a financé à hauteur  de 77 milliards l’éducation au Sénégal depuis 2007 (le quotidien «Le Soleil» du lundi 29/01/2018). Ces preuves attestent de la présence massive de l’argent dans l’éducation. Malgré tout, les efforts tardent à être récompensés. La satisfaction des besoins semble un défi impossible. Pourquoi ?

Depuis le début de l’indépendance, les autorités politiques n’ont jamais cessé de démontrer la preuve de leur souci pour l’éducation à travers les différents gouvernements jusqu’à nos jours. Elles ont toujours œuvré à obtenir des consensus sur les grandes questions qui touchent l’école : le perfectionnement du système éducatif et l’enrôlement de tous les fils du pays dans les écoles. Cette volonté se confirme aujourd’hui avec la tenue, à Dakar, le 02 février 2018, d’une grande conférence du Pme coprésidée par les présidents sénégalais et français, Macky Sall et Emmanuel Macron. Il s’agissait de recueillir des fonds à hauteur de 1500 milliards de FCfa, destinés au financement de l’éducation dans les pays en développement.

Le premier président de la République, un homme de culture, a consacré beaucoup d’efforts à la cause. Il s’est évertué à poser les jalons de l’implantation d’une école nationale ouverte aux valeurs de la Nation par l’adoption, déjà en 1961, de la première réforme du système éducatif. Il a très tôt compris que l’école est la voie obligée pour donner le savoir, le savoir-faire et le savoir-être, nécessaires aux ressources humaines pour porter la croissance, créer la richesse et les conditions du développement économique et social. Aujourd’hui, l’accroissement du taux de scolarisation est une réalité palpable soutenue par le peuple et inscrite dans ses habitudes.

Souscription volontaire et populaire
Cette souscription volontaire et populaire à  l’idée de l’école va contribuer à l’énormité de la charge, car la croissance rapide de l’école est devenue incontrôlable. Or, la volonté et l’insuffisance des réponses apportées ne suffisent plus pour gagner le combat de la qualité. L’école est devenue vorace. Elle exige désormais non seulement plus de ressources mais surtout de la persuasion pour gérer la situation nouvelle tout en souhaitant un accompagnement sincère de tous les acteurs.

L’Etat n’a pas fait preuve de témérité dans le contrôle des actions et de ceux chargés d’exécuter ses volontés. Les investissements en faveur de l’éducation auraient eu certainement un impact réel sur le développement de l’école, s’il avait été vigilant. Il ne l’a pas fait et ne le fait pas encore. Les problèmes ne sont jamais bien cernés et les réponses sont toujours précaires. Mises à part les réalisations portées directement par lui, je sous-entends les salaires et l’allocation de crédits pour l’école, tout le reste est problème. Tous les responsables, du sommet à la base, ne jouent pas véritablement franc jeu. A l’heure des comptes, tout semble bloqué. Le système marque le pas, il est éprouvé par les grèves perlées, les mauvais résultats scolaires, les effectifs pléthoriques, les abris provisoires insalubres, les infrastructures dégradées, le mobilier vétuste, le matériel didactique obsolète, l’encadrement défectueux du corps de contrôle, l’insuffisance du personnel, le niveau de qualification faible des maîtres, l’absentéisme et les fêtes nombreuses, etc.

Matérialisation tatillonne
Les Concertations sur les assises nationales de l’éducation et de la formation avaient produit 45 mesures, un conseil des ministres avait choisi 11 décisions à mettre en chantier. A y voir de près, ces décisions ne sont, pour l’essentiel, que du réchauffé. C’est la fameuse répétition des versions. Il suffit de lire entre les lignes les volontés  du Paquet/Ef pour s’en rendre compte. Elles se contiennent dans l’amélioration de la qualité des enseignements-apprentissages : l’élimination des abris provisoires d’ici à 2017, l’articulation de l’enseignement arabo-islamique au système éducatif, la généralisation de la prise en charge de la petite enfance, la formation des enseignants, l’amélioration de la gouvernance. Nous constatons que toutes ces décisions existent et se retrouvent dans les applications du Paquet initié en 2013. Les rares décisions pertinentes et même révolutionnaires, telles que la participation de la communauté à la gestion des écoles, l’implication de l’Islam et l’accès des enfants au préscolaire, trouvent toujours des difficultés à être opérationnalisées. Par conséquent, le problème est dans la matérialisation tatillonne des stratégies d’exécution souvent bâclées, jamais rectifiées, ni évaluées. Mais, au-delà des blocages, de l’inefficacité des solutions et de l’insuffisance des moyens, c’est surtout l’absence de sanctions devant la dilapidation des maigres ressources, les détournements, le manque de coordination et de suivi/évaluation des actions qui plombent le système. 

La réaction en faveur des correctifs nécessaires est toujours retardée à cause des agissements sournois à tous les niveaux de ceux chargés de matérialiser les nobles intentions. Ils manœuvrent pour sauvegarder leurs intérêts au détriment de l’école. Or, la riposte ferme face au gâchis semble ne jamais se produire. Au lieu de cela, l’Etat joue à reculer les échéances en désespoir de cause dû à ses difficultés à situer la responsabilité des échecs et pour éviter de prendre des sanctions. Il faut tenir le langage de la fermeté et avouer la vérité sur l’ampleur de la tâche que notre pays peine à supporter à côté des nombreux défis à relever par un Etat sous-développé et agir en conséquence à la hauteur de la responsabilité.

Mais, les autorités restent évasives sur la rigueur nécessaire au management du secteur. Il n’y a aucun contrôle. Pourtant, entre les solutions préconisées et leur application bâclée, la réalité évidente des échecs est très visible et il n’y a personne pour alerter sur les imperfections. Chaque fois, il faut arriver aux blocages, soit par des grèves contraignantes ou par un constat unanime de la profondeur du mal, le dépit pour réagir souvent dans la précipitation. La conséquence est que les remèdes appliqués ne sont pas ceux qu’il faut pour soigner le mal. On procède par des colmatages pour calmer la tempête avant la prochaine bourrasque. Les autorités étatiques ne s’indignent pas, ni n’interrogent  sur le désastre comme le triste sort réservé au Paqeeb qui n’a eu ni un début et qui certainement n’aura pas une fin. Les projets naissent et disparaissent sans suite.

Imaginer le manque de réaction pour exiger des comptes dans le suivi/évaluation d’engagements non réalisés tout en étant persuadé que les fonds alloués aux collectivités locales pour le compte des écoles ne sont pas reversés, continuer de proclamer la gratuité, préférant le dénuement qu’au rappel à l’ordre de ceux en faute, ce sont là les preuves de la légèreté du contrôle qui entrainent la dégradation des résultats aux examens comme la catastrophe historique d’échec des élèves en 2015 où beaucoup d’écoles dans la seule région de Kaffrine n’ont pas obtenu d’admis au Cfee.

Pourtant, la foi de l’Etat en la mission reste constante et son discours conciliant prouve beaucoup sa peine devant les crises insolubles de l’école. Par obligation morale, il va à des négociations difficiles pour trouver des règlements durables. Cependant, il peine à assumer dignement l’impossibilité de répondre favorablement à toutes les sollicitations. Souvent, il consent dans la douleur certaines doléances. C’est le relèvement tout récent, le 24/01/2018, de l’indemnité de logement des enseignants à hauteur de 12 milliards, alors qu’il avait presque juré de ne pas toucher au régime général des indemnités toutes confondues avant de procéder à des équilibrages pour lever les discriminations. Malheureusement, du bord des syndicats, la ténacité est sans limite et la renonciation à certaines revendications, malgré leur véracité, pour aboutir à des accords dynamiques dans l’intérêt de tous n’est pas à l’ordre du jour. Mais, il le faut, par pitié aux parents qui investissent sur leurs enfants, par respect au droit de ces derniers à l’éducation et par devoir de compréhension d’un Etat confronté à des défis.

Adresser une demande au maire
Pourquoi, avec tant de volonté affichée par les autorités politiques, l’école n’arrive-t-elle pas à sortir de l’ornière malgré les investissements en croissance régulière ?  Une chose reste vraie, l’argent ne va pas au bon endroit, les réformes et les projets mal conçus ne sont jamais évalués correctement. Ce sont des constructions de classes incontrôlées : 5 classes à la place de 7 souvent mal bâties à cause des ententes et de la sous-traitance. Nous savons aussi que beaucoup d’Iden ne reversaient pas entièrement les crédits reçus au profit des écoles comme c’est le cas présentement avec certaines municipalités, de même que plusieurs Ape. Une bonne part des budgets est réservée aux rencontres  des acteurs techniques et financiers souvent en réunions, en séminaires ou au renouvellement de leurs désidératas sans aucune incidence sur la réalité. Il faut se réunir en catimini, se caresser dans le sens des volontés mutuelles, plutôt que d’avouer les carences. A la fin, les conclusions sont rangées dans les tiroirs, loin des décideurs politiques bernés par les beaux discours trompeurs et à l’insu des enseignants ignorés. C’est le lieu de s’interroger sur le rôle des représentants des partenaires financiers qui descendent sur le terrain auprès des exécutants (pendant la revue du Pedef) pour vérifier ou pour évaluer l’impact des activités. Ils renouvèlent les financements alors que les résultats demeurent mitigés. Pourquoi alors les financements continuent-ils de plus belle et les évaluateurs nationaux des projets, complices aussi, ne déplorent rien ?

Pourquoi, pendant les revues des projets déroulés dans les écoles, l’avis des directeurs n’est pas recueilli ou publié ? On a toujours avoué que le système repose sur leurs frêles épaules. Ils sont laissés en rade. Les autorités politiques ne peuvent pas mesurer la portée de leur contribution, alors que leurs supérieurs hiérarchiques dévaluent leurs compétences. De tous ceux qu’on désigne par le terme de directeur, il n’y a que celui qui dirige une école qui ne dispose pas d’un minimum pour faire fonctionner son administration. Pour obtenir une barre de craie, un stylo, un registre ou du papier, le directeur d’école doit auparavant adresser une demande au maire, à l’Ief ou aux parents d’élèves que rien ne contraint à accéder à sa demande, alors que le besoin presse. Il n’y a rien dans les écoles. C’est dans cette ambiance de dénuement absolu que les directeurs dirigent les écoles tout en étant chargés de produire des résultats. Cette exclusion participe à obstruer la vérité.

Ces pratiques posent le problème de l’inefficacité du pilotage du système par les principaux responsables dont les agissements coupables ne permettent pas d’alerter sur les défaillances devenues flagrantes et nombreuses. L’impression est que les têtes pensantes refusent de pointer le doigt sur les racines du mal pour aider l’Etat à s’ajuster. Une situation due certainement aux imperfections d’une administration qui se cherche, qui semble achever la perfection de son système et qui ne s’offre pas des perspectives de renouveau.

Tout compte fait, le mal est évident, mais l’Etat a le devoir de continuer à dialoguer, à proposer des voies de sortie de crise et à trouver les stratégies justes, cohérentes et concrètes de leur réalisation. Beaucoup d’argent sera certes dépensé. Cependant, il devra se débarrasser de cet aveuglement inconcevable qui semble l’habiter. Il ne sent jamais les échecs venir, malgré l’importance des ressources financières avérées et humaines supposées qui l’entourent et qui animent le secteur. Voilà pourquoi les attentes ne sont jamais satisfaites...

Les syndicalistes doivent prendre en compte ce paramètre, faire preuve de compréhension, d’autant que, malgré le non-respect des engagements, le souci pour régler les problèmes est réel et se mesure aux gros efforts budgétaires en croissance soutenue.

* Les intertitres sont de la rédaction

Par Amadou Sy
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L’opposition a encore sacrifié à la basse coutume qui consiste à s’agiter furieusement à l’approche de chaque échéance électorale. La marche tenue durant la fin de semaine pour prétendre défendre la démocratie relève de cette démarche.

En effet, après une longue léthargie, notre opposition a multiplié ses sorties sans incident sur le cours de l’histoire politique du pays.

En ce qui a trait à la manifestation, on a entendu les ténors de l’opposition épiloguer sur le processus électoral et la rétention des cartes d’électeur, entre autres. Ils ont ainsi alimenté cet interminable procès d’intention fait au Président Macky Sall, « soupçonné » de vouloir faire un « hold up électoral ». Ils nous entraînent, pour cela, dans la distraction qui consiste à ériger en priorités des banalités tout en mettant sous le boisseau les vraies priorités du moment.

Aussi faut-il rappeler que, suite à la débâcle aux législatives de 2017, les responsables de l’opposition avaient crié sur tous les toits du monde en demandant l’audit du fichier électoral.

C’est pourquoi le Président de la République, conscient que la démocratie est une construction dynamique, a accédé à la demande de l’opposition, mettant ainsi sur pied le Cadre de concertations sur le processus électoral dirigé par une personnalité neutre.

Refuser, aujourd’hui, la main tendue du Président de la République, c’est se mettre en posture de refus de l’audit du fichier afin d’instrumentaliser la question à des fins électoralistes à défaut d’un programme politique clair.

En vérité, cette revendication relève plus de la psychanalyse que de la politique puisque tous les points de revendication exposés par l’opposition sont pris en charge par le Cadre de concertations sur le processus électoral.

Certes, la démocratie suppose l’existence d’une opposition qui doit non pas détruire pour détruire mais contribuer au renforcement de la démocratie et apporter également sa pierre pour la construction de l’édifice Sénégal.

En revanche, les Sénégalais qui ont investi le Président Macky Sall de la plus haute charge ne sont pas prêts d’accepter que la minorité politique leur impose un agenda politique dont le soubassement est purement électoraliste.

En dépit de cette agitation portée à bout de bras par des gens nostalgiques, ayant à gérer douteusement les biens publics, le Président Macky Sall s’est résolument inscrit dans le temps de l’action. Et rien ni personne ne le détournera de ses objectifs.

Vous et moi savons pourtant que les vraies priorités se rapportent essentiellement à l’émergence « pour un Sénégal de tous, un Sénégal pour tous ».

Les grands travaux de modernisation des infrastructures, l’accès à une éducation de qualité pour nos enfants, la disponibilité des soins de qualité, l’amélioration de la qualité de vie, la lutte contre la pauvreté et la promotion de la bonne gouvernance sont autant de chantiers qui sont érigés en priorité par Monsieur le Président de la République et exécutés en main de maître par son Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne.

En définitive, le Président de la République ne souhaiterait pas voir son élan freiné par des spéculations puériles dont la seule vocation est de confiner notre pays dans une campagne électorale avant l’heure.

Le moment venu, les Sénégalais arbitreront entre ceux qui ne donnent de la voix que pendant la période électorale et ceux qui sont abonnés à l’action.

De toute manière, les résultats obtenus dans le cadre du Plan Sénégal émergent sont très probants et prouvent à suffisance que le Président Macky Sall s’est hissé à la hauteur de l’exigence des Sénégalais qui avaient exprimé, à travers leur vote, leur soif de lutter contre la précarité et contre la vie chère, de réduire les inégalités sociales et le chômage, etc.

Par Hady TRAORE
Coordonnateur fédéral
de la Dse Apr Canada
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C’est avec une grande tristesse que j’ai appris, ce 4 février 2018, le décès du Professeur Hamidou Dia, conseiller spécial du Président de la République du Sénégal pour la culture et l'intégration.

Notre dernière rencontre remonte au 21décembre 2017, à Keur Birago, lors de l’enregistrement de l’émission « Champion » consacrée au président Alioune Badara Bèye. Je me rappelle bien, j’étais assise à la gauche du colonel Moumar Guèye et lui, à sa droite.

Auparavant, le 13 novembre 2017, il m’avait remis le « Prix Cheikh Anta Diop de l’Essai » au nom de l’Association des écrivains du Sénégal (Aes), pour mon ouvrage intitulé « Diagnostic de l’économie sénégalaise 2000/2005 ».

En réalité, nous nous sommes connus en 2008, à la Présidence de la République du Sénégal, lorsqu’il était conseiller en charge de la culture du Président Wade et moi, conseiller en charge de l’économie et des finances. Nous entretenions des relations empreintes d’affection et de cordialité. Son humilité et son intelligence m’ont toujours frappées.

Nous voici, aujourd’hui, orphelins puisque nous cherchons partout son visage candide que nous avons perdu. Il était des nôtres et nous avons perdu cette part de nous même. Le froid et le silence règnent en maître à Keur Birago.

Il restera de lui ce qu’il a donné et semé. Il fut poète, écrivain, brillant philosophe, chroniqueur, critique littéraire, enseignant en France, au Canada et au Sénégal. Sans compter ses nombreuses distinctions honorifiques. Assurément, le Sénégal a perdu un de ses plus brillants intellectuels qui a servi son pays avec abnégation, rigueur et dignité.

Nous pleurons de l’avoir perdu, mais nous ne regrettons pas de l’avoir connu.

Mes condoléances les plus sincères vont à sa famille, à l’Aes et au Président de la République du Sénégal.

Que la terre de Yoff lui soit légère et qu’Allah, dans sa miséricorde infinie, lui réserve une place de choix dans son Paradis « Firdaws ».

Par Marie Bâ AIDARA
Economiste/Ecrivain
Vice-président de l’Association
des écrivains du Sénégal chargée
des relations avec les organismes financiers
Ancien ministre
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En hommage :
-A l’Amitié franco-sénégalaise et ses deux peuples de baobabs,

-Au président ingénieur-bâtisseur, Macky Sall, Baobab de l’émergence,

Le long des flancs caillouteux ou s’échine la fourmi légionnaire,

Sous les dards de ce soleil d’airain plombant les dos calcinés,

Sur ce piédestal ou trônent les bustes de l’éternité,

Ce miroir porte l’ombre des aspirations d’un peuple fort ;

La pierre à l’édifice, l’arbre à la vie, l’œuvre à la postérité !

Reflets de vision: La chaleur d’une glace dégage l’avenir radieux ;

Miroir de splendeur qui mire le dit et le non-dit,

Sacré miroir biface qui révèle présent et futur!

Pureté troublante de ce moi miré d’un cristal qui m’enflamme ;

Demain, déjà demain s’y reflète la rosée de vérité :

Baobabs de tous pays pointez à l’abreuvoir de l’universel ;

Tôt, ce peuple s’est miré dans l’océan du palpable ;

Cap donc vers les cimes sucrées de l’émergence !

Le Cap est vraiment vert de bonne espérance !

Adansonia Digitata de Bombacaceae ! Baobab impénétrable !

Loge sacrée des visionnaires,

Leurs Dieux meurent ; le baobab, mémoire demeure ;

La vérité est œuvre du temps qui coule et s’écoule,

Au-delà des glaces- porte l’audace ;

Phare éclairant, vigie tranquille de la bruyante canopée,

Scrute l’horizon et escalade l’échelle des valeurs !

Dans cet océan de verdure, contemple ton âme ;

Par-dessus l’animal, le minéral et le végétal, appose ton empreinte immuable.

A travers ton feuillage, laisse bruire Eole et ses affidés ;

Dans et sous ton ombre, ni repos ni répit !

Seule la jouissance est au bout de l’effort.

Debout et marche ! L’espoir renait avec force et vigueur

Paix à cœur et à bras ouverts, racines agrippées au ciel, domine serein ;

Et offre-leur à étreindre l’épaisseur de ta circonférence ;

Dans le prisme fidèle, cristallise déjà le visage rayonnant de l’Afrique de demain.

Par Yoro BA
Ecrivain- poête
Ingénieur Chimiste

Le train express régional (Ter) reliant Dakar, Rufisque, Diamniadio, l’aéroport international Blaise Diagne et, dans un proche avenir, Mbour et Thiès, répond assurément à la modernisation des transports ferroviaires et participe, de façon notable, au développement humain durable du Sénégal. Avec un investissement de plus de 600 milliards de FCfa, grâce au concours de partenaires du Sénégal (Bid, Bad, Afd, gouvernement du Sénégal, gouvernement de la France), l’effectivité d’un transport ferroviaire rapide vient à point nommé dans le processus actuel de développement intégré et harmonieux du Sénégal.

En effet, la mobilité, dans les agglomérations des régions de Dakar et Thiès, polarisant pratiquement 40% de la population sur moins de 4% du territoire national, est, à la fois, une demande sociale urgente et une question économique essentielle, au vu des nombreux embouteillages qui font perdre plus de 150 milliards de FCfa par an à l’économie nationale, en plus des effets de nuisance sur la santé publique des populations, sur l’environnement, de risques plus importants d’accidents de circulation et de nombreux autres goulots d’étranglement.

La région de Dakar étant une presqu’île inextensible au point que l’espace pour de nouvelles infrastructures routières devienne nul. Seule la voie ferroviaire s’offre comme alternative crédible et présente un avantage comparatif et compétitif pour relever les défis actuels que pose la mobilité urbaine et interurbaine dans la zone. Nous nous souvenons qu’à son temps, le président Wade avait imaginé la desserte par voie maritime de localités par des bateaux taxis, notamment entre Dakar, Rufisque et Mbour pour résoudre la question de la mobilité. Toutefois, le projet de bateaux taxis reste non viable sur de courtes distances dans une presqu’île, si ce n’est pour la satisfaction de la demande marginale de transport maritime de plaisance sur l’axe.

Avant les années 2000, les moyens de transport dans les pays comme les nôtres étaient moins nombreux et plus collectifs qu’ils ne le sont aujourd’hui avec la surproduction de voitures dans le marché mondial résultant de l’arrivée de nouveaux constructeurs de véhicules comme la Chine, l’Inde, le Brésil ou l’Afrique du Sud. Aujourd’hui, il y a une popularisation de la voiture à la portée du Sénégalais moyen au point que l’immobilisme caractérise quotidiennement le décor de la circulation routière urbaine et interurbaine dans nos grandes agglomérations, réduisant considérablement le temps de travail de la population active.

Si bien que la promotion, la rationalisation et la modernisation des transports ferroviaires dans notre pays permettra, de façon efficace et efficiente, le transport optimal de personnes et des biens, au moins sur l’axe Dakar-Mbour-Thiès où sont concentrés quasiment 80% des structures institutionnelles, industrielles, halieutiques ou touristiques, de service ou de commerce.

La grande innovation consiste de faire rentrer le Sénégal, pour la première fois en Afrique de l’Ouest, dans la civilisation du train rapide à traction électrique avec deux voies à écartement standard pouvant être utilisées en même temps par des trains à traction thermique sur un parcours entre Dakar-Aibd via Rufisque, Diamniadio, extensible à moyen terme jusqu’à Mbour et Thiès, à l’image de l’autoroute à péage. La garantie de temps de parcours et le niveau de confort et de sécurité, répond à la variation sensible à la hausse de la demande de transport et, au report modal dans nos agglomérations engluées dans des externalités négatives liées au transport routier actuel.

La réalisation du Ter permettra aussi la réhabilitation de riches patrimoines historiques de plus d’une dizaine de gares, mais aussi, la restructuration et l’intégration des collectivités locales traversées dans le tissu urbain moderne par de grands travaux d’assainissement avec soixante sept ouvrages d’art et plus de trente passerelles pour la mobilité des populations. Actuellement, les travaux d’érection d’un grand canal longeant la voie ferrée pour assurer la connexion avec les canaux transversaux ceinturant la ville de Rufisque, contribuera assez sérieusement à régler l’épineux problème de l’assainissement dans cette vieille ville et à l’accompagnement du développement de l’occupation foncière et des zones économiques.

Il s’y ajoute la création d’un centre de maintenance et d’une école de formation technologique aux métiers modernes du chemin de fer, participant ainsi à la valorisation du capital humain pour de nombreux emplois induits. Nous assistons, avec la réalisation de ce projet innovant et structurant à une rénovation véritable vers la modernité des chemins de fer du Sénégal dont l’histoire glorieuse aura chevillé la vie économique, sociale, politique et syndicale de notre pays et du Mali, depuis le siècle dernier.

La réhabilitation des chemins de fer du Sénégal est assurément une ouvre colossale révolutionnaire au vu du lien ombilical et du rôle que ce mode de transport peut tisser entre les villes du Sénégal pour consolider l’intégration économique nationale et sous-régionale, notre seule voie de sortie.

Les détracteurs du projet posent souvent des questions d’opportunité résultant de la confusion entre les problématiques urgentes relevant du court terme et dont les solutions sont urgentes et celles relevant du long terme, à l’image de la réhabilitation du Dakar-Bamako qui demande des volumes de financement dix fois plus importants, si on voudrait intégrer l’innovation technologique dans le transport ferroviaire pour être compétitif. Ce sont là de fausses analogies, comme celles qui évoquent la question de l’endettement. Car, s’endetter pour investir dans des projets porteurs, c’est s’enrichir et se développer. Nous saluons la pleine implication de la France dans la réalisation du projet et de son importance marquée par la visite du président Macron de la maison du Ter pour un co-développement véritable entre nos deux pays, unis par l’histoire et la culture.

Par Kadialy Gassama
Economiste
Rue Faidherbe X Pierre Verger
Rufisque

Il est parti comme il a vécu, c'est-à-dire sans les bruissements et les brillances de ces intellectuels égocentriques qui aiment les flonflons exhibitionnistes et les immodesties vaniteuses.

Hamidou Dia était terriblement humble pour un intellectuel fondamental de sa dimension.

Je me délectais goulûment de son exquis commerce intellectuel alors qu'il me promenait dans les méandres éclairés des pensées de Hegel, de Platon et autres Descartes, me guidait à travers les abysses dégagés de Senghor et de Césaire ou quand il m'indiquait les obscurités lumineuses des grandes figures africaines de résistance coloniale pour qui il avait une fascination presqu'obsessionnelle.

A chacune de mes publications, j'attendais et c'était avec une certitude convenue la réaction de cet ainé fécond en idées, généreux en partage intellectuel mais sans concession ni complicité devant la moindre faute ou altération à l'exigence professionnelle.

Hamidou est parti en nous laissant ce que la vanité existentielle, celle du corps, ce dangereux poids qui rive l'homme aux plaisirs fugaces de la vie, ne peut jamais effacer: l'éternelle splendeur de la richesse de l'esprit et des inestimables nourritures que cet esprit peut receler.

De Hamidou Dia intellectuel pluriel, on pourra dire du bien, de tout le bien. De biens et de tous les biens qui n'ont rien de matériel et de matérialiste mais il en restera toujours quelque part l'indicible comme "la nuque est un mystère pour l'œil " pour dévaliser Paul Valéry.

Adieu Grand Hamidou, l'intellectuel total! Que Dieu valide tes prières en t'accueillant dans Son paradis !

Par Soro Diop
Conseiller Communication
Ministère des Affaires étrangères
et des Sénégalais de l’extérieur

Si l’on suit le débat politique dans notre pays, il est frappant de constater que, sur bien des questions, l’opposition fait preuve d’une grave légèreté dans l’analyse. Il en est ainsi au sujet de la croissance. De prime abord, il convient de noter que la plupart des détracteurs du Chef de l’État reconnaissent le taux de croissance officiel, à savoir 6,7 %. À vrai dire, ils n’ont pas d’autres choix, car il serait absurde de contester un chiffre maintes fois confirmé par des institutions extérieures à l’État. C’est donc sur d’autres points que les divagations des contempteurs du régime sont perceptibles.

Le premier, c’est lorsque ces derniers attribuent la croissance aux effets de la politique wadienne et à la chute du prix du baril de pétrole. Il est vrai que ces deux facteurs ont eu des conséquences positives sur l’économie du pays. Toutefois, l’honnêteté intellectuelle aurait dû conduire ces politiciens en perte de vitesse à mentionner le principe de la continuité de l’État et surtout le fait que l’actuel Président ait été l’un des principaux artisans de la réalisation des infrastructures sous Wade. Quoi qu’il en soit, si Wade a légué des éléments d’actif au pouvoir en place, il lui a aussi indiscutablement transmis un passif très lourd. Au résultat, l’opposition doit admettre que la croissance actuelle découle essentiellement des efforts de redressement du pays consentis par Monsieur le Président de la République, Macky Sall. Depuis 2012, tous les facteurs et secteurs déterminants de la croissance ont été réformés, renforcés ou maitrisés. Tel est le cas du foncier, de l’impôt, de la dette publique, de l’agriculture, de l’énergie, des infrastructures, etc. C’est la conjugaison de tous ces éléments qui a facilité l’instauration d’un climat économique propice ayant permis d’atteindre un tel niveau de croissance et de le maintenir sur une pente ascendante.

Le second point sur lequel l’opposition s’enfonce dans le délire concerne les effets de la croissance. Il est, en effet, fréquent d’entendre que la croissance ne profite pas à notre pays dans la mesure où elle demeure portée principalement par le secteur tertiaire qui, pour l’essentiel, reste dominé par des entreprises étrangères. Cette affirmation est une sorte de médication qui cache mal un manque d’imagination. En conséquence, elle doit être repoussée. Auparavant, il y a lieu de souligner qu’aucun opposant ne conteste la nécessité d’attirer les investisseurs étrangers. Et c’est à juste titre, car il est évident que notre croissance ne saurait s’obtenir par la relance de la consommation. Pour une raison simple, de nombreux produits que nous consommons au Sénégal ne sont pas fabriqués dans notre pays. L’on pense, par exemple, à l’électroménager, l’automobile, les machines, etc. Dans ce contexte, vouloir financer l’économie par la consommation, reviendrait à enrichir des pays étrangers. Ainsi, la seule option qui reste demeure l’investissement. À ce titre, l’État consent, depuis six ans, d’importants efforts en investissant, chaque année, plus du tiers de son budget. Mais, chacun sait que cela ne suffit pas pour couvrir les besoins de financement de notre croissance. Dès lors, l’investissement privé apparaît comme une option à considérer sérieusement. De ce point de vue, on notera que le privé national joue déjà un rôle de premier plan. Cependant, ses moyens restent limités ; d’où la nécessité de recourir aux investisseurs étrangers. On remarquera d’ailleurs que les États se lancent, aujourd’hui, dans une compétition effrénée pour capter ces investissements étrangers. Certains allant même jusqu’à se transformer en de véritables paradis fiscaux. Au final, il s’avère que notre pays a bien besoin des investisseurs étrangers. Heureusement, les adversaires du Chef de l’État ont eu la sagesse de le comprendre et de l’admettre.

En revanche, ce qui est inquiétant, c’est comment des hommes politiques qui aspirent à diriger ce pays peuvent-ils, comme des naïfs heureux, soutenir que les fruits de la croissance sont transportés dans les pays d’origine des investisseurs étrangers et que notre économie n’y gagne rien. Il n’est pas nécessaire d’être un expert en droit des sociétés ou de l’investissement pour savoir que cette déclaration demeure insensée.

D’abord, avant de renvoyer quoi que ce soit, les entreprises paient divers impôts sur leurs bénéfices. C’est seulement après cette opération que les dividendes pourront être versés aux actionnaires qui pourront certes les ramener chez eux mais aussi les réinvestir dans notre pays. Le même raisonnement pourrait s’appliquer aux entreprises nationales puisque rien ne garantit que les dividendes versés aux associés seront réinjectés dans notre économie. Ils peuvent bel et bien être investis ailleurs ou simplement épargnés. Tout compte fait, il est impossible d’affirmer, de façon péremptoire, que les retombées de la croissance sont envoyées à l’étranger. Au-delà de ces observations, dire que la croissance n’est pas bénéfique aux populations, c’est méconnaitre les milliers d’emplois créés depuis 2012 et surtout les nombreuses mesures sociales financées justement avec les gains procurés par cette croissance. On peut citer la bonification sur les pensions de retraite, la mise en place et le renforcement des Bourses de sécurité familiale, la Carte d’égalité des chances, la Cmu, la baisse des impôts, l’homologation des prix des denrées de première nécessité, la baisse du prix de l’électricité, etc.

Dans l’ensemble, on s’aperçoit que les critiques sur la croissance formulées par l’opposition, et parfois partagées par certains observateurs, manquent de sérieux et demeurent mal fondées !

Par Dr Momath Ndiaye
Enseignant-chercheur en droit
Coordonnateur de la section APR d’Aix-en-Provence (France)
Membre de la cellule de communication de la DSE-France
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Dans la houle de nos trente ans, les interrogations philosophiques retrouvaient leur consistance dans nos coins de détente parfois interdits aux enfants de chœur.

Rien ne pouvait perturber le flux de nos palabres tant leur écho s’accommodait du vacarme. Mais aussi des odeurs, des humeurs et des couleurs.

Après Latif Coulibaly et Souleymane Jules Diop, à la suite de mon ami Elhaj Kassé, avec le talent en moins, je confirme que Hamidou Dia était évidemment un humaniste accompli. Sa vaste culture l’a ainsi transformé, à son insu, heureusement !
C’est parce que nous avons affaire à un monde des vivants, comme le disait la Grande Royale, que Hamidou et moi abordions les mythes eschatologiques avec beaucoup de passion. Nous partions du Royaume d’enfance de Senghor. Ne plus se rappeler quand c’était. Confondre l’enfance et l’Eden comme si un pont de douceur les reliait.

De nos contorsions intellectuelles sortaient des analogies entre la morphologie du conte et la dialectique ternaire comme grille de lecture des idéologies et des religions.

L’âge d’or ou le paradis perdu à retrouver après les épreuves. De la même manière que la société communiste ne serait que la reconquête du communisme primitif après les épreuves de la lutte des classes qui traverse l’esclavagisme, l’aristocratie, le capitalisme et même le socialisme.

Toujours avec Hamidou, nos vaines tentatives de traduction de textes chantés par Baba Maal comme Macina Toro ou alors « Hey ma jahowo». Oui, philosopher, c’est apprendre à mourir. Le témoignage de ton ami de marabout fut éloquent lors de la cérémonie de levée du corps.

Ah oui, tu as osé lui demander comment mourir en paix alors que lui-même est parmi les vivants. Tu as paradoxalement assimilé la recette. Adieu !

Par Racine TALLA
Journaliste

Hamidou Dia aimait répéter que la mort est le souvenir poussiéreux de la vie. Je répliquais sans cesse que notre vocation est plutôt de méditer sur la vie pour un jour gagner les cimes de l’Immortalité.

Il s’est éteint hier matin, notre frère et ami, Hamidou Dia, et, en ce moment, il gravit les cimes de l’Immortalité. Par son œuvre multiple et riche de mots justes, de jets de lumière et d’éclats de diamant en l’honneur d’un monde de paix et de joie qu’il cherchait tant.

C’est que Hamidou Dia était d’une culture immense, peu commune. Il faut réécouter l’une de ses dernières interventions publiques sur Jérusalem, ville-confluence.

Il connaissait, jusqu’à l’anecdotique, Senghor, Césaire, Damas et tous ceux qui ont porté haut le cri nègre. Il avait une connaissance passionnée de David Diop à la « poésie incandescente » ainsi que tous les poètes du monde noir sur les œuvres desquels il a produit une belle anthologie.

Il était une sorte de dictionnaire de la culture sénégalaise. Féru des traditions artistiques et culturelles haal pulaar, il avait plutôt soutenu un brillant mémoire de maîtrise sur Ndiaga Mbaye qui fut son ami jusqu’à ce que la mort les sépare.

Homme de lettres, Hamidou Dia était aussi familier de la littérature française à travers son histoire. Il était philosophe et avait de la philosophie à travers ses âges une parfaite maîtrise.

Il était poète et romancier et je peux citer Les Sanglots de l’espoir, Les remparts de la mémoire, livres essentiels où le concept, de nature austère, est toujours chargé de subjectivité.

Il était ouvert à tous les souffles avec une capacité inouïe d’être, dans la pensée et l’action, le siège d’une synthèse joyeusement assumée.

Sa vie durant, il a été militant, depuis les années 70, lorsque, très jeune, il rencontre, par le biais de la culture et de l’art, le mouvement maoïste.

Si, avec toutes ces facettes, il n’est pas humaniste, mais alors qui est humaniste?

Voilà pourquoi nous étions là, hier, pour l’accompagner et, « pour l’ultime fois », lui dire, en sa présence silencieuse, toute notre amitié et notre affection.

Je vois ses amis et camarades.

J’aperçois Ousmane William Mbaye, le cinéaste utile.

J’entends son frère Mamadou Dia, la gorge enrouée, submergée de douleur, dire des mots justes, sur le frère disparu.

J’aperçois Thierno Kane, Mallé Kassé, Amadou Kane, Bachir Diop, ses compagnons des années de braise, rêve d’un soir de paix et de bonheur pour notre peuple.

Je vois, charrié d’émotion, mais lucide et concentré, son oncle Cheikh Hamidou Kane, l’immense écrivain.

Je vois ses neveux, Abdoulaye Sow et les autres, ses frères et sœurs, éplorés mais dignes.

J’entends Amadou Tidiane Wone étreint par la douleur dire généreusement sur Hamidou des propos élogieux que je confirme.

Je vois ses collègues de la présidence, ses frères et amis, unis par la souffrance de raccompagner un homme chaleureux et bon. Je vois Baba Maal, le regard perdu dans le flot du temps, pensant sans aucun doute à leur passé commun à Saint Louis et leur séjour en Europe.

Je vois Alioune Badara Beye, président de l’Association des écrivains du Sénégal, très présent pour l’ami et au nom de tous les écrivains du Sénégal.

J’entends la voix étonnée de notre maître, Mamoussé Diagne habité par le doute, parce que, comme toujours, on ne s’y attend jamais. La mort surprend sans cesse.

Je vois sa veuve, inconsolable, parce que Hamidou fut pour elle un père, un ami, un compagnon.

Et je pense à Maimouna et à ses filles qu’il aimait tant, éprouvées mais fortes.

Enfin, j’entends le président Macky Sall rendre hommage à son conseiller qui a renforcé en lui l’amour des arts et des lettres, son frère et ami, écrivain talentueux, intellectuel fécond et, dit-il, « incapable de méchanceté ».

Toi, grand frère et ami, qui m’a tant donné, y compris et surtout la passion de l’écriture, je te dis simplement: Sois en paix dans les instants de l’éternité. Enfin...

Par El hadji Hamidou KASSE

Beaucoup d’acteurs culturels ont toujours considéré qu’en ma qualité d’officier paramilitaire, j’étais plutôt un intrus dans le domaine de la Culture et de la Littérature sénégalaise d’expression française. Le Pr. Hamidou Dia qui vient de tourner le dos à cette vie éphémère, était mieux placé que tout le monde pour démentir ce préjugé sans fondement. En effet, j’ai connu ce jeune élève dans les années 60. Il faisait partie des dirigeants du Foyer Artistique Culturel et Littéraire du Fleuve. Cette association réunissait un grand nombre d’élèves des lycées et collèges de Saint-Louis, la vieille ville française.

J’avais vite fait de remarquer ce jeune homme petit de taille, avec une grosse tête, mais une tête bien pleine, doublée d’une très forte personnalité.

Mon rôle principal dans ce Club culturel consistait à participer à la production d’une émission hebdomadaire de la chaine 3 de Radio Sénégal et qui était dénommée : « Jeunesse et Culture ».

Nous accomplissions cette mission en compagnie du Pr. Babacar Fall « Baker » et Ahmed Yoro Ndiaye le vétérinaire à la belle plume, auteur de la merveilleuse nouvelle : « Diabonkessar le Roi du Blouf ». Le Foyer artistique culturel et littéraire du Fleuve avait désigné Hamidou Dia, Tayfour Diop, devenu magistrat et Madièyna Ndiaye, le généreux détecteur de talents littéraires, pour superviser l’émission à laquelle Hamidou Dia participait parfois à travers ses poèmes de haute facture qu’il lisait de sa voix juvénile.

Après ces années de jeunesse pleines de rêves dans les rues, les lycées, les collèges et maisons des jeunes de Saint-Louis, j’ai perdu de vue l’élève Hamidou Dia. Toutefois, je n’ai jamais perdu l’espoir de le revoir un jour dans les « rendez-vous du donner et du recevoir » que Léopold Sédar Senghor nous a légués.

En effet, trois décennies plus tard, j’ai retrouvé mon petit bonhomme à « Kër Biraago gu bees », siège de l’Association des écrivains du Sénégal. Hamidou était avec Alioune Badara Bèye, Mbaye Gana Kébé, Mamadou Traoré Diop, Seyba L. Traoré, Sada Weindé Ndiaye, Elie Charles Moreau et Amadou Lamine Sall. Entre temps, Hamidou avait obtenu un doctorat à l’Université Laval du Québec. Il était devenu un remarquable chroniqueur, un redoutable critique littéraire, titulaire d’un Ph.D en littérature française et un DEA en Sociologie.

Il avait profondément étudié Senghor et contribué à une meilleure compréhension de son œuvre et de ses messages à travers le Monde. C’est donc avec juste raison que le Pr. Hamidou Dia a été élevé au rang de Citoyen d’honneur de Joal, la ville natale de Léopold Sédar Senghor.

Le palmarès littéraire du Pr. Hamidou Dia est d’une richesse impressionnante : On y trouve des œuvres de haute facture : Les Sanglots de l’espoir ; le Serment ; Kumbi Saleh ou les pâturages du ciel ; les remparts de la mémoire ; Poètes d’Afrique et des Antilles ; Poésie africaine et engagement et j’en passe.

Nul ne saurait oublier les admirables documentaires consacrés à de grandes figures des arts et de la culture de notre pays, tels que : Ndiaga Mbaye, le maître de la parole ; Kalidou Kassé, le tisserand de la toile ; Aminata Sow Fall, la gardienne du temple ; De Karim à Batouala… Je ne voudrais pas m’arrêter sans rappeler que le Pr. Hamidou Dia a reçu le prestigieux Prix du Jasmin d’Argent de la poésie francophone. Il était également Chevalier de l’Ordre national du Lion et Prix d’excellence de la meilleure thèse de l’Université Laval.

A l’occasion de son oraison funèbre, le président Macky Sall a véritablement raison de nous rappeler que le Pr. Hamidou Dia était « un homme dépourvu de méchanceté ». Le Ministre Abdou Latif Coulibaly a également vu juste en qualifiant Hamidou Dia d’écrivain « fécond, talentueux, rigoureux et productif ».

Le Président Alioune Badara Bèye a bien raison d’affirmer que notre confrère Hamidou était « le relais infatigable entre la communauté des écrivains et le Président de la République ».

Hamidou a rejoint le royaume des morts ! La République lui a rendu un hommage mérité. Le Fouta, par la voix pleine d’émotion du ministre Amadou Tidiane Wone, lui adressé ses éloges et le Sénégal l’a gratifié de ses plus ferventes prières.

Pr. Hamidou Dia, la mort a emporté ton corps frêle et fragile, mais cette mort n’effacera jamais ton œuvre immortelle !

Hamidou cher frère ! Qu’Allah (SWT) Soit Satisfait de toi et te reçoive dans les jardins fleuris de Jannatul Firdawsi !

Par Moumar GUEYE
Ecrivain
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Si l’on regarde du côté de l’histoire, l’invention de la radio est une œuvre collective majeure du 19è siècle, qui part de la découverte des ondes électromagnétiques, de l’invention du télégraphe, et aboutit au premier matériel utilisable pour communiquer sans fil. Le physicien italien, Guglielmo Marconi, est considéré comme le père des transmissions par radio ou par télégraphe sans fil bien qu’il se soit inspiré des découvertes de ses nombreux prédécesseurs, tels que Hertz, Popov, Branly et Lodge.

Ces découvertes successives ont permis un nouveau mode de communication qui est toujours d’actualité aujourd’hui. A cette époque, il s’agissait de considérer qu’en s’appuyant sur les ondes magnétiques et la diffusion de ces ondes, les hommes pouvaient communiquer entre eux, malgré les fuseaux horaires et les espaces géographiques.

Ce nouveau mode de transmission et de communication a d’abord servi à l’armée pour les stratégies de guerre avant d’atteindre les foyers pour recevoir les actualités ou encore écouter de la musique. Puis la TSF (Télégraphie sans fil) a permis à chacun de recevoir des informations à la maison puis de transporter ces discours au moyen d’un transistor, petit, léger et portable, l’ancêtre des nouvelles technologies que nous connaissons aujourd’hui. Mais, au-delà des aspects techniques et de la science, il est intéressant d’observer que la radio est un moyen extraordinaire de l’expression et de l’échange. Car l’expression orale, la parole, le discours sont au cœur de la vie des apprentissages premiers et des relations humaines et sociales.

Aujourd’hui, au 21ème siècle, tout le monde a accès à la radio, à la condition d’avoir une connexion Internet. On peut écouter la radio diffusée par les médias journalistiques classiques mais également le web radio, que l’on pourrait comparer au système des radios libres nées dans les années 1980 en France notamment. Cela a permis, par exemple, de diffuser des programmes radio dans des zones qui n’étaient auparavant couvertes par des ondes magnétiques ou hertziennes. On sait également qu’avec le développement des nouvelles technologies, tout internaute, donc tout citoyen un peu expérimenté des outils numériques, peut créer une radio de diffusion.

Cette nouvelle émergence technologique permet une autre manière d’appréhender la communication. C’est une ouverture plus démocratique à la prise de parole, à l’opinion, à la réflexion, au débat, et de fait à une forme de citoyenneté participative à la fois individuelle et collective. Chacun, s’il en a envie, a le moyen de s’exprimer dans un domaine qui l’intéresse et qu’il a envie de transmettre.

Le podcasting, par exemple, est le moyen d’écouter, en toute autonomie, un programme que l’on a choisi et qui renforce de manière symbolique ce sentiment de liberté de l’écoute radiophonique. C’est pourquoi, je pense qu’il est nécessaire de saisir cette incroyable révolution pour conduire une citoyenneté renouvelée au sein de nos espaces. Les moyens de communication et les technologies nouvelles sont au cœur du 21ème siècle, mais ces intelligences virtuelles ne sont que des outils. C’est la philosophie humaine qui doit faire en sorte de donner du sens de produire, des fonctions pédagogiques à travers un mode communicationnel qui dit, qui explique, qui informe, qui dénonce parfois et qui renforce les liens humains. La radio numérique, et par delà la prouesse technologique, est l’un de ces outils qui enrichi les savoirs, la démocratie et la citoyenneté.

C’est pourquoi, je suis de ceux qui pensent que l’expression radiophonique est un moyen formidable de diffuser nos connaissances, notre pensée, notre histoire, notre articulation sociale dans le langage qui est le nôtre, pour conduire non seulement la renaissance culturelle mais également pour faire naître une nouvelle citoyenneté africaine.

Par Dr Yacine DIAGNE KANE
Enseignante/ chercheur
Chef du département radio au CESTI / UCAD

Monsieur le président Macron, n'écoutez pas le président Wade à propos de Saint-Louis : ses tâtonnements dévastateurs et empiriques sont la source de tous nos maux.

Notre belle et pluri-centenaire ville de Saint-Louis, centre de l'élégance et du bon goût, ancienne capitale de l'Afrique occidentale, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, se meurt, menacée qu'elle est aujourd'hui du fait certes du changement climatique et de la montée des eaux y relative, mais aussi par les tâtonnements dévastateurs et empiriques d'un homme : le président Abdoulaye Wade.

Monsieur le président Macron, vous avez été sensible au plaidoyer du maire et du peuple de Saint-Louis, porté par la voix du président Macky Sall, ici et ailleurs, et avec lui, vous avez tenu à inscrire dans l'agenda de votre visite officielle au Sénégal, en ce début du mois de février 2018, un déplacement sur les lieux pour voir, apprécier, évaluer et compléter par un soutien financier substantiel de la France, l'effort continu du Chef de l'Etat du Sénégal engagé dans l'urgence depuis 2016.

Saint-Louis, dans sa diversité, vous a accueilli triomphalement et vous exprime, à vous et au Président Macky Sall, toute sa reconnaissance.

Si j'ai tenu à vous alerter face à cette générosité intellectuelle soudaine de notre ancien président-consultant vis à vis de Saint-Louis, c'est que son action sur ce point précis de la lutte contre l'érosion côtière qui installe notre ville dans un processus irréversible de destruction, a été davantage le "problème" que la "solution".

Faudrait-il rappeler que la vieille ville coloniale, comme vous avez pu vous en rendre compte de visu, a été bâtie sur une île de l’estuaire du fleuve, protégée naturellement contre l'assaut des vagues de l'Atlantique par une très étroite bande de sable dite la Langue de Barbarie.

Par son étendue sur une trentaine de kilomètres vers le sud de la ville, la Langue de Barbarie présente le désavantage d'empêcher une évacuation rapide des eaux du fleuve lors des grandes crues conséquentes aux saisons des pluies fortement excédentaires. Ceci s'est encore vérifié lors des inondations fluviales qu'a connues Saint-Louis en 2003. Le président Wade assurait en ce temps-là la magistrature suprême de notre pays.

En 2003, dans un grand affolement, survolant la ville, Wade n'a pas trouvé mieux qu'à faire réaliser artificiellement une ouverture par le biais d’un canal de 4 m. La conséquence fut désastreuse, cette brèche de 4 m en 2003 s'est élargie de manière spectaculaire pour atteindre présentement une largeur de 7 km et devenant, dès lors, une nouvelle embouchure.

En fait, les différentes « embouchures » (phénomènes de barre) qui se formaient, au gré des forces énergétiques, d’un côté et de l’autre de la Langue de Barbarie, de l’océan et ses vagues et houles, du fleuve et ses courants et crues, se faisaient de manière naturelle et silencieuse.

"La ville est désormais en tête d’estuaire : le marnage a fortement augmenté et les niveaux d’eau du Sénégal sont de plus en plus calqués sur le rythme des marées. Or, la cité émerge à peine au-dessus du niveau des plus hautes mers actuelles. Elle devient donc plus vulnérable à une augmentation, même modérée, du niveau moyen de la mer", comme le décrit si bien cette étude scientifique des professeurs Paul Durand, Brice Anselme et Yves-François Thomas, menée en relation avec leurs collègues Alioune Kane et Bachir Diouf, de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Je voudrais donc vous demander solennellement de ne point donner suite aux propos fantaisistes de cet ancien président, consultant international en tout, qui fait un commentaire sans aucun argumentaire technique et fait une comparaison entre la Commune de Saint-Louis qui est sur la Grande côte et celle de Popenguine, située sur la Petite côte.

Excellence, nous, populations de Saint-Louis, vous remercions de votre déplacement pour venir constater de vous-même les conséquences de l'érosion côtière et attendions avec impatience la mise en œuvre diligente des engagements de Saint-Louis qui viendront renforcer le budget de quatre (4) milliards de FCfa engagé par le Président Macky Sall comme mesure d'urgence depuis déjà deux ans.

Très haute considération.

Par Honorable Députée Aminata Guèye
Présidente de la Commission de la Santé,
de la Population, des Affaires sociales et
de la Solidarité Nationale
Assemblée nationale du Sénégal

INTRODUCTION
Le système éducatif africain fait, aujourd’hui, face à des exigences, à des défis et à des potentialités immenses. Les marchés de l’emploi évoluent rapidement et le chômage des jeunes, des adultes et le désengagement social font partie des préoccupations pressantes auxquelles sont confrontés presque tous les pays africains. Dans presque tous nos pays, les Etats et les différents acteurs attendent du système éducatif qu’il réponde aux multiples priorités du développement social et économique, qu’il s’agisse de l’insertion professionnelle ou de la réduction de la pauvreté, de la sécurité alimentaire ou de la cohésion sociale, de la croissance économique ou de la compétitivité.

Dans des contextes de chômage et de sous-emploi chroniques, les jeunes, eux-mêmes, exigent davantage de possibilités d’éducation et de formation qualifiante et une plus grande pertinence de l’enseignement et de la formation face au monde du travail. Les employeurs demandent une gamme et un niveau croissants de qualifications et de compétences combinant des compétences techniques et interpersonnelles.

Malgré les efforts réalisés, depuis plusieurs décennies, au sein du système éducatif, trop peu de jeunes et d’adultes sont, aujourd’hui, en mesure d’acquérir les compétences, les savoirs et les attitudes dont ils ont besoin face aux transformations actuelles du monde du travail. En outre, une grande part du système éducatif actuel s’articule mal avec les exigences du marché du travail et le système éducatif ne contribue pas autant qu’on pourrait l’attendre aux besoins du développement socioéconomique. Bien que conçus pour soutenir la mobilité sociale, certaines politiques, certains systèmes de management et certains programmes du système éducatif limitent les perspectives des apprenants et renforcent les inégalités sociales.

Evidemment, le niveau d’éducation, de formation et de qualification de la population active conditionne le potentiel de croissance et de développement d’un pays. Cette affirmation, qui ne fait l’objet d’aucune remise en cause, confère au financement du système éducatif une forte légitimité.

Cet aspect du système éducatif est actuellement d’autant plus crucial que les mutations du marché du travail, dans un contexte d’évolution rapide des techniques de production, de management, des technologies de l’information et de la communication et de renouvellement démographique, lancent un défi majeur au système éducatif, appelé à fournir, à court et moyen termes, à l’économie les compétences nécessaires au dynamisme de la croissance et de l’emploi. Le défi n’est pas nécessairement relevé à l’heure actuelle au niveau de notre continent et dans de nombreux pays en développement.

L’Afrique est donc en plein questionnement sur l’intégration optimale de son système éducatif dans une économie concurrentielle, en recherche d’efficacité, de modernité et de mise à niveau, et qui souhaite apporter des réponses durables aux crises actuelles.

Le système éducatif et l’employabilité, le financement de l’appareil éducatif ainsi que la gouvernance sont les trois principaux défis persistants de notre système global éducatif par rapport à la problématique de l’insertion professionnelle et de la citoyenneté.

Notre système éducatif apparaît encore insuffisamment attentif aux besoins des entreprises. Et même si les mentalités évoluent, le monde éducatif et le monde professionnel se présentent bien souvent comme deux univers séparés.

En effet, le système éducatif africain ne parvient pas à conduire tous les jeunes qui lui sont confiés à l’acquisition des compétences de base indispensables pour évoluer et se former tout au long de la vie et un diplôme ou une qualification leur assurant une transition aisée vers l’emploi.
Les approches visant à renforcer un financement pérenne, efficace et efficient sont notamment les suivantes :
• D’abord, procéder à un ciblage stratégique des publics apprenants, car les ressources financières sont structurellement limitées ;
• Ensuite, trouver des moyens permettant de mobiliser les meilleures ressources financières possibles pour le système éducatif, y compris les contributions des donateurs internationaux et des bénéficiaires de l’éducation ;
• Enfin, optimiser, dans des contextes particuliers, le pilotage et la capacité à rendre compte des mécanismes de financement du système éducatif.

La question fondamentale de la gouvernance du système éducatif mérite d’être posée.
Les États, les collectivités locales, les établissements publics, les centres d’enseignement public et privé, les associations, les organisations professionnelles, syndicales et familiales ainsi que les entreprises concourent à l’assurer. En effet, le système éducatif est régi par une pluralité d’acteurs sans réelle hiérarchisation de leurs responsabilités respectives. Le problème majeur reste désormais celui de la bonne articulation entre les différents acteurs. Et cette conjonction doit, d’une part, corriger le manque de lisibilité, car de nombreux sujets sont partagés entre plusieurs intervenants, et, d’autre part, les disparités dans la prise en charge.

Aussi, les régions sont confrontées à la logique des statuts et des financements et, d’une manière générale, au manque de porosité du système.
Pour faciliter l’insertion professionnelle, la conceptualisation du système éducatif pourrait y inclure : l’« apprendre à être », l’« apprendre à vivre ensemble » ainsi que, plus traditionnellement, l’« apprendre à connaître » et l’« apprendre à faire ».

Les objectifs suivants doivent être poursuivis pour promouvoir :
• L’accroissement du taux de qualification professionnelle au sein de la population ;
• La mise sur le marché du travail de ressources humaines qualifiées correspondant aux besoins du secteur productif et de service ;
• Le savoir-agir, l’employabilité, l’adaptabilité et la créativité chez les jeunes.

Sur ce, nous faisons les huit propositions ci-après :
Proposition 1 : Passer d’une orientation subie à une orientation choisie, condition d’un parcours réussi en généralisant la découverte des métiers au collège et même au primaire, en « professionnalisant » les acteurs de l’orientation en vue de renforcer leur ouverture sur le monde professionnel ; en informant sur les débouchés : un devoir de transparence et de vérité (vers quel secteur il vaut mieux que les apprenants se dirigent pour être le plus en adéquation avec les demandes du marché du travail ?)
Proposition 2 : Réduire le nombre de jeunes sortants sans « bagage » de formation initiale : un « enjeu d’intérêt universel » :
Un impératif préalable : garantir la maîtrise des savoirs de base

La problématique de l’illettrisme : proposer des actions adéquates à large assise
Prévenir les « sorties précoces » : diversifier les parcours de réussite
La nécessité de proposer des parcours plus diversifiés aux élèves qui ne sont pas à l’aise au sein d’un système éducatif qui privilégie l’abstraction à une approche plus concrète des savoirs.
Une meilleure valorisation, dans les cursus scolaires, des activités valorisant le « geste », notamment les activités manuelles, sportives ou artistiques.
Renforcer les moyens de suivi à la sortie du système éducatif : repérer et accompagner.
Proposition 3 : Offrir une « deuxième chance » d’accès à la qualification : ouvrir les frontières de la formation initiale vers la mise en place d’une « formation qualifiante différée ».
Proposition 4 : Renforcer l’attractivité des filières professionnelles
Nous devons, enfin, comprendre que l’alternance est la « forme naturelle » de la formation professionnelle initiale. Reconnaître les vertus de l’entreprise « formatrice », l’intérêt de l’insertion par l’entreprise. Réconcilier « apprendre » et « travailler ».
Instituer un « statut du lycéen professionnel»
Construire des parcours plus souples et itératifs
Proposition 5 : « Imbriquer » le système éducatif- volet enseignement général- et le monde de la formation professionnelle
Les établissements scolaires et universitaires : un potentiel à valoriser pour initier, réformer ou développer, selon le cas, l’apprentissage.
Professionnaliser les études universitaires
Articuler l’offre de certification aux besoins de l’économie : clarifier et évaluer
Proposition 6 : Centrer plus efficacement l’Etat sur la mission d’assurer, sur l’ensemble du territoire, l’équité du système éducatif.
Proposition 7 : Au niveau de la région ou du département, selon le cas, mettre en cohérence avec la politique de décentralisation.
La région ou le département pourrait être le chef de file de l’ensemble des acteurs de la formation.
Définir des orientations claires, précises et cohérentes
La mise en œuvre dans un espace pertinent, par exemple le bassin d’emploi
Proposition 8 : Lever les freins matériels à l’accès à l’éducation en dynamisant l’appareil de formation initiale et continue des services public et privé en diffusant les bonnes pratiques et les expérimentations réussies.

CONCLUSION :
La question de la gouvernance et du pilotage doit être au centre de nos politiques éducatives. Il est également nécessaire de mobiliser la communauté éducative (familles, élèves, enseignants, personnels administratifs), afin de mieux informer les élèves et les familles sur les métiers qui recrutent et les différentes filières de formation. A ce titre, la généralisation de « l’orientation concertée », réunissant l’ensemble des acteurs précités, permettra de choisir en connaissance de cause. La structuration et la mise en réseau des services d’orientation doivent être entreprises. Au-delà de la professionnalisation des acteurs de l’orientation, il est indispensable qu’une coordination existe entre les différentes structures, pour une meilleure information conseil aux personnes.

La décentralisation vers les régions de l’ensemble des services d’orientation devra être entreprise afin d’assurer un service global d’orientation décentralisé. Des réformes doivent être entreprises pour rationaliser et optimiser les financements de l’éducation et de la formation. Il faut poursuivre le paritarisme, le dialogue social et la négociation.

Enfin, le rôle des États doit être centré plus efficacement sur leur mission d’assurer, sur l’ensemble de leur territoire, l’équité du système éducatif. Ils doivent assurer l’équité sur les principaux axes de réforme de la politique éducative et de formation, à savoir le lien avec l’emploi et la formation, l’accès à l’éducation et à la formation, l’efficacité de l’appareil éducatif et de formation et la rationalisation des circuits financiers.

Un État doit être garant de l’équité sur le plan national en lançant et en animant les débats concernant les objectifs de la politique éducative, en mobilisant les instruments normatifs et de contrôle qu’il possède, en contractualisant des objectifs et des moyens avec les régions.
L’évaluation annuelle des politiques éducatives doit être une nécessité.

Enfin, bien que les perspectives liées à l’économie et à l’équité soient toujours valides, une perspective liée aux transformations semble, aujourd’hui, indispensable pour que l’éducation et la formation ne privilégient plus les besoins à court terme de certains groupes, mais répondent désormais aux besoins de compétences à long terme de tous les jeunes et de tous les adultes, ainsi qu’à ceux des générations suivantes.

La perspective liée aux transformations peut aider à concevoir des mesures politiques adaptées au contexte. Les individus des sociétés et des économies d’aujourd’hui et de demain ont le droit d’être préparés au changement, de bénéficier équitablement de l’apprentissage relevant de l’éducation et de la formation et de voir cet apprentissage reconnu par les autres. La conceptualisation du système éducatif doit, par conséquent, évoluer. L’« apprendre à être » et l’« apprendre à vivre ensemble », de même que l’« apprendre à connaître » et l’« apprendre à faire » doivent constituer le nouveau socle de tout système éducatif, pour que tous les jeunes puissent bénéficier, aujourd’hui et demain, de compétences pour leur travail et pour leur vie.

Par El Hadji Ibrahima MBOW
Membre du Cese
Professeur des Grandes Ecoles
Chercheur à la Faculté des Sciences économiques et de gestion
Laboratoire Focs Faseg Ucad
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En adoptant la stratégie « Sénégal numérique 2025 », notre pays fait un pas vers la prise en charge politique de l’opportunité d’accélération du développement et d’intégration mondiale qu’offrent les technologies de l’information et de la communication (Tic) dans un monde de l’information et de l’économie de la connaissance. Le Plan Sénégal émergent (Pse) et sa mise en œuvre créent un environnement et un cadre indispensables au développement du numérique.

Pour atteindre ses différents objectifs, le Pse devra toutefois tirer profit des atouts du Sénégal dans le domaine du numérique en favorisant l’éclosion massive de services qui en découlent : instruments de production de valeurs ajoutées, outils de création et de production massive d’innovations, supports de création d’entreprises ou de modernisation de celles-ci. En effet, une bonne maîtrise du numérique, sous tous ses aspects, participe à asseoir notre sécurité nationale et notre souveraineté. Le choix du numérique est à relier avec le développement de l’énergie solaire et des énergies renouvelables, de manière générale, et sa disponibilité partout sur le territoire national. En définitive, le numérique est une opportunité à faible coût et à courte durée d’incubation pour construire une économie basée sur la maîtrise des compétences, le développement et l’utilisation de connaissances de pointe. Cette économie moderne s’appuie nécessairement sur une jeunesse compétente, dynamique et créative qu’il faut accompagner. C’est une économie à fort potentiel d’utilisation massive de main-d’œuvre qualifiée. L’éducation, la formation professionnelle et technique, l’enseignement supérieur, la recherche, la science, la technologie et l’innovation constituent la base incontournable de la création massive de ce capital humain de type nouveau. L’éducation et la formation sont d’ailleurs transformées par le numérique qui permet de renforcer la qualité, d’élargir et de démocratiser l’accès, de parfaire l’équité, de réduire les inégalités et surtout de lever les contraintes d’éloignement des grands centres urbains ou d’isolement d’un pays, permettant ainsi d’asseoir l’équité territoriale. Le piège le plus dramatique pour un pays en développement est de penser construire une économie basée sur le numérique par l’importation d’applications, de savoir-faire, d’expertises ou d’équipements entièrement conditionnés, sautant ainsi l’étape essentielle de la conception-apprentissage-application-production-consommation sans laquelle peu d’expertise nationale se construit et aucune économie nationale ne serait durable. Les pays africains tombent souvent dans le piège des offres, avec facilité de payement, provenant de pays souhaitant aider leurs entreprises expérimentées à écouler leurs produits.

Dans ce monde où la science et la technologie sont particulièrement au cœur des processus, des équipements et infrastructures, des innovations, des services et des relations entre les Gouvernements et les peuples, il est certes difficile d’être indépendant en tout.

Cependant, il est tout à fait possible de choisir les partenariats en rapport avec les priorités de notre économie, les besoins de notre société et les potentialités de notre culture. Quelques domaines à fort impact économique, social et culturel dans lesquels le pays décide d’exceller et ainsi d’être, à l’horizon d’une génération, dans le top ten mondial. Ce choix a un impact sur tous les secteurs de la vie nationale. Il faut très rapidement réaliser et dépasser la question de la dématérialisation qui devrait être un espace privilégié d’application du concept conception-apprentissage-application-production-consommation pour aller résolument vers la création de startup, de Pme et de Pmi dont les produits sont le fruit d’innovations scientifiques et techniques. Ce défi est largement à la portée du Sénégal.

Au moment où la voiture autonome, la voiture robot, la voiture « intelligente » ou tout simplement la voiture sans chauffeur arrive sur les marchés des pays développés, que sont testés des robots pouvant remplacer le personnel d’accueil ou imiter les personnes de compagnie, l’Afrique ne peut plus se permettre de laisser ses femmes passer l’essentiel de leur temps journalier à s’éreinter dans des travaux pénibles dont la finalité se résume à manger, laver le linge, boire de l’eau potable, labourer le champs, s’éclairer, se soigner, traire les vaches, garder le troupeau, etc.

Le pilotage automatisé d’une exploitation agricole, le rétablissement de l’autonomie des personnes souffrant d’un handicap, la surveillance des troupeaux, l’automatisation du ramassage et du traitement des ordures, l’automatisation de la cueillette des fruits, la téléconsultation et la télé-intervention, le contrôle et la surveillance routière et des frontières, la promotion du tourisme, l’administration de médicaments, etc., sont autant de services et d’activités qu’il est possible d’assurer avec de meilleurs rendements et efficacité par des robots. L’imagination des jeunes va au-delà de ces exemples très simples. Soutenus et surtout formés, ils sont en mesure d’intégrer le Sénégal dans le club des pays numériques. Le numérique n’est pas une discipline solitaire, encore moins un ensemble de disciplines scientifiques classiques comme l’informatique, les télécommunications, les mathématiques, l’automatique. En fait, la force du numérique est l’interaction qu’il favorise avec d’autres disciplines pour résoudre certains problèmes, diagnostiquer, produire des applications, des objets avec une certaine autonomie et des robots capables, dans certains cas, de dépasser les performances de l’être humain. Le monde s’est engagé inexorablement dans cette voie. L’Afrique sera-t-elle encore le continent absent et qui constatera son lâchage du peloton des continents et pays émergents ? Ce qui se trame dans les laboratoires et dans les ateliers des institutions d’enseignement supérieur et de recherche et dans les entreprises, ce qui est en train d’être conçu par des startup, des Pme et des Pmi, ce que les armées, en toute discrétion, créent sous la couverture du code « classifié », est mille fois plus puissant, plus dangereux et surtout plus décisif. L’Afrique doit se donner les moyens d’avoir le choix : faire ou ne pas faire. Le continent n’aura véritablement le choix que s’il détient les compétences, l’expertise et l’environnement infrastructurel lui permettant d’entreprendre, en toute autonomie, des projets numériques d’envergure mondiale au service des Africains. Certaines questions comme le clonage ne relèvent plus de films ou de romans de science-fiction. Entre éthique et curiosité malsaine, le pas est vite franchi d’agir sur les bactéries, les virus, les cellules, les êtres vivants tels les plantes, les animaux et …l’être humain ! Les plus faibles, les plus démunis en seront alors les victimes désignées. Sommes-nous sûrs de la nature, de la qualité et de l’innocuité des produits alimentaires que nous importons et consommons quotidiennement en tout insouciance ? Plus la génétique moléculaire progressera, plus il nous faudra combiner des moyens biologiques et numériques puissants et sophistiqués pour apporter des réponses irréfutables à ces risques vitaux.

Le choix du Président de la République, Son Excellence Monsieur Macky Sall, de créer la Cité du Savoir dans la nouvelle ville de Diamniadio est une réponse sénégalaise à cette lancinante question qui interpelle toute l’Afrique : prendre le départ pendant qu’il est encore temps ! La Cité du Savoir est un espace de concentration des meilleurs cerveaux sénégalais et africains avec leurs partenaires pour construire les connaissances et créer les innovations dont le Plan Sénégal émergent a besoin. Elle est bâtie sur une superficie de quatorze hectares réparties en cinq pôles : gouvernance, recherche-innovation-transfert de technologie-incubation, apprentissage et formation, promotion de la culture scientifique et services. Elle recevra des équipements scientifiques et techniques lourds pour permettre à nos chercheurs et nos enseignants-chercheurs de ne plus avoir besoin d’aller dans des laboratoires étrangers pour faire leurs travaux avec comme conséquence le renforcement, par leurs publications, du classement de ces universités étrangères au détriment des nôtres. Le déplacement à l’étranger de nos chercheurs et enseignants-chercheurs présente d’importants risques quant à la protection et au bénéfice de la propriété intellectuelle des résultats de leurs recherches.

Plusieurs plateformes mutualisées regroupant des équipements lourds sont en cours d’études et certains de ces équipements sont déjà acquis. Les équipements du Centre de microscopie électronique sont acquis, de même que ceux du Centre de biotechnologie végétale. La plateforme de génétique moléculaire est en cours de dimensionnement avec nos partenaires de l’Université d’Evry. Elle comprendra une partie service et une autre recherche. Le Sénégal a acquis le supercalculateur d’une puissance de calcul de 537,60 Tflops crête, le plus puissant d’Afrique après celui de l’Afrique du Sud, grâce à un financement de la Banque publique d’investissement (Bpi) de France. Il sera livré par l’entreprise Atos, courant 2018, et installé à la Cité du Savoir, précisément au Centre de mutualisation et de partage (Cmp), le cœur du système d’information du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Un centre de fabrication de microsatellites sera aussi installé à la Cité du Savoir dans le cadre d’un partenariat avec ArianeGroup. La combinaison de la plateforme de génétique moléculaire et le supercalculateur permettra, par exemple, de pouvoir très rapidement déterminer, sur place, si une farine de blé importée est issue de plantes génétiquement modifiées ou pas, d’établir des liens de paternité, d’identifier un individu présent dans un endroit donné, de diagnostiquer certaines maladies, etc. D’autres plateformes de recherche sont en cours de discussion avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (Aiea).

L’acquisition du supercalculateur permettra également au Sénégal de construire une masse critique de Licences, de Masters et de Doctorats dans les domaines de pointe de l’économie du savoir du vingt-et-unième siècle. Le modèle sera le Master interuniversitaire sur les énergies renouvelables qui est un Master commun entre les Universités de Thiès, Gaston Berger de Saint-Louis, Alioune Diop de Bambey et Assane Seck de Ziguinchor et l’Ecole polytechnique de Thiès. Les filières choisies sont : l’intelligence artificielle, le Big Data, la cybersécurité, la robotique, la génétique moléculaire, le calcul scientifique, la modélisation et la simulation numérique. D’autres filières sont en cours d’étude comme, par exemple, les nanotechnologies et les données satellitaires. Un centre d’excellence en simulation numérique est également prévu. Durant leur formation, les étudiants bénéficieront de stages en France. Le supercalculateur constituera un cadre de partenariat entre les institutions sénégalaises de formation, de recherche, les entreprises sénégalaises, certaines administrations et les chercheurs, les enseignants étrangers venus travailler avec leurs collègues sénégalais dans ce projet de formation, de recherche et de service. Les diplômés seront formés à l’entreprenariat et certains d’entre eux pourront lancer leur startup dans l’incubateur de la Cité du Savoir. La réception du Centre de mutualisation et de partage est prévue au mois de mars 2018.

La Cité du Savoir va aussi accueillir, sur un espace de deux hectares, un démembrement du Campus universitaire franco-sénégalais.

En plus du Cmp, plusieurs infrastructures sont en construction, à savoir l’Institut supérieur d’enseignement professionnel (Isep) de Diamniadio qui sera spécialisé dans les métiers de l’automobile et les métiers des Tic. Idem pour le siège de l’Université virtuelle du Sénégal et celui de l’Autorité nationale d’assurance qualité (Anaq-Sup).

Une innovation particulièrement importante est la création, au sein de la Cité du Savoir, d’un espace de promotion de la culture scientifique avec deux infrastructures en cours de construction : la Médiathèque et la Maison de la science.

Les travaux de la Médiathèque touchent à leur fin. Elle accueillera des tout-petits jusqu’aux adultes dans des espaces dédiés. La Maison de la science comprend un aquarium géant, plusieurs plateformes de démonstration (mathématiques, physique, chimie, biologie, robotique, etc.), un espace astronomie, un observatoire d’astronomie et un planétarium. Sa construction est très avancée.

La Cité du Savoir est unique dans sa conception. Lieu privilégié de formation, de recherche, d’innovation, d’incubateur de startup, elle sera aussi un espace de promotion de la culture scientifique attirant les enfants, les jeunes et les adultes dans un environnement vert et aquatique propice à la réflexion, à l’apprentissage, au partage et à la sérénité. Espace piétonnier, donc sans voiture, la Cité du Savoir rapprochera le Sénégal avec l’étranger à travers le partage de la connaissance, la recherche, l’innovation et la construction de vocations précoces pour la science et la technologie.

Le Président Macky Sall, en créant la Cité du Savoir, fait le pari de la science et de la technologie dans la contribution du Sénégal au rendez-vous du donner et du recevoir au banquet de l’universel, si cher au Président Léopold Sédar Senghor.

Par Professeur Mary Teuw Niane

Dans son discours du 28 novembre 2017 à l’Université Kizerbo de Ouagadougou, le Président français Emmanuel Macron a fait une déclaration qui rompt d’avec les positions bien connues de la France pour tout ce qui touche à la restitution des biens culturels. Faisant allusion aux traumatismes qui ont accompagné le fait colonial, qu’il a déjà qualifié de crime contre l’humanité, il s’attaque à un autre tabou de la République : l’inaliénabilité du patrimoine en exil considéré comme composante à part entière du patrimoine français. Sur ce, il a déclaré : « Je ne peux pas accepter qu’une large part du patrimoine culturel de plusieurs pays africains soit en France. Il y a des explications historiques à cela, mais il n’y a pas de justification valable, durable et inconditionnelle. Le patrimoine africain ne peut pas être uniquement dans des collections privées et des musées européens. Le patrimoine africain doit être mis en valeur à Paris mais aussi à Dakar, à Lagos, à Cotonou. Ce sera une de mes priorités. Je veux que, d’ici cinq ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ».

Si cette déclaration a été accueillie sur le continent avec soulagement, c’est un tollé de récriminations qui lui fit échos en France. Les galeristes pincent les dents et les juristes montent au créneau avec une étonnante violence verbale inhabituelle du reste. « On ne peut pas accepter qu’un Président, en raison de ses affinités, de ses goûts, voire dégoûts, ou de ses intérêts, puisse porter atteinte au patrimoine de la Nation française », s’est offusqué Yves-Bernard Debbie, avocat spécialisé en Droit du commerce de l’art.

Il en a rajouté en raillant surtout « l’intenable promesse d’Emmanuel Macron » (1) qui veut s’attaquer à un principe établi depuis 1556 par « l’édit de Moulin »
(1) http://www.lefigaro.fr définissant le domaine royal devenu domaine public.

On le voit bien, la question divise. Même si des voix autorisées, comme celle de Stephan Martin, président du Musée du Quai Branly, sans porter de jugement, admet que la situation actuelle « n’a pas vocation à durer », un constat s’impose sur cette question majeure : les lignes, jusqu’ici solidement fixes, commencent à bouger. Le moment est alors venu de revisiter le contexte qui est un point de passage obligé pour donner sens, légitimité et crédibilité à la restitution.

Au juste, c’est quoi une restitution ? D’après le Larousse, c’est « rendre quelque chose à son propriétaire légitime » ; ce qui revient à dire que le détenteur du bien le possède indûment. Sous cette acception juridique et même morale, on admet, sans difficulté, que la plupart des biens culturels conservés dans les institutions européennes peuvent être concernés pour la bonne raison qu’ils ont été illégitimement acquis par la force ou dans des relations de subordination.

La recherche du trophée de guerre est propre à toutes les sociétés. Ils peuvent être plus ou moins sanglants ou symboliques, voire les deux à la fois. En Europe, la capture du drapeau était un accomplissement. Ailleurs, c’est la danse autour du scalp. En Afrique, on a opté pour les symboles. En vérité, c’est du pareil au même. Et cela pouvait aller du trône à la tête du supplicié. Le Musée des invalides, le Musée de l’Homme, le Quai Branly-Jacques Chirac et, dans une moindre mesure, le Museum d’Histoire naturelle du Havre détiennent d’importantes collections acquises par ce procédé. Il y a aussi, et elles sont nombreuses, des collections acquises dans la fourberie ; le mot n’est pas exagéré. Fourberie qui était le fait de personnes dont les apports à la connaissance des sociétés africaines sont pourtant établis et reconnus. Dans l’Afrique fantôme, ouvrage paru en 1934, Michel Leiris (2) rend compte, avec un réalisme saisissant, des stratagèmes mis au point par Griaule pour spolier littéralement les populations. Le scientifique explique et cite plusieurs cas ou le rapport de subordination est ainsi compris : « Le chef de village est écrasé ». Avec une remarquable lucidité, il dit encore ceci : « On pille les Nègres, sous prétexte d’apprendre aux gens à les connaître et les aimer, c’est-à-dire, en fin de compte, à former d’autres ethnographes qui iront, eux aussi, les « aimer » et les piller ».
(2) L’Afrique fantôme – Gallimard 1934

Ce rapport à l’autre, cette altérité qui a profondément marqué les rapports de l’Occident avec les peuples soumis, a trouvé sa sublimation dans les expositions coloniales et autres formes d’exhibitions d’êtres humains, véritables zoos humains. L’Exposition coloniale internationale de 1931, à Paris, fut certainement l’une des plus achevée avec la participation de presque toutes les puissances coloniales. Le « Musée des Arts Africains et Océaniens », né de ses cendres, alimentera, après sa fermeture, une partie des collections du Quai Branly-Jacques Chirac.

Sans entrer dans les détails de ce processus multiséculaire d’invention du sauvage (3), il est évident que les acquisitions les plus massives, les plus violentes et les plus répréhensibles sont à mettre au compte des institutions publiques ; même si cela n’absout pas tous ceux qui ont participé à toute la chaîne. Au final, pour la période concernée, laquelle couvre toute la période de contact, des explorateurs aux expéditions de conquête et toute la période coloniale, il ne fait pas de doute que l’essentiel des biens culturels est en Europe et que l’on peut les considérer, à juste titre, comme des « biens mal acquis ». D’où la pertinence et la justesse associées à la notion de restitution au sens étymologique. Dans la bonne acception latine, « restituere » signifie « remettre à sa place, replacer » (4). Et c’est bien de cela qu’il s’agit.
(3) « L’invention du sauvage » : thème de l’exposition présentée par le Musée du Quai-Branly, en 2011, avec comme Commissaire Monsieur Lilian Thuram qui a pu traiter, avec bonheur, d’une question sensible et complexe.

Ce qu’on remarque dans l’histoire qui se déroule sous nos yeux, c’est que,comme un accomplissement, la déclaration du Président français fait littéralement basculer une situation indécise depuis bientôt un siècle. Il ne faut pas, en effet, s’y tromper. Pour tous les mouvements panafricanistes, de la « Violation d’un pays » à celui plus récent de la négritude, des musiques urbaines aux productions plastiques contemporaines, la notion de restitution au sens de revendication est omniprésente, mais dans une acception dont on a malheureusement tardé à décrypter le sens.

Les biens dont l’Afrique a besoin pour se réapproprier son histoire vont très certainement, d’une manière ou d’une autre, revenir au bercail.

Le cas du Bénin est particulièrement instructif sur cette question. Il y a quelques mois seulement, l’ancien ministre français des Affaires étrangères servait au pays demandeur cette réponse d’une épaisseur nanométrique : « Les biens que vous évoquez ont été intégrés de longue date au domaine public mobilier de l’État français. Conformément à la législation en vigueur, ils sont soumis au principe d’inaliénabilité, d’imprescriptibilité et d’insaisissabilité. En conséquence de quoi, leur restitution n’est pas possible ».

N’avait-on pas coutume de dire « qu’impossible n’est pas français ? » Le Président Macron, lui, n’a pas oublié cette belle devise. Espérons qu’à rebours de l’histoire le « Fait du Prince » finira certainement par s’imposer et suivant des modalités que les professionnels aideront à baliser. Depuis que nous avons eu la chance de vivre la défaite historique de l’Apartheid, en 1994, nous croyons qu’une légalité enfonçant ses racines dans les profondeurs d’un crime et dans une perpétuelle négation de l’autre ne saurait à jamais résister aux assauts répétés de la légitimité et de la justice tout court. Dire cela n’épuise pas, loin s’en faut, tout le débat, au contraire. Plutôt que de s’enfermer dans la nostalgie d’un temps à jamais révolu, nous devons être inventifs pour explorer des dynamiques nouvelles. Nous savons tous que le musée ethnographique n’a jamais prospéré en Afrique, et pour cause, le reflet qu’il renvoie est celui du subalterne et de l’objet exotique. Et puis, on a trop abusivement réduit l’Art africain aux collectes opérées pendant la période coloniale ; ce qui donne la fâcheuse impression qu’il ne reste plus rien en Afrique et que tout est parti. Ce miroir aux alouettes doit lui aussi être revisité. C’est ce que nous tenterons de faire avec la construction et la mise en place d’un Musée des Civilisations Noires à Dakar. Nous partons ainsi, et à juste titre, de l’idée que l’Art africain est plus que ce que nous en avons entendu et ce qu’on nous en a souvent dit.

Pour sûr, depuis que « l’Homo Sapiens transcende de sa liberté toutes les contingences de son milieu », pour reprendre cette belle formule de Léopold Sédar Senghor, il produit. Aussi, des collections archéologiques rendent compte de l’apport de cette ingénieuse Afrique qui a apporté des contributions remarquables au patrimoine culturel et scientifique de l’humanité.

On ne refondera pas la muséologie africaine sans initier nos populations, la jeunesse en particulier, à ce legs dont elles doivent être fières pour rêver d’un futur qui n’est pas subordination. C’est d’ailleurs à ce prix que l’émergence à laquelle nous aspirons tous trouvera un ancrage puissant dans une Afrique réconciliée avec Elle et rêve d’Afrique, et non plus d’aventures mortifères.

Monsieur Stéphan Martin, Président du Quai Branly, avec lequel le Musée des Civilisations Noires a signé une convention, a fait une déclaration qui mérite réflexion, même si son adhésion aux positions du Président Macron ne souffre d’aucune ambiguïté. «Pensez au Musée des Civilisations africaines de Dakar, construit par les Chinois et vide depuis trois ans. Pourquoi ne pas envisager de travailler sur un partenariat là-bas ? Ce ne sera peut-être pas facile, mais ça vaudrait la peine d’essayer. « En vérité, le Musée des Civilisations Noires n’est pas vide. C’est un musée qui se veut évolutif et qui se fera dans le mouvement.

En conséquence, nul besoin de cloner le Louvre Abu Dhabi dont nous n’aurons jamais les moyens, mais de créer un musée du XXIe siècle totalement libéré de la vision réductrice de l’Art africain confiné à la période subalterne. Cette production est certes une partie de notre histoire, mais elle n’est pas toute notre histoire. Les collections existantes au Sénégal et le dynamisme des partenariats, notamment avec l’Unesco, nous permettront certainement de compter des histoires qui concilieront, enfin, les publics africains avec les institutions muséales.

L’Art africain, c’est aussi une production contemporaine puissante, variée et totalement débridée. Elle est résolument dans le temps du monde et ne souffre d’aucun complexe. Sur ce point aussi, Emmanuel Macron a vu juste, et osons gager que l’histoire ne se reproduira pas.

Par Abdou Latif COULIBALY
Ministre de la Culture

Relancer une langue revient souvent à réconcilier un peuple avec sa tradition par les chants, la danse, le folklore.

Au Daghestan (au nord de la Russie), où l’on parle surtout l’awar, une petite population a voulu confirmer son indépendance en donnant renaissance à sa langue, l’andien.

En l’absence d’un alphabet propre, l’andien n’est pas encore enseigné à l’école, mais possède déjà une littérature orale. Au moment où bon nombre de langues disparaissent, comme le kerek qui n’est parlé que par 3-4 personnes dans cette région, l’andien est une langue en voie de recréation qu’il faut absolument soutenir conformément aux principes de l’Unesco, selon Svetlana Khachatourova.

Il arrive qu’une langue ne présente plus d’intérêt pour les jeunes parce qu’elle ne leur donne accès à aucune carrière ni travail, et ne leur permet pas de se projeter dans le futur. Ils se tournent alors vers la langue généralement employée par une majorité, même si ce n’est pas la leur.

Du coup, certaines langues ne sont parlées que par des anciens. Comme en Côte d’Ivoire où, dans les zones de forêt dense, à l’est du pays, plusieurs langues n’atteignaient même pas une centaine de locuteurs il y a une trentaine d’années.

Transmises oralement, elles ont disparu avec les anciens, sans laisser de trace dans l’histoire.

En Europe, le francique pourrait suivre le même destin dans les pays autres que le Luxembourg où il est langue officielle. « En Lorraine, on l’utilise de moins en moins, pour ne pas paraître vieux jeu, raconte Joseph Poth, originaire de cette région. Une langue est réellement en danger de mort lorsque ceux qui la parlent ont honte de la parler en public ».

De la même manière, la jeunesse dans certains pays d’Afrique se détourne de sa langue maternelle parce que toutes les matières sont enseignées en français ou en anglais et que les langues nationales ne sont plus au programme ni sanctionnées par un diplôme.

Les enfants finissent par considérer la langue de leurs parents comme faisant partie du passé. Ils la méprisent, car elle n’est pas «capable d’être concurrentielle avec les langues importées - et l’associent à de la «sous-culture». Plus grave encore, ils rejettent ceux qui la parlent, à savoir leurs parents, le village, leur culture d’origine, et terminent acculturés.

Ils n’enseigneront d’ailleurs pas leur langue d’origine aux enfants puisqu’elle ne permet pas, selon eux, « de s’intégrer dans la modernité.

En résumé, l’école, si elle ne valorise pas les langues traditionnelles, peut devenir un véritable facteur de déculturation.

Fort heureusement, elle peut aussi, et c’est l’idée du projet Linguapax, apporter des réponses concrètes à cette situation alarmante. En facilitant l’accès à l’apprentissage des langues, elle peut devenir le pilier des cultures et prévenir, voire éviter, de futurs conflits.

Par Mamadou Amadou Tamimou WANE
Expert en Communication
Pca de la Sspp « Le Soleil »


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