Evasion

Evasion (85)

Le royaume de Thaïlande porte l’empreinte du défunt roi Bhumibol Adulyadej, garant de la stabilité du pays soixante-dix ans durant adossée à une forte identité nationale marquée par les valeurs culturelles et religieuses autour desquelles se sont élaborés la nation et ses axes de développement national endogène : la discipline, la rigueur et le dépassement de soi dans le travail.

La Thaïlande est un royaume d’eau et d’humidité, et c’est sans doute pourquoi on y trouve une faune et une flore préservées et entretenues dans toutes sa diversité terrestre ou aquatique. Le fleuve Mekong, qui vient de la Chine voisine, y joue un rôle important de même que le Ménam Chao Phraya, le seul à couler entièrement dans le pays dont il constitue encore aujourd’hui l’axe majeur de transport et de commerce. Il se forme au confluent des rivières Ping et Nan et s’écoule vers le sud sur plus de 300 km, avant de se jeter dans le golfe de Thaïlande. La vallée qu’il forme est une grande région productrice de riz siam qui a eu ses beaux jours au Sénégal il y a des années. Des énormes montagnes qui jalonnent le pays, notamment au Nord, coulent aussi de nombreuses rivières qui sillonnent le royaume en tous sens, offrant ainsi un énorme potentiel agricole au pays en riz mais aussi en fruits et légumes. L’eau, se retrouve aussi au centre de la vie avec des maisons, des temples et des marchés flottants, des pirogues boutiques ou de transport en commun faisant de Bangkok une Venise de l’Est selon une ancienne appellation.

Pays certainement occupé mais jamais colonisé, le royaume de Thaïlande a une forte identité nationale forgée autour d’une langue commune, d’une écriture commune et du roi Bhumibol Adulyadej, garant de l’unité, de la cohésion nationale et surement de la stabilité du royaume pendant les 70 ans qu’à duré son règne (1946-2016).

Les ruines du royaume d’Ayutthaya (1350-1767), à 79 km de Bangkok, donnent déjà une idée du chemin parcouru par la Thaïlande pour la construction de son unité nationale. Fortement construite autour de la spiritualité bouddhiste qui prône le culte du bien dans tous les actes de la vie, le royaume, après plus de 400 ans de puissance, est conquis par les armées birmanes, sa capitale incendiée et son territoire démembré. Mais, les différentes dynasties ont toujours réussi à faire renaitre le royaume de ses cendres. Par quatre fois, chaque dynastie gagnante a recrée une nouvelle capitale en signe de rupture et de nouveau départ.

En 2017, l’intense trafic à l’aéroport international Savarnabhumi de Bangkok a montré à suffisance l’importance qu’occupe la Thaïlande dans la sous-région asiatique avec plus de 56 millions de passagers transportés l’année dernière parmi lesquels 23 millions de touristes qui visitent en toutes saisons ce royaume des mille et une merveilles environnementales et fauniques. Eloigné d’une bonne trentaine de km, le centre ville est rallié en un temps record grâce à la qualité des routes qui sont de quatre voies pour l’aller et quatre voies pour le retour séparées par une large bande de terre plein bien boisée et fleurie. Pas une flaque d’eau sur les routes encore moins de nids de poule ou de dos d’âne pour ce pays constamment arrosé par la pluie. Pas un seul coup de klaxon ou de signe d’énervement malgré le nombre incalculable de voitures les unes plus rutilantes que les autres. Le cœur de Bangkok n’a rien à envier à une capitale quelconque de l’Europe ou des Amériques tant dans le tracer de la ville, l’occupation de l’espace ou la hauteur des gratte-ciel.

Le royaume a joué sur ses qualités naturelles et sur une population disciplinée, méticuleuse et travailleuse pour être une destination de découverte et de loisirs de premier choix pour les touristes fortunés et moins fortunés du monde. Pour fidéliser cette clientèle fortunée et exigeante sur la qualité du service, les autorités thaïlandaises ont fixé la barre très haut en matière de prestation de services, ne laissant rien au hasard ou à l’improvisation. Le royaume renferme un réseau ferroviaire et routier dense avec un confort rarement égalé, et les infrastructures d’accueil hôtelières et autres sont à un niveau tel qu’il est très difficile d’établir une claire séparation entre le milieu rural et le milieu urbain. Le pays a fixé très haut aussi les normes de sa gastronomie, extrêmement variée à l’image de la diversité culturelle et ethnique du royaume, mais aussi de l’abondance des produis qu’offre la nature associée à l’ingéniosité des Thaïlandais. Selon Jirasak Waraarpachai, conseiller à l’ambassade, cette ingéniosité culinaire trouve son origine au palais royal où chaque cuisinier réfléchissait continuellement à une recette originale pour conforter sa place au sein de la cour et auprès de la famille royale. C’est sans doute ce qui explique le foisonnement de restaurants en Thaïlande et l’abondance des menus à base de produits de la mer et de fruits.

Face au nombre de touristes de plus en plus croissant, de la diversité de la clientèle et toutes les possibilités culinaires offertes par la diversité des produits, tous les grands noms de la cuisine du monde s’y bousculent pour ouvrir des restaurants qui offrent des menus coutant plus de deux cent euros avec des tables souvent réservés des semaines, voire des mois à l’avance.
Les autorités en charge du commerce et de l’exportation tiennent une foire mensuelle pour la promotion des produits locaux, la labellisation et l’assistance pour les positionner sur le marché international afin de mieux vendre la destination.

Eau, végétation et développement
Végétation ThaiLe royaume de Thaïlande est doté d’un énorme potentiel hydro agricole. Ceci, assimilé à sa stabilité politique, liée sans doute au consensus autour du roi Bhumibol Adulyadej et son long règne de soixante-dix ans, a permis de réaliser de grandes performances économiques et sociales.

Dès son accession au trône, en 1947, le roi Bhumibol Adulyadej, décédé il y a un an, n’a cessé de parcourir le royaume et de réfléchir sur les voies et moyens pour l’émancipation du monde rural thaïlandais fortement touché par la pauvreté : leur apprendre à croire en eux-mêmes et en leur capacité à s’en sortir par la formation, mais surtout par la rigueur, la discipline et le travail méticuleux. Sous son impulsion, six centres royaux consacrés à l’étude du développement ont été mis en place pour s’occuper des aspects socio-économiques et environnementaux ; sorte d’incubateur des bonnes pratiques alliant le développement autogéré et la préservation de la nature selon l’environnement géophysique et le potentiel de chaque région en mettant l’accent sur la pisciculture, l’élevage, l’embouche bovine, la restauration de la nature et la promotion de l’écotourisme.

A près de 700 km au nord de Bangkok, vers la frontière avec le Laos, Chiang Mai abrite un de ses projets de réhabilitation d’une forêt de 1360 ha. Le centre royal de développement de Huai Hongkhrai comprend une structure de recherche et d’études avec une mise en commun de toutes les compétences nécessaires pour aboutir à des résultats concrets, en collaboration avec les populations autochtones. Cette zone, totalement déboisée avec de fréquents éboulements de montagne, est devenue, en l’espace de vingt ans, une forêt vierge avec une diversité végétale et faunique spectaculaire.

Selon le directeur du centre, la maitrise de l’eau a été au cœur du processus de restauration de l’écosystème, avec une forte implication des populations qui ont été formées aux meilleures pratiques pour tirer le maximum du milieu en assimilant les techniques d’irrigation, la retenue d’eau et la plantation d’espèces adaptées. Plus l’écosystème est restaurée plus les différentes espèces animales font leur retour. 60.000 à 100.000 paysans thaïlandais ont été formés. Ils ont, à leur tour, servis de relais dans 35 villages de formation de la région de Chiang Mai. Il a indiqué qu’un ratio d’occupation de l’espace est de 30 % des terres à l’agriculture, 30 % à l’élevage, 30 % à la riziculture et 10 % à l’habitat.

De l’avis du directeur, le centre va continuer ses recherches pour faire face aux mutations écologiques en cours et pour mieux adapter la formation aux besoins des populations rurales. Outre l’agroforesterie, le centre a formé des jeunes à la pisciculture.

Selon la femme responsable du bassin, le centre a importé 50 tilapias du Japon et chaque poisson peut donner 100 alevins et chaque alevin peut atteindre un kilo à maturité.
Ce développement de la pisciculture a atteint un niveau tel que presque tous les restaurants disposent d’un bassin d’élevage de poisson et autres produits de la mer pêchés et vendus vivants au client comme du bétail vendu vivant dans d’autres pays.

Six ans pour élever un « thiof »
A Krabi, au sud, vers la frontière avec la Malaisie, le Centre de recherche et de développement de la pêche côtière (Coastal fisheries research and développement center) illustre parfaitement la maitrise de la vie de la faune aquatique des Thaïlandais. Le centre, selon son directeur, travaille dans trois directions : l’élevage d’espèces marines pour la consommation, la décoration avec les aquariums et la formation des jeunes. Une quarantaine de personnes y travaillent et encadrent des étudiants en provenance de la sous-région sud asiatique.

Le responsable du centre a fait savoir qu’il faut deux ans pour la reproduction de certaines espèces comme les hippocampes. Pour le « thiof » (le mérou), bien prisé par les Thaïlandais aussi, il a indiqué que le travail est plus méticuleux, car sur près de 3.000.000 d’œufs, il n’y a que 10 % qui survit et qu’il faut six ans pour élever un « thiof » reproducteur qui peut atteindre cinq kilo par sujet.

Le Centre de Bangsai : Les arts et métiers en 31 filières
Centre BangsaiSa majesté la reine Sirikit, lors d’un voyage avec le roi pour s’enquérir des conditions de vie de ses sujets, s’est émue de la précarité dans laquelle vivent les populations rurales et a initié la mise sur pied du Centre des arts et métiers de Bangsai, à Ayutthaya, un outil ultramoderne d’encadrement des artisans dans 31 métiers allant du travail du bambou à la poterie, la menuiserie, la sculpture, l’ébénisterie, le batik, la céramique, l’élevage, l’agriculture ou la préservation de l’environnement.

Une cinquantaine d’enseignants y assurent une formation de six mois à un an aux pensionnaires qui sont tous logés et nourris. Le budget du centre, estimé à environ 17 milliards de FCfa, provient d’institutions publiques et privées thaïlandaises et des recettes tirées de la salle d’exposition et de ventre des meilleures œuvres.

De son ouverture, en décembre 1984, à nos jours, près de 900.000 élèves ont été formés et plusieurs parmi eux ont bénéficié d’un encadrement pour s’installer à leur propre compte et devenir aussi formateur à leur tour dans leur localité. Le savoir-faire de différents diplômés du centre a beaucoup contribué au rayonnement touristique de la région d’Ayutthaya, selon Mme Pogana Simanatara, membre du comité exécutif du centre.

La structure accueille des étrangers qui bénéficient aussi d’une formation gratuite, mais doivent cependant se prendre en charge.
Le Pr Simanatara, qui est aussi enseignante dans une université et formatrice à titre bénévole, affirme que le centre reste ouvert à la coopération avec d’autres centres pour une formation.

Chiang Mai ou le sanctuaire des éléphants
Chaing MaiLa région de Chiang Mai, avec ses 20.200 km2 et ses hautes montagnes recouvertes d’une luxuriante végétation et surtout sa réserve d’éléphants et de faune exotique, est une attraction et son gouverneur, Pawin Chamniprasart, souligne avec fierté ses 2 milliards 700.000 dollars américains de recettes pour 10 millions de touristes accueillis l’année dernière.

M Chamniprasart n’entend pas s’arrêter en si bon chemin, car en plus de l’attraction que constitue l’écosystème restaurée, la ville diversifie l’offre en organisant des festivals culturels parmi lesquels un festival des fleurs et des plantes qui attire des milliers de touristes. La ville a d’ailleurs été classée première par le Canada qui organise aussi un festival des plantes et des fleurs.

Par ailleurs, Chiang Mai met en exergue sa diversité cultuelle et ethnique. La ville s’apprête à initier le tourisme sportif avec un marathon qui accueille 20.000 coureurs et va s’internationaliser de plus en plus. La ville cible aussi les personnes du troisième âge qui peuvent profiter du climat des montagnes, de la végétation et du calme qui y règne. La capacité d’accueil de la région a augmenté de 60.000 lits, affirme le gouverneur qui entend poursuivre dans ce sens afin de renforcer la position de sa ville sur le plan politique.

L’une des attractions de la région est le Centre de récupération et de sauvegarde des éléphants qui sont de fidèles compagnons de l’homme et ont joué un rôle déterminant dans l’histoire de la Thaïlande et de toute cette sous-région asiatique. Pour préserver cette animal, emblème nationale du pays, le roi Bhumibol Adulyadej a ordonné la mise sur pied de ce centre de récupération et de dressage des éléphants qui y montrent toutes les facettes de leur énorme potentiel : des travaux champêtres et domestiques à la parade, la levée des couleurs et même la peinture à l’huile de tableaux d’art proposés en vente aux enchères aux touristes.

Dans le sillage du développement de l’artisanat régional, le Thailand creative and design center (Tcdr) de la région, démembrement régional du Centre de création et de design de Thaïlande, est chargé d’aider et encadrer les artisans à améliorer leur savoir-faire ancestral et à pouvoir faire face à un marché international de plus en plus ouvert et concurrentiel. En plus de la formation artisanale et de la production, le centre aide les jeunes designers à trouver des débouchés sur le plan international aux produits made in Thaïlande à partir d’un produit du terroir et spécifique à la région.
Selon le responsable du Centre Inthaphan Buakeow, plus de 10.000 produits de 17 provinces du nord entrent en compétition et aucune ressource locale n’échappe à l’ingéniosité et à la curiosité des artisans locaux. Les meilleurs seront encadrés dans une politique sous-régionale mise en place par l’Association des nations de l'Asie du Sud-est (Asean).

Amicale des ressortissants senegalais en Thailande : Dans l’attente d’un consul
Sénégalais ThaïlandeLa Thaïlande, à l’instar de nombre de pays à travers le monde, a aussi sa communauté sénégalaise forte d’environ 150 personnes. Ils sont établis pour la plupart à Bangkok où ils travaillent surtout dans le commerce des pierres précieuses en provenance de l’Afrique australe.

Ils sont organisés en une Amicale des ressortissants sénégalais de Thaïlande depuis 26 ans. Et selon les responsables, ils jouissent de la confiance des autorités thaïlandaises et sont bien acceptés par la population à cause de leur sérieux et leur honnêteté dans les relations de travail.

Samba Ndiath, imam d’une mosquée thaïlandaise de Bangkok, Mbanga Ndiaye, secrétaire général de l’association, et Boubacar Konté, secrétaire à l’organisation, ont été unanimes a reconnaitre que la Thaïlande peut beaucoup apporter au Sénégal en matière de préservation de la nature, mais surtout de pêche et d’aquaculture, ainsi que de conservation des produits halieutiques et agricoles. La médecine est aussi un secteur clé qui pourrait bénéficier au Sénégal.

Selon le secrétaire général de l’amicale, plusieurs initiatives ont été prises pour mettre en rapport des opérateurs économiques sénégalais et thaïlandais pour profiter de leur expérience et organisation en vue de la mise en place et du fonctionnement de micro entreprises. Mbanga Ndiaye a souligné que la Thaïlande tire sa force du dynamisme de ses Pme et Pmi qui lui ont permis d’assurer le plein emploi.

Les responsables de l’amicale ont toutefois déploré l’absence d’un consulat qui aurait pu aider à faciliter les démarches administratives pour mieux faciliter la coopération entre les deux pays. Ils ont également rappelé que le ministère des Affaires étrangères leur avait annoncé la nomination d’un consul, mais celui-ci tarde à prendre fonction, alors qu’il y a de réelles perspectives d’une coopération approfondie avec ce pays.

Mieux qu’un consul, ils demandent le transfert de l’ambassade du Sénégal de Kuala Lumpur à Bangkok compte tenu du nombre de Sénégalais établis dans le royaume et du volume des activités, mais surtout des perspectives de coopération. Ils ont indiqué que certains ressortissants sénégalais établis en Thaïlande et qui travaillent dans le secteur des pierres précieuses ont un volume d’affaires estimé à une cinquantaine de millions de dollars américains pour certains et qui gagneraient à être encadrés et soutenus par les autorités sénégalaises pour venir investir au pays dans le cadre du Plan Sénégal émergent.

La seule inquiétude du moment, selon les responsables de l’amicale, provient de la décision des autorités thaïlandaises de faire renouveler les visas et tous les ressortissants des 13 pays ouest africains qui dépendent de l’ambassade de Thaïlande à Dakar doivent y effectuer le déplacement pour renouveler leur visa.

AROON JIVASAKAPIMAS, AMBASSADEUR DE THAILANDE À DAKAR : « Nous offrons les bourses de formation sur les Pme »
Aroon Jivasakapimas ambassadeur ThaïlandeMonsieur l’ambassadeur, le Sénégal entretient une vieille relation de coopération avec la Thaïlande. Pouvez-vous nous en faire le point ?
Nous venons de célébrer le 35e anniversaire des relations diplomatiques entre nos deux pays en 2015. Nous nous réjouissons que le gouvernement royal de Thaïlande ait choisi le Sénégal pour établir notre ambassade dans cette région de l’Afrique de l’Ouest. Malgré la distance, le Sénégal est considéré comme un pays ami de la Thaïlande depuis toujours ; d’où de nombreux projets de coopération au profit des populations de nos deux pays.

Au-delà de la coopération bilatérale, le Sénégal et la Thaïlande travaillent en étroite collaboration sur les questions multilatérales afin de répondre aux défis mondiaux dans le cadre de l’Onu et des autres organisations internationales.

Les ressortissants sénégalais résidant en Thaïlande disent vivre dans de bonnes conditions. Est-ce que le gouvernement thaïlandais envisage une formation pour ceux qui veulent retourner s’installer au pays ?
A notre connaissance, il n’y a pas encore de cas où un Sénégalais vivant en Thaïlande a fait la demande de retour au pays. La plupart des Sénégalais en Thaïlande résident à Bangkok et vivent dans de très bonnes conditions, tout autant que les ressortissants venant des autres pays.

Votre pays est très expérimenté en matière de conservation et de transformation des produits agricoles et halieutiques. Est-ce qu’il y a des dispositions particulières pour intensifier la coopération avec le Sénégal ?
Effectivement, la Thaïlande produit énormément de produits agricoles et halieutiques, non seulement pour la consommation domestique mais aussi pour l’exportation. Vous trouvez beaucoup de produits thaïs sur les marchés sénégalais. Par exemple, le riz thaïlandais, les sauces et condiments, sans parler de divers produits agricoles transformés sous forme d’aliment, tels que des fruits en boite de conserve.

Quant à la coopération avec le Sénégal, le gouvernement royal de Thaïlande offre, chaque année, des bourses de formation dans les domaines de la transformation alimentaire et l’aquaculture aux pays partenaires, y compris le vôtre, afin de répondre à la question sur la sécurité alimentaire dans ces pays.

En outre, l’Agence thaïlandaise de coopération internationale pour le développement (Tica) continue à travailler en collaboration avec l’Agence nationale de l’aquaculture (Ana) depuis plusieurs années pour promouvoir l’élevage de tilapias et de clarias au Sénégal. Une douzaine d’experts sénégalais sont partis en Thaïlande pour une formation l’année passée, et nous verrons bientôt des experts thaïlandais venir former les Sénégalais. Nous espérons que, dans quelques années, les tilapias et clarias seront accessibles partout au Sénégal surtout dans les régions non-côtières.
Dans le domaine de la transformation alimentaire, le gouvernement royal de Thaïlande a terminé, en 2016, le projet de la construction d’un séchoir solaire de produits alimentaires dont le modèle a été conçu par des spécialistes thaïlandais. Il a été installé au monastère de Keur Moussa, dans la région de Thiès. Par la suite, le programme de formation sur la transformation alimentaire par le savoir-faire thaïlandais y a été organisé pour des Sénégalais.

Votre pays a atteint le plein emploi grâce à la mise en place de petites et moyennes entreprises. Est-ce que votre gouvernement envisage l’offre de bourses à de jeunes étudiants sénégalais qui veulent se former pour créer leur propre entreprise ?
Nous croyons que les expériences thaïlandaises pourraient servir de modèle de développement dans nos pays partenaires. Les conditions de vie et ressources des populations sénégalaises ressemblent à celles de chez nous, et la promotion des Pme pourra générer les bénéfices en faveur des populations locales. Pour l’instant, nous offrons les bourses de formation sur les Pme aux représentants du gouvernement du Sénégal chaque année. Nous comptons sur ces effectifs pour transmettre le savoir-faire et les expériences acquis en Thaïlande aux Sénégalais.

L’actualité est la brûlante question du renouvellement des visas des ressortissants ouest africains de 13 pays qui doivent tous venir à Dakar, où se trouve l’ambassade, pour se faire de nouveaux visas. Quelles mesures sont prévues pour alléger les procédures ?
En effet, pour l’instant, l’ambassade royale de Thaïlande à Dakar couvre 13 pays dans cette région. Le gouvernement royale de Thaïlande est en train de réviser la politique globale sur le service consulaire. Nous espérons que cela va faciliter les ressortissants de l’Afrique de l’Ouest dans un avenir proche. Cependant, il est vivement conseillé aux Sénégalais qui désirent voyager en Thaïlande de bien se renseigner sur les démarches pour l’autorisation de séjours. pour les informations de visa, aller à : http://www.thaiembassy.org/dakar/en/services

Reportage de Alassane DIAWARA (textes et photos)

Last modified on vendredi, 10 novembre 2017 13:33

Grand foyer historique qui a rayonné spirituellement, culturellement et économiquement pendant plusieurs siècles, le Fouta a su conserver bien des traditions. À Goudoudé Diobé (commune de Dabia, département de Matam), la population reste encore attachée à certaines coutumes comme la chefferie traditionnelle qui y joue un rôle fondamental dans la vie sociale. Dans cette localité, le « Ardo » qui tient son pouvoir de la communauté, occupe une place centrale et son intronisation demeure encore vivante. À ce jour, Goudoudé a connu 23 « Ardo », dont le dernier, Samba Ka, a été investi officiellement dans ses fonctions le 16 septembre 2016.

Ce jeudi 31 août est un jour exceptionnel à Goudoudé Diobé, village de la commune de Dabia, département de Matam. Les populations de cette localité s’apprêtent à accueillir leur « Ardo », le guide chargé de gérer les intérêts de sa communauté, mais aussi le garant de la bonne coexistence entre ses membres. Elles sont mobilisées dans le respect de la tradition pour le recevoir. Sa maison est devenue, en l’espace d’un jour, le lieu de convergence des notables, wambaabé (griots-musiciens) et autres hôtes venus de Thilogne et des villages environnants.

Dans cette partie du pays, l’hospitalité constitue un trait de caractère des populations qui demeurent très attachées à leurs traditions. Et c’est volontiers qu’ils nous ont fait voyager dans le temps pour nous retracer l’histoire du village qui remonte à plusieurs siècles, nous parlent des pratiques culturelles depuis sa fondation.

Bercés par les sons mélodieux du hoddu (sorte de luth à quatre cordes) distillés par Doudou bambaado Ba, les notables fouillent qui dans leurs mémoires, qui dans leurs souvenirs. Pas facile de parler des origines de Goudoudé Diobé qui traîne derrière elle une histoire plus que centenaire.

Mais, nous dit-on, les premières migrations se sont faites à partir du Djolof par les fulbés dienguelbés, futurs habitants de Goudoudé Diobé. C’est après moult pérégrinations qu’ils se sont installés à Karadjé Koly Seli avec les premiers habitants de Thilogne que sont les Dia et les Diagne. C’est d’ailleurs ce qui explique les bonnes relations qui existent entre le « Ardo » et les « Diagaraf », qui fait partie des hommes de confiance du chef traditionnel. Par la suite, les gens ont commencé à venir de partout et Thilogne commença à connaître un boom démographique extraordinaire. Les peuls, qui étaient des éleveurs à la recherche de quiétude, sont alors remontés sur Goudoudé où il y avait beaucoup de mares où abreuver leur bétail. Ils finissent par s’installer définitivement.

23 « Ardos » ont régné depuis la fondation du village
ArdoGoudoudé Diobé, ce village plus que centenaire a su préserver son histoire comme son charme. Très attachées aux valeurs et traditions, les populations perpétuent encore des coutumes ancestrales comme la chefferie traditionnelle qui joue un rôle fondamental dans la vie sociale de la localité. Ici, le « Ardo » est au sommet de la hiérarchie et il exerce son pouvoir sur toute la population et sur toutes les terres. Investi de pouvoirs mystiques, sa fonction n’est pas qu’honorifique. Dans certains domaines aussi cruciaux que la résolution des conflits sociaux ou le maintien de la paix sociale, ce guide placé à la tête de la communauté et investi, selon la tradition, se substitue souvent à l’État. Selon Samba Demba Ka, le « Ardo » est le responsable de tout le territoire hérité de leurs ancêtres, qui part de Liw à Larawel Walo. « Tout ce terroir appartenait aux Diobés. Les terres cultivables étaient sous l’autorité du « Ardo ». Il pouvait en donner à n’importe qui pour exploitation. Il disposait lui-même de sa part des terres dénommée « Kolagal Ardo ». Il redistribuait les récoltes aux nécessiteux », souligne-t-il.

De la fondation de Goudoudé Diobé à aujourd’hui, la communauté traditionnelle a connu 23 chefs qui furent tous des responsables ayant eu une influence considérable et une grande popularité. « Ardo » Yoro Samba Hadé serait, selon les témoignages, le premier à avoir embrassé le titre de « Ardo », suivi de Kaawel Amadou, puis de Mamadou Kaawel. Des 23 « Ardo », seul Bocar Kalidou a réussi la prouesse d’être intronisé à deux reprises. Après Hamady Bocar et Samba Racine, Demba Bocar fut le premier « Ardo » intronisé après les indépendances. Mais le record de longévité est détenu par Abdoul Saïdou qui a régné de 1962 à 2011, soit 49 ans, avant de passer le flambeau à Samba Demba. Ce dernier, intronisé en 2011, démissionne de son propre chef après 5 ans de règne. Samba Ka est alors investi de 100 % de la confiance de la population de Goudoudé Diobé et devient le 23e « Ardo » de la localité. Il est intronisé dans la pure tradition le 16 septembre 2016, au cours d’une grande cérémonie qui a attiré des milliers de personnes et a reflété le principe de l’unité dans la diversité.

Malgré la modernité, la fonction sociale du « Ardo » n’a véritablement pas changé, selon Samba Demba Ka. « Même si elle est appelée à changer, compte tenu des exigences de la modernité et des défis auxquels sont confrontés les populations, le «Ardo » doit davantage s’investir et s’impliquer pour satisfaire les préoccupations des populations qui sont sous son autorité », pense Samba Demba Ka qui se réjouit de l’esprit d’ouverture et de partage de son successeur qui implique tout le monde dans la gestion de la cité.

Intronisation de Thilogne à… Goudoudé
ThilogneSi l’on se réfère à l’histoire traditionnelle du village de Goudoudé Diobé, racontée par les notables, l’intronisation du « Ardo » qui puise ses origines dans une tradition plusieurs fois séculaire, se faisait à Thilogne, par l’entremise de Thierno Mollé, une autorité religieuse très respectée. Celle-ci administrait politiquement ce village, ancienne capitale politique, économique et religieuse du Bosséa jusqu’à son érection en commune en 1996. C’est dans cette localité, chez les Lydoubés que l’on procédait à la pose de turban du nouveau chef, explique Samba Demba Ka, « Ardo » sortant. « On quittait Goudoudé Diobé la veille de l’intronisation, dans l’après-midi, et on passait la nuit à Thilogne chez Jagaraf Badel, le plus grand notable des « Ceeddo ». Et le lendemain, Thierno Mollé procédait à l’intronisation », renseigne-t-il. Toute la délégation de « Ardo » Goudoudé est logée et nourrie par Jagaraf Badel, chef des « Ceedo » de Thilogne, précise Samba Jagaraf de Goudoudé Diobé, bras droit du « Ardo ». L’histoire retiendra que Samba Ka a été le premier « Ardo » à être intronisé à Goudoudé Diobé. Les notables du village ne sont pas diserts au sujet de ce transfert. Le « Ardo » sortant, Samba Demba, dit en ignorer les raisons tout comme il ignore la période à laquelle remonte l’intronisation des « Ardo » dans la localité.

Pour le bambaado Sada Hamady Ifra Ba, cette intronisation à Goudoudé Diobé est une première. « Certains « Ardo » ont été intronisés à Thilogne et d’autres à Diorbowol (Mauritanie), mais « Ardo » Samba Ka a sonné la révolution en se faisant introniser à Goudoudé Diobé », note-t-il. Toutefois, précise le vieux Samba Jagaraf, Thierno Mollé de Thilogne, Jagaraf Badel (le chef des « Ceeddo » de Thilogne) et « Ardo » Diobé entretiennent toujours de très bons rapports de voisinage et vivent en harmonie. « Ce sont des rapports amicaux et lointains fondés sur la sincérité, le respect et la considération mutuels », témoigne-t-il. Aujourd’hui, relève-t-il, l’intronisation du « Ardo » a pris une autre dimension avec la présence de religieux comme les descendants du Sceau des prophètes (Psl).

Un « Ardo » au service de sa communauté
Les différents « Ardo » qui se sont succédé ont, chacun, joué leur partition. Mais « Ardo » Samba Ka semble sortir du lot, selon les notables de Goudoudé Diobé. Ils sont unanimes. Samba Ka, disent-ils, est un patriote, un homme très engagé, qui a à cœur le bien-être de sa communauté. D’ailleurs, témoignent-ils, il a toujours investi dans le village avant même qu’il ne devienne « Ardo » et dans quasiment tous les domaines. Le fait qu’il soit un intellectuel, soutiennent certains, constitue un atout considérable pour la localité.

Thierno Bayal Ka, adjoint de l’imam du village, présente « Ardo » Samba Ka comme un homme intègre ayant une probité exemplaire et animé d’une foi inébranlable. « C’est un chef engagé, honnête et très ouvert aux problèmes des populations. Quand « Ardo » Samba Demba Ka a démissionné, on a pensé à lui pour assurer la charge sans même lui demander son avis. Il l’a accepté sans réserve et aujourd’hui, on ne regrette pas ce choix. Travailleur acharné, actif, disponible et dévoué, il a toujours apporté en toute circonstance sa collaboration inestimable. Et il entretient de bonnes relations avec tout le monde », fait-il savoir. Son souci, nous dit-il, c’est l’unité de sa communauté. « Il s’implique dans toutes les activités du village et fait toujours de bonnes actions dans la discrétion la plus totale», indique-t-il.

Générosité
Ardo LébouPour les uns comme pour les autres, « Ardo » Samba Ka est, depuis toujours, préoccupé par le développement de Goudoudé Diobé qui embrasse des domaines comme la santé, l’éducation, l’infrastructure, l’agriculture, l’eau, l’énergie, etc.

Sa générosité dépasse même Goudoudé Diobé. À Taabe, village situé à quelques encablures de Thilogne, et dont une partie est installée sur les terres de Goudoudé, les bienfaits du « Ardo » sont loués par les populations, représentées par Demba Hamady Diop. « Nous vivons en parfaite harmonie avec les populations de Goudoudé Diobé depuis notre installation sur leurs terres. Ils nous ont adoptés, et partagent tout avec nous. Depuis « Ardo » Abdoul, on utilise leurs terres grâce à leur générosité », dit-il.

À Louguéré Bounenabé Diobé, ce hameau habité majoritairement par des Peuls qui se sont sédentarisés, les populations, originaires de Golléré, ont retrouvé le sourire. Samba Mamadou Diallo soutient que le forage de Goudoudé a réglé leur problème. « Pour abreuver notre bétail, on parcourait des kilomètres et on nous fixait une heure qu’on devait respecter. Avec le forage de Goudoudé, on abreuve notre bétail sans condition et on prend tout notre temps », se réjouit-il. De plus, indique-t-il, le nouveau « Ardo » implique leur village dans tout ce qu’il fait. Le constat est le même à Kiriré, village situé à 3 km de Goudoudé Diobé, Mamadou Alassane Barry soutient que leur soif a été étanchée grâce à la bonne volonté du « Ardo ».

Les wambaabés Sada Hamady Ifra Bâ et Doudou Bambaado Ba qui ont égayé l’assistance à travers des prestations de très haute facture n’ont pas tari d’éloges à l’égard de « Ardo » Samba Ka. Sur un air de fantang, poème mythique peul célébrant les héros de cette communauté, ils ont chanté les louanges de « Ardo » Samba Hamady Mamoudou Oumar Djiby Yoro Sally comme ils l’appellent affectueusement, retracé sa généalogie.

Pour Sada Hamady Ibra Bambaado, Goudoudé Diobé a la chance d’avoir à sa tête un guide exemplaire par sa piété, sa politesse, ses connaissances, sa courtoisie et sa générosité légendaire. « C’est un homme de consensus. « Il est doué, poli et généreux. Il a changé beaucoup de choses ici. Il est resté le même depuis qu’il est sorti de l’Ecole nationale d’administration (Ena). C’est un vrai don du ciel », dit-il.

L’arrivée du « Ardo », vers 18 heures, plonge Goudoudé Diobé dans une liesse indescriptible. Samba Ka a eu droit à un accueil digne d’un chef. Des cris de joie et des acclamations fusent de part et d’autre. De l’entrée du village jusqu’à son domicile, il est escorté par des cavaliers surexcités, une nuée de jeunes qui scandent son nom, des femmes qui applaudissent, chantent et dansent. Sa maison s’avère exiguë à l’occasion, envahie par une foule dense venue lui souhaiter la bienvenue, le saluer. Assailli par un groupe d’enfants, « Ardo » Samba Ka échange des poignées de mains cordiales avec les membres de sa communauté.

À l’affut depuis l’annonce de l’arrivée du chef, les wambaabés, ces artisans du verbe, entrent en jeu. Ils charment l’assistance à travers leur prestation, chantent la généalogie du « Ardo », l’exaltent. Le guide est bien de retour. Cet accueil chaleureux est la preuve que les populations de Goudoudé Diobé, malgré l’influence de la modernité, restent fondamentalement attachées à cet héritage que leur ont légué leurs arrières grands-parents.

Par Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes) et Mbacké BA (photos)

Le Baol est un lieu chargé d’histoires. Il dispose d’un patrimoine matériel et immatériel riche et varié. Mais tous ces sites mythiques et monuments historiques à forte valeur culturelle qui pourraient donner à la région de Diourbel beaucoup de valeur ajoutée, ne sont pas valorisés. 

Et si l’histoire du Baol m’était contée ? Tel un livre ouvert, le doyen Alé Niang, communicateur traditionnel de renommée à Bambey, se prête volontiers à cet exercice. Ce spécialiste des contes et légendes maîtrise bien l’histoire de cet ancien royaume qui, comme le Djolof, le Cayor, le Sine, le Saloum et le Walo, a marqué, d’une empreinte indélébile, l’histoire, l’évolution du Sénégal. Des faits historiques, il y en a à foison au Baol. Sans compter un patrimoine matériel et immatériel excessivement riche. Si riche que, pour le doyen El Hadji Alé Niang, il pourrait constituer un véritable moteur de développement. Pour conter l’histoire du Baol, ce communicateur traditionnel est bien dans son élément. Et il n’a pas besoin de creuser pour faire un tour d’horizon du Baol d’autrefois.

Désigné par les puristes comme mémoire du trésor humain de la région de Diourbel, El Hadji Alé Niang estime qu’on ne peut parler de traditions dans le Baol sans pour autant revenir sur la provenance du nom. Selon cet historien, écrivain, par ailleurs spécialiste des contes et légendes, le Baol a eu trois noms traditionnels. « Les sérères Ol qui habitaient le Sine sont venus ici et sont tombés sur la sécheresse. Ils ont pratiqué la danse appelée le « bawnaan ».

Elle était exécutée par les femmes griottes et les esclaves hommes sous un arbre fréquentée par certains dignitaires », explique-t-il. « C’est après avoir dansé qu’une forte pluie est tombée avec beaucoup de ruissellement d’eau. Ils ont dit que « ndokhmi bawnaan na ». C’est la première version orale », fait savoir Alé Niang. Pour la seconde version, dit-il, il n’y avait pas à l’époque de robinets. « Il n’y avait que des puits. Autour de ce puits, il y avait des femmes qui avaient des ustensiles pour puiser l’eau alors que d’autres n’en avaient pas. Celle qui n’en avaient pas disaient aux autres « bawal ma », fait remarquer Alé Niang. S’agissant de la troisième version orale, Alé Niang explique : « lorsque le Teigne est intronisé à Lambaye (18 km de Bambey), ancienne capitale du Baol sur le plan traditionnel, les femmes griottes, esclaves, préparent le couscous pour l’amener à la Linguère parce que, disaient-ils « Linguère bi baayi na wal » (la Linguère ne doit plus piler le mil). Si l’on fait la jonction, vous avez le nom Baol ».

La bataille de Ndiardem
Bataille NdiardeemDifficile également de parler d’un teigne du Baol sans pour autant évoquer la bataille de Ndiardem qui est une déformation de « diaar si dem ga » (passer par le jujubier) qui se trouve dans un village appelé Sindiane, dans l’actuel Ndangalma commune. En 1817, relève l’historien, il y eut une bataille mémorable entre Birima Fatma Thioub Fall, Damel du Cayor et le Teigne Amary Dior Borso Mbissane, fils de Thiéyacine Yayane Dieng et Teigne du Baol. « Birima s’est d’abord battu avec le père d’Amary Dior Borso Mbissane. Thiéyacine a eu raison de lui. Birima préféra alors s’exiler au Sine, mais lorsqu’il a appris que son grand père, Amary Ndella Coumba Diaring, était le père de Thiéyacine Yayane Dieng, on l’a amené pour l’introniser comme Damel du Cayor alors qu’il voulait coûte que coûte devenir Teigne du Baol. Il a alors livré bataille contre Amary Dior Borso Mbissane. Cette mémorable bataille a eu lieu à Sindiane, sous un arbre symbolique appelé « Fande ». Cet arbre est mort, mais un autre a poussé dessus. Cette bataille a été remportée par Birima qui devint, par la suite, Teigne », relate-t-il.

Avant la pénétration française, rappelle-t-il, les Teignes qui étaient là avaient leur propre gouvernement. Parmi eux, Lat Soukabé Ngoné Dièye. « Quand il est né, il était comme Soundiata Keita. Il ne pouvait pas marcher. Il se déplaçait en s’appuyant sur un bâton. Il a réussi cette prouesse grâce à un peul très doué sur le plan mystique qui s’appelait Demba Ngary Pathé », indique Alé Niang. Ce dernier, raconte-t-il, s’est transformé en deux cadavres à sa mort. « L’un était à Ngokoré Sow, l’autre à Ngoote près de Lagnar. Chacun de ses enfants voulait disposer de son corps. Le lendemain, il y avait un corps de Demba Ngary Pathé à Ngokéré Sow, et à Ngoote, il y avait aussi un autre corps. C’est ainsi que les enfants ont chacun enterré leur père qui avait un pouvoir mystique », explique Alé Niang qui rappelle l’omniprésence du mysticisme dans le Baol à l’époque. Le communicateur rappelle, par la même occasion, les hauts faits d’Amary Dia, venu s’installer au village de Teungue, dans le département de Diourbel. Ce dernier, dit-il, était accompagné d’un bouc, qu’il égorgeait le matin pour en faire ses repas et le lendemain, le même bouc était à ses côtés.

Sous son règne, Lat Soukabé Ngoné Dièye a procédé au découpage traditionnel du royaume, nous dit Alé Niang. « A l’époque, tout ce que nous voyons sur le plan moderne, surtout le découpage administratif, était déjà fait par nos Teignes et Damels. Quand un Teigne était intronisé, il nommait son Diaraf ; c’est comme un président de la République qui, une fois élu, nomme lui aussi son Premier ministre. Le Diaraf avait aussi ses collaborateurs. Dans le Baol, il y avait buur Ngoye, buur Gaal, Sakhsakh Ndol, Lamassas, Lambaye, Mbayar, etc. Tout cela constitue un impact très important pour la bonne marche de notre administration sur le plan traditionnel », note Alé Niang.

« Lat Soukabé Ngoné Dièye s’est battu contre Bourba Djolof Mbaba Compass jusqu’à Kadd Bolodji, il implante un pilon et dit demain quand le Bourba Djolof viendra, il s’arrêtera là. Il s’est battu contre buur Sine Diogoye Gnilane à Ngangaram. Il a tué son fils Lat Moussé Guélém. Il implanta également un pilon. Il élargit le Baol jusqu’au Walo, au Gandiol, à Bako Ndiémé, à Nianing, près de Mbour », précise-t-il.

Sites historiques
BambeyLambaye était l’ancienne capitale du Baol. Dans cette localité, nous dit Alé Niang, se trouvait le « Kad Palukay », l’arbre où était intronisé le Teigne. Il y a également le « Soumpass Ngagne ». Sous cet arbre, se réunissaient les sages qui s’interrogeaient sur la moralité du futur prétendant au trône. Le « Guy ndengué » fait aussi partie des sites historiques. « Lors de la bataille de « dibéri sangay mbol » entre Macoudou Coumba Diaring et son oncle Meïssa Tende Wedji, lorsque le cheval de Meissa Seré Issa Dièye a été atteint en gesticulant, ses sabots ont soulevé la racine du baobab qui s’est incliné », renseigne Alé Niang. Le « kandam diamono », trou où l’on enterrait les dignitaires fait aussi partie du patrimoine historique de la localité.

« Avant l’intronisation d’un Teigne, il y a un puits appelé « mbeundoum déréte ». Ce lieu, découvert grâce à une vache du nom de « ndieuk », s’appelle « diandioum ciss ». Beaucoup d’eau en sortait. Lamane Bassa, propriétaire de cette vache, en informa Lamane Déthié Fou Ndiogou qui quitta le village de Bardial pour venir en faire un puits. Tout Teigne devait, avant son intronisation à Lambaye, se rendre à ce puits. Autour du puits, on mettait une tige de mil sur laquelle il s’asseyait. Puis il devait puiser du puits un des éléments symboliques suivants. S’il sortait du lait, de l’eau, du mil, on disait qu’il serait un bon roi, mais si le sang sortait, on disait qu’il ne sera pas intronisé parce qu’il serait sanguinaire », indique Alé Niang. « Il y a aussi « guy guewel », un baobab qui avait un trou en bas du tronc. On y enterrait les griots avec beaucoup de festivités, la veille. Il y a les mbanars, un cimetière spécifique où l’on enterrait les riches. Si vous allez à Thiakhar, il y a ndébane. Tous les chefs de canton qui étaient nommés devaient faire le tour de ce baobab pour formuler des prières », note-t-il.

Bambey, nid d’histoires
Le département de Bambey peut se targuer d’avoir des potentialités qu’on ne trouve pas ailleurs. « C’est un nid d’histoires », nous dit le doyen El Hadji Alé Niang. « Après le découpage traditionnel, Lat Soukabé Ngoné Dièye fonda, au 14e siècle, le village de Makaye Meïssa Tende Wedji qui se trouve à Keur Madiop Dieumbe. C’est là qu’il s’était installé, entre le Cayor et le Baol, parce qu’il ne voulait pas frustrer les gens du Baol ni ceux du Cayor. Il s’est installé entre le Cayor et le Baol, ayant comme fils, Meïssa Tende Wedji qui régna pendant 33 ans. Il a fait un lotissement de 33 rues et chaque soir, on immolait 33 bœufs et tout enfant qui était né portait le nom de Fall », explique l’historien. Dans ses différentes batailles, poursuit-il, Lat Soukabé Ngoné Dièye s’est battu avec les lébous et est allé jusqu’à Pout.

A l’université Alioune Diop, soutient le communicateur traditionnel, se trouve le marigot de la chance. « A l’époque, c’était un lieu de prières. Tous les villages environnants venaient s’y recueillir pour avoir un hivernage abondant. Lors de la bataille de Ndiarndem, en 1817, les guerriers de Birima Fatma Thioub qui livraient bataille à Teigne Amary Dior Borso Mbissane et leurs chevaux se désaltéraient à ce marigot qui se trouve à l’université », informe Alé Niang. Selon lui, « toute personne qui y formule des prières aura gain de cause ».

Avenir de la tradition orale dans le Baol
El Hadji Alé NiangAujourd’hui, déplore le vieux Alé Niang, la tradition orale du Baol connait une perte de valeurs. Nostalgique, il se souvient des danses comme le « ngomar », qui se pratiquaient à la veille de la circoncision. « C’était une danse sacrée créée et pratiquée par les Sérères. Elle se pratiquait avant la circoncision à Bambey Sérère, Ndol et un peu partout, du lundi jusqu’au vendredi ». Il y a aussi le « reub khodane » qui se pratiquait à l’approche de l’hivernage, la danse du fil extrêmement sacrée pratiquée à Toubatoul et Ndol. C’est une festivité pratiquée par les jeunes filles et garçons. Les coques de Ndol, une danse avec des mortiers dans lesquels on introduisait des coques qui émettent des sons musicaux. « Tout ce patrimoine a presque disparu », regrette El Hadji Alé Niang. « Le « kassak » n’existe plus. Le « dagagne », la danse du « yangape » pratiquée par les Linguères du Cayor suivies de leurs esclaves qui les éventaient n’existent plus parce qu’il n’y a pas eu une politique de valorisation ».

« Qui ne se rappelle pas du « ndiam » qui était une grande cérémonie ? Quand votre fiancée devait se faire tatouer, elle allait voir, le matin de bonne heure, la dame qui pratiquait le tatouage, accompagné de ses batteurs de tam-tam. L’activité se déroulait toute la journée. Le fiancé venait et distribuait beaucoup de billets de banque et la fiancée, pour montrer son courage, se mettait à danser », narre-t-il avec un brin de nostalgie.

Les tresses ne sont pas en reste. « Le « diéré », le « ngouka », le « niar », le « kari khétiakh », les « nodoug », de même que le gris-gris qu’on appelait « téré tékalma » que portaient les Linguère du Baol et du Cayor ont tous disparu », déplore Alé Niang.

A ce rythme, note-t-il, l’histoire traditionnelle du Baol risque de disparaître. « Nous sommes appelés à mourir et si nous partons, l’histoire va disparaître ».
Aujourd’hui, fait-il remarquer, beaucoup de traditionnalistes, à l’image de Mambenda Mboup, Sakhéwar Diop, Mbaye Soudy Samb, Niokhosso Seck de Lambaye sont tous partis sans laisser de traces. La tradition orale, selon Alé Niang, risque de disparaître si rien n’est fait. Alé Niang, auteur de « Si Yéri Niamane était encore là » et de la chanson « Massamba Dièye » savamment reprise par Youssou Ndour, recommande ainsi à tous les communicateurs traditionnels, du moins ceux qui maîtrisent assez bien l’histoire traditionnelle, d’en faire un livre comme l’a si bien fait Assane Ma Rokhaya Coumba Diangane qui a écrit le livre « Kadior Demb ». Et pourtant, affirme Samba Awa Ndiaye, communicateur traditionnel, par ailleurs animateur à radio Diourbel Fm Rts, d’importantes activités sont mises en œuvre à travers le développement culturel, voire la promotion des potentialités culturelles. « La région dispose d’un agenda culturel et d’un riche programme d’inventaire, de protection et de promotion du patrimoine matériel comme immatériel », note-t-il.

A Diourbel, dit-il, les animations, les spectacles, les cérémonies traditionnelles, les expositions, les festivals et de toutes activités ayant un lien avec la culture et les arts se tiennent assez souvent, même si, fait-il remarquer, la religion semble avoir pris le dessus. En atteste les différents « dahiras », les « thiante » sans oublier le phénomène des « zikr » ou chants organisés par les « Baye Fall » en hommage à leur guide, Cheikh Ibra Fall. La conséquence est qu’aujourd’hui, il est difficile d’évoquer l’épanouissement des jeunes à travers des soirées dansantes à Diourbel pourtant riche de son folklore bâti sur le « Takhourane », comme nous le fait savoir le traditionnaliste, Samba Awa Ndiaye. Pour autant, certains spectacles comme le théâtre, les concerts, les soirées folkloriques, sont organisés, même si c’est de façon parcimonieuse. Il s’y ajoute, selon El hadji Bara Ngom, les cérémonies de divination communément appelées « xooy », les séances de danses traditionnelles comme les nguel, le takhourane, etc., qui font encore de la résistance.

Par Mohamadou SAGNE et Samba Oumar FALL

Baback : L’histoire du village de Baback Sérère est liée à celle du Diobass en général qui a été longtemps considéré comme une zone du refus. Et, c’est cette localité d’ailleurs qui a accueilli la première paroisse du Diobass.

Un terroir de refus. Le village de Baback Sérère (Diobass, région de Thiès) l’a toujours été. Même si, avec le temps, la population s’est davantage ouverte aux autres. Selon l’ancien député, Mamadou Diagne Faye, natif du Diobass, « L’histoire du village de Baback Sérère est liée à celle du Diobass. Cette contrée qui, pendant longtemps, a été considérée comme une zone de refus, a vécu, en 1891, une crise qui est restée dans les annales nationale du Sénégal ». Avec un regard historique, il explique : « Presque toute la contrée du département voire de la région de Thiès, une bonne partie du Sénégal était complètement annexée par les colons vers 1889-1890. Et, il ne restait que le Diobass qui était une entité à l’intérieur de Thiès, à côté de Pout, et où il y avait des forteresses des colons et à Thiès où il y avait le cercle et son commandement qui étaient plus ou moins des populations rebelles ».

Mais, poursuit M. Faye, « c’est en 1891, que les colons ont livré une bataille épique pour annexer définitivement le Diobass en utilisant les services d’un certain Sanor Ndiaye, un agent recouvreur d’impôts qui avait l’habitude de traverser le Diobass pour aller à Popenguine. C’est ainsi que les colons ont pu maîtriser la géographie du Diobass et ont osé pénétrer dans le Diobass et s’attaquer aux populations ». D’ailleurs, laisse entendre Mamadou Faye Dialagne, « c’est à Baback que se déroula, en mai 1891, cette bataille qui a été perdue par ce même Sanor Ndiaye qui finit par alerter les colons et ces derniers lancèrent des bombes dans la zone ». Mamadou Dialagne Faye révèle que : « le premier chef de canton était originaire du village de Baback et s’appelait Malick Niakh. Mais, l’histoire basculera par la suite avant que les colons ne mettent la main sur le village de Baback. Ce fut un tournant dans le Diobass ».

La première paroisse du Diobass
Eglise Baback SérèreJusqu’à un passé récent, c’est dans le village de Baback Sérère qu’était implantée la seule paroisse de la zone du Diobass. Les catholiques s’y rendaient à chaque fois pour la célébration de la messe le dimanche où à l’occasion des fêtes comme Noël ou Pâques. Une forte communauté chrétienne vit dans la zone avec une bonne partie qui réside à Sanghé, Baback Sérère, Ngolane et Pout Diack. Cela, malgré l’influence de la religion musulmane avec l’Islam qui y a pris ses racines vers les années 1880. Ce qui a favorisé la bonne cohabitation entre ces deux communautés et de manière harmonieuse même si, il faut le souligner, les fidèles musulmans semblent plus nombreux surtout à Baback. « Les missionnaires qui sont passés par ici ont favorisé certainement la première messe célébrée en 1892, pendant la guerre de Sanokh avec les fils de Diobass », raconte l’Abbé Philipe Ba Youga Mbengue, ancien Curé de la paroisse de Baback, aujourd’hui administrée par l’actuel Curé, Abbé Etienne Mbengue.

Communion de deux communautés sur le plan culturel
La paroisse de Baback a été créée en 1970 par Monseigneur Xavier François Ndione. Depuis, des prêtres se sont succédé dans ce lieu de culte pour témoigner de l’Evangile du Christ dans la zone et également témoigner de leur charité. L’Abbé Philipe Ba Youga Mbengue indique « que les premiers baptêmes ont eu lieu en 1935 et c’est à partir de 1952 qu’on a eu les premiers convertis ». La paroisse de Baback Sérère polarisait, au départ, un seul village avant de s’étendre, selon lui, « jusqu’à Khombole et ensuite à Sanghé. Par la suite, il y a eu des découpages, ces dernières années, pour permettre à la paroisse d’être plus poches des populations. Sur l’axe Thiès-Keur Sadaro jusqu’à Tassette, c’est la seule paroisse mais il y a un secteur qui a été créé par la suite, c’est celui de Pout Diack ».

La mosquée et la chapelle en parfaite cohabitation
Dans le village, les deux communautés musulmane et catholique partagent tout. Surtout sur le plan culturel où, à certaines périodes de cérémonies d’initiation qui durent près de 2 mois par classe d’âge par exemple, les adolescents, les jeunes, à partir de 16 ans, sont initiés, c’est la communion et l’entraide qui prévalent. Les jeunes du village entrent tous les deux ans dans la case d’initiation pour parfaire leur formation et à se forger une véritable croyance de leur ethnie sérère et avoir le courage surtout dans le travail et toute autre action à entreprendre. « Pendant tout ce temps d’initiation, il y a la paix au village, même ceux qui ne se parlaient pas se parlent et c’est la joie », souligne notre interlocuteur. Dans le village, la chapelle et la mosquée sont côte à côte. Et cela ne gène en rien la pratique religieuse des deux communautés. D’autant que même au sein des familles, musulmans et chrétiens partagent le même lit, ils partagent aussi le même repas autour du bol. « Dans une famille, on peut trouver une partie musulmane et une autre partie catholique », révèle le curé de la paroisse Saint Augustin de Baback. Une attitude saluée par tout un chacun et que tous ceux que nous avons interrogés souhaitent que ce bel exemple puisse faire tache d’huile et servir d’exemple aux autres localités.

Le mythe de « Ndiol Diobass » s’est effondré
Philippe Mbengue CuréNdiol Diobass, fut un arbre géant, un caïcédrat qui était toujours là après la sécheresse qui a plus ou moins fait disparaître la forêt de Baback.
« C’est un long arbre qui faisait au moins une cinquantaine de mètres de hauteur qui a fini par subir les contre coups de cette calamité, en s’effondrant il y a près s’une d’années, lance Gérôme Ciss, rencontré le jour de notre visite dans cette localité où l’église célébrait sa fête patronale à la paroisse St Augustin de Baback.

Mais, il faut dire que l’arbre était le totem de la zone du Diobass. On l’appelait, en même temps, le phare de Baback. Tous ceux qui devaient passer l’étape d’adolescence à la phase adulte étaient obligés de traverser cette épreuve de l’arc qu’il fallait faire surplomber l’arbre avant toute circoncision. « Une difficile épreuve mais un exercice de bravoure surtout pour des jeunes de 15 à 25 ans », nous explique Mamadou Faye Dialagne, cet ancien député originaire du village de Baback. Ainsi, ajoute-t-il, « il y avait des assemblées consultatives de la société sérère, un rituel autour de l’arbre qui précédait l’épreuve de circoncision marquant ainsi le passage de l’adolescence à une autre étape et qu’il fallait accompagner par une éducation sérère à travers ce qu’il est convenu d’appeler le Ndut ».

Dans la tradition sérère, le Ndut se traduit par des épreuves allant de l’éducation à un exercice militaire. On inculque à l’intéressé un savoir intellectuel, un savoir faire, on le fait passer à l’apprentissage d’endurance, on le formate pour qu’il puisse devenir un homme apte à tout, en ayant, dans la tête, que la société est faite de difficultés à transcender, d’épreuves extrêmement pénibles qu’il faut affronter.

« C’est bien cet apprentissage, cette éducation que le Ndut inculquait à l’individu avec des valeurs qui, hélas, ont disparu du milieu sérère. Mais on continue de les respecter dans notre village en organisant, tous les cinq (5) ans, une cérémonie de Ndut même si la manière orthodoxe de l’organiser semble avoir perdu sa valeur, mais le fond y est toujours », nous apprend Mamadou Faye Dialagne.

D’autant plus que, souligne-t-il : « ceci est très important pour l’homme qui subit toutes ces épreuves, car il ne peut pas, après ce rituel, faire des choses impropres. Nous partageons ces mêmes valeurs avec nos cousins Diolas, les ouolofs le font avec le Kassak ». Mais, Mamadou Faye déplore, malheureusement, l’abandon, par certaines ethnies et la société, des valeurs ancestrales. Ce qui fait, selon lui, « qu’on assiste à une société dite moderne et non plus des valeurs morales d’éthiques avec l’apparition des religions révélées où les gens confondent beaucoup de choses entre la tradition et la religion ».

Un repère pour les pêcheurs de Popenguine
Pour autant, à Baback, les habitants restent toujours attachés à leur culture. La circoncision (ou Ndut) est programmée tous les 5 ans. Et que Ndiol Diobass qui symbolisait le mythe dans le Diobass était un caïcédrat géant qui servait de repère à partir duquel les pêcheurs de Popenguine Ndayane s’orientaient quand ils partaient en mer. Mais hélas, il s’est effondré en laissant un grand vide. Toutefois, il faut souligner qu’il y a une autre version qui caractérise Ndiol Diobass. Elle en ferait un homme originaire de Tatene et qui était le chef du village quand les colons sont arrivés, particulièrement les premiers missionnaires qui ont traversé le Diobass. Parce qu’avant eux, personne n’était autorisée à entrer dans le Diobass. C’était une population fermée qui a su profiter de cette vaste et touffue forêt à l’époque pour préserver leur sécurité car aucune autre personne n’osait s’aventurer dans ce village. Mais, aujourd’hui, il y a une grande ouverture par rapport à la période antérieure grâce à l’école et aux religions.

Par Mohamadou SAGNE

A Guédiawaye, il y a un dynamique village artisanal, un lycée d’excellence qui truste les premiers prix des concours de l’enseignement national, un stade où évoluent des équipes de l’élite du football sénégalais, une bande littorale de plusieurs milliers de mètres dont des promoteurs fonciers se disputent l'acquisition, une présence timide et aléatoire des banques. Selon les projets de l'édile de la ville, il va y avoir une salle de spectacle, un démembrement de l’université… Mais la grande absente est l’industrie. Il n’y a point d’usine. Aucune structure industrielle à grande échelle. L’une des villes produisant le plus grand nombre de diplômés au Sénégal ne bénéficie pas de structure capable de proposer du travail à une population majoritairement jeune. Ils n’ont pas profité des rares grands chantiers dans la ville comme l’établissement des bassins de rétention des eaux de pluie afin de résoudre le récurrent problème des inondations. Il manque également des espaces verts et de loisirs même si des efforts ont été consentis avec la mise en place d’un jardin public en face de l’esplanade de la mairie de ville. Si les questions liées à la jeunesse n’ont pas trouvé de solutions – c’est un euphémisme – celles du troisième âge se pose encore avec beaucoup plus d'acuité. Arrivés en masse à la retraite autour de 2000, la plupart des jeunes travailleurs recasés à la fin des années 60 et courant 70 à Guédiawaye constitue aujourd’hui le troisième âge de la ville. Ils fréquentent quotidiennement les lieux de sociabilité appelés Grand’Place. Nous avons passé une journée en leur compagnie.

Grand’Place, ces hauts lieux de vie à Guédiawaye
A Guédiawaye, bien plus qu’ailleurs au Sénégal, les Grand’Place sont des lieux de sociabilité. Ouverts aux quatre vents et sommairement, ils accueillent, entre autres, le troisième âge, qui y trouve bien plus que le simple plaisir de passer le temps.

La tension est à son comble! Essuyant, à intervalle régulier, la sueur naissante sur son front pour mieux réfléchir, Simon Mendy avance ses pions avec une prudence de sioux comme un démineur sur les ruines d’une sale guerre. « Simon, il y a quelqu’un pour toi »*, lui lance-t-on. Mais l’annonce de visiteurs n’ébranle pas sa concentration. Avant que la partie de jeu de dames se termine, nous avons le temps d’apprendre que Simon est un médecin à la retraite et qu’« il communique bien ». Chevelure et barbe poivre et sel lui donnent un faux air de Sean Connery (acteur britannique ayant interprété James Bond) sénégalais, avec quelques années en moins. Légèrement bedonnant (« les effets de la bière locale », sourira-t-il plus tard), Simon rectifie : « Je suis infirmier à la retraite ».

Rendez-vous place de « l’arbre à palabre »
Sports GuédiawayeNous sommes à « Grand’Place Nim Gui », situé aux abords du grand marché Bou Bess de Guédiawaye, banlieue dakaroise dirigée par « le triumvirat des "trois P": populaire-populeux-pauvreté », selon la formule de Simon. L’emplacement est tellement connu qu’il sert en quelque sorte de Google Map afin de pallier les lotissements et dénominations de rues pas toujours précis. Ce Grand’Place prend le nom de « Nim Ggui », l’un des arbres à palabre du Sénégal. Souvent utilisé comme médicament contre le paludisme dans certains villages reculés, l’Azadirachta indica, son nom barbare et scientifique, sert dans ce lieu de rencontre d’abri contre le soleil mais surtout d’espace aménagé pour les jeux de cartes. A Guédiawaye, le Grand’Place a un double caractère : légèreté et gravité.

Tolérance religieuse
A 14h00, les parties sont arrêtées d’un seul coup. « C’est l’heure de la prière! », annonce le muezzin de la place. « Nous interdisons toute polémique ou discussions stériles sur les confréries pouvant dégénérer, mais la pratique de la religion fait partie intégrale de nos activités », martèle Simon Mendy pendant que les autres effectuent la prière. Il est le seul de confession chrétienne dans ce regroupement de musulmans. « Ils respectent ma foi et vice-versa », poursuit-il. Le temps de reprendre les parties, une blague grivoise et un grand éclatement de rire réveillent ceux qui commençaient à piquer du nez.

L’art de passer le temps
L’assemblée a conscience que les jeux de hasard n’ont pas bonne réputation au Sénégal. Ainsi tous les moyens sont bons pour donner une connotation positive à ce regroupement quotidien de vieux « passeurs de temps pour qui, du fait de nos grands âges, le temps est de plus en plus compté », philosophe Simon Mendy. Faire passer le temps, mais ne pas perdre de vue l’essentiel. Ainsi un tableau d’informations pour les retraités, qui constituent la grande majorité de la centaine de membres qui fréquente le Grand’Place, indique les groupes et les différentes dates de paiement des pensions.,

La légende de Mbaye Weuliss « le siffleur »
Il est situé devant le domicile de Mbaye Diom: un homme d’un milieu social plutôt aisé ayant sombré dans la folie à la fin des années 1980. Mamadou Niang, président honorifique de l’association du quartier, rappelle que le Grand’Place existe depuis 1976 dans ce qui était le 1er Guédiawaye et s’est déplacé chez Mbaye Diom en 2000. « Il est plus connu sous le nom de « Mbaye Weulliss » (le siffleur, en wolof), sobriquet qu’il tient de son goût immodéré de siffloter », complète Simon Mendy. Couché sur un matelas de paille, dans la seule pièce de la maison, sans volets ni fenêtres, dont les murs portent les stigmates des feux qu’il allume pendant les périodes de froid, Mbaye dort. « On dit qu’il peut être violent mais nous cohabitons avec lui sans aucun problème. Il a de simples besoins : les cigarettes, la marque Camellia par excellence et des bonbons "Menthe Fraîche"», assure le jeune retraité. La légende devenue mythe prête à ce simple d’esprit, jadis grand entrepreneur, la participation à la construction de la « salle Sorano », le principal théâtre de Dakar jusqu’en 2011, ainsi que l’aménagement de l’immeuble de Radio Sénégal.

Solidarité
« Nous demandons aux membres, composés de toutes les couches sociales, une cotisation annuelle de 6.000 FCfa. Une grande partie de cet argent va à l’entretien de la maison de Mbaye qui était un dépotoir anarchique d’ordures avant notre implantation. Nous le nettoyons et nous nous occupons également de lui trouver à manger. D’ailleurs sa famille, chaque fois qu’elle est de passage, nous en remercie », plaide habilement Mamadou Yala Diop, 65 ans, qui dit avoir vécu longtemps en France et cite les différents lieux, places et quartiers du XVIIIe arrondissement de Paris. Cet acte de sociabilité ne semble pas être le premier. La solidarité s’exprime dans les moments de plaisir comme ceux plus difficiles, tels que les décès ou la maladie, la composition de délégations pour aller demander la main d’une femme pour un membre de l’association. Des chômeurs sont même devenus travailleurs grâce à la fréquentation du lieu. « Un de mes fils porte le nom d’un ami rencontré ici », nous lance-t-on à l’autre bout de la table de jeu.

Mbaye Lô, amuseur public
C’est ainsi que débarque un personnage haut en couleurs : Mbaye Lô, septuagénaire, « le griot du Grand’Place » comme il se surnomme. Il avoisine les 2 mètres, ce qui en fait un porte-voix naturel. « Je suis l’amuseur public, mais je fais office de maître de cérémonies pendant la Korité et la Tamxarite ». Pour ces fêtes musulmanes, l’association dépense près 2 millions de FCfa pour l’achat de courses qu’elle redistribue à ses membres. « Je suis chargé de l’achat des bêtes jusqu’à la distribution de la viande », précise celui qui a longtemps bourlingué : 3 ans à Bamako et 10 ans de présence au Burkina Faso. Les parties de cartes et des jeux de dame se poursuivent ainsi dans une bonne humeur et une convivialité à peine dérangées par les bruits du tumultueux Marché Bou Bess.

Par Moussa DIOP (textes) et Mbacké BA (photos)

Last modified on mercredi, 27 septembre 2017 15:12

Après la pluie, c’est le mauvais temps dans les bassins versants du département de Matam. Ourossogui, une des localités qui était sous les eaux pendant l’hivernage, se relève, aujourd’hui, de ce mauvais souvenir. Grâce à un appui financier du Conseil général des Yvelines (France) et du Conseil départemental de Matam, des digues de protection ont été érigées sur les parties nord et ouest de la ville. Des infrastructures qui ont permis à la ville d’être à l’abri des inondations.

Dans le département de Matam, nombreuses sont ces localités situées dans un bassin versant, surplombées par des collines. Du coup, elles se retrouvent sous les eaux pendant l’hivernage. Oréfondé, Hodio, Asndé Balla, Agnam, Doumga Wouro Alpha et plus particulièrement la commune de Ourossogui ne sont pas épargnés. Dans cette ville, le problème était devenu récurent et inquiétant. Durant l’hivernage, le « quartier moderne » est un abus d’appellation. Ce quartier ressemble à un étang. L’ancienne digue se trouve, du coup, sous-dimensionnée. Elle ne parvenait plus à contenir les eaux pluviales, après de fortes précipitations. L’hôpital, le camp militaire, le marché étaient aussi envahis. Chaque année, c’était un éternel recommencement.

DigueLes populations riveraines vivaient le même calvaire. Ce phénomène récurrent avait fini par les installer dans la psychose. « On vivait des moments très difficiles pendant l’hivernage », témoigne Babacar Sow, habitant de Ourossogui. « Avant l’érection de la digue, nous vivions un véritable calvaire. Aujourd’hui, nous constatons qu’il y a un léger mieux. Il y a moins d’inondations dans la ville », souligne Dieynaba Sow, habitante du « quartier Moderne » de Ourossogui. Le mal est circonscrit avec l’arrivée d’une nouvelle équipe municipale. Avec l’aide de son partenaire, le Conseil général des Yvelines (France), il a commencé par la commune de Ourossogui dont le potentiel économique est non négligeable. « La commune regorge de beaucoup d’infrastructures sociales ; ce qui fait qu’elle est très stratégique dans le département », note le secrétaire général du Conseil départemental de Matam, Chérif Mahmoudou Kébé. Ces actions consistent à ériger une digue de protection en gabion d’une longueur de 425 m au nord de la ville, grâce au concours financier du Conseil général des Yvelines d’un montant de 129 millions de francs Cfa contre une contrepartie financière de 69 millions de francs Cfa du Conseil départemental de Matam. Soit près de 200 millions de francs Cfa.

À côté de la digue en gabion, une autre en terre a été construite et longe toute la partie ouest de la commune. Celle-ci, de l’avis de M. Kébé, drainera toutes les eaux pluviales de la commune tandis que la digue en gabion a pour rôle de réduire la vitesse de l’eau, dit-il. Celle en terre va, selon lui, conduire les eaux vers le fleuve. « Beaucoup de savoir-faire technique et de technologies ont été utilisés pour la réalisation de ces deux digues », magnifie le secrétaire général du conseil départemental de Matam pour qui le problème des inondations à Ourossogui est en passe de devenir, aujourd’hui, un « mauvais souvenir ».

Entamée en 2014, la réception provisoire de ces digues de protection a été effectuée en août 2016 en présence du président du Conseil général des Yvelines, Pierre Bedier. Des réflexions sont en cours pour sa rétrocession et son entretien. « Il faut étudier dans quelle mesure la rétrocéder à la commune pour une bonne gestion. C’est une infrastructure qui mérite d’être entretenue. S’il y a des déchets ou des dépôts de sable dans les gabions, cela risque d’obstruer les vannes et l’eau ne va plus couler », souligne M. Kébé. Pour ce faire, dit-il, « cette digue mérite un bon entretien, en veillant au curage pré-hivernal des canaux ».

L’anticipation, remède contre l’impréparation
Cette année, le Conseil départemental s’en est pris très tôt. « Nous pouvons dire que cette année, Ourossogui sera à l’abri des inondations », se réjouit-il. Le Conseil départemental compte procéder à sa réception définitive cette année. Ces travaux ont donc permis de soulager les populations de Ourossogui. Cette expérience sera élargie dans d’autres communes du département comme à Doumga Wuro Alpha, Hodio, etc. Des localités qui sont dans le même cas que Ourossogui.

A Doumaga Ouro Alpha, village situé dans la commune de Bokidiawé, le mal est encore profond malgré quelques travaux initiés par-ci et par-là contre les inondations. Si rien n’est fait, les conséquences risquent d’être plus fâcheuses. Dans le passé, ce phénomène rendait la Route nationale N° 2 impraticable pendant au moins des heures du fait du ruissellement des eaux. « Nous aimerions ériger une digue de la même envergure que celle de Ourossogui dans ces localités », informe le secrétaire général du conseil départemental de Matam, Chérif Kébé. En attendant d’avoir des partenariats, le Conseil départemental de Matam entend partager cette expérience avec les pouvoirs publics, notamment les ministères impliqués, pour faire bénéficier ces villes de ces infrastructures. Quant à la ville de Matam, faut-il le préciser, l’État a pris des engagements pour réaliser une digue de protection contre les inondations.

D’importantes mesures prises pour endiguer le mal
En juin dernier, le ministre délégué auprès du ministre du Renouveau urbain, de l’Habitat et du Cadre de vie, chargé de la restructuration et de la requalification des banlieues était l’hôte de la région de Matam. Pape Gorgui Ndong a effectué une tournée de partage et de discussions avec les acteurs, pour anticiper sur les problèmes afin de lutter efficacement contre les inondations. Il a ainsi visité les localités de Kanel, Diandioly, Doumga Wouro Alpha, Matam et Ourossogui. D’importantes décisions ont été prises à l’issue de cette tournée dans la région de Matam. Celles-ci permettront d’anticiper sur les problèmes afin de lutter efficacement contre les inondations. Par exemple, à Diandioly, il s’agit du dessablement de la rivière qui ceinture le village et qui, du fait des obstructions, inonde toutes les habitations situées dans le bas-relief. À Doumga Wouro Alpha, les mesures d’appoint consistent à rendre fonctionnelle la canalisation assez vétuste, alors que dans la ville de Matam, il faudra procéder à la fermeture des brèches de la diguette de protection. Autant de mesures transitoires qui, de l’avis des techniciens, permettront de bien préparer l’hivernage 2017, en attendant la construction d’ouvrages structurants qui sont déjà en projet et qui, à terme, aideront efficacement à mettre fin à la lancinante question des inondations. « Nous avons vu des ouvrages qui ont été déjà mis en œuvre et nous avons observé que pour l’essentiel, les attentes portent sur la construction d’autres ouvrages, des digues de protection, mais aussi des canalisations avec des mesures conservatoires à mettre en place pour permettre aux populations d’être en sécurité », renseigne le ministre délégué auprès du ministre du Renouveau urbain. Avant de préciser : « nous avons vu une région un peu touchée par les inondations. Cela nécessite impérativement des actions urgentes de l’État pour permettre aux populations de vivre dans la quiétude pendant la période hivernale ». « Dans la commune de Ourossogui, un important programme est déjà entamé avec le ministère du Renouveau urbain, surtout dans sa phase de restructuration des anciens quartiers, dans la commune de Matam, le processus très avancé de la construction d’une digue-route de protection va définitivement régler le problème d’inondation de la ville », a-t-il ajouté.

À l’occasion, le ministre a précisé que, depuis 2012, des mesures exceptionnelles ont été engagées par le gouvernement du Sénégal avec le Plan décennal de lutte contre les inondations d’un coût de 766 milliards de FCfa. «Le président de la République a pris de bonnes dispositions dans cette quête perpétuelle de mettre les populations dans les meilleures conditions de vie et d’épanouissement». Les pouvoirs publics, accompagnés des techniciens et en concert avec les collectivités locales doivent travailler à ne plus permettre aux populations d’habiter dans les zones non aedificandi. « Il devrait en être de même pour l’installation des quartiers précaires dans des zones inconstructibles », conclut-il.

Me Moussa Bocar Thiam, maire de Ourossogui : « Notre commune est protégée grâce à cette digue »
Moussa Bocar ThiamDepuis l’avènement de cette digue, se réjouit le maire Me Moussa Bocar Thiam, la ville de Ourossogui est à l’abri des inondations. Selon lui, des eaux de ruissellement venaient du Ferlo et envahissaient la commune. « Aujourd’hui, avec l’érection de cet ouvrage, nous avons constaté une nette amélioration du point de vue des inondations », soutient le premier magistrat de la ville. Me Thiam se dit très satisfait de la réalisation de ces ouvrages. Pour le transfert de l’entretien de la digue à la municipalité, il souligne qu’ils sont en phase d’évaluation du coût et sur le choix de l’entreprise devant réaliser ces travaux. Aussi, informe-t-il, il est prévu de petits aménagements pour le maraîchage. Déjà, au lendemain des élections législatives du 30 juillet 2017, la mairie a procédé, de l’avis de Me Thiam, à des opérations de nivellement des endroits où les eaux stagnaient. Ourossogui fonde aussi beaucoup d’espoir sur son Plan directeur d’assainissement à travers l’Onas et dont la finalisation des études est prévue en novembre 2017. « Si ce plan est finalisé et exécuté, nous serons tranquilles », assure-t-il. La commune attend également 10 km de routes de Promovilles. « Si ces programmes se concrétisent, nous n’aurons plus de problèmes d’inondations dans la ville de Ourossogui », dit-il.

En partenariat avec la ville de Creil (département de l’Oise, région Hauts-de-France), Ourossogui va construire une station de traitement des eaux usées d’un coût de 750 millions de francs Cfa. Le démarrage des travaux est prévu en janvier-février 2018. « Dans toute la région, il n’y a pas de stations de traitement des eaux usées. Quand il pleut, les eaux de ruissellement reviennent dans les concessions voire les édifices publics », regrette-t-il.

Par Souleymane Diam SY

 

Aujourd’hui 4ème ville sénégalaise la plus peuplée avec près de 350.000 habitants, Guédiawaye a 50 ans. C’est l’âge d’or d’une Cité-dortoir issue du déguerpissement d’anciennes habitations de Dakar dont le visage a beaucoup changé tout au long de ces cinq dernières décennies. En effet, de baraquements de déguerpis, Guédiawaye est devenu la ville aux cinq communes d’arrondissements (Sam Notaire, Wakhinane-Nimzatt, Golf Sud, Ndiarème Limamoulaye et Médina Gounass). Ce changement tarde à tordre le coup aux idées reçues négatives accolées à la cité de la mer qui chante. Pourtant, entre ses murs, il y a tant de mondes qui s’éveillent et ne rêvent pas de nouveaux horizons. Nous avons choisi de raconter l’histoire et la vie à Guédiawaye à travers les yeux de différentes personnes. Chacune est intimement liée à la ville. La première partie est consacrée à la genèse de Guédiawaye.

La première expérience urbaine du Sénégal indépendant
Pour évoquer la genèse de Guédiawaye, Ousseynou Faye jouit d’une certaine légitimité. Enseignant-chercheur au département d’Histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et travaillant sur les questions d’urbanité, M. Faye est l’auteur de « Dakar et ses cultures. Un siècle de changements d’une ville coloniale », publié en août 2017 chez l’Harmattan. Il habite Guédiawaye depuis 30 ans.
« Il n’existe pas encore de monographie spécifique sur l’histoire de Guédiawaye. On sait que de banlieue de Dakar, il est devenu une ville », informe l’universitaire Ousseynou Faye. Si l’écriture est en retard, les échos de l’oralité ont parcouru la nappe phréatique de certaines parties du quartier de Wakhinane, les hauteurs érigées du Lycée Limamou Laye et les espaces sablonneux des cités édifiées le long du littoral. Une oralité méthodologique qui évoque un « 1er » et de « 2ème Guédiawaye ». Il y a d’abord eu un premier lot des déguerpis à partir de 1967. Ce sont ces quartiers qui sont nommés « 1er Guédiawaye » en opposition aux recasements des années 1970 naguère appelés « 2ème Guédiawaye ».

« La création de la ville de Guédiawaye est à loger dans une tradition urbaine en matière de lotissements de recasement, reprend l’historien Ousseynou Faye. C’est une expérience qui a commencé avec la Médina. Il s’agit de populations qui ont été déguerpies du quartier du Plateau et du centre-ville de Dakar. L’expérience a été poursuivie avec la création de la Gueule Tapée et de Pikine. Réinstaller ailleurs des populations du centre-ville, c’est cette tradition urbaine qui est à l’origine de la création de Guédiawaye ».

Contexte
NdiarèmeC’est une mise en place qui prend le relai de la politique de la question urbaine pendant la colonisation. « Dans les années 1960, Senghor, après avoir vaincu le « péril rouge » du communisme, exerçait un présidentialisme froid après une réforme constitutionnelle (passage du régime parlementaire à celui présidentiel). Après le contrôle politique de la rue, Senghor s’est attaqué au contrôle social de la rue », analyse Ousseynou Faye. Mais la politique de déguerpissement découle également d’un constat. Avec la préparation du Festival mondial des arts nègres (Fesman) de 1966, les pouvoirs publics voulaient enlever « les laideurs et les balafres de Dakar qui étaient à leurs yeux les malades mentaux, les lépreux mais aussi tous les baraquements et habitats précaires ». Ville dortoir à ses débuts, la création de Guédiawaye est la première initiative urbaine des autorités sénégalaises post indépendance contrairement, par exemple, à la Médina, une installation décidée par les colons.

Investissements de peuplement
Les populations, une fois installées, se sont approprié leurs lieux de résidence. Nimzatt Topito est devenu, par exemple, quartier Cheikh Wade même s’il y a la survivance d’anciens noms comme Angle Mouss, Baye Gaïndé, Wakhinane. Une installation qui n’a pas respectée les standards des investissements de peuplement que sont les routes bitumées, les éclairages de rues, les évacuations des eaux usées et de pluie, la construction d’hôpitaux, de marchés, etc. 50 ans après, malgré quelques esquisses, la création de piliers d’une citadelle continue de souffrir de manquements.

Installation
Les premiers déguerpis de 1967 sont les populations habitant Baye Gaïndé (actuel Hlm 1 & 2). Ils sont installés dans ce qu’on appelait jadis « 1er Guédiawaye ». « Ce sont les quartiers situés autour des arrêts « Double Less » et « Dial Mbaye » jusqu’aux actuels Hlm Las Palmas. Alors que les recasés des années 1970 ont quitté Nimzatt Topito de Dakar pour s’installer dans les quartiers actuels de Cheikh Wade, de Whakhinane ou de Angle Mouss », renseigne Ousseynou Faye. Pour ce dernier, qui habite Hamo IV de Guédiawaye depuis 1987, même s’il avoue y passer ses week-ends depuis 1975, la création de la ville répondait à plusieurs objectifs. « Le premier était de décongestionner et d’assainir Dakar en essayant de construire de nouvelles habitations qui donneront par la suite les Hlm. Le deuxième objectif devait permettre à un ensemble de propriétaires d’accéder aux titres de propriété officiellement établis. Alors que le troisième but était de réunir les conditions afin de respecter le réglementarisme hérité de la colonisation. Il s’agissait aussi de faire en sorte que la citadinité soit portée par toutes ces populations d’ex-déguerpis avec l’aménagement de fontaines publiques, par exemple. Enfin, avec le recasement des baraquements, les autorités publiques envisageaient de faire rayonner le tourisme car l’habitat précaire était une laideur. Dakar devait être la vitrine du succès de la ville africaine, du Sénégal indépendant ».

Par Moussa DIOP

Si le yéla, le pékane et le wango font penser au Fouta, le « taaxuran » renvoie au Baol. Dans cette partie du pays, riche de ses expressions culturelles, cet art oratoire qui revêt une fonction historique, didactique et récréative, source de fierté et élément indispensable de la vie culturelle, tend à disparaître progressivement. Pour les puristes de la musique traditionnelle, ce genre folklorique, le « taaxuran », est en pleine décrépitude par rapport aux autres rythmes. Et selon les acteurs culturels, il nécessite une sauvegarde urgente pour redonner une nouvelle vigueur à ce chant populaire afin qu’il puisse retrouver la place qui fut jadis la sienne aussi bien dans le Baol que dans le Cayor.

La musique, dit-on, adoucit les mœurs, mais le chant rythmé comme le « taaxuran » revigore les troupes, les amène à aller plus vite dans les tâches qui leur sont assignées. Dans le Baol, ce rythme d’animation populaire était exécuté lors des travaux collectifs, notamment les semailles, les récoltes, les constructions communautaires de grande envergure. Ndiol Niang, Niaw Thiaw et Samba Sow, pour ne citer que ceux-là, résument à eux seuls cet art autrefois très populaire dans le Baol, mais aussi dans le Cayor. Ces grands spécialistes de l’oralité dont le répertoire se résume en des louanges, des hauts faits des ascendants, sur la vie et l’œuvre d’un guide religieux, ont laissé à la postérité des œuvres musicales pleines de symboles.

Le « taaxuran », selon les gardiens de la tradition orale, a accompagné les habitants du Baol dans le processus de défrichement des terres. L’initiateur serait Ndiol Niang. Alé Niang, historien, chanteur, batteur et spécialiste en contes et légendes confirme. « Le « taaxuran » a été créé par Ndiol Niang », nous dit ce communicateur traditionnel considéré comme une vraie mémoire vivante du Baol. Cette forme d’art vocal, indique-t-il, s’est ensuite largement répandue. Il n’est un secret pour personne que pour récolter ses champs, Serigne Fallou Mbacké faisait toujours appel à Ndiol Niang pour galvaniser les condisciples à la récolte de plusieurs hectares d’arachide, nous dit-il. « Serigne Fallou Mbacké avait des champs qui s’étendaient à perte de vue. Des lenteurs étaient constatées lors de leur défrichage. C’est alors que le saint homme a fait appel à Ndiol Niang, un maître du « taaxuran » qui est venu galvaniser les gens qui étaient là. Dès qu’il a fait des déclamations, ils sont devenus très dynamiques », renseigne Alé Niang.

Pour Samba Awa Ndiaye, le « taaxuran » fait partie intégrante des facettes culturelles et artistiques du Baol. Ce communicateur traditionnel, très connu d’ailleurs à Diourbel, nous fait d’emblée savoir que Niaw Thiaw, Ndiol Niang, Samba Sow, Alioune Ndiaye sont les précurseurs de cette époque où, après les travaux champêtres, la vie était rythmée par des spectacles de « taaxuran » ou de séances de lutte qui faisaient évader certains pour suivre les troubadours. Comme dans le Cayor, dit-il, le « taaxuran » était également très ancré dans la tradition au Baol. Certains gardiens de la tradition perpétuaient ce rituel à travers une troupe qui était, nous dit-on, composée exclusivement d’hommes dont un parolier confirmé, des danseurs hors pair et de percussionnistes talentueux, le tout dans une tenue immaculée. Mais, la particularité du « taaxuran » est que les maîtres de cet art oral transmettaient, à l’époque, des messages très importants, instructifs et qui galvanisaient les gens au travail. Selon El Hadj Bara Ngom, communicateur traditionnel que nous avons interrogé sur le sujet à Diourbel, ceux qui exhibaient le « taaxuran » étaient assimilés à de grands communicateurs. « Ils étaient également maîtres dans l’art de l’entretien, de l’oralité et du rythme associés à toutes les formes de l’activité collective. Car, ils étaient conscients que seul le travail paie et que l’homme doit bien travailler pour subvenir à ses besoins sans compter sur qui que ce soit », indique-t-il.

Un art en perte de vitesse
Ainsi, le « taaxuran » a connu, au Baol, des périodes fastes avec l’avènement de Mame Cheikh Ibra Fall qui, pour galvaniser ses talibés sérères dans les champs, les autorisait à battre le tam-tam et à danser en lieu et place des zikrs. « C’était une belle manière de motiver les gens au travail, surtout durant les travaux champêtres pour galvaniser les cultivateurs. Aujourd’hui, c’est ce qui manque aux générations actuelles, une conséquence de la baisse de pavillon de ce chant séculaire face aux notes de la modernité », renseigne le communicateur traditionnel. Il est bien loin le temps où le « taaxuran » rythmait les travaux champêtres, mais aussi l’époque où les soirées récréatives avaient la côte et drainaient beaucoup de monde dans le Baol. « Ndiol Niang était régulièrement invité pour animer des soirées payantes. Il n’était pas le seul. Il y avait aussi d’autres maîtres du « taaxuran ». Mais tout cela, c’est fini. La musique moderne a tué pas mal de faits historiques. Aujourd’hui, si un Alé Niang jouait et qu’on dise que Youssou Ndour était à côté, je ne verrai personne », soutient Alé Niang.

Pour El Hadji Bara Ngom, les chants de khassaïdes, les zikrs de Baye Fall et les rappeurs sont autant de phénomènes sociaux qui menacent, de façon considérable, la pratique de cet art. Ces expressions ont fini de prendre le dessus sur toutes les autres dans la capitale du Baol où, il est même rare de voir des jeunes se retrouver dans des boites de nuits qui n’existent plus d’ailleurs. El Hadj Bara Ngom pense qu’il est « impératif de repenser notre culture pour permettre aux générations actuelles et celles à venir de mieux comprendre la vie qui était enseignée à travers des messages comme ce fut le cas lors des séances de « taaxuran » et d’autres activités culturelles de l’époque ». Il invite le ministre de la Culture, à défaut de réhabiliter ces rites, à demander aux groupes locaux à véhiculer leur importance pour les populations.

« Le « taaxuran » fait partie de nos traditions, de nos cultures comme l’est le « ndiam », le « ngomar », le « bawnaan » ou encore le « reub khodane » », explique Alé Niang. Toutes ces richesses, dit-il, ont, aujourd’hui, disparu. « Les gens qui l’aimaient et le pratiquaient avec une passion inégalable sont partis. On nous a inculqué d’autres civilisations et l’on a oublié la nôtre. Ce vraiment regrettable et ce que je condamne, c’est le fait qu’on n’ait pas intégré la tradition dans le système éducatif. C’est le ministère de l’Education nationale qui devait le faire, mais cela n’a pas été fait », soutient-il.

Le combat de la préservation
Taxurane danseMalgré cette présentation un peu alarmiste de la situation, certains artistes musiciens essaient tant bien que mal de préserver cette richesse culturelle. Alioune Ndiaye fait partie de ceux-là. Ce bonhomme a grandi dans le milieu de la musique, si bien qu’en 1981, alors qu’il n’était âgé que de 20 ans, il est devenu un grand batteur. Et deux ans plus tard, il créé son propre groupe « déglou djarignou » et obtient, par la même occasion, sa carte du Bureau sénégalais des droits d’auteur (Bsda) grâce au soutien de feu Doudou Ndiaye Rose.
Alioune Ndiaye qui travaille à la maison de la culture fait, aujourd’hui, partie des acteurs du « taaxuran », genre qu’il a seulement démarré en 1997. « Mon père a accompagné feu Ndiol Niang. Au début, il n’y avait que lui, Samba Sow et Niaw Thiaw qui vivait, à l’époque, à Thilmakha. Mais Ndiol Niang est devenu une icône dans cet art oratoire grâce à sa belle voix. Il avait un répertoire riche de chants sacrés et légendaires et ses déclamations étaient uniques », explique-t-il. Aujourd’hui, ses héritiers, Mor et Modou Niang, ont repris le flambeau.

Comme batteur, Alioune Ndiaye a accompagné Samba Sow, Allé Fall et Niaw Thiaw. En dehors des travaux champêtres, explique-t-il, le « taaxuran » est entonné lors des rassemblements festifs et d’autres formes de rencontres sociales. « De grandes soirées et veillées récréatives étaient organisées dans les villages. C’était des moments uniques pour louer la bravoure, la générosité de certains, mais aussi pour vilipender les cupides, dénoncer les mauvais payeurs, les personnes inhospitalières, les personnes plus laides, les plus insolentes. Celui qui avait des choses à se reprocher n’était pas autorisé à aller à ces soirées-là », raconte-t-il. Aujourd’hui, regrette-t-il, le « taaxuran » est un art délaissé. « Il n’intéresse plus un grand monde parce qu’il ne rapporte pas beaucoup d’argent », déplore-t-il. Et pourtant, note-t-il, « le « taaxuran » est un art plein de valeurs ». Mais, souligne-t-il, « on ne lui a pas donné la place qu’il faut ». Aujourd’hui, fait remarquer Alioune Ndiaye, certains précurseurs de cet art ne sont plus de ce monde et d’autres ont vieilli. Du coup, cet art a été laissé pour compte. « Il n’est plus besoin de démontrer l’importance du « taaxuran », qui est plus que menacée. C’est une bonne musique qui ne doit pas mourir, qu’on doit à tout prix préserver. Et c’est à la jeune génération de s’approprier la pratique réelle de cet art qui a tendance à s’effriter, mais les jeunes ne s’intéressent plus au « taaxuran » », déplore Alioune Ndiaye qui rappelle l’importance de préserver ces valeurs traditionnelles afin que les générations actuelles et futures puissent s’en inspirer.

Redonner au « taaxuran » son lustre d’antan constitue l’un des combats de cet artiste qui a signé un bail avec l’Orchestre national en 1995 puis en 2005 et qui a remporté, en 1997, le Grand prix du chef de l’État, option musique traditionnelle. Ce fervent défenseur du « taaxuran » travaille également à lui donner un rayonnement international. « Je me bats pour mettre sur pied une structure pour enseigner le « taaxuran » pour qu’il ne se perde pas. Actuellement, je suis à la recherche de partenaires pour revaloriser cet art », fait-il savoir. De même, il invite l’État, le secteur culturel notamment, à prendre des mesures concrètes pour préserver et promouvoir les valeurs uniques des expressions orales comme le « taaxuran ».

Pour Alioune Ndiaye, la révolution notée dans la musique ne doit pas tuer certaines pratiques. « Aujourd’hui, nos instruments traditionnels sont délaissés au profit des instruments modernes. Il y a un désintérêt de nos musiciens par rapport à nos instruments traditionnels alors qu’au même moment, des musiciens étrangers viennent au Sénégal s’y intéresser et les valoriser ». Paradoxal, selon Alioune Ndiaye. « À l’école des Arts, plus de 90 % des pensionnaires ne sont intéressés que par les instruments modernes. Ils se penchent beaucoup plus sur la musique dite moderne », indique Alioune Ndiaye qui fait partie de ces artistes qui, malgré l’avancée notoire des technologies, gardent une certaine authenticité dans la pratique de son art. « La musique traditionnelle doit nécessairement garder une place non négligeable dans le répertoire musical national et c’est l’État qui doit faire la politique de la musique traditionnelle et lui redonner plus de valeur », soutient-il. Des politiques concrètes doivent, à son avis, être sérieusement envisagées pour préserver et maintenir haut la flamme de la musique sénégalaise, inspirée de nos richesses traditionnelles.

Par Mohamadou SAGNE,
Samba Oumar FALL

Last modified on mardi, 26 septembre 2017 15:52

Le Fouta reste un exceptionnel creuset de musiques qui s’exercent dans plusieurs registres. Cette musicalité est riche de plusieurs formes corporatives. Le Fantang, considéré comme l’hymne du pastorat, en fait partie. Ce poème mythique magnifiant le « pulaagu » ou l’idéal peul a, depuis des siècles, rythmé les moments forts de la vie de cette communauté, sublimant ainsi les hauts faits et actions de ses héros. Véritable perle artistique, le Fantang est malgré tout resté contemporain grâce aux « Wambaabe » qui en ont fait et qui continuent d’en faire un genre profane épique très prisé des Peuls du Ferlo et d’une bonne partie du Fouta. Vu son importance et sa richesse, la sauvegarde de ce patrimoine qui constitue l’identité musicale peule s’impose pour éviter toute perdition culturelle.

Lundi, jour de « louma » (marché hebdomadaire) à Ranérou. La place du marché est en effervescence. L’animation est à son comble. Le soleil darde ses rayons meurtriers qui écrasent tout sur leur passage, mais ne semble pas affecter cette foule qui converge vers la même destination. Les charrettes et « wopou yakha », moyens de transport les plus usités dans la zone, déversent leurs flots d’usagers. Le marché très coloré au point de ressembler à un arc-en-ciel est bondé de monde. Une pollution sonore intense vient s’ajouter à ce brouhaha monstre. Ici, un Peul sur trois a son transistor en bandoulière. S’en échappent alors de belles mélopées. Ces épopées d’Amadou Sam Pôlel, Oumarel Sawa Donde, Yero Mama, les héros auxquels ils s’identifient, semblent les revigorer, les enivrer et les transporter leurs origines. Ce genre épique, accompagné de notes de « hoddu » (sorte de luth à quatre cordes longues mélodiques) et de « gnagnérou » (sorte de violon qui se joue à l’aide d’un archet convexe), deux instruments à la base de la musique pastorale peule, a traversé les siècles et apparaît comme le plus emblématique de leur identité. Branchée et moderne, cette communauté, la jeunesse en particulier, écoute dans une certaine mesure Baba Maal, Youssou Ndour, Pape Diouf et autres Waly Seck, mais ne néglige pas pour autant la musique de ses ancêtres qui forge son identité. Elle se reconnaîtt toujours dans son Fantang, ce poème mythique magnifiant le « pulaagu » et symbole d’une époque relativement ancienne, mais qui est restée contemporaine pour eux. Même les jeunes connaissent le Fantang et y attachent une importance particulière. Normal, c’est l’hymne au pastoralisme. Leur identité musicale.

Difficile pour un Peul de résister au Fantang quand cette musique est exécutée dans les règles de l’art. Les déclamations des « Wambaabé », ces thuriféraires des héros au glorieux passé et narrateurs de textes épiques, font vibrer les cordes sensibles de tout membre de cette communauté qui a le privilège d’être porté au pinacle. La personne citée fait alors preuve de générosité, donne un bœuf, et souvent la fierté le pousse à donner tout son troupeau, toute sa fortune.

Le Fantang est un « excitant », selon Mamadou Bâ. Il provoque une montée de l’adrénaline. Lors des cérémonies et soirées récréatives, cette musique occasionne des scènes de transe. « Il est très difficile de se retenir quand on chante tes ancêtres, ta généalogie. Certains entrent en transe et il est difficile de les retenir. D’autres se piquent au couteau pour démontrer leur invulnérabilité. C’est extraordinaire », indique ce sexagénaire qui dit avoir donné une fortune aux « Wambaabé » lors de grandes cérémonies durant lesquelles les hauts faits de ses ancêtres ont été rappelés. « On devient quelqu’un d’autre. C’est quelque chose de puissant, le Fantang. C’est une musique qui touche l’orgueil, vous », assure-t-il.

BergerSarra Mamadou Dia, petit-fils d’Amadou Sam Pôlel, ce guerrier peul qui a marqué son époque dans le Ferlo, confirme. « Le Fantang est une arme redoutable contre la peur. Quand on le chante devant un Peul, une onde traverse tout son corps et le transforme. Il devient quelqu’un d’autre. C’est comme un véhicule avec chauffage », indique-t-il. « Chaque cérémonie, les Wambaabé chantent la gloire de nos ancêtres et on est obligé de donner au moins un bœuf. Même si on ne l’a pas, on est obligé d’en trouver », renseigne-t-il.

« Le Fantang, c’est dans notre sang. C’est notre hymne, il fait notre fierté. Un Peul ne peut rester indifférent quand on chante le Fantang devant lui », affirme-t-il la main sur le cœur. Si le Pekane est l’apanage des « Subalbe » (pêcheurs) et le « Yeela » celui des « Awlubé » (griots), le Fantang est, quant à lui, dû aux « Wambaabé » et aux «Maabubé» «suudu Paaté», spécialiste de la musique, nous dit Pr Ibrahima Wane, enseignant-chercheur au département des Lettres modernes de la Faculté des Lettres et Sciences et humaines de l’Ucad. « Il est joué au « gnagnérou » (vièle) ou au « hoddu » (guitare à trois ou quatre cordes) », ajoute-t-il.

Ce poème mythique, renseigne le Pr Ibrahima Wane, remonte aux racines de la société et célèbre les héros de la communauté peule. Selon M. Wane, « il dit à travers le pacte de trois frères (Hamadi, le boisselier, Samba, le pasteur, et Demba, le griot), comment la division du travail et l’organisation sociale se sont faites ». Il explique aussi, de l’avis du Pr Wane, « les liens qui unissent les groupes socioprofessionnelles qui sont le socle de la société et chante le « pulaagu », l’idéal peul ».

Le Fantang, c’est tout simplement l’hymne du pastorat, note M. Wane. « Il met en scène le Peul, la vache, la femme, évoque les paysages, les pâturages, les points d’eau. Il sublime ainsi la figure du héros peul, qui est incarnée par exemple dans les récits épiques du Djolof par Amadou Sam Pôlel », note-t-il.

De l’avis de Souleymane Galo Ba, secrétaire municipal par intérim de Ranérou, le Fantang est la musique traditionnelle des Ferlankés (habitants du Ferlo). « Le Fantang n’est rien d’autre que l’hymne et l’identité des Ferlankés, la musique des guerriers peuls à l’image d’Amadou Sam Pôlel, Yéro Maama, Mody Aly, fondateur de Nelbi », relève-t-il en précisant que cette musique n’est pas dédiée à n’importe quel personnage. Dans le Ferlo, cet air rythme les grandes cérémonies comme la naissance, le mariage, le baptême, les fêtes religieuses, la circoncision, et autres soirées mondaines qui sont de bonnes occasions pour assister à des envolées magiques au rythme des virtuoses et des maîtres de cet art.

Origines mythiques
EleveurLa mémoire populaire soutient que le Fantang doit sa renommée à son origine mythique qui s’est formée à l’intérieur de la tradition orale qui, pendant des siècles, fut le principal support du maintien de l’identité culturelle peule. Selon de nombreux témoignages, un guitariste entendit fredonner un air musical et essaya le reproduire à l’aide de son instrument. Il s’agissait, selon le vieux Mamadou Bâ, d’un chant d’un oiseau perché sur une branche.

Pour le Pr Ibrahima Wane, le Fantang, comme le Laguiya, composé en l’honneur de Samba Guéladjégui et des Déniyanké, a une origine mythique. « On attribue sa création à des êtres surnaturels. Le griot aurait, après avoir eu écho de ces mélodies particulières, tenté de les reproduire sur son instrument », informe l’enseignant-chercheur. Siré Mamadou Ndongo qui a consacré sur ce sujet un ouvrage fouillé intitulé « Le Fantang : poèmes mythiques des bergers peuls », confirme le mysticisme qui entoure cet art oral. Un mysticisme qui relate l’origine des liens unissant trois des groupes socioprofessionnels de la société peule que sont le boisselier, le pasteur et le griot. D’ailleurs, note-t-il, le « hoddu », tire ses origines de la synthèse de ce trio humain et de leur savoir-faire. Car, la caisse de résonnance est creusée par le boisselier, la peau tendue sur l’instrument est fournie par le pasteur, tandis que le griot fabrique l’instrument.

Mais si le Fantang qui a traversé des siècles fait partie du fondement de la société peule, il est cependant difficile d’en parler sans évoquer les wambaabés (pluriel de bambaado), ces maîtres de la parole qui de tout temps ont été avec les Peuls pour chanter leurs louanges. Le bambaado, nous dit Sada Hamady Ifra Bâ, occupe une place très importante dans l’organisation sociale peule. « Quand les chefs se battaient, les wambaabé étaient là pour les revigorer en chantant leurs hauts faits. En cas de victoire, on les récompensait, leur offrait des bœufs », nous dit ce bambaado. Mais, avertit-il, « n’est pas bambaado qui veut et ne chante pas le Fantang qui veut ». Le Fantang, soutient-il, est l’apanage des Peuls. « C’est une musique pure jouée pour les nobles. C’est un air qui se joue accompagné du "hoddu" d’un bambaado », note-t-il. Un Peul, sauf s’il est déraciné, précise-t-il, ne peut rester indifférent à la récitation de sa généalogie ou aux déclamations de récits épiques illustrant les exploits de ses aïeuls. « Cet art requiert donc la connaissance de l’histoire des familles pour permettre au bambaado de garder soigneusement la mémoire de la généalogie de son maître ou bienfaiteur », fait-il remarquer.

D’une localité à l’autre, chaque composante peule revendique un air particulier du Fantang mais, note Sada Hamady Ifra bambaado, l’essence reste la même. « Aujourd’hui, nous sommes envahis par des apprentis wambaabé, des intrus qui veulent se faire de l’argent facilement. C’est ce qui fait que plusieurs personnes jouent le Fantang alors que ce n’est pas leur rôle », regrette Sada Hamady Ifra bambaado. « Ce qu’ils font, ce n’est pas du Fantang puisqu’ils ne respectent pas les canons classiques. Cela fait perdre à cet art toute son authenticité », dit-il, en déplorant le recul du Fantang.

Sauvegarde du Fantang
Aujourd’hui, l’évolution des économies fait craindre le nivellement des cultures. Même si certains musiciens essaient tant bien que mal de préserver cette richesse culturelle qui leur est propre, la sauvegarde du Fantang qui constitue leur identité s’impose. Selon Souleymane Galo Bâ, la mairie de Ranérou, dans le cadre de la valorisation de ce patrimoine, a organisé en 2013 des journées culturelles sur cette musique traditionnelle du Ferlo. Des griots, selon M. Bâ, ont été conviés à cette manifestation et ont retracé l’historique de cette musique qui, a-t-il souligné, continue de faire difficilement son chemin.

Pour le Pr Ibrahima Wane, le Fantang est une poésie et une musique de veillée, qui suppose des contextes de production et de réception assez précis. « Il se fait entendre surtout là où des conditions similaires sont plus ou moins récréées : réceptions d’hôtes de marque, soirées culturelles, émissions radiophoniques, etc. Il survit essentiellement aujourd’hui à travers des cassettes de prestations enregistrées au cours des précédentes décennies », fait-il savoir. Il déplore le fait que le Fantang soit peu investi par les acteurs de la musique populaire qui privilégient le plus souvent des compositions beaucoup plus rythmées. « Parmi les quelques artistes qui puisent de façon constante dans le Fantang, on peut citer Malick Pathé Sow et Issa Mbaye Diari Sow, tous deux basés en Belgique », renseigne-t-il. Toutefois, note le Pr Wane, la Direction du Patrimoine culturel a lancé, depuis quelques années, un programme d’inventaire du patrimoine culturel immatériel dans lequel les expressions musicales occupent une place importante. « Il faut espérer que ce projet aboutisse non seulement à la collecte d’œuvres de référence, mais à la publication de grandes collections », soutient-il. Dans ce travail de sauvegarde et de promotion, souligne-t-il, le ministère de la Culture pourrait, en collaboration avec la Rts, qui détient une bonne partie de la mémoire musicale et dispose de moyens techniques, éditer sous forme de CD et autres des échantillons de ce patrimoine précieux aux plans culturel, historique et esthétique. De même, indique le Pr Wane, « la Sodav pourrait aussi être associée à ce genre d’entreprise, le soutien aux expressions artistiques et culturelles étant une des missions des sociétés de gestion du droit d’auteur ». Tout comme l’École nationale des arts, qui, affirme-t-il, a une partition à jouer à ce niveau en accordant, dans le cadre de la rénovation de ses contenus pédagogiques, plus d’attention à notre patrimoine culturel.

Ainsi, dans ce contexte, la sauvegarde du Fantang pourrait alors prendre figure de trésor. Pourquoi ne pas le classer au patrimoine mondial, comme le fut en 2005 la poésie pastorale des bergers peuls du Macina, à travers les espaces culturels du « Yaaral » et du «Degal», deux manifestations célébrant le retour de transhumance ?

Par Samba Oumar FALL, Souleymane Diam SY (textes) et Mbacké BA (photos)

Last modified on lundi, 25 septembre 2017 15:53

« Un jour en vaut trois pour qui fait chaque chose en son temps », dit un proverbe chinois. L'adage a son sens dans bien des pays et dans plusieurs domaines, y compris au Sénégal et dans l'éducation. Mais tout dépend de la manière dont les élèves gèrent leur temps. Quand d'aucuns perdent le leur, d'autres plus pragmatiques l'investissent à bon escient et tirent toujours leur épingle du jeu.

Le temps est un facteur très important dans la réussite de tout projet. Il est essentiel d'en avoir la maîtrise pour espérer atteindre ses objectifs. Certains enfants en sont conscients malgré leur jeune âge. C'est le cas d'Assane Bopp, élève de Seconde L2 aux cours Sainte Marie de Hann. Pour cet adolescent de 15 ans, l'année scolaire est une période de travail et non de loisirs. Il décline ses ambitions en ces termes : « J'ai un emploi du temps bien déterminé. Par exemple, pendant l'année scolaire, je ne perdais pas de temps à la fin des cours. Je rentrais directement à la maison. Je me reposais pendant une heure, puis prenais deux heures pour revoir mes cours. Après le dîner, je regardais un peu la télé avant d'aller au lit vers 22 heures. Et le week-end, je passais un peu plus de temps devant mes cours ».

Trouvé en pleine discussion avec ses amis autour de leur jeu vidéo favori « dream league », il ne semble, dans un premier temps, pas trop emballé par le débat sur l'usage que les élèves font de leur temps. La motivation est finalement venue des propos de son jeune camarade Cheikh Tidiane Ndiaye qui, lui, voit les choses autrement. En vacances à Dakar, ce garçon de 13 ans et élève en classe de 5ème au CEM Serigne Amadou Wade de Mbour avoue qu'il ne consacre pas tout son temps à la révision de ses cours. « L'après-midi, je regardais un peu mes cours, puis j'allais jouer au foot avec mes amis. Le soir, je regardais la télé jusqu'à 22 heures avant d'aller me coucher. Et le week-end, nous nous retrouvions autour d'une théière, surtout les samedis soir ».
Comme Cheikh, la plupart des jeunes partagent leur temps entre loisirs et études. Et il y a même des cas où la balance penche plus vers la distraction. Ce qui, le plus souvent, conduit au retard, voire à l'échec. Cependant, il faut reconnaître que la manière dont les élèves utilisent leur temps dépend aussi de facteurs tels que l'entourage familiale, le quartier de résidence, l'âge… Plus ils sont âgés, plus ils semblent savoir ce qu'ils veulent, ou ne veulent pas, et s'investissent alors à l'atteinte de leurs objectifs en temps utile. Leurs jeunes frères et sœurs des écoles élémentaires ont plus tendance à se livrer aux activités ludiques ; ce qui est normal.

Toutefois, on constate que, de nos jours, les élèves des collèges et lycées ont une certaine propension à la facilité. Ainsi, beaucoup passent le plus clair de leur temps à se distraire en regardant la télévision, en faisant du sport, en passant des heures sur les réseaux sociaux… Même à l'école, leur rapport avec le temps n'est pas des plus académiques. « Les élèves ont toute une panoplie d'astuces. Surtout les éléments perturbateurs et paresseux. Quand ils s'ennuient où n'ont pas envie de suivre le cours, ils pianotent souvent sur leur portable. Il en de même pour ceux qui descendent à certaines heures et qui, tout de même, vadrouillent en ville ou restent à l'école en train de jouer ou de surfer sur le Net, au lieu d'aller réviser leurs leçons », indique Lamine Cissé, professeur d'anglais au lycée franco-arabe Cheikh Mouhamadou Fadilou Mbacké du Point E.

Facteurs externes compromettants
La gestion du temps peut dépendre également de la situation sociale de la famille et de l'atmosphère qui y règne. Comme le dit Amadou Yoro Niang, inspecteur d'académie, « certains parents n'aident pas les enfants à bien gérer leur temps. Par exemple, ils ne respectent pas les heures de révision qu'ils sont parfois même tentés de grignoter ». Un autre phénomène qui s'est largement répandu et pour lequel on n'a nullement besoin d'être expert pour en détecter les signes, c'est celui des élèves qui, même pendant l'année scolaire, se laissent emporter par la « vague oisive » de la bande de copains adeptes de l'incontournable théière de la pause-déjeuner. Une grande tentation à la distraction continue.

Il est donc important d'avoir une approche optimale de la gestion du temps si l'on veut atteindre ses objectifs. Et quand on n'a pas tous les atouts en main, il est difficile d'y arriver. Mais pour l'instant, le temps semble arrêté dans la plupart des établissements scolaires. Les vacances sont généralement un moment de répit et l'occasion de se remettre en cause et, peut-être, de se fixer de nouveaux objectifs.

Seulement, pour bon nombre d'adolescents, l'heure est à la distraction et aux loisirs. Parties de thé, pique-nique, plage ou piscine, et autres activités sportives ou culturelles sont à l'air du temps. Pour ceux-là, le seul crédo qui vaille c'est « lâcher prise et tuer le temps ». Pourvu que cela ne dure qu'un laps de temps !

Le bonheur des uns fait le malheur des autres
Les chambres sont animées. Les genres musicaux changent d'une chambre à l'autre et envahissent les couloirs en même temps que l'odeur du thé cramé qui titille parfois les narines des occupants et des visiteurs de cet imposant édifice. Dans les couloirs, certains squatteurs, adeptes de la « grasse matinée », sont encore bien au chaud, parfois à deux dans un petit matelas à même le sol surplombé d'une moustiquaire. Seuls quelques rares étudiants assis ou debout sur des balcons, cahier ou livre à la main, écouteurs aux oreilles, tentent de se concentrer sur leurs révisions. « C'est la dernière ligne droite. Je dois passer mes examens pour valider ma Licence et espérer aller en Master 1 de Sociologie. A la sortie de l'université, j'espère décrocher un emploi bien rémunéré, car je suis l'aîné de ma famille. Mes parents comptent beaucoup sur moi. Je n'ai pas de temps à perdre ni droit à l'erreur », explique Ibrahima Diagne, jeune étudiant de 24 ans originaire de Kaolack.

Ici, dans le campus social, on a l'impression d'être dans une fourmilière. Du haut du troisième étage, on a une belle vue sur quelques pans de l'université. Ça grouille de monde à tous les coins. Pour certains, le temps semble arrêté. Partout, on voit de jeunes gens, par groupes de trois à huit, dans les couloirs, sur les trottoirs et les bancs publics, etc. Ils sont souvent debout et discutent à haute voix. De temps en temps, ils éclatent de rire, se taquinent et semblent partager de bons moments.

En contournant le Pavillon B pour passer à côté du « Restau Self » et rallier le mythique « couloir de la mort », l'on se rend compte de l'aspect relatif de la notion de temps qui peut changer d'un étudiant à l'autre. Quand d'aucuns préfèrent déjeuner dès l'ouverture des restaurants à 11 heures et passer à autre chose, d'autres prennent leur temps et attendent même jusqu'à la dernière minute pour s'y ruer. Sous ce chaud soleil de midi, l'ombre des quelques arbres et les boissons fraîches des bonnes dames assises non loin du Pavillon J sont tentantes. Là, dans le hall de ce pavillon, les coiffeurs ont élu domicile. Sous un petit air de reggae, le bruit des coups de ciseaux et de ronronnement des tondeuses se mêlent à la voix rabatteuse de quelques coiffeurs en quête de clients.

Certes tous ne sont pas ou ne sont plus étudiants. Mais il y en a qui sont encore inscrits à l'université et qui sont coiffeurs à mi-temps, histoire de se faire un peu d'argent pour se mettre à l'abri des éventuels aléas causés par le paiement tardif des bourses. Sous le couvert de l'anonymat, l'un d'entre eux accepte de parler : « Les temps sont durs. Il faut gagner sa vie d'une manière ou d'une autre. J'étais étudiant non-boursier inscrit au Département d'Anglais. Pour gagner quelques sous, je séchais parfois mes cours et me rapprochais d'un ami coiffeur pour l'aider. Quand j'ai raté mes examens de L2 à deux reprises, je me suis dit qu'il faut que je me trouve une activité rémunératrice. Alors, je n'ai pas décroché mieux que ça ».

Malgré les dures réalités que vivent les étudiants sous la « pression » du système LMD (Licence, Master, Doctorat) qui ne vise que le culte de l'excellence, certains se sont bien adaptés. C'est le cas de Cheikh A. T. Ndaw, 23 ans, étudiant en L3 au Département d'Histoire. « Il me faut trois ans pour décrocher la Licence et deux autres pour le Master. Là j'en suis à ma troisième année. Et il faut faire partie des meilleurs pour espérer être sélectionné en Master. Alors, je fais tout pour réussir et passer en classe supérieure avec les meilleures notes possibles. Depuis mon entrée à l'UCAD, j'ai tout sacrifié pour mes études. Je n'ai le temps ni pour les loisirs ni pour le sport », laisse-t-il entendre. Adossé au tronc d'un arbre à proximité de l'Institut des Sciences de la Terre, il révise tranquillement ses cours. Selon lui, la maîtrise du facteur temps est essentielle dans la formation. Celle-ci étant un tremplin vers le monde du travail, il faut se sacrifier et donner le meilleur de soi-même. « Je passe parfois des nuits blanches à étudier, surtout quand je prépare un concours parallèlement à mes études », ajoute-t-il.

Comment les étudiants gèrent leur temps ?
Il fut un temps, le campus était un « sacré » lieu de séjour, un univers de construction de la personne où l'on se targuait d'avoir le privilège d'y élire domicile. La vie d'étudiant constituait un mythe. Et l'université, un microcosme atypique digne d'un lieu de pèlerinage. Hélas, ce n'est plus le cas. Le système LMD est passé par là. Et maintenant? Fini, les tauliers, étudiants à la barbe blanche, éternels gardiens du temple. Fini, la "bouffe" à zéro sou, bonne ou mauvaise. Fini, les "clandos", étudiants squatteurs en série… Vraiment ?

A bord de la ligne 62 des bus Tata en provenance de Rufisque, les passagers tassés comme des sardines dans une boîte sont pressés de descendre et d'embrasser enfin un peu d'air frais. Mais il faudra prendre son mal en patience et attendre que le bus puisse se frayer un passage dans cet embouteillage monstre pour faire le tour du rond-point Cheikh Anta Diop et s'arrêter. En pleine matinée, tout le monde se démène comme il peut pour vaquer à ses occupations. Le trafic est dense. Travailleurs, étudiants, marchands, badauds… tous se fondent dans la masse. Pour se libérer de ce goulot infernal, les chauffeurs s’invectivent à coups de klaxon. Il faut exploiter la moindre faille. C'est ce que vient de faire celui de ce bus qui s'engouffre dans un petit espace à peine suffisant pour se dégager et finalement contourner la file de voitures tout en ignorant les insultes et plaintes des uns et des autres qui se confondent dans le tumulte de la circulation. Après quelques coups de volant, d'accélérateur et de frein, il s'arrête et crache une bonne partie de ses passagers. La plupart d'entre eux sont des étudiants. Sac au dos, cartable à la main ou en bandoulière, ils se dirigent sereinement vers la grande porte de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.

L'établissement créé à la veille des indépendances est connu pour avoir abrité la première université du Sénégal et vu passer des hommes d'élite tels que le célèbre égyptologue sénégalais dont il porte le nom. Au fil des décennies et des générations, des administrations et des systèmes se sont succédé, changeant la donne et créant de nouvelles conditions auxquelles l'étudiant doit s'adapter. Autant pouvait-on s'inscrire et rester étudiant pendant des années, sans finir un seul cursus ni obtenir une seule attestation de réussite; autant peut-on, aujourd'hui, se retrouver dehors après seulement deux échecs de suite pour un même module. Les garants de la « vieille école » devraient halluciner s'ils apprenaient que le bon vieux temps est révolu. Le fameux Pavillon A, tout de bleu et de blanc laqué, fier de ses trois étages et de son restaurant au sous-sol, ferait un bon spécimen pour jeter un regard furtif sur ce petit monde où les destins d'individus de divers horizons se croisent. En cette période d'examens, l'heure est aux révisions. Pourtant, rien n'en donne le signe. On se croirait plutôt en début d'année. Aux abords des escaliers, dans le hall et même dans les couloirs, on est là. On bavarde. On se la coule douce.

La tentation de croquer la vie à pleines dents
L'université est une représentation minuscule du monde. La vie d'étudiant a aussi son côté aguicheur. Et si l'on n'y prend pas garde, on risque facilement de se laisser aller aux plaisirs de la vie libertine. « On est tenté de croquer la vie à pleines dents », pense Khady Thiam, jeune étudiante en management des entreprises dans une école de formation professionnelle de la place. Au regard des affiches des différentes associations culturelles estudiantines et de l'offre culturelle des multiples salles de spectacle à proximité de l'université, on comprend cette tentation qui pourrait détourner l'étudiant des amphithéâtres et des salles de révision.

Aux environs de 17 heures, l'Avenue Cheikh Anta Diop est toujours sous l'emprise des embouteillages. C'est l'heure de la descente pour beaucoup, mais aussi l'occasion pour bon nombre d'étudiants d'enfiler baskets et survêtements pour se rendre à la Corniche, lieu de rencontre par excellence des amateurs de sport. Deux heures plus tard, les lampes commencent à s'allumer dans le campus, les restaurants s'ouvrent pour servir le dîner. Les étudiants arrivent par petits groupes. Certains mangent vite et ressortent, cartable à la main, pour se diriger vers les salles de révision où ils espèrent trouver une certaine quiétude. D'autres préfèrent traîner dehors encore un peu, avant de regagner leurs chambres. « On est jeune, on est libre. Il faut profiter au maximum », taquine Lucien Diouf, étudiant en L2 de Lettres Modernes.

Ce n'est qu'au-delà de minuit que le calme revient petit à petit. Les dernières lumières s'éteignent les unes après les autres. On ne voit plus que quelques petits groupes d'étudiants faire la débauche. A cette heure tardive de la nuit, la grande artère de l'Avenue Cheikh Anta Diop commence enfin à respirer et à dessouler des gaz de pots d'échappement.

Par Moussa SONKO (stagiaire)

Last modified on samedi, 23 septembre 2017 16:48

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