Evasion

Evasion (37)

La station balnéaire du Cap Skirring maintient le cap des mariages entre les hommes blancs et les filles noires. La dernière série d’unions entre des blancs et des filles noires remonte au mois de novembre 2016. Plusieurs filles interrogées affirment que ces unions sont encore d’actualité en dépit de la crise qui affecte le tourisme avec ses effets collatéraux au plan social. L’amour ne connaît pas la crise.

Il fait beau temps sur Cap Skirring ce 21 décembre 2016. En ce début d’après-midi, les rayons du soleil sont supportables. Une nuée de nuages semble flotter au-dessus des toits. Mais l’embellie ne profite pas aux restaurants. Ce n’est pas la période faste des années 2002-2004. Durant ces années, au mois de décembre, les rues, les restaurants et les plages étaient plongés en permanence dans l’ambiance de fin d’année. Le cuisinier Ousmane Guèye, accoudé sur le capot d’une voiturée stationnée à la hauteur des bars Resto « La Case Bamboug », se souvient des périodes où Cap vibrait au rythme des activités touristiques. Le tourisme qui est dans le creux de la vague a eu des effets collatéraux sur les unions entre les blancs et les filles noires. « Le mariage entre les touristes et les filles noires tend à disparaître. Qu’est-ce que nous constatons de nos jours ? Les touristes résidents sortent avec une fille, lorsqu’ils rentrent ils l’oublient. A leur retour, ils sortent avec une autre fille », nous informe le cuisinier Ousmane Guèye qui fait des extras dans des restaurants et des hôtels de la place. La morosité n’a pas gommé la place de Cap sur la carte touristique du Sénégal. La station balnéaire bascule paresseusement dans une effervescence assez soyeuse, vers 17 heures. Les touristes, à bord des pick-up, partent pour les excursions. D’autres se rendent dans les ateliers où les sculpteurs raffinent leurs œuvres. Près du comptoir, du restaurant Biarritz, un toubab du nom de Wen est à table avec son épouse noire. Tout roule au super pour ce couple. L’homme ironise et critique les mariages qui ne sont pas fondés sur l’amour, mais sur le bien matériel. « Il y a mariage et mariage. Pour moi tout se passe bien », dit-il avant de disparaître avec son épouse à bord d’une moto. Sur l’artère principale, par groupe, les touristes sortent des restaurants. D’autres marchandent des fruits aux stands aménagés près du rond-point. Sur le pavé du Bar resto « Le Régal », Marie-Thérèse Carvallo marche à grandes enjambées. Elle a l’air pressé. Cette dame rame à contre-courant du cuisinier. « Les touristes blancs continuent d’épouser des filles noires. Je ne crois pas que ce genre de mariage soit en perte de vitesse », objecte la dame qui a pignon sur rue dans la ville balnéaire depuis plusieurs décennies.

Regards croisés sur une mode
Les yeux couverts de lunettes de soleil, Aïcha Bassène, une fille de teint noir à forte corpulence, adopte une attitude prudente. Elle a préféré faire une radioscopie de ces unions sans les extraire d’un cadre plus global. « Les mariages des couples avec des conjoints de différentes races marchent même si parfois ces unions connaissent des problèmes comme du reste les autres mariages », analyse Aïcha Bassène. Sur la terrasse de ce restaurant situé près des statuts, trois filles dont une serveuse discutent à voix haute autour d’une table installée presque sur le trottoir. Lorsque nous les interpellons sur ce qu’elles pensent des mariages entre les touristes blancs et les filles noires au Cap Skirring, les deux demoiselles se regardent. L’une d’elles répondant du nom de Diédhiou botte en touche dans un premier temps. Sa réponse est laconique. « Je ne peux dire beaucoup de choses. Mais c’est un phénomène qui existe », dit-elle. Sa camarade Juliette Toupane, vêtue d’une robe courte de couleur bleue, n’a rien à cacher. Son avis tranche avec les nuances. « Au mois de novembre, beaucoup de filles noires ont été mariées par des toubabs qui les ont amenées dans leur pays. C’est pour vous dire que ces mariages sont encore d’actualité », avance Juliette Toupane. Au Cap Skirring, ces unions sont comme les mouvements des marées tantôt elles sont basses, tantôt elles sont hautes. C’est l’avis de Georgette Diatta rencontrée près du Restaurant « Le Golfeur ». « Pour moi, les choses ont changé. Les mariages entre les Blancs et les Noires étaient très fréquents », atteste-t-elle. Un vent d’éveil de conscience souffle. Les filles savent très bien que l’âge d’or du tourisme est derrière elles.

L’époux blanc, pas une finalité
Elles ne cherchent pas, coûte que coûte, à se marier avec un homme blanc. « C’est vrai que j’observe une évolution des mentalités. Auparavant, au Cap, toutes les belles filles avaient fait du mariage avec un homme blanc une fin en soi. Parfois c’est la famille qui s’en mêlait », nous décrit un peintre qui a requis l’anonymat. Du reste l’époux blanc reste un rêve pour les jeunes filles du Cap Skirring. Sur cette route passante, en début de soirée, les touristes envahissent peu à peu les terrasses des restaurants de cette rue qui a les couleurs d’une galerie commerciale à ciel ouvert. Nous quittons Cap pour Cabrousse.

Par Maguette NDONG et Idrissa SANE (textes) et Assane SOW (photos)

Située sur le littoral atlantique, au Nord-ouest de la région de Thiès, la commune de Mboro a une histoire qui est intimement liée à la politique agricole du colonisateur. Mais aujourd’hui, elle souffre de son isolement à l’intérieur de la nouvelle commune voisine de Darou Khoudoss qui la ceinture de partout.

Mboro est la seule commune urbaine de toute la zone des Niayes. Elle a été érigée en février 2002. Auparavant, la localité était le chef-lieu de la communauté rurale du même nom à une centaine de kilomètres de Dakar, la capitale sénégalaise à partir de la route côtière dite « Route des Niayes ». Mais, c’est à la faveur de la création de la station agricole par les colons, en 1936, qu’il faut remonter l’histoire de Mboro. « C’est une histoire qui, il faut le souligner, est intimement liée à la politique agricole du colonisateur dans la zone des Niayes. Car, ils avaient découvert à l’époque, la richesse des sols et la situation géographique de la zone favorable aux échanges. Ce qui motiva la création de la station agricole qui par la suite a contribué à l’expansion de la ville », nous raconte le maire de la ville, Moussa Ndiaye. Selon lui, « la station avait pour mission principale la vulgarisation de la production fruitière et maraichère dans la zone. D’ailleurs, une équipe de techniciens agricoles avait été déployée à la tête de la direction de la station qui était dotée d’infrastructures et d’équipements appropriés pour assurer la production fruitière et maraichère. Des paysans étaient choisis pour assurer les travaux champêtres et on appelait la zone des bas-fonds répondant aux critères de production : Tolou Colons ».
Une belle époque du reste qui favorisa une ruée vers Mboro. « Oui, des Sénégalais venaient de partout. Du Sine-Saloum, du Baol, de Thiès, de la Casamance pour trouver du travail de saisonniers et pouvoir subvenir à leurs besoins de consommation. Mieux, certains autochtones se lançaient dans des activités diverses pendant que d’autres avaient la lassitude d’entreprendre à leur profit.

Une zone de migration
Marché MboroMboro était devenu un véritable pôle des migrations internes du Sénégal », ajoute Moussa Ndiaye. Le maire de Mboro nous raconte également que, « la piste qui reliait la ville à Tivaouane était en bois et était construite par les villageois. Et, à l’époque, un seul véhicule disponible assurait la desserte une fois par semaine entre les deux localités entre les années 1940-1950. Pour aller vendre leurs produits à Thiès, les producteurs les transportaient à dos d’âne à travers des caravanes qu’ils organisaient à chaque fois. Ils quittaient Mboro vers 20h avant d’arriver à Thiès vers 4h du matin ».

Mboro, nous révèle le maire, « on l’appelait la zone, la petite Casamance avec son environnement naturel et son avifaune riches en potentiel animalier avec phacochères, lions, panthères et autres) et d’espèces d’oiseaux divers ». Un potentiel qui a fini par disparaitre pour laisser la place à l’horticulture et l’arboriculture fruitière ainsi que l’exploitation industrielle extractive. Ainsi, la ville vit à son rythme habituel qui l’a toujours caractérisé. « Celui d’une ville de migration qui abrite des saisonniers du secteur agricole et maraicher et des travailleurs des industries extractives où l’on note des résidents permanents et des temporaires » nous indique Mohamed Ben Saer Diouf, le secrétaire municipal de la mairie.

Mais, la population présente une spécificité qui est aussi liée à sa tradition de ruralité. Pourtant la ville ne compte que 8,22 % d’agriculteurs et d’éleveurs selon les statistiques. Seulement, on peut dire que c’est une situation qui puise ses origines dans l’évolution socio-économique de la ville, depuis la création, en 1936, la station agricole à vocation maraîchère et arboricultrice. Selon le maire Moussa Ndiaye, « plus de 25% des travailleurs des autres secteurs de l’économie locale mènent des activités parallèles dans ce domaine pour lequel, les services techniques déconcentrés du ministère de l’Agriculture implantés au niveau communal et départemental, ne disposent pratiquement pas de données statistiques satisfaisantes dans ce secteur clé du développement local ».

Diversité d’ethnies et de cultures
Aujourd’hui, à Mboro on note un faible mouvement d’émigrants, surtout de jeunes hommes et femmes vers la capitale si ce n’est pour des raisons d’études ou de travail et très rarement vers l’étranger. Même si, souligne l’édile de Mboro, « les arrêts annuels pour l’entretien de la plate-forme chimique des ICS favorisent un autre type de migration périodique drainant une masse d’ouvriers et de manœuvres chômeurs à la recherche d’emplois temporaires lucratifs ».

Une diversité d’ethnies et de cultures constitue pour l’essentiel les peuplements de la commune de Mboro. Notamment, les Ouolofs (39%), les Sérères (22%) les Pulaars (18%), les Diolas et les Mandiacks (17%), et environ 4% de Mandingues (Sossés, Bambaras…). « Une belle combinaison qui trouve sa stabilité sociale dans cette commune volonté de brassage ethnique et de métissage culturel d’une population forte de 26 675 âmes réparties dans 10 quartiers de la ville et dont les premiers: Abour et Keur Ndéné ont été créés en 1954 », selon le maire de Mboro. Et pour lui, « la sédentarisation progressive des migrants a favorisé la démographie galopante que subit la commune, avec un taux annuel de croissance avoisinant 6,5 %.  La population est ainsi passée de 8 454 habitants en 1988 à 19 423 en 2000 et 26 675 en 2012, soit une augmentation de 18 221 habitants (216%) en un peu plus d’un quart de siècle soit vingt-huit (28) années ».

Par ailleurs, à Mboro le secteur de l’emploi est fortement influencé par l’implantation et l’extension (à 5 Km de la commune) des Industries Chimiques du Sénégal (ICS) qui regroupent des industries extractives (les mines de Taïba) et de transformation (l’usine chimique de Darou Khoudoss). Selon le maire de la ville, « les ICS polarisent la plus grande partie des activités économiques de la commune et favorisent la floraison d’une multitude d’entreprises et de micro entreprises de sous-traitance. Jusqu’aux années 1970, la population active qui était composée d’environ 80% d’agriculteurs et d’éleveurs, a progressivement basculé vers une diversification des métiers courants ayant encouragé le secteur secondaire qui est à présent le mieux représenté avec 47,7% ».

Pôle attractif de développement et d’échanges
Gare routière MboroToutefois, il faut dire que l’expansion et l’extension de la ville a connu plusieurs étapes avec les premiers flux de migration intervenus en 1936. Par la suite, ces flux se sont progressivement intensifiés, pour atteindre leur paroxysme avec l’exploitation des mines de phosphates de Taïba en 1957, puis tout récemment, avec l’implantation des ICS en 1985. Aujourd’hui, l’environnement physique et socioéconomique, entre  autres spécificités, le bon micro-climat, ses sols riches et fertiles font de Mboro un pôle attractif de développement et d’échanges surtout adossé à une situation géographique favorable.

D’ailleurs souligne le maire de cette ville, « on peut citer Mboro parmi les pôles les plus importants de la culture maraîchère du Sénégal. L’audit urbain de la commune que nous avons réalisé a révélé que 30% de la production des pommes de terre et d’oignons du pays (6 200 tonnes/année) provient de Mboro qui approvisionne également plusieurs pays de la sous-région en légumineux, principalement la Mauritanie, la Gambie, et la Guinée Bissau. La production maraîchère concerne aussi plusieurs autres variétés, entre autres: concombre, haricot vert, courgette, citrouille, gombo, pastèque, persil, ail, etc. Par ailleurs, la commune est aussi une zone à vocation d’arboriculture fruitière. Les derniers chiffres relevés faisaient état en 2002, de 9 grands vergers contenant 3 404 manguiers et 1260 agrumes divers disséminés dans les zones d’exploitation et la zone d’habitation (orangers, mandariniers, citronniers de diverses variétés, bananiers, sapotilliers, papayers, goyaviers, pommiers cannelle). La culture céréalière (mil, maïs) y est pratiquée en période d’hivernage pour les besoins alimentaires de quelques rares familles. Ce nombre a certainement augmenté avec l’engouement suscité dans la production agricole et maraicère dans la zone”.

Plaque tournante du commerce des produits halieutiques
Ici, le secteur de la pêche occupe une place importante qui confère à la commune de Mboro le statut de plaque tournante du commerce de produits halieutiques. Avec une moyenne mensuelle de production estimée à 131 tonnes de produits frais venant du village de pêche voisin de Mboro sur mer (rattaché à Darou Khoudoss) et qui transite par la commune. « On enregistre des prises de toutes espèces et variétés dont : 114 tonnes sont destinées à l’exportation, 15 tonnes à la transformation (poisson  salé - séché, « Tambadiang ») et deux (2) tonnes jugées insuffisantes, destinées à la consommation locale », souligne le maire de Mboro. Une consommation, variant entre 2 500 à 3000 tonnes par mois, mais qui est soutenue par des apports extérieurs évalués à une moyenne d’environ 70 t, venant essentiellement des plages de Kayar, Hann, Rufisque, Mbour et Fass-Boye. L’approvisionnement de la commune en poisson frais est assuré par un groupe de 35 mareyeurs dont 15 femmes. Elle concerne uniquement les variétés de poisson à valeur commerciale moyenne, à la portée de la population locale.

L’équation des limites communales
Toutefois, avec les restrictions que lui imposent ses limites actuelles, la ville a perdu une grande partie de ses avantages liés au secteur de la pêche artisanale. Les activités de ce secteur qui n’occupe à présent que 0,3% de la population active (pêcheurs, mareyeurs), se limitent juste à la commercialisation et à la transformation du poisson, pêché sur les plages d’un hameau de la commune (Mboro sur/mer) actuellement rattaché à la communauté rurale de Darou-Khoudoss.

Incluse dans la zone côtière dite « zone des Niayes » et distante de cinq kilomètres du littoral atlantique, la ville de Mboro est totalement ceinturée par la communauté rurale de Darou- Khoudoss. Des limites actuelles, très sommairement définies, qui doivent, comme le souhaitent les populations, être redéfinies à la mesure des perspectives de développement à court, moyen et long termes. « Car, juste à la limite des concessions, ces limites géographiques compriment la commune sur une superficie de 310 ha dont 207 ha de surface urbanisée.
Des démarches idoines sont ainsi menées auprès des autorités compétentes par l’équipe communale, pour leur modification », souligne le maire Moussa Ndiaye.

Par Mamadou Lamine DIATTA et Mouhamadou SAGNE (Photos Pape Seydi)

 

Last modified on lundi, 09 janvier 2017 14:01

Jadis un quartier bourgeois, les Allées du Centenaire sont aussi, depuis quelques années, le centre d’affaires d’étrangers à la conquête d’un marché potentiel. Au-delà de ce cliché d’un espace fourmillant avec des magasins qui pullulent partout, ce grand axe a une histoire construite autour d’un plan d’urbanisme. Un plan qui avait coïncidé avec le premier festival mondial des arts nègres (Fesman). C’est sur cette grande perspective également d’où le nouveau Dakar est parti.

Un quartier « bourgeois de Dakar des années ‘’60’’, devenu le centre d’affaires de commerçants chinois qui courent sans relâche derrière l’ange capitaliste comme le soleil qui court infatigablement derrière la lune. Temple de l’informel de vendeurs ambulants aux petites débrouillardises continuelles, ces allées construites autour de grands axes, s’inscrivent comme toutes les grandes villes dans une perspective. Dominées par le majestueux monument de l’Obélisque, elles s’ouvrent sur plusieurs allées.

Envahies par des commerçants étrangers, notamment chinois, toutes les devantures des maisons sur cet axe historique sont transformées en magasins avec des prix de location assez corsés qui varient entre 300.000 et 350.000 Fcfa. Ses pensionnaires, pour la plupart à la retraite, avec des allocations mensuelles qui ne couvrent pas ou à peine leurs dépenses, sont obligés de céder à ces offres assez prometteuses d’investisseurs étrangers. En effet, le décor change pour devenir un Sandaga-bis. A chaque veille de 4 avril, tout est dégagé. On nettoie, on repeint, on embellit. Deux jours après, ces allées renouent avec leur décor habituel. Selon Hamidou Sall, poète et l’un des proches de Senghor, autour de ces allées anciennement appelées, le Boulevard Général de Gaulle, le premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, avait jeté les bases d’un plan directeur d’urbanisme pour configurer le visage de Dakar en la prolongeant de manière futile vers un nouveau Dakar.

Fruit de la rénovation de la Médina
L’ancien devrait donc cohabiter harmonieusement avec le nouveau. Une ville à refaire à cet axe historique. Dans ce plan d’urbanisation et de renouveau du vieux Dakar renseigne M. Sall, le président poète avait lancé le plan de rénovation de la Médina, le vieux Dakar, le quartier traditionnel et à majorité Lébous. « Des Lébous si attachés à leur terre, les faire bouger n’était pas évident. Mais, il a pu trouver des compromis dynamiques qui ont fait qu’une certaine partie de la Médina a été cédée », informe-t-il. Selon le vieux Niaga Samba, instituteur à la retraite et un des premiers habitants, cette partie qui a fait l’objet de concession et d’entente entre populations et pouvoirs publics concernait Fith-Mith, l’ancien quartier sablonneux contigu à la cité des chemins de fer avec ses eaux stagnantes. D’ailleurs, de là est né ce sobriquet.

« Sur cette partie cédée, l’Etat a construit des logements de luxe en grand standing qui ont donné Gibraltar I et II », indique cet ancien instituteur appelé l’historien de Dakar. « Les déplacés sont allés à Guédiawaye d’où le nom de Guédiawaye Fith-Mith », poursuit-il.

A l’en croire, le nom ‘’allées du centenaire’’ a été donné par le capitaine de Vaisseau, August Léopold Protêt, qui a planté, pour la première fois, le drapeau français à Dakar. « Faisant la navette entre Dakar et Gorée pour chercher de l’eau et du bois, il s’est rapproché des populations lébous pour s’installer en terre pleine. Comme on organisait en 1957, les centenaires de Dakar qui existe depuis 1432 avec l’arrivée des Lébous. Pour faire plaisir à ces derniers, il a nommé cette route qui se prolonge jusqu’à l’Obélisque, les allées du Centenaire », conte M. Samb.

Patrimoine d’un passé culturel, le Fesman
Au deuxième congrès des intellectuels et des artistes du monde noir organisé à Rome en 1956, la décision est prise. Le Sénégal devrait organiser le premier festival mondial des arts nègres, un évènement important dans l’histoire du monde noir, de l’Afrique et de la Diaspora. Un rendez-vous de l’Afrique avec elle-même, de la Diaspora avec la terre mère. L’année suivante, commence à souffler le vent des indépendances. Senghor, un des tenants de la négritude, se retrouve à la tête de l’Etat. Enfin, le temps de couronnement de toute une vie de combat. Il demande du temps pour préparer l’évènement. Finalement, le festival est reporté jusqu’à 1966.

Dans l’écriture, c’était un Paris fébrile avec une ethnologie chargée. Il fallait défendre les civilisations du monde noir, montrer que l’Afrique n’était pas une table rase. Qu’elle a même ensemencé le monde. Mais, Dakar qui devrait être en quelques années le point de ralliement de fils d’Afrique victimes de la violence occidentale et revendicateurs d’une identité noire en cette période de 1966, était une table rase d’hôtels.

Le Sénégal chargé d’accueillir le monde noir, au-delà, tous les amis de la culture. Ce n’était pas une mince affaire dans un Dakar qui, en cette période, n’avait pas de grandes infrastructures hôtelières, à part un qui se trouvait du côté de Ngor et quelques rares vieux hôtels du Plateau, notamment le Palme Sud. En l’absence de tous ces hôtels qui font aujourd’hui le fleuron de l’hôtellerie sénégalaise, il y avait un déficit qu’il fallait combler. Ainsi, Senghor a fait coïncider l’aménagement de cet axe des allées du Centenaire avec cet évènement majeur pour que les logements puissent servir à une bonne partie des hôtes avant d’aller entre les mains des vrais destinataires,

Aux origines de la lutte dakaroise
Dans cette partie de la rue 22, où siègent précisément la Banque de l’habitat du Sénégal (Bhs), le Cesag, un peu plus haut, une station d’essence, Toute cette partie enveloppait jadis, le parc municipal des sports à plusieurs disciplines, composé de terrains de football, de basket, de volleyball, de pétanque, de vélodrome, d’hippodrome, autrement appelé le champ de course.

C’est sur la rue 22 angle 19, notamment à Santhiaba et à Tiérigne d’où est parti le mbapatt dakarois. On trouve aussi un autre coin situé sur l’avenue Lamine Gueye ex-Gambetta, où des hommes se livraient à des combats de lutte, Packou Lambaye, appelé Domaine bi à l’époque.

Une place des Lébous qui servait également d’arène à des hommes qui se mesuraient les samedis et dimanches après midi. C’est ainsi que ce coin de la Médina était devenu le point de rencontre de grands champions de la lutte traditionnelle comme Robert Diouf, Pape Touré de Rufisque, Mame Gorgui Ndiaye, Youssou Diène, Mamadou Kane Wade de Thiaroye, Ibou Guèye de Rufisque. Avec l’apport mélodieux des griots à l’instar de Lama Bouna Bass Guèye et Vieux Sing Faye.

Par Marame Coumba Seck

Véritable trait d’union avec les îles du Saloum, Ndangane Sambou, situé dans la commune de Fimela, a connu une expansion rapide. Le quotidien de ce village qui s’est fortement développé se conjugue avec la pêche et le tourisme. Entre tradition et modernité, Ndangane qui conserve son authenticité et combine ses coutumes et ses activités traditionnelles de pêche avec celles d’accueil et d’animation cherche encore son équilibre.

Très vivant et animé par une activité débordante et une population accueillante, hospitalière, Ndangane Sambou a une âme toute particulière. C’est la première impression que l’on a quand on débarque dans cette charmante localité qui a gardé l’atmosphère et toutes les caractéristiques d’un village de pêcheurs. Depuis toujours, la pêche a rythmé la vie des populations. Et dame mer est le témoin silencieux de cette longue tradition qui a longtemps nourri les nombreuses familles qui dépendent de cette activité. De tout temps à Ndangane, les hommes ont capturé le poisson et une partie du produit est acheté par les femmes qui le fument et le revendent. L’autre partie était convoyée vers la capitale et les autres villes secondaires. La création de Ndangane Sambou remonte à 1892. Le premier à s’implanter sur le site est, selon Mamadou Bob, chef de village, un certain Sambou Sarr, venu de l’île de Ndjirnda. Ce dernier, explique-t-il, était venu chercher des troncs de rôniers dans la forêt de Samil. Sambou Sarr, selon le chef de village, a découvert ce site et y a pris ses quartiers. « Très vite, d’autres personnes venues de tous les coins du pays l’y ont rejoint. Ce village côtier a grandi pour devenir ce qu’il est aujourd’hui, un important village de pêcheurs », explique le vieux Mamadou Bob.

Sine SaloumBeaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis que Sambou Sarr s’est implanté à Ndangane, aujourd’hui en pleine expansion. Depuis, l’activité de pêche a rythmé la vie de la communauté. En attestent les pirogues amarrées le long des berges qui se comptent par centaines et qui représentent une source de vie et de survie même pour les milliers de personnes vivant dans le village. Mais depuis quelques années, la pêche qui est longtemps restée le fleuron de l’économie de cette zone a pris du plomb dans l’aile. Selon le chef de village, la flotte a complètement augmenté, passant du simple au triple. « À l’époque, les pêcheurs, après chaque sortie, regagnaient la terre ferme avec de très grosses prises. Aujourd’hui, les captures se font rares et les meilleurs jours, la mer ne nous donne même plus le dixième de ce qu’on ramenait il y a dix ans. C’est comme si on travaillait pour rien. Ce qui fait qu’on vit au jour le jour », regrette-t-il. « La situation est devenue tellement complexe que nos pêcheurs sont obligés de s’aventurer de plus en plus loin des côtes », explique le vieux Mamadou Bob. Aujourd’hui, dit-il, les jeunes migrent vers Mbour, Joal, Kayar, Kafountine, Diogué, Elinkine, Cap Skiring et même en Guinée Bissau à la recherche du poisson devenu très rare.

Un développement touristique au ralenti
Malgré la modernité, Ndangane est resté un authentique village de pêcheurs traditionnel qui vit aussi au rythme du tourisme avec Ndangane Campement qui dispose d’un site balnéaire aménagé vers les années 1980. Ce coin charmant a attiré de plus en plus des Européens qui ont succombé au charme de ce village après l’avoir visité en simples touristes. Certaines personnes du troisième âge en quête d’une retraite dorée ont franchi le cap et ont définitivement élu domicile dans ce bled. La venue de ces étrangers a complètement révolutionné la physionomie de ce village, annonçant ainsi de l’aube d’un développement touristique, à Ndangane Campement qui a toujours été une terre d’accueil et d’hospitalité. Les commerces ont fleuri à un rythme incroyable et les promoteurs touristiques, flairant un bon coup, y ont investi. Les hôtels, campements, restaurants, bars et cafés ont poussé comme des champignons. Le développement touristique impactant toute la chaîne de valeur, de nouveaux métiers se sont aussi développés. Beaucoup de jeunes pêcheurs sont devenus employés d’hôtel, domestiques, restaurateurs, guides.

Pour Yakhya Bob, président du Gie des piroguiers, par ailleurs acteur touristique, Ndangane Sambou est connu grâce à ses potentialités touristiques. Selon lui, le premier hôtel a été implanté en 1983 et depuis, informe-t-il, Ndangane Campement a connu un véritable rush des investisseurs. « Dans cette course effrénée, tout le monde est devenu promoteur touristique. Cela a eu des inconvénients avec l’implantation de campements clandestins qui hébergent souvent des touristes alors qu’ils ne s’acquittent d’aucune taxe. À cela vient s’ajouter la précarité de l’emploi dans le secteur, car les hôteliers ne recrutent pas. Ils ne proposent que des stages aux jeunes qui ont plus besoin d’emplois stables. C’est un problème », souligne-t-il.
Si le tourisme a connu des périodes fastes à Ndangane, ce n’est plus le cas aujourd’hui, reconnaît M. Bob. Comme c’est le cas un peu partout, la crise du secteur du tourisme n’a pas épargné Ndangane Campement qui regorge pourtant beaucoup d’atouts à faire valoir. « La crise se ressent partout. Quand on a moins de touristes, cela signifie qu’il y aura moins de revenus pour tous ceux qui gravitent autour du tourisme. Et Ndangane Campement vit aussi cette crise qui impacte sur la vie des populations, leurs activités », fait-il savoir. Pour M. Bob, un coup de barre s’impose pour freiner le lent déclin du tourisme à Ndangane et dans toute la région de Fatick.

Trait d’union avec les îles du Saloum
Village pêcheursAvec le développement du tourisme, Ndangane Sambou est devenu le point de départ idéal pour entamer une croisière dans les îles pour une escapade où émerveillement rime avec cadre exceptionnel. Les jeunes de la localité se sont organisés en groupement des piroguiers qui propose des traversées entre le continent et les îles. « Avant, il y avait beaucoup de tiraillements entre les piroguiers qui se bagarraient même pour embarquer les touristes. Cette image ne faisait pas la fierté de la localité. C’est ainsi qu’on a jugé nécessaire de nous organiser et de mettre en place un Gie bien réglementé. Nous avons créé un bureau et tout le monde a adhéré au projet. Les débuts n’ont pas été faciles. On a connu des hauts et des bas, mais avec le temps, on s’est adapté. Cette organisation a porté ses fruits », explique Yakhya Bob, président du Gie des piroguiers. Aujourd’hui, assure-t-il, ce sont près d’une centaine de pirogues qui se relaient pour rallier les îles. « Aujourd’hui, nous avons nettoyé notre environnement pour bien accueillir les touristes. Et nous leur proposons plusieurs circuits de découverte, dont l’île aux oiseaux, l’île de Mar Lodj, Diomboss, Falia, Dionewar, un grand tour des bolongs », note-t-il.

Cette activité en constante progression a contribué au développement des actions sociales. « Avec cette activité, nous soutenons le développement de notre village. Quand il y a des problèmes à régler au niveau de la mosquée, de l’hôpital, nous apportons notre contribution. Nous appuyons aussi nos étudiants qui sont souvent confrontés à des difficultés à Dakar. Des fois aussi, nous venons en appoint à l’État, quand les autorités ont besoin d’aller dans les îles », indique-t-il.

« En dehors des grands circuits classiques, nous avons développé des itinéraires dans des îles, qui vous font découvrir des sites encore peu connus au cœur du pays », explique Mbaye Thiam, qui fait partie de ces piroguiers qui proposent des circuits aux touristes. Avec le tourisme qui connaît un passage à vide, ce piroguier qui connaît les îles comme le fond de sa poche propose des circuits alternatifs pour s’en sortir.

Entre espoirs et attentes
Malgré ces nombreux atouts et contraintes, Ndangane est resté un authentique village de pêcheur et a conservé son charme, sa douceur de vivre. Et les attentes restent nombreuses. « Nous ne nous sentons vraiment pas inclus dans le circuit du développement qui se construit dans le pays. Notre village semble totalement oublié par les autorités. On se sent délaissé, on ne voit rien », déplore Yakhya Bob. Selon lui, Ndangane est un village de pêcheurs, mais, indique-t-il, l’appui de l’État ne se fait pas sentir. Aujourd’hui, le village réclame le revêtement de l’axe reliant Ndangane Sambou à Ndangane Campement. Une piste d’accès qui ne fait même pas deux kilomètres. « Cet axe est actuellement difficilement praticable surtout pendant l’hivernage. Une fois réalisé, il va favoriser le développement économique et social, ainsi que la commercialisation de nos produits halieutiques et agricoles », indique M. Bob.

Avec le développement de la pêche, les habitants de Ndangane veulent également une gare routière qui réponde aux besoins et qui leur permettrait d’évacuer rapidement leurs produits. Ndangane Sambou n’est pas aussi doté de marché et les habitants de ce village côtier interpellent les autorités pour la création d’un marché. « Cette situation nous a beaucoup handicapés, car on n’a pas d’endroit où écouler nos produits. Un village comme Ndangane ne peut pas rester sans marché », indique Ramatoulaye Diouf, présidente de Gie Bakh Yaye. Selon elle, les femmes n’ont pas d’alternatives. « La majeure partie des femmes s’activent dans la transformation des produits halieutiques, mais avec la surpêche, le poisson se fait de plus en plus rare. Cette situation impacte négativement sur leurs activités. Si la matière première se fait rare, ça pose problème », soutient-elle. À cela vient s’ajouter le manque de moyens qui plonge davantage les femmes dans la précarité. Cette situation, affirme-t-elle, les pousse à brader leurs produits aux Maliens, Guinéens et Burkinabés qui profitent de leur faiblesse pour les exploiter. Toutes ces choses font, de l’avis de Ramatoulaye Diouf, que les femmes de Ndangane ont besoin d’être appuyées.
Pour faire face aux défis du développement, les habitants de Ndangane souhaitent que les autorités locales accordent plus d’intérêt et d’attention à leur localité, et de lui faire bénéficier de projets structurants. C’est l’espérance, le souhait de chacun des habitants de Ndangane.

Le désarroi des femmes transformatrices
Dans une activité fortement conditionnée par les Maliens, Burkinabés et Guinéens, les femmes transformatrices de Ndangane Sambou vivent dans une situation de précarité extrême. Elles souhaitent bénéficier de financements pour sortir de l’informel et être beaucoup plus autonomes.

Travailler pour ne pas mourir de faim. C’est ainsi que les femmes transformatrices de Ndangane résument leur activité. Comme dans tous les villages de pêcheurs, le fumage du poisson est une pratique courante dans cette localité. Ici, l’activité n’est jamais au ralenti. Même quand le poisson se fait très rare, comme c’est le cas actuellement. Les sites de transformation sont devenus la seconde demeure des femmes qui se battent au quotidien pour assurer leur subsistance. La recherche du poisson et le fumage ne laissent guère de temps à ces bonnes femmes qui travaillent à un rythme infernal. Ici, raconte Marième Fall, les femmes ont bâti leur subsistance sur le commerce du poisson fumé. Pour améliorer leurs conditions de vie, elles se sont organisées en Groupement d’intérêt économique (Gie).

Malgré l’enthousiasme qui les anime, ces femmes travaillent à perte. « Le marché est conditionné par les Maliens, Burkinabés et Guinéens qui financent nos campagnes et rachètent leurs produits à des prix dérisoires. C’est de l’exploitation tout simplement », explique-t-elle. « La caisse de poisson varie entre 4.500 et 6.000 FCfa. Après quatre jours de séchage, on peut vendre le kilogramme de poisson fumé à 700 francs, mais si le séchage dure jusqu’à sept jours, le poids diminue et on est obligé de vendre à perte, c’est à 600 francs ou beaucoup moins. Ça ne nous arrange pas et on risque de s’endetter jusqu’au cou », dénonce-t-elle.

À Ndangane Sambou, les femmes sont suspendues au bon vouloir des étrangers qui se livrent à des chantages et partent parfois même avec leur argent. Mais ce sont les risques du métier, affirme Marième Fall. Avec le poisson qui se raréfie de plus en plus, les pêcheurs gagnés eux aussi par la crise, ont appris à mettre la barre très haut, en vendant cher leurs captures.

Et cette pénurie a sérieusement ralenti les activités de ces femmes, qui se rongent les ongles, du matin au soir, en attendant une providence. « De retour de marée, les pêcheurs refusent parfois de nous faire crédit. Ils sont obligés d’aller vendre leur poisson ailleurs », déplore-t-elle. Selon ces femmes, la transformation du poisson pourrait être un secteur porteur si des crédits leur étaient octroyés. « On ne peut pas se passer des Soussous, mais si on avait nos propres moyens, on pourrait vendre à notre prix. Même si les étrangers n’achètent pas, on pourrait vendre aussi grossistes qui viennent des marchés et des villes environnantes », assure-t-elle.

Aujourd’hui, leur rêve, c’est de sortir de l’informel et de travailler dans de meilleures conditions. Mais le fumage du poisson nécessitant un fonds assez important pour faire face aux dépenses telles que l’achat du poisson et autres accessoires, les femmes des différents Gie veulent obtenir une assistance financière sous forme de prêt. Ce qui leur permettrait d’être beaucoup plus autonomes et de travailler à plein temps.

Ndangane campement : Au départ, un hameau hanté par les djinns !
Ndagane campementNdangane Campement a connu un essor remarquable grâce au tourisme. Ce village qui abritait avant les indépendances un campement de transit militaire et administratif, mais qui était aussi un lieu de détention de haute sécurité est entouré de mystère. Il était peuplé par une forte colonie de djinns et autres esprits maléfiques qui ont perdu la bataille de l’occupation avec l’arrivée des hommes et l’avènement de la modernisation.

Ndangane Campement qui affiche aujourd’hui une belle santé économique était jadis un hameau inhospitalier où il était très risqué de s’aventurer. Les animaux sauvages et les djinns y faisaient la pluie et le beau temps. Pour faire payer les bâtisseurs qui ont osé troubler leur tranquillité.

Né il y a plus de 104 ans au village de Boof Poupouye, dans la sous-préfecture de Diakhao, fief des Saltigués fondé par son ancêtre Guenwar Pouye, El Hadji Babacar Faye a rejoint Campement en 1941, qui était alors un campement de transit militaire et administratif, mais aussi un lieu de détention de haute sécurité. En 1945, après la Seconde Guerre mondiale, il remplace définitivement son frère au niveau du camp où il occupe successivement les fonctions de cuisinier, jardinier, conducteur du bac et intendant. « Bien avant l’arrivée des Blancs, personne n’y habitait. C’est par la suite que les colons sont arrivés, mais se sont heurtés au refus des djinns qui peuplaient la zone. Auparavant, la terre leur avait été refusée à Palmarin. Ils avaient proposé aux djinns beaucoup d’argent, mais ces derniers l’avaient refusé », raconte le vieil homme. « Une fois à Campement, ils ont pris l’argent, l’ont mis dans une enveloppe et l’ont déposé dans un endroit où les djinns le verraient. Au quatrième jour, les djinns ont récupéré l’argent. C’était la preuve qu’ils avaient accepté l’offre. C’est ainsi que les Blancs ont installé leurs tentes ici », indique le chef de village de Ndangane Campement.

Après la Seconde Guerre mondiale, tout le monde est parti et le vieux Niokhor Faye est resté seul sur les lieux, à la merci des djinns. Une coexistence qui n’a pas été de tout repos, selon le vieux Niokhor. Et la valse des djinns a continué des années durant sans pour autant ébranler le descendant de Guenwar Pouye. Le vieux n’était pas victime de phénomènes paranormaux, mais il lui arrivait d’entendre des hurlements terrifiants au milieu de la nuit, de trouver une colonie de petits djinns faisant la bamboula dans la cour de sa maison. « Je vivais seul ici. À l’époque, il n’y avait presque rien et personne n’osait s’aventurer ici. C’était très risqué parce qu’il n’y avait qu’une forêt et les djinns étaient partout. Il arrivait même que les djinns se cachent dans ma maison », indique-t-il.

Le vieux Faye qui est resté malgré tout n’a pas eu besoin d’exorciste pour se débarrasser de ces esprits maléfiques. Il était bien armé mystiquement. Un gri-gri cousu avec une peau de lion le prémunissait contre ces esprits mauvais. « Comme les djinns ont peur du lion, j’exhibais toujours le talisman quand je sentais leur présence et ils s’écartaient aussitôt de mon chemin », narre-t-il.

Un soir, se souvient-il, il a trouvé que sa maison a été déplacée par les djinns. Stupéfié, il a marché des kilomètres et s’est perdu. Il a alors suivi une étoile et a aperçu du feu. « J’ai trouvé des Diolas rassemblés autour du feu et je leur ai expliqué que j’étais perdu. Ils m’ont remis sur le bon chemin. Je l’ai suivi jusqu’à la fenêtre de ma chambre », expose-t-il.
« Un autre jour, un djinn est venu le voir sous l’apparence d’un joueur de harpe doublé d’un danseur. Toute la nuit, il a joué de la musique et a dansé sans s’essouffler. Ce n’est que plus tard que j’ai a su qu’il s’agissait d’un djinn. Car le danseur en question s’appelait Kouli et ce dernier m’a confirmé qu’une maladie l’avait cloué au lit et qu’il n’était pas sorti depuis un mois », relate-t-il.

Des fois, fait-il savoir, les djinns apparaissaient sous la forme de toubabs. Il tirait des coups de feu en l’air et disparaissait. Depuis, ils n’étaient plus revenus. Avec l’installation et la modernisation, explique-t-il, tous les djinns ou presque sont partis. Plus tard, le vieux Niokhor Faye créa la première mosquée de Ndangane et y pria seul pendant deux années.

Aujourd’hui, Ndangane Campement n’est plus ce petit bourg terrifiant d’antan. Devenu un village touristique, Ndangane Campement a connu un développement économique, démographique et infrastructurel important. Et le vieux Niokhor Faye a été témoin des développements fulgurants de ce village. « Il y a quelques décennies, personne n’aurait imaginé un tel développement dans cette localité. Ndangane Campement n’a cessé de grandir et n’a presque plus rien à envier aux grandes villes », indique-t-il.

Par Samba Oumar FALL

Last modified on vendredi, 23 décembre 2016 12:24

A la lisière de la ville de Diourbel juste à côté du célèbre hôpital Henrik Lubke, se trouve le quartier traditionnel de Ndayane qui abrite les  « Mbanaars ». Il s’agit d’une pratique originale des Sérères de la contrée qui consistait à soulever la case d’un notable décédé pour l’implanter proprement sur son tombeau avec tout son contenu. Le site s’étend aujourd’hui sur deux hectares.

A Ndayane, on se rend compte de visu que l’Afrique a ses mystères à la faveur de la perpétuation de la vieille pratique des « Mbanaars ». Le site est situé dans la commune de Diourbel avec des baobabs à perte de vue et une authenticité jalousement préservée. Ce qui en fait pratiquement le seul poumon vert de la capitale du Baol. Trouvé sur les lieux, le vieux Yoro Faye qui fait figure de gardien du temple renseigne que « Mbanaar » est un mot wolof ; en Sérère on dit « Lome ». «  A l’époque, les « Mbanaars » se faisaient uniquement au profit des notables aisés » selon notre interlocuteur.
La pratique consiste ainsi à déménager la case du défunt pour l’implanter sur son tombeau. Ce sont des jeunes valides qui assuraient l’opération à l’aide de pagaies car ils n’avaient pas accès à des accessoires comme les pelles. Le « Mbanaar » était organisé à la fin de l’hivernage juste après les récoltes. De véritables agapes avaient alors lieu avec à la clé des bœufs qui étaient immolés. On mangeait à volonté, on buvait à satiété, les jeunes dansaient à qui mieux-mieux. Bref, on faisait ripaille. Un véritable rituel fait de chants, de danses et de réjouissances. Assane Sylla Faye, agent voyer de la commune de Diourbel, précise que c’est la famille du défunt qui offrait aux jeunes le bœuf, le mil, le lait et les autres condiments nécessaires à la tenue d’une belle fête.

L’Etat invité à restaurer les « Mbanaars »
Autrement dit, les « Mbanaars » n’étaient organisés que pour les notables aisés appelés « Borom barké » par les Wolofs. Les spécialistes de la tradition sérère rappellent à l’envi que les « Mbanaars » n’ont existé qu’à Ndayane et à Bandia (département de Mbour). D’ailleurs ceux de Diourbel sont les plus grands et les plus réputés. Un « Mbanaar » pouvait mesurer jusqu’à quatre mètres de hauteur. Ndayane est aujourd’hui un sous-quartier de la commune de Diourbel. A la faveur de l’urbanisation galopante, le site est devenu très populeux. Tamsir Faye, dernier khalife de Ndayane, est décédé récemment de même que le vieux Ngothie Faye de Diaoulé. Ils sont considérés comme les derniers gardiens de la culture du terroir.

Mbanaars NdayaneDès le mois de février prochain, une cérémonie grandiose sera organisée pour l’élection du nouveau khalife. Ces journées culturelles seront parrainées par le Directeur général de la société d’études et de réalisation des phosphates de Matam (Serpm), Eugène Ngor Faye. Selon ce fils du terroir, il faut revisiter l’ouvrage de Cheikh Anta Diop « Nations nègres et cultures » dans lequel il évoquait le « Lome » sérère qui renvoie au « Mbanaar ». Le patron de la Serpm poursuit en rappelant que les Sérères sont venus du Delta du Nil et que les habitants de Ndayane sont eux-mêmes originaires du Sine. Les Sérères ont aussi parcouru le Fouta dès qu’ils ont quitté l’Egypte. Ce qui explique leur cousinage à plaisanterie avec les Hal Puulars.

La préservation de la centaine de « Mbanaars » qui résistent à l’usure du temps est une vive préoccupation des Sérères de Diourbel. Assane Sylla Faye soutient, avec conviction, que les ancêtres ont réalisé les « Mbanaars » pour les générations futures et cela leur a coûté une fortune. C’est pourquoi leur préservation est devenue une urgence. D’autant que les riverains ne cessent de dénoncer l’attitude répréhensible de plusieurs chauffeurs de camions de sable qui ont détruit une bonne partie des installations. Résultat : bon nombre de « Mbanaars » se sont affaissés. Pourtant, le Conseil départemental a consenti des efforts notables en érigeant des piquets de délimitation afin de protéger l’espace en proie à des agressions extérieures.

Relations entre les Sérères et Serigne Touba
Aujourd’hui, la restauration des « Mbanaars » passe indubitablement par l’érection d’un mur de clôture, selon les gardiens de la tradition. Des discussions très avancées sont actuellement en cours entre la commune de Diourbel et le projet national Promovil. Il s’agira notamment de veiller à la formation d’un homme de culture pour en faire le conservateur des « Mbanaars ». Le site, classé patrimoine national, est menacé du fait qu’il est aussi devenu quelque part un énorme dépotoir d’ordures. S’y ajoute l’urgence de la plantation d’arbres, des espèces végétales assez rares pour renforcer les baobabs millénaires qui bordent ce site magique.

Car Diourbel est confronté à un réel problème de circulation de l’air avec une chaleur étouffante qui y sévit à longueur de journée. Les baobabs de Ndayane portent des noms évocateurs comme « Niaakh », « Ndieme Sakh », « Baaka Ndior », « Nguel Diegane », « Lakhoundé », « Gouye Sakhé », « Nderoo Makh », etc. A Ndayane, on raconte que Serigne Touba Khadimou Rassoul venait souvent profiter de l’ombre du Baobab « Niaakh » pour y effectuer la prière du « Takussan ». Ce baobab est d’ailleurs réputé pour son mysticisme avéré selon les Sérères de Ndayane. Mieux, il est considéré comme l’arbre symbole du site.

Diarno Paad Faye est le fondateur de Ndayane, selon des témoignages concordants. Mais en 1886, une grande épidémie de peste a disloqué le village. Plusieurs habitants ont alors quitté les lieux pour créer des villages comme Diambougoum, Tokasson, Mbélane, Ngoufor, Wendou-Ndayane (Gossas), etc. L’ancêtre des Faye est originaire du village de Mbaafaye Djilakh, situé au cœur du Sine. Doté d’une fortune immense, il n’avait pas hésité à offrir huit bœufs à Serigne Cheikh Anta Mbacké, frère et talibé de la première heure de Serigne Touba Khadimou Rassoul, fondateur du Mouridisme.

Cet acte illustre à merveille les relations séculaires, chaleureuses et empreintes de cordialité qui lient les Sérères de Diourbel et Cheikh Ahmadou Bamba. Les Sérères ont bien accueilli le Cheikh qui a vécu quinze bonnes années à Diourbel. Pour les habitants de Ndayane, les « Mbanaars » sont parvenus à redonner à l’homme sa dignité. De même, la restauration de l’espace pourrait contribuer au positionnement de Diourbel comme point focal du tourisme culturel et de découvertes.

Mbaye Diakhaté sur les « mbanaars » : L’un des espaces culturels les plus importants du Baol, selon l’adjoint au maire

Mbaye DiakhatéPour Mbaye Diakhaté, deuxième adjoint au maire de Diourbel chargé de l’Environnement, de la Santé et de l’Assainissement, la restauration des « Mbanaars » de Ndayane doit faire partie même du patrimoine culturel de la commune de Diourbel. Selon lui, il faut restaurer le site le plus rapidement possible.

Mbaye Diakhaté est convaincu que « cet espace renferme des vestiges de l’histoire de notre société et surtout de la société sérère plus précisément ». Il explique que Ndayanne, un village devenu un quartier de Diourbel où sont enterrés leurs grands-parents, mérite une attention particulière. Ne serait-ce que pour tous ceux qui reposent sur ce site. « Ils ont tout fait de leur vivant pour que Diourbel devienne ce qu’il est devenu aujourd’hui. Ils ont accueilli Serigne Touba ici et ont fait qu’il y soit resté pendant plus d’une quinzaine d’années. Donc, restaurer ou se remémorer leur vécu est une excellente chose »,  a ajouté notre interlocuteur.

Le deuxième adjoint au maire de Diourbel estime alors que « la restauration des « Mbanaars » de Ndayane doit faire partie même du patrimoine culturel de la commune de Diourbel. La commune est invitée à chercher des partenaires où qu’ils puissent se trouver pour restaurer ce site qui, éventuellement, pourrait devenir le point culturel le plus important de Diourbel. « L’arrivée de Cheikh Ahmadou Bamba a fait transformer nos coutumes », a-t-il affirmé. Mais, les Diourbellois restent encore ancrés dans leur civilisation qui place l’homme au cœur de toutes les préoccupations.

« Dieu même qui nous a créés nous a mis au devant de toutes les créatures. Donc, respecter nos morts, leur donner un visage très grand est important », à en croire M Diakhaté. Les « Mbanaars » rendaient à l’homme toute sa dignité quand il retournait vers Dieu. Il y allait avec tous ses bagages, tout ce qu’il avait comme biens pour dire à Dieu que c’est Toi qui m’avais créé ; je reviens à Toi avec tout ce que Tu m’as donné.

Mbaye Diakhaté indique donc « que cette grandeur de l’homme qui est magnifiée par les « Mbanaars » doit être revivifiée et restituée, ne serait-ce que pour faire comprendre aux générations futures qu’à n’importe quel moment de la vie de notre société nous avons su mettre en place une certaine forme d’organisation qui respectait toujours la dignité de l’homme. C’est dans cette perspective qu’il trouve extrêmement génial le projet de restauration des « Mbanaars » de Ndayanne. D’où l’urgence pour tous les fils de Diourbel de faire de ce site un lieu de culte, d’échanges et de découvertes pour les étrangers.

Des journées culturelles pour perpétuer les « Mbanaars »
L’épopée des  Mbanaars  reste gravée dans la mémoire des Diourbellois. Les descendants de la lignée paternelle de la famille « Faye » de Ndayane essayent tant bien que mal de restituer les vestiges de leurs ancêtres.

Une rencontre familiale est organisée à cet effet en même temps que des activités culturelles, nous informe un des membres de cette famille, Assane Sylla Faye. Selon lui, c’est une occasion qui nous est offerte de consolider davantage nos liens familiaux mais également et surtout de retracer l’histoire des « Mbanaars ». Ainsi, des expositions, des débats et des manifestations folkloriques symbolisant les rituels de ce patrimoine classé sont offerts au public durant cette période pendant laquelle la ville de Diourbel vit au rythme de la musique traditionnelle locale et à travers des spectacles riches en couleurs orchestrés par des groupes locaux au niveau des différents sites. Ces manifestations se tiennent généralement au mois de février de chaque année.

Babacar Faye, délégue de Ndayane : « Grâce aux « Mbanaars », nous jouissons de tous les privilèges »

Babacar FayeBabacar Faye est le délégué de Ndayane qui est rattaché à la commune de Diourbel depuis plusieurs années maintenant. Pour lui, les Mbanaars ont rehaussé le statut du quartier.

Babacar Faye est d’avis que Ndayane jouit de tous les privilèges dans la ville. Les préoccupations sont prises en compte par la mairie et les habitants du quartier vivent dans la communion et l’harmonie. Ils se concertent régulièrement sur tous les problèmes qu’ils ont en commun, à en croire notre interlocuteur. Le jeune délégué de quartier explique cet état d’esprit salutaire par le fait que, dès ma prise de fonction, il a privilégié une gestion transparente à travers l’implication de tout le monde pour ainsi poser les problèmes et trouver des solutions ensemble.

Babacar Faye est officiellement le quatrième délégué de quartier de Ndayane. Son père, feu El hadji Yoro Faye, fut le premier à diriger Ndayane. Quelques problèmes de sécurité subsistent dans la zone. Ils sont liés, selon lui, au manque d’éclairage public qui favorise les vols fréquents de bétail. Ce qui oblige les résidents à mettre en place un système de gardiennage nécessitant une participation de 1.000 FCfa par concession pour la rémunération des volontaires coptés à raison de 50.000 FCfa. Mais, cela n’a duré que deux ans.

Aussi ont-ils identifié des préoccupations d’emplois des jeunes et de financements pour les groupements de femmes au nombre de trois qui s’activent dans les activités génératrices de revenus à travers le petit commerce, les tontines et le maraîchage. Pour autant, le quartier de Ndayane, avec ses 680 concessions pour près de 5.000 habitants, n’est pas oublié dans la carte scolaire et sanitaire de la commune de Diourbel. La zone dispose de deux écoles élémentaires, un lycée et deux garderies d’enfants, en sus d’un poste de santé.

Mamadou Lamine DIATTA & Mohamadou SAGNE (textes)
Pape Seydi (photos)
Last modified on vendredi, 30 septembre 2016 12:42

Perdu dans les profondeurs de la région de Kédougou, dans la partie la plus orientale du Sénégal, le mal-être et l’amertume caractérisent Salémata, l’un des départements les plus pauvres du pays. L’isolement, le manque d’électricité et d’eau, ainsi que l’absence des services sociaux de base sont le lot quotidien de la population. Les carences sont nombreuses et la lutte pour la survie continue, longue et interminable comme un jour sans pain.

Salémata ! L’évocation de ce nom laisse imaginer une charmante créature aux formes sculpturales ou généreuses. Il n’en est rien. Salémata est tout simplement une localité complètement démunie, perdue dans le fin fond de Kédougou et que certains Kédovins mêmes auraient du mal à situer sur la carte de leur région. Érigé en département à la faveur du découpage administratif de 2008 faisant au même moment de Kédougou une région, Salémata fait partie des rares départements du Sénégal qui ne sont pas rattachés à leur chef-lieu de région par une route bitumée. L’isolement et l’enclavement lui sont presque imposés depuis la nuit des temps.

La curiosité de découvrir cette localité complètement enclavée du fait de sa position géographique laisse place au découragement quand on emprunte l’axe Kédougou-Salémata long de 80 kilomètres. Il n’est pas donné à n’importe quel chauffeur ni à n’importe quelle voiture de braver cette piste cahoteuse, complètement accidentée avec des montées et des descentes interminable. La poussière rouge de latérite est omniprésente, souvent très abondante, rendant cette voie encore plus difficilement praticable. Les nombreuses crevasses font partie du lot quotidien et le véhicule est obligé de swinguer durant tout le trajet, soumettant ainsi à rude épreuve son châssis, sa suspension et autres organes.

Il faut franchir 19 petits ponts construits pendant l’époque coloniale, des radiers difficiles, des élévations à n’en plus finir. Au hasard de ce parcours, on traverse de petits villages anonymes, avec comme seule consolation une végétation parfois organisée en une savane arborée dense et une forêt claire. Rares sont les véhicules qui s’aventurent sur cette piste interminable. On peut rouler des heures sur cet axe sans croiser une autre voiture. Les jours de marché hebdomadaire constituent une exception. De vieilles guimbardes partent de Kédougou à destination de Salémata. Ici, les vélos et motos constituent les moyens de transport utilisés.

Des besoins à satisfaire
Et le plus souvent, les populations sont obligées de se taper de longues distances à pied pour accéder aux services de base établis au chef-lieu de département. Après plus de quatre heures de route pour une distance de 80 km, un chemin cahoteux et de nombreux virages offrant parfois une splendide vue panoramique, le visiteur découvre enfin Salémata. Pas de centre d’intérêt majeur dans cette cité ni d’attractions clés, mais l’atmosphère paisible et la poignée de maisons en banco peuvent bien justifier une courte halte. Salémata affiche un manque criant d’infrastructures. « Salémata est un département administré à distance. Ce n’est pas la faute à l’administration. Il se trouve que toutes les conditions ne sont pas réunies. Il n’y a même pas de local pour abriter la préfecture », assure le député Mamadou Sall.
Selon l’ancien président du Conseil départemental, rares sont les enseignants qui manifestent le désir d’exercer à Salémata pour des raisons d’enclavement et de pauvreté de la cité. « Un enseignant ou un chef de servie qu’on affecte à Salémata a des problèmes pour venir ici », indique-t-il. De prime abord, on se rend compte que les habitants de cette contrée, composés de Peuls, Bassaris et Diakhankés, sont dans une attente désespérée d’une amorce de développement. Pour eux, tout est priorité. Mais, le plus gros défi demeure celui du désenclavement. Un calvaire dont souffre le département depuis l’indépendance.

« Ici, à Salémata, on vit dans le marasme, l’enclavement, l’isolement et le sous-développement. Les multiples doléances concernent l’aménagement d’une route digne de ce nom, reliant Salémata à Kédougou, mais aussi desservant les autres localités du département », indique Jean Keïta, un jeune de la localité. « Notre difficulté majeure, c’est la route, et l’État doit penser à nous en réaliser une qui permettrait d’alléger la souffrance des populations », dit-il. « Salémata n’a pas un seul mètre de route bitumée. Tout ce que nous avons, c’est une piste non balisée, montagneuse, dangereuse, qui présente tous les aspects d’une route d’aventure, rendant ainsi très difficile la circulation des biens et des personnes », renchérit M. Boubane.

Selon lui, cet enclavement a considérablement réduit l’espérance de vie des populations. Pour le député Mamadou Sall, ancien président du Conseil départemental de Salémata, le monde entier a vu le président Macky Sall recevoir des bailleurs de la Boad pour le financement de la route Kédougou-Salémata. « Cet isolement sera bientôt rangé dans les oubliettes. Car nous avons espoir qu’avec Macky Sall, Salémata aura une route digne de ce nom », assure-t-il. Mais, les populations de Salémata ne prennent pas cela pour argent comptant. « Depuis longtemps, on nous fait des promesses. Nous n’y croirons que si nous voyons cette route », note Marième Diallo.

Un isolement total
À Salémata, les populations vivent un calvaire sans nom pendant l’hivernage. Ce n’est un secret pour personne, à la moindre goutte de pluie tombée, cette partie du pays est coupé du reste du monde. Et ressemble à un milieu aquatique. De nombreux villages restent alors coupés du chef-lieu de département. Les populations sont éloignées du monde à cause des routes coupées ; ce qui entraîne un autre problème majeur. Afia Pont, qui constitue la frontière entre le département de Kédougou et celui de Salémata, est parfois coupé par les eaux de pluie. « Pendant l’hivernage, l’eau stagne pendant deux semaines à Afia Pont avant de s’infiltrer et s’évaporer. Si tu es à Kédougou, tu ne peux pas te rendre à Salémata, et si tu es à Salémata, tu ne peux pas te rendre à Kédougou. La seule possibilité, c’est de nager pour traverser. C’est un vrai enclavement », renseigne le député de la localité.

« Chaque fois que l’hivernage approche, les habitants des zones enclavées sont dans le désarroi. La mauvaise qualité des pistes latéritiques fait que quand il pleut, elles sont tout le temps coupées. Parfois, on est obligé d’attendre des heures pour pouvoir passer », se désole Marième Diallo, venue s’approvisionner à Salémata. Selon elle, la tombée des pluies vient avec son lot d’angoisses. Certaines routes sont bloquées pendant des jours, leur causant de nombreux désagréments. Et dans certaines localités, nous dit-on, certains maires ou élus sont contraints de nager pour pouvoir vaquer à leurs occupations.

L’électricité, un luxe
L’un des points noirs du département de Salémata, c’est aussi l’absence de courant continu. À l’instar de beaucoup de localités du pays, Salémata n’arrive toujours pas à venir à bout de l’épineux problème de l’électrification qui constitue un luxe dans la commune et tout le département. À Salémata commune, le courant n’est disponible que de 8 à 14 heures le matin, et de 19 heures à 1 heure du matin. Les habitants ont ainsi soulevé le manque d’électrification ainsi que les conséquences néfastes qu’ils subissent dans leur vie socio-économique. Salémata n’a jamais connu un courant continu alors que c’est un département.

« Au moment où le président de la République veut électrifier tous les villages du monde rural, Salémata n’a pas d’électricité. Le chef-lieu de département n’est pas électrifié. À partir d’une heure du matin, nous sommes dans le noir jusqu’au lendemain à 9 heures. C’est un grand combat à mener », souligne le député Mamadou Sall, qui fait ainsi un clin d’œil à Thierno Alassane Sall, ministre de l’Énergie. Leurs enfants révisent leurs cours sous l’éclairage de bougies, disent-ils.

« Il n’y a pas d’électricité dans le lycée de Salémata, malgré les bons résultats enregistrés par les élèves qu’il faut motiver. Au 21e siècle, on ne peut pas vivre sans électricité. Dans le plus grand centre de santé de Salémata, il n’y a pas d’électricité », indique le député qui a invité le chef de l’État à prendre Salémata comme un département test dans le cadre du Pudc, parce que manquant de tout ». Selon lui, c’est un département où tout est à faire. « Le Pudc doit commencer par là où il n’y a rien », soutient-il.
Les habitants de Salémata souffrent le martyre pour accéder aux soins. Le centre de santé est dans l’incapacité d’assurer un minimum de service. Un manque d’équipements, de médicaments et surtout d’encadrement médical de qualité en est la cause. Pour se faire soigner, les habitants sont obligés de parcourir de longs trajets. Certaines communes restent sept mois sur douze sans parvenir à arriver à Salémata du fait de l’enclavement. Le fleuve leur barre l’accès au chef-lieu de département. D’aucuns, pour se soigner, vont jusqu’en Guinée. La situation est pratiquement la même partout dans le département.

« Il n’y a que le centre de santé de Salémata et ceux de Dakatéli et Thiankoye, fermés sept mois dans l’année, qui sont fonctionnels », nous dit M. Sall. « De Thiankoye à Dakatéli, c’est une distance de 18 kilomètres que l’on parcourt en 90 minutes. La route Dar Salam-Ethiolo ne fait que sept (7) kilomètres, mais pour évacuer un malade pendant l’hivernage, il faut le mettre sur un hamac parce que l’ambulance ne peut pas aller là-bas », déplore-t-il. À Salémata, le volet éducation également n’est guère reluisant. Le lycée ne dispose que de quelques salles de classe en dur. Tout le reste est constitué d’abris provisoires, sans toilettes. Le Cetf aussi est dans la même situation. « Ce centre a bientôt sept ans, mais jusqu’à présent, les apprentissages se font sous des abris provisoires », dénonce le député.

Une jeunesse voulant s’épanouir
Sans perspective, sans emploi et en l’absence de moyens de divertissement et de loisirs, les jeunes de la commune sont livrés à eux-mêmes. Le sport reste le seul moyen de conserver intact leur potentiel. Des dizaines de jeunes ont pris les routes de l’exode pour rejoindre les centres urbains à la recherche d’un autre moyen de survie, fuyant ainsi la léthargie régnant à Salémata. Pour ceux qui n’ont pas pu partir, la recherche clandestine de l’or reste la seule alternative. « Les agents du Parc du Niokolo Koba ont trouvé plus de 300 personnes exploitant clandestinement l’or avec le mercure près du fleuve. Ce sont des jeunes valides qui sont là-bas. S’ils se livrent à cette activité, c’est parce qu’il n’y a pas d’emploi », indique le parlementaire.

Selon lui, l’État doit penser à développer des projets au tour de ces villages riverains du parc. Cela permettra, à son avis, de fixer les jeunes et leur permettre de gagner honnêtement leurs vies. Pour les jeunes de cette localité, les équipements sportifs manquent considérablement. En effet, Salémata ne dispose que de deux terrains de football (Salémata, Ethiolo). Salémata, selon Abou Souaré, se caractérise aussi par l’absence de structures socio-éducatives, ce qui handicape sérieusement le développement d’activités culturelles. « Nous ne disposons d’aucun équipement de loisir fonctionnel », assure-t-il. « Il faut que les jeunes de Salémata s’épanouissent comme leurs camarades des autres départements du pays », soutient-il.

Les femmes ne sont pas en reste. Leurs seules activités génératrices de revenus restent la cueillette des produits forestiers, notamment le karité, le pain de singe, le tamarin, les mangues. « Salémata est le seul département du Sénégal où les femmes pilent encore le mil dans des mortiers », affirme Dieynaba Sow. Elle invite le ministre de la Femme à penser à ses sœurs de Salémata qui, dit-elle, « sont braves et travaillent sans se plaindre ». Pour le député Mamadou Sall, Salémata n’est pas aussi pauvre qu’on l’imagine.

« Salémata est dans le parc où les mangues, entre autres ressources, pourrissent parce qu’inexploitées. Les femmes ont été formées par la Promer à la culture du fonio. Malheureusement, on ne voit pas des gens venir acheter à cause de l’état de la route. Si elle est réalisée, Salémata sera à l’intérieur du Sénégal », assure-t-il. Le département de Salémata est démuni et lésé en matière de développement. Et ses 10.000 habitants espèrent un avenir plus radieux par une amélioration de leur quotidien.

Par Samba Oumar FALL (textes)
et Mbacké BA (photos)

Last modified on jeudi, 29 septembre 2016 14:51

La région de Sédhiou a donné au football sénégalais deux de ses plus brillants éléments : Sadio Mané, le « Lion » le plus cher de l’histoire depuis qu’il est passé en début de saison de Southampton à Liverpool (Premier league anglaise) et Papis Demba Cissé qui, après s’être illustré en Bundesliga et en Premier league, a migré en Chine. Pourtant, la région qui les a vus naître manque de presque tout en matière de sport et peine à s’illustrer autant en football que dans d’autres disciplines. Nous avons envoyé une équipe enquêter sur place.

Manque criant d’infrastructures : Les Asc squattent le terrain du nouveau lycée
Dahaba président de la Ligue de SédhiouEn plus du manque criant de moyens, les clubs de Sédhiou sont confrontés au problème d’infrastructures sportives. Le seul stade communal qui servait de lieu de compétition est fermé depuis deux ans pour travaux. Son ouverture, prévue en novembre ou décembre au plus tard, reste hypothétique. En attendant, c’est le terrain du nouveau lycée de Sédhiou qui sert de solution de secours.

Les moyens, c’est ce qui manque le plus à Sédhiou. A l’unanimité, les autorités sportives de la région reconnaissent que c’est la principale cause explicative du blocage du sport de la région du Pakao. Et s’il faut y ajouter le manque criant d’infrastructures sportives constaté sur les lieux, cela fait déjà trop pour cette nouvelle région. Le seul stade de la ville est en chantier depuis deux ans et devrait être livré en « novembre ou décembre prochain », d’après Fodé Boukhary Dahaba. Le président de la Ligue régionale de football n’arrive pas à s’expliquer le fait que « Sédhiou soit la première capitale de la région de la Casamance et qu’elle n’ait pas de stade fonctionnel».

Et au point où évoluent les travaux qui « concernent la tribune de 2.000 places et la grille de protection », Abdoulaye Diallo doute du respect de l’échéance de « sept mois » qu’aurait donnée l’entrepreneur pour livrer le stade. « On nous parle du mois de novembre, mais au rythme où évoluent les travaux, je suis inquiet », regrette ce responsable d’une Asc de la place, très remonté contre les autorités. D’après Diallo, « ce n’est pas normal qu’une région comme Sédhiou qui a produit des internationaux comme Sadio Mané et Papis Demba Cissé » soit ainsi « négligée » en termes d’infrastructures. « Bien de régimes se sont succédé au pouvoir, avec toujours les mêmes promesses non tenues. Mais, avec le nouveau régime, il y a un espoir », reconnaît M. Diallo, par ailleurs ancien président du Conseil régional de la jeunesse de Sédhiou. 
En attendant, les équipes de la localité squattent les terrains des établissements scolaires dont celui du nouveau lycée de Sédhiou pour organiser leurs compétitions. Le stade est une « vieille doléance de la jeunesse locale. Cela a toujours été une préoccupation. Des jeunes ont d’ailleurs été emprisonnés à Kolda pour avoir participé à des manifestations pour réclamer le stade », rappelle Abdoulaye Diallo. En fait, M. Diallo ne peut pas comprendre que Sédhiou « regorge de talents et que ces derniers n’aient pas de cadre d’expression », en clair, des infrastructures dignes d’abriter leurs manifestations. 

Mais, Abdoulaye Diallo peut nourrir l’espoir puisque « depuis quelques temps, le nouveau régime a pris en compte ses préoccupations. Il a pris des mesures pour doter la jeunesse d’infrastructures sportives ». Et d’après Dahaba, en plus du stade communal actuellement en chantier, l’Etat aurait promis de construire un stade régional à Sédhiou. Certes, la tribune du stade communal est sortie de terre, mais Abdoulaye Diallo reste encore sceptique quant au respect du délai de livraison. Ainsi, il émet des doutes sur la date de livraison (le mois de novembre), même s’il préfère que l’entrepreneur prenne « le temps nécessaire pour faire une infrastructure de qualité ».

Le président de la ligue régionale précise que l’Etat a prévu de construire le stade mais ne prend pas en compte l’éclairage et le gazon synthétique. Un volet du projet que les autorités locales auraient promis de prendre en charge. « Nous avons pris langue avec Papis Demba Cissé et Sadio Mané pour doter le stade de projecteurs et mettre une pelouse synthétique », d’après M. Diallo. Les deux internationaux, fils du terroir, auraient donné leur accord, en attendant « la piste d’athlétisme qui ne fait pas partie du contrat », d’après Dahaba. Un Comité de suivi a été mis sur pied pour piloter ce dossier.

Les footeuses aussi crient leur malaise
Stade de la villeDans le marasme qui caractérise le sport à Sédhiou et le football en particulier, les « footeuses » ne sont pas en reste. Le problème est partagé par les trois formations dont les responsables font des pieds et des mains pour donner corps à une ambition difficilement réalisable.

La région de Sédhiou compte trois clubs de football féminin : Kumare, Tessito Réal de Marsassoum et Diato qui tentent, tant bien que mal, de tenir le flambeau et de placer la région dans le landerneau de la discipline sur le plan national. Des efforts qui, pour le moment, ne portent pas leurs fruits à l’échelle nationale. Puisque les trois entités évoluent en division régionale, loin de l’élite. Les atouts pour franchir le cap et intégrer la 1ère Division ou du moins, le niveau 2 du foot national ne manquent pas même si les problèmes sont multiples.

Pour Fatoumata Samb Sylla, responsable du football féminin à Sédhiou et ancienne de l’Ucas, le contexte global du football féminin dans la localité est caractérisé par des conditions difficiles du fait du manque de moyens : une « réalité partagée par tous les sportifs de la région ; ce qui constitue un frein au développement du sport ici ». Sur le plan des infrastructures, les footballeuses ne sont pas mieux loties que leurs homologues masculins qui n’ont pas de terrain ; l’unique réceptacle des rencontres et autres mises en jambes est fermé depuis quelques années car devant abriter le nouveau stade en construction.

Tous ces problèmes que rencontre la discipline dans la localité font dire au président de la Ligue que « le football féminin de Sédhiou n’a pas de visibilité à la Fédération ». Et pour l’heure, Fodé Boukhary Dahaba renseigne que l’instance régionale n’a pas encore touché la subvention que la Fsf alloue au football locale de cette année ; « alors que cette somme nous permet de rembourser certaines dettes ». Pour tenter de faire face, c’est plutôt à une routine que les responsables ont recours pour ‘‘renflouer’’ les caisses. En l’absence de soutien des autorités locales, ils font avec les moyens du bord.

« Pour y remédier, nous organisons des soirées dansantes pour rechercher des fonds et des quêtes auprès des populations pour avoir de quoi financer nos activités. Mais à la longue, c’est lassant », concède Mme Sylla. Pour lui, la gestion du sport dans la localité relève d’un véritable parcours du combattant et qu’il faut beaucoup de courage pour ne pas céder. « Depuis notre adhésion à la Fédération en 2011, nous participons régulièrement à des compétitions. Nous avons une subvention de la Fsf avec laquelle nous remboursons nos frais de transport ». Un appui insuffisant qu’il convient de compléter à chaque fois. D’autant plus que la formation se déplace à cinq reprises pour se rendre chez ses adversaires et reçoit également à cinq reprises ; des rencontres qui entrainent des dépenses.

« Un seul voyage sur Oussouye a absorbé la subvention de la Fédération », concède Khalil Diop, un des encadreurs. Il note également la difficulté pour la formation à avoir des équipements. Et là, il souligne que « ce sont deux Asc de navétanes qui nous prêtent des maillots que nous donnons aux filles. Papis Demba Cissé avait donné 5 ballons au football local et nous en avons reçu 3 dont les deux sont déjà gâtés ». Aussi pour permettre aux joueuses d’avoir des sparring-partners, ils les font jouer contre des jeunes d’un centre de formation de la ville pour qu’elles aient de la compétition.

Pourtant, un gros réservoir de talents
Les résultats du football féminin de Sédhiou à l’échelle nationale contrastent d’avec les ressources dont dispose la localité, si l’on en croit les responsables sur place. Mme Sylla estime que le football féminin à Sédhiou prend part à toutes les manifestations organisées sur le plan national, comme pour signifier que les clubs ont les potentialités en termes de joueuses pour entretenir l’adversité. Et Khalil Diop renchérit : « nous avons des talents inexploités mais qui peuvent apporter quelque chose à l’équipe nationale même ». Si Sadio Mané et Papiss Demba Cissé ainsi que d’autres jeunes s’illustrent chez les hommes, pourquoi ne devrait-il pas en être ainsi pour les dames ?, se demandent les responsables de la discipline à Kolda.

Ils annoncent ainsi que le potentiel existe et qu’il convient de l’exploiter au grand bénéfice du football et de la localité. Mais le problème commun à tous les sportifs se trouve être celui des moyens pour permettre à tout ce beau monde de s’exprimer. « Avec peu de ressources, nous pourrions monter en D1 avec le potentiel que nous avons », estime l’encadreur. Qui souligne que cette année, la Fédération et la mairie ont appuyé le football féminin à hauteur de 250.000 et 200.000 FCfa pour lui permettre de terminer la saison. « C’est avec cette somme que nous motivons les filles en leur octroyant chacune 10.000 à 15.000 FCfa pour les intéresser ». Des gestes qui ont pour, entre autres conséquences, la réception, « chaque année, beaucoup de prétendantes pour jouer dans l’équipe ».

Des facteurs sociologiques qui constituent un frein
En plus des problèmes liés au manque de moyens et au déficit d’infrastructures pour accueillir les compétitions, des écueils d’ordre sociologique constituent l’autre casse-tête auquel les responsables du football féminin doivent faire face à Sédhiou. Dans une localité où la tradition est tenace avec des croyances qui perdurent, la pratique sportive chez les jeunes filles est souvent mal vue. Ce qui dépeuple parfois les terrains de football de Sédhiou. « Ici, les parents ne sont pas toujours disposés à laisser leurs filles pratiquer du sport, en particulier le football », renseigne Fatoumata Samb Sylla.

Elle évoque les multiples prétextes qui poussent les parents à retenir leurs filles hors des terrains. Aussi, l’indisponibilité des joueuses une bonne partie du temps n’est pas pour faciliter la tâche et n’assure pas la pérennité dans la performance. Car dans une localité où la religion occupe une bonne place dans les coutumes et us des populations, les événements religieux sont fréquents. Et l’encadreur ainsi que la responsable du football féminin renseigne que « les jeunes que nous avons dans l’équipe sont indisponibles plusieurs jours lors de Gamous qui sont très fréquents dans la localité et en fin d’année pour lesquelles elles se cotisent pour faire la fête ».

Ce qui fait qu’ils sont obligés de leur rembourser l’argent investi pour les avoir sous la main lorsque l’équipe a besoin d’elles. Pour convaincre les parents de laisser leurs filles intégrer les équipes de football, les responsables usent d’astuces, mais surtout de pédagogie. C’est ainsi que les icônes du sport sont mises à contribution pour démontrer que la pratique sportive est aussi faite pour les filles. « Nous avons montré aux parents des modèles de réussite dans le sport, à l’image d’Amy Mbacké Thiam, qui pourraient inspirer leurs filles », a dit par exemple M. Diop qui assure s’investir personnellement auprès des parents.

Football : L’Ucas ciblée pour être le club-phare de la région
Boubacar BiayeSe doter d’un club d’élite de football autour duquel tout Sédhiou se retrouve, c’est le très cher projet des responsables sportifs de la région. Le choix porté sur l’Ucas de Sédhiou fait l’unanimité dans le Pakao.

A l’image des autres contrées du pays, Sédhiou rêve d’un club phare autour duquel tout le Pakao se reconnaîtrait. « Nous voulons un club d’élite à Sédhiou pour fédérer toute la région », annonce Boubacar Biaye, au nom des représentants du monde sportif de Sédhiou. Et à ce sujet, l’Ucas, pensionnaire de la Nationale 2, semble rallier tous les suffrages et devrait bientôt fédérer toutes les énergies, afin que, le plus vite possible, Sédhiou joue sa partition dans le foot national. Même professionnel.

« Nous voulons agir à l’unisson et monter un club d’élite dans la région », renchérit Abdoulaye Diallo. Après avoir passé en revue les difficultés rencontrées sur les lieux, le président de l’Organisme régional de coordination des activités de vacances (Orcav) de la localité et trésorier de la Ligue régionale de foot met particulièrement l’accent sur le manque d’infrastructures. « Nous jouons sur des terrains vagues qui n’ont même pas de grille de protection. Nous avons un manque criant d’infrastructures dans la localité avec un seul terrain », regrette M. Biaye très remonté contre les autorités du pays en général, et municipales en particulier. « Sédhiou est négligé, il y a un manque de considération pour la localité et une injustice à notre endroit. Et c’est ce qui a causé les problèmes d’il y a quelques années, avec l’emprisonnement de nos jeunes à Kolda », se désole le secrétaire général de l’Orcav.

362 clubs dont 3 en Nationale 2
D’après M. Biaye, Sédhiou compte, à l’échelle régionale, 362 équipes réparties dans 30 zones. Sur le plan national, 3 clubs en Nationale 2 (Ucas, Samine et Tessito Real de Marsassoum) et 16 clubs en division régionale. Deux écoles de football dans la Commune et trois à l’échelle régionale travaillent dans la formation. Et dans ce secteur de la formation, « la région n’a qu’un seul entraîneur de premier degré, tous les autres sont des initiateurs », précise M Biaye. En petites catégories, le trésorier général de la Ligue a notamment constaté la présence d’un « potentiel qui ne cherche qu’à être encadré », mais aussi « des clubs qui ont besoin d’un cadre d’expression ».
Les responsables du mouvement sportif de Sédhiou ont hâte de réceptionner leur stade.

« Papis Demba Cissé et Sadio Manéont une dette envers Sédhiou »
« Alors que le chantier du stade tarde à se terminer, on nous dit que c’est un projet évolutif avec des plateaux qui seront construits tour à tour, en attendant d’avoir le stade régional promis par le président de la République, Macky Sall. A notre niveau, en tant qu’acteurs du sport, nous ne sommes pas restés les bras croisés. Nous avons mis en place un Comité de suivi du stade pour apporter notre touche à la construction. Nous voulons prendre en charge l’éclairage et la pelouse qui ne sont, pour le moment, pas prévus dans le projet initial. Nous n’attendons pas tout de l’Etat.

C’est ainsi que nous avons mis à contribution les fils du terroir qui sont dans la diaspora pour nous aider. Papis Demba Cissé et Sadio Mané qui ont joué ici avant de percer ailleurs, ont été sensibilisés et ils ont promis de nous appuyer. Ils ont une dette envers Sédhiou. Ils étaient des produits finis avant d’aller dans d’autres clubs à Dakar d’où ils sont partis pour l’Europe. Nous voulons régler les problèmes structurels et espérons l’accompagnement des pouvoirs publics. Nous réclamons notre part de l’Etat mais nous faisons avant tout avec nos moyens. Nos collectivités n’ont pas assez de ressources mais nous travaillons avec intelligence », résume Boubacar Biaye.

Sédhiou handball club : La vitrine du sport du Pakao peine à retrouver les sommets
terrain de footballA Sédhiou, le handball est la deuxième discipline sportive après le football. Du moins, si l’on se fie à la participation de la « petite sphère » au rayonnement sportif de la région. Et comme le sport-roi, le handball pâtit du manque de moyens ; ce qui n’est cependant pas pour décourager les acteurs qui font avec les moyens du bord pour entretenir la seule équipe de la région et lui permettre de retrouver les sommets.

S’il y a bien une discipline qui positionne Sédhiou dans le paysage sportif national, c’est bien le handball, avec une équipe qui flirte avec l’élite de la discipline au Sénégal avec des va-et-vient dans le championnat de 1ère division. Car en dehors de l’équipe de football de Tessito Real de Marsassoum, la « petite sphère », via la formation de Sédhiou Handball Club, fait exister la capitale du Pakao dans le landerneau sportif national et fait actuellement la fierté de toute une région. Car à travers cette formation, toute la population de Sédhiou s’est fait représenter au moins dans une discipline sportive au sein de l’élite du sport sénégalais.

Issu de l’ancienne association mythique de l’Ucas (Union culturelle et artistique de Sédhiou) aux multiples composantes sportives et culturelles, le Sédhiou handball club a disputé entre 2010 et 2013, le championnat national élite (D1) de handball du Sénégal avant de descendre en division inférieure. Le Sédhiou Handball Club s’efforce de représenter dignement la contrée au niveau national à travers sa discipline malgré la modicité des moyens à sa disposition. Les responsables essayent tant bien que mal de faire bouger les lignes et de donner la meilleure image de la localité à travers le sport.

Ils sont accompagnés timidement par les autorités pour assurer la prise en charge des équipes masculine et féminine ainsi que des déplacements. Des frais auxquels s’ajoute la dotation en équipements dans un contexte marqué par le défaut d’infrastructures et en particulier d’une aire de jeu pour accueillir les pratiquants. Ce d’autant que le seul terrain dont dispose la ville est dans un état de dégradation très avancé. Pourtant, la prise en charge de la formation devrait plutôt relever d’une mutualisation des énergies surtout que Sédhiou Hbc est la seule équipe de toute la région à disputer des compétitions. Car comme l’a souligné le président de la Ligue régionale de handball, Mamadou Lassana Ndiaye, les autres formations ont disparu.

« En plus de Sédhiou, Goudomp comptait également une équipe de handball mais des problèmes ont conduit à sa disparition. Il y avait un problème avec celui qui l’animait et qui est professeur d’Eps à Djibanar. Il s’est finalement retiré et le club n’a pas survécu à ces problèmes ». A Marsassoum aussi, soutient-il, la formation n’a pas survécu aux dissensions entre ses membres. Ce qui fait que « il n’y a plus que Sédhiou qui résiste malgré les difficultés ».

Des efforts insensés pour entretenir l’équipe
Sédhiou Handball Club se déplace régulièrement dans le voisinage immédiat pour disputer ses matchs du championnat. Elle effectue cinq déplacements sur les terrains de ses adversaires et reçois également ces mêmes formations. Pour un total de dix rencontres qui nécessitent des moyens qui ne sont pas toujours disponibles. D’autant plus que c’est du colmatage qui permet aux administrateurs de s’en sortir. « Pour entretenir l’équipe avec ses différentes sorties, les membres se cotisent. Nous sommes quatre ou cinq travailleurs à entretenir l’équipe », a dit le patron de la Ligue.

Le président du club ajoute qu’après sa montée en D1 en 2010, la formation est redescendue trois ans plus tard, faute de moyens. Actuellement, elle évolue en D2 et se bat régulièrement pour retrouver le sommet de la discipline sur le plan national. D’autant plus que chez les filles, Sédhiou a fait le vide autour de lui dans la Zone sud constituée des formations de Sédhiou, Ziguinchor, Tambacounda et Kolda. Le club a d’ailleurs remporté le tournoi zonal disputé à Ziguinchor qui lui avait ouvert les portes de la compétition nationale disputée à Thiès en août dernier. Un rendez-vous au cours duquel les représentantes du Sud se sont arrêtées en demi-finales face à des adversaires mieux loties sur le plan des moyens, estiment leurs dirigeants.

« A Thiès, on s’est retrouvés confrontés à nos difficultés. Car à la présentation, au moment où nos adversaires de l’Université Gaston Berger étaient bien huppées avec leurs blousons, nos filles n’avaient même pas de maillots. Psychologiquement, elles étaient donc abattues avant de descendre sur le terrain ». Les seuls soutiens que le club reçoit des autorités locales sont loin d’être suffisants, ne serait-ce que pour disputer deux matchs. Car avec des déplacements hors de la ville, c’est quasiment intenable même si, tiennent-ils à préciser, la Fédération sénégalaise de handball prend en charge la moitié du transport. Comme d’ailleurs pour les autres équipes du championnat.

« Cette année, nous avons reçu un petit appui de la mairie qui s’élève à 300.000 FCfa ; ce qui est largement insuffisant. Le Conseil départemental nous a également appuyés en nous allouant 75.000 FCfa pour effectuer le voyage de Thiès où nous devions disputer le Tournoi de montée ». Des gestes qu’ils aimeraient voir se multiplier pour soutenir le handball local.

Comme la plupart des formations des localités périphériques du Sénégal, Sédhiou handball club fait parfois les frais de ses propres performances. « Nous sommes un club de formation qui fournit des joueurs à des clubs de Dakar », renseigne le président de la Ligue.

Des départs qui retardent le retour dans l’élite
Qui ajoute que le gardien de l’équipe nationale junior, Ousmane Camara qui a récemment remporté le Tournoi Challenge Trophy avec les Lionceaux à Conakry a été formé au club. Il est allé grossir les rangs des joueurs ayant quitté la formation puisqu’il joue actuellement au Saltigué de Rufisque.

Aussi après le baccalauréat, les joueurs partent poursuivre leurs études ailleurs, puisque ne trouvant pas sur place des structures d’accueil. Ce qui conduit à un éternel renouvellement de l’effectif ; une gymnastique à laquelle le club du Pakao s’adonne avant chaque début de campagne. Mais, il parvient toujours à trouver la parade. Il met à contribution les joueurs des petites catégories pour suppléer les départs et renforcer l’équipe première avec du sang neuf. Il faut dire que selon les animateurs du handball local, le réservoir est assez nanti pour alimenter le club en joueurs. « Le football à Sédhiou est bien fourni mais le handball n’est pas en reste », a dit le président qui ajoute que « nous travaillons à la base et encadrons environ 300 jeunes depuis la petite catégorie jusqu’aux séniors ». Un trop plein de jeunes qui ne cherchent qu’à être encadrés, selon Mamadou Lassana Ndiaye qui sollicite ni plus ni moins que du soutien pour amener la formation parmi les meilleurs clubs du pays.

Par Ansoumana SAMBOU, Ousseynou POUYE (textes) et 

Abdoulaye MBODJ (photos)

 

Last modified on mercredi, 28 septembre 2016 15:15

Pour une meilleure connaissance d’une partie de l’histoire du Sénégal et une et découverte de l’ancien univers artistique du Cayor, faire un tour au musée régional de Thiès est indiqué. Il est donné, dans cette structure, tous les détails des faits historiques aux visiteurs qui en ont aussi plein la vue de palettes travaillées avec talent par nos lointains ancêtres.

Classé monument historique en 1975, après avoir servi de centre social et d’établissement scolaire, l’ancien Fort de Thiès, aujourd’hui musée régional, est né d’un projet de construction initié par le gouverneur français du Sénégal, Faidherbe et achevé par le gouverneur Walière. Consolider la stratégie militaire du colonisateur, assurer la rentabilité de la ligne du chemin de fer (Dakar/Saint-Louis) et du télégraphe, ainsi que la protection des caravaniers français, telle était la triple mission de ce fort construit entre 1860 et 1876.

Une époque pendant laquelle le Cayor, zone-tampon entre Dakar et Saint-Louis, entretenait son fameux « Gan du tabax » (Un étranger ne construit pas). Expression du colonisateur de toujours tenter d’étendre son emprise vers l’intérieur du pays et fondement de l’action guerrière des autochtones attachés à l’indépendance de leur territoire, le Fort de Thiès a donc été témoin de quelques événements essentiels de la vie du Sénégal qu’il continue de nous livrer en tant que musée. Et son attrait sur les populations est véritable. Si celle-ci est intéressée par les activités de recherche et d’animation culturelle ainsi que par les objets de la salle d’exposition, il est aussi constaté que la structure architecturale de la bâtisse fascine une bonne partie du public, notamment les touristes.

Fascinant monument historique situé au cœur de Thiès, jadis creuset des énergies libératrices et porte du glorieux Cayor où vécurent des hommes de refus, le musée régional de la cité du rail constitue un haut lieu de souvenirs. Aussi est-il une source d’acquisition de connaissances pour qui veut interroger les vestiges de notre passé conservés dans cette institution dont les locaux, création de l’administration coloniale, marquent le Sénégal du XIXe siècle et les résistances locales à l’occupation étrangère.

L’actuel musée régional de Thiès, d’abord monument historique, est mémoire. Là, sont conservées des œuvres artistiques locales attestant de l’évolution de l’homme, depuis le paléolithique supérieur (100 000 ans avant Jésus-Christ) jusqu’au paléolithique inférieur (10 000 ans avant Jésus-Christ). Des objets et autres éléments d’appréciation portant sur les moments palpitants de la difficile cohabitation entre colonisateurs et résistants, surtout à partir de 1850, y sont aussi exposés. Cette richesse de la collection dicte les visites répétées des touristes, officiers des armées françaises et sénégalaises, étudiants et élèves, qui considèrent Thiès comme un véritable raccourci historique pour connaître les événements essentiels qui ont marqué la vie de cette partie du Sénégal qu’est le Cayor.

Génie ancien
Musée 2Si les locaux qui abritent l’actuel musée sont l’une des marques du passage de la France sur le sol sénégalais, les objets et autres tableaux témoignent, d’une part, du haut degré de technicité de nos lointains ancêtres, et, d’autre part, du courage et du patriotisme de notre peuple. En effet, le génie de l’homme sénégalais ancien est bien établi au musée régional de Thiès, surtout dans l’évolution de l’outillage vers toujours plus de finesse et de portée. Ainsi, le visiteur est frappé par le couteau bifacial, les armatures des lances et sagaies taillées dans la pierre, par le goût de l’esthétique trouvé sur les jarres et autres bracelets et révélant une parfaite maîtrise des techniques de production du feu et de fusion des matériaux comme le fer, l’argent et l’or.

Voilà quelques aspects de notre civilisation qui, dans le domaine de l’art, n’avait rien à envier à celle des autres. C’est pourquoi, le Sénégal, attaché à ses valeurs, a farouchement lutté, pendant de longues années, contre l’agression culturelle. Ce refus est surtout remarquable à travers la colonisation qui ne pouvait s’imposer sans heurts, surtout dans l’actuelle région de Thiès englobant une bonne partie du Cayor où 33 « Damels » (rois), dont le héros national Lat-Dior, sont tombés les armes à la main. En d’autres termes, l’appétit expansionniste du colon français a été difficilement satisfait du fait de l’insoumission virile des valeureux fils du pays dont les « ceddos » du Cayor.

Le vin de Faidherbe
C’est ainsi que le visiteur peut retrouver la réalité – tronquée dans bien des livres – de l’âpreté des batailles ayant opposé colonisateurs et populations locales, comme le dévoilent plusieurs tableaux. Le repère, c’est l’année 1850, une décennie avant le démarrage du projet de construction du Fort de Thiès (actuel musée régional) marqué par le début du règne du Damel Birima Ngoné qui refusa la main tendue du colonisateur avant de mourir en 1860 après avoir bu du vin empoisonné que lui aurait envoyé Faidherbe, alors gouverneur du Sénégal.
Voilà comment le conservateur Fadel Thiam a ressorti une des raisons du durcissement des positions de part et d’autre entre Français et Cayoriens. Dans l’esprit des Cayoriens germa la célèbre assertion « Gan du tabax » (un étranger ne construit pas) sur la terre d’autrui au moment où l’administration coloniale au cours de la bataille de Daty (bien reconstituée) en 1861 utilisait, pour la première fois, le canon. Déjà, Damel Madiodio Déguène Codou avait été intronisé à Mboul, avant de revenir sur le trône une deuxième fois, après le passage de Lat-Dior qui s’était attaqué à l’armée coloniale à Ngol-Ngol et Loro.

Pages glorieuses
Des « tableaux qui parlent », le musée de Thiès en affiche pour rétablir l’histoire du Cayor où vécurent des hommes intraitables qui ont immortalisé des localités comme Dékheulé où Lat-Dior tomba en octobre 1886, mais également Tivaouane où mourut la même année le dernier Damel Samba Laobé Fall, l’homme qui coupa la jambe du commandant Chauvet, un officier français. Cette mort du dernier Damel dictait la loi qui ne reconnaissait plus l’existence du royaume du Cayor où, malgré tout, l’on continuait d’enregistrer des velléités offensives contre les lignes françaises au Sénégal. C’est d’ailleurs l’une d’elles qui aboutit à la mort du commandant Chautemps, de sa femme et de ses hommes de garde.

Ce raid est à l’actif de Diéry Dior Ndella (fils de l’avant-dernier Damel Samba Yaya Fall), accompagné de ses courtisans Kannar Fall et Sarithia Dièye. Ils ne pouvaient supporter la présence française en terre cayorienne. 1850-1886. Près de quarante années de lutte durant lesquelles le Cayor n’a pas baissé pavillon, malgré la supériorité de l’armement du colonisateur, véritable arsenal à côté des armes rudimentaires des Cayoriens infiltrés par les collaborateurs des Français. Donc, c’est avec émotion que l’on se recueille devant les fusils et sabres des Damels et guerriers du Cayor conservés au musée de Thiès.

Faire un tour ici est absolument utile. Car on vous y montre des références, des repères et des symboles, tout en vous racontant la vie d’éminents hommes de vertu et de foi dont l’exaltation du souvenir vous gonfle le cœur, galvanise votre énergie, arme votre consciences et appelle à toujours mobiliser vos forces pour l’édification générale du progrès.

Le pavillon du rail : Dans le wagon des souvenirs

Le fort de Thiès, construit entre 1860 et 1876, est aujourd’hui ce musée régional sis au quartier 10ème, en référence au 10ème régiment d’infanterie d’Afrique et d’Outre-mer (10e Riaom) qui a réuni des militaires français et africains, ainsi que d’autres venus de la Guadeloupe et de la Martinique. 10ème Riaom fut un complexe militaire important de l‘administration coloniale.

Selon le conservateur du musée régional Fadel Thiam, le fort fut un point stratégique pour les militaires français qui pouvaient faire face à tous les dangers d’où qu’ils venaient. Seulement, il abandonnera sa fonction première pour connaître moult vicissitudes. Il servit d’intendance militaire, de centre social et même d’école. « C’est précisément en 1975 que le fort a été transformé en musée. Il a été inauguré par le premier président Léopold Sédar Senghor », rappelle Fadel Thiam.

Le rail au fil des âges
Pavillon wagonLe bâtiment a été réhabilité en 1995 grâce au concours technique et financier de la communauté française de Belgique. Le musée offre à ses visiteurs une salle réservée tant à la préhistoire qu’aux activités humaines. La structure a développé en 1995 ses collections et un programme d’activités extramuros, un atelier de sous-verres et, surtout, le fameux pavillon du rail, un véritable chef-d’œuvre réalisé grâce au sens de l’imagination et de la créativité du conservateur qui a pu, au cours des ses déplacements au niveau de certains qui ont fortement marqué le chemin de fer, récupérer des objets qui symbolisent le train, la société des chemins de fer du Sénégal.

Le pavillon du rail est installé à l’aile droite du musée régional. On y retrace une partie importante de la vie économique, politique et syndicale de l’Afrique occidentale française,  du Sénégal et surtout de la ville de Thiès  qui s’identifie au rail. A travers des outillages, le visiteur est promené sur la marche du chemin de fer au fil des âges. Par ces vestiges, on perçoit l’évolution technique du chemin de fer. A côté de la lanterne à mèche qu’on plaçait au bout du dernier wagon et qui aidait les conducteurs à s’assurer en circulant la nuit qu’aucun wagon n’est laissé en rade, il y a la lanterne à pile qui l’a détrônée. 

Le bâton à pilote, portant de grosses clefs, constituait le système de régulation de rentrée et de sortie des trains des gares. Par ce système de sécurité, tout conducteur, arrivé à un point où il devait changer de ligne, rendait sa clef pour en recevoir une autre lui permettant de poursuivre sa marche. Outre ces objets, on découvre une sacoche métallique pour téléphone, un téléphone omnibus utilisé à l’époque dans les gares, un billeteur  manuel, une batte à bourrier qui est un outil pour soulever les rails, des boyaux en fer destinés au système de freinage des trains, etc.

La voie ferrée transsaharienne
De 1881 à 1934, la régie des chemins de fer de l’Afrique occidentale française a pu voir le jour. Mais, le premier train arrivé à la gare de Bamako a eu lieu le 13 mai 1904 tandis que la jonction Thiès-Niger et Kayes-Niger date du 15 août 1923. L’année suivante, la fusion des deux lignes fut effective. En 1934, la direction générale, les services régionaux et les ateliers furent installés à Thiès qui, depuis lors, a servi de point de bifurcation des lignes Dakar-Bamako et Dakar-Saint-Louis. A partir de ce moment, la question de la formation du réseau et de son articulation était bouclée. Pour revenir sur le contexte historique de la construction des chemins de fer, c’est le gouverneur Faidherbe qui, en 1854, s’est attaché à réaliser le programme défini par le ministère de la Marine et des Colonies. Mais, c’est le gouverneur Brière de l’Isle qui, en 1876, a accéléré la construction du chemin fer. Il s’agissait pour les autorités coloniales de créer une liaison entre deux territoires séparés par des bassins fluviaux du Sénégal et du Niger aboutissant à Tombouctou qui devait constituer le terminus de la voie ferrée  transsaharienne. Pour matérialiser cette vision, le Parlement français vota une décision de construction au Sénégal et au Soudan de trois lignes ferroviaires Dakar-Saint-Louis, Thiès-Médina (Kayes), Kayes-Niger. Dès février 1881, la première tranche du financement est votée par le Parlement. Devant l’impossibilité de fournir la main-d’œuvre, le commandant Galléni use du travail forcé et de l’importation d’ouvriers marocains et chinois pour faire avancer péniblement les travaux. Ainsi, le plus grand réseau ferroviaire de 1289 kilomètres fut construit et confirmé par l’administration coloniale par décret puis inauguré le 1er janvier 1924.

Le travail forcé
Dans la même année, les chemins de fer Thiès-Kayes et Kayes Niger fusionne pour donner le Thiès-Niger qui, plus tard en 1934 avec le rajout du Dakar-Saint-Louis, a donné le Dakar-Niger. Le chemin de fer, c’est aussi les organisations sociales. Sur ce volet, le mouvement syndical, aiguillonnant plus tard la marche vers les indépendances, constitue un pan riche de l’ère du chemin de fer. Sur ce champ, au-delà des leaders comme Ibrahima Sarr, Aynina Fall, Karim Sow, Ousmane Ngom, Cheikh Ndiaye « Teus-Teus » et Djiby Sène, les femmes ont joué un rôle déterminant dans la fameuse grève de 1947-1948, contrairement à celle de 1938. Dans cette épreuve, les femmes, aux côtés de leurs époux, ont tenu bon jusqu’à la victoire finale marquée par une amélioration des conditions de vie des cheminots africains. Selon Fadel Thiam, le conservateur du musée de Thiès, un projet imminent de réhabilitation des lieux est en cours et va certainement permettre d’évoluer vers un musée du rail.

Cheikh Aliou AMATH & Mbaye BA (textes)
Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on mardi, 27 septembre 2016 13:07

Il est de ces métiers qui restent méconnus du grand public, bien qu’ils aient connu leur heure de gloire avec cinquante ans d’histoire. À Thiès, où la tapisserie a ses racines depuis le 4 décembre 1966 sur instruction du président Léopold Sédar Senghor, les manufactures sénégalaises des arts décoratifs (Msad) résonnent encore de l’harmonie cadencée des métiers à tisser. Par ses œuvres sublimes, tissées à la main, les Msad ont contribué de fort belle manière au rayonnement du Sénégal dans le monde.

Il y a 50 ans, la manufacture de Thiès ouvrait ses portes. Cet ambitieux projet du président Senghor capitalise 50 ans d’histoire continue, avec un savoir-faire hérité des générations précédentes. Depuis un demi-siècle, les Msad s’illustrent dans la tapisserie et perpétuent, dans une tradition ininterrompue, un métier de passion et une tradition rare. Ce fleuron, intégré au patrimoine sénégalais et africain, a vu passer des hommes de talents comme Papa Ibra Tall, son premier directeur (1966-1975), qui est l’absent le plus présent. Cet artiste, pionnier des arts plastiques, l’un des précurseurs de l’École des Arts de Dakar, a consacré plus de trente ans de sa vie aux Msad. Sur place, on parle de lui au présent comme au passé. Son passage n’a pas laissé indifférents ceux qui ont travaillé avec lui.

« Papa Ibra Tall c’est un artiste émérite qui s’est dévoué pleinement et sans discontinuité à sa passion. C’était un homme d’une gentillesse légendaire, qui aimait bien ce qu’il faisait. Avec lui, les Msad ont fait de grands bonds en avant. Ses œuvres restent une référence pour la jeune génération », témoigne Samba Mané, l’un des premiers lissiers des manufactures. « Papa Ibra Tall a vu Senghor qui a manifesté le désir d’ouvrir une manufacture. Il lui a dit qu’il pouvait recruter quatre élèves et les envoyer en formation aux techniques de tapisserie en France, précisément à Gobelins. Il y avait Mamadou Wade, Mar Fall, Doudou Diagne et Alioune Diakhaté. À leur retour, ils ont été affectés à la nouvelle manufacture nationale de tapisserie qui avait été créée en 1966 et installée à Thiès. Et la direction a été confiée à Papa Ibra Tall par le président Senghor. C’est sous son magistère que les manufactures ont connu un rayonnement extraordinaire », rapporte M. Mané.

Nombreux sont ces hommes et ces femmes qui se sont impliqués sans relâche dans l’émergence des Msad. Abdoulaye Ndiaye Thiossane fait partie de ceux qui ont écrit les plus belles pages de l’histoire des manufactures. Qui mieux que lui peut parler de l’histoire des Msad lui dont les œuvres ont plus d’une fois émerveillé les visiteurs. Chez Abdoulaye Ndiaye Thiossane, la créativité artistique est innée. Il disposait d’un don naturel de création. « Je me suis fait la main en copiant des affiches de films. C’est par la suite que je m’inscris à l’École nationale des arts en 1962, dans la Section Recherche Arts plastique. Juste après le Fesman, en 1966, j’ai été affecté à la Manufacture nationale des tapisseries de Thiès comme peintre cartonnier », renseigne Abdoulaye Ndiaye Thiossane qui a évolué aux manufactures avec Seydou Barry, Ousmane Fall, Mamadou Niang, Mor Fall, tous des camarades de promotion.

Nostalgique, le vieil homme, âgé aujourd’hui de 80 ans, parle de ces périodes fastes. « On a eu l’honneur et le privilège de recevoir de célèbres hôtes aux manufactures qui sont repartis satisfaits. Cela nous a beaucoup réconfortés », raconte Abdoulaye Ndiaye Thiossane dont les œuvres « Modane », « l’agonie de Malaw », « Bamba », « Lat Dior », « Songo » ont fait la fierté des Msad, du Sénégal. Abdoulaye Ndiaye Thiossane a travaillé jusqu’en 1979 aux Msad, avant de démissionner. Mais, il ne regrette pas pour autant son expérience. « La qualité des tapisseries sénégalaises, artistique et technique, a contribué à mieux faire connaître le Sénégal, sa culture, l’originalité de ses artistes et l’habileté de ses artisans », dit-il en magnifiant le travail réalisé depuis des années par les Msad qui, grâce à de belles tapisseries, ont réussi à vendre l’image du Sénégal à l’étranger.

Manufacture arts décoratifsTout comme Abdoulaye Ndiaye Thiossane, Samba Mané a aussi fait son temps aux manufactures. Il est l’un des premiers lissiers du Sénégal et a vu passer du beau monde. « La première tapisserie qui est sortie des manufactures est l’œuvre de Ibou Diouf », se souvient cet employé qui avait comme camarades à l’époque Abdoulaye Ndiaye, Ousmane Faye, Seydou Barry, Mamadou Niang. M. Mané évoque avec fierté les visites du président Mobutu, la reine Elizabeth et Mc Namara, le responsable de la Banque mondiale de l’époque entre autres personnalités. Samba Mané a vu passer presque tous les directeurs, de Papa Ibra Tall à Sidy Seck en passant par Bocar Ly, Diarga Cissé Ndiaye, Samba Sarr, Alioune Badiane et Aloyse Ndame Diouf. « Nous avons passé de bons moments aux Msad et nous sommes très fiers que l’actuel directeur fasse appel à nous pour la célébration du cinquantenaire. C’est un geste noble que nous saluons », note-t-il.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis que Senghor a créé cette manufacture. Mais le devoir de transmission est toujours au cœur des préoccupations de cette institution. Quelques éléments de la dernière vague des anciens qui devaient aller à la retraite ont été retenus pour encadrer la relève. Il s’agit de Abib Mbow, lissier depuis 1971, de Aichata Sy, responsable de la finition et de Sé Diarra. Ces trois anciens employés qui n’ont connu que les manufactures ont accepté volontiers de prolonger leur bail pour apporter leur expertise à la nouvelle génération. « C’est un travail extrêmement délicat, qui nécessite patience, l’amour de sa tâche et aussi de nombreuses années de formation, mais aussi de perfectionnement », note la dame Aïchata Sy.  

Pour Liboire Coly, le travail n’est pas aussi facile. « Nous avons la responsabilité de prendre la relève d’anciens qui ont consacré plus de la moitié de leur existence aux manufactures. Ce n’est pas facile d’y arriver, mais on se bat pour être à la hauteur », assure le jeune homme qui a intégré l’atelier de basse lisse trois années plus tôt. À l’atelier de cartonnage, Abdou Diouf est plongé dans une très grande concentration. Selon le peintre cartonnier, le travail demande beaucoup de concentration. « C’est ici le travail de base. Tout part de l’atelier de cartonnage. La moindre erreur fausse tout », explique-t-il. Dans cet atelier sont fabriquées toutes les maquettes, ensuite agrandies à bonne échelle. « On vérifie si tout est bien en place avant de passer au noircissement », indique-t-il en précisant que toutes les œuvres sont codées.

Ces tapisseries ont fait le tour du monde
Selon M. Diouf, chaque modèle original ne peut être reproduit que huit fois. « Le nombre d’exemplaires était fixé par Senghor qui avait limité la reproduction à quatre éditions. Quand Samba Sarr est venu, il l’a amené à 8. Mais après huit éditions, si un client se présente, on le met en rapport avec l’artiste. Si ce dernier est d’accord avec lui, on engage le travail pour une édition spéciale. C’est pour permettre à l’artiste de tirer profit de son travail », explique-t-il. Selon M. Diouf, la réputation des tapisseries des Msad n’est plus à démontrer. Depuis cinquante ans, de nombreuses tapisseries murales de luxe, entièrement faites à la main, y ont été réalisées. « Ces tapisseries ont fait le tour du monde. On peut les apprécier à l’étranger, dans les palais royaux, les sites présidentiels, les organisations internationales comme l’Unesco, l’Onu, l’Ua, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l’Oif », renseigne-t-il. Sans oublier que les tapisseries des Msad ont participé aux expositions culturelles et artistiques organisées par le Sénégal en Europe, au Canada, aux États-Unis, au Mexique et au Brésil.

Mais la tapisserie qui a le plus marqué ce peintre cartonnier reste l’œuvre monumentale intitulée « Le Magal de Touba » que le président de la République, Macky Sall, a offert à l’Onu. Cette tapisserie qui fait une superficie de 24 mètres carrés, en laine et coton dont la maquette est réalisée par feu Pape Ibra Tall. Selon M. Diouf, c’est une œuvre colossale qui témoigne du talent et du professionnalisme qu’il y a aux Msad. Depuis la création des Msad, plus de 2000 tapisseries de très grande qualité y ont été confectionnées. Cela témoigne d’une richesse créative exceptionnelle. Aujourd’hui, c’est 50 ans d’initiatives à saluer. Et pour le directeur général des Msad, la célébration du cinquantenaire en décembre prochain sera une occasion de rendre un vibrant hommage à tous ceux qui ont contribué à faire rayonner ce fleuron de notre culture.

Aujourd’hui et plus que jamais, note Aloyse Ndame Diouf, l’ombre de Léopold Sédar Senghor plane au niveau des manufactures.

« En regardant le livre d’or, la plupart des personnalités qui passent ici citent souvent Senghor ou le remercient d’avoir l’idée créer cet institut culturel qui représente un maillon phare de l’expression artistique nègre. Au départ aussi il faut reconnaître que Senghor a profité de son statut, sa position de président de la République pour faire vivre les idées qu’il avait dans le cadre de la lutte avec le mouvement de la négritude », indique M. Diouf. « C’est un combat qui engage tout un continent.

Cet idéal qu’il a voulu à travers sa fameuse formule « le rendez-vous du donner et du recevoir », nous sommes en train de le vivre au niveau des Msad. Chaque fois qu’un visiteur vient de n’importe où, les témoignages que nous recevons c’est cette sensibilité, le fait d’avoir été touchés au fond d’eux-mêmes en découvrant toute cette démarche artistique. C’est un cadre où toute personne sensible doit pouvoir se dire que les Msad constituent le fleuron de la créativité artistique de l’Afrique », soutient Aloyse Ndame Diouf.

Aloyse Ndam Diouf, directeur général Msad : « Pour un environnement artistique digne du Sénégal »

Les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs (Msad) auront un demi-siècle d’existence en décembre prochain. Le directeur général Aloyse Ndam Diouf estime que ce fleuron de la créativité artistique de l’Afrique, créé par le défunt président Léopold Sédar Senghor, a son rôle à jouer et mérite d’être conservé, renforcé, pour contribuer à un environnement artistique digne du Sénégal.

Les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs (Msad) soufflent leur 50e bougie. Qu’est-ce que cela représente pour une telle institution ?
C’est une restitution d’une trajectoire qu’ont vécue les Msad à travers une vision d’un président qui était sensible à la culture et avait une vision plurielle de l’expression artistique. Dans ce sens, un travail a été fait pour initier de jeunes sénégalais aux métiers des arts, notamment la peinture, avec le retour de feu Pape Ibra Tall au Sénégal, sorti de l’Ecole des beaux-arts de Paris. Le défunt président de la République Léopold Sédar Senghor a propulsé et créé la Manufacture nationale de tapisserie après avoir eu à initier un programme de formation de jeunes sénégalais sur les métiers d’arts dans le cadre de la collaboration française avec les ateliers de Gobelin et d’Aubusson.

Aloyse NdamToute cette trajectoire qui a été initiée par le président Senghor a évolué, et nous sommes allés de la Manufacture nationale des tapisseries aux Manufactures sénégalaises des arts décoratifs (Msad). Ici, les jeunes sénégalais ont été formés aux techniques de la tapisserie, aux métiers de la tapisserie et, par la suite, les Msad ont été créées en 1973 par une loi qui allait dans le sens de la diversification, parce que les autorités de l’époque avaient constaté que les manufactures avaient commencé à avoir une renommée au niveau international, à travers les belles tapisseries qui surplombaient les palais, les institutions internationales.

La présence de ces tapisseries constituait, pour le pays, un instrument de diplomatie, mais aussi de rayonnement artistique de l’expression au Sénégal. Cela a été une bonne parade et, aujourd’hui, nous sommes arrivés à un moment où il faut s’asseoir, réfléchir, voir ce qui a été fait pour pouvoir se projeter vers l’avenir et voir aussi la place des Msad dans le rayonnement artistique du Sénégal. Je pense que cela permettra aux Sénégalais et aux autorités de prendre conscience que cette maison a son rôle à jouer, mais aussi qu’elle doit être conservée, voire même renforcée, pour que nous puissions contribuer à un environnement artistique digne du pays.

Est-ce que les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs ont gardé leur vocation ?
Les Msad ont bien gardé leur vocation parce qu’au départ l’idée, c’était de promouvoir l’art africain en général et l’art sénégalais en particulier. Je crois qu’à travers tout ce qui a été réalisé au niveau des manufactures, nous en sommes à un rayonnement, car les tapisseries qui sont à travers le monde constituent pour le Sénégal une représentation de la belle image de notre pays. Dans ce sens, les Msad ont joué leur rôle. Il s’agit de reconsidérer les Msad par rapport aux populations locales et amener les Sénégalais à se les approprier, pour que nous puissions vivre ce rayonnement à l’interne. Le président de la République, Macky Sall, a lancé une directive « Un service, une tapisserie » pour demander aux services de l’Etat de commander des tapisseries. Nous sommes au niveau de la commande publique, mais aussi il y a des Sénégalais qui ont les moyens de s’octroyer les tapisseries et consommer l’art. Il faudrait que nous arrivions à ce pas. Aussi, avec la diversification que nous sommes en train de faire, nous voulons propulser la formation de 15 jeunes sénégalais aux métiers d’art (céramique, batik et tapisserie). Ainsi, nous irons vers une diversification qui va nous donner une production accessible pour la clientèle sénégalaise. Dans ce sens, les Msad joueront davantage leur rôle au niveau des Sénégalais.

Depuis sa création, les Msad survivent grâce à la subvention annuelle allouée par l’Etat. A ce rythme, est-ce que l’autonomie est envisageable ?
Depuis la création des Msad, le Sénégal s’est toujours engagé à octroyer une subvention. Avec la volonté politique du président de la République, l’accompagnement très attentionné du ministre de la Culture et de la Communication, nous recevons annuellement une subvention de l’Etat. Laquelle, si on observe bien, n’est pas suffisante pour nous permettre de faire face à toutes les ambitions visées. Cette année, nous avons eu à réhabiliter des locaux pour permettre au centre de formation de mieux respirer avec trois ateliers rouverts et le bâtiment administratif.

Nous avons d’autres ambitions comme le pavage des allées. Nous voulons que le personnel soit à l’aise. De même, nous devons accompagner tous les efforts que les jeunes sont en train de faire au niveau des ateliers pour les mettre plus à l’aise. Et cette subvention de l’Etat, si elle venait à augmenter, serait salutaire. Il faudrait que nous pensions à l’insertion de ces jeunes qui sont au niveau des ateliers et qui vont terminer leur formation dans un an. Des ambitions que nous avons et souhaitons que l’accompagnement de l’Etat se renforce, tout simplement parce que la difficulté à laquelle nous sommes confrontés, c’est parce que les tapisseries ne se vendent pas comme de petits pains.
Il y a le coût de la fabrication et la prise en charge salariale qui font que l’amortissement n’est pas facile. Pour cela, il faut l’accompagnement de l’Etat pour nous permettre de respirer. Mais avec la directive du président de la République et si les services de l’Etat font l’effort de commander des tapisseries, nous serons à l’abri des difficultés.

Quels sont les défis de l’après 50 ans ?
Nous avons déjà organisé le Comité régional de développement (Crd). Une prochaine réunion sera convoquée pour que les commissions valident tout ce qui a été retenu pour aller vers un programme. Nous n’avons pas voulu célébrer un cinquantenaire toute l’année. Il était question, avec les recommandations du ministère de la Communication et de la Culture, d’organiser des manifestations bien ciblées, sobres, qui ne pèsent pas lourd sur le budget des Msad. Pour ce faire, nous avons lancé des appels aux partenaires pour réaliser un programme, organiser des expositions itinérantes, un panel sur la trajectoire des Msad, des journées portes ouvertes et une cérémonie qui va marquer la création des manufactures le 4 décembre.
A travers toutes ces rencontres, ces points de convergence, les retraités, les anciens, et via tout ce qui sera dit, nous nous rendrons compte que les manufactures constituent une fierté nationale pour le Sénégal. Les acteurs et les décideurs sont, aujourd’hui, d’accord pour dire que les Msad ont eu une belle trajectoire. Au-delà de ces 50 ans, que voulons-nous faire des Msad ? A partir de cette question, il y aura un engagement beaucoup plus ferme et toutes les opportunités pourraient se présenter pour que les Msad se développent davantage.

Samba Oumar FALL

Last modified on lundi, 26 septembre 2016 13:51

Saré Yoba n’a pas perdu sa vocation historique. L’ancien comptoir de commerce abrite l’un des marchés à bétail les plus importants de la sous-région. Au cœur de cette localité, non loin de la radio communautaire, le marché hebdomadaire de diverses marchandises pèse également sur les transactions à l’échelle régionale. Ce qui fait que les jeudis de Saré Yoba sont très animés et rappellent l’époque coloniale, quand, sur les rives du fleuve Casamance, les transactions commerciales rythmaient les activités de la contrée du Diéga.

À quelques encablures de la route nationale, le fleuve Casamance qui fut jadis l’un des points stratégiques de l’activité commerciale coule tranquillement. Sur le rivage, un piroguier s’apprête à prendre le large alors que le soleil s’incline vers le couchant. Les berges envahies par les herbes sont plongées dans un calme relativement plat. Aucune activité n’est notée. Les populations semblent avoir déserté ce secteur, témoin du riche passé de cette bourgade. Ici, c’est Saré Yoba, la capitale du Diéga. À l’époque coloniale, cette localité était au centre d’une vaste zone d’échanges, quand les compagnies Peyrissac, Maurel et Prom, Cfao qui avaient le monopole du commerce étaient très fréquentes sur cette voie. L’effervescence gagnait la localité chaque fois que les chalands des Européens, en partance ou en provenance de Ziguinchor, accostaient pour des trocs.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis les indépendances. Le site qui a longtemps été le cœur commercial de cette partie de la province du Diéga a sombré dans la déchéance. Aujourd’hui, Saré Yoba revit, mais les activités commerciales ont été transférées le long de la route nationale. « Les premières habitations de Saré Yoba étaient partie d’ici. Maintenant, les populations ont préféré habiliter le long de la route nationale », nous renseigne notre guide.

Juste après les rizières, la première mosquée en banco abrite dans sa partie nord les tombeaux des premiers imams. Tout autour, les maisons sont réparties de façon ingrate, sans suivre un alignement. Leur cour arrière sert de potager ou d’enclos pour les petits ruminants.

À l’entrée comme à la sortie, de nouvelles maisons repoussent d’année en année, les limites de Saré Yoba confirmant ainsi les augures d’une grande agglomération qui transparaissent à travers les bruits que le fondateur avait entendus lors de ses premiers passages dans le site. « Yoba Sira Kandé était un chasseur. Il entendait tantôt un bruit qui rassemblait celui d’animaux, tantôt à celui des personnes. Il savait que ce village allait devenir un grand carrefour », rapporte Thiédo Baldé, directeur de la Radio communautaire « Jam FM » pour le développement.

Sa prédiction se confirme. Le village était devenu une plaque tournante des échanges entre les colons et les populations locales. « Il y avait un échange entre les Blancs et les populations. Ces dernières vendaient de l’igname, de l’arachide et du lait aux blancs. Le commerce était très florissant », confie Moutarou Baldé un des descendants de la famille du fondateur.

Aujourd’hui, les habitants semblent perpétuer ces legs. Sur le flanc droit de la Radio communautaire Jam FM (la paix en langue pular), derrière un muret surmonté par une grille, des hangars couverts de taules ondulées sont disposés de façon parallèle.

C’est le « louma » (marché hebdomadaire) de Saré Yoba qui se tient tous les jeudis. C’est l’un des marchés les plus modernes de la zone. Un réseau de canalisation et une route couverte de gravier le ceinturent des trois côtés. À l’intérieur, les allées forment un plan en damier.

Tout au tour se déploie une flopée de cantines. Des restaurants, des dibiteries, des échoppes de friperies débordent le jour du « louma ». C’est une sorte de prolongement des activités commerciales durant la période coloniale sous une nouvelle forme. « Vous voyez, tout cet espace est envahi. Des personnes étalent leurs marchandises le long de la route. Le petit commerce, des boutiquiers et des vendeurs qui viennent d’autres localités en profitent. Le marché hebdomadaire fait vivre Saré Yoba », avance sans ambages Thiédo Baldé, le directeur de la radio communautaire. Saré Yoba, c’est aussi son marché à bétail. Mais la vente des marchandises et du bétail ne se fait pas sur le même lieu. De l’autre côté de la ville, après le cantonnement militaire, sur la route de Tanaff, se trouve le foirail. Il est circonscrit par 4 murs peints en jaune avec une porte métallique. Sur la façade latérale et à l’extrémité gauche, une rampe d’embarquement et de débarquement donne sur un couloir qui débouche sur l’aire. Au centre, des abreuvoirs sont construits près d’un point d’eau. Sur la partie nord, des hangars sont aménagés. Juste après l’entrée principale, deux petits locaux sont parallèles.

Des propriétaires et des acheteurs sont debout près du couloir. Ils observent les vaches et les taureaux sortir et se précipiter sur l’aire. Parfois, les bêtes s’affrontent, échangent des coups de sabot. Leurs cornes s’entrechoquent et les beuglements fusent de partout. Sans tarder, des propriétaires, les uns après les autres, se détachent du groupe pour rassembler leurs bêtes. « C’est à partir des années 74 que les activités commerciales ont réellement pris de l’élan », précise Moutarou Baldé, l’un des descendants de la famille du fondateur du village. La localité pèse sur le marché de vente de bétail. Ce n’est pas un marché national. Il est sous-régional comme l’indique la plaque des bailleurs. Sa construction a été financée par le Fonds africain de développement.

Tous les jeudis, ce sont plusieurs centaines d’éleveurs, de vendeurs de bétail et de commerçants, d’acheteurs qui se rencontrent à ce point névralgique de la cité du Diéga. Un comité de gestion est chargé de veiller à l’entretien de ce marché moderne construit en 2004 qui se veut un pôle économique. Cette structure appelée Kawral Fouladou Daral Saré Yoba est présidée par Tidiane Kandé. Ce dernier assure que la commercialisation du bétail joue un rôle très important dans l’économie de la localité. Chaque jeudi, assure-t-il, des offres de vente de plus de 300 à 500 têtes de bovins, d’ovins, de caprins sont enregistrées pour des flux financiers de plusieurs millions de FCfa.

La transaction licite
Le marché à bétail de Saré Yoba a une zone d’influence qui va au delà des limites de la commune. Il est ainsi approvisionné en bétail par des éleveurs venus de la Gambie, de la Guinée-Bissau, de Ziguinchor et d’autres localités du pays. Selon M. Kandé, un bon taureau s’achète à partir de 150.000 et les prix varient parfois et peuvent atteindre et même dépasser les 800.000 FCfa.

Un système de filtrage bien huilé est bien en place. Le transport du bétail, son introduction dans le marché obéissent à une réglementation. Chaque éleveur ou vendeur doit remplir un certain nombre de formalités avant d’accéder au marché. Le bétail volé n’a pas sa place au foirail. « Le propriétaire de bétail doit chercher un laissez-passer attesté par son chef de village. Ce laissez-passer est visé par tous les chefs de village où transite le bétail. Ce document est présenté pour introduire le bétail. Si le propriétaire vend ses bêtes, l’acheteur reçoit aussi des documents attestés », explique Thiédo Baldé.

chadandsCes procédures sécurisent les transactions. Tout compte fait, les acheteurs ont adopté la culture de l’achat du bétail dans un espace reconnu où ils peuvent obtenir des papiers qui les couvrent. « Pour éviter des surprises, et des problèmes, des personnes attendent ce marché pour venir acheter un mouton, une vache, un taureau, un cheval ou un âne. Il y a une traçabilité du bétail », assure un agent du marché. L’achat et la revente de bétail fleurissent. Ce n’est pas Malang Dianté, originaire du village de Talton, qui sillonne les marchés hebdomadaires, qui minimisera les bénéfices. Vêtu d’un grand boubou noir, une écharpe nouée au cou, le vieux mandingue a devancé le véhicule qui transporte ses deux vaches achetées au marché de Diaobé. Depuis plusieurs décennies, il a cessé de mettre tous ses œufs dans un même panier. « Nous ne pouvons pas nous contenter de l’agriculture qui dure tout au plus quatre mois. Je suis dans le commerce de bétail depuis près de deux décennies. À travers cette activité, je parviens à couvrir mes besoins et ceux de ma famille. En plus, être tout le temps en activité vous rajeunit », confie Malang Dianté.

Le marché à bétail de Saré Yoba est bien organisé. Selon Tidiane Kandé, pour chaque mouton ou chèvre vendu, une taxe de 200 francs est prélevée. Pour le bœuf, la taxe est de 500 francs contre 300 francs pour l’âne et le cheval. Selon Tidiane Kandé, 50% de ces prélèvements reviennent au comité de gestion, 30% à la mairie et 20% aux collecteurs. Selon Tidiane Kandé, il ne fait aucun doute que le bétail est et restera pendant longtemps au cœur de l’économie de Saré Yoba. « Tout le monde y trouve son compte. Chaque jeudi, les vendeurs, acheteurs, intermédiaires, la municipalité, les collecteurs, le comité de gestion, les transporteurs et les petits commerçants se frottent bien les mains », assure-t-il.

Saré Yoba a bien conservé son statut de plaque tournante des activités commerciales. Son marché a apporté une nouvelle dynamique à la localité et contribue quelque peu à l’équilibre du budget de la collectivité. « Tout le monde vient vendre ici. Les commerçants qui viennent à Diaobé les mercredis prolongent le plus souvent jusqu’à Saré Yoba. Si ici ça ne marche pas, le "louma" le ressent », indique-t-il.

Jam Fm : Une radio au service du développement local
« Jam FM pour le développement », c’est indiscutablement la voix du Diéga. Dans cette contrée, cette radio qui aura bientôt deux années d’existence joue un rôle éminemment important dans le développement local et l’épanouissement des populations.

Selon le directeur Thiédo Baldé, cette radio est née suite au projet « Casamance réagit » qui avait pour objectif de ramener la paix dans cette partie du pays décimée par trois décennies de conflits armés. Selon M. Baldé, les initiateurs ont pensé qu’il était beaucoup plus pertinent que les fils de la Casamance travaillent eux-mêmes pour le retour de la paix dans leur contrée.

« Nous avons rencontré les groupes sociaux puis nous sommes allés dans le maquis rencontrer les responsables. Nous avons discuté avec eux pour que la paix revienne dans la zone », indique-t-il. « Nous avons réussi à faire sortir de la forêt 45 personnes, dont 23 adolescents, 22 adultes et 15 femmes séquestrées contre leur gré. Les garçons avaient commencé à prendre goût à leur situation, mais les femmes avaient peur et n’osaient pas rentrer chez elles. Elles avaient préféré se livrer à ces gens pour rester en vie. Nous avons donc parlé à certains chefs pour qu’ils puissent libérer les malades et les jeunes qui avaient encore l’avenir devant eux », explique M. Baldé.

Selon lui, leur association a aidé 16 jeunes à trouver des pièces d’identification. « Parmi ces jeunes, neuf ont été enrôlés dans l’armée et les sept autres ont emprunté le chemin de l’émigration et ont traversé la Méditerranée. Certains sont en Lybie et d’autres en Italie. L’un d’entre eux nous a même envoyé un peu d’argent qui nous a servi à l’achat de matériel », assure-t-il.

À en croire M. Baldé, la radio Jam FM occupe une place importante dans le processus de sensibilisation des populations. Son programme est composé généralement d’émissions sur l’éducation, le social, la religion, la santé, le développement local. La sensibilisation sur la déclaration de naissance qui constitue une grosse difficulté dans la zone tient également une place de choix dans les programmes de cette radio écoutée jusqu’en Gambie, Guinée-Bissau, Adéane et Médina Gounass. Les langues de diffusion sont le pular, le mandingue et le français.

Par Samba Oumar FALL et Idrissa SANE (textes) et Assane SOW (photos)

Last modified on vendredi, 23 septembre 2016 11:55

CanGabon90x700ok


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.