Faisons connaissance

Faisons connaissance (37)

Personnage atypique, Omar Laye Ly a autant de centres d’intérêt que de dread locks sur la tête. Il est président du centre pour handicapés de la ville, de l’équipe de handball, d’une association de parents d’élèves, entre autres. Ses différentes activités se retrouvent au sein d’un seul objectif : avancer et faire avancer la jeunesse par le sport et la citoyenneté.

On ne peut pas le louper. Dread Locks au vent, une gouaille qui en a vu d’autres et une bonhomie appréciée par les jeunes filles en fleur qui sont sous sa tutelle. Pour chacune d’elles, il garde une posture paternelle stricte. En ce milieu de l’après-midi, son programme se résume en conseils, horaires de regroupements, questions sur le nombre de balles disponibles. A peine son attention tournée vers nous, qu’une sonnerie retentit. « Don’t worry about a think » tiré de “Three little birds » de Bob Marley, nous le perd. Il décroche son téléphone, promet de rappeler son interlocuteur avant de s’excuser poliment et de raccrocher. « A nous maintenant », dit-il. « A lui », serait-on tenté de dire. Véritable personnage, Omar Laye Ly a tellement de facettes que quand on lui demande de se présenter, il hésite avant de commencer par dire : « Je suis handicapé ». Puis il reprend : « handicapé et membre actif de l’encadrement de l’ASC Diisoo de Guédiawaye avec ses trois sections Basket, Foot et Handball dont il est le président».

Success-story
La section Handball de Diisoo, sacrée championne du Sénégal l’année dernière fera dire à Oumar Ly que « c’était historique car nous avons eu 14 victoires en autant de matchs ». Dans sa philosophie, il y a une hiérarchie : assumer et avancer. « Etre handicapé ne doit pas être rédhibitoire, je suis un dirigeant comme les autres. Nous avons plus de 100 licenciés entre les cadettes, les séniors, les juniors et les minimes ». Une belle vitrine qui cache mal l’arrière-boutique. Le terrain d’entrainement de l’ASC Diisoo Handball manque de tout et est indigne d’une équipe championne sortante. Entre la vétusté, des nids de poule partout, le défaut d’éclairage et de clôture…, la coupe déborde.

« Nous ne pouvons pas recevoir sur notre propre terrain. Nous sommes obligés d’aller à celui de Golf. Le stade Amadou Barry ne peut pas encore recevoir les matches. En plus, il se pose un problème de sécurité. Il n’y a pas de barrière pour empêcher les ballons de sortir, par exemple. On s’est adapté pour avancer ».

Engagement sportif
Omar LyC’est le crédo de ce père de deux petites filles (4 et 8 ans), marié et arrivé à Guédiawaye à l’âge de 7 ans en 1976. Une véritable célébrité locale pour son engagement citoyen et sportif. Avec le basket, qui occupe une partie du terrain, Oumar s’occupe de 150 jeunes, chaque après-midi, assistés de ses compères Mass Bâ et Cheikh Ba dit Lalas. Ce dernier, ancien joueur de football de la JA, du Casa Sport, de la Sidec ou encore de la CSS, voit Omar Laye « comme un frère ». Pas seulement par la coiffure en locks qu’ils partagent. « S’occuper de l’éducation des jeunes et de leur encadrement sportif et citoyen permet de ne pas les perdre dans les turpitudes de la vie », ajoute Lalas qui est viscéralement lié à Guédiawaye au point de souhaiter y être enterré à sa mort, même s’il est un Baye Fall convaincu. En Europe, chaque enfant aurait pu participer financièrement. Ici c’est une autre réalité. On ne cotise pas, on ne paie pas la licence, tout est gratuit. « Je m’occupe du transport des moniteurs. Chaque année, nous recevons 350 000 F Cfa de la mairie de la ville. Divisée par mois, la somme devient dérisoire, s’indigne Omar Laye. Je lance un appel pour que la mairie augmente ses subventions. Celle de Wakhinane - Nimzatt donnait 100 000 F Cfa en 2014. Nous allons discuter avec eux pour voir ce qui est possible de faire ».

Amoureux de Guédiawaye
Quand on l’interroge sur son lien avec le sport, Omar Laye évoque un manque de choix. « Quand j’étais jeune, il n’y avait que le sport comme principale activité dans toute la ville. Ainsi, des anciens comme Fallou Ndiaye et Mactar Sokhna m’ont mis le pied à l’étrier de l’encadrement des jeunes ». Il balaie d’un revers de la main la pseudo-image négative de Guédiawaye : « C’est une ville qui regorge de personnes positives : d’intellectuels, de sportifs, d’éducateurs. La mauvaise image véhiculée n’est pas conforme à la réalité. Par exemple, nous avons le plus prestigieux lycée du Sénégal avec Limamoulaye ». Amoureux de Guédiawaye au point qu’en 2005, après un voyage en Europe, il fait le choix de rentrer au Sénégal. « Ma famille ne comprenait pas que je revienne pour vivre à Guédiawaye au lieu de rester là-bas. Je devais poursuivre un projet pour les handicapés ». En tant que handicapé, il confie être plus au fait des problématiques des personnes en situation de handicap. « J’ai créé un centre de formation et d’insertion pour les handicapés pour la ville de Guédiawaye. Je m’occupe de leurs matériels orthopédiques. C’est une activité initiée à Guédiawaye mais qui a fini par faire le tour du Sénégal ».

Sacrifices
Son idée était de faire du centre un outil capable de faire sortir de la rue (la mendicité) des personnes en situation de handicap. « Il s’agissait de trouver une alternative au fait de tendre la main pour disposer d’une formation afin de gagner sa vie honnêtement ». Depuis sa création en 1997, le centre a une fréquentation d’une centaine de personnes par an. Il accueille aussi des valides comme les jeunes filles qui ont quitté très tôt l’école afin de leur offrir des formations. Il y a cinq métiers : coupe-couture, cordonnerie, l’aspect culturel, handisport.

Malgré un caractère éducatif et citoyen évident, son initiative ne reçoit pas encore le soutien financier des autorités municipales. « Il n’y a pas de subvention annuelle… sauf une fois du temps du maire Bocar Sédikh Kane. Nous nous en sortons grâce à la cotisation des membres et la participation des jeunes filles formées ». L’art de la débrouille et du système D, Omar Laye maîtrise. « Le local est notre propriété. Nous avions, dans un premier temps, acheté le terrain, par la suite, j’ai eu des partenaires qui sont en Europe qui m’ont aidé pour la construction du centre avec l’appui du quartier. C’est ce que nous appelons des chantiers de jeunes. Ce sont des Allemands qui ont financé la construction du centre. Cela m’a valu un voyage pour expliquer comment un handicapé a pu réussir là où des valides ont échoué ».

Par Moussa DIOP

Last modified on vendredi, 29 septembre 2017 16:19

Touba Toul a été, dans le passé, un grand pourvoyeur d’hommes de troupe. Pendant les deux grandes guerres (14-18 et 39-45), celles d’Indochine (46-54) et d’Algérie (54-62), cette localité a donné à l’armée française ses fils qui l’ont défendu au prix de leurs vies. Fidèles jusqu’au sacrifice du sang, certains sont tombés sur le champ de bataille, d’autres comme Mamadou Faye, sont rentrés indemnes. Actuel chef de village de Darou Faye, ce nonagénaire se consacre à la guérison des fractures, une spécialité de sa famille.

Sa longue silhouette ne laisse guère imaginer que le vieux Mamadou Faye, en son temps, fut un preux. Mais les apparences sont souvent trompeuses. Ce bonhomme, malmené par l’âge, faisait, en son temps, partie de ces héros inconnus et méconnus, qui se sont engagé corps et âme pour défendre la France.

Malgré ses 90 ans, Mamadou Faye, même s’il lui manque quelques dents, garde une très bonne mémoire, a les idées claires, la vue normale. Il n’a pas besoin de puiser loin dans sa mémoire pour se rappeler son invraisemblable parcours. Ce natif de Darou Faye, dans le Touba Toul, fait partie de ces personnes au destin hors norme que l’on n’oublie pas. Son histoire est unique. Né en février 1927, il est venu au monde quand son père était âgé de 60 ans. « Mon père a eu 32 enfants qui sont tous décédés à leur naissance. J’étais le trente-troisième, et le premier rescapé. J’ai ensuite eu deux frères », explique-t-il.

Incorporé le 27 février 1955, alors qu’il n’était âgé que de dix-huit ans, Mamadou Faye a été l’un des milliers de jeunes Sénégalais à avoir offert une partie de leur jeunesse à l’armée française. Il faisait partie du contingent de soldats affectés au maintien de l’ordre en Algérie, indique-t-il.

Le vieux Faye n’a jamais fait des études. C’est une fois au front qu’il s’est débrouillé pour apprendre la langue française, et même écrire des lettres à ses parents restés au pays. Une fois les combats terminés, le soldat Mamadou Faye retourne au bercail, renouant avec son quotidien. Il devait aussi affronter le regard des proches qui espéraient que la guerre lui rapporte beaucoup. Mais cette guerre ne lui a rien apporté, indique-t-il. « Je suis parti pauvre et je suis revenu pauvre », renseigne-t-il. Issu d’une famille de paysans très modeste, Mamadou n’avait pas jugé opportun de se réengager. Il ne voulait pas laisser seul son père qui commençait à prendre de l’âge. « Quand j’allais à la guerre, il était déjà vieux. Il avait 83 ans. Je ne pouvais pas repartir et le laisser là. C’est pour cette raison que j’ai préféré rester. Il s’est éteint à l’âge de 97 ans », souligne-t-il.

Avant la guerre, Mamadou était agriculteur. De retour du front, il a jugé opportun de changer de cap et d’aller à Dakar. Son statut d’ancien combattant lui a permis d’obtenir un emploi. Il s’est retrouvé chef de la carrière de Bargny. Il y a travaillé pendant sept ans avant de rallier la capitale. « J’ai travaillé à la Carrière Birame Touré, père du journaliste Diadji Touré. Puis, j’ai été recruté à l’Agence de sécurité africaine. C’était le 2 février 1980 », se rappelle Mamadou Faye qui accuse son employeur d’avoir recruté un homme pour le descendre. Ce n’est pas du délire, précise-t-il. « Ça s’est passé vers les années 1985. Il lui a payé des millions pour m’ôter la vie. Mais cet homme ne savait vraiment pas qui j’étais. Le type qu’il a engagé m’a tiré deux balles sur la main, mais ça ne m’a même pas inquiété. J’étais invulnérable aux balles. Je craignais plus le bâton que l’arme à feu. Je n’acceptais pas l’injustice », raconte cet homme.

Vers les années 1970, dit-il, personne n’osait passer la nuit au pont Yarakh. « À l’époque, c’était inenvisageable, même si on vous donnait tout l’or du monde, moi, je l’ai fait. À plusieurs reprises d’ailleurs », se targue-t-il.

De cette guerre, beaucoup de choses l’ont marqué et il en garde de mauvais souvenirs. « La guerre, ce n’est bon ni pour les vainqueurs ni pour les vaincus. Vous êtes marqué à vie par les tirs de mitrailleuses qui pleuvent tout autour de vous, les obus qui explosent, l’angoisse de la mort ou d’être fait prisonnier, la disparition de votre camarade, la nécessité de tuer pour sauver votre peau », indique-t-il. Même si une partie de lui-même s’est brisée au front, Mamadou Faye s’estime heureux d’avoir survécu. « J’ai participé à la guerre d’Algérie et j’ai réussi à rentrer chez moi sain et sauf. Ce n’est pas donné à tout le monde. Je n’ai jamais été ni blessé ni malade. Dieu merci, je suis toujours en vie et encore en bonne santé », se réjouit-il en rendant hommage à tous ses camarades « morts pour la France » ou qui ont quitté ce monde. Aujourd’hui, l’Algérie est bien loin. Mamadou Faye qui a reçu plus de quarante ans plus tard sa carte de combattant délivrée en février 2004 par la préfecture des Pyrénées atlantiques savoure la vie en attendant son heure. Il s’est retiré depuis plusieurs années dans son village, Darou Faye, où on lui témoigne un profond respect.

De ses 90 ans, le vieux Mamadou Faye qui a deux enfants, vit avec ses deux pensions. Il se consacre à la guérison des fractures, une spécialité de sa famille et héritée de ses ancêtres. « Les gens viennent de partout et font la queue pour se faire soigner », nous dit-il.

Par S. O. F.

Des mots qui suggèrent, évoquent. Une esthétique du langage fleuri. Une conscience du patrimoine musical et poétique du griot, du peuple sénégalais. L’artiste-chanteuse Ngoné Ndiaye Guewel, c’est tout cela plus de la grâce. Et un peu d’audace.

Ngoné Ndiaye Guewel n’est pas seulement talentueuse. Elle exprime la volupté par la poésie ; celle que certaines croyances ont voulu rendre indécente. Sa parole atteint le tréfonds de notre hérédité. Son verbe se construit sur des aspirations intimes, sur des désirs légitimes. Sa musique épouse les valeurs de nos traditions et met en lumière les pouvoirs de séduction d’un peuple. Le « taasu », qui consigne des pratiques anciennes, le permet. Ngoné Ndiaye Guewel s’est très tôt adonnée à l’art. L’ex-épouse de l’animateur sportif Lamine Samba a d’abord été danseuse dans son quartier de Grand Yoff. Il lui arrivait de titiller également le micro pour égayer des assistances grâce à son éloquence qui transparaît dans ses textes. Pour venir en aide à sa mère après le décès de son père, ancien inspecteur de police, elle dégotte un travail à la Sofrigel en tant que mareyeuse au Mole 10 du Port autonome de Dakar.

Bravant les périls, les « œillades », la solitude dans sa volonté d’exister par son art, elle bâtit une réputation et se convainc de son génie. L’idée de faire « irruption » dans les chaumières sénégalaises lui trotte dans la tête. L’initiatrice de la « Nuit de la taille basse » franchit le pas avec sa détermination en bandoulière. Et de quelle manière ! « Avec mes petites économies, je suis allée exprimer mon désir de faire de la musique à Bara Samb, un grand frère du quartier, parce qu’il connaissait mieux le milieu artistique à Grand Yoff. C’est ainsi qu’il m’a conduite chez Baba Hamdy. Je me rappelle qu’il avait éclaté de rire lorsque je lui ai dit que je ne possédais que la somme de 50.000 FCfa pour, à la fois, aider ma mère, payer mon transport et enregistrer mon album », se rappelait-elle dans les colonnes du journal « Enquête ». Le producteur, certainement séduit par sa volonté de fer, accepte. Le Sénégal découvre alors une dame à la silhouette affinée, au regard pénétrant, au verbe un tantinet provocant, à la voix loin d’être caverneuse ; elle était juste puissante. « Chérie Abraham Pipo » (un de ses ex-mari, également artiste) sort, avec le label 1000 mélodies, son premier album, « Lu jot yomb », une compilation de bonnes notes dans lesquelles se disent quelques coquettes choses.

Ngoné Ndiaye Guewel réinvente le « lëmbël ». Les reins et les les « membres inférieurs » n’ont jamais été aussi sollicités dans les quatre coins du Sénégal ! « Ngoné yagnou tamal lëmbël daan gnibi » ! Elle se construit une image portant quelquefois à la volupté. Le public la compare à une autre reine du lëmbël, Fatou Laobé, connue pour ses exquis « tangages ». Quand les deux s’offrent un « duo d’oscillation » lors de l’anniversaire du lead vocal de « Ngoné Ndiaye et le lëmbël rythme », le monde découvre toutes les prouesses dont est capable le corps humain. Elles enchantent.

Ses singles « Sakar Yalla kaw ak suuf », « Coxxotaan », « Yaay saay saay (« Ngoone Njaay yaay saay saay, dañu mako jiiñ waaye du man » !) révèlent un pan de notre patrimoine poétique et suggestif. Ngoné Ndiaye Guéwel, la quarantaine aujourd’hui, de par son art, met en évidence la richesse de notre poétique romantique, l’esthétique de notre chant traditionnel, de nos perles, de notre geste… Sa musique, qui rend également hommage aux figures marquantes du Sénégal, est un univers « magmatique » de significations.

Par Alassane Aliou MBAYE

Elle était plus qu’une « reine du taasu ». Aby Ngana Diop était la voix rafraîchissante de son art. Elle a réussi à réaliser une jonction entre deux univers de sens et de rythmes, entre la tradition et la modernité, entre le « taasu » et le rap ; le tout dans la poésie et la cadence qui caractérisent le verbe et le geste de nos peuples.

A l’image de sa majesté, l’autre jour, à une tribune aux harangues, Aby Ngana Diop a aussi, comme elle seule savait le faire, chanté ceci dans le morceau Yaye Penda Mbaye : « O fadj na ngoora… o fagning fagn fagn o wathia thia » (ou quelque chose du genre, la langue de mes esclaves sérères est ce qu’elle est !). La défunte cantatrice, talentueuse « taasukat (genre musical très proche du rap), soumettait sa musique aux rythmes de la poésie qu’elle conciliait à la fureur des tambours. Elle cultivait l’éclectisme. L’auteure de l’album « Liital » sorti en 1994, trois ans avant son décès suite à une crise cardiaque, a désherbé bien des allées à ses pairs « taasukat » et aux rappeurs à l’époque très hostiles au genre musical Mbalax.

Aby Ngana Diop a réussi à établir une passerelle entre cette musique urbaine et les tonalités traditionnelles. Le « rap taasu » qu’elle a expérimenté avec le titre « Dieuleul » a inspiré plusieurs formations de rap qui se sont engouffrés, par la suite, dans cette brèche pour redonner une certaine fraîcheur à leurs œuvres (Fata, Gokh bi system, Awadi…). Elle est plus qu’une pionnière, « borom Ndadjé » était en avance sur son temps. Ne disait-on pas de cette dame à la grâce naturelle qu’elle promouvait une musique « tradifuturiste ». Comme le chanteur et parolier Ndiaga Mbaye, alors que le rap conquérait du terrain, elle a su s’adapter, dans les années 1990, aux nouvelles exigences de son art pour partager avec la jeunesse la richesse de notre patrimoine capable de rencontrer le monde. Un label américain en a été séduit bien après sa mort ; preuve de la pertinence de ses options artistiques. Ses prouesses sont inspirantes en cela qu’elle montre ce que pourrait être la musique : un moyen d’affirmation des identités et d’enrichissement mutuel. Sa discographie est loin d’être des plus fournies mais elle transmet une vision à la postérité : Rester soi-même dans la quête de l’autre. Aby Ngana Diop « mère rappeuse »-nous nous plaisions à l’appeler ainsi-, comme Aminata Fall, Isseu Niang et bien d’autres grandes figures de l’art, est très peu célébrée. Il n’y a que le temps qui lui rend hommage quand d’autres, au courant ou méconnaissant son œuvre, marchent sur ses pas enchanteurs.

Par Alassane Aliou MBAYE

C’est l’histoire d’un « Djolof-Djolof » venu chercher fortune au Saloum et qui a fini d’y faire sa vie. La relation entre l’ancien député libéral Mor Maty Sarr et sa ville d’adoption de Kaolack pourrait emprunter ce raccourci allègre dont les chroniqueurs sont friands. Pourtant, il y a une part de vérité dans cette trajectoire romancée.

Dans une chaude journée de 1962, il débarque dans la capitale du Saloum sur le dos d’un cheval de race. Agé d’à peine 17 ans, il a été envoyé par son père pour se faire une place dans le milieu des turfistes dont la localité de Mboss, dans le département de Guinguinéo, était une sorte de « Longchamp » à l’échelle du Sénégal. Parti de Gouloubou, il rallie la capitale du Saloum en passant par Dahra-Djolof, Mbacké Baol, Diourbel et Gossas. Un long périple, du nord au centre du pays, pour se faire une place dans le milieu des courses hippiques.

Quelques courses plus loin avec un bilan plutôt mitigé, le jeune jockey, installé au quartier des « Abattoirs Ndangane » le fief des « Djolof-Djolof » dans la ville, prend peu à peu ses aises loin du cocon paternel. Ce dernier, venu prendre des nouvelles de son champion de fils, se résout, la mort dans l’âme, à le rapatrier avec sa monture. Cette fois-ci par le chemin de fer. Une première incursion qui n’a duré que le temps d’une rose. Direction, par la suite, Dakar où le fils du patriarche El Hadj Baïdy Sarr se reconvertit en marchand ambulant.

Le succès aidant, il se lance vers 1967 dans l’import-export et retrouve Kaolack pour des haltes sur la route de Banjul pour prendre l’avion en direction de Freetown ou Accra. Faisant le deuil de ses rêves de jockey réputé, le jeune commerçant trace son sillon dans le milieu des affaires. Son look de jeune premier de l’époque, avec casque Edgar, lunettes Ray ban, vélo moteur de marque italienne et costume cintré, renseigne sur la prospérité de son commerce. Des allures de dandy qui ne l’empêchent pas d’acquérir sa première maison personnelle à Kaolack en 1969 et de prendre femme la même année. Repéré par les responsables socialistes de l’époque, on lui donne, malgré lui, le poste d’adjoint de la sous-section des Abattoirs derrière un certain Ameth Saloum Boye.

S’ensuit un long parcours politique couronné par deux mandats parlementaires entre 2002 et 2012. Siégeant sans discontinuité au conseil municipal de Kaolack durant plus de 20 ans, il refusa, en 1997, le fauteuil de maire d’Abdoulaye Diack élu au conseil régional. « Je suis entré par effraction dans la politique car le Groupement économique sénégalais (Ges) dont je fus le responsable dans la région avait fait de moi un conseiller associé à la commune de Kaolack. Ma vrai vocation, c’est le commerce », consent-il à se justifier 20 ans après. Ce socialiste pur jus a pourtant eu ses lettres de noblesse avec l’avènement du président Wade qui en fit le coordonnateur régional de la formation libérale de 2008 à 2014.

Désireux de se consacrer pleinement à ses affaires, celui qu’on affubla du sobriquet de « député de Sandaga » démissionne avec fracas de tous ses mandats politiques le 23 mars 2014. Aujourd’hui, le premier vice-président du Ges règne en maître dans sa boutique de l’avenue Peytavin au cœur de la capitale. Il raconte à qui veut l’entendre qu’il est un « Djolof-Djolof » de naissance et un « Saloum-Saloum » d’adoption, obligé de vivre à Dakar pour des raisons professionnelles. L’histoire ne dit pas qu’il est retourné sur ses pas d’ancien jockey pour diriger la ligue du Sine-Saloum des courses hippiques de 1979 à 1986. « Depuis cette date, il y a eu plus de compétions hippiques dans la zone », regrette-il la mort dans l’âme.

Elimane FALL

Il avait opté pour des études en philosophie ou en relations internationales, mais Abdoulaye Lamine Baldé s’est retrouvé dans le milieu de la culture. Devenu animateur culturel après une formation de trois ans à l’École nationale des arts, il est nommé directeur du Centre culturel régional de Kolda et vit sa passion. Celui qui se bat au quotidien pour l’épanouissement des acteurs culturels n’a qu’un seul objectif : faire rayonner la culture à Kolda et au Sénégal.

Âgé de 35 ans, Abdoulaye Lamine Baldé a fait ses humanités à l’école élémentaire Ansoumana Sané, puis au collège d’enseignement moyen technique de Louga. À son retour à Kolda, il poursuit ses études au lycée Alpha Molo Baldé. Son bac en poche, il est orienté à l’Ucad, à la Faculté des Lettres et sciences humaines, au département des Lettres modernes. C’est à la suite d’un concours qu’il a atterri à l’École nationale des Arts, option animation culturelle. Au départ, le jeune Abdoulaye avait envisagé de faire des études en philosophie ou même en relations internationales, mais a subi l’influence d’un frère aîné qui était déjà au département des Arts scéniques.

Toujours est-il qu’après trois ans de formation sanctionnés par un Diplôme d’études supérieures en animation culturelle, il est sorti de l’école des arts pour se consacrer exclusivement au service de la culture. Aujourd’hui, M. Baldé ne regrette pas sa trajectoire. « Même si c’est différent des autres corporations, je m’y plais beaucoup parce que je pense que là où on peut être, on peut servir valablement et utilement son pays. Et ce qui nous réconforte, c’est cette force morale, cet humanisme des acteurs, des hommes, mais aussi des sommités. Pour moi, cela n’a pas de prix », note-t-il.

Sorti de l’école en 2009, Abdoulaye Lamine Baldé est resté au chômage pendant une année, le temps de se forger. « On a bénéficié d’une position de mise en stage. À l’époque, Serigne Modou Bousso Lèye était le ministre de la Culture. Pendant quatre ans, nous avons accepté de venir à la périphérie, conscient que le Sénégal ce n’était pas seulement Dakar. Il fallait donc penser aux autres régions », note-t-il. Pour le jeune animateur culturel passionné, c’est un tout cohérent, pour permettre à toutes les populations de sentir qu’elles font partie de cette nation. C’est ainsi que le jeune Baldé a opté de revenir au bercail, à Kolda. « Il n’y avait qu’un seul animateur dans la région, j’ai décidé de venir l’aider un peu dans sa tâche, dans sa mission », informe-t-il.

Ce choix, Abdoulaye Lamine Baldé ne l’a pas regretté. Après quatre ans de rodage, il a été recruté et affecté à Kolda. « Le 24 novembre 2014, j’ai été promu au rang de directeur du Centre culturel régional de Kolda. J’ai eu la chance de trouver sur place de grands hommes de culture, des personnes ressources avec lesquels nous travaillons le plus souvent. Il s’agit de Sadiki Sall, Amadou Joe Kane, Ibrahima Thiodo Bâ, Madou Bâ, Hamady Sow, Abdourahmane Diallo, etc. », fait-il savoir. Selon M. Baldé, les métiers des arts et de la culture sont porteurs. « Sans la culture, on n’est rien. Ce qui fait l’être, c’est la culture. C’est un métier très noble. Et je ne regrette pas d’avoir choisi cette trajectoire », indique-t-il.

M. Baldé estime que sous nos cieux, « la culture c’est un tout », même si parfois c’est un peu difficile. A son avis, les autorités doivent faire beaucoup d’efforts pour accroitre les moyens pour la promotion et la valorisation de la culture. « En Europe, ils ont maitrisé les choses élémentaires. Mais nous, si on veut être au rendez-vous des grands de ce monde, il faut explorer davantage le domaine des arts et de la culture ». À l’en croire, tous les Sénégalais qui sont connus à travers le monde, ce sont des ambassadeurs : Cheikh Anta Diop, Souleymane Bachir Diagne, Sembène Ousmane, Léopold Sédar Senghor, Boubacar Boris Diop, etc.

« Le rayonnement international, le président Léopold Sédar Senghor l’avait bien compris. Et si, aujourd’hui, le Sénégal, en tant que petite nation du tiers monde, est connu, nous le devons certes à notre diplomatie, mais aussi à notre diplomatie culturelle ». Hier comme aujourd’hui, Abdoulaye Lamine Baldé se bat pour le rayonnement de la culture à Kolda, mais aussi au Sénégal de manière générale. « Nous avons à montrer au monde un patrimoine culturel, des expressions culturelles, notre nature. Bref, nous avons notre culture à magnifier », explique-t-il.

« Pour qu’on puisse a arriver à ce rayonnement culturel souhaité, il faut que les populations s’approprient leur propre culture. Car en matière de culture, ce sont elles les principales dépositaires. Il faut donc qu’elles acceptent de collaborer, mais aussi que les autorités pensent à mettre des infrastructures qui puissent accompagner cette production culturelle », estime-t-il. M. Baldé informe que le ministère a pris l’engagement ferme de doter le Centre culturel régional d’un studio d’enregistrement. Cela va permettre, à son avis, de fixer les œuvres musicales, mais aussi de l’ensemble du patrimoine musical et sonore. L’acteur culturel a ainsi plaidé pour la réhabilitation des sites et monuments historiques (Ndorna, Hamdallaye).

« Réhabiliter ces sites, c’est rendre aux populations du Fouladou leur fierté, leur dignité et renforcer leur sentiment d’appartenance. Comme dans toutes les contrées du pays, le Fouladou a aussi ses références. C’est des valeurs qu’il faut perpétuer et cela passe par la réhabilitation de ses tatas. Il y a aussi l’arbre Moussa Molo qui retrace l’itinéraire de cet illustre fils du Fouladou qui mérite d’être connu par la jeune génération, mais aussi par la postérité », soutient-il. Au mois de décembre prochain, Kolda va abriter le Festival national des arts et culture (Fesnac). Un gros challenge pour la région, selon M. Baldé.

« Les 14 régions du Sénégal vont se retrouver à Kolda, qui sera la capitale culturelle sénégalaise pendant une semaine. Ce n’est pas une mince affaire, l’ensemble des populations doit s’y mettre, parce que c’est la première fois que Kolda abrite une manifestation culturelle d’envergure nationale », indique-t-il. L’ambition de M. Baldé, c’est de réussir le pari de l’organisation et de la participation, mais aussi faire en sorte que Kolda puisse au moins remporter deux prix dans les règles de l’art et dans un esprit de cohésion et de fraternité.

Par Samba Oumar FALL

Last modified on jeudi, 29 septembre 2016 14:52

Jusque-là inconnue, son parcours atypique serait source d’inspiration pour beaucoup de jeunes. Cette économiste s’illustre par son talent et son expertise avec un brin de patriotisme.  

Pur produit de l'école publique, Yacine se distingue par un QI qui en séduirait plus d’un, avec une maîtrise quasi-parfaites des questions économiques. Dans cette odyssée, elle met en bandoulière son patriotisme et son humilité. De quoi la faire femme-modèle par l'inspection d'académie de Pikine-Guédiawaye dans l'élection miss maths et miss science de cette zone. Organisation et méthodique, elle ne se départit pas de sa confiance en soi depuis sa tendre enfance. "Dieu me suffit comme protecteur" lance-t-elle. Dans le chemin de la réussite, elle ne prend pas de raccourcis. Un séjour long à l'étranger ponctué de vacances finit de la singulariser. Elle roule sa bosse à travers le monde au gré des postes occupés et des sollicitations. "En Afrique, il n’y a que deux pays que je n'ai pas visités" lance-t-elle.

Aux origines modestes
Rien ne vaut le retour aux sources dans son pays natal, même en état de grossesse avancée. L’économiste refuse de prendre la nationalité du pays de l’oncle Sam. Pour elle, consommer rime avec local. Tout y passe : le consommer, la menuiserie, le coton, etc. Elle voit le jour à Ndiangué, un village situé à quelques lieues de Saint-Louis. Pourtant, son père imam de la mosquée de Pikine (banlieue de Dakar) était réticent face à l’idée de scolariser sa fille. Il en revient à de meilleurs sentiments grâce à l’entregent de son épouse. Elle grandit sous la coupe du père qui fixe l’heure du coucher à 20h. Elle se rappelle aussi ses vacances au Walo qu’elle passait chez un oncle cuisinier du gouverneur général. Un séjour au village où elle découvre le travail harassant des femmes en milieu rural. Et lorsque son père lui a fait comprendre qu'à défaut d'étudier, le village sera sa destination finale, elle y trouve une source de motivation supplémentaire qui renforce son amour pour les études.

A la conquête du monde
« Mon papa était regardant sur la façon de manger, de parler voire de marcher " explique-t-elle. Après avoir passé avec succès le cycle primaire, elle rejoint le lycée Kennedy. Elle a vécu le transfert du lycée de la ville à Colobane. Yassine faisait partie des meilleures élèves. Ses paires de sandales ne lui empêchent pas d’avoir d’excellentes notes.  De Kennedy, elle passe à l'école normale de Thiès. Ensuite, cap sur l'université où elle a été quasiment contrainte de suivre l'espagnol. Trois ans plus tard, une licence en espagnol, elle paie son billet d'avion et débarque en France. Elle entame des études de sciences économiques. Yassine allie études et travail pour se prendre en charge. Chemin faisant, elle devient traductrice dans une société espagnole installée en France. Sa licence dans les valises, elle embarque pour les États-Unis où elle réussit le concours d'enseignant et devient professeur de mathématiques tout en préparant le diplôme de master en économie qu'elle obtient.
Depuis plusieurs années, elle se distingue pour son combat pour l'éradication de la pauvreté féminine. Son autre combat, c’est la formation des jeunes en leadership.

Abdou DIOP

Le retrait, mais pas la retraite. De la politique à la médecine, l’ancien porte-parole du gouvernement est revenu à ses premières occupations. Le médecin-biologiste de la reproduction consulte la vie politique sénégalaise. Il prescrit des comprimés de travail et un sirop de tolérance pour un dialogue fécond entre le pouvoir et l’opposition.

« Une autre façon d’être utile à son pays », c’est en ces termes teintés de patriotisme que Bacar Dia explique son retrait de la scène politique depuis quelques années. Le médecin-biologiste de la reproduction a perdu de l’embonpoint. Troisième dan de kung-fu, il a repris le chemin du tatami. Pas de barbe sous le double menton, mais quelques mèches de moustache tombent sur les côtés de la bouche. Tenue officielle pour ce jour de consultation au cabinet. La chemise blanche à rayure est accompagnée d’une cravate. L’ancien ministre de la Communication a repris sa blouse blanche. Un métier hérité de ses parents infirmiers. « J’ai suivi la voie tracée par mon père », explique-t-il dans son discours « ndeyssan » – interjection témoignant de la compassion.

Derrière son bureau au décor sobre, très vite la discussion tourne autour de la politique. Dans son « recul conscient », le docteur Dia prescrit une nouvelle conception de la politique sénégalaise. Pour lui, il est impossible de continuer dans ce cercle vicieux pouvoir-opposition. « Ce n’est pas parce que vous avez perdu vos fonctions ministérielles que votre place naturelle est dans l’opposition », précise l’ancien porte-parole du gouvernement. Fonction qu’il considère d’ailleurs comme la plus ingrate de toutes car il fallait gérer des situations délicates. Il quitte le gouvernement en 2009.

En rejoignant la « porte de sortie » – le ministère des Sports – du gouvernement, cet originaire de Sagné-Lobali se savait déjà sur la sellette. C’est alors la fin pour celui qui entrait sept ans plutôt au gouvernement à l’âge de 34 ans. C’est de la Sénégalaise des eaux (Sde) qu’Abdoulaye Wade le nomme ministre chargé des relations avec les institutions. Un bref séjour avant d’atterrir au ministère de la Communication. Bacar Dia aime se définir comme l’homme des compromis. C’est ainsi qu’il plaide pour des retrouvailles « dans le sens du partage d’idées » entre Macky Sall et Abdoulaye Wade.

C’est même avec plaisir qu’il se rappelle du sobriquet « Bacar Wade Dia » que la presse lui avait attribué à l’époque. Il ne tarit pas d’éloges pour son ancien mentor : un « grand homme », un « gentleman ». Le docteur est en train de finaliser un ouvrage pour relater son expérience auprès du président Wade. A côté de ses charges médicales, le militant du Front populaire écologique (Fpe) a investi le domaine de l’environnement. En 2014, il soutient une thèse de droit public à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. « Après ma sortie du gouvernement, j’ai tout laissé pour suivre des études de droit ». D’abord il obtient un master en droit international et comparé de l’environnement avant d’entamer le doctorat.

Une manière de prouver que « les politiques sont aussi de grands intellectuels ». Pour l’heure sa grande bataille est la valorisation du désert qui est « notre plus grande richesse ». Entre la médecine, le droit, le sport et les moments passés avec les amis, le médecin-biologiste de la reproduction profite de sa nouvelle liberté après sa sortie de « la prison à ciel ouvert » du pouvoir.

Ibrahima NDIAYE (stagiaire)

Du crayon au micro, en passant par les planches, Abdoulaye Ndiaye « Thiossane » n’en demeure pas moins un artiste complet. À 80 ans bien sonnés, cet artiste polyvalent s’est tout naturellement imposé dans le paysage culturel. Sa carrière musicale reste des plus prolifiques. Des indépendances à aujourd’hui, ses chansons continuent de résonner. Et ses titres, « Aminata Ndiaye », « Modaane » et « Tal lène lamp yi », sont restés, à ce jour, très fameux.

D’aucuns croient qu’Abdoulaye Ndiaye Thiossane est musicien, d’autres peintre et certains dramaturge. Mais le natif de Sam est un touche-à-tout. Il est polyvalent. Il excelle aussi bien dans la peinture, que dans la musique et le théâtre. Né le 3 février 1936 dans le village de Sam, dans le département de Tivaouane, Abdoulaye Ndiaye est, aujourd’hui, une figure de proue de la musique sénégalaise. Il a bien marqué son époque et continue de marquer le temps présent. Sa complicité poussée avec le pinceau s’est traduite par une profusion d’œuvres. « Des milliers de tableaux », nous assure l’artiste.

La conquête de cet art a hissé Abdoulaye Ndiaye à l’apogée de sa carrière, avec des tableaux qui ont fait le tour du monde. Ablaye Ndiaye a également suivi des cours d’art dramatique et a eu à jouer quelques pièces. Mais c’est dans la musique qu’il s’est le plus illustré. Avec Abdoulaye Ndiaye Thiossane, la musique ne vieillit pas et ne meurt pas non plus. Ses chansons ont forgé le goût de plusieurs générations de mélomanes, même si la gloire a tardé à lui ouvrir ses bras. Ses premiers pas dans la musique remontent à 1953. « J’ai été inspiré par la musique du film O Cangaceiro, primé meilleur film d’aventures au Festival de Cannes en 1953 », raconte-t-il avec un brin de nostalgie.

Autodidacte, Abdoulaye Ndiaye Thiossane s’inscrit, en 1962, à l’École nationale des arts pour se perfectionner en dessin et devenir artiste plasticien. « J’étais un élève très terrible, mais travailleur. C’est ce qui m’a valu d’avoir remporté le deuxième Prix de décoration en Recherche arts plastiques et le Prix d’interprétation en Art dramatique, section art dramatique », explique-t-il. « J’étais aussi un grand mélomane et j’aimais beaucoup la musique. J’avais une guitare que je trainais partout. À l’école, j’ai côtoyé un guitariste talentueux, Chérif Mané, qui est devenu finalement professeur de dessin. Et en 1964, quand l’école a été transférée au Camp Lat Dior, j’ai créé l’orchestre Thiossane club », narre-t-il.

Un choix qu’il ne regrette pas. Deux ans plus tard, il a rendez-vous avec l’histoire. « Comme le Sénégal était indépendant, le président Senghor aimait beaucoup l’initiative locale, qu’il encourageait d’ailleurs. Il estimait beaucoup les chanteurs locaux, les valorisait, parce qu’ils démontraient que le Sénégal avait une culture riche », raconte l’artiste. « J’interprétais des chansons tirées des contes traditionnels et Senghor les écoutait. Le directeur de Radio Sénégal d’alors, Ibrahima Mbengue, diffusait mes chansons. C’est comme ça que j’ai été révélé au grand public. Tout le monde appréciait mes chansons. Cela m’a amené à interpréter, en 1966, l’hymne du premier Festival mondial des arts nègres. J’ai interprété « Tal lène lamp yi » (allumez les lumières), un titre que chantaient les Saint-Louisiens lors des fanals. Le Sénégal venait d’être indépendant, il fallait mettre les lumières pour voir où mettre les pieds », explique-t-il. Après le Fesman, indique-t-il, Senghor l’a choisi pour devenir peintre cartonnier aux Manufactures. Alors que tout le monde s’attendait à voir Abdoulaye Ndiaye rester dans son élément, il met son activité entre parenthèses en 1979 pour s’orienter vers autre chose qu’il maitrisait parfaitement bien. « Je suis allé rejoindre l’orchestre de l’Institut national des arts du Sénégal (Inas). J’étais là-bas avec Mor Dior Seck et Ousmane Touré ». Avec ses acolytes, ils feront des prestations sur l’ensemble du territoire national. « Au bout de quelques années, j’ai quitté l’Inas pour me consacrer à la peinture dans mon atelier », indique-t-il. Un retour à la peinture qui sera interrompue en 1982.

« Le président Abdou Diouf voulait créer un orchestre national et on m’a rappelé. On m’a pris comme pensionnaire. J’ai passé sept ans là-bas avant de démissionner et de retourner encore à la peinture », fait-t-il savoir. La vie d’Abdoulaye Ndiaye Thiossane est faite d’aller-retour entre la musique et la peinture. Une série de valses qui se justifie, selon lui, par la quête de gains pour survivre. « C’est très rare de rencontrer un artiste qui vit pleinement de son art. Quand on peint un tableau, quelle que soit la beauté de la planche, il peut rester dix ans, voire plus, sans trouver un acheteur. Donc, on ne peut pas vivre de ça. C’est ce qui justifiait mes allers-retours. En musique, au moins, les Sénégalais apprécient les belles voix. Il suffit d’aller dans les baptêmes et autres cérémonies pour se faire un peu d’argent ».

Abdoulaye Ndiaye Thiossane estime qu’aujourd’hui les acteurs culturels ne bénéficient d’aucun soutien conséquent de la part des autorités. « Au temps de Senghor, l’artiste était mieux considéré parce qu’il attachait une importance toute particulière à la culture. Régulièrement, il accordait des subventions allant de 500.000 à un (1) million de FCfa aux artistes. À deux reprises, j’ai eu à bénéficier d’une subvention de la part du président Senghor », relève-t-il. À force d’aimer la musique, Abdoulaye Ndiaye est allé jusqu’au bout de sa passion. Une pugnacité et une persévérance payante qui lui ont valu la production de son premier album intitulé « Thiossane », sorti en 2011. Il était âgé de 75 ans. Une consécration très tardive, mais qui soulage bien l’artiste qui a toujours cru en son étoile. À 80 ans, Abdoulaye Ndiaye Thiossane reste une icône vivante. Il chante et chante. Son âge ne constitue pas un handicap. Et il ne songe pas encore à raccrocher.

Par Samba Oumar Fall

Laye Diarra Diop est l’un des couturiers les plus célèbres de son époque. Il a marqué son temps à travers des créations qui sortent de l’ordinaire.

Formé sur le tas, celui qui est plus tard devenu un maître couturier dit avoir très tôt quitté les bancs de l’école. « J’ai fais des études pas du tout poussées. Juste après avoir terminé mon cycle primaire, j’ai abandonné l’école. Mes parents n’avaient pas suffisamment de revenus pour me mettre dans une école privée. C’est sur ma demande que j’ai été inscrit dans un atelier de tailleur », fait-il savoir. Là, il s’initie au métier de couturier, apprend à couper et à découper, sous l’œil vigilant de son encadreur. Il est à peine âgé de 25 ans lorsque Abdoulaye Diop dit Laye Diarra commence à observer la clientèle se développait. Elle est de plus en plus pressée et toujours plus avide de luxe. Il comprend qu’il convient de présenter non plus des modèles uniques, mais des collections dont il reproduira les modèles pour ses clientes, en les individualisant. Il comprend surtout que c’est à lui d’imposer son art à la cliente, inversant ainsi définitivement l’ordre des choses.

Il a envie de bâtir en dur, il consolide les fondations abimées, conçoit un business plan, prend des risques et devient chef de sa propre entreprise. Laye Diarra venait nouvellement d’ouvrir son atelier lorsqu’il engage une secrétaire. «Cela avait fait tic dans l’esprit des gens. Ils me reprochaient, moi simple tailleur, d’engager une secrétaire. Je voulais coûte que coûte apporter une touche nouvelle faite d’innovation. Aujourd’hui, je n’ai aucun regret d’avoir très tôt compris la nécessité de me professionnaliser», laisse t-il entendre. L’isolement n’est que temporaire, vite il redonne aux femmes des envies de féminité. Mais surtout il fait de nouveau converger les acheteurs. Dans son sillage, les maisons de couture vont connaître pendant des années une période faste. Il ne tarde pas à voir affluer une clientèle qu’il accueille à bras ouverts : il présente ses modèles sur des mannequins vivants, dans le reflet des miroirs. Il se comporte en artiste capricieux, griffant ses robes comme un peintre signe ses toiles. Attirant la clientèle cosmopolite, il ne tarde pas à habiller toutes les têtes couronnées du Sénégal.

Détermination et application
La couture était plutôt l’affaire des ratés. Je n’avais pas les moyens de payer des études privées. J’ai donc fait ma formation sur le tas. J’ai suivi des séminaires et effectué des formations ça et là. Je suis par la suite parti en Europe pour suivre une formation, dit-il. Laye explique également qu’à une certaine époque, à ses débuts notamment, les étudiants de l’Ucad passaient leurs commandes chez lui ; ils sont plus tard devenus des décideurs. Certains mêmes des présidents de Républiques, des ministres, des directeurs généraux, des ambassadeurs et autres. Et ceux-là ont pour la plupart maintenu le lien. «Ce que je fais, je le fais avec rigueur et sérieux. Je suis également persuadé que la bouche à oreille demeure la meilleure publicité. C’est parce que je produis de la qualité que les autres sont tentés de venir vers moi. C’est comme cela que ma clientèle s’est petit à petit élargie », fait t-il savoir.

La floraison de stylistes au Sénégal le laisse dubitatif. Il y’en a de très bons et de moins bons, fait-il savoir. Globalement, il dit que cela est positif. La vision d’un vêtement varie. L’œil du spécialiste diffère toujours par rapport à celui du profane, seuls les mieux formés feront carrière, concède-t-il. Loin du tourbillon de la création, il s’assigne une nouvelle mission. Présenter des collections qui permettront au public de saisir toute la richesse artistique et historique d'une œuvre de mode, mais aussi accueillir les couturiers eux-mêmes qui utiliseront leurs fonds comme une immense bibliothèque, un vivier de références et d'inspiration pour nourrir leur propre création. Le point sur ces nouveaux défis qui sont autant de façons de faire rayonner la mode. «Nous sommes, désormais face à un public connaisseur, ultra-informé, au fait de toutes les tendances, de toutes les collections. La mode n'est plus diffusée dans le cercle très restreint de quelques privilégiés qui ont la chance d’assister aux défilés. Tout le monde les voit, les images circulent. Il est impératif de répondre, aujourd'hui, à ce goût pour la créativité », note Laye Diarra Diop. Les grands couturiers peuvent jouer un rôle essentiel. Une jeune marque n'a pas de grande visibilité et seuls les grands peuvent l'aider à se faire connaître. Ils ont d'ailleurs tout à y gagner, car ils peaufineront ainsi leur identité et cultiveront leur différence. «Ceci est d'autant plus vrai que les investisseurs sont timorés. Ils préfèrent miser sur le patrimoine d'une ancienne maison, même endormie, plutôt que de donner sa chance à un jeune créateur. Or, pour garder son rang, la mode se doit d'être audacieuse et, plus que jamais, revendiquer sa créativité », laisse-t-il entendre avec un brin de sourire.

Par Oumar BA

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