Quartiers mythiques

Quartiers mythiques (29)

A 70 bornes de Dakar, la cité du rail perpétue son image de carte postale. L’ancien village sérère se distingue surtout par son quadrillage et ses avenues bordées de majestueux caïlcédrats. C’est d’ailleurs ces arbres qui ont fait la renommée d’une de ces plus célèbres artères : la « rue sans soleil ».

Derrière la Promenade de Thiessois, la « rue sans soleil » baigne dans une atmosphère paisible bercée par le gazouillis des oiseaux perchés sur les « khaya senegalensis », l’arbre emblématique de cette avenue. Plus loin, une colonie de chauve-souris a élu domicile sur un autre. Elles en squattent les branches à grand renfort de cris aigus. La célèbre artère est le symbole du bon vivre à la thiessoise. Une renommée qu’il doit à ses nombreux caïlcédrats plantés de part et d’autre.

En arpentant les rails de l’histoire et installé dans le wagon du souvenir, on découvre que certains caïlcédrats de la ville ont été mis sous terre dès 1939 par le commandant Connelière. Cette espèce d'arbre de la famille des méliacées a pour autre nom l’acajou du Sénégal. Sa cime peut culminer à 30, voire 35 mètres. La mythique avenue porte le nom de Lamine Guèye, ancien avocat et premier président de l’Assemblée nationale du Sénégal indépendant. Il est né le 10 septembre 1891 au Soudan (actuel Mali) et est décédé le 10 juin 1968.

Que d’établissements  le long de l’avenue : la Maison du combattant, l'école El hadji Ahmadou Barro, la Chambre de commerce avec son architecture coloniale, etc. « Même l’ancien ministre socialiste Jean Colin et le président Léopold Sédar Senghor ont habité dans cette rue », confie Demba Pouye, un riverain assis au coin d’une ruelle qui débouche sur l’avenue Léopold Sédar Senghor. Celle-ci est perpendiculaire à la « rue sans soleil ». Rappelons que le président-poète a aussi été maire de la commune de Thiès créée en 1904.

« Plusieurs Thiessois empruntaient cette artère pour aller en ville. Car, d’un bout à l’autre, on pouvait y marcher sans être touché par le soleil », raconte Makhfou Faye, un habitant du quartier voisin de Randoulène Nord. Le feuillage touffu des arbres, comme une canopée équatoriale ou amazonienne, formait un dôme. Mamadou Bâ, la cinquantaine bien sonnée, se rappelle le temps où une bonne partie de la rue était occupée par des commerçants libano-syriens. Sous sa tenue en wax, le Toucouleur revendique jalousement ses origines thiessoises, la ville qui l’a vu naître et grandir.

La « rue sans soleil » est devenue le point de chute des gourmets. Plusieurs restaurants et fast-foods y ont pignon sur rue. Les gourmands aussi qui ont de quoi se lécher les babines. Les terrasses n’accueillent pas beaucoup de monde en ce dimanche. Avec ses bars et boîtes de nuit, l’avenue est le point de rendez-vous des fêtards. Depuis quelques années, l’image de carte postale de la rue est écornée par la chute ou l’abattage de certains caïlcédrats.

De ce fait, à hauteur de certaines portions, le soleil accable les passants. Les eaux de pluie aussi sont devenues un casse-tête. Devant son magasin, Mouhamed, un commerçant marocain, appréhende la saison des pluies. « Là, c’est le point bas de la rue. Quand il y a une forte pluie, les eaux se retrouvent ici, charriant de la boue », explique-t-il entre ses matelas. Sur le talus, quelques herbes poussent sur un amoncellement de sable.

Ibrahima NDIAYE (stagiaire)

Parmi les multiples rues que compte la ville de Pikine, la Rue 10 est l’une des plus célèbres. Tel un boulevard accoté aux échoppes de luxe, elle dégage un air d’avenue marchande perdue au beau milieu de la banlieue dakaroise.

Route barrée, ouvriers à pied d’œuvre, le chantier d’élargissement de la voie de dégagement nord se poursuit. A côté, une rue demeure imperturbable face à ce chamboulement. Au loin, elle semble infinie, de près, elle attire. Fini le temps ou l’allée était sablonneuse et encadrée par des maisons en baraque. Route goudronnée, immeubles aux façades en carreaux… Bref, la rue a reçu un coup de modernité. Quelques maisons gardent tout de même un aspect classique avec leurs murs en béton coiffés de toits en tuile.

De la cité Lobatt Fall au croisement de la route des Niayes, le décor est le même. Boutiques, magasins ou ateliers, la rue abrite tout un microcosme commercial. Plusieurs bretelles donnent accès aux différents quartiers alentours. La zone ne connait pas de problème d’inondation. Mais elle est étroite, parce que ne pouvant supporter le nombre de véhicules qui passent sur cette axe. En témoigne le récent dérapage d’un mini bus qui a fini sa course dans une maison. En cette matinée, l’atmosphère est paisible. Quelques vieilles dames sont assises devant leurs étals, à côté des concessions.

Des sonorités musicales, émanant des magasins, animent la rue. Dans les ruelles sablonneuses, on ne croise pas grand monde. Cette quiétude inhabituelle est, selon Samba Dra, un délégué de quartier, liée aux départs de plusieurs de famille. « Plusieurs maisons familiales ont été vendues. Beaucoup de natifs ont déménagé par la suite », précise-t-il. Assis aux abords d’une cantine multiservices, trois garçons d’à peine 18 ans discutent dans le sérieux le plus total.

A 13 heures, le soleil est au zénith, et l’un d’eux vient de se faire servir un petit déjeuner (café et bout de pain) déjà acheté par le cadet du groupe. Quand on les interroge sur leurs principales activités, la réponse est prompte : « On est des joueurs de navétanes », déclarent-t-ils d’un ton fier. Ils se veulent différents de la majorité des jeunes de Rue 10 qui, d’après lesdits joueurs, ne font que s’amuser soit en boite de nuit ou avec des voitures de luxe louées avec lesquelles ils perturbent le calme de la rue marchande.

« En ce moment, le quartier est calme. A pareille heure, ils sont encore au lit », affirme l’un d’eux. Trouvé juste devant chez lui, accroupi au bas d’un immeuble, Seck ne s’étonne pas que la jeunesse de Rue 10 manque tant d’occupations. « Les jeunes d’aujourd’hui n’ont pas de qualification professionnelle. Aucun parmi eux ne peut se targuer d’un savoir-faire propre », regrette-t-il. Seck est l’exemple de ces fils de Rue 10 qui ont émigré en Europe et qui ont préféré rentrer pour travailler dans leur pays. « Ici, dans chaque maison, il y a au moins un émigré ». Battant en brèche tous les préjugés mis sur le dos des banlieusards, le quinquagénaire considère qu’il s’agit juste d’un problème d’orientation des jeunes.

Mamadou DIAGNE (stagiaire)

Situé au cœur de la ville de Thiès, Randoulène Nord se trouve à l’emplacement d’un ancien village sérère dénommé Diankhène. Le quartier cosmopolite d’alors devient le centre administratif de la cité du rail.

A l’entrée de la « cité du rail », Randoulène souhaite la bienvenue aux visiteurs. Quelques slaloms à travers les voitures sur la grande avenue du camp avant de dévier à droite pour entrer dans le quartier aux origines de Thiès. La vie tourne au ralenti dans les larges rues en cette matinée dominicale. Plusieurs riverains prennent un brin de fraîcheur sous l’ombrage des arbres plantés devant leurs concessions. Dans toute la ville, le caïlcédrat ou « Khaya senegalensis » est à l’honneur. D’un côté des anciens devisent tranquillement. De l’autre, un groupe de jeunes joue au scrabble.

Randoulène est une ancienne habitation des Sérères nones, les premiers occupants de Thiès. « La zone comprise entre la mairie, la place de France et l’actuel quartier Randoulène constituaient le village de Diakhène », explique Makhfou Faye, fils du délégué de quartier de Randoulène Nord Amadou Ndiaye Faye. Par ailleurs, ce professeur d’histoire et de géographie, intéressé par le passé de son quartier, a recueilli beaucoup de témoignages des anciens. Le premier délégué de quartier s’appelait Malick Kaïré Diaw. Le village de Diankhène a été fondé au 17ème siècle dans royaume du Cayor. Son ancien marché Moussanté Darkassé, disparu avec la restructuration, a donné son nom à l’actuel marché Moussanté (le terme wolof signifie jouer au plus intelligent au cours du marchandage). Randoulène a été divisé pour avoir deux entités plus petites dont la gestion serait plus facile. L’avenue du Baol constitue la ligne de démarcation entre Randoulène Nord et Randoulène Sud. Ses quartiers limitrophes sont Randoulène sud, Carrière et Escale. L’ancien premier ministre Idrissa Seck est natif du quartier. « Un Thiessois n’est à l’aise que chez lui », explique M. Faye. Hormis la majorité de musulmans, le quartier accueille quelques chrétiens d’origine manjack. Au sein du quartier se trouve le compartiment « route de Mbour » et celui des « Ndiobène ». Ce dernier est le fief de la caste des « rabb » composée de tisserands. Au fur du temps, le quartier devient une zone de brassage ethnique avec la présence de la gare ferroviaire. La ligne de chemin de fer Dakar-Saint-Louis est inaugurée en 1885.

Alors l’ancien village sérère accueille alors des Wolofs, des Bambaras, des Toucouleurs, entre autres. C’est au moment du lotissement de 1956 que l’administration coloniale a demandé aux populations de « se pousser un peu ». D’où le nom wolof de Randoulène. Cette décision fait suite à la conférence de Brazzaville qui a décidé de l’amélioration des conditions de vie par l’érection de communes mixtes dont Thiès. Randoulène Nord pourrait être considéré comme le cœur administratif de la ville de Thiès. En plus d’écoles, il abrite le Tribunal régional de Thiès, une caserne de sapeurs-pompiers et le premier poste de santé de Thiès. Le quartier accueille aussi la Direction de la scolarité centrale de l’université de Thiès.

Ibrahima NDIAYE (stagiaire)

Kaay Findiw est ce qu’on pourrait appeler un vestige de la civilisation léboue dans la presqu’île du Cap-Vert. Comme un nid d’aigle au milieu des immeubles du Plateau, vitrine de la modernité de la capitale, le village garde son aspect traditionnel. L’un des 12 « Peñc » de Ndakaru, plus d’un siècle après, conserve son côté original.

A partir de l’avenue Faidherbe, limite sud du quartier, on bifurque sur la rue du Liban. Une bonne centaine de mètres avant d’atteindre l’entrée. Le quartier traditionnel, aujourd’hui centenaire, s’ouvre par une ruelle d’à peine un mètre de largeur. Les habitations sont petites. Les murs en dur remplacent les baraquements de jadis. Leurs couleurs (blanc, beige) rajoutent du charme au pittoresque village lébou. Au fil des ruelles dallées, des scènes de les tous les jours. Par ici, une dame lave le linge, par-là, une autre s’affaire à la cuisine. On risque de se perdre dans ce labyrinthe. Certaines ruelles se terminent en cul-de-sac.

Assy est une native du quartier. Tatouages de henné sur les mains et coiffure protégée sous son foulard, elle est toujours en mode Tabaski. « Le quartier est désert en ce moment. La plupart des locataires ont passé la fête dans leurs villages d’origine », informe la jeune fille. Kaay Findiw accueillait essentiellement des Lébous, mais au fur du temps, sa population s’est diversifiée.
A l’origine, Kaay Findiw fait partie des 12 « Peñc » lébous de la presqu’île du Cap-Vert. Son histoire est notamment marquée par deux dates. D’abord, en 1905, le village, alors installé vers l’emplacement du palais présidentiel (du building administratif à la cathédrale), est délocalisé vers son emplacement actuel. Plus tard, en 1914, au début de la Seconde guerre mondiale, le village, créé par les Diène, échappe à une nouvelle délocalisation. La cause, une épidémie de peste. Cet épisode de l’histoire suscita alors un lever de boucliers au « Peñc » de Kaay Findiw. Ainsi, plus de 5.000 personnes armées, avec à leur tête, entre autres, le Ndeyi Jàmbur Youssou Bamar Guèye, se sont dressées face aux bruleurs de cases ainsi que leurs mandants. Suite à ces événements, ils ne sont plus que six « Peñc » à loger dans le Plateau. Les six autres sont transférés à la Médina, créée la même année.

L’entrée est du quartier fait face à la Direction de l'intendance des armées sur l’avenue Lamine Guèye. A droite de cette porte se trouve une mosquée. Sur les bancs, à l’abri d’un grand arbre, des jeunes discutent en cette matinée. Quelques pas plus loin, on tombe sur les toilettes publiques. Les petites maisons n’ont pas de toilettes. C’est là aussi où se trouve le robinet public du quartier. Un menuisier dépièce des palettes de bois sous l’œil intrigué de bambins. Certains se saisissent de quelques bouts de bois. Les petits « apprentis » sont plus concentrés sur leur jeu qu’autre chose. Devant son atelier, un réparateur de télé s’applique sur un circuit électronique. Kaay Findiw est un atelier à ciel ouvert.

Par Ibrahima NDIAYE (stagiaire)

Situé au sud-ouest de la commune de Tambacounda, le quartier Gourel Diadié qui se débat entre ruralité et urbanité est aujourd’hui rattaché à la commune. Ce quartier s’étend sur une superficie de 38 ha pour une population estimée à 2.598 habitants en 1998. Au regard de sa superficie et de sa population, le quartier Gourel Diadié est l’un des plus grands de la commune de Tambacounda, même si sa création est relativement récente.

Gourel Diadié signifie en pulaar le petit village de Diadié. Diadié étant le fondateur du village en 1951. En provenance de Diadala, près de l’arrondissement de Nettéboulou, la famille fondatrice s’est installée à 04 km de Tambacounda en vue de se rapprocher du centre urbain. Le village était séparé de la commune par le marigot Mamacounda qui était, à l’époque, un cours d’eau permanent. L’agriculture et l’élevage constituaient les principales activités économiques des populations. Comme son nom l’indique, le quartier est peuplé, en majorité, de Peulhs qui représentent un sous-groupe de l’ethnie pulaar. Outre le pulaar, on y dénombre une forte communauté Bassari et une communauté Kognagui. Les Bassari et les Kognagui ont rejoint les pulaar sur le site en 1967. La présence des autres groupes ethniques, notamment les Wolofs, est survenue avec le rattachement du village de Gourel Diadié à la commune de Tambacounda, en 1983, suivi de la réalisation de la première opération de lotissement. Le pouvoir y a toujours été exercé par la famille fondatrice, en l’occurrence la famille Sow.

Au regard de leur spécificité, les communautés bassari et kognagui disposent de leurs chefs traditionnels qui se trouvent être le représentant du délégué de quartier. Pulaar, Bassari et Kognagui ont toujours vécu en paix et n’ont jamais eu de conflits même s’il faut noter qu’il n’existe aucune relation de mariage entre ces groupes ethniques. L’environnement du quartier est encore marqué par le caractère rural en dépit de son rattachement à la commune de Tambacounda et de l’émergence de l’habitat urbain fait en dur. La faiblesse des infrastructures de base représente, sans nul doute, un indicateur qui renseigne sur la faible urbanisation du quartier. En effet, le quartier ne dispose que d’une école primaire, d’une garderie d’enfants, d’une mosquée, d’une chapelle et d’un collège. Malgré la présence de quelques villas, l’habitat est caractérisé par la présence de concession et de cases. Ce type d’habitat reflète la ruralité du site et le bas niveau de vie des populations.

La nature des logements prédominants dans le quartier demeure incontestablement le banco (82,5%). La construction en dur fait une timide apparition dans le quartier. L’habitat en dur est souvent utilisé par les couches sociales plus ou moins aisées telles que les travailleurs dans le secteur formel et les commerçants.

Le faible taux de branchement des concessions au réseau de la Senelec s’explique par la mauvaise desserte du quartier et par les faibles revenus des ménages qui n’ont pas les moyens d’assurer les frais d’installation et de faire face au paiement des factures. Ici, il n’existe ni égout, ni système d’évacuation des eaux usées et pluviales dans le quartier.

Les eaux usées sont déversées soit à l’intérieur des concessions soit dans la rue, ce qui engendre de réels problèmes d’hygiène et d’assainissement.

La population du quartier de Gourel Diadié est très jeune. Plus de 72% de la population sont âgés de moins de 35 ans tandis que moins de 2% de la population ont plus de 64 ans. Crées sur la base d’affinités et de proximité, les Groupements de promotion féminine (Gpf) sont assez dynamiques et se déploient particulièrement dans le domaine de l’épargne et du crédit revolving à travers les tontines qu’ils organisent. Ces groupements bénéficient de l’encadrement du service du développement communautaire et de l’appui du projet d’appui aux Gpf. L’éloignement des cases de foyer pose des problèmes d’accessibilité des femmes de ces groupements aux actions de formation telles que l’alphabétisation.

Certains Gpf disposent également du statut de Gie et appartiennent à la fois aux fédérations des Groupements et des Associations féminines. Les activités exercées par ces associations tournent autour de l’alphabétisation, de la préservation de l’environnement, de l’éducation et de la sensibilisation des populations sur les problèmes d’ordre sanitaire. L’apparente densité du mouvement associatif cache, toutefois, une profonde désorganisation des populations quant à la prise en charge des problèmes d’intérêts communs à l’échelle du quartier. Mis à part les Gpf, les autres organisations sont plus théoriques que réelles du fait de leur insuffisante structuration et fonctionnalité.

Par Pape Demba SIDIBE

On accole communément à Kaolack, la capitale du bassin arachidier, le nom de Ndangane, un quartier emblématique de la ville de Mbossé Coumba Njiguène. Allez savoir la raison ? Le fait est que les Abattoirs-Ndangane situés au sud-est de la commune, sur les rives du fleuve Saloum, est le bastion des sérères venus des îles. Un vrai vivier de champions sportifs de la lutte et du football.

L’ancien village des sérères Niominka, venus des îles du Saloum, dont la création est datée vers 1465, donc bien avant la construction des premiers comptoirs commerciaux, est aujourd’hui un quartier emblématique de Kaolack. Au point de lui donner son nom. Administrativement, on parle des Abattoirs-Ndangane, par la faute d’un bâtiment servant à cet office avant le site actuel de Koundam. Plutôt fier de cette filiation historique, le délégué de quartier, Moustapha Guèye « Ngabu », ne se lasse de raconter par le menu détail l’installation des premiers habitants venus des îles du Saloum essaimer la terre des princes « ceddo ».

Un accueil pas toujours convivial à la fois des autochtones au début et des administrateurs coloniaux par la suite. « On raconte que le commandant Brocard, patron du canton du Sine Saloum, incommodé par les effluves peu amènes du poisson séché, le domaine d’activités de ces pêcheurs hors pairs, n’a eu de cesse de les chasser de la zone contiguë aux berges du fleuve, pour les repousser vers le centre de la ville. Mais, à chaque fois, ils reviennent occuper l’espace, raison pour laquelle les habitations précaires ont été pendant longtemps de mise à Ndangane », rappelle cet ancien instituteur qui perpétue la mainmise de ses parents niominka au poste de chef de quartier. De Malafy Dieng à Dioura Faye, en passant par Ibrahima Sarr, ils ont toujours occupé cette fonction.

Aujourd’hui, il s’enorgueillit d’abriter un vivier de célèbres champions sportifs. Au nombre desquels le feu follet du Mbossé Babacar Thiam qui a fait les beaux jours de l’équipe fanion des Lions de la Teranga dans les années « 80 ». Deux mastodontes de la lutte avec frappe, à savoir Mohamed Ndao « Tyson » et Yakhya Diop « Yekini » ont fait leurs premières lors des séances de mbapattes initiées par l’Union Fraternelles des Abattoirs Ndangane (UFAN), l’ASC du quartier. La famille paternelle de la Première dame est aussi originaire de la zone où la nature argileuse des sols empêche toute opération d’assainissement du quartier au grand dam de Ngabu Guèye. 

Le pacte d’alliance avec Senghor
Dans le Sénégal d’après-guerre, Léopold Sédar Senghor qui a choisi de s’affranchir de l’ombre tutélaire de Me Lamine Guèye fait du Sine Saloum son bastion électoral. Il convoite le poste de député du deuxième collège dévolu aux sujets français. Kaolack au cœur de cette région avec la culture de rente de l’arachide est une destination courue de tous les candidats. Le jeune agrégé en grammaire entré en politique l’a compris. Sur place, ces parents sérères qui comptent sur lui pour mettre fin aux exactions du commandant Brocard, lui propose un pacte : la promesse de pouvoir rester dans leur quartier en contrepartie d’un soutien politique. En fin politique, le candidat Senghor accepte le deal. On note depuis que les Abattoirs-Ndangane sont restés un fief socialiste donnant de grands leaders de l’ancien parti au pouvoir à l’instar d’Amète Saloum Boye, Sitapha Dieng, l’ancien député Mor Maty Sarr.

Par Elimane FALL

Last modified on mardi, 20 septembre 2016 17:16

A Guédiawaye, les habitants de la cité Diounkhob se souviennent, avec un brin de nostalgie, de l'époque où la zone se distinguait par la belle couleur et la propreté de son sable si attrayant que les « diounkhob » (crabes en wolof) avaient fini par y élire domicile. A l'époque, la localité était tellement sablonneuse que ses résidents avaient toutes les peines du monde à croire qu'un jour le sable sera sous la menace des eaux de pluie.

Située dans la commune de Sam Notaire, dans le département de Guédiawaye, la cité Diounkhob a été créée en 1969. Elle polarise quatre quartiers dont les habitants se reconnaissent à travers l’histoire commune de leur déguerpissement forcé décidé par les pouvoirs publics qui les avaient finalement installés de gré ou de force là ils sont établis actuellement. Elle doit son nom à ce crustacé appelé « diounkhob » (crabe) qui avait établi ses quartiers dans ce site dont les habitants sont venus de la cité Baye Gaïndé.

Cette espèce faisait partie du décor, comme nous le raconte le délégué du quartier, Mbissane Diouf. "On en retrouvait partout dans le quartier où ils étaient attirés par la propreté du sable. La nuit, difficile à l'époque de se promener dans la localité sans pour autant piétiner des « diounkhob ». De la même manière, au petit matin, les traces de « diounkhob » étaient visibles partout dans la cour des maisons. Le même délégué de quartier croit savoir que c'est certainement parce que la personne qui a baptisé cette zone "Cité Diounkhob" a de la baraka que le nom continue à traverser des décennies.

A cette époque, les habitants du quartier ne souffrait pas d'un manque de système d'assainissement tel que dénoncé par le vieux Mbissane Diouf. Par contre, aujourd'hui, la donne a changé, car les habitants de la cité « Diounkhob » sont confrontés à un lancinant problème lié à un manque d'assainissement. Faisant que les habitants vivent dans la permanente psychose des inondations. Après avoir porté leurs difficultés auprès des autorités locales, la réponse qui leur a été servie a été la suivante : « vous habitez dans un point bas où il est impossible de réaliser un système d'assainissement », a rapporté Aliou Diouf, fils de Mbissane. 

Loin de partager cet avis, ce technicien en génie civil bat en brèche cette affirmation et rétorque qu’il est bien possible de réaliser un système d’assainissement s'il y a une réelle volonté politique. "Ils font croire que le problème ne peut pas être réglé sous le prétexte que c'est un point bas, mais pour le peu que j'en sache, en ma qualité de technicien en génie civil, je dirais non", réagit-il. A l’en croire, tous les quartiers qui ceinturent la Cité Diounkhob sont dotés d'un système d'assainissement. « Avec des sur-presseurs et des sous-presseurs, on peut contrer les eaux de pluie et créer ensuite des clapettes anti-retour en faisant recours à des tôles en inox. Et en les formant, il sera possible d’obtenir des clapettes anti-retour », a-t-il estimé.

« Il ne s’agira pas de réaliser des canalisations régulières, mais avec des pompes, des sur-presseurs et des sous-presseurs, on pourra y arriver », a expliqué M. Diouf. En échangeant avec les habitants de la Cité Diounkhob, particulièrement, avec le délégué de quartier Mbissane Diouf, on appréhende la colère silencieuse de certains, perceptible en filigrane à travers leur réaction teintée d’empressement et de zèle. « En tant que délégué de quartier, j’ai fait des pieds et des mains pour rencontrer les autorités pour un règlement définitif de ce problème, mais je peine même à être reçu par ces autorités », se plaint-il.

Aliou Diouf nous confie que durant la campagne électorale, la jeunesse s’était mobilisée pour sensibiliser les habitants du quartier sur le choix à faire au moment d’élire un candidat à la présidentielle ou aux municipales. « Notre doléance majeure se résumait à une solution aux inondations ». En outre, le délégué de quartier considère que même un problème d'éclairage se pose dans son quartier. "On m'avait remis 23 lampes et j'ai demandé à mon fils d'identifier les coins les plus sombres où elles ont été finalement installées. 

Par Abdou DIOP

Jadis un seul quartier, Dialègne est subdivisé en deux secteurs (Nord et Ouest). Dans toute la zone, la presque totalité des habitations ont été bâties sur des tannes. En cette période d’hivernage, il se pose un réel problème d’hygiène dans cette zone du fait des eaux usées des fosses sceptiques déversées dans les rues. 

Un des plus grands quartiers de la ville de Kaolack, Dialègne est traversé par l’avenue qui mène vers Médina Baye, un des bastions religieux de la capitale du Saloum. Aujourd’hui, c’est cette avenue qui sépare les deux secteurs (Dialègne Nord et Dialègne Ouest) qui, jadis, ont constitué un seul quartier. Dans cette zone, les habitations ont été bâties sur des tannes. Et comme conséquence, pendant la période d’hivernage, les populations sont confrontées à un problème lié aux eaux stagnantes.

La particularité de la zone est que les gens profitent de la pluie pour déverser  les eaux usées des fosses sceptiques dans les rues. Selon un des deux délègués de quartier, Ndiaga Loum, la plupart des populations n’ont pas les moyens de débourser 30.000 FCfa pour une seule opération de vidange. Cette situation fait qu’il se pose ainsi un réel problème d’hygiène. Quelques canalisations sont visibles. Mais le problème est que les déchets de toutes sortes déversés dans ces canalisations rendent parfois difficile la circulation des eaux vers la mer.

Le ramassage des ordures constitue également un autre problème. Beaucoup de gens à revenus faibles n’ont pas les moyens de payer les charretiers chargés du ramassage des ordures regroupés au sein du comité de développement du quartier. Payer 750 FCfa n’est pas à la portée de tout un chacun.

Pour la petite histoire, le point de départ de Dialègne est le site qui abrite le foirail. En lieu et place, il y avait un grand verger dont le propriétaire était feu Mame Ndiawar Dièye. Puis, d’autres comme Khale Abdou Kane sont venus le rejoindre sur ce site pour y créer des vergers. C’est après que les premiers habitants sont venus s’installer dans cette zone composée en grande partie de tannes. Mais, de l’avis de Ndiaga Loum, ces quelques familles n’ont pas résidé plus d’un an dans ce site parce qu’ils ont soutenu que les lieux étaient hantés. Ainsi, ils quittèrent pour d’autres cieux. Et notre interlocuteur de confier que « les quelques familles qui sont venues après se sont installées définitivement. « Mais il a fallu qu’un des leurs, le nommé Serigne Koki Gaye, un érudit de l’Islam, rende les lieux vivables après des actions sur le plan mystique », a-t-il laissé entendre.

C’est après que beaucoup de gens ont eu le courage de venir s’installer là-bas. Ndiaga Loum a expliqué que ceux qui ont choisi ce site disaient en Ouolof : «  Gneuwe na Dialègne ». Ce qui veut tout simplement qu’ils soient venus s’installer définitivement sur ce site. On donna ainsi à ce quartier le nom « Dialègne ». Il est limité par d’autres quartiers comme Léona, Kanda, Kasnack, Médina Baye. Cette zone dispose de moult infrastructures, notamment un collège d’enseignement moyen, un bloc scientifique, une école primaire, un poste de santé, une garderie d’enfants. Il y a aussi des activités de toutes sortes dans le secteur informel. Un tour au collège de proximité nous a permis de constater que les lieux sont  insalubres du fait des eaux stagnantes.

Ce collège porte le nom de Tafsir Mouhamadou Mignane Sarr qui fut chef de quartier de Dialègne et un très proche du grand érudit de l’Islam Baye Niasse. Construit en 1963, ce collège compte 14 salles physiques et 24 classes pédagogiques. Trouvé dans son bureau, le principal du collège, Adama Sène, a plaidé pour la construction de nouvelles salles de classe dans cet établissement dont les bâtiments méritent bien un coup de jeune. A cause de sa position centrale et ses bons résultats, ce collège accueille les élèves issus des quartiers de Léona, Médina, Abattoirs, Ndangane, Ndargoundaw, Dialègne. Pour rendre les locaux salubres avant l’ouverture de l’année scolaire, il compte faire appel aux associations sportives et culturelles. Et pour la désinfection, il va solliciter le service de l’hygiène.

Oumar  Ngatty BA 

Le mythique quartier Fogny est l’un des plus anciens de la ville de Tivaouane. Une zone d’habitation où l’on cultive les rapports de bon voisinage. Ce polissage des relations humaines a été développé par ses premiers occupants.

Le nom Fogny évoque bien une province naturelle diola de la Casamance. « Mais cela ne traduit en rien les origines des premiers habitants », souligne Atoumane Ndiaye Doumbia, conservateur d’archives à la retraite. Auteur du livre « Tivaouane en images » et natif du quartier, Atoumane nous raconte l’histoire de Fogny dont le nom, révèle-t-il, « serait lié à une mauvaise interprétation du terme par des jeunes de la cité qui, en utilisant l’expression Fogny,  désignaient ainsi la concession des bambaras où résidait Bakary Touré affecté à la police de Tivaouane en 1893 et qui offrait, chaque soir, au clair de lune, des spectacles animés par des musiciens et troubadours bambaras sur fond de kora et de balafons ».

Une occupation lointaine avant même la création de la commune

L’imagerie populaire se saisit alors de l’expression Fogny que personne n’a cherché à corriger. Mais aussi certaines sources (sites et documents d’archives) révèlent l’occupation très lointaine du quartier Fogny avant même la création de la commune mixte, en 1904. En effet, l’ouverture de la ligne du chemin de fer Dakar-Saint-Louis, en juin 1885, a permis l’installation des premiers commerçants européens et favorisé l’essor économique de l’escale. Aussi, l’existence  des cimetières catholiques au cœur du quartier  et dont la plus ancienne tombe visible date de 1888  atteste également de son occupation ancienne.

Brassage intelligent
Le quartier a toujours été un  brassage très intelligent dans lequel ses occupants ont développé une parfaite harmonie de vivre dans la solidarité et le bon voisinage (Wolofs,  Bambaras, Toucouleurs Peulhs, Maures). Beaucoup d’infrastructures ont été construites dans ce quartier durant la période coloniale : le premier poste de police, créé en 1893, la boucherie, les abattoirs, la grande mosquée dont l’autorisation de construire fut accordée par un arrêté du gouverneur du Sénégal en date du 13 février 1903… Ce brassage et cette communion, souligne Atoumane Ndiaye Doumbia, ont beaucoup contribué à l’édification de la mosquée du quartier, une preuve de la solidarité agissante de sa population.

D’ailleurs, certains de  nos grands-pères  et pères ont fortement contribué, à côté de Seydi Elhadj Malick Sy, à l’édification et à l’organisation de la grande mosquée du quartier : Serigne Malick Seck qui avait offert gracieusement le site, Serigne Atoumane Ndiaye qui fut nommé imam ratib depuis son ouverture, en 1904, et qui sera remplacé à son décès, en 1946, par son fils Elhadj Babacar Ndiaye jusqu’en 2006, date de son rappel à Dieu. Il y a eu aussi Mamady dit Ndô Doumbia, un agent de police de 2e classe qui a rendu sa démission le 25 mai 1916 pour devenir muezzin au service de Seydi Elhadj Malick, et Elhadj Birahim Fall, chargé de l’intendance ».

Le quartier a rehaussé la personnalité politique de la ville
« Le quartier Fogny, avec ses habitants, a contribué incontestablement à rehausser  la personnalité politique de la ville religieuse de Tivaouane », souligne Atoumane Ndiaye Doumbia. Ceci, indique-t-il, « par son apport fécondant à  toute forme de management sur le plan de l’administration, de la culture, de l’éducation et du sport. Déjà en 1936, le député Ngalandou Diouf y épousa la belle Rabiètou Diop, première dame à gravir les marches du Palais Bourbon à Paris. Aussi, la première association de jeunesse formée à Tivaouane vers 1949  sous le nom de Jet (jeunesse étudiante de Tivaouane) en comptait plusieurs membres (Boubacar Fall, Moussa Ndiaye, Bécaye Kounta, Ndiaye Diagne,  Amadou Camara, tous des normaliens de Ponty) qui ont formé le premier orchestre de la région de Thiès  grâce à l’appui de l’administrateur de cercle Serge Poli,  réalisateur également de l’actuel terrain de basket, en 1955 ». Le conservateur d’archives en retraite d’ajouter également qu’ « Elhadj Alioune Palla Mbaye y a occupé les fonctions de député-maire de la commune de Tivaouane de 1968 à 1978, Elhadj Bamoye Touré sera nommé le 1er juin 1960  directeur de l’école des garçons de Tivaouane, remplaçant ainsi Mr Pamphile Gervais, le dernier européen après l’indépendance. Et après sa retraite, intervenue en 1967, il ouvrit la première école privée dans le quartier du nom d’Alpha Mayoro ».

Un quartier aujourd’hui abandonné à son triste  sort
Par ailleurs, révèle Atoumane Ndiaye Doumbia, il faut noter que le quartier de Fogny a vu naitre Mohamed  Fadel Fall qui a été le premier natif de Tivaouane sélectionné dans l’équipe nationale de football en 1966, mais aussi Ibrahima Fall, le premier Tivaouanois nommé ministre dans un gouvernement de la République du Sénégal ». Aujourd’hui, le quartier semble être abandonné à son sort, alors que c’est là qu’est en train d’être édifié le nouvel hôtel de ville qui jouxte l’Inspection de l’enseignement et de la formation. Il abrite également le centre artisanal, une propriété de la commune peu entretenue du fait que plus de la moitié des cantines sont fermées faute d’acquéreurs. Sa réfection est d’ailleurs souhaitée.

Nonobstant, il faut signaler que plus de 90 % de la population du quartier dispose d’adduction d’eau et de branchement à l’électricité avec sa particularité d’être, avec ceux de Kouliguidiane et Ndoutt, parmi les plus vieux quartiers de la cité religieuse et d’avoir fortement contribué au développement économique et social de l’escale.

Mais, selon Atoumane Ndiaye Doumbia, les plans de modernisation de Tivaouane menés  jusqu’ici n’ont point impacté sur l’environnement : manque d’assainissement, rues sablonneuses et non loties sont le lot des populations, surtout en période d’hivernage avec les inondations.
Fogny est, aujourd’hui, l’un des rares quartiers de  Tivaouane à être dirigé  par une dame, Mme Maïmouna Dièye, qui exerce les fonctions de déléguée avec efficacité, en parfaite concertation avec le conseil des notables.

Mohamadou SAGNE

Last modified on jeudi, 15 septembre 2016 12:58

Dans une ville en perpétuelle mutation, la transformation de Point E passe quasiment inaperçue. Le quartier qui a accueilli des soldats français et des fonctionnaires sénégalais de classe A, s’est mué en une cité d’affaires. La faute à ses très nombreux … avantages.

Il a les yeux plongés dans son journal. Assis devant sa demeure, le vieux Mbengue profite du léger vent qui, timidement, rafraîchit cette journée de canicule. En face, de l’autre côté de la rue, des maçons s’affairent sur un bâtiment de six étages. Délégué de quartier de Point E, il s’est habitué à la multiplication de ces constructions imposantes. Mais, pour lui qui a connu, dans sa jeunesse, le Point E aux constructions qui « ne dépassaient pas un étage », chaque nouvelle brique posée l’éloigne du quartier résidentiel qu’il a connu.

Point E a changé. Le quartier n’a pas totalement perdu la tranquillité qui est sienne depuis sa création. En cette période, le calme est encore plus marqué car les centaines d’étudiants des pavillons universitaires sis dans la zone sont en vacances. Mais, entre les restaurants, les magasins, les salons de coiffure et les papeteries, l’ambiance n’est plus vraiment la même qu’à l’époque où Point E était un quartier résidentiel.

Découverte par des soldats français pendant la Seconde guerre mondiale, la localité a d’abord servi de zone de captage. Son nom, c’est à ces soldats qu’elle le doit, renseigne le délégué de quartier. Abdoulaye Ndiaye « Puissant », y a habité de 1964 à 2003, date à laquelle il a déménagé à Ouest Foire. Il y revient fréquemment, retrouver ses amis d’enfance. Aujourd’hui, c’est près du rond-point de l’Ucad qu’ils se rencontrent, dans le garage de la maison de l’un d’eux. « Dans les années 80, personne ne faisait du bruit à partir de 22h. Personne ne dérangeait son voisin ».

Une quiétude que ne dérangeaient même pas les enfants dans leurs jeux. Pour cause, « il y avait des espaces de jeu comme le Tour de l’œuf (actuel emplacement de la Piscine olympique), des espaces verts. Nous, nous avons appris à faire du vélo dans le canal 4 ». A cette époque, le canal n’accueillait pas les eaux usées avec lesquelles elle ne se départit plus de nos jours. Cette joie de vivre a contribué à tisser des relations solides entre habitants. Abdel Kader Gueye, le premier adjoint au maire de la commune de Fass-Point E-Amitié, témoigne : « Cela fait soixante ans que j’habite le quartier. Je connais toutes les familles qui y habitaient. On se fréquente toujours ».

Pour Abdoulaye Ndiaye, le respect était la base de toutes les relations qui existaient dans le quartier. Cependant, les problèmes d’héritage et l’arrivée de riches investisseurs ont changé la face du quartier. Abdoulaye Ndiaye explique : « Certains pères de famille avaient plusieurs femmes. Quand ils sont décédés, il y a eu des problèmes d’héritage ». Des problèmes que, pour Abdel Kader Gueye, les gens n’ont pas pu gérer. Des investisseurs ont su profiter de la situation. « Ils ont proposé aux héritiers des sommes qu’ils ne pouvaient pas refuser », dixit Abdoulaye Ndiaye.

Assainissement et accessibilité
Si Point E a attiré et continue encore d’attirer les investisseurs, c’est pour les nombreux avantages qu’il offre. En plus des rues larges et bien tracées, l’assainissement est fait depuis la création du quartier, alors que le centre-ville est facilement accessible. La rue 1xH, habituellement très animée, est orpheline des centaines d’étudiants qui l’empruntent quotidiennement en période scolaire. Devant un bâtiment à l’architecture asiatique, deux vigiles discutent tranquillement. L’établissement est « le plus grand des six restaurants chinois qui existent à Dakar », renseigne son gérant, Alain Badji.

Selon lui, c’est l’accessibilité et la sécurité des lieux qui plaisent le plus à leur clientèle : « le fait que ce fut un quartier résidentiel fait que c’est facile d’y circuler. Les Asiatiques et les Européens qui fréquentent le restaurant n’ont pas de problème pour venir. De plus, nos voisins sont très compréhensifs. Ils les laissent garer leurs voitures devant leurs maisons sans rien dire ». Pour ce gérant d’une papeterie qui a souhaité garder l’anonymat, c’est justement l’accessibilité du quartier qui l’a poussé à s’y installer : « Avant, j’étais sur la VDN. Les affaires marchaient bien. Mais, la zone n’était pas accessible. Alors je suis venu ici ». Et au Point E, son commerce est florissant, même s’il préfère relativiser : « les clients viennent, mais je m’en sortais aussi bien quand j’étais sur la VDN ».

Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye gère un cybercafé, près de l’avenue Cheikh Anta Diop. Lui profite bien de cette proximité avec l’université Cheikh Anta Diop : « En cette période, notre chiffre d’affaires a baissé. Mais, durant l’année scolaire, nous avons beaucoup de clients. J’ai un autre cyber à Liberté 5, mais celui-ci est plus rentable ». Ces avantages ont un prix. Le mètre carré au Point E « coûte excessivement cher », souligne Abdel Kader Gueye, sans donner un chiffre exact. Selon Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye, la salle qu’il occupe lui est louée « pour le prix d’une maison ». 

La transformation du quartier affecte la vie sociale. Selon Abdel Kader Gueye, « il n’y a aucune relation entre les nouveaux et les anciens. Maintenant, les gens ne se connaissent plus. Ils vont au travail et, au retour, chacun reste chez lui ». Alain Badji constate que « ce n’est qu’à l’occasion de funérailles que les gens se retrouvent ». Abdoulaye Ndiaye regrette, pour sa part, la prolifération des immeubles : « Avec ces bâtiments, il n’est plus possible d’avoir de l’intimité chez soi ». Le royaume d’enfance est loin.

Habib Gaye (stagiaire)

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