Feuilles d'hivernage 2016

Feuilles d'hivernage 2016 (134)

A la lisière de la ville de Diourbel juste à côté du célèbre hôpital Henrik Lubke, se trouve le quartier traditionnel de Ndayane qui abrite les  « Mbanaars ». Il s’agit d’une pratique originale des Sérères de la contrée qui consistait à soulever la case d’un notable décédé pour l’implanter proprement sur son tombeau avec tout son contenu. Le site s’étend aujourd’hui sur deux hectares.

A Ndayane, on se rend compte de visu que l’Afrique a ses mystères à la faveur de la perpétuation de la vieille pratique des « Mbanaars ». Le site est situé dans la commune de Diourbel avec des baobabs à perte de vue et une authenticité jalousement préservée. Ce qui en fait pratiquement le seul poumon vert de la capitale du Baol. Trouvé sur les lieux, le vieux Yoro Faye qui fait figure de gardien du temple renseigne que « Mbanaar » est un mot wolof ; en Sérère on dit « Lome ». «  A l’époque, les « Mbanaars » se faisaient uniquement au profit des notables aisés » selon notre interlocuteur.
La pratique consiste ainsi à déménager la case du défunt pour l’implanter sur son tombeau. Ce sont des jeunes valides qui assuraient l’opération à l’aide de pagaies car ils n’avaient pas accès à des accessoires comme les pelles. Le « Mbanaar » était organisé à la fin de l’hivernage juste après les récoltes. De véritables agapes avaient alors lieu avec à la clé des bœufs qui étaient immolés. On mangeait à volonté, on buvait à satiété, les jeunes dansaient à qui mieux-mieux. Bref, on faisait ripaille. Un véritable rituel fait de chants, de danses et de réjouissances. Assane Sylla Faye, agent voyer de la commune de Diourbel, précise que c’est la famille du défunt qui offrait aux jeunes le bœuf, le mil, le lait et les autres condiments nécessaires à la tenue d’une belle fête.

L’Etat invité à restaurer les « Mbanaars »
Autrement dit, les « Mbanaars » n’étaient organisés que pour les notables aisés appelés « Borom barké » par les Wolofs. Les spécialistes de la tradition sérère rappellent à l’envi que les « Mbanaars » n’ont existé qu’à Ndayane et à Bandia (département de Mbour). D’ailleurs ceux de Diourbel sont les plus grands et les plus réputés. Un « Mbanaar » pouvait mesurer jusqu’à quatre mètres de hauteur. Ndayane est aujourd’hui un sous-quartier de la commune de Diourbel. A la faveur de l’urbanisation galopante, le site est devenu très populeux. Tamsir Faye, dernier khalife de Ndayane, est décédé récemment de même que le vieux Ngothie Faye de Diaoulé. Ils sont considérés comme les derniers gardiens de la culture du terroir.

Mbanaars NdayaneDès le mois de février prochain, une cérémonie grandiose sera organisée pour l’élection du nouveau khalife. Ces journées culturelles seront parrainées par le Directeur général de la société d’études et de réalisation des phosphates de Matam (Serpm), Eugène Ngor Faye. Selon ce fils du terroir, il faut revisiter l’ouvrage de Cheikh Anta Diop « Nations nègres et cultures » dans lequel il évoquait le « Lome » sérère qui renvoie au « Mbanaar ». Le patron de la Serpm poursuit en rappelant que les Sérères sont venus du Delta du Nil et que les habitants de Ndayane sont eux-mêmes originaires du Sine. Les Sérères ont aussi parcouru le Fouta dès qu’ils ont quitté l’Egypte. Ce qui explique leur cousinage à plaisanterie avec les Hal Puulars.

La préservation de la centaine de « Mbanaars » qui résistent à l’usure du temps est une vive préoccupation des Sérères de Diourbel. Assane Sylla Faye soutient, avec conviction, que les ancêtres ont réalisé les « Mbanaars » pour les générations futures et cela leur a coûté une fortune. C’est pourquoi leur préservation est devenue une urgence. D’autant que les riverains ne cessent de dénoncer l’attitude répréhensible de plusieurs chauffeurs de camions de sable qui ont détruit une bonne partie des installations. Résultat : bon nombre de « Mbanaars » se sont affaissés. Pourtant, le Conseil départemental a consenti des efforts notables en érigeant des piquets de délimitation afin de protéger l’espace en proie à des agressions extérieures.

Relations entre les Sérères et Serigne Touba
Aujourd’hui, la restauration des « Mbanaars » passe indubitablement par l’érection d’un mur de clôture, selon les gardiens de la tradition. Des discussions très avancées sont actuellement en cours entre la commune de Diourbel et le projet national Promovil. Il s’agira notamment de veiller à la formation d’un homme de culture pour en faire le conservateur des « Mbanaars ». Le site, classé patrimoine national, est menacé du fait qu’il est aussi devenu quelque part un énorme dépotoir d’ordures. S’y ajoute l’urgence de la plantation d’arbres, des espèces végétales assez rares pour renforcer les baobabs millénaires qui bordent ce site magique.

Car Diourbel est confronté à un réel problème de circulation de l’air avec une chaleur étouffante qui y sévit à longueur de journée. Les baobabs de Ndayane portent des noms évocateurs comme « Niaakh », « Ndieme Sakh », « Baaka Ndior », « Nguel Diegane », « Lakhoundé », « Gouye Sakhé », « Nderoo Makh », etc. A Ndayane, on raconte que Serigne Touba Khadimou Rassoul venait souvent profiter de l’ombre du Baobab « Niaakh » pour y effectuer la prière du « Takussan ». Ce baobab est d’ailleurs réputé pour son mysticisme avéré selon les Sérères de Ndayane. Mieux, il est considéré comme l’arbre symbole du site.

Diarno Paad Faye est le fondateur de Ndayane, selon des témoignages concordants. Mais en 1886, une grande épidémie de peste a disloqué le village. Plusieurs habitants ont alors quitté les lieux pour créer des villages comme Diambougoum, Tokasson, Mbélane, Ngoufor, Wendou-Ndayane (Gossas), etc. L’ancêtre des Faye est originaire du village de Mbaafaye Djilakh, situé au cœur du Sine. Doté d’une fortune immense, il n’avait pas hésité à offrir huit bœufs à Serigne Cheikh Anta Mbacké, frère et talibé de la première heure de Serigne Touba Khadimou Rassoul, fondateur du Mouridisme.

Cet acte illustre à merveille les relations séculaires, chaleureuses et empreintes de cordialité qui lient les Sérères de Diourbel et Cheikh Ahmadou Bamba. Les Sérères ont bien accueilli le Cheikh qui a vécu quinze bonnes années à Diourbel. Pour les habitants de Ndayane, les « Mbanaars » sont parvenus à redonner à l’homme sa dignité. De même, la restauration de l’espace pourrait contribuer au positionnement de Diourbel comme point focal du tourisme culturel et de découvertes.

Mbaye Diakhaté sur les « mbanaars » : L’un des espaces culturels les plus importants du Baol, selon l’adjoint au maire

Mbaye DiakhatéPour Mbaye Diakhaté, deuxième adjoint au maire de Diourbel chargé de l’Environnement, de la Santé et de l’Assainissement, la restauration des « Mbanaars » de Ndayane doit faire partie même du patrimoine culturel de la commune de Diourbel. Selon lui, il faut restaurer le site le plus rapidement possible.

Mbaye Diakhaté est convaincu que « cet espace renferme des vestiges de l’histoire de notre société et surtout de la société sérère plus précisément ». Il explique que Ndayanne, un village devenu un quartier de Diourbel où sont enterrés leurs grands-parents, mérite une attention particulière. Ne serait-ce que pour tous ceux qui reposent sur ce site. « Ils ont tout fait de leur vivant pour que Diourbel devienne ce qu’il est devenu aujourd’hui. Ils ont accueilli Serigne Touba ici et ont fait qu’il y soit resté pendant plus d’une quinzaine d’années. Donc, restaurer ou se remémorer leur vécu est une excellente chose »,  a ajouté notre interlocuteur.

Le deuxième adjoint au maire de Diourbel estime alors que « la restauration des « Mbanaars » de Ndayane doit faire partie même du patrimoine culturel de la commune de Diourbel. La commune est invitée à chercher des partenaires où qu’ils puissent se trouver pour restaurer ce site qui, éventuellement, pourrait devenir le point culturel le plus important de Diourbel. « L’arrivée de Cheikh Ahmadou Bamba a fait transformer nos coutumes », a-t-il affirmé. Mais, les Diourbellois restent encore ancrés dans leur civilisation qui place l’homme au cœur de toutes les préoccupations.

« Dieu même qui nous a créés nous a mis au devant de toutes les créatures. Donc, respecter nos morts, leur donner un visage très grand est important », à en croire M Diakhaté. Les « Mbanaars » rendaient à l’homme toute sa dignité quand il retournait vers Dieu. Il y allait avec tous ses bagages, tout ce qu’il avait comme biens pour dire à Dieu que c’est Toi qui m’avais créé ; je reviens à Toi avec tout ce que Tu m’as donné.

Mbaye Diakhaté indique donc « que cette grandeur de l’homme qui est magnifiée par les « Mbanaars » doit être revivifiée et restituée, ne serait-ce que pour faire comprendre aux générations futures qu’à n’importe quel moment de la vie de notre société nous avons su mettre en place une certaine forme d’organisation qui respectait toujours la dignité de l’homme. C’est dans cette perspective qu’il trouve extrêmement génial le projet de restauration des « Mbanaars » de Ndayanne. D’où l’urgence pour tous les fils de Diourbel de faire de ce site un lieu de culte, d’échanges et de découvertes pour les étrangers.

Des journées culturelles pour perpétuer les « Mbanaars »
L’épopée des  Mbanaars  reste gravée dans la mémoire des Diourbellois. Les descendants de la lignée paternelle de la famille « Faye » de Ndayane essayent tant bien que mal de restituer les vestiges de leurs ancêtres.

Une rencontre familiale est organisée à cet effet en même temps que des activités culturelles, nous informe un des membres de cette famille, Assane Sylla Faye. Selon lui, c’est une occasion qui nous est offerte de consolider davantage nos liens familiaux mais également et surtout de retracer l’histoire des « Mbanaars ». Ainsi, des expositions, des débats et des manifestations folkloriques symbolisant les rituels de ce patrimoine classé sont offerts au public durant cette période pendant laquelle la ville de Diourbel vit au rythme de la musique traditionnelle locale et à travers des spectacles riches en couleurs orchestrés par des groupes locaux au niveau des différents sites. Ces manifestations se tiennent généralement au mois de février de chaque année.

Babacar Faye, délégue de Ndayane : « Grâce aux « Mbanaars », nous jouissons de tous les privilèges »

Babacar FayeBabacar Faye est le délégué de Ndayane qui est rattaché à la commune de Diourbel depuis plusieurs années maintenant. Pour lui, les Mbanaars ont rehaussé le statut du quartier.

Babacar Faye est d’avis que Ndayane jouit de tous les privilèges dans la ville. Les préoccupations sont prises en compte par la mairie et les habitants du quartier vivent dans la communion et l’harmonie. Ils se concertent régulièrement sur tous les problèmes qu’ils ont en commun, à en croire notre interlocuteur. Le jeune délégué de quartier explique cet état d’esprit salutaire par le fait que, dès ma prise de fonction, il a privilégié une gestion transparente à travers l’implication de tout le monde pour ainsi poser les problèmes et trouver des solutions ensemble.

Babacar Faye est officiellement le quatrième délégué de quartier de Ndayane. Son père, feu El hadji Yoro Faye, fut le premier à diriger Ndayane. Quelques problèmes de sécurité subsistent dans la zone. Ils sont liés, selon lui, au manque d’éclairage public qui favorise les vols fréquents de bétail. Ce qui oblige les résidents à mettre en place un système de gardiennage nécessitant une participation de 1.000 FCfa par concession pour la rémunération des volontaires coptés à raison de 50.000 FCfa. Mais, cela n’a duré que deux ans.

Aussi ont-ils identifié des préoccupations d’emplois des jeunes et de financements pour les groupements de femmes au nombre de trois qui s’activent dans les activités génératrices de revenus à travers le petit commerce, les tontines et le maraîchage. Pour autant, le quartier de Ndayane, avec ses 680 concessions pour près de 5.000 habitants, n’est pas oublié dans la carte scolaire et sanitaire de la commune de Diourbel. La zone dispose de deux écoles élémentaires, un lycée et deux garderies d’enfants, en sus d’un poste de santé.

Mamadou Lamine DIATTA & Mohamadou SAGNE (textes)
Pape Seydi (photos)
Last modified on vendredi, 30 septembre 2016 12:45

Ces jeunes néo-ruraux

30 Sep 2016
621 times

Il n’avait aucune vocation pour l’agriculture et n’avait jamais cru que le travail de la terre l’épanouirait. Aujourd’hui, il s’accomplit intégralement dans un village, profitant du manque d’emploi en ville. Comme la plupart des jeunes citadins sans occupation que je pousse à aller s’installer en campagne, il m’avait, à l’époque, foudroyé du regard et s’était étonné de mon penchant paysan : quitter la ville, vivre sans électricité, se laver en plein air et manger frugal, quelle idée !

Combien sont-ils de jeunes citadins à considérer le travail de la terre comme une dépréciation. Et s’y adonner leur renvoie une image dévalorisante d’eux-mêmes. Mais, du côté de ceux qui se sont risqués dans la campagne, le son de cloche est bien différent : certains, la lubie passée, n’entrevoient plus leur épanouissement en dehors du monde paysan. Chez d’autres, le choix d’une vie campagnarde a réveillé un sentiment de culpabilité pour s’être laissé piéger par le confort dans la ville.

Ces néo-ruraux ont déjà beaucoup changé. Leur décrochage a renforcé leurs réticences envers le salariat. Ils sont plus confiants, du fait de leur énergie au travail, plus calmes, par l’action bénéfique de la campagne, plus tolérants grâce aux rencontres avec les ruraux, ces hommes et femmes de développement. Ils comprennent que la campagne peut bien être, pour les jeunes citadins sans emploi, un terrain privilégié de l’accomplissement de leurs potentialités. Vous qui hésitez, je vous conseille d’aller en campagne ! L’année prochaine, vous m’en direz des nouvelles.

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on vendredi, 30 septembre 2016 12:45

A 70 bornes de Dakar, la cité du rail perpétue son image de carte postale. L’ancien village sérère se distingue surtout par son quadrillage et ses avenues bordées de majestueux caïlcédrats. C’est d’ailleurs ces arbres qui ont fait la renommée d’une de ces plus célèbres artères : la « rue sans soleil ».

Derrière la Promenade de Thiessois, la « rue sans soleil » baigne dans une atmosphère paisible bercée par le gazouillis des oiseaux perchés sur les « khaya senegalensis », l’arbre emblématique de cette avenue. Plus loin, une colonie de chauve-souris a élu domicile sur un autre. Elles en squattent les branches à grand renfort de cris aigus. La célèbre artère est le symbole du bon vivre à la thiessoise. Une renommée qu’il doit à ses nombreux caïlcédrats plantés de part et d’autre.

En arpentant les rails de l’histoire et installé dans le wagon du souvenir, on découvre que certains caïlcédrats de la ville ont été mis sous terre dès 1939 par le commandant Connelière. Cette espèce d'arbre de la famille des méliacées a pour autre nom l’acajou du Sénégal. Sa cime peut culminer à 30, voire 35 mètres. La mythique avenue porte le nom de Lamine Guèye, ancien avocat et premier président de l’Assemblée nationale du Sénégal indépendant. Il est né le 10 septembre 1891 au Soudan (actuel Mali) et est décédé le 10 juin 1968.

Que d’établissements  le long de l’avenue : la Maison du combattant, l'école El hadji Ahmadou Barro, la Chambre de commerce avec son architecture coloniale, etc. « Même l’ancien ministre socialiste Jean Colin et le président Léopold Sédar Senghor ont habité dans cette rue », confie Demba Pouye, un riverain assis au coin d’une ruelle qui débouche sur l’avenue Léopold Sédar Senghor. Celle-ci est perpendiculaire à la « rue sans soleil ». Rappelons que le président-poète a aussi été maire de la commune de Thiès créée en 1904.

« Plusieurs Thiessois empruntaient cette artère pour aller en ville. Car, d’un bout à l’autre, on pouvait y marcher sans être touché par le soleil », raconte Makhfou Faye, un habitant du quartier voisin de Randoulène Nord. Le feuillage touffu des arbres, comme une canopée équatoriale ou amazonienne, formait un dôme. Mamadou Bâ, la cinquantaine bien sonnée, se rappelle le temps où une bonne partie de la rue était occupée par des commerçants libano-syriens. Sous sa tenue en wax, le Toucouleur revendique jalousement ses origines thiessoises, la ville qui l’a vu naître et grandir.

La « rue sans soleil » est devenue le point de chute des gourmets. Plusieurs restaurants et fast-foods y ont pignon sur rue. Les gourmands aussi qui ont de quoi se lécher les babines. Les terrasses n’accueillent pas beaucoup de monde en ce dimanche. Avec ses bars et boîtes de nuit, l’avenue est le point de rendez-vous des fêtards. Depuis quelques années, l’image de carte postale de la rue est écornée par la chute ou l’abattage de certains caïlcédrats.

De ce fait, à hauteur de certaines portions, le soleil accable les passants. Les eaux de pluie aussi sont devenues un casse-tête. Devant son magasin, Mouhamed, un commerçant marocain, appréhende la saison des pluies. « Là, c’est le point bas de la rue. Quand il y a une forte pluie, les eaux se retrouvent ici, charriant de la boue », explique-t-il entre ses matelas. Sur le talus, quelques herbes poussent sur un amoncellement de sable.

Ibrahima NDIAYE (stagiaire)

Last modified on vendredi, 30 septembre 2016 12:45

Il avait opté pour des études en philosophie ou en relations internationales, mais Abdoulaye Lamine Baldé s’est retrouvé dans le milieu de la culture. Devenu animateur culturel après une formation de trois ans à l’École nationale des arts, il est nommé directeur du Centre culturel régional de Kolda et vit sa passion. Celui qui se bat au quotidien pour l’épanouissement des acteurs culturels n’a qu’un seul objectif : faire rayonner la culture à Kolda et au Sénégal.

Âgé de 35 ans, Abdoulaye Lamine Baldé a fait ses humanités à l’école élémentaire Ansoumana Sané, puis au collège d’enseignement moyen technique de Louga. À son retour à Kolda, il poursuit ses études au lycée Alpha Molo Baldé. Son bac en poche, il est orienté à l’Ucad, à la Faculté des Lettres et sciences humaines, au département des Lettres modernes. C’est à la suite d’un concours qu’il a atterri à l’École nationale des Arts, option animation culturelle. Au départ, le jeune Abdoulaye avait envisagé de faire des études en philosophie ou même en relations internationales, mais a subi l’influence d’un frère aîné qui était déjà au département des Arts scéniques.

Toujours est-il qu’après trois ans de formation sanctionnés par un Diplôme d’études supérieures en animation culturelle, il est sorti de l’école des arts pour se consacrer exclusivement au service de la culture. Aujourd’hui, M. Baldé ne regrette pas sa trajectoire. « Même si c’est différent des autres corporations, je m’y plais beaucoup parce que je pense que là où on peut être, on peut servir valablement et utilement son pays. Et ce qui nous réconforte, c’est cette force morale, cet humanisme des acteurs, des hommes, mais aussi des sommités. Pour moi, cela n’a pas de prix », note-t-il.

Sorti de l’école en 2009, Abdoulaye Lamine Baldé est resté au chômage pendant une année, le temps de se forger. « On a bénéficié d’une position de mise en stage. À l’époque, Serigne Modou Bousso Lèye était le ministre de la Culture. Pendant quatre ans, nous avons accepté de venir à la périphérie, conscient que le Sénégal ce n’était pas seulement Dakar. Il fallait donc penser aux autres régions », note-t-il. Pour le jeune animateur culturel passionné, c’est un tout cohérent, pour permettre à toutes les populations de sentir qu’elles font partie de cette nation. C’est ainsi que le jeune Baldé a opté de revenir au bercail, à Kolda. « Il n’y avait qu’un seul animateur dans la région, j’ai décidé de venir l’aider un peu dans sa tâche, dans sa mission », informe-t-il.

Ce choix, Abdoulaye Lamine Baldé ne l’a pas regretté. Après quatre ans de rodage, il a été recruté et affecté à Kolda. « Le 24 novembre 2014, j’ai été promu au rang de directeur du Centre culturel régional de Kolda. J’ai eu la chance de trouver sur place de grands hommes de culture, des personnes ressources avec lesquels nous travaillons le plus souvent. Il s’agit de Sadiki Sall, Amadou Joe Kane, Ibrahima Thiodo Bâ, Madou Bâ, Hamady Sow, Abdourahmane Diallo, etc. », fait-il savoir. Selon M. Baldé, les métiers des arts et de la culture sont porteurs. « Sans la culture, on n’est rien. Ce qui fait l’être, c’est la culture. C’est un métier très noble. Et je ne regrette pas d’avoir choisi cette trajectoire », indique-t-il.

M. Baldé estime que sous nos cieux, « la culture c’est un tout », même si parfois c’est un peu difficile. A son avis, les autorités doivent faire beaucoup d’efforts pour accroitre les moyens pour la promotion et la valorisation de la culture. « En Europe, ils ont maitrisé les choses élémentaires. Mais nous, si on veut être au rendez-vous des grands de ce monde, il faut explorer davantage le domaine des arts et de la culture ». À l’en croire, tous les Sénégalais qui sont connus à travers le monde, ce sont des ambassadeurs : Cheikh Anta Diop, Souleymane Bachir Diagne, Sembène Ousmane, Léopold Sédar Senghor, Boubacar Boris Diop, etc.

« Le rayonnement international, le président Léopold Sédar Senghor l’avait bien compris. Et si, aujourd’hui, le Sénégal, en tant que petite nation du tiers monde, est connu, nous le devons certes à notre diplomatie, mais aussi à notre diplomatie culturelle ». Hier comme aujourd’hui, Abdoulaye Lamine Baldé se bat pour le rayonnement de la culture à Kolda, mais aussi au Sénégal de manière générale. « Nous avons à montrer au monde un patrimoine culturel, des expressions culturelles, notre nature. Bref, nous avons notre culture à magnifier », explique-t-il.

« Pour qu’on puisse a arriver à ce rayonnement culturel souhaité, il faut que les populations s’approprient leur propre culture. Car en matière de culture, ce sont elles les principales dépositaires. Il faut donc qu’elles acceptent de collaborer, mais aussi que les autorités pensent à mettre des infrastructures qui puissent accompagner cette production culturelle », estime-t-il. M. Baldé informe que le ministère a pris l’engagement ferme de doter le Centre culturel régional d’un studio d’enregistrement. Cela va permettre, à son avis, de fixer les œuvres musicales, mais aussi de l’ensemble du patrimoine musical et sonore. L’acteur culturel a ainsi plaidé pour la réhabilitation des sites et monuments historiques (Ndorna, Hamdallaye).

« Réhabiliter ces sites, c’est rendre aux populations du Fouladou leur fierté, leur dignité et renforcer leur sentiment d’appartenance. Comme dans toutes les contrées du pays, le Fouladou a aussi ses références. C’est des valeurs qu’il faut perpétuer et cela passe par la réhabilitation de ses tatas. Il y a aussi l’arbre Moussa Molo qui retrace l’itinéraire de cet illustre fils du Fouladou qui mérite d’être connu par la jeune génération, mais aussi par la postérité », soutient-il. Au mois de décembre prochain, Kolda va abriter le Festival national des arts et culture (Fesnac). Un gros challenge pour la région, selon M. Baldé.

« Les 14 régions du Sénégal vont se retrouver à Kolda, qui sera la capitale culturelle sénégalaise pendant une semaine. Ce n’est pas une mince affaire, l’ensemble des populations doit s’y mettre, parce que c’est la première fois que Kolda abrite une manifestation culturelle d’envergure nationale », indique-t-il. L’ambition de M. Baldé, c’est de réussir le pari de l’organisation et de la participation, mais aussi faire en sorte que Kolda puisse au moins remporter deux prix dans les règles de l’art et dans un esprit de cohésion et de fraternité.

Par Samba Oumar FALL

Last modified on jeudi, 29 septembre 2016 13:31

Les plaisirs de l’info

29 Sep 2016
541 times

Dans « Le dernier été des indiens », Robert Lalonde s’est posé ces deux questions : « Ce serait donc ça le plaisir ? La tendresse et les muscles mêlés, ensemble, se liant et se déliant ? Michael Ende, dans « L'Histoire sans fin », semble lui répondre en soulignant ceci : « C'est une chose bien mystérieuse que les passions humaines… Il y a des hommes qui risquent leur vie pour venir à bout d'un pic de montagne. Personne, pas même eux, ne pourrait vraiment expliquer pourquoi. Il y en a qui se ruinent pour conquérir le cœur d'une certaine personne qui ne veut rien entendre ».

D'autres, poursuit-il, courent à leur perte parce qu'ils sont incapables de résister aux plaisirs de la table - ou à ceux de la bouteille… Certains croient ne pouvoir être heureux qu'ailleurs que là où ils sont et passent leur vie à courir le monde. Il y a des gens, enfin, qui n'ont de cesse de devenir puissants. Selon Michael Ende, il y a autant de passions différentes que d'individus. Après, bien sûr, mes… devoirs dans la vasque d’un foyer, ma passion est dans la consommation immodérée de l’information. Car, comme Alice Munro, j’en tire le plus de plaisir possible même quand je n'ai pas le cœur à être heureux.

Après mon réveil, avec « Rfm-Matin », on me sert mon petit-déj de « Kinkéliba » sur la Rts1. Sur le chemin du bureau, pas un pas sans « Sud-quotidien ». Dans mon office, j’en déguste de gros morceaux avant de saisir « Le Soleil » pour manger, goulûment, toutes ses bonnes feuilles de Quotidien national. Rassasié, je me permets quelques clics sur « Seneweb ». Plus tard, je déjeune en compagnie de « 13h Rts » et dîne vers 20h, en suivant le fil de l’Aps. A 22h30, je vais au lit pour dormir avec Rfi. Voilà mes préférences médiatiques qui ne sont pas parole d’évangile. Vous êtes donc libres de suivre les médias qui sont censés vous procurer vos plaisirs d’écoute, de lecture et d’images.

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on jeudi, 29 septembre 2016 13:30

Pour un rayonnement continu

28 Sep 2016
572 times

L’appellation « Quotidien national », donnée à votre journal préféré « Le Soleil », dérange certains jaloux, convaincus que nous les devançons dans l’excellence et leur en interdisons l'accès. Loin de nous, cette perfidie. Mais, « Le Soleil », ce journal où sont passés les plus grands hommes et femmes des médias de notre pays, tient toujours son rang. Tout en souhaitant un excellent palmarès aux autres, ledit support, qui est presque cinquantenaire, se relance quotidiennement dans l’exercice de sa noble mission d’informer juste et vrai.

Pourquoi l’appellation « Quotidien national » choque-t-elle ? Des journaux, nommés seulement par leur nom, ont-ils, peut-être, une pénétration au Sénégal comme le nôtre qu’il faut aussi leur coller le terme « national » ? Allez-y ! En tout cas, ne serait-ce que par son expérience qui en fait, après les Archives nationales, la mémoire du Sénégal, son contenu, la taille de son personnel, son maillage du territoire national, la qualité de ses ressources humaines et la mise à sa disposition de fonds, par l’Etat, au titre de la rémunération du service public de l’information, « Le Soleil » est, pour ceux qui sont de bonne foi, le « Quotidien national ».

Sachant que d’une bouche qui saigne ne sortent que des insanités, l’on voit d’ici les jaloux manifester encore leur haine maladive contre votre journal préféré. « Le Soleil », présent partout au Sénégal et vivant, petitement, de l’argent du contribuable, est bel et bien le « Quotidien national », c’est-à-dire ce patrimoine commun. Que l’on nous refuse cette appellation et que l’on se plaise à nous nommer « L’Astre de Hann », « Le Journal gouvernemental », « Le Journal officiel », etc., c’est tout comme pour nous. L’important est ailleurs !

Le seul combat qui vaille pour nous est d’œuvrer pour le rayonnement continu du « Soleil » qui, quotidiennement, darde ses rayons lumineux sur ses chers et fidèles lecteurs, mais aussi sur ces mêmes jaloux, murés en eux-mêmes dans le blockhaus de la colère, la tristesse, la frustration et le dégoût.

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on mercredi, 28 septembre 2016 13:48

Jusque-là inconnue, son parcours atypique serait source d’inspiration pour beaucoup de jeunes. Cette économiste s’illustre par son talent et son expertise avec un brin de patriotisme.  

Pur produit de l'école publique, Yacine se distingue par un QI qui en séduirait plus d’un, avec une maîtrise quasi-parfaites des questions économiques. Dans cette odyssée, elle met en bandoulière son patriotisme et son humilité. De quoi la faire femme-modèle par l'inspection d'académie de Pikine-Guédiawaye dans l'élection miss maths et miss science de cette zone. Organisation et méthodique, elle ne se départit pas de sa confiance en soi depuis sa tendre enfance. "Dieu me suffit comme protecteur" lance-t-elle. Dans le chemin de la réussite, elle ne prend pas de raccourcis. Un séjour long à l'étranger ponctué de vacances finit de la singulariser. Elle roule sa bosse à travers le monde au gré des postes occupés et des sollicitations. "En Afrique, il n’y a que deux pays que je n'ai pas visités" lance-t-elle.

Aux origines modestes
Rien ne vaut le retour aux sources dans son pays natal, même en état de grossesse avancée. L’économiste refuse de prendre la nationalité du pays de l’oncle Sam. Pour elle, consommer rime avec local. Tout y passe : le consommer, la menuiserie, le coton, etc. Elle voit le jour à Ndiangué, un village situé à quelques lieues de Saint-Louis. Pourtant, son père imam de la mosquée de Pikine (banlieue de Dakar) était réticent face à l’idée de scolariser sa fille. Il en revient à de meilleurs sentiments grâce à l’entregent de son épouse. Elle grandit sous la coupe du père qui fixe l’heure du coucher à 20h. Elle se rappelle aussi ses vacances au Walo qu’elle passait chez un oncle cuisinier du gouverneur général. Un séjour au village où elle découvre le travail harassant des femmes en milieu rural. Et lorsque son père lui a fait comprendre qu'à défaut d'étudier, le village sera sa destination finale, elle y trouve une source de motivation supplémentaire qui renforce son amour pour les études.

A la conquête du monde
« Mon papa était regardant sur la façon de manger, de parler voire de marcher " explique-t-elle. Après avoir passé avec succès le cycle primaire, elle rejoint le lycée Kennedy. Elle a vécu le transfert du lycée de la ville à Colobane. Yassine faisait partie des meilleures élèves. Ses paires de sandales ne lui empêchent pas d’avoir d’excellentes notes.  De Kennedy, elle passe à l'école normale de Thiès. Ensuite, cap sur l'université où elle a été quasiment contrainte de suivre l'espagnol. Trois ans plus tard, une licence en espagnol, elle paie son billet d'avion et débarque en France. Elle entame des études de sciences économiques. Yassine allie études et travail pour se prendre en charge. Chemin faisant, elle devient traductrice dans une société espagnole installée en France. Sa licence dans les valises, elle embarque pour les États-Unis où elle réussit le concours d'enseignant et devient professeur de mathématiques tout en préparant le diplôme de master en économie qu'elle obtient.
Depuis plusieurs années, elle se distingue pour son combat pour l'éradication de la pauvreté féminine. Son autre combat, c’est la formation des jeunes en leadership.

Abdou DIOP

Last modified on mercredi, 28 septembre 2016 13:48

Pour une meilleure connaissance d’une partie de l’histoire du Sénégal et une et découverte de l’ancien univers artistique du Cayor, faire un tour au musée régional de Thiès est indiqué. Il est donné, dans cette structure, tous les détails des faits historiques aux visiteurs qui en ont aussi plein la vue de palettes travaillées avec talent par nos lointains ancêtres.

Classé monument historique en 1975, après avoir servi de centre social et d’établissement scolaire, l’ancien Fort de Thiès, aujourd’hui musée régional, est né d’un projet de construction initié par le gouverneur français du Sénégal, Faidherbe et achevé par le gouverneur Walière. Consolider la stratégie militaire du colonisateur, assurer la rentabilité de la ligne du chemin de fer (Dakar/Saint-Louis) et du télégraphe, ainsi que la protection des caravaniers français, telle était la triple mission de ce fort construit entre 1860 et 1876.

Une époque pendant laquelle le Cayor, zone-tampon entre Dakar et Saint-Louis, entretenait son fameux « Gan du tabax » (Un étranger ne construit pas). Expression du colonisateur de toujours tenter d’étendre son emprise vers l’intérieur du pays et fondement de l’action guerrière des autochtones attachés à l’indépendance de leur territoire, le Fort de Thiès a donc été témoin de quelques événements essentiels de la vie du Sénégal qu’il continue de nous livrer en tant que musée. Et son attrait sur les populations est véritable. Si celle-ci est intéressée par les activités de recherche et d’animation culturelle ainsi que par les objets de la salle d’exposition, il est aussi constaté que la structure architecturale de la bâtisse fascine une bonne partie du public, notamment les touristes.

Fascinant monument historique situé au cœur de Thiès, jadis creuset des énergies libératrices et porte du glorieux Cayor où vécurent des hommes de refus, le musée régional de la cité du rail constitue un haut lieu de souvenirs. Aussi est-il une source d’acquisition de connaissances pour qui veut interroger les vestiges de notre passé conservés dans cette institution dont les locaux, création de l’administration coloniale, marquent le Sénégal du XIXe siècle et les résistances locales à l’occupation étrangère.

L’actuel musée régional de Thiès, d’abord monument historique, est mémoire. Là, sont conservées des œuvres artistiques locales attestant de l’évolution de l’homme, depuis le paléolithique supérieur (100 000 ans avant Jésus-Christ) jusqu’au paléolithique inférieur (10 000 ans avant Jésus-Christ). Des objets et autres éléments d’appréciation portant sur les moments palpitants de la difficile cohabitation entre colonisateurs et résistants, surtout à partir de 1850, y sont aussi exposés. Cette richesse de la collection dicte les visites répétées des touristes, officiers des armées françaises et sénégalaises, étudiants et élèves, qui considèrent Thiès comme un véritable raccourci historique pour connaître les événements essentiels qui ont marqué la vie de cette partie du Sénégal qu’est le Cayor.

Génie ancien
Musée 2Si les locaux qui abritent l’actuel musée sont l’une des marques du passage de la France sur le sol sénégalais, les objets et autres tableaux témoignent, d’une part, du haut degré de technicité de nos lointains ancêtres, et, d’autre part, du courage et du patriotisme de notre peuple. En effet, le génie de l’homme sénégalais ancien est bien établi au musée régional de Thiès, surtout dans l’évolution de l’outillage vers toujours plus de finesse et de portée. Ainsi, le visiteur est frappé par le couteau bifacial, les armatures des lances et sagaies taillées dans la pierre, par le goût de l’esthétique trouvé sur les jarres et autres bracelets et révélant une parfaite maîtrise des techniques de production du feu et de fusion des matériaux comme le fer, l’argent et l’or.

Voilà quelques aspects de notre civilisation qui, dans le domaine de l’art, n’avait rien à envier à celle des autres. C’est pourquoi, le Sénégal, attaché à ses valeurs, a farouchement lutté, pendant de longues années, contre l’agression culturelle. Ce refus est surtout remarquable à travers la colonisation qui ne pouvait s’imposer sans heurts, surtout dans l’actuelle région de Thiès englobant une bonne partie du Cayor où 33 « Damels » (rois), dont le héros national Lat-Dior, sont tombés les armes à la main. En d’autres termes, l’appétit expansionniste du colon français a été difficilement satisfait du fait de l’insoumission virile des valeureux fils du pays dont les « ceddos » du Cayor.

Le vin de Faidherbe
C’est ainsi que le visiteur peut retrouver la réalité – tronquée dans bien des livres – de l’âpreté des batailles ayant opposé colonisateurs et populations locales, comme le dévoilent plusieurs tableaux. Le repère, c’est l’année 1850, une décennie avant le démarrage du projet de construction du Fort de Thiès (actuel musée régional) marqué par le début du règne du Damel Birima Ngoné qui refusa la main tendue du colonisateur avant de mourir en 1860 après avoir bu du vin empoisonné que lui aurait envoyé Faidherbe, alors gouverneur du Sénégal.
Voilà comment le conservateur Fadel Thiam a ressorti une des raisons du durcissement des positions de part et d’autre entre Français et Cayoriens. Dans l’esprit des Cayoriens germa la célèbre assertion « Gan du tabax » (un étranger ne construit pas) sur la terre d’autrui au moment où l’administration coloniale au cours de la bataille de Daty (bien reconstituée) en 1861 utilisait, pour la première fois, le canon. Déjà, Damel Madiodio Déguène Codou avait été intronisé à Mboul, avant de revenir sur le trône une deuxième fois, après le passage de Lat-Dior qui s’était attaqué à l’armée coloniale à Ngol-Ngol et Loro.

Pages glorieuses
Des « tableaux qui parlent », le musée de Thiès en affiche pour rétablir l’histoire du Cayor où vécurent des hommes intraitables qui ont immortalisé des localités comme Dékheulé où Lat-Dior tomba en octobre 1886, mais également Tivaouane où mourut la même année le dernier Damel Samba Laobé Fall, l’homme qui coupa la jambe du commandant Chauvet, un officier français. Cette mort du dernier Damel dictait la loi qui ne reconnaissait plus l’existence du royaume du Cayor où, malgré tout, l’on continuait d’enregistrer des velléités offensives contre les lignes françaises au Sénégal. C’est d’ailleurs l’une d’elles qui aboutit à la mort du commandant Chautemps, de sa femme et de ses hommes de garde.

Ce raid est à l’actif de Diéry Dior Ndella (fils de l’avant-dernier Damel Samba Yaya Fall), accompagné de ses courtisans Kannar Fall et Sarithia Dièye. Ils ne pouvaient supporter la présence française en terre cayorienne. 1850-1886. Près de quarante années de lutte durant lesquelles le Cayor n’a pas baissé pavillon, malgré la supériorité de l’armement du colonisateur, véritable arsenal à côté des armes rudimentaires des Cayoriens infiltrés par les collaborateurs des Français. Donc, c’est avec émotion que l’on se recueille devant les fusils et sabres des Damels et guerriers du Cayor conservés au musée de Thiès.

Faire un tour ici est absolument utile. Car on vous y montre des références, des repères et des symboles, tout en vous racontant la vie d’éminents hommes de vertu et de foi dont l’exaltation du souvenir vous gonfle le cœur, galvanise votre énergie, arme votre consciences et appelle à toujours mobiliser vos forces pour l’édification générale du progrès.

Le pavillon du rail : Dans le wagon des souvenirs

Le fort de Thiès, construit entre 1860 et 1876, est aujourd’hui ce musée régional sis au quartier 10ème, en référence au 10ème régiment d’infanterie d’Afrique et d’Outre-mer (10e Riaom) qui a réuni des militaires français et africains, ainsi que d’autres venus de la Guadeloupe et de la Martinique. 10ème Riaom fut un complexe militaire important de l‘administration coloniale.

Selon le conservateur du musée régional Fadel Thiam, le fort fut un point stratégique pour les militaires français qui pouvaient faire face à tous les dangers d’où qu’ils venaient. Seulement, il abandonnera sa fonction première pour connaître moult vicissitudes. Il servit d’intendance militaire, de centre social et même d’école. « C’est précisément en 1975 que le fort a été transformé en musée. Il a été inauguré par le premier président Léopold Sédar Senghor », rappelle Fadel Thiam.

Le rail au fil des âges
Pavillon wagonLe bâtiment a été réhabilité en 1995 grâce au concours technique et financier de la communauté française de Belgique. Le musée offre à ses visiteurs une salle réservée tant à la préhistoire qu’aux activités humaines. La structure a développé en 1995 ses collections et un programme d’activités extramuros, un atelier de sous-verres et, surtout, le fameux pavillon du rail, un véritable chef-d’œuvre réalisé grâce au sens de l’imagination et de la créativité du conservateur qui a pu, au cours des ses déplacements au niveau de certains qui ont fortement marqué le chemin de fer, récupérer des objets qui symbolisent le train, la société des chemins de fer du Sénégal.

Le pavillon du rail est installé à l’aile droite du musée régional. On y retrace une partie importante de la vie économique, politique et syndicale de l’Afrique occidentale française,  du Sénégal et surtout de la ville de Thiès  qui s’identifie au rail. A travers des outillages, le visiteur est promené sur la marche du chemin de fer au fil des âges. Par ces vestiges, on perçoit l’évolution technique du chemin de fer. A côté de la lanterne à mèche qu’on plaçait au bout du dernier wagon et qui aidait les conducteurs à s’assurer en circulant la nuit qu’aucun wagon n’est laissé en rade, il y a la lanterne à pile qui l’a détrônée. 

Le bâton à pilote, portant de grosses clefs, constituait le système de régulation de rentrée et de sortie des trains des gares. Par ce système de sécurité, tout conducteur, arrivé à un point où il devait changer de ligne, rendait sa clef pour en recevoir une autre lui permettant de poursuivre sa marche. Outre ces objets, on découvre une sacoche métallique pour téléphone, un téléphone omnibus utilisé à l’époque dans les gares, un billeteur  manuel, une batte à bourrier qui est un outil pour soulever les rails, des boyaux en fer destinés au système de freinage des trains, etc.

La voie ferrée transsaharienne
De 1881 à 1934, la régie des chemins de fer de l’Afrique occidentale française a pu voir le jour. Mais, le premier train arrivé à la gare de Bamako a eu lieu le 13 mai 1904 tandis que la jonction Thiès-Niger et Kayes-Niger date du 15 août 1923. L’année suivante, la fusion des deux lignes fut effective. En 1934, la direction générale, les services régionaux et les ateliers furent installés à Thiès qui, depuis lors, a servi de point de bifurcation des lignes Dakar-Bamako et Dakar-Saint-Louis. A partir de ce moment, la question de la formation du réseau et de son articulation était bouclée. Pour revenir sur le contexte historique de la construction des chemins de fer, c’est le gouverneur Faidherbe qui, en 1854, s’est attaché à réaliser le programme défini par le ministère de la Marine et des Colonies. Mais, c’est le gouverneur Brière de l’Isle qui, en 1876, a accéléré la construction du chemin fer. Il s’agissait pour les autorités coloniales de créer une liaison entre deux territoires séparés par des bassins fluviaux du Sénégal et du Niger aboutissant à Tombouctou qui devait constituer le terminus de la voie ferrée  transsaharienne. Pour matérialiser cette vision, le Parlement français vota une décision de construction au Sénégal et au Soudan de trois lignes ferroviaires Dakar-Saint-Louis, Thiès-Médina (Kayes), Kayes-Niger. Dès février 1881, la première tranche du financement est votée par le Parlement. Devant l’impossibilité de fournir la main-d’œuvre, le commandant Galléni use du travail forcé et de l’importation d’ouvriers marocains et chinois pour faire avancer péniblement les travaux. Ainsi, le plus grand réseau ferroviaire de 1289 kilomètres fut construit et confirmé par l’administration coloniale par décret puis inauguré le 1er janvier 1924.

Le travail forcé
Dans la même année, les chemins de fer Thiès-Kayes et Kayes Niger fusionne pour donner le Thiès-Niger qui, plus tard en 1934 avec le rajout du Dakar-Saint-Louis, a donné le Dakar-Niger. Le chemin de fer, c’est aussi les organisations sociales. Sur ce volet, le mouvement syndical, aiguillonnant plus tard la marche vers les indépendances, constitue un pan riche de l’ère du chemin de fer. Sur ce champ, au-delà des leaders comme Ibrahima Sarr, Aynina Fall, Karim Sow, Ousmane Ngom, Cheikh Ndiaye « Teus-Teus » et Djiby Sène, les femmes ont joué un rôle déterminant dans la fameuse grève de 1947-1948, contrairement à celle de 1938. Dans cette épreuve, les femmes, aux côtés de leurs époux, ont tenu bon jusqu’à la victoire finale marquée par une amélioration des conditions de vie des cheminots africains. Selon Fadel Thiam, le conservateur du musée de Thiès, un projet imminent de réhabilitation des lieux est en cours et va certainement permettre d’évoluer vers un musée du rail.

Cheikh Aliou AMATH & Mbaye BA (textes)
Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on mardi, 27 septembre 2016 13:10

Projection dans le futur

27 Sep 2016
565 times

La divination est la chose du monde la mieux partagée », écrivait Jean-Pierre Vernant, un historien de la Grèce antique. Depuis la nuit des temps, le souci de connaître, ici et ailleurs, l’avenir est une volonté de l’homme, liée à sa condition de mortel et à son désir d’être maître de son destin et de trouver un sens à sa présence sur terre. Dans leur diversité et leur complexité, les processus et les outils de divination utilisés chez nous rendent compte de cette réalité : astrologie, charlatanisme, géomancie, cartomancie, chiromancie, cauris, etc.

Les devins sénégalais, qui tiennent une place essentielle dans notre culture, sont très courus par des hommes et femmes de toutes conditions qui veulent toujours en savoir sur ce que l’avenir leur réserve. Nuitamment, ils se rendent chez un « borom xam-xam » (faiseur de miracle) pour qu’un rêve devienne une réalité, confient leurs soucis existentiels à un « kang fooré » pour avoir une place au soleil, consultent un « saltigué » pour être dans les bonnes grâces d’un généreux donateur, etc. D’ailleurs, la voyance se fait même sur les ondes de certaines radios et télévisions privées où des mages répondent en direct aux abonnés à ces services divinatoires et leur indiquent les offrandes et autres sacrifices à faire pour se sortir d’une situation difficile ou pour obtenir une notoriété perdue.

En tout cas, le recours aux procédés divinatoires est une réalité présente dans la culture sénégalaise et porteuse d’une fonction sociale qu’il ne faut pas négliger. Car la divination ne se résume pas à prédire l’avenir. Elle ancre l’individu dans le monde en donnant du sens à son existence et aux événements de la vie. La volonté de se projeter dans le futur est importante car comme disait Confucius : « Qui ne se préoccupe pas de l’avenir lointain, se condamne aux soucis immédiats ».

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on mardi, 27 septembre 2016 13:09

Situé au cœur de la ville de Thiès, Randoulène Nord se trouve à l’emplacement d’un ancien village sérère dénommé Diankhène. Le quartier cosmopolite d’alors devient le centre administratif de la cité du rail.

A l’entrée de la « cité du rail », Randoulène souhaite la bienvenue aux visiteurs. Quelques slaloms à travers les voitures sur la grande avenue du camp avant de dévier à droite pour entrer dans le quartier aux origines de Thiès. La vie tourne au ralenti dans les larges rues en cette matinée dominicale. Plusieurs riverains prennent un brin de fraîcheur sous l’ombrage des arbres plantés devant leurs concessions. Dans toute la ville, le caïlcédrat ou « Khaya senegalensis » est à l’honneur. D’un côté des anciens devisent tranquillement. De l’autre, un groupe de jeunes joue au scrabble.

Randoulène est une ancienne habitation des Sérères nones, les premiers occupants de Thiès. « La zone comprise entre la mairie, la place de France et l’actuel quartier Randoulène constituaient le village de Diakhène », explique Makhfou Faye, fils du délégué de quartier de Randoulène Nord Amadou Ndiaye Faye. Par ailleurs, ce professeur d’histoire et de géographie, intéressé par le passé de son quartier, a recueilli beaucoup de témoignages des anciens. Le premier délégué de quartier s’appelait Malick Kaïré Diaw. Le village de Diankhène a été fondé au 17ème siècle dans royaume du Cayor. Son ancien marché Moussanté Darkassé, disparu avec la restructuration, a donné son nom à l’actuel marché Moussanté (le terme wolof signifie jouer au plus intelligent au cours du marchandage). Randoulène a été divisé pour avoir deux entités plus petites dont la gestion serait plus facile. L’avenue du Baol constitue la ligne de démarcation entre Randoulène Nord et Randoulène Sud. Ses quartiers limitrophes sont Randoulène sud, Carrière et Escale. L’ancien premier ministre Idrissa Seck est natif du quartier. « Un Thiessois n’est à l’aise que chez lui », explique M. Faye. Hormis la majorité de musulmans, le quartier accueille quelques chrétiens d’origine manjack. Au sein du quartier se trouve le compartiment « route de Mbour » et celui des « Ndiobène ». Ce dernier est le fief de la caste des « rabb » composée de tisserands. Au fur du temps, le quartier devient une zone de brassage ethnique avec la présence de la gare ferroviaire. La ligne de chemin de fer Dakar-Saint-Louis est inaugurée en 1885.

Alors l’ancien village sérère accueille alors des Wolofs, des Bambaras, des Toucouleurs, entre autres. C’est au moment du lotissement de 1956 que l’administration coloniale a demandé aux populations de « se pousser un peu ». D’où le nom wolof de Randoulène. Cette décision fait suite à la conférence de Brazzaville qui a décidé de l’amélioration des conditions de vie par l’érection de communes mixtes dont Thiès. Randoulène Nord pourrait être considéré comme le cœur administratif de la ville de Thiès. En plus d’écoles, il abrite le Tribunal régional de Thiès, une caserne de sapeurs-pompiers et le premier poste de santé de Thiès. Le quartier accueille aussi la Direction de la scolarité centrale de l’université de Thiès.

Ibrahima NDIAYE (stagiaire)

Last modified on mardi, 27 septembre 2016 13:09

CanGabon90x700ok


AVERTISSEMENT

La SSPP « Le Soleil » met en garde et interdit formellement aux responsables et gestionnaires de sites d’informations, établis au Sénégal ou ailleurs, de poster les articles publiés sur le portail Internet du « Soleil », à l’adresse www.lesoleil.sn. La SSPP « Le Soleil » ne tolérera aucune entorse à cette interdiction. Seule est permise la publication de liens directs pour rediriger l’internaute vers l’adresse www.lesoleil.sn

PARTENARIATS

Les gestionnaires de sites qui le souhaitent peuvent adresser une demande de partenariat avec la SSPP « Le Soleil » qui en définira les modalités et fixera les conditions d’utilisation des articles, photos, logos de son portail Internet. En cas de manquements, la SSPP « Le Soleil » se réserve le droit d’engager immédiatement des poursuites judiciaires envers les contrevenants, pour violation du respect des droits d’auteurs.