Feuilles d'hivernage 2016

Feuilles d'hivernage 2016 (134)

A la lisière de la ville de Diourbel juste à côté du célèbre hôpital Henrik Lubke, se trouve le quartier traditionnel de Ndayane qui abrite les  « Mbanaars ». Il s’agit d’une pratique originale des Sérères de la contrée qui consistait à soulever la case d’un notable décédé pour l’implanter proprement sur son tombeau avec tout son contenu. Le site s’étend aujourd’hui sur deux hectares.

A Ndayane, on se rend compte de visu que l’Afrique a ses mystères à la faveur de la perpétuation de la vieille pratique des « Mbanaars ». Le site est situé dans la commune de Diourbel avec des baobabs à perte de vue et une authenticité jalousement préservée. Ce qui en fait pratiquement le seul poumon vert de la capitale du Baol. Trouvé sur les lieux, le vieux Yoro Faye qui fait figure de gardien du temple renseigne que « Mbanaar » est un mot wolof ; en Sérère on dit « Lome ». «  A l’époque, les « Mbanaars » se faisaient uniquement au profit des notables aisés » selon notre interlocuteur.
La pratique consiste ainsi à déménager la case du défunt pour l’implanter sur son tombeau. Ce sont des jeunes valides qui assuraient l’opération à l’aide de pagaies car ils n’avaient pas accès à des accessoires comme les pelles. Le « Mbanaar » était organisé à la fin de l’hivernage juste après les récoltes. De véritables agapes avaient alors lieu avec à la clé des bœufs qui étaient immolés. On mangeait à volonté, on buvait à satiété, les jeunes dansaient à qui mieux-mieux. Bref, on faisait ripaille. Un véritable rituel fait de chants, de danses et de réjouissances. Assane Sylla Faye, agent voyer de la commune de Diourbel, précise que c’est la famille du défunt qui offrait aux jeunes le bœuf, le mil, le lait et les autres condiments nécessaires à la tenue d’une belle fête.

L’Etat invité à restaurer les « Mbanaars »
Autrement dit, les « Mbanaars » n’étaient organisés que pour les notables aisés appelés « Borom barké » par les Wolofs. Les spécialistes de la tradition sérère rappellent à l’envi que les « Mbanaars » n’ont existé qu’à Ndayane et à Bandia (département de Mbour). D’ailleurs ceux de Diourbel sont les plus grands et les plus réputés. Un « Mbanaar » pouvait mesurer jusqu’à quatre mètres de hauteur. Ndayane est aujourd’hui un sous-quartier de la commune de Diourbel. A la faveur de l’urbanisation galopante, le site est devenu très populeux. Tamsir Faye, dernier khalife de Ndayane, est décédé récemment de même que le vieux Ngothie Faye de Diaoulé. Ils sont considérés comme les derniers gardiens de la culture du terroir.

Mbanaars NdayaneDès le mois de février prochain, une cérémonie grandiose sera organisée pour l’élection du nouveau khalife. Ces journées culturelles seront parrainées par le Directeur général de la société d’études et de réalisation des phosphates de Matam (Serpm), Eugène Ngor Faye. Selon ce fils du terroir, il faut revisiter l’ouvrage de Cheikh Anta Diop « Nations nègres et cultures » dans lequel il évoquait le « Lome » sérère qui renvoie au « Mbanaar ». Le patron de la Serpm poursuit en rappelant que les Sérères sont venus du Delta du Nil et que les habitants de Ndayane sont eux-mêmes originaires du Sine. Les Sérères ont aussi parcouru le Fouta dès qu’ils ont quitté l’Egypte. Ce qui explique leur cousinage à plaisanterie avec les Hal Puulars.

La préservation de la centaine de « Mbanaars » qui résistent à l’usure du temps est une vive préoccupation des Sérères de Diourbel. Assane Sylla Faye soutient, avec conviction, que les ancêtres ont réalisé les « Mbanaars » pour les générations futures et cela leur a coûté une fortune. C’est pourquoi leur préservation est devenue une urgence. D’autant que les riverains ne cessent de dénoncer l’attitude répréhensible de plusieurs chauffeurs de camions de sable qui ont détruit une bonne partie des installations. Résultat : bon nombre de « Mbanaars » se sont affaissés. Pourtant, le Conseil départemental a consenti des efforts notables en érigeant des piquets de délimitation afin de protéger l’espace en proie à des agressions extérieures.

Relations entre les Sérères et Serigne Touba
Aujourd’hui, la restauration des « Mbanaars » passe indubitablement par l’érection d’un mur de clôture, selon les gardiens de la tradition. Des discussions très avancées sont actuellement en cours entre la commune de Diourbel et le projet national Promovil. Il s’agira notamment de veiller à la formation d’un homme de culture pour en faire le conservateur des « Mbanaars ». Le site, classé patrimoine national, est menacé du fait qu’il est aussi devenu quelque part un énorme dépotoir d’ordures. S’y ajoute l’urgence de la plantation d’arbres, des espèces végétales assez rares pour renforcer les baobabs millénaires qui bordent ce site magique.

Car Diourbel est confronté à un réel problème de circulation de l’air avec une chaleur étouffante qui y sévit à longueur de journée. Les baobabs de Ndayane portent des noms évocateurs comme « Niaakh », « Ndieme Sakh », « Baaka Ndior », « Nguel Diegane », « Lakhoundé », « Gouye Sakhé », « Nderoo Makh », etc. A Ndayane, on raconte que Serigne Touba Khadimou Rassoul venait souvent profiter de l’ombre du Baobab « Niaakh » pour y effectuer la prière du « Takussan ». Ce baobab est d’ailleurs réputé pour son mysticisme avéré selon les Sérères de Ndayane. Mieux, il est considéré comme l’arbre symbole du site.

Diarno Paad Faye est le fondateur de Ndayane, selon des témoignages concordants. Mais en 1886, une grande épidémie de peste a disloqué le village. Plusieurs habitants ont alors quitté les lieux pour créer des villages comme Diambougoum, Tokasson, Mbélane, Ngoufor, Wendou-Ndayane (Gossas), etc. L’ancêtre des Faye est originaire du village de Mbaafaye Djilakh, situé au cœur du Sine. Doté d’une fortune immense, il n’avait pas hésité à offrir huit bœufs à Serigne Cheikh Anta Mbacké, frère et talibé de la première heure de Serigne Touba Khadimou Rassoul, fondateur du Mouridisme.

Cet acte illustre à merveille les relations séculaires, chaleureuses et empreintes de cordialité qui lient les Sérères de Diourbel et Cheikh Ahmadou Bamba. Les Sérères ont bien accueilli le Cheikh qui a vécu quinze bonnes années à Diourbel. Pour les habitants de Ndayane, les « Mbanaars » sont parvenus à redonner à l’homme sa dignité. De même, la restauration de l’espace pourrait contribuer au positionnement de Diourbel comme point focal du tourisme culturel et de découvertes.

Mbaye Diakhaté sur les « mbanaars » : L’un des espaces culturels les plus importants du Baol, selon l’adjoint au maire

Mbaye DiakhatéPour Mbaye Diakhaté, deuxième adjoint au maire de Diourbel chargé de l’Environnement, de la Santé et de l’Assainissement, la restauration des « Mbanaars » de Ndayane doit faire partie même du patrimoine culturel de la commune de Diourbel. Selon lui, il faut restaurer le site le plus rapidement possible.

Mbaye Diakhaté est convaincu que « cet espace renferme des vestiges de l’histoire de notre société et surtout de la société sérère plus précisément ». Il explique que Ndayanne, un village devenu un quartier de Diourbel où sont enterrés leurs grands-parents, mérite une attention particulière. Ne serait-ce que pour tous ceux qui reposent sur ce site. « Ils ont tout fait de leur vivant pour que Diourbel devienne ce qu’il est devenu aujourd’hui. Ils ont accueilli Serigne Touba ici et ont fait qu’il y soit resté pendant plus d’une quinzaine d’années. Donc, restaurer ou se remémorer leur vécu est une excellente chose »,  a ajouté notre interlocuteur.

Le deuxième adjoint au maire de Diourbel estime alors que « la restauration des « Mbanaars » de Ndayane doit faire partie même du patrimoine culturel de la commune de Diourbel. La commune est invitée à chercher des partenaires où qu’ils puissent se trouver pour restaurer ce site qui, éventuellement, pourrait devenir le point culturel le plus important de Diourbel. « L’arrivée de Cheikh Ahmadou Bamba a fait transformer nos coutumes », a-t-il affirmé. Mais, les Diourbellois restent encore ancrés dans leur civilisation qui place l’homme au cœur de toutes les préoccupations.

« Dieu même qui nous a créés nous a mis au devant de toutes les créatures. Donc, respecter nos morts, leur donner un visage très grand est important », à en croire M Diakhaté. Les « Mbanaars » rendaient à l’homme toute sa dignité quand il retournait vers Dieu. Il y allait avec tous ses bagages, tout ce qu’il avait comme biens pour dire à Dieu que c’est Toi qui m’avais créé ; je reviens à Toi avec tout ce que Tu m’as donné.

Mbaye Diakhaté indique donc « que cette grandeur de l’homme qui est magnifiée par les « Mbanaars » doit être revivifiée et restituée, ne serait-ce que pour faire comprendre aux générations futures qu’à n’importe quel moment de la vie de notre société nous avons su mettre en place une certaine forme d’organisation qui respectait toujours la dignité de l’homme. C’est dans cette perspective qu’il trouve extrêmement génial le projet de restauration des « Mbanaars » de Ndayanne. D’où l’urgence pour tous les fils de Diourbel de faire de ce site un lieu de culte, d’échanges et de découvertes pour les étrangers.

Des journées culturelles pour perpétuer les « Mbanaars »
L’épopée des  Mbanaars  reste gravée dans la mémoire des Diourbellois. Les descendants de la lignée paternelle de la famille « Faye » de Ndayane essayent tant bien que mal de restituer les vestiges de leurs ancêtres.

Une rencontre familiale est organisée à cet effet en même temps que des activités culturelles, nous informe un des membres de cette famille, Assane Sylla Faye. Selon lui, c’est une occasion qui nous est offerte de consolider davantage nos liens familiaux mais également et surtout de retracer l’histoire des « Mbanaars ». Ainsi, des expositions, des débats et des manifestations folkloriques symbolisant les rituels de ce patrimoine classé sont offerts au public durant cette période pendant laquelle la ville de Diourbel vit au rythme de la musique traditionnelle locale et à travers des spectacles riches en couleurs orchestrés par des groupes locaux au niveau des différents sites. Ces manifestations se tiennent généralement au mois de février de chaque année.

Babacar Faye, délégue de Ndayane : « Grâce aux « Mbanaars », nous jouissons de tous les privilèges »

Babacar FayeBabacar Faye est le délégué de Ndayane qui est rattaché à la commune de Diourbel depuis plusieurs années maintenant. Pour lui, les Mbanaars ont rehaussé le statut du quartier.

Babacar Faye est d’avis que Ndayane jouit de tous les privilèges dans la ville. Les préoccupations sont prises en compte par la mairie et les habitants du quartier vivent dans la communion et l’harmonie. Ils se concertent régulièrement sur tous les problèmes qu’ils ont en commun, à en croire notre interlocuteur. Le jeune délégué de quartier explique cet état d’esprit salutaire par le fait que, dès ma prise de fonction, il a privilégié une gestion transparente à travers l’implication de tout le monde pour ainsi poser les problèmes et trouver des solutions ensemble.

Babacar Faye est officiellement le quatrième délégué de quartier de Ndayane. Son père, feu El hadji Yoro Faye, fut le premier à diriger Ndayane. Quelques problèmes de sécurité subsistent dans la zone. Ils sont liés, selon lui, au manque d’éclairage public qui favorise les vols fréquents de bétail. Ce qui oblige les résidents à mettre en place un système de gardiennage nécessitant une participation de 1.000 FCfa par concession pour la rémunération des volontaires coptés à raison de 50.000 FCfa. Mais, cela n’a duré que deux ans.

Aussi ont-ils identifié des préoccupations d’emplois des jeunes et de financements pour les groupements de femmes au nombre de trois qui s’activent dans les activités génératrices de revenus à travers le petit commerce, les tontines et le maraîchage. Pour autant, le quartier de Ndayane, avec ses 680 concessions pour près de 5.000 habitants, n’est pas oublié dans la carte scolaire et sanitaire de la commune de Diourbel. La zone dispose de deux écoles élémentaires, un lycée et deux garderies d’enfants, en sus d’un poste de santé.

Mamadou Lamine DIATTA & Mohamadou SAGNE (textes)
Pape Seydi (photos)
Last modified on vendredi, 30 septembre 2016 12:45

Ces jeunes néo-ruraux

30 Sep 2016
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Il n’avait aucune vocation pour l’agriculture et n’avait jamais cru que le travail de la terre l’épanouirait. Aujourd’hui, il s’accomplit intégralement dans un village, profitant du manque d’emploi en ville. Comme la plupart des jeunes citadins sans occupation que je pousse à aller s’installer en campagne, il m’avait, à l’époque, foudroyé du regard et s’était étonné de mon penchant paysan : quitter la ville, vivre sans électricité, se laver en plein air et manger frugal, quelle idée !

Combien sont-ils de jeunes citadins à considérer le travail de la terre comme une dépréciation. Et s’y adonner leur renvoie une image dévalorisante d’eux-mêmes. Mais, du côté de ceux qui se sont risqués dans la campagne, le son de cloche est bien différent : certains, la lubie passée, n’entrevoient plus leur épanouissement en dehors du monde paysan. Chez d’autres, le choix d’une vie campagnarde a réveillé un sentiment de culpabilité pour s’être laissé piéger par le confort dans la ville.

Ces néo-ruraux ont déjà beaucoup changé. Leur décrochage a renforcé leurs réticences envers le salariat. Ils sont plus confiants, du fait de leur énergie au travail, plus calmes, par l’action bénéfique de la campagne, plus tolérants grâce aux rencontres avec les ruraux, ces hommes et femmes de développement. Ils comprennent que la campagne peut bien être, pour les jeunes citadins sans emploi, un terrain privilégié de l’accomplissement de leurs potentialités. Vous qui hésitez, je vous conseille d’aller en campagne ! L’année prochaine, vous m’en direz des nouvelles.

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on vendredi, 30 septembre 2016 12:45

A 70 bornes de Dakar, la cité du rail perpétue son image de carte postale. L’ancien village sérère se distingue surtout par son quadrillage et ses avenues bordées de majestueux caïlcédrats. C’est d’ailleurs ces arbres qui ont fait la renommée d’une de ces plus célèbres artères : la « rue sans soleil ».

Derrière la Promenade de Thiessois, la « rue sans soleil » baigne dans une atmosphère paisible bercée par le gazouillis des oiseaux perchés sur les « khaya senegalensis », l’arbre emblématique de cette avenue. Plus loin, une colonie de chauve-souris a élu domicile sur un autre. Elles en squattent les branches à grand renfort de cris aigus. La célèbre artère est le symbole du bon vivre à la thiessoise. Une renommée qu’il doit à ses nombreux caïlcédrats plantés de part et d’autre.

En arpentant les rails de l’histoire et installé dans le wagon du souvenir, on découvre que certains caïlcédrats de la ville ont été mis sous terre dès 1939 par le commandant Connelière. Cette espèce d'arbre de la famille des méliacées a pour autre nom l’acajou du Sénégal. Sa cime peut culminer à 30, voire 35 mètres. La mythique avenue porte le nom de Lamine Guèye, ancien avocat et premier président de l’Assemblée nationale du Sénégal indépendant. Il est né le 10 septembre 1891 au Soudan (actuel Mali) et est décédé le 10 juin 1968.

Que d’établissements  le long de l’avenue : la Maison du combattant, l'école El hadji Ahmadou Barro, la Chambre de commerce avec son architecture coloniale, etc. « Même l’ancien ministre socialiste Jean Colin et le président Léopold Sédar Senghor ont habité dans cette rue », confie Demba Pouye, un riverain assis au coin d’une ruelle qui débouche sur l’avenue Léopold Sédar Senghor. Celle-ci est perpendiculaire à la « rue sans soleil ». Rappelons que le président-poète a aussi été maire de la commune de Thiès créée en 1904.

« Plusieurs Thiessois empruntaient cette artère pour aller en ville. Car, d’un bout à l’autre, on pouvait y marcher sans être touché par le soleil », raconte Makhfou Faye, un habitant du quartier voisin de Randoulène Nord. Le feuillage touffu des arbres, comme une canopée équatoriale ou amazonienne, formait un dôme. Mamadou Bâ, la cinquantaine bien sonnée, se rappelle le temps où une bonne partie de la rue était occupée par des commerçants libano-syriens. Sous sa tenue en wax, le Toucouleur revendique jalousement ses origines thiessoises, la ville qui l’a vu naître et grandir.

La « rue sans soleil » est devenue le point de chute des gourmets. Plusieurs restaurants et fast-foods y ont pignon sur rue. Les gourmands aussi qui ont de quoi se lécher les babines. Les terrasses n’accueillent pas beaucoup de monde en ce dimanche. Avec ses bars et boîtes de nuit, l’avenue est le point de rendez-vous des fêtards. Depuis quelques années, l’image de carte postale de la rue est écornée par la chute ou l’abattage de certains caïlcédrats.

De ce fait, à hauteur de certaines portions, le soleil accable les passants. Les eaux de pluie aussi sont devenues un casse-tête. Devant son magasin, Mouhamed, un commerçant marocain, appréhende la saison des pluies. « Là, c’est le point bas de la rue. Quand il y a une forte pluie, les eaux se retrouvent ici, charriant de la boue », explique-t-il entre ses matelas. Sur le talus, quelques herbes poussent sur un amoncellement de sable.

Ibrahima NDIAYE (stagiaire)

Last modified on vendredi, 30 septembre 2016 12:45

Il avait opté pour des études en philosophie ou en relations internationales, mais Abdoulaye Lamine Baldé s’est retrouvé dans le milieu de la culture. Devenu animateur culturel après une formation de trois ans à l’École nationale des arts, il est nommé directeur du Centre culturel régional de Kolda et vit sa passion. Celui qui se bat au quotidien pour l’épanouissement des acteurs culturels n’a qu’un seul objectif : faire rayonner la culture à Kolda et au Sénégal.

Âgé de 35 ans, Abdoulaye Lamine Baldé a fait ses humanités à l’école élémentaire Ansoumana Sané, puis au collège d’enseignement moyen technique de Louga. À son retour à Kolda, il poursuit ses études au lycée Alpha Molo Baldé. Son bac en poche, il est orienté à l’Ucad, à la Faculté des Lettres et sciences humaines, au département des Lettres modernes. C’est à la suite d’un concours qu’il a atterri à l’École nationale des Arts, option animation culturelle. Au départ, le jeune Abdoulaye avait envisagé de faire des études en philosophie ou même en relations internationales, mais a subi l’influence d’un frère aîné qui était déjà au département des Arts scéniques.

Toujours est-il qu’après trois ans de formation sanctionnés par un Diplôme d’études supérieures en animation culturelle, il est sorti de l’école des arts pour se consacrer exclusivement au service de la culture. Aujourd’hui, M. Baldé ne regrette pas sa trajectoire. « Même si c’est différent des autres corporations, je m’y plais beaucoup parce que je pense que là où on peut être, on peut servir valablement et utilement son pays. Et ce qui nous réconforte, c’est cette force morale, cet humanisme des acteurs, des hommes, mais aussi des sommités. Pour moi, cela n’a pas de prix », note-t-il.

Sorti de l’école en 2009, Abdoulaye Lamine Baldé est resté au chômage pendant une année, le temps de se forger. « On a bénéficié d’une position de mise en stage. À l’époque, Serigne Modou Bousso Lèye était le ministre de la Culture. Pendant quatre ans, nous avons accepté de venir à la périphérie, conscient que le Sénégal ce n’était pas seulement Dakar. Il fallait donc penser aux autres régions », note-t-il. Pour le jeune animateur culturel passionné, c’est un tout cohérent, pour permettre à toutes les populations de sentir qu’elles font partie de cette nation. C’est ainsi que le jeune Baldé a opté de revenir au bercail, à Kolda. « Il n’y avait qu’un seul animateur dans la région, j’ai décidé de venir l’aider un peu dans sa tâche, dans sa mission », informe-t-il.

Ce choix, Abdoulaye Lamine Baldé ne l’a pas regretté. Après quatre ans de rodage, il a été recruté et affecté à Kolda. « Le 24 novembre 2014, j’ai été promu au rang de directeur du Centre culturel régional de Kolda. J’ai eu la chance de trouver sur place de grands hommes de culture, des personnes ressources avec lesquels nous travaillons le plus souvent. Il s’agit de Sadiki Sall, Amadou Joe Kane, Ibrahima Thiodo Bâ, Madou Bâ, Hamady Sow, Abdourahmane Diallo, etc. », fait-il savoir. Selon M. Baldé, les métiers des arts et de la culture sont porteurs. « Sans la culture, on n’est rien. Ce qui fait l’être, c’est la culture. C’est un métier très noble. Et je ne regrette pas d’avoir choisi cette trajectoire », indique-t-il.

M. Baldé estime que sous nos cieux, « la culture c’est un tout », même si parfois c’est un peu difficile. A son avis, les autorités doivent faire beaucoup d’efforts pour accroitre les moyens pour la promotion et la valorisation de la culture. « En Europe, ils ont maitrisé les choses élémentaires. Mais nous, si on veut être au rendez-vous des grands de ce monde, il faut explorer davantage le domaine des arts et de la culture ». À l’en croire, tous les Sénégalais qui sont connus à travers le monde, ce sont des ambassadeurs : Cheikh Anta Diop, Souleymane Bachir Diagne, Sembène Ousmane, Léopold Sédar Senghor, Boubacar Boris Diop, etc.

« Le rayonnement international, le président Léopold Sédar Senghor l’avait bien compris. Et si, aujourd’hui, le Sénégal, en tant que petite nation du tiers monde, est connu, nous le devons certes à notre diplomatie, mais aussi à notre diplomatie culturelle ». Hier comme aujourd’hui, Abdoulaye Lamine Baldé se bat pour le rayonnement de la culture à Kolda, mais aussi au Sénégal de manière générale. « Nous avons à montrer au monde un patrimoine culturel, des expressions culturelles, notre nature. Bref, nous avons notre culture à magnifier », explique-t-il.

« Pour qu’on puisse a arriver à ce rayonnement culturel souhaité, il faut que les populations s’approprient leur propre culture. Car en matière de culture, ce sont elles les principales dépositaires. Il faut donc qu’elles acceptent de collaborer, mais aussi que les autorités pensent à mettre des infrastructures qui puissent accompagner cette production culturelle », estime-t-il. M. Baldé informe que le ministère a pris l’engagement ferme de doter le Centre culturel régional d’un studio d’enregistrement. Cela va permettre, à son avis, de fixer les œuvres musicales, mais aussi de l’ensemble du patrimoine musical et sonore. L’acteur culturel a ainsi plaidé pour la réhabilitation des sites et monuments historiques (Ndorna, Hamdallaye).

« Réhabiliter ces sites, c’est rendre aux populations du Fouladou leur fierté, leur dignité et renforcer leur sentiment d’appartenance. Comme dans toutes les contrées du pays, le Fouladou a aussi ses références. C’est des valeurs qu’il faut perpétuer et cela passe par la réhabilitation de ses tatas. Il y a aussi l’arbre Moussa Molo qui retrace l’itinéraire de cet illustre fils du Fouladou qui mérite d’être connu par la jeune génération, mais aussi par la postérité », soutient-il. Au mois de décembre prochain, Kolda va abriter le Festival national des arts et culture (Fesnac). Un gros challenge pour la région, selon M. Baldé.

« Les 14 régions du Sénégal vont se retrouver à Kolda, qui sera la capitale culturelle sénégalaise pendant une semaine. Ce n’est pas une mince affaire, l’ensemble des populations doit s’y mettre, parce que c’est la première fois que Kolda abrite une manifestation culturelle d’envergure nationale », indique-t-il. L’ambition de M. Baldé, c’est de réussir le pari de l’organisation et de la participation, mais aussi faire en sorte que Kolda puisse au moins remporter deux prix dans les règles de l’art et dans un esprit de cohésion et de fraternité.

Par Samba Oumar FALL

Last modified on jeudi, 29 septembre 2016 13:31

Les plaisirs de l’info

29 Sep 2016
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Dans « Le dernier été des indiens », Robert Lalonde s’est posé ces deux questions : « Ce serait donc ça le plaisir ? La tendresse et les muscles mêlés, ensemble, se liant et se déliant ? Michael Ende, dans « L'Histoire sans fin », semble lui répondre en soulignant ceci : « C'est une chose bien mystérieuse que les passions humaines… Il y a des hommes qui risquent leur vie pour venir à bout d'un pic de montagne. Personne, pas même eux, ne pourrait vraiment expliquer pourquoi. Il y en a qui se ruinent pour conquérir le cœur d'une certaine personne qui ne veut rien entendre ».

D'autres, poursuit-il, courent à leur perte parce qu'ils sont incapables de résister aux plaisirs de la table - ou à ceux de la bouteille… Certains croient ne pouvoir être heureux qu'ailleurs que là où ils sont et passent leur vie à courir le monde. Il y a des gens, enfin, qui n'ont de cesse de devenir puissants. Selon Michael Ende, il y a autant de passions différentes que d'individus. Après, bien sûr, mes… devoirs dans la vasque d’un foyer, ma passion est dans la consommation immodérée de l’information. Car, comme Alice Munro, j’en tire le plus de plaisir possible même quand je n'ai pas le cœur à être heureux.

Après mon réveil, avec « Rfm-Matin », on me sert mon petit-déj de « Kinkéliba » sur la Rts1. Sur le chemin du bureau, pas un pas sans « Sud-quotidien ». Dans mon office, j’en déguste de gros morceaux avant de saisir « Le Soleil » pour manger, goulûment, toutes ses bonnes feuilles de Quotidien national. Rassasié, je me permets quelques clics sur « Seneweb ». Plus tard, je déjeune en compagnie de « 13h Rts » et dîne vers 20h, en suivant le fil de l’Aps. A 22h30, je vais au lit pour dormir avec Rfi. Voilà mes préférences médiatiques qui ne sont pas parole d’évangile. Vous êtes donc libres de suivre les médias qui sont censés vous procurer vos plaisirs d’écoute, de lecture et d’images.

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on jeudi, 29 septembre 2016 13:30

Pour un rayonnement continu

28 Sep 2016
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L’appellation « Quotidien national », donnée à votre journal préféré « Le Soleil », dérange certains jaloux, convaincus que nous les devançons dans l’excellence et leur en interdisons l'accès. Loin de nous, cette perfidie. Mais, « Le Soleil », ce journal où sont passés les plus grands hommes et femmes des médias de notre pays, tient toujours son rang. Tout en souhaitant un excellent palmarès aux autres, ledit support, qui est presque cinquantenaire, se relance quotidiennement dans l’exercice de sa noble mission d’informer juste et vrai.

Pourquoi l’appellation « Quotidien national » choque-t-elle ? Des journaux, nommés seulement par leur nom, ont-ils, peut-être, une pénétration au Sénégal comme le nôtre qu’il faut aussi leur coller le terme « national » ? Allez-y ! En tout cas, ne serait-ce que par son expérience qui en fait, après les Archives nationales, la mémoire du Sénégal, son contenu, la taille de son personnel, son maillage du territoire national, la qualité de ses ressources humaines et la mise à sa disposition de fonds, par l’Etat, au titre de la rémunération du service public de l’information, « Le Soleil » est, pour ceux qui sont de bonne foi, le « Quotidien national ».

Sachant que d’une bouche qui saigne ne sortent que des insanités, l’on voit d’ici les jaloux manifester encore leur haine maladive contre votre journal préféré. « Le Soleil », présent partout au Sénégal et vivant, petitement, de l’argent du contribuable, est bel et bien le « Quotidien national », c’est-à-dire ce patrimoine commun. Que l’on nous refuse cette appellation et que l’on se plaise à nous nommer « L’Astre de Hann », « Le Journal gouvernemental », « Le Journal officiel », etc., c’est tout comme pour nous. L’important est ailleurs !

Le seul combat qui vaille pour nous est d’œuvrer pour le rayonnement continu du « Soleil » qui, quotidiennement, darde ses rayons lumineux sur ses chers et fidèles lecteurs, mais aussi sur ces mêmes jaloux, murés en eux-mêmes dans le blockhaus de la colère, la tristesse, la frustration et le dégoût.

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on mercredi, 28 septembre 2016 13:48

Jusque-là inconnue, son parcours atypique serait source d’inspiration pour beaucoup de jeunes. Cette économiste s’illustre par son talent et son expertise avec un brin de patriotisme.  

Pur produit de l'école publique, Yacine se distingue par un QI qui en séduirait plus d’un, avec une maîtrise quasi-parfaites des questions économiques. Dans cette odyssée, elle met en bandoulière son patriotisme et son humilité. De quoi la faire femme-modèle par l'inspection d'académie de Pikine-Guédiawaye dans l'élection miss maths et miss science de cette zone. Organisation et méthodique, elle ne se départit pas de sa confiance en soi depuis sa tendre enfance. "Dieu me suffit comme protecteur" lance-t-elle. Dans le chemin de la réussite, elle ne prend pas de raccourcis. Un séjour long à l'étranger ponctué de vacances finit de la singulariser. Elle roule sa bosse à travers le monde au gré des postes occupés et des sollicitations. "En Afrique, il n’y a que deux pays que je n'ai pas visités" lance-t-elle.

Aux origines modestes
Rien ne vaut le retour aux sources dans son pays natal, même en état de grossesse avancée. L’économiste refuse de prendre la nationalité du pays de l’oncle Sam. Pour elle, consommer rime avec local. Tout y passe : le consommer, la menuiserie, le coton, etc. Elle voit le jour à Ndiangué, un village situé à quelques lieues de Saint-Louis. Pourtant, son père imam de la mosquée de Pikine (banlieue de Dakar) était réticent face à l’idée de scolariser sa fille. Il en revient à de meilleurs sentiments grâce à l’entregent de son épouse. Elle grandit sous la coupe du père qui fixe l’heure du coucher à 20h. Elle se rappelle aussi ses vacances au Walo qu’elle passait chez un oncle cuisinier du gouverneur général. Un séjour au village où elle découvre le travail harassant des femmes en milieu rural. Et lorsque son père lui a fait comprendre qu'à défaut d'étudier, le village sera sa destination finale, elle y trouve une source de motivation supplémentaire qui renforce son amour pour les études.

A la conquête du monde
« Mon papa était regardant sur la façon de manger, de parler voire de marcher " explique-t-elle. Après avoir passé avec succès le cycle primaire, elle rejoint le lycée Kennedy. Elle a vécu le transfert du lycée de la ville à Colobane. Yassine faisait partie des meilleures élèves. Ses paires de sandales ne lui empêchent pas d’avoir d’excellentes notes.  De Kennedy, elle passe à l'école normale de Thiès. Ensuite, cap sur l'université où elle a été quasiment contrainte de suivre l'espagnol. Trois ans plus tard, une licence en espagnol, elle paie son billet d'avion et débarque en France. Elle entame des études de sciences économiques. Yassine allie études et travail pour se prendre en charge. Chemin faisant, elle devient traductrice dans une société espagnole installée en France. Sa licence dans les valises, elle embarque pour les États-Unis où elle réussit le concours d'enseignant et devient professeur de mathématiques tout en préparant le diplôme de master en économie qu'elle obtient.
Depuis plusieurs années, elle se distingue pour son combat pour l'éradication de la pauvreté féminine. Son autre combat, c’est la formation des jeunes en leadership.

Abdou DIOP

Last modified on mercredi, 28 septembre 2016 13:48

Pour une meilleure connaissance d’une partie de l’histoire du Sénégal et une et découverte de l’ancien univers artistique du Cayor, faire un tour au musée régional de Thiès est indiqué. Il est donné, dans cette structure, tous les détails des faits historiques aux visiteurs qui en ont aussi plein la vue de palettes travaillées avec talent par nos lointains ancêtres.

Classé monument historique en 1975, après avoir servi de centre social et d’établissement scolaire, l’ancien Fort de Thiès, aujourd’hui musée régional, est né d’un projet de construction initié par le gouverneur français du Sénégal, Faidherbe et achevé par le gouverneur Walière. Consolider la stratégie militaire du colonisateur, assurer la rentabilité de la ligne du chemin de fer (Dakar/Saint-Louis) et du télégraphe, ainsi que la protection des caravaniers français, telle était la triple mission de ce fort construit entre 1860 et 1876.

Une époque pendant laquelle le Cayor, zone-tampon entre Dakar et Saint-Louis, entretenait son fameux « Gan du tabax » (Un étranger ne construit pas). Expression du colonisateur de toujours tenter d’étendre son emprise vers l’intérieur du pays et fondement de l’action guerrière des autochtones attachés à l’indépendance de leur territoire, le Fort de Thiès a donc été témoin de quelques événements essentiels de la vie du Sénégal qu’il continue de nous livrer en tant que musée. Et son attrait sur les populations est véritable. Si celle-ci est intéressée par les activités de recherche et d’animation culturelle ainsi que par les objets de la salle d’exposition, il est aussi constaté que la structure architecturale de la bâtisse fascine une bonne partie du public, notamment les touristes.

Fascinant monument historique situé au cœur de Thiès, jadis creuset des énergies libératrices et porte du glorieux Cayor où vécurent des hommes de refus, le musée régional de la cité du rail constitue un haut lieu de souvenirs. Aussi est-il une source d’acquisition de connaissances pour qui veut interroger les vestiges de notre passé conservés dans cette institution dont les locaux, création de l’administration coloniale, marquent le Sénégal du XIXe siècle et les résistances locales à l’occupation étrangère.

L’actuel musée régional de Thiès, d’abord monument historique, est mémoire. Là, sont conservées des œuvres artistiques locales attestant de l’évolution de l’homme, depuis le paléolithique supérieur (100 000 ans avant Jésus-Christ) jusqu’au paléolithique inférieur (10 000 ans avant Jésus-Christ). Des objets et autres éléments d’appréciation portant sur les moments palpitants de la difficile cohabitation entre colonisateurs et résistants, surtout à partir de 1850, y sont aussi exposés. Cette richesse de la collection dicte les visites répétées des touristes, officiers des armées françaises et sénégalaises, étudiants et élèves, qui considèrent Thiès comme un véritable raccourci historique pour connaître les événements essentiels qui ont marqué la vie de cette partie du Sénégal qu’est le Cayor.

Génie ancien
Musée 2Si les locaux qui abritent l’actuel musée sont l’une des marques du passage de la France sur le sol sénégalais, les objets et autres tableaux témoignent, d’une part, du haut degré de technicité de nos lointains ancêtres, et, d’autre part, du courage et du patriotisme de notre peuple. En effet, le génie de l’homme sénégalais ancien est bien établi au musée régional de Thiès, surtout dans l’évolution de l’outillage vers toujours plus de finesse et de portée. Ainsi, le visiteur est frappé par le couteau bifacial, les armatures des lances et sagaies taillées dans la pierre, par le goût de l’esthétique trouvé sur les jarres et autres bracelets et révélant une parfaite maîtrise des techniques de production du feu et de fusion des matériaux comme le fer, l’argent et l’or.

Voilà quelques aspects de notre civilisation qui, dans le domaine de l’art, n’avait rien à envier à celle des autres. C’est pourquoi, le Sénégal, attaché à ses valeurs, a farouchement lutté, pendant de longues années, contre l’agression culturelle. Ce refus est surtout remarquable à travers la colonisation qui ne pouvait s’imposer sans heurts, surtout dans l’actuelle région de Thiès englobant une bonne partie du Cayor où 33 « Damels » (rois), dont le héros national Lat-Dior, sont tombés les armes à la main. En d’autres termes, l’appétit expansionniste du colon français a été difficilement satisfait du fait de l’insoumission virile des valeureux fils du pays dont les « ceddos » du Cayor.

Le vin de Faidherbe
C’est ainsi que le visiteur peut retrouver la réalité – tronquée dans bien des livres – de l’âpreté des batailles ayant opposé colonisateurs et populations locales, comme le dévoilent plusieurs tableaux. Le repère, c’est l’année 1850, une décennie avant le démarrage du projet de construction du Fort de Thiès (actuel musée régional) marqué par le début du règne du Damel Birima Ngoné qui refusa la main tendue du colonisateur avant de mourir en 1860 après avoir bu du vin empoisonné que lui aurait envoyé Faidherbe, alors gouverneur du Sénégal.
Voilà comment le conservateur Fadel Thiam a ressorti une des raisons du durcissement des positions de part et d’autre entre Français et Cayoriens. Dans l’esprit des Cayoriens germa la célèbre assertion « Gan du tabax » (un étranger ne construit pas) sur la terre d’autrui au moment où l’administration coloniale au cours de la bataille de Daty (bien reconstituée) en 1861 utilisait, pour la première fois, le canon. Déjà, Damel Madiodio Déguène Codou avait été intronisé à Mboul, avant de revenir sur le trône une deuxième fois, après le passage de Lat-Dior qui s’était attaqué à l’armée coloniale à Ngol-Ngol et Loro.

Pages glorieuses
Des « tableaux qui parlent », le musée de Thiès en affiche pour rétablir l’histoire du Cayor où vécurent des hommes intraitables qui ont immortalisé des localités comme Dékheulé où Lat-Dior tomba en octobre 1886, mais également Tivaouane où mourut la même année le dernier Damel Samba Laobé Fall, l’homme qui coupa la jambe du commandant Chauvet, un officier français. Cette mort du dernier Damel dictait la loi qui ne reconnaissait plus l’existence du royaume du Cayor où, malgré tout, l’on continuait d’enregistrer des velléités offensives contre les lignes françaises au Sénégal. C’est d’ailleurs l’une d’elles qui aboutit à la mort du commandant Chautemps, de sa femme et de ses hommes de garde.

Ce raid est à l’actif de Diéry Dior Ndella (fils de l’avant-dernier Damel Samba Yaya Fall), accompagné de ses courtisans Kannar Fall et Sarithia Dièye. Ils ne pouvaient supporter la présence française en terre cayorienne. 1850-1886. Près de quarante années de lutte durant lesquelles le Cayor n’a pas baissé pavillon, malgré la supériorité de l’armement du colonisateur, véritable arsenal à côté des armes rudimentaires des Cayoriens infiltrés par les collaborateurs des Français. Donc, c’est avec émotion que l’on se recueille devant les fusils et sabres des Damels et guerriers du Cayor conservés au musée de Thiès.

Faire un tour ici est absolument utile. Car on vous y montre des références, des repères et des symboles, tout en vous racontant la vie d’éminents hommes de vertu et de foi dont l’exaltation du souvenir vous gonfle le cœur, galvanise votre énergie, arme votre consciences et appelle à toujours mobiliser vos forces pour l’édification générale du progrès.

Le pavillon du rail : Dans le wagon des souvenirs

Le fort de Thiès, construit entre 1860 et 1876, est aujourd’hui ce musée régional sis au quartier 10ème, en référence au 10ème régiment d’infanterie d’Afrique et d’Outre-mer (10e Riaom) qui a réuni des militaires français et africains, ainsi que d’autres venus de la Guadeloupe et de la Martinique. 10ème Riaom fut un complexe militaire important de l‘administration coloniale.

Selon le conservateur du musée régional Fadel Thiam, le fort fut un point stratégique pour les militaires français qui pouvaient faire face à tous les dangers d’où qu’ils venaient. Seulement, il abandonnera sa fonction première pour connaître moult vicissitudes. Il servit d’intendance militaire, de centre social et même d’école. « C’est précisément en 1975 que le fort a été transformé en musée. Il a été inauguré par le premier président Léopold Sédar Senghor », rappelle Fadel Thiam.

Le rail au fil des âges
Pavillon wagonLe bâtiment a été réhabilité en 1995 grâce au concours technique et financier de la communauté française de Belgique. Le musée offre à ses visiteurs une salle réservée tant à la préhistoire qu’aux activités humaines. La structure a développé en 1995 ses collections et un programme d’activités extramuros, un atelier de sous-verres et, surtout, le fameux pavillon du rail, un véritable chef-d’œuvre réalisé grâce au sens de l’imagination et de la créativité du conservateur qui a pu, au cours des ses déplacements au niveau de certains qui ont fortement marqué le chemin de fer, récupérer des objets qui symbolisent le train, la société des chemins de fer du Sénégal.

Le pavillon du rail est installé à l’aile droite du musée régional. On y retrace une partie importante de la vie économique, politique et syndicale de l’Afrique occidentale française,  du Sénégal et surtout de la ville de Thiès  qui s’identifie au rail. A travers des outillages, le visiteur est promené sur la marche du chemin de fer au fil des âges. Par ces vestiges, on perçoit l’évolution technique du chemin de fer. A côté de la lanterne à mèche qu’on plaçait au bout du dernier wagon et qui aidait les conducteurs à s’assurer en circulant la nuit qu’aucun wagon n’est laissé en rade, il y a la lanterne à pile qui l’a détrônée. 

Le bâton à pilote, portant de grosses clefs, constituait le système de régulation de rentrée et de sortie des trains des gares. Par ce système de sécurité, tout conducteur, arrivé à un point où il devait changer de ligne, rendait sa clef pour en recevoir une autre lui permettant de poursuivre sa marche. Outre ces objets, on découvre une sacoche métallique pour téléphone, un téléphone omnibus utilisé à l’époque dans les gares, un billeteur  manuel, une batte à bourrier qui est un outil pour soulever les rails, des boyaux en fer destinés au système de freinage des trains, etc.

La voie ferrée transsaharienne
De 1881 à 1934, la régie des chemins de fer de l’Afrique occidentale française a pu voir le jour. Mais, le premier train arrivé à la gare de Bamako a eu lieu le 13 mai 1904 tandis que la jonction Thiès-Niger et Kayes-Niger date du 15 août 1923. L’année suivante, la fusion des deux lignes fut effective. En 1934, la direction générale, les services régionaux et les ateliers furent installés à Thiès qui, depuis lors, a servi de point de bifurcation des lignes Dakar-Bamako et Dakar-Saint-Louis. A partir de ce moment, la question de la formation du réseau et de son articulation était bouclée. Pour revenir sur le contexte historique de la construction des chemins de fer, c’est le gouverneur Faidherbe qui, en 1854, s’est attaché à réaliser le programme défini par le ministère de la Marine et des Colonies. Mais, c’est le gouverneur Brière de l’Isle qui, en 1876, a accéléré la construction du chemin fer. Il s’agissait pour les autorités coloniales de créer une liaison entre deux territoires séparés par des bassins fluviaux du Sénégal et du Niger aboutissant à Tombouctou qui devait constituer le terminus de la voie ferrée  transsaharienne. Pour matérialiser cette vision, le Parlement français vota une décision de construction au Sénégal et au Soudan de trois lignes ferroviaires Dakar-Saint-Louis, Thiès-Médina (Kayes), Kayes-Niger. Dès février 1881, la première tranche du financement est votée par le Parlement. Devant l’impossibilité de fournir la main-d’œuvre, le commandant Galléni use du travail forcé et de l’importation d’ouvriers marocains et chinois pour faire avancer péniblement les travaux. Ainsi, le plus grand réseau ferroviaire de 1289 kilomètres fut construit et confirmé par l’administration coloniale par décret puis inauguré le 1er janvier 1924.

Le travail forcé
Dans la même année, les chemins de fer Thiès-Kayes et Kayes Niger fusionne pour donner le Thiès-Niger qui, plus tard en 1934 avec le rajout du Dakar-Saint-Louis, a donné le Dakar-Niger. Le chemin de fer, c’est aussi les organisations sociales. Sur ce volet, le mouvement syndical, aiguillonnant plus tard la marche vers les indépendances, constitue un pan riche de l’ère du chemin de fer. Sur ce champ, au-delà des leaders comme Ibrahima Sarr, Aynina Fall, Karim Sow, Ousmane Ngom, Cheikh Ndiaye « Teus-Teus » et Djiby Sène, les femmes ont joué un rôle déterminant dans la fameuse grève de 1947-1948, contrairement à celle de 1938. Dans cette épreuve, les femmes, aux côtés de leurs époux, ont tenu bon jusqu’à la victoire finale marquée par une amélioration des conditions de vie des cheminots africains. Selon Fadel Thiam, le conservateur du musée de Thiès, un projet imminent de réhabilitation des lieux est en cours et va certainement permettre d’évoluer vers un musée du rail.

Cheikh Aliou AMATH & Mbaye BA (textes)
Ndèye Seyni SAMB (photos)

Last modified on mardi, 27 septembre 2016 13:10

Projection dans le futur

27 Sep 2016
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La divination est la chose du monde la mieux partagée », écrivait Jean-Pierre Vernant, un historien de la Grèce antique. Depuis la nuit des temps, le souci de connaître, ici et ailleurs, l’avenir est une volonté de l’homme, liée à sa condition de mortel et à son désir d’être maître de son destin et de trouver un sens à sa présence sur terre. Dans leur diversité et leur complexité, les processus et les outils de divination utilisés chez nous rendent compte de cette réalité : astrologie, charlatanisme, géomancie, cartomancie, chiromancie, cauris, etc.

Les devins sénégalais, qui tiennent une place essentielle dans notre culture, sont très courus par des hommes et femmes de toutes conditions qui veulent toujours en savoir sur ce que l’avenir leur réserve. Nuitamment, ils se rendent chez un « borom xam-xam » (faiseur de miracle) pour qu’un rêve devienne une réalité, confient leurs soucis existentiels à un « kang fooré » pour avoir une place au soleil, consultent un « saltigué » pour être dans les bonnes grâces d’un généreux donateur, etc. D’ailleurs, la voyance se fait même sur les ondes de certaines radios et télévisions privées où des mages répondent en direct aux abonnés à ces services divinatoires et leur indiquent les offrandes et autres sacrifices à faire pour se sortir d’une situation difficile ou pour obtenir une notoriété perdue.

En tout cas, le recours aux procédés divinatoires est une réalité présente dans la culture sénégalaise et porteuse d’une fonction sociale qu’il ne faut pas négliger. Car la divination ne se résume pas à prédire l’avenir. Elle ancre l’individu dans le monde en donnant du sens à son existence et aux événements de la vie. La volonté de se projeter dans le futur est importante car comme disait Confucius : « Qui ne se préoccupe pas de l’avenir lointain, se condamne aux soucis immédiats ».

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on mardi, 27 septembre 2016 13:09

Situé au cœur de la ville de Thiès, Randoulène Nord se trouve à l’emplacement d’un ancien village sérère dénommé Diankhène. Le quartier cosmopolite d’alors devient le centre administratif de la cité du rail.

A l’entrée de la « cité du rail », Randoulène souhaite la bienvenue aux visiteurs. Quelques slaloms à travers les voitures sur la grande avenue du camp avant de dévier à droite pour entrer dans le quartier aux origines de Thiès. La vie tourne au ralenti dans les larges rues en cette matinée dominicale. Plusieurs riverains prennent un brin de fraîcheur sous l’ombrage des arbres plantés devant leurs concessions. Dans toute la ville, le caïlcédrat ou « Khaya senegalensis » est à l’honneur. D’un côté des anciens devisent tranquillement. De l’autre, un groupe de jeunes joue au scrabble.

Randoulène est une ancienne habitation des Sérères nones, les premiers occupants de Thiès. « La zone comprise entre la mairie, la place de France et l’actuel quartier Randoulène constituaient le village de Diakhène », explique Makhfou Faye, fils du délégué de quartier de Randoulène Nord Amadou Ndiaye Faye. Par ailleurs, ce professeur d’histoire et de géographie, intéressé par le passé de son quartier, a recueilli beaucoup de témoignages des anciens. Le premier délégué de quartier s’appelait Malick Kaïré Diaw. Le village de Diankhène a été fondé au 17ème siècle dans royaume du Cayor. Son ancien marché Moussanté Darkassé, disparu avec la restructuration, a donné son nom à l’actuel marché Moussanté (le terme wolof signifie jouer au plus intelligent au cours du marchandage). Randoulène a été divisé pour avoir deux entités plus petites dont la gestion serait plus facile. L’avenue du Baol constitue la ligne de démarcation entre Randoulène Nord et Randoulène Sud. Ses quartiers limitrophes sont Randoulène sud, Carrière et Escale. L’ancien premier ministre Idrissa Seck est natif du quartier. « Un Thiessois n’est à l’aise que chez lui », explique M. Faye. Hormis la majorité de musulmans, le quartier accueille quelques chrétiens d’origine manjack. Au sein du quartier se trouve le compartiment « route de Mbour » et celui des « Ndiobène ». Ce dernier est le fief de la caste des « rabb » composée de tisserands. Au fur du temps, le quartier devient une zone de brassage ethnique avec la présence de la gare ferroviaire. La ligne de chemin de fer Dakar-Saint-Louis est inaugurée en 1885.

Alors l’ancien village sérère accueille alors des Wolofs, des Bambaras, des Toucouleurs, entre autres. C’est au moment du lotissement de 1956 que l’administration coloniale a demandé aux populations de « se pousser un peu ». D’où le nom wolof de Randoulène. Cette décision fait suite à la conférence de Brazzaville qui a décidé de l’amélioration des conditions de vie par l’érection de communes mixtes dont Thiès. Randoulène Nord pourrait être considéré comme le cœur administratif de la ville de Thiès. En plus d’écoles, il abrite le Tribunal régional de Thiès, une caserne de sapeurs-pompiers et le premier poste de santé de Thiès. Le quartier accueille aussi la Direction de la scolarité centrale de l’université de Thiès.

Ibrahima NDIAYE (stagiaire)

Last modified on mardi, 27 septembre 2016 13:09

Le retrait, mais pas la retraite. De la politique à la médecine, l’ancien porte-parole du gouvernement est revenu à ses premières occupations. Le médecin-biologiste de la reproduction consulte la vie politique sénégalaise. Il prescrit des comprimés de travail et un sirop de tolérance pour un dialogue fécond entre le pouvoir et l’opposition.

« Une autre façon d’être utile à son pays », c’est en ces termes teintés de patriotisme que Bacar Dia explique son retrait de la scène politique depuis quelques années. Le médecin-biologiste de la reproduction a perdu de l’embonpoint. Troisième dan de kung-fu, il a repris le chemin du tatami. Pas de barbe sous le double menton, mais quelques mèches de moustache tombent sur les côtés de la bouche. Tenue officielle pour ce jour de consultation au cabinet. La chemise blanche à rayure est accompagnée d’une cravate. L’ancien ministre de la Communication a repris sa blouse blanche. Un métier hérité de ses parents infirmiers. « J’ai suivi la voie tracée par mon père », explique-t-il dans son discours « ndeyssan » – interjection témoignant de la compassion.

Derrière son bureau au décor sobre, très vite la discussion tourne autour de la politique. Dans son « recul conscient », le docteur Dia prescrit une nouvelle conception de la politique sénégalaise. Pour lui, il est impossible de continuer dans ce cercle vicieux pouvoir-opposition. « Ce n’est pas parce que vous avez perdu vos fonctions ministérielles que votre place naturelle est dans l’opposition », précise l’ancien porte-parole du gouvernement. Fonction qu’il considère d’ailleurs comme la plus ingrate de toutes car il fallait gérer des situations délicates. Il quitte le gouvernement en 2009.

En rejoignant la « porte de sortie » – le ministère des Sports – du gouvernement, cet originaire de Sagné-Lobali se savait déjà sur la sellette. C’est alors la fin pour celui qui entrait sept ans plutôt au gouvernement à l’âge de 34 ans. C’est de la Sénégalaise des eaux (Sde) qu’Abdoulaye Wade le nomme ministre chargé des relations avec les institutions. Un bref séjour avant d’atterrir au ministère de la Communication. Bacar Dia aime se définir comme l’homme des compromis. C’est ainsi qu’il plaide pour des retrouvailles « dans le sens du partage d’idées » entre Macky Sall et Abdoulaye Wade.

C’est même avec plaisir qu’il se rappelle du sobriquet « Bacar Wade Dia » que la presse lui avait attribué à l’époque. Il ne tarit pas d’éloges pour son ancien mentor : un « grand homme », un « gentleman ». Le docteur est en train de finaliser un ouvrage pour relater son expérience auprès du président Wade. A côté de ses charges médicales, le militant du Front populaire écologique (Fpe) a investi le domaine de l’environnement. En 2014, il soutient une thèse de droit public à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. « Après ma sortie du gouvernement, j’ai tout laissé pour suivre des études de droit ». D’abord il obtient un master en droit international et comparé de l’environnement avant d’entamer le doctorat.

Une manière de prouver que « les politiques sont aussi de grands intellectuels ». Pour l’heure sa grande bataille est la valorisation du désert qui est « notre plus grande richesse ». Entre la médecine, le droit, le sport et les moments passés avec les amis, le médecin-biologiste de la reproduction profite de sa nouvelle liberté après sa sortie de « la prison à ciel ouvert » du pouvoir.

Ibrahima NDIAYE (stagiaire)

Last modified on mardi, 27 septembre 2016 13:08

Du crayon au micro, en passant par les planches, Abdoulaye Ndiaye « Thiossane » n’en demeure pas moins un artiste complet. À 80 ans bien sonnés, cet artiste polyvalent s’est tout naturellement imposé dans le paysage culturel. Sa carrière musicale reste des plus prolifiques. Des indépendances à aujourd’hui, ses chansons continuent de résonner. Et ses titres, « Aminata Ndiaye », « Modaane » et « Tal lène lamp yi », sont restés, à ce jour, très fameux.

D’aucuns croient qu’Abdoulaye Ndiaye Thiossane est musicien, d’autres peintre et certains dramaturge. Mais le natif de Sam est un touche-à-tout. Il est polyvalent. Il excelle aussi bien dans la peinture, que dans la musique et le théâtre. Né le 3 février 1936 dans le village de Sam, dans le département de Tivaouane, Abdoulaye Ndiaye est, aujourd’hui, une figure de proue de la musique sénégalaise. Il a bien marqué son époque et continue de marquer le temps présent. Sa complicité poussée avec le pinceau s’est traduite par une profusion d’œuvres. « Des milliers de tableaux », nous assure l’artiste.

La conquête de cet art a hissé Abdoulaye Ndiaye à l’apogée de sa carrière, avec des tableaux qui ont fait le tour du monde. Ablaye Ndiaye a également suivi des cours d’art dramatique et a eu à jouer quelques pièces. Mais c’est dans la musique qu’il s’est le plus illustré. Avec Abdoulaye Ndiaye Thiossane, la musique ne vieillit pas et ne meurt pas non plus. Ses chansons ont forgé le goût de plusieurs générations de mélomanes, même si la gloire a tardé à lui ouvrir ses bras. Ses premiers pas dans la musique remontent à 1953. « J’ai été inspiré par la musique du film O Cangaceiro, primé meilleur film d’aventures au Festival de Cannes en 1953 », raconte-t-il avec un brin de nostalgie.

Autodidacte, Abdoulaye Ndiaye Thiossane s’inscrit, en 1962, à l’École nationale des arts pour se perfectionner en dessin et devenir artiste plasticien. « J’étais un élève très terrible, mais travailleur. C’est ce qui m’a valu d’avoir remporté le deuxième Prix de décoration en Recherche arts plastiques et le Prix d’interprétation en Art dramatique, section art dramatique », explique-t-il. « J’étais aussi un grand mélomane et j’aimais beaucoup la musique. J’avais une guitare que je trainais partout. À l’école, j’ai côtoyé un guitariste talentueux, Chérif Mané, qui est devenu finalement professeur de dessin. Et en 1964, quand l’école a été transférée au Camp Lat Dior, j’ai créé l’orchestre Thiossane club », narre-t-il.

Un choix qu’il ne regrette pas. Deux ans plus tard, il a rendez-vous avec l’histoire. « Comme le Sénégal était indépendant, le président Senghor aimait beaucoup l’initiative locale, qu’il encourageait d’ailleurs. Il estimait beaucoup les chanteurs locaux, les valorisait, parce qu’ils démontraient que le Sénégal avait une culture riche », raconte l’artiste. « J’interprétais des chansons tirées des contes traditionnels et Senghor les écoutait. Le directeur de Radio Sénégal d’alors, Ibrahima Mbengue, diffusait mes chansons. C’est comme ça que j’ai été révélé au grand public. Tout le monde appréciait mes chansons. Cela m’a amené à interpréter, en 1966, l’hymne du premier Festival mondial des arts nègres. J’ai interprété « Tal lène lamp yi » (allumez les lumières), un titre que chantaient les Saint-Louisiens lors des fanals. Le Sénégal venait d’être indépendant, il fallait mettre les lumières pour voir où mettre les pieds », explique-t-il. Après le Fesman, indique-t-il, Senghor l’a choisi pour devenir peintre cartonnier aux Manufactures. Alors que tout le monde s’attendait à voir Abdoulaye Ndiaye rester dans son élément, il met son activité entre parenthèses en 1979 pour s’orienter vers autre chose qu’il maitrisait parfaitement bien. « Je suis allé rejoindre l’orchestre de l’Institut national des arts du Sénégal (Inas). J’étais là-bas avec Mor Dior Seck et Ousmane Touré ». Avec ses acolytes, ils feront des prestations sur l’ensemble du territoire national. « Au bout de quelques années, j’ai quitté l’Inas pour me consacrer à la peinture dans mon atelier », indique-t-il. Un retour à la peinture qui sera interrompue en 1982.

« Le président Abdou Diouf voulait créer un orchestre national et on m’a rappelé. On m’a pris comme pensionnaire. J’ai passé sept ans là-bas avant de démissionner et de retourner encore à la peinture », fait-t-il savoir. La vie d’Abdoulaye Ndiaye Thiossane est faite d’aller-retour entre la musique et la peinture. Une série de valses qui se justifie, selon lui, par la quête de gains pour survivre. « C’est très rare de rencontrer un artiste qui vit pleinement de son art. Quand on peint un tableau, quelle que soit la beauté de la planche, il peut rester dix ans, voire plus, sans trouver un acheteur. Donc, on ne peut pas vivre de ça. C’est ce qui justifiait mes allers-retours. En musique, au moins, les Sénégalais apprécient les belles voix. Il suffit d’aller dans les baptêmes et autres cérémonies pour se faire un peu d’argent ».

Abdoulaye Ndiaye Thiossane estime qu’aujourd’hui les acteurs culturels ne bénéficient d’aucun soutien conséquent de la part des autorités. « Au temps de Senghor, l’artiste était mieux considéré parce qu’il attachait une importance toute particulière à la culture. Régulièrement, il accordait des subventions allant de 500.000 à un (1) million de FCfa aux artistes. À deux reprises, j’ai eu à bénéficier d’une subvention de la part du président Senghor », relève-t-il. À force d’aimer la musique, Abdoulaye Ndiaye est allé jusqu’au bout de sa passion. Une pugnacité et une persévérance payante qui lui ont valu la production de son premier album intitulé « Thiossane », sorti en 2011. Il était âgé de 75 ans. Une consécration très tardive, mais qui soulage bien l’artiste qui a toujours cru en son étoile. À 80 ans, Abdoulaye Ndiaye Thiossane reste une icône vivante. Il chante et chante. Son âge ne constitue pas un handicap. Et il ne songe pas encore à raccrocher.

Par Samba Oumar Fall

Last modified on lundi, 26 septembre 2016 14:00

Le contact au bout du clic !

23 Sep 2016
1608 times

Ah, ces fantastiques réseaux sociaux qui occupent nos journées. On a beau se plaindre de perdre notre temps, les yeux rivés sur notre écran comme si à chaque seconde un événement de la plus haute importance allait se produire, on y retourne chaque jour, irrémédiablement, comme si c'était la première fois. Dans un monde de plus en plus individualiste, Twitter, Facebook, YouTube, LinkedIn ou les blogs, pour ne nommer que ceux-là, permettent de rapprocher les gens. Les réseaux sociaux sont rapidement devenus un outil de promotion pour les entreprises commerciales et les fournisseurs de service. Les professionnels y trouvent leur compte... Mais, certains utilisateurs se dévoilent tellement qu'ils se retrouvent presque exhibés sur la Toile. En y pensant bien, avons-nous vraiment besoin de 500 ou 5.000 amis virtuels ? Car l'amitié, c'est bien plus qu'un visage sur un ordinateur.

Les réseaux sociaux sont aussi des vecteurs de changement, de mobilisation. C'est en communiquant via ces derniers que les acteurs du printemps arabe ont renversé trois gouvernements en 2011 (Tunisie, Égypte, Libye). C’est en communiquant à travers ces réseaux sociaux que Erdogan a récemment sauvé son pouvoir, au bord du chaos, alors victime d’une tentative de coup de force. C'est également via les réseaux sociaux que les entreprises de presse et les organes de communication informent «à chaud» des derniers développements de l'actualité. Outils de rapprochement, ces mêmes réseaux sociaux permettent de retrouver des relations perdues, d'anciens partenaires amoureux, des copains de classe jadis appréciés, voire des parents éloignés. Ils demeurent des outils efficaces pour obtenir des nouvelles des proches situés à des centaines voire milliers de kilomètres. Certains y ont même appris des naissances et des décès survenus dans leur propre famille. Outils de partage, les réseaux sociaux permettent, entre autres, la diffusion d'images qui peuvent changer le monde ou entraîner des interventions dans certains points du globe. Les petites vidéos des représailles face à des manifestants sont de beaux exemples de leur efficacité. Ces mêmes réseaux sociaux contribuent également, pour plusieurs, à renforcer leur ego. Ils y étalent leurs bons coups, leurs succès, y minimisent leurs échecs. Bref, les adeptes peuvent s'y montrer sous un jour avantageux, voire narcissique, en plus de bonifier le sentiment d'appartenance à un groupe défini. Les jeunes d’aujourd’hui ont grandi avec internet au bout du doigt. Utiliser les médias sociaux représente en effet l’une des activités les plus courantes chez les jeunes. Mais cela aura-il un impact sur les adultes de demain? Sauront-ils être aussi sociables que les générations précédentes ?

Par Oumar BA

Last modified on vendredi, 23 septembre 2016 13:26

Kaay Findiw est ce qu’on pourrait appeler un vestige de la civilisation léboue dans la presqu’île du Cap-Vert. Comme un nid d’aigle au milieu des immeubles du Plateau, vitrine de la modernité de la capitale, le village garde son aspect traditionnel. L’un des 12 « Peñc » de Ndakaru, plus d’un siècle après, conserve son côté original.

A partir de l’avenue Faidherbe, limite sud du quartier, on bifurque sur la rue du Liban. Une bonne centaine de mètres avant d’atteindre l’entrée. Le quartier traditionnel, aujourd’hui centenaire, s’ouvre par une ruelle d’à peine un mètre de largeur. Les habitations sont petites. Les murs en dur remplacent les baraquements de jadis. Leurs couleurs (blanc, beige) rajoutent du charme au pittoresque village lébou. Au fil des ruelles dallées, des scènes de les tous les jours. Par ici, une dame lave le linge, par-là, une autre s’affaire à la cuisine. On risque de se perdre dans ce labyrinthe. Certaines ruelles se terminent en cul-de-sac.

Assy est une native du quartier. Tatouages de henné sur les mains et coiffure protégée sous son foulard, elle est toujours en mode Tabaski. « Le quartier est désert en ce moment. La plupart des locataires ont passé la fête dans leurs villages d’origine », informe la jeune fille. Kaay Findiw accueillait essentiellement des Lébous, mais au fur du temps, sa population s’est diversifiée.
A l’origine, Kaay Findiw fait partie des 12 « Peñc » lébous de la presqu’île du Cap-Vert. Son histoire est notamment marquée par deux dates. D’abord, en 1905, le village, alors installé vers l’emplacement du palais présidentiel (du building administratif à la cathédrale), est délocalisé vers son emplacement actuel. Plus tard, en 1914, au début de la Seconde guerre mondiale, le village, créé par les Diène, échappe à une nouvelle délocalisation. La cause, une épidémie de peste. Cet épisode de l’histoire suscita alors un lever de boucliers au « Peñc » de Kaay Findiw. Ainsi, plus de 5.000 personnes armées, avec à leur tête, entre autres, le Ndeyi Jàmbur Youssou Bamar Guèye, se sont dressées face aux bruleurs de cases ainsi que leurs mandants. Suite à ces événements, ils ne sont plus que six « Peñc » à loger dans le Plateau. Les six autres sont transférés à la Médina, créée la même année.

L’entrée est du quartier fait face à la Direction de l'intendance des armées sur l’avenue Lamine Guèye. A droite de cette porte se trouve une mosquée. Sur les bancs, à l’abri d’un grand arbre, des jeunes discutent en cette matinée. Quelques pas plus loin, on tombe sur les toilettes publiques. Les petites maisons n’ont pas de toilettes. C’est là aussi où se trouve le robinet public du quartier. Un menuisier dépièce des palettes de bois sous l’œil intrigué de bambins. Certains se saisissent de quelques bouts de bois. Les petits « apprentis » sont plus concentrés sur leur jeu qu’autre chose. Devant son atelier, un réparateur de télé s’applique sur un circuit électronique. Kaay Findiw est un atelier à ciel ouvert.

Par Ibrahima NDIAYE (stagiaire)

Last modified on vendredi, 23 septembre 2016 13:25

Laye Diarra Diop est l’un des couturiers les plus célèbres de son époque. Il a marqué son temps à travers des créations qui sortent de l’ordinaire.

Formé sur le tas, celui qui est plus tard devenu un maître couturier dit avoir très tôt quitté les bancs de l’école. « J’ai fais des études pas du tout poussées. Juste après avoir terminé mon cycle primaire, j’ai abandonné l’école. Mes parents n’avaient pas suffisamment de revenus pour me mettre dans une école privée. C’est sur ma demande que j’ai été inscrit dans un atelier de tailleur », fait-il savoir. Là, il s’initie au métier de couturier, apprend à couper et à découper, sous l’œil vigilant de son encadreur. Il est à peine âgé de 25 ans lorsque Abdoulaye Diop dit Laye Diarra commence à observer la clientèle se développait. Elle est de plus en plus pressée et toujours plus avide de luxe. Il comprend qu’il convient de présenter non plus des modèles uniques, mais des collections dont il reproduira les modèles pour ses clientes, en les individualisant. Il comprend surtout que c’est à lui d’imposer son art à la cliente, inversant ainsi définitivement l’ordre des choses.

Il a envie de bâtir en dur, il consolide les fondations abimées, conçoit un business plan, prend des risques et devient chef de sa propre entreprise. Laye Diarra venait nouvellement d’ouvrir son atelier lorsqu’il engage une secrétaire. «Cela avait fait tic dans l’esprit des gens. Ils me reprochaient, moi simple tailleur, d’engager une secrétaire. Je voulais coûte que coûte apporter une touche nouvelle faite d’innovation. Aujourd’hui, je n’ai aucun regret d’avoir très tôt compris la nécessité de me professionnaliser», laisse t-il entendre. L’isolement n’est que temporaire, vite il redonne aux femmes des envies de féminité. Mais surtout il fait de nouveau converger les acheteurs. Dans son sillage, les maisons de couture vont connaître pendant des années une période faste. Il ne tarde pas à voir affluer une clientèle qu’il accueille à bras ouverts : il présente ses modèles sur des mannequins vivants, dans le reflet des miroirs. Il se comporte en artiste capricieux, griffant ses robes comme un peintre signe ses toiles. Attirant la clientèle cosmopolite, il ne tarde pas à habiller toutes les têtes couronnées du Sénégal.

Détermination et application
La couture était plutôt l’affaire des ratés. Je n’avais pas les moyens de payer des études privées. J’ai donc fait ma formation sur le tas. J’ai suivi des séminaires et effectué des formations ça et là. Je suis par la suite parti en Europe pour suivre une formation, dit-il. Laye explique également qu’à une certaine époque, à ses débuts notamment, les étudiants de l’Ucad passaient leurs commandes chez lui ; ils sont plus tard devenus des décideurs. Certains mêmes des présidents de Républiques, des ministres, des directeurs généraux, des ambassadeurs et autres. Et ceux-là ont pour la plupart maintenu le lien. «Ce que je fais, je le fais avec rigueur et sérieux. Je suis également persuadé que la bouche à oreille demeure la meilleure publicité. C’est parce que je produis de la qualité que les autres sont tentés de venir vers moi. C’est comme cela que ma clientèle s’est petit à petit élargie », fait t-il savoir.

La floraison de stylistes au Sénégal le laisse dubitatif. Il y’en a de très bons et de moins bons, fait-il savoir. Globalement, il dit que cela est positif. La vision d’un vêtement varie. L’œil du spécialiste diffère toujours par rapport à celui du profane, seuls les mieux formés feront carrière, concède-t-il. Loin du tourbillon de la création, il s’assigne une nouvelle mission. Présenter des collections qui permettront au public de saisir toute la richesse artistique et historique d'une œuvre de mode, mais aussi accueillir les couturiers eux-mêmes qui utiliseront leurs fonds comme une immense bibliothèque, un vivier de références et d'inspiration pour nourrir leur propre création. Le point sur ces nouveaux défis qui sont autant de façons de faire rayonner la mode. «Nous sommes, désormais face à un public connaisseur, ultra-informé, au fait de toutes les tendances, de toutes les collections. La mode n'est plus diffusée dans le cercle très restreint de quelques privilégiés qui ont la chance d’assister aux défilés. Tout le monde les voit, les images circulent. Il est impératif de répondre, aujourd'hui, à ce goût pour la créativité », note Laye Diarra Diop. Les grands couturiers peuvent jouer un rôle essentiel. Une jeune marque n'a pas de grande visibilité et seuls les grands peuvent l'aider à se faire connaître. Ils ont d'ailleurs tout à y gagner, car ils peaufineront ainsi leur identité et cultiveront leur différence. «Ceci est d'autant plus vrai que les investisseurs sont timorés. Ils préfèrent miser sur le patrimoine d'une ancienne maison, même endormie, plutôt que de donner sa chance à un jeune créateur. Or, pour garder son rang, la mode se doit d'être audacieuse et, plus que jamais, revendiquer sa créativité », laisse-t-il entendre avec un brin de sourire.

Par Oumar BA

Last modified on vendredi, 23 septembre 2016 13:25

Saré Yoba n’a pas perdu sa vocation historique. L’ancien comptoir de commerce abrite l’un des marchés à bétail les plus importants de la sous-région. Au cœur de cette localité, non loin de la radio communautaire, le marché hebdomadaire de diverses marchandises pèse également sur les transactions à l’échelle régionale. Ce qui fait que les jeudis de Saré Yoba sont très animés et rappellent l’époque coloniale, quand, sur les rives du fleuve Casamance, les transactions commerciales rythmaient les activités de la contrée du Diéga.

À quelques encablures de la route nationale, le fleuve Casamance qui fut jadis l’un des points stratégiques de l’activité commerciale coule tranquillement. Sur le rivage, un piroguier s’apprête à prendre le large alors que le soleil s’incline vers le couchant. Les berges envahies par les herbes sont plongées dans un calme relativement plat. Aucune activité n’est notée. Les populations semblent avoir déserté ce secteur, témoin du riche passé de cette bourgade. Ici, c’est Saré Yoba, la capitale du Diéga. À l’époque coloniale, cette localité était au centre d’une vaste zone d’échanges, quand les compagnies Peyrissac, Maurel et Prom, Cfao qui avaient le monopole du commerce étaient très fréquentes sur cette voie. L’effervescence gagnait la localité chaque fois que les chalands des Européens, en partance ou en provenance de Ziguinchor, accostaient pour des trocs.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis les indépendances. Le site qui a longtemps été le cœur commercial de cette partie de la province du Diéga a sombré dans la déchéance. Aujourd’hui, Saré Yoba revit, mais les activités commerciales ont été transférées le long de la route nationale. « Les premières habitations de Saré Yoba étaient partie d’ici. Maintenant, les populations ont préféré habiliter le long de la route nationale », nous renseigne notre guide.

Juste après les rizières, la première mosquée en banco abrite dans sa partie nord les tombeaux des premiers imams. Tout autour, les maisons sont réparties de façon ingrate, sans suivre un alignement. Leur cour arrière sert de potager ou d’enclos pour les petits ruminants.

À l’entrée comme à la sortie, de nouvelles maisons repoussent d’année en année, les limites de Saré Yoba confirmant ainsi les augures d’une grande agglomération qui transparaissent à travers les bruits que le fondateur avait entendus lors de ses premiers passages dans le site. « Yoba Sira Kandé était un chasseur. Il entendait tantôt un bruit qui rassemblait celui d’animaux, tantôt à celui des personnes. Il savait que ce village allait devenir un grand carrefour », rapporte Thiédo Baldé, directeur de la Radio communautaire « Jam FM » pour le développement.

Sa prédiction se confirme. Le village était devenu une plaque tournante des échanges entre les colons et les populations locales. « Il y avait un échange entre les Blancs et les populations. Ces dernières vendaient de l’igname, de l’arachide et du lait aux blancs. Le commerce était très florissant », confie Moutarou Baldé un des descendants de la famille du fondateur.

Aujourd’hui, les habitants semblent perpétuer ces legs. Sur le flanc droit de la Radio communautaire Jam FM (la paix en langue pular), derrière un muret surmonté par une grille, des hangars couverts de taules ondulées sont disposés de façon parallèle.

C’est le « louma » (marché hebdomadaire) de Saré Yoba qui se tient tous les jeudis. C’est l’un des marchés les plus modernes de la zone. Un réseau de canalisation et une route couverte de gravier le ceinturent des trois côtés. À l’intérieur, les allées forment un plan en damier.

Tout au tour se déploie une flopée de cantines. Des restaurants, des dibiteries, des échoppes de friperies débordent le jour du « louma ». C’est une sorte de prolongement des activités commerciales durant la période coloniale sous une nouvelle forme. « Vous voyez, tout cet espace est envahi. Des personnes étalent leurs marchandises le long de la route. Le petit commerce, des boutiquiers et des vendeurs qui viennent d’autres localités en profitent. Le marché hebdomadaire fait vivre Saré Yoba », avance sans ambages Thiédo Baldé, le directeur de la radio communautaire. Saré Yoba, c’est aussi son marché à bétail. Mais la vente des marchandises et du bétail ne se fait pas sur le même lieu. De l’autre côté de la ville, après le cantonnement militaire, sur la route de Tanaff, se trouve le foirail. Il est circonscrit par 4 murs peints en jaune avec une porte métallique. Sur la façade latérale et à l’extrémité gauche, une rampe d’embarquement et de débarquement donne sur un couloir qui débouche sur l’aire. Au centre, des abreuvoirs sont construits près d’un point d’eau. Sur la partie nord, des hangars sont aménagés. Juste après l’entrée principale, deux petits locaux sont parallèles.

Des propriétaires et des acheteurs sont debout près du couloir. Ils observent les vaches et les taureaux sortir et se précipiter sur l’aire. Parfois, les bêtes s’affrontent, échangent des coups de sabot. Leurs cornes s’entrechoquent et les beuglements fusent de partout. Sans tarder, des propriétaires, les uns après les autres, se détachent du groupe pour rassembler leurs bêtes. « C’est à partir des années 74 que les activités commerciales ont réellement pris de l’élan », précise Moutarou Baldé, l’un des descendants de la famille du fondateur du village. La localité pèse sur le marché de vente de bétail. Ce n’est pas un marché national. Il est sous-régional comme l’indique la plaque des bailleurs. Sa construction a été financée par le Fonds africain de développement.

Tous les jeudis, ce sont plusieurs centaines d’éleveurs, de vendeurs de bétail et de commerçants, d’acheteurs qui se rencontrent à ce point névralgique de la cité du Diéga. Un comité de gestion est chargé de veiller à l’entretien de ce marché moderne construit en 2004 qui se veut un pôle économique. Cette structure appelée Kawral Fouladou Daral Saré Yoba est présidée par Tidiane Kandé. Ce dernier assure que la commercialisation du bétail joue un rôle très important dans l’économie de la localité. Chaque jeudi, assure-t-il, des offres de vente de plus de 300 à 500 têtes de bovins, d’ovins, de caprins sont enregistrées pour des flux financiers de plusieurs millions de FCfa.

La transaction licite
Le marché à bétail de Saré Yoba a une zone d’influence qui va au delà des limites de la commune. Il est ainsi approvisionné en bétail par des éleveurs venus de la Gambie, de la Guinée-Bissau, de Ziguinchor et d’autres localités du pays. Selon M. Kandé, un bon taureau s’achète à partir de 150.000 et les prix varient parfois et peuvent atteindre et même dépasser les 800.000 FCfa.

Un système de filtrage bien huilé est bien en place. Le transport du bétail, son introduction dans le marché obéissent à une réglementation. Chaque éleveur ou vendeur doit remplir un certain nombre de formalités avant d’accéder au marché. Le bétail volé n’a pas sa place au foirail. « Le propriétaire de bétail doit chercher un laissez-passer attesté par son chef de village. Ce laissez-passer est visé par tous les chefs de village où transite le bétail. Ce document est présenté pour introduire le bétail. Si le propriétaire vend ses bêtes, l’acheteur reçoit aussi des documents attestés », explique Thiédo Baldé.

chadandsCes procédures sécurisent les transactions. Tout compte fait, les acheteurs ont adopté la culture de l’achat du bétail dans un espace reconnu où ils peuvent obtenir des papiers qui les couvrent. « Pour éviter des surprises, et des problèmes, des personnes attendent ce marché pour venir acheter un mouton, une vache, un taureau, un cheval ou un âne. Il y a une traçabilité du bétail », assure un agent du marché. L’achat et la revente de bétail fleurissent. Ce n’est pas Malang Dianté, originaire du village de Talton, qui sillonne les marchés hebdomadaires, qui minimisera les bénéfices. Vêtu d’un grand boubou noir, une écharpe nouée au cou, le vieux mandingue a devancé le véhicule qui transporte ses deux vaches achetées au marché de Diaobé. Depuis plusieurs décennies, il a cessé de mettre tous ses œufs dans un même panier. « Nous ne pouvons pas nous contenter de l’agriculture qui dure tout au plus quatre mois. Je suis dans le commerce de bétail depuis près de deux décennies. À travers cette activité, je parviens à couvrir mes besoins et ceux de ma famille. En plus, être tout le temps en activité vous rajeunit », confie Malang Dianté.

Le marché à bétail de Saré Yoba est bien organisé. Selon Tidiane Kandé, pour chaque mouton ou chèvre vendu, une taxe de 200 francs est prélevée. Pour le bœuf, la taxe est de 500 francs contre 300 francs pour l’âne et le cheval. Selon Tidiane Kandé, 50% de ces prélèvements reviennent au comité de gestion, 30% à la mairie et 20% aux collecteurs. Selon Tidiane Kandé, il ne fait aucun doute que le bétail est et restera pendant longtemps au cœur de l’économie de Saré Yoba. « Tout le monde y trouve son compte. Chaque jeudi, les vendeurs, acheteurs, intermédiaires, la municipalité, les collecteurs, le comité de gestion, les transporteurs et les petits commerçants se frottent bien les mains », assure-t-il.

Saré Yoba a bien conservé son statut de plaque tournante des activités commerciales. Son marché a apporté une nouvelle dynamique à la localité et contribue quelque peu à l’équilibre du budget de la collectivité. « Tout le monde vient vendre ici. Les commerçants qui viennent à Diaobé les mercredis prolongent le plus souvent jusqu’à Saré Yoba. Si ici ça ne marche pas, le "louma" le ressent », indique-t-il.

Jam Fm : Une radio au service du développement local
« Jam FM pour le développement », c’est indiscutablement la voix du Diéga. Dans cette contrée, cette radio qui aura bientôt deux années d’existence joue un rôle éminemment important dans le développement local et l’épanouissement des populations.

Selon le directeur Thiédo Baldé, cette radio est née suite au projet « Casamance réagit » qui avait pour objectif de ramener la paix dans cette partie du pays décimée par trois décennies de conflits armés. Selon M. Baldé, les initiateurs ont pensé qu’il était beaucoup plus pertinent que les fils de la Casamance travaillent eux-mêmes pour le retour de la paix dans leur contrée.

« Nous avons rencontré les groupes sociaux puis nous sommes allés dans le maquis rencontrer les responsables. Nous avons discuté avec eux pour que la paix revienne dans la zone », indique-t-il. « Nous avons réussi à faire sortir de la forêt 45 personnes, dont 23 adolescents, 22 adultes et 15 femmes séquestrées contre leur gré. Les garçons avaient commencé à prendre goût à leur situation, mais les femmes avaient peur et n’osaient pas rentrer chez elles. Elles avaient préféré se livrer à ces gens pour rester en vie. Nous avons donc parlé à certains chefs pour qu’ils puissent libérer les malades et les jeunes qui avaient encore l’avenir devant eux », explique M. Baldé.

Selon lui, leur association a aidé 16 jeunes à trouver des pièces d’identification. « Parmi ces jeunes, neuf ont été enrôlés dans l’armée et les sept autres ont emprunté le chemin de l’émigration et ont traversé la Méditerranée. Certains sont en Lybie et d’autres en Italie. L’un d’entre eux nous a même envoyé un peu d’argent qui nous a servi à l’achat de matériel », assure-t-il.

À en croire M. Baldé, la radio Jam FM occupe une place importante dans le processus de sensibilisation des populations. Son programme est composé généralement d’émissions sur l’éducation, le social, la religion, la santé, le développement local. La sensibilisation sur la déclaration de naissance qui constitue une grosse difficulté dans la zone tient également une place de choix dans les programmes de cette radio écoutée jusqu’en Gambie, Guinée-Bissau, Adéane et Médina Gounass. Les langues de diffusion sont le pular, le mandingue et le français.

Par Samba Oumar FALL et Idrissa SANE (textes) et Assane SOW (photos)

Last modified on vendredi, 23 septembre 2016 15:29

Situé au sud-ouest de la commune de Tambacounda, le quartier Gourel Diadié qui se débat entre ruralité et urbanité est aujourd’hui rattaché à la commune. Ce quartier s’étend sur une superficie de 38 ha pour une population estimée à 2.598 habitants en 1998. Au regard de sa superficie et de sa population, le quartier Gourel Diadié est l’un des plus grands de la commune de Tambacounda, même si sa création est relativement récente.

Gourel Diadié signifie en pulaar le petit village de Diadié. Diadié étant le fondateur du village en 1951. En provenance de Diadala, près de l’arrondissement de Nettéboulou, la famille fondatrice s’est installée à 04 km de Tambacounda en vue de se rapprocher du centre urbain. Le village était séparé de la commune par le marigot Mamacounda qui était, à l’époque, un cours d’eau permanent. L’agriculture et l’élevage constituaient les principales activités économiques des populations. Comme son nom l’indique, le quartier est peuplé, en majorité, de Peulhs qui représentent un sous-groupe de l’ethnie pulaar. Outre le pulaar, on y dénombre une forte communauté Bassari et une communauté Kognagui. Les Bassari et les Kognagui ont rejoint les pulaar sur le site en 1967. La présence des autres groupes ethniques, notamment les Wolofs, est survenue avec le rattachement du village de Gourel Diadié à la commune de Tambacounda, en 1983, suivi de la réalisation de la première opération de lotissement. Le pouvoir y a toujours été exercé par la famille fondatrice, en l’occurrence la famille Sow.

Au regard de leur spécificité, les communautés bassari et kognagui disposent de leurs chefs traditionnels qui se trouvent être le représentant du délégué de quartier. Pulaar, Bassari et Kognagui ont toujours vécu en paix et n’ont jamais eu de conflits même s’il faut noter qu’il n’existe aucune relation de mariage entre ces groupes ethniques. L’environnement du quartier est encore marqué par le caractère rural en dépit de son rattachement à la commune de Tambacounda et de l’émergence de l’habitat urbain fait en dur. La faiblesse des infrastructures de base représente, sans nul doute, un indicateur qui renseigne sur la faible urbanisation du quartier. En effet, le quartier ne dispose que d’une école primaire, d’une garderie d’enfants, d’une mosquée, d’une chapelle et d’un collège. Malgré la présence de quelques villas, l’habitat est caractérisé par la présence de concession et de cases. Ce type d’habitat reflète la ruralité du site et le bas niveau de vie des populations.

La nature des logements prédominants dans le quartier demeure incontestablement le banco (82,5%). La construction en dur fait une timide apparition dans le quartier. L’habitat en dur est souvent utilisé par les couches sociales plus ou moins aisées telles que les travailleurs dans le secteur formel et les commerçants.

Le faible taux de branchement des concessions au réseau de la Senelec s’explique par la mauvaise desserte du quartier et par les faibles revenus des ménages qui n’ont pas les moyens d’assurer les frais d’installation et de faire face au paiement des factures. Ici, il n’existe ni égout, ni système d’évacuation des eaux usées et pluviales dans le quartier.

Les eaux usées sont déversées soit à l’intérieur des concessions soit dans la rue, ce qui engendre de réels problèmes d’hygiène et d’assainissement.

La population du quartier de Gourel Diadié est très jeune. Plus de 72% de la population sont âgés de moins de 35 ans tandis que moins de 2% de la population ont plus de 64 ans. Crées sur la base d’affinités et de proximité, les Groupements de promotion féminine (Gpf) sont assez dynamiques et se déploient particulièrement dans le domaine de l’épargne et du crédit revolving à travers les tontines qu’ils organisent. Ces groupements bénéficient de l’encadrement du service du développement communautaire et de l’appui du projet d’appui aux Gpf. L’éloignement des cases de foyer pose des problèmes d’accessibilité des femmes de ces groupements aux actions de formation telles que l’alphabétisation.

Certains Gpf disposent également du statut de Gie et appartiennent à la fois aux fédérations des Groupements et des Associations féminines. Les activités exercées par ces associations tournent autour de l’alphabétisation, de la préservation de l’environnement, de l’éducation et de la sensibilisation des populations sur les problèmes d’ordre sanitaire. L’apparente densité du mouvement associatif cache, toutefois, une profonde désorganisation des populations quant à la prise en charge des problèmes d’intérêts communs à l’échelle du quartier. Mis à part les Gpf, les autres organisations sont plus théoriques que réelles du fait de leur insuffisante structuration et fonctionnalité.

Par Pape Demba SIDIBE

Last modified on jeudi, 22 septembre 2016 15:58

Impossible d'avoir une conversation au restaurant ou au café sans être pollué par une bouillie de décibels sortie d'une sono trop forte. Au téléphone, dans l'ascenseur, dans le centre commercial..., la musique, le son ont envahi l'espace. Sans pour autant adoucir les mœurs ! Car, paradoxalement, le bruit pointe en tête des nuisances qui dérangent le plus. C'est une situation tristement banale : vous avez rendez-vous pour déjeuner avec un ami ou un collègue dans un restaurant tranquille. Sauf qu'un téléviseur, au-dessus du comptoir, diffuse de bruyants programmes entrecoupés de flashes publicitaires. Contraint de hausser la voix, vous entendez à peine votre interlocuteur. Pendant tout le repas, votre esprit est distrait par ce flot sonore. Et lorsque vous rentrez chez vous, épuisé, la radio du taxi vous impose encore, pendant tout le trajet, les débordements emphatiques d'un débat sur le football. Vous demanderiez bien au chauffeur de baisser le son, mais vous osez à peine, tant vous sentez que vous allez passer pour un emmerdeur. Le silence est suspect. Reconnu comme agressif et pathogène, l'environnement sonore n'est que très faiblement réglementé. Comment le serait-il d'ailleurs, lorsqu'il s'agit de ces petites nuisances répétées qui semblent indissociables de la vie moderne ? Comment partir en guerre contre ceux qui veulent seulement « faire la fête » au point que le voisin râleur passe pour un demi-fou ?

Pour compliquer un peu le débat, chacun entend surtout le bruit des autres comme une agression insupportable. Nous percevons moins bien celui que nous produisons nous-mêmes, avec notre voiture, notre sono, l'aspirateur sur le parquet ou notre valise à roulettes ; si bien qu'il est difficile de se faire une idée objective de cette « pollution ». La négligence des constructeurs est responsable, pour une part, de ces parasites qui brisent le sommeil et peuvent même nourrir la dépression. Car un bruit n'a pas besoin de dépasser les seuils autorisés pour devenir insupportable : il suffit qu'il se répète, de façon insinuante, dans un processus d’intrusion. A la longue, cela ressemble au supplice du robinet qui goutte. Un peu de silence, s'il vous plaît !

Par Oumar BA

Last modified on jeudi, 22 septembre 2016 15:57

La situation défavorable des enfants fait objet de plusieurs politiques. Qu’elles soient étatiques ou privées, elles arrivent à la bonne heure. Les Villages d’enfants Sos œuvrent pour le bien-être de l’enfant dans un environnement sain depuis 40 ans. Faisons une descente au Village Sos afin d’essayer de miroiter leur mode de vie.

Au premier contact, nous voyons une agglomération de foyers de quinze maisons familiales au total. Chaque foyer abrite dix enfants. Elargissant la visite, une infirmerie, une administration, une préscolaire et une maternelle s’offrent à nous. Sans oublier les aires de jeux, le grand cours (communément appelé ronde). Ceci est le cadre du Village d’enfants Sos. Il est régi sous les normes du code familial sénégalais. C’est une Ong reconnue d’utilité publique qui a démarré ses activités de prise en charge des enfants en 1979. Sur le plan national, ils ont cinq sites à Dakar, Tambacounda, Ziguinchor, Louga et Kaolack. Les conditions d’admission sont multiples. Il y a un groupe cible, notamment des enfants qui ont perdu la prise en charge des parents et les orphelins totaux. Revenant sur les bases d’admission, Seydou Dieng, le coordinateur national, apporte des éclaircissements sur les critères. Il précise : « Nous avons des enfants dont les parents sont malades (physique, mental ou handicapé…) .Il y a des enfants de parents diminués, alcooliques, détenus, mais aussi des enfants abandonnés, même si le nombre est faible, etc. ». Ce sont ces enfants-là que nous admettons. Une mère Sos rapporte, ici, une histoire parmi d’autres. Maman Maty Guèye a intégré le Village depuis 1997. « J’ai reçu mes triplés quand ils ont eu 4 mois. Ils ont perdu leur maman à la naissance. On m’a proposé de les recevoir dans ma maison. C’était difficile, mais je n’ai jamais eu de regrets. Ils apportent une joie de vivre incroyable dans notre foyer. A une période où ils étaient partis en vacance à Diourbel, chez leur tante, pour un mois, je ne pouvais pas m’empêcher de leur rendre visite. Arrivée là-bas, les conditions dans lesquelles je les ai trouvés m’ont meurtri. De retour, je m’en suis ouvert au papa (directeur), et c’est ainsi qu’on est parti les reprendre. Tout le monde pensait qu’ils n’allaient pas passer la nuit. Mais, par la grâce de Dieu et l’assistance de Sos, ils ont survécu. Vraiment, tout le Village en entier m’a assisté. Je n’ai jamais été à la maternité, mais je ne manque pas d’enfants ».

 D’horizons divers, venant de Matam, Kédougou, en passant par Ranérou, Pire, entres autres localités, les demandes proviennent de partout. Actuellement, l’Ong a sous son aile « 3.492 enfants, dont 808 admis » au sein du Village. S’adonnant à un petit sondage sur leurs provenances, des enfants sont venus de « Saint-Louis, Ngay, Kébémer, Kolda, Mbadiène… ». Vue sous cet angle, qui pourrait dire avec certitude « je n’ai jamais eu de parent au Village d’enfants Sos ? » Ses enfants sont issus des foyers sénégalais.

Œuvre humanitaire
C’est tout un processus de l’accueil à l’intégration. Ce site offre des services de première nécessité, à savoir tout ce qui est relatif au droit de l’enfant, rehaussé d’une forme de vie familiale. Cela revient à dire que chaque enfant possède un foyer avec le cercle familial. C’est pourquoi ils usent le jargon familial (papa, maman, oncles, tantes). De cette manière, l’enfant ne se sentira pas privé de famille. L’enfant se retrouve avec 149 frères et sœurs dans un même environnement. Essayer d’apporter quelque chose à l’enfant avec une association autonome est le contexte de base. Village d’enfants Sos n’est pas conçu dans un contexte de guerre ou de calamité : c’est une œuvre humanitaire. Et le Sénégal a permis à la nation d’en bénéficier. Cependant, il y a des gens qui versent dans la facilité. C’est pourquoi les enquêtes sont extrêmement poussées pour ne pas tomber dans le piège. La facilité est évoquée parce qu’une fois que l’enfant est admis au Village, il est pris en charge sur tous les plans. Aucune contribution de la famille d’origine. Juste faire des visites, afin qu’il ne perde pas ce contact familial.

Faire un tour en ces lieux fait comprendre que leurs crédos font leurs quotidiens. « La chaleur d’un foyer pour chaque enfant » ; « A mes yeux, rien n’est plus important que de s’occuper d’un enfant », témoignent donc du dévouement des travailleurs. Ces derniers sont à la fois acteurs et témoins. Ils sont là pour combler un vide. En plus d’un père et d’une mère, l’enfant a d’autres parents : tantes, oncles... L’affection et la solidarité fraternelle, combinées aux querelles, sont au rendez-vous. La fratrie est cruciale en ces lieux. Le partage de la vie quotidienne en est le meilleur garant. Chacun protège l’autre, l’assiste et le guide si nécessaire.

La fraternité y est vécue dans tous ses sens grâce à la cohabitation et aux valeurs ancrées. Dans cet environnement, l’enfant vit son enfance et se prépare à son avenir d’adulte sur les plans affective et psychologique. Toute cette alchimie réchauffe les cœurs et les foyers. La maman est le cœur de Sos. D’où la rigueur sur la sélection de celle-ci. L’âge est le premier critère de recrutement du personnel. Des personnes d’âge mûr de 35 à 45 ans et instruites sont requises, en plus des enquêtes de domicile et de moralité. Car une mère est importante. C’est la figure centrale de l’enfant. La maman est vraiment le cœur au Village Sos.

Une série de questionnements jaillit face à cette situation. Sans ces sites, où seraient tous ces enfants qui s’y trouvent ? Que seraient-ils devenus ? Que sont-ils même avec Sos ? Un témoignage d’un jeune garçon jadis du Village et aujourd’hui devenu un homme de la société. Serge Koué, 26 ans, est arrivé au Village Sos à l’âge de 9 mois. Il l’a quitté à 14 ans. Il raconte leur histoire. « Mon frère jumeau et moi sommes nés d’un couple mixte religieusement parlant et de nationalités différentes. A notre naissance, il y a eu quelques mésententes au niveau des deux familles. Nous ne devrions pas être séparés. Une voisine à notre mère a eu l’ingénieuse idée de nous amener au Village Sos. Si ce n’était pas grâce à Sos, peut-être que nous serions séparés mon jumeau et moi ? Peut-être même mon frère et moi n’allions pas vivre pour grandir ? A titre illustratif, leur maman Sos leur a dit à plusieurs reprises qu’elle n’imaginait pas qu’ils allaient grandir. Qu’elle pensait qu’ils allaient mourir dans ses bras. Et c’est par la grâce divine et Sos qu’ils sont encore là. Il poursuit : « Primo, les conditions ne seraient pas des meilleurs d’être séparés. Ensuite, de vivre l’un avec un père qui venait tout juste de commencer à travailler. L’autre avec une maman qui n’a pas un travail à temps plein ». Les soubassements de la vie font décidément parti de l’existence.

Environnement sain
Et le devoir était plus pressant. Ce devoir d’assurer à l’enfant une éducation, la santé, le bien-être, dans un environnement sain. C’est la mission des Villages Sos. Mr Koué en est la preuve vivante. « Le Village, c’est une très grande famille. Nous sommes séparés par maison. Les relations y sont telles que celles de tout foyer sénégalais. La beauté, l’amour, mais aussi (rires) tout le désagrément entre frères et sœurs qui, parfois, se disputent. Cet amour réciproque des frères et sœurs (les pensionnaires) venus de différentes familles, de différents horizons, est ce qu’il y a d’extraordinaire. Etant enfants, nous ne savions pas que l’on avait une mère autre que celle du Village. Nous étions certains que c’est elle qui nous a mis au monde. Tout l’amour maternel était là. On a fini l’allaitement entre ses mains. C’est en grandissant qu’on a connu la mère biologique. N’empêche la maman Sos reste la nôtre. C’est elle qu’on aime. C’était pas du tout évident que nous vivions cette chaleur familiale. Nous n’aurions pas eu l’occasion d’avoir une si grande famille sans Sos ».  

Nos chers patriotes ont-ils bonne connaissance de ce sanctuaire ? L’usage du sanctuaire n’est-elle pas abusé ? Rama Baal, mère à Sos depuis 1995, estime que dire qu’ici, « c’est un lieu sacré, ne serait pas exagéré, vu l’humanitaire, une très grande foi et des bienfaits qui y émanent ». Rama rapporte leur ordinaire : « La maman accompagne l’enfant dans sa religion. Elle exige une certaine rigueur dans la pratique. Assiduité des musulmans à la mosquée et de l’église pour les catholiques. Toutes les fêtes sont célébrées au Village Sos. Que cela soit la Tabaski où Noël, les commissions et baptêmes, Korité. Afin que chacun retrouve non seulement la chaleur d’un foyer, mais aussi qu’il puisse s’ancrer dans sa religion. Mes enfants biologiques jalousent mes enfants là (rires). Ils n’arrêtent pas de me dire que ma vie tourne autour de Sos. Tout ce qui est bien doit être pour eux. J’ai une fille qui n’a plus l’âge de résider au sein du Village. N’empêche à chaque fois qu’elle tombe malade, elle accourt auprès de sa maman (Rama parlant ici d’elle-même). Elle est actuellement ici, même si elle a sa famille. C’est moi qu’elle connaît ».

Amour et affection
Quelles issues pour ces enfants ? L’espoir, le nouveau départ apporté à l’enfant, porte t’il ses fruits ? Un enfant est très reconnaissant quand il reçoit de l’affection, s’épanouie, qu’on subvienne à ses besoins, etc. A cet instant, il se sent aimé. Du coup, le mot maman trouve sa place. C’est la raison pour laquelle, lors des formations, la future mère est appelée à comprendre que l’élément fondamental est l’amour et l’affection. Le reste s’en suivra naturellement. Ouly Soropogui a compris. Présente depuis 27 ans, elle aussi se rappelle de l’enfance de tous, en particulier celui de son fils adoptif. « J’ai un seul fils au monde. Il a grandi au Village, dans ma maison. Je l’ai adopté à sa sortie. Il vit chez moi à Guédiawaye. Il porte mon nom de famille. Je lui légerais tous mes biens quand je ne serai plus de ce monde. Pour l’heure, il continue son bout de chemin ».

A l’atteinte de l’âge de la sortie, l’enfant rejoint sa famille d’origine. Sos lui vient en appui (bourse et prise en charge médicale) et en suivi (encadreur). Il y a aussi des foyers d’accueil dont l’enfant est inséré à défaut de la famille d’origine. Des milliers d’enfants ont bénéficié des programmes Sos. D’aucuns sont dans l’emploi formel : des avocats, médecins, enseignants, entrepreneurs, etc. D’autres sont dans l’informel et le privé (la menuiserie, la mécanique, le commerce, l’art…) Et malheureusement, certains n’ont pas pu aller loin, mais se débrouillent et/ou sont au chômage. Côté réussite, c’est comme dans tous les foyers sénégalais. Certains voient le bout du tunnel, d’autres non.

Sos a des programmes dont une frange de la population bénéficie. En 2005 est instauré un programme de renforcement de la famille. Il consiste à aller dans les communautés pour soutenir ses enfants au sein de leur famille d’origine à défaut de pouvoir les accueillir au Village. L’Ong vient également en aide aux talibés et enfants de la rue. Le choix de ses familles dépend du degré de leur vulnérabilité en termes de réalisation des droits de l’enfant, c’est-à-dire droit à l’éducation, l’alimentation, la santé, les loisirs, etc. Aujourd’hui, on peut dire que les Villages Sos sont une affaire de tout le monde.

Par Yaye Awa Ly Ngoné SARR
(Stagiaire)

Last modified on jeudi, 22 septembre 2016 15:57

Se rendre à Kaouné, c’est remonter le temps, se plonger dans un livre d’histoire, en l’occurrence celle du Pathiana, qui s’étendait de Demoussou, dernier village vers la Guinée-Bissau, à Bandé, dernier village vers la Guinée Conakry. À l’époque coloniale, cette localité était un véritable pôle d’attraction pour son hinterland, avant que ne s’enclenche son déclin. C’est dans cette zone, à 9 km de la frontière avec la Guinée-Bissau, au sud du département de Vélingara, que l’administration coloniale prenait toutes les décisions qui engageaient la zone géographique du Pathiana. Le village du défunt ministre de l’Élevage, Sanghé Mballo, n’a pas su tirer profit de son statut durant la période coloniale comme tous les anciens cantons. Aujourd’hui, il ne reste que les souvenir de cette période faste et Kaouné réapprend petit à petit à vivre.

La mission est bénie par le ciel. Juste après la sortie de Vélingara, l’horizon sur la route de Kabendou s’assombrit. Les amas nuageux annonciateurs d’une bonne pluie s’amoncellent. Ce changement de climat ne nous inquiète point. Au bout d’une heure, nous atteignons Kabendou. Nous quittons la nationale pour emprunter une piste latéritique qui mène à Ouassadou, comme indiqué sur le tableau. La différence est énorme. Difficile d’éviter les nombreux nids-de-poule et les secousses. Des champs de mil, de maïs, d’arachide à l’entrée et à la sortie des villages se succèdent des formations arbustives denses, parfois dégradées. Les rideaux de verdure captent les regards. Les villages de Sambasamsa, Diattel, défilent. Des eaux de ruissellement envahissent les bas-fonds. Des flaques d’eau sont ceinturées par le tapis herbacé. Saré Laobé, avec ses cases rondes, est une étendue déboisée. Le couvert végétal recule. Sur le pont enjambant le Kayenga, l’affluent du fleuve Geeba, de la Guinée-Bissau, les pentes abruptes sont couvertes de plantes rampantes. Des nénuphars étalent leurs larges feuilles nimbées de fleurs blanches. Des villages nous séparent de notre destination. Mais voici, Ouassadou. Les populations vaquent tranquillement à leurs occupations. L’incursion du véhicule du « Soleil » suscite des curiosités. Eh oui, même les plus anciens n’ont pas souvenance de la dernière fois qu’un véhicule ou une équipe de reporters du quotidien national a foulé le sol de cette localité.

La pluie s’invite aux débats et nous force à une petite escale, puis cap sur Kaouné. Le long de cette route, de petits villages ont vu le jour, changeant ainsi le décor. À peu après midi, nous entrons à Kaouné, sous une fine pluie. Pas de maisons de style colonial ni de fort encore moins de remparts ou de monuments qui témoignent de la grandeur de ce bourg qui a connu un destin à part pendant la période coloniale.

À droite, à l’entrée du village, une maison peinte en jaune ne s’intègre pas dans le paysage architectural des habitations qui sont de l’autre côté de l’artère principale. Des maisons couvertes de zinc sont en premières lignes. Dans l’arrière-plan, la tradition est respectée. Des chaumières en banco sont une marque identitaire.

Sous une fine pluie, le chef de village, Bakary Mballo, nous reçoit. Selon lui, Kaouné vient du mot peul « Kawral » qui signifie union. Sans vraiment remonter à des temps immémoriaux, il est admis qu’au temps colonial, chaque chef-lieu donnait un nom à la zone qu’il pilotait. C’est ainsi que le Pathiana s’étendait de Demoussou, dernier village vers la Guinée Bissau, à Bandé, dernier village vers la Guinée Conakry.

Selon Bakary Mballo, le village de Kaouné a été fondé par un chasseur nommé Tamba Sonko qui n’était point obsédé par le pouvoir. Dans sa quête de gibier, il s’est installé sur l’actuel site. Comme il n’était pas sédentaire, il appela les Peuls et leur confia le village. « Moussa Molo Baldé, dans sa croisade contre les Mandingues, les premiers habitants qui étaient sur le premier site se sont déplacés pour venir à l’actuel site », raconte l’actuel chef de village, Bakary Mballo.

L’histoire du village commençait à se tisser. L’administration coloniale en a fait un point stratégique pour asseoir son influence dans cette partie frontalière avec la Guinée Bissau et la Guinée Conakry. « Kaouné était le chef-lieu de canton. C’était la capitale du Pathiana. Le Commandant de cercle y avait une habitation. Quand il quittait Vélingara et venait pour des tournées, c’est dans cette demeure qu’il logeait », rapporte le chef de village qui a documenté cette période.

Kaouné qui a joué un rôle clé dans l’acceptation de l’emprise coloniale a vu se succéder les chefs de canton, Kécouta Mballo, Sambadiabaté Mballo, Dembodé Mballo et Mbayelle Mballo. Les premiers étaient intransigeants avec leurs gouvernés. Les derniers maniaient bien le bâton et la carotte. « Autant la dictature était dure. Si le chef de canton convoquait, personne n’osait manquer à l’appel. Il pouvait se lever un beau jour et dire qu’il veut qu’on laboure tout son champ en un seul jour. Personne n’osait broncher », confie l’actuel chef de village. « Aussi, ses esclaves pouvaient entrer dans n’importe quel enclos et prendre les meilleurs taureaux ou béliers sans que personne ne fasse de la résistance », ajoute-t-il. Selon le chef de village, Kaouné a aussi abrité le tout premier établissement scolaire de la zone. « L’école élémentaire a été construite en 1935, mais les cours ont démarré une année plus tard sous la direction de Bassirou Sow ». Selon M. Mballo, des cadres comme Yéro Pira Baldé sont sortis de cet établissement.

Aujourd’hui, Kaouné n’est plus le centre du Pathiana, cette aire géographique allant de Doumassou à Bandé. Son pouvoir d’influence s’est effrité. Kaouné a été vidé de ses prérogatives administratives au profit de Ouassadou, la commune et de Pakour, le chef-lieu d’arrondissement. « L’ancien canton n’a pas pu conserver son ancien statut ni en tirer profit. Kaouné qui compte 832 habitants a connu un grave déclin. Nous sommes passés du statut de canton à celui de village », confesse le chef de village qui cache mal son regret. « La sous-préfecture de Pakour date de 1978. Avant, il dépendait de l’arrondissement de Kaouné, mais avec cette création, le village a perdu son hégémonie », précise-t-il.

Des villages nés des flancs de Kaouné
Aujourd’hui, il ne reste que les souvenirs de cette période faste et Kaouné réapprend, petit à petit, à vivre. Le temps n’est plus suspendu au-dessus du village qui s’étire sur la longueur. Au milieu du village, un magasin de stockage qui date de 1954 a accueilli le centre de collecte de lait pour lutter contre l’insécurité alimentaire. Sur sa partie sud, de nouvelles habitations poussent. Elles bousculent l’harmonie architecturale des cases rondes avec leur toiture en paille. Ces chaumières n’ont pas de beaux jours devant elles. Dans ce patelin, la vie est devenue de plus en plus dure pour les citoyens. Ceux qui ont préféré rester ne doivent leur subsistance qu’à la sueur de leurs fronts, mais aussi à leur force de travail en cultivant la terre. D’autres, fuyant la précarité, sont partis vers d’autres contrées à la recherche du bien-être. D’aucuns ont même créé leurs propres villages, selon Bacary Mballo. « Beaucoup de villages sont nés des flancs de Kaouné. Des gens ont quitté Kaouné et se sont installés ailleurs. Ils ont créé leurs propres villages et s’y sont fixés », fait savoir le chef de village. Pira, Saré Nafa, Koulinto, Demba Assète, Saré Malang et une bonne dizaine de villages qui ceinturent Kaouné font partie de ces nouvelles créations qui doivent leur existence à d’anciens habitants de l’ancienne capitale du Pathiana.

Les nostalgiques de cette bourgade n’y ressentent plus cette odeur coloniale d’autrefois. Kaouné est devenue triste, sans âme. Ceux qui connaissent l’histoire de l’ancienne capitale du Pathiana vous diront, sans ambages, que cette localité était jadis si prospère, contrairement à aujourd’hui où elle semble déshéritée, complètement oubliée, démunie de toutes les infrastructures, et dont les habitants vivant des misères attendent un miracle pour sortir de l’ornière.

Certaines valeurs qui faisaient la fierté de la localité ont disparu, selon le chef de village. « À l’époque, il y avait beaucoup plus de solidarité et la vie sociale était plus abordable. Les gens se soutenaient mutuellement, on ne sentait même pas la période de soudure, parce que les gens se soutenaient. Ce n’est plus le cas maintenant. Aujourd’hui, c’est chacun pour soi », déplore le chef de village. « Il y avait, à l’époque, une éducation de base qui faisait que quand le chef de famille décidait d’une chose, tout le monde le respectait. Aujourd’hui, la prise de décision constitue un dilemme. L’implication de tous est un préalable pour la réussite de toute entreprise », souligne-t-il.

Le « Lingueyi » de Kaouné, un arbre plein de mystères
Comme dans tous les villages historiques du Sénégal, Kaouné a son arbre emblématique. C’est sous son imposant ombrage que toutes les décisions importantes liées à l’administration du Pathiana étaient prises. Véritable cœur battant de Kaouné, il regorge de légendes et de mythes. Cette espèce végétale rare a la particularité de conserver tout son feuillage aussi bien en saison des pluies qu’en saison sèche. Et aucun oiseau ne s’y pose. L’étranger qui s’aventure à couper une branche s’expose à une série de malheurs.

Au milieu du village de Kaouné, se dresse une espèce végétale rare, avec un tronc dont le diamètre est imposant. L’arbre mythique du village au feuillage en forme de parapluie étend de tous les côtés ses branches tombantes qui débordent de partout. Elles semblent embrasser le sol. Cet arbre n’est pas ordinaire. Il a été, au fil des décennies, l’épicentre de la prise de toutes les décisions avant la colonisation et des premières années après l’ère coloniale. « Toutes les réunions se tenaient sous cet arbre. Il a été témoin de la prise de décisions les plus importantes pour ce qui concerne l’avenir de Pathiana. Jusqu’à présent, il est là », rapporte le chef de village. « C’est à cet endroit que le chef de Canton rencontrait les anciens et décidait, avec les vieux, de tout ce qu’il devait entreprendre », indique-t-il. Ce lieu de rencontre abritait également les cérémonies de circoncision, les séances de danses et autres festivités.

L’histoire de Kaouné est en partie liée à celle de cette espèce végétale qui est un pan de l’histoire de cette bourgade perdue sur une plaine boisée. Les habitants se gardent, au fil des décennies, de le dénier de cette charge sacrée et mystique. « Depuis ma naissance, je n’ai jamais vu cet arbre perdre ses feuilles. En saison des pluies comme en saison sèche, il a toujours conservé son feuillage », a affirmé, Malang Camara.

Le « Lingueyi », appellation de cette espèce en Peul, assume des fonctions qui transcendent la raison. Les étrangers qui s’aventurent à couper une branche ou à emporter des feuilles de cet arbre doivent s’attendre à subir de lourdes conséquences. La voiture d’un chauffeur qui avait arraché une branche par inadvertance a fait un accident à Sinthiang Koundara, raconte-t-on. « Un étranger qui s’aventure à toucher une feuille de l’arbre est très vite rappelé à l’ordre par les habitants. Et c’est pour son bien, pour le protéger. Un jour, un chauffeur avait arraché une branche. Il a fait un accident et un passager avait perdu la vie », indique Malang Camara. Malgré son âge, l’arbre dégage une très grande stature et la partie supérieure des racines continue son développement. Le « Lingueyi », c’est aussi le seul arbre à Kaouné sur lequel les oiseaux ne se posent pas. Difficile de percer ce mystère. « Je suis né et j’ai grandi à Kaouné. Mais je n’ai jamais vu un oiseau se poser sur cet arbre », expose Malanag Camara. Les années passent et ne cessent de corroborer la charge mystique et mystérieuse de l’arbre.

 

Last modified on mercredi, 21 septembre 2016 21:11

Sentiments en péril

21 Sep 2016
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Beaucoup d’entre-nous l’ont connue, cette émotion vaporeuse qui nous transporte dans un état de liquéfaction spirituelle proche du nirvâna promise par la religion hindoue : l’amour. Maine de Biran, dans son Journal, en donnait cette description : « Le cœur humain n'a que deux ressorts, l'ambition et l'amour. (...). Sous le nom d'amour, on peut comprendre toutes les passions expansives qui portent l'homme hors de lui-même, lui créent un but, des objets supérieurs à sa vie propre, le font comme exister dans autrui, ou pour autrui. L'éducation qui développe les premières passions personnelles au détriment des expansives est à contre-sens ».

On connaissait la théorie de Lucy Vincent, neurobiologiste, selon laquelle l'amour est dû à l'ocytocine, une neuro-hormone. Une petite vicieuse qui change le comportement de l'homme et de la femme : « L'amour est une illusion, elle modifie le cerveau, on ne voit plus les défauts de l'autre », explique l'auteur. Pour ceux qui n’ont pas encore rencontré l’homme ou la femme de leur vie, il faut vite, très vite, avant d’être à court de neurones amoureux. Car voici que l’auteur récidive dans un essai qui fait froid au cœur.

Dans « Où est passé l'amour ? » (« Où est passé l'amour ? », Odile Jacob, 208 pages), Lucy Vincent va plus loin. « Il est incontestable que les hommes et les femmes sont en train de se rapprocher, physiologiquement, les femmes devenant moins féminines et les hommes moins masculins », écrit-elle. L'illusion devient donc moins nécessaire à l'entente entre ces deux êtres qui étaient radicalement différents. Résultat, l'amour devient inutile, c'est aussi simple que cela. « Nous allons traverser une période de grande nostalgie pour l'amour fort qu'une femme et un homme pouvaient naguère se porter ; les plus jeunes s'étonneront de ne pas connaître les sensations dont ils peuvent lire la description dans de vieux livres ».
Voilà un programme bien réjouissant en cet été où la guimauve risque de prendre racines dans nombre de cœurs en peine.

Sidy DIOP

Last modified on mercredi, 21 septembre 2016 21:11

« J'ai l'habitude de l'appeler l'Américain parce que c'est l'un des rares patrons que l'on voit au Sénégal qui n'est pas guindé, qui porte son short, son jean qui va en boîte, rit et danse avec tout le monde. Il est toujours gai ». La description que Coumba Gawlo fait de son ami Baïdy Agne en forme d’hommage n’allège pas le poids de ce dernier qui est un homme d’influence. Chef d’entreprise multipolaire, Baïdy Agne est un homme qui pèse sur la vie économique nationale. Le Conseil National du Patronat du Sénégal (CNP) qu’il dirige est une confédération de 30 groupements patronaux  et 6 membres associés évoluant dans divers secteurs d'activités : Industrie, Commerce, Agriculture et Agro-Industrie, Transport (terreste, maritime, aérien), Banques et Institutions financières, Assurance, Transit et Manutention, Bâtiment et Travaux-Publics, Services,  Tourisme et Hôtellerie, Technologie de l'Information et de la Communication, Notariat, Production et Editions Phonographique, Franchise, Santé  etc… D'après la dernière enquête de représentativité effectuée par la tutelle administrative, il occupe le premier rang du mouvement patronal sénégalais. Avec un tel outil, son patron participe de manière active à la définition du cadre économique national. C’est pourquoi Baïdy Agne est à la pointe du débat économique : organisation du secteur privé, réformes dans l’environnement des affaires, construction d’infrastructures, implication des acteurs privés dans les privatisations et les concessions, souveraineté économique, etc.

M. Agne ne perd jamais une occasion de plaider pour l’entreprise qui, à ses yeux, est « une composante de l’équilibre socio-économique ». Car, pense-t-il, « la cohésion nationale et la souveraineté sont mieux défendues si les règles de transparence en matière de passation des marchés publics sont respectées ». Le président du Conseil national du patronat sénégalais ne prend pas de gants pour plaider « la préférence nationale » que devrait mener tout Etat « stratège » qui favoriserait une « discrimination positive » à l’égard des entreprises nationales.

En 2008, lors des Assises de l’Entreprise qu’organise le CNP depuis plusieurs années, Baïdy Agne avait frappé les esprits en déclarant lors de son discours d’ouverture, devant un parterre de personnalités d’horizons divers, que chez nous, « la Politique prime sur l’économie, sur la productivité de la Nation, sur la paix et la stabilité sociales». Un courage et une lucidité dans l’analyse jamais démentis.

Oumar BA

Last modified on mercredi, 21 septembre 2016 21:11

À Kandiama, non loin de Sinthiang Koundara (département de Vélingara), une grotte mystérieuse retient l’attention. Selon la légende populaire, elle regorge d’un grand trésor protégé par un immense boa, gardien des lieux. Les tentatives d’exploitation de ces richesses par des Français, il y a plus de quatre décennies, ont échoué. Cependant, les analyses des chercheurs occidentaux ont confirmé que des hommes d’une imposante stature y ont vécu. Aujourd’hui, cette grotte qui apporte plus de mystères que de réponses n’a pas fini de dévoiler ses secrets. Une exploration complète devrait permettre de déterminer son origine et son usage.

Dans beaucoup de villages reculés du Sénégal, des grottes, cavernes et souterrains mystérieux sont évoqués, mais ils relèvent souvent de l’imaginaire local. À Kandiama, localité située à quelques encablures de Sinthiang Koundara, une mystérieuse grotte se fait découvrir sur sa partie nord-ouest, dans une entaille rocailleuse sertie sur une élévation arbustive. Lorsqu’on arrive sur les lieux, on se pose moult questions. Ces grottes sont-elles creusées par l’homme ? Sont-elles dérivées de mouvements du sous-sol ?

Mais personne, à Kandiama, ne peut donner une explication précise sur la présence de cette grotte. Son emplacement et surtout son creusement restent, à ce jour, un mystère. La présence de ce site et son histoire ne sont pas connues de tous. La majorité des personnes interpellées n’en ont jamais entendu parler. Normal, car nulle part, il n’est fait mention de cette grotte. Nulle part, son existence n’est citée dans les archives. Le maire de Sinthiang Koundara nous a confirmé l’existence de cette grotte qui se trouve dans son périmètre communal. L’entrée principale de la grotte ressemble à la gueule béante d’un tigre. À partir de l’extérieur, le fond est noir comme les ténèbres. À l’intérieur, l’homme peut se déplacer comme s’il était à l’air libre. Le complexe géologique est entouré de mystères. Dans ce village composé de 20 carrés, seuls quelques privilégiés connaissent l’histoire de la grotte. Le vieux El Hadj Baïlo Camara fait partie de ceux-là. Cet ancien émigré qui a passé la moitié de sa vie en France à faire fortune se complait à partager sa connaissance. Tel un livre ouvert, le vieil homme rapporte que des toubabs sont venus explorer la grotte il y a plus de quatre décennies.

Entre imaginaire et réalité
« Les Français qui ne connaissaient pas l’emplacement exact de la grotte ont maintes fois tenté de la localiser, mais leur recherche fut vaine. Ils ont dû leur salut à un chasseur qui pistait un phacochère. Sa quête l’a mené à la découverte de la grotte, au grand bonheur des Français », raconte-t-il. Selon M. Camara, les Français ont campé sur les lieux pendant longtemps. « Les chercheurs ont dû établir plusieurs plans de fouille avant de trouver un passage. Après avoir enlevé les pierres, la terre et les herbes qui l’encombraient, ils se sont rendus compte qu’il menait directement au cœur de la plateforme », nous confie-t-il.

D’ordinaire, nous dit l’ancien émigré, les chercheurs savent ce qu’ils cherchent. Mais dans le cas précis de Kandiama, tout ce que les Français ignoraient, c’était que chercher. « Cette grotte a fait l’objet de fouilles intenses de la part des Français. Après quelques jours, ils ont trouvé des ossements, une mâchoire, une matière noire qui brillait de mille éclats. Par la suite, ils ont amené les fruits de leur découverte dans leur pays pour l’analyser », renseigne-t-il. Selon lui, les villageois ne comprenaient rien aux manœuvres des étrangers. « C’est à leur retour qu’ils ont dit qu’il ne s’agissait ni d’un cheval encore moins d’un bœuf, mais bien d’un homme, mais la longueur était anormale comparée à celle des hommes comme nous. C’était un géant qui mesurait plus de deux mètres », raconte M. Camara.

Dès lors, explique-t-il, tout le monde a commencé à se poser des questions. Toujours selon M. Camara, les autochtones ayant compris que la présence des toubabs constituait une sacrée menace pour eux et que, dans leur quête, ils risqueraient de les faire déguerpir, ils ont sollicité l’aide d’un grand marabout. Ce dernier, dit-il, leur a confié que la grotte renfermait un énorme trésor jalousement protégé par un gros boa. « Il a prédit qu’il y aurait beaucoup de morts si on tentait de récupérer ce trésor. C’est alors qu’il a demandé à ce qu’un sacrifice soit fait pour que les toubabs ne reviennent plus ». À en croire M. Camara, un taureau noir a été aussitôt immolé. Quelque temps après, les Français sont repartis et ne sont jamais revenus. « Les fouilles, interrompues depuis lors, n’ont jamais repris. Elles ont été abandonnées et les choses en sont restées là. Ils ont laissé leur matériel sur place, mais personne n’y a touché », assure-t-il.

Un trésor jalousement gardé par un boa
Ce trésor attisait les convoitises, mais personne n’osait mettre les pieds dans la grotte. El Hadji Baïlo Camara faisait partie de ceux qui convoitaient ce trésor, et voulait en profiter d’une autre manière. « Un jour, un marabout nous avait recommandé, un ami et moi, de verser du lait de chèvre sept jours de suite dans la grotte. Il nous avait assuré que si l’esprit acceptait notre sacrifice, on trouverait chacun une pièce de 5 francs. Cette pièce devait être mise dans une malle qui se remplirait d’argent. Chaque jour, on partait à la grotte. Au quatrième jour, nous nous sommes pointés à l’entrée, et à notre grande surprise, on a vu de grands oiseaux qui sont sortis avec une telle puissance. Il nous était impossible d’en tenir un », explique El Hadji Baïlo Camara. La richesse n’a pas été au rendez-vous. Et l’émigré qui est retourné en France a vite fait d’oublier définitivement ce projet « suicidaire ».

La grotte aux trésors regorge d’autres faits historiques à la croisée des chemins entre le rationnel et l’irrationnel. C’est tout le charme de cette caverne qui, selon la croyance populaire, communiquerait avec un réseau très important de passages souterrains et aurait des ouvertures sur le Parc national du Niokolo-Koba. « C’est une grotte très large. C’est le refuge des animaux comme les porcs-épics. C’est un couloir de transition des espèces entre Kandiama et le Parc national du Niokolo-Koba », fait savoir El Hadji Baïlo Camara. L’existence de ces souterrains n’a jamais été sérieusement prouvée, mais il reste certain que cette grotte est un véritable repère de porcs-épics.

« Un jour, un chasseur étranger a entendu parler de la grotte et de ses porcs-épics. Il est alors venu les attendre. Comme on lui avait dit qu’ils sortiraient tôt, il s’est pointé à 4 heures du matin. Malheureusement, il n’a rien vu, si ce n’est des éclats lumineux au fond des trous. C’est alors qu’il a raconté sa mésaventure à un grand chasseur. Ce dernier lui a dit que le maitre des lieux n’a pas voulu qu’il ait quelque chose », raconte-t-il. Au fil des siècles, toutes les hypothèses sont passées par là. Mais le mystère demeure avec un grand M. Malgré la richesse supposée, personne n’a tenté d’entrer dans la grotte pour récupérer le trésor. Pas même les villageois qui véhiculent cette information.

Mais à Kandiama, on continue de cultiver le mystère autour de cette grotte. Personne ne veut ni ne cherche à la banaliser. Et ce n’est pas l’imam du village, El Hadji Habib Camara, qui serait le premier. « C’est une grotte que nous avons trouvée avec ses mystères. Nous ne cherchons pas à en savoir plus. Nous pouvons dire qu’elle sort de l’ordinaire », corrobore l’imam. « Depuis que les Blancs sont partis, personne n’est allé sur les lieux. Personne n’est intéressé. Ceux qui connaissent l’histoire ne vont jamais là-bas. Seuls les porcs-épics y entrent, mais pas nous », indique-t-il. En attendant que le mystère qui entoure cette grotte soit percé, El Hadji Baïlo Camara, malgré ses soixante-dix ans, reste encore disponible pour montrer à tous ceux qui le souhaitent la petite ouverture. Mais sans jamais y entrer.

Valorisation de la grotte
Quel mystérieux trésor se trouve dans la grotte ? Qu’est-ce qui fait que depuis des siècles il n’a pas été trouvé ? Ce sont là autant de questions qui demeurent aujourd’hui sans réponse. La croyance tenace selon laquelle ce site longtemps resté mystérieux est habité par un énorme boa a largement contribué à son abandon. Personne ne s’y est intéressé. Sur l’élévation, aucune plaque, aucun aménagement ne mettent en valeur ce patrimoine historique dont la datation n’est toujours pas connue. Depuis le départ des Français, cette grotte n’a pas fait l’objet de recherches. Il serait intéressant que les historiens et archéologues viennent la fouiller pour retracer l’histoire de « l’Homo de Kandiama ».

Leurs recherches pourraient très certainement contribuer à éclairer l’histoire du peuplement de cette partie orientale du Sénégal, notamment dans cette zone. Pour l’heure, cette grotte, témoin silencieux du passé, reste méconnue du grand public et même des populations de la localité. Malgré son originalité, ce patrimoine n’attire pas beaucoup de visiteurs. Pour changer la donne, des réflexions sur sa mise en valeur et sa préservation devraient être menées dans une perspective de développement durable. En attendant, le village de Kandiama vit avec ses insuffisances. La présence humaine dans cette localité distante de 15 kilomètres de Sinthiang Koundara date d’au moins un siècle.

Selon l’imam El Hadji Habib Camara, le fondateur du village, Koaro Camara, serait venu de Tonguia, un village peuplé par les Badiaranké, une ethnie minoritaire originaire de la Guinée Conakry. Le village n’est pas encore sorti de l’auberge. Cette bourgade qui ne bénéficie pas d’une couverture optimale en réseau de télécommunication fait également face à l’absence d’électrification qui constitue une contrainte majeure à son développement. « Notre priorité, c’est l’électrification du village. Avec le problème de couverture réseau, il est difficile d’évacuer des malades et surtout des femmes enceintes en cas d’urgence. Nous ne pouvons pas appeler l’ambulancier qui se trouve à Sinthiang Koundara », assure l’imam El Hadji Habib Camara.

Samba Oumar FALL & Idrissa SANE (Textes)
Assane SOW (Photos)

Last modified on lundi, 19 septembre 2016 21:30

Hymne au travail

19 Sep 2016
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Il y a un peu plus de deux semaines, précisément le 11 septembre 2016, l’Amérique se souvenait encore de ses fils tués le 11 septembre 2001, lors des attentats contre les Tours jumelles du World Trade Center. Toute une nation, frappée en plein cœur, rend hommage, depuis 15 ans, aux victimes innocentes des jihadistes d’Al-Qaïda. Et il en sera ainsi pendant de très longues années.

L’objet de notre propos n’est pas cette commémoration, mais la leçon que nous donnent les Américains. Plutôt que de se mettre à pleurnicher, suite à la catastrophe du 11 septembre 2001, ils ont tout rasé et reconstruit, donnant naissance à un centre encore plus grand, plus beau et plus tout ce qu'on veut. En effet, l’ouvrage détruit, ils se sont mis à rebâtir. Les énormes gains perdus, ils se sont employés à constituer, sans un geste de faiblesse et sans un soupir fataliste, d’autres richesses. Face aux défis, les Américains laissent peu de place à l’immobilisme et au verbiage. Ils optent pour l’effort et l’ardeur au travail.

Ils inspirent des Sénégalais qui, inlassablement, œuvrent pour l’atteinte d’un monde meilleur. Regardez autour de vous et vous verrez ces hommes, ces femmes et ces jeunes qui travaillent et qui sont aux avant-postes de nos combats économiques et sociaux. Ils sont, pour la plupart, des anonymes de nos villes et campagnes. Sans livrer un scénario-catastrophe pour notre pays, ils réfléchissent, construisent, créent des richesses, font de grandes et belles réalisations. Qu’ils inspirent le plus grand nombre. 

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on lundi, 19 septembre 2016 21:14

A Guédiawaye, les habitants de la cité Diounkhob se souviennent, avec un brin de nostalgie, de l'époque où la zone se distinguait par la belle couleur et la propreté de son sable si attrayant que les « diounkhob » (crabes en wolof) avaient fini par y élire domicile. A l'époque, la localité était tellement sablonneuse que ses résidents avaient toutes les peines du monde à croire qu'un jour le sable sera sous la menace des eaux de pluie.

Située dans la commune de Sam Notaire, dans le département de Guédiawaye, la cité Diounkhob a été créée en 1969. Elle polarise quatre quartiers dont les habitants se reconnaissent à travers l’histoire commune de leur déguerpissement forcé décidé par les pouvoirs publics qui les avaient finalement installés de gré ou de force là ils sont établis actuellement. Elle doit son nom à ce crustacé appelé « diounkhob » (crabe) qui avait établi ses quartiers dans ce site dont les habitants sont venus de la cité Baye Gaïndé.

Cette espèce faisait partie du décor, comme nous le raconte le délégué du quartier, Mbissane Diouf. "On en retrouvait partout dans le quartier où ils étaient attirés par la propreté du sable. La nuit, difficile à l'époque de se promener dans la localité sans pour autant piétiner des « diounkhob ». De la même manière, au petit matin, les traces de « diounkhob » étaient visibles partout dans la cour des maisons. Le même délégué de quartier croit savoir que c'est certainement parce que la personne qui a baptisé cette zone "Cité Diounkhob" a de la baraka que le nom continue à traverser des décennies.

A cette époque, les habitants du quartier ne souffrait pas d'un manque de système d'assainissement tel que dénoncé par le vieux Mbissane Diouf. Par contre, aujourd'hui, la donne a changé, car les habitants de la cité « Diounkhob » sont confrontés à un lancinant problème lié à un manque d'assainissement. Faisant que les habitants vivent dans la permanente psychose des inondations. Après avoir porté leurs difficultés auprès des autorités locales, la réponse qui leur a été servie a été la suivante : « vous habitez dans un point bas où il est impossible de réaliser un système d'assainissement », a rapporté Aliou Diouf, fils de Mbissane. 

Loin de partager cet avis, ce technicien en génie civil bat en brèche cette affirmation et rétorque qu’il est bien possible de réaliser un système d’assainissement s'il y a une réelle volonté politique. "Ils font croire que le problème ne peut pas être réglé sous le prétexte que c'est un point bas, mais pour le peu que j'en sache, en ma qualité de technicien en génie civil, je dirais non", réagit-il. A l’en croire, tous les quartiers qui ceinturent la Cité Diounkhob sont dotés d'un système d'assainissement. « Avec des sur-presseurs et des sous-presseurs, on peut contrer les eaux de pluie et créer ensuite des clapettes anti-retour en faisant recours à des tôles en inox. Et en les formant, il sera possible d’obtenir des clapettes anti-retour », a-t-il estimé.

« Il ne s’agira pas de réaliser des canalisations régulières, mais avec des pompes, des sur-presseurs et des sous-presseurs, on pourra y arriver », a expliqué M. Diouf. En échangeant avec les habitants de la Cité Diounkhob, particulièrement, avec le délégué de quartier Mbissane Diouf, on appréhende la colère silencieuse de certains, perceptible en filigrane à travers leur réaction teintée d’empressement et de zèle. « En tant que délégué de quartier, j’ai fait des pieds et des mains pour rencontrer les autorités pour un règlement définitif de ce problème, mais je peine même à être reçu par ces autorités », se plaint-il.

Aliou Diouf nous confie que durant la campagne électorale, la jeunesse s’était mobilisée pour sensibiliser les habitants du quartier sur le choix à faire au moment d’élire un candidat à la présidentielle ou aux municipales. « Notre doléance majeure se résumait à une solution aux inondations ». En outre, le délégué de quartier considère que même un problème d'éclairage se pose dans son quartier. "On m'avait remis 23 lampes et j'ai demandé à mon fils d'identifier les coins les plus sombres où elles ont été finalement installées. 

Par Abdou DIOP

Last modified on lundi, 19 septembre 2016 21:14

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