Feuilles d'hivernage 2016

Feuilles d'hivernage 2016 (134)

Ile mémoire, havre de vie. Gorée, dans l’imagerie populaire, est encore cette bande de terre entourée d’eau et hantée par des corps éprouvés, des cœurs meurtris d’un autre temps. On en oublierait même ses charmants habitants, ses jeunes pleins de vie et d’initiatives, sa petite plage de sable particulièrement prisée pendant l’été.

La plage de Gorée est le lieu d’une extraordinaire effervescence où des esprits entreprenants s’emploient à amasser de petites fortunes de circonstance. Les tentes et parasols qui y sont dressés et « les pêcheurs du métal précieux », ces amusants petits nageurs guettant la chaloupe pour recevoir de la petite monnaie récupérée dans les profondeurs d’une mer aux douces ondulations, plus que de vulgaires débrouilles, en constituent le charme. Des corps suppliciés par la chaleur étouffante du jour retrouvent l’éclat dans une eau claire bordée par un minuscule rivage de sable. La fraicheur déchaine l’enthousiasme d’une cohorte de jeunes filles aux silhouettes gracieuses et de mâles un tantinet coquins. On s’entrelace, brasse, folâtre de temps à autre. Les plus téméraires défient les profondeurs. L’ambiance est, ici, joyeuse, quelquefois intime, devant une multitude d’individus impassibles. Chacun pour sa jouissance, la plage pour tous. Quand les plastiques trempées, vêtues de maillots de bain, rejoignent la berge, les yeux moins blasés s’en nourrissent allègrement. Les mieux loties s’en vont se retirer sous la flopée de tentes et de parasols longeant la plage de Gorée pour se préserver du soleil. Ces abris sont tenus, pour la plupart, par de jeunes goréens durant les trois mois de vacances scolaires.

L’un d’eux, Boubacar Joseph Koté dit Joe, pensionnaire de l’Ecole nationale des arts, nourrit le rêve de faire une carrière musicale. Conscient que son art requiert des moyens financiers, le bonhomme, depuis quatre ans, se consacre à la location de tentes durant ses vacances pour s’y faire un destin. Se laissant choir sur une natte étalée sous une tente amovible sous laquelle s’abritent ses « partenaires », le petit-fils de Boubacar Joseph Ndiaye, défunt et illustre conservateur de la Maison des esclaves, s’offre un moment de répit. Ses trois guitounes sont occupées à l’image de celles de ses autres amis qui exercent cette activité.

Ombre et intimité
Ce samedi, les rayons du soleil convergent vers la berge. La clientèle est importante en cet après-midi ensoleillé. La plage, quelquefois avec ses exubérances, a les allures d’un joyeux camp de réfugiés avec ses tentes de « nomades » prises d’assaut par des hommes et des femmes, des élèves…, des gens en quête d’ombre et d’intimité. Et cela a un coût à Gorée. Ces précieuses « cabanes » très prisées, pouvant contenir près d’une dizaine de personnes, sont louées à 5.000 FCfa/journée. L’occupant doit libérer l’installation de fortune à 19 heures conformément aux recommandations de la municipalité de Gorée. « Nous n’avons droit chacun au plus qu’à trois tentes. Nous versons chaque mois, pour les besoins de la taxe municipale, 15.000 FCfa », informe Aboubacry Camara, le seul frigoriste de l’île, torse nu, débit saccadé.

Les week-ends, il abandonne le « froid » au profit de la chaleur de la plage pour se faire une petite fortune. Il ajoute pour s’en désoler : « C’est nous qui avons valorisé ces lieux. Le taux d’imposition, auparavant fixé à 10.000 FCfa, est élevé ». Autrement dit, les choses ne sont pas aussi florissantes qu’il n’y parait. Le rush du week-end n’est donc qu’un mirage. « C’est en tout cas mieux qu’un homme qui fléchit pour balayer la souillure des rues, le seul boulot qui existe ici », raille celui qui aime à se présenter comme un « beach footballeur », Modou, pour relativiser les saillies impétueuses de son compagnon.

A près d’une encablure de ses tentes, sont dressés des parasols, moins intimes et spacieux. Quinze d’entre eux, soit la limite fixée par la municipalité, sont tenus par Adama Diaw, l’un des rares pêcheurs de l’Ile, trouvé en train de balayer avec six jeunes sous sa coupe. Il a eu la présence d’esprit d’y poser des sacs-poubelles que « les petits dakarois ignorent royalement ». Alors, il fait contre mauvaise fortune bon cœur en rôdant autour des installations pour maintenir l’espace propre et convivial.

Sous un des abris, un homme « couve » de ses longues jambes une fille dont il dit qu’elle est sa seconde épouse. Il s’en est suivi une franche rigolade assez significative. Le veinard est un habitué des lieux que le coût de la location, 1.500 à 2.000 FCfa les week-ends, ne rebute guère. La vaste étendue d’eau claire de l’Ile, les corps gras et grêles s’offrant aux rayons du soleil qui percent le sable fin du rivage en valent bien de brûler la chandelle par les deux bouts. L’Ile est un coin perdu. La mer sait rester discrète.

Les mendiants de la mer
la plagePlouf ! Et des enfants, comme ceux sur le continent se ruant sur les âmes généreuses, bravent les profondeurs de la mer peu agitée pour récupérer les pièces que les curieux visiteurs dans la chaloupe se plaisent à jeter dans une eau « éclatante ». C’est là l’activité principale de ces jeunes garçons dont la moyenne d’âge est comprise entre 12 et 15 ans. Plus d’une vingtaine de jeunes, bercés dans cette étendue d’eau, y trouvent une occupation qui peut rapporter jusqu’à 3.000 FCfa par jour, les soirs de grande fortune. Cette ingénieuse trouvaille de ces mômes, « pièce dans l’eau », participe au décor bouillonnant de la plage, lieu de débrouillardise et de vie.

A moitié nu, avec un tuba de plongeur, comme la plupart de ces précoces « pêcheurs de pièces », Pape Bâ, frêle garçon, jubile presque à l’évocation de ses revenus journaliers : « Cette activité de vacance, parce que je suis un élève, me rapporte quotidiennement au bas mot 1.000 FCfa ». L’esprit d’entreprise de ces jeunes âmes sur une île où l’offre d’emploi est presque inexistante constitue une fascination. En plus de cette occupation, ces garçons s’activent dans la location de tentes ; activité qui fait recette en cette période d’été. « Nous sommes des rabatteurs en servant de relais entre le propriétaire des tentes et les clients », indique Lamine Sarr, lycéen. Ce business lui permet, à l’en croire, d’acheter de nouveaux habits pour la rentrée des classes et des fournitures pour dispenser quelquefois ses parents d’un devoir écrasant.

Fatou Ndong ne donne pas l’air de pouvoir disputer à la mer la petite monnaie que les visiteurs jettent par curiosité. Quelquefois par admiration. Elle est plutôt grasse. Sa culotte bouffante et son maillot de bain trempés n’en rajoutent qu’à son obésité apparente. Sa masse corporelle ne l’empêche toutefois pas de titiller les profondeurs. Elle pose un regard maussade sur trois pièces de petites valeurs dans la paume de sa main comme pour implorer « Coumba Castel » de l’en gratifier davantage.

« Nékha goul » (les choses ne marchent pas encore) ! dit-elle, convaincue que « la pêche aux pièces » sera bonne. Le samedi à Gorée est un jour béni, même pour les marchandes de « petites choses » et de camelote. La joviale jouvencelle fait partie d’une bande de huit (8) filles affectueusement appelées les « divines » sans qu’elles ne connaissent la raison de ce sobriquet. Divinités marines ? Sans doute pour traduire leurs prouesses dans une mer qu’elles ont domptée et leur débrouillardise sur la terre ferme qu’elles ont conquise.

Alassane Aliou MBAYE et Marame Coumba SECK

Last modified on mardi, 23 août 2016 12:23

Faire l’âne pour avoir du son

23 Aoû 2016
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L'argent est le meilleur et le plus sûr des appuis. C’est une connaissance élémentaire, évidente pour tous les Sénégalais.  Disons même que chez nous, cette maxime est un pont aux ânes. Mais, pour se faire de l’argent et améliorer leur vie, certains de nos compatriotes ont immolé des bourriques et réussi à nous faire manger, contre nos habitudes alimentaires, de la viande d’âne, à la place de celle des bovins, ovins ou caprins. Ces chevillards-là, des baudets !

Aujourd’hui, qui d’entre nous n’est pas comme l’âne de Buridan ? Cette question a tout son sens parce que d’ici, l’on voit qui hésitent, incapables de dire si, oui ou non, ils ont, un jour, trouvé, dans leur assiette, de bons morceaux cuits de ce mammifère à la grosse tête et aux longues oreilles. Que l’on ne nous traite pas d’âne bâté pour avoir rappelé, au mauvais souvenir de certains d’entre vous, ce commerce entretenu par des fraudeurs ayant choisi de faire l’âne (idiot) pour avoir du son (argent). Pourtant, il n’y a vraiment pas de quoi braire pour avoir mangé, petitement, de la viande d’âne dont la filière n’est pas si développée que ça dans notre pays.

Alors, pourquoi beugler comme un âne, c’est-à-dire brailler en dérangeant son monde pour quelques bouchées de cette viande d’âne ? Celle-ci, bien assaisonnée, est, selon certaines indiscrétions, aussi délicieuse que toutes les autres viandes entrant dans nos mœurs culinaires. Alors, ce n’est parce que l’un de nous en a consommé qu’on doit lui décerner le bonnet d’âne. Il a, peut-être, été abusé. Et s’il rencontre, un jour, le chevillard coupable, qu’il s’interdise de lui donner le coup de pied de l’âne, c’est-à-dire qu’il ne s’en prenne pas à ce vulnérable courant derrière l’argent et croyant qu’« un homme sans argent est un corps sans âme, un mort ambulant ».

Par Cheikh Aliou AMATH

Last modified on mardi, 23 août 2016 12:23

Il est assez symbolique de voir un Goréen de souche pratiquer un art martial qui rappelle la douloureuse période de l’esclavage. La capoeira n’est pas seulement une banale combinaison de gestes acrobatiques, de cadences, de rythmes ludiques. Au-delà de son langage corporel et poétique, à la fois exquis et brut, pour traduire une ambivalence, elle évoque le passé des peuples africains qui se sont retrouvés au Brésil et qui y ont assoupi leur douleur. El Hadj Moctar Ndiaye, instructeur de capoeira, s’emploie, depuis plus d’une décennie, à entretenir cette mémoire en faisant le voyage inverse pour que cette vieille pratique retrouve sa terre d’origine, l’Afrique. Portrait d’une créature atypique.

C’est vous qui avez mangé ma pomme ? Oui, c’est moi, j’avais faim. J’ai également donné la mangue à mon pauvre ami qui en raffole ! Moctar Ndiaye est capable de servir ces réponses, non pas par manquement au savoir-vivre, mais plutôt par bonhomie et honnêteté presque ingénue. L’homme est d’une simplicité touchante. Son sinueux parcours ne lui a pas fait perdre sa grandeur d’âme. Il ne l’a pas non plus rendu revêche. Sous un soleil de plomb, nous faisons « irruption » chez le bonhomme après que des populations goréennes nous ont touché un mot de la pratique de la capoeira, art martial afro-brésilien. Nous nous attendions à rencontrer un jeune bâti à chaux et à sable avec des dreadlocks, attendant naïvement une hypothétique « épouse bienfaitrice » venue des contrées lointaines et prospères. Du genre un peu chichiteux comme on en trouve souvent dans les vieilles villes coloniales !

Lui, il a vécu un demi-siècle. Il n’est pas le plus fidèle ami de la tondeuse à barbe. Il ne trouve pas de honte à raconter tous les petits boulots « miséreux » qu’il se dégotait au gré de ses « mésaventures ». Moctar est définitivement une créature atypique qui, par son altruisme, développe, au Sénégal, un art martial qui servait d’exutoire à des esclaves africains du Brésil. Que du chemin ! Ce natif de Gorée, ancien élève du lycée Lamine Guèye de Dakar, fait partie de la génération d’étudiants dont les ambitions ont été déçues par l’invalidité de l’année universitaire 1993-1994. « J’ai fait un parcours un peu compliqué à l’université. L’année blanche m’a mis sur une autre piste qui n’en était pas moins chaotique », se souvient-il. Quand l’opportunité de gagner un peu d’argent s’est présentée, l’insulaire n’a pas trop gambergé. Il accumule les petits boulots : ouvrier de chantier, docker, gardien…

En 1995, pour se fabriquer un destin plus conforme à son cursus, il dispense des cours dans des écoles privées à Dakar après que le gouvernement sénégalais a décidé d’octroyer des autorisations d’enseignement. Il est au bord du renoncement. Les salaires sont bas et irréguliers. Quelques propositions de répétiteur à Gorée s’offrent à lui comme une aubaine. Petit à petit, une flopée d’élèves lui sont confiés.

La providence le met en relation avec un des mômes dont il est le répétiteur. Adopté par des parents français, ce jeune garçon, à l’âge de quatre ans, s’était déjà initié à la capoeira en France. Sa difficile adaptation dans ce pays avait convaincu ses parents adoptifs de le ramener au Sénégal en attendant que sa carapace soit un peu plus dure. Moctar en devient le protecteur et le répétiteur. « Ce garçon avait une gestuelle qui m’intriguait. J’en ai parlé à sa maman qui m’apprend que c’est de la capoeira » ; lui, il n’avait aucune idée de cet art à la consonance peu familière. La bonne dame lui présente un manuel qui en fournit des détails. Et « cela a changé ma vie ». Comme une illumination provoquée par un art exotique qui retrouve sa terre d’inspiration.

« Pèlerinage » à Salvador de Bahia
La mère du garçon, avec le soutien de l’ambassadeur du Brésil au Sénégal, fait alors venir le maître de capoeira, Paulo Boavida, à Gorée. Le « prosélyte » en perd presque une boule. Il s’en est suivi trois semaines de stage renouvelé avec trois autres maîtres.

« Je me suis attaché à cet art martial de manière viscérale sans pouvoir me l’expliquer ». Avec son fidèle compagnon, le garçon, Moctar Ndiaye fait son « pèlerinage » au Brésil, en 1999, pour deux mois et demi et découvre le sanctuaire de la capoeira, Salvador de Bahia, ses populations noires et sa ferveur. Il en devient la curiosité. Le Sénégalais qui fait la capoeira ! La « Tv globo », télévision brésilienne, avait auparavant fait un reportage sur lui lors de son passage à Rio de Janeiro.

Le capoeiriste revient à Dakar plein de bonnes intentions. En 2003, il crée un groupe, « Africa capoeira », qui, malgré les difficultés, a formé deux éléments qui, aujourd’hui, dispensent des cours sous d’autres cieux. Le bonhomme tire aussi fierté de la prouesse réalisée en 2005 quand l’Ile de Gorée a abrité, du 13 au 21 juin, la première rencontre internationale de capoeira avec le soutien du ministre brésilien de la Culture de l’époque, Gilberto Gil. Elle intervient deux mois après la visite de l’ancien chef d’Etat brésilien Lula Da Silva au Sénégal. Le groupe avait alors gratifié le président et son hôte d’une exhibition fort bien appréciée.

Brouille avec le maire
« Cette rencontre avait suscité un engouement avec l’arrivée de quelques jeunes dans le groupe. Il y en avait même qui venaient de Dakar, car on bénéficiait de tarifs préférentiels. Leur suppression a porté préjudice au développement de cette discipline à Gorée », regrette-t-il, non sans dénoncer la stigmatisation dont a été l’objet la capoeira sur l’Ile pour des considérations personnelles. « Des gens m’en ont voulu parce que, par amour, j’ai épousé une femme un peu plus âgée que moi ». Oh ! La langue de bois et les fioritures, ce n’est pas trop sa marotte ! Aujourd’hui, les entraînements ont été délocalisés à l’Ecole franco-sénégalaise de Fann. Le groupe ne compte plus aucun Goréen.

Comme au Brésil, la Capoeira, après avoir été la « chose » infamante d’une catégorie sociale, a conquis bien des cœurs et des espaces. Mestre Moctar peut s’en réjouir. Il peut y trouver réconfort pour noyer ses déconvenues politiques. Cet ancien militant du Parti démocratique sénégalais (Pds) a été un proche collaborateur du maire de Gorée, Augustin Senghor, avant qu’une « petite brouille » ne les sépare. C’est une très longue histoire… Mais consent-il juste à dire ceci : « C’est moi qui suis fautif ». Et si l’honnêteté était une des valeurs sacrées de la capoeira ? Mestre Moctar en deviendrait certainement une figure de proue au-delà de nos cieux ?

Alassane Aliou MBAYE
et Marame Coumba SECK

*Le maître (portugais)

Last modified on mardi, 23 août 2016 13:24

1982, la Crei entre en action

23 Aoû 2016
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Début septembre 1982. Le président Abdou Diouf n’a pas encore fait un an au pouvoir. Mais les premières décisions qu’il prend pour mettre un terme à l’impunité des détourneurs de l’argent public tombent. La fameuse Cour de répression de l’enrichissement illicite entre en action. Sa première audience s’ouvre le jeudi 02 septembre au palais de justice du Cap Manuel à Dakar. « C’est le premier procès de ce genre depuis qu’en juillet 1981, le président de la République, soucieux de la vie publique, avait fait voter la loi réprimant l’enrichissement illicite », écrit le chroniqueur judiciaire Mody Diop.

Deux inculpés, B.S., ancien Pdg de la Banque de l’habitat du Sénégal (Bhs), et M.G., chef électricien du théâtre national Daniel Sorano, avaient été arrêtés en janvier de la même année. Ils avaient bénéficié par la suite d’une liberté provisoire. Ils comparaissent libres à l’audience. Ce premier procès sera suivi de plusieurs autres. Il s’agira de juger A.B.P., J.P.R., A.S. et B.B., tous du service semencier. Mais, précise le journal, les enquêtes se poursuivent. Ainsi, B.D., ex-directeur de la Société nationale des forages (Sonafor), a été récemment inculpé et placé sous mandat de dépôt pour enrichissement illicite.

Ces feuilletons judiciaires vont tenir en haleine l’opinion publique sénégalaise des mois durant. L’accusation reproche à l’ex-Dg de la Bhs de l’enrichissement illicite, des fautes de gestion, un sursalaire, l’utilisation des moyens de la banque à des fins personnelles comme la construction d’une villa, des voyages dispendieux… La Cour est présidée par le juge Gilbert André. Youssoupha Sakho en est le procureur spécial alors que Mes Clément Benoist, Bèye et le bâtonnier Ogo Kane Diallo sont les avocats de la défense les plus en vue. Pour la première affaire, -celle de la Bhs-, le reporter du « Soleil », Chérif Elvalide Sèye, décrit un procureur spécial assez…spécial.

Le magistrat Youssoupha Sakho est un vieux juge. Il compte plus de 40 ans de service. Comme il le dit lui-même, il a blanchi sous le harnais. Aussi a-t-il demandé à la Cour de l’autoriser à prononcer son réquisitoire assis plutôt que debout comme le veut la règle. « Calme, serein, malgré un clignement fréquent des yeux, sans doute un tic, le procureur spécial a surpris hier. Devant ce que le président Gilbert André appellera plus tard la Cour des barons ou des cols blancs, M. Sakho n’a pas cédé à la passion du plus grand nombre, de l’homme de la rue face à un privilégié. Ni dans le ton, ni dans l’attitude. D’une voix douce, il s’est borné à réfuter les éléments avancés par le sieur B.S. pour sa défense. S’il planait sur cette Cour spéciale un soupçon de tribunal de règlement de comptes ou d’instrument de chasse aux sorcières, le réquisitoire du procureur spécial ne l’aura guère conforté. Bien au contraire… » Le procureur spécial requiert 02 ans d’emprisonnement. L’Etat, partie civile, réclame à B.S. 08 millions de FCfa en dommages et intérêts. La défense, de son côté, demande la relaxe pure et simple au motif que l’accusé a justifié l’origine licite de ses biens. Avant de mettre l’affaire en délibéré, le président André rend hommage au procureur spécial, pour « sa détermination à poursuivre les spoliateurs et les accapareurs qui ne sont cependant pas nombreux. Mais ni le nom, ni la fortune, ni les recommandations, ni le rang ne pourront les soustraire à la justice ». B.S. sera condamné, le mardi 07 septembre 1982, à 03 ans de prison et 26 millions d’amende.

(A SUIVRE)
Par Samboudian KAMARA

 

Last modified on mardi, 23 août 2016 12:22

Espace de détente à 3,5 kilomètres au large de la côte sud-est de Dakar, le Parc national des îles de la Madeleine reste un lieu de retraite pour ceux qui veulent, le temps d’une journée, s’éloigner du stress quotidien de la capitale sénégalaise. L’île au Sarpan, qui tient son nom d’un ex-militaire de l’armée coloniale française envoyé sur place en punition, demeure aussi le lieu de refuge du génie protecteur de Dakar, Leuk Daour Mbaye. Un univers de traditions léguées de génération en génération au sein de la communauté lébou de la presqu’île du Cap-Vert.

De loin, elles attirent, semblables à des nymphes aguichantes. Tantôt rebelles, tantôt languissantes au gré des caprices de dame nature. A l’approche de la grande île, la pirogue passe près de l’Almadraba Uno, un bateau espagnol échoué entre les deux îles. C’était lors d’une tempête en 2013. Il offre son flanc aux cormorans. Ces oiseaux aquatiques déploient leurs ailes, repus après une partie de pêche. Non loin, l’une des jumelles, l’île Lougne, moins hospitalière, élève sa forteresse de roches noires colorées par la fiente aux phaétons, cormorans et autres oiseaux. Ils y séjournent durant leurs migrations.

culte lebouLa pirogue se dirige vers l’île au Sarpan. Il entre et accoste par la crique Hubert. Un à un, les visiteurs débarquent sur un pont en béton aménagé, il y a trois ans, par le comité de gestion du Parc national des îles de la Madeleine. Ses membres leur souhaitent la bienvenue puis rappellent les consignes de sécurité. L’endroit est calme. Aucun bruit. L’ambiance est bercée par le son des vagues et le chant des oiseaux. Quelques minutes après l’arrivée, une vingtaine de touristes entame la montée vers le plateau, sous une fine pluie. Le Parc national des îles de la Madeleine (Pnim) fait 45 hectares. Sur la pente, un premier baobab nain. Ici, les arbres se développent au sol à cause du vent marin.

Balade dans l’histoire
« L’ancêtre des baobabs », lui, est là depuis plus de cinq siècles, selon le guide. Certaines de ses branches doivent bien faire un mètre de diamètre. Première halte du périple sur le point culminant de l’île: la case Lacombe. Ou du moins ce qui en reste : des murs de roche, encore debout. « Le génie tutélaire démolissait la construction chaque nuit. Quand Lacombe persistait, il le frappait même », confie Fallou Badji, le guide aux dreadlocks. A ses côtés, une autre construction, réduite en gravats. C’est l’ancienne case des agents des Eaux et Forêts. Elle a été détruite après des bisbilles avec les pêcheurs riverains. Ce point culminant de l’île offre une vision unique, presque paradisiaque, sur Dakar et l’étendue bleue de l’océan, la station idéale pour s’abandonner à la contemplation et aux rêveries.

La visite continue. En file indienne, les visiteurs avancent sur la petite piste jonchée de cailloux. Elle serpente à travers la végétation. Plusieurs plantes médicinales y poussent comme l’euphorbia balsamifera (salane en wolof) ou le boscia senegalensis (ndiandam). Après cinq minutes de marche, une plaque indique le « lieu de culte lébou ». C’est un baobab nain au pied duquel on trouve un crâne de mouton, des pièces de monnaie et des noix de cola. L’endroit est un lieu de prière. Chaque année, la communauté lébou y effectue des offrandes et des prières. Plus loin, au bord de l’île, on aperçoit en contre-bas la « plage des tortues ».

lebou Jadis, des tortues marines venaient y pondre. Maintenant, elle accueille les restes du premier bateau échoué sur l’île en 2006. Plus de phoques non plus dans « la baie des phoques ». On raconte qu’il y avait des phoques au moment de la découverte de l’île vers 1444 par Denis Diaz. Sur le chemin, on remarque des restes de coquillage déterrés par les eaux de ruissellement. Durant la période coloniale, elles auraient servi de nourriture à des insurgés réfugiés sur l’île. Tout autour, de jeunes pousses d’herbes s’épanouissent au soleil. Au bruit des pas, des sauterelles sortent de leurs cachettes, sautant sur les longues herbes mortes allongées au sol. Cà et là des termitières émergent de la latérite rouge. L’île grouille de vie. Des fourmis, des chenilles, des aigles, des lézards, des serpents et d’autres animaux y vivent. En l’espace d’une journée, les visiteurs animent l’île au Sarpan. Par groupe, ils arrivent. La plupart sont des Occidentaux. Pendant ce temps, les premiers arrivés profitent encore de l’eau tiède de la piscine naturelle, prolongement de la crique Hubert.

Pieds dans l’eau
Après un déjeuner accompagné de boissons tenues au frais dans des glacières, certains jouent au ludo (jeu de société avec 4 personnes). D’autres flemmardent sous les tentes, allongés sur le sable de la petite plage. Les enfants, infatigables, nagent sous la surveillance des maîtres-nageurs. « Je nage depuis que j’ai sept ans, mais c’est la première fois que je viens ici », lance Mactar, un « teenager » svelte vêtu d’un short noir.

Le jeune homme de 16 ans affine sa technique de plongeon. Il saute depuis une grosse pierre. Attirée par le spectacle, la petite Sokhna, pas plus haute que « trois pommes », se découvre des talents de plongeuse. Elle est encouragée par sa mère qui ne la quitte pas des yeux. 

« Les mains allongées sur l’axe de ta tête et tu sautes à trois ». Quelques hésitations… Et puis, plouf ! Un peu à l’écart, sur les rochers, Gina, assise sur une natte en plastique aux couleurs jaune et vert, prend une selfie. « J’aime bien ici, l’endroit est calme », reconnaît-elle. Elle immortalise sa deuxième venue sur l’île. La jeune fille, teint clair, taille fine, a une allure de top model sous son maillot de bain noir.

« C’est elle qui m’a amené ici », lance Amadou, son ami. Il ne perd pas de temps pour se jeter à l’eau. Derrière elle, à quelques mètres, une autre scène se déroule sous l’eau. Des alevins pris au piège dans de petits bassins sur les creux de la roche noire, nagent dans tous les sens. Coquillages, oursins et algues tapissent le fond. La fin de l’après-midi tire le rideau sur le spectacle de l’archipel. Elle annonce le retour sur le continent.

A la sortie de la crique Hubert, à bord, on prend les dernières photos de souvenir. Durant les 20 minutes de la traversée, la pirogue tangue sous l’effet des vagues de la marée haute qui butent la proue. Cheveux au vent, les esprits divaguent, bercé par le ronronnement du moteur. Mile après mile, Dakar se rapproche.

Leuk Daour est le maître des lieux
plageL’île au Sarpan est un haut lieu de culte lébou. Cette ethnie de pêcheurs y tient des cérémonies de « ndeup », de « tuur » et autres sacrifices. Un endroit de dévotions jalousement protégé par la population lébou de la presqu’île du Cap-Vert. Ce serait le dernier lieu de refuge des génies protecteurs de Dakar, en l’occurrence Leuk Daour Mbaye.

Les éco-gardes, sentinelles de l’archipel
Tout au long de l’année, des guérisseurs traditionnels y accomplissent des offrandes. Le clou du spectacle, c’est la grande cérémonie annuelle de prières et d’offrandes sur l’île. Elle se tient sur le « lieu de culte lébou ». Autre consigne à respecter la nuit.

Le bateau doit accoster et repartir par le côté droit de l’île. Le comité de gestion du Parc national des îles de la Madeleine assure la gestion du parc national. Moussa Sow en est le président. Il travaille de concert avec les Eaux et Forêts. Ces dernières assurent la protection. Les éco-garde du comité sont un groupe de riverains de Soumbédioune et des quartiers environnants. Ils assurent le transport et la sécurité des touristes. Dans le cadre de l’aménagement, ils procèdent à l’ouverture de nouvelles pistes, au désherbage et d’autres travaux. Le prix de la traversée est fixé à 5.000 FCfa. Il faut débourser la même somme pour visiter l’île avec un guide.

En période de forte affluence (de juin à septembre), les recettes atteignent un million de FCfa par jour. 1.000 FCfa sont versés au Trésor. Le reste est affecté à l’entretien du matériel et aux actions sociales. A la fin du mois, les éco-gardes reçoivent une prime.   

Ibrahima NDIAYE (stagiaire)

Last modified on lundi, 22 août 2016 13:11

Ces images non déformées

22 Aoû 2016
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Dans sa parution du week-end, le quotidien national, « Le Soleil », a rendu compte des activités du président Macky Sall, actuellement en séjour sur la Petite-Côte sénégalaise. Votre journal préféré a passé trois images du chef de l’Etat, le montrant, tour à tour, à l’intérieur de la grande mosquée de Popenguine, en compagnie de membres de la communauté chrétienne à Keur Mariama et sur le parvis de la Basilique mineure.

Ces représentations visuelles, toutes prises à Popenguine, cette grande communauté humaine riche de sa diversité religieuse, ne peuvent refléter un seul défaut de l’image fournie par le dialogue islamo-chrétien au Sénégal. Ici, la tradition de bonne cohabitation des différentes communautés religieuses est une image de marque. Elle bénéficie à toutes les familles dont les membres sont partagés entre l’Islam et le Christianisme. Et à chaque fête religieuse, les membres d’une communauté, à défaut de se présenter, donnent leurs intentions à leurs frères et sœurs de l’autre confession concernée.

Cette image réelle d’une zone où les gens ont gardé la foi, celle-là qui peut aider à l’union des cœurs et à la vie dans l’unité, est également conservée par la mémoire comme à Mbacké. Dans cette ville, située à quelques encablures de Touba, la capitale du Mouridisme, la paroisse avoisine une mosquée. Ici, les habitants partagent les sons de la cloche de la paroisse et les appels à la prière des muezzins. Ça fait une belle harmonie. Musulmans, chrétiens et autres, sans imposer des limites religieuses aux liens de famille, contribuent, au Sénégal, à la sauvegarde de ces images appartenant au conscient collectif.

Autres images non virtuelles : le président Léopold Sédar Senghor, un chrétien, a dirigé, pendant 20 ans, ce pays composé à 90% de musulmans ; ses successeurs, Abdou et Abdoulaye, deux musulmans, sont les époux respectifs de Mmes Elisabeth Diouf et Vivianne Wade -deux non-musulmanes- marraines d’un grand nombre de filles nées dans l’Islam. Voilà une autre représentation du Sénégal tolérant qu’il faut toujours soigner et accrocher aux portes de notre territoire pour que ceux qui nous regardent par-delà nos frontières aient l’envie de venir chez nous afin de chercher l’image de tous ces points formant la figure harmonieuse du Sénégal.

Par Cheikh Aliou AMATH

Last modified on lundi, 22 août 2016 13:45

Une conviction forte chez cette femme transformatrice de Soucouta : « les ressources halieutiques sont la plus grande richesse de nos communautés ». Yandé Ndao, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est, avec les autres membres du projet « Mbogoyiff » (même destin », au cœur des stratégies développées pour sortir de la pauvreté.

Entre crises et marasme économique, les femmes s’activent à l’intérieur des bolongs, avec leurs moyens pour sortir de la pauvreté. Dans la forêt de Soucouta, elles se battent pour que la mangrove, qui les fait vivre, continue de garder les couleurs et les formes qui ont fait sa réputation. Parmi ces actrices du développement, Yandé Ndao, présidente d’un dénommé projet « Mbogoyiff » (même destin », une association de femmes travaillant dans le fumage et le séchage des ressources halieutiques. Actives dans la transformation des produits de la mer ou des bras de mer, Yandé Ndao et les autres ont renforcé les liens de solidarité féminine et développé des activités génératrices de revenus.

Des tontines avaient été organisées pour le démarrage d’un groupement d’intérêt économique. Avec l’appui de partenaires, elles ont initié « un projet communautaire avec la construction d’un centre de transformation, de conditionnement et de vente des produits de la mer à Soucouta. Ainsi, nous avons mis en commun nos ressources et partagé les bénéfices. L’épargne commune a permis d’agrandir le projet qui, de 50 membres à son démarrage en 2001, compte aujourd’hui 80 adhérentes », informe Yandé Ndao. Cette native de Soucouta, dont le père est originaire de Kaffrine, est une veuve qui a aussi de la famille à Sokone. Mère de famille, Yandé Ndao a mené beaucoup d’actions de préservation de son milieu : reboisement, sensibilisation, éducation environnementale dans les villages de la forêt de Soucouta.

Des structures de micro-finance ont apporté un soutien aux femmes de Soucouta pour l’acquisition d’équipements dans la transformation du poisson et le conditionnement. « Toutes choses qui ont amoindri les pertes sur la ressource et augmenté le potentiel de vente », a souligné Yandé Ndao. Des solutions de protection de l’environnement, elle en a entrepris avec le soutien de projets de protection et de conservation de la biodiversité dans la réserve de biosphère du Delta du Saloum : reboisement de la mangrove, restauration d’habitats naturels dévastés, adoption de techniques de production moins prédatrices et éducation environnementale dans les villages établis à l’intérieur de la forêt de Soucouta qui couvre une superficie 2140 hectares.

Volontaire et très convaincue, Yandé Ndao a su qu’elle pouvait faire quelque chose à Soucouta. « Ne voulant pas voir leur détresse se transformer en cauchemar, les femmes étaient déterminées à participer au développement socio-économique de leur localité.

Initiées dans les techniques de transformation, elles parviennent, aujourd’hui, à créer de la valeur ajoutée sur les produits halieutiques comme les huîtres, les coques, le cymbium et les sardinelles, entre autres. Ce qui leur permet, par conséquent, de faire face à certains de leurs besoins », s’est réjouie Yandé Ndao heureuse que « de janvier à juillet 2016, nous avons, en fumage et séchage, traité 8 tonnes de produits halieutiques ».

A Soucouta, le principal credo est, selon Yandé Ndao, la sauvegarde de toutes les poches de mangrove, source de vie et d’espoir pour des milliers de gens. « C’est pourquoi nous reboisons annuellement, avec l’appui des jeunes des Asc (associations sportives et culturelles), 5 hectares de mangrove », fait savoir Yandé Ndao dont la prière quotidienne est celle-ci : « Que la mangrove, source de vie et d’espoir pour des milliers de gens, ne meure pas ».

Par Cheikh Aliou AMATH

Last modified on lundi, 22 août 2016 13:07

Le quartier de Doumassou de Kolda a été fondé par des Maliens. Il est confronté, aujourd’hui, à beaucoup de problèmes.

Le quartier Doumassou a été créé vers 1872 par des Bambaras venus du Mali. Ils venaient y passer quelques mois pendant la saison sèche et retournaient chez eux, avant l’hivernage. Le mot Doumassou vient de la langue bambara et signifie la maison située en bas. Ces premiers habitants, formés par les membres de sept familles, décidèrent, par la suite, de rester définitivement sur place.

Ils formèrent alors un petit hameau qui deviendra plus tard, un village. « Le premier chef de village de Doumassou s’appelait Fodé Kouloubaly. Parmi les premiers habitants du quartier, il y avait les Kouloubaly, les Diarra et les Traoré, entre autres. C’est pourquoi, on dit que Doumassou est un quartier mandingue et jusqu’à présent, les habitants parlent le Mandingue », déclare Solo Diané, actuel délégué de quartier et 9ème chef de village de Doumassou. Ces propos sont confirmés par Ogo Mballo, qui est considéré comme l’un des plus illustres spécialistes de l’histoire contemporaine du Fouladou. « Les premiers occupants de Kolda sont les membres des familles Traoré, Kouloubaly, Konaté, Keita, Diarra, Sanogo et autres. Ils s’étaient installés dans la zone comprise entre l’actuel camp militaire Alpha Molo Baldé, du nom de l’homme qui mit fin au pouvoir mandingue dans cette zone, et la route menant à l’aéroport de Saré Bidji », déclare-t-il. Le quartier est confronté, aujourd’hui, à un problème d’assainissement et au chômage endémique qui frappe ses jeunes. Outre les Mandingues qui constituent la majorité des habitants de ce plus vieux quartier de Kolda, il y a des Peuls et quelques familles wolofs, diolas et balantes, entre autres. Une des attractions de Doumassou est le caïlcédrat portant le nom de Moussa Molo, en référence à ce grand résistant contre le pouvoir colonial français. Selon les traditionnalistes, Moussa Molo n’a jamais livré de bataille ici. Par contre, c’était son point de transit quand il se rendait en Guinée-Bissau.

Mamadou Aliou DIALLO

Last modified on lundi, 22 août 2016 13:06

Première femme africaine à intégrer l’Ecole Polytechnique de Paris, Rose Dieng (1956-2008), spécialiste en intelligence artificielle et en informatique, était ce qu’on appelle une savante. Ses compatriotes la découvrent en juillet 1972 quand elle remporte quatre prix au concours général. Le lendemain de la cérémonie, « Le Soleil » titre à sa « Une » : « Rose la forte en thème et le président-poète ».

Le discours d’usage est lu par le germaniste Booker Washington Sadji (membre fondateur du Pds) devant le président Senghor et l’ensemble du gouvernement. La pensionnaire de 17 ans du lycée Van Vollenhoven décroche trois « premier prix » et un « second ». Elle figure en tête du palmarès pour la composition française, la version latine et les mathématiques. En version grecque, elle se contente du deuxième prix derrière un certain…Souleymane Bachir Diagne, « lequel a lui-même joué les Poulidor là où Rose a pris la tête du peloton », écrit le journal. Le reporter s’échine à arracher quelques mots à la brillante jeune fille. « Je n’aime pas qu’on parle de moi », consent-elle d’abord à lâcher. Ensuite, elle avoue « être contente » mais précise qu’elle n’aime aucune matière en particulier. Il est étonnant au premier abord que le journal accorde au président Senghor le titre d’académicien » alors qu’il n’est entré sous la coupole du quai Conti qu’en 1983. C’est qu’avant l’Académie française, il a été membre correspondant de l'Académie bavaroise (1961) ; membre associé (étranger) de l'Académie des sciences morales et politiques (1969) ; membre (étranger) de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux ; membre (étranger) de l'Académie des sciences d'outre-mer (1971). C’est ce qui justifie cet usage, 11 ans avant la grande consécration.

Revenons à feue Mme Rose Dieng Kuntz. Après le Bac à Van Vo (mention Très bien), elle intègre les classes préparatoires aux grandes écoles au lycée Fénelon à Paris, maths-sup, maths-spé, puis réussit l’entrée à Polytechnique en 1976. Après une spécialisation à l'École nationale supérieure des télécommunications, elle soutient une thèse de doctorat à l'université Paris-Sud en informatique sur la spécification du parallélisme dans les programmes informatiques. Elle travaille de 1985 à 2008 à l’Inria sur le partage de connaissances sur le web, notamment dans les débuts du web sémantique. Sa voie est trouvée : la recherche, à l'Inria de Sophia-Antipolis, pôle technologique de la région niçoise. Elle y est la première femme à monter et à piloter un programme, Acacia, exotique acronyme pour « acquisition des connaissances pour l'assistance à la conception par interaction entre agents », comme le soulignait le journaliste Pierre Le Hir dans « Le Monde ».

L'objectif de son travail : mettre au point des méthodes et des outils logiciels permettant à une communauté, entreprise ou institution, de « capitaliser et partager des savoirs » fondateurs d'une « mémoire collective. Rose Dieng avait choisi de vivre en France, mais elle avait conservé sa nationalité sénégalaise, selon « Le Monde ». Elle reçoit le prix Irène-Joliot-Curie en 2005 et est nommée chevalier de la Légion d'honneur en 2006, souligne sa biographie sur Wikipedia. Elle est désignée « scientifique de l’année » en France en 2005. A son décès, à 52 ans, La communauté scientifique a salué sa mémoire. A Nantes, il existe une rue Rose-Dieng-Kuntz. La scientifique n’a pas eu « le temps » d’écrire le roman autobiographique qui lui tenait tant à cœur.

Par Samboudian KAMARA

Last modified on lundi, 22 août 2016 13:03

Pour faire face à la déforestation, l’association « Nebeday » a mis au point un bio-charbon à partir de la paille ramassée dans les champs. Il ne fait pas d’étincelles et ne produit pas de gaz. Mais s’il est plus écologique que le charbon de bois, il met plus de temps pour cuire les aliments. Un impair que ses promoteurs s’emploient à corriger.

A Toubacouta, le siège de l’association « Nebeday » est une adresse très connue. Une grande maison sommairement entretenue avec un seul bâtiment au centre qui abrite les bureaux. A droite, les cuisines sont squattées par des jeunes très occupés devant leurs ordinateurs portables. « Nebeday » est une association créée en 2011 dont l’objectif principal est la gestion participative des ressources naturelles par et pour les populations locales. Elle s’active pour protéger les ressources naturelles mais aussi pour les valoriser avec des activités qui s’articulent autour d’aires protégées (forêts et aires marines communautaires, entre autres). La mise en place de différentes filières de valorisation de ces ressources naturelles (poudre de feuilles de moringa, pain de singe, bissap, miel, poissons, coquillages…) permet de sensibiliser les populations à la nécessité d’une gestion durable des ressources et de développer l'économie locale.

Pourtant, de toutes les activités de l’association « Nebeday », il y en a une qui, à terme, pourrait avoir un impact fort bénéfique sur l’environnement, particulièrement la protection des forêts. Il s’agit de la production de bio-charbon qui, si elle est encouragée, pourrait réduire sensiblement la consommation du charbon de bois.

Au Sénégal, on estime que chaque année, une superficie de 215 hectares de terrain disparait au jour le jour du fait de l’action de l’homme. A titre proportionnel, cette surface représente en moyenne 300 terrains de football. Et les forêts sont souvent coupées pour la transformation du bois en charbon ou bois de chauffe. Cette situation concerne d’ailleurs la plupart des forêts du Sénégal, surtout celles qui existent dans le Delta du Saloum. Ces études révèlent toutefois que l’exploitation abusive des forêts dépend aussi en grande partie de la poussée démographique. Une des situations ayant favorisé l’épuisement prématuré et irrationnel des ressources forestières de notre pays.

Dans le Delta du Saloum, « Neebaday » a aussi révélé une consommation annuelle et individuelle de 58 kilogrammes. Ce qui est une sérieuse menace pour la forêt de Sangako qui, en marge de ses potentialités naturelles, fait aujourd’hui le charme du Delta du Saloum. A ces actions commises par l’homme, s’ajoutent les feux de brousse dont 2000 cas sont déclarés tous les ans dans cette partie du pays. Mais également la baisse pluviométrique constatée ces dernières années dans la sphère du « Ndiombatto » et les animaux en divagation qui, à leur passage, détruisent toute sorte d’espèce végétale.

Pressoirs électriques
C’est fort de ce constat que « Nebeday » s’est lancée dans la recherche d’un palliatif pour renverser la tendance. Le bio-charbon  était né. Un savant mélange de paille carbonisé, d’eau et d’argile. Clément Sambou, le responsable de la production et du marketing du bio-charbon de l’association, nous promène dans les secrets de production du charbon vert. Le processus commence par la récolte de la paille dans les champs protégés par des pare-feux préalablement installés. La paille est ensuite mise dans des fûts en métal pour être carbonisée. Le feu est mis dans les fûts qui sont refermés et bouchés avec du sable mouillé pour créer une combustion sans oxygène.

La paille carbonisée est ensuite mélangée à de l’eau argileuse puis mise à sécher au soleil. Le mélange obtenu est une poudre noirâtre appelée « poussier ». C’est celle-ci qui sera de nouveau mélangée à de l’eau de manière à former une pâte à presser pour donner des briquettes de charbon.

Il faut se rendre derrière le bâtiment abritant les bureaux de l’association pour se faire une idée du travail abattu pour obtenir le bio-charbon. De grands sacs contenant du poussier sont entassés sous un hangar. Il faut mettre la matière première à l’abri de la pluie qui est plutôt généreuse dans la région en ce début d’hivernage. Des briquettes de charbon sont disposées sur plusieurs tables de séchage et mises au soleil.  « Deux à trois jours suffisent pour un bon séchage », nous explique Clément Sambou. Pour nous faire une démonstration, ce dernier mobilise deux autres membres de l’association pour une production expresse de briquettes de charbon. Il faut alors commencer par humidifier le poussier. Pour ce faire, on utilise des bassines en fer où l’on verse la matière première mélangée à un peu d’eau. Il faut cependant faire attention à ce que le mélange ne soit pas trop humide. « S’il y a trop d’eau, les briquettes seront flasques et se casseront après le pressage », explique Sambou.

On verse ensuite le mélange dans le pressoir électrique artisanal. Une machine en forme d’entonnoir actionnée par un pneu de voiture qui tourne à un rythme soutenu pour expulser les briquettes hors du pressoir par une ouverture rétrécie. Celle-ci moule le poussier et lui donne sa forme finale en briquette. Avant, le pressage était pénible parce qu’il était manuel. Il a donc fallu inventer ce système plutôt ingénieux pour réduire la pénibilité de la tâche et augmenter sensiblement la production.

Temps de cuisson plus long
Il faut deux personnes pour conduire la machine. Quelqu’un pour verser régulièrement le poussier dans la partie supérieure et quelqu’un pour recueillir les briquettes et les couper en portions similaires. « Ces machines produisent 280 briquettes à l’heure », nous confie Clément Sambou. Le charbon est ensuite mis sur des palettes de séchage et exposé au soleil. « En vérité, tout produit biodégradable comme les coques d’arachide, les épis de maïs, l’herbe et le typha, peut être carbonisé et transformé en charbon », explique encore Sambou. Le poussier produit dans les villages par les groupements de femmes encadrés par « Nebeday » est ensuite transféré à Kaolack où se trouvent les unités de presse destinées à la fabrication du bio-charbon. « La production journalière prévisionnelle est de 35 kilogrammes par groupement et l’écoulement de nos produits se fait dans les unités de production, au marché, dans les boutiques. Le sachet de 500 grammes est vendu à 100 FCFA, et le sac de 50 kilogrammes à 5000 FCFA », a souligné le responsable marketing du bio-charbon. La région de Kaolack qui est grand centre de consommation de bois, est la principale zone d’écoulement et de production du bio-charbon.

Fatick pourrait, cependant, être la prochaine cible des producteurs. La déforestation fait des ravages dans cette région et les populations utilisent beaucoup les bouses de vache pour la cuisson de leurs aliments. « L’idéal est que ce charbon qui est aujourd’hui vendu à  150 francs le kilogramme soit subventionné par l’Etat pour une production à plus grande échelle. L’Etat doit aussi assister les communautés qui se battent pour la sauvegarde de la forêt », plaide M. Sambou. Le bio-charbon ne fait pas d’étincelles et ne produit pas de gaz. Mais s’il est plus écologique que le charbon de bois, il met plus de temps pour cuire les aliments.

Une lenteur qui, de l’avis de ses promoteurs, est dû à l’argile qui est utilisé comme liant et qui finit par occuper 15% du volume final du bio-charbon et réduit sa puissance calorifique. « Nous faisons des tests avec de l’amidon à la place de l’argile. La puissance est décuplée et la cuisson plus rapide », avance Clément Sambou. Le hic, c’est que le coût de l’amidon (alors que l’argile est gratuite) risque de se répercuter sur le prix du charbon vert.

Sidy DIOP, Cheikh Aliou AMATH (textes)
et Abib DIOUM (photos)
Last modified on lundi, 22 août 2016 08:05

Choc des beautés

20 Aoû 2016
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« Fesses bombées, teint doré, ongles et cheveux parfaits. Si les Brésiliennes ont la réputation d’être les plus belles femmes du monde, c’est sans doute parce qu’elles s’occupent de leur plastique comme peu de femmes dans le monde. Soins en institut trois à quatre fois par mois, manucure hebdomadaire et chouchoutage quotidien à la maison, le culte du corps et de la beauté est, à l’instar du foot, un sport national ». En lisant cela dans un journal français, un voisin a failli s’étrangler, dégoûté qu’on ait fait monter sur la plus haute marche du podium de la beauté et de l’élégance d’autres femmes, à la place des Sénégalaises.

Et des arguments, pour contester ce classement fantaisiste, le voisin en a donné. Selon lui, en matière de coupe fessière, de plastique, de coiffure et de soins corporels, les filles du pays de la samba ne sont pas plus avancées que les filles du pays de la téranga qui sont en quête permanente de nouveautés pour toujours mettre en valeur leur grâce et leur élégance légendaires. Baignant constamment dans une fragrance de « gongo » et surfant sur un nuage d'encens, nos femmes, dont le doux et régulier cliquetis de leurs ceintures de perles rythme leur mouvement, disposent de sérieux atouts leur permettant de mettre les rivales à leurs pieds. De Rio au Brésil où elle se trouve actuellement, la capitaine des basketteuses sénégalaises, Astou Traoré, n’a-t-elle fini de révéler toute sa coquetterie ?

Selon notre envoyé spécial, « joliment fardée, avec un crayon sous-cil qui fait bien ressortir ses yeux, Astou a pris le soin de se mettre du rouge à lèvre bien senti pour finir de donner de la gueule à son look, à chaque fois que les Lionnes étaient de sortie ». Si le culte du corps et de la beauté est, à l’instar du foot, un sport national au Brésil, il est, à l’image de la lutte sénégalaise, une religion pratiquée avec soin par la gent féminine à l’échelle nationale. Dans un choc des beautés, les Sénégalaises sont donc capables de faire mordre la poussière à toutes leurs rivales de tous les continents.

Par Cheikh Aliou AMATH

Last modified on lundi, 22 août 2016 10:51

Le nom d’Amadou Makhtar Mbow sonne comme celui d’une référence incontournable dans son pays. Cette notoriété est acquise au fil des années et au détour de missions autant nationales qu’internationales dignement accomplies.

La légende est vivante : Amadou Makhtar Mbow. Il est à l’opposé des individus qui ensevelissent leurs angoisses dans le sable de l’immédiateté et de la répétition. L’ancien ministre de l’Education du Sénégal est du genre à retourner sur le chemin parcouru, à se livrer à des bilans d’étape et à poser des actes différents au prix de la seule défense des intérêts de sa nation. Il est des hommes qui ne lâchent jamais l’affaire, toujours prêts à servir dès lors qu’il s’agit de le faire pour la bonne cause. Les Assises nationales qu’il a pilotées constituent un grand moment d’investissement patriotique.

Ce parti pris, pour une citoyenneté active et des institutions fortes, l’envoie, à la faveur de la volonté du chef de l’Etat, Macky Sall, à la tête de la Commission nationale de réforme des institutions. Sa liberté est ancrée dans sa chair, mais aussi parce qu’il s’est battu pour la conquérir. Lui, qui prône l’indépendance coûte que coûte, s’est toujours porté volontaire pour les combats patriotiques. Il a enseigné l’histoire pendant des années. Il a servi son pays en tant que ministre, avant d’atterrir à l’Unesco pour y effectuer une brillante carrière internationale. Disparu des radars, il revient à la surface, à la faveur des consultations nationales appelées Assises. Il estimait à l’époque que c’est aux citoyens qu’il revient de redresser un dispositif qui risque « de devenir fou ».

Une rampe pour toutes les générations
Né en 1921, Amadou Makhtar Mbow a, après des études supérieures à Paris, enseigné l’histoire et la géographie au Sénégal où il a assuré la direction de l’éducation de base de 1952 à 1957. Ministre de l’Education et de la Culture pendant la période d’autonomie interne (1957-1958), il démissionne pour s’engager dans la lutte pour l’indépendance de son pays. Celle-ci acquise, il deviendra ministre de l’Education nationale (1966-1968), puis de la Culture et de la Jeunesse (1968-1970) et député à l’Assemblée nationale. Elu au Conseil exécutif en 1966, il est nommé sous-directeur général de l’Unesco pour l’éducation en 1970. Directeur général en 1974, il sera réélu pour un deuxième mandat en 1980. Son œuvre est un livre de toute la vie, une rampe pour toutes les générations.

Auparavant, il avait servi quelque part dans l'ensemble architectural, sis Place Fontenay et abritant le siège de l'Unesco. Nous sommes en 1974 quand le Sénégalais Amadou Makhtar Mbow installe ses quartiers pour succéder, à l’issue d'un vote plébiscite, à cet autre mohican de l'humanisme universaliste qu'a été René Maheu. Avec lui, il a fréquenté ce lieu pour contribuer à la construction d'un monde meilleur. Le nouveau locataire de ce temple a alors sous ses ordres plus d'un millier de fonctionnaires. Il verra, durant les six premières années de son mandat, ses effectifs augmenter considérablement.

Le défi de l’Unesco
Le défi est grand, il faut se préparer en conséquence. Au-delà de sa personne, c’est à toute une nation, à tout un continent qu’Amadou Makhtar Mbow doit faire honneur. Au vu de son profil, la mission ne devrait pas poser trop de problèmes. En effet, l’homme, avant d'arriver là, avait été, plusieurs fois, ministre en charge des questions d'éducation et de culture dans son pays, le Sénégal dirigé alors par le poète-président Léopold Sédar Senghor. Le quinquagénaire d'alors faisait autorité du haut de sa grande probité intellectuelle et de son intelligence à tout crin qui, jusqu'ici, ne lui avaient pas fait défaut.

Pour lui, «les nouvelles élites africaines se doivent de prendre en compte cette évolution par une nouvelle prise de responsabilité qui doit se traduire par des opportunités de développement à saisir », confiait-il au quotidien national « Le Soleil ». Mbow l’a compris, qui a piloté les Assises nationales puis la Commission nationale de réforme des institutions. Après sa nomination à la tête de l’Unesco, le monde découvre un homme profondément optimiste quant au devenir du continent africain.

Ce monde sera saisi par ce premier Africain à accéder à ce poste prestigieux pour exprimer comment, dans le but de donner corps à ses charges nouvelles et de mener à bien sa mission, il était animé de sa volonté inébranlable de « puiser dans le génie du peuple africain, dans sa sagesse » les ressources pour conférer à l'Unesco une dimension plus authentiquement internationale.

«En quittant l'Unesco, je n'ai pas cessé mes activités dans le domaine de la coopération intellectuelle internationale qu'on ne peut séparer du reste de la politique au sens large du terme. Je pense qu'un intellectuel n'est jamais à la retraite. Le savoir évolue si vite et les changements du monde sont si rapides que l'on a besoin d'une actualisation permanente de ses propres connaissances pour rester au diapason de son temps », confiait Mbow au quotidien national « Le soleil ».

Par Omar BA

Last modified on lundi, 22 août 2016 10:50

Situé au nord-ouest de la ville de Thiès, le quartier Grand Standing se particularise par son calme et son caractère résidentiel. Mais, une zone d’habitation qui vit à l'épreuve  d’une forte pression foncière et de l’insécurité grandissante.

« Ici, les premiers habitants se sont installés vers les années 1983-1984 après son premier lotissement réalisé en 1979 sous la signature de la lettre d’attribution par le gouverneur de Thiès d’alors, Bécaye Diakhaté », nous renseigne l’actuel délégué de quartier, Ngorane Ngom, qui y vit depuis 1988. L’enseignant à la retraite fut le directeur de l’école Djibril Diaw de Grand-Thiès. Il a pris le relais en 2015 du premier délégué de quartier, feu Sounkarou Coulibaly, un ancien garde républicain qui, avec le sage et pionnier Mayoro Fall (à ne pas confondre avec feu son frère transporteur du même nom), feu Cherif Aïdara, mère Diédhiou, entre autres, a été un des premiers à s’installer dans le quartier.

« C’est en 1997-1998, avec l’entrée en vigueur de la seconde phase de la décentralisation, que le quartier a été érigé par la mairie et a fini de porter l’appellation de son lotissement réalisé en 1982. Ce, contre la volonté des populations que ce nom pompeux dérangeait parce que faisant croire que le lieu était habité par les gens aisés, à l'image de la cité millionnaire qui s’appellera, plus tard, la cité Malick Sy. Des noms comme Darou Miname, Darou Salam, Médine avaient été avancés. C’était à l’époque où Moustapha Ndiaye était maire de Thiès», souligne le délégué de quartier Ngorane Ngom.

Mais, à l’analyse de la situation, souligne-t-il, les premiers arrivants, pour la plupart, étaient des personnes du troisième âge. Aujourd’hui, la tranche comprise entre 30 à 55 ans semble constituer plus de 85% de la population du quartier favorisant aisément le rapide accroissement du taux des enfants en âge de scolarisation ».

Pression foncière et insécurité
Par ailleurs, les habitants du quartier Grand Standing viennent de différents quartiers de la ville de Thiès, mais aussi d’autres localités du pays. C’est un melting-pot où l’on trouve des Wolofs, des Pulaar, des Sérères, des Bambaras, etc. Les musulmans, toutes confréries confondues, vivent en parfaite harmonie avec les chrétiens dans ce quartier qui abrite il faut le reconnaître les plus belles villas et immeubles de la ville de Thiès.

A cela s’ajoute le dynamisme dans les activités commerciales avec l’installation de stations services et agences. Aujourd’hui, il fait maintenant partie intégrante des 18 quartiers de la commune d’arrondissement de Thiès-Ouest née à la faveur du Décret N°2008-1344 du 20 novembre 2008 portant création de communes d’arrondissement dans la ville de Thiès. Toutefois, le quartier fait face à une forte pression foncière qui menace surtout, selon le délégué de quartier Ngorane Ngom, « les poches réservées pour la plupart aux espacées verts et autres infrastructures sociales de base ».

C’est le cas du site qui a été réservé pour la réalisation d’un poste de santé par un groupe commercial nouvellement installé. Grand Standing serait le seul quartier de la ville de Thiès qui ne dispose d’aucune structure sanitaire alors qu’il compte 6000 âmes. La conséquence est que les habitants se tournent vers les postes de santé de Thiès None et de Mbour 3. Malgré son calme apparent, le quartier Grand Standing laisse planer une grosse inquiétude des populations face à l’équation de l’insécurité.

Une situation surtout liée, selon le délégué de quartier, « à l’inachèvement de certaines maisons devenues des refuges pour malfaiteurs, délinquants, drogués et autres malades mentaux qui profitent de l’obscurité et le calme pour commettre leurs forfaits. Ce qui fait que le quartier connaît beaucoup d'agressions surtout la nuit, des cas de vols et un tapage nocturne fréquent. C’est pourquoi, notre souhait le plus ardent est l’implantation d’un poste de police ». Autant de contraintes auxquelles ce quartier de Thiès est confronté et dont la prise en charge nécessite une démarche participative et inclusive. D’où, de l’avis de son délégué de quartier, « l’intérêt de la mise en place d’un cadre de dialogue et de gestion qui implique toutes les sensibilités autour des questions d’hygiène, d’environnement, du cadre de vie, de la sécurité, de l’éducation, de la santé, des affaires religieuses, entre autres ».

Un comité de gestion communautaire
Cette dynamique est déjà enclenchée avec la mise en place du comité de gestion communautaire du quartier (Cgcq) qui a fédéré toutes les organisations naissantes dans le quartier dont celles des femmes qui s’activent dans la microfinance et des jeunes dans leurs activités quotidiennes.

Des actions qui ont commencé à porter leurs fruits,  souligne Ngorane Ngom, « avec les réalisations qui ont été faites par la mairie de Thiès-Ouest dans le déblaiement des axes routiers, la construction d'une école élémentaire hors du quartier, un Cem, une case des tout-petits construite par les femmes ». Il annonce aussi le projet de construction d’un complexe scolaire d’intérêt public qui comprendrait une école élémentaire de 12 classes et une case des tout-petits dont les concepteurs sont à la recherche de financement auprès des autorités municipales et académiques.

Par Mohamadou SAGNE

Last modified on lundi, 22 août 2016 10:47

« Vous êtes des braves, mais pour moi tout est déjà fini », dit une dernière fois le jeune officier à quelques soldats dans le véhicule qui l’évacue en urgence vers Kolda. Il n’atteindra pas la capitale du Fouladou. Nianao est un hameau au sud de Velingara à 3 km de la frontière portugaise. Portugaise car en octobre 1972, les combattants du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) se battent farouchement pour l’indépendance de ce qui deviendra la Guinée-Bissau. Ce n’est qu’en 1974, après la Révolution des œillets, que le Portugal quittera le pays. Le Paigc harcèle sans cesse les positions de l’armée coloniale portugaise. Pour protéger la Casamance et prévenir les actions de représailles sur les villages frontaliers où se replient souvent les alliés guinéens, les Jambars assurent la sécurité du territoire national. Il est 19 heures ce jeudi 12 octobre 1972 quand le lieutenant Diallo vient de terminer la dernière inspection des positions tenues par sa section avant la tombée de la nuit. « Dans le village tout proche, on vient de rompre le jeûne du ramadan, les prières s’élèvent des mosquées vers le ciel, pendant que femmes et enfants s’affairent autour des cuisines en plein air pour les repas du soir », écrit « Le Soleil ».

Et soudain, c’est l’enfer ! 05 blindés portugais, profitant du crépuscule, franchissent la frontière et foncent vers le poste militaire qui protège Nianao. Ils tirent sur les militaires qui ripostent. L’attaque par surprise est violente, mais elle n’atteint pas son but car, en face, il y a du répondant. L’officier, à la tête de ses hommes, organise son dispositif ; les ordres claquent dans le staccato des mitrailleuses. Très vite, les Jambars prennent le dessus et imposent la retraite aux Portugais. Mais ces derniers constatent que l’intrépide lieutenant a été touché à l’épaule et à la poitrine. Un blindé portugais revient sur ses roues et tient à le « ramasser », dans doute pour en faire un trophée de guerre. Les soldats sénégalais ne l’entendent naturellement pas de cette oreille et font corps autour de leur chef malgré les salves d’obus lâchées par l’engin portugais. C’est payant car l’assaillant fait demi-tour et profite de l’obscurité pour battre en retraite.

Malheureusement, on déplore, outre l’officier, un villageois tué.

En visite en France, le président Senghor ne décolère pas. Il reçoit les excuses du sinistre commandant en chef des forces portugaises de Guinée-Bissau, Antonio de Spinola, qui promet que le commandant de l’unité en cause sera traduit devant le tribunal militaire. Les messages de soutien affluent de partout. Lisbonne reconnaît que 05 de ses blindés ont violé le territoire sénégalais. Les présidents Boumedienne (Algérie) et Ahidjo (Cameroun) notamment expriment leur sympathie à l’égard du Sénégal. Senghor demande à Coumba Ndoffène Diouf, son ministre des Affaires étrangères, de prendre le premier avion pour New-York afin de déposer une plainte devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

Dans son éditorial, Bara Diouf flétrit « cette sale guerre que mène le Portugal en Guinée-Bissau ». Qu’avons-nous à faire d’excuses plates, de traduction en cour martiale et de promesses d’indemnisations lorsque des enfants de chez nous sont lâchement assassinés, demande-t-il. Il écrit : « Les faits sont patents, de surcroît reconnus par leur auteur. Il importe d’y mettre un terme définitif pour qu’enfin les pacifiques populations de Casamance retrouvent la paix. Mais il importe surtout, pour les grandes puissances qui en ont les moyens, de sommer le Portugal à épouser l’esprit de notre temps, en accordant à ses prétendues provinces d’outre-mer l’indépendance et la liberté ».

La Nation a été reconnaissante à l’endroit du lieutenant Badara Diallo et entretient sa mémoire. La première promotion de l’Enoa (Ecole nationale des officiers d’active) de Thiès – celle de l’actuel chef des armées sénégalaises, le général d’armée Mamadou Sow – porte son nom.

Par Samboudian KAMARA

Last modified on lundi, 22 août 2016 10:45

Jadis appelé Saïgon, le quartier Croisement Tp (Travaux publics), longeant la Rn1 vers Kaolack, est confronté à moult difficultés qui ont pour noms : manque d’électricité et d’eau, absence de lotissement, etc. Le délégué de quartier, Boucar Sène, plus connu sous le nom de Pape Sène, a lancé un appel pour que cette zone, qui abrite le lycée technique en chantier, soit viabilisée.

Le quartier Croisement Tp s’appelait Saïgon. Au départ, c’était des habitats spontanés. Saïgon s’est élargi au fil des ans. En réalité, il est le prolongement de Ndouck et porte le nom de Croisement Tp parce que le service des Travaux publics est situé en face de la Rn1.

Boucar Sène, plus connu sous le nom de Pape Sène, est le délégué de ce quartier peuplé d’un millier d’âmes en 2006. Militaire à la retraite, Pape Sène a choisi, comme d’autres citoyens de Fatick, de construire une maison dans cette zone pour y vivre tranquillement avec sa famille. Selon lui, Saïgon est le prolongement du quartier Ndouck. D’année en année, il a élargi ses limites.

A en croire Pape Sène, les populations estiment  qu’il est temps que Saïgon soit autonome. C’est ainsi qu’elles ont fait des démarches dans ce sens au temps où l’actuel président de la République, Macky Sall, était maire de la ville de Fatick. Après l’accord de la mairie d’ériger cette zone en quartier, a-t-il dit, il a été choisi comme délégué de quartier parmi les trois candidats en lice. Comme infrastructure, il a d’abord cité une école primaire de sept classes, dont les six ont été construites par la commune qui a aussi clôturé cet établissement. Aussi a-t-il rappelé que les parents étaient très inquiets lorsque les enfants traversaient la Rn1 pour aller étudier à l’école primaire Faydali. Aujourd’hui, a-t-il ajouté, c’est un mauvais souvenir.

Ce quartier n’est pas bien pourvu en infrastructures. Selon Pape Sène, le lotissement reste une des préoccupations des populations depuis longtemps, car une partie est seulement structurée. « L’absence de lotissement de la zone peut causer des désagréments, car les gens vont venir s’installer sans cesse et après réclamer de l’eau et de l’électricité », a-t-il soutenu. Aussi a-t-il abordé la question de l’eau qui se pose là-bas, parce que le quartier ne dispose que d’une seule borne-fontaine pour ravitailler les populations. Après avoir évoqué le manque d’électricité, Pape Sène s’est appesanti sur les problèmes d’assainissement marqués par une absence de canalisation pour l’évacuation des eaux pluviales dans une zone inondable.

Comme dans les autres quartiers, les femmes du Croisement Tp cherchent quotidiennement à améliorer leurs conditions de vie et d’existence, en s’investissant dans les activités génératrices de revenu. Elles sont principalement dans le petit commerce (poisson, légumes, friperie…) et l’exploitation du sel. Pour leur part, les jeunes, soucieux de leur avenir, sont dans la menuiserie (bois et métallique), la maçonnerie, la peinture, l’artisanat… Le délégué de quartier a tenu à lancer un appel pour la restructuration du quartier, la construction d’un poste de santé. Bref, Pape Sène veut que son quartier soit mieux viabilisé.

Oumar Ngatty BA

Last modified on vendredi, 19 août 2016 13:03

La conservation et le respect de l’environnement naturel. C’est autour de cela que travaillent, depuis 2002, les populations de Dassilamé et de 13 autres villages de la commune rurale de Toubacouta. Dans cette aire marine protégée communautaire (Ampc) du Bamboung, elles œuvrent à assurer durablement une régénération des ressources halieutiques locales et à développer l’écotourisme qui est un voyage-découvertes centré sur les milieux naturels où l’on veille scrupuleusement à la préservation des écosystèmes.

Dans le Bamboung, le bien-être des populations et la lutte contre la pauvreté sont des aspects primordiaux s’insérant dans le concept d’écotourisme. Ici, les acteurs lient étroitement protection de l’environnement et lutte contre la pauvreté par le développement économique. C'est pourquoi les populations locales, directement impliquées et intégrées dans cette activité qui génère des revenus et des emplois sur place, s’investissent pleinement, depuis 2002, pour que leur zone soit à la pointe de l'excellence environnementale. Membre du comité de gestion de l’Ampc du Bamboung, Mamadou Bakhoum et quelques autres associés ont réussi à sensibiliser et à faire adhérer au projet les habitants des villages concernés.


Bamboung 2Un mirador est planté, des balises posées et la pêche interdite dans la totalité du bras de mer, soit 16 kilomètres, pour permettre la régénération de l’écosystème. C’est ainsi que 7.000 hectares de zone naturelle sont mis en conservation. Le bolong du Bamboung, dans le delta du Saloum, est constitué d’une grande diversité d’habitats (zones sableuses, graveleuses, mangroves, tannes, herbiers, petits bolongs, fosses, hauts fonds, etc.) dont le niveau de salinité varie au fil des saisons. L’eau du bolong est en permanence légèrement sur salée par rapport à la mer. Cette diversité d’habitats et la variabilité au fil des saisons de leurs caractéristiques physico-chimiques et microclimatiques favorisent la présence d’une grande diversité d’espèces de faune et de flore.

Malgré ses énormes potentialités, la zone est restée longtemps vulnérable en raison divers facteurs naturels (sécheresses) et anthropiques (coupe abusive de bois et braconnage). « Une tendance régressive était signalée », rappelle Mamadou Bakhoum qui fait cas de « perte de la diversité floristique, fragmentation des écosystèmes, dégradation des habitats, etc. ». Face à une fragilisation progressive de ses écosystèmes par des facteurs naturels et anthropiques, mais aussi par une approche étatique de protection des ressources inadaptée, les acteurs du Bamboung, appuyés par des partenaires techniques, ont décidé d’agir par et pour eux-mêmes.

Aussi, avant de passer à la création de cette aire marine protégée communautaire du Bamboung, ils avaient vu les effets négatifs de la pêche côtière décuplés par le développement de la pêche artisanale motorisée, une réduction des effectifs et de la densité moyenne des populations de poissons, une fragmentation des zones d’abondance, un anéantissement des classes d’individus âgés et de grande taille, la sur salinité et la coupe de la mangrove de palétuviers...

Impact écologique
Bamboung 4En faisant comprendre aux populations des villages de Sandi Coly, Sangako, Toubacouta, Soucouta, Médina, Bany, Sourou, Dassilamé, Némabah, Missirah, Betenti, Bossinkang, Sipo et Diogaye que « la mangrove de palétuviers du Bamboung est un trésor de vie et un habitat précieux à la biodiversité », les animateurs de cette aire marine protégée communautaire et les partenaires techniques ont appelé à sa restauration et à sa sauvegarde pour arrêter la paupérisation du pêcheur découlant principalement de la surpêche, un des plus importants facteurs de dégradation de cette partie du delta du Saloum. Les villageois dont les moyens de subsistance proviennent de la pêche des récoltes de miel, des coquillages et autres richesses naturelles de la zone décident de prendre leur destin en main.

Le sacrifice est énorme. Il commence véritablement en 2004, avec l’interdiction de pêcher pour assurer la reproduction de la ressource et le reboisement de millions de palétuviers pendant ces dernières années.

Toutes choses ayant installé un climat d´optimisme vis-à-vis du futur et fait de la protection de l´écosystème une réalité pour leur valeur environnementale et leur fonction dans la protection naturelle des zones agricoles côtières contre la salinisation. Des éco gardes volontaires se déploient dans l’Ampc et empêchent toute action de braconnage dans la zone de protection.

A la création de l’Ampc du Bamboung, de nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer la mesure interdisant la pêche, principale source de revenus pour la population locale. Aujourd´hui, le retour des ressources halieutiques dans l’aire marine protégée communautaire du Bamboung enrichit les zones de pêches périphériques, par un phénomène de débordement, et permet ainsi aux pêcheurs d’augmenter leurs prises et donc, leurs revenus. En plus des espèces locales de poissons qui commençaient à se raréfier et qui se sont régénérées (capitaine, barracuda, carpe rouge, mérou doré, etc.), il y a des lamantins et des tortues marines.

Pour sa part, le milieu ornithologique est riche de ses nombreux oiseaux nicheurs : flamant nain, pélican gris, héron goliath, goéland railleur, mouette à tête grise, sternes royale et caspienne, aigrette dimorphe, barge à queue noire, avocette. Ailleurs dans l’Ampc, il y a des phacochères, guibs harnachés, hyènes tachetées, servals, singes verts, etc. La protection de cet écosystème, à la fois riche et fragile du fait de sa grande sensibilité aux activités de l´homme et aux effets du changement climatique, a porté ses fruits.

Sidy DIOP, Cheikh Aliou AMATH (textes) et Abib DIOUM (photos)

Ecotourisme : Dans le cadre enchanteur de Keur Bamboung
Bamboung 3Dans cet espace protégé, a été installé le campement communautaire de Keur Bamboung géré par des natifs des 14 villages situés à l´intérieur de l’Ampc.

Ici, l’on développe l’écotourisme ou tourisme durable centré sur les milieux naturels et proposant aux intéressés de voyager de façon responsable, en découvrant et en étant en contact avec la nature, ainsi qu’en veillant à la préservation des écosystèmes.

« Les éco guides, qui font découvrir aux touristes la richesse de la biodiversité de la flore et de la faune marine que renferme la réserve, sont des fils de nos terroirs », fait savoir Elhadj Amadou Ndao, gérant du campement communautaire Keur Bamboung.

Neuf (9) cases en terre crue, en paille et en bois, selon les techniques locales, accueillent les voyageurs. Elhadj Amadou Ndao nous explique « le fonctionnement de l’aire marine de Bamboung qui associe protection par les villageois et revenus de substitution par le tourisme ». Selon lui, l’aire marine protégée communautaire fait travailler, à Keur Bamboung, une vingtaine de personnes et contribue à faire vivre plusieurs villages par la confection de confitures, la vente d'huîtres, l’écoulement de produits horticoles, etc.

En promouvant un tourisme hautement respectueux de la nature et des communautés, Keur Bamboung gère la fréquentation de façon adéquate ; ce qui attire des touristes désireux de s’intégrer dans cet environnement ou l’on s’éclaire au solaire, utilise l´eau du puits, circule à pied ou en voiture hippomobile. Du seuil d’une case, l’on découvre le majestueux panorama que nous délivre Keur Bamboung, une vue sans fin sur le fleuve, la mangrove et ses palétuviers. « Les touristes, subjugués par la beauté du paysage et la sérénité qui s'en dégage, séduits par l'isolement, la gentillesse et la gaieté du personnel, reviennent souvent sur les lieux », se félicite Elhadj Amadou Ndao.

Sidy DIOP, Cheikh Aliou AMATH (textes) et Abib DIOUM (photos)

Last modified on vendredi, 19 août 2016 13:04

Fass Paillotte brûle !

19 Aoû 2016
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Stupeur à Dakar, ce vendredi 17 février 1984. Un violent incendie a détruit en une demie heure la quasi-totalité de Fass Paillotte, un bidonville au cœur de la ville à l’époque. Chaque année, ce quartier de Dakar était la proie des flammes. Cette fois, le problème de l’occupation anarchique des terrains est posé. Les soldats du feu ont eu toutes les peines du monde à circonscrire le sinistre. Le lendemain, « Le Soleil » titre : « Fass en cendres ».

« Nous avons donné toute l’artillerie », s’exclame le colonel Bamba Ndiaye, pour résumer l’engagement de ses hommes. Dans les colonnes du journal, le patron du corps national des sapeurs-pompiers (l’unité deviendra groupement national quelques années plus tard), qui dirige lui-même les opérations, rapporte que 10 engins, 02 ambulances et la voiture Sos du médecin du corps. Une compagnie entière est engagée dans l’opération. Interrogé par le reporter, l’officier supérieur déplore « un grand obstacle ». Les bouches d’incendie du secteur ayant une pression trop faible, les pompiers doivent se rabattre sur celles installées sur l’avenue Blaise Diagne. « C’est que des gens se sont installés, de manière anarchique, à Fass Paillotte. Nous avons dû dérouler des tuyaux sur 300 à 400 mètres à partir des points d’eau », explique le colonel.

Fass Paillotte a connu, pendant de longues années, des sinistres causés soit par l’eau, soit par le feu. Boubou Ndoye, un des adjoints au délégué de quartier, le rappelle. « Les pompiers ont toujours eu des difficultés à travailler ici ; l’accès du quartier est malaisé, ses ruelles étroites », dit-il. Lors de certaines interventions, les soldats du feu étaient obligés d’abattre des baraques pour se frayer un chemin. C’est que le sous-quartier avait tout d’une favela. Pas de rues larges, pas de branchement des habitations sur le réseau d’égout et sur celui d’eau potable, pas d’éclairage public, pas de vespasiennes, la totale quoi ! Un reportage photos sur une page et réalisé par Ibrahima Mbodj montre l’ampleur des dégâts.

Pourtant, explique « Le Soleil », « ce quartier devait être aussi propre et aussi agréable d’aspect que la Médina ». Sinon plus. Rien de tout cela n’a été fait au fil des ans. Et les langues se délient. On apprend ainsi qu’en 1974-1975, une mission de la Banque mondiale avait même visité Fass Paillotte. Elle était repartie après avoir proposé un plan d’urbanisation. C’était elle qui devait en financer la réalisation. Et depuis, plus rien. « On avait même envisagé d’installer les habitants aux Parcelles assainies », explique un notable du quartier. Alors que des chefs de famille avaient commencé à verser des cotisations dans ce sens, un beau jour, ils ont été priés de venir récupérer leurs contributions.

Certains habitants prétendent que l’administration refuse de leur accorder des permis de construire afin d’ériger des demeures plus solides. C’est qu’ils sont là depuis longtemps, 1946 précisément.  Il n’y avait, à l’époque, que ces cases couvertes de chaume, d’où son nom. Mais pourquoi cette récurrence d’incendies ? Fass Paillotte partageait ce triste privilège avec Taïba Grand-Dakar, alors coupe-gorge et fief de loubards à l’époque. L’incendie de Fass Paillotte fit grand bruit et émut l’opinion. Mais à quelque chose malheur est bon, si l’on ose écrire. Quelques mois après l’incendie de février 1984, les fondations d’une nouvelle cité furent entamées. Aujourd’hui, ce lieu est occupé par des immeubles Hlm…

Par Samboudian KAMARA

Last modified on vendredi, 19 août 2016 13:06

La bonne graine et l’ivraie

19 Aoû 2016
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La planète scandale, du côté du Sénégal, est secouée, suite à la circulation, dans les réseaux sociaux, d’une vidéo concernant un agent de police mis en cause dans une affaire de corruption. Depuis le jour des faits, il n’y a plus, de la part de certains, le moindre respect pour la police secours. Pas le petit témoignage sur ces valeureux fonctionnaires qui, de jour comme de nuit, veillent sur la sécurité des personnes et de leurs biens.

Cette affaire de corruption a donné libre cours à toutes les insanités proférées par des personnes qui, réclamant un maintien d’ordre dans les rangs de la police, ont exploité la maladresse d’un seul élément pour mettre tout le monde dans un même sac et brûler l’ensemble de ce corps d’élite plein d’hommes et de femmes vertueux. Cette façon de clouer au pilori cette grande institution, pour un faux pas de l’un de ses agents qui ne s'est bien gardé de succomber à la tentation de l’argent, a poussé certains hommes à inviter ceux qui s’en gaussent à aller fouiller dans les catacombes de leur propre vie. C’est sûr qu’ils y trouveront quelques faits, gestes et images personnels ou de proches qu’ils ne souhaiteraient pas que l’on commente.

Des gens ont été prompts à flinguer sans discernement, sans concentration, sur l’objectif. Conséquence : ils ont mis à côté de la plaque, ratant l’agent ripoux et n’atteignant pas les autres policiers blancs comme neige. La police des polices au Sénégal, qui a vu le fonctionnaire indélicat en flagrant délit, l’a placé en garde à vue et déféré au tribunal. La hiérarchie, soucieuse de l’honneur du corps des policiers, n’a pas fait dans la police secrète pour tirer d’affaire un élément ayant souillé sa tenue. Sans tambour ni trompette, elle a séparé la bonne graine de l’ivraie. Voilà la belle image d’une police juste qui s’assure le respect des citoyens de foi et de bonne foi.

Par Cheikh Aliou AMATH

Last modified on vendredi, 19 août 2016 13:08

Salihou Keïta, secrétaire général de l’Agence nationale pour la promotion de l'emploi des jeunes (Anpej), a fait sienne la mise en œuvre d’une politique efficace d’insertion professionnelle des jeunes. Un combat qui se justifie au regard du parcours de l’homme.

C’est dans son luxueux bureau, sis à Castors, que le secrétaire général de l’Agence nationale pour la promotion de l'emploi des jeunes (Anpej) nous a reçus. Une immense pièce qui pourrait facilement tenir lieu de salon dans certaines maisons. Ici, il s’agit bien d’un bureau. Les cartons dispersés un peu partout confèrent de l’importance des dossiers qui s’y traitent. Les coups de fils ininterrompus de notre hôte sont également d’ordre à démontrer combien il est sollicité. De temps à autre, son assistante ne manque pas de faire irruption pour déposer des documents « à signer d’urgence ».

Normal ! Ici, se traite, en effet, la question cruciale de l’emploi des jeunes au Sénégal. Cette agence qui occupe une place centrale dans l’architecture gouvernementale est un lieu où l’on discute de l’avenir des jeunes. Il s’agit donc de trouver des mécanismes allant dans le sens de veiller à leur insertion. L’apparence est souvent trompeuse. Devant cette réussite à couper le souffle, se cachent, en réalité, pas mal d’embuches venues se greffer sur le parcours du secrétaire général de l’Anpej. Il n’y a pas de tabou chez Salihou Keïta qui a connu un parcours exceptionnel. L’homme s’est fait tout seul, serait-on tenté de dire.

Le costume et la cravate, ces signes de réussite sociale, ne lui ont pas fait oublier d’où il vient. A l’en croire, il a mis une grande constance et une certaine virtuosité à accumuler les étapes qui mènent à la réussite. Il dira, au fil de la conversation, qu’il a été, tour à tour, footballeur, enseignant, politicien, et économiste, avant d’atterrir au secrétariat général de l’Anpej. Il a été aussi directeur de l’Agence nationale des marchands ambulants. Structure qui avait pour mission de veiller à la sédentarisation des vendeurs à la sauvette. Salihou est issu d’une famille aux revenus modestes. Son père d’origine malienne tient boutique à Sandaga. Le jeune grandit donc en plein centre-ville.

Un parcours atypique
« Mon enfance se passe entre Plateau, Reubeuss et les autres quartiers avoisinant le centre-ville », évoque-t-il. «Une enfance très heureuse, mouvementée et faite de rencontres », se souvient-il. Comme tout enfant, il grandit « dans un royaume d’innocence caractérisé de rêves et d’illusions parfois ». Salihou n’était pas forcement l’élève le plus brillant de sa classe. Toutefois, il faisait en sorte de ne jamais sortir du peloton des meilleurs. « Je m’assurais d’avoir la moyenne et de toujours faire partie du peloton des cinq premiers. Il en a toujours été ainsi durant tout mon parcours scolaire », informe-t-il. Il se définit comme un élève turbulent mais travailleur. « J’étais toujours parmi les cinq premiers de la classe », répète-t-il.

Salihou effectue son parcours scolaire dans le Plateau jusqu’à l’obtention de son baccalauréat série B économie équivalent aujourd’hui de la série G. L’école va très vite amener cet enfant à croire en lui. Il bataille ferme pour réussir. « Je n’ai que de bons souvenirs de l’école », dit-il. Après le baccalauréat, il sera orienté à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Faseg) pour y suivre des études en économie. L’étudiant décide de passer le concours pour enseigner. « Mon papa avait décroché et les temps étaient assez durs. Etant entendu que j’étais le seul rejeton qui avait un niveau d’études assez avancé, il fallait que je parte enseigner. Ma première affectation m’a amené à Keur Madiabel », se rappelle-t-il. Après des années passées dans l’enseignement, il sera finalement réaffecté à Dakar. Le jeune enseignant ne perd pas de temps. Il retourne vite se réinscrire à l’université afin de poursuivre son cursus. Il en ressort avec des diplômes à son actif. Il est, en effet, titulaire d’un diplôme supérieur en management des projets, organisations de développement, d’un Master en économie micro finance et en développement local à la Faseg.

Ensuite, il quitte l’enseignement pour aller servir au ministère de l’Economie et des Finances en 2010.

Le contact avec la politique
Son premier contact avec la politique se passe au sein de l’Alliance des forces du progrès (Afp) de Moustapha Niasse. Une fois à Dakar, il adhère à l’Aj/Pads aux côtés du Dr Cheikh Mbacké Lô. Le contact avec Macky Sall a eu lieu dans le cadre des cours qu’il dispensait à ses enfants. Là, il a appris à connaitre l’homme. De fil en aiguille, il finit par adhérer à l’Alliance pour la République (Apr) que venait de créer Macky Sall. Selon lui, il figure parmi les premiers à introduire l’Apr à Dakar Plateau. A cette période des vaches maigres, militer dans l’opposition n’était pas du tout un jeu d’enfant. Il se souvient des nombreuses difficultés pour asseoir une bonne base politique dans cette partie du centre-ville. L’expérience acquise dans les autres formations politiques lui sera utile dans ce gigantesque chantier. Aujourd’hui, le jeune leader dénonce « ceux qui ont autrefois combattu l’Apr, en menant la vie dure à ses premiers militants ».

Mais, il pardonne. Car « notre leader est un fédérateur et c’est ce qu’il nous enseigne », dit-il. Une brèche qui lui permet de se rappeler le discours que leur a tenu à huis clos le président Macky Sall, au lendemain de sa victoire : « Allez vers les populations, évitez les vitres teintées, parlez avec les populations, ne vous enfermez pas, car le grade le plus haut dans un pays, c’est le peuple, tandis que le plus haut dans un parti politique, c’est le militant ».

Tout cela vient avec un sourire et une courtoisie. Il veut écourter le propos et nous entraîner dans les circuits de sa structure. « Nous nous battons continuellement pour permettre au plus grand nombre de jeunes sénégalais de jouir d’une insertion sociale effective. Le défi est grand, mais demeure possible à relever », souligne-t-il. Au vu des nombreux progrès déjà enregistrés, l’espoir est permis.

Par Oumar BA

Last modified on vendredi, 19 août 2016 13:09

Baridiame ou la paix à profusion, en wolof. C’est le nom de ce village du département de Kébémer qui entre dans l’histoire le 9 septembre 1980. 18 heures 40. La petite bourgade située à 30 km de Darou-Mousty, à quelques 9 bornes du virage de Ndoyène, se prépare à la prière du Maghrib. C’est alors qu’un « objet non identifié » venu du nord sème la panique dans la population.

« Le Soleil » n’évoque l’affaire que 10 jours plus tard. « Le phénomène est venu avec un orage violent, accompagné d’un bruit infernal », rapporte-t-il, dans un article non signé. « M. Mbaye Khouma, une des principales victimes prétend que l’objet tournoyant faisait plus de bruit que 10 camions vrombissant en même temps », souligne le papier.

Dans l’édition du 18 septembre 1980, Djib Diédhiou souligne d’emblée qu’il faut faire confiance aux scientifiques pour avoir des réponses au phénomène. Une commission conduite par le directeur de l’Ecole polytechnique de Thiès se rend en mission sur les lieux.

L’objet ne s’est attaqué qu’à quelques maisons, à quelques cases dont la majorité est située sur l’axe Nord-Sud, mais quelques caprices font qu’il a sauté des carrés entiers pour toucher plus loin d’autres concessions. Toutes les personnes interrogées déclarent avoir aperçu un objet long avec une tête servant de couronne, de couleur bleue, rapide et sonore. A 2 km plus au nord, le village de Keur Amadou Moctar a subi les mêmes effets. L’Ovni a d’abord ressemblé à un serpent, puis à une tige avec une tête et volait à 50 mètres au-dessus de ceux qui ont osé le regarder car la couronne était d’une blancheur éblouissante.

De forme allongée, blanche avec une tête bleuâtre et émettant une lumière rouge par intermittence. Son passage n’a duré que 02 minutes, mais il aura fait des victimes et causé d’importants dégâts. Les témoins affirment avoir ressenti une chaleur extrême durant quelques seconds et entendu un bruit assourdissant. Un peloton de gendarmerie se rend sur place en compagnie du député-maire de Kébémer, Ahmet Diop. L’affaire, naturellement grand...bruit. Les lumières du Pr Djibril Fall, directeur du Cerer (Centre d’études et de recherches sur les énergies renouvelables) sont requises.

Le 24 septembre 1980, Abdoulaye Bamba Diallo se rend sur place en compagnie d’Ibrahima Mbodj (photos) pour témoigner du traumatisme causé par l’Ovni au sein de la population. Le 30 septembre 1980, Djib Diédhiou est l’envoyé spécial du journal dans la contrée. Il est témoin de la mission conduite par le ministre de l’Action sociale sur les lieux. Le gouvernement offre 10 tonnes de maïs aux sinistrés après une première assistance venue du préfet de Kébémer. 19 ans plus tard, dans le « Cahier Vacances » de 1999, Saliou Fatma Lô et Cheikh Bâ reviennent sur l’affaire dans le cadre d’un reportage. Le souvenir des habitants reste vivace.

Fondé il y a 409 ans par Abdou Karim Khouma, dont l’ancêtre Magana Khouma venait du Djolof, le village niché au cœur du Cayor venait de vivre une expérience inédite. D’après le journal, un incident similaire avait eu lieu au-dessus de l’aéroport de Yoff. Mais la thèse la mieux partagée, celle qu’on devine entre les mots des rédacteurs, est que la « chose » de Baridiame était bel et bien une soucoupe volante. Après le passage des autorités militaires et scientifiques sur le terrain, et à la suite des déclarations des habitants, « trois choses sont maintenant claires » : Un Ovni a survolé le village pendant moins de 03 minutes et détruit quelques maisons et arbres ; ce n’était pas un orage car il n y a pas eu de précipitations d’eau, « seulement des gouttelettes » ; ce n’était pas la foudre car rien n’a brûlé ou ne porte les traces d’une carbonisation. Version officielle. 36 ans après, Baridiame s’est définitivement « réconcilié » avec son nom…

Par Samboudian KAMARA

Last modified on jeudi, 18 août 2016 12:01

Normalien, agrégé de philosophie, Souleymane Bachir Diagne est actuellement professeur aux départements de français et de philosophie de la prestigieuse université Columbia de New York.

Silhouette élancée, visage souriant, cet homme aux cheveux poivre sel est né en 1955 à St-Louis du Sénégal. Si surdoué il y a, il en demeure un incontesté. Il est « crack », comme on dit, par la précocité de son esprit scientifique qui s’est révélé dès sa tendre jeunesse au lycée Van Vollenhoven de Dakar. Le jeune élève Souleymane Bachir Diagne s’est très tôt fait remarquer par des résultats hors du commun, dans les disciplines autant littéraires que scientifiques. Qui pourrait parier que ce jeune garçon, féru de mathématiques, titulaire du Bac C, emprunterait la carrière philosophique à une époque de séparation des disciplines ?

Bachir est cependant l’un de ces rares philosophes qui parlent aussi bien qu’ils écrivent. Ce normalien pensionnaire d’hypokhâgne, qui a décroché l’agrégation de philosophie, à titre français, à l’âge où beaucoup de jeunes se battent pour le baccalauréat, est un logicien hors pair qui a soutenu sa thèse de doctorat d’Etat sur « Les lois de la pensée de George Boole ». Auparavant, il avait produit une thèse de troisième cycle à la Sorbonne intitulée « De l’algèbre numérique à l’algèbre de la logique ». Spécialiste de philosophie islamique, en particulier du soufisme, il est philosophe et historien des sciences. Il a enseigné au Sénégal pendant 20 ans avant d’aller aux États-Unis où il exerce aux départements de français et de philosophie de l'université Columbia (New York).

Ce natif de Saint-Louis a grandi entre la Casamance et Dakar. Souleymane Bachir Diagne a étudié à Paris (Louis-le-Grand) avant d’être le premier Sénégalais à intégrer l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. Un parcours d’exception pour un homme modeste qui enseigne aujourd’hui à l’université Columbia (New York). Cet homme qui n’a jamais tourné le dos à son pays n’oublie pas d’où il vient. Il a bénéficié d’un excellent enseignement au lycée Van Vollenhoven, établissement dakarois réservé aux meilleurs et d’une bourse d’études que le président Senghor avait doublée lorsqu’il a été reçu à Ulm pour qu’il « puisse avoir le même niveau de vie que les autres ».

Un formateur hors pair
Souleymane Bachir DiagneSouleymane Bachir Diagne choisit de ne pas s’enfermer dans une identité imposée et s’intéresse à l’algèbre. Il y consacre sa thèse avant de créer un séminaire spécifique à l’université de Dakar où il est vu comme « excellent pédagogue, toujours disponible et très aimable avec ses étudiants et ses collègues », précise une de ses connaissances, Mamadou Diouf, de l’Institut d’études africaines de Columbia. Dans les années 1980, après la révolution iranienne, des filles voilées arrivent sur le campus de Dakar. Il était primordial que les enseignants rappellent qu’il existe une tradition de libre-pensée dans l’Islam. Souleymane Bachir Diagne se rappelle alors les enseignements de son père. « J’ai formé toute une génération de logiciens et j’ai créé une sorte d’école à Dakar.

Mais, il est vrai que lorsque l’on est sur le continent, on ne peut pas être sourd au débat sur la philosophie africaine », reconnaît-il, dans la tribune « Jeune Afrique ». « Je suis issu d’une famille de lettrés musulmans de Saint-Louis, qui a été un centre d’études religieuses important. Enfant, j’ai grandi parmi les livres, et mon père, fonctionnaire des postes, était aussi théologien. Il m’a mis à l’école coranique, mais aussi à l’école catholique, puis publique. M’intéresser à l’Islam, c’était renouer avec mon héritage et rappeler aux voix fondamentalistes qu’il existe une tradition des lumières dans l’Islam », raconte-t-il dans les mêmes colonnes.

Diagne s’intéresse à la rencontre de l’Islam et de l’Afrique, mais aussi à celle de l’Islam et de la pensée grecque et hellénistique sur le continent. Il consacre un ouvrage à l’un des pères du Pakistan, Islam et Société ouverte. La fidélité et le mouvement dans la pensée de Muhammad Iqbal.

Son installation aux États-Unis a permis à ses collègues occidentaux de s’ouvrir à un autre monde. Pourtant, quand l’université Northwestern à Chicago l’avait invité à rejoindre son équipe enseignante en 1999, le philosophe sénégalais avait hésité. « Je ne voulais pas quitter Dakar, mais la crise de l’université était telle que j’avais le sentiment d’être devenu inutile ». Une situation que l’ancien normalien, proche de l’Union des étudiants communistes, a essayé d’endiguer lorsqu’il était le conseiller à l’Éducation et à la Culture du président Abdou Diouf (1993-1999). Aujourd’hui, il s’intéresse particulièrement aux questions africaines et aux philosophes de l’époque des « lumières musulmanes » qu’il enseigne aux Etats-Unis.

Un exemple à suivre
En effet, Souleymane Bachir s’évertue particulièrement dans ses derniers écrits à entreprendre un exercice d’extraction et même de création d’un discours islamique ouvert en se fondant sur la grande tradition de l’Ijtihad philosophique qui est consubstantiel à l’Islam. Ses écrits sur le penseur pakistanais Muhammad Iqbal sont d’une luminosité telle qu’ils pourraient éclairer bien des ténèbres de l’ignorance. Son classement parmi les 25 grands penseurs du monde par le journal français « Le nouvel observateur » confirme qu’il fait incontestablement partie des « exemples à suivre ».

Par Oumar BA

Last modified on jeudi, 18 août 2016 12:06

La cité Maurice Pillot de Thiès, située à quelques encablures des ateliers du chemin de fer, est limitée à l’est par la voie ferrée, à l’ouest par le quartier Malamine Senghor, au nord par celui de « Bountou dépôt » et au sud par la « Cité Niakh » et  « Diamaguène ». Elle couvre une superficie de près de cinq (5) kilomètres carrés.

Il y a deux types d’habitation dans la cité Maurice Pillot de Thiès. D’abord, les cinq (5) blocs datant de 1949, ensuite deux (2) autres d’un autre style et remontant à 1957. La première tranche, portant 12 maisons par bloc, s’apparente,  avec la forme d’un hangar et son toit en fibrociment, au style militaire des casernes. Chaque logement était composé de deux (2) pièces et d’un (1) salon. Le deuxième lot de blocs, avec des maisons en terrasse,  étaient bien appréciées par les  nouveaux occupants en 1957.

Cependant, le plan initial, devant tenir en compte la grande famille de cheminots polygames, n’avait pas été suivi. Cela avait suscité un grand mécontentement chez les travailleurs du rail. Un couac qui avait provoqué l’ire du gouverneur général Béchar.

L’administrateur colonial français avait même boycotté l’inauguration de la cité, qualifiant de « honteux » un tel manquement. En 1976, un plan de contrat-vente a été proposé par la direction des Chemins de fer permettant aux occupants de la cité, à cette date, de devenir propriétaires de leurs logements.

La cité Maurice Pillot, qui a eu à accueillir les cadres africains du chemin de fer ayant droit au logement, devient alors un domaine de titres privés. A partir de ce changement de statut, les commodités, liées à sa qualification de cité à statut européen,  ont commencé à s’éroder. Ainsi, des transformations profondes du plan initial tout comme des extensions allant dans le sens d’augmenter la capacité d’accueil ont fini par défigurer la cité Maurice Pillot, du nom d’un polytechnicien,  ingénieur des ponts et chaussées qui assuma, à partir 1946, les fonctions de directeur du Dakar-Niger, de secrétaire  général de la Régie, puis de directeur fédéral  par intérim  jusqu’à sa mort en 1949. Une manière, pour l’administration coloniale française, de rendre un hommage posthume à un de ses serviteurs.

Aujourd’hui, un bon nombre de propriétaires logent d’autres personnes, ouvrant ainsi l’accès de la cité à des occupants non cheminots. Un brassage qui a fini de faire de la belle et calme cité Pillot d’antan, un quartier quelconque de la ville de Thiès. Une situation qui replonge le quartier dans  les années 1930 quand il se résumait à une brousse et à un cimetière qui sera plus tard délocalisé au quartier « Mbambara ». Car, à cette époque, la bourgade de Thiès était concentrée entre les faubourgs de « Nguinth Diakhao » et « Bountou Dépôt » qui était le quartier  le plus proche des ateliers des chemins de fer du Dakar-Niger (Dn) devenus la Société nationale des chemins de fer du Sénégal ( Sncs) puis Transrail et présentement le Dakar-Bamako ferroviaire.

Faisant partie d’un vaste ensemble dit « Derrière la voie ferrée » (Dvf), le délégué  du quartier titulaire, Habib Fall, résidant au quartier « Aiglon », est suppléé par Idrissa Kanté. Il est en train de réorganiser le quartier qu’il dit bien éclairé et sans problème d’eau. Selon lui, la cité Pillot, quoiqu’entourée de quartiers non lotis et peuplés, reste encore un endroit tranquille où il fait bon vivre. Revenant sur l’historique de la cité Pillot, on peut retenir que son implantation  a débuté avec  « le quartier des baraques ». En effet, après 1936, avec la fusion des lignes de chemins de fer de Dakar/Saint-Louis et de Thiès/Kayes, les ateliers de la cité du rail allaient recevoir une main-d’œuvre plus importante et beaucoup d’ouvriers cherchaient à s’approcher de leur lieu de travail, suite à la première grève des cheminots de 1948.

Les Américains firent don aux chemins de fer de matériels dénommés « surplus hallier ». Avec ces matériaux furent construites des habitations démontables, elles étaient élevées sur des fûts. La cité des baraques vécut jusqu’en 1952. Elle abritait des populations d’origines diverses : Maliens, Guinéens et Dahoméens (Béninois), travaillant à  la Régie des chemins de fer. La politique d’habitat, projetée depuis 1945, allait être mise en chantier aussitôt après  la grève de cheminots de 1948. Mais, le déguerpissement des habitants de la cité ne se fit pas sans problèmes. En 1949, les premiers occupants de la cité furent les familles Basse, Diagne et Gaye.

Aujourd’hui, Mamadou Pouye, Abou Sarr et Doudou Seck, tous des cheminots à la retraite, sont les notables  de Cité Pillot dont l’école élémentaire porte le nom d’Aynina Fall, mort prématurément dans une rixe ayant éclaté lors d’une réunion syndicale. La zone dispose d’une grande mosquée et fait œuvrer plusieurs associations de femmes. Des ateliers de couture, de menuiserie, de bijouterie et de cordonnerie, entre autres, rythment le panorama économique de la cité. Le commerce de  détail  tenu, jadis, par les Mauritaniens est, depuis quelques années, entre les mains des femmes de cheminots à la retraite. Du bétail et de la volaille sont élevés dans les concessions.

Par Mbaye BA

Last modified on jeudi, 18 août 2016 12:11

Le Delta du Saloum est la rencontre de trois fleuves. Ses richesses (9 forêts classées, un parc naturel, une aire marine protégée et des réserves naturelles communautaires) en font un paradis. Mais un paradis menacé qui oblige à de nouveaux comportements. Surtout avec la mangrove nourricière.

A un battement d’aile de Toubacouta, Missirah est un paradis verdoyant où la vie traîne son insouciance à l’ombre de ses arbres ventrus. Ici, la vitesse est une incongruité. Le temps n’est pas vraiment ce qui manque le plus. Dans cette contrée tranquille bercée par le chant des oiseaux et le sifflement des grillons, l’homme est un gardien vigilant de la nature. Un peu plus loin, en se rapprochant de Toubacouta, on tombe sur Dassilamé, un village qui se singularise pour son combat pour la préservation de la nature. C’est ici, au cœur de la réserve de la biosphère du Delta du Saloum, que se trouve l’aire marine protégée du Bamboung.

Une terre qui filtre l’océan, une faune et une flore très diversifiées. Le Delta du Saloum est constitué de centaines d’îles entourées d’innombrables bras de mer où vivent de nombreux insulaires, pêcheurs et agriculteurs. Cette zone de 7 200 hectares est protégée et surveillée contre une exploitation maritime et terrestre. Cette aire centrée sur le bolong de Bamboung, présente un bras de mer qui serpente sur plusieurs dizaines de kilomètres où un navigateur inexpérimenté risque de se perdre dans les mangroves. Cette aire marine protégée est une initiative de gestion communautaire de quatorze villages. Sur le bolong de Bamboung, grâce à une légère élévation du terrain, vous aurez une vue panoramique du paysage du Delta du Saloum.

MangroveLa beauté de certains sites du Delta du Saloum est à couper le souffle. Un contraste avec la pauvreté ambiante dans laquelle vivent de manière générale les populations locales, qui se drapent de leur dignité pour faire face aux vicissitudes de la vie. Pourtant, à force de puiser dans la nature, les ressources, notamment halieutiques, finissent par se raréfier. La cueillette des coques, des huîtres et  d’autres mollusques, que les femmes ramassent dans les bolongs à marée basse, par exemple, avait le fort inconvénient de dépeupler la mangrove de sa ressource, et même, la faisait reculer : le bois qui servait à cuire les crustacés était prélevé directement dans la mangrove. Le mal était si grand qu’il fallait prendre des mesures rapides de reboisement de la mangrove. 14 villages périphériques comprennent l'enjeu du sacrifice : s'interdire de pêcher pour assurer le poisson de demain. Ils votent à l'unanimité la création d'une aire marine protégée communautaire. Conçue et gérée par les villageois, elle voit officiellement le jour en 2004. Des écogardes volontaires s'installent en haut d'un mirador pour bouter les braconniers hors de la zone de protection. Mais, rapidement, un problème se pose: comment vivre quand on ne peut plus pêcher soi-même ?

Grâce au soutien de l'écologiste Haïdar-el-Ali, les pêcheurs du delta du Saloum ont construit un gîte écotouristique au cœur de la mangrove. Keur Bamboung est aujourd’hui devenu le symbole de leur lutte contre le pillage des eaux sénégalaises. Ils développent, en outre, de nouvelles techniques de pêche qui permettent de s’approvisionner en huitres tout en préservant la mangrove. Ce matin, nous avons rendez-vous avec Mamadou Bakhoum, un ingénieur agronome qui encadre les populations dans leur lutte pour la sauvegarde de la nature. Il nous propose de parcourir les bolongs pour apprécier la nouvelle technique de pêche aux huitres utilisée par les femmes de la localité. Il est neuf heures. La marée est très haute et le piroguier chargé de nous convoyer est hésitant. « A cette heure, il est impossible d’apercevoir les filets », clame-t-il. Les filets ? C’est une nouvelle manière de pêcher l’huitre. Plus question de s’enfoncer dans la mangrove pour cueillir les mollusques avec les risques de coupe de bois.

Désormais, les femmes posent des filets tout autour de la mangrove. Ils fonctionnent comme des barrières de protection qui bloquent l’accès à la mangrove. Ces filets sont en fait des guirlandes que les femmes tissent et sur lesquelles elles posent des coquillages. Ces derniers servent de support de reproduction pour les huitres. On les laisse ensuite grandir dans les coquillages avant de couper les guirlandes et de recueillir les huitres arrivées à maturation. La pirogue fendille les eaux dans un grand vrombissement de moteur. Au milieu du fleuve, sur un bras de mer ? Dans le creux d'un méandre, au bord d'une île ? Chercher à se repérer sur les circonvolutions de l'eau au cœur d'une végétation inextricable, prise en étau entre le ciel et ses reflets, est mission impossible. Juchés sur leurs racines échasses, les palétuviers dansent au rythme du courant. Il faut bien connaître la zone pour ne pas échouer sur les nombreux bancs de sable qui peuplent ces eaux obscures, mélange d’eau de mer et de fleuve. Le piroguier est obligé de faire de grands détours et de naviguer près de la mangrove. Un entrelacs de racines sur une terre boueuse et humide.

Dans le silence de la mangrove, un tourbillon énergique de bonne humeur et de fierté du travail bien fait d’un piroguier dont l’aisance contraste avec les appréhensions des reporters solidement sanglés dans des gilets de protection. Normal, nous dira-t-on, ces piroguiers ont maintes fois sillonné les coins de l'estuaire du Saloum, ces multiples chenaux, affluents salés des fleuves Sine, Saloum et Bandiala qui se perdent- la pente est si faible - dans un labyrinthe de mangrove, de bancs de sable, de terres brûlées par le sel et un semis de 200 îles. Deux fois par jour, l'océan s'y engouffre et répand ses eaux jusqu'à Kaolack, située pourtant à 112 kilomètres du littoral.

Huitres coquillagesForêt naine quand on l’appréhende depuis la pirogue, la mangrove est une jungle dense, humide. Les pieds s'enfoncent dans la vase épaisse et sombre, le poto-poto. C'est doux, frais, agréable. Une flopée de poissons amphibies aux yeux proéminents s’échoue sur la surface lisse. Une armée de crabes violonistes arpente le sous-bois détrempé. Au Sénégal, l’une des plus belles formations de mangrove se trouve au Delta du Saloum. Elle couvrait dans les années 1980 une superficie de 64 000 ha. Six espèces ligneuses de mangroves y sont rencontrées. Cette mangrove luxuriante jusque dans les années 1980, a amorcé depuis ces dernières années une dégradation graduelle estimée à plus de 25 % des superficies de la mangrove sur le fleuve Saloum.

Les principaux facteurs de dégradation de la mangrove sont les coupes abusives de bois frais, la salinité des eaux de mer due à la baisse de la pluviométrie, l’ensablement des vasières et la coupe des rhizophores au cours de la cueillette des huîtres. « Si on ne prend pas garde dès à présent, cette situation risquerait de rendre précaires les conditions d’existence durable de l’homme dans la zone côtière », alerte Mamadou Bakhoum. Les rôles de la mangrove sont multiples et assez diversifiés. Les mangroves du Delta du Saloum procurent, pour l’essentiel, des fruits de mer aux populations des zones côtières. Les coquilles de ces mollusques sont utilisées par les populations locales à la place du béton dans la construction des maisons ou alors vendues sur le marché local. En plus, la mangrove joue un rôle écologique majeur. Les mammifères, les poissons, les insectes et les algues bénéficient de l’amélioration des conditions du milieu liée à la combinaison « eaux douces-eaux salées-végétation de mangrove ».

Les mangroves enrichissent le milieu estuarien et marin en nutriments par la biodégradation des matières organiques qu’elles produisent et des matériaux venant de la terre ferme. Ces matières organiques constituent l’un des maillons de la chaîne alimentaire au sein de l’écosystème mangrove. Elles sont convoitées par les microorganismes enfouis dans les sols initiaux de mangrove. Ces bonnes conditions nutritionnelles du milieu favorisent la reproduction des poissons et le développement de diverses espèces marines particulièrement des juvéniles de poissons et de crevettes.

Un domaine réglementé
Mangrove DomaineDans le domaine de la pêche, la gestion des ressources halieutiques de mangrove est réglementée par le code de la pêche et assurée par les agents du service des pêches. Cette loi est valable au niveau des eaux intérieures marines, ainsi qu’aux eaux des fleuves et rivières jusqu’aux limites fixées par décret faisant partie de la zone sous juridiction sénégalaise. Ceci se justifie par le classement du cours d’eau du Saloum dans le domaine maritime jusqu’au pont Noiraud de Kaolack.

La compétence pêche n’étant pas transférée aux communautés locales, seuls les agents assermentés de l’État ont le droit de surveillance et de constatation des infractions (code de la pêche, 1998). Le code de la pêche indique que des plans d’aménagement et de gestion des pêcheries sont établis sur une base annuelle ou pluriannuelle et définissent les principales pêcheries et leurs caractéristiques géographiques, économiques, sociales, scientifiques, techniques ou récréatives. La loi prévoit aussi la mise en place d’un conseil national consultatif et de conseils locaux de pêche qui ont pour rôles de donner des avis préalables sur les plans d’aménagement des pêcheries et les questions préoccupantes qui touchent à la pêche dans leur localité.

Le processus de mise en œuvre est en cours, mais l’application et l’opérationnalisation semblent difficiles sur le terrain. De nos jours, le service de pêche est représenté à Foundiougne, à Fimela, à Djiffère et à Missirah dans le Delta du Saloum. Les agents en service dans ces postes de contrôle sont responsables de la gestion de proximité des pêcheries et l’exploitation des ressources halieutiques. Ils assurent également le contrôle de la qualité des produits de mer et délivrent pour les produits transformés des certificats de salubrité aux commerçants.


Sidy DIOP, Cheikh Aliou AMATH (textes) et Abib DIOUM (photos)

Last modified on jeudi, 18 août 2016 15:09

Pour des salles obscures

18 Aoû 2016
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Nostalgie, quand tu nous tiens ! Nous sommes plusieurs milliers de quinquagénaires et sexagénaires sénégalais à regretter la disparition des salles de cinéma dans les villes de l’intérieur du pays. Il semblerait que c’est seule Dakar qui fait encore fonctionner un petit nombre de salles obscures où l’on tente de répondre à la forte demande des cinéphiles de la capitale sénégalaise sevrés de lieux publics de projection de films depuis de longues années.

Ces militants qui, comme moi, réclament une relance de l'activité cinématographique, avec la réouverture des salles obscures et une programmation régulière de films nationaux et étrangers, entendent d’ici le rire moqueur des « teenagers » (adolescents) qui vont nous demander d’arrêter notre cinéma. Ces jeunes, qui ont porté leur dévolu sur les tablettes, vont certainement nous appeler les « has been » (les revenants). Si, eux, ils préfèrent regarder un petit chaton sur leur smartphone, nous, mes aînés et moi, aimons regarder du contenu sur le plus grand écran possible. Dès notre enfance, le cinéma nous a offert un regard unique et une expérience d’écoute incomparable dont nous avons profité. Mais, il y a eu plus encore…

A l’âge adulte, on allait dans une salle de cinéma accompagné de sa petite copine de l’époque. Là, on jouait au grand romantique, en regardant la pellicule d’un film d’amour se dérouler. Pendant les grandes vacances scolaires, on se rendait, entre copains, dans les salles obscures, voir un film policier, western, dramatique, comique ou local comme « Le mandat » de Sembène Ousmane. Nous étions de nature sociable et étions friands d’histoires. Et en voyant ensemble un film, on partageait un rire ou une larme, on retenait ensemble notre souffle et nous étions tous soulagés par un happy-end. Et croyez-moi, ce n’était pas du cinéma.

Par Cheikh Aliou AMATH

Last modified on jeudi, 18 août 2016 12:39

Diakhao est la dernière capitale du royaume du Sine. Elle garde encore aujourd’hui les vestiges les plus représentatifs du royaume Sine, classé patrimoine de l’Unesco, la Maison royale des rois Coumba Ndoffène Fandeb, Mahécor Diouf, parmi les plus célèbres du Sine, est aujourd’hui le symbole de la longue marche du royaume sérère.

Erigée en commune en 2011, Diakhao, l’ancienne capitale du Sine, ne paie pas de mine. Avec ses maisons en dur construites à l’ancienne, ses cases en paille brulées par le soleil et ses arbres majestueux, cet ancien village affiche encore sa ruralité. Le vieux Mahécor Diarra Diouf, conservateur de la maison royale, supporte encore difficilement l’affront que lui avait subir un de ses cousins halpulaar qui, frappé par la rusticité de ce patelin millénaire, s’était écrié : « C’est ça Diakhao ? Décidément les Sérères ne valent rien ». Le vieux Mahécor avait préféré continuer avec le car qui le ramenait, s’obligeant à une longue marche à rebours pour rallier son Diakhao natal. Sa fierté sérère avait pris un gros revers.

Quelques constructions modernes commencent aujourd’hui à transformer le visage de la commune, mais la tradition y est encore fortement présente. Le village de Diakhao (de « Diakh » en sérère, signifiant se frayer un chemin par un raccourci) fut fondé en 1287 par le huitième Buur Sine (Roi du Sine), Waassila fa Maak Faye. Intronisé à Bikol, le roi avait fait le rêve d'un baobab baignant au milieu d’une mare. Mais il ne parvint pas à identifier le site. Après plusieurs tentatives en vain, le roi Waassila rencontra une femme peulh à Ndoss (village situé à 12 km de Diakhao) qui, mystérieusement, lui indiqua le chemin.

Arrivé sur place, le roi Waassila reconnut l’endroit qu’il voyait dans ses rêves : un baobab baignant dans une mare. Il entama, alors, le débroussaillage du site. A la fin de chaque journée de travail, il se retirait à Péthia Njiafath pour y passer la nuit. Après l’aménagement du site, le roi s’installa définitivement avec sa cour à Diakhao. Diakhao devint, ainsi, la capitale du Sine. Waassila y érigea un palais royal et construisit une maison à Diambang où chaque roi nouvellement intronisé devait passer tout l’hivernage, avant de rejoindre la résidence royale de Diakhao.

Auparavant, la capitale du Sine changeait au gré de la succession au trône. Mbissel a ainsi été la première capitale. Choisie comme lieu de résidence par le roi fondateur Massa Waly Dione, la capitale a ensuite été transférée à Ndiolmangane par son successeur Tassé Faye. Wagane Faye a, à son tour, élit domicile à Ndiongolor, Diouma Dieng choisit à son tour Somb et perpétue la tradition qui voulait que chaque roi qui accède au pouvoir change de résidence. Sangay et Mbimor deviendront, tour à tour, des capitales avant d’être supplantées par Diakhao choisie comme capitale par Wassila Faye en 1287. Depuis, la capitale n’a plus bougé.

Aujourd’hui, la sépulture de Wassila Faye est l’une des sept édifiées dans de la Cour du Bour Sine. « La capitale changeait constamment parce que les Sérères pensent que quand un roi meurt, personne n’a le droit d’habiter sa demeure. C’est pourquoi les Buur Sine changeaient de lieu de résidence », explique Mahécor Diarra Diouf, conservateur de la ladite maison. Il arrivait que quelques rois rebelles, comme Salmone Faye, refuse d’habiter Diakhao. Il s’était fait construire une maison hors de la capitale d’où il administrait le royaume.

Plusieurs siècles plus tard, le pouls de la riche histoire du Sine continue de battre dans le prestige de la Maison royale dénommée Mbin No Maad. « Pour les gens du Sine, cette maison garde encore son autorité. Les Sérères sont restés fidèles à Mahécor, le dernier roi de Sine, plusieurs années après sa mort », poursuit le vieux Mahécor. Henri Gavrand, grand spécialiste de la culture sérère, a écrit que « le Sine s’est accroché à son roi jusqu’à son dernier souffle ».

C’est une imposante résidence qui se dresse à l’entrée de Diakhao. Une demeure plutôt moderne constituée de plusieurs bâtiments en dur habité chacun par des membres de la famille royale. Dès qu’on franchit le portail, le tombeau du fondateur de Diakhao, Wassyla Faye, (le huitième roi de Sine qui a régné de 1287 à 1302), plonge le visiteur dans une atmosphère de recueillement qui oblige à mesurer ses actes. Chaque mètre carré de cette vaste demeure invite à un dialogue respectueux avec les anciens rois de ce Sine « qui n’a jamais été soumis ».

Dans le temps, cette maison était une grande concession rustique avec des cases et des barrières en paille. Parmi les illustres occupants de la résidence, on distinguait à côté du Buur Sine, le Grand Jaraaf (vice-roi), les deux Farba (chefs de guerre), le Fara Mbine Kam (intendant du palais), le Bëkneck et d’autres couches sociales (griots et esclaves de la cour etc.). La reine y avait aussi son appartement appelé Ndambalane où elle vivait avec ses servantes. L’accès était strictement interdit aux hommes.

De Wassyla Faye à Ama Diouf Gnilane qui a régné de 1814 à 1847, le village de Diakhao était constitué par une seule maison de plus de deux cent cases. Ce n’est que plus tard que le roi a décidé de donner des maisons à ses dignitaires. Et, c’est Mahécor Diouf, le dernier roi du Sine qui a eu la clairvoyance d’acheter le domaine qui abrite la Maison royale sous la forme d’un titre foncier auprès des autorités coloniales.

Aujourd’hui, la Maison royale a fait peau neuve grâce à une donation de l’Unesco et d’un appui de cinquante tonnes de ciment d’un dignitaire du régime de Me Wade. La maîtresse des lieux n’est autre que la princesse Khady Diouf, une des filles du dernier Roi du Sine, Mahécor Diouf. Cette demeure qu’elle occupe est construite par son père qui a succédé au Bour Sine Coumba Ndoffène Diouf Fandeb en 1924. Des photos tapissent les murs du salon et immortalisent les étapes du règne de Mahécor Diouf. Humble malgré son ascendance princière, Khady Diouf étale sa culture historique et nous promène dans le temps, nous conte les faits de ces rois fiers qui ont porté le Sine pendant plusieurs siècles.

Le jour de notre visite, un vendredi, nous avons trouvé Khady Diouf en train de préparer une offrande en l’honneur de celui qui a été intronisé à l’âge de 12 ans et a régné de 1688 à 1698. « Faniame » signifie « je refuse » en sérère. On raconte que ce roi était très conciliant vis-à-vis de ses sujets et ne leur refusait rien. Ses dignitaires lui firent un jour le reproche de ne jamais dire non.

« Si c’est ce que vous voulez, ce sera toujours non dorénavant », leur répondit-il. Il n’a plus jamais dit oui jusqu’à sa mort. Un grand baobab pluri-centenaire très mystique a poussé à côté de sa tombe. « Je lui prépare une offrande aujourd’hui », confie la princesse Khady Diouf. Et de poursuivre : « Si l’on oublie cette offrande trois vendredis de suite, il entre en colère et libère des grappes d’abeilles qui sortent du baobab mystique pour attaquer les habitants de Diakhao ». Personne n’ose ramasser le moindre bout de bois provenant de ce baobab de peur de voir sa maison prendre feu.

Diakhao est un musée vivant. Chaque mètre carré de cette grande concession évoque l’épopée du Sine et l’histoire de Diakhao.

Comme celui de Faniame et de Wassyla Faye, la Maison royale abrite les tombeaux de cinq autres rois de Sine. En face du premier bâtiment se dresse un autre que l’administration coloniale a fait construire au Roi Coumba Ndoffène Fandeb, 51e de la lignée et avant dernier souverain du royaume de Sine. Senghor l’a immortalisé dans l’un de ses poèmes.

Bour Sine Coumba Ndoffène Fandeb qui fut à la fois chef de la province du Sine, chef de canton de Diakhao, conseiller colonial, Officier de la Légion d’honneur, a été rappelé à Dieu le 21 décembre 1923 à Diakhao. Fandepp (ou Fa ndepp ou Fandeb) signifie « le jeune » en sérère par opposition à Famak (ou Fa mak) qui signifie « l'aîné », sobriquet de Coumba Ndoffène Famak Diouf – également connu sous le nom de Coumba Ndoffène Ier – qui régna de 1853 à août 1871. Il est surtout connu pour le témoignage historique à l’endroit de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké. Au fort moment des manœuvres de l’administration coloniale contre le guide religieux, Bour Sine était intervenu pour réfuter toutes les accusations. Il reconnaissait en Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké un homme de Dieu animé par la seule mission de se consacrer au service d’Allah. Selon certains historiens, le souverain n’avait pas manqué d’envoyer des éléments à Touba pour que la demeure du fondateur du mouridisme soit surveillée. L’amitié entre le cheikh et le souverain se traduit aujourd’hui par la célébration de cet acte le 7 juin de chaque année à Diakhao en présence de la famille de Serigne Touba et de la famille royale. Son mausolée a été inauguré le 07 juin 2008 par Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké, alors khalife général des mourides.

mausole mahecor dioufLa Maison royale abrite, en outre, le mausolée du dernier roi Mahécor Diouf qui a régné de 1924 jusqu’à sa mort le 3 août 1969 à l’âge de 78 ans. On peut apercevoir à côté de sa tombe les fameux « jung jung », ces célèbres tambours du Sine. Bour Sine Mahécor Diouf est le dernier roi du Sine. Après la disparition de Coumba Ndoffène Fandeb le 28 janvier 1924, il est couronné comme 57e Bour Sine. A l’avènement des indépendances en 1960 et la suppression des cantons au profit des arrondissements, Mahécor a souverainement décidé de déposer son manteau royal et de se retirer. Mahecor été un des plus grands rois du Sine.

Le Français Gravand qui a écrit sur l’histoire du Sine a indiqué que Coumba Ndoffène et Mahécor Diouf n’acceptaient aucune subordination envers l’administration coloniale. Ils se comportaient en souverains. « Mahécor a exercé son magistère avec honneur et dignité. Il n’a jamais trahi ni posé un acte déshonorant », témoigne Mahécor Diarra Diouf. Dans la Maison royale, chaque tombeau correspond à l’ancienne chambre du roi qui y enterré. Elle est subdivisée en plusieurs bâtiments représentant les différentes familles. Un symbole fort de la belle unité qui a régné dans le Sine des siècles durant.

Sidy DIOP et Cheikh Aliou AMATH

« Sosso No Maad » : La randonnée rituelle du roi
Le « Sosso No Maad » ou la randonnée rituelle du roi est le parcours de plusieurs sites mémoriels qu’avait suivi Silmang Marone, le sixième roi du Sine, pour rechercher son père. Silmang Marone était un grand chasseur venu du Saloum qui avait eu un enfant avec une linguère du Sine. A la naissance du garçon, il lui donna son propre nom. Quand l’enfant grandit, il lui confia : « Tu seras roi, mais ne soit jamais ingrat ». En effet, les sources racontent que Silmang, le fils, avait reçu, sur sa requête, le secours de son père venu du Gaabu et qui, par ses pouvoirs surnaturels, avait revitalisé un bras du fleuve asséché et lui dit alors : « Je t’offre ce fleuve et tu pourras y vivre toi, ta famille et ton royaume toute votre vie si tu ne deviens pas "Guigna Wéthie" (le rassasié qui oublie ou l’ingrat) ».

Le père revint rendre visite à son fils après son accession au trône. Il se fit annoncer au roi sans décliner son identité, mais ce dernier, malgré les rappels, ne daigna pas le recevoir. Après une nuit passée dehors, le père repartit et demanda au gardien de dire au roi que « Guigna Wéthie » était passé. Sitôt informé du message, le roi comprit qu’il s’agissait de son père et partit à la tête de ses troupes à sa recherche en suivant l’itinéraire emprunté par ce dernier, parcourant ainsi tous les sites entre Diakhao et Diadiel. Il ne parvint pas cependant à retrouver son père. Il décida de refaire chaque année ce parcours instaurant ainsi ce qu’il est convenu d’appeler le « Sosso No Maad » ou la randonnée rituelle du roi.

Tous les rois qui lui succédèrent, jusqu’au dernier, Mahécor, sacrifièrent à ce rituel chargé de symboles. On raconte qu’à Diadiel, on trouve une toute petite case, si petite qu’elle ne peut abriter une personne. Pourtant, dès que le roi se présente à elle, elle s’élargit pour lui faire de la place.

Installation du roi : La symbolique du monticule de terre
bour sine coumba ndoffeneL’installation de Buur Sine sur son trône est un moment fort dans la vie de la communauté sérère. Dans un premier installé à Mbissel, le roi était intronisé sur la grande place publique. Un grand terrain entouré d’arbres qui faisait office de « Penc ». Le roi devait recevoir le pouvoir des mains du grand jaraaf sur un monticule de sable qui symbolisait l’unité du Sine. A l’époque, les déplacements étaient difficiles et les distances longues. On demandait aux dignitaires représentant les différentes provinces de venir à l’intronisation avec la terre de leur localité.

Une fois à Mbissel, on demandait au futur roi de s’asseoir sur l’amas de sable constitué par le mélange de terre en provenance des différentes provinces. C’est sur ce monticule de terre qu’il reçoit le chapeau qui symbolise le pouvoir. Et, puisque les Sérères croient beaucoup à la réincarnation, on demandait au nouveau de s’identifier à un de ses prédécesseurs sur le trône du Sine. « Qui êtes-vous ? » lui demandait-on. Le nouveau roi déclarait alors être la réincarnation de tel ancien souverain. La symbolique du monticule de terre rappelle l’expression wolof « took ci jal bi » qui peut être traduit littéralement par « s’asseoir sur le tas de sable », le sable représentant ici le pouvoir.


Comment Mahécor a sauvé Henri Gravrand
Il y avait dans le Sine un trajet rituel que tout roi devait emprunter. C’est le trajet dit du sacre royal. Il partait de Diakhao, passait par Salifoula (premier village habité par les Socés dans le Sine), ensuite Niakhar, Ndiol Mangane… et se terminait à Mbissel. Le roi devait y séjourner avec sa première épouse. Au troisième jour, le souverain devait faire son face à face avec le « Maître des lieux ». Le roi était alors tenu de sacrifier une personne qui lui est très proche.

Mahécor, dernier roi de Sine, refusa de faire ce trajet du sacre royal parce qu’il était très ami avec Henri Gravrand, grand spécialiste de la civilisation sérère, religieux français et anthropologue africaniste décédé en 2003. Le roi confiera plus tard à son ami français qu’il avait refusé de faire le trajet du sacre royal parce que c’est lui qui était désigné pour être sacrifié à Mbissel.

Sidy DIOP et Cheikh Aliou AMATH

Last modified on mercredi, 17 août 2016 15:10

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