Feuilles d'hivernage 2016

Feuilles d'hivernage 2016 (134)

Au sein de la pépinière des grands chanteurs du Fouladou, Maayo Diao s’est illustrée de fort belle manière. Elle est même l’une des figures de proue féminines. Avec son talent inné, la pureté de son timbre, son engagement pour la cause de son département, sa région, cette cantatrice qui n’est pas venue dans le métier par accident veut porter très haut le flambeau de la culture peule.

À Pakour, dans le Fouladou, le nom de Maayo Diao est associé au kumu, cette technique musicale où l’on tambourine sur une calebasse renversée dans une bassine d’eau. Et à la musique tout court. La voix et le talent de cette cantatrice sont innés. Maayo Diao a grandi dans une famille où la musique régnait. Très tôt, elle montre d’évidentes dispositions pour la chanson. La passion de la musique et la volonté de se hisser parmi les meilleurs la conduisent à redoubler d’effort. « C’est de ma défunte tante que j’ai hérité cet amour immense pour la musique », précise-t-elle. La musique, Maayo la fait d’abord par passion. Ensuite, elle en a fait un métier. « C’est mon destin et j’y ai cru », avoue-t-elle. Peu nombreuses sont les femmes qui, dans le Fouladou, ont pu franchir le cercle restreint des mélomanes pour s’imposer auprès d’un très vaste public. Maayo Diao l’a réussi avec brio. À ses débuts, en 2000, Maayo mène une carrière discrète. Mais le succès va vite lui ouvrir les portes et il ne fallut pas longtemps pour qu’elle prenne place parmi les cantatrices les plus admirées. Avec son groupe, le « Foyré Fouladou », elle se fait une réputation, propulsée par ses chansons phares dont « Sukabé mbaynima », « Handen goli » et « Ndé laddé ».

Depuis, son étoile n’a cessé de briller. Son talent l’a amenée à se produire en Gambie, en Guinée-Bissau, en Europe, notamment en Espagne, en France, en Allemagne, en Italie, mais aussi Dakar, à Daniel Sorano, au Grand théâtre, dans le département de Vélingara et dans la région de Kolda. « Mes compositions portent fondamentalement les caractéristiques de la culture Fouladou avec un mélange d’instruments traditionnels et modernes. Et pendant chaque prestation, je joue d’abord la musique traditionnelle avant d’enchainer avec la musique moderne », assure-t-elle.
Comme tout peul digne de ce nom, Maayo Diao veut donner vie et valoriser, de manière pleine et expressive, la musique du Fouladou. « Mon ambition, c’est de faire rayonner la culture peule à travers le monde, faire la promotion de la musique pulaar et lui donner la place qu’elle mérite », souligne-t-elle avec fierté. Et dans tout ce qu’elle a réalisé et continue de réaliser, Maayo Diao reste fidèle à la tradition peule. Qui peut mieux connaitre un artiste que son manager ? Sathio Boiro ne tarit pas d’éloges à l’endroit de Maayo Diao.

Un talent apprécié à sa juste valeur
« C’est un talent à l’état pur, avec une belle et puissante voix pleine de sensualité et de chaleur, accompagné d’une identité peule. Maayo a marqué les esprits et a ébloui le monde de son talent », fait savoir M. Boiro. Selon lui, Maayo a fait du chemin avant de se faire connaitre. « Elle a commencé avec la musique traditionnelle, mais elle a accepté de faire un mixing entre le traditionnel et le moderne. On a commencé avec la guitare. Elle est allée en Espagne, a fait des prestations et a envoyé beaucoup d’argent qui a servi à l’achat de matériels. On a aussi engagé des artistes de très loin parce qu’à Pakour, il n’y a pas de guitaristes et autres musiciens », précise-t-il.

A Pakour, souligne Sathio Boiro, Maayo Diao a une très grande popularité. Elle draine des foules à chacune de ses prestations et les gens répondent. « Certains quittent même la Gambie et la Guinée pour assister à ses concerts. Lors des grands évènements, les gens misent sur elle. Dans certaines localités, il suffit de dire que vous la connaissez pour que l’on prenne bien soin de vous », assure-t-il. Malheureusement, déplore le manager, Maayo Diao ne vit pas de son art. « Parfois, on organise des concerts, mais tout l’argent récolté sert à payer les musiciens », regrette-il. Aujourd’hui, Maayo Diao est devenue l’une des cantatrices les plus aimées de son époque et l’une des plus populaires du Fouladou. Happée par la gloire après des débuts modestes, elle est restée la même, pleine d’humilité, de générosité. « Très ouverte, elle est connue de tout le monde. Son succès ne lui est pas monté à la tête. Elle reste toujours accessible et répond à toutes les sollicitations », indique Sathio Boiro qui demeure convaincu que Maayo ne manque pas de motivation ni de talent pour inscrire des pages brillantes dans sa carrière artistique.

Une artiste engagée
Courageuse, ambitieuse et très énergique, Maayo Diao n’est pas moins une artiste engagée. Son combat, lutter contre la déforestation et la non-déclaration à la naissance des enfants. Face à l’hécatombe forestière à Kolda, l’artiste veut ainsi mener une campagne pour conscientiser les populations sur les dégâts irréparables provoqués par la destruction forestière. « Chaque année, la forêt recule. Mon combat, c’est de faire en sorte que notre forêt ne soit plus sacrifiée, qu’on ne détruise plus nos ressources », explique-t-elle. Maayo opte pour les zones les plus touchées pour sensibiliser contre la destruction de la forêt qui constitue une des plus grandes richesses de Kolda. L’artiste ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Pour Maayo Diao, des milliers d’enfants atteignent, chaque année, l’âge scolaire sans posséder d’acte d’état civil ; ce qui, souligne-t-elle, met en péril leur scolarisation. Selon l’artiste, l’enregistrement de son acte de naissance à l’état civil est un droit naturel pour chaque enfant. Et Maayo veut mener une vaste action de sensibilisation au niveau de chaque arrondissement du département de Vélingara, mais aussi dans les départements de Médina Yoro Foulah et Kolda pour inciter les parents à adopter une attitude positive face au problème des déclarations de naissance et des formalités administratives en général.

Pour Sathio Boiro, l’engagement de Maayo Diao se lit à travers les thèmes qu’elle développe et qui riment bien avec les réalités de la zone. « Maayo a sorti son premier album intitulé « Ndé laddé » et qui parle de la déforestation. Elle a ensuite sorti un single sur la déclaration de naissance et la protection de l’enfance qui a été apprécié de tout le monde », précise le manager. Selon ce dernier, près de mille élèves dans le département de Vélingara ne sont pas déclarés et n’ont pas pu passer les examens. Maayo Diao veut mettre fin à tout cela, précise M Diao. « Quand on l’invite à faire des prestations lors des baptêmes, elle sensibilise d’abord, demande de déclarer l’enfant, avant de faire la fête. À travers sa musique, elle informe les gens, afin qu’ils sachent que la déclaration ne coûte pas grand-chose », indique-t-il. Sathio Boiro estime que cet engagement de Maayo Diao mériterait bien un accompagnement de la part des autorités.

Par Samba Oumar FALL

Last modified on lundi, 19 septembre 2016 21:10

Evénement au Sénégal ! La fécondation in vitro, de simple théorie, est devenue une réalité au Sénégal grâce aux travaux de l’équipe dakaroise des gynécologues-obstétriciens Youssoupha Diallo et A. Diab El Hadi, annonce « Le Soleil » dans son édition du jeudi 07 janvier 1993. La fécondation in vitro en tant que procréation médicalement assistée soulève cependant bien des appréhensions du fait de certains interdits religieux frappant les manipulations génétiques, mais également à cause du vide juridique qui entoure encore la pratique de cette technique médicale de pointe.

On apprend que les travaux de l’équipe dakaroise entamés en 1989 sont actuellement en phase de conclusion ; une « prudence » du journal qui ne laisse toutefois pas de doute à propos de cette délivrance – c’est le cas de le dire – pour de nombreux couples qui souhaitent avoir des enfants. « La technique de Diab et Diallo semble être bien maîtrisée puisqu’au mois de mars dernier, on notait 14 naissance vivantes pour un ensemble de 81 couples qui avaient eu recours à cette méthode », informe « Le Soleil ». Le dossier réalisé par Jean Pires révèle que c’est une première en Afrique de l’ouest. Sur 17 grossesses attestées et confirmées, 9 ont donné 14 naissances vivantes. Deux grossesses étaient gémellaires (naissance de jumeaux), une autre avec des triplés et une autre avec des quadruplés. Sur l’ensemble des couples reçus par l’équipe des Dr Diab et Diallo, 13% venaient des pays de la sous-région (Burkina, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Nigéria et Togo) et la moyenne d’âge constatée tourne autour de 35 ans pour les femmes et 46 ans pour les hommes.

Depuis lors la bioéthique et l’évolution des mœurs à propos des dons d’organes ont posé les jalons d’un encadrement juridique. Mais à l’époque, comme le souligne Me Sady Ndiaye dans le journal, « les textes sont étonnamment muets ». Pour l’avocat, « il faut une attitude humaniste, accepter les procréations médicalement assistées lorsqu’il s’agit d’aider une personne désireuse d’avoir un enfant. Toutefois, il ne faudrait pas négliger le statut des personnes qui interviennent dans la chaîne de la conception ». Selon les textes sénégalais, la conception d’un enfant se situe entre les 180ème et 300ème jours avant la naissance. Ce délai légal pour la conception met en cause la paternité dès lors que le droit sénégalais considère qu’une personne décédée ne peut prétendre à la paternité. Or, les spermatozoïdes de l’homme décédé peuvent être utilisés en dehors du délai de 300 jours (maximum) requis de la conception à la naissance. La question dans ce cas est de savoir quand est-ce qu’il faut situer la date de la conception…

Pour le directeur adjoint de l’Institut islamique de Dakar, Mamadou Ndiaye, « il faut aider dans la mesure du possible les couples, mais à condition que l’intervention médicale ait lieu à l’intérieur du couple ». Pour l’abbé Hyacinthe Dione, chancelier de l’archevêché de Dakar, l’Eglise ne veut pas que « le moyen technique se substitue à l’acte conjugal dont la fin naturelle est la procréation ».

Par Samboudian KAMARA

Last modified on lundi, 19 septembre 2016 21:09

Thiès : Les manufactures des arts décoratifs (Msad), établissement inauguré en 1966, vont célébrer leur cinquantenaire le 04 décembre 2016. Une belle initiative à soutenir, selon Moumar Guèye, le président du conseil d’administration.

« La décision prise par la direction de s’engager dans cette perspective de célébration du cinquantenaire des Msad a été appréciée par le conseil d’administration qui a bien examiné et fortement encouragé le projet, dans la mesure où c’est une manifestation qui va, à coup sûr, contribuer à renforcer la visibilité et la notoriété des manufactures », a souligné Moumar Guèye, le président du conseil d’administration des Msad.

Déjà, a-t-il dit, une réunion du comité régional de développement préparatoire et de lancement a été organisée par le gouverneur de Thiès et les différentes commissions ont été mises sur pied. Dès lors, M Guèye a appelé « tous les Sénégalais à soutenir cette grande manifestation ».

D’ailleurs, le Pca des Msad a noté, avec satisfaction, l’engagement des anciens de l’établissement public dans cette célébration. « La direction générale joue parfaitement son rôle de responsabilité sociétale d’entreprise en associant les populations de Thiès, mais surtout celles du quartier 10e Riaom et les anciens des Msad dont la somme d’expériences sera toujours utile. Nous avons donc encouragé cette approche participative conforme aux règles de la démocratie. Je sais qu’avec l’appui des autorités et des populations de Thiès, ce cinquantenaire sera un grand succès », a laissé entendre Moumar Guèye.

A la tête du conseil d'administration des Manufactures des arts décoratifs, ce spécialiste des questions environnementales et des ressources naturelles aujourd’hui à la retraite après de bons et loyaux services dans l'administration centrale entame une nouvelle expérience. « Je voudrais d’abord commencer par rendre un vibrant hommage à mon prédécesseur et ami, Mbaye Gana Kébé. Que Dieu soit satisfait de lui. Je pense que cette fonction est une marque de confiance placée en ma modeste personne par le chef de l’Etat, Macky Sall, qui, dans son plan de relance et de redynamisation des Msad, a tenu à confier le conseil d’administration à un acteur culturel doublé d’un haut fonctionnaire qui a fait ses preuves dans la gestion des établissements publics et des projets de développement. Je ferai tout pour apporter mon expérience aux Msad et mériter cette confiance du chef de l’Etat et du ministre de la Culture et de la Communication », a souligné M. Guèye.
 
Réactualiser le décret portant création des Msad
Selon Moumar Guèye, les ambitions des responsables des Msad ne peuvent que tenir compte des nouvelles orientations des manufactures. « Ainsi, sur le plan administratif, nous sommes en train de réactualiser le décret portant création et organisation des Msad qui est obsolète, parce que datant de 1974. Comme vous le savez, au départ, les Msad, véritable industrie culturelle, produisaient des tapisseries murales et de sol avec comme matière première la laine et le coton », a rappelé M. Guèye. La direction générale y a ajouté les tissus d’habillement et  d’ameublement à travers la reproduction par  sérigraphie et autres techniques de  teinture comme le batik. « La production a également été élargie avec les fresques murales en mosaïque par la céramique. Cette technique basée sur l’argile et l’émail a significativement enrichi la poterie traditionnelle sénégalaise. Comme nous l’avons fait avec la Fondation Sonatel, partenaire très dynamique, nous allons encourager la direction générale à privilégier les partenariats et la promotion des produits Msad à travers le monde », a-t-il ajouté.

Pour la dynamique de relance des Msad, Moumar Guèye prône des relations harmonieuses entre le Pca et le directeur général de l’établissement. « Le conseil d’administration est là pour soutenir et conseiller la direction générale afin de l’aider à réussir ses différentes missions. Je voudrais profiter de l’occasion pour remercier Monsieur Amadou Sy, gouverneur de la région de Thiès, qui fait partie de notre conseil et contribue fortement à la bonne marche des Msad. Des remerciements auxquels j’associe le maire de la ville, Monsieur Talla Sylla, qui ne cesse de nous soutenir », a affirmé Moumar Guèye.

Mohamadou SAGNE

Jadis un seul quartier, Dialègne est subdivisé en deux secteurs (Nord et Ouest). Dans toute la zone, la presque totalité des habitations ont été bâties sur des tannes. En cette période d’hivernage, il se pose un réel problème d’hygiène dans cette zone du fait des eaux usées des fosses sceptiques déversées dans les rues. 

Un des plus grands quartiers de la ville de Kaolack, Dialègne est traversé par l’avenue qui mène vers Médina Baye, un des bastions religieux de la capitale du Saloum. Aujourd’hui, c’est cette avenue qui sépare les deux secteurs (Dialègne Nord et Dialègne Ouest) qui, jadis, ont constitué un seul quartier. Dans cette zone, les habitations ont été bâties sur des tannes. Et comme conséquence, pendant la période d’hivernage, les populations sont confrontées à un problème lié aux eaux stagnantes.

La particularité de la zone est que les gens profitent de la pluie pour déverser  les eaux usées des fosses sceptiques dans les rues. Selon un des deux délègués de quartier, Ndiaga Loum, la plupart des populations n’ont pas les moyens de débourser 30.000 FCfa pour une seule opération de vidange. Cette situation fait qu’il se pose ainsi un réel problème d’hygiène. Quelques canalisations sont visibles. Mais le problème est que les déchets de toutes sortes déversés dans ces canalisations rendent parfois difficile la circulation des eaux vers la mer.

Le ramassage des ordures constitue également un autre problème. Beaucoup de gens à revenus faibles n’ont pas les moyens de payer les charretiers chargés du ramassage des ordures regroupés au sein du comité de développement du quartier. Payer 750 FCfa n’est pas à la portée de tout un chacun.

Pour la petite histoire, le point de départ de Dialègne est le site qui abrite le foirail. En lieu et place, il y avait un grand verger dont le propriétaire était feu Mame Ndiawar Dièye. Puis, d’autres comme Khale Abdou Kane sont venus le rejoindre sur ce site pour y créer des vergers. C’est après que les premiers habitants sont venus s’installer dans cette zone composée en grande partie de tannes. Mais, de l’avis de Ndiaga Loum, ces quelques familles n’ont pas résidé plus d’un an dans ce site parce qu’ils ont soutenu que les lieux étaient hantés. Ainsi, ils quittèrent pour d’autres cieux. Et notre interlocuteur de confier que « les quelques familles qui sont venues après se sont installées définitivement. « Mais il a fallu qu’un des leurs, le nommé Serigne Koki Gaye, un érudit de l’Islam, rende les lieux vivables après des actions sur le plan mystique », a-t-il laissé entendre.

C’est après que beaucoup de gens ont eu le courage de venir s’installer là-bas. Ndiaga Loum a expliqué que ceux qui ont choisi ce site disaient en Ouolof : «  Gneuwe na Dialègne ». Ce qui veut tout simplement qu’ils soient venus s’installer définitivement sur ce site. On donna ainsi à ce quartier le nom « Dialègne ». Il est limité par d’autres quartiers comme Léona, Kanda, Kasnack, Médina Baye. Cette zone dispose de moult infrastructures, notamment un collège d’enseignement moyen, un bloc scientifique, une école primaire, un poste de santé, une garderie d’enfants. Il y a aussi des activités de toutes sortes dans le secteur informel. Un tour au collège de proximité nous a permis de constater que les lieux sont  insalubres du fait des eaux stagnantes.

Ce collège porte le nom de Tafsir Mouhamadou Mignane Sarr qui fut chef de quartier de Dialègne et un très proche du grand érudit de l’Islam Baye Niasse. Construit en 1963, ce collège compte 14 salles physiques et 24 classes pédagogiques. Trouvé dans son bureau, le principal du collège, Adama Sène, a plaidé pour la construction de nouvelles salles de classe dans cet établissement dont les bâtiments méritent bien un coup de jeune. A cause de sa position centrale et ses bons résultats, ce collège accueille les élèves issus des quartiers de Léona, Médina, Abattoirs, Ndangane, Ndargoundaw, Dialègne. Pour rendre les locaux salubres avant l’ouverture de l’année scolaire, il compte faire appel aux associations sportives et culturelles. Et pour la désinfection, il va solliciter le service de l’hygiène.

Oumar  Ngatty BA 

Last modified on vendredi, 16 septembre 2016 16:56

Partir à la découverte de Médina Yoro Foulah, appelé MYF, n’est pas une mince affaire. Il faut se doter d’une âme voyageuse et avoir des nerfs d’acier. Situé à seulement 85 kilomètres de Kolda, ce vaste département qui manque de pratiquement tout, semble si éloigné du Sénégal, mais si proche de la Gambie où les populations locales préfèrent se rendre pour des soins médicaux ou faire leurs achats. Dans ce patelin qui regorge d’immenses potentialités, mais qui demeure si démuni, jeunes, vieux et femmes partagent tous le même rêve : celui du désenclavement intégral, une priorité vitale.

Médina Yoro Foulah, ce n’est pas la porte d’à côté. La seule évocation de ce nom laisse penser à son éloignement, son isolement. Mais il faut y aller pour se rendre compte de la galère des populations. Pour accéder à cette localité, distante d’environ 85 kilomètres de Kolda, c’est la croix et la bannière. Il faut emprunter des pistes cahoteuses dans un état de délabrement très avancé. En cette matinée du mois de septembre pluvieux, nous rallions Dabo distant de Kolda d’une cinquantaine de kilomètres. La route construite par le Peuple américain n’a rien à voir avec le tronçon qui sépare Dabo de Fafacourou. C’est une piste latéritique, cahoteuse et dangereuse.L’air pur émane des forêts. La verdure atténue le calvaire. De temps en temps on peut voir des babouins traverser la route par groupes. Une forêt d’une grande superficie, située avant les hameaux annonçant Fafacourou, impose le silence. Au bout de deux heures, on aperçoit l’antenne de Fafacourou. De là, nous engageons une autre piste aussi cahoteuse que la précédente. La route est une succession de flaques d’eau, les unes plus profondes que les autres. La probabilité d’un embourbement est réelle. Chaque traversée d’une grosse flaque est une victoire contre l’éloignement et le découragement. 

Au bout d’un trajet éprouvant de plus de deux heures, Médina Yoro Foulah étale sa grimace effrayante. Ce coin léthargique, triste, affiche un tableau démoralisant avec des maisons en ciment et des chaumières qui se disputent les espaces des deux côtés de la rue. Le chemin nous conduit tout droit au garage. C’est le point de départ du peuplement de Médina Yoro Foulah. « Voici le « tabana ». C’est ici que le chasseur qui venait de la Gambie s’était installé. La nuit, il entendait plusieurs bruits. Il s’appelait Yoro Foulah », narre Demba Dème.

Les signes prémonitoires d’une agglomération
Cette diversité de bruits était un signe pour ces personnes âgées trouvées sur le mirador prémonitoire de la diversité des ethnies qui vivent aujourd’hui en harmonie dans ce chef-lieu de département. Ces bruits avaient alors conforté le chasseur mystique à fonder le village. « Il savait que cette localité allait devenir une grande agglomération. Aujourd’hui, vous avez des Peuls, des Mandingues, des Sérères, des Bassaris, des Diolas, des Wolofs, des Mancagnes », fait savoir Mamadou Sylla. Le site et les environs, rapporte-t-il, étaient une forêt dense où l’on pouvait trouver toutes sortes d’animaux, y compris des lions. La localité garde encore les reliques de ces forêts tropicales. Sur le mirador, tous ont conscience qu’elles sont menacées et laissent planer des incertitudes sur les activités économiques comme l’agriculture et l’élevage. « La forêt a beaucoup reculé. Auparavant, nous faisions paître les vaches là-bas où est implantée l’antenne. De nos jours, il faut parcourir au moins sept (7) kilomètres pour trouver un endroit où il y a suffisamment de pâturages », regrette Moussa Diallo.

Des difficultés à la pelle
À Médina Yoro Foulah, les populations ont l’impression de vivre à une autre époque, un autre siècle. Le chômage proverbial des jeunes, la pauvreté indicible qui torture les populations, l’enclavement et l’isolement ont fini de les plonger dans un sous-développement oppressant.

Pour Tidiane Ndiaye, secrétaire général du Conseil départemental, Médina Yoro Foulah constitue un énorme paradoxe. « C’est un département immensément riche, mais très pauvre. L’ambition des acteurs de développement, c’est de lever ce paradoxe-là, et transformer ces immenses potentialités en richesses réelles et que les populations puissent en bénéficier », indique-t-il.

L’éducation, souligne-t-il, est aussi un secteur à problème. « Médina Yoro Foulah a deux lycées, mais celui qui se trouve dans la commune est entièrement en abris provisoires ». Le hic, selon M. Ndiaye, est que ces abris provisoires ne répondent même pas aux normes. « Les élèves pensent qu’ils sont laissés pour compte. Chaque jour, ils font des kilomètres sous le chaud soleil pour venir étudier. Ils ferment les premiers à cause des pluies qui tombent en juin et ouvrent les derniers », déplore-t-il. L’autre difficulté, c’est la question de l’énergie. Pour Harona Baldé de Pata, l’électricité constitue un luxe dans ce département. « Il y a onze communes, mais il n’y a que Médina Yoro Foulah et Pata qui ont le courant et ce n’est pas continu. Badion, Kéréwane, Koulinto, Ndorna, Bignarabé, Bouroucou, Dinguiraye Fafacourou, Niaming sont dans le noir depuis la nuit des temps », explique-t-il. Selon M. Baldé, tout est urgence à MYF. Surtout le problème de l’insécurité, avec la porosité de la frontière. « Si la coupe du bois s’est accentuée à MYF, c’est à cause de l’absence de sécurité. Cette question demeure une urgence », souligne-t-il.

Pour Oumou Baldé de Pata, les femmes vivent à l’époque de la pierre taillée. « Elles ne connaissent que les champs et sont complètement déconnectées de la réalité. Le constat aujourd’hui est que beaucoup de mariages ont volé en éclats à cause de la pauvreté. Les parents n’arrivent plus à assurer l’éducation de leurs enfants, faute de moyens. Ici, quand on a de l’argent, on pense d’abord à la nourriture et à la santé. On n’a pas de quoi acheter des fournitures car les priorités sont ailleurs ». Du côté des jeunes, c’est le désespoir. Comme Modou Kabirou Kane de Dinguiraye, nombreux sont les jeunes de cette bourgade à voir leur avenir s’assombrir. Certains ont même préféré rejoindre les centres urbains à la recherche d’un autre moyen de survie, fuyant ainsi la léthargie régnant à MYF.

« La situation est critique. Heureusement qu’il y a la frontière avec la Gambie, sinon nous serions morts », indique-t-il. « Les jeunes ne bénéficient pas de formation, n’ont pas les moyens de poursuivre leurs études, ne bénéficient pas de projets, n’ont pas de stade ni d’espace jeune. « Le chômage des jeunes est chronique et pour certains la coupe abusive de bois est la seule alternative », dénonce-t-il.

Samba Oumar FALL, Idrissa SANE (textes)
Assane SOW (photos)

Last modified on vendredi, 16 septembre 2016 16:53

Se mettre au travail

16 Sep 2016
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Dans quelle langue faut-il expliquer aux Sénégalais que le développement d’un pays est dans l’ardeur et l’effort permanent de ses fils au travail ? Le Coran, dans une langue directe et claire qu’est l’arabe, nous invite à célébrer, chaque jour, le culte du labeur. La Bible, qui utilise une langue ancienne comme le latin, entre autres, nous incite au travail. Dans les langues de Cervantès, de Dante, de Goethe, de Molière, de Pessoa et de Shakespeare, que beaucoup d’entre nous comprennent, on accorde un intérêt particulier à l’ensemble des activités sociales de production.

Toutes ces exhortations au travail sont sans succès chez nous. Les Sénégalais semblant être sourds à ces différents appels au travail. C’est à croire qu’ils ne veulent pas compter parmi ceux que l’on considère comme le sel de la terre, c’est-à-dire ces hommes et femmes animant l’humanité, par leur force, leur valeur et leur générosité. La célébration de la Tabaski, lundi dernier, est le prétexte pour souligner, mais aussi s’en désoler, la propension de nos compatriotes à déserter les lieux de travail, donc de production, pour festoyer. Comme il ne leur suffit pas d’anticiper, c’est-à-dire de s’absenter avant le jour-J, ils prolongent, après l’événement, les congés qu’ils se sont librement donnés. Qui conteste cela n’est certainement pas allé, avant et après la Tabaski, dans les administrations publique et locale.

Quelques jours avant la fête du sacrifice, seuls quelques agents consciencieux étaient à leur poste de travail. Le lendemain de la Tabaski et les jours suivants, le gros de la troupe brillait par son absence. Ailleurs, c’est le même décor : transport public à l’arrêt, garages fermés, rideaux des commerces baissés, marchés désertés, etc. Face à un si triste tableau, d’aucuns vont faire dans la simplicité : « C’est une fête religieuse et les gens doivent aller prier ». Faut-il rappeler à ceux-là que les chefs religieux sénégalais ont déjà dit, dans toutes les langues vernaculaires du pays, que « le travail, comme la prière, sanctifie l’âme ».

Par Cheikh Aliou AMATH

Last modified on vendredi, 16 septembre 2016 16:52

Sénégalaise dans l’âme, Libanaise de souche et Française par aléa, Danielle Tebechirani est une fleuriste multiculturelle. Depuis qu’elle a récupéré la roseraie, cette dame qui dégage un caractère et une tendresse propres a fait de l’entité une référence dans ce domaine.

La démarche est mesurée, le ton convivial et le gestuel contrôlé. Quand Danielle Tebechirani parle, elle captive et émerveille comme un muguet au début du printemps. Avec une telle sensibilité, la vieille dame n’a pas usurpé son métier de fleuriste. Depuis 16 ans, cette sénégalaise d’origine libanaise née à Mbacké, dirige une entité reconnue dans ce domaine. A l’allée Robert Delmas, juste en face du bâtiment du Trésor public, une échoppe distille dans l’avenue une fraîcheur qui contraste avec le climat délétère qui règne dans les autres artères du centre-ville. La roseraie donne vie à l’avenue.

A l’intérieur, anthuriums bambous, orchidées et plantes artificielles dans des vases en rajoutent au charme de la boutique. De son bureau dépourvu de toute fioriture, la vieille dame dirige la boite. Créée depuis 1931, la maison de fleurs était la propriété d’un couple de Français avant que Danielle Tebechirani ne la récupère en 2000. La roseraie traversait alors des moments difficiles. « Après plusieurs années dans le domaine du tourisme, j’ai voulu me trouver une post-retraite plus relaxe », souligne la dame de taille moyenne. Passionnée dans tout ce qu’elle fait, elle s’est formée sur le tas grâce notamment à Mme Girard, femme de l’ancienne propriétaire de la roseraie.

Pourtant, de son Baol natal, rien ne laissait présager que cette fille de commerçant deviendrait fleuriste. « Durant mon cursus scolaire, je rêvais d’une carrière de scientifique. Mais, après mon Bac, j’ai arrêté les études pour travailler », déclare la dame aux rides à peine perceptibles.

Femme de caractère comme le témoigne un de ses proches, cette mère de trois enfants a redonné à la boutique de fleurs son lustre d’avant de par un management irréprochable. Et en même temps, « maman », comme l’appellent communément certains, est devenue experte en la matière.

« En ce moment comme vous le constatez ce n’est pas la grande affluence. On est dans la période creuse qui dure de juillet à novembre », indique Danielle Tebechirani.

Selon la dame, c’est de novembre à fin juin que le business est fleurissant. Lors de la Saint-Valentin et de la Fête des mères, le rush est total. Elle souligne que sa clientèle est très variée. Les Sénégalais sont-ils des amateurs de fleurs ? Elle répond par l’affirmative, ajoutant qu’ils ont appris à connaître la fleur. « Avant, c’était seulement certains cadres sénégalais qui en achetaient, mais aujourd’hui beaucoup de jeunes viennent en acheter », révèle-t-elle. A la roseraie, les Sénégalais s’illustrent par leur attrait aux grandes choses. « Un Européen peut se contenter d’acheter une simple rose tandis que les Sénégalais, pour la plupart, achètent le plus souvent une corbeille de fleurs », nous confie la gérante de la boutique.

Le Sénégalais aurait ainsi par plaisir ou simple effet de mode pris goût à la douceur et à la symbolique des fleurs. Écrivaine et artiste à ses heures perdues, Danielle Tebechirani fait de la mosaïque et compte un ouvrage à son actif. Malgré la manne financière que peut générer le business de fleurs, la dame dit ne pas attacher une grande importance à l’argent. «Il en faut bien sûr pour satisfaire ses besoins élémentaires, mais pas à certain niveau », argue la dame. C’est avec un wolof clair sans accent étranger que madame Tebechirani revendique sa « sénégalité ». Comme un arbre enraciné, dans son sol, Danielle Tebechirani reste attachée aux valeurs du pays de Kocc Barma. « Je crois en l’honnêteté et la sociabilité». Membre du « Club international féminin », Danielle Tebechirani n’accorde pas seulement son attention aux fleurs. Elle s’occupe aussi de ses semblables. « Dans ce club on fait du social. On a construit des dispensaires, des puits et des écoles à l’intérieur du pays ». L’avenir du métier de fleuriste au Sénégal, « maman » considère qu’elle repose entre les mains des professionnels. Ils ont l’obligation d’en faire un label.

Mamadou DIAGNE (stagiaire)

Last modified on vendredi, 16 septembre 2016 16:52

Il y a 40 ans, le Sénégal sortait d’un long glacis politique après le retour à la légalité du Pai, interdit et ses dirigeants contraints à l’exil depuis 1960. Cela faisait suite, deux ans plus tôt, à la création du Pds par Me Abdoulaye Wade. La loi des quatre courants, la fin de la situation d’exception que constituait le fait du parti unique et l’ouverture politique ouvraient donc d’intéressantes perspectives à la démocratie sénégalaise alors balbutiante. Le président Senghor a son idée sur comment devraient évoluer les relations entre son pouvoir et l’opposition. Cette dernière (en attendant le Mrs de Me Boubacar Guèye) est constituée des seuls Pds et Pai.

A la mi-septembre 1976, le chef de l’Etat revient de ses vacances passées en Normandie. « Le Soleil » du 15 de ce mois pluvieux annonce que « l’opposition aura tous ses droits ». Cela n’est pas sans importance. « Les membres de l’opposition ne sont pas nos ennemis, ce sont des adversaires politiques, des frères. Je recevrai MM. Abdoulaye Wade et Majhemout Diop à chaque fois qu’ils en feront la demande », déclare le président-poète. Mieux, il promet de prendre quelques fois « l’initiative de les convoquer pour m’entretenir avec eux des grands problèmes nationaux ». Selon Moctar Kébé (futur ministre et maire de Kolda), deux idées-forces se dégagent des propos de Senghor : « d’abord la confirmation que le gouvernement en place jouera correctement le jeu dans le cadre de l’alternance démocratique du pouvoir que nous expérimentons au Sénégal depuis 03 ans ».

Pour le commentateur, cela veut dire que tous les droits de l’opposition seront respectés dans la mesure où elle s’acquittera elle-même de ses devoirs. Il y a ensuite que la concertation avec l’opposition n’a plus pour objectif de la saborder au parti gouvernemental, « mais de la consulter sur les voies et moyens qu’elle juge les plus appropriés pour réaliser nos objectifs communs de développement économique et social ».

Toute la subtilité de la politique senghorienne s’en trouve étalée. « Son » journal explique en effet que désormais « s’il y a conflit, il ne se situera plus entre l’Ups d’une part, et le Pds et le Pai d’autre part, mais entre adversaires et adeptes de la démocratie au Sénégal, sans considérations d’appartenance aux trois formations politiques en présence ». Moctar Kébé estime que le seul qui vaille maintenant est celui « du courage politique et de l’honnêteté intellectuelle ». Selon lui, il s’agit d’avoir « le courage de défendre ses idées sur la place publique tout en respectant celle des autres ; cela exclut bien sûr les accusations gratuites et autres procès d’intention. Il s’agit aussi de reconnaître les mérites de l’adversaire et retenir tout ce qu’il peut proposer de positif ». Pour le journal, « c’est à ces conditions que nous prouverons que l’expérience démocratique sénégalaise n’est ni un cadeau empoisonné, ni un incident de parcours, mais l’expression de la volonté et du génie du peuple sénégalais ». La fonction « pédagogique » du quotidien ne date donc pas d’aujourd’hui…

Samboudian KAMARA

Last modified on vendredi, 16 septembre 2016 16:51

Comme toutes les minorités, les Badiaranké vivent, isolés, aux confins de la forêt de Linkering, précisément dans le village de Tonguia. Malgré les difficultés et la modernité, cette ethnie n’est pas pour autant menacée. Elle vit dans la paix et la tranquillité, avec ses croyances, ses structures sociales et ses rites. Chez les Badiaranké, on entretient le culte des ancêtres, la tradition d’accueil et d’entre-aide. Toutes choses qui leur confèrent une unité certaine.

Tonguia. Difficile de placer cette localité sur la carte du Sénégal. Ce village dont la particularité est d’abriter la plus grande communauté de l’ethnie badiaranké dans le pays, est un trou perdu dans la région de Kolda, précisément dans la commune de Linkering (arrondissement de Bonconton, département de Vélingara) et à quelques jets de pierres de la Guinée Conakry. L’accès est très difficile et il faut s’armer de courage et de patience pour affronter les dix-huit kilomètres qui séparent la route nationale de ce refuge des Badiaranké.

Après avoir laissé derrière nous la cité religieuse de Médina Gounass et Linkering, nous commençames à mesurer l’éloignement du pays badiaranké. C’est entre Missira Samba et Médina Gnama que le véhicule bifurque à droite et emprunte une route latéritique « colonisée » par les flaques d’eau. Les hameaux, dominés par des chaumières, poussent sur les lisières des formations forestières denses, à l’image de Saré Afia. De temps à autre, de petits bergers hâves et déguenillés nous hèlent. Le véhicule bondit, se faufile dans un labyrinthe sans fin, un dédale de végétations, et roule vers l’incertitude.

Le conducteur, bien accroché à son volant, ne lève le pied que sur les radiers submersibles et pour éviter les grosses flaques d’eau imposées par les fortes pluies tombées quelques jours plus tôt. Les villages défilent et les déviations se succèdent. La distance semble multipliée par dix. Parfois, nous nous arrêtons pour nous assurer que nous sommes bien sur la bonne direction. « Ce n’est pas loin, vous allez bientôt arriver », nous disent souvent les gens que nous interpellons pour nous encourager. Mais dans ces coins perdus, « ce n’est pas loin » signifie que vous n’êtes pas encore au bout du tunnel.

Un village fondé par un chasseur
Après le dernier bourg, une forêt dense se profile à l’horizon. Sur plus de trois kilomètres, aucune âme qui vive. L’incertitude s’empare de notre équipe de reportage. Arrivés à hauteur de deux intersections, nous ne savions laquelle prendre. Notre flair d’aventuriers d’un jour nous joue des tours. Nous empruntons la mauvaise route, guidés par les marques de roues de véhicules et de charrettes à la place de celle presque ravalée de tous les côtés par des arbres et des plantes épineuses. Mais au bout d’environ deux kilomètres, nous voici à la sortie de la forêt. Sur la droite, nous demandons la route qui mène à Tonguia.

« Il faudra retourner là d’où vous venez. C’est l’autre route qui se sépare de celle-ci », nous dit un homme trouvé dans son champ. Le conducteur fait demi-tour pour rejoindre la piste ravalée. C’est à ce moment que nous comprenons tout le sens du message du vieux de Médina Gnama qui, en nous indiquant la route à emprunter, nous demandait : « Mba jam ? » Son interrogation suspectait déjà l’isolement et l’éloignement de ce trou perdu. Peu importe. Il nous fallait à tout prix aller à la découverte des Badiaranké, une ethnie minoritaire dont les membres se trouvent dans quelques villages du département de Vélingara.

Le conducteur accélère. Les arbres semblent s’embrasser. Cette incursion permet de ressentir toute la splendeur de la forêt. Une véritable merveille naturelle. Tout amoureux de la nature succomberait à la poésie de cette contrée où divers oiseaux se donnent rendez-vous et gazouillent sans fin. Ici, la main de l’homme n’a pas encore fait de ravage. On peut apercevoir de grandes espèces : le caïlcédrat ou Khaya senegalensis, le Tectona grandi, le Saba senegalensis enroulé à d’autres arbres. Comme une jouvencelle, la nature a conservé sa virginité. Et ce n’est pas les Badiaranké qui détruiront cette belle réserve forestière.

Au bout d’une heure de route, nous abordons une dénivellation. Puis, nous apercevons des mouvements. Tonguia se montre enfin, resplendissant. Tout le monde pousse un ouf de soulagement. La première image qui attire le visiteur, c’est celle des femmes qui s’activent sur la vallée. Par groupes, elles repiquent et émondent dans une belle hilarité. À l’entrée du village, nous croisons un jeune étudiant en tourisme du nom de Wassa Camara qui s’apprêtait à aller aux champs. Lorsqu’il voit la voiture du « Soleil », il nous sert de guide. Le jeune étudiant en tourisme à l’Université Assane Seck de Ziguinchor travaille sur la culture badiaranké. Il préfère nous présenter au chef de village, le vieux Hadyan Sandé.

Le fromager, symbole de la localité
Dans cette zone ceinturée par une montagne, l’ethnie badiaranké a trouvé refuge depuis presque deux siècles et vit en harmonie avec des Koniagui et des Peuls. Selon M. Camara, le village de Tonguia fut fondé en 1897 par un groupe de guerriers venus de la Guinée Conakry, précisément du Badiar. « Pendant une menace conflictuelle, le roi des Badiaranké, qui résidait à Marou, désigna quelques guerriers qui devaient les secourir. Parmi eux se trouvait un brave homme du nom de Waly Niabaly qui était le lieutenant de ce contingent. Arrivé dans une vallée où l’eau jaillissait en abondance, Niabaly décida de prendre une pause. Il planta, durant ce séjour, un fromager au milieu de cet espace vital. Charmé par cet endroit, il décida d’y rester. Dès lors, il nomma cette demeure Tonkiya, aujourd’hui Tonguia, qui signifie lieu de retraite paisible », explique-t-il. Ne vous attendez surtout pas à rencontrer à Tonguia des hommes vêtus de pagne bien orné de coton, de chemise couvrant toute la partie supérieure du corps ou d’une culotte en forme de fuseau. Ni de femmes avec des parures en collier et bracelet de perles et des boucles d’oreilles de grande taille. L’époque où l’on portait ces tenues est révolue. La modernité a imposé un nouveau mode vestimentaire, même si certains us et coutumes sont jalousement conservés.

Au cœur de ce village qui compte plus d’un millier d’âmes se trouve un fromager qui fait environ 172 mètres de hauteur. Cet imposant arbre, planté par le premier habitant du village, Waly Niabaly, est l’icône de la cité badiaranké. Il sert de lieu de palabres des anciens, mais aussi de célébration des cultes. Selon Wassa Camara, les pionniers de Tonguia respectent ce robuste arbre trop attaché aux ancêtres. C’est pourquoi, dit-il, une importance de choix lui est accordée lors des célébrations de la communauté.

« Dans le calendrier des rites, les lundis du grand fromager occupent une grande place. Pendant le mois de décembre, quand l’arbre commence à jaunir, donc à fleurir, deux lundis successifs lui sont dédiés. Ces jours-là sont aussi dits ceux du sacrifice, car tout le village prépare obligatoirement le même plat et le déjeuner est pris sur la place publique par tout le monde, sans distinction de sexe ni d’âge », nous explique Wassa Camara. Le premier lundi, souligne-t-il, le « pattou » (plat local à base de farine de maïs) est préparé dans tout le village et le lundi suivant, le riz de la vallée est la vedette. « Ce rite n’est pas un vain bavardage. Ce sacrifice les épargne des calamités naturelles », assure le jeune étudiant.

Une langue codifiée
À Tonguia, la tradition conserve encore tout son poids. Selon le chef de village, le vieux Hadyan Sandé, le conflit de générations n’a pas encore envahi la cuvette. La soumission aux ordres de l’aîné est impérative. Chacune des tribus a un chef qui conserve les secrets et les lois légués par leurs ancêtres. À Tonguia, les assemblées sont tenues par les hommes. La socialisation des jeunes garçons reste l’affaire des hommes. Quant aux femmes, elles sont obéissantes et dépendantes. Elles n’osent pas se dépigmenter, une pratique considérée comme un crime par le grand chef. Cet engagement a permis aux femmes badiaranké de conserver leur teint naturel. L’éducation des filles est assurée par la mère, les tantes et autres ayant-droits femmes. La chasteté est une priorité à ancrer dans la cervelle des adolescentes.

Même si le peul et le wolof sont parlés à Tonguia, du fait de la présence de gens venus d’ailleurs, la langue la plus utilisée est celle des autochtones. Il s’agit du « kandjadd » qui est couramment parlé au fil des décennies par les différentes générations. « Depuis nos ancêtres jusqu’à nos petits-fils, tous parlent la langue badiaranké. Nous ne savons pas ce qui adviendra après notre mort, mais j’ose penser que le badiaranké continuera d’être parlé à Tonguia », indique Hadyan Sandé, assis sur une chaise, les jambes repliées sur lui-même.

Les Badiaranké tiennent tellement à leur langue qu’ils ont réussi à faire sa promotion. En septembre 2006, à Pakour, le kandjadd fut codifié. C’était sous la présence du ministre de l’Alphabétisation et de la Culture de l’époque. « La codification de notre langue a eu un impact considérable. Avec l’alphabétisation, 60 % des villageois, vieux, jeunes, femmes, peuvent même lire en langue badiaranké », se réjouit M. Camara. Animistes et païens à l’époque, les Badiaranké ont subi une certaine influence mandée. Ils se sont, au fil des temps, sédentarisés et, selon Wassa Camara, ont embrassé la religion musulmane.

« Nous sommes issus du groupe Tenda. Nos ancêtres étaient des animistes, des païens. Mais, au fur et à mesure, nous nous sommes convertis à l’Islam. Maintenant, les Badiaranké de Tonguia sont à 90 % musulmans », informe M. Camara. Une mosquée a été construite non loin du fromager géant. Chez les Badiaranké, la gastronomie est aussi très caractéristique. Elle n’a pas été influencée par la cuisine moderne. Cette ethnie a gardé ses plats ancestraux que sont le « paghagni », fait à base de sorgho, le « patchonga », à base de riz, et le « pattou », à base de farine de maïs.
L’économie de Tonguia repose essentiellement sur l’agriculture. Les Badiaranké cultivent du coton et de l’arachide, mais aussi du riz, du mil, du sorgho et des haricots. « À Tonguia, on ne sent pas trop la présence de l’État, mais on n’y meurt pas de faim. Même si les populations vivent dans des conditions précaires, elles parviennent à survivre, malgré les difficultés », fait savoir M. Camara qui rappelle qu’en 1987, des Américains s’y sont installés pour évangéliser la population. Leur présence, soutient-il, a été bénéfique pour les villageois. Car, souligne-t-il, en plus d’une assistance sociale, ils ont doté Tonguia d’un aérodrome.

Samba Oumar FALL et Idrissa SANE (textes)
Assane SOW (photos)

Une communauté attachée à ses traditions
À Tonguia, les célébrations ont gardé tout leur sens. Les manifestations, qu’elles soient profanes ou religieuses, rassemblent les Badiaranké de toutes origines dans un même élan, une même convivialité. Chaque occasion de la vie (naissance, initiation, mariage, enterrement, etc.) est prétexte pour perpétuer le legs des ancêtres.

Les Badiaranké parlent leur propre langue, ont leur propre costume (même s’ils n’est plus d’usage), leurs mythes, leurs fêtes, etc. Depuis toujours, ils perpétuent des rituels qui remontent à la fondation de leur localité. La célébration la plus importante de leur calendrier reste l’initiation chez les hommes. Cette période, nous dit-on, marque la transition de l’enfance à la maturité. Et c’est la tribu des forgerons qui détient l’autorité pendant l’initiation. « Chez les Badiaranké, si tu n’es pas initié, tu n’es pas mâture. C’est pour cela qu’on appelle la période du diambadong celle de transition de l’enfance à la maturité. Cette cérémonie initiatique est rythmée par l’apparition du kankourang qui est un esprit protecteur chez les Badiaranké.

La sortie des initiés est marquée par le diambadong ou danse des feuilles », indique Wassa Camara. Selon le jeune étudiant, le « lepour » et le « doundourang » sont aussi des esprits qui permettent de distraire les initiés lors des veillées de danse organisées pour l’occasion.

La fête pour le maintien de la tradition figure également en bonne place dans l’agenda commémoratif des Badiaranké. Chaque année, souligne M. Camara, les adultes profitent de l’occasion pour léguer authentiquement le passé de leurs parents aux adolescents qui seront aussi dans l’obligation de la transmettre à la génération à venir. Mais aussi pour faire la promotion de la langue, de la culture badiaranké. Les villageois invitent leurs intimes voisins pour assister à la célébration. « Vu l’ampleur qu’a prise cette fête, les pionniers de Tonguia en ont fait une affaire de tous les Badiaranké en guise d’union. C’est ainsi qu’une amicale regroupant les Badiaranké de Kolda, Guinée et Guinée-Bissau est née », indique-t-il.

Survivance des coutumes animistes, la quête mystique d’enfants a fortement résisté à la pénétration de l’Islam. Cérémonie sacrée de fécondité des femmes ou de recherche de maris pour les filles en âge de se marier, cette pratique est toujours d’actualité. Cette initiation des jeunes femmes qui peinent à avoir des enfants après le mariage a lieu sous le gros fromager plus que centenaire. « Tous les ans, pendant trois jours, la cérémonie relie les Badiaranké avec plusieurs ethnies. Le rite s’appelle « bassam bassambé » en langue badiaranké et « kagnala » en diola », renseigne Wassa Camara.

De l’endogamie à… l’exogamie
Sous la direction du kankourang et des génies protecteurs, les femmes, en rangs serrés, dansent et chantent la tête recouverte d’une calebasse, symbole de la virginité, ornée de perles de toutes les couleurs et un bâton à la main qui matérialise la puissance invisible.

Le turban enroulé autour cou, Hadyan Sandé impose le respect et le silence lorsqu’il parle. Il est le témoin le plus âgé de l’évolution de sa communauté dans cette partie du Sénégal. Et il a aussi connu les périodes de l’endogamie qui a contribué à la conservation et à la perpétuation de la culture badiaranké au fil des décennies, voire des deux siècles. « Auparavant, les Badiaranké se mariaient uniquement entre eux. De ce fait, les enfants qui naissaient de ces unions parlaient la langue et adoptaient notre culture », rapporte le sage du village.

Le prétendant est mis à l’épreuve par sa belle-famille. Le garçon ou l’homme qui demande la main d’une fille doit constamment aider la famille de celle-ci dans les travaux champêtres, entre autres tâches. C’est par cet exercice qu’il gagnera la confiance de sa future belle-famille. « Le prétendant apporte d’abord de la cola chez le père de la fille. Si le père connaît le garçon, il peut donner son accord de principe. Mais il faudra attendre l’acceptation finale qui survient lorsque le prétendant inspire satisfaction et confiance à la famille. C’est à partir de ce moment que les procédures peuvent réellement commencer », précise-t-il.

De nos jours, l’endogamie est révolue à Tonguia. Et la confiance reste le principe de base pour donner sa fille en mariage. Les parents cherchent avant tout à bien connaître celui qui s’occupera de leur fille pour le restant de ses jours. « Aujourd’hui, lorsqu’un homme vient chercher une fille, nous demandons l’avis de cette dernière. Si elle est consentante, on s’intéresse ensuite à l’homme. Parfois, il nous arrive de nous opposer à l’union », confie le chef de village.

Samba Oumar FALL et Idrissa SANE (textes) 
Assane SOW (photos)

Last modified on jeudi, 15 septembre 2016 13:36

Zone à la douceur idyllique

15 Sep 2016
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Pêche le long des bolongs, flâneries dans les petites îles, admiration de vols d’oiseaux, exploration de forêts classées dans le Delta, chasses dans les zones amodiées... La région naturelle du Sine-Saloum, du nom de deux bras de mer, n’est pas essentiellement une zone de tourisme d’excursion. Ici, l’on sait aussi combler vos autres folles envies. Et quand on revient de cette destination parfaite pour se déconnecter le temps des vacances, on est dévoré d’envie par ceux qui n’ont pas profité de la saison estivale et qui savent bien que été rime avec farniente ! 

Le Sine-Saloum évoque le sable chaud, la mer, le soleil, les soirées estivales. Vous qui avez ces envies, c’est le moment de faire vos valises. La zone, forte de ses forêts et de ses plans d’eau, va vous enthousiasmer par sa beauté, avec cette vue splendide sur la mangrove. Avoir vécu un jour au Sine-Saloum est sans doute la pire des punitions. Car vous avez une envie pressante d’y retourner toujours ou d’en avoir la nostalgie sans cesse. En effet, c’est une zone privilégiée de vacances, de dépaysement, de découvertes, de rencontres authentiques qui vous fait envie. Un séjour ici vous fait passer l’envie d’aller voir ailleurs.

Ici également, l’on peut, dès 9h du matin et par 30° à l’ombre, aller de découverte en découverte. L’on vous offre mille occasions de mourir d’envie d’aller en profondeur dans cette belle terre sénégalaise et africaine. Dans le Sine-Saloum, l’aventure est absolument irrésistible ! Et surtout lorsqu’un personnel dévoué, chaleureux et attentionné d’un campement vous donne envie d’entrecouper vos excursions de rendez-vous mondains : buffet, réception sous les notes mélodieuses d’une troupe folklorique, soirées estivales en compagnie de fêtards des deux sexes.

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on jeudi, 15 septembre 2016 13:35

Le mythique quartier Fogny est l’un des plus anciens de la ville de Tivaouane. Une zone d’habitation où l’on cultive les rapports de bon voisinage. Ce polissage des relations humaines a été développé par ses premiers occupants.

Le nom Fogny évoque bien une province naturelle diola de la Casamance. « Mais cela ne traduit en rien les origines des premiers habitants », souligne Atoumane Ndiaye Doumbia, conservateur d’archives à la retraite. Auteur du livre « Tivaouane en images » et natif du quartier, Atoumane nous raconte l’histoire de Fogny dont le nom, révèle-t-il, « serait lié à une mauvaise interprétation du terme par des jeunes de la cité qui, en utilisant l’expression Fogny,  désignaient ainsi la concession des bambaras où résidait Bakary Touré affecté à la police de Tivaouane en 1893 et qui offrait, chaque soir, au clair de lune, des spectacles animés par des musiciens et troubadours bambaras sur fond de kora et de balafons ».

Une occupation lointaine avant même la création de la commune

L’imagerie populaire se saisit alors de l’expression Fogny que personne n’a cherché à corriger. Mais aussi certaines sources (sites et documents d’archives) révèlent l’occupation très lointaine du quartier Fogny avant même la création de la commune mixte, en 1904. En effet, l’ouverture de la ligne du chemin de fer Dakar-Saint-Louis, en juin 1885, a permis l’installation des premiers commerçants européens et favorisé l’essor économique de l’escale. Aussi, l’existence  des cimetières catholiques au cœur du quartier  et dont la plus ancienne tombe visible date de 1888  atteste également de son occupation ancienne.

Brassage intelligent
Le quartier a toujours été un  brassage très intelligent dans lequel ses occupants ont développé une parfaite harmonie de vivre dans la solidarité et le bon voisinage (Wolofs,  Bambaras, Toucouleurs Peulhs, Maures). Beaucoup d’infrastructures ont été construites dans ce quartier durant la période coloniale : le premier poste de police, créé en 1893, la boucherie, les abattoirs, la grande mosquée dont l’autorisation de construire fut accordée par un arrêté du gouverneur du Sénégal en date du 13 février 1903… Ce brassage et cette communion, souligne Atoumane Ndiaye Doumbia, ont beaucoup contribué à l’édification de la mosquée du quartier, une preuve de la solidarité agissante de sa population.

D’ailleurs, certains de  nos grands-pères  et pères ont fortement contribué, à côté de Seydi Elhadj Malick Sy, à l’édification et à l’organisation de la grande mosquée du quartier : Serigne Malick Seck qui avait offert gracieusement le site, Serigne Atoumane Ndiaye qui fut nommé imam ratib depuis son ouverture, en 1904, et qui sera remplacé à son décès, en 1946, par son fils Elhadj Babacar Ndiaye jusqu’en 2006, date de son rappel à Dieu. Il y a eu aussi Mamady dit Ndô Doumbia, un agent de police de 2e classe qui a rendu sa démission le 25 mai 1916 pour devenir muezzin au service de Seydi Elhadj Malick, et Elhadj Birahim Fall, chargé de l’intendance ».

Le quartier a rehaussé la personnalité politique de la ville
« Le quartier Fogny, avec ses habitants, a contribué incontestablement à rehausser  la personnalité politique de la ville religieuse de Tivaouane », souligne Atoumane Ndiaye Doumbia. Ceci, indique-t-il, « par son apport fécondant à  toute forme de management sur le plan de l’administration, de la culture, de l’éducation et du sport. Déjà en 1936, le député Ngalandou Diouf y épousa la belle Rabiètou Diop, première dame à gravir les marches du Palais Bourbon à Paris. Aussi, la première association de jeunesse formée à Tivaouane vers 1949  sous le nom de Jet (jeunesse étudiante de Tivaouane) en comptait plusieurs membres (Boubacar Fall, Moussa Ndiaye, Bécaye Kounta, Ndiaye Diagne,  Amadou Camara, tous des normaliens de Ponty) qui ont formé le premier orchestre de la région de Thiès  grâce à l’appui de l’administrateur de cercle Serge Poli,  réalisateur également de l’actuel terrain de basket, en 1955 ». Le conservateur d’archives en retraite d’ajouter également qu’ « Elhadj Alioune Palla Mbaye y a occupé les fonctions de député-maire de la commune de Tivaouane de 1968 à 1978, Elhadj Bamoye Touré sera nommé le 1er juin 1960  directeur de l’école des garçons de Tivaouane, remplaçant ainsi Mr Pamphile Gervais, le dernier européen après l’indépendance. Et après sa retraite, intervenue en 1967, il ouvrit la première école privée dans le quartier du nom d’Alpha Mayoro ».

Un quartier aujourd’hui abandonné à son triste  sort
Par ailleurs, révèle Atoumane Ndiaye Doumbia, il faut noter que le quartier de Fogny a vu naitre Mohamed  Fadel Fall qui a été le premier natif de Tivaouane sélectionné dans l’équipe nationale de football en 1966, mais aussi Ibrahima Fall, le premier Tivaouanois nommé ministre dans un gouvernement de la République du Sénégal ». Aujourd’hui, le quartier semble être abandonné à son sort, alors que c’est là qu’est en train d’être édifié le nouvel hôtel de ville qui jouxte l’Inspection de l’enseignement et de la formation. Il abrite également le centre artisanal, une propriété de la commune peu entretenue du fait que plus de la moitié des cantines sont fermées faute d’acquéreurs. Sa réfection est d’ailleurs souhaitée.

Nonobstant, il faut signaler que plus de 90 % de la population du quartier dispose d’adduction d’eau et de branchement à l’électricité avec sa particularité d’être, avec ceux de Kouliguidiane et Ndoutt, parmi les plus vieux quartiers de la cité religieuse et d’avoir fortement contribué au développement économique et social de l’escale.

Mais, selon Atoumane Ndiaye Doumbia, les plans de modernisation de Tivaouane menés  jusqu’ici n’ont point impacté sur l’environnement : manque d’assainissement, rues sablonneuses et non loties sont le lot des populations, surtout en période d’hivernage avec les inondations.
Fogny est, aujourd’hui, l’un des rares quartiers de  Tivaouane à être dirigé  par une dame, Mme Maïmouna Dièye, qui exerce les fonctions de déléguée avec efficacité, en parfaite concertation avec le conseil des notables.

Mohamadou SAGNE

Last modified on jeudi, 15 septembre 2016 13:35

Belle à n’importe quel prix. Dépenser beaucoup d’argent pour optimiser son physique ou son apparence. Autant de moyens pour y parvenir : fausses hanches, faux ongles, dépigmentation, entre autres artifices de séduction. De plus en plus de beautés cosmétiques qui ne tiennent guère devant les caprices de la nature. Immersion dans les salons de beauté et dans les cosmétiques.

La beauté jusqu’au bout des doigts. Fausses hanches, fausses fesses, faux ongles, autant en apporte la conception que chacune a de la vénusté. Qu’elle soit cosmétique ou artificielle, appelons-le comme on veut, ce qui compte, pour elles, c’est optimiser leur physique. Les motivations varient mais la constante relève du glamour. Prendre entre les petites mailles de son filet, un gros poisson qu’il soit noir, gris ou blanc. Sauf que c’est de la pêche artificielle avec du matos médicalement interdit. Idem, sur le plan religieux. Au Sénégal, autour des ces pratiques pour sublimer son corps, se développe un grand business.

Envie d'élégance ? On ose la french manucure, pédicure ! On ose les coiffures. A vos cheveux « naturels », le paquet à 60 000 FCfa, voire 300 000 FCfa. A vos poches, rois de la galanterie. A vos salaires, jeunes dames ou filles qui veulent bien paraître dans les cérémonies ou le lieu du travail. Une ruelle qui donne sur l’avenue Blaise Diagne : une confusion de tables, de tentes et de boutiques. On entend de loin leurs éclats de rire à cet âge d’insouciance où les responsabilités sociales ne pèsent pas encore sur leurs épaules. Sous une tente, un trio de jeunes filles. Elles sont des amies depuis le lycée.

La féminité jusqu’au bout des ongles
Habitant la Médina, un quartier populaire périphérique du centre ville, elles sont venues refaire leurs poses notamment de cils et d’ongles. « Défar bamou bakh, athie bamou kawé », des termes usuels qu’elles reprennent. En cette période d’été, le gérant de la place, Abou Diop, déroule ses activités sans discontinuité. Tatouage, pédicure, manucure, pose cils. Un chiffre d’affaires qui peut aller jusqu’à 100 000 FCfa par jour. Présentement, les jeunes filles se refont pour envahir les plages. « En période de fête, je peux gagner en trois jours, 500 000 FCfa », avoue ce jeune venu de la Casamance pour gagner sa vie.

Avec une paire de ciseaux, il coupe une partie d’un faux cil. Ensuite, un recourbe-cil et tout est parfait. Un peu de colle et l’utilisation d’une pince fine. Ça y est. Il est posé vers l’extérieur de l’œil. Rêve réalisé : Sana affiche des yeux de biche comme les stars hollywoodiennes grâce à ses faux cils. 2 000 FCfa pour payer le service. Avant que son amie ne termine sa séance de pose ongle avec l’autre prestataire, elle se plonge dans la lecture d’un magazine pour découvrir la tendance été. Des yeux qui ressortent plus. Hyper timide, à chaque question, elle esquisse un sourire. Son amie plus audacieuse laisse entendre « Mme, fi kou gnawoul ya ngui dieul mesure » pour répondre à la question de savoir si c’est pour une disponibilité sexuelle qu’elles le font.

Une bassine contenant de l'eau tiède, un coupe-ongles, une lime en carton double face, un repousse-cuticules, une pierre ponce, des outils que l’on trouve presque dans tous les salons de beauté même les moins chics. Une petite quantité de sels de bain, de l'huile d’amande également. On lui demande d’y introduire les pieds. Sur une sorte de tabouret, quatre filles autour d’elle. Une, assise à même le sol, lui fait une pédicure. En même temps, une autre, avec du coton à la main, applique du dissolvant sur ces ongles pour retirer délicatement toutes les traces d’anciens vernis. Un repousse-cuticules pour repousser de ses doigts les pellicules sèches et envahissantes qui reprennent leurs droits quelques jours après coupure. D’où la nécessité, pour certaines femmes, de faire une manucure régulière. De belles mains qu’est-ce que c’est ? De longs ongles, un joli vernis évidemment. Donc, une pose-ongles s’impose. Pourtant, la cuticule des ongles protège les doigts et orteils des germes venant de l'extérieur.

Teint sombre, taille svelte, des épaules larges, des yeux de gazelle, Madeleine Ndiaye est assistante de direction. Elle profite de son week-end pour se faire belle dans un de ces salons de beauté, à quelques encablures du marché de Castors. Cette noirceur d’ébène vient tous les quinze jours pour effectuer une pose-ongles, adoucir ses pieds et ses mains qu’elle juge un peu rugueux. Lébou de Bargny, son teint ne fait que confirmer la beauté de la peau noire. Une raie au milieu ouvert, une coiffure d’été, elle retrouve sa féminité jusqu’au bout des ongles.
Selon elle, les poses-ongles mettent les mains en valeur. En image, qu’est-ce que cela donne ? Une secrétaire coquette, qui, avec ses longs doigts aux ongles bien posés, fait saliver son patron, ses partenaires d’ici ou d’Outre-mer. Par ailleurs, les faux ongles sont également des moyens pour cacher les problèmes d'ongles qui peuvent modifier sa forme et son apparence : l'ongle dédoublé, l'ongle rongé, l'ongle cassant et mou.

Corriger les ‘’incorrections’’ de la nature
Cap sur l’avenue Lamine Guèye, un mouvement de jeunes filles venues se procurer des habits en ce coin des bonnes affaires. Ici, les derniers arrivages épousent les réalités climatiques. Plus de robes courtes et légères, des débardeurs, des mini jupes, etc. Autre activité parallèle, la vente des culottes boxers galbantes ou gainantes, des sous-vêtements féminins pour corriger les « incorrections » de la nature. Des fesses ou hanches galbées bombées à moindre prix : à 1500 ou 2000 FCfa. Selon certaines filles rencontrées, les culotes à vil prix débordent.

Ce que dément ce vendeur qui prêche pour sa chapelle : « Nos culottes n’ont rien à envier aux autres. La différence est que certains, occupant des magasins à location très chère, vendent leurs articles en tenant compte de cette réalité. Alors que nous, nous ne payons que 250 FCfa par jour à la mairie », explique Dame, un « Saloum-Saloum ». Selon lui, même celles qui sont vendues dans les boutiques dédiées sont de marques chinoises. Ce qui n’est pas tout à fait faux. La Chine est l’usine du monde. Mais, elle en fait du bon, du moins bon et du mauvais. Sur cette même avenue, une boutique spécialisée en sous-vêtements féminins, dévoile ses prix. Deux jeunes montent la garde. Le sac doit être laissé à la porte. Deux autres filles suivent les clientes. A chaque taille, à chaque modèle son prix. Culotte dentelle Rembo pour avoir des formes arrondies, remonte hanches et fesses avec contrôle pour procurer un maintien ferme, autant de variétés pour avoir une forme à désirer. Des prix qui ne sont pas accessibles à n’importe qui.

Soins du corps pour un soin du cœur
A chacune, son lait éclaircissant. Avoir une peau claire est devenue un critère de beauté pour les femmes surtout d’âge mur. Rejet de sa peau, de son corps pour plaire à un autre qui quand le premier subit les caprices de la nature, n’aimerait point se frotter à lui. Pour dissimuler les effets non désirés, on se cache derrière le bio. C’est du Aléo vera, carotte, papaye ou tamarin, à chacune son parfum, à chacun ses effets à court ou à long terme. Deux billets de deux mille francs et un de mille francs contre une bouteille de « So White ». « Je ne me dépigmente pas, je m’éclaircis la peau », lance-t-elle tout sourire. La différence est qu’on use à petit feu sa peau. Marché Castors, un mouvement d’hommes et de femmes venus pour diverses raisons. A la main, un sachet où il est écrit « fière d’être femme ». Et si elles en étaient autant avec ce que la nature leur a offert.
 
Ndèye Bineta Fall, 19 ans, commence déjà à utiliser les produits éclaircissants. « C’est pour lutter contre certaines tâches noires qu’une amie m’a conseillée d’utiliser cette crème qui ne contient pas de l’hydroquinone », renseigne-t-elle. Selon Mame Mor, propriétaire d’une boutique de cosmétique, toute dépigmentation commence par l’éclaircissement de la peau. « La plupart de nos clientes, qui se dépigmentent, achetaient au début des produits pour se donner un teint lumineux. Au fur et à mesure, elles y ont pris goût et ont fini par passer à la vitesse supérieure, c’est-à-dire la dépigmentation », confie ce dernier. Il suffit qu’elles voient que le produit est fabriqué dans un grand pays qu’elles l’achètent sans hésiter.

Marame Coumba SECK

Last modified on mercredi, 14 septembre 2016 11:18

Des coups de maîtresses

14 Sep 2016
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En habillement, qu’est-ce qu’elles savent bien donner des coups à leurs hommes, ces Sénégalaises ! Ramadan oblige, les « driankés » (femmes en chair) étaient, il y a un peu plus de deux mois, aux « djellabas », grands boubous et jupes paysannes. Avec cette vêture-là, c’est comme si elles laissaient tomber une grêle de coups sur la tête de leurs admirateurs. Une nouvelle spiritualité avait pénétré l’âme de ces créatures qui en étaient, presque, au burka, dissimulant leurs 100 kilogrammes de féminité et de tendresse avec. Des Sénégalaises toutes en rondeurs très féminines.

D’autres femmes, grandes, belles et très bien faites, avaient troqué leurs jupes et robes hyper courtes contre les « meulfas » qui les couvraient de la tête au pied. Leurs mises provocantes au placard, elles n’étaient plus dévorées des yeux par les hommes. Quel vilain coup porté aux hommes qui se rinçaient l’œil sur des corps féminins à peine couverts ! Conséquences : les mâles avaient le visage sombre de coups dans la rue. Bref, une subite spiritualité avait envahi les Sénégalaises, les amenant à manifester, par un nouvel accoutrement, leur attachement aux fondements religieux et exprimé leur volonté de donner un coup d’arrêt au port vestimentaire suggestif.

Mais, au cœur de cet été chaud et en pleine préparation de la Tabaski, nous avons vu des foules de bonnes gens revenir à leurs vieilles amours : « ndockettes » serrées, tailles basses, jeans moulants, etc. Les déguisements du ramadan, un coup de bluff ? Aujourd’hui, à les voir mises avec goût et fonctionnant à l’instinct et au coup de cœur, elles disent aux hommes, ces messieurs qui tiennent les cordons de la bourse, qu’elles ont retrouvé le charme et la folie de leurs sens. Du coup, les mâles ont retrouvé le sourire. Ils sont obligés, du même coup, de débourser pour qu’elles puissent encore les inonder de plaisir.

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on mercredi, 14 septembre 2016 11:16

Dans une ville en perpétuelle mutation, la transformation de Point E passe quasiment inaperçue. Le quartier qui a accueilli des soldats français et des fonctionnaires sénégalais de classe A, s’est mué en une cité d’affaires. La faute à ses très nombreux … avantages.

Il a les yeux plongés dans son journal. Assis devant sa demeure, le vieux Mbengue profite du léger vent qui, timidement, rafraîchit cette journée de canicule. En face, de l’autre côté de la rue, des maçons s’affairent sur un bâtiment de six étages. Délégué de quartier de Point E, il s’est habitué à la multiplication de ces constructions imposantes. Mais, pour lui qui a connu, dans sa jeunesse, le Point E aux constructions qui « ne dépassaient pas un étage », chaque nouvelle brique posée l’éloigne du quartier résidentiel qu’il a connu.

Point E a changé. Le quartier n’a pas totalement perdu la tranquillité qui est sienne depuis sa création. En cette période, le calme est encore plus marqué car les centaines d’étudiants des pavillons universitaires sis dans la zone sont en vacances. Mais, entre les restaurants, les magasins, les salons de coiffure et les papeteries, l’ambiance n’est plus vraiment la même qu’à l’époque où Point E était un quartier résidentiel.

Découverte par des soldats français pendant la Seconde guerre mondiale, la localité a d’abord servi de zone de captage. Son nom, c’est à ces soldats qu’elle le doit, renseigne le délégué de quartier. Abdoulaye Ndiaye « Puissant », y a habité de 1964 à 2003, date à laquelle il a déménagé à Ouest Foire. Il y revient fréquemment, retrouver ses amis d’enfance. Aujourd’hui, c’est près du rond-point de l’Ucad qu’ils se rencontrent, dans le garage de la maison de l’un d’eux. « Dans les années 80, personne ne faisait du bruit à partir de 22h. Personne ne dérangeait son voisin ».

Une quiétude que ne dérangeaient même pas les enfants dans leurs jeux. Pour cause, « il y avait des espaces de jeu comme le Tour de l’œuf (actuel emplacement de la Piscine olympique), des espaces verts. Nous, nous avons appris à faire du vélo dans le canal 4 ». A cette époque, le canal n’accueillait pas les eaux usées avec lesquelles elle ne se départit plus de nos jours. Cette joie de vivre a contribué à tisser des relations solides entre habitants. Abdel Kader Gueye, le premier adjoint au maire de la commune de Fass-Point E-Amitié, témoigne : « Cela fait soixante ans que j’habite le quartier. Je connais toutes les familles qui y habitaient. On se fréquente toujours ».

Pour Abdoulaye Ndiaye, le respect était la base de toutes les relations qui existaient dans le quartier. Cependant, les problèmes d’héritage et l’arrivée de riches investisseurs ont changé la face du quartier. Abdoulaye Ndiaye explique : « Certains pères de famille avaient plusieurs femmes. Quand ils sont décédés, il y a eu des problèmes d’héritage ». Des problèmes que, pour Abdel Kader Gueye, les gens n’ont pas pu gérer. Des investisseurs ont su profiter de la situation. « Ils ont proposé aux héritiers des sommes qu’ils ne pouvaient pas refuser », dixit Abdoulaye Ndiaye.

Assainissement et accessibilité
Si Point E a attiré et continue encore d’attirer les investisseurs, c’est pour les nombreux avantages qu’il offre. En plus des rues larges et bien tracées, l’assainissement est fait depuis la création du quartier, alors que le centre-ville est facilement accessible. La rue 1xH, habituellement très animée, est orpheline des centaines d’étudiants qui l’empruntent quotidiennement en période scolaire. Devant un bâtiment à l’architecture asiatique, deux vigiles discutent tranquillement. L’établissement est « le plus grand des six restaurants chinois qui existent à Dakar », renseigne son gérant, Alain Badji.

Selon lui, c’est l’accessibilité et la sécurité des lieux qui plaisent le plus à leur clientèle : « le fait que ce fut un quartier résidentiel fait que c’est facile d’y circuler. Les Asiatiques et les Européens qui fréquentent le restaurant n’ont pas de problème pour venir. De plus, nos voisins sont très compréhensifs. Ils les laissent garer leurs voitures devant leurs maisons sans rien dire ». Pour ce gérant d’une papeterie qui a souhaité garder l’anonymat, c’est justement l’accessibilité du quartier qui l’a poussé à s’y installer : « Avant, j’étais sur la VDN. Les affaires marchaient bien. Mais, la zone n’était pas accessible. Alors je suis venu ici ». Et au Point E, son commerce est florissant, même s’il préfère relativiser : « les clients viennent, mais je m’en sortais aussi bien quand j’étais sur la VDN ».

Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye gère un cybercafé, près de l’avenue Cheikh Anta Diop. Lui profite bien de cette proximité avec l’université Cheikh Anta Diop : « En cette période, notre chiffre d’affaires a baissé. Mais, durant l’année scolaire, nous avons beaucoup de clients. J’ai un autre cyber à Liberté 5, mais celui-ci est plus rentable ». Ces avantages ont un prix. Le mètre carré au Point E « coûte excessivement cher », souligne Abdel Kader Gueye, sans donner un chiffre exact. Selon Cheikh Ahmadou Bamba Ndiaye, la salle qu’il occupe lui est louée « pour le prix d’une maison ». 

La transformation du quartier affecte la vie sociale. Selon Abdel Kader Gueye, « il n’y a aucune relation entre les nouveaux et les anciens. Maintenant, les gens ne se connaissent plus. Ils vont au travail et, au retour, chacun reste chez lui ». Alain Badji constate que « ce n’est qu’à l’occasion de funérailles que les gens se retrouvent ». Abdoulaye Ndiaye regrette, pour sa part, la prolifération des immeubles : « Avec ces bâtiments, il n’est plus possible d’avoir de l’intimité chez soi ». Le royaume d’enfance est loin.

Habib Gaye (stagiaire)

Last modified on mercredi, 14 septembre 2016 11:00

Avec une gestuelle mesurée et une rhétorique d’enseignant, le philosophe se livre au fil des pages de sa vie. De son Ndande natal à son royaume d’enfance de Thiès, son port d’attache, le sociologue déroule le film de son aventure continue.

Dans ce labyrinthe de bureaux et de salles de cours aux murs en verre de l’Institut africain de management (Iam), le directeur de l’école doctorale est dans son élément. Enseignant par « vocation et non par vacation », il souhaite le rester. Entre son métier et lui, c’est une histoire de longue date. Sur un ton calme et posé, il replonge dans son enfance de la capitale du rail. Des années d’insouciance et d’innocence ponctuées de petits larcins par-ci par-là. Mais rien de bien grave « dans ces errements de jeunesse ».

Tout commence par « un modèle» qui lui transmet le virus de l’enseignement. Il s’agit de feu Oustaz Diouf, son ancien maître coranique qui le séduit par son comportement. Plus de quatre décennies après, c’est avec philosophie qu’il se souvient de ses cris et frappes. Au fond, c’était une « expression de gentillesse », explique-t-il. Ainsi le natif de Ndande mémorise la sainte vulgate sous la férule de ses maîtres. A sept (7) piges, le brillant élève fait ses humanités à l’école française. C’est un parcours sans faute, du cours initial au doctorat de sociologie.

Très vite, il se prend au goût de la lecture. Le rat de bibliothèque dévore tout ce qui lui passe sous les yeux. Césaire, Sartre, Senghor, Nietzsche ou encore Platon passent au crible. Sa soif de connaissance reste insatiable. Au fil des pages, il finit par se trouver un double… fictif. C’est un personnage auquel il se reconnait. « J’ai vécu l’itinéraire de Samba Diallo», clame-t-il, se rappelant des séances de psalmodie du Coran à la lumière du feu de bois, assis à même le sol. L’aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane reste la plus marquante de ses lectures. « C’est une œuvre avec une tonalité philosophique forte », commente-t-il. Sa maîtrise de philosophie en poche, c’est alors naturellement qu’il entre à la Faculté des sciences et technologies de l'éducation et de la formation (Fastef).

Après son diplôme d’enseignant de philosophie, il passe plusieurs années au lycée technique André Peytavin, ensuite à Charles de Gaulle de Saint Louis. Par la suite, il pose ses valises au lycée Lamine Gueye de Dakar. Chemin faisant, il obtient son doctorat de sociologie en 2000. Mais c’est en 2012 qu’il intègre l’université Cheikh Anta Diop de Dakar comme enseignant-chercheur. Mais avec cet homme au commerce facile, l’ombre du pater familias policier « sévère et rigoureux » n’est jamais bien loin. Comme pour lui rappeler les valeurs de droiture, de solidarité et d’attachement à l’équité qu’il lui a inculquées.

A 49 ans, Djiby Diakhaté ne touche pas à la cigarette ni aux excitants. Il lui a bien fallu cette hygiène de vie pour être meneur de jeu. Floqué du dossard n° 10, le capitaine devient cadet puis sénior dans le mouvement des « navétanes ». Mais, une fois encore, le moule de cette éducation ne le quitte pas même sur le terrain. « Quand un joueur joue, on lit les valeurs auxquelles il est attaché », confie-t-il avec un sourire qui découvre une denture blanche. Un moment de distraction pendant les vacances avant de retourner à l’essentiel : le travail. Droit dans ses bottes, il fait la part des choses. « On a toujours cherché à faire carrière dans le domaine de la formation ». Toutefois, cette passion du foot subsiste encore chez lui. Comme passe-temps favori, il suit des matchs de foot.

Une ambition politique peut-être ? A défaut de s’y intéresser « au sens militant du terme », il entend plutôt être un « mur des lamentations ». Mieux encore, une «courroie de transmission » des préoccupations des populations. De la matière, il n’en manque pas. A longueur d’années, il parcourt le pays, animant des conférences.

Ibrahima NDIAYE (stagiaire)

Last modified on mercredi, 14 septembre 2016 10:59

Dis-moi quelle marque de voiture tu conduis, je te dirais quel genre de femme tu es ! L’adage semble coller d’avec la démarche de choix des femmes sénégalaises. Elles sont de plus en plus attirées par le luxe automobile. Plusieurs casquent de fortes sommes afin de s’offrir les plus beaux bolides.

La voiture n’est plus un luxe à Dakar. Les femmes n’hésitent plus à se faire plaisir et les voitures  les séduisent de plus en plus.  Rouler à bord d’un petit bijou permet notamment d’en mettre plein la vue à la gent masculine. Qu’elles soient  célibataires ou en couple, les femmes ont tendance à investir dans la voiture de leur rêve. Elles choisissent leur modèle phare et n’ont aucun problème pour l’équiper, comme il se doit. Appuyer sur l'accélérateur, titiller le tableau de bord, avaler des kilomètres et tracer la route : des plaisirs que de nombreuses femmes revendiquent. Elles conduisent des voitures rutilantes dans les artères de la capitale sénégalaise. C’est à la mode. Comme des mannequins sur des pistes de défilé, ces dames attirent des regards. Aminata, 34 ans, mariée et sans enfant, est cadre dans les finances. Elle possède une Toyota Corolla. Auparavant, elle  roulait à bord d’une Audi pour « le plaisir de conduire », souligne-t-elle. Un véhicule qu’elle a clairement identifié comme « une voiture à part, de par son design et sa puissance ». Désirant changer de locomotive, elle envisage de s’offrir une X3. Pour Aminata, les belles voitures ne sont pas réservées aux hommes. Ce n’est pas simplement un moyen de déplacement. La voiture, confie-t-elle, met en valeur la femme. Elle nous sert une autre dose de provocation : « Les femmes conduisent mieux que les hommes ». Seynabou, 32 ans, est une  ingénieure des Travaux publics. Elle roule à bord d’une Citroën C5. Elle n’a jamais eu l’occasion de conduire une « voiture de luxe » ni même un véhicule avec une boite automatique. Pour cette dernière, le prix de du véhicule est un frein, mais si elle en avait les moyens, elle en achèterait un de luxe. Et pourtant, dans le secteur automobile, il fut une époque où la gent féminine ne servait qu’à illustrer les campagnes publicitaires. Aujourd’hui, le marché a pris une tout autre tournure.

Même s’il subsiste un tas de concessionnaires qui se cantonnent encore à ce genre de clichés, la majorité des constructeurs automobiles ont pris conscience de l’intérêt de séduire les femmes, pour qu’elles achètent plutôt que de les utiliser comme objet d’attrait  des messieurs. La quête d’une belle voiture requiert des sacrifices insoupçonnés. Ces dames sont prêtes à débourser  des sommes faramineuses et passer des heures sur Internet pour trouver la voiture idéale. « Ces demoiselles et dames font le tour du net lorsqu’il faut comparer le rapport qualité prix, par exemple. Elles réfléchissent à deux fois avant de porter leur choix », confie un concessionnaire trouvé sur son lieu de vente.

Les choses se sont accélérées en l’espace de quelques années. Les femmes, comme si elles se sont passées le mot, ont commencé à acquérir leur propre voiture pour  disposer d’une certaine autonomie et se soustraire des caprices des taximen et autres conducteurs.

Le signe de la réussite
Ensuite, une nouvelle ère de l'automobile chic s’est petit à petit installée : les finitions des intérieurs de berlines de luxe. « J'aime ce mélange de cuir, de bois ; la lourdeur d'une portière métallique, la virilité de l'habitacle, la confiance en soi et l'attitude sexy que ce type de véhicule représente », note cette dame à bord d’une Cayenne. Ajoutant qu'elle se verrait bien rouler en Porsche ou en Jaguar. « Mais ce ne serait pas très commode pour mes enfants », souligne-t-elle.  Celles qui disposent de revenus conséquents ne veulent plus  passer inaperçues. Aimer les voitures serait donc une preuve de caractère ? Mme Fall, 42 ans, mariée et mère de 2 enfants, est chef de service dans une  entreprise nationale.  Elle est habituée à la boite automatique. Elle possède aussi un autre bolide de type 4X4 avec lequel elle fait souvent « des balades », note-t-elle. Pour Mme Fall, il n’y a pas de sexe pour les voitures, mais plutôt des segments (familiale, jeune…). En revanche, dit-elle, si une femme possède une voiture de luxe, c’est qu’elle a réussi sa vie.   Les femmes évitent-elles à rouler à vive allure ?  Amadou Sène, moniteur autoécole, ne veut pas tomber dans le cliché.  « Je dirais que les femmes sont souvent intrépides, déterminées et qu'elles peuvent monter assez vite en vitesse. Plus sérieusement, il y a une corrélation entre l'évolution de la place des femmes dans la société et leur manière de conduire. Elles sont désormais plus libres qu'elles ne l'ont jamais été », rapporte-t-il. Certains hommes sont par contre  admiratifs des femmes qui conduisent de belles voitures. Yarame, 45 ans, expert-comptable, mariée et mère de 3 enfants,  compte plusieurs véhicules à son actif, et pas des moindres, pour se  balader.
   
Les championnes du respect du  code de la route
Elle possède sa Mercedes ML depuis l’âge de 40 ans. Sa dernière « folie » fut une  X6.  Dans son magnifique éloge de la vitesse,  elle  décrit : « Se mettre tout le temps en garde dans le processus de  changement de vitesse. Mes pieds ne sont jamais loin des freins », rapporte-t-elle.  « Je respecte les limitations et on me critique même pour ça  dans mon entourage. Je reconnais que je suis un peu impulsive. Il m'arrive aussi de me maquiller au volant, de téléphoner et d'envoyer des sms », note-t-elle. « Les femmes sont plus sérieuses. Je suis moi-même une bonne conductrice. J'ai mon permis depuis 1996 et je n'ai jamais eu d’accident ! On respecte la réglementation. Mon mari, lui, est toujours au téléphone. Les hommes sont plus nerveux, ils veulent aller plus vite. Une femme, même si elle peut aimer la vitesse, fera toujours moins d'excès qu'un homme », remarque Aïda Mbodj, 45 ans, cadre dans l’administration sénégalaise.
Les femmes de plus en plus attachées aux véhicules, selon une étude
Les femmes seraient plus accros au volant qu'on ne l'imagine, davantage que les hommes, si l'on en croit à  une étude de l'observatoire Cetelem de l'automobile parue en décembre 2013, mise à notre disposition par un concessionnaire, représentant au Sénégal d’une grande marque de voitures françaises. A la question « imaginez-vous ne jamais posséder de voiture de toute votre vie? » Elles sont seulement 10 % à répondre oui, les hommes représentant 19 %. Les femmes sont, par ailleurs, beaucoup moins enclines à partager l'usage de leur véhicule. L'étude portant sur les dix années à venir révèle, en effet, que 37 % d'entre elles envisagent un usage partagé contre 47 % chez le sexe « fort ». Possessives en plus, les conductrices d'aujourd'hui ne manquent pas de panache. La répartition est en train de prendre une allure parfaitement mixte et égalitaire. « On voit d'ailleurs beaucoup de femmes au volant. Les misogynes, qui ont souvent fait rimer femme au volant avec mort au tournant, sont à côté de la plaque », note le concessionnaire. Autre élément de l’enquête, les hommes seraient responsables de trois quarts des accidents de la route, les femmes d'un quart seulement. L'analyse met en lumière des différences encore plus notables : 72 % des accidents dus à la vitesse sont causés par des hommes. « S'ils conduisaient comme les femmes, il y aurait moins de victimes sur nos routes », ajoute le concessionnaire. 

Oumar BA

Last modified on mardi, 13 septembre 2016 13:56

Le gâteau amer de Vivi

13 Sep 2016
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Ce devait être une fête. C’est devenu une polémique. Viviane voulait mettre les petits plats dans les grands pour célébrer son anniversaire avec ses amis et ses fans dans le cadre à la mode du Grand théâtre. Son mentor est venu lui témoigner une affection jamais démentie. Le grand You, flanqué de son ombre, Mbaye Dièye Faye, est venu lui dire des mots gentils. Ses fans, tristes d’avoir perdu le beat entrainant qui a fait la gloire de Vivi sous la houlette de son ex-chéri Bouba Ndour, sont venus nombreux lui renouveler leur serment d’amour. Et tout s’est bien passé jusqu’au moment du gâteau. Ah le gâteau !

Un cadeau de son amie Fatou Guéwel. Un cadeau d’un manque de goût et d’une irrévérence sans pareils. Les deux amies ont pensé frapper les esprits en collant l’image de Serigne Touba au gâteau. Ils ont cherché le buzz et ont récolté le tollé de la communauté mouride. A juste titre. On ne joue pas avec les croyances des gens. On ne se joue pas des symboles.

Ce n’est pourtant pas une première. La même Viviane, accompagnée de son ex-mari Bouba, avait convoqué la presse, il y a quelques années, pour annoncer, avec emphase, que Serigne Fallou lui était apparu sur son téléphone portable. Le buzz, toujours le buzz. Viviane Chidid, rebaptisée Mame Diarra, chercherait-elle à dorer son blason au sein de la communauté mouride ? La philosophie mouride, si elle se réclame d’elle, est aux antipodes de la transgression. Elle encourage le travail et prône le retour à Dieu. Valeurs qui sont tristement absentes dans la société du « bégué » qui multiplie les célébrations au Grand théâtre.

Sidy Diop

Last modified on mardi, 13 septembre 2016 13:48

L’attente est longue, très longue même. Né dans les années 60, le quartier Khar Yalla, entouré par Dieuppeul-Derklé, Front de terre, Liberté 6 et Scat urbam, n’a toujours pas vu le bout du tunnel. Il connait des difficultés qui ont pour noms : précarité de l’habitat, encombrement humain, chômage des jeunes, absence de plan d’assainissement, etc. Malgré ces difficultés, les habitants de ce populeux quartier se font bien distinguer dans le sport, la politique et dans bien d’autres domaines.

Des maisons à étages, des terrasses, des « fausses terrasses », des chantiers inachevés, des taudis, des gourbis, des pentes : on est à Khar Yalla, le populeux quartier. Le jour grandissant rend aux choses leurs véritables contours. 09 heures et quelques minutes. Petit à petit, les habitants se réveillent de leur court sommeil. A vrai dire, ce quartier ne dort presque jamais, à plus forte raison en cette veille de fête. Chacun balaie devant sa porte. Sur l’allée communément appelée « Filao », le petit commerce reprend ses droits. Devant une hutte, des ouvriers se bousculent. Ils passent prendre un consistant petit déjeuner avant d’aller affronter les chantiers. D’autres préfèrent un gobelet de café Touba pour tromper la faim, en attendant... Les cris des enfants - qui ne désertent presque jamais la rue -, les conciliabules des adultes et les discussions « insensées » des dames et jeunes filles viennent alourdir l’atmosphère. C’est une véritable ruche bourdonnante. Khar Yalla, c’est le Sénégal en miniature. On y retrouve des Wolofs, des Sérères, des Diolas, des Mandjack, des Peuls, de Bambaras, etc. La population est aussi composée de ressortissants venus de pays de la sous-région comme les deux Guinées, le Libéria, l'Angola, le Ghana, le Nigéria…

Le Pr Amady Aly Dieng s’est toujours servi de ce quartier pour décrire le fatalisme qui caractérise l’homo sénégalensis. « Plus fataliste que le Sénégalais tu meurs. Chez nous, il y a même un quartier qui s’appelle Khar Yalla », aimait-il ironiser. Le nom « khar Yalla » viendrait d’une dame qui, à chaque fois que ses parents et amis de Dakar centre lui demandait des nouvelles de son nouveau quartier, répondait : « Niongui fi di khar Yalla » (on est là en train d’attendre l’aide de Dieu). C’est comme cela que le quartier fut baptisé « Khar Yalla ». Malgré les difficiles conditions de vie dans certains coins, liées à la précarité de l’habitat, à l’encombrement humain, au chômage des jeunes, au manque de financement des femmes…, la vie s’y organise bien. Les populations ne sont pas si fatalistes qu’on le pense. Certaines femmes se rendent, chaque matin, au marché « Gang » où elles tiennent un petit commerce. D’autres au marché Grand-Yoff ou à Castor.

Les jeunes, eux, s’adonnent à de petits métiers comme la réparation de motos, la vente de café Touba, etc. Amadou Diouf est l’un deux. « Beaucoup de choses se disent sur nous et notre quartier, mais il n’en est rien. Nos parents nous ont éduqués au travail. S’il y a des jeunes qui font autre chose, cela ne regarde qu’eux », soutient le jeune mécanicien de scooter, les mains couverts d’huile morte. Au terrain de l’Asc Dioubo, cadets, juniors et seniors préparent activement les navétanes. « Khar Yalla est un quartier de sportifs. Chaque matin, les jeunes y viennent pour s’entrainer. Ils n’ont pas le temps de faire autre chose, contrairement à ce que les gens racontent », se défend Serigne Guèye qui vient soutenir l’équipe de son quartier. Oui ! Khar Yalla a toujours donné au football sénégalais et mondial de grands champions : Bernard Mendy, Cheikhou Kouyaté et tant d’autres qui ne se sont pas encore révélés au grand public. Ce quartier a aussi produit de hauts cadres. L’ancienne ministre de la Femme, de la Famille et de la Petite enfance et actuelle déléguée générale à la Protection sociale et à la Solidarité nationale, Anta Sarr Diacko, y est originaire.

Khar Yalla fut fondé vers les années 1960 par des habitants venus par déguerpissement des quartiers Colobane, Usine Ben Tally, Médina, etc. Le terrain occupé appartenait aux dignitaires lébous de Yoff qui y cultivaient le manioc. Au début, il n’existait qu’une trentaine de maisons. Il n’y avait ni assainissement, ni eau, ni électricité. C’est en 1969 que la municipalité de Dakar y a installé une borne fontaine publique, permettant ainsi aux populations de bénéficier d’un approvisionnement correct en eau potable. L’électricité y a fait jour en 1972. Mais depuis, Kar Yalla attend toujours, entre autres, un bon plan d’assainissement et des services sociaux de base dignes de son nom.
L’interminable attente se poursuit !

Ndiol Maka SECK

Last modified on mardi, 13 septembre 2016 13:46

Après un siècle de colonisation, quelques bâtisses nous rappellent, aujourd’hui, la présence, sur nos terres, d’une puissance à l’appétit expansionniste : la France. Classées au patrimoine historique national, ces monuments sont, pour certains, des symboles de domination et, pour d’autres, des vestiges permettant de lire l’histoire surtout celle de notre peuple.

Construit sur la pointe rocheuse de la presqu'île du Cap-Vert et s'achevant au sud par le cap Manuel, Dakar-Plateau est une avancée contournée par une corniche creusée dans le rocher. Abritant les plus anciens bâtiments coloniaux, il est, aujourd'hui, le symbole de la modernité urbaine. Après un premier plan cadastral en 1858, le gouverneur Pinet-Laprade fait dresser un nouveau plan d'alignement de la ville en 1862. D'autres constructions sont réalisées par l'administration de l'Afrique française coloniale, lorsque sa capitale est transférée de Saint-Louis à Dakar, en 1958.

L'avenue El Hadj Malick Sy fut ainsi conçue pour séparer obliquement d'est en ouest ces édifices de leur environnement indigène plus populaire. A-t-on le droit de les détruire pour une fierté nationale ? « Non. Ces bâtisses sont certes le symbole d’une domination, mais elles font partie de notre histoire, qu’on l’assume », soutient le directeur du Patrimoine culturel, Abdou Aziz Guissé. Si ces bâtisses ont résisté au temps tout comme à cette « fierté mal placée », elles ne restent pas moins menacées par l’aspiration à la modernité, cette volonté de faire de Dakar une ville émergente ressemblant à toutes les villes du monde.

Patrimoine DakarLe marché Kermel : un bâtiment quasi-circulaire à douze côtés, avec trois portails régulièrement espacés d’inspiration mauresque. Autre particularité, sa structure en poteaux de fonte avec remplissage de briques de deux couleurs, une charpente en acier riveté et la toiture en zinc. Des décors de céramique colorée ornent chaque entrée. Ce marché, construit en pleine période coloniale (entre 1908 et 1910), a été ravagé par un incendie dans la nuit du 23 septembre 1993. Son architecture a été reprise à l’identique, grâce aux photographies et ce qui restait des décombres.

Du fait de son architecture et de son histoire, le marché Kermel est classé au patrimoine historique national. Perdu au milieu des immeubles mitoyens qui le ceinturent, il devient un vrai labyrinthe. Pourtant, il y avait un règlement d’urbanisme autour de ce patrimoine matériel qui faisait que les bâtiments voisins devraient prendre une certaine hauteur pour ne pas l’écraser. A quelques encablures du Plateau, notamment à la Place de l’Indépendance, une autre bâtisse coloniale : la Chambre de commerce de Dakar.

L’avant-corps de la façade s’ouvrant sur un vestibule à hautes colonnades, ses chapiteaux corinthiens marquent l’entrée, alors que les parties latérales sont de style ionique. A travers cette architecture, on revit la France. On s’interroge même sur la décision de la France de nous libérer de l’étau de la colonisation. Voulait-elle réellement partir nous léguant un tel héritage ? Cet exemple d’architecture néoclassique dit le contraire. Ce plan carré, avec une disposition périphérique des salles autour d’un péristyle, a été restauré et remis à l’identique. Au même endroit, un autre édifice colonial s’ouvre sur la place de l’indépendance : le ministère des Affaires étrangères. De style également néo-classique, il a été largement remanié et surélevé. Ses façades ouvertes par des galeries aux encadrements de briques dont les garde-corps à balustre en fausses pierres du rez-de-chaussée et en ferronnerie à l’étage ont disparu. Ce qui en reste, le tympan du fronton central décoré de symboles de la justice. Construit entre 1905 et 1906 sur l’ex-Place Protêt, actuelle Place de l’indépendance, symbole de notre accession à la souveraineté nationale, il est classé au même titre que la Chambre de commerce aux monuments qui ont marqué l’histoire par leur architecture et leur symbolisme.

Ce bâtiment de l’ancien Palais de justice, construit au cœur de la ville, avec son style électrique adopté pour les premières constructions publiques en 1959, est déplacé et l’édifice devient le siège de l’Assemblée législative du Sénégal, puis le ministère des Affaires étrangères après l’indépendance. Ces changements de fonctions ont entraîné de sensibles modifications. Ailleurs à Dakar-Plateau, un édifice en U comportant en sa partie centrale le hall des voyageurs et sur les côtés deux corps de bâtiments sur deux étages abritant les bureaux et guichets au rez-de-chaussée : la gare de Dakar, appelée, successivement, gare du Dakar-Saint-Louis et gare du Dakar-Niger.

GoréeConstituée d’entrepôts et de maisons, l’architecture coloniale allie, ici, vérandas, grandes arches en persiennes et décors en céramique coloré. Contrairement aux monuments classés au patrimoine historique ci-dessus, elle relève du statut de la propriété privée. Placée en retrait de la parcelle d’angle donnant sur la place, la fontaine axiale formée de bassins en terrasse accentue la monumentalité de l’édifice. Mis en service en 1885, ce vestige, qui, au début, n’était qu’un petit bâtiment en bois de cent mètres carrés, a été transformé à son état actuel en 1910.

Autre bâtisse qui résiste au temps et à la modernité, bien que modifiée à plusieurs reprises : le Palais de la République, ancien palais du gouverneur général. Elevée sur la corniche Est, la bâtisse domine la mer et le côté ville ferme sur l’axe du Boulevard de la République. Le monument comporte deux niveaux, avec un étage d’attique en retrait. Ce palais a été construit, entre 1903 et 1907, à l’initiative du gouverneur général pour le ministère des Colonies, Ernest Roume, d’où son nom ancien de palais de Roume. Vers 1950, le bâtiment est très largement modernisé, à l’extérieur comme à l’intérieur, à partir de la structure originelle dont le volume général a été sauvegardé.

Sur la corniche, au sommet du Cap Manuel, l’édifice domine toute la presqu’île. Un R+4 et ses annexes à R+1 sont caractérisés par des persiennes en boîtes à lettres verticales et horizontales, et la toiture est en dalles béton armé. Bienvenue au palais de justice édifié au sommet du Cap Manuel, dans la perspective de l’axe de l’avenue Pasteur selon un plan rectangulaire. Ses salles d’audience sont disposées autour de cours à patios. La salle des pas perdus s’ouvre sur le patio principal. Les salles d’audiences, surmontées de bureaux, et la bibliothèque donnent sur les autres patios. Son caractère moderne est atténué par l’emploi original de la brique en parement. Ce patrimoine matériel colonial, construit en 1958 et relevant de la propriété publique, est, aujourd’hui, désaffecté pour des raisons de sécurité.

Marame Coumba SECK (textes)
et Sarakh DIOP (photos)

Abdou Aziz Guissé, Directeur du patrimoine culturel : « Nous ne sommes pas nostalgiques du colonialisme. C’est notre histoire, on l’assume ».
Directeur PatrimoineA la tête de la direction du Patrimoine culturel chargée de la politique de réhabilitation et d’inventaire du placement et d’identification du patrimoine culturel sénégalais, matériel et immatériel, Abdou Aziz Guissé passe, ici, en revue les questions liées à la restauration des bâtisses coloniales, au non-respect des règlements d’urbanisme menaçant ces dernières qui, selon lui, sont un patrimoine faisant développer le tourisme.

Que fait la direction du Patrimoine pour préserver les bâtisses coloniales de la ruine ?
Les réhabiliter. Autrement, les mettre en valeur, car c’est des bâtiments qui ont duré dans le temps. Si on les réhabilite, c’est pour leur donner une seconde vie par rapport à l’histoire et leur permettre de jouer un rôle différent. Souvent, c’est l’administration qui les occupe. Par exemple, là où on avait le commandant de cercle, on a, aujourd’hui, la maison du gouverneur. Le palais du gouverneur général de l’ex-colonie, le palais de Roume, abrite la présidence de la République.

Sur quoi vous basez-vous pour procéder au classement des biens ?
Il y a des biens qui ont une valeur extraordinaire de par l’histoire et leur symbolisme et qui méritent d’aller sur la liste du patrimoine mondial. C’est ainsi que l’Ile de Gorée a très tôt figuré dans la liste du patrimoine mondiale depuis 1978. C’est pourquoi nous nous efforçons à classer les meilleurs que nous avons et qui ont un potentiel énorme sur la liste du patrimoine mondial, qui est un peu la vitrine culturelle mondiale. Aujourd’hui, nous en avons sept : deux naturels et cinq culturels.

Pouvez-vous revenir sur ces biens ?
D’abord, concernant les bâtiments coloniaux, nous avons sur la liste l’Ile de Gorée classée en 1978. L’Ile de Saint-Louis, par son patrimoine colonial architectural exceptionnel, est classée en 2000. Ensuite, on a les sept sites mégalithiques, les premiers sites archéologiques de la sous-région qui ont été classés en 2006. L’ère mégalithique est immense, mais on en a choisi quatre sites symboliques. Au Sénégal, c’est Sine Ngayène, dans la commune Médina Sabakh, et Wanar, dans le département de Kaffrine. A la frontière de la Gambie, nous avons Wassouf.
Arrive la dernière génération avec le paysage du delta du Saloum, en 2011. Un paysage où nous retrouvons la nature et la culture regroupant les aires marines protégées, les forêts et la biodiversité. En fait, il devrait être un site mixte. Malheureusement, il s’arrête à la culture. En 2013, la diversité de l’expression culturelle de notre pays a été classée, avec le paysage culturel du pays Bassari ; ces ethnies disposant d’une culture formidable... Pour le patrimoine naturel, nous avons classé, en 1981, les parcs de Dioudj et du Niokolo Koba, rattachés au ministère chargé de l’Environnement et du Développement durable.

Mais le parc du Niokolo Koba est sur la liste des sites en péril. Quelles en sont les raisons ?
A l’Unesco, il y a des instruments normatifs. Si un bien arrive à être classé, c’est un pas. Mais pour y rester, il faut faire beaucoup d’efforts. Et l’Etat a des obligations liées à un bon plan de gestion, notamment la mise en valeur du site et la conservation des éléments pour lesquels le site a été classé. Niokolo Koba a été classé grâce à ses espèces fauniques et floristiques. A cause de la dégradation de l’écosystème, les mares se sont asséchées. Par conséquent, certaines espèces animales ont disparu. Vous direz que le braconnage est passé par là. Mais d’autres facteurs climatiques et écologiques ont aussi joué sur cet écosystème, en l’absence, peut-être, d’un bon plan de gestion pour les préserver.

Pourquoi les sites africains sont-ils nombreux sur la liste en péril ?
La liste en péril, c’est vraiment un purgatoire. Aucun pays ne veut y figurer. Malheureusement, la plupart des sites qui y sont inscrits sont africains. C’est des problèmes de gestion et de moyens, mais c’est aussi la guerre. L’Afrique ne représente que 9 % du patrimoine classé mondial. Mais quand on parle de sites en péril, elle représente 40 %.

Revenons sur les bâtisses coloniales. Dakar-plateau change de visage au nom de la modernité. La capitale sénégalaise veut ressembler à toutes les villes du monde. Quel avenir pour ce qui nous reste de ce patrimoine matériel colonial ?
Vouloir ressembler aux autres villes sur le plan mondial, cela peut-être du copier-coller architecturalement parlant. C’est-à-dire les gratte-ciel, le verre et le béton. Toutes les villes du monde auront leurs centres d’affaires. On va construire en hauteur, car on n’a pas suffisamment d’espace. Cependant, toutes les villes du monde ont quelque part des espaces pour lire l’histoire. En relisant le fameux document du Pr Assane Seck sur Dakar, il y a beaucoup d’aspects que l’on ne retrouve plus. Regarder ce qui se passe autour de Kermel. C’est de là que tout est parti pour décimer presque toute la ville de Dakar. On ne retrouve plus rien, à part le marché qui est, aujourd’hui, ceinturé par des immeubles.
Notre combat, aujourd’hui, pour sauvegarder une partie du vieux Dakar, se concentre sur la partie autour de l’Assemblée nationale, de l’hôpital colonial (aujourd’hui hôpital Pincipal), de ce qu’on appelait la Graine de lys (aujourd’hui Amadou Cissé Dia) et de la rue Mandela avec son bloc de maisons coloniales.

Etes-vous nostalgique du colonialisme ?
Nous ne sommes pas nostalgiques du colonialisme. C’est notre histoire, on l’assume. Qu’elle soit négative à l’époque parce que synonyme de domination, elle peut aussi être symbole d’indépendance comme la Place Protêt. Ces places, on doit les maintenir et les faire visiter aux élèves pour retracer l’histoire. Dakar n’a pas besoin d’être une ville quelconque, sans histoire, sans âme, au nom de la modernité.

Cependant, on nous fait un mauvais procès en disant que nous ne classons que le patrimoine colonial. Aux toutes premières années d’indépendance, Senghor avait demandé aux structures compétentes de faire l’inventaire de tous les savoirs de la tradition orale et avait même créé les archives culturelles, c’est-à-dire le Centre des civilisations, pour étudier nos sources. Il n’avait pas protégé que le patrimoine colonial, mais également culturel. Autre élément qui mérite d’être souligné, il avait demandé à l’Ecole d’architecture de l’époque de faire l’inventaire des techniques constructives architecturales traditionnelles. En ce qui nous concerne, le ministre de la Culture va, dans son programme pour l’année 2016, réhabiliter les lieux de mémoire et de culte comme Gouye Ndiouli, Dékheulé, Nder, le baobab de Fadial dans le Palmarin, etc.
Le patrimoine de Dakar, c’est également ces places mythiques des Lébous, ces lieux de mémoire qui ont disparu avec la construction des hôtels. Tout le littoral a été occupé. Cependant, il reste quelques niches à Ouakam, Yoff et Ngor.

En parlant de tourisme, qu’apporte ce patrimoine culturel à ce secteur ?
Qu’est-ce que les touristes viennent chercher à Gorée ? Ce n’est pas seulement la mer et le soleil. Ils suivent plutôt les traces de l’histoire de ce lieu, symbole de la traite transatlantique. Autre exemple, à Saint-Louis, quand on a déplacé la capitale à Dakar, elle était devenue presque une ville fantôme. Une fois cette ville classée au patrimoine mondial, le nombre d’hôtels y a augmenté, le nombre de visiteurs aussi. Aujourd’hui, si vous vendez seulement le soleil et la mer, ce mono produit qui ne marche plus, vous ne ferez pas de bonnes affaires. Il est essoufflé. Qu’on ait un agenda culturel riche, qu’on ait également des sites culturels à faire visiter.

Marame Coumba SECK (textes)
et Sarakh DIOP (photos)

Last modified on vendredi, 09 septembre 2016 12:39

Les plaisirs du mal

09 Sep 2016
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« Banneex jarul naxar » (Plaisir ne rime pas avec douleur). Cette maxime wolof a toute sa pertinence quand on sait que, dans une ville de l’intérieur du pays, on vient d’envoyer en prison des chefs de famille pour viol sur une déficiente mentale et, de surcroit, femme d’autrui. Dans une autre localité, quatre jeunes sont en route vers la citadelle du silence pour avoir contraint à des relations sexuelles une personne du 3ème âge. Au Sénégal, rares sont ceux qui ont de la sympathie pour ces présumés coupables de viols. Chez nous, beaucoup leur souhaitent bien du plaisir dans les maisons d’arrêt et de correction où ils sont détenus en attendant de passer devant le juge.

Du fond de leur cellule, les hommes, mêlés dans ces deux sales affaires, n’éprouvent, aujourd’hui, aucune joie. Ils vivent sans plaisir. Pour rappel, les chefs de famille, n’ayant jamais agi de concert, avaient le plaisir d’inviter, individuellement, la victime pour avoir grand plaisir à se satisfaire à chaque fois que le désir grondait en eux. Il en était ainsi avec une femme ne jouissant pas de toutes ses facultés mentales, car tel était leur bon plaisir. Cette manière de profiter du handicap de sa femme n’a pas fait plaisir à l’époux qui s’en est ouvert aux enquêteurs de la police.

Ces derniers, en faisant leur métier par plaisir, ont réussi à faire tomber un à un ces hommes qui prenaient toujours un malin plaisir à se servir de cette malade mentale dont l’existence est, certainement, sans plaisir. Alors que nous n’en avions pas fini avec ces adultes libertins, voilà que quatre jeunots, en bons derniers de leur classe, parce que très peu portés sur les plaisirs du savoir, ont été cueillis par les policiers pour vol de plaisir auprès d’une femme… âgée de 70 ans. Honte sur eux !

Cheikh Aliou AMATH

Last modified on vendredi, 09 septembre 2016 11:00

Située en plein cœur de l’Escale de Thiès, la cité Hlm route de Dakar s’identifie avec le quartier « Carrière », avec qui elle est séparée par une rue menant au marché central. Son emplacement actuel était habité au début par des Sérères nones.

Au début, l'emplacement de la cité était habité par les Sérères nones. Mais ils seront par la suite relogés, en accord avec les autorités d'alors, à l'emplacement de l’actuel sous-quartier « Nietty Kadd », à Grand Thiès. La cité dispose d’une grande mosquée dont l’emplacement était prévu pour l'érection de l’église Marie Reine de l'Univers et où s’était dressé un baobab géant au pied duquel les Sérères nones faisaient des offrandes.

La cité portait le nom de Mamadou Dia
A sa création, dès les premières années de l’indépendance du Sénégal, avec le premier gouvernement du président Léopold Sédar Senghor, l’idée était de soutenir les populations démunies à travers une politique d’habitat social, pour ainsi réduire les inégalités sociales. « Une belle initiative qui a été saluée à l’époque et qui fut d’ailleurs la première expérience en Afrique de l'Ouest », comme le laisse entendre notre confrère et doyen Tidjane Bâ, qui habite le quartier et s’est confié dans les colonnes du site Thies24.com.

D’ailleurs, conte-t-il, « la cité portait en premier lieu le nom de Mamadou Dia, qui l’inaugura en 1962 en tant que président du Conseil. Un premier lot de 157 logements sur une surface de 178 parcelles était livré, mais ne profitera à l’époque, selon M. Bâ, « qu’aux cadres et employés de l'administration ainsi que ceux de la société des chemins de fer du Dakar-Niger. C’est après les événements politiques survenus la même année, entre le président Senghor et Mamadou Dia, que la cité fut débaptisée et prendra l'appellation d’Office national des loyers  modérés (Ohlm) ».

Une maison revenait à 6.000 FCfa
Avec cette nouvelle appellation, les logements étaient attribués en location-vente pour une durée de 15 ans. « Une maison entière revenait à 6.000 FCfa, tandis que les 2 pièces des moins nantis étaient octroyés à 3.351 FCfa  avec les mêmes superficies », se rappelle le délégué de quartier El hadji Alioune Ndiaye. A 90 ans révolus, le vieux est là depuis 1997, après avoir succédé à feu Sidy Dieng. Un tour à l’intérieur du quartier édifie plus d’un qu’avec l'usure du temps la cité Hlm route de Dakar qui, jadis, faisait la fierté de ses habitants, n'est plus que l'ombre d'elle-même. Dans le vécu des populations, tout n'est pas rose. Une bonne partie de cette population, estimée à moins de 10.000 habitants, subit les affres de la précarité. D’ailleurs, bon nombre de ces habitants bénéficient des services des bourses de sécurité familiale.

Manque d’assainissement et de salubrité
Autre constat que nous avons fait, c’est la nature des rues qui ont été tracées et bitumées depuis 1968. « Une bonne partie est dégradée et n’a jamais été réhabilitée. Conséquence, on note de nombreux nids de poule qui empêchent une bonne circulation des véhicules », souligne le doyen Tidjane Bâ. Les difficultés sont nombreuses si l’on y ajoute le manque d’assainissement et de salubrité. « Un véritable casse-tête pour les habitants de la cité Hlm route de Dakar lié surtout à l’obstruction du canal de conduite des eaux de ruissellement traversant le quartier vers la zone d'aménagement concerté (Zac) », note-t-on. Et pour cause, certains riverains attendent la nuit pour déverser des ordures dans le canal et d'autres, à défaut d’être connectés au réseau d'assainissement de l'Onas, y  branchent clandestinement leur puits perdus. La sécurité aussi reste une principale préoccupation des habitants du quartier surtout face aux coupures récurrentes d'électricité qui les plongent dans le noir. Pour autant, avec sa proximité avec la légion de gendarmerie territoriale, les habitants semblent rassurer face à la recrudescence des vols et autres agressions à Thiès qui sont le fait des malfaiteurs.

Un pari sur l’organisation sociale
Entre autres activités des populations, on note la création d'associations comme celle de la mosquée, des jeunes avec l'Asc Hlm qui a gagné de nombreux trophées et titres zonaux. Mais également les femmes organisées en « Yaayi daara » avec une soixantaine de membres œuvrant pour la sauvegarde et le bien-être des enfants talibés. Mais à ce niveau de l'organisation sociale, un travail de sensibilisation est à faire sur le plan communautaire pour permettre aux différentes entités de travailler en synergie et pouvoir jouer  un rôle fédérateur, pour le plus grand bien  de l'intérêt général.

Mohamadou SAGNE

Last modified on vendredi, 09 septembre 2016 10:59

Babacar Touré, journaliste chevronné, communicateur de talent et homme d’affaires avisé, est, depuis septembre 2012, le président du Conseil national de régulation de  l’audiovisuel (Cnra). Né en 1951 à Fatick, il a grandi à Thiès et est devenu par la suite un citoyen du monde aux multiples talents. Un parcours qui en fait un homme racé, à l’éclectisme affirmé.

« Le journalisme mène à tout, à condition d’en sortir » dit un célèbre adage repris à l’envi par tous ceux qui gravitent autour des médias. La formule sied très bien à  Babacar Touré, cet homme multidimensionnel qui, à force de talent, de rigueur et d’imagination, a su s’attirer le respect et la sympathie des grands de ce monde. Doté d’un physique de basketteur de la Nba, l’homme  arbore toujours des verres correcteurs qui lui donnent les allures d’un intellectuel accompli. Avec l’âge et une barbe bien fournie, rasée assez souvent de près, il a appris à troquer le costume-cravate contre d’amples boubous bien amidonnés avec de faux airs d’un lettré arabe.

Au détour d’une discussion, il m’a une fois révélé, avec aplomb, qu’il a fini de franchir depuis longtemps plusieurs paliers ; autrement dit, le journalisme et la communication ne sont plus ses seuls centres d’intérêts. Fils  d’un agent des maisons coloniales de commerce, BT, comme l’appellent les journalistes,  est né à Fatick, mais il a très tôt bourlingué partout au Sénégal avant de partir chercher le savoir en Amérique, puis en France. Fidèle ainsi à la célèbre répartie du Prophète Mohammed (Psl) qui disait  aux fidèles : « Allez chercher le savoir jusqu’en Chine ». Sorti frais émoulu du Centre d’études des sciences  et techniques de l’information (Cesti), promotion 1979, en même temps que Mamadou Koumé, ex boss de l’Agence de presse sénégalaise, il est  aussi diplômé  en Sociologie et Sciences politiques (Master Degree).

L’obtention de son Certificat de Maîtrise d’anglais atteste aussi d’un bilinguisme qui va lui ouvrir plus tard plusieurs portes. Un moment journaliste au quotidien national « Le Soleil », il se montre très ambitieux et décroche une bourse. L’Amérique lui tend alors les bras. Il découvre le nouveau monde et obtient deux parchemins au Michigan State University et au Kansas State University. Sa soif inextinguible du savoir le conduit ensuite en France et au Canada où il fréquente tour à tour l’Institut français de presse (Ifp Paris) et le Centre de perfectionnement des communicateurs africains de l'Université de Montréal (Canada). Sonne alors l’heure du retour au pays natal, au beau milieu des années 80.

Bardé de diplômes, le fils de feue  Sokhna Awa Bâ émarge un temps à l’Ong Enda Tiers-monde, alors sous la houlette de feu Jacques Bugnicourt, un défenseur acharné des couches défavorisées. Mais la fibre journalistique est trop forte et pousse Babacar à fonder, en 1986, le journal Sud Hebdo, puis Sud Quotidien (1993), ensuite Sud Fm (1994), estampillée première radio privée du Sénégal, mais aussi la messagerie Marketing presse. L’institut Issic  (école de journalisme et de communication) et la chaîne audiovisuelle Lca, basée à Paris, font aussi partie de ses rêves traduits en réalités. C’est le début de la grande saga du groupe Sud communication, son bébé à lui.

Mais il n’est pas seul maître à bord du navire. Loin s’en faut ; il essaie de consolider l’ancrage du groupe de communication qu’il a formé avec d’anciens collègues du « Soleil » au parcours aussi prestigieux : Abdoulaye Ndiaga Sylla, Sidy Gaye, Ibrahima Fall, Ibrahima Bakhoum… Homme au caractère éclectique, BT  a aussi flirté avec le syndicalisme, avec en prime une  casquette de membre fondateur de l’Union nationale des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (Unpics), ancêtre de l’actuel Synpics. Il  a été membre de l’organisation patronale (Cnes), de la société de sociologie du Midwest, du National democratic institute (Ndi)  et du Collège des conseillers africains de la Banque mondiale. Il a aussi été coopté comme co-président de la Conférence ministérielle Afrique/Usa  avec Madeleine Albright,  alors secrétaire d’Etat  américaine,  et le ministre botswanais des Affaires étrangères. C’était sous le parrainage de Bill Clinton, ex locataire de la Maison blanche.

Conseiller avisé de beaucoup de grands de ce monde
Assistant de recherche au département de Sociologie de l'Université du Kansas-Lawrence (Etats-Unis), Babacar Touré est aussi professeur à l'Institut Wanad-Unesco. Son statut de citoyen du monde lui a ouvert les portes de plusieurs palais et places du monde, par la grâce d’une exquise urbanité. Ses conseils avisés sont alors accueillis avec intérêt par plusieurs grands de ce monde dont des  chefs d’Etat. Ce qui lui vaut quelque part une solide réputation de médiateur ayant réussi à faire désamorcer bon nombre de crises politiques survenues en Afrique.

Derrière son masque d’homme de caractère  ou de dur à cuire se cache une personne ayant le cœur sur la main,  témoigne son ami d’enfance Gallo Diagne. Un statut d’ « œuvre sociale ambulante » loin d’être usurpé, confirme un de ses proches qui rappelle les nombreuses actions sociales dont il est l’auteur dans son fief de Takhikao, un des plus célèbres quartiers de Thiès la rebelle. L’homme traîne aussi une réputation de combattant, voire de  baroudeur, pour avoir  enfilé le bleu de chauffe  lors d’une marche pacifique organisée  contre le monopole du sucre, au plus fort de l’affaire du sucre roux d’aspect blanchâtre ayant opposé le Groupe Sud à la Compagnie sucrière sénégalaise (Css).

Il avait alors rudement subi les assauts d’une soldatesque décidée à casser du journaliste. Babacar Touré n’a rien d’un enfant de chœur, selon un de ses amis qui renseigne que ses colères peuvent être homériques dès lors qu’on le provoque. Et comme il abhorre la langue de bois, ça peut dégénérer. Nommé en 2012 président du Conseil national de régulation de l'audiovisuel (Cnra), son camarade de promotion au Cesti Mamadou Koumé a tôt fait de dire qu’il a le profil de l'emploi. Un sentiment largement partagé dans le milieu des médias.

Mamadou Lamine DIATTA

Last modified on vendredi, 09 septembre 2016 10:59

A la croisée des chemins, Sicap Karack demeure un fief du métissage dans la capitale sénégalaise. Entre cultures d’ici et d’ailleurs, ce petit coin de la presqu’île du Cap-Vert garde son charme d’antan.

A quelques encablures de l’Ecole de police, Sicap Karack baigne dans le calme en cette matinée de saison pluviale. Une ambiance rythmée par les cris d’enfants qui jouent au foot dans les ruelles du quartier. Ces footballeurs en herbe suivent les traces d’Henry Camara. L’ancien buteur des « Lions de la téranga » est une fierté du quartier. La cité, construite par la Société immobilière du Cap-Vert (Sicap), voit le jour en 1953. Très vite, il devient un îlot de métissage à cheval entre Amitié 3 et Baobabs. Ce bout des îles du Cap-Vert est le plus petit des huit quartiers de la commune de Mermoz/Sacré-Cœur avec ses 262 logements (anciennes statistiques).

Dans ce melting-pot érigé sur cinq (5) hectares, Capverdiens, Portugais, Togolais, Béninois, Diolas, Wolofs, entre autres, vivaient ensemble. Un brassage ethnique propice aux échanges culturels. Dans le coin, tout le monde se connaît. C’est d’ailleurs au sein de cette population cosmopolite qu’Éric Kudan a grandi. Le sexagénaire à la barbe poivre sel est en quête de fraîcheur sous les arbres aux abords du terrain de basket. Sous ses airs de Toucouleur, « grand Eric », comme le nomment les jeunes, est un métis de père togolais et de mère capverdienne. Pour lui, la cohabitation entre cultures et religions est une réalité dans son quartier.

Pour preuve, il se souvient de la fête des 60 ans du quartier en 2013. « Lors de la cérémonie, l’imam et l’évêque ne pouvaient pas dissocier les chrétiens et les musulmans », explique-t-il. C’est ce métissage qui a toujours fait l’originalité de cette cité. Dans le quartier, plusieurs maisons ont conservé leur architecture d’origine. Ces constructions résistent encore au temps, coiffées de leur toiture en tuiles rouges. Par contre, d’autres sont transformées en villas à étages peintes en blanc, beige, jaune. La « cité célibataire » était construite en face de ce bloc de maisons.

Il s’agissait de grands hangars découpés en studios d'une ou de deux pièces réservés à des travailleurs célibataires. Près de la mosquée du quartier, on entend des enfants qui psalmodient en chœur des versets du Coran. A un jet de pierre de là, Nicholas Diadhiou habite en face de la maison des sœurs Saint cœur de Marie. « A l’origine, c’était l’église Saint Pierre de Karack construite en 1958. Elle se trouve maintenant à Baobab», renseigne-t-il. Il y a servi la première messe. Malgré ses 75 printemps, il garde intacts ses souvenirs depuis son installation dans le quartier en 1956. Il ne l’a plus quitté.

Pour cet originaire de Ziguinchor, les environs du quartier constituaient le terrain de jeu des jeunes. Le retraité se souvient allègrement de la « belle époque », c’est-à-dire cette enfance rythmée par la cueillette de mangues et autres fruits dans les champs jouxtant le quartier. 

« Il fallait surtout faire attention aux singes. Ils attaquaient surtout les promeneurs solitaires », souligne-t-il avec le sourire.

Ibrahima NDIAYE (stagiaire)

Last modified on jeudi, 08 septembre 2016 10:59

Modou Diagne dit Fada est né le 3 février 1969 à Darou Mousty. Homme politique sénégalais, il a plusieurs fois été ministre durant les deux mandats présidentiels d’Abdoulaye Wade (de 2000 à 2012). Il est actuellement député et président du groupe parlementaire des « libéraux et démocrates » à l’Assemblée nationale sénégalaise.

Elégance dans la tenue, sourire jovial, il est plutôt d’un abord facile avec l’interlocuteur. Toute cette contenance pourrait en faire un homme de gauche. Pourquoi, alors, est-il de droite ? En tout cas, l’homme se réclame libéral de pure souche. Cette posture, il l’a toujours incarnée, autant en période d’opposition qu’une fois au pouvoir. Modou Diagne qui a depuis quelques temps consommé le divorce d’avec le Parti démocratique sénégalais (Pds), se dit encore libéral. Nul doute sur sa couleur politique : il est et demeure libéral.

Fils de commerçant, Modou Diagne Fada grandit sous l’aile protectrice de sa famille. C’est dans la ville sainte de Darou Mousty qu’il passe son enfance. Il obtient son baccalauréat (série D) en 1987 à Kaolack, puis intègre l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). C’est ici qu’il commence à militer au Parti démocratique sénégalais. Il devient rapidement une figure incontournable des mouvements étudiants et se fait remarquer par Abdoulaye Wade, alors secrétaire général du Pds. Il obtient une maîtrise de sciences naturelles à l’Ucad et s’inscrit en 1994 en Dea (diplôme d’études approfondies) de biologie animale avant d’être renvoyé pour son engagement syndical.

Dans ses activités syndicales, Modou Diagne Fada a été délégué d’amphithéâtre, puis délégué de la faculté des Sciences et Techniques avant d’intégrer plus tard le comité exécutif de ladite faculté. En 1991, il devient délégué de couloir dans le campus social. Ce qui lui a permis d’être en même temps membre de l’assemblée générale des délégués de la commission sociale. En 1992, il  représente les étudiants à la Commission nationale d’attribution des bourses présidée par le ministre de l’Education nationale. Il est alors président de la commission des bourses et cartes. Son mandat a été constamment renouvelé.

Un parcours marqué par  plusieurs luttes
En 1991, Me Abdoulaye Wade  voulait venir à l’université. Le Pds était entré dans le gouvernement de majorité socialiste élargie. Cette posture n’avait pas plu aux étudiants de gauche qui contrôlaient à l’époque la  principale organisation estudiantine.

Une déclaration avait été rendue publique par cette organisation estudiantine pour déclarer Abdoulaye Wade «persona non grata» à l’Ucad. Persuadé que les étudiants libéraux étaient majoritaires, Diagne Fada prend alors  les devants et décide, contre vents et marées, de convier Wade dans l’enceinte de l’université.

« Un travail sera mené dans ce cadre. La tendance a été renversée car sur les 25 membres de l’organisation de l’époque, les 18 étaient du Pds », se souvient un de ses anciens camarades. « D’ailleurs, nous avons eu plus au moins obtenu gain de cause, parce que Me Wade est resté au gouvernement et personne n’a pu utiliser le mouvement étudiant pour inquiéter notre secrétaire général», poursuit-il. Fada va travailler à renforcer  cette influence dans l’espace universitaire, si bien qu’il sera élu député en 1998 en tant que responsable du mouvement national des jeunes du Pds.Le parcours qu’il mené à l’Ucad, les luttes, l’expérience acquise et la renommée obtenue de par ses fonctions syndicales lui seront très utiles pour la suite. Cette marque de combattant lui colle encore à la peau. Diagne Fada n’hésite pas à claquer la porte dès lors qu’il sent sa liberté restreinte. C’est ainsi qu’après des années de militantisme au sein du Parti démocratique sénégalais, il a décidé de tracer sa propre voie pour prendre son destin politique en main. 

Le chef des réformistes du Pds a choisi de mettre en place sa propre formation politique pour aller à la conquête des suffrages de ses concitoyens. Ainsi a-t-il décidé de s’affranchir de la tutelle d’Abdoulaye Wade en créant sa propre formation politique. Cette posture n’est pas d’ordre à surprendre ceux qui l’ont côtoyé. « Fada ne recule devant rien. Il sait prendre son temps ; mais quand il se décide à faire quelque chose, plus rien ne peut l’arrêter », informe un de ses collaborateurs. Il a confiance en son destin. L’homme dérange parfois, mais n’a pas peur de prendre position. A la suite d’un désaccord interne, il a quitté ses anciens camarades libéraux. Après avoir décidé de créer sa propre formation politique, certains de ses ex-camarades du Pds ont vite fait de le soupçonner de travailler pour le pouvoir en place. Lui, assure travailler pour son propre compte et pour celui du peuple sénégalais. 

Oumar BA

Last modified on jeudi, 08 septembre 2016 10:59

Quand Bara Diouf célèbre le 5000ème numéro du « Soleil », l’éditorial vient naturellement. Ce jeudi 08 janvier 1987, le journal parle de lui-même, après 17 ans de parution. Rappelé à Dieu hier, le doyen Bara Diouf, alors PDG de « L’astre national », savait comme personne emprisonner les idées en mots pour dire son monde. Quel « Soleil » pour quel lectorat ?

« L’exclusivisme et le monopole d’Etat ont ceci de nocif qu’ils conduisent à la paresse intellectuelle, installant dans la facilité, créent la tentation de l’uniformité du langage et de la pensée », écrit-il dans un article titré : « On l’appela Soleil ». Poursuivant l’explication de sa fameuse ligne éditoriale, il estime que « cet exclusivisme et ce monopole d’Etat », inhibiteurs par nature, sont comme « la paire de ciseaux pour couper les ailes du génie ». Pilier du régime Ups/Ps, le vieux scribe n’en restait pas moins un intellectuel ouvert aux vents fécondants de la pensée.

Homme tout en nuances, à l’écriture madrée comme le personnage physique, il savait dire ses vérités entre les lignes. Pour répondre à ses détracteurs qui l’ont toujours accusé de porter la voix du pouvoir socialiste, il savait répondre : « la rumeur, l’intolérance, l’exaltation de valeurs anachroniques et dépassées, la délation et le mensonge, l’archaïsme et le refus de la modernité, sont autant de maux qui ont toujours fait le lit de la dictature et présidé à l’assassinat des droits de l’Homme et de la Démocratie », rappelait-il à ses adversaires de toujours (et donc de Senghor), à savoir ce peuple de la Gauche d’abord, et des partis d’opposition nés après 1974 ensuite. Mais toujours et systématiquement via le commerce des idées.

« Le Soleil » ne sera donc pas, dès sa naissance, « Le Soleil » du pouvoir, mais celui de la Nation. Voire. E n tout cas, ainsi a-t-il résumé le virage éditorial rendu nécessaire par le pluralisme politique et médiatique. Selon Bara Diouf, l’épithète de quotidien « national » du « Soleil », dans un pays remuant comme le Sénégal, traversé par des courants de pensée aussi versatiles qu’ils sont nombreux, le prédisposait à « une mission spéciale de carrefour des sensibilités et des spécificités des populations de cette lande, qui se sont proclamées, très tôt, démocrates et respectueuses des libertés fondamentales ». Fin de la première partie. Elle a surtout tourné autour de l’élaboration du bréviaire par l’idéologue de ce qu’on appelle aujourd’hui « médias du service public ». Ensuite, vient le journaliste. Le vrai Bara Diouf.

Il écrit : « Les pages que nous offrons aujourd’hui à nos lecteurs relèvent plus du souvenir de nos propres fantasmes que de victoires remportées sur nous-mêmes et sur les contraintes de notre métier (…) » A sa lecture, 30 ans après, on découvre un Bara Diouf nostalgique certes mais prémonitoire et déjà conscient des bouleversements à venir dans la presse : « Me reviennent encore à la mémoire ces aurores sans fin dans notre salle de rédaction ténébreuse ou dans les presses humides d’une imprimerie enveloppée des vapeurs de plomb fondu. C’était à l’époque de la lampe à huile de papa. L’offset, la photocomposition, n’avaient pas encore eu raison du marbre légendaire des temps héroïques du journalisme naissant ». Les temps changeront…

L’éditorialiste met en exergue « l’imagination, l’artisanat, la passion du métier, le sentiment d’appartenir à une catégorie d’êtres à part » qui les habitaient et les poussaient à accomplir, chaque aube naissante, le miracle toujours recommencé. « Et au lever du jour, des pages imprimées s’offraient à nos regards émerveillés d’artistes : elles s’appelaient Soleil ». Incarnation jusqu’à la fin du journalisme d’opinion au Sénégal, aux côtés d’autres illustres journalistes, il restera dans l’éternité pour avoir porté si haut le flambeau du métier de l’éphémère.

Samboudian KAMARA

Last modified on jeudi, 08 septembre 2016 10:58

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